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Belgique: transgenres… au berceau

En Belgique, deux associations proposent des guides destinés à plusieurs tranches d’âge d’enfants, pour éveiller à leur sexualité et… à la théorie du genre. Ces documents seront distribués dans toutes les écoles de la Belgique francophone.


En matière de théorie du genre, le système éducatif belge est à la pointe, grâce à un guide d’Éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle (EVRAS), qui vise à donner aux enfants « une information fiable, impartiale et exhaustive », développer leur esprit critique et les aider à « construire leur identité ».

D.R

Le document, destiné à être distribué aux enseignants en Belgique francophone, a été rédigé par la Fédération laïque des centres de planning familial et O’YES (Organization for Youth Education & Sexuality), une association qui cherche à sensibiliser les jeunes à la « santé sexuelle ». Selon le ministère de l’Enseignement, le document n’est pas encore finalisé, mais il est disponible sur un site dédié à l’éducation sexuelle et le sens général du projet est évident. Rédigé inévitablement en écriture inclusive, le programme est divisé en quatre parties : 5-8 ans, 9-11 ans, 12-14 ans et 15-18 ans.

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Pour les enfants de 5 à 8 ans, les notions de stéréotype et d’identité de genre apparaissent, distinctement du sexe biologique. Que faut-il donc leur apprendre ? « Prendre conscience que son identité de genre peut être identique ou différente, se rapprocher, s’éloigner, correspondre, ne pas correspondre, différer, osciller de celle assignée à la naissance. » Une note en petite police conseille d’aborder « en parallèle » le développement du corps humain. Après avoir défini leur genre, les enfants de 9-11 ans en apprendront sur les « identités de genre » et « l’importance de l’autodétermination ». Ainsi, les « cisgenres », « transgenres », les « non-binaires » et « agenres » font leur apparition. Dans la catégorie « Savoir-Être », il est question de « reconnaître que les partages de sextos et/ou de nudes peuvent être excitants et être source de plaisir ». Rappelons qu’il s’agit toujours de la catégorie « 9-11 ans ».

Quelle que soit la version finale du guide, il est clair que la pression des ONG pour détruire les catégories traditionnelles du genre ne se relâche pas.

Un peu de tenue!

La noblesse, ce n’est plus ce que c’était! Le Prince Harry est un roturier dans l’âme, incapable de laver son linge sale en famille.


Nous ne sommes plus à l’évidence au Théâtre du Globe, et que les Windsor s’entretuent devant la terre entière n’en fera pas des héros shakespeariens. L’impudeur du couple de « rebelles » à qui l’exhibition planétaire de ses tourments intimes rapporte énormément d’argent, donne en revanche raison à Antonin Artaud constatant qu’à notre époque, tragique entre toutes, « personne n’est plus à la hauteur de la tragédie »[1]. On ne leur en demandait d’ailleurs pas tant, à ces héritiers pleurnichards, mais on était en droit d’espérer qu’appartenant (au moins par alliance) à la vieille noblesse ils se comporteraient dignement, comme on l’attendrait d’ailleurs de n’importe quel être humain moins titré : un peu de tenue, par pitié ! C’en est même à ce point d’indécence que les snobs, jadis raillés pour être « sans noblesse » (sine nobilitate), font figure d’aristocrates dès lors que des nobles se comportent de façon aussi ignoble. Car le snobisme, assumé comme tel, implique un sens de l’esthétique et un souci de soi interdisant qu’on se vautre dans la fange : snobs et dandies, même combat ! On imagine aisément Baudelaire éructant devant ce déballage de turpitudes royales et familiales, lui qui s’inquiétait déjà de ce que l’amour immodéré de l’argent conduise à « l’avilissement des cœurs » [2], et voyait dans l’invention de la photographie le miroir tendu au narcissisme des bourgeois !

Roturier… dans l’âme

À quoi bon faire à ce propos le procès des médias, et d’un système de communication devenu aussi fou que pervers ? Rien de cette exhibition impudique n’eût été possible, il va sans dire, à l’époque où il fallait des jours, des mois parfois, pour qu’un message parvienne à son destinataire. On lavait donc d’abord son linge fin, mais sale, en famille, et c’était bien ainsi.  L’histoire de certaines de ces familles avait toutefois quelque chose de si exceptionnel qu’elle valait de n’être pas oubliée ; et s’il se trouvait dans les parages un Sophocle ou un Christopher Marlowe pour la raconter, la narration de ces désordres domestiques devenait publique et s’inscrivait parfois dans le patrimoine culturel offert à toute l’humanité, en guise d’exemple à suivre ou de mise en garde : ce qu’ils ont fait, vécu, gardez-vous de l’imiter car il y va de votre vie ou de votre honneur ! Entre honneur et noblesse le lien était pour ainsi dire sacré, et le rôle des nobles était de le faire perdurer, quitte à devoir accueillir dans leurs rangs les roturiers qui avaient su, eux aussi, le cultiver. Un titre nobiliaire était donc davantage qu’un changement d’état civil, ou qu’un bijou précieux dont on se pare sans s’être engagé à en honorer la valeur, réelle et plus encore symbolique. Car roturier, on peut aussi le rester dans l’âme, en dépit de tous les ennoblissements possibles.

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Il va de soi que le pouvoir exorbitant des médias ne serait pas ce qu’il est sans l’appétit insatiable des consommateurs de détails salaces et de scandales, d’autant plus retentissants qu’ils concernent des têtes couronnées censées se montrer exemplaires alors que certaines d’entre elles ne font plus que de la figuration dans une société qui n’en a que faire. Ce goût pour les relents de caniveau, jadis imputé à la « populace », semble même accru par la démocratisation de l’information qui met chacun(e) en position de tout savoir sur tout, et plus encore sur ce que les puissants prétendraient cacher. À la jouissance de voir la noblesse prise en flagrant délit de mensonge, d’adultère ou d’abaissement moral, s’ajoute le plaisir d’avoir été soi-même enquêteur, voire s’il le faut inquisiteur. N’a-t-on pas participé heure après heure, sur son smartphone, à la mise à mort sociale des coupables présumés et au triomphe de la vérité sur les cachotteries de palais et les mensonges d’État ? Comment dès lors convaincre les foules, attendant goulûment les révélations qu’elles pressentent déjà fracassantes du Prince Harry, que lire son livre est avant tout une faute de goût ? Donnez plutôt le montant de son achat à la Fondation Brigitte Bardot, ou à toute œuvre caritative de votre choix !

Des nobles, pour quoi faire ?

Peu importe donc ce qui est vrai ou faux dans cette histoire sans panache qui ne regarde que les Windsor, et qui n’aurait jamais dû éclabousser le monde de ses rancœurs et de ses accusations meurtrières. Qui sont-ils, après tout, ces deux nantis exilés de leur plein gré en Californie, sinon les gestionnaires d’un héritage historique dont il leur appartenait de ne pas démériter ? Or, on ne peut à la fois faire commerce de ses affects, monnayer la divulgation savamment différée de prétendues « révélations », distiller son poison pour faire durer le plaisir de salir et de détruire, et prétendre représenter une noblesse qui doit de nos jours apporter la preuve qu’elle n’est pas obsolète : des nobles, pour quoi faire ? Car le plus grave est sans doute là, qui ne concerne pas seulement la pérennité de la monarchie britannique : dans le fait de jeter un discrédit définitif sur la noblesse d’esprit et de cœur qu’on attend de tout être humain, et plus encore de ceux et celles à qui la naissance a généreusement octroyé un statut social privilégié, mais qui démontrent leur inutilité lorsqu’ils se comportent comme n’importe quel maître-chanteur, dénonciateur, calomniateur. Comme des gens très ordinaires en somme, qu’on ne recevrait pas chez soi si on savait de quoi ils sont capables.

Le mot de la fin revient donc à Pascal, méditant sur les grandeurs d’établissement lorsqu’elles masquent l’absence de grandeurs naturelles : « Il n’est pas nécessaire, parce que vous êtes duc, que je vous estime, mais il est nécessaire que je vous salue »[3]. Restons-en donc au salut dont devront se contenter les Sussex en guise de droits d’auteurs. Car la Duchesse prépare elle aussi, nous dit-on, son brûlot…

Le Suppléant

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Jung et la gnose

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[1] Antonin Artaud, Œuvres complètes, Paris, Gallimard, t. V, 1964, p. 51.

[2] Charles Baudelaire, « Mon cœur mis nu », Œuvres complètes, Paris, Éditions du Seuil (« L’Intégrale »), 1968, p. 629.

[3] Blaise Pascal, Trois Discours sur la condition des Grands, Œuvres complètes, Paris, Gallimard (« Bibliothèque de la Pléiade »), 1954, p. 619.

Les lettres érudites de l’anti-Gide

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La correspondance de l’auteur de Sixtine – « l’anti-Gide » – atteste qu’il préfigurait par maints aspects Paul Valéry – qui s’en est souvenu avec Monsieur Teste.


On a été bluffé par l’édition de cette Correspondance de Gourmont (1858-1915). Certaines lettres étaient connues – les Lettres à Sixtine en particulier – mais la plupart sont inédites. On se doit de signaler, en majesté, Vincent Gogibu pour le travail de titan accompli. Non seulement collationner les lettres, les retrouver, les déchiffrer, mais son travail de notes sur chaque lettre : stupéfiant. Ce Monsieur sait tout de Gourmont, peut-être même est-il plus son contemporain que le nôtre, tant rien, de Gourmont et de ses amis, ne semble lui être étranger.

Cette Correspondance, ce sont 1200 lettres, plus de 200 destinataires et un découpage judicieux : années de jeunesse (1867-1889), années symbolistes (1890-1899), maturité (1900-1909), réclusion (Gourmont est défiguré par un lupus tuberculeux depuis le début des années 1890) et l’Amazone (Natalie Clifford Barney) (1910-1915) – Gourmont meurt à 57 ans, après avoir dirigé une foultitude de revues (dont une, avec Jarry, L’Ymagier) et publié une centaine de volumes.

L’autre « contemporain capital »

Au fil de ces lettres, on (re)découvre l’amant délicat et l’ami généreux et attentif, on retrouve le Gourmont érudit, sollicité en son temps par les plus grandes revues internationales, aussi bien dans le monde latino-américain qu’en Europe, fêté par Ezra Pound et T.S. Eliot ou, plus tard, par Cendrars et Apollinaire.

On en veut un peu à Gide qui en fit un rival de choc, qui créa La NRF en partie pour faire concurrence et pièce au Mercure de France, LA revue la plus associée au nom de Gourmont et dont il fut une des signatures les plus éminentes (avec Léautaud) pendant presque trente ans.

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Gide n’aimait pas Gourmont s’il le considérait. Point de tension : « Gourmont était du côté de la raison, de l’esprit, de l’intelligence et de la quête de vérité » (fût-elle contradictoire, mais Gourmont revendique, comme Baudelaire, le « droit de se contredire »). Et Gide, « du côté de l’art, de la littérature et de la beauté ». Et la postérité a éclipsé l’autre « contemporain capital » qu’était Gourmont. Breton et les surréalistes ont sans doute aussi tenu leur rôle, qui considéraient Gourmont comme un homme du passé, et sa littérature, de même. Lorsqu’on relit Le Livre des Masques aujourd’hui, on se pince. Les surréalistes aussi, parfois, ont manqué de vista.

Vincent Gogibu dans sa préface recrue de renseignements le suggère : Gourmont avec Sixtine, roman de la vie cérébrale a sans doute préfiguré Valéry et Monsieur Teste. Oui, Gourmont, l’homme de la dissociation des idées, le « prince des sceptiques », « l’anarchiste littéraire », qui présuppose, dans tout ce qu’il écrit, un lecteur actif, devance, à sa façon, un certain Valéry (le rédacteur des Cahiers). Gourmont ou le chainon manquant d’une longue histoire, de Voltaire à Valéry ? Voire.

Une correspondance très riche

Reste que c’est peut-être comme animateur de revues et comme amant-amoureux que sa Correspondance nous en apprend le plus. Ses assiduités auprès de sa Sixtine (Berthe de Courrière, son égérie), sa cousine éloignée Marthe, sa maîtresse, Mme Avril, et l’Amazone (l’autre égérie, le baume de la fin de sa vie) : que d’attentions, de délicatesse, de prévenance, de douceur chez Gourmont alors.

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On relève, au hasard de ses correspondants – ce qui donne une idée de la richesse de la somme – Octave Mirbeau. Il faut lire les échanges de lettres au moment de la polémique sur Le Joujou Patriotisme de Gourmont pour voir combien tout ce petit monde n’a guère changé – et pour prendre la mesure du dévouement de Mirbeau dans cette affaire. Mais aussi Ghéon, Gide, Francis Jammes, Mallarmé, Léon Bloy (mais ni Villiers qu’il connut, ni Huysmans avec qui il finit par se brouiller), René Quinton et Edouard Dujardin (avec lesquels il tente, dans La Revue des idées, de « faire le pont entre la littérature et la science »), son ami André Rouveyre, Barrès, Valette (l’homme du Mercure de France), Eekhoud (aujourd’hui injustement négligé), Maurice Denis, Félix Valloton… ou Léautaud qui, à raison, considère que « célébrer Gourmont, c’est célébrer l’intelligence ». Sachons gré à Vincent Gogibu et aux Éditions du Sandre d’y avoir contribué, avec une témérité et une audace qui obligent.

Remy de Gourmont Correspondance – deux volumes : T.1 (1867-1899), T.2 (1900-1915) Réunie, préfacée et annotée par Vincent Gogibu – Éditions du Sandre, 480p. et 686p.

Correspondance: Tome 1, 1867-1899

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Correspondance: Tome 2, 1900-1915

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Greta et les écolocrates ont ressuscité Einstein… Pour notre plus grand malheur

Jean-Paul Oury est de retour en librairie, avec un nouvel essai s’attaquant aux gardiens de la révolution verte. Ne le dites pas à Hugo Clément! 


Jean-Paul Oury a encore frappé. Dans son avant-dernier livre, Greta avait « tué Einstein ». Dans celui qui vient de paraître, Greta l’a ressuscité. Mais, ne vous réjouissez pas trop vite…

Il avait montré il y a deux ans comment les écologistes avaient dénigré la « science prométhéenne » pour imposer des pseudos solutions labellisées « made in nature ». Aujourd’hui, il vient nous expliquer que les mêmes, en manipulant « la science », sont en passe de devenir des apprentis dictateurs pour mener leur projet de décroissance de l’économie.

Le règne des collapsocrates

Oury a longuement étudié les écrits et les discours des amis de Greta et de ceux qui, inlassablement, essayent de leur résister. Il est d’ailleurs l’un des plus fins connaisseurs français de ces penseurs livrant bataille contre le catastrophisme écologiste. Il les a lus bien avant qu’ils soient, pour certains, traduits en français et c’est ainsi que, juché sur les épaules de ses héros, il livre bataille contre ceux qui voudraient soumettre le bon peuple.

Au fil des pages, il décortique la pensée des apprentis dictateurs qui ont en commun de parler et d’agir au nom de la « Science ». Pour faire taire les oppositions, ils ont trouvé cette astuce imparable : lorsque la « Science » a parlé, il faut se taire et s’exécuter. Ainsi les « climatocrates », les « covidocrates », les « biodiversitocrates », les « collapsocrates », les « algorithmocrates », comme Oury les appelle, sont les serviteurs de la « Science », cet Anneau de pouvoir conçu pour « les gouverner tous ».

Steven Koonin, cet ancien conseiller de Barack Obama rappelle que « plus nous apprenons sur le climat, plus cela nous paraît terriblement compliqué » (…) Les seules politiques valables sont en réalité celles qui consistent à s’adapter et plus une société est développée (et donc moins elle emprunte la voie de la décroissance) et plus elle sera à même de le faire….

Au nom du climat, il faut engager d’urgence une décroissance de l’économie comme le suggère le climatocrate en chef français, Jean-Marc Jancovici, celui qui ne cesse de confondre météo et climat pour mieux troubler les esprits. La messe serait dite : le GIEC, voix de la Science dans ce domaine, confirmerait la catastrophe. Les médias relaient avec zèle le message de la divine instance en déformant tout sur son passage. Tout événement météorologique devient le signe de la catastrophe climatique en marche… Oury sort alors avec justesse ses cartes maîtresses.

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D’abord celle de Steven Koonin, cet ancien conseiller de Barack Obama qui, dans son best seller, récemment traduit en français, rappelle que « plus nous apprenons sur le climat, plus cela nous paraît terriblement compliqué ». Une chose paraît pourtant claire : les modèles mathématiques utilisés en « science du climat » ne sont pas fiables… Les incertitudes sont telles qu’il est strictement impossible de « fournir des informations quantitatives fiables à propos des risques (…) et des conséquences et bénéfices de l’accroissement des gaz à effet de serre sur le système terrestre ».  Dans ce contexte, conduire une politique pour essayer de « maîtriser » le climat est une gageure.

Oury abat ensuite la carte Bjorn Lomborg, cet environnementaliste danois qui, dans son ouvrage Fausse Alerte (False alarm), nous fait comprendre que toutes mesures pour essayer de limiter les émissions ne serviraient à rien : « si toutes les nations tiennent toutes leurs promesses » de la COP21, « les températures ne seront réduites que de 0,05% » ! Les seules politiques valables sont en réalité celles qui consistent à s’adapter et plus une société est développée (et donc moins elle emprunte la voie de la décroissance) et plus elle sera à même de le faire. Il précise d’ailleurs que l’obsession de la réduction du CO2 est une catastrophe pour les pays pauvres, incapables de construire les infrastructures résilientes et protectrices…

Le Covid, ce n’est rien à côté de ce qui vous attend

Après le climat, Oury a l’intelligence d’évoquer la crise sanitaire qui a vu l’émergence des « covidocrates ». Bien sûr, on lui en veut de nous remémorer ces mauvais souvenirs, mais il nous fait comprendre que ce que nous avons subi pendant deux ans « en petit », nous pourrions le vivre « en grand » avec la généralisation de politiques écologiques coercitives… Au nom de la Science, les gouvernants ont soumis les peuples en agitant les peurs sans laisser de place à la médecine. Cette dernière n’est pas une science et encore moins la Science, la médecine est une pratique, un art qui utilise tant bien que mal la démarche scientifique. En lieu et place des blouses blanches faisant danser les diagnostics et les traitements sur une scène de guerre improvisée, nous avons eu des militaires hurlant des certitudes sur un terrain quadrillé. Ce fut le martyr du corps et de l’esprit : l’enfermement entre quatre murs et dans des raisonnements simplifiés et l’injection de « vérités scientifiques » et d’ARN messager. La panoplie des mesures coercitives fut invraisemblable entre le masque obligatoire, les couvre-feux, les condamnations morales et le passe sanitaire.

Sur le vaccin, Oury se fait centriste comme s’il ne voulait froisser personne. Il n’y avait aucune raison, plaide-t-il, de traiter d’antivax primaires les personnes qui se méfiaient de ce vaccin ou qui s’interrogeaient sur la stratégie vaccinale. En même temps, il ne peut s’empêcher de voir dans le vaccin l’un des résultats les plus probants de cette science qu’il nomme « prométhéenne » et qui s’oppose à l’Anneau de pouvoir des apprentis dictateurs. Ainsi parle-t-il de la « redoutable efficacité » de l’industrie pharmaceutique pour « mettre au point des vaccins efficaces » et même d’une « solution technologique (qui) nous a permis d’échapper au règne des solutions contraignantes qu’avaient retenues les covidocrates ». Oury aurait dû constater que son Prométhée s’est fait berner : ce n’est pas le feu sacré qu’il a volé aux Dieux, mais le feu follet. Ce vaccin a été d’une redoutable inefficacité, les pays qui l’ont utilisé massivement ont réussi l’exploit de battre le record de contamination alors que la très grande majorité de leurs populations étaient vaccinées. On ne peut passer non plus complètement sous silence des effets secondaires déplorables sur des populations bien portantes. Les myocardites n’ont pas été rares et les perturbations du cycle menstruel ont été légion. On s’étonne d’ailleurs du peu d’écho médiatique de ces dernières calamités quand on connaît l’extraordinaire (et assommante) passion pour la mise en valeur du malheur des femmes… Les laboratoires furent des covidocrates comme les autres ou, à tout le moins, leurs alliés. Pouvoir et argent ont toujours fait bon ménage.

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Oury nous introduit ensuite à la biodiversitocratie. Là encore, il faut lui en savoir gré d’oser remettre en cause cette nouvelle lubie. Le catastrophisme fait feu de tout bois et est en train d’ériger la biodiversité au rang du climat. Nous serions en train de vivre la 6ème extinction de masse et sans une action déterminée, consistant bien sûr à alourdir les contraintes tout azimut, nous allons vivre (ou plutôt mourir) dans un désert biologique. Le dispositif se met en place : l’IPBES, équivalent du GIEC pour le climat, est créé, le CNRS et le Muséum d’Histoire Naturelle, en bons serviteurs de l’Anneau, apposent le sceau de la Science sur le diagnostic de l’apocalypse et les médias relaient avec entrain. Les biodiversitocrates peuvent maintenant gouverner par la peur. Oury a raison. Il est un signe qui ne trompe pas : le climatocrate en chef, Jean-Marc Jancovici, avec son cabinet Carbone 4, a récemment développé un axe « biodiversité ». Dans la boîte à outils du parfait petit dictateur qu’il met à disposition des politiques, au côté du « bilan carbone », va bientôt trôner le « bilan biodiversité ». Les outils pour nous couper les jambes étaient déjà là, voilà ceux qui vont nous couper les bras. Nous ne serons bientôt que des hommes troncs, des êtres rampants qui, malgré l’infortune de leur condition, seront fiers de leur innocuité…

Heureusement, il existe là-aussi des résistants comme l’américain Michael Shellenberger ou encore le français Christian Lévêque qu’Oury cite abondamment. Ils soulignent combien l’apport des énergies fossiles a été essentiel pour préserver bon nombre d’espèces et comment les êtres humains ont su en favoriser beaucoup d’autres. Évidemment, leur développement spectaculaire a eu aussi des conséquences désastreuses, mais comment ne pas voir que la biodiversité est depuis la nuit des temps en permanente évolution ? La nature s’adapte aux nouvelles conditions. Jamais sur Terre, il n’y eut d’équilibre. Vouloir conserver la nature comme elle était, la mettre sous cloche, perpétue la croyance d’un état originel qui serait bon par nature. Le nouvel « état » de la nature n’est pas synonyme de catastrophe et vouloir soumettre l’économie pour sauver la « biodiversité » est dénué de sens.

Jusqu’en enfer

Enfin, avec les algorithmocrates, Oury nous offre un voyage en enfer. Toute la panoplie des outils est déjà quasiment opérationnelle pour nous mener, les poings liés, sur le chemin de la décroissance. L’anodin « nutriscore » est un préfigurateur du « Planet-score », un système de notation environnementale développé par l’ADEME. Nous n’aurons bientôt plus à réfléchir, nous suivrons bêtement des codes couleur. Nous avons déjà été si bien dressés par les covidocrates… Nous rentrons, indolents, dans l’ère du crédit social, du passe énergétique et du passe climatique. Avec la complicité des banques, notre bilan carbone sera calculé automatiquement et nous serons contraints à la sobriété jusqu’à ce que le feu repasse au vert.

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Sur 200 pages, Oury a fait danser les « crates ». Qui sont-ils et que nous veulent-ils à la fin ? Ils sont sans doute, nous dit-il en substance, les représentants d’une oligarchie mondiale qui veulent asseoir leur pouvoir à nos dépens. L’explication ne nous convainc pas tout à fait, mais nous n’avons, comme lui, que celle-ci à proposer. Avec lui, nous nous demandons aussi si « les classes moyennes se laisseront (…) domestiquer par cette élite » qui, au mépris des libertés, « veut légiférer au nom de la science ». Pour faire échouer ces funestes desseins, réussiront-elles à former une glorieuse « communauté de l’Anneau » ?

Il y aura un troisième et dernier volet de la trilogie des Greta, nous annonce Oury, à la toute fin. Qu’il disperse alors « gouvernail et grappin » et qu’il se détache de la tutelle de ses héros et de ses pairs. C’est juché sur ses épaules que nous voulons grimper le dernier sommet, comme Frodon sur celles de Sam pour l’ascension de la Montagne du Destin.

Greta a ressuscité Einstein: La science entre les mains d’apprentis dictateurs, VA Press, 2022.

La France se tropicalise, et ce n’est pas pour des raisons climatiques!

Pire qu’un déclin, une métamorphose… Dans un nouvel essai, notre contributeur Driss Ghali supplie les Français d’ouvrir les yeux.


« Que l’on se garde donc de détruire systématiquement ce qui en fait la beauté ! » C’est par cet avertissement que Georges Pompidou achevait sa lettre adressée au Premier ministre Chaban-Delmas pour demander la suspension de l’abattage des arbres le long des routes, notamment celui des platanes, pour qui le président avait une sensibilité particulière. La beauté dont parle Pompidou est celle de la France, de ses paysages si particuliers selon les régions.

Arrêtez d’emmerder les Français !

Pour celui qui avait à cœur de laisser vivre les Français loin des « emmerdements » provoqués par les normes sécuritaires et hygiénistes dont la perspective inflationniste commençait déjà à se dessiner, ce désir de préserver ces platanes qui habillent les routes du midi, n’était guère mué par une sorte de fanatisme écologiste mais par un profond attachement à ce qu’est et doit demeurer la France.

La France était alors considérée comme un chêne ou un platane, De Gaulle puis Pompidou en étaient les jardiniers attentionnés, prenant soin de ses racines enfoncées dans la terre du passé comme de ses branches pointant vers le ciel de l’avenir.

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C’est par cette métaphore sylvestre que Driss Ghali évoque également la France mais en prenant un autre type d’arbre plus ramassé. Autre époque, autre France, autre arbre. En 50 ans, la France est passée d’un chêne majestueux à un bonsaï rabougri.


La comparaison résonne fortement avec l’effondrement dramatique de notre souveraineté à tous les étages : de notre parc nucléaire saccagé à l’hôpital public tiers-mondisé en passant par nos boulangeries sacrifiées sur l’autel du marché européen de l’électricité. Dans son dernier livre, Français, ouvrez les yeux !, l’essayiste et auteur de Causeur, dresse le portrait d’une France qui est en train non seulement de décliner mais de perdre son âme. La France, nous dit-il, se métamorphose. Et c’est pire. Car contrairement à la pente du déclin qui malgré tout peut se remonter, la métamorphose, elle, est définitive sans machine arrière possible. 

Le sentiment d’être étranger dans son propre pays

La France se métamorphose pour devenir autre, étrangère à ce qu’elle a toujours été : un pays où naquit un esthétisme architectural et artistique incomparable, un goût prononcé pour le raffinement et l’élégance des manières où la place de la femme était primordiale, une douceur de vivre insufflée par une certaine idée de la gastronomie, des génies littéraires que le monde entier nous enviait, et un paysage varié et marqué par l’héritage de 1 500 ans d’histoire et de catholicisme dont le blanc manteau d’églises caresse encore chaque village français. Ghali jette un regard sans concession tant la rupture avec ce monde d’hier est béante. On se laisse alors emporter par sa plume trempée dans l’encre noire de la colère et de l’amertume.

Pour l’auteur, la mutation de la France porte un nom : la tropicalisation. Notre avenir sera tropical et cela n’a rien à voir avec le changement climatique, ironise-t-il. Certes, cette mutation est en lien avec sa démographie de plus en plus marquée par une immigration de peuplement : « La France n’est plus le pays des Français mais celui d’un peuple d’immigrés » ose Driss Ghali qui évoque sans ambages, au risque d’être accusé de xénophobie (un comble au regard de ses origines marocaines !) par les bonnes âmes immigrationnistes, le « grand remplacement », rappelant que ce concept s’appuie sur une réalité démographique et factuelle. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. 21% de la population française est immigrée ou née d’un parent immigré et 13% est extra-européenne. A titre de comparaison, le Maroc, lui, ne compte que 0,3% d’immigrés dans sa population et la Turquie, 7%. Conséquence : « Marrakech s’est installé dans le 18ème » et les Français sont plus dépaysés que les touristes marocains visitant Montmartre, tacle l’auteur, tel un Zadig à rebours.  

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Mais si la France se tropicalise c’est aussi parce que notre pays partage de plus en plus de caractéristiques avec certains pays de l’Amérique latine, comme l’impunité des élites qui ne sont plus responsables de rien. On l’a bien vu lors fiasco du Stade de France en mai dernier où le ministre de l’Intérieur a ouvertement menti sur la véritable identité des fauteurs de trouble. Autre trait en commun : la favelisation de la société française avec l’ensauvagement des mœurs, l’explosion de la violence gratuite, l’amplification des guérillas urbaines, les règlements de compte entre bandes ethniques rivales sur fond de trafic de drogue. Ghali ne manque pas une occasion de rappeler que la greffe du multiculturalisme ne prend pas sur le sol français et ne peut que dégénérer en une société multiconflictuelle.

Mais pour l’auteur, le trait le plus emblématique de la tropicalisation de la France est le renoncement des élites à préserver ce qui a forgé l’identité, la personnalité, l’idée France comme dirait Hegel… Bref, ce qui fait l’unicité même du pays.

Démission régalienne

Pour Ghali, si la France se métamorphose, c’est parce qu’on a laissé faire. Si la loi du plus fort a détrôné la douceur de vivre à la française, si « chaque métropole française a son Chicago », c’est parce que l’Etat, censé avoir le monopole de la violence légitime, a renoncé à imposer la force régalienne. En convoquant l’histoire, Ghali nous fait mesurer la perte : la France des Rois de France avait réussi à faire reculer la violence primaire par la civilisation des mœurs unique en son genre. Cette démission régalienne ne fait que nous déciviliser. Voilà comment on dilapide l’héritage acquis.
« Les anciens ont fait Versailles, nous on l’a tagué. » Dans l’espoir de sortir les Français de leur léthargie, et qu’ils se rendent compte du changement irréversible qui est en cours, dans l’espoir qu’ils arrêtent de le cautionner par un lâche suivisme moutonnier, Ghali enchaîne ce genre de formules cinglantes. La Boétie n’est pas cité mais sa présence plane au-dessus de la plume de l’auteur. Pour illustrer cette démission volontaire, Ghali prend le cas de l’école. Hier, l’école faisait de nos enfants les descendants de Richelieu et de Molière. Aujourd’hui, on fait tout pour qu’ils soient orphelins. L’héritage historique est remplacé par un héritage traumatique, le lien relié au passé n’est plus chronologique mais psychologique, les récits ne sont plus destinés à cultiver une flamme patriotique mais à entretenir des pleurnicheries victimaires devant une histoire devenue un repoussoir.

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Résultat : « Nos écoles fabriquent des individus qui ne sont plus en mesure d’entrer en résonnance avec le pays où ils sont nés ». Pour Ghali, l’un des instruments de cette dépossession est l’écriture inclusive qui, sous couvert de lutter contre les discriminations sexuelles et sexistes, détricote, en réalité, le fil conducteur qui reliait le présent vécu à la littérature du passé. Bien sûr, Ghali aurait pu également évoquer la politique du « pas de vague » et la culture de l’excuse à l’Education nationale et notamment de son ministre Pap Ndiaye face à l’accroissement des incivilités et actes de violence et la poussée des revendications religieuses. Mais cette crise de l’école mériterait un essai entier, tant les maux sont nombreux. 

Au détour de ces pages crépusculaires, on lit que « renoncer à son identité, c’est renoncer à exister ». Si l’identité de la France est bien son premier atout pour enrayer notre déclin collectif, quand notre pays se réveillera-t-il pour sauver ce qui lui reste ? Le vent de la révolte viendra-t-il de ces gens ordinaires, peuplant la France périphérique, si bien identifiés et analysés par le géographe Christophe Guilly quand ils en auront assez d’être dépossédés, par les effets conjugués de la gentrification et de l’immigration de masse, de leur ville, de leur littoral, de leur statut de référent culturel et de subir de plein fouet les choix politiques idéologiques qui ont mené à la crise énergétique actuelle ? Dans les pas de Georges Pompidou, ce seront peut-être ces dépossédés qui s’opposeront, à leur tour, au grand remplacement des platanes par des champs d’éoliennes…

Français, ouvrez les yeux ! : Une radiographie de la France par un immigré, Driss Ghali, éd. Broché, Livre grand format, 18 janvier 2023, 240 pages.

En Chine, l’ordre passe avant la liberté

Pour les pragmatiques Chinois, le pluralisme n’est pas un préalable à toute chose. L’ordre, si. Le devoir du gouvernement est de l’assurer. Xi Jinping a violé ce contrat et a suscité la colère populaire par l’inhumanité des confinements à répétition. Ni lui, ni le PCC n’oublieront ceux qui ont osé les défier.


Événement rarissime, les Chinois sont descendus dans la rue pour manifester leur colère. Immense courage des manifestants qui savent risquer le bannissement social, l’arrestation et une lourde peine d’emprisonnement. Depuis plusieurs semaines, l’exaspération montait en Chine face aux excès de la politique zéro Covid. De premiers signes de rébellion avaient été constatés, dont le plus spectaculaire, le mois dernier, dans l’usine Foxconn de Zhengzhou où des dizaines de milliers d’ouvriers avaient forcé les barrages pour échapper au confinement et rentrer chez eux à pied.

Les manifestants de la semaine dernière sont allés plus loin dans la provocation. Ils tenaient à bout de bras des feuilles blanches pour dénoncer la censure et l’absence de liberté d’expression. Des slogans anti-Xi Jinping et des appels à la liberté ont également été prononcés, qui ont fait le tour de la toile mondiale.

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Frisson immédiat parmi les commentateurs : assistons-nous au début d’un printemps chinois ? Les Chinois se révolteraient-ils enfin contre le tout-puissant Parti communiste chinois (PCC) ? S’il est toujours possible de rêver à un grand soir contre-révolutionnaire en Chine, il est utile d’essayer d’analyser la situation avec une grille de pensée asiatique. Contre qui, contre quoi, manifestait-on ? Contre les excès de la politique du gouvernement ou contre le régime lui-même ? Ce qui est très différent, même si l’un peut à terme basculer dans l’autre.

Le chaos est l’ennemi

Les Chinois redoutent en permanence le retour du chaos, à l’origine de tant de souffrances au cours de 2 500 ans d’histoire de la Chine. La mission première du gouvernement est d’assurer l’ordre et l’harmonie dans la société, qui permettront le développement de la communauté et l’enrichissement de ses membres. Depuis l’écrasement du soulèvement de Tiananmen de 1989 et durant un quart de siècle, le PCC a assuré un ordre social acceptable par le plus grand nombre, permis une relative liberté individuelle – pour peu qu’on ne touchât pas au rôle dirigeant du parti – et réuni les conditions d’un développement économique spectaculaire qui a profité à tous. Sa légitimité s’en est trouvée confortée.

Dans un tel contexte, la liberté d’expression et le pluralisme politique sont demeurés une revendication de franges intellectuelles minoritaires. Non pas que la masse de la population soit opposée au multipartisme ou ne serait pas heureuse d’avoir le choix entre plusieurs bulletins de vote. Cependant, tant que les dirigeants exercent correctement leur devoir, laissent un espace de respiration suffisant et permettent l’enrichissement des familles, on s’accommode du système en place. Les Chinois sont de grands pragmatiques.

En cela, la société chinoise diffère profondément de la nôtre. Le pluralisme n’est pas un préalable à toute chose en Chine. L’ordre, si. Chez nous, c’est l’inverse.

Une tentative de remettre en cause le pluralisme politique mettrait toute la France dans la rue. L’apprenti dictateur n’aurait pas assez de temps pour faire ses valises et s’enfuir. En revanche, nous nous accommodons relativement bien du désordre. Les égorgements de professeurs ou de curés, la violence qui accompagne chaque manifestation, les 4 000 points de deal et autres zones de non-droit dans tout le pays ne nous empêchent pas de faire nos courses de Noël. Bien sûr, nous n’aimons pas ce désordre et le faisons savoir. Mais nous avons appris à vivre avec. De même, les Chinois ont appris à vivre avec le PCC au pouvoir et font avec.

En revanche, les choses changent si le régime sombre dans la tyrannie ou laisse le chaos s’installer. Alors, le peuple a le droit légitime de demander des comptes, de se révolter. C’est ce qu’il a commencé à faire début décembre. La critique d’une politique peut alors se transformer en critique du régime et le pluralisme apparaître comme une alternative à une dynastie qui aurait perdu le mandat céleste.

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En sommes-nous déjà là ? C’est peu probable. La remise en cause du parti et de son secrétaire général demeure minoritaire, même si la population, au fond de son cœur, n’a que peu d’empathie pour un leader qui lui fait vivre un enfer depuis un an et qui, ces dix dernières années, n’a cessé de réduire les libertés individuelles. Les manifestants chinois n’ont pas manifesté en priorité contre la captation du pouvoir par le PCC, mais contre le caractère insupportable et l’inhumanité de la politique zéro Covid de Xi Jinping.

De trop nombreux événements ont soulevé le cœur des Chinois ces derniers mois : l’envoi en quarantaine manu militari de centaines de milliers de personnes, Covid-positives ou non ; les confinements à répétition, dans 42 villes du pays depuis le début de l’année 2022 ; l’enfermement de centaines de milliers d’ouvriers dans leur usine, sans ravitaillement décent ; cette femme enceinte à qui on a refusé la sortie de son immeuble pour aller accoucher à l’hôpital et qui perd son bébé ; les issues de secours verrouillées dans les immeubles d’habitation ; et la mort par le feu de dix personnes prises au piège d’un immeuble en flammes à Urumqi.

Xi Jinping a abusé du pouvoir accordé à l’empereur. Il a introduit le désordre dans la société, entravé le bon fonctionnement de l’économie, provoqué l’appauvrissement et la souffrance de beaucoup de gens. Bref, par ses abus, le secrétaire général a fait naître le chaos au lieu de préserver l’harmonie. Faute grave, ligne rouge.

La levée précipitée des restrictions, des mesures de cantonnement, la disparition des tentes de test obligatoire, montrent – fait rarissime – que le régime a intériorisé qu’il était allé trop loin, qu’il avait pris le risque d’une rupture dans la société et que les manifestants avaient de bonnes raisons de sortir dans la rue.

Mais Xi Jinping n’est pas homme à se laisser dominer par une foule en colère. Cet épisode n’est pas terminé. L’épidémie circule désormais rapidement dans le pays. Le taux de mortalité va augmenter dans les prochaines semaines. Nous verrons alors si les médias officiels, voire une partie de la population chinoise, ne se retourneront pas contre les manifestants qui auront contraint le gouvernement à baisser la garde. En Chine, la lutte continue.

La piqûre de rappel de Chereau

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Pour ceux qui préfèrent rire que pleurer, le nouvel album d’Antoine Chereau nous (re)plonge dans un feuilleton qui n’est pas encore fini: la crise Covid !


Le nouvel album d’Antoine Chereau, L’Art de la Covid à la française, est un beau bébé. Pas moins de 150 pages de dessins et de citations politiques nous font revivre nos années Covid, de janvier 2020 à la réélection d’Emmanuel Macron en avril 2022. Tout y passe, les déclarations de nos chers ministres : « Le risque d’introduction en France est faible », dixit Agnès Buzyn alors à la Santé, ou encore du président de la République qui, en mai 2020, affirmait que « nous n’avons jamais été en rupture de masques ».

En bon dessinateur de presse, Chéreau se délecte des travers des uns et des autres, des chefs d’entreprises aux petits salariés, des médecins stars des plateaux télés au personnel soignant sommé de faire des miracles avec les moyens du bord.

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Tel un journal tenu semaine après semaine, il croque avec justesse le fameux « moral » des Français, le couple coupé du monde, la famille nombreuse confinée, les vieux abandonnés, les virologues de comptoir, les heurs et malheurs du télétravail, la foire des vaccins, les messages contradictoires, les instructions délirantes : « Les stations de ski ouvertes, mais les remontées mécaniques à l’arrêt » (Bravo Jean Castex !)


… Cette France qui a été la nôtre et que nous ne regrettons pas d’avoir laissée dernière nous se redéploye ici avec le sourire un brin grinçant propre à l’humour noir. On se demande comment on a pu traverser tant d’épreuves, des couvre-feux aux auto-attestations en passant par le port du masque obligatoire en extérieur et le passe sanitaire pour tenter de vivre une vie presque « normale ». Chereau nous démontre une nouvelle fois qu’il est salutaire de s’empresser de rire de tout, et ça marche : L’Art de la Covid à la française est un livre d’histoire drôle pour les générations à venir.

L’Art de la Covid à la française, Pixel Fever Éditions, 2022.

L’Art de la Covid à la française

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Équipe de France: DD ne prend pas encore la clé des champs

Le Bayonnais a été reconduit à la tête de l’équipe de France de football, jusqu’en 2026.


C’est la fin d’un suspense insoutenable. Trois semaines après la finale de Coupe du monde perdue contre l’Argentine, la Fédération française de football a annoncé que le sélectionneur Didier Deschamps prolongeait l’aventure à la tête des Bleus, commencée en 2012, jusqu’en 2026, soit assez de temps pour participer au prochain championnat d’Europe, en 2024, et au prochain mondial nord-américain, dans trois ans et demi.

Totem d’immunité

Ils étaient quelques-uns pourtant, « adeptes du beau jeu » et las du pragmatisme à tout crin de Didier Deschamps, à avoir rêvé d’un changement à la tête de l’équipe de France. Après une série de matches désastreux en juin dernier (2 défaites, 2 nuls), et alors que les affaires se succédaient, des accusations de harcèlement sexuel contre le président de la FFF jusqu’au marabout de Paul Pogba, l’hypothèse d’un fiasco complet lors du mondial qatari raté se dessinait et le nom de Zinedine Zidane comme successeur naturel revenait avec insistance. Noël Le Graët avait posé des conditions sibyllines avant le mondial: « Si on va en demi-finales, c’est lui qui a le choix. S’il se sent motivé pour continuer, on ne discute même pas. Si on n’est pas dans le dernier carré, on discute… Dans cette hypothèse-là, c’est moi qui ai la main. On verra selon les circonstances. (…). Mais si Didier n’est pas dans le dernier carré, il ne reste pas en place de façon certaine ». Entre temps, Deschamps a hissé une deuxième fois consécutive l’équipe de France en finale de Coupe du monde, ce qui lui confère un nouveau totem d’immunité.

Il faut dire que depuis 30 ans, Didier Deschamps est dans tous les bons coups du football français. Au sein de l’Olympique de Marseille en 1993 et de l’équipe de France en 1998 et en 2000, à chaque fois, le même capitaine besogneux, petit milieu de terrain défensif qui ne paye pas de mine, jamais plus de quatre buts par saison mais toujours là à la fin pour aller chercher les trophées dans les tribunes. En 1992, Michel Platini alors sélectionneur des Bleus, l’emmène disputer l’Euro en Suède mais ne voit en lui qu’un « porteur d’eau » techniquement limité. Dans le même temps, à Marseille, Bernard Tapie ne sait pas trop quoi faire non plus de son milieu ; il l’envoie un an en prêt à Bordeaux et cherche à le revendre au premier mercato venu. Quelques mois plus tard pourtant, il est le capitaine phocéen couronné champion d’Europe, à Munich, contre le grand Milan. Dans un rôle de régulation et de compensation au milieu de terrain, Deschamps était le type de joueur que l’on ne remarquait pas vraiment quand il était là mais que l’on regrettait vite quand il n’était pas là. 

Déjà quasiment lieutenant de Jacquet

Biberonné à l’école nantaise de l’esthète Jean-Claude Suaudeau, Deschamps adopte le pragmatisme de l’OM des années Tapie. Un seul dogme: être efficace dans les deux surfaces de réparation. Au soir de la victoire de 1998, Deschamps salue le rôle pionnier de Bernard Tapie: « On lui doit beaucoup, c’est vrai que là-bas (à l’Olympique de Marseille), on a pris une mentalité de gagnants, on a touché du doigt ce qu’était la réalité du football de haut niveau ». Il y a eu ensuite le passage à la Juventus, où Deschamps s’est parfaitement fondu dans le machiavélisme rugueux de la Vieille Dame italienne, alors véritable machine à gagner, y compris des titres litigieux. C’est que, si Deschamps est souvent là pour les coups gagnants, il n’est pas toujours très loin pour les coups douteux. Sur RMC, Daniel Riolo rappelait que Deschamps était dans le secret des dieux lorsque se préparait la grève du bus en 2010, et qu’il se trouvait sur le Phocéa quand Tapie mettait au point sa tentative de corruption d’une partie des joueurs de Valenciennes. En 2018, « Complément d’enquête » revenait sur les grandes années italiennes de Deschamps, et un taux d’hémoglobine qui dépassait parfois de dix points la norme des 42%. Auditionné par la justice italienne, Deschamps ne se dégonfla pas et répondit que ces fortes variations pouvaient s’expliquer par exemple par l’épaisseur de l’aiguille au moment du prélèvement.

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Pour le grand public français, Deschamps, c’est bien sûr 1998. Sur le terrain, il est le lieutenant d’Aimé Jacquet. Dans le film « Les yeux dans les Bleus », on le voit compléter les causeries du sélectionneur, glisser de petits conseils tactiques à Lilian Thuram, à Thierry Henry… Un peu mieux qu’un capitaine, Deschamps est presque l’entraîneur adjoint de Jacquet. S’il s’est défendu d’avoir participé à l’élaboration de la sélection, gare aux joueurs qui ont le malheur de le contrarier lors des joutes de la série A italienne. Lors d’un match Juventus-Milan à quelques mois du début du mondial, Deschamps croise la route d’Ibrahim Ba, pressenti pour jouer la Coupe du monde avec l’équipe de France. Ibou Ba a la bonne idée de répondre à son adversaire du jour, le tout devant Aimé Jacquet, venu assister à la rencontre, qui lui glisse ensuite : « Alors ? C’est comme ça que tu parles à ton capitaine ? ». Ibrahim Ba fit partie des six joueurs exfiltrés de Clairefontaine quelques jours avant le début du mondial. Deux ans plus tard, au crépuscule de sa carrière, Deschamps est encore de la partie pour le championnat d’Europe, mais le poids des ans commence à se faire sentir. Christophe Dugarry lâche : « Deschamps est devenu un handicapé du football, sa roue droite s’appelle Vieira et sa roue gauche s’appelle Petit » ; une petite phrase qui vaudra à l’attaquant une solide inimitié de la part du Bayonnais. Toutefois, Deschamps a montré ses dernières années qu’il n’avait pas la rancœur si tenace, quand son intérêt personnel le réclame, en rappelant quelques bannis, comme Adrien Rabiot et surtout Karim Benzema en 2016, malgré l’accusation de racisme de ce dernier, au terme d’un des romans-photos les plus longs de l’histoire du football français.

La chatte à Dédé

Déjà homme dans la coulisse avant même d’avoir raccroché les crampons, Deschamps enfile logiquement le survêtement d’entraîneur. À Monaco, on se souvient surtout de la campagne européenne 2003-2004, avec une équipe plaisante et très offensive, assez loin de l’étiquette que l’on colle habituellement à DD. En 2012, Deschamps prend enfin les rênes d’une sélection française qui n’en mène pas large. À l’automne, il arrache un match nul miraculeux en Espagne (à l’époque la meilleure équipe du monde) dans une rencontre de qualification pour la Coupe du monde. Platini déclare alors : « Napoléon disait que pour gagner des batailles, il faut de bons soldats et de la chance. Didier en a toujours eu. Je me demande d’ailleurs si quand il est né, il n’est pas tombé dans un bénitier ». La chance, la fameuse « chatte à Dédé », ingrédient pas négligeable des succès de l’équipe de France (même si on aurait aimé la voir ne pas se dérober en 2016 quand Gignac tape sur le poteau en finale de l’Euro contre le Portugal ou lorsque Kolo Muani perd son face à face contre le gardien argentin). 

En dix ans à la tête des Bleus, Deschamps n’a pas réinventé le jeu ; à l’inverse du Catalan Guardiola, Deschamps n’est pas un Salvador Dali du football : il ne fait pas jouer des milieux de terrain à la pointe de l’attaque, ne demande pas à ses défenseurs latéraux d’évoluer dans le rond central sur certaines phases et n’a jamais été tenté de faire jouer un gardien au milieu du terrain. En revanche, il s’est montré expert dans le bricolage d’équipes compétitives en dépit des blessures et des forfaits, comme en 2016 et en bien sûr en 2022. Avec trois finales majeures en six ans dont une gagnée, Deschamps n’a plus grand-chose à prouver et prend peut-être le risque de partir sur une note moins belle dans quelques années. Il faudra remplacer – et ça ne sera pas une mince affaire – les Lloris, Varane, Griezmann, Giroud, sans compter Benzema, qui ne reviendra plus.

Macron au « Papotin »: pas si superficiel

Les Rencontres du Papotin, où le président de la République a répondu aux questions d’autistes, a battu un record d’audience. Un succès mérité, selon Philippe Bilger.


Parfois on a besoin de légèreté, d’éviter les maux de tête que notre monde sécrète et de ne pas donner l’impression de porter la France sur nos épaules… Le hasard a fait que j’ai regardé pour la première fois Les Rencontres du Papotin, sur France 2, où une soixantaine de journalistes autistes questionnent une personnalité, qui est donc confrontée à de l’imprévisible et à des interrogations qui n’évitent rien, même pas l’intime.

Macron pas épargné par les autistes

Emmanuel Macron s’est livré à cet exercice et j’ai trouvé qu’il avait relevé le défi avec classe. Pourtant il n’a pas été épargné. Il a eu droit à tout ce qu’on n’a jamais osé formuler à son sujet, sur l’argent, sur son couple, sur son histoire, ses échecs à l’Ecole normale supérieure…

Sur Twitter, alors que je louais le président et la manière dont il avait affronté l’épreuve, j’ai été vertement critiqué par certains. D’autres ont reproché à Emmanuel Macron son narcissisme et l’ont mis en cause, ainsi que son épouse, pour les péripéties d’une union amoureuse conquise de haute lutte. Pire, on m’a accusé de valider la pédophilie ! Une minorité a dénoncé le caractère dérisoire et insignifiant d’une telle émission, estimant qu’elle n’avait rien à voir avec le vrai journalisme.

S’il est clair que le président n’a jamais été étranger à la volupté d’expliquer, voire d’exhiber qui il était, je persiste cependant. Ces Rencontres ne remplacent pas les séquences purement politiques, mais complètent la vision qu’on a d’Emmanuel Macron, en ajoutant à sa dimension intellectuelle une part psychologique, infiniment personnelle. Elle a le mérite de satisfaire ceux que les médias classiques déçoivent parce qu’ils considèrent que seul le sujet présidentiel serait noble et utile. Ce n’est pas exact ou alors c’est délibérément omettre de quoi est composé l’être de pouvoir: d’âme, d’esprit, de corps, de sang et de chair, d’ombres et de lumières. De frustrations et d’espérances.

Ne faisons pas la fine bouche

J’irais jusqu’à soutenir que certaines des questions posées vont si loin, si profond qu’elles ringardisent les processus traditionnels et en disent plus que ceux-ci sur l’essentiel de la personnalité de l’homme Macron et donc aussi du président. Il faut cesser de faire la fine bouche devant ce qui est trop rapidement méprisé et qui pourtant est très éclairant.

Puis-je continuer sur ce registre frivole en l’aggravant même ? J’ai toujours eu un faible pour Brigitte Bardot à tous ses âges. J’apprécie qu’elle soit devenue cette personne libre, indifférente au politiquement correct, répugnant à tous les hommages traditionnels et seulement soucieuse d’être elle-même. Pour moi – je conçois que la comparaison puisse surprendre, voire choquer -, elle est le contraire, avec sa parole et son tempérament résistant aux modes de la pensée, de la bienséance et du conformisme, d’un Omar Sy.

On peut alors imaginer comme je me suis régalé quand j’ai lu son avis dans le JDD sur le projet de minisérie que France 2 prévoit de lui consacrer : « Je ne suis même pas au courant de ce truc ! Mais je m’en moque : la seule chose qui m’importe, c’est ma vraie vie avec moi dedans, et pas des biopics à la con ». On m’excusera mais quelle respiration, quelle franchise et quelle spontanéité face à ces multiples propos de stars, d’actrices, d’artistes nous étouffant sous les poncifs et les idées obligatoires ! Faut-il que j’aie l’impudence de me placer sous l’égide de Nietzsche, pour plaider la cause de ma frivolité, puisqu’il invoquait « la superficialité par profondeur » ?

Le crépuscule des salauds

On croit que les démocraties sont faibles et que les dictatures sont fortes. Et si ce n’était pas finalement le contraire ? Ce qui domine en Iran, en Chine ou en Russie, c’est la peur, mais elle a peut-être changé de camp. Tremblez, tyrans !…


Il est réconfortant d’imaginer que Xi Jinping, Poutine et Khamenei, le Guide suprême de la République islamique d’Iran, sont profondément vexés et totalement incrédules devant la vague de protestation insolente qui les emportera peut-être. Mais enfin, qui sont ces fous qui descendent dans la rue et qui récusent le système ! Ce désordre est intolérable. On se croirait en France !

Ils sont indignés.

Hier ils paradaient, drapés dans leur doctrine qui avait la vertu de sanctifier leurs méfaits. La démocratie, ha ! ha ! Pourquoi s’emmerder avec des gens qui ne sont pas du même avis que vous ? (Chez nous, Mélenchon pense en gros la même chose, et il enrage que ce soit sans effet sur nos destinées.) Aujourd’hui, ils sont effarés et stupides face à l’événement qu’ils ont fabriqué eux-mêmes. Un événement ? Ce qui fait qu’après, ce n’est plus comme avant ; ça ne dure pas mais ça change tout.

Et si on assistait à un éveil – à un sursaut vital des peuples ?… Cette effervescence, est-ce les prémices d’un déclin des autocraties ?

Peut-être.

C’est un peu plus que du courage. Une forme d’ivresse que l’on se donne par une action insensée. On appelle ça : la témérité. Les plus sages y voient une excitation dangereuse, un penchant vanté naguère dans la cavalerie, mais il n’est pas impossible que les téméraires – dans les rues de Téhéran, de Pékin, de Moscou ou dans les décombres de Kherson aujourd’hui – soient un jour vainqueurs. On se surprend à l’espérer non sans crainte en se souvenant des fictions évanouies du Printemps arabe en 2010-2012 – et de la réaction encourue.

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Mais quand même, soudain le cœur bat plus vite.

Ce qui advient, c’est l’inouï, l’impensable – l’inespéré. Une effraction dans un ordre qu’on croyait immuable. Ce n’est qu’un pressentiment ; cela ne s’appuie pas sur des preuves. Ce sont des présages qui nous sont envoyés d’Iran ou de Chine, de faibles indices, mais qui secouent notre accoutumance. Un autodafé salutaire – des chevelures et des brasiers. Des voix de femmes qui portent en elles la rébellion. Des héroïnes obscures qui bravent l’intangible au nez et à la barbe des tyrans.

Ce qu’on ne peut plus taire, ce qu’il faut réprimer et qui tout d’un coup semble impossible à réprimer, même par la force. Un antidote au mensonge et à la mauvaise foi. Ce qui nous est révélé grâce à ces femmes, grâce aussi à la jeunesse – le ferment des chahuts qui se changent en révolutions –, c’est je ne sais quoi de vil, inhérent au Pouvoir quand il est criminel – mais ne l’est-il pas toujours ?…

Et puis il y a des images – et quelles images !

Que, partout en Iran, des jeunes filles – et des petites mémés ! – jettent leur bonnet par-dessus les mosquées dans un immense feu de joie. Que, par une retentissante paire de claques les mollahs en turban soient décoiffés en pleine rue. Que des milliers de manifestants à Shanghai et à Wuhan brandissent une simple feuille de papier blanc comme une clameur muette ou bien qu’ils s’égosillent hardiment : « Xi Jinping dehors ! » Que des Ukrainiens sous les bombes narguent Poutine, ce gribouille casqué, qui croit que les frontières de la Russie ne s’arrêtent nulle part. Que de jeunes Russes – pas tous bien sûr  –, soucieux de sauver leur honneur (et leur peau), abandonnent leur patrie et fuient la guerre.

Est-ce possible ?

A-t-on jamais vu cela ? N’est-ce pas une exception dans un monde où tout conspire à la mort de l’exception ? Tous ne sont pas des anges, loin de là, mais pour l’heure ils semblent nous annoncer une bonne nouvelle. Et tant pis si Joe Biden ressemble à un gâteux d’opérette et si saint Volodymyr nous agace avec sa face de carême et ses grimaces de martyr – normal, c’est un martyr, il fait le métier !

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Mais pourquoi diable tous ces gens ne pensent-ils qu’à s’insurger ? Par quelle bizarrerie sont-ils soudain fatigués de subir ? Et comment osent-ils ? Ils semblent insoucieux des représailles qui leur sont promises ; on se sent invulnérable quand on n’a plus rien à perdre ; on devient sourd à toute diversion. Et après ? Y aura-t-il même un après ? Ils s’en fichent. Seul le présent existe. Ce sont les dictateurs qui se font du souci pour leur avenir.

Jusqu’à quand pourront-ils exercer la terreur en rêvant de conjurer l’émeute ? Espèrent-ils un miracle ? Ils savent qu’ils ne peuvent ni tuer tout le monde ni mettre tout le monde en prison. Des réformes ? En Chine, on y songe mais on sévit d’abord, par principe. En Iran, il est déjà trop tard. En Russie, il est trop tôt. En Ukraine aussi. Tout n’est que glas, drones et fumées – c’est la guerre !

En attendant, les saturnes, oligarques ou prélats, tremblent dans leur palais – c’est obscène, la peur, quand on ne peut plus la cacher.

Quand ils accusent les manifestants, ces comploteurs !, ces traîtres !, d’être des agents de l’étranger, le monde entier s’esclaffe. Les puissants sont devenus impuissants. Ils se croyaient intouchables, garants de la transcendance et maîtres de l’univers, ils n’en sont que les jouets. Car ce sont les peuples, et les sociétés, qui font l’Histoire. Plus tard on enseignera aux enfants que ces gloires du passé étaient de tristes sires – des escrocs. On ne conservera de leur règne qu’un pâle renom qui servira à compter les années – et le temps perdu.

Quand la peur disparaît, tôt ou tard le système s’effondre. C’est en regardant à la télévision le Mondial – on a depuis censuré les images de foules pavoisant sans masque dans les stades – que des millions de Chinois parqués de force ont compris qu’on leur avait menti. Le dogme du « Zéro Covid » s’est mué en brimade, puis en farce tragique. Ras-le-bol d’être gouvernés comme on fait frire des petits poissons !

Le tyran est donc un imposteur – Voltaire avait raison. Quand il proclame : « Je suis le réel et vous, les gens, vous n’existez pas ! », on le croit d’abord, on se tait, et puis un jour le réel se venge. La peur change de camp. Alors, à force d’inventer un ennemi pour exister, le tyran devient un ennemi pour lui-même. Et un embarras pour son peuple.

On le chasse ou on le tue.

Variante : « Mousse de crevette ! » qui paraît-il sonne joliment en chinois comme le mot « Démission ! ».

L'Amour de la lecture

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Eros, l'encre du désir

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Belgique: transgenres… au berceau

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D.R.

En Belgique, deux associations proposent des guides destinés à plusieurs tranches d’âge d’enfants, pour éveiller à leur sexualité et… à la théorie du genre. Ces documents seront distribués dans toutes les écoles de la Belgique francophone.


En matière de théorie du genre, le système éducatif belge est à la pointe, grâce à un guide d’Éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle (EVRAS), qui vise à donner aux enfants « une information fiable, impartiale et exhaustive », développer leur esprit critique et les aider à « construire leur identité ».

D.R

Le document, destiné à être distribué aux enseignants en Belgique francophone, a été rédigé par la Fédération laïque des centres de planning familial et O’YES (Organization for Youth Education & Sexuality), une association qui cherche à sensibiliser les jeunes à la « santé sexuelle ». Selon le ministère de l’Enseignement, le document n’est pas encore finalisé, mais il est disponible sur un site dédié à l’éducation sexuelle et le sens général du projet est évident. Rédigé inévitablement en écriture inclusive, le programme est divisé en quatre parties : 5-8 ans, 9-11 ans, 12-14 ans et 15-18 ans.

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Pour les enfants de 5 à 8 ans, les notions de stéréotype et d’identité de genre apparaissent, distinctement du sexe biologique. Que faut-il donc leur apprendre ? « Prendre conscience que son identité de genre peut être identique ou différente, se rapprocher, s’éloigner, correspondre, ne pas correspondre, différer, osciller de celle assignée à la naissance. » Une note en petite police conseille d’aborder « en parallèle » le développement du corps humain. Après avoir défini leur genre, les enfants de 9-11 ans en apprendront sur les « identités de genre » et « l’importance de l’autodétermination ». Ainsi, les « cisgenres », « transgenres », les « non-binaires » et « agenres » font leur apparition. Dans la catégorie « Savoir-Être », il est question de « reconnaître que les partages de sextos et/ou de nudes peuvent être excitants et être source de plaisir ». Rappelons qu’il s’agit toujours de la catégorie « 9-11 ans ».

Quelle que soit la version finale du guide, il est clair que la pression des ONG pour détruire les catégories traditionnelles du genre ne se relâche pas.

Un peu de tenue!

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Devanture d'une librairie à Londres, le 10/01/2023 / ©London News Pictures/Shutterstoc/SIPA

La noblesse, ce n’est plus ce que c’était! Le Prince Harry est un roturier dans l’âme, incapable de laver son linge sale en famille.


Nous ne sommes plus à l’évidence au Théâtre du Globe, et que les Windsor s’entretuent devant la terre entière n’en fera pas des héros shakespeariens. L’impudeur du couple de « rebelles » à qui l’exhibition planétaire de ses tourments intimes rapporte énormément d’argent, donne en revanche raison à Antonin Artaud constatant qu’à notre époque, tragique entre toutes, « personne n’est plus à la hauteur de la tragédie »[1]. On ne leur en demandait d’ailleurs pas tant, à ces héritiers pleurnichards, mais on était en droit d’espérer qu’appartenant (au moins par alliance) à la vieille noblesse ils se comporteraient dignement, comme on l’attendrait d’ailleurs de n’importe quel être humain moins titré : un peu de tenue, par pitié ! C’en est même à ce point d’indécence que les snobs, jadis raillés pour être « sans noblesse » (sine nobilitate), font figure d’aristocrates dès lors que des nobles se comportent de façon aussi ignoble. Car le snobisme, assumé comme tel, implique un sens de l’esthétique et un souci de soi interdisant qu’on se vautre dans la fange : snobs et dandies, même combat ! On imagine aisément Baudelaire éructant devant ce déballage de turpitudes royales et familiales, lui qui s’inquiétait déjà de ce que l’amour immodéré de l’argent conduise à « l’avilissement des cœurs » [2], et voyait dans l’invention de la photographie le miroir tendu au narcissisme des bourgeois !

Roturier… dans l’âme

À quoi bon faire à ce propos le procès des médias, et d’un système de communication devenu aussi fou que pervers ? Rien de cette exhibition impudique n’eût été possible, il va sans dire, à l’époque où il fallait des jours, des mois parfois, pour qu’un message parvienne à son destinataire. On lavait donc d’abord son linge fin, mais sale, en famille, et c’était bien ainsi.  L’histoire de certaines de ces familles avait toutefois quelque chose de si exceptionnel qu’elle valait de n’être pas oubliée ; et s’il se trouvait dans les parages un Sophocle ou un Christopher Marlowe pour la raconter, la narration de ces désordres domestiques devenait publique et s’inscrivait parfois dans le patrimoine culturel offert à toute l’humanité, en guise d’exemple à suivre ou de mise en garde : ce qu’ils ont fait, vécu, gardez-vous de l’imiter car il y va de votre vie ou de votre honneur ! Entre honneur et noblesse le lien était pour ainsi dire sacré, et le rôle des nobles était de le faire perdurer, quitte à devoir accueillir dans leurs rangs les roturiers qui avaient su, eux aussi, le cultiver. Un titre nobiliaire était donc davantage qu’un changement d’état civil, ou qu’un bijou précieux dont on se pare sans s’être engagé à en honorer la valeur, réelle et plus encore symbolique. Car roturier, on peut aussi le rester dans l’âme, en dépit de tous les ennoblissements possibles.

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Il va de soi que le pouvoir exorbitant des médias ne serait pas ce qu’il est sans l’appétit insatiable des consommateurs de détails salaces et de scandales, d’autant plus retentissants qu’ils concernent des têtes couronnées censées se montrer exemplaires alors que certaines d’entre elles ne font plus que de la figuration dans une société qui n’en a que faire. Ce goût pour les relents de caniveau, jadis imputé à la « populace », semble même accru par la démocratisation de l’information qui met chacun(e) en position de tout savoir sur tout, et plus encore sur ce que les puissants prétendraient cacher. À la jouissance de voir la noblesse prise en flagrant délit de mensonge, d’adultère ou d’abaissement moral, s’ajoute le plaisir d’avoir été soi-même enquêteur, voire s’il le faut inquisiteur. N’a-t-on pas participé heure après heure, sur son smartphone, à la mise à mort sociale des coupables présumés et au triomphe de la vérité sur les cachotteries de palais et les mensonges d’État ? Comment dès lors convaincre les foules, attendant goulûment les révélations qu’elles pressentent déjà fracassantes du Prince Harry, que lire son livre est avant tout une faute de goût ? Donnez plutôt le montant de son achat à la Fondation Brigitte Bardot, ou à toute œuvre caritative de votre choix !

Des nobles, pour quoi faire ?

Peu importe donc ce qui est vrai ou faux dans cette histoire sans panache qui ne regarde que les Windsor, et qui n’aurait jamais dû éclabousser le monde de ses rancœurs et de ses accusations meurtrières. Qui sont-ils, après tout, ces deux nantis exilés de leur plein gré en Californie, sinon les gestionnaires d’un héritage historique dont il leur appartenait de ne pas démériter ? Or, on ne peut à la fois faire commerce de ses affects, monnayer la divulgation savamment différée de prétendues « révélations », distiller son poison pour faire durer le plaisir de salir et de détruire, et prétendre représenter une noblesse qui doit de nos jours apporter la preuve qu’elle n’est pas obsolète : des nobles, pour quoi faire ? Car le plus grave est sans doute là, qui ne concerne pas seulement la pérennité de la monarchie britannique : dans le fait de jeter un discrédit définitif sur la noblesse d’esprit et de cœur qu’on attend de tout être humain, et plus encore de ceux et celles à qui la naissance a généreusement octroyé un statut social privilégié, mais qui démontrent leur inutilité lorsqu’ils se comportent comme n’importe quel maître-chanteur, dénonciateur, calomniateur. Comme des gens très ordinaires en somme, qu’on ne recevrait pas chez soi si on savait de quoi ils sont capables.

Le mot de la fin revient donc à Pascal, méditant sur les grandeurs d’établissement lorsqu’elles masquent l’absence de grandeurs naturelles : « Il n’est pas nécessaire, parce que vous êtes duc, que je vous estime, mais il est nécessaire que je vous salue »[3]. Restons-en donc au salut dont devront se contenter les Sussex en guise de droits d’auteurs. Car la Duchesse prépare elle aussi, nous dit-on, son brûlot…

Le Suppléant

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Jung et la gnose

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[1] Antonin Artaud, Œuvres complètes, Paris, Gallimard, t. V, 1964, p. 51.

[2] Charles Baudelaire, « Mon cœur mis nu », Œuvres complètes, Paris, Éditions du Seuil (« L’Intégrale »), 1968, p. 629.

[3] Blaise Pascal, Trois Discours sur la condition des Grands, Œuvres complètes, Paris, Gallimard (« Bibliothèque de la Pléiade »), 1954, p. 619.

Les lettres érudites de l’anti-Gide

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L'écrivain français Remy de Gourmont (1858-1915). D.R.

La correspondance de l’auteur de Sixtine – « l’anti-Gide » – atteste qu’il préfigurait par maints aspects Paul Valéry – qui s’en est souvenu avec Monsieur Teste.


On a été bluffé par l’édition de cette Correspondance de Gourmont (1858-1915). Certaines lettres étaient connues – les Lettres à Sixtine en particulier – mais la plupart sont inédites. On se doit de signaler, en majesté, Vincent Gogibu pour le travail de titan accompli. Non seulement collationner les lettres, les retrouver, les déchiffrer, mais son travail de notes sur chaque lettre : stupéfiant. Ce Monsieur sait tout de Gourmont, peut-être même est-il plus son contemporain que le nôtre, tant rien, de Gourmont et de ses amis, ne semble lui être étranger.

Cette Correspondance, ce sont 1200 lettres, plus de 200 destinataires et un découpage judicieux : années de jeunesse (1867-1889), années symbolistes (1890-1899), maturité (1900-1909), réclusion (Gourmont est défiguré par un lupus tuberculeux depuis le début des années 1890) et l’Amazone (Natalie Clifford Barney) (1910-1915) – Gourmont meurt à 57 ans, après avoir dirigé une foultitude de revues (dont une, avec Jarry, L’Ymagier) et publié une centaine de volumes.

L’autre « contemporain capital »

Au fil de ces lettres, on (re)découvre l’amant délicat et l’ami généreux et attentif, on retrouve le Gourmont érudit, sollicité en son temps par les plus grandes revues internationales, aussi bien dans le monde latino-américain qu’en Europe, fêté par Ezra Pound et T.S. Eliot ou, plus tard, par Cendrars et Apollinaire.

On en veut un peu à Gide qui en fit un rival de choc, qui créa La NRF en partie pour faire concurrence et pièce au Mercure de France, LA revue la plus associée au nom de Gourmont et dont il fut une des signatures les plus éminentes (avec Léautaud) pendant presque trente ans.

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Gide n’aimait pas Gourmont s’il le considérait. Point de tension : « Gourmont était du côté de la raison, de l’esprit, de l’intelligence et de la quête de vérité » (fût-elle contradictoire, mais Gourmont revendique, comme Baudelaire, le « droit de se contredire »). Et Gide, « du côté de l’art, de la littérature et de la beauté ». Et la postérité a éclipsé l’autre « contemporain capital » qu’était Gourmont. Breton et les surréalistes ont sans doute aussi tenu leur rôle, qui considéraient Gourmont comme un homme du passé, et sa littérature, de même. Lorsqu’on relit Le Livre des Masques aujourd’hui, on se pince. Les surréalistes aussi, parfois, ont manqué de vista.

Vincent Gogibu dans sa préface recrue de renseignements le suggère : Gourmont avec Sixtine, roman de la vie cérébrale a sans doute préfiguré Valéry et Monsieur Teste. Oui, Gourmont, l’homme de la dissociation des idées, le « prince des sceptiques », « l’anarchiste littéraire », qui présuppose, dans tout ce qu’il écrit, un lecteur actif, devance, à sa façon, un certain Valéry (le rédacteur des Cahiers). Gourmont ou le chainon manquant d’une longue histoire, de Voltaire à Valéry ? Voire.

Une correspondance très riche

Reste que c’est peut-être comme animateur de revues et comme amant-amoureux que sa Correspondance nous en apprend le plus. Ses assiduités auprès de sa Sixtine (Berthe de Courrière, son égérie), sa cousine éloignée Marthe, sa maîtresse, Mme Avril, et l’Amazone (l’autre égérie, le baume de la fin de sa vie) : que d’attentions, de délicatesse, de prévenance, de douceur chez Gourmont alors.

A lire ensuite: Les résolutions de Blaise Cendrars

On relève, au hasard de ses correspondants – ce qui donne une idée de la richesse de la somme – Octave Mirbeau. Il faut lire les échanges de lettres au moment de la polémique sur Le Joujou Patriotisme de Gourmont pour voir combien tout ce petit monde n’a guère changé – et pour prendre la mesure du dévouement de Mirbeau dans cette affaire. Mais aussi Ghéon, Gide, Francis Jammes, Mallarmé, Léon Bloy (mais ni Villiers qu’il connut, ni Huysmans avec qui il finit par se brouiller), René Quinton et Edouard Dujardin (avec lesquels il tente, dans La Revue des idées, de « faire le pont entre la littérature et la science »), son ami André Rouveyre, Barrès, Valette (l’homme du Mercure de France), Eekhoud (aujourd’hui injustement négligé), Maurice Denis, Félix Valloton… ou Léautaud qui, à raison, considère que « célébrer Gourmont, c’est célébrer l’intelligence ». Sachons gré à Vincent Gogibu et aux Éditions du Sandre d’y avoir contribué, avec une témérité et une audace qui obligent.

Remy de Gourmont Correspondance – deux volumes : T.1 (1867-1899), T.2 (1900-1915) Réunie, préfacée et annotée par Vincent Gogibu – Éditions du Sandre, 480p. et 686p.

Correspondance: Tome 1, 1867-1899

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Correspondance: Tome 2, 1900-1915

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Greta et les écolocrates ont ressuscité Einstein… Pour notre plus grand malheur

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Jean-Paul Oury D.R.

Jean-Paul Oury est de retour en librairie, avec un nouvel essai s’attaquant aux gardiens de la révolution verte. Ne le dites pas à Hugo Clément! 


Jean-Paul Oury a encore frappé. Dans son avant-dernier livre, Greta avait « tué Einstein ». Dans celui qui vient de paraître, Greta l’a ressuscité. Mais, ne vous réjouissez pas trop vite…

Il avait montré il y a deux ans comment les écologistes avaient dénigré la « science prométhéenne » pour imposer des pseudos solutions labellisées « made in nature ». Aujourd’hui, il vient nous expliquer que les mêmes, en manipulant « la science », sont en passe de devenir des apprentis dictateurs pour mener leur projet de décroissance de l’économie.

Le règne des collapsocrates

Oury a longuement étudié les écrits et les discours des amis de Greta et de ceux qui, inlassablement, essayent de leur résister. Il est d’ailleurs l’un des plus fins connaisseurs français de ces penseurs livrant bataille contre le catastrophisme écologiste. Il les a lus bien avant qu’ils soient, pour certains, traduits en français et c’est ainsi que, juché sur les épaules de ses héros, il livre bataille contre ceux qui voudraient soumettre le bon peuple.

Au fil des pages, il décortique la pensée des apprentis dictateurs qui ont en commun de parler et d’agir au nom de la « Science ». Pour faire taire les oppositions, ils ont trouvé cette astuce imparable : lorsque la « Science » a parlé, il faut se taire et s’exécuter. Ainsi les « climatocrates », les « covidocrates », les « biodiversitocrates », les « collapsocrates », les « algorithmocrates », comme Oury les appelle, sont les serviteurs de la « Science », cet Anneau de pouvoir conçu pour « les gouverner tous ».

Steven Koonin, cet ancien conseiller de Barack Obama rappelle que « plus nous apprenons sur le climat, plus cela nous paraît terriblement compliqué » (…) Les seules politiques valables sont en réalité celles qui consistent à s’adapter et plus une société est développée (et donc moins elle emprunte la voie de la décroissance) et plus elle sera à même de le faire….

Au nom du climat, il faut engager d’urgence une décroissance de l’économie comme le suggère le climatocrate en chef français, Jean-Marc Jancovici, celui qui ne cesse de confondre météo et climat pour mieux troubler les esprits. La messe serait dite : le GIEC, voix de la Science dans ce domaine, confirmerait la catastrophe. Les médias relaient avec zèle le message de la divine instance en déformant tout sur son passage. Tout événement météorologique devient le signe de la catastrophe climatique en marche… Oury sort alors avec justesse ses cartes maîtresses.

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D’abord celle de Steven Koonin, cet ancien conseiller de Barack Obama qui, dans son best seller, récemment traduit en français, rappelle que « plus nous apprenons sur le climat, plus cela nous paraît terriblement compliqué ». Une chose paraît pourtant claire : les modèles mathématiques utilisés en « science du climat » ne sont pas fiables… Les incertitudes sont telles qu’il est strictement impossible de « fournir des informations quantitatives fiables à propos des risques (…) et des conséquences et bénéfices de l’accroissement des gaz à effet de serre sur le système terrestre ».  Dans ce contexte, conduire une politique pour essayer de « maîtriser » le climat est une gageure.

Oury abat ensuite la carte Bjorn Lomborg, cet environnementaliste danois qui, dans son ouvrage Fausse Alerte (False alarm), nous fait comprendre que toutes mesures pour essayer de limiter les émissions ne serviraient à rien : « si toutes les nations tiennent toutes leurs promesses » de la COP21, « les températures ne seront réduites que de 0,05% » ! Les seules politiques valables sont en réalité celles qui consistent à s’adapter et plus une société est développée (et donc moins elle emprunte la voie de la décroissance) et plus elle sera à même de le faire. Il précise d’ailleurs que l’obsession de la réduction du CO2 est une catastrophe pour les pays pauvres, incapables de construire les infrastructures résilientes et protectrices…

Le Covid, ce n’est rien à côté de ce qui vous attend

Après le climat, Oury a l’intelligence d’évoquer la crise sanitaire qui a vu l’émergence des « covidocrates ». Bien sûr, on lui en veut de nous remémorer ces mauvais souvenirs, mais il nous fait comprendre que ce que nous avons subi pendant deux ans « en petit », nous pourrions le vivre « en grand » avec la généralisation de politiques écologiques coercitives… Au nom de la Science, les gouvernants ont soumis les peuples en agitant les peurs sans laisser de place à la médecine. Cette dernière n’est pas une science et encore moins la Science, la médecine est une pratique, un art qui utilise tant bien que mal la démarche scientifique. En lieu et place des blouses blanches faisant danser les diagnostics et les traitements sur une scène de guerre improvisée, nous avons eu des militaires hurlant des certitudes sur un terrain quadrillé. Ce fut le martyr du corps et de l’esprit : l’enfermement entre quatre murs et dans des raisonnements simplifiés et l’injection de « vérités scientifiques » et d’ARN messager. La panoplie des mesures coercitives fut invraisemblable entre le masque obligatoire, les couvre-feux, les condamnations morales et le passe sanitaire.

Sur le vaccin, Oury se fait centriste comme s’il ne voulait froisser personne. Il n’y avait aucune raison, plaide-t-il, de traiter d’antivax primaires les personnes qui se méfiaient de ce vaccin ou qui s’interrogeaient sur la stratégie vaccinale. En même temps, il ne peut s’empêcher de voir dans le vaccin l’un des résultats les plus probants de cette science qu’il nomme « prométhéenne » et qui s’oppose à l’Anneau de pouvoir des apprentis dictateurs. Ainsi parle-t-il de la « redoutable efficacité » de l’industrie pharmaceutique pour « mettre au point des vaccins efficaces » et même d’une « solution technologique (qui) nous a permis d’échapper au règne des solutions contraignantes qu’avaient retenues les covidocrates ». Oury aurait dû constater que son Prométhée s’est fait berner : ce n’est pas le feu sacré qu’il a volé aux Dieux, mais le feu follet. Ce vaccin a été d’une redoutable inefficacité, les pays qui l’ont utilisé massivement ont réussi l’exploit de battre le record de contamination alors que la très grande majorité de leurs populations étaient vaccinées. On ne peut passer non plus complètement sous silence des effets secondaires déplorables sur des populations bien portantes. Les myocardites n’ont pas été rares et les perturbations du cycle menstruel ont été légion. On s’étonne d’ailleurs du peu d’écho médiatique de ces dernières calamités quand on connaît l’extraordinaire (et assommante) passion pour la mise en valeur du malheur des femmes… Les laboratoires furent des covidocrates comme les autres ou, à tout le moins, leurs alliés. Pouvoir et argent ont toujours fait bon ménage.

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Oury nous introduit ensuite à la biodiversitocratie. Là encore, il faut lui en savoir gré d’oser remettre en cause cette nouvelle lubie. Le catastrophisme fait feu de tout bois et est en train d’ériger la biodiversité au rang du climat. Nous serions en train de vivre la 6ème extinction de masse et sans une action déterminée, consistant bien sûr à alourdir les contraintes tout azimut, nous allons vivre (ou plutôt mourir) dans un désert biologique. Le dispositif se met en place : l’IPBES, équivalent du GIEC pour le climat, est créé, le CNRS et le Muséum d’Histoire Naturelle, en bons serviteurs de l’Anneau, apposent le sceau de la Science sur le diagnostic de l’apocalypse et les médias relaient avec entrain. Les biodiversitocrates peuvent maintenant gouverner par la peur. Oury a raison. Il est un signe qui ne trompe pas : le climatocrate en chef, Jean-Marc Jancovici, avec son cabinet Carbone 4, a récemment développé un axe « biodiversité ». Dans la boîte à outils du parfait petit dictateur qu’il met à disposition des politiques, au côté du « bilan carbone », va bientôt trôner le « bilan biodiversité ». Les outils pour nous couper les jambes étaient déjà là, voilà ceux qui vont nous couper les bras. Nous ne serons bientôt que des hommes troncs, des êtres rampants qui, malgré l’infortune de leur condition, seront fiers de leur innocuité…

Heureusement, il existe là-aussi des résistants comme l’américain Michael Shellenberger ou encore le français Christian Lévêque qu’Oury cite abondamment. Ils soulignent combien l’apport des énergies fossiles a été essentiel pour préserver bon nombre d’espèces et comment les êtres humains ont su en favoriser beaucoup d’autres. Évidemment, leur développement spectaculaire a eu aussi des conséquences désastreuses, mais comment ne pas voir que la biodiversité est depuis la nuit des temps en permanente évolution ? La nature s’adapte aux nouvelles conditions. Jamais sur Terre, il n’y eut d’équilibre. Vouloir conserver la nature comme elle était, la mettre sous cloche, perpétue la croyance d’un état originel qui serait bon par nature. Le nouvel « état » de la nature n’est pas synonyme de catastrophe et vouloir soumettre l’économie pour sauver la « biodiversité » est dénué de sens.

Jusqu’en enfer

Enfin, avec les algorithmocrates, Oury nous offre un voyage en enfer. Toute la panoplie des outils est déjà quasiment opérationnelle pour nous mener, les poings liés, sur le chemin de la décroissance. L’anodin « nutriscore » est un préfigurateur du « Planet-score », un système de notation environnementale développé par l’ADEME. Nous n’aurons bientôt plus à réfléchir, nous suivrons bêtement des codes couleur. Nous avons déjà été si bien dressés par les covidocrates… Nous rentrons, indolents, dans l’ère du crédit social, du passe énergétique et du passe climatique. Avec la complicité des banques, notre bilan carbone sera calculé automatiquement et nous serons contraints à la sobriété jusqu’à ce que le feu repasse au vert.

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Sur 200 pages, Oury a fait danser les « crates ». Qui sont-ils et que nous veulent-ils à la fin ? Ils sont sans doute, nous dit-il en substance, les représentants d’une oligarchie mondiale qui veulent asseoir leur pouvoir à nos dépens. L’explication ne nous convainc pas tout à fait, mais nous n’avons, comme lui, que celle-ci à proposer. Avec lui, nous nous demandons aussi si « les classes moyennes se laisseront (…) domestiquer par cette élite » qui, au mépris des libertés, « veut légiférer au nom de la science ». Pour faire échouer ces funestes desseins, réussiront-elles à former une glorieuse « communauté de l’Anneau » ?

Il y aura un troisième et dernier volet de la trilogie des Greta, nous annonce Oury, à la toute fin. Qu’il disperse alors « gouvernail et grappin » et qu’il se détache de la tutelle de ses héros et de ses pairs. C’est juché sur ses épaules que nous voulons grimper le dernier sommet, comme Frodon sur celles de Sam pour l’ascension de la Montagne du Destin.

Greta a ressuscité Einstein: La science entre les mains d’apprentis dictateurs, VA Press, 2022.

La France se tropicalise, et ce n’est pas pour des raisons climatiques!

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L'essayiste Driss Ghali. D.R.

Pire qu’un déclin, une métamorphose… Dans un nouvel essai, notre contributeur Driss Ghali supplie les Français d’ouvrir les yeux.


« Que l’on se garde donc de détruire systématiquement ce qui en fait la beauté ! » C’est par cet avertissement que Georges Pompidou achevait sa lettre adressée au Premier ministre Chaban-Delmas pour demander la suspension de l’abattage des arbres le long des routes, notamment celui des platanes, pour qui le président avait une sensibilité particulière. La beauté dont parle Pompidou est celle de la France, de ses paysages si particuliers selon les régions.

Arrêtez d’emmerder les Français !

Pour celui qui avait à cœur de laisser vivre les Français loin des « emmerdements » provoqués par les normes sécuritaires et hygiénistes dont la perspective inflationniste commençait déjà à se dessiner, ce désir de préserver ces platanes qui habillent les routes du midi, n’était guère mué par une sorte de fanatisme écologiste mais par un profond attachement à ce qu’est et doit demeurer la France.

La France était alors considérée comme un chêne ou un platane, De Gaulle puis Pompidou en étaient les jardiniers attentionnés, prenant soin de ses racines enfoncées dans la terre du passé comme de ses branches pointant vers le ciel de l’avenir.

A lire aussi, Ivan Rioufol: La sottise des élites

C’est par cette métaphore sylvestre que Driss Ghali évoque également la France mais en prenant un autre type d’arbre plus ramassé. Autre époque, autre France, autre arbre. En 50 ans, la France est passée d’un chêne majestueux à un bonsaï rabougri.


La comparaison résonne fortement avec l’effondrement dramatique de notre souveraineté à tous les étages : de notre parc nucléaire saccagé à l’hôpital public tiers-mondisé en passant par nos boulangeries sacrifiées sur l’autel du marché européen de l’électricité. Dans son dernier livre, Français, ouvrez les yeux !, l’essayiste et auteur de Causeur, dresse le portrait d’une France qui est en train non seulement de décliner mais de perdre son âme. La France, nous dit-il, se métamorphose. Et c’est pire. Car contrairement à la pente du déclin qui malgré tout peut se remonter, la métamorphose, elle, est définitive sans machine arrière possible. 

Le sentiment d’être étranger dans son propre pays

La France se métamorphose pour devenir autre, étrangère à ce qu’elle a toujours été : un pays où naquit un esthétisme architectural et artistique incomparable, un goût prononcé pour le raffinement et l’élégance des manières où la place de la femme était primordiale, une douceur de vivre insufflée par une certaine idée de la gastronomie, des génies littéraires que le monde entier nous enviait, et un paysage varié et marqué par l’héritage de 1 500 ans d’histoire et de catholicisme dont le blanc manteau d’églises caresse encore chaque village français. Ghali jette un regard sans concession tant la rupture avec ce monde d’hier est béante. On se laisse alors emporter par sa plume trempée dans l’encre noire de la colère et de l’amertume.

Pour l’auteur, la mutation de la France porte un nom : la tropicalisation. Notre avenir sera tropical et cela n’a rien à voir avec le changement climatique, ironise-t-il. Certes, cette mutation est en lien avec sa démographie de plus en plus marquée par une immigration de peuplement : « La France n’est plus le pays des Français mais celui d’un peuple d’immigrés » ose Driss Ghali qui évoque sans ambages, au risque d’être accusé de xénophobie (un comble au regard de ses origines marocaines !) par les bonnes âmes immigrationnistes, le « grand remplacement », rappelant que ce concept s’appuie sur une réalité démographique et factuelle. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. 21% de la population française est immigrée ou née d’un parent immigré et 13% est extra-européenne. A titre de comparaison, le Maroc, lui, ne compte que 0,3% d’immigrés dans sa population et la Turquie, 7%. Conséquence : « Marrakech s’est installé dans le 18ème » et les Français sont plus dépaysés que les touristes marocains visitant Montmartre, tacle l’auteur, tel un Zadig à rebours.  

A lire aussi : Dimitri Casali, l’histoire comme un roman

Mais si la France se tropicalise c’est aussi parce que notre pays partage de plus en plus de caractéristiques avec certains pays de l’Amérique latine, comme l’impunité des élites qui ne sont plus responsables de rien. On l’a bien vu lors fiasco du Stade de France en mai dernier où le ministre de l’Intérieur a ouvertement menti sur la véritable identité des fauteurs de trouble. Autre trait en commun : la favelisation de la société française avec l’ensauvagement des mœurs, l’explosion de la violence gratuite, l’amplification des guérillas urbaines, les règlements de compte entre bandes ethniques rivales sur fond de trafic de drogue. Ghali ne manque pas une occasion de rappeler que la greffe du multiculturalisme ne prend pas sur le sol français et ne peut que dégénérer en une société multiconflictuelle.

Mais pour l’auteur, le trait le plus emblématique de la tropicalisation de la France est le renoncement des élites à préserver ce qui a forgé l’identité, la personnalité, l’idée France comme dirait Hegel… Bref, ce qui fait l’unicité même du pays.

Démission régalienne

Pour Ghali, si la France se métamorphose, c’est parce qu’on a laissé faire. Si la loi du plus fort a détrôné la douceur de vivre à la française, si « chaque métropole française a son Chicago », c’est parce que l’Etat, censé avoir le monopole de la violence légitime, a renoncé à imposer la force régalienne. En convoquant l’histoire, Ghali nous fait mesurer la perte : la France des Rois de France avait réussi à faire reculer la violence primaire par la civilisation des mœurs unique en son genre. Cette démission régalienne ne fait que nous déciviliser. Voilà comment on dilapide l’héritage acquis.
« Les anciens ont fait Versailles, nous on l’a tagué. » Dans l’espoir de sortir les Français de leur léthargie, et qu’ils se rendent compte du changement irréversible qui est en cours, dans l’espoir qu’ils arrêtent de le cautionner par un lâche suivisme moutonnier, Ghali enchaîne ce genre de formules cinglantes. La Boétie n’est pas cité mais sa présence plane au-dessus de la plume de l’auteur. Pour illustrer cette démission volontaire, Ghali prend le cas de l’école. Hier, l’école faisait de nos enfants les descendants de Richelieu et de Molière. Aujourd’hui, on fait tout pour qu’ils soient orphelins. L’héritage historique est remplacé par un héritage traumatique, le lien relié au passé n’est plus chronologique mais psychologique, les récits ne sont plus destinés à cultiver une flamme patriotique mais à entretenir des pleurnicheries victimaires devant une histoire devenue un repoussoir.

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Résultat : « Nos écoles fabriquent des individus qui ne sont plus en mesure d’entrer en résonnance avec le pays où ils sont nés ». Pour Ghali, l’un des instruments de cette dépossession est l’écriture inclusive qui, sous couvert de lutter contre les discriminations sexuelles et sexistes, détricote, en réalité, le fil conducteur qui reliait le présent vécu à la littérature du passé. Bien sûr, Ghali aurait pu également évoquer la politique du « pas de vague » et la culture de l’excuse à l’Education nationale et notamment de son ministre Pap Ndiaye face à l’accroissement des incivilités et actes de violence et la poussée des revendications religieuses. Mais cette crise de l’école mériterait un essai entier, tant les maux sont nombreux. 

Au détour de ces pages crépusculaires, on lit que « renoncer à son identité, c’est renoncer à exister ». Si l’identité de la France est bien son premier atout pour enrayer notre déclin collectif, quand notre pays se réveillera-t-il pour sauver ce qui lui reste ? Le vent de la révolte viendra-t-il de ces gens ordinaires, peuplant la France périphérique, si bien identifiés et analysés par le géographe Christophe Guilly quand ils en auront assez d’être dépossédés, par les effets conjugués de la gentrification et de l’immigration de masse, de leur ville, de leur littoral, de leur statut de référent culturel et de subir de plein fouet les choix politiques idéologiques qui ont mené à la crise énergétique actuelle ? Dans les pas de Georges Pompidou, ce seront peut-être ces dépossédés qui s’opposeront, à leur tour, au grand remplacement des platanes par des champs d’éoliennes…

Français, ouvrez les yeux ! : Une radiographie de la France par un immigré, Driss Ghali, éd. Broché, Livre grand format, 18 janvier 2023, 240 pages.

En Chine, l’ordre passe avant la liberté

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Manifestation contre la politique zéro Covid à pékin, 27 novembre 2022. / ©Stringer/TASS/Sipa USA

Pour les pragmatiques Chinois, le pluralisme n’est pas un préalable à toute chose. L’ordre, si. Le devoir du gouvernement est de l’assurer. Xi Jinping a violé ce contrat et a suscité la colère populaire par l’inhumanité des confinements à répétition. Ni lui, ni le PCC n’oublieront ceux qui ont osé les défier.


Événement rarissime, les Chinois sont descendus dans la rue pour manifester leur colère. Immense courage des manifestants qui savent risquer le bannissement social, l’arrestation et une lourde peine d’emprisonnement. Depuis plusieurs semaines, l’exaspération montait en Chine face aux excès de la politique zéro Covid. De premiers signes de rébellion avaient été constatés, dont le plus spectaculaire, le mois dernier, dans l’usine Foxconn de Zhengzhou où des dizaines de milliers d’ouvriers avaient forcé les barrages pour échapper au confinement et rentrer chez eux à pied.

Les manifestants de la semaine dernière sont allés plus loin dans la provocation. Ils tenaient à bout de bras des feuilles blanches pour dénoncer la censure et l’absence de liberté d’expression. Des slogans anti-Xi Jinping et des appels à la liberté ont également été prononcés, qui ont fait le tour de la toile mondiale.

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Frisson immédiat parmi les commentateurs : assistons-nous au début d’un printemps chinois ? Les Chinois se révolteraient-ils enfin contre le tout-puissant Parti communiste chinois (PCC) ? S’il est toujours possible de rêver à un grand soir contre-révolutionnaire en Chine, il est utile d’essayer d’analyser la situation avec une grille de pensée asiatique. Contre qui, contre quoi, manifestait-on ? Contre les excès de la politique du gouvernement ou contre le régime lui-même ? Ce qui est très différent, même si l’un peut à terme basculer dans l’autre.

Le chaos est l’ennemi

Les Chinois redoutent en permanence le retour du chaos, à l’origine de tant de souffrances au cours de 2 500 ans d’histoire de la Chine. La mission première du gouvernement est d’assurer l’ordre et l’harmonie dans la société, qui permettront le développement de la communauté et l’enrichissement de ses membres. Depuis l’écrasement du soulèvement de Tiananmen de 1989 et durant un quart de siècle, le PCC a assuré un ordre social acceptable par le plus grand nombre, permis une relative liberté individuelle – pour peu qu’on ne touchât pas au rôle dirigeant du parti – et réuni les conditions d’un développement économique spectaculaire qui a profité à tous. Sa légitimité s’en est trouvée confortée.

Dans un tel contexte, la liberté d’expression et le pluralisme politique sont demeurés une revendication de franges intellectuelles minoritaires. Non pas que la masse de la population soit opposée au multipartisme ou ne serait pas heureuse d’avoir le choix entre plusieurs bulletins de vote. Cependant, tant que les dirigeants exercent correctement leur devoir, laissent un espace de respiration suffisant et permettent l’enrichissement des familles, on s’accommode du système en place. Les Chinois sont de grands pragmatiques.

En cela, la société chinoise diffère profondément de la nôtre. Le pluralisme n’est pas un préalable à toute chose en Chine. L’ordre, si. Chez nous, c’est l’inverse.

Une tentative de remettre en cause le pluralisme politique mettrait toute la France dans la rue. L’apprenti dictateur n’aurait pas assez de temps pour faire ses valises et s’enfuir. En revanche, nous nous accommodons relativement bien du désordre. Les égorgements de professeurs ou de curés, la violence qui accompagne chaque manifestation, les 4 000 points de deal et autres zones de non-droit dans tout le pays ne nous empêchent pas de faire nos courses de Noël. Bien sûr, nous n’aimons pas ce désordre et le faisons savoir. Mais nous avons appris à vivre avec. De même, les Chinois ont appris à vivre avec le PCC au pouvoir et font avec.

En revanche, les choses changent si le régime sombre dans la tyrannie ou laisse le chaos s’installer. Alors, le peuple a le droit légitime de demander des comptes, de se révolter. C’est ce qu’il a commencé à faire début décembre. La critique d’une politique peut alors se transformer en critique du régime et le pluralisme apparaître comme une alternative à une dynastie qui aurait perdu le mandat céleste.

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En sommes-nous déjà là ? C’est peu probable. La remise en cause du parti et de son secrétaire général demeure minoritaire, même si la population, au fond de son cœur, n’a que peu d’empathie pour un leader qui lui fait vivre un enfer depuis un an et qui, ces dix dernières années, n’a cessé de réduire les libertés individuelles. Les manifestants chinois n’ont pas manifesté en priorité contre la captation du pouvoir par le PCC, mais contre le caractère insupportable et l’inhumanité de la politique zéro Covid de Xi Jinping.

De trop nombreux événements ont soulevé le cœur des Chinois ces derniers mois : l’envoi en quarantaine manu militari de centaines de milliers de personnes, Covid-positives ou non ; les confinements à répétition, dans 42 villes du pays depuis le début de l’année 2022 ; l’enfermement de centaines de milliers d’ouvriers dans leur usine, sans ravitaillement décent ; cette femme enceinte à qui on a refusé la sortie de son immeuble pour aller accoucher à l’hôpital et qui perd son bébé ; les issues de secours verrouillées dans les immeubles d’habitation ; et la mort par le feu de dix personnes prises au piège d’un immeuble en flammes à Urumqi.

Xi Jinping a abusé du pouvoir accordé à l’empereur. Il a introduit le désordre dans la société, entravé le bon fonctionnement de l’économie, provoqué l’appauvrissement et la souffrance de beaucoup de gens. Bref, par ses abus, le secrétaire général a fait naître le chaos au lieu de préserver l’harmonie. Faute grave, ligne rouge.

La levée précipitée des restrictions, des mesures de cantonnement, la disparition des tentes de test obligatoire, montrent – fait rarissime – que le régime a intériorisé qu’il était allé trop loin, qu’il avait pris le risque d’une rupture dans la société et que les manifestants avaient de bonnes raisons de sortir dans la rue.

Mais Xi Jinping n’est pas homme à se laisser dominer par une foule en colère. Cet épisode n’est pas terminé. L’épidémie circule désormais rapidement dans le pays. Le taux de mortalité va augmenter dans les prochaines semaines. Nous verrons alors si les médias officiels, voire une partie de la population chinoise, ne se retourneront pas contre les manifestants qui auront contraint le gouvernement à baisser la garde. En Chine, la lutte continue.

La piqûre de rappel de Chereau

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© Pixel Fever Éditions

Pour ceux qui préfèrent rire que pleurer, le nouvel album d’Antoine Chereau nous (re)plonge dans un feuilleton qui n’est pas encore fini: la crise Covid !


Le nouvel album d’Antoine Chereau, L’Art de la Covid à la française, est un beau bébé. Pas moins de 150 pages de dessins et de citations politiques nous font revivre nos années Covid, de janvier 2020 à la réélection d’Emmanuel Macron en avril 2022. Tout y passe, les déclarations de nos chers ministres : « Le risque d’introduction en France est faible », dixit Agnès Buzyn alors à la Santé, ou encore du président de la République qui, en mai 2020, affirmait que « nous n’avons jamais été en rupture de masques ».

En bon dessinateur de presse, Chéreau se délecte des travers des uns et des autres, des chefs d’entreprises aux petits salariés, des médecins stars des plateaux télés au personnel soignant sommé de faire des miracles avec les moyens du bord.

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Tel un journal tenu semaine après semaine, il croque avec justesse le fameux « moral » des Français, le couple coupé du monde, la famille nombreuse confinée, les vieux abandonnés, les virologues de comptoir, les heurs et malheurs du télétravail, la foire des vaccins, les messages contradictoires, les instructions délirantes : « Les stations de ski ouvertes, mais les remontées mécaniques à l’arrêt » (Bravo Jean Castex !)


… Cette France qui a été la nôtre et que nous ne regrettons pas d’avoir laissée dernière nous se redéploye ici avec le sourire un brin grinçant propre à l’humour noir. On se demande comment on a pu traverser tant d’épreuves, des couvre-feux aux auto-attestations en passant par le port du masque obligatoire en extérieur et le passe sanitaire pour tenter de vivre une vie presque « normale ». Chereau nous démontre une nouvelle fois qu’il est salutaire de s’empresser de rire de tout, et ça marche : L’Art de la Covid à la française est un livre d’histoire drôle pour les générations à venir.

L’Art de la Covid à la française, Pixel Fever Éditions, 2022.

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Équipe de France: DD ne prend pas encore la clé des champs

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Didier Deschamps à Clairefontaine, 14 novembre 2022 © Baratoux/LABEL IMAGES/SIPA

Le Bayonnais a été reconduit à la tête de l’équipe de France de football, jusqu’en 2026.


C’est la fin d’un suspense insoutenable. Trois semaines après la finale de Coupe du monde perdue contre l’Argentine, la Fédération française de football a annoncé que le sélectionneur Didier Deschamps prolongeait l’aventure à la tête des Bleus, commencée en 2012, jusqu’en 2026, soit assez de temps pour participer au prochain championnat d’Europe, en 2024, et au prochain mondial nord-américain, dans trois ans et demi.

Totem d’immunité

Ils étaient quelques-uns pourtant, « adeptes du beau jeu » et las du pragmatisme à tout crin de Didier Deschamps, à avoir rêvé d’un changement à la tête de l’équipe de France. Après une série de matches désastreux en juin dernier (2 défaites, 2 nuls), et alors que les affaires se succédaient, des accusations de harcèlement sexuel contre le président de la FFF jusqu’au marabout de Paul Pogba, l’hypothèse d’un fiasco complet lors du mondial qatari raté se dessinait et le nom de Zinedine Zidane comme successeur naturel revenait avec insistance. Noël Le Graët avait posé des conditions sibyllines avant le mondial: « Si on va en demi-finales, c’est lui qui a le choix. S’il se sent motivé pour continuer, on ne discute même pas. Si on n’est pas dans le dernier carré, on discute… Dans cette hypothèse-là, c’est moi qui ai la main. On verra selon les circonstances. (…). Mais si Didier n’est pas dans le dernier carré, il ne reste pas en place de façon certaine ». Entre temps, Deschamps a hissé une deuxième fois consécutive l’équipe de France en finale de Coupe du monde, ce qui lui confère un nouveau totem d’immunité.

Il faut dire que depuis 30 ans, Didier Deschamps est dans tous les bons coups du football français. Au sein de l’Olympique de Marseille en 1993 et de l’équipe de France en 1998 et en 2000, à chaque fois, le même capitaine besogneux, petit milieu de terrain défensif qui ne paye pas de mine, jamais plus de quatre buts par saison mais toujours là à la fin pour aller chercher les trophées dans les tribunes. En 1992, Michel Platini alors sélectionneur des Bleus, l’emmène disputer l’Euro en Suède mais ne voit en lui qu’un « porteur d’eau » techniquement limité. Dans le même temps, à Marseille, Bernard Tapie ne sait pas trop quoi faire non plus de son milieu ; il l’envoie un an en prêt à Bordeaux et cherche à le revendre au premier mercato venu. Quelques mois plus tard pourtant, il est le capitaine phocéen couronné champion d’Europe, à Munich, contre le grand Milan. Dans un rôle de régulation et de compensation au milieu de terrain, Deschamps était le type de joueur que l’on ne remarquait pas vraiment quand il était là mais que l’on regrettait vite quand il n’était pas là. 

Déjà quasiment lieutenant de Jacquet

Biberonné à l’école nantaise de l’esthète Jean-Claude Suaudeau, Deschamps adopte le pragmatisme de l’OM des années Tapie. Un seul dogme: être efficace dans les deux surfaces de réparation. Au soir de la victoire de 1998, Deschamps salue le rôle pionnier de Bernard Tapie: « On lui doit beaucoup, c’est vrai que là-bas (à l’Olympique de Marseille), on a pris une mentalité de gagnants, on a touché du doigt ce qu’était la réalité du football de haut niveau ». Il y a eu ensuite le passage à la Juventus, où Deschamps s’est parfaitement fondu dans le machiavélisme rugueux de la Vieille Dame italienne, alors véritable machine à gagner, y compris des titres litigieux. C’est que, si Deschamps est souvent là pour les coups gagnants, il n’est pas toujours très loin pour les coups douteux. Sur RMC, Daniel Riolo rappelait que Deschamps était dans le secret des dieux lorsque se préparait la grève du bus en 2010, et qu’il se trouvait sur le Phocéa quand Tapie mettait au point sa tentative de corruption d’une partie des joueurs de Valenciennes. En 2018, « Complément d’enquête » revenait sur les grandes années italiennes de Deschamps, et un taux d’hémoglobine qui dépassait parfois de dix points la norme des 42%. Auditionné par la justice italienne, Deschamps ne se dégonfla pas et répondit que ces fortes variations pouvaient s’expliquer par exemple par l’épaisseur de l’aiguille au moment du prélèvement.

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Pour le grand public français, Deschamps, c’est bien sûr 1998. Sur le terrain, il est le lieutenant d’Aimé Jacquet. Dans le film « Les yeux dans les Bleus », on le voit compléter les causeries du sélectionneur, glisser de petits conseils tactiques à Lilian Thuram, à Thierry Henry… Un peu mieux qu’un capitaine, Deschamps est presque l’entraîneur adjoint de Jacquet. S’il s’est défendu d’avoir participé à l’élaboration de la sélection, gare aux joueurs qui ont le malheur de le contrarier lors des joutes de la série A italienne. Lors d’un match Juventus-Milan à quelques mois du début du mondial, Deschamps croise la route d’Ibrahim Ba, pressenti pour jouer la Coupe du monde avec l’équipe de France. Ibou Ba a la bonne idée de répondre à son adversaire du jour, le tout devant Aimé Jacquet, venu assister à la rencontre, qui lui glisse ensuite : « Alors ? C’est comme ça que tu parles à ton capitaine ? ». Ibrahim Ba fit partie des six joueurs exfiltrés de Clairefontaine quelques jours avant le début du mondial. Deux ans plus tard, au crépuscule de sa carrière, Deschamps est encore de la partie pour le championnat d’Europe, mais le poids des ans commence à se faire sentir. Christophe Dugarry lâche : « Deschamps est devenu un handicapé du football, sa roue droite s’appelle Vieira et sa roue gauche s’appelle Petit » ; une petite phrase qui vaudra à l’attaquant une solide inimitié de la part du Bayonnais. Toutefois, Deschamps a montré ses dernières années qu’il n’avait pas la rancœur si tenace, quand son intérêt personnel le réclame, en rappelant quelques bannis, comme Adrien Rabiot et surtout Karim Benzema en 2016, malgré l’accusation de racisme de ce dernier, au terme d’un des romans-photos les plus longs de l’histoire du football français.

La chatte à Dédé

Déjà homme dans la coulisse avant même d’avoir raccroché les crampons, Deschamps enfile logiquement le survêtement d’entraîneur. À Monaco, on se souvient surtout de la campagne européenne 2003-2004, avec une équipe plaisante et très offensive, assez loin de l’étiquette que l’on colle habituellement à DD. En 2012, Deschamps prend enfin les rênes d’une sélection française qui n’en mène pas large. À l’automne, il arrache un match nul miraculeux en Espagne (à l’époque la meilleure équipe du monde) dans une rencontre de qualification pour la Coupe du monde. Platini déclare alors : « Napoléon disait que pour gagner des batailles, il faut de bons soldats et de la chance. Didier en a toujours eu. Je me demande d’ailleurs si quand il est né, il n’est pas tombé dans un bénitier ». La chance, la fameuse « chatte à Dédé », ingrédient pas négligeable des succès de l’équipe de France (même si on aurait aimé la voir ne pas se dérober en 2016 quand Gignac tape sur le poteau en finale de l’Euro contre le Portugal ou lorsque Kolo Muani perd son face à face contre le gardien argentin). 

En dix ans à la tête des Bleus, Deschamps n’a pas réinventé le jeu ; à l’inverse du Catalan Guardiola, Deschamps n’est pas un Salvador Dali du football : il ne fait pas jouer des milieux de terrain à la pointe de l’attaque, ne demande pas à ses défenseurs latéraux d’évoluer dans le rond central sur certaines phases et n’a jamais été tenté de faire jouer un gardien au milieu du terrain. En revanche, il s’est montré expert dans le bricolage d’équipes compétitives en dépit des blessures et des forfaits, comme en 2016 et en bien sûr en 2022. Avec trois finales majeures en six ans dont une gagnée, Deschamps n’a plus grand-chose à prouver et prend peut-être le risque de partir sur une note moins belle dans quelques années. Il faudra remplacer – et ça ne sera pas une mince affaire – les Lloris, Varane, Griezmann, Giroud, sans compter Benzema, qui ne reviendra plus.

Macron au « Papotin »: pas si superficiel

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© capture d'écran Youtube

Les Rencontres du Papotin, où le président de la République a répondu aux questions d’autistes, a battu un record d’audience. Un succès mérité, selon Philippe Bilger.


Parfois on a besoin de légèreté, d’éviter les maux de tête que notre monde sécrète et de ne pas donner l’impression de porter la France sur nos épaules… Le hasard a fait que j’ai regardé pour la première fois Les Rencontres du Papotin, sur France 2, où une soixantaine de journalistes autistes questionnent une personnalité, qui est donc confrontée à de l’imprévisible et à des interrogations qui n’évitent rien, même pas l’intime.

Macron pas épargné par les autistes

Emmanuel Macron s’est livré à cet exercice et j’ai trouvé qu’il avait relevé le défi avec classe. Pourtant il n’a pas été épargné. Il a eu droit à tout ce qu’on n’a jamais osé formuler à son sujet, sur l’argent, sur son couple, sur son histoire, ses échecs à l’Ecole normale supérieure…

Sur Twitter, alors que je louais le président et la manière dont il avait affronté l’épreuve, j’ai été vertement critiqué par certains. D’autres ont reproché à Emmanuel Macron son narcissisme et l’ont mis en cause, ainsi que son épouse, pour les péripéties d’une union amoureuse conquise de haute lutte. Pire, on m’a accusé de valider la pédophilie ! Une minorité a dénoncé le caractère dérisoire et insignifiant d’une telle émission, estimant qu’elle n’avait rien à voir avec le vrai journalisme.

S’il est clair que le président n’a jamais été étranger à la volupté d’expliquer, voire d’exhiber qui il était, je persiste cependant. Ces Rencontres ne remplacent pas les séquences purement politiques, mais complètent la vision qu’on a d’Emmanuel Macron, en ajoutant à sa dimension intellectuelle une part psychologique, infiniment personnelle. Elle a le mérite de satisfaire ceux que les médias classiques déçoivent parce qu’ils considèrent que seul le sujet présidentiel serait noble et utile. Ce n’est pas exact ou alors c’est délibérément omettre de quoi est composé l’être de pouvoir: d’âme, d’esprit, de corps, de sang et de chair, d’ombres et de lumières. De frustrations et d’espérances.

Ne faisons pas la fine bouche

J’irais jusqu’à soutenir que certaines des questions posées vont si loin, si profond qu’elles ringardisent les processus traditionnels et en disent plus que ceux-ci sur l’essentiel de la personnalité de l’homme Macron et donc aussi du président. Il faut cesser de faire la fine bouche devant ce qui est trop rapidement méprisé et qui pourtant est très éclairant.

Puis-je continuer sur ce registre frivole en l’aggravant même ? J’ai toujours eu un faible pour Brigitte Bardot à tous ses âges. J’apprécie qu’elle soit devenue cette personne libre, indifférente au politiquement correct, répugnant à tous les hommages traditionnels et seulement soucieuse d’être elle-même. Pour moi – je conçois que la comparaison puisse surprendre, voire choquer -, elle est le contraire, avec sa parole et son tempérament résistant aux modes de la pensée, de la bienséance et du conformisme, d’un Omar Sy.

On peut alors imaginer comme je me suis régalé quand j’ai lu son avis dans le JDD sur le projet de minisérie que France 2 prévoit de lui consacrer : « Je ne suis même pas au courant de ce truc ! Mais je m’en moque : la seule chose qui m’importe, c’est ma vraie vie avec moi dedans, et pas des biopics à la con ». On m’excusera mais quelle respiration, quelle franchise et quelle spontanéité face à ces multiples propos de stars, d’actrices, d’artistes nous étouffant sous les poncifs et les idées obligatoires ! Faut-il que j’aie l’impudence de me placer sous l’égide de Nietzsche, pour plaider la cause de ma frivolité, puisqu’il invoquait « la superficialité par profondeur » ?

Le crépuscule des salauds

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© Soleil

On croit que les démocraties sont faibles et que les dictatures sont fortes. Et si ce n’était pas finalement le contraire ? Ce qui domine en Iran, en Chine ou en Russie, c’est la peur, mais elle a peut-être changé de camp. Tremblez, tyrans !…


Il est réconfortant d’imaginer que Xi Jinping, Poutine et Khamenei, le Guide suprême de la République islamique d’Iran, sont profondément vexés et totalement incrédules devant la vague de protestation insolente qui les emportera peut-être. Mais enfin, qui sont ces fous qui descendent dans la rue et qui récusent le système ! Ce désordre est intolérable. On se croirait en France !

Ils sont indignés.

Hier ils paradaient, drapés dans leur doctrine qui avait la vertu de sanctifier leurs méfaits. La démocratie, ha ! ha ! Pourquoi s’emmerder avec des gens qui ne sont pas du même avis que vous ? (Chez nous, Mélenchon pense en gros la même chose, et il enrage que ce soit sans effet sur nos destinées.) Aujourd’hui, ils sont effarés et stupides face à l’événement qu’ils ont fabriqué eux-mêmes. Un événement ? Ce qui fait qu’après, ce n’est plus comme avant ; ça ne dure pas mais ça change tout.

Et si on assistait à un éveil – à un sursaut vital des peuples ?… Cette effervescence, est-ce les prémices d’un déclin des autocraties ?

Peut-être.

C’est un peu plus que du courage. Une forme d’ivresse que l’on se donne par une action insensée. On appelle ça : la témérité. Les plus sages y voient une excitation dangereuse, un penchant vanté naguère dans la cavalerie, mais il n’est pas impossible que les téméraires – dans les rues de Téhéran, de Pékin, de Moscou ou dans les décombres de Kherson aujourd’hui – soient un jour vainqueurs. On se surprend à l’espérer non sans crainte en se souvenant des fictions évanouies du Printemps arabe en 2010-2012 – et de la réaction encourue.

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Mais quand même, soudain le cœur bat plus vite.

Ce qui advient, c’est l’inouï, l’impensable – l’inespéré. Une effraction dans un ordre qu’on croyait immuable. Ce n’est qu’un pressentiment ; cela ne s’appuie pas sur des preuves. Ce sont des présages qui nous sont envoyés d’Iran ou de Chine, de faibles indices, mais qui secouent notre accoutumance. Un autodafé salutaire – des chevelures et des brasiers. Des voix de femmes qui portent en elles la rébellion. Des héroïnes obscures qui bravent l’intangible au nez et à la barbe des tyrans.

Ce qu’on ne peut plus taire, ce qu’il faut réprimer et qui tout d’un coup semble impossible à réprimer, même par la force. Un antidote au mensonge et à la mauvaise foi. Ce qui nous est révélé grâce à ces femmes, grâce aussi à la jeunesse – le ferment des chahuts qui se changent en révolutions –, c’est je ne sais quoi de vil, inhérent au Pouvoir quand il est criminel – mais ne l’est-il pas toujours ?…

Et puis il y a des images – et quelles images !

Que, partout en Iran, des jeunes filles – et des petites mémés ! – jettent leur bonnet par-dessus les mosquées dans un immense feu de joie. Que, par une retentissante paire de claques les mollahs en turban soient décoiffés en pleine rue. Que des milliers de manifestants à Shanghai et à Wuhan brandissent une simple feuille de papier blanc comme une clameur muette ou bien qu’ils s’égosillent hardiment : « Xi Jinping dehors ! » Que des Ukrainiens sous les bombes narguent Poutine, ce gribouille casqué, qui croit que les frontières de la Russie ne s’arrêtent nulle part. Que de jeunes Russes – pas tous bien sûr  –, soucieux de sauver leur honneur (et leur peau), abandonnent leur patrie et fuient la guerre.

Est-ce possible ?

A-t-on jamais vu cela ? N’est-ce pas une exception dans un monde où tout conspire à la mort de l’exception ? Tous ne sont pas des anges, loin de là, mais pour l’heure ils semblent nous annoncer une bonne nouvelle. Et tant pis si Joe Biden ressemble à un gâteux d’opérette et si saint Volodymyr nous agace avec sa face de carême et ses grimaces de martyr – normal, c’est un martyr, il fait le métier !

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Mais pourquoi diable tous ces gens ne pensent-ils qu’à s’insurger ? Par quelle bizarrerie sont-ils soudain fatigués de subir ? Et comment osent-ils ? Ils semblent insoucieux des représailles qui leur sont promises ; on se sent invulnérable quand on n’a plus rien à perdre ; on devient sourd à toute diversion. Et après ? Y aura-t-il même un après ? Ils s’en fichent. Seul le présent existe. Ce sont les dictateurs qui se font du souci pour leur avenir.

Jusqu’à quand pourront-ils exercer la terreur en rêvant de conjurer l’émeute ? Espèrent-ils un miracle ? Ils savent qu’ils ne peuvent ni tuer tout le monde ni mettre tout le monde en prison. Des réformes ? En Chine, on y songe mais on sévit d’abord, par principe. En Iran, il est déjà trop tard. En Russie, il est trop tôt. En Ukraine aussi. Tout n’est que glas, drones et fumées – c’est la guerre !

En attendant, les saturnes, oligarques ou prélats, tremblent dans leur palais – c’est obscène, la peur, quand on ne peut plus la cacher.

Quand ils accusent les manifestants, ces comploteurs !, ces traîtres !, d’être des agents de l’étranger, le monde entier s’esclaffe. Les puissants sont devenus impuissants. Ils se croyaient intouchables, garants de la transcendance et maîtres de l’univers, ils n’en sont que les jouets. Car ce sont les peuples, et les sociétés, qui font l’Histoire. Plus tard on enseignera aux enfants que ces gloires du passé étaient de tristes sires – des escrocs. On ne conservera de leur règne qu’un pâle renom qui servira à compter les années – et le temps perdu.

Quand la peur disparaît, tôt ou tard le système s’effondre. C’est en regardant à la télévision le Mondial – on a depuis censuré les images de foules pavoisant sans masque dans les stades – que des millions de Chinois parqués de force ont compris qu’on leur avait menti. Le dogme du « Zéro Covid » s’est mué en brimade, puis en farce tragique. Ras-le-bol d’être gouvernés comme on fait frire des petits poissons !

Le tyran est donc un imposteur – Voltaire avait raison. Quand il proclame : « Je suis le réel et vous, les gens, vous n’existez pas ! », on le croit d’abord, on se tait, et puis un jour le réel se venge. La peur change de camp. Alors, à force d’inventer un ennemi pour exister, le tyran devient un ennemi pour lui-même. Et un embarras pour son peuple.

On le chasse ou on le tue.

Variante : « Mousse de crevette ! » qui paraît-il sonne joliment en chinois comme le mot « Démission ! ».

L'Amour de la lecture

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