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À pied, à cheval ou en fauteuil roulant, quand on est bête, on est bête

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Notre monde, ce monde qui a créé tant de choses dans tant de domaines, philosophiques, religieux, architecturaux ou artistiques, qui a vu naître en son sein parmi les plus grands hommes que compte l’humanité, qui, confronté aux famines, aux catastrophes naturelles, aux guerres, a toujours su se relever et inventer, penser, créer, vivre, notre monde est en phase terminale de déclin et l’on en vient presque à souhaiter que lui soient évités les soins palliatifs qui prolongent sa déchéance en même temps qu’ils permettent à la bêtise virale de se répandre partout. J’en étais là de mes réflexions du matin lorsque je tombai sur une vidéo circulant sur les réseaux sociaux : elle confirmait mes sombres pensées et me rappelait en même temps que, dans cet écroulement, au milieu des gravats, la bêtise a pris une nouvelle dimension. Son expansion doit beaucoup au wokisme. Pour une raison qui échappe au tout-venant de l’humanité, le crétin woke est fier de ce qu’il est ; il se selfie, se filme, s’adule et s’auto-congratule ; il est la bêtise à la hauteur de ce temps, double, triple, au carré, infinie. Des nuées d’abrutis wokisés déferlent sur ce qui reste de notre monde pour finir de le détruire. Notre devoir, qui est de saboter l’Empire du Bien (Muray), nous enjoint de faire toute la publicité possible sur ces pitres, un par un ou en groupe, afin qu’on se rie d’eux et que, ce faisant, l’espace d’une courte récréation, nous remettions à plus tard l’idée d’une euthanasie collective.

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Le validisme et le non-consentement, quelles oppressions!

Cette vidéo a été réalisée par un handicapé se déplaçant en fauteuil roulant. Il a lui-même posté son œuvre sur les réseaux sociaux: dans un supermarché, il est en train de faire ses courses lorsque soudain un paquet glisse de son cabas et tombe par terre. « Oh ! Putain », s’exclame l’invalide d’une voix grave en arrêtant brutalement sa carriole. Une brave dame passant par-là ramasse le paquet et le lui remet gentiment. Réflexion acerbe du handicapé : « Excusez-moi mais est-ce que je vous ai demandé…? » La dame ne comprend pas, elle est gênée et bafouille. L’infirme, faussement énervé, profitant de la confusion de cette pauvre femme : « J’aurais pu le faire ! ». La dame, toujours aussi gentiment, veut alors lui reprendre le paquet pour le remettre là où elle l’a ramassé. « Vous ne me l’arrachez pas des mains, vous ne me l’arrachez pas des mains », couine le handiwoke, qui ajoute : « Ça s’appelle le consentement madame, ça s’appelle le consentement, c’est simple, ça s’appelle le consentement, vous n’avez aucune notion du consentement ! » Détail significatif : les ongles de l’énergumène sont recouverts de vernis rose…

Je ne sais pas ce qui vous fait dire ça…

Certains se demandaient à quoi pouvait ressembler la famille de l’ahuri chauve et barbu qui avait fait son show dans une émission de Daniel Schneidermann en affirmant qu’il n’était pas un homme. Le cas pathologique décrit ci-dessus pourrait bien descendre de l’arbre généalogique de ce « non binaire » déconnant qui se prétendait également « racisé » puisque… « à moitié Libanais ». Quand il ne se rend pas dans les médias, l’abruti intergalactique, handicapé ou non, se filme et cherche des noises. Il aimerait que le monde entier soit témoin de sa souffrance et comprenne qu’il est une victime. Tous les prétextes sont bons pour geindre et pleurnicher sur les réseaux sociaux, dans l’espoir sans doute de recevoir, en retour, quelques messages de compassion.

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Backlash

En l’occurrence, c’est raté ! La majorité des internautes qui ont vu la vidéo en question, loin de plaindre son auteur [1], se sont moqués de lui en se demandant comment on pouvait être aussi méchamment stupide. Certains en ont conclu que, sur le nuancier du crétinisme qui ne manque pourtant pas de coloris chatoyants, il est toujours possible d’ajouter une case, un dégradé, une nouvelle teinte jusque-là inconnue – bref, qu’on peut encore repousser les limites de la bêtise humaine. C’est a priori plus compliqué en fauteuil roulant mais la preuve est maintenant faite que cela n’est pas impossible. Il faut dire que nous avons affaire ici à un surdoué. Quand la bêtise atteint ces dimensions-là, il ne reste plus qu’une chose à faire: brocarder le crétin, qu’il soit à pied, à cheval ou en fauteuil roulant, peu importe ; notre mission, salvatrice et prophylactique, est de le démasquer, de le tourner en ridicule, de nous moquer de lui ; elle est d’enrichir continûment le Dictionnaire des idées reçues cher à Flaubert. Ainsi, à la lettre H – HANDICAP : Doit toujours être surmonté. Utile pour éviter les mots blessants (invalide, éclopé, infirme, débile, etc.), ex. : une personne en « situation de handicap». À propos d’un benêt « en situation de handicap » et « à mobilité réduite », éviter de dire : il a autant d’esprit qu’un fauteuil roulant ; préférer : il n’a pas inventé la roue.

[1] Il semblerait que le handicapé en question soit une militante trans (donc un homme ayant soi-disant une « identité de genre féminine ») répondant au pseudo de… Pauline la KittyGirl sur les réseaux sociaux. Sur le compte Twitter où iel a déposé sa vidéo, iel a écrit un commentaire aussi grotesque que le reste : « Encore une fois à Carrefour, une personne bipède (sic) qui se croit tout permis et quand je lui fait (resic) remarquer, se défends (et sic de der) en disant que je suis désagréable. La notion de consentement n’est pas acquise. » Les messages se moquant de ce parfait imbécile (ou de cette idiote olympique, au choix) ont été si nombreux, qu’iel a apparemment décidé de fermer sa page Twitter.

France qui bosse, France qui glande

Dans un bar-tabac de la France périphérique, on croise des ouvriers venus casser la croûte, des retraités méritants. Mais aussi des jeunes qui passent leurs journées entre jeux de grattage et paris hippiques, aux frais du contribuable. Reportage à Épernon, en Eure-et-Loir.


On sait ce que politiques et syndicalistes pensent de la réforme de la réforme des retraites. Mais les habitants de la France périphérique ? Dans l’Eure-et-Loir, la ville d’Épernon et ses 5 500 âmes ne sont qu’à quarante minutes en train de Montparnasse, mais on s’y sent loin de Paris. La ville est coupée par le chemin de fer et pratiquement tous les commerces se trouvent du côté nord. Remontant la départementale 4, on tombe sur le premier café. Devanture verte, c’est un PMU, banco ! Le Royal est ouvert tous les jours, de 6 h 30 à 20 h 30. Ce bar-tabac, café et presque magasin de presse accueille les parieurs de quinté, les gratteurs d’Astro et les bons copains du coin. Derrière le comptoir, le lundi à 8 h 45, Ida. Employée ici depuis ses 19 ans, cela fait trente-trois ans qu’elle sert petits noirs, galopins et perroquets. C’est une star, pratiquement l’unique présence féminine du bar et, surtout, la concierge indiscutable de la région, de Nogent-le-Roi à Gallardon. Accoudé au zinc, entre la tireuse à bière et la machine qui donne les résultats des tickets Amigo, on n’attend pas plus d’une minute pour un noisette. Il est tôt, quelques-uns sont déjà à la bière Pelforth dans un coin avec, sous les yeux, L’Écho républicain ouvert à la page des mots-croisés. D’autres sont assis autour des tables, se racontant le week-end avec les petits-enfants ou la sortie sur Rambouillet. La majorité de la clientèle est certes retraitée. Néanmoins, dans une salle au fond du bar dédiée aux courses, plusieurs trentenaires sont réunis. Ils parient inlassablement, un matin de semaine.

Ceux qui ont un métier pénible. Et ceux qui ne font que «gratter»…

Un peu plus tard, des ouvriers en bâtiment, qui rénovent une maison dans la rue d’à côté, blancs de poussière, passent pour une pause. Tout le monde a le dos tourné au gigantesque écran, qui diffuse en continu BFM TV sans le son. Bruce Toussaint commente justement la réforme des retraites. Ça tombe bien, c’est le sujet que nous souhaitons aborder avec toute cette petite société. Mais le premier homme accosté, un peu rougeaud, refuse catégoriquement de parler à une journaliste. Il conseille d’attendre le « danseur ». Lequel fait vite son entrée dans l’établissement. Approché, il sourit et se prête plus facilement au jeu. Jean-Paul, 72 ans, ancien communiste qui vote désormais pour Marine, dit d’emblée que non, il ne veut pas de cette réforme. Il est retraité depuis quelques années maintenant, mais refuse ce recul de l’âge des retraites pour les générations suivantes. Marcel et Jean-Jacques, qui nous entendent, eux aussi des « vieux de la vieille » retraités depuis plus de dix ans, sont également indignés. Et il en va de même pour Michel, vétéran de la guerre d’Algérie et ancien paysagiste qui tient tout juste sur ses jambes. Pour eux, qui ont commencé à travailler vers 14 ans, il est révoltant de faire travailler plus longtemps. Ce n’est pas tant l’idée d’un chiffre butoir (64 ans) qui pose problème, que la durée de travail et les cotisations qui seront imposées. Paul, 46 ans, maigre et les traits tirés, est employé en pâtisserie, chocolaterie, confiseries et glaces. Il approuve ses aînés : « Les personnes qui ont commencé tôt comme moi, elles sont foutues arrivées à la retraite. On est bien fatigués. » Il dit qu’il n’a jamais cessé de travailler depuis ses 15 ans, il semble en avoir déjà 60.

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Ici, tout le monde est d’accord : les travailleurs aux tâches pénibles devraient accéder à la retraite plus tôt que « ceux qui foutent rien ». À la table des ouvriers en bâtiment, Romain, Polo et Jordan pestent contre l’assistanat. Ils ne supportent plus ces gens « qui n’ont qu’à se lever le matin […], ils sont là, au bar à dépenser les Assedic. Ce sont les premiers dans le bistro à gratter des tickets de jeu, alors qu’ils n’ont pas de travail. » Relancés, ils trouvent que le système social français est quand même une chose formidable, mais qu’on ne devrait pouvoir en bénéficier que ponctuellement, et au cas par cas. Ceux qui ne font pas d’efforts ne devraient pas recevoir des aides « gratuitement ». Lorsqu’on lui demande de quel bord politique il est, Romain répond, résigné : « Je suis déçu, gauche ou droite, à notre niveau, ça ne change pas le problème. » Paulo est plus vindicatif : les politiques, il ne veut plus les voir, même à la télévision. « Ils ne font que causer entre eux, ils m’énervent. Ils ne connaissent pas le prix d’une brique de lait. » Au Royal, les citoyens ne font plus confiance aux politiques et encore moins aux journalistes, la plupart ne votent plus.

Les LR savent pourtant bien qu’il faut la faire, cette réforme…

Dans ce département, le conseil général, à gauche depuis 1907, est passé à droite en 1985. Aux municipales de Dreux, ce passage s’est opéré en 1983 grâce à une alliance transitoire entre le RPR et le FN. Le lendemain de l’élection, Jacques Chirac déclarait : « Cela n’a aucune espèce d’importance d’avoir quatre pèlerins du FN à Dreux comparé aux quatre ministres communistes au Conseil des ministres. » Ce qui n’a pas empêché l’ancienne maire socialiste de co-écrire un livre comparant Dreux à Northeim, ville allemande qui a vu la montée du nazisme en 1930. Sous la droite, Dreux a converti ses industries automobile et électronique en industrie pharmaceutique et a misé sur une politique culturelle ambitieuse.

Pierre-Frédéric Billet, maire LR de Dreux. © Sophie Rierba

Depuis 2020, Pierre-Frédéric Billet est le maire LR de la ville. Interrogé sur la réforme des retraites, il reconnaît que le moment est « extrêmement compliqué pour le faire ». En principe, Billet y est favorable, mais souhaite que les critères « de pénibilité soient clairement affichés ». Il pose aussi la question des étudiants, notamment ceux en médecine, dont les futurs postes sont largement à pourvoir. Leurs longues études reculent inévitablement la période de cotisation. Quant à l’assistanat, « même si nous avons un devoir de solidarité nationale envers les personnes inemployables, l’État n’a plus les moyens d’être aussi généreux aveuglément », surtout avec les pros qui exploitent la gamme des aides sociales. « Quelqu’un d’un peu intelligent et vicieux a un meilleur niveau de vie qu’un smicard. » Même son de cloche chez Céline, une bouchère drouaise. « Si c’est un choix de vie, il faut assumer sa feignantise et ne plus dépendre des autres. Mais tant qu’on paiera les gens à ne rien faire autant que ceux qui travaillent, les gens ne retourneront pas travailler. » De quoi dégoûter les honnêtes travailleurs comme cette commerçante qui trime soixante-dix à quatre-vingt-dix heures par semaine.

Réforme des retraites: une étrange omission

Que deviennent les hommes à l’heure où la révolution des mœurs – la révolution morale – souffle en tempête sur l’Occident ?


Parmi les nombreuses questions que pose à tout citoyen intellectuellement honnête la réforme des retraites, il y en a une qui me chiffonne tout particulièrement. À vrai dire, j’hésite à la formuler en public parce que je crains qu’elle soit ridicule. Oui, ridicule, tant je trouve étrange que personne ne la pose. Si personne ne la pose, c’est que la réponse doit être évidente, donc pourquoi la poser ? Il faut être simplet ou naïf, voilà ce que je crains.

La réforme des retraites accusée de pénaliser les femmes

La question est la suivante : sachant que la réforme entend fixer à 64 ans l’âge légal du départ à la retraite, pourquoi la différence d’espérance de vie entre les femmes et les hommes n’est-elle pas prise en compte ? Car les données chiffrées ne laissent aucun doute : selon l’Insee (chiffres de 2022), en France l’espérance de vie à 65 ans est de 23,1 ans pour les femmes, de 19,2 ans pour les hommes. Ce qui fait quasiment quatre ans de différence à l’avantage des premières. Ce n’est pas une broutille, quatre ans, c’est un véritable gouffre à en juger par la lutte acharnée menée par l’ensemble des syndicats contre l’allongement de deux ans du temps de labeur pour une retraite à taux plein.

Le problème ne se limite pas à ces quatre ans de différence. Selon la Drees [1] (chiffres de 2020), l’espérance de vie sans incapacité quand on atteint 65 ans s’établit à 12,1 ans pour les femmes, à 10,6 ans pour les hommes. Autrement dit, non seulement les femmes vivent quatre ans de plus que les hommes mais à partir de 65 ans, elles vivent deux ans de plus qu’eux en jouissant de la pleine possession de leurs moyens. S’il ne s’agit pas d’une inégalité doublement stigmatisante, qu’est-ce qu’une inégalité ?

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Et ce n’est pas tout. L’Insee fournit d’autres données hautement significatives concernant la part de personnes survivantes par âge, selon le niveau de vie et selon le sexe. À suivre les chiffres de 2018 – que le lecteur me pardonne cet effort toujours indigeste – 10 % des hommes meurent avant 60 ans, 12 % avant 62 ans, 14 % avant 64 ans, 25 % avant 73 ans, 50 % avant 84 ans, 90 % avant 95 ans, et 95 % avant 97 ans. Le sort des femmes est nettement plus enviable : 10 % décèdent avant 70 ans, 25% avant 82 ans, 50 % avant 89 ans, 90 % avant 98 ans et 95 % avant 101 ans.

Si l’on s’interroge ensuite sur les déterminants sociaux, on constate qu’un quart des 5 % les plus pauvres décèdent avant leurs 62 printemps, mais qu’au sein des populations les plus pauvres, les femmes vivent là encore plus longtemps que les hommes. Elles « vivent même souvent plus longtemps que les hommes les plus aisés », observe l’Insee.

L’intérêt des statistiques n’étant plus à démontrer quand on veut substituer la réalité des faits aux vapeurs des préjugés et à l’imposture des mensonges, on ne saurait trop insister sur les constats tirés des analyses dûment chiffrées : « Il y a un différentiel très fort entre les hommes et les femmes, confirme la chef de la division des enquêtes et études démographiques à l’Insee citée par Le Figaro. Non seulement les femmes vivent en moyenne plus longtemps que les hommes, mais les différentiels sociaux sont moins marqués chez elles. » Et de préciser : « Une partie de la différence peut s’expliquer par le parcours professionnel, les femmes n’ayant pas forcément les mêmes métiers que les hommes, notamment sur les métiers à risque. »

Un oubli des inspecteurs de la révolution morale en cours

Cet avantage se trouve bien sûr écorné par le montant inférieur des pensions touchées par le « sexe faible », épargné par les métiers à risques mais aussi, plus globalement, les métiers de force qui brisent les reins, broient les épaules et rendent les travailleurs qui se les coltinent incapables de fournir des efforts physiques bien avant la soixantaine. On notera à ce propos que les métiers à risque sont pour l’essentiel assurés par des hommes, ce qui conduit à penser que la virilité prétendument toxique a bon dos mais aussi, en extrapolant, que les rapports entretenus par les hommes avec le risque et, a contrario, par les femmes avec la prudence démentent l’origine strictement culturelle des stéréotypes de genre tout en soulignant le rôle joué par la physiologie dans les comportements humains. De cela, on peut inférer que ce n’est pas un hasard ni un complot du patriarcat si les femmes ont par nature tendance à opter pour les métiers du care, caractérisés par le souci d’autrui, tandis que les hommes tendent à privilégier les emplois fortement tournés vers l’action, c’est-à-dire vers les engins mécaniques, la conquête spatiale, le maintien de l’ordre ou la guerre.

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Les féministes militantes verront dans l’indifférence à la plus faible espérance de vie des hommes une juste manière de contrebalancer l’inégalité qui, à l’âge de la retraite, pénalise les femmes sur le plan financier en conséquence des interruptions de carrière qu’elles ont subies, des fréquents écarts entre leurs salaires et ceux des hommes, de leurs revenus insuffisants au regard de la pénibilité de leurs tâches au long de leur vie professionnelle. À quoi on répondra aisément qu’aux pensions de réversion touchées quand leur conjoint décède, s’ajoutent les trimestres supplémentaires accordés pour chaque naissance, ainsi que le rattrapage salarial déployé par nombre d’entreprises au retour des congés maternité, qui compensent les interruptions de carrière liées aux enfants. Mais, nonobstant mille cas spécifiques, restent les chiffres habituellement avancés selon lesquels les femmes bénéficient en moyenne d’une retraite de 28 % inférieure à celle des hommes, pensions de réversion comprises. Et le meilleur argument pour éviter de tomber dans des compensations de mauvais aloi consiste à refuser par principe de déshabiller Pierre pour habiller Paul.

Aussi revenons aux quatre années d’espérance de vie qui manquent aux hommes en comparaison de celle des femmes et à la question initiale, qui se révèle finalement pertinente : sachant que les inspecteurs de la révolution morale traquent impitoyablement les moindres traces d’inégalité entre les sexes, pourquoi la différence d’espérance de vie à 65 ans – ou à 64 – au détriment des hommes n’est-elle pas prise en compte dans la réforme des retraites ?

Peut-être la réponse tient-elle à la trop grande diversité des situations à examiner et dans la complexité des calculs à effectuer pour intégrer les données subséquentes dans la réforme. Mais il est probable qu’elle réside plutôt dans la volonté tacite, voire inconsciente, de priver le sexe masculin de toute espèce de considération susceptible de contrarier la promotion systématique des intérêts féminins. Ce qui explique sans doute que le culte du progrès aujourd’hui régnant fait passer par pertes et profits, au nom de l’égalité entre les sexes, une inégalité aussi criante.

Les hommes et les femmes: Notes sur l'esprit du temps

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[1] Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques.

Séisme en Turquie: la corruption première cause de décès

Erdogan, dont le parti, l’AKP, est au pouvoir depuis 2002, porte une responsabilité directe et lourde dans la situation


Lundi 6 février, tôt dans la matinée, un tremblement de terre de magnitude 7,8 – le plus fort enregistré dans la zone pendant l’époque moderne – a dévasté en quelques minutes des vastes territoires au Sud-est de la Turquie et au Nord de la Syrie. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) estime que pas moins de 20 000 malheureux pourraient avoir péri, une fois toute la poussière retombée.

Scènes apocalyptiques

Depuis lundi matin, les réseaux sociaux sont inondés de vidéos de scènes apocalyptiques: bâtiments écroulés, quartiers entiers transformés en monceaux de gravats. Des immeubles d’habitation de plusieurs étages se sont effondrés en quelque dizaines de secondes, ensevelissant leurs habitants sous les décombres. Des centaines de milliers d’autres, les plus chanceux, se sont soudainement retrouvés sans abri, dans des conditions météorologiques difficiles. Choqués, manquant d’eau et de nourriture suite à la rupture des voies de communication et de ravitaillement, ils essayaient de chercher leurs parents disparus.

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En Syrie, c’est le Nord-ouest du pays, qui abrite des centaines de milliers de réfugiés et déplacés, qui a été le plus touché par le tremblement de terre. Des villages entiers ont tout simplement été rayés de la carte. À Alep, une grande partie des infrastructures endommagées ou délabrées pendant la guerre civile mais qui étaient encore debout ont tout simplement été aplaties par le séisme – y compris des bâtiments essentiels comme les hôpitaux. Les survivants syriens sont sans eau ni électricité, tandis que les équipes d’intervention d’urgence sont à la peine pour arriver sur place (les routes sont coupées, abimées ou bloquées par des réfugiés). Une fois arrivées sur site, elles travaillent dans le froid et sous de fortes pluies.

Une catastrophe naturelle, mais pas seulement

Bien évidemment, la cause immédiate du drame est un phénomène naturel. Mais, la tectonique de plaques ne peut pas à elle seule expliquer le nombre élevé des victimes et l’étendue des dégâts matériels de la catastrophe. En réalité, le désastre a pour cause principale la corruption. De toute évidence, la guerre civile a rendu la Syrie particulièrement vulnérable. Et, dans le cas de la Turquie, une grande partie de la responsabilité incombe au gouvernement, aux municipalités et aux entreprises de construction. La Turquie se trouve entre les failles nord et est de l’Anatolie, et est un pays très exposé à l’activité sismique, ce qui est connu depuis longtemps. Ce tremblement de terre était donc attendu. Le pays a déjà été frappé par des tremblements de terre dévastateurs au cours de son histoire, dont un, en 1999, près d’Izmit (100 km à l’est d’Istanbul) avait tué environ 18 000 personnes. Cette catastrophe avait alors mis en lumière de mauvaises pratiques répandues parmi des entrepreneurs du bâtiment qui, en collusion avec certains politiques, ignoraient ou contournaient les règles de sécurité. Celui qui incarnait ces promoteurs sans scrupules, Veli Gocer, avait admis avoir pris des mesures de « réduction des coûts » dans ses activités. Il avait même essayé de se dédouaner : « Je ne suis pas un constructeur, je suis un poète (…) Je ne me sens pas coupable. Je me sens désolé mais je ne suis pas responsable de ces morts. » Suite à cette tragédie, des réformes ont été promises, et de nouvelles réglementations ont été mises en place. Cependant, ces mesures ont été de nouveau contournées et ignorées.

Pendant les 23 ans qui nous séparent du séisme d’Izmit, des mesures ont bien été prises. Les experts turcs s’accordent à dire que les bâtiments construits conformément aux réglementations antisismiques de 2007 et 2017 ont relativement bien résisté. Les bâtiments construits selon ces recommandations officielles ne doivent pas pouvoir s’effondrer, même lors de tremblements de terre très puissants. Mais, comme souvent, le problème reste entier en cas de mauvaise application de la réglementation. Et, bien sûr, la rénovation et la mise aux normes des bâtiments déjà construits, demeure un énorme problème.

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Après 1999, les politiques d’urbanisme au niveau local et des décisions au niveau national n’ont pas permis la rupture annoncée publiquement avec les pratiques du passé. L’amnistie de 2018 sur les délits de construction est ainsi un parfait exemple de la perversité du système turc. Dans le cadre de cette mesure, en échange d’une taxe versée au gouvernement, des licences ont été accordées à des bâtiments achevés avant 2017 qui ne respectaient pas les codes de construction. Même des immeubles ont bénéficié de cette amnistie ! Lesquels sont devenus des bombes à retardement pour leurs occupants, qui, souvent, l’ignoraient. 

Les responsabilités indiscutables d’Erdogan

Erdogan, dont le parti, l’AKP, est au pouvoir depuis 2002, porte une responsabilité directe et lourde dans cette situation. Depuis son mandat de maire d’Istanbul (1994-1998), et surtout en tant que Premier ministre pendant quinze ans, il a tissé des liens étroits avec les acteurs majeurs du BTP, l’un des principaux moteurs de la croissance économique rapide des années 2000 et 2010, socle du succès politique d’Erdogan et l’AKP.

En 2014, le Financial Times a cité deux hommes d’affaires turcs de premier plan (anonymes), qui ont déclaré que les pots-de-vin étaient « parfois nécessaires » pour mener à bien de grands projets de construction. De transcriptions de conversations téléphoniques divulguées à la presse turque, en 2014, il ressort clairement que le magnat de la construction Ali Agaoglu a eu des relations étroites avec le clan Erdogan. La Turquie d’Erdogan a donc facilité sciemment le développement d’un système de contournement des règles de sécurité, afin d’accélérer la croissance, mais aussi à des fins d’enrichissement personnel et de corruption politique.

Erdogan est donc le premier et le plus direct responsable de la dimension politique de la catastrophe. Toutefois, un tel « système » a été mis en place bien avant son arrivée au pouvoir, notamment par ses adversaires politiques. Quand la Turquie était dirigée par Turgut Ozal (décennie 1983-1993), le pays a connu une libération rapide de son économie – et aussi de la société – dont certaines dérives sont responsables de l’apparition de promoteurs de la trempe d’un Veli Gocer.

Et il est donc à craindre que ce texte garde toute sa pertinence après le prochain grand séisme en Turquie.    

Le knockisme linguistique est né!

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La langue française serait malade de sexisme. À l’Université, beaucoup s’emploient à essayer de la «guérir». Une analyse de Yana Grinshpun, maître de conférences en linguistique française à Paris III-Sorbonne Nouvelle.


L’écriture inclusive est un sujet aussi inépuisable que l’antisémitisme. On croit avoir tout dit et tout démontré pour endiguer le phénomène [1], mais rien n’y fait, le thème revient toujours et avec les mêmes revendications : justice pour les femmes, ces malheureuses  « invisibilisées » par la langue, épuration de la langue « masculinisée » par de méchants grammairiens du XVIIe siècle et fabrique d’une langue « pure », dépourvue de discriminations. On se demande seulement comment il se fait qu’aucun linguiste n’ait remarqué ces crimes commis par la langue française, avant l’avènement de l’hégémonie néo-féministe ? Comment les spécialistes du langage n’ont pas perçu qu’écrire « chers collègues » était l’expression d’un sexisme intolérable, que l’expression « ceux qui m’aiment me suivent » couvrait les femmes d’une cape d’invisibilité ? Comment n’ont-ils pas compris que l’existence des formes neutralisant toute opposition sexuelle (ce qu’on appelle en grammaire « le masculin neutre ») n’était au fond qu’une tentative de l’emprise « androcentriste » ? Comment je n’ai pas compris que l’entrée à la salle des enseignants m’était interdite (enseignants étant au masculin neutre) et que la cantine pour étudiants excluait l’entrée des filles ?

Médecins de la langue

Eh bien, la réponse est simple. Les docteurs Knock (surtout les doctoresses, en fait), n’ont pas été jusqu’à présent aussi puissants au sein des sciences du langage. C’est avec la mise en place du monde imaginaire du gender, celui qu’on nous vend comme « la construction sociale », comme « le ressenti » de l’âme indépendante du corps, que les plus doués parmi les charlatans ont commencé à confondre sciemment ce genre-là (« construction sociale relevant du ressenti personnel ») avec le genre grammatical, inhérent aux substantifs du français. Une armée de médecins de la langue a été enfin formée et elle s’est attelée alors à la traque du genre grammatical en langue française déclarée malade d’androfallogocentrisme. Le knockisme linguistique est né. Il a déclaré que la grammaire était un manifeste sexuel qui favorise la domination masculine, sous prétexte que « le masculin l’emporte sur le féminin ». Et peu lui chaut que cette phrase n’existe dans aucun manuel de grammaire du français. Qui va aller vérifier ? [2] Par conséquent, ô trouvaille !, l’homme domine la femme! Le genre grammatical et le sexe biologique sont déclarés être intrinsèquement liés, et la plus grande imposture linguistique du siècle commence. La structure de la langue expliquerait la structure sociale et notre vision du monde ! Le Russe n’a pas de futur morphologique ? C’est que la Russie n’a pas d’avenir. L’espagnol a deux verbes « être », c’est que les Espagnols sont beaucoup plus « étants » que nous-autres. En dyirbal, l’un des quatre genres grammaticaux est celui des noms désignant les hommes et les animaux, et l’autre les femmes, le feu et le combat, le troisième la nourriture non-animale et le quatrième tout le reste. C’est que les aborigènes d’Australie étaient féministes et végans avant l’heure !

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Des articles à prétention académique, signés par des détenteurs de titres universitaires cautionnent ces thèses absurdes et contribuent à leur propagation. On pourrait, en toute bonne foi, s’en étonner, sachant que le réel prouve le contraire de cette domination « imaginaire » dans les sociétés occidentales et que cette vision inédite de la langue relève de l’ignorance. Il n’y a qu’à faire un tour dans les Universités françaises, jeter un coup d’œil sur les ministres actuels ou se promener dans les couloirs du Palais de Justice pour voir des femmes professeures, des femmes présidentes des Universités, des femmes magistrates, des femmes journalistes, des femmes ministres et j’en passe. Par ailleurs, si le genre grammatical influe sur le réel, les Anglais ou les Turcs ignoreraient tout de la différence sexuelle, les pays anglophones ou turcophones seraient habités par des êtres asexués, car ni l’anglais moderne ni le turc n’ont de genre grammatical ; et la Russie serait le paradis des « a-genre », et autres êtres asexués avec son genre grammatical neutre.

Université inclusive avec… les thèses les plus farfelues

Beaucoup a été déjà dit et écrit sur les pages de Causeur à ce propos. Mais rien n’y fait, le thème reste d’actualité, l’inclusivisme s’est solidement installé à l’Université, l’imposture intellectuelle, étant ainsi solidement cautionnée par ceux mêmes dont on attendrait de la résistance au lyssenkisme linguistique. Ceux-là, les progressistes, vous répondent : « Mais quelle idée de s’intéresser au savoir au détriment de la bonne santé morale ? La langue française est malade de sexisme, on va la guérir ! ».  Et hop, c’est parti, on a commencé à voir des modes d’emplois divers et variés, des guides de la langue inclusive, des recommandations émanant de toute sorte de hauts conseils et de basses cours néo-féministes. Que chacun et chacune ou toutes et tous de celles et ceux qui lisent Causeur s’émerveillent de cette prose universitaire qui excelle dans la promotion du knockisme :

« Il est essentiel de communiquer avec vos étudiant.e.s pour qu’ils et elles sachent si vous pourrez ou non vous rendre à l’université et comment ils et elles doivent travailler. Que vous puissiez vous rendre en cours ou non, veillez à mettre à la disposition des étudiant.e.s le matériel pédagogique nécessaire afin que ceux et celles qui ne pourraient pas rejoindre l’université aient moyen de rattraper le cours. L’expérience de la crise sanitaire a montré que les étudiant.e.s ne peuvent pas enchaîner cours présentiels et cours en visio et qu’ils et elles ne disposent pas tou.te.s d’un ordinateur et d’une pièce au calme à une heure donnée »

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Trêves de moqueries. Vous en avez marre ? Alors, passons aux choses sérieuses. Les gens normaux ne lisent pas les traités savants, encore moins les traités de linguistique. Alors voici que trois linguistes ont rédigé une petite synthèse à l’usage des gens de bonne foi qui n’ont pas le temps de se pencher sur tous les travers du knockismo-lyssenkisme (dans la guerre des néologismes, nous ne sommes pas à la traine !) et qui est accessible ici.

Voici quelques arguments pour en donner un avant-gout aux lecteurs :

– L’idée de l’écriture inclusive repose sur une confusion des termes. Genre grammatical n’a rien à voir avec une quelconque conception socio-philosopho-féministe du « genre » comme « construction sociale ». Masculin et féminin appliqués à des signes linguistiques ne signifie pas mâle et femelle. Ce sont des classes de mots, pas des catégories sexuelles. La langue ne fonctionne pas selon une correspondance entre la réalité et les mots : dire « la foule était hilare » emploie le singulier, alors que foule réfère à une pluralité de personnes. Le fait que le mot « foule » soit au féminin ne dit rien sur le sexe des personnes susceptibles de la composer. Le genre des mots n’est pas dans un rapport systématique avec le sexe (ce type est une crapule ; Marie est un cancre)le fournisseur ne désigne ni un homme ni une femme, mais une entreprise, etc.). Les configurations du sens ne se réduisent pas à la seule désignation sexuelle. On ne peut donc en tirer de conclusions sociales.

– Le genre grammatical en français comprend aussi des fonctionnements neutres (quoi de plus beau que les jolies femmes !). Pour les humains, la forme dite « masculine » fonctionne le plus souvent comme un neutre ou un impersonnel et ne possède pas de valeur sexuée (il pleut, ils vont augmenter les impôts ; à Paris, ils roulent comme des fous, les gosses, ça crie tout le temps, on cherche quelqu’un pour un poste de directeur). On ne peut pas mettre au féminin ou en écriture inclusive des énoncés comme « je me fous de savoir si l’avocat est une avocate » : on a besoin du « masculin » morphologique (la morphologie touche à la forme du mot) pour exprimer le neutre sémantique. Quelqu’un a une forme morphologique du masculin, mais ne renvoie pas forcément à un être du sexe masculin. Dans quelqu’un frappe à la porte, on ne sait pas justement de qui il s’agit : d’une femme ou d’un homme.

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– La revendication de « visibiliser les femmes » est une métaphore, comme l’est « inclure les femmes » qui n’a aucun sens pour la grammaire : la langue ne « visibilise » ni « invisibilise » rien ni personne, elle n’exclut pas, n’inclut pas. Elle permet de parler de tous et de tout, car c’est une institution symbolique. Quand l’on ne parle pas de femmes, l’on ne les « invisibilise » pas, elles ne sont pas l’objet du discours, même si cela peut blesser le narcissisme paranoïaque de certaines. Ce n’est pas non plus un instrument de promotion identitaire. À cet égard, la prétention du Manuel d’Écriture Inclusive (« Faites avancer l’égalité femmes-hommes par votre manière d’écrire ») relève du charlatanisme et non d’une relation avérée entre langue et organisation sociale. La langue évolue dans ses formes, de même que la société évolue dans son organisation, mais il n’existe pas de lien de causalité entre les formes de la langue et la hiérarchisation sociale…

Nos Knock des sciences du langage ne lisent pas les textes fondateurs de la linguistique contemporaine qui contredisent jusqu’au moindre point l’imposture intellectuelle et le bavardage militant ignare. Cela se comprend, car l’écriture inclusive est, entre autres, une opération commerciale, devenue politique, qui a fait suite à son dépôt comme nom de domaine en 2016 et au développement de l’activité d’une « agence de communication et d’influence », Les Mots Clés [4], qui vend du consulting et des formations. Elle n’émane ni des usages spontanés, ni de l’évolution naturelle de la langue, mais du militantisme marchand des vendeurs d’orviétan et de leurs idiots utiles et ignorants qui peuplent les facs des pays francophones.


[1] Szlamowicz, J. (2018), Le sexe et la langue, Grinshpun, Y. et Szlamowicz (2021), Le genre grammatical et l’écriture inclusive, Charaudeau, P. (2021), La langue n’est pas sexiste, Grinshpun, Y. et Szlamowicz, J. (2021) Les crises langagières etc.

[2] Manque de chance, André Chervel, historien de l’éducation et agrégé de grammaire, est allé éplucher de très nombreux ouvrages portant sur la langue française pour découvrir que…une formulation approchée de cette expression a été utilisée deux fois, la première au XVII° siècle dans un obscur opuscule d’Alcide de Sainte Maurice et dans un manuel de 1887 avec l’exemple suivant : « La mère et le père sont contents », ce qui est absolument scandaleux, n’est-ce pas ?, car octroie des privilèges insoupçonnés au père.

[3] Jean Szlamowicz, François Rastier et Yana Grinshpun

[4] https://www.motscles.net/ecriture-inclusive

On attend toujours la réponse à l’Inflation Reduction Act américain

Avec l’IRA (Inflation reduction Act), les États-Unis subventionnent massivement une partie de leur économie, faussant ainsi la libre concurrence avec l’industrie européenne. La réponse des pays de l’UE à cet acte de guerre économique est un test pour l’industrie européenne.


En août 2022, le président américain signait l’un des plus importants programmes de subventions publiques en faveur des industries vertes mené par le gouvernement des États-Unis. L’Inflation Reduction Act (IRA) autorise 391 milliards de dollars de dépenses en faveur des secteurs de l’énergie et du développement durable. Le texte prévoit 270 milliards de dollars d’avantages fiscaux, en particulier pour la production de véhicules électriques. Au-delà de ces subventions massives, l’objectif du texte est de privilégier les productions sur le sol américain en leur donnant un avantage considérable sur la concurrence importée.

Un acte économique hostile

Cette loi a été perçue comme un acte économique hostile par l’Union européenne et ses États membres. De fait, le gouvernement américain ne se cache pas de sa volonté d’améliorer l’attractivité des États-Unis pour les industries vertes, y compris au détriment des Européens qui sont pourtant de proches alliés. Le gouvernement américain organise d’ailleurs des campagnes d’information sur l’IRA et les avantages résultant d’une installation aux États-Unis.

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L’IRA a été qualifié de menace existentielle pour des pans entiers de l’industrie européenne déjà confrontée à des prix de l’énergie bien plus importants qu’aux États-Unis. Par ailleurs, la Chine elle aussi subventionne massivement son industrie dans le secteur du développement durable. C’est donc la place des États membres de l’UE dans la compétition mondiale dans les secteurs de l’énergie et du développement durable qui est en jeu. Le président Macron a exprimé les préoccupations de l’Union européenne lors de sa visite d’État à Washington en décembre 2022.

États-Unis, forces et faiblesses d’une puissance

D’autres responsables européens, à commencer par le Commissaire français Thierry Breton, ont protesté contre l’attitude de Washington. Mais les tentatives de faire évoluer la position américaine ont largement échoué et n’ont guère d’espoir d’aboutir. Depuis les élections de mi-mandat de novembre 2022, l’équation politique à Washington s’est compliquée pour Joe Biden, qui même s’il en avait l’intention ne pourrait que très difficilement amender le texte de l’IRA. Les membres du Congrès américain restent largement sourds aux protestations européennes. Pour certains d’entre eux, l’Union européenne devrait au contraire être satisfaite du texte puisqu’il s’agit d’une des initiatives les plus ambitieuses en matière de lutte contre le changement climatique prises par un gouvernement américain.

Washington reste sourd à l’Europe

L’Union européenne n’a obtenu de Washington que la constitution d’un groupe de travail bilatéral pour examiner ses difficultés avec le texte et les moyens d’y remédier. Elle doit rendre ses conclusions dans les prochaines semaines et il est peu probable qu’elle permette des avancées sur les principales préoccupations européennes, y compris du fait des contraintes politiques à Washington. Impuissante à faire modifier le texte de loi, l’Union européenne demande que les subventions du gouvernement américain soient à tout le moins distribuées en toute transparence, afin qu’elle puisse savoir à quoi s’en tenir et tenter de rééquilibrer la situation pour son industrie.

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Ceci posé, l’administration Biden a également exprimé clairement que l’Union européenne était dans son droit de mettre en place des mesures similaires en faveur de sa propre industrie. Une invitation à agir qui n’en est pas réellement une puisqu’elle méconnaît les débats internes à l’Union européenne sur les sujets liés à l’intervention de l’État dans l’économie et aux subventions publiques.

Face aux États-Unis, la menace antisatellite chinoise

Confrontée à une fin de non-recevoir américaine sur une revue en profondeur des mesures prévues par l’IRA, l’Union européenne ne peut donc compter que sur elle-même. C’est le sens des propositions formulées par la Commission le 1er février. Mme von der Leyen a proposé un assouplissement des règles relatives aux aides d’État afin de donner plus de latitudes aux États membres pour subventionner leurs industries dans les secteurs du développement durable et des énergies renouvelables, pour un laps de temps limité. Elle prévoit aussi des mesures de simplification des démarches administratives et une stratégie pour assurer la sécurité des chaînes d’approvisionnement pour les matières premières dont l’UE a besoin, notamment pour le déploiement des énergies renouvelables.

C’est cher, c’est l’État qui paye

Si elles vont dans le bon sens pour doter les États membres des moyens de se défendre face aux subventions américaines, ces mesures pâtissent d’une limite majeure : elles ne sont pas associées à de nouvelles dépenses budgétaires, laissant les États assurer individuellement le financement de ces aides. La Commission prévoit d’utiliser les fonds non consommés du plan de relance post-Covid et ceux mobilisés pour le soutien aux entreprises européennes confrontées aux conséquences des sanctions contre la Russie.

Un hypothétique « fond de souveraineté » financé par une nouvelle émission de dette commune et dédiée à financer certains secteurs de pointe doit être étudié par la Commission d’ici à l’été. Sans capacités nouvelles de financement, la réponse de l’UE ne sera pas à la hauteur des risques encourus par l’industrie européenne. Au final, ce sont les entreprises privées qui effectuent les décisions d’investissement, et ce que l’Union européenne a mis sur la table ne fait pas le poids face aux mesures prévues par l’IRA.

D’autant que les dynamiques politiques au sein de l’Union européenne pourraient diluer encore davantage les mesures envisagées par la Commission. Le clivage traditionnel entre les interventionnistes (France, Italie, Espagne) et les libéraux (Pays-Bas, Danemark, Suède notamment) bloque toute possibilité d’avancées majeures au niveau européen. Le Premier ministre néerlandais a récemment refusé toute possibilité d’une nouvelle émission de dette commune européenne pour financer la réponse européenne à l’IRA.

Quant à l’Allemagne, elle affiche une proximité avec la France comme en témoigne le déplacement conjoint de Bruno Le Maire et de son homologue allemand à Washington le 7 février. La France et l’Allemagne sont les deux principaux États à disposer des…

>> Lire la fin de l’analyse sur le site de la revue de géopolitique Conflits <<

Chercher l’épingle

Les idéologies victimaires, comme ce néoféminisme contemporain qui anathématise l’homme blanc, relèvent d’une mécanique passionnelle. Une idéologie, c’est au fond bête comme chou. Observations sur le ressort métaphysique de la victimisation.


Pourquoi est-il si difficile de s’opposer aux récriminations victimaires qui surgissent un peu partout? Et qu’est-ce qui fait la force de celui/celle qui proclame paradoxalement en être dépourvu? Pour cela, il faut comprendre qu’en deçà de cette posture, devenue politique, se cache un ressort qui est métaphysique, donc non identifiable dans un monde déchristianisé qui a perdu ses références religieuses. Car, quoi qu’on en dise, dans ce monde, Dieu n’a pas disparu, il s’est seulement dégradé en idole. Dans ce processus, la victime est devenue le nouveau Christ en croix, d’autant plus prégnant qu’il ne se nomme pas. 

Une mécanique passionnelle

Une façon de ne pas tomber dans le panneau consiste à mettre à nu la mécanique qui meut le tourbillonnant ballet victimaire actuel. Or, si le ressort est métaphysique, la mécanique, elle, est passionnelle dans le sens le plus classique. Mélange grisant, exaltant, donc pernicieux et dangereux à proportion.

Dans son premier Propos sur le bonheur, Alain évoque l’anecdote de Bucéphale qui, le dos tourné au soleil, voyait son ombre s’agiter devant lui à mesure qu’il se cabrait. Personne ne pouvait maîtriser ce cercle infernal. C’est le jeune Alexandre qui a compris qu’il fallait simplement tourner le cheval face au soleil pour que la bête se calme. Le philosophe indiquait de la sorte qu’on ne dialogue pas avec une passion ou une douleur. On change de niveau. Ainsi, le bébé qui crie et ne veut pas être consolé a souvent une épingle de nourrice coincée qui lui pique les fesses. Il faut donc trouver l’épingle pour le calmer et non le cajoler ou lui crier après.

C’est la même chose pour les idéologies victimaires qui, tels des champignons après la pluie, fleurissent ici et là. Si elles sont apparues dans un contexte qui les justifiait (injustices, discriminations, pauvreté et autres calamités), elles ont progressivement pris leur envol, s’affranchissant peu à peu du terreau qui les avait vues naître. Elles ont ainsi fini par secréter leur propre langage en se nourrissant de leur propre indignation, comme un bébé crie de crier et pleure de pleurer. Pour ces idéologies, tout leur est épingle et aucun Bepanthen® ne peut calmer leur urticaire.

Il est donc souvent inutile de répondre au niveau des récriminations de crainte que l’idéologue, voyant dans cette tentative un reflet et une confirmation de son combat, ne s’enflamme davantage.

Qui plus est, une mécanique est une forme de fatalité qui n’opère aucun retour sur soi. Au contraire, elle cherche à persévérer dans son être, selon la loi du conatus dont parle Spinoza. Elle cherche à s’accroître par tous les moyens dont elle dispose. Comme une plante grasse, elle tend à phagocyter toute vie qui l’entoure et à capter tout la force solaire au-dessus d’elle. La mécanique idéologique ne connaît d’autre limite que la contrainte ou l’effondrement après une course effrénée à l’obésité. Une idéologie, c’est au fond bête comme chou.

Communisme et féminisme essentialiste

Dans le cas des idéologies victimaires devenues folles, l’inspiration initiale est de nature religieuse, dans le pire sens du terme. On a souvent commenté le communisme qui régurgitait des réalités chrétiennes en les privant de leur transcendance. Ainsi, le contrôle des moyens de production figuraient le péché originel, le prolétariat aliéné était le Christ en croix, le diable le bourgeois, la lutte des classes, le combat entre Dieu et le Dragon, la société sans classes, le paradis sur terre.

On a en revanche moins évoqué le féminisme essentialiste (et non le féminisme ou encore moins les femmes) qui opère selon les mêmes schèmes. Ici, le patriarcat et son thuriféraire masculin blanc hétérosexuel de foi ou de culture chrétienne incarnent le péché originel et le diable, le Crucifié est l’être-femme aliéné, l’égalité entre les sexes devient la Jérusalem céleste. Une cité pas si céleste que ça, au demeurant, dans la mesure où le combat se mène ici-bas et non en vue d’un au-delà. Détail supplémentaire essentiel, la Vierge Marie, immaculée, donc sans péché, incapable de faire le mal, qui est le fantasme inavoué du féminisme essentialiste. Marie est vierge, quasi muette dans les Évangiles et l’on ne sait trop ce qu’elle fabrique dans la dramaturgie évangélique. Mais elle est mère de Dieu. En somme, Marie n’a rien et elle est tout. Passez la Sainte Vierge à la moulinette idéologique et vous avez dans les mains un yo-yo détraqué, une Marie qui rebondit entre le tout et le rien au quart de tour, entre un désir infini et une dépossession totale.

Car, en somme, Marie veut jouir tout en restant vierge. Elle veut le pouvoir et l’exercera forcément à bon escient. Si elle se fâche, c’est qu’elle a été outragée. Ses rages sont à la mesure de sa pureté. Dans ce cas, comment oser discuter avec ce qui est pur, comment s’y opposer, puisqu’on est d’office impur, anathématisé et menacé de Géhenne?

Le fardeau de l’homme blanc

Au-delà de ces deux doctrines, on devine les juteuses récupérations idéologiques ultérieures qui ont pour point focal commun l’homme blanc hétérosexuel, de foi ou de culture chrétienne, seule catégorie exclue du système victimaire. Le Fardeau de l’homme blanc, poème écrit par Rudyard Kipling en 1899, s’est renversé pour devenir… le fardeau de l’homme blanc, alors que la première marque de supériorité s’est métamorphosée en bonnet d’âne et en signe d’ineptie. Mais, point essentiel, cet homme blanc demeure le pivot de l’histoire. Résultat : le patriarcat est plus caricaturé que jamais et, comme le dit Rémi Brague dans la préface de mon livre, il n’y a « rien (…) de plus eurocentriste que la critique d’un prétendu ”eurocentrisme” ».

Il n’empêche, les dérives victimaires qui nous sont imposées avec une inventivité éblouissante sont désarmantes car on a perdu le vocabulaire religieux d’antan au profit d’un arsenal conceptuel moderne centré sur le seul être humain. Pensant avoir délaissé la dimension transcendante, on l’a simplement réintroduite subrepticement et dénaturée dans l’immanence : sa force de frappe n’en est que plus efficace. Résultat : nous ne voyons pas que les conflits victimaires actuels sont de nature religieuse et n’en sont que plus mobilisateurs. Demandez à n’importe qui s’il préfère se battre pour ce qu’il imagine être son dieu ou pour les ternes compromis démocratiques et vous aurez la réponse.

Toutes ces idoles insatiables ont une épingle aux fesses.

La retraite en héritage

La contestation massive de la réforme des retraites, qui n’est pourtant pas révolutionnaire, traduit le désenchantement des Français à l’égard d’une démocratie représentative qui ne fabrique plus de légitimité. Mais elle est aussi le révélateur de notre addiction à la dépense publique. Devenus un peuple d’ayants droit, nous nous adonnons aux délices d’un individualisme financé par l’État. En oubliant que l’État, c’est les autres.


C’est notre ultime ambition collective, le seul horizon que semblent partager tous les Français, de 17 à 77 ans. C’est aussi le seul sujet capable de fédérer colères et protestations. À en croire les sondages, plus de deux tiers des Français et, ce qui est un brin décourageant, une écrasante majorité de jeunes (environ 85 % des 18-24 ans) sont vent debout contre un texte qui obligerait certains à travailler deux ans de plus. En effet, pour tous ceux qui ont démarré leur vie professionnelle après 21 ans, cela ne changera rigoureusement rien, les 43 annuités instaurées par la réforme Touraine les amenant déjà à 64 ans ou plus. D’autre part, de nombreuses mesures sont prévues – et sans doute seront-elles négociées – pour tous ceux qui ont commencé à travailler très jeunes. Nul ne conteste qu’un boulanger qui se lève aux aurores et respire de la farine depuis l’âge de 15 ans soit effectivement épuisé à 60 ans.

Impasse

Il ne s’agit ici ni d’approuver ni de dénoncer la loi en préparation. Si elle repose sur un principe de bon sens – puisque nous vivons beaucoup plus vieux, il semble assez logique de travailler un an de plus –, elle fait l’impasse sur des thèmes aussi essentiels que la natalité, l’emploi des plus de 55 ans (dans la novlangue contemporaine, on dit « seniors »), les carrières hachées – sans parler de la différence de traitement entre fonction publique et privée, qui mériterait au moins un réexamen. De plus, d’après de nombreux experts, elle ne garantit l’équilibre que pour quelques années. Il est vrai que d’autres jurent que le système va très bien, madame la marquise, et qu’il ne faut rien changer. Puisqu’on a trouvé des centaines de milliards pour le quoi qu’il en coûte, il n’y a qu’à continuer sur cette excellente lancée. Il paraît qu’Emmanuel Macron fait cette réforme pour complaire aux Allemands et aux marchés. Peut-être. Mais il ne fallait pas élire un européiste si on ne voulait pas de la politique qui va avec. De plus, le seul moyen d’être souverain, par rapport aux Allemands et aux marchés, c’est de ne pas avoir besoin d’eux. Donc de ne pas crouler sous une montagne de dettes.

Quelles que soient les imperfections du texte gouvernemental, parler de loi « sadique » comme si elle allait nous ramener au temps de Germinal ou de La Bête humaine est totalement à côté de la plaque. Il faut donc essayer de comprendre ce que ce refus quasi unanime de travailler (un peu) plus dit de nous. On lira à ce sujet de nombreux et passionnants éclairages dans notre dossier.

Numéro 109 de Causeur

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Comme toujours, l’objet manifeste de la contestation (ici, la retraite) dissimule des raisons latentes, en grande partie ignorées des acteurs. Christophe Guilluy les résume dans Le Figaro [1] : « C’est moins du côté du contenu des mesures qu’il faut chercher la réponse que du côté de l’absence de sens de réformes qui ne s’inscrivent dans aucun dessein politique mais seulement dans un mécano technocratique. Le seul objectif semble être de répondre aux normes d’une économie mondialisée dans laquelle la classe moyenne occidentale est en fait trop payée et trop protégée. […] Pilotée par une technostructure qui a démontré depuis bien longtemps que le bien commun n’était pas son sujet, cette énième réforme illustre bien la volonté d’être en marche, mais en marche vers nulle part. » Faute de projet commun porté par les élites, la démocratie représentative ne fabrique plus de légitimité. Cette absence de légitimité constitue un mur auquel se heurte toute tentative de réforme un tant soit peu douloureuse.

Un peuple d’ayants droits

Pour autant, il est un peu sommaire d’opposer des gouvernants entachés de toutes les tares à des gouvernés parés de toutes les vertus. Nous ne sommes pas les victimes innocentes du cynisme et de l’égoïsme de ceux que nous élisons. Depuis trente ans, nous élisons avec constance des gens qui trouvent que rien n’est plus moderne que le libre-échange intégral, origine principale de la stagnation des salaires et du laminage des classes moyennes occidentales. Au demeurant, Macron ne nous a pas fait un enfant dans le dos : la retraite est probablement le seul sujet sur lequel la présidentielle sans campagne a offert un choix clair. Si les électeurs trouvaient cette question si centrale, ils pouvaient voter Marine Le Pen. Mais ils ont voulu le beurre macroniste et l’argent du beurre lepéniste (ou le contraire).

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Si nous sommes devenus un peuple d’ayants droit, si comme l’analyse Laetitia Strauch-Bonart, le contrat social a muté en « pacte de créance [2] », ce n’est pas ou pas seulement par la faute de nos élites. Certes, notre addiction à la dépense publique et à l’État social a été encouragée par des dealers, à commencer par Mitterrand, sa funeste retraite à 60 ans et son absurde ministère du Temps libre – sans oublier les mirifiques 35 heures instaurées par ses héritiers et le RMI qui a enkysté dans l’inactivité des milliers de jeunes Français ne voyant pas l’intérêt d’aller faire la plonge dans un resto pour quelques euros de mieux. Mais nous en redemandons. Forts des droits que nous considérons comme acquis à jamais, nous nous adonnons avec bonne conscience aux délices de l’individualisme financé par l’État, en oubliant que l’État, c’est les autres. En effet, peut-être faudrait-il rappeler à ceux qui jugent inhumain de travailler un peu plus, qu’une fois retraités, ils ne seront pas à la charge d’Emmanuel Macron. Ce sont leurs enfants et petits-enfants qui devront trimer, surseoir à l’achat de leur logement, s’exiler des centres-villes, voire des banlieues. Et pourtant, même les jeunes générations, biberonnées à l’idée que leur pays leur doit tout et qu’elles ne lui doivent rien, manifestent au son de slogans aussi crétins que « travailler, c’est polluer » – et ton iPhone, il va tomber du ciel, nigaud ? Oui, c’est vrai, beaucoup de gens ont des boulots ennuyeux, répétitifs, fatigants, dépourvus de sens apparent, avec en prime des petits chefs sur le dos. Reste que, pendant longtemps, on a considéré que subvenir à ses besoins, n’être à la charge de personne était en soi une dignité, même s’il fallait pour cela s’acquitter de tâches pénibles. Ça c’était avant, quand il existait un âge appelé adulte. Désormais, nous sommes tous des enfants capricieux. Et le comble, c’est que nous braillons parce qu’on nous traite comme des enfants.


[1] Christophe Guilluy: « Les classes moyennes ne croient plus et n’écoutent plus ceux qui les dépossèdent », propos recueillis par Vincent Trémolet de Villers, Le Figaro, 21 janvier 2023.

[2] Laetitia Strauch-Bonart, De la France : ce pays que l’on croyait connaître, Perrin/Presses de la Cité, 2022.

Homme cis au volant…

Alors qu’on leur reproche déjà de squatter le barbecue, voilà que les hommes – ces fous de vitesse – sont accusés par la Sécurité routière d’ensanglanter nos routes plus que leurs compagnes, dans un nouveau spot télévisé.


La nouvelle est tombée. Un article alarmant relaie les statistiques de la Sécurité routière et nous apprend que les conducteurs masculins sont responsables de 84% des accidents de voiture. On y découvre aussi que 93% des accidents dus à l’alcool sont le fait des hommes. Ça sera donc le thème d’une nouvelle campagne de prévention à destination prioritaire de la gent masculine. Il faut quand même se demander si ces statistiques ne sont pas faussées par la surreprésentation des hommes parmi les chauffeurs de taxi, les routiers, les livreurs, les représentants en commerce de la société Ricard – autant de professions qui impliquent de faire beaucoup de route, et dans le dernier cas, parfois avec un coup dans le nez.

Bien sûr, il y a toujours un risque, à manier de telles données, que des petits malins détournent le message initial. Dans ça c’est Palace, Jean Carmet, en smoking-papillon, faisait quand même remarquer que si « 40% des accidents sont provoqués par l’alcool, ça veut dire que les 60% sont des buveurs d’eau ».

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Masculinité toxique

En fait, on n’est pas complétement surpris d’apprendre que les conduites à risques sont plutôt masculines. Longtemps, les assureurs ont d’ailleurs appliqué des tarifs plus avantageux aux femmes, censées être moins dangereuses. En son temps, Renaud chantait: « Femme je t’aime parce que/ Une bagnole entre les pognes/ Tu n’deviens pas aussi con qu’eux/ Ces pauvres tarés qui se cognent/ Pour un phare un peu amoché/ Ou pour un doigt tendu bien haut/ Y’en a qui vont jusqu’à flinguer/ Pour sauver leur auto-radio ». En exhumant les archives de l’ORTF, on retrouve un documentaire – fort douteux – de 1959 qui illustre les périls de la conduite féminine, plutôt brusque et rapide, mais marquée aussi par de soudains ralentissements le long des vitrines…

Un type d’humour qui a encore la vie longue. En mars dernier, quand Sandrine Rousseau annonçait sur les réseaux sociaux qu’elle allait monter au créneau contre les attaques misogynes, un plaisantin rétorquait : « pour ça faudrait déjà en réussir un ».

L’avis de la Science, avec Alain Mergier

En fait, la bagnole appartiendrait à toute une mythologie masculine. « Très tôt, dès l’enfance, la petite voiture commence à être un objet intime, un objet de transmission entre le père et son fils », nous indique Alain Mergier, l’un des deux sociologues auteur de cette étude pour la Sécurité routière. Albert Camus a perdu son père avant d’atteindre sa première année, ce qui ne l’a pas empêché de mourir ensuite dans un accident de voiture. Plus globalement, la voiture serait l’un des fétiches virilistes au même titre que… le barbecue ! Il ne manque plus que la clope et on a le portrait du néo-beauf dépeint par Benjamin Griveaux au tout début de la crise des gilets jaunes.

A lire aussi, Thomas Morales: À la recherche de l’automobile perdue

Il y aura donc toute une rééducation à mener contre un gros siècle de culte de la vitesse et de la bagnole. Dans le manifeste du futurisme, Marinetti, en 1909, s’enflammait tel un fan de la saga « Fast and furious » : « Nous déclarons que la splendeur du monde s’est enrichie d’une beauté nouvelle : la beauté de la vitesse. Une automobile de course avec son coffre orné de gros tuyaux tels des serpents à l’haleine explosive… Une automobile rugissante, qui a l’air de courir sur de la mitraille, est plus belle que la Victoire de Samothrace ». Une tradition perpétuée dans un autre style par Hara-Kiri et les bons conseils de Bison Bourré:


Tyre Nichols, ce n’est pas tout à fait George Floyd non plus

Nouveau symbole des brutalités policières, le décès de Tyre Nichols ne répond pas franchement aux critères de Black Lives Matter. Mais, la gauche américaine parvient tout de même à faire de la récupération politique avec ce cas.


C’est un décès qui a semé une nouvelle fois l’émoi aux États-Unis. Battu à mort par des policiers, Tyre Nichols est devenu un nouveau symbole de ces brutalités que dénonce quotidiennement le mouvement Black Lives Matter. En dépit du fait que victime comme accusés soient tous Afro-américains, le mouvement antiraciste n’a pas hésité à faire un mélange des genres.

Il a dénoncé les méfaits du suprématisme blanc dans cet incident tragique, une notion qui divise profondément la classe politique américaine quant à l’attitude à adopter face à la recrudescence de tels actes.

Arrêté le 7 janvier 2023 à la suite d’une banale infraction au code de la route, Tyre Nichols a été battu à mort par cinq policiers, tous membres de l’unité spéciale Scorpion de Memphis (Tennessee). Ils ont été rapidement démis de leurs fonctions alors que les images de son passage à tabac étaient diffusées en boucle sur les réseaux sociaux et les écrans des télévisions nationales. La violence des coups ne fait aucun doute. Sorti de son véhicule très brutalement, on voit le jeune homme de 29 ans, père d’un enfant, être aspergé de gaz lacrymogène et être victime d’un tir de taser. Alors qu’il arrive à s’enfuir, c’est devant le domicile de sa mère qu’il est rattrapé, roué de coups de pied, de poings et matraqué. L’incident – un de plus qui vient s’ajouter au nombre important de violences policières répertoriées aux Etats-Unis – est pourtant loin de ressembler au cas George Floyd dont la mort par étouffement avait donné naissance au mouvement Black Lives Matter (« La vie des noirs compte ») en 2020.

Kamala Harris présente aux funérailles

Il aura fallu un peu plus de temps aux médias que d’habitude, pour nous révéler qu’il ne s’agissait pas cette fois d’un crime racial. Les journalistes semblaient embarrassés d’avoir à reconnaître que les cinq policiers, actuellement inculpés et emprisonnés « pour meurtre au second degré », étaient des hommes de couleur tout comme leur victime.

Face à l’ampleur de l’événement, la vice-présidente Kamala Harris s’est présentée aux funérailles et a profité de cette occasion pour dénoncer « un acte de violence perpétré par des personnes chargées de protéger et assurer la sécurité des familles ». À ses côtés, était présente la mère de Breonna Tyalor, autre Afro-américaine tuée par la police dans son appartement, également devenue une icône. Sans attendre les conclusions de l’enquête, le mouvement Black Lives matter (BLM) n’a pas tardé à s’emparer de l’affaire Nichols, et a fortement suggéré dans un communiqué que « que toute violence perpétrée contre des personnes de couleur était automatiquement raciste », surprenant tout le monde.

« [Tyre Nichols] comptait pour tout le monde sauf ceux qui soutiennent la violence sanctionnée par l’État et un cycle dangereux de suprématie blanche » n’a pas hésité à déclarer D’Zhane Parker, membre du conseil d’administration de la Global Network Foundation du BLM. « Bien que les médias aient passé beaucoup de temps à attirer l’attention sur le fait que les policiers soient noirs, comme si c’était important, soyons clairs: tous les policiers représentent les intérêts du capitalisme et encouragent la violence sanctionnée par l’État » a même surenchéri D’Zhane Parker qui semble adorer les raccourcis idéologiques. Une personnalité qui semble obsédée par l’idée d’un «  racisme systémique » qui gangrènerait les forces de l’ordre.

Plus de 1200 personnes ont été tuées par la police en 2022, selon les statistiques données par « Mapping Police violence ». Une organisation orientée à gauche, qui affirme que les noirs ont trois fois plus de chances de se faire abattre que les blancs aux États-Unis. Des statistiques qui ont été contestées par le Statista Research Department : si le nombre de tués lors de violences policières est bien en augmentation depuis cinq ans, les chiffrés présentés par cet institut réputé ont démontré qu’il y avait eu plus de blancs américains tués lors d’interventions des forces de l’ordre que de noirs (389 contre 225) la même année. Des conclusions qui ont été corroborées, déjà, au début du mouvement BLM, par le Washington Post d’après une étude similaire sur le sujet, réalisée il y a deux ans dans 27 Etats américains, et pourtant passée à la trappe par les médias étrangers.

Fox News dénonce une manipulation

Pour la droite républicaine, cet incident relève plus de l’œuvre de « pommes pourries » au sein de la police que d’un problème généralisé au sein de l’institution policière.

Sur Fox News, l’animateur du Tucker Carlson Tonight show, le polémique Tucker Carlson, a accusé le BLM d’être à l’origine d’une « campagne de propagande très agressive, conçue pour manipuler [les Américains NDLR], en utilisant la triste mort d’un jeune homme à Memphis » et dénoncé une « nouvelle tentative des dirigeants de ce pays pour attiser la haine raciale aux États-Unis », visant clairement le président Joe Biden et la vice-présidente Harris. « Il y a toujours eu de mauvais officiers noirs, blancs, jaunes, bruns. C’est un usage excessif de la force, une mauvaise conduite policière » a rappelé Leo Terrell, un autre chroniqueur de Fox News, qui s’amuse de la thèse raciale développée par le BLM. Quant à Ted Williams, un chroniqueur de cette même chaîne, il a minimisé la gravité du meurtre, l’attribuant « au problème de l’expérience et à l’âge » des protagonistes, blâmant des « jeunes officiers inexpérimentés en quête d’adrénaline ». 

Le sénateur démocrate Cory Booker a déclaré dimanche 5 février qu’il pensait qu’un projet de loi sur la réforme de la police pourrait être adopté par le Congrès,mais qu’il aurait peu de chances d’aboutir vu « le désintérêt pour la Chambre des représentants dirigée par les Républicains ». Un élu qui connaît bien le sujet, puisque c’est lui qui avait conduit l’équipe chargée de remettre un rapport sur les brutalités policières peu de temps après le décès de Georges Floyd. Si les appels à réformer drastiquement la police se sont depuis multipliés, il est donc peu probable que ce nouveau drame ne change quoi que ce soit aux Etats-Unis. Il est en revanche à peu près certain qu’il nourrira encore plus les divisions idéologiques qui secouent actuellement toute l’Amérique du Nord.


Sources :

https://www.tf1info.fr/international/etats-unis-au-moins-1176-personnes-tuees-par-la-police-en-2022-un-record-2244167.html

https://www.statista.com/statistics/585152/people-shot-to-death-by-us-police-by-race/

https://www.spectator.co.uk/article/why-is-blm-blaming-tyre-nichols-death-on-white-supremacy/

https://blacklivesmatter.com/black-lives-matter-global-network-foundation-statement-on-the-murder-of-tyre-nichols/

https://www.reuters.com/world/us/us-senator-booker-sees-delicate-path-forward-police-reform-2023-02-05/

https://www.mediamatters.org/crime-and-criminal-justice/right-wing-media-are-using-death-tyre-nichols-push-their-pro-policing

À pied, à cheval ou en fauteuil roulant, quand on est bête, on est bête

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Image d'illustration Unsplash

Notre monde, ce monde qui a créé tant de choses dans tant de domaines, philosophiques, religieux, architecturaux ou artistiques, qui a vu naître en son sein parmi les plus grands hommes que compte l’humanité, qui, confronté aux famines, aux catastrophes naturelles, aux guerres, a toujours su se relever et inventer, penser, créer, vivre, notre monde est en phase terminale de déclin et l’on en vient presque à souhaiter que lui soient évités les soins palliatifs qui prolongent sa déchéance en même temps qu’ils permettent à la bêtise virale de se répandre partout. J’en étais là de mes réflexions du matin lorsque je tombai sur une vidéo circulant sur les réseaux sociaux : elle confirmait mes sombres pensées et me rappelait en même temps que, dans cet écroulement, au milieu des gravats, la bêtise a pris une nouvelle dimension. Son expansion doit beaucoup au wokisme. Pour une raison qui échappe au tout-venant de l’humanité, le crétin woke est fier de ce qu’il est ; il se selfie, se filme, s’adule et s’auto-congratule ; il est la bêtise à la hauteur de ce temps, double, triple, au carré, infinie. Des nuées d’abrutis wokisés déferlent sur ce qui reste de notre monde pour finir de le détruire. Notre devoir, qui est de saboter l’Empire du Bien (Muray), nous enjoint de faire toute la publicité possible sur ces pitres, un par un ou en groupe, afin qu’on se rie d’eux et que, ce faisant, l’espace d’une courte récréation, nous remettions à plus tard l’idée d’une euthanasie collective.

A lire aussi, du même auteur: De la révolution à la Terreur racialiste

Le validisme et le non-consentement, quelles oppressions!

Cette vidéo a été réalisée par un handicapé se déplaçant en fauteuil roulant. Il a lui-même posté son œuvre sur les réseaux sociaux: dans un supermarché, il est en train de faire ses courses lorsque soudain un paquet glisse de son cabas et tombe par terre. « Oh ! Putain », s’exclame l’invalide d’une voix grave en arrêtant brutalement sa carriole. Une brave dame passant par-là ramasse le paquet et le lui remet gentiment. Réflexion acerbe du handicapé : « Excusez-moi mais est-ce que je vous ai demandé…? » La dame ne comprend pas, elle est gênée et bafouille. L’infirme, faussement énervé, profitant de la confusion de cette pauvre femme : « J’aurais pu le faire ! ». La dame, toujours aussi gentiment, veut alors lui reprendre le paquet pour le remettre là où elle l’a ramassé. « Vous ne me l’arrachez pas des mains, vous ne me l’arrachez pas des mains », couine le handiwoke, qui ajoute : « Ça s’appelle le consentement madame, ça s’appelle le consentement, c’est simple, ça s’appelle le consentement, vous n’avez aucune notion du consentement ! » Détail significatif : les ongles de l’énergumène sont recouverts de vernis rose…

Je ne sais pas ce qui vous fait dire ça…

Certains se demandaient à quoi pouvait ressembler la famille de l’ahuri chauve et barbu qui avait fait son show dans une émission de Daniel Schneidermann en affirmant qu’il n’était pas un homme. Le cas pathologique décrit ci-dessus pourrait bien descendre de l’arbre généalogique de ce « non binaire » déconnant qui se prétendait également « racisé » puisque… « à moitié Libanais ». Quand il ne se rend pas dans les médias, l’abruti intergalactique, handicapé ou non, se filme et cherche des noises. Il aimerait que le monde entier soit témoin de sa souffrance et comprenne qu’il est une victime. Tous les prétextes sont bons pour geindre et pleurnicher sur les réseaux sociaux, dans l’espoir sans doute de recevoir, en retour, quelques messages de compassion.

A lire ensuite, Frédéric Magellan : Homme cis au volant…

Backlash

En l’occurrence, c’est raté ! La majorité des internautes qui ont vu la vidéo en question, loin de plaindre son auteur [1], se sont moqués de lui en se demandant comment on pouvait être aussi méchamment stupide. Certains en ont conclu que, sur le nuancier du crétinisme qui ne manque pourtant pas de coloris chatoyants, il est toujours possible d’ajouter une case, un dégradé, une nouvelle teinte jusque-là inconnue – bref, qu’on peut encore repousser les limites de la bêtise humaine. C’est a priori plus compliqué en fauteuil roulant mais la preuve est maintenant faite que cela n’est pas impossible. Il faut dire que nous avons affaire ici à un surdoué. Quand la bêtise atteint ces dimensions-là, il ne reste plus qu’une chose à faire: brocarder le crétin, qu’il soit à pied, à cheval ou en fauteuil roulant, peu importe ; notre mission, salvatrice et prophylactique, est de le démasquer, de le tourner en ridicule, de nous moquer de lui ; elle est d’enrichir continûment le Dictionnaire des idées reçues cher à Flaubert. Ainsi, à la lettre H – HANDICAP : Doit toujours être surmonté. Utile pour éviter les mots blessants (invalide, éclopé, infirme, débile, etc.), ex. : une personne en « situation de handicap». À propos d’un benêt « en situation de handicap » et « à mobilité réduite », éviter de dire : il a autant d’esprit qu’un fauteuil roulant ; préférer : il n’a pas inventé la roue.

Lettre sur les chauves

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[1] Il semblerait que le handicapé en question soit une militante trans (donc un homme ayant soi-disant une « identité de genre féminine ») répondant au pseudo de… Pauline la KittyGirl sur les réseaux sociaux. Sur le compte Twitter où iel a déposé sa vidéo, iel a écrit un commentaire aussi grotesque que le reste : « Encore une fois à Carrefour, une personne bipède (sic) qui se croit tout permis et quand je lui fait (resic) remarquer, se défends (et sic de der) en disant que je suis désagréable. La notion de consentement n’est pas acquise. » Les messages se moquant de ce parfait imbécile (ou de cette idiote olympique, au choix) ont été si nombreux, qu’iel a apparemment décidé de fermer sa page Twitter.

France qui bosse, France qui glande

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Le 16 janvier 2023, à la veille de la contestation contre la réforme des retraites, Causeur a pris ses quartiers au Royal. © Sophie Rierba

Dans un bar-tabac de la France périphérique, on croise des ouvriers venus casser la croûte, des retraités méritants. Mais aussi des jeunes qui passent leurs journées entre jeux de grattage et paris hippiques, aux frais du contribuable. Reportage à Épernon, en Eure-et-Loir.


On sait ce que politiques et syndicalistes pensent de la réforme de la réforme des retraites. Mais les habitants de la France périphérique ? Dans l’Eure-et-Loir, la ville d’Épernon et ses 5 500 âmes ne sont qu’à quarante minutes en train de Montparnasse, mais on s’y sent loin de Paris. La ville est coupée par le chemin de fer et pratiquement tous les commerces se trouvent du côté nord. Remontant la départementale 4, on tombe sur le premier café. Devanture verte, c’est un PMU, banco ! Le Royal est ouvert tous les jours, de 6 h 30 à 20 h 30. Ce bar-tabac, café et presque magasin de presse accueille les parieurs de quinté, les gratteurs d’Astro et les bons copains du coin. Derrière le comptoir, le lundi à 8 h 45, Ida. Employée ici depuis ses 19 ans, cela fait trente-trois ans qu’elle sert petits noirs, galopins et perroquets. C’est une star, pratiquement l’unique présence féminine du bar et, surtout, la concierge indiscutable de la région, de Nogent-le-Roi à Gallardon. Accoudé au zinc, entre la tireuse à bière et la machine qui donne les résultats des tickets Amigo, on n’attend pas plus d’une minute pour un noisette. Il est tôt, quelques-uns sont déjà à la bière Pelforth dans un coin avec, sous les yeux, L’Écho républicain ouvert à la page des mots-croisés. D’autres sont assis autour des tables, se racontant le week-end avec les petits-enfants ou la sortie sur Rambouillet. La majorité de la clientèle est certes retraitée. Néanmoins, dans une salle au fond du bar dédiée aux courses, plusieurs trentenaires sont réunis. Ils parient inlassablement, un matin de semaine.

Ceux qui ont un métier pénible. Et ceux qui ne font que «gratter»…

Un peu plus tard, des ouvriers en bâtiment, qui rénovent une maison dans la rue d’à côté, blancs de poussière, passent pour une pause. Tout le monde a le dos tourné au gigantesque écran, qui diffuse en continu BFM TV sans le son. Bruce Toussaint commente justement la réforme des retraites. Ça tombe bien, c’est le sujet que nous souhaitons aborder avec toute cette petite société. Mais le premier homme accosté, un peu rougeaud, refuse catégoriquement de parler à une journaliste. Il conseille d’attendre le « danseur ». Lequel fait vite son entrée dans l’établissement. Approché, il sourit et se prête plus facilement au jeu. Jean-Paul, 72 ans, ancien communiste qui vote désormais pour Marine, dit d’emblée que non, il ne veut pas de cette réforme. Il est retraité depuis quelques années maintenant, mais refuse ce recul de l’âge des retraites pour les générations suivantes. Marcel et Jean-Jacques, qui nous entendent, eux aussi des « vieux de la vieille » retraités depuis plus de dix ans, sont également indignés. Et il en va de même pour Michel, vétéran de la guerre d’Algérie et ancien paysagiste qui tient tout juste sur ses jambes. Pour eux, qui ont commencé à travailler vers 14 ans, il est révoltant de faire travailler plus longtemps. Ce n’est pas tant l’idée d’un chiffre butoir (64 ans) qui pose problème, que la durée de travail et les cotisations qui seront imposées. Paul, 46 ans, maigre et les traits tirés, est employé en pâtisserie, chocolaterie, confiseries et glaces. Il approuve ses aînés : « Les personnes qui ont commencé tôt comme moi, elles sont foutues arrivées à la retraite. On est bien fatigués. » Il dit qu’il n’a jamais cessé de travailler depuis ses 15 ans, il semble en avoir déjà 60.

A lire aussi : Une retraite ? Plutôt crever

Ici, tout le monde est d’accord : les travailleurs aux tâches pénibles devraient accéder à la retraite plus tôt que « ceux qui foutent rien ». À la table des ouvriers en bâtiment, Romain, Polo et Jordan pestent contre l’assistanat. Ils ne supportent plus ces gens « qui n’ont qu’à se lever le matin […], ils sont là, au bar à dépenser les Assedic. Ce sont les premiers dans le bistro à gratter des tickets de jeu, alors qu’ils n’ont pas de travail. » Relancés, ils trouvent que le système social français est quand même une chose formidable, mais qu’on ne devrait pouvoir en bénéficier que ponctuellement, et au cas par cas. Ceux qui ne font pas d’efforts ne devraient pas recevoir des aides « gratuitement ». Lorsqu’on lui demande de quel bord politique il est, Romain répond, résigné : « Je suis déçu, gauche ou droite, à notre niveau, ça ne change pas le problème. » Paulo est plus vindicatif : les politiques, il ne veut plus les voir, même à la télévision. « Ils ne font que causer entre eux, ils m’énervent. Ils ne connaissent pas le prix d’une brique de lait. » Au Royal, les citoyens ne font plus confiance aux politiques et encore moins aux journalistes, la plupart ne votent plus.

Les LR savent pourtant bien qu’il faut la faire, cette réforme…

Dans ce département, le conseil général, à gauche depuis 1907, est passé à droite en 1985. Aux municipales de Dreux, ce passage s’est opéré en 1983 grâce à une alliance transitoire entre le RPR et le FN. Le lendemain de l’élection, Jacques Chirac déclarait : « Cela n’a aucune espèce d’importance d’avoir quatre pèlerins du FN à Dreux comparé aux quatre ministres communistes au Conseil des ministres. » Ce qui n’a pas empêché l’ancienne maire socialiste de co-écrire un livre comparant Dreux à Northeim, ville allemande qui a vu la montée du nazisme en 1930. Sous la droite, Dreux a converti ses industries automobile et électronique en industrie pharmaceutique et a misé sur une politique culturelle ambitieuse.

Pierre-Frédéric Billet, maire LR de Dreux. © Sophie Rierba

Depuis 2020, Pierre-Frédéric Billet est le maire LR de la ville. Interrogé sur la réforme des retraites, il reconnaît que le moment est « extrêmement compliqué pour le faire ». En principe, Billet y est favorable, mais souhaite que les critères « de pénibilité soient clairement affichés ». Il pose aussi la question des étudiants, notamment ceux en médecine, dont les futurs postes sont largement à pourvoir. Leurs longues études reculent inévitablement la période de cotisation. Quant à l’assistanat, « même si nous avons un devoir de solidarité nationale envers les personnes inemployables, l’État n’a plus les moyens d’être aussi généreux aveuglément », surtout avec les pros qui exploitent la gamme des aides sociales. « Quelqu’un d’un peu intelligent et vicieux a un meilleur niveau de vie qu’un smicard. » Même son de cloche chez Céline, une bouchère drouaise. « Si c’est un choix de vie, il faut assumer sa feignantise et ne plus dépendre des autres. Mais tant qu’on paiera les gens à ne rien faire autant que ceux qui travaillent, les gens ne retourneront pas travailler. » De quoi dégoûter les honnêtes travailleurs comme cette commerçante qui trime soixante-dix à quatre-vingt-dix heures par semaine.

Réforme des retraites: une étrange omission

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Sœur André, doyenne de l'humanité, est décédée le 17 janvier 2023. ©AP Photo/Daniel Cole/Sipa

Que deviennent les hommes à l’heure où la révolution des mœurs – la révolution morale – souffle en tempête sur l’Occident ?


Parmi les nombreuses questions que pose à tout citoyen intellectuellement honnête la réforme des retraites, il y en a une qui me chiffonne tout particulièrement. À vrai dire, j’hésite à la formuler en public parce que je crains qu’elle soit ridicule. Oui, ridicule, tant je trouve étrange que personne ne la pose. Si personne ne la pose, c’est que la réponse doit être évidente, donc pourquoi la poser ? Il faut être simplet ou naïf, voilà ce que je crains.

La réforme des retraites accusée de pénaliser les femmes

La question est la suivante : sachant que la réforme entend fixer à 64 ans l’âge légal du départ à la retraite, pourquoi la différence d’espérance de vie entre les femmes et les hommes n’est-elle pas prise en compte ? Car les données chiffrées ne laissent aucun doute : selon l’Insee (chiffres de 2022), en France l’espérance de vie à 65 ans est de 23,1 ans pour les femmes, de 19,2 ans pour les hommes. Ce qui fait quasiment quatre ans de différence à l’avantage des premières. Ce n’est pas une broutille, quatre ans, c’est un véritable gouffre à en juger par la lutte acharnée menée par l’ensemble des syndicats contre l’allongement de deux ans du temps de labeur pour une retraite à taux plein.

Le problème ne se limite pas à ces quatre ans de différence. Selon la Drees [1] (chiffres de 2020), l’espérance de vie sans incapacité quand on atteint 65 ans s’établit à 12,1 ans pour les femmes, à 10,6 ans pour les hommes. Autrement dit, non seulement les femmes vivent quatre ans de plus que les hommes mais à partir de 65 ans, elles vivent deux ans de plus qu’eux en jouissant de la pleine possession de leurs moyens. S’il ne s’agit pas d’une inégalité doublement stigmatisante, qu’est-ce qu’une inégalité ?

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Et ce n’est pas tout. L’Insee fournit d’autres données hautement significatives concernant la part de personnes survivantes par âge, selon le niveau de vie et selon le sexe. À suivre les chiffres de 2018 – que le lecteur me pardonne cet effort toujours indigeste – 10 % des hommes meurent avant 60 ans, 12 % avant 62 ans, 14 % avant 64 ans, 25 % avant 73 ans, 50 % avant 84 ans, 90 % avant 95 ans, et 95 % avant 97 ans. Le sort des femmes est nettement plus enviable : 10 % décèdent avant 70 ans, 25% avant 82 ans, 50 % avant 89 ans, 90 % avant 98 ans et 95 % avant 101 ans.

Si l’on s’interroge ensuite sur les déterminants sociaux, on constate qu’un quart des 5 % les plus pauvres décèdent avant leurs 62 printemps, mais qu’au sein des populations les plus pauvres, les femmes vivent là encore plus longtemps que les hommes. Elles « vivent même souvent plus longtemps que les hommes les plus aisés », observe l’Insee.

L’intérêt des statistiques n’étant plus à démontrer quand on veut substituer la réalité des faits aux vapeurs des préjugés et à l’imposture des mensonges, on ne saurait trop insister sur les constats tirés des analyses dûment chiffrées : « Il y a un différentiel très fort entre les hommes et les femmes, confirme la chef de la division des enquêtes et études démographiques à l’Insee citée par Le Figaro. Non seulement les femmes vivent en moyenne plus longtemps que les hommes, mais les différentiels sociaux sont moins marqués chez elles. » Et de préciser : « Une partie de la différence peut s’expliquer par le parcours professionnel, les femmes n’ayant pas forcément les mêmes métiers que les hommes, notamment sur les métiers à risque. »

Un oubli des inspecteurs de la révolution morale en cours

Cet avantage se trouve bien sûr écorné par le montant inférieur des pensions touchées par le « sexe faible », épargné par les métiers à risques mais aussi, plus globalement, les métiers de force qui brisent les reins, broient les épaules et rendent les travailleurs qui se les coltinent incapables de fournir des efforts physiques bien avant la soixantaine. On notera à ce propos que les métiers à risque sont pour l’essentiel assurés par des hommes, ce qui conduit à penser que la virilité prétendument toxique a bon dos mais aussi, en extrapolant, que les rapports entretenus par les hommes avec le risque et, a contrario, par les femmes avec la prudence démentent l’origine strictement culturelle des stéréotypes de genre tout en soulignant le rôle joué par la physiologie dans les comportements humains. De cela, on peut inférer que ce n’est pas un hasard ni un complot du patriarcat si les femmes ont par nature tendance à opter pour les métiers du care, caractérisés par le souci d’autrui, tandis que les hommes tendent à privilégier les emplois fortement tournés vers l’action, c’est-à-dire vers les engins mécaniques, la conquête spatiale, le maintien de l’ordre ou la guerre.

A lire aussi : Les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus et le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes tombe de la Lune

Les féministes militantes verront dans l’indifférence à la plus faible espérance de vie des hommes une juste manière de contrebalancer l’inégalité qui, à l’âge de la retraite, pénalise les femmes sur le plan financier en conséquence des interruptions de carrière qu’elles ont subies, des fréquents écarts entre leurs salaires et ceux des hommes, de leurs revenus insuffisants au regard de la pénibilité de leurs tâches au long de leur vie professionnelle. À quoi on répondra aisément qu’aux pensions de réversion touchées quand leur conjoint décède, s’ajoutent les trimestres supplémentaires accordés pour chaque naissance, ainsi que le rattrapage salarial déployé par nombre d’entreprises au retour des congés maternité, qui compensent les interruptions de carrière liées aux enfants. Mais, nonobstant mille cas spécifiques, restent les chiffres habituellement avancés selon lesquels les femmes bénéficient en moyenne d’une retraite de 28 % inférieure à celle des hommes, pensions de réversion comprises. Et le meilleur argument pour éviter de tomber dans des compensations de mauvais aloi consiste à refuser par principe de déshabiller Pierre pour habiller Paul.

Aussi revenons aux quatre années d’espérance de vie qui manquent aux hommes en comparaison de celle des femmes et à la question initiale, qui se révèle finalement pertinente : sachant que les inspecteurs de la révolution morale traquent impitoyablement les moindres traces d’inégalité entre les sexes, pourquoi la différence d’espérance de vie à 65 ans – ou à 64 – au détriment des hommes n’est-elle pas prise en compte dans la réforme des retraites ?

Peut-être la réponse tient-elle à la trop grande diversité des situations à examiner et dans la complexité des calculs à effectuer pour intégrer les données subséquentes dans la réforme. Mais il est probable qu’elle réside plutôt dans la volonté tacite, voire inconsciente, de priver le sexe masculin de toute espèce de considération susceptible de contrarier la promotion systématique des intérêts féminins. Ce qui explique sans doute que le culte du progrès aujourd’hui régnant fait passer par pertes et profits, au nom de l’égalité entre les sexes, une inégalité aussi criante.

Les hommes et les femmes: Notes sur l'esprit du temps

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[1] Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques.

Séisme en Turquie: la corruption première cause de décès

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Secours dans la province de Hatay, 8 février 2023, Turquie. © CHINE NOUVELLE/SIPA

Erdogan, dont le parti, l’AKP, est au pouvoir depuis 2002, porte une responsabilité directe et lourde dans la situation


Lundi 6 février, tôt dans la matinée, un tremblement de terre de magnitude 7,8 – le plus fort enregistré dans la zone pendant l’époque moderne – a dévasté en quelques minutes des vastes territoires au Sud-est de la Turquie et au Nord de la Syrie. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) estime que pas moins de 20 000 malheureux pourraient avoir péri, une fois toute la poussière retombée.

Scènes apocalyptiques

Depuis lundi matin, les réseaux sociaux sont inondés de vidéos de scènes apocalyptiques: bâtiments écroulés, quartiers entiers transformés en monceaux de gravats. Des immeubles d’habitation de plusieurs étages se sont effondrés en quelque dizaines de secondes, ensevelissant leurs habitants sous les décombres. Des centaines de milliers d’autres, les plus chanceux, se sont soudainement retrouvés sans abri, dans des conditions météorologiques difficiles. Choqués, manquant d’eau et de nourriture suite à la rupture des voies de communication et de ravitaillement, ils essayaient de chercher leurs parents disparus.

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En Syrie, c’est le Nord-ouest du pays, qui abrite des centaines de milliers de réfugiés et déplacés, qui a été le plus touché par le tremblement de terre. Des villages entiers ont tout simplement été rayés de la carte. À Alep, une grande partie des infrastructures endommagées ou délabrées pendant la guerre civile mais qui étaient encore debout ont tout simplement été aplaties par le séisme – y compris des bâtiments essentiels comme les hôpitaux. Les survivants syriens sont sans eau ni électricité, tandis que les équipes d’intervention d’urgence sont à la peine pour arriver sur place (les routes sont coupées, abimées ou bloquées par des réfugiés). Une fois arrivées sur site, elles travaillent dans le froid et sous de fortes pluies.

Une catastrophe naturelle, mais pas seulement

Bien évidemment, la cause immédiate du drame est un phénomène naturel. Mais, la tectonique de plaques ne peut pas à elle seule expliquer le nombre élevé des victimes et l’étendue des dégâts matériels de la catastrophe. En réalité, le désastre a pour cause principale la corruption. De toute évidence, la guerre civile a rendu la Syrie particulièrement vulnérable. Et, dans le cas de la Turquie, une grande partie de la responsabilité incombe au gouvernement, aux municipalités et aux entreprises de construction. La Turquie se trouve entre les failles nord et est de l’Anatolie, et est un pays très exposé à l’activité sismique, ce qui est connu depuis longtemps. Ce tremblement de terre était donc attendu. Le pays a déjà été frappé par des tremblements de terre dévastateurs au cours de son histoire, dont un, en 1999, près d’Izmit (100 km à l’est d’Istanbul) avait tué environ 18 000 personnes. Cette catastrophe avait alors mis en lumière de mauvaises pratiques répandues parmi des entrepreneurs du bâtiment qui, en collusion avec certains politiques, ignoraient ou contournaient les règles de sécurité. Celui qui incarnait ces promoteurs sans scrupules, Veli Gocer, avait admis avoir pris des mesures de « réduction des coûts » dans ses activités. Il avait même essayé de se dédouaner : « Je ne suis pas un constructeur, je suis un poète (…) Je ne me sens pas coupable. Je me sens désolé mais je ne suis pas responsable de ces morts. » Suite à cette tragédie, des réformes ont été promises, et de nouvelles réglementations ont été mises en place. Cependant, ces mesures ont été de nouveau contournées et ignorées.

Pendant les 23 ans qui nous séparent du séisme d’Izmit, des mesures ont bien été prises. Les experts turcs s’accordent à dire que les bâtiments construits conformément aux réglementations antisismiques de 2007 et 2017 ont relativement bien résisté. Les bâtiments construits selon ces recommandations officielles ne doivent pas pouvoir s’effondrer, même lors de tremblements de terre très puissants. Mais, comme souvent, le problème reste entier en cas de mauvaise application de la réglementation. Et, bien sûr, la rénovation et la mise aux normes des bâtiments déjà construits, demeure un énorme problème.

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Après 1999, les politiques d’urbanisme au niveau local et des décisions au niveau national n’ont pas permis la rupture annoncée publiquement avec les pratiques du passé. L’amnistie de 2018 sur les délits de construction est ainsi un parfait exemple de la perversité du système turc. Dans le cadre de cette mesure, en échange d’une taxe versée au gouvernement, des licences ont été accordées à des bâtiments achevés avant 2017 qui ne respectaient pas les codes de construction. Même des immeubles ont bénéficié de cette amnistie ! Lesquels sont devenus des bombes à retardement pour leurs occupants, qui, souvent, l’ignoraient. 

Les responsabilités indiscutables d’Erdogan

Erdogan, dont le parti, l’AKP, est au pouvoir depuis 2002, porte une responsabilité directe et lourde dans cette situation. Depuis son mandat de maire d’Istanbul (1994-1998), et surtout en tant que Premier ministre pendant quinze ans, il a tissé des liens étroits avec les acteurs majeurs du BTP, l’un des principaux moteurs de la croissance économique rapide des années 2000 et 2010, socle du succès politique d’Erdogan et l’AKP.

En 2014, le Financial Times a cité deux hommes d’affaires turcs de premier plan (anonymes), qui ont déclaré que les pots-de-vin étaient « parfois nécessaires » pour mener à bien de grands projets de construction. De transcriptions de conversations téléphoniques divulguées à la presse turque, en 2014, il ressort clairement que le magnat de la construction Ali Agaoglu a eu des relations étroites avec le clan Erdogan. La Turquie d’Erdogan a donc facilité sciemment le développement d’un système de contournement des règles de sécurité, afin d’accélérer la croissance, mais aussi à des fins d’enrichissement personnel et de corruption politique.

Erdogan est donc le premier et le plus direct responsable de la dimension politique de la catastrophe. Toutefois, un tel « système » a été mis en place bien avant son arrivée au pouvoir, notamment par ses adversaires politiques. Quand la Turquie était dirigée par Turgut Ozal (décennie 1983-1993), le pays a connu une libération rapide de son économie – et aussi de la société – dont certaines dérives sont responsables de l’apparition de promoteurs de la trempe d’un Veli Gocer.

Et il est donc à craindre que ce texte garde toute sa pertinence après le prochain grand séisme en Turquie.    

Le knockisme linguistique est né!

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© A. Paviot - Causeur.fr

La langue française serait malade de sexisme. À l’Université, beaucoup s’emploient à essayer de la «guérir». Une analyse de Yana Grinshpun, maître de conférences en linguistique française à Paris III-Sorbonne Nouvelle.


L’écriture inclusive est un sujet aussi inépuisable que l’antisémitisme. On croit avoir tout dit et tout démontré pour endiguer le phénomène [1], mais rien n’y fait, le thème revient toujours et avec les mêmes revendications : justice pour les femmes, ces malheureuses  « invisibilisées » par la langue, épuration de la langue « masculinisée » par de méchants grammairiens du XVIIe siècle et fabrique d’une langue « pure », dépourvue de discriminations. On se demande seulement comment il se fait qu’aucun linguiste n’ait remarqué ces crimes commis par la langue française, avant l’avènement de l’hégémonie néo-féministe ? Comment les spécialistes du langage n’ont pas perçu qu’écrire « chers collègues » était l’expression d’un sexisme intolérable, que l’expression « ceux qui m’aiment me suivent » couvrait les femmes d’une cape d’invisibilité ? Comment n’ont-ils pas compris que l’existence des formes neutralisant toute opposition sexuelle (ce qu’on appelle en grammaire « le masculin neutre ») n’était au fond qu’une tentative de l’emprise « androcentriste » ? Comment je n’ai pas compris que l’entrée à la salle des enseignants m’était interdite (enseignants étant au masculin neutre) et que la cantine pour étudiants excluait l’entrée des filles ?

Médecins de la langue

Eh bien, la réponse est simple. Les docteurs Knock (surtout les doctoresses, en fait), n’ont pas été jusqu’à présent aussi puissants au sein des sciences du langage. C’est avec la mise en place du monde imaginaire du gender, celui qu’on nous vend comme « la construction sociale », comme « le ressenti » de l’âme indépendante du corps, que les plus doués parmi les charlatans ont commencé à confondre sciemment ce genre-là (« construction sociale relevant du ressenti personnel ») avec le genre grammatical, inhérent aux substantifs du français. Une armée de médecins de la langue a été enfin formée et elle s’est attelée alors à la traque du genre grammatical en langue française déclarée malade d’androfallogocentrisme. Le knockisme linguistique est né. Il a déclaré que la grammaire était un manifeste sexuel qui favorise la domination masculine, sous prétexte que « le masculin l’emporte sur le féminin ». Et peu lui chaut que cette phrase n’existe dans aucun manuel de grammaire du français. Qui va aller vérifier ? [2] Par conséquent, ô trouvaille !, l’homme domine la femme! Le genre grammatical et le sexe biologique sont déclarés être intrinsèquement liés, et la plus grande imposture linguistique du siècle commence. La structure de la langue expliquerait la structure sociale et notre vision du monde ! Le Russe n’a pas de futur morphologique ? C’est que la Russie n’a pas d’avenir. L’espagnol a deux verbes « être », c’est que les Espagnols sont beaucoup plus « étants » que nous-autres. En dyirbal, l’un des quatre genres grammaticaux est celui des noms désignant les hommes et les animaux, et l’autre les femmes, le feu et le combat, le troisième la nourriture non-animale et le quatrième tout le reste. C’est que les aborigènes d’Australie étaient féministes et végans avant l’heure !

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Des articles à prétention académique, signés par des détenteurs de titres universitaires cautionnent ces thèses absurdes et contribuent à leur propagation. On pourrait, en toute bonne foi, s’en étonner, sachant que le réel prouve le contraire de cette domination « imaginaire » dans les sociétés occidentales et que cette vision inédite de la langue relève de l’ignorance. Il n’y a qu’à faire un tour dans les Universités françaises, jeter un coup d’œil sur les ministres actuels ou se promener dans les couloirs du Palais de Justice pour voir des femmes professeures, des femmes présidentes des Universités, des femmes magistrates, des femmes journalistes, des femmes ministres et j’en passe. Par ailleurs, si le genre grammatical influe sur le réel, les Anglais ou les Turcs ignoreraient tout de la différence sexuelle, les pays anglophones ou turcophones seraient habités par des êtres asexués, car ni l’anglais moderne ni le turc n’ont de genre grammatical ; et la Russie serait le paradis des « a-genre », et autres êtres asexués avec son genre grammatical neutre.

Université inclusive avec… les thèses les plus farfelues

Beaucoup a été déjà dit et écrit sur les pages de Causeur à ce propos. Mais rien n’y fait, le thème reste d’actualité, l’inclusivisme s’est solidement installé à l’Université, l’imposture intellectuelle, étant ainsi solidement cautionnée par ceux mêmes dont on attendrait de la résistance au lyssenkisme linguistique. Ceux-là, les progressistes, vous répondent : « Mais quelle idée de s’intéresser au savoir au détriment de la bonne santé morale ? La langue française est malade de sexisme, on va la guérir ! ».  Et hop, c’est parti, on a commencé à voir des modes d’emplois divers et variés, des guides de la langue inclusive, des recommandations émanant de toute sorte de hauts conseils et de basses cours néo-féministes. Que chacun et chacune ou toutes et tous de celles et ceux qui lisent Causeur s’émerveillent de cette prose universitaire qui excelle dans la promotion du knockisme :

« Il est essentiel de communiquer avec vos étudiant.e.s pour qu’ils et elles sachent si vous pourrez ou non vous rendre à l’université et comment ils et elles doivent travailler. Que vous puissiez vous rendre en cours ou non, veillez à mettre à la disposition des étudiant.e.s le matériel pédagogique nécessaire afin que ceux et celles qui ne pourraient pas rejoindre l’université aient moyen de rattraper le cours. L’expérience de la crise sanitaire a montré que les étudiant.e.s ne peuvent pas enchaîner cours présentiels et cours en visio et qu’ils et elles ne disposent pas tou.te.s d’un ordinateur et d’une pièce au calme à une heure donnée »

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Trêves de moqueries. Vous en avez marre ? Alors, passons aux choses sérieuses. Les gens normaux ne lisent pas les traités savants, encore moins les traités de linguistique. Alors voici que trois linguistes ont rédigé une petite synthèse à l’usage des gens de bonne foi qui n’ont pas le temps de se pencher sur tous les travers du knockismo-lyssenkisme (dans la guerre des néologismes, nous ne sommes pas à la traine !) et qui est accessible ici.

Voici quelques arguments pour en donner un avant-gout aux lecteurs :

– L’idée de l’écriture inclusive repose sur une confusion des termes. Genre grammatical n’a rien à voir avec une quelconque conception socio-philosopho-féministe du « genre » comme « construction sociale ». Masculin et féminin appliqués à des signes linguistiques ne signifie pas mâle et femelle. Ce sont des classes de mots, pas des catégories sexuelles. La langue ne fonctionne pas selon une correspondance entre la réalité et les mots : dire « la foule était hilare » emploie le singulier, alors que foule réfère à une pluralité de personnes. Le fait que le mot « foule » soit au féminin ne dit rien sur le sexe des personnes susceptibles de la composer. Le genre des mots n’est pas dans un rapport systématique avec le sexe (ce type est une crapule ; Marie est un cancre)le fournisseur ne désigne ni un homme ni une femme, mais une entreprise, etc.). Les configurations du sens ne se réduisent pas à la seule désignation sexuelle. On ne peut donc en tirer de conclusions sociales.

– Le genre grammatical en français comprend aussi des fonctionnements neutres (quoi de plus beau que les jolies femmes !). Pour les humains, la forme dite « masculine » fonctionne le plus souvent comme un neutre ou un impersonnel et ne possède pas de valeur sexuée (il pleut, ils vont augmenter les impôts ; à Paris, ils roulent comme des fous, les gosses, ça crie tout le temps, on cherche quelqu’un pour un poste de directeur). On ne peut pas mettre au féminin ou en écriture inclusive des énoncés comme « je me fous de savoir si l’avocat est une avocate » : on a besoin du « masculin » morphologique (la morphologie touche à la forme du mot) pour exprimer le neutre sémantique. Quelqu’un a une forme morphologique du masculin, mais ne renvoie pas forcément à un être du sexe masculin. Dans quelqu’un frappe à la porte, on ne sait pas justement de qui il s’agit : d’une femme ou d’un homme.

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– La revendication de « visibiliser les femmes » est une métaphore, comme l’est « inclure les femmes » qui n’a aucun sens pour la grammaire : la langue ne « visibilise » ni « invisibilise » rien ni personne, elle n’exclut pas, n’inclut pas. Elle permet de parler de tous et de tout, car c’est une institution symbolique. Quand l’on ne parle pas de femmes, l’on ne les « invisibilise » pas, elles ne sont pas l’objet du discours, même si cela peut blesser le narcissisme paranoïaque de certaines. Ce n’est pas non plus un instrument de promotion identitaire. À cet égard, la prétention du Manuel d’Écriture Inclusive (« Faites avancer l’égalité femmes-hommes par votre manière d’écrire ») relève du charlatanisme et non d’une relation avérée entre langue et organisation sociale. La langue évolue dans ses formes, de même que la société évolue dans son organisation, mais il n’existe pas de lien de causalité entre les formes de la langue et la hiérarchisation sociale…

Nos Knock des sciences du langage ne lisent pas les textes fondateurs de la linguistique contemporaine qui contredisent jusqu’au moindre point l’imposture intellectuelle et le bavardage militant ignare. Cela se comprend, car l’écriture inclusive est, entre autres, une opération commerciale, devenue politique, qui a fait suite à son dépôt comme nom de domaine en 2016 et au développement de l’activité d’une « agence de communication et d’influence », Les Mots Clés [4], qui vend du consulting et des formations. Elle n’émane ni des usages spontanés, ni de l’évolution naturelle de la langue, mais du militantisme marchand des vendeurs d’orviétan et de leurs idiots utiles et ignorants qui peuplent les facs des pays francophones.


[1] Szlamowicz, J. (2018), Le sexe et la langue, Grinshpun, Y. et Szlamowicz (2021), Le genre grammatical et l’écriture inclusive, Charaudeau, P. (2021), La langue n’est pas sexiste, Grinshpun, Y. et Szlamowicz, J. (2021) Les crises langagières etc.

[2] Manque de chance, André Chervel, historien de l’éducation et agrégé de grammaire, est allé éplucher de très nombreux ouvrages portant sur la langue française pour découvrir que…une formulation approchée de cette expression a été utilisée deux fois, la première au XVII° siècle dans un obscur opuscule d’Alcide de Sainte Maurice et dans un manuel de 1887 avec l’exemple suivant : « La mère et le père sont contents », ce qui est absolument scandaleux, n’est-ce pas ?, car octroie des privilèges insoupçonnés au père.

[3] Jean Szlamowicz, François Rastier et Yana Grinshpun

[4] https://www.motscles.net/ecriture-inclusive

On attend toujours la réponse à l’Inflation Reduction Act américain

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Le ministre allemand de l'Économie Robert Habeck rencontre le Secrétaire d'Etat américain Antony Blinken, Washington, 7 février 2023 © Olivier Douliery/AP/SIPA

Avec l’IRA (Inflation reduction Act), les États-Unis subventionnent massivement une partie de leur économie, faussant ainsi la libre concurrence avec l’industrie européenne. La réponse des pays de l’UE à cet acte de guerre économique est un test pour l’industrie européenne.


En août 2022, le président américain signait l’un des plus importants programmes de subventions publiques en faveur des industries vertes mené par le gouvernement des États-Unis. L’Inflation Reduction Act (IRA) autorise 391 milliards de dollars de dépenses en faveur des secteurs de l’énergie et du développement durable. Le texte prévoit 270 milliards de dollars d’avantages fiscaux, en particulier pour la production de véhicules électriques. Au-delà de ces subventions massives, l’objectif du texte est de privilégier les productions sur le sol américain en leur donnant un avantage considérable sur la concurrence importée.

Un acte économique hostile

Cette loi a été perçue comme un acte économique hostile par l’Union européenne et ses États membres. De fait, le gouvernement américain ne se cache pas de sa volonté d’améliorer l’attractivité des États-Unis pour les industries vertes, y compris au détriment des Européens qui sont pourtant de proches alliés. Le gouvernement américain organise d’ailleurs des campagnes d’information sur l’IRA et les avantages résultant d’une installation aux États-Unis.

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L’IRA a été qualifié de menace existentielle pour des pans entiers de l’industrie européenne déjà confrontée à des prix de l’énergie bien plus importants qu’aux États-Unis. Par ailleurs, la Chine elle aussi subventionne massivement son industrie dans le secteur du développement durable. C’est donc la place des États membres de l’UE dans la compétition mondiale dans les secteurs de l’énergie et du développement durable qui est en jeu. Le président Macron a exprimé les préoccupations de l’Union européenne lors de sa visite d’État à Washington en décembre 2022.

États-Unis, forces et faiblesses d’une puissance

D’autres responsables européens, à commencer par le Commissaire français Thierry Breton, ont protesté contre l’attitude de Washington. Mais les tentatives de faire évoluer la position américaine ont largement échoué et n’ont guère d’espoir d’aboutir. Depuis les élections de mi-mandat de novembre 2022, l’équation politique à Washington s’est compliquée pour Joe Biden, qui même s’il en avait l’intention ne pourrait que très difficilement amender le texte de l’IRA. Les membres du Congrès américain restent largement sourds aux protestations européennes. Pour certains d’entre eux, l’Union européenne devrait au contraire être satisfaite du texte puisqu’il s’agit d’une des initiatives les plus ambitieuses en matière de lutte contre le changement climatique prises par un gouvernement américain.

Washington reste sourd à l’Europe

L’Union européenne n’a obtenu de Washington que la constitution d’un groupe de travail bilatéral pour examiner ses difficultés avec le texte et les moyens d’y remédier. Elle doit rendre ses conclusions dans les prochaines semaines et il est peu probable qu’elle permette des avancées sur les principales préoccupations européennes, y compris du fait des contraintes politiques à Washington. Impuissante à faire modifier le texte de loi, l’Union européenne demande que les subventions du gouvernement américain soient à tout le moins distribuées en toute transparence, afin qu’elle puisse savoir à quoi s’en tenir et tenter de rééquilibrer la situation pour son industrie.

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Ceci posé, l’administration Biden a également exprimé clairement que l’Union européenne était dans son droit de mettre en place des mesures similaires en faveur de sa propre industrie. Une invitation à agir qui n’en est pas réellement une puisqu’elle méconnaît les débats internes à l’Union européenne sur les sujets liés à l’intervention de l’État dans l’économie et aux subventions publiques.

Face aux États-Unis, la menace antisatellite chinoise

Confrontée à une fin de non-recevoir américaine sur une revue en profondeur des mesures prévues par l’IRA, l’Union européenne ne peut donc compter que sur elle-même. C’est le sens des propositions formulées par la Commission le 1er février. Mme von der Leyen a proposé un assouplissement des règles relatives aux aides d’État afin de donner plus de latitudes aux États membres pour subventionner leurs industries dans les secteurs du développement durable et des énergies renouvelables, pour un laps de temps limité. Elle prévoit aussi des mesures de simplification des démarches administratives et une stratégie pour assurer la sécurité des chaînes d’approvisionnement pour les matières premières dont l’UE a besoin, notamment pour le déploiement des énergies renouvelables.

C’est cher, c’est l’État qui paye

Si elles vont dans le bon sens pour doter les États membres des moyens de se défendre face aux subventions américaines, ces mesures pâtissent d’une limite majeure : elles ne sont pas associées à de nouvelles dépenses budgétaires, laissant les États assurer individuellement le financement de ces aides. La Commission prévoit d’utiliser les fonds non consommés du plan de relance post-Covid et ceux mobilisés pour le soutien aux entreprises européennes confrontées aux conséquences des sanctions contre la Russie.

Un hypothétique « fond de souveraineté » financé par une nouvelle émission de dette commune et dédiée à financer certains secteurs de pointe doit être étudié par la Commission d’ici à l’été. Sans capacités nouvelles de financement, la réponse de l’UE ne sera pas à la hauteur des risques encourus par l’industrie européenne. Au final, ce sont les entreprises privées qui effectuent les décisions d’investissement, et ce que l’Union européenne a mis sur la table ne fait pas le poids face aux mesures prévues par l’IRA.

D’autant que les dynamiques politiques au sein de l’Union européenne pourraient diluer encore davantage les mesures envisagées par la Commission. Le clivage traditionnel entre les interventionnistes (France, Italie, Espagne) et les libéraux (Pays-Bas, Danemark, Suède notamment) bloque toute possibilité d’avancées majeures au niveau européen. Le Premier ministre néerlandais a récemment refusé toute possibilité d’une nouvelle émission de dette commune européenne pour financer la réponse européenne à l’IRA.

Quant à l’Allemagne, elle affiche une proximité avec la France comme en témoigne le déplacement conjoint de Bruno Le Maire et de son homologue allemand à Washington le 7 février. La France et l’Allemagne sont les deux principaux États à disposer des…

>> Lire la fin de l’analyse sur le site de la revue de géopolitique Conflits <<

Chercher l’épingle

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Image d'illustration Unsplash.

Les idéologies victimaires, comme ce néoféminisme contemporain qui anathématise l’homme blanc, relèvent d’une mécanique passionnelle. Une idéologie, c’est au fond bête comme chou. Observations sur le ressort métaphysique de la victimisation.


Pourquoi est-il si difficile de s’opposer aux récriminations victimaires qui surgissent un peu partout? Et qu’est-ce qui fait la force de celui/celle qui proclame paradoxalement en être dépourvu? Pour cela, il faut comprendre qu’en deçà de cette posture, devenue politique, se cache un ressort qui est métaphysique, donc non identifiable dans un monde déchristianisé qui a perdu ses références religieuses. Car, quoi qu’on en dise, dans ce monde, Dieu n’a pas disparu, il s’est seulement dégradé en idole. Dans ce processus, la victime est devenue le nouveau Christ en croix, d’autant plus prégnant qu’il ne se nomme pas. 

Une mécanique passionnelle

Une façon de ne pas tomber dans le panneau consiste à mettre à nu la mécanique qui meut le tourbillonnant ballet victimaire actuel. Or, si le ressort est métaphysique, la mécanique, elle, est passionnelle dans le sens le plus classique. Mélange grisant, exaltant, donc pernicieux et dangereux à proportion.

Dans son premier Propos sur le bonheur, Alain évoque l’anecdote de Bucéphale qui, le dos tourné au soleil, voyait son ombre s’agiter devant lui à mesure qu’il se cabrait. Personne ne pouvait maîtriser ce cercle infernal. C’est le jeune Alexandre qui a compris qu’il fallait simplement tourner le cheval face au soleil pour que la bête se calme. Le philosophe indiquait de la sorte qu’on ne dialogue pas avec une passion ou une douleur. On change de niveau. Ainsi, le bébé qui crie et ne veut pas être consolé a souvent une épingle de nourrice coincée qui lui pique les fesses. Il faut donc trouver l’épingle pour le calmer et non le cajoler ou lui crier après.

C’est la même chose pour les idéologies victimaires qui, tels des champignons après la pluie, fleurissent ici et là. Si elles sont apparues dans un contexte qui les justifiait (injustices, discriminations, pauvreté et autres calamités), elles ont progressivement pris leur envol, s’affranchissant peu à peu du terreau qui les avait vues naître. Elles ont ainsi fini par secréter leur propre langage en se nourrissant de leur propre indignation, comme un bébé crie de crier et pleure de pleurer. Pour ces idéologies, tout leur est épingle et aucun Bepanthen® ne peut calmer leur urticaire.

Il est donc souvent inutile de répondre au niveau des récriminations de crainte que l’idéologue, voyant dans cette tentative un reflet et une confirmation de son combat, ne s’enflamme davantage.

Qui plus est, une mécanique est une forme de fatalité qui n’opère aucun retour sur soi. Au contraire, elle cherche à persévérer dans son être, selon la loi du conatus dont parle Spinoza. Elle cherche à s’accroître par tous les moyens dont elle dispose. Comme une plante grasse, elle tend à phagocyter toute vie qui l’entoure et à capter tout la force solaire au-dessus d’elle. La mécanique idéologique ne connaît d’autre limite que la contrainte ou l’effondrement après une course effrénée à l’obésité. Une idéologie, c’est au fond bête comme chou.

Communisme et féminisme essentialiste

Dans le cas des idéologies victimaires devenues folles, l’inspiration initiale est de nature religieuse, dans le pire sens du terme. On a souvent commenté le communisme qui régurgitait des réalités chrétiennes en les privant de leur transcendance. Ainsi, le contrôle des moyens de production figuraient le péché originel, le prolétariat aliéné était le Christ en croix, le diable le bourgeois, la lutte des classes, le combat entre Dieu et le Dragon, la société sans classes, le paradis sur terre.

On a en revanche moins évoqué le féminisme essentialiste (et non le féminisme ou encore moins les femmes) qui opère selon les mêmes schèmes. Ici, le patriarcat et son thuriféraire masculin blanc hétérosexuel de foi ou de culture chrétienne incarnent le péché originel et le diable, le Crucifié est l’être-femme aliéné, l’égalité entre les sexes devient la Jérusalem céleste. Une cité pas si céleste que ça, au demeurant, dans la mesure où le combat se mène ici-bas et non en vue d’un au-delà. Détail supplémentaire essentiel, la Vierge Marie, immaculée, donc sans péché, incapable de faire le mal, qui est le fantasme inavoué du féminisme essentialiste. Marie est vierge, quasi muette dans les Évangiles et l’on ne sait trop ce qu’elle fabrique dans la dramaturgie évangélique. Mais elle est mère de Dieu. En somme, Marie n’a rien et elle est tout. Passez la Sainte Vierge à la moulinette idéologique et vous avez dans les mains un yo-yo détraqué, une Marie qui rebondit entre le tout et le rien au quart de tour, entre un désir infini et une dépossession totale.

Car, en somme, Marie veut jouir tout en restant vierge. Elle veut le pouvoir et l’exercera forcément à bon escient. Si elle se fâche, c’est qu’elle a été outragée. Ses rages sont à la mesure de sa pureté. Dans ce cas, comment oser discuter avec ce qui est pur, comment s’y opposer, puisqu’on est d’office impur, anathématisé et menacé de Géhenne?

Le fardeau de l’homme blanc

Au-delà de ces deux doctrines, on devine les juteuses récupérations idéologiques ultérieures qui ont pour point focal commun l’homme blanc hétérosexuel, de foi ou de culture chrétienne, seule catégorie exclue du système victimaire. Le Fardeau de l’homme blanc, poème écrit par Rudyard Kipling en 1899, s’est renversé pour devenir… le fardeau de l’homme blanc, alors que la première marque de supériorité s’est métamorphosée en bonnet d’âne et en signe d’ineptie. Mais, point essentiel, cet homme blanc demeure le pivot de l’histoire. Résultat : le patriarcat est plus caricaturé que jamais et, comme le dit Rémi Brague dans la préface de mon livre, il n’y a « rien (…) de plus eurocentriste que la critique d’un prétendu ”eurocentrisme” ».

Il n’empêche, les dérives victimaires qui nous sont imposées avec une inventivité éblouissante sont désarmantes car on a perdu le vocabulaire religieux d’antan au profit d’un arsenal conceptuel moderne centré sur le seul être humain. Pensant avoir délaissé la dimension transcendante, on l’a simplement réintroduite subrepticement et dénaturée dans l’immanence : sa force de frappe n’en est que plus efficace. Résultat : nous ne voyons pas que les conflits victimaires actuels sont de nature religieuse et n’en sont que plus mobilisateurs. Demandez à n’importe qui s’il préfère se battre pour ce qu’il imagine être son dieu ou pour les ternes compromis démocratiques et vous aurez la réponse.

Toutes ces idoles insatiables ont une épingle aux fesses.

La retraite en héritage

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Manifestation contre la réforme des retraites, Paris, 19 janvier 2023. © OLIVIER CHASSIGNOLE/AFP

La contestation massive de la réforme des retraites, qui n’est pourtant pas révolutionnaire, traduit le désenchantement des Français à l’égard d’une démocratie représentative qui ne fabrique plus de légitimité. Mais elle est aussi le révélateur de notre addiction à la dépense publique. Devenus un peuple d’ayants droit, nous nous adonnons aux délices d’un individualisme financé par l’État. En oubliant que l’État, c’est les autres.


C’est notre ultime ambition collective, le seul horizon que semblent partager tous les Français, de 17 à 77 ans. C’est aussi le seul sujet capable de fédérer colères et protestations. À en croire les sondages, plus de deux tiers des Français et, ce qui est un brin décourageant, une écrasante majorité de jeunes (environ 85 % des 18-24 ans) sont vent debout contre un texte qui obligerait certains à travailler deux ans de plus. En effet, pour tous ceux qui ont démarré leur vie professionnelle après 21 ans, cela ne changera rigoureusement rien, les 43 annuités instaurées par la réforme Touraine les amenant déjà à 64 ans ou plus. D’autre part, de nombreuses mesures sont prévues – et sans doute seront-elles négociées – pour tous ceux qui ont commencé à travailler très jeunes. Nul ne conteste qu’un boulanger qui se lève aux aurores et respire de la farine depuis l’âge de 15 ans soit effectivement épuisé à 60 ans.

Impasse

Il ne s’agit ici ni d’approuver ni de dénoncer la loi en préparation. Si elle repose sur un principe de bon sens – puisque nous vivons beaucoup plus vieux, il semble assez logique de travailler un an de plus –, elle fait l’impasse sur des thèmes aussi essentiels que la natalité, l’emploi des plus de 55 ans (dans la novlangue contemporaine, on dit « seniors »), les carrières hachées – sans parler de la différence de traitement entre fonction publique et privée, qui mériterait au moins un réexamen. De plus, d’après de nombreux experts, elle ne garantit l’équilibre que pour quelques années. Il est vrai que d’autres jurent que le système va très bien, madame la marquise, et qu’il ne faut rien changer. Puisqu’on a trouvé des centaines de milliards pour le quoi qu’il en coûte, il n’y a qu’à continuer sur cette excellente lancée. Il paraît qu’Emmanuel Macron fait cette réforme pour complaire aux Allemands et aux marchés. Peut-être. Mais il ne fallait pas élire un européiste si on ne voulait pas de la politique qui va avec. De plus, le seul moyen d’être souverain, par rapport aux Allemands et aux marchés, c’est de ne pas avoir besoin d’eux. Donc de ne pas crouler sous une montagne de dettes.

Quelles que soient les imperfections du texte gouvernemental, parler de loi « sadique » comme si elle allait nous ramener au temps de Germinal ou de La Bête humaine est totalement à côté de la plaque. Il faut donc essayer de comprendre ce que ce refus quasi unanime de travailler (un peu) plus dit de nous. On lira à ce sujet de nombreux et passionnants éclairages dans notre dossier.

Numéro 109 de Causeur

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Comme toujours, l’objet manifeste de la contestation (ici, la retraite) dissimule des raisons latentes, en grande partie ignorées des acteurs. Christophe Guilluy les résume dans Le Figaro [1] : « C’est moins du côté du contenu des mesures qu’il faut chercher la réponse que du côté de l’absence de sens de réformes qui ne s’inscrivent dans aucun dessein politique mais seulement dans un mécano technocratique. Le seul objectif semble être de répondre aux normes d’une économie mondialisée dans laquelle la classe moyenne occidentale est en fait trop payée et trop protégée. […] Pilotée par une technostructure qui a démontré depuis bien longtemps que le bien commun n’était pas son sujet, cette énième réforme illustre bien la volonté d’être en marche, mais en marche vers nulle part. » Faute de projet commun porté par les élites, la démocratie représentative ne fabrique plus de légitimité. Cette absence de légitimité constitue un mur auquel se heurte toute tentative de réforme un tant soit peu douloureuse.

Un peuple d’ayants droits

Pour autant, il est un peu sommaire d’opposer des gouvernants entachés de toutes les tares à des gouvernés parés de toutes les vertus. Nous ne sommes pas les victimes innocentes du cynisme et de l’égoïsme de ceux que nous élisons. Depuis trente ans, nous élisons avec constance des gens qui trouvent que rien n’est plus moderne que le libre-échange intégral, origine principale de la stagnation des salaires et du laminage des classes moyennes occidentales. Au demeurant, Macron ne nous a pas fait un enfant dans le dos : la retraite est probablement le seul sujet sur lequel la présidentielle sans campagne a offert un choix clair. Si les électeurs trouvaient cette question si centrale, ils pouvaient voter Marine Le Pen. Mais ils ont voulu le beurre macroniste et l’argent du beurre lepéniste (ou le contraire).

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Si nous sommes devenus un peuple d’ayants droit, si comme l’analyse Laetitia Strauch-Bonart, le contrat social a muté en « pacte de créance [2] », ce n’est pas ou pas seulement par la faute de nos élites. Certes, notre addiction à la dépense publique et à l’État social a été encouragée par des dealers, à commencer par Mitterrand, sa funeste retraite à 60 ans et son absurde ministère du Temps libre – sans oublier les mirifiques 35 heures instaurées par ses héritiers et le RMI qui a enkysté dans l’inactivité des milliers de jeunes Français ne voyant pas l’intérêt d’aller faire la plonge dans un resto pour quelques euros de mieux. Mais nous en redemandons. Forts des droits que nous considérons comme acquis à jamais, nous nous adonnons avec bonne conscience aux délices de l’individualisme financé par l’État, en oubliant que l’État, c’est les autres. En effet, peut-être faudrait-il rappeler à ceux qui jugent inhumain de travailler un peu plus, qu’une fois retraités, ils ne seront pas à la charge d’Emmanuel Macron. Ce sont leurs enfants et petits-enfants qui devront trimer, surseoir à l’achat de leur logement, s’exiler des centres-villes, voire des banlieues. Et pourtant, même les jeunes générations, biberonnées à l’idée que leur pays leur doit tout et qu’elles ne lui doivent rien, manifestent au son de slogans aussi crétins que « travailler, c’est polluer » – et ton iPhone, il va tomber du ciel, nigaud ? Oui, c’est vrai, beaucoup de gens ont des boulots ennuyeux, répétitifs, fatigants, dépourvus de sens apparent, avec en prime des petits chefs sur le dos. Reste que, pendant longtemps, on a considéré que subvenir à ses besoins, n’être à la charge de personne était en soi une dignité, même s’il fallait pour cela s’acquitter de tâches pénibles. Ça c’était avant, quand il existait un âge appelé adulte. Désormais, nous sommes tous des enfants capricieux. Et le comble, c’est que nous braillons parce qu’on nous traite comme des enfants.


[1] Christophe Guilluy: « Les classes moyennes ne croient plus et n’écoutent plus ceux qui les dépossèdent », propos recueillis par Vincent Trémolet de Villers, Le Figaro, 21 janvier 2023.

[2] Laetitia Strauch-Bonart, De la France : ce pays que l’on croyait connaître, Perrin/Presses de la Cité, 2022.

Homme cis au volant…

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D.R.

Alors qu’on leur reproche déjà de squatter le barbecue, voilà que les hommes – ces fous de vitesse – sont accusés par la Sécurité routière d’ensanglanter nos routes plus que leurs compagnes, dans un nouveau spot télévisé.


La nouvelle est tombée. Un article alarmant relaie les statistiques de la Sécurité routière et nous apprend que les conducteurs masculins sont responsables de 84% des accidents de voiture. On y découvre aussi que 93% des accidents dus à l’alcool sont le fait des hommes. Ça sera donc le thème d’une nouvelle campagne de prévention à destination prioritaire de la gent masculine. Il faut quand même se demander si ces statistiques ne sont pas faussées par la surreprésentation des hommes parmi les chauffeurs de taxi, les routiers, les livreurs, les représentants en commerce de la société Ricard – autant de professions qui impliquent de faire beaucoup de route, et dans le dernier cas, parfois avec un coup dans le nez.

Bien sûr, il y a toujours un risque, à manier de telles données, que des petits malins détournent le message initial. Dans ça c’est Palace, Jean Carmet, en smoking-papillon, faisait quand même remarquer que si « 40% des accidents sont provoqués par l’alcool, ça veut dire que les 60% sont des buveurs d’eau ».

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Masculinité toxique

En fait, on n’est pas complétement surpris d’apprendre que les conduites à risques sont plutôt masculines. Longtemps, les assureurs ont d’ailleurs appliqué des tarifs plus avantageux aux femmes, censées être moins dangereuses. En son temps, Renaud chantait: « Femme je t’aime parce que/ Une bagnole entre les pognes/ Tu n’deviens pas aussi con qu’eux/ Ces pauvres tarés qui se cognent/ Pour un phare un peu amoché/ Ou pour un doigt tendu bien haut/ Y’en a qui vont jusqu’à flinguer/ Pour sauver leur auto-radio ». En exhumant les archives de l’ORTF, on retrouve un documentaire – fort douteux – de 1959 qui illustre les périls de la conduite féminine, plutôt brusque et rapide, mais marquée aussi par de soudains ralentissements le long des vitrines…

Un type d’humour qui a encore la vie longue. En mars dernier, quand Sandrine Rousseau annonçait sur les réseaux sociaux qu’elle allait monter au créneau contre les attaques misogynes, un plaisantin rétorquait : « pour ça faudrait déjà en réussir un ».

L’avis de la Science, avec Alain Mergier

En fait, la bagnole appartiendrait à toute une mythologie masculine. « Très tôt, dès l’enfance, la petite voiture commence à être un objet intime, un objet de transmission entre le père et son fils », nous indique Alain Mergier, l’un des deux sociologues auteur de cette étude pour la Sécurité routière. Albert Camus a perdu son père avant d’atteindre sa première année, ce qui ne l’a pas empêché de mourir ensuite dans un accident de voiture. Plus globalement, la voiture serait l’un des fétiches virilistes au même titre que… le barbecue ! Il ne manque plus que la clope et on a le portrait du néo-beauf dépeint par Benjamin Griveaux au tout début de la crise des gilets jaunes.

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Il y aura donc toute une rééducation à mener contre un gros siècle de culte de la vitesse et de la bagnole. Dans le manifeste du futurisme, Marinetti, en 1909, s’enflammait tel un fan de la saga « Fast and furious » : « Nous déclarons que la splendeur du monde s’est enrichie d’une beauté nouvelle : la beauté de la vitesse. Une automobile de course avec son coffre orné de gros tuyaux tels des serpents à l’haleine explosive… Une automobile rugissante, qui a l’air de courir sur de la mitraille, est plus belle que la Victoire de Samothrace ». Une tradition perpétuée dans un autre style par Hara-Kiri et les bons conseils de Bison Bourré:


Tyre Nichols, ce n’est pas tout à fait George Floyd non plus

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Manifestants à New York, 28 janvier 2023 © Yuki Iwamura/AP/SIPA

Nouveau symbole des brutalités policières, le décès de Tyre Nichols ne répond pas franchement aux critères de Black Lives Matter. Mais, la gauche américaine parvient tout de même à faire de la récupération politique avec ce cas.


C’est un décès qui a semé une nouvelle fois l’émoi aux États-Unis. Battu à mort par des policiers, Tyre Nichols est devenu un nouveau symbole de ces brutalités que dénonce quotidiennement le mouvement Black Lives Matter. En dépit du fait que victime comme accusés soient tous Afro-américains, le mouvement antiraciste n’a pas hésité à faire un mélange des genres.

Il a dénoncé les méfaits du suprématisme blanc dans cet incident tragique, une notion qui divise profondément la classe politique américaine quant à l’attitude à adopter face à la recrudescence de tels actes.

Arrêté le 7 janvier 2023 à la suite d’une banale infraction au code de la route, Tyre Nichols a été battu à mort par cinq policiers, tous membres de l’unité spéciale Scorpion de Memphis (Tennessee). Ils ont été rapidement démis de leurs fonctions alors que les images de son passage à tabac étaient diffusées en boucle sur les réseaux sociaux et les écrans des télévisions nationales. La violence des coups ne fait aucun doute. Sorti de son véhicule très brutalement, on voit le jeune homme de 29 ans, père d’un enfant, être aspergé de gaz lacrymogène et être victime d’un tir de taser. Alors qu’il arrive à s’enfuir, c’est devant le domicile de sa mère qu’il est rattrapé, roué de coups de pied, de poings et matraqué. L’incident – un de plus qui vient s’ajouter au nombre important de violences policières répertoriées aux Etats-Unis – est pourtant loin de ressembler au cas George Floyd dont la mort par étouffement avait donné naissance au mouvement Black Lives Matter (« La vie des noirs compte ») en 2020.

Kamala Harris présente aux funérailles

Il aura fallu un peu plus de temps aux médias que d’habitude, pour nous révéler qu’il ne s’agissait pas cette fois d’un crime racial. Les journalistes semblaient embarrassés d’avoir à reconnaître que les cinq policiers, actuellement inculpés et emprisonnés « pour meurtre au second degré », étaient des hommes de couleur tout comme leur victime.

Face à l’ampleur de l’événement, la vice-présidente Kamala Harris s’est présentée aux funérailles et a profité de cette occasion pour dénoncer « un acte de violence perpétré par des personnes chargées de protéger et assurer la sécurité des familles ». À ses côtés, était présente la mère de Breonna Tyalor, autre Afro-américaine tuée par la police dans son appartement, également devenue une icône. Sans attendre les conclusions de l’enquête, le mouvement Black Lives matter (BLM) n’a pas tardé à s’emparer de l’affaire Nichols, et a fortement suggéré dans un communiqué que « que toute violence perpétrée contre des personnes de couleur était automatiquement raciste », surprenant tout le monde.

« [Tyre Nichols] comptait pour tout le monde sauf ceux qui soutiennent la violence sanctionnée par l’État et un cycle dangereux de suprématie blanche » n’a pas hésité à déclarer D’Zhane Parker, membre du conseil d’administration de la Global Network Foundation du BLM. « Bien que les médias aient passé beaucoup de temps à attirer l’attention sur le fait que les policiers soient noirs, comme si c’était important, soyons clairs: tous les policiers représentent les intérêts du capitalisme et encouragent la violence sanctionnée par l’État » a même surenchéri D’Zhane Parker qui semble adorer les raccourcis idéologiques. Une personnalité qui semble obsédée par l’idée d’un «  racisme systémique » qui gangrènerait les forces de l’ordre.

Plus de 1200 personnes ont été tuées par la police en 2022, selon les statistiques données par « Mapping Police violence ». Une organisation orientée à gauche, qui affirme que les noirs ont trois fois plus de chances de se faire abattre que les blancs aux États-Unis. Des statistiques qui ont été contestées par le Statista Research Department : si le nombre de tués lors de violences policières est bien en augmentation depuis cinq ans, les chiffrés présentés par cet institut réputé ont démontré qu’il y avait eu plus de blancs américains tués lors d’interventions des forces de l’ordre que de noirs (389 contre 225) la même année. Des conclusions qui ont été corroborées, déjà, au début du mouvement BLM, par le Washington Post d’après une étude similaire sur le sujet, réalisée il y a deux ans dans 27 Etats américains, et pourtant passée à la trappe par les médias étrangers.

Fox News dénonce une manipulation

Pour la droite républicaine, cet incident relève plus de l’œuvre de « pommes pourries » au sein de la police que d’un problème généralisé au sein de l’institution policière.

Sur Fox News, l’animateur du Tucker Carlson Tonight show, le polémique Tucker Carlson, a accusé le BLM d’être à l’origine d’une « campagne de propagande très agressive, conçue pour manipuler [les Américains NDLR], en utilisant la triste mort d’un jeune homme à Memphis » et dénoncé une « nouvelle tentative des dirigeants de ce pays pour attiser la haine raciale aux États-Unis », visant clairement le président Joe Biden et la vice-présidente Harris. « Il y a toujours eu de mauvais officiers noirs, blancs, jaunes, bruns. C’est un usage excessif de la force, une mauvaise conduite policière » a rappelé Leo Terrell, un autre chroniqueur de Fox News, qui s’amuse de la thèse raciale développée par le BLM. Quant à Ted Williams, un chroniqueur de cette même chaîne, il a minimisé la gravité du meurtre, l’attribuant « au problème de l’expérience et à l’âge » des protagonistes, blâmant des « jeunes officiers inexpérimentés en quête d’adrénaline ». 

Le sénateur démocrate Cory Booker a déclaré dimanche 5 février qu’il pensait qu’un projet de loi sur la réforme de la police pourrait être adopté par le Congrès,mais qu’il aurait peu de chances d’aboutir vu « le désintérêt pour la Chambre des représentants dirigée par les Républicains ». Un élu qui connaît bien le sujet, puisque c’est lui qui avait conduit l’équipe chargée de remettre un rapport sur les brutalités policières peu de temps après le décès de Georges Floyd. Si les appels à réformer drastiquement la police se sont depuis multipliés, il est donc peu probable que ce nouveau drame ne change quoi que ce soit aux Etats-Unis. Il est en revanche à peu près certain qu’il nourrira encore plus les divisions idéologiques qui secouent actuellement toute l’Amérique du Nord.


Sources :

https://www.tf1info.fr/international/etats-unis-au-moins-1176-personnes-tuees-par-la-police-en-2022-un-record-2244167.html

https://www.statista.com/statistics/585152/people-shot-to-death-by-us-police-by-race/

https://www.spectator.co.uk/article/why-is-blm-blaming-tyre-nichols-death-on-white-supremacy/

https://blacklivesmatter.com/black-lives-matter-global-network-foundation-statement-on-the-murder-of-tyre-nichols/

https://www.reuters.com/world/us/us-senator-booker-sees-delicate-path-forward-police-reform-2023-02-05/

https://www.mediamatters.org/crime-and-criminal-justice/right-wing-media-are-using-death-tyre-nichols-push-their-pro-policing