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La revanche d’un homme timide

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Vous avez jusqu’au 13 janvier pour (re)voir l’émission Rembob’INA consacrée à Goscinny sur le site de LCP Assemblée Nationale.


À tous ceux qui nous interdisent d’affirmer que « c’était mieux avant ! », je conseille de visionner le Rembob’INA dédié à René Goscinny (1926-1977) disponible sur le site Internet de La Chaîne Parlementaire depuis Noël dernier. Quel cadeau ! Quel miracle ! Quelle fantaisie à la fois pétillante d’intelligence et si friable d’émotions ! Tous les possédés de la modernité y prendront une potion d’humour, de légèreté nostalgique, de distance poétique, de divertissement élégant, en un mot, de talent à l’état brut. Quand le vrai talent frappe, nous sommes reconnaissants d’avoir été touchés par cette grâce-là. Nous disons simplement : merci pour Astérix, pour le Petit Nicolas, pour Oumpah-Pah, pour « Le Viager », pour « Les Gaspards », pour les Dingodossiers, pour avoir ensoleillé notre jeunesse sans avoir essayé de nous acheter. Votre exigence scénaristique Monsieur Goscinny était l’assurance d’une éducation qui refusait la démagogie et la mièvrerie. 

Cravate en toute circonstance

Trop souvent aujourd’hui, dans la confusion mentale qui règne à la télé et ailleurs, le talent est gonflé à l’hélium, il est survendu, chargé en matières grasses, honteusement surévalué. C’est une denrée bien commune. N’importe quel ânonneur prétentieux se prévaut du statut d’artiste qui le protège et nous oblige à ne pas le gifler. Créateurs médiocres et poseurs vindicatifs viennent perturber nos écrans pour nous vendre une chanson, un livre, un film avec la certitude d’être des génies. Leur impolitesse aurait quelque chose de comique si nos nerfs n’avaient pas été mis à rude épreuve par trente années de fausses gloires. Nous sommes fatigués par tant d’approximations et d’œuvres bâclées. N’entre pas qui veut dans le domaine des dieux de la création ! Goscinny était un véritable génie qui ressemblait à un directeur financier et s’exprimait dans un français académique. Ce bourgeois bon teint, timide et rieur, avait des manières de seigneur. Sa dissidence ne s’affichait pas dans des vêtements trop voyants ou une coupe à l’iroquoise (il portait le costume et la cravate en toutes circonstances), mais bien dans ses histoires folles et émouvantes, à la frontière du gag et des larmes, dans cet entresol que les déracinés possèdent en héritage. Les idées jaillissaient de son cerveau à la vitesse de la lumière. Ce n’est pas pour rien que le petit gaulois tempétueux fut envoyé en orbite sous la forme d’un satellite artificiel. Goscinny a inventé une langue et un rythme, un prisme enchanteur qui a conditionné notre émancipation. Il fut l’égal d’un Disney ou d’un Chaplin dans l’irradiation du merveilleux. 

A lire aussi, Georgia Ray: «Vortex», sur France 2: au temps pour nous

Remettez-nous ça sur le service public

Sans lui, la BD serait restée un art mineur réservé aux enfants. Franquin l’affirme : « Il a ouvert une porte ». Alors, passez une soirée en sa compagnie, ça ne se refuse pas. La qualité des programmes des années 1970 saute aux yeux, on savait être inventif et joueur, audacieux sans donner des leçons. Rembob’INA a exhumé des trouvailles, comme ces quatre mini-chroniques diffusées avant le journal d’actualités durant les vacances de Noël 1976 et 1977 sur une musique signée Gérard Calvi. Scènes de la vie quotidienne et délires domestiques, petits riens qui faisaient tout le sel de notre humanité joyeuse. Dans la chronique intitulée « Les déjeuners d’affaires », on revoit notamment, avec plaisir, Pierre Desproges et Jean-Claude Arnaud de la Comédie française se goberger avec indolence, s’empiffrant de cailles, les inondant abondamment d’un coulis tentateur. La présence de Jacques Monod à cette table est de nature à me ravir. Remettez-nous ça sur le service public ! Rembob’INA a également déniché une rareté datée de 1975.  « Tac au tac » de Jean Frapat est une partie de cadavre exquis qui oppose Uderzo et Goscinny face à la paire Greg & Dany. Cette joute dessinée impressionne par sa virtuosité et son esprit. 

A relire, du même auteur: Bretécher, le jour d’après

Le programme est aussi l’occasion de revenir sur l’amitié et la collaboration professionnelle avec Pierre Tchernia. Ils ont été les pionniers du film d’animation en France. Un portrait tourné par Antenne 2, à la fois dans l’appartement du maître et à son bureau de patron de Pilote, vient clore cette soirée. « Un auteur qui dirige un journal, ça n’existait pas […] je peux leur parler (à ses auteurs) d’égal à égal » avoue-t-il sans élever la voix. Après avoir vu cette série de reportages, nous pouvons tous affirmer en chœur que Goscinny est un monument national.      

Goscinny : la création dans tous ses états, sur LCP

Et maintenant, voici venir un long hiver...

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Embrouille royale

La directrice de l’ONG Sistah Space, reçue au palais royal de Buckingham, prétend y avoir été victime de racisme. Elle est désormais accusée d’appropriation culturelle.


Au moment où Harry et Meghan, à travers leur série prétendument documentaire diffusée sur Netflix, essaient d’ébranler la monarchie britannique par des accusations de racisme, la cause de la maison royale n’a pas été aidée par une nouvelle charge, toujours de racisme.

Cette dernière a été portée contre une ancienne dame de compagnie de la reine, Lady Susan Hussey, par la directrice d’une ONG, après une réception au palais de Buckingham organisée par la reine consort Camilla, le 29 novembre. Ngozi Fulani aurait fait l’objet d’un questionnement insistant de la part de l’employée bénévole de la couronne, 83 ans, qui voulait savoir d’où elle venait « réellement ».

Fulani, née en Angleterre, se plaignant sur les réseaux sociaux et dans les médias, Lady Susan a été contrainte de démissionner immédiatement et, par la suite, de participer à un tête-à-tête avec la directrice au palais royal afin de lui présenter ses excuses en personne. Pourtant, l’identité culturelle que la victime elle-même affiche est en réalité très complexe. Lors de la réception, elle était affublée d’un costume excentrique, comprenant une peau de léopard et un grand collier de dents d’animal, symbolisant sans doute un panafricanisme anachronique. Son vrai nom est Marlene Headley, un nom représentatif de la culture antillaise dont elle est issue. Son nom d’emprunt jumelle deux noms africains difficilement réconciliables : les Fulani ou Peuls sont un peuple répandu dans toute l’Afrique occidentale ; Ngozi est un nom courant parmi les Igbo du sud-est du Nigeria où, victimes d’une véritable igbophobie, ils sont engagés dans un conflit violent avec les Peuls. Certains Noirs britanniques sont allés jusqu’à accuser Ngozi Fulani d’« appropriation culturelle ».

Enfin la publicité qu’a attirée la plainte de la directrice s’est retournée contre elle. Suite à des accusations sur les réseaux sociaux de mauvaise gestion financière, alors que son ONG a reçu des dons importants, les autorités publiques préparent des contrôles supplémentaires de ses comptes.

« Think tanks »: les partis politiques ne peuvent-ils plus penser eux-mêmes?

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Non, la possibilité de penser, de réfléchir sur des sujets n’est pas exclusivement réservée aux think tanks. Néanmoins, il revient aux partis politiques de le démontrer.


Une nouvelle fois je vais embrasser une cause que d’aucuns affirment désespérée. L’énorme succès des think tanks, leur influence considérable, la multitude des téléchargements sur certains thèmes, par exemple « anatomie du wokisme » ou « évaluation du risque Le Pen », seraient le signe que les partis ne savent plus répondre à la demande intellectuelle et politique. Et qu’ils seraient dépassés par ces cercles, cénacles, fondations, où penser représente l’activité principale, voire exclusive.

Le dépassement du clivage gauche/droite, ça va bien deux minutes

J’espère que ce constat est faux, dans son pessimisme sans nuance, et que les partis dont on annonce avec une amère volupté le déclin, le faible impact démocratique et, pour tout dire, le caractère inutile, sauront résister à ce nouveau front ouvert contre eux. Je ne parviens d’ailleurs pas à comprendre pourquoi on s’obstine avec un tel acharnement à nier toute chance, à dénier tout futur, à ces structures partisanes consubstantielles à la République et qui pourraient, si on s’attache à LR et aux socialistes, se résumer par la lutte du principe de liberté contre l’exigence d’égalité. Et d’autant plus que le prétendu dépassement de la droite et de la gauche a fait long feu.

Il me semble un peu facile d’admettre comme une vérité républicaine que la profondeur, la prospective, l’intelligence, les réflexions à long terme, seraient réservées aux think tanks. Comme s’il était impossible pour les partis, au moins de tenter, d’emprunter partiellement les mêmes chemins. Mais partiellement puisque les partis ont pour ambition de ne pas se contenter des concepts, même dégagés à la suite de délibérations collectives, mais de les concrétiser. Un parti, ce sont des idées destinées à modeler l’avenir en attendant qu’un pouvoir, les exploitant pour en convaincre les Français, leur donne sens et vie.

A lire aussi, Jérôme Leroy: Le monde rêvé d’Emmanuel Macron

Un cercle, un cénacle, c’est à la fois leur force et leur faiblesse, ne sont évidemment pas tenus à refuser les abstractions utopiques, généreuses ou irresponsables. Mais s’ils abusent de cette faculté, ils perdront la crédibilité qui devrait dans tous les cas s’attacher à leurs analyses et à leurs prévisions.

La grande politique engoncée dans les débats politiciens partisans?

Pour que les partis ne se dépouillent pas de ce qui leur offre plénitude et profondeur, encore faut-il qu’ils soient convaincus du fait que rien ne leur interdit en même temps de penser et de projeter, de concevoir et de prévoir. Alors qu’à gauche comme à droite on s’est accoutumé à ce que l’écume politique, la superficialité des antagonismes, la démocratie à fleur de peau tiennent toute la place et relèguent, si même on y songe, l’obligation de parfaitement définir son identité, ses priorités et son corps de doctrine en quelque sorte, en ne perdant jamais de vue que ce dernier est vain si d’emblée il s’avère impossible.

A lire aussi, du même auteur: Que manque-t-il à Eric Zemmour?

Eric Zemmour, sur quelques points fondamentaux, avait vu juste mais, pour ce que la politique doit avoir de réalisable sans déchirer le tissu national, il avait eu tort. Il n’y a aucune impossibilité radicale, pour quelque parti que ce soit, de penser pour mieux agir demain. Il faut cesser, au sein de ces structures collectives de plus en plus exsangues, cette division absurde magnifiant ceux qui se sont présentés aux urnes quel que soit le résultat, et dédaignant ceux qui pourraient les enrichir avec des idées nouvelles.

Rien ne serait pire pour notre avenir politique et parlementaire que l’acceptation de cet appauvrissement qui laisserait la noblesse de l’esprit aux think tanks et « les mains sales » aux partis. Eux aussi – je persiste – méritent d’avoir droit au Tout. En le démontrant.

Le Mur des cons

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Un avocat général s'est échappé

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Libres propos d'un inclassable

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Les résolutions de Blaise Cendrars

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Les résolutions du début d’année, dispensées par Blaise Cendrars. Prenons note de la nécessité de vivre heureux, malgré les épreuves.


D’outre-tombe, Blaise Cendrars nous fait part de ses résolutions. Notre bourlingueur manchot préféré, voyageur parfois imaginaire, a traversé un siècle compliqué et a connu la Grande Guerre où il a laissé son bras droit. Rien, comme Apollinaire, ne l’obligeait pourtant au carnage.

Ce Suisse né à la Chaux-de-Fond en 1887 n’avait plus vraiment l’âge des tranchées mais cela ne l’a pas empêché de s’engager avant d’être réformé en 1915. Une naturalisation l’a récompensé en 1916. Pour la seconde mi-temps de la guerre civile européenne, en 1939, il revient sur le front comme correspondant de guerre dans l’armée britannique. Ensuite, il y aura des voyages, des romans, des poèmes, des souvenirs écrits de la main gauche, de la vache enragée, le goût du Brésil et des soupentes parisiennes.

A lire ensuite, Jean-Paul Brighelli: “Guerre”, ou la fabrique du génie

Tout ça aurait pu le rendre sombre, il se révèle plutôt un émerveillé inquiet devant le métier de vivre.

Sans doute parce que le refus de la mélancolie, comme le montre le poème que nous vous proposons aujourd’hui, est une affaire de volonté. On n’a aucune raison, par les temps moroses et parfois épouvantables qui sont les nôtres, en ces années vingt d’effondrement au ralenti, de se laisser faire. Il convient au contraire de garder dans l’épouvante, le sourire aux lèvres, comme le faisait Blaise Cendrars, il y a presque cent ans.


Feuille de route

Nous ne voulons pas être tristes
C’est trop facile
C’est trop bête
C’est trop commode
On en a trop souvent l’occasion
C’est pas malin
Tout le monde est triste
Nous ne voulons plus être tristes.

Blaise Cendrars, Feuilles de route, 1924

Poésies complètes avec 41poèmes inédits, tome 1

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Les derniers jours des fauves

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Un peu tard dans la saison

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Mariage des prêtres: quand Jouhandeau explique, Flaubert se moque

Alors que des affaires de viol et de pédophilie perpétrées par le clergé refont surface, on retrouve dans l’œuvre de Jouhadeau une explication (loin d’une acceptation) appuyée par l’essayiste Christine Pedotti…


« Le jour où je me retrouverai face à Saint-Pierre, je ne veux pas être celui qui aura mis fin au célibat des prêtres ». Cette déclaration du pape François, pourtant très libéral en matière de mœurs, indique une ligne infranchissable.

Si le problème est ancien, il est devenu plus aigu depuis que le prêtre est au cœur d’une société où tout a changé, sauf sa condition. « Autrefois le prêtre ne quittait guère son église. Il y a passé ses journées à prier, à méditer, quand il n’y faisait pas retentir les orgues. Aujourd’hui on a fait de lui un chauffeur de taxi, un cinéaste, un amateur de sport. Si « saint » veut dire « séparé », du moment que le prêtre ne mène plus une existence à part, il tend à se conduire en profane et de là à profaner sa vocation, il n’y a qu’un pas », constate Marcel Jouhandeau dans Trois crimes rituels pour expliquer, à défaut d’excuser, le crime commis par le curé d’Uruffe qui, en 1953, a assassiné sa maîtresse – mineure et enceinte. Le procès, retentissant, interroge déjà le célibat des prêtres. Aujourd’hui, alors que les affaires de viol et de pédophilie se multiplient dans la sphère ecclésiastique, la question est à nouveau soulevée.

Dans un entretien à Témoignage chrétien, Christine Pedotti remarque : « Évidemment, ce n’est pas parce qu’on n’a pas de femme qu’on va agresser des enfants. Ce n’est pas parce qu’on est frustré d’une relation sexuelle adulte qu’on a des relations pédocriminelles. Mais le célibat des prêtres a quelque chose à voir avec la façon dont l’Église considère la sexualité : c’est là qu’il y a un problème. Imposer la chasteté, c’est imposer une vision de la sexualité comme une chose malsaine ».

« J’en ai connu, des prêtres qui s’habillaient en bourgeois pour aller voir gigoter des danseuses ! » s’exclame le pharmacien Homais dans Madame Bovary. C’est que l’interdiction du mariage favorise le rire gras de l’anticlérical mais ne règle rien, comme d’habitude.

Sans doute faudrait-il en revenir au texte original, celui où, dans l’Évangile, Matthieu fait parler le Christ à propos du mariage : « Tous ne sont pas capables de cette résolution, mais ceux-là seulement à qui il a été donné d’en haut. Car il y a des eunuques qui sont nés tels dès le ventre de leur mère ; il y en a que les hommes ont faits eunuques ; et il y en a qui se sont rendus eunuques eux-mêmes pour gagner le royaume des cieux. Qui peut comprendre ceci, le comprenne. »

Il est sûr que cela ne nous avance pas beaucoup…

A lire aussi: La France ne protège plus ses enfants

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Hommage à Jean-Pierre Millecam

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Déchiré entre l’Algérie et la France, l’écrivain Jean-Pierre Millecam, né en 1927, est mort dans l’oubli le plus total le 29 décembre dernier.


Comment ai-je découvert Jean-Pierre Millecam ? Ce fut en 1998 ou 1999 par le détour d’un recueil de textes de 16 écrivains d’Algérie, Pieds-noirs et Arabes, rassemblés par Leila Sebbar,  Une enfance algérienne. Je connaissais tous les auteurs, sauf un, Jean-Pierre Millecam. D’où sortait-il ? Chez les Pieds-Noirs, Camus, Pélégri, Robles, Vircondelet, Roy, et d’autres, tous m’étaient pourtant connus. Mais je n’avais jamais entendu parler de ce  Millecam. Après la lecture du texte sur son enfance, je me précipitai vers la bibliothèque de Montreuil où j’habitais, et j’y trouvais deux gros romans Et je vis un cheval pâle et La quête sauvage que je lus d’une traite, emporté par le souffle et le style, par la dimension épique, par cette aspiration à la fraternité sublimée inscrite dans la réalité de cette Algérie de la guerre mais qui dépassait notablement ce cadre historique, où se conjuguaient attraction et répulsion pour l’Autre, où sang et sexe se mélangeaient, dans un espace littéraire dont les dieux auraient été Homère et Faulkner.

Ecrivain pied-noir pour l’indépendance…

Bouleversé, je n’arrivai pas à comprendre, ayant vécu à Alger jusqu’en 1993, que son nom n’avait jamais été prononcé dans aucune des rencontres sur la littérature, dans aucune publication universitaire, dans aucun article. Kateb Yacine était mon voisin, nous parlions très souvent, mais jamais le nom de Millecam ne fut évoqué. Pourquoi ce blanc, ce silence ? Je téléphonai à des amis, profs de littérature à la fac d’Alger, dont une Pied-noir, et désormais exilés en France pour fuir la barbarie islamiste. Connaissaient-ils Millecam ? Non ! Non ? Non ! Comment cela avait-il été possible ?

A lire aussi: Hommage à René Ehni (1935-2022)

J’obtins son adresse à Nice. Je lui écrivis une lettre enflammée et lui dis mon désir de le rencontrer dès que possible. Il m’invita, chez lui, dans ce salon tapissé de mythologie. Sylvia, son épouse, me remit une liasse d’articles de critiques français dont certains disaient qu’il était nobélisable, et plusieurs de ses autres romans tous publiés chez Gallimard dans les années 70 et 80, tous lus les uns derrière les autres qui me permirent de comprendre que Millecam avait été, parmi les écrivains pieds-noirs, celui qui s’était le plus engagé dans le combat indépendantiste… Cela expliquerait-il qu’en France après la gloire littéraire, lui succéda le silence ? Mais pourquoi donc l’Algérie l’avait-elle aussi ignoré ?

Rejeté par l’Algérie officielle

L’Algérie officielle qui dans son code de la nationalité de 1963 avait légiféré que seuls les musulmans pouvaient devenir Algériens automatiquement, avait certes dû être gênée par cet intellectuel n’appartenant à aucun parti politique qui juste après l’indépendance revint enseigner à Oran, lui qui pour sa sécurité menacée à Tlemcen en 1956, avait été exfiltré par le FLN vers le Maroc. Mais qui plus tard, en 1968, décida de repartir vers le Maroc, ne pouvant supporter la chape de plomb du totalitarisme de type militaire qu’institua le coup d’Etat de 1965.

De plus, dans cette ville, Oran, le jour même de l’indépendance, le 5 Juillet 1962, s’était commis un massacre organisé par des chefs militaires et politiques, et une foule en transe. Un millier de chrétiens et de juifs périrent, qui eux voulaient rester. Millecam en avait été informé par tous les Oranais qu’il côtoyait (entre autres, comme je l’appris, par mon ex-belle famille), tant ce crime collectif pesait sur leur inconscient… Mais qui mieux que Jean-Pierre Millecam pouvait en témoigner, à sa manière, et de quelle manière, dans Et je vis un cheval pâle.

L’Algérie officielle l’avait donc rejeté. Mais pourquoi l’Algérie intellectuelle n’en avait dit mot ? Gênée comme avec le peintre Denis Martinez dont la première expo fut attaquée (physiquement) par ce grand peintre que fut aussi Mohamed Issiakhem, ou comme avec Jean Sénac qui s’était pourtant lui aussi réclamé de l’indépendance (pour laquelle il avait cru devoir sacrifier l’amitié et le soutien d’Albert Camus), moqué par ses collègues pour son homosexualité, et en 1973 assassiné de 23 coups de poignard, meurtre sans doute politique camouflé en affaires de mœurs ?

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Mais qui mieux que Millecam, sut dire le destin lié de la fraternité et de la mort, dans cette citation qui le résume entièrement en tant qu’homme et écrivain, qui pourrait figurer comme épitaphe, et qui provient de cet autre magnifique roman Choral (NRF 1978), pour moi éternel regret de n’avoir pu l’adapter à l’écran ?


« … Et la splendeur de ce sol sur lequel nous avons poussé…
devrait suffire à ramener à leurs dimensions réelles tous nos combats, toutes nos escarmouches,
et à nous enseigner que si nous ne sommes pas à sa mesure,
ce sol risque de nous refuser son ancestrale hospitalité,
non plus seulement à nous-mêmes,
mais aux cadavres que nos corps étaient destinés à fournir,
et ainsi nous n’aurons même pas connu la volupté de nous dissoudre,
au terme de notre vie,
dans la terrible fraternité de la mort…»

Salut Jean-Pierre, Salut Sylvia !

Une enfance algérienne de Leïla Sebbar ( 12 juillet 1999 )

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La quête sauvage

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Choral

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Adieu voiture, bonjour tristesse

Symbole de joie de vivre, de liberté et de virilité triomphante, la voiture est devenue l’ennemie à abattre, la cause de tous nos maux. Bientôt on n’aura le droit de rouler qu’à l’électrique – inabordable pour beaucoup d’entre nous. Une route hasardeuse que refusent d’emprunter Chinois et Américains.


Il est en passe de rejoindre le macho, le raciste et le populiste dans l’enfer des déplorables. L’automobiliste est le nouvel homme à abattre, y compris quand il est une femme (ce qu’il est pour moitié). Un criminel contre l’humanité et plus encore contre la planète.

La voiture, voilà l’ennemi ! Qu’elle soit dans le collimateur des écolos, on n’en attendait pas moins d’eux. Ne nous attardons pas sur le cas d’Anne Hidalgo (traité par Jonathan Siksou) dont l’obsession antibagnole relève de la religion – ou de la pathologie –, ce qui ne l’empêche évidemment pas de se déplacer exclusivement par ce moyen (les contraintes, c’est pour les autres). La voiture est aussi la cible des pouvoirs publics à tous les étages, à commencer par la Commission européenne qui ne ménage pas ses efforts pour nous gratifier d’une « mobilité » (le joli mot que voilà) propre et sûre. C’est à elle qu’on doit en particulier l’interdiction des moteurs thermiques à l’horizon 2035. Or, non seulement la fabrication des batteries est écologiquement très problématique (voir les articles de Léon Thau), mais un enfant comprendrait aisément que le caractère écologique de la voiture électrique dépend du mode de production de l’électricité. Si, comme en Allemagne, celle-ci provient pour une grande part de centrales à charbon, le parc automobile aura beau être 100 % électrique, il émettra toujours du carbone. Si on ajoute que la Commission laisse les constructeurs fabriquer des modèles toujours plus lourds, donc plus polluants, la cohérence de cette usine à gaz est pour le moins discutable.

Quant aux Zones à faibles émissions, destinées à nous protéger non seulement du CO2, mais aussi des particules fines, elles instaureront, dès leur entrée en vigueur en 2025, une France à deux vitesses : aux plus aisés, qui peuvent se payer les derniers modèles, la liberté, tandis que les plus pauvres n’auront plus la possibilité de circuler dans les centres-villes où ils n’ont déjà pas les moyens de résider. Ces salauds de pauvres n’ont qu’à rester à leur place, là où leurs vieilles guimbardes ne menaceront pas nos poumons délicats. La planète a bon dos.

A lire aussi: La passion anti-libérale est toujours aussi vivace en France

Cependant, il est fort possible que les inventeurs de cette panoplie de contraintes et d’interdits lui apportent des allègements substantiels, tant nombre des réglementations concoctées par nos crânes d’œuf entrent en collision avec l’impératif proclamé de la réindustrialisation, la justice sociale la plus élémentaire ou le simple bon sens. L’ennui, c’est que les constructeurs, à qui on demande d’abandonner les technologies qui ont fait leur succès, risquent d’y laisser force plumes, surtout que les Chinois, Indiens et autres Américains ne paraissent pas pressés de nous suivre sur le chemin de la rédemption climatique. Auteur d’un rapport explosif pour la Confédération européenne des syndicats (cité par Le Point [1]), Tommaso Pardi estime que « le secteur automobile européen est aujourd’hui confronté à la transformation la plus radicale et potentiellement perturbatrice de son histoire ». Selon lui, pour l’industrie automobile européenne, le moteur thermique représente 25 % de la valeur ajoutée et 40 % de l’emploi, qui sont donc directement menacés, même si à Bruxelles, on claironne que des millions d’emplois verts pallieront leur disparition. Quant aux automobilistes qui s’efforcent déjà d’être vertueux, ils pourraient revivre l’épisode du diesel, qu’on les a incités à acquérir avant de les sommer de le mettre à la casse.

On me dira que la lutte contre le réchauffement climatique n’est pas une option. Certes, mais encore faudrait-il admettre que, même dans cette matière absolutiste, on doit faire un calcul coûts/avantages. Si pour « sauver la planète », il faut plonger l’humanité dans une ère de régressions diverses et les troubles qui l’accompagneraient, il n’est pas certain que le jeu en vaille la chandelle. Du reste, on n’a pas besoin de trancher ce débat pour observer que la voiture est, selon Jean-Marc Jancovici lui-même, responsable de seulement 6 % des émissions de CO2 à l’échelle de la planète (9 % selon Greenpeace). En France, cette part passe à 15 %, mais c’est parce que, grâce aux beaux restes de notre filière nucléaire, nous sommes déjà avancés dans la vie décarbonée.

A lire aussi: Causeur: Arrêtez d’emmerder les automobilistes!

Quoi qu’il en soit, personne ne semble plus vraiment croire que le grand remplacement automobile sera mené à bien en 2035. Peu importe, comme le fameux canard au cou coupé, les eurocrates et leurs subordonnés nationaux continuent à courir. En caquetant que tout ira bien.

Cependant, on aurait tort de penser que la croisade antibagnole obéit exclusivement à une logique rationnelle. Pour beaucoup, il ne s’agit pas d’avoir des voitures plus propres (objectif parfaitement légitime), mais de les faire progressivement disparaître de la surface de la terre. Il suffit d’observer la délectation avec laquelle des maires écolos chassent l’automobiliste d’un espace public désormais dévolu à une inextricable jungle de vélos, trottinettes (décrétées problème sanitaire majeur par l’Académie de médecine) et autres pousse-pousse, le piéton étant le cocu de cette révolution verte. Leur croisade revêt une dimension culturelle et même idéologique, peut-être inconsciente d’ailleurs. S’ils détestent la voiture, ce n’est pas seulement parce qu’elle est polluante et climatogène, mais parce qu’elle conjugue deux caractéristiques de la vie humaine qui défrisent nos Verts au plus haut point : la liberté et le plaisir (voir à ce sujet les textes de Thomas Morales, Colombe Magniez et Marc Menant). Épris de vitesse, vice qui cumule l’inutilité et la dangerosité, le chauffeur est un fieffé individualiste qui refuse de concéder l’intégralité de son être à la collectivité. En prime, avant de devenir le péché mignon de ces dames, l’auto a longtemps été l’expression la plus répandue de la masculinité toxique. Personnage de romans, omniprésente au cinéma, où elle permet de dater n’importe quel film, depuis son invention elle confère à chaque décennie un peu de son empreinte visuelle. Bref, comme le dit Jacques Séguéla, la voiture a une âme. Il serait bien triste qu’on la vende aux anges qui nous gouvernent.


[1] Jacques Chevallier, « Voitures électriques : l’auto-censure de l’Europe », Le Point, 16 décembre 2023.

Omar Sy: victime… de sa propre bêtise

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Omar Sy est-il victime de racisme? C’est une question que la gauche française ne se pose plus. Elle y répond par l’affirmative… 


En cause, les critiques reçues par l’acteur actuellement en pleine promotion du film “Tirailleurs”, qui, comme son nom l’indique a pour sujet les contingents africains de la Première guerre mondiale. N’ayant pas vu le film, je n’en parlerai pas. Je me bornerai donc ici à l’examen d’une déclaration d’Omar Sy relative à la guerre d’invasion de l’Ukraine par la Russie et à l’opinion générale des Français quant à l’ordre du monde.

Des idées, ça il en a, lui il pense…

Pour Omar Sy, rendu célèbre par son duo avec le visage pâle Frédéric Testot sur Canal + et plus encore par son rôle dans le mélo “Intouchables”, les Français seraient un peu égoïstes et peut-être, mais il ne faut pas le dire trop fort, racistes : « L’Ukraine n’a pas été une révélation dingue pour moi, expliquait Omar Sy au quotidien Le Parisien. Comme j’ai de la famille ailleurs, en Afrique, je sais qu’il y a toujours eu des enfants en guerre, des familles brisées. Ça n’a jamais cessé depuis la Seconde guerre mondiale. Ça veut dire que quand c’est en Afrique, vous êtes moins atteints. Petit, j’ai été traumatisé par le conflit Iran-Irak, j’ai grandi avec ces images horribles. On a l’impression qu’il faut attendre l’Ukraine pour qu’on s’en rende bien compte. Les copains, je vois ça depuis que je suis tout petit. Mais quand c’est loin, on se dit que là-bas ce sont des sauvages. »

A ne pas manquer, notre nouveau numéro: Causeur: Arrêtez d’emmerder les automobilistes!

Omar Sy n’est pas comme nous autres, pauvres ploucs que nous sommes. Lui, il n’a pas attendu l’Ukraine pour savoir qu’il y avait des guerres dans le monde. Il a grandi avec les images de la guerre Iran-Irak, comme nos parents avec celles venant du Viet Nam. Il sait. Il est concerné. Il a de la culture. Il a du cœur. Il s’intéresse aux damnés de la terre, il se dit même qu’il avait ramené 3 kilos de riz Taureau Ailé pour les Somaliens affamés quand il était collégien. Vu de sa ville natale de Trappes en banlieue parisienne comme d’Hollywood où il réside actuellement, la France de l’intérieur doit ressembler à un petit village gaulois peuplé de Grolandais. Des sauvages qui voient de la sauvagerie là où il n’y en a pas, méprisant le continent africain tout en passant dans leur vieille Renault cabossé “Le Bon Temps des Colonies” de Michel Sardou.

Étrange Ukraine

L’Ukraine, ça parle à tous ces gens qui décidément n’aiment rien tant que ceux qui leur ressemblent. Tiens, les Ukrainiens par exemple. Blancs et blonds, à en croire les clichés du moins. Puis, ils sont éduqués eux, ils jouent du violon dans les sous-sols de Kiev quand ils sont bombardés. À la réflexion, tout ça ne serait-il pas un peu suspect ? Des blancs victimes d’une agression ? On nous a pourtant bien expliqué que les blancs n’étaient jamais victimes, toujours coupables et bourreaux. Rien que ça, c’est un peu étrange. Et puis, ils ont l’air bien nationalistes ces Ukrainiens. Il parait même que certains d’entre eux utilisent des symboles varègues liés à leur histoire, donc des runes de sinistre réputation, appartenant aux domaines germains et slaves.

On tient une idée là. D’ailleurs, Vladimir Poutine et les officiels russes répètent qu’ils combattent en Ukraine pour tous les opprimés, pour les anti-impérialistes. Mieux : contre le nazisme ! Ils le disent en chœur avec leurs soutiens hexagonaux depuis le déclenchement de l’invasion. La Russie n’est pas alignée sur l’Occident, elle ne fait que sauver les « russophones du Donbass ». Le plus vicieux là-dedans étant que la Russie, comme la Chine, n’hésite pas à affirmer que les Européens sont solidaires de l’Ukraine, alors qu’ils sont indifférents quand il y a des guerres ailleurs. C’est l’un de leurs éléments de langage les plus récurrents : « Ah, on ne vous entendait pas pour l’Irak (remplacer par n’importe quel autre conflit des 40 dernières années) ».

Omar Sy a donc repris le mot d’ordre le plus bête et le plus indécent des Russes, tout en salissant un peu le peuple dont il serait l’une des « personnalités préférées » à en juger par les sondages. Les critiques qui le visent n’ont pas de rapport avec sa couleur de peau mais avec sa bêtise satisfaite d’elle-même. D’abord, il est parfaitement légitime que les Français se sentent plus concernés par un conflit qui a lieu près de chez eux, dans un pays qui affiche une proximité culturelle réelle avec le leur. Ensuite, ce n’est pas un conflit habituel. Il implique une puissance nucléaire menaçante et aurait fait jusqu’à présent près de 150 000 morts dans des batailles d’une intensité militaire peu commune depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, et inédites depuis 75 ans. Le courage et le patriotisme des Ukrainiens ont marqué les Européens, de même que ces femmes et enfants qui sont venus se réfugier chez nous – ça change des migrants multi-condamnés, faussement mineurs et tous de sexe masculin.

Bonjour Tristesse et Waly Dia soutiennent Sy

« C’est pas ce que je dis qu’on attaque, c’est moi. Le problème c’est ce que je suis. Je refuse de me justifier car je ne dois rien à personne, je suis Français », a dit à Yann Barthès un Omar Sy tirant les rames après une nouvelle promolémique – si vous me pardonnez le néologisme – dont il a le secret. Un mot d’ordre sagement suivi par de nombreux influenceurs de gauche, ou, on ne sait comment les définir, issu des « cultures urbaines ». Nous pouvons notamment citer un certain Waly Dia, semble-t-il humoriste si l’on en croit Wikipedia : « La polémique d’extrême droite à chaque sortie d’Omar Sy c’est redondant. Un peu d’audace, de créativité. Nous méritons de meilleurs racistes ! ».

A lire ensuite, Didier Desrimais: Sandrine Rousseau déménage à Pantin

Un hurleur narcissique et vidéaste répondant au surnom de « Bonjour Tristesse » y est aussi allé de son petit message convenu, indiquant qu’Omar Sy avait raison et que certains journalistes étaient en désaccord parce qu’ils seraient intrinsèquement… racistes. Apprendront-ils un jour la loi de proximité ? Visiblement pas car ils sont totalement internationalistes, voire ethnomasochistes pour les plus allumés. Malheureusement, les Ukrainiens ont eu le mauvais goût d’être blancs pour ces gens-là. Pis, ils sont les victimes d’une brutalité aussi injuste qu’inouïe… tout en montrant des ressources de combativité incroyables et en ne réclamant que des armes pour rendre les coups. Ils ne remplissent aucune case.

Au fond c’est cela qui dérange beaucoup de monde. Une journaliste appelée Laura-Maï Gaveriaux s’est ainsi interrogé sur une Ukraine irriguée par une « esthétique de la guerre », s’inquiétant de l’état d’esprit futur des jeunes du pays. Oui, une guerre transforme les mentalités. Gageons qu’en France aussi, la guerre d’Ukraine nous apprenne à être un peu plus conscients de la paix fragile que nos ancêtres ont gagné au prix fort. À l’image de ces 57 soldats tombés au Mali dans un conflit qui ne les concernait pas directement et pour lequel la France a beaucoup engagé, à la demande expresse des autorités locales. Un détail qui n’aura pas troublé Omar Sy, infatué de sa parfaite hauteur morale.

De la droite prétendument souveraino-non alignée à la gauche diversitaire, il y a bien un fil rouge et une communauté d’esprit : la victimisation permanente. Pendant ce temps, les véritables victimes de la guerre continuent de recevoir les drones iraniens et les obus russes.

La mort se met au vert

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Nouvelle tendance : aux États-Unis, la société Recompose permet de transformer les cadavres en compost humain. 


Il y a dans certaine écologie une anthropologie utilitariste poussée à l’extrême, un rationalisme scrupuleux et quasi maléfique qui nous laissent pantois. Ainsi, l’entreprise Recompose, basée à Washington, s’est spécialisée dans le « compostage humain » ; lequel a l’extrême avantage de diminuer l’empreinte carbone du mort, de régler définitivement ce problème empoisonnant de places dans les cimetières et de proposer à la famille un mètre cube de terre riche en nutriments ; soit 36 sacs de bon engrais pour planter arbres ou enrichir bacs à jonquilles.

Le cadavre, dûment déposé dans une cuve et entouré de copeaux de bois, de luzerne et d’herbe à paille va gentiment pourrir pendant trente jours ; au terme desquels il ne ressuscitera pas mais sera soumis à un processus de ventilation, de chauffage et de climatisation, après qu’on lui a dûment brisé les os restants et qu’on a analysé le contenu de la boîte, en espérant, bien sûr, que le corps n’ait pas disparu…

A ne pas manquer, notre nouveau numéro en kiosques: Causeur: Arrêtez d’emmerder les automobilistes!

Si en Suède, le compostage humain est déjà légal, si au Royaume Uni, les enterrements naturels – où un corps est enterré sans cercueil ou avec un cercueil biodégradable – sont permis ; en France ce procédé reste interdit. Elisabeth Lamure, sénatrice LR du Rhône, avait interpellé le gouvernement à ce sujet, mais le ministère de l’Intérieur avait estimé que « son introduction en droit interne soulèverait des questions importantes, tenant notamment à l’absence de statut juridique des particules issues de cette technique ».

Élémentaires, les particules… Un statut juridique pour nos restes ? Et pour le cadavre initial, il n’y a rien ?  Rien pour nous soustraire à cette chosification définitive de l’être humain ?

Espérons, du moins, qu’à défaut d’une empreinte carbone par trop élevée, la personne ainsi traitée aura laissé sur la terre des empreintes d’une autre qualité…

La sottise des élites

Rien n’est à attendre du macronisme empli de vide prétentieux. Le président gadget ne proposera jamais que des riens bavards: Conseil national de la refondation (boycotté par la droite et des syndicats), conventions citoyennes de béotiens, grands débats cornaqués… Il y a urgence à arrêter la casse.


Emmanuel Macron, réformiste ? La blague. L’auteur de Révolution restera dans l’histoire de la chute française comme le président des « petits gestes » : se laver les mains, porter le masque, éviter le sèche-linge, préférer le col roulé, etc. Confronté à ce moment vertigineux d’un pays qui s’écroule, le chef de l’État contemple le désastre les bras ballants. Néron, au moins, savait jouer de la lyre. Des sons débordent de la bouche élyséenne, dans une jactance commune aux impuissants. Pendant ce temps, les citoyens se laissent gagner par un sentiment d’abandon. Le 8 décembre, le président a cru utiliser les mots justes pour répondre à l’écho de cette détresse humaine. Il a tweeté : « Ce qui guide mon action, c’est de protéger nos concitoyens, de protéger notre jeunesse. Je vous réponds donc : banco, nous allons le faire. » Mais il répondait à l’animateur de télévision Christophe Dechavanne qui lui demandait d’étendre la gratuité des préservatifs aux mineurs. « Il a dit banco ! » s’est félicité immédiatement Clément Beaune, le ministre délégué aux Transports. Le macronisme a définitivement capoté ce jour-là.

Il n’y a plus que l’armée qui tienne encore debout. Et encore… Les autres grandes institutions s’effondrent. Macron a lui-même cassé en 2022 le peu qui fonctionnait encore : l’ENA, le corps diplomatique, les préfets. En avril 2021, vingt généraux en retraite s’étaient fait taper sur les doigts pour avoir alerté : « L’heure est grave, la France est en péril […]. Notre honneur aujourd’hui tient dans la dénonciation du délitement qui frappe notre pays. » Délitement : le bon diagnostic. Mais ce mal affecte également la défense : les stocks militaires, épuisés entre 2007 et 2016, n’auraient pas été reconstitués (rapport de l’IFRI) en dépit de la montée des tensions internationales. Nos munitions, expédiées pour partie en Ukraine agressée, n’assureraient que quelques jours de canardage en cas de conflit. Pour le reste, tout tombe en bottes : l’école, l’hôpital, la justice, la sécurité, l’industrie, l’économie, la cohésion nationale. Les Français doivent se préparer à ressortir les bougies et les mitaines, en cas de coupures d’électricité. C’est une France saccagée, sabotée par ses propres dirigeants, qui se tiers-mondise dans une impressionnante accélération de l’histoire.

A lire aussi: SNCF / grève de Noël: et si Jupiter était coupable?

J’exagère ? Voici trente ans et plus que j’entends la rengaine. Mais ce ne sont plus seulement les « déclinistes » – ainsi nommés par ceux qui ne voulaient rien voir – qui radotent sur la nation fragile, la brutalité des humanitaristes, l’iniquité de la préférence étrangère. Nombreux sont ceux qui reconnaissent désormais que la France ne se relèvera pas indemne des maltraitances qu’elle reçoit des fanatiques de la société ouverte et indifférenciée. Dans Le Figaro du 5 décembre, Jacques Julliard, divine surprise, est venu en renfort des mal-pensants. Il écrit : « Notre déclin, nous l’avons fabriqué de nos propres mains, par démagogie sans doute, mais surtout par inintelligence des situations et même, disons le mot au pays qui s’enorgueillit sans cesse du rôle de ses intellectuels, par la sottise la plus difficile à combattre, celle des gens intelligents. » Cette sottise des élites est au cœur de la chute. La France n’est plus reconnue dans le monde que pour sa baguette et pour son équipe de foot. Julliard serait-il devenu « populiste » en marquant sa rupture avec la classe moutonnière, ses errements idéologiques, sa « dégénérescence » ? Saluons le (lent) parcours de l’homme de gauche. Il ne lui reste plus qu’à reconnaître qu’il parle comme les « réacs » et les « ploucs ». En attendant, le paysage intellectuel est un champ de ruines. « L’intellectuel français est mort », avait prévenu Régis Debray (D’un siècle l’autre). Une certitude : le salut ne viendra pas de ceux qui, toujours en place, nous ont plongés dans cette horrible époque.

Une guerre civile menace la France [1]. Elle a entamé depuis longtemps ses répétitions générales, à travers les affrontements lancés quotidiennement par la contre-société immigrée contre la France et ses indigènes. Même le sport, présumé pacificateur, sert de prétexte aux nouvelles intifadas. C’est la nation arabe, fédérée autour de l’équipe du Maroc, qui s’est affirmée lors du Mondial et qui a parfois cherché l’affrontement en France. L’ancien patron des services secrets, Pierre Brochand, le reconnaît lui-même dans un texte remarquable de lucidité publié le 6 décembre dans FigaroVox: « J’estime que, de tous les défis qu’affronte notre pays, l’immigration est le seul qui menace la paix civile. »

A lire aussi: La droite gaulliste peut-elle disparaître ?

Le pays fracturé est laissé à un président immature qui s’énerve d’être contrarié. « Il est méchant », avait dit de lui Manuel Valls avant de lui faire la danse du ventre. Il est aussi obtus, insensible aux souffrances existentielles de son peuple. Macron a dénoncé l’autre jour, visant Éric Zemmour qui venait de le critiquer, ceux qui « falsifient » l’histoire. Mais lui-même reprend cette fable propagandiste d’une France qui « a toujours été un pays d’immigration ». Son projet de loi sur l’immigration, qui sera discuté en janvier, ne fera pas obstacle à la poursuite du peuplement de masse qui change la population. En 2020, 28,7 % des nouveau-nés avaient au moins un parent extra-européen, selon Michèle Tribalat. En 2017, 80 % des jeunes de La Courneuve étaient d’origine étrangère. À ce rythme, que restera-t-il de la France française à la fin du siècle ? Au mieux, quelques réserves de Gaulois, ces nouveaux Indiens rescapés du génocide culturel.

Rien n’est à attendre du macronisme empli de vide prétentieux. Le président gadget ne proposera jamais que des riens bavards : conseil national de la refondation (boycotté par la droite et des syndicats), conventions citoyennes de béotiens, grands débats cornaqués. L’urgence pour les Français est d’arrêter la casse, en chassant au plus vite les démolisseurs. Je veux croire que Bernanos a encore raison : « On ne refera pas la France par les élites, on la refera par la base. »


[1] De l’auteur, La guerre civile qui vient, Pierre-Guillaume de Roux, 2016

La Guerre Civile Qui Vient

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D'un siècle l'autre

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La revanche d’un homme timide

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Inauguration d'une statue de René Goscinny, dans le 16e arrondissement de Paris, janvier 2020 © ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

Vous avez jusqu’au 13 janvier pour (re)voir l’émission Rembob’INA consacrée à Goscinny sur le site de LCP Assemblée Nationale.


À tous ceux qui nous interdisent d’affirmer que « c’était mieux avant ! », je conseille de visionner le Rembob’INA dédié à René Goscinny (1926-1977) disponible sur le site Internet de La Chaîne Parlementaire depuis Noël dernier. Quel cadeau ! Quel miracle ! Quelle fantaisie à la fois pétillante d’intelligence et si friable d’émotions ! Tous les possédés de la modernité y prendront une potion d’humour, de légèreté nostalgique, de distance poétique, de divertissement élégant, en un mot, de talent à l’état brut. Quand le vrai talent frappe, nous sommes reconnaissants d’avoir été touchés par cette grâce-là. Nous disons simplement : merci pour Astérix, pour le Petit Nicolas, pour Oumpah-Pah, pour « Le Viager », pour « Les Gaspards », pour les Dingodossiers, pour avoir ensoleillé notre jeunesse sans avoir essayé de nous acheter. Votre exigence scénaristique Monsieur Goscinny était l’assurance d’une éducation qui refusait la démagogie et la mièvrerie. 

Cravate en toute circonstance

Trop souvent aujourd’hui, dans la confusion mentale qui règne à la télé et ailleurs, le talent est gonflé à l’hélium, il est survendu, chargé en matières grasses, honteusement surévalué. C’est une denrée bien commune. N’importe quel ânonneur prétentieux se prévaut du statut d’artiste qui le protège et nous oblige à ne pas le gifler. Créateurs médiocres et poseurs vindicatifs viennent perturber nos écrans pour nous vendre une chanson, un livre, un film avec la certitude d’être des génies. Leur impolitesse aurait quelque chose de comique si nos nerfs n’avaient pas été mis à rude épreuve par trente années de fausses gloires. Nous sommes fatigués par tant d’approximations et d’œuvres bâclées. N’entre pas qui veut dans le domaine des dieux de la création ! Goscinny était un véritable génie qui ressemblait à un directeur financier et s’exprimait dans un français académique. Ce bourgeois bon teint, timide et rieur, avait des manières de seigneur. Sa dissidence ne s’affichait pas dans des vêtements trop voyants ou une coupe à l’iroquoise (il portait le costume et la cravate en toutes circonstances), mais bien dans ses histoires folles et émouvantes, à la frontière du gag et des larmes, dans cet entresol que les déracinés possèdent en héritage. Les idées jaillissaient de son cerveau à la vitesse de la lumière. Ce n’est pas pour rien que le petit gaulois tempétueux fut envoyé en orbite sous la forme d’un satellite artificiel. Goscinny a inventé une langue et un rythme, un prisme enchanteur qui a conditionné notre émancipation. Il fut l’égal d’un Disney ou d’un Chaplin dans l’irradiation du merveilleux. 

A lire aussi, Georgia Ray: «Vortex», sur France 2: au temps pour nous

Remettez-nous ça sur le service public

Sans lui, la BD serait restée un art mineur réservé aux enfants. Franquin l’affirme : « Il a ouvert une porte ». Alors, passez une soirée en sa compagnie, ça ne se refuse pas. La qualité des programmes des années 1970 saute aux yeux, on savait être inventif et joueur, audacieux sans donner des leçons. Rembob’INA a exhumé des trouvailles, comme ces quatre mini-chroniques diffusées avant le journal d’actualités durant les vacances de Noël 1976 et 1977 sur une musique signée Gérard Calvi. Scènes de la vie quotidienne et délires domestiques, petits riens qui faisaient tout le sel de notre humanité joyeuse. Dans la chronique intitulée « Les déjeuners d’affaires », on revoit notamment, avec plaisir, Pierre Desproges et Jean-Claude Arnaud de la Comédie française se goberger avec indolence, s’empiffrant de cailles, les inondant abondamment d’un coulis tentateur. La présence de Jacques Monod à cette table est de nature à me ravir. Remettez-nous ça sur le service public ! Rembob’INA a également déniché une rareté datée de 1975.  « Tac au tac » de Jean Frapat est une partie de cadavre exquis qui oppose Uderzo et Goscinny face à la paire Greg & Dany. Cette joute dessinée impressionne par sa virtuosité et son esprit. 

A relire, du même auteur: Bretécher, le jour d’après

Le programme est aussi l’occasion de revenir sur l’amitié et la collaboration professionnelle avec Pierre Tchernia. Ils ont été les pionniers du film d’animation en France. Un portrait tourné par Antenne 2, à la fois dans l’appartement du maître et à son bureau de patron de Pilote, vient clore cette soirée. « Un auteur qui dirige un journal, ça n’existait pas […] je peux leur parler (à ses auteurs) d’égal à égal » avoue-t-il sans élever la voix. Après avoir vu cette série de reportages, nous pouvons tous affirmer en chœur que Goscinny est un monument national.      

Goscinny : la création dans tous ses états, sur LCP

Et maintenant, voici venir un long hiver...

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Embrouille royale

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D.R

La directrice de l’ONG Sistah Space, reçue au palais royal de Buckingham, prétend y avoir été victime de racisme. Elle est désormais accusée d’appropriation culturelle.


Au moment où Harry et Meghan, à travers leur série prétendument documentaire diffusée sur Netflix, essaient d’ébranler la monarchie britannique par des accusations de racisme, la cause de la maison royale n’a pas été aidée par une nouvelle charge, toujours de racisme.

Cette dernière a été portée contre une ancienne dame de compagnie de la reine, Lady Susan Hussey, par la directrice d’une ONG, après une réception au palais de Buckingham organisée par la reine consort Camilla, le 29 novembre. Ngozi Fulani aurait fait l’objet d’un questionnement insistant de la part de l’employée bénévole de la couronne, 83 ans, qui voulait savoir d’où elle venait « réellement ».

Fulani, née en Angleterre, se plaignant sur les réseaux sociaux et dans les médias, Lady Susan a été contrainte de démissionner immédiatement et, par la suite, de participer à un tête-à-tête avec la directrice au palais royal afin de lui présenter ses excuses en personne. Pourtant, l’identité culturelle que la victime elle-même affiche est en réalité très complexe. Lors de la réception, elle était affublée d’un costume excentrique, comprenant une peau de léopard et un grand collier de dents d’animal, symbolisant sans doute un panafricanisme anachronique. Son vrai nom est Marlene Headley, un nom représentatif de la culture antillaise dont elle est issue. Son nom d’emprunt jumelle deux noms africains difficilement réconciliables : les Fulani ou Peuls sont un peuple répandu dans toute l’Afrique occidentale ; Ngozi est un nom courant parmi les Igbo du sud-est du Nigeria où, victimes d’une véritable igbophobie, ils sont engagés dans un conflit violent avec les Peuls. Certains Noirs britanniques sont allés jusqu’à accuser Ngozi Fulani d’« appropriation culturelle ».

Enfin la publicité qu’a attirée la plainte de la directrice s’est retournée contre elle. Suite à des accusations sur les réseaux sociaux de mauvaise gestion financière, alors que son ONG a reçu des dons importants, les autorités publiques préparent des contrôles supplémentaires de ses comptes.

« Think tanks »: les partis politiques ne peuvent-ils plus penser eux-mêmes?

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Pexel

Non, la possibilité de penser, de réfléchir sur des sujets n’est pas exclusivement réservée aux think tanks. Néanmoins, il revient aux partis politiques de le démontrer.


Une nouvelle fois je vais embrasser une cause que d’aucuns affirment désespérée. L’énorme succès des think tanks, leur influence considérable, la multitude des téléchargements sur certains thèmes, par exemple « anatomie du wokisme » ou « évaluation du risque Le Pen », seraient le signe que les partis ne savent plus répondre à la demande intellectuelle et politique. Et qu’ils seraient dépassés par ces cercles, cénacles, fondations, où penser représente l’activité principale, voire exclusive.

Le dépassement du clivage gauche/droite, ça va bien deux minutes

J’espère que ce constat est faux, dans son pessimisme sans nuance, et que les partis dont on annonce avec une amère volupté le déclin, le faible impact démocratique et, pour tout dire, le caractère inutile, sauront résister à ce nouveau front ouvert contre eux. Je ne parviens d’ailleurs pas à comprendre pourquoi on s’obstine avec un tel acharnement à nier toute chance, à dénier tout futur, à ces structures partisanes consubstantielles à la République et qui pourraient, si on s’attache à LR et aux socialistes, se résumer par la lutte du principe de liberté contre l’exigence d’égalité. Et d’autant plus que le prétendu dépassement de la droite et de la gauche a fait long feu.

Il me semble un peu facile d’admettre comme une vérité républicaine que la profondeur, la prospective, l’intelligence, les réflexions à long terme, seraient réservées aux think tanks. Comme s’il était impossible pour les partis, au moins de tenter, d’emprunter partiellement les mêmes chemins. Mais partiellement puisque les partis ont pour ambition de ne pas se contenter des concepts, même dégagés à la suite de délibérations collectives, mais de les concrétiser. Un parti, ce sont des idées destinées à modeler l’avenir en attendant qu’un pouvoir, les exploitant pour en convaincre les Français, leur donne sens et vie.

A lire aussi, Jérôme Leroy: Le monde rêvé d’Emmanuel Macron

Un cercle, un cénacle, c’est à la fois leur force et leur faiblesse, ne sont évidemment pas tenus à refuser les abstractions utopiques, généreuses ou irresponsables. Mais s’ils abusent de cette faculté, ils perdront la crédibilité qui devrait dans tous les cas s’attacher à leurs analyses et à leurs prévisions.

La grande politique engoncée dans les débats politiciens partisans?

Pour que les partis ne se dépouillent pas de ce qui leur offre plénitude et profondeur, encore faut-il qu’ils soient convaincus du fait que rien ne leur interdit en même temps de penser et de projeter, de concevoir et de prévoir. Alors qu’à gauche comme à droite on s’est accoutumé à ce que l’écume politique, la superficialité des antagonismes, la démocratie à fleur de peau tiennent toute la place et relèguent, si même on y songe, l’obligation de parfaitement définir son identité, ses priorités et son corps de doctrine en quelque sorte, en ne perdant jamais de vue que ce dernier est vain si d’emblée il s’avère impossible.

A lire aussi, du même auteur: Que manque-t-il à Eric Zemmour?

Eric Zemmour, sur quelques points fondamentaux, avait vu juste mais, pour ce que la politique doit avoir de réalisable sans déchirer le tissu national, il avait eu tort. Il n’y a aucune impossibilité radicale, pour quelque parti que ce soit, de penser pour mieux agir demain. Il faut cesser, au sein de ces structures collectives de plus en plus exsangues, cette division absurde magnifiant ceux qui se sont présentés aux urnes quel que soit le résultat, et dédaignant ceux qui pourraient les enrichir avec des idées nouvelles.

Rien ne serait pire pour notre avenir politique et parlementaire que l’acceptation de cet appauvrissement qui laisserait la noblesse de l’esprit aux think tanks et « les mains sales » aux partis. Eux aussi – je persiste – méritent d’avoir droit au Tout. En le démontrant.

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Libres propos d'un inclassable

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Les résolutions de Blaise Cendrars

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D.R.

Les résolutions du début d’année, dispensées par Blaise Cendrars. Prenons note de la nécessité de vivre heureux, malgré les épreuves.


D’outre-tombe, Blaise Cendrars nous fait part de ses résolutions. Notre bourlingueur manchot préféré, voyageur parfois imaginaire, a traversé un siècle compliqué et a connu la Grande Guerre où il a laissé son bras droit. Rien, comme Apollinaire, ne l’obligeait pourtant au carnage.

Ce Suisse né à la Chaux-de-Fond en 1887 n’avait plus vraiment l’âge des tranchées mais cela ne l’a pas empêché de s’engager avant d’être réformé en 1915. Une naturalisation l’a récompensé en 1916. Pour la seconde mi-temps de la guerre civile européenne, en 1939, il revient sur le front comme correspondant de guerre dans l’armée britannique. Ensuite, il y aura des voyages, des romans, des poèmes, des souvenirs écrits de la main gauche, de la vache enragée, le goût du Brésil et des soupentes parisiennes.

A lire ensuite, Jean-Paul Brighelli: “Guerre”, ou la fabrique du génie

Tout ça aurait pu le rendre sombre, il se révèle plutôt un émerveillé inquiet devant le métier de vivre.

Sans doute parce que le refus de la mélancolie, comme le montre le poème que nous vous proposons aujourd’hui, est une affaire de volonté. On n’a aucune raison, par les temps moroses et parfois épouvantables qui sont les nôtres, en ces années vingt d’effondrement au ralenti, de se laisser faire. Il convient au contraire de garder dans l’épouvante, le sourire aux lèvres, comme le faisait Blaise Cendrars, il y a presque cent ans.


Feuille de route

Nous ne voulons pas être tristes
C’est trop facile
C’est trop bête
C’est trop commode
On en a trop souvent l’occasion
C’est pas malin
Tout le monde est triste
Nous ne voulons plus être tristes.

Blaise Cendrars, Feuilles de route, 1924

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Mariage des prêtres: quand Jouhandeau explique, Flaubert se moque

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pexels

Alors que des affaires de viol et de pédophilie perpétrées par le clergé refont surface, on retrouve dans l’œuvre de Jouhadeau une explication (loin d’une acceptation) appuyée par l’essayiste Christine Pedotti…


« Le jour où je me retrouverai face à Saint-Pierre, je ne veux pas être celui qui aura mis fin au célibat des prêtres ». Cette déclaration du pape François, pourtant très libéral en matière de mœurs, indique une ligne infranchissable.

Si le problème est ancien, il est devenu plus aigu depuis que le prêtre est au cœur d’une société où tout a changé, sauf sa condition. « Autrefois le prêtre ne quittait guère son église. Il y a passé ses journées à prier, à méditer, quand il n’y faisait pas retentir les orgues. Aujourd’hui on a fait de lui un chauffeur de taxi, un cinéaste, un amateur de sport. Si « saint » veut dire « séparé », du moment que le prêtre ne mène plus une existence à part, il tend à se conduire en profane et de là à profaner sa vocation, il n’y a qu’un pas », constate Marcel Jouhandeau dans Trois crimes rituels pour expliquer, à défaut d’excuser, le crime commis par le curé d’Uruffe qui, en 1953, a assassiné sa maîtresse – mineure et enceinte. Le procès, retentissant, interroge déjà le célibat des prêtres. Aujourd’hui, alors que les affaires de viol et de pédophilie se multiplient dans la sphère ecclésiastique, la question est à nouveau soulevée.

Dans un entretien à Témoignage chrétien, Christine Pedotti remarque : « Évidemment, ce n’est pas parce qu’on n’a pas de femme qu’on va agresser des enfants. Ce n’est pas parce qu’on est frustré d’une relation sexuelle adulte qu’on a des relations pédocriminelles. Mais le célibat des prêtres a quelque chose à voir avec la façon dont l’Église considère la sexualité : c’est là qu’il y a un problème. Imposer la chasteté, c’est imposer une vision de la sexualité comme une chose malsaine ».

« J’en ai connu, des prêtres qui s’habillaient en bourgeois pour aller voir gigoter des danseuses ! » s’exclame le pharmacien Homais dans Madame Bovary. C’est que l’interdiction du mariage favorise le rire gras de l’anticlérical mais ne règle rien, comme d’habitude.

Sans doute faudrait-il en revenir au texte original, celui où, dans l’Évangile, Matthieu fait parler le Christ à propos du mariage : « Tous ne sont pas capables de cette résolution, mais ceux-là seulement à qui il a été donné d’en haut. Car il y a des eunuques qui sont nés tels dès le ventre de leur mère ; il y en a que les hommes ont faits eunuques ; et il y en a qui se sont rendus eunuques eux-mêmes pour gagner le royaume des cieux. Qui peut comprendre ceci, le comprenne. »

Il est sûr que cela ne nous avance pas beaucoup…

A lire aussi: La France ne protège plus ses enfants

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Hommage à Jean-Pierre Millecam

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L'écrivain français Jean-Pierre Millecam (1927-2022), photographié le 21/06/2007 à Paris © ANDERSEN ULF/SIPA

Déchiré entre l’Algérie et la France, l’écrivain Jean-Pierre Millecam, né en 1927, est mort dans l’oubli le plus total le 29 décembre dernier.


Comment ai-je découvert Jean-Pierre Millecam ? Ce fut en 1998 ou 1999 par le détour d’un recueil de textes de 16 écrivains d’Algérie, Pieds-noirs et Arabes, rassemblés par Leila Sebbar,  Une enfance algérienne. Je connaissais tous les auteurs, sauf un, Jean-Pierre Millecam. D’où sortait-il ? Chez les Pieds-Noirs, Camus, Pélégri, Robles, Vircondelet, Roy, et d’autres, tous m’étaient pourtant connus. Mais je n’avais jamais entendu parler de ce  Millecam. Après la lecture du texte sur son enfance, je me précipitai vers la bibliothèque de Montreuil où j’habitais, et j’y trouvais deux gros romans Et je vis un cheval pâle et La quête sauvage que je lus d’une traite, emporté par le souffle et le style, par la dimension épique, par cette aspiration à la fraternité sublimée inscrite dans la réalité de cette Algérie de la guerre mais qui dépassait notablement ce cadre historique, où se conjuguaient attraction et répulsion pour l’Autre, où sang et sexe se mélangeaient, dans un espace littéraire dont les dieux auraient été Homère et Faulkner.

Ecrivain pied-noir pour l’indépendance…

Bouleversé, je n’arrivai pas à comprendre, ayant vécu à Alger jusqu’en 1993, que son nom n’avait jamais été prononcé dans aucune des rencontres sur la littérature, dans aucune publication universitaire, dans aucun article. Kateb Yacine était mon voisin, nous parlions très souvent, mais jamais le nom de Millecam ne fut évoqué. Pourquoi ce blanc, ce silence ? Je téléphonai à des amis, profs de littérature à la fac d’Alger, dont une Pied-noir, et désormais exilés en France pour fuir la barbarie islamiste. Connaissaient-ils Millecam ? Non ! Non ? Non ! Comment cela avait-il été possible ?

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J’obtins son adresse à Nice. Je lui écrivis une lettre enflammée et lui dis mon désir de le rencontrer dès que possible. Il m’invita, chez lui, dans ce salon tapissé de mythologie. Sylvia, son épouse, me remit une liasse d’articles de critiques français dont certains disaient qu’il était nobélisable, et plusieurs de ses autres romans tous publiés chez Gallimard dans les années 70 et 80, tous lus les uns derrière les autres qui me permirent de comprendre que Millecam avait été, parmi les écrivains pieds-noirs, celui qui s’était le plus engagé dans le combat indépendantiste… Cela expliquerait-il qu’en France après la gloire littéraire, lui succéda le silence ? Mais pourquoi donc l’Algérie l’avait-elle aussi ignoré ?

Rejeté par l’Algérie officielle

L’Algérie officielle qui dans son code de la nationalité de 1963 avait légiféré que seuls les musulmans pouvaient devenir Algériens automatiquement, avait certes dû être gênée par cet intellectuel n’appartenant à aucun parti politique qui juste après l’indépendance revint enseigner à Oran, lui qui pour sa sécurité menacée à Tlemcen en 1956, avait été exfiltré par le FLN vers le Maroc. Mais qui plus tard, en 1968, décida de repartir vers le Maroc, ne pouvant supporter la chape de plomb du totalitarisme de type militaire qu’institua le coup d’Etat de 1965.

De plus, dans cette ville, Oran, le jour même de l’indépendance, le 5 Juillet 1962, s’était commis un massacre organisé par des chefs militaires et politiques, et une foule en transe. Un millier de chrétiens et de juifs périrent, qui eux voulaient rester. Millecam en avait été informé par tous les Oranais qu’il côtoyait (entre autres, comme je l’appris, par mon ex-belle famille), tant ce crime collectif pesait sur leur inconscient… Mais qui mieux que Jean-Pierre Millecam pouvait en témoigner, à sa manière, et de quelle manière, dans Et je vis un cheval pâle.

L’Algérie officielle l’avait donc rejeté. Mais pourquoi l’Algérie intellectuelle n’en avait dit mot ? Gênée comme avec le peintre Denis Martinez dont la première expo fut attaquée (physiquement) par ce grand peintre que fut aussi Mohamed Issiakhem, ou comme avec Jean Sénac qui s’était pourtant lui aussi réclamé de l’indépendance (pour laquelle il avait cru devoir sacrifier l’amitié et le soutien d’Albert Camus), moqué par ses collègues pour son homosexualité, et en 1973 assassiné de 23 coups de poignard, meurtre sans doute politique camouflé en affaires de mœurs ?

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Mais qui mieux que Millecam, sut dire le destin lié de la fraternité et de la mort, dans cette citation qui le résume entièrement en tant qu’homme et écrivain, qui pourrait figurer comme épitaphe, et qui provient de cet autre magnifique roman Choral (NRF 1978), pour moi éternel regret de n’avoir pu l’adapter à l’écran ?


« … Et la splendeur de ce sol sur lequel nous avons poussé…
devrait suffire à ramener à leurs dimensions réelles tous nos combats, toutes nos escarmouches,
et à nous enseigner que si nous ne sommes pas à sa mesure,
ce sol risque de nous refuser son ancestrale hospitalité,
non plus seulement à nous-mêmes,
mais aux cadavres que nos corps étaient destinés à fournir,
et ainsi nous n’aurons même pas connu la volupté de nous dissoudre,
au terme de notre vie,
dans la terrible fraternité de la mort…»

Salut Jean-Pierre, Salut Sylvia !

Une enfance algérienne de Leïla Sebbar ( 12 juillet 1999 )

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La quête sauvage

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Choral

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Adieu voiture, bonjour tristesse

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© Patrice Cartier / AFP

Symbole de joie de vivre, de liberté et de virilité triomphante, la voiture est devenue l’ennemie à abattre, la cause de tous nos maux. Bientôt on n’aura le droit de rouler qu’à l’électrique – inabordable pour beaucoup d’entre nous. Une route hasardeuse que refusent d’emprunter Chinois et Américains.


Il est en passe de rejoindre le macho, le raciste et le populiste dans l’enfer des déplorables. L’automobiliste est le nouvel homme à abattre, y compris quand il est une femme (ce qu’il est pour moitié). Un criminel contre l’humanité et plus encore contre la planète.

La voiture, voilà l’ennemi ! Qu’elle soit dans le collimateur des écolos, on n’en attendait pas moins d’eux. Ne nous attardons pas sur le cas d’Anne Hidalgo (traité par Jonathan Siksou) dont l’obsession antibagnole relève de la religion – ou de la pathologie –, ce qui ne l’empêche évidemment pas de se déplacer exclusivement par ce moyen (les contraintes, c’est pour les autres). La voiture est aussi la cible des pouvoirs publics à tous les étages, à commencer par la Commission européenne qui ne ménage pas ses efforts pour nous gratifier d’une « mobilité » (le joli mot que voilà) propre et sûre. C’est à elle qu’on doit en particulier l’interdiction des moteurs thermiques à l’horizon 2035. Or, non seulement la fabrication des batteries est écologiquement très problématique (voir les articles de Léon Thau), mais un enfant comprendrait aisément que le caractère écologique de la voiture électrique dépend du mode de production de l’électricité. Si, comme en Allemagne, celle-ci provient pour une grande part de centrales à charbon, le parc automobile aura beau être 100 % électrique, il émettra toujours du carbone. Si on ajoute que la Commission laisse les constructeurs fabriquer des modèles toujours plus lourds, donc plus polluants, la cohérence de cette usine à gaz est pour le moins discutable.

Quant aux Zones à faibles émissions, destinées à nous protéger non seulement du CO2, mais aussi des particules fines, elles instaureront, dès leur entrée en vigueur en 2025, une France à deux vitesses : aux plus aisés, qui peuvent se payer les derniers modèles, la liberté, tandis que les plus pauvres n’auront plus la possibilité de circuler dans les centres-villes où ils n’ont déjà pas les moyens de résider. Ces salauds de pauvres n’ont qu’à rester à leur place, là où leurs vieilles guimbardes ne menaceront pas nos poumons délicats. La planète a bon dos.

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Cependant, il est fort possible que les inventeurs de cette panoplie de contraintes et d’interdits lui apportent des allègements substantiels, tant nombre des réglementations concoctées par nos crânes d’œuf entrent en collision avec l’impératif proclamé de la réindustrialisation, la justice sociale la plus élémentaire ou le simple bon sens. L’ennui, c’est que les constructeurs, à qui on demande d’abandonner les technologies qui ont fait leur succès, risquent d’y laisser force plumes, surtout que les Chinois, Indiens et autres Américains ne paraissent pas pressés de nous suivre sur le chemin de la rédemption climatique. Auteur d’un rapport explosif pour la Confédération européenne des syndicats (cité par Le Point [1]), Tommaso Pardi estime que « le secteur automobile européen est aujourd’hui confronté à la transformation la plus radicale et potentiellement perturbatrice de son histoire ». Selon lui, pour l’industrie automobile européenne, le moteur thermique représente 25 % de la valeur ajoutée et 40 % de l’emploi, qui sont donc directement menacés, même si à Bruxelles, on claironne que des millions d’emplois verts pallieront leur disparition. Quant aux automobilistes qui s’efforcent déjà d’être vertueux, ils pourraient revivre l’épisode du diesel, qu’on les a incités à acquérir avant de les sommer de le mettre à la casse.

On me dira que la lutte contre le réchauffement climatique n’est pas une option. Certes, mais encore faudrait-il admettre que, même dans cette matière absolutiste, on doit faire un calcul coûts/avantages. Si pour « sauver la planète », il faut plonger l’humanité dans une ère de régressions diverses et les troubles qui l’accompagneraient, il n’est pas certain que le jeu en vaille la chandelle. Du reste, on n’a pas besoin de trancher ce débat pour observer que la voiture est, selon Jean-Marc Jancovici lui-même, responsable de seulement 6 % des émissions de CO2 à l’échelle de la planète (9 % selon Greenpeace). En France, cette part passe à 15 %, mais c’est parce que, grâce aux beaux restes de notre filière nucléaire, nous sommes déjà avancés dans la vie décarbonée.

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Quoi qu’il en soit, personne ne semble plus vraiment croire que le grand remplacement automobile sera mené à bien en 2035. Peu importe, comme le fameux canard au cou coupé, les eurocrates et leurs subordonnés nationaux continuent à courir. En caquetant que tout ira bien.

Cependant, on aurait tort de penser que la croisade antibagnole obéit exclusivement à une logique rationnelle. Pour beaucoup, il ne s’agit pas d’avoir des voitures plus propres (objectif parfaitement légitime), mais de les faire progressivement disparaître de la surface de la terre. Il suffit d’observer la délectation avec laquelle des maires écolos chassent l’automobiliste d’un espace public désormais dévolu à une inextricable jungle de vélos, trottinettes (décrétées problème sanitaire majeur par l’Académie de médecine) et autres pousse-pousse, le piéton étant le cocu de cette révolution verte. Leur croisade revêt une dimension culturelle et même idéologique, peut-être inconsciente d’ailleurs. S’ils détestent la voiture, ce n’est pas seulement parce qu’elle est polluante et climatogène, mais parce qu’elle conjugue deux caractéristiques de la vie humaine qui défrisent nos Verts au plus haut point : la liberté et le plaisir (voir à ce sujet les textes de Thomas Morales, Colombe Magniez et Marc Menant). Épris de vitesse, vice qui cumule l’inutilité et la dangerosité, le chauffeur est un fieffé individualiste qui refuse de concéder l’intégralité de son être à la collectivité. En prime, avant de devenir le péché mignon de ces dames, l’auto a longtemps été l’expression la plus répandue de la masculinité toxique. Personnage de romans, omniprésente au cinéma, où elle permet de dater n’importe quel film, depuis son invention elle confère à chaque décennie un peu de son empreinte visuelle. Bref, comme le dit Jacques Séguéla, la voiture a une âme. Il serait bien triste qu’on la vende aux anges qui nous gouvernent.


[1] Jacques Chevallier, « Voitures électriques : l’auto-censure de l’Europe », Le Point, 16 décembre 2023.

Omar Sy: victime… de sa propre bêtise

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Omar Sy © Rebecca Cabage/AP/SIPA

Omar Sy est-il victime de racisme? C’est une question que la gauche française ne se pose plus. Elle y répond par l’affirmative… 


En cause, les critiques reçues par l’acteur actuellement en pleine promotion du film “Tirailleurs”, qui, comme son nom l’indique a pour sujet les contingents africains de la Première guerre mondiale. N’ayant pas vu le film, je n’en parlerai pas. Je me bornerai donc ici à l’examen d’une déclaration d’Omar Sy relative à la guerre d’invasion de l’Ukraine par la Russie et à l’opinion générale des Français quant à l’ordre du monde.

Des idées, ça il en a, lui il pense…

Pour Omar Sy, rendu célèbre par son duo avec le visage pâle Frédéric Testot sur Canal + et plus encore par son rôle dans le mélo “Intouchables”, les Français seraient un peu égoïstes et peut-être, mais il ne faut pas le dire trop fort, racistes : « L’Ukraine n’a pas été une révélation dingue pour moi, expliquait Omar Sy au quotidien Le Parisien. Comme j’ai de la famille ailleurs, en Afrique, je sais qu’il y a toujours eu des enfants en guerre, des familles brisées. Ça n’a jamais cessé depuis la Seconde guerre mondiale. Ça veut dire que quand c’est en Afrique, vous êtes moins atteints. Petit, j’ai été traumatisé par le conflit Iran-Irak, j’ai grandi avec ces images horribles. On a l’impression qu’il faut attendre l’Ukraine pour qu’on s’en rende bien compte. Les copains, je vois ça depuis que je suis tout petit. Mais quand c’est loin, on se dit que là-bas ce sont des sauvages. »

A ne pas manquer, notre nouveau numéro: Causeur: Arrêtez d’emmerder les automobilistes!

Omar Sy n’est pas comme nous autres, pauvres ploucs que nous sommes. Lui, il n’a pas attendu l’Ukraine pour savoir qu’il y avait des guerres dans le monde. Il a grandi avec les images de la guerre Iran-Irak, comme nos parents avec celles venant du Viet Nam. Il sait. Il est concerné. Il a de la culture. Il a du cœur. Il s’intéresse aux damnés de la terre, il se dit même qu’il avait ramené 3 kilos de riz Taureau Ailé pour les Somaliens affamés quand il était collégien. Vu de sa ville natale de Trappes en banlieue parisienne comme d’Hollywood où il réside actuellement, la France de l’intérieur doit ressembler à un petit village gaulois peuplé de Grolandais. Des sauvages qui voient de la sauvagerie là où il n’y en a pas, méprisant le continent africain tout en passant dans leur vieille Renault cabossé “Le Bon Temps des Colonies” de Michel Sardou.

Étrange Ukraine

L’Ukraine, ça parle à tous ces gens qui décidément n’aiment rien tant que ceux qui leur ressemblent. Tiens, les Ukrainiens par exemple. Blancs et blonds, à en croire les clichés du moins. Puis, ils sont éduqués eux, ils jouent du violon dans les sous-sols de Kiev quand ils sont bombardés. À la réflexion, tout ça ne serait-il pas un peu suspect ? Des blancs victimes d’une agression ? On nous a pourtant bien expliqué que les blancs n’étaient jamais victimes, toujours coupables et bourreaux. Rien que ça, c’est un peu étrange. Et puis, ils ont l’air bien nationalistes ces Ukrainiens. Il parait même que certains d’entre eux utilisent des symboles varègues liés à leur histoire, donc des runes de sinistre réputation, appartenant aux domaines germains et slaves.

On tient une idée là. D’ailleurs, Vladimir Poutine et les officiels russes répètent qu’ils combattent en Ukraine pour tous les opprimés, pour les anti-impérialistes. Mieux : contre le nazisme ! Ils le disent en chœur avec leurs soutiens hexagonaux depuis le déclenchement de l’invasion. La Russie n’est pas alignée sur l’Occident, elle ne fait que sauver les « russophones du Donbass ». Le plus vicieux là-dedans étant que la Russie, comme la Chine, n’hésite pas à affirmer que les Européens sont solidaires de l’Ukraine, alors qu’ils sont indifférents quand il y a des guerres ailleurs. C’est l’un de leurs éléments de langage les plus récurrents : « Ah, on ne vous entendait pas pour l’Irak (remplacer par n’importe quel autre conflit des 40 dernières années) ».

Omar Sy a donc repris le mot d’ordre le plus bête et le plus indécent des Russes, tout en salissant un peu le peuple dont il serait l’une des « personnalités préférées » à en juger par les sondages. Les critiques qui le visent n’ont pas de rapport avec sa couleur de peau mais avec sa bêtise satisfaite d’elle-même. D’abord, il est parfaitement légitime que les Français se sentent plus concernés par un conflit qui a lieu près de chez eux, dans un pays qui affiche une proximité culturelle réelle avec le leur. Ensuite, ce n’est pas un conflit habituel. Il implique une puissance nucléaire menaçante et aurait fait jusqu’à présent près de 150 000 morts dans des batailles d’une intensité militaire peu commune depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, et inédites depuis 75 ans. Le courage et le patriotisme des Ukrainiens ont marqué les Européens, de même que ces femmes et enfants qui sont venus se réfugier chez nous – ça change des migrants multi-condamnés, faussement mineurs et tous de sexe masculin.

Bonjour Tristesse et Waly Dia soutiennent Sy

« C’est pas ce que je dis qu’on attaque, c’est moi. Le problème c’est ce que je suis. Je refuse de me justifier car je ne dois rien à personne, je suis Français », a dit à Yann Barthès un Omar Sy tirant les rames après une nouvelle promolémique – si vous me pardonnez le néologisme – dont il a le secret. Un mot d’ordre sagement suivi par de nombreux influenceurs de gauche, ou, on ne sait comment les définir, issu des « cultures urbaines ». Nous pouvons notamment citer un certain Waly Dia, semble-t-il humoriste si l’on en croit Wikipedia : « La polémique d’extrême droite à chaque sortie d’Omar Sy c’est redondant. Un peu d’audace, de créativité. Nous méritons de meilleurs racistes ! ».

A lire ensuite, Didier Desrimais: Sandrine Rousseau déménage à Pantin

Un hurleur narcissique et vidéaste répondant au surnom de « Bonjour Tristesse » y est aussi allé de son petit message convenu, indiquant qu’Omar Sy avait raison et que certains journalistes étaient en désaccord parce qu’ils seraient intrinsèquement… racistes. Apprendront-ils un jour la loi de proximité ? Visiblement pas car ils sont totalement internationalistes, voire ethnomasochistes pour les plus allumés. Malheureusement, les Ukrainiens ont eu le mauvais goût d’être blancs pour ces gens-là. Pis, ils sont les victimes d’une brutalité aussi injuste qu’inouïe… tout en montrant des ressources de combativité incroyables et en ne réclamant que des armes pour rendre les coups. Ils ne remplissent aucune case.

Au fond c’est cela qui dérange beaucoup de monde. Une journaliste appelée Laura-Maï Gaveriaux s’est ainsi interrogé sur une Ukraine irriguée par une « esthétique de la guerre », s’inquiétant de l’état d’esprit futur des jeunes du pays. Oui, une guerre transforme les mentalités. Gageons qu’en France aussi, la guerre d’Ukraine nous apprenne à être un peu plus conscients de la paix fragile que nos ancêtres ont gagné au prix fort. À l’image de ces 57 soldats tombés au Mali dans un conflit qui ne les concernait pas directement et pour lequel la France a beaucoup engagé, à la demande expresse des autorités locales. Un détail qui n’aura pas troublé Omar Sy, infatué de sa parfaite hauteur morale.

De la droite prétendument souveraino-non alignée à la gauche diversitaire, il y a bien un fil rouge et une communauté d’esprit : la victimisation permanente. Pendant ce temps, les véritables victimes de la guerre continuent de recevoir les drones iraniens et les obus russes.

La mort se met au vert

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© Recompose

Nouvelle tendance : aux États-Unis, la société Recompose permet de transformer les cadavres en compost humain. 


Il y a dans certaine écologie une anthropologie utilitariste poussée à l’extrême, un rationalisme scrupuleux et quasi maléfique qui nous laissent pantois. Ainsi, l’entreprise Recompose, basée à Washington, s’est spécialisée dans le « compostage humain » ; lequel a l’extrême avantage de diminuer l’empreinte carbone du mort, de régler définitivement ce problème empoisonnant de places dans les cimetières et de proposer à la famille un mètre cube de terre riche en nutriments ; soit 36 sacs de bon engrais pour planter arbres ou enrichir bacs à jonquilles.

Le cadavre, dûment déposé dans une cuve et entouré de copeaux de bois, de luzerne et d’herbe à paille va gentiment pourrir pendant trente jours ; au terme desquels il ne ressuscitera pas mais sera soumis à un processus de ventilation, de chauffage et de climatisation, après qu’on lui a dûment brisé les os restants et qu’on a analysé le contenu de la boîte, en espérant, bien sûr, que le corps n’ait pas disparu…

A ne pas manquer, notre nouveau numéro en kiosques: Causeur: Arrêtez d’emmerder les automobilistes!

Si en Suède, le compostage humain est déjà légal, si au Royaume Uni, les enterrements naturels – où un corps est enterré sans cercueil ou avec un cercueil biodégradable – sont permis ; en France ce procédé reste interdit. Elisabeth Lamure, sénatrice LR du Rhône, avait interpellé le gouvernement à ce sujet, mais le ministère de l’Intérieur avait estimé que « son introduction en droit interne soulèverait des questions importantes, tenant notamment à l’absence de statut juridique des particules issues de cette technique ».

Élémentaires, les particules… Un statut juridique pour nos restes ? Et pour le cadavre initial, il n’y a rien ?  Rien pour nous soustraire à cette chosification définitive de l’être humain ?

Espérons, du moins, qu’à défaut d’une empreinte carbone par trop élevée, la personne ainsi traitée aura laissé sur la terre des empreintes d’une autre qualité…

La sottise des élites

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Emmanuel Macron / ©Brendan Smialowski/AFP

Rien n’est à attendre du macronisme empli de vide prétentieux. Le président gadget ne proposera jamais que des riens bavards: Conseil national de la refondation (boycotté par la droite et des syndicats), conventions citoyennes de béotiens, grands débats cornaqués… Il y a urgence à arrêter la casse.


Emmanuel Macron, réformiste ? La blague. L’auteur de Révolution restera dans l’histoire de la chute française comme le président des « petits gestes » : se laver les mains, porter le masque, éviter le sèche-linge, préférer le col roulé, etc. Confronté à ce moment vertigineux d’un pays qui s’écroule, le chef de l’État contemple le désastre les bras ballants. Néron, au moins, savait jouer de la lyre. Des sons débordent de la bouche élyséenne, dans une jactance commune aux impuissants. Pendant ce temps, les citoyens se laissent gagner par un sentiment d’abandon. Le 8 décembre, le président a cru utiliser les mots justes pour répondre à l’écho de cette détresse humaine. Il a tweeté : « Ce qui guide mon action, c’est de protéger nos concitoyens, de protéger notre jeunesse. Je vous réponds donc : banco, nous allons le faire. » Mais il répondait à l’animateur de télévision Christophe Dechavanne qui lui demandait d’étendre la gratuité des préservatifs aux mineurs. « Il a dit banco ! » s’est félicité immédiatement Clément Beaune, le ministre délégué aux Transports. Le macronisme a définitivement capoté ce jour-là.

Il n’y a plus que l’armée qui tienne encore debout. Et encore… Les autres grandes institutions s’effondrent. Macron a lui-même cassé en 2022 le peu qui fonctionnait encore : l’ENA, le corps diplomatique, les préfets. En avril 2021, vingt généraux en retraite s’étaient fait taper sur les doigts pour avoir alerté : « L’heure est grave, la France est en péril […]. Notre honneur aujourd’hui tient dans la dénonciation du délitement qui frappe notre pays. » Délitement : le bon diagnostic. Mais ce mal affecte également la défense : les stocks militaires, épuisés entre 2007 et 2016, n’auraient pas été reconstitués (rapport de l’IFRI) en dépit de la montée des tensions internationales. Nos munitions, expédiées pour partie en Ukraine agressée, n’assureraient que quelques jours de canardage en cas de conflit. Pour le reste, tout tombe en bottes : l’école, l’hôpital, la justice, la sécurité, l’industrie, l’économie, la cohésion nationale. Les Français doivent se préparer à ressortir les bougies et les mitaines, en cas de coupures d’électricité. C’est une France saccagée, sabotée par ses propres dirigeants, qui se tiers-mondise dans une impressionnante accélération de l’histoire.

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J’exagère ? Voici trente ans et plus que j’entends la rengaine. Mais ce ne sont plus seulement les « déclinistes » – ainsi nommés par ceux qui ne voulaient rien voir – qui radotent sur la nation fragile, la brutalité des humanitaristes, l’iniquité de la préférence étrangère. Nombreux sont ceux qui reconnaissent désormais que la France ne se relèvera pas indemne des maltraitances qu’elle reçoit des fanatiques de la société ouverte et indifférenciée. Dans Le Figaro du 5 décembre, Jacques Julliard, divine surprise, est venu en renfort des mal-pensants. Il écrit : « Notre déclin, nous l’avons fabriqué de nos propres mains, par démagogie sans doute, mais surtout par inintelligence des situations et même, disons le mot au pays qui s’enorgueillit sans cesse du rôle de ses intellectuels, par la sottise la plus difficile à combattre, celle des gens intelligents. » Cette sottise des élites est au cœur de la chute. La France n’est plus reconnue dans le monde que pour sa baguette et pour son équipe de foot. Julliard serait-il devenu « populiste » en marquant sa rupture avec la classe moutonnière, ses errements idéologiques, sa « dégénérescence » ? Saluons le (lent) parcours de l’homme de gauche. Il ne lui reste plus qu’à reconnaître qu’il parle comme les « réacs » et les « ploucs ». En attendant, le paysage intellectuel est un champ de ruines. « L’intellectuel français est mort », avait prévenu Régis Debray (D’un siècle l’autre). Une certitude : le salut ne viendra pas de ceux qui, toujours en place, nous ont plongés dans cette horrible époque.

Une guerre civile menace la France [1]. Elle a entamé depuis longtemps ses répétitions générales, à travers les affrontements lancés quotidiennement par la contre-société immigrée contre la France et ses indigènes. Même le sport, présumé pacificateur, sert de prétexte aux nouvelles intifadas. C’est la nation arabe, fédérée autour de l’équipe du Maroc, qui s’est affirmée lors du Mondial et qui a parfois cherché l’affrontement en France. L’ancien patron des services secrets, Pierre Brochand, le reconnaît lui-même dans un texte remarquable de lucidité publié le 6 décembre dans FigaroVox: « J’estime que, de tous les défis qu’affronte notre pays, l’immigration est le seul qui menace la paix civile. »

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Le pays fracturé est laissé à un président immature qui s’énerve d’être contrarié. « Il est méchant », avait dit de lui Manuel Valls avant de lui faire la danse du ventre. Il est aussi obtus, insensible aux souffrances existentielles de son peuple. Macron a dénoncé l’autre jour, visant Éric Zemmour qui venait de le critiquer, ceux qui « falsifient » l’histoire. Mais lui-même reprend cette fable propagandiste d’une France qui « a toujours été un pays d’immigration ». Son projet de loi sur l’immigration, qui sera discuté en janvier, ne fera pas obstacle à la poursuite du peuplement de masse qui change la population. En 2020, 28,7 % des nouveau-nés avaient au moins un parent extra-européen, selon Michèle Tribalat. En 2017, 80 % des jeunes de La Courneuve étaient d’origine étrangère. À ce rythme, que restera-t-il de la France française à la fin du siècle ? Au mieux, quelques réserves de Gaulois, ces nouveaux Indiens rescapés du génocide culturel.

Rien n’est à attendre du macronisme empli de vide prétentieux. Le président gadget ne proposera jamais que des riens bavards : conseil national de la refondation (boycotté par la droite et des syndicats), conventions citoyennes de béotiens, grands débats cornaqués. L’urgence pour les Français est d’arrêter la casse, en chassant au plus vite les démolisseurs. Je veux croire que Bernanos a encore raison : « On ne refera pas la France par les élites, on la refera par la base. »


[1] De l’auteur, La guerre civile qui vient, Pierre-Guillaume de Roux, 2016

La Guerre Civile Qui Vient

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