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Quand France Culture reçoit le philosophe antiraciste Lilian Thuram

Le 17 février, dans son émission “Affaires en cours” sur France Culture, Marie Sorbier s’est entretenue, à l’occasion de la parution en français du livre du philosophe américain Charles Mills, Le contrat racial, avec notre philosophe à crampons national, j’ai nommé Lilian Thuram. 


Antiraciste adoubé par le racialisme woke, si Lilian Thuram en a acquis très grossièrement les principes, il maîtrise encore mal l’idéologie issue de la théorie critique de la race. Peinant à former des argumentations cohérentes, il déverse le résultat de ses investigations intellectuelles d’un jet, sans faire le tri, dans le désordre le plus grand. Cela donne des choses ébouriffantes, simplistes ou totalement stupides – mais qui jamais ne surprennent la complaisante journaliste de France Culture. L’émission a commencé par une plainte désespérée et gémissante: le Contrat racial de Mills a permis à Lilian Thuram de « comprendre tout ce [qu’il a] vécu en tant que personne noire ».

De mauvais esprits rigolards escomptent que, pour compléter sa pensée bichrome, Lilian Thuram, après « Mes étoiles noires » et « La pensée blanche », écrira un jour un livre sur ce qui semble, selon eux, lui faire le plus défaut, à savoir la « matière grise »…

Avant de poursuivre, rappelons le terrible parcours semé d’embûches de Lilian Thuram : né en 1972 en Guadeloupe, ce dernier arrive en métropole en 1981. La famille vit à Bois-Colombes où, dit-il, il subit des blagues racistes. Puis c’est l’engrenage infernal dû au « racisme structurel » et à la « domination blanche » : après avoir joué pour l’US Melun, Thuram rejoint le centre de formation de l’AS Monaco. Arsène Wenger lui fait faire ses débuts et le club obtient d’excellents résultats mettant en valeur un Lilian Thuram qui quitte alors la France pour rejoindre les rangs du club de Parme puis ceux de la Juventus de Turin. Les difficultés s’amoncellent : Lilian Thuram est, à 29 ans, le défenseur le mieux payé du monde (36 millions d’euros par an). Cinq ans plus tard, le footballeur est embauché par le FC Barcelone et finit en douceur une misérable carrière qui ne l’aura vu sélectionner que 142 fois en équipe de France (record récemment battu par Hugo Lloris avec 145 sélections). Tout cela est bien triste. Et le sort s’acharne. Le déterminisme social et le racisme systémique étant ce qu’ils sont, les deux fils de Lilian Thuram n’ont pas pu sortir de l’ornière dans laquelle avait végété leur millionnaire de père : Képhren et Marcus sont eux aussi devenus des footballeurs professionnels. Le premier joue à l’OGC Nice. Le second, sélectionné en équipe de France depuis 2020, joue au Borussia Mönchengladbach pour le modeste salaire de 4,5 millions d’euros par an. Il est à craindre que sa carrière ne finisse comme celle de son père – seuls des petits clubs comme le Barça, Chelsea ou le PSG espèrent le recruter à la fin de son contrat avec le Borussia en juin de cette année. C’est moche.

Lilian Thuram, grand dominé

Après ses débuts difficiles dans la vie, Lilian Thuram s’est lancé dans une nouvelle carrière, celle de représentant antiraciste d’une fondation à son nom, ce qui lui permet de pérorer dans les médias, de donner des leçons d’antiracisme à deux balles dans les écoles et d’écrire des livres emplis de poncifs et d’anecdotes pathétiques. Deux phrases extraites de ces ouvrages dispensables montrent que Lilian Thuram a su adapter l’offre antiraciste de sa fondation à la demande woke du racialisme politique. En 2010, dans son livre Mes étoiles noires, il écrivait : « L’âme noire, le peuple noir, la pensée noire n’existent pas plus que l’âme blanche, le peuple blanc ou la pensée blanche. » Après avoir rencontré d’éminents et opportunistes entrepreneurs racialistes (Rokhaya Diallo et Pascal Blanchard, entre autres), Thuram comprend qu’il lui faut être plus incisif s’il veut développer son business. Changeant son fusil antiraciste d’épaule, il écrit en 2020 La pensée blanche, livre obsédé par une idée viciée: « Nous sommes conditionnés par la pensée blanche qui fabrique nos opinions et nous contraint à ne regarder que dans un sens. » L’ex-footballeur en profite pour raconter des anecdotes palpitantes censées démontrer des choses, on ne sait pas très bien lesquelles, même si on comprend que les Blancs doivent avant toute autre chose se sentir coupables. Un exemple parmi dix : « Un jour, une amie m’emprunte un livre. […] il s’agit de La Férocité blanche de Rosa Amelia Plumelle-Uribe. Quelques jours plus tard, la jeune femme revient me voir. Elle était vraiment bouleversée :“Je n’ai pas pu le terminer…” – “Et pourquoi ?” lui ai-je demandé. Elle a alors presque fondu en larmes, m’expliquant que le livre était trop éprouvant. “Moi, je suis blanche, disait-elle, mais je n’ai rien fait ! Ce livre décrit des horreurs insoutenables, mais je ne suis pas coupable !” » Édifiant, non ?

A lire aussi: Éric Zemmour: «Toute une génération est prise entre wokisme et islamisme»

Au micro de France Culture, notre philosophe à crampons se lance à nouveau dans un de ces stupéfiants développements dont il a le secret : « Il faut savoir, dit-il à Marie Sorbier qui, comme nous, est tout ouïe, qu’aujourd’hui encore il y a des personnes qui sont peut-être les descendants des personnes qui ont mis en prison Martin Luther King et Nelson Mandela, et qui violentaient les personnes noires. Encore aujourd’hui il y a des personnes qui ne veulent pas changer de société. Ceux qui ne veulent pas le changement protègent la suprématie blanche. » La dialectique thuramienne n’est pas toujours facile à suivre. Elle nécessite une attention et une disposition particulières pour en pénétrer les arcanes. Marie Sorbier, appliquée, relance notre philosophe en lui demandant si, par hasard, l’éducation ne serait pas la solution au racisme. Réponse : « La solution, ça passe évidemment par l’éducation, mais il ne faut pas être naïf, c’est-à-dire que les personnes qui électrisent le débat, qui ne veulent pas le changement dans la société, elles sont éduquées – il faut jamais oublier ça en fait. Parfois c’est une volonté, vraiment, de rester dans un schéma de domination des Blancs sur les non-Blancs, parce qu’encore une fois, cette domination permet à certaines personnes d’exister, tout simplement. » France Culture ne pouvait passer sous silence les réflexions stupéfiantes de Lilian Thuram : moins élaborées que celles de Rokhaya Diallo, elles ne manquent pas d’une primitive spontanéité – proche de l’imbécillité la plus pure – et d’une archaïque ingénuité – voisine de celle qui illumine parfois les propos de Sandrine Rousseau – qui imposent le respect et la bienveillance. De mauvais esprits rigolards escomptent que, pour compléter sa pensée bichrome, Lilian Thuram, après Mes étoiles noires et La pensée blanche, écrira un jour un livre sur ce qui semble, selon eux, lui faire le plus défaut, à savoir la matière grise. C’est se moquer à peu de frais et je ne mange pas de ce pain-là. En revanche, je ne résiste pas à l’envie de rapporter une autre anecdote racontée par notre philosophe à crampons dans son dernier ouvrage : « Un soir, je décide de téléphoner à mon ami d’enfance, Pierre. “Allo, Pierre ? Ça va ? – Salut, Lilian. Ça va, et toi ? – Dis-moi, je peux te poser une question ? – Vas-y. – Pierre, est-ce que tu as le sentiment d’être blanc ?” – Je sens une hésitation au bout du fil. – “Quoi ? Je ne comprends pas bien. – Pierre, tu es d’accord que je suis noir ? – Ben, ouais. – Si moi je suis noir, toi tu es quoi ? – Ben… je suis normal.” – Je me suis mis à rire. – “Tu es normal ? Donc moi je ne suis pas normal ? – Non, c’est pas ce que je veux dire… tu comprends ?” – Pierre et sa drôle de réponse pleine de spontanéité m’ont permis de mettre le doigt sur quelque chose d’essentiel et de profondément ancré : même si vous êtes une personne exceptionnelle, vous pouvez sans vous en rendre compte revêtir le masque blanc de la normalité. » Les mots me manquent…

On ne naît pas raciste, on le devient 

En fait, et ce n’est pas le plus drôle, M. Thuram ignore qu’il menace de devenir ce qu’il dénonce, et d’incarner très exactement l’aphorisme qui trône en majesté sur le site de sa fondation: « On ne naît pas raciste, on le devient ». Au fil du temps, de ses rencontres et de ses intérêts, le sportif adulé par les Français s’est transformé – bêtement, maladroitement, mais indéniablement – en chantre du racialisme (et il faudra bien un jour définir ce qui différencie le racialisme du racisme) voire du racisme anti-Blancs. Son désir n’est pas que « nos pensées ne soient plus jamais dictées par la couleur de peau » mais, au contraire, que la couleur de peau détermine les actuelles et futures relations entre les individus sur la base d’un règlement de comptes historique reposant lui-même sur des dualités figées et hostiles : bourreaux/victimes, dominants/dominés, coupables/innocents, Blancs/Noirs. 

Le plus triste est que M. Thuram ne se rend visiblement pas compte, à l’inverse par exemple de Rokhaya Diallo ou Maboula Soumahoro qui savent pertinemment ce qu’elles font, qu’il alimente ainsi tous les ressentiments, toutes les rancunes, toutes les aigreurs qui aboutiront inévitablement à l’édification d’une société conflictuelle et raciste. 

Le contrat racial

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Éric Zemmour: «Toute une génération est prise entre wokisme et islamisme»

L’effondrement du niveau scolaire et les dérives idéologiques qui définissent désormais l’Éducation nationale ne laissent pas indifférent. Et en dénonçant un «Grand Endoctrinement», Éric Zemmour a annoncé le moyen de le contrer: le réseau Parents vigilants. Ce n’est pas un chantier mais un combat culturel qu’il est nécessaire de mener. Propos recueillis par Élisabeth Lévy et Jonathan Siksou.


Causeur. Comment est née l’idée des « Parents vigilants » ?

Éric Zemmour. Tout au long de ma campagne, j’ai été marqué, même surpris, par la récurrence de la question scolaire dans les discussions que j’avais avec nos compatriotes. Ici des grands-parents qui hébergeaient leurs petits-enfants pour contourner la carte scolaire, là un grand-frère qui devait aller chercher sa sœur au collège pour lui éviter le racket, ici encore une mère célibataire qui trimait pour payer une école privée à ses deux fils après avoir découvert la propagande dont ils étaient bombardés dès l’école primaire ! Il m’est donc paru évident que nous devions nous emparer du sujet de l’école. En septembre dernier, j’ai fait un discours pour dénoncer ce que j’appelle le « Grand Endoctrinement » et pour lancer un réseau de Parents vigilants à travers toute la France. Les parents, qui étaient jusqu’ici souvent démunis et isolés, peuvent désormais se rassembler et disposent chez nous d’une équipe qui les écoute, les soutient, les informe, met en lumière leur situation et essaie de résoudre leurs problèmes ou d’empêcher le scandale qu’ils nous signalent.

Le nouveau numéro du magazine est disponible à la vente ce 1er mars 2023.

Avez-vous été surpris par le succès du dispositif ?

Surpris, oui ! Nous n’avions pas anticipé à quel point la réaction allait être massive ! Six mois après le début de la campagne, nous avons réuni plus de 40 000 Parents vigilants et recueilli des milliers de témoignages.

L’effondrement du niveau scolaire rend les élèves encore plus malléables face au Grand Endoctrinement

Ces témoignages sont-ils tous d’électeurs de Reconquête ?

Plus de la moitié ne vient pas de Reconquête, mais a été séduit par l’initiative. Aux États-Unis, l’exemple du gouverneur de Floride, Ron DeSantis montre à quel point le sujet scolaire rassemble : son combat contre l’idéologie woke à l’école a rendu ce Républicain extrêmement populaire jusque dans l’électorat démocrate afro-américain. Ce travail illustre la façon dont j’envisage l’action de Reconquête : celle d’un parti politique solide, mais pas seulement. Nous devons aussi peser sur le champ culturel dans la vie de tous les jours. La droite a trop longtemps abandonné ce terrain.

Qu’est-ce qui vous a le plus frappé dans ces témoignages ?

Toute une génération est prise en tenaille entre propagande woke et offensive islamique ! Nous retrouvons à l’école presque tous les maux de notre pays : effondrement de l’État, haine de soi, pertes des repères les plus évidents, violence, offensive islamique, collapsologie pseudo-écolo. Sincèrement, je pense qu’on ne mesure pas la propagande qui est déversée sur nos enfants et qui fait son chemin à travers les manuels scolaires, les enseignants ou encore les intervenants extérieurs. Il faut savoir que de nombreuses associations sont ainsi agréées par l’État pour intervenir devant des enfants et défendre les migrants (SOS Méditerranée) ou évoquer des « troubles de l’identité » et des « changements de genre », au moment où leur notion du réel est la plus fragile, et la relation à leur corps la plus compliquée. Ce n’est pas un hasard si 22 % des 18-30 ans s’estiment non binaires. J’ajoute autre chose : dans notre analyse, nous pointons aussi l’effondrement du niveau scolaire – attesté par tous les classements internationaux – qui rend les élèves encore plus malléables face au Grand Endoctrinement.

Pour vous, les premières responsabilités sont-elles celles des professeurs de plus en plus militants ou celles de l’institution ?

Les deux, mon général ! L’institution couvre bien trop souvent les professeurs militants et vit dans le « pas de vague »… J’en veux surtout aux responsables politiques qui nous ont conduits dans le mur, par idéologie ou par lâcheté. Quand le ministre de l’Éducation, Pap Ndiaye, se donne pour objectif de « réduire les inégalités » à l’école, il dit à quel point la situation va continuer d’empirer… Il s’agit en plus d’un dévoiement des mots : ces inégalités « sociales » ne sont plus considérées que sous le prisme du genre ou de la race. Or, pour moi, ce sont les apprentissages fondamentaux – lire, écrire, compter – qui permettent d’échapper à sa condition sociale, pas le discours victimaire de la gauche !

On découvre que même l’école privée catholique n’est pas à l’abri.

Exactement. Depuis des décennies, la lutte forcenée pour la prétendue mixité sociale a conduit beaucoup de parents à fuir le public. Rendez-vous compte : à Paris, 40 % des enfants sont dans le privé ! Mais le gouvernement risque d’empirer la situation, car la machine égalitariste entend désormais s’attaquer à l’enseignement privé en imposant, là aussi, des quotas de « diversité ». De la même façon que les millions de Français qui ont fui les banlieues, pour se réfugier dans le périurbain ou à la campagne, voient désormais Emmanuel Macron répartir les migrants jusque dans les villages, les parents qui ont fui l’école publique retrouvent le même égalitarisme destructeur dans le privé ! Nous avons de nombreux témoignages au sujet d’écoles catholiques où les enseignantes sont des femmes voilées, où la propagande fait rage et où le niveau chute… Des îlots préservés existent encore et le hors-contrat en fait sans doute partie, mais pour combien de temps ?

Au-delà de lancer l’alerte, pensez-vous que Parents vigilants peut permettre de changer le cours des choses ? Avez-vous déjà réussi à faire reculer l’institution ?

Bien sûr ! En novembre dernier, par exemple, à Valenciennes, nous avons fait annuler une sortie scolaire dans un camp d’immigrés clandestins en informant simplement sur cette sortie et en révélant le cursus de la professeur impliquée, présidente d’une association pro-migrants. En réaction, un député d’extrême gauche est allé jusqu’à demander la dissolution des Parents vigilants et de Reconquête ! Depuis des décennies, la gauche a pris l’habitude d’endoctriner sans la moindre opposition, alors forcément, quand on se met en travers de sa route, elle hurle. Il va falloir qu’ils s’y habituent !

Quel est l’avenir de Parents vigilants ? Comptez-vous les structurer de façon pérenne ?

Oui, et nous envisageons même de participer aux élections scolaires l’an prochain, notamment pour contrer la FCPE et sa dérive islamo-gauchiste. Avant cela, nous allons publier un recueil de témoignages, car ils valent le détour, et organiser un colloque sur la question scolaire au mois d’avril. Plus largement, nous continuons de structurer notre réseau à travers tout le pays. Aujourd’hui, chez Reconquête, une équipe composée de nos cadres, de parents d’élèves et de professeurs traite les témoignages, apporte des réponses, aide les parents qui témoignent. Des réunions entre Parents vigilants commencent même à voir le jour un peu partout en France. Que vos lecteurs n’hésitent pas à y contribuer et à nous rejoindre via le site www.protegeons-nos-enfants.fr.

Comment expliquez-vous qu’un sujet aussi fondamental que l’École ne soit pas en tête des préoccupations des électeurs, donc des politiques ?

Je crois que ce sujet est bel et bien dans les préoccupations quotidiennes des parents et des grands-parents. Et le succès des Parents vigilants le prouve. Mais ce sont les politiques – et ceux de droite en tête – qui ont abandonné le sujet, comme si l’école devait être reléguée au rang de simple question technique. Songez-y : la dernière grande mobilisation de droite sur la question scolaire, c’est la mobilisation pour l’école libre en… 1984 !

En lisant ces messages consternants, on se dit que c’est foutu et qu’il ne reste plus qu’à fermer la boutique France. Vous avez dix lignes pour nous redonner de l’espoir…

Vous connaissez l’Histoire : regardez à quel point la situation peut changer en une génération. En moins de dix ans, la génération de nos enfants est devenue écolo. Ce qui est possible dans un sens l’est aussi dans l’autre. Les exemples ne manquent pas. Il suffit de voir à quelle vitesse les pays asiatiques ont atteint des sommets d’excellence scolaire, en imitant bien souvent les méthodes dont nous nous sommes débarrassés et qui fonctionnent. Nous connaissons le mode d’emploi : nous l’avons inventé ! Réutilisons-le ! Le combat pour l’avenir de nos enfants ouvre la voie d’un succès politique, électoral mais surtout culturel et moral.

La France n'a pas dit son dernier mot

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Souveraineté nationale au Nicaragua

Au Nicaragua, où la Justice est aux ordres de Daniel Ortega, 222 prisonniers ont été déchus de leur nationalité après une refonte du code de la nationalité par les députés…


En novembre 2015, trois jours après les attentats de Paris, François Hollande suggérait de déchoir de leur nationalité française les terroristes. Une proposition qui ne verra jamais le jour. Deux ans plus tard, l’ancien président confessait à la télé regretter ses mots.

222 prisonniers déchus de leur nationalité

Pays d’Amérique centrale officiellement communiste, le Nicaragua ne s’embarrasse pas l’esprit de tels remords. Revenu à la tête du pays il y a seize ans, Daniel Ortega a libéré, le jeudi 9 février, 222 prisonniers politiques. Dans la foulée, le Tribunal de Managua a ordonné leur déportation immédiate. De quoi sont accusés ces trouble-fête ? De « saper l’indépendance, la souveraineté et l’autodétermination du peuple en incitant à la violence, au terrorisme et à la déstabilisation économique », pointe le communiqué du tribunal. En d’autres termes, d’avoir publiquement émis des critiques à l’endroit de la main de fer de Daniel Ortega et de Rosario Murillo, son épouse et poétesse bien aimée – qu’il a nommée vice-présidente du pays il y a cinq ans.

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Parmi ces « mercenaires de l’impérialisme » (sic), se trouvent d’anciens compagnons de route du guide Ortega, un ancien candidat à la présidence, cinq prêtres et un évêque.

À leur libération, les 222 mercenaires se sont vu affréter un avion rien que pour eux, direction Washington. Puis l’Assemblée nationale a réformé l’article de la Constitution portant sur la nationalité. Immédiatement, les indésirables ont été privés de leur citoyenneté nicaraguayenne pour « trahison à la patrie ».

Dès le lendemain, par la voix de son Premier ministre Pedro Sánchez, l’Espagne a décidé d’offrir la nationalité espagnole aux apatrides. Notre gouvernement leur proposera-t-il l’asile ? Il a déjà fort à faire avec les 15 femmes et 32 enfants de djihadistes, rapatriés en janvier de Syrie. « La souveraineté du pays et la dignité de la patrie ne se négocient pas », a déclaré pour sa part Daniel Ortega. En voilà au moins un qui a les idées claires.

Grossophobie

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Maigret et Zazie pour la réforme des retraites

Si la réalité dépasse parfois la fiction, c’est que la fiction précède souvent la réalité. La littérature prévoit l’avenir. Cette chronique le prouve.


Commentant la suppression des régimes spéciaux, Sylvain Maillard, député Renaissance, déclare sur LCP : « Pourquoi est-ce qu’on veut supprimer les régimes spéciaux ? Parce qu’ils coûtent 1,8 milliard d’euros aux Français tous les ans. » Cette suppression des régimes spéciaux va néanmoins faire un heureux.

Le commissaire Maigret et son épouse ont vécu assez mal l’obligation, pour le flic le plus célèbre de France, de lâcher son travail. Le commissaire est très clair sur la question dans La Patience de Maigret (1965) : « Le samedi soir, ils s’étaient rendus à Meung-sur-Loire, dans la petite maison qu’ils aménageaient pour le jour où Maigret serait forcé par les règlements à prendre sa retraite. Dans deux ans et quelques mois ! À cinquante-cinq ans ! Comme si un homme de cinquante-cinq ans, qui n’avait pour ainsi dire jamais été malade et qu’aucune infirmité n’amoindrissait, devenait du jour au lendemain incapable de diriger la Brigade criminelle. »

A lire aussi, du même auteur: Retraites: adresse aux vieux cons

On murmure qu’Élisabeth Borne pensait à l’homme à la pipe quand elle a déclaré : « Peut-être est-ce lié à mon âge qui avance, mais je suis de plus en plus convaincue que les seniors ont leur place dans l’entreprise. » D’aucuns objecteront que Maigret bénéficie de toute façon d’une autre forme de régime spécial, essentiellement à base de plats en sauce, obérant sérieusement son « espérance de vie en bonne santé »avant et après sa retraite.

De toute manière, parmi les salariés qui voudront partir plus tôt, certains acceptent déjà l’idée d’une retraite minorée et semblent ne pas en vouloir à Olivier Véran pour ses revirements sur la question du minima à 1 200 euros : « On n’a jamais dit que nous allions donner 1 200 euros à tout le monde. » Prenez l’exemple du colonel Cantwell dans Au-delà du fleuve et sous les arbres d’Hemingway. En poste à Venise, amoureux d’une très jeune comtesse, il pense sérieusement à un « arbitrage », comme on dit chez les macronistes, et il est prêt à subir la « décote » de sa retraite pour vivre ce dernier amour : « C’est ici que je devrais vivre. Je pourrais m’en tirer avec ma pension de retraite. Une chambre dans une maison comme celle-ci. J’irais manger dans les bons petits bistrots pas chers des Halles. »

Et puis, est-on si sûr, par ailleurs, que cette question préoccupe la jeunesse comme pourraient le faire croire certaines banderoles lycéennes ? Ce n’est, visiblement, pas le cas de la Zazie de Queneau. Sa vocation d’enseignante est ailleurs : « Retraite mon cul, dit Zazie, moi c’est pas pour la retraite que je veux être institutrice. C’est pour faire chier les mômes ! »

La Patience de Maigret

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Au-delà du fleuve et sous les arbres

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Zazie dans le métro

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Un Gandhi qui en cache un autre

Tushar Gandhi, le petit fils du célèbre indépendantiste hindou mort assassiné, critique le gouvernement indien actuel avec virulence.


Tushar Gandhi, 63 ans, a vécu toute sa vie dans le souvenir de son arrière-grand-père, le Mahatma Gandhi, assassiné en 1948 par Nathuram Vinayak Godse, un nationaliste hindou profondément anti-musulman.  

Relativement absent du débat politique, Tushar Gandhi est pourtant sorti de sa réserve lors d’un entretien à l’Indian Express. Il a pointé du doigt les dérives xénophobes du gouvernement du Premier ministre Narendra Modi, a accusé le Bharatiya Janata Party (BJP) d’être à l’origine des fortes tensions religieuses qui secouent l’ancien joyau de l’Empire britannique et de sacrifier le message de paix et de tolérance du Mahatma sur l’autel des haines. Selon lui, le BJP ne cesse de distiller « une idéologie de division dans le cœur des Indiens ». Tushar Gandhi est d’ailleurs persuadé que Narendra Modi « sait ce qu’il fait en attisant un feu qui consumera un jour l’Inde entière ».

À lire aussi, du même auteur: Le maire blanc, homosexuel et zoulouphone qui fait trembler la classe politique sud-africaine

Érigé en héros national, Nathuram Vinayak Godse est toujours vénéré comme tel par la frange la plus ultra du nationalisme hindou. Ses partisans n’ont pas hésité à lui dédier un temple en 2015 et réclament même, au travers d’une campagne, qu’il soit réhabilité par la justice. Une exigence que condamne le descendant de Gandhi qui entend défendre avec force l’héritage du Mahatma (dont il est le gardien passionné) et qui d’après lui repose sur « l’honnêteté, l’égalité, l’unité et l’inclusion ». Il ne cache cependant pas ses inquiétudes. Compte tenu de la faiblesse de ses challengers potentiels, tout semble confirmer que Modi sera reconduit à la tête de l’État lors des prochaines élections législatives prévues cette année. « Le poison est si profondément ancré dans la société, [les nationalistes] ont tellement de succès, que je ne vois pas mon combat triompher en Inde avant des années » déplore-t-il, résigné. « Mais je reste déterminé à le continuer » affirme-t-il, condamnant un BJP qui ne manque pourtant pas une occasion de se réclamer de son ancêtre, le Père de l’indépendance indienne…

James Bond sous les ciseaux des censeurs

Notre chroniqueur, grand spécialiste des romans de Ian Fleming depuis son enfance, s’insurge violemment contre la dernière initiative de l’éditeur anglais visant à réécrire tout ce qui, dans la saga de 007, offusque tel ou tel segment du wokisme…


« No doubt about it, James Bond is a racist. Although we’re told in Ian Fleming’s novel Diamonds Are Forever (1956) that “Bond had a natural affection for coloured people”, he speaks in fairly unpleasant terms about nearly every black person he meets. » Et de remplacer systématiquement le N-word (nigger, et même negro) par une périphrase du type « black person ».

C’est ce que nous a appris la semaine dernière le bien informé Telegraph. Les « sensitivity readers » — qui s’apparentent désormais à une censure préalable — imposent à Ian Fleming le même traitement qu’à Roald Dahl, auteur de livres pour enfants inconciliables avec l’eau tiède aujourd’hui dominante. Désormais on ne sera plus « gros » dans Charlie et la chocolaterie, les obèses ayant trouvé préjudice à une telle dénomination. « Le personnage d’Augustus Gloop, nous explique Le Soir, ne sera ainsi plus décrit comme « gros » mais « énorme ». Mais les énormes, les baleines sur pieds et autres gras du bide, qui sont légion désormais, ne vont-ils pas se plaindre à leur tour ?

Notons qu’Edwige Pasquier, directrice générale de Gallimard, a expliqué qu’elle ne changerait rien aux traductions de Roald Dahl proposé en France. Merci à elle.

Et les juifs ?

J’ai lu les aventures de James Bond quand j’avais dix ans — et je les ai relues régulièrement, d’abord dans l’édition Plon d’origine, puis en Bouquins. De temps en temps, je les lis encore en anglais — tous les textes sont disponibles sur Internet.

Et en 1966 — j’avais 13 ans — j’ai dévoré dans la revue Communications n°8 un remarquable article d’Umberto Eco, « James Bond, une combinatoire narrative » : le sémiologue italien futur auteur du Nom de la rose, y explique que « la condamnation raciste frappe particulièrement les Juifs, les Allemands, les Slaves et les Italiens, toujours considérés comme des métèques ». Pas particulièrement les Noirs, qui bénéficient même d’une promotion, par exemple dans ce dialogue[1] « tongue in cheek » extrait de Live and let die, comme on dit là-bas, entre M et son agent préféré :

« – I don’t think I’ve ever heard of a great negro criminal before, said Bond. Chinamen, of course, the men behind the opium trade. There’ve been some big-time Japs, mostly in pearls and drugs. Plenty of negroes mixed up in diamonds and gold in Africa, but always in a small way. They don’t seem to take to big business. Pretty law-abiding chaps I should have thought, except when they’ve drunk too much.

– Our man’s a bit of an exception, said M. He’s not pure negro. Born in Haiti. Good dose of French blood. Trained in Moscow, too, as you’ll see from the file. And the negro races are just beginning to throw up geniuses in all the professions — scientists, doctors, writers. It’s about time they turned out a great criminal. After all, there are 250,000,000 of them in the world. Nearly a third of the white population. They’ve got plenty of brains and ability and guts. And now Moscow’s taught one of them the technique. »

A lire aussi: Roald Dahl, nouvelle victime de la pudibonderie woke

Ah, cette touche de sang français qui relève le niveau… Perfide albion ! Mais enfin, le fait que « Mister Big » soit un agent du KGB l’emporte sur toutes les considérations raciales.

Au passage, les Juifs (dont la nouvelle censure anglaise ne parle pas) sont bien plus stigmatisés que les « negroes » chez Fleming. Les Etats-Unis, qui adorent donner des leçons de démocratie et d’antiracisme au monde, devraient s’insurger contre cette remarque (dans Goldfinger) d’un directeur d’hôtel de Floride qui précise à Bond : « You’d think he’d be a Jew from the name, but he doesn’t look it. We’re restricted at the Floridiana. Wouldn’t have got in if he had been. »

Vous avez bien lu. Dans un roman sorti en 1959, on stipulait calmement qu’un Juif identifié comme tel n’avait pas sa place dans un établissement de luxe américain. Pour les youpins, l’hôtel borgne !

Et les roux ?

Et je passe sur le fait que conformément au standard médiéval, Fleming décide presque systématiquement que les méchants seront roux : Le Chiffre dans Casino Royal, Goldfinger dans le roman éponyme, Drax dans Moonraker, et dans Diamonds are forever un certain Shady Tree, qui est de surcroît bossu : « Bond didn’t remember having seen a red-haired hunchback before. He could imagine that the combination would be useful for frightening the small fry who worked for the gang. »

Double discrimination. J’entends d’ici les bossus se plaindre. Sans doute n’ont-ils pas lu Notre-Dame de Paris, où Quasimodo est le summum du bossu. Ou le roman de Paul Féval, où le beau Lagardère se grime en bossu d’opérette… Ou…

Quant aux homosexuels, ce sont soit des tueurs psychopathes (Wint et Kidd dans Diamonds are forever), soit des lesbiennes qui ne demandent qu’à être remises sur le droit chemin de l’hétérosexualité par un Bond toujours fringant — Tiffany Case dans ce même roman, Tilly Masterton et Pussy Galore (quel nom ! À traduire par « super chatte ») dans Goldfinger.

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Mais après tout, Gérard de Villiers aussi en a écrit de raides… Peut-être faudrait-il réécrire les aventures de SAS ? Ou passer à la moulinette woke aussi bien Montesquieu (« Si j’avais à soutenir le droit que nous avons eu de rendre les nègres esclaves », écrit-il dans l’Esprit des lois) que Voltaire : « En approchant de la ville, ils rencontrèrent un nègre étendu par terre », écrit innocemment le philosophe au chapitre XIX de Candide.
Ainsi s’exprimait le XVIIIe siècle. Ainsi pensait-on dans les années 1950-1960 en Angleterre — et dans la plupart des pays d’Europe. Un texte fournit toujours une vision de l’époque à laquelle il a été écrit. Mais les nouveaux curés qui veulent nous régenter ignorent ces considérations. Ils sont le Bien, et tout le reste est le Mal.

Savonarole a tenté un coup de ce genre à Florence à la fin du XVe siècle. Sa république théocratique a duré cinq ans, il a fait incendier sur son « bûcher des vanités » des quantités monstrueuses de livres et d’œuvres d’art — en particulier des tableaux sublimes, mais païens, de Botticelli. Puis les Florentins, revenant à la raison, l’ont arrêté, torturé, pendu puis brûlé. On en a fait autant aux Nazis qui avaient largement eux aussi pratiqué l’autodafé. Ainsi devraient finir tous les censeurs.
Mais non, nous vivons une époque moins sanglante, n’est-ce pas… Nous n’allons pas sortir notre vieux Walther PPK, le pistolet emblématique de Bond. Contentons-nous de gifler publiquement ces apôtres de la bêtise quand nous en rencontrerons un. Parce que la limite désormais a été dépassée.

Ian Fleming, James Bond 007 t. 1, Bouquins, Robert Laffont, 896 p.

Ian Fleming, James Bond 007 t. 2, Bouquins, Robert Laffont, 864 p.


[1] J’ai cité les extraits des romans en anglais, pour qu’il n’y ait aucune incertitude sur la traduction. Désolé pour ceux qui ne manient pas la langue de Shakespeare et de Ian Fleming.

Il faut sauver la buvette de l’Assemblée nationale

On apprend que la consommation d’alcool est en hausse à la buvette de l’Assemblée. Santé, messieurs les députés! Toutefois, des incidents liés à des excès de boisson, lors des débats sur la réforme des retraites, sont rapportés par la presse. Ils pourraient menacer cette institution tricolore…


La buvette de l’Assemblée nationale est au cœur d’un nouveau scandale ! Le Journal du Dimanche rapporte que la question de la suralcoolisation des députés a été évoquée lors de la réunion du bureau du Palais Bourbon, le 8 février. Le député Sébastien Chenu (RN), vice-président de l’Assemblée nationale et fidèle lieutenant de Marine Le Pen, aurait même proposé l’interdiction totale d’alcool après 21h30, heure à laquelle a été identifié un pic de consommation. Laconique, la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet (Renaissance), a souhaité que « chaque président de groupe concerné par ce type de comportement gère la situation si elle se présente ».

Le bateau ivre

Rapportées par nos confrères, certaines anecdotes sont croustillantes. « Dans la buvette et dans les jardins, c’était alcool à gogo jusqu’à 3 heures du matin » confie une élue marconiste au JDD. Certains collègues commenceraient à consommer des spiritueux dès 11 heures, pour passer au rhum à partir de 16 heures. D’autres rumeurs, rapportées par le Parisien, évoquent carrément un député Nupes aperçu en train de vomir dans une poubelle… Ces gauchistes ne savent vraiment jamais se tenir ! Affichant sa plus grande sollicitude, Aurore Bergé, présidente du groupe Renaissance, a confié à l’issue de la réunion du bureau de l’Assemblée que « c’est [son] job de faire attention aux écarts et d’être attentifs aux autres ». Autres qui ont la charge d’être attentifs à notre santé collective, alors qu’ils semblent avoir bien du mal à ménager la leur, a-t-on envie de lui répondre… De là à dire que la République est un bateau ivre…

En coulisses, les assistants parlementaires font du commérage alors que les différents groupes se renvoient la responsabilité des incidents évoqués dans la presse.

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Ce n’est pas la première fois que la buvette de l’Assemblée fait parler d’elle. En 2013, Philippe Le Ray, député UMP du Morbihan, avait perturbé l’intervention de la députée EELV de la Vienne, Véronique Massonneau, en imitant le caquetage d’une poule. Les médias avaient complaisamment relayé l’incident. Devant un tel dérapage « sexiste », les députés de gauche avaient fait part de leur indignation, que les collègues de l’élu breton attribuaient, comme pour l’absoudre, à l’alcool.

La vague Coca du macronisme

Nouveaux, changeants ou résurgents, ces comportements tranchent en tout cas avec ceux, plus sobres, de la précédente mandature.

En 2018, la questure de l’Assemblée nationale, chargée de gérer les 550 millions d’euros alloués au fonctionnement du Palais Bourbon (et dans lesquels on trouve notamment les frais de boisson), avait noté une baisse de près de 50% de la vente de bouteilles de vin et d’alcools forts au profit du Coca zéro et de la bière. On se souvient que le grand raz de marée dégagiste de 2017 avait amené à l’Assemblée nombre de novices en politique, souvent issus de la « société civile », c’est-à-dire des élus issus des cabinets de conseil ou du monde de l’entreprise, où les usages ne sont pas les mêmes. Dans l’ennuyeuse « startup nation », les cadres supérieurs réservent souvent l’alcool pour « l’after work » – parfois une simple pinte de bière en terrasse vers 19h, à 4 degrés pour les plus ambitieux.

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À l’inverse, alcool et vie publique sont depuis longtemps inséparables en France. Les vieux routiers de la politique devenaient souvent parlementaires après avoir longtemps cheminé comme élus locaux, maires ruraux, conseillers généraux, présidents de syndicats mixtes… Autant de responsabilités qui commandent de paraitre aux cocktails, diners, réceptions, inaugurations, apéritifs d’associations et évènements le plus souvent arrosés. Dans notre pays, l’alcool est synonyme de vie sociale et finalement de vie publique. Monsieur Duchemain, alias Louis de Funès dans le film « L’aile ou la cuisse » ajoute que « le vin c’est la terre, c’est aussi le soleil » ! Le vin est le plus beau fruit d’un terroir qu’est censé représenter un élu. Au goût pour l’alcool de nos élus d’antan, s’ajoute donc souvent une activité de lobbying en faveur des producteurs de la circonscription. Les plus vieux barmans de la buvette de l’Assemblée se souviennent d’ailleurs des sollicitations d’élus désireux de voir apparaître telle ou telle appellation sur la carte…

Tu m’en remets un petit ?

Heureuse nouvelle donc, nos députés recommencent à lever le coude. À quoi attribuer ce retour aux sources ? Dans une assemblée éclatée en quatre blocs antagonistes, avec une majorité désormais relative et des débats ponctués de coups de gueule, d’obstructions et de suspensions de séance, peut-être que certains élus ont du mal à tenir le choc. Pour supporter la pression, lors de séances qui durent tard la nuit, certains sont tentés de caresser le merlot. L’un d’entre eux, cité par le JDD, révèle les nouveaux usages: « il y a quand même un effet générationnel: plus de vin pour les anciens, plus de bière et de cocktails genre Spritz pour les jeunes, mais moins d’alcools forts genre whisky ». Les élus de la nouvelle génération suivent en cela les évolutions de consommation des Français, qui, depuis plusieurs décennies, délaissent le vin de table.

P. le maudit

L’édito de mars d’Elisabeth Lévy.


Au moment où j’écris ces lignes, cela fait plus de dix jours que la minute de la haine bat son plein sans discontinuer. Le samedi 10 février, au détour tragique d’une route de Seine-et-Marne, la France s’est trouvé un nouveau diable, un salaud intégral que tout le monde aime détester. Pierre Palmade est le Winston d’Orwell, l’ennemi du peuple et du genre humain, qui réconcilie la droite Valeurs actuelles et la gauche Libé, CNews et BFM, Gilbert Collard et Régis de Castelnau, Eddy de Preto et Booba.

Soyons clairs. Ce qu’a fait l’humoriste – prendre le volant défoncé – est irresponsable, irréparable, criminel. Un petit garçon est défiguré à vie, son père, entre la vie et la mort, et sa tante sans doute durablement traumatisée après la perte de son enfant à naître. De plus, ces dernières années, Palmade n’a pas été chiche en confidences intimes et pleurnicheries publiques sur son addiction et ses vaines tentatives pour s’en délivrer. Le public se sent donc autorisé à poursuivre ce dégoûtant déballage : on a appris, par exemple, que des sex-toys avaient été trouvés à son domicile – en quoi cela nous regarde-t-il, est-ce interdit ?

La folle mécanique qui se met en branle dès le lendemain de l’accident, l’hystérie collective qui, des studios aux bistrots, s’empare de toute la France échappe à toute rationalité. Il ne s’agit pas de s’interroger sur l’acte et sur sa sanction légitime, ni sur la meilleure façon de rendre justice à une famille endeuillée. Palmade est le coupable expiatoire, l’exutoire d’une haine mâtinée de bonne conscience d’autant plus féroce qu’elle se drape dans la défense de l’innocence assassinée.

A lire aussi, du même auteur: L’emprise contre-attaque

La France des Gilets jaunes s’étrangle, convaincue qu’il va bénéficier d’un traitement de faveur. Il devrait être en prison, gronde-t-elle par le truchement de ses porte-voix médiatiques, alors que le juge a décidé d’envoyer le mauvais sujet se faire soigner. Et voilà que, divine surprise, on apprend qu’une enquête préliminaire a été ouverte pour « détention d’images pédopornographiques ». Une enquête préliminaire, ça ne veut pas dire grand-chose. Et celle-ci fait suite aux allégations de témoins plutôt louches, dont l’un tente de monnayer son histoire auprès d’une chaîne info. Bref, à ce stade, il n’y a rien de plus que des rumeurs et ragots dont les médias se repaissent, après avoir rituellement précisé que rien n’est confirmé. Sur les plateaux, les spécialistes de la pédophilie succèdent aux experts en cocaïne. Les audiences battent des records. Quel spectacle plus réjouissant qu’une célébrité à terre ?

Il faut dire que cette terrible affaire repose sur un cocktail explosif, idéal pour nourrir tous les fantasmes : drogue, sexe, argent, show-biz. « Les élites sans foi ni loi qui font la leçon au petit peuple. » « Les puissants qui s’adonnent à des orgies en prenant des drogues[1]. » La vie facile, mère de tous les vices. Je ne sais plus qui déclare tranquillement que les artistes ont un devoir d’exemplarité, la bonne blague. On oublie opportunément que l’addiction à la drogue, comme l’alcoolisme, est une maladie. Les drogués sont des salauds. Enfin, les drogués riches.

Puritanisme et complotisme sont les deux mamelles de cette triste France. Palmade devient l’incarnation de ces élites sataniques, pédophiles et décadentes, dont la frange la plus cinglée des trumpistes, les adeptes de QAnon, croit dur comme fer qu’elles dirigent le monde. Chez Cyril Hanouna, Karl Zéro en remet une couche et déclare avec une assurance inébranlable que quand on commence par la drogue, on finit toujours par les enfants. Si Palmade n’est pas en garde à vue, précise-t-il, c’est parce qu’il sait trop de choses, que des puissants sont impliqués. Le haut fait d’armes de Karl Zéro est d’avoir accusé Dominique Baudis de pédophilie (déjà) et autres turpitudes. Cela devrait le disqualifier à jamais mais non, il pérore sur un prétendu scandale d’État sans produire l’ombre d’un fait à l’appui de cette thèse. Les airs entendus suffisent.

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René Girard est sans doute le meilleur guide pour comprendre cette éprouvante séquence. Palmade, c’est l’Autre absolu, le bouc émissaire chargé de tous nos péchés dont le sacrifice réconcilie la communauté. Sa culpabilité est l’aune de notre innocence, nous qui jamais n’avons conduit en ayant bu un verre de trop ni éprouvé le moindre désir inavouable. Il n’appartient plus à l’humanité. Et quiconque se risquerait à avouer un infime mouvement de compassion à son endroit en serait expulsé avec lui. Sous le règne de la vertu, il n’y a pour le pêcheur ni pardon, ni rédemption, ni compassion.

Depuis une semaine, L’Auvergnat de Brassens me trotte dans la tête. « Elle est à toi cette chanson / Toi, l’étranger qui sans façon / D’un air malheureux m’as souri / Lorsque les gendarmes m’ont pris / Toi qui n’as pas applaudi quand / Les croquantes et les croquants / Tous les gens bien intentionnés / Riaient de me voir amené. » Comme tout le monde, j’ai applaudi. Et j’en ai honte.


[1] Messages authentiques, envoyés à un ami qui refusait de hurler avec les loups.

Causeur: Rééducation nationale «Stop au grand endoctrinement!»

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Découvrez le sommaire de notre numéro de mars


Éducation nationale ? Plutôt rééducation nationale, tant l’enseignement y est devenu le vecteur d’une propagande insidieuse. En accompagnement de notre dossier, Éric Zemmour se confie à Elisabeth Lévy et Jonathan Siksou sur le combat culturel qu’il mène contre ce qu’il appelle le « Grand Endoctrinement », cette machine à décerveler et à formater qu’est devenue l’école de la République. Il ne se contente pas de dénoncer les dérives idéologiques en question mais apporte le moyen de les contrer. En à peine six mois, le réseau « Parents vigilants » a rassemblé plus de 40 000 personnes, et les témoignages de parents, professeurs et élèves affluent par milliers de tout le territoire[1]. Causeur présente un florilège de ces textes, souvent aussi hilarants qu’ils sont terrifiants. Selon le président de « Reconquête ! » : « Nous retrouvons à l’école presque tous les maux de notre pays: effondrement de l’État, haine de soi, pertes des repères les plus évidents, violence, offensive islamique, collapsologie pseudo-écolo ». Ou selon un des témoignages : « L’anglais est woke, le français féministe, l’économie marxiste, la géographie écologiste et l’histoire déconstructiviste ». Un ex-enseignant, Paul Rafin, nous raconte comment, pour ne pas subir le désastre de l’Éducation nationale, il a choisi de travailler dans les établissements privés sous contrat, mais y a trouvé les mêmes méthodes que dans l’instruction publique. Notre ministre de l’Éducation nationale est-il woke ? Jean-Baptiste Roques trouve que la question est à nuancer car Pap Ndiaye est en fait un virtuose du « en même temps », capable de défendre un jour l’universalisme républicain et le lendemain le racialisme américain. Si, comme le souligne Françoise Bonardel, les élèves sont plus que jamais « déconstruits » à l’école, les choses ne vont pas mieux à l’université ou dans les écoles supérieures. Selon Alexandre de Galzain, ces établissements sont aussi gangrénés par les idéologies progressistes que l’enseignement primaire et secondaire. Et les écoles de journalisme occupent une place de choix sur le podium de la pensée unique, voire totalitaire.

Le nouveau numéro de « Causeur » est en vente. En une de notre numéro 110, l’ancien candidat à la présidentielle Eric Zemmour s’attaque au sujet de l’Education nationale © Causeur

Quel spectacle plus réjouissant qu’une célébrité à terre ? Dans son édito du mois, Elisabeth Lévy analyse l’affaire Pierre Palmade : la transformation de l’humoriste en ennemi du peuple a réussi à réconcilier la droite Valeurs actuelles et la gauche Libé. Certes, ses actes sont irresponsables, irréparables et criminels, mais les médias ont fait de lui le parfait bouc émissaire. Chargé de tous nos péchés, son sacrifice réconcilie la communauté. En mettant en garde contre le déclin des vertus masculines chez les hommes, Vincent Cassel s’est-il montré misogyne ? Que nenni ! répond Jean-Michel Delacomptée qui, dans sa chronique, défend la nécessité du courage physique dans toute société qui entend survivre. Emmanuelle Ménard continue à nous raconter sa vie à l’Assemblée. Entre les simagrées de l’extrême gauche et de la majorité, elle a assisté au « lynchage » (métaphorique) d’Adrien Quatennens par ses collègues élus au moment où il a pris la parole. Commentaire : « Parfois, j’ai honte d’être député ». Olivier Dartigolles dénonce les efforts de la majorité pour réformer les retraites : « Plus ils expliquent leur projet injuste, et plus le pays le rejette ».

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Nous voyageons dans une terre aujourd’hui méconnaissable, rebaptisée le Belgistan, et notre cicérone est Céline Pina. La bombe démographique qui y couve, suite à des conventions migratoires signées avec le Maroc et la Turquie, pourrait faire de la Belgique le premier État musulman d’Europe. Se confiant à Gil Mihaely, Arno Klarsfeld soutient qu’il est impossible d’accueillir l’Ukraine au sein de l’UE tant qu’elle érigera en héros des génocidaires de l’époque nazie. Le général Vincent Desportes explique que, si après la chute de l’URSS, nous avons créé une armée de maintien de la paix, il faut maintenant reconstruire une armée capable de nous protéger sur notre sol, dans l’éventualité d’une guerre longue et de haute intensité. En conversation avec Gil Mihaely, Denis Sassou-Nguesso, le président de la République du Congo et le dernier chef d’État issu de la génération de la décolonisation, porte un regard lucide et apaisé sur le passé. Selon lui, « tout n’a pas été négatif dans la colonisation ». Jean-Luc Gréau et Philippe Murer tirent les leçons de ce qui est la pire performance commerciale de la France depuis l’après-guerre, avec un déficit de 164 milliards d’euros. Les remèdes pour sortir du déclin existent, mais l’UE nous les interdit.

Pour épater le bourgeois, surtout le petit bourgeois, peu sont mieux qualifiés à notre époque que la chanteuse et actrice, Afida Turner. Vulgaire pour les uns, iconique pour les autres, sa façon de jouer de son corps va à l’encontre des codes du nouveau féminisme. Yannis Ezziadi s’entretient avec ce phénomène de société. D’une femme scandaleuse à une autre… Jérôme Leroy salue la parution dans la collection Pléiade d’un nouveau volume des œuvres de Colette qui, selon lui, est grande parce qu’elle ne connaît ni le vice ni la vertu. Il était temps de redécouvrir le compositeur Ambroise Thomas. Figure emblématique de son époque, sa renommée s’est éteinte avec lui en 1896. Julien San Frax nous parle d’une nouvelle production très attendue de son opéra, Hamlet, à l’Opéra Bastille. Si vous avez souffert d’entendre parler partout ces derniers temps d’Annie Ernaux, Didier Desrimais vous propose un remède : la lecture de deux livres de Bruno Lafourcade, un écrivain indispensable pour nous aider à traverser notre époque.

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Aux amateurs de Proust, Patrick Mandon propose un recueil de pastiches. Quant aux amateurs de Giacometti, Pierre Lamalattie les met en garde contre le projet de la Fondation du sculpteur qui consiste à investir l’ancienne gare des Invalides. Une folie des grandeurs qui doit, pour attirer le public contemporain, faire la part belle au marchandising et s’ouvrir aux « modernités plurielles ». Que ce soit à Paris, Madrid ou Amsterdam, certaines expositions artistiques valent le déplacement ; Georgia Ray est partie en éclaireuse les visiter pour nous. Jean Chauvet accueille d’un œil bienveillant la sortie d’un film français consacré, non à la vie d’un couple en chambre de bonne, mais à la politique. Pendant qu’Emmanuel Tresmontant cherche son pain quotidien et trouve le meilleur, non à la campagne, mais en ville. Ivan Rioufol déplore la manière dont le pouvoir macronien cherche à compenser sa faiblesse en muselant ses critiques. Pour terminer, Marsault nous offre une belle leçon de politesse. Après tout, il vaut mieux être bien éduqué que subir la rééducation.


[1] Le mouvement est coordonné par Sarah Knafo et Damien Rieu – voir le site www.protegeons-nos-enfants.fr.

Armer l’Ukraine ou la laisser mourir

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Si l’Ukraine a su remporter tant de victoires spectaculaires en une année de combats acharnés, c’est notamment en raison des armes qu’elle avait entre les mains. Volodymyr Zelensky parcourt sans relâche la planète pour en réclamer d’autres, parce qu’il sait que sans elles, une victoire ukrainienne est impossible.


L’Ukraine n’est pas tombée. Ni en trois jours. Ni en un an. Si elle n’est pas tombée, ce n’est pas seulement en raison de l’incroyable capacité de résistance du peuple ukrainien, qui se bat au front comme à l’arrière. Ce n’est pas seulement par cette abnégation qui conduit les guerriers ukrainiens à mourir en masse à Bakhmout, pourvu que leurs envahisseurs meurent davantage encore. Ce n’est pas seulement du fait de l’intelligence du commandement, qui a réussi un quasi sans faute en 12 mois de combat. Ce n’est pas seulement en raison de la spectaculaire médiocrité de l’armée russe, son commandement défectueux, sa planification incertaine, sa faible capacité au combat interarmes ou sa logistique des plus bancales.

Si l’Ukraine a su, à Kiev, à Tchernihiv, à Sumy, à Karkhiv, à Mikolaïv, à Kherson, remporter tant de victoires spectaculaires en une année de combats acharnés, c’est notamment en raison des armes qu’elle avait dans les mains.

Les Russes tirent quatre fois plus d’obus que les Ukrainiens

Si le président ukrainien parcourt le monde occidental, de Washington à Bruxelles, en réclamant sans relâche des armes, les plus nombreuses, les plus modernes, les plus performantes possible, c’est parce qu’il sait que c’est dans cette donnée essentielle que résidera la victoire ukrainienne.

Les soldats ukrainiens sont dotés des mêmes armes soviétiques que les Russes, de l’AK-47 Kalashnikov au char de combat T-72. Les arsenaux des pays de l’Union européenne anciennement membres du pacte de Varsovie sont en train d’être vidés au profit de l’Ukraine mais cela reste très insuffisant : l’Ukraine tire quatre fois moins d’obus de 155 mm que ce que la Russie envoie chaque jour sur les lignes ukrainiennes.

L’Ukraine a su développer ses systèmes d’armes propres, dont la performance a stupéfié la marine russe. C’est un missile antinavire Neptune, de conception soviétique mais d’amélioration purement ukrainienne, qui a entraîné par le fond la frégate Moskva, navire amiral de la flotte russe de la mer Noire. Depuis, les navires de surface de la flotte russe sont condamnés à se cacher dans les ports de Sébastopol et Novorossisk, en se contentant par moments de lancer des missiles de croisière à grande distance du littoral ukrainien. Les perspectives de débarquement russe sur le littoral ukrainien sont désormais exclues.

Mais c’est bien la fourniture à l’Ukraine par les Anglais et les Américains, entre 2014 et 2022, de systèmes d’armes lance-missiles, qui a permis la débâcle russe lors du premier mois de l’invasion. Si les carcasses de centaines de chars russes dont beaucoup de modèles récents se sont entassées devant les grandes villes ukrainiennes, c’est largement grâce aux missiles antichars Javelin américains et NLAW britanniques. Si les pointes blindées de l’armée russe, lancées à travers tout le nord-est de l’Ukraine ont dû reculer, c’est notamment parce que les camions de logistique censés les ravitailler se faisaient détruire en masse par les lance-missiles portables fournis par les Occidentaux. Si à compter de l’été, toute la planification logistique et de commandement russe a été bouleversée et repoussée chaque jour un peu plus vers l’arrière, c’est à la précision et au potentiel de destruction des lance-roquettes multiples HIMARS américains que les Ukrainiens doivent leur succès. Si les hélicoptères de combat et de transport de l’assaillant sont tombés comme des mouches lors de l’assaut initial sur l’aéroport d’Hostomel, c’est avant tout grâce aux Stinger américains. Si aujourd’hui le ciel d’Ukraine est vide d’avions russes au-delà des lignes de front, si les vagues de drones kamikazes et de missiles de croisière tombant sur les villes ukrainiennes sont de moins en moins efficaces, c’est grâce à la densité de la défense aérienne armée de ces lance-missiles (dont les Crotale français). L’arrivée prochaine des Patriot américains renforcera celle-ci de façon décisive.

Si demain le soutien s’arrête…

Lance-missiles, chars, avions, navires, radars, munitions en quantité, en ajoutant l’entraînement requis pour exploiter ces systèmes d’armes complexes qui surclassent de loin les meilleures armes russes : autant de conditions qui s’avèreront décisives pour une victoire de l’Ukraine.

Si en revanche le soutien occidental, américain, européen, français, devait s’interrompre, alors l’Ukraine tomberait. Malgré la bravoure, la vaillance, l’inventivité et la foi dans sa cause du peuple ukrainien, le rapport de force démographique et matériel permettrait alors à la Russie de l’emporter.

Nombre de voix en France et ailleurs, portées par la volonté de paix et la peur d’une escalade incontrôlable, demandent l’arrêt du soutien en armes à l’Ukraine, afin de privilégier l’organisation de négociations de paix. Ces pacifistes se leurrent. Il n’y aura pas de négociations de paix tant qu’une armée n’aura pas pris un avantage décisif sur l’autre.

L’Ukraine veut la libération de tout le territoire qui lui a été volé, du Donbass à la Crimée, en passant par les rives du Dniepr. La Russie elle, veut la conquête de l’Ukraine. « L’Ukraine n’a aucun droit à la souveraineté » affirmait le ministre russe des affaires étrangères Sergueï Lavrov au déclenchement du conflit. Si les colonnes de chars russes ont foncé de Tchernobyl à Kiev, aux premières heures de cette guerre, si les « référendums » de rattachement à la Russie ont été organisés dans les oblasts de Zaporijia et Kherson, ce n’est pas pour « libérer » le Donbass, mais pour asservir et annexer la totalité du territoire ukrainien, de Donetsk à Lviv, de Kiev à Odessa.

Si l’Ukraine cesse d’être armée, l’Ukraine tombera. Si l’Ukraine tombe, la Russie la prendra toute entière. Puis la Moldavie. Puis la Biélorussie. Puis le corridor de Suwalki reliant celle-ci à Kaliningrad finira par jouer le même rôle que le corridor de Dantzig en 1939.

In fine, au-delà de toutes les postures, des espoirs, des regrets et des rêves de paix, cette guerre absurde se résume pour nous, Européens à un choix simple: armer l’Ukraine ou la laisser mourir.

Quand France Culture reçoit le philosophe antiraciste Lilian Thuram

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L'ancien footballeur et grand penseur Lilian Thuram © Christophe SIMON / AFP

Le 17 février, dans son émission “Affaires en cours” sur France Culture, Marie Sorbier s’est entretenue, à l’occasion de la parution en français du livre du philosophe américain Charles Mills, Le contrat racial, avec notre philosophe à crampons national, j’ai nommé Lilian Thuram. 


Antiraciste adoubé par le racialisme woke, si Lilian Thuram en a acquis très grossièrement les principes, il maîtrise encore mal l’idéologie issue de la théorie critique de la race. Peinant à former des argumentations cohérentes, il déverse le résultat de ses investigations intellectuelles d’un jet, sans faire le tri, dans le désordre le plus grand. Cela donne des choses ébouriffantes, simplistes ou totalement stupides – mais qui jamais ne surprennent la complaisante journaliste de France Culture. L’émission a commencé par une plainte désespérée et gémissante: le Contrat racial de Mills a permis à Lilian Thuram de « comprendre tout ce [qu’il a] vécu en tant que personne noire ».

De mauvais esprits rigolards escomptent que, pour compléter sa pensée bichrome, Lilian Thuram, après « Mes étoiles noires » et « La pensée blanche », écrira un jour un livre sur ce qui semble, selon eux, lui faire le plus défaut, à savoir la « matière grise »…

Avant de poursuivre, rappelons le terrible parcours semé d’embûches de Lilian Thuram : né en 1972 en Guadeloupe, ce dernier arrive en métropole en 1981. La famille vit à Bois-Colombes où, dit-il, il subit des blagues racistes. Puis c’est l’engrenage infernal dû au « racisme structurel » et à la « domination blanche » : après avoir joué pour l’US Melun, Thuram rejoint le centre de formation de l’AS Monaco. Arsène Wenger lui fait faire ses débuts et le club obtient d’excellents résultats mettant en valeur un Lilian Thuram qui quitte alors la France pour rejoindre les rangs du club de Parme puis ceux de la Juventus de Turin. Les difficultés s’amoncellent : Lilian Thuram est, à 29 ans, le défenseur le mieux payé du monde (36 millions d’euros par an). Cinq ans plus tard, le footballeur est embauché par le FC Barcelone et finit en douceur une misérable carrière qui ne l’aura vu sélectionner que 142 fois en équipe de France (record récemment battu par Hugo Lloris avec 145 sélections). Tout cela est bien triste. Et le sort s’acharne. Le déterminisme social et le racisme systémique étant ce qu’ils sont, les deux fils de Lilian Thuram n’ont pas pu sortir de l’ornière dans laquelle avait végété leur millionnaire de père : Képhren et Marcus sont eux aussi devenus des footballeurs professionnels. Le premier joue à l’OGC Nice. Le second, sélectionné en équipe de France depuis 2020, joue au Borussia Mönchengladbach pour le modeste salaire de 4,5 millions d’euros par an. Il est à craindre que sa carrière ne finisse comme celle de son père – seuls des petits clubs comme le Barça, Chelsea ou le PSG espèrent le recruter à la fin de son contrat avec le Borussia en juin de cette année. C’est moche.

Lilian Thuram, grand dominé

Après ses débuts difficiles dans la vie, Lilian Thuram s’est lancé dans une nouvelle carrière, celle de représentant antiraciste d’une fondation à son nom, ce qui lui permet de pérorer dans les médias, de donner des leçons d’antiracisme à deux balles dans les écoles et d’écrire des livres emplis de poncifs et d’anecdotes pathétiques. Deux phrases extraites de ces ouvrages dispensables montrent que Lilian Thuram a su adapter l’offre antiraciste de sa fondation à la demande woke du racialisme politique. En 2010, dans son livre Mes étoiles noires, il écrivait : « L’âme noire, le peuple noir, la pensée noire n’existent pas plus que l’âme blanche, le peuple blanc ou la pensée blanche. » Après avoir rencontré d’éminents et opportunistes entrepreneurs racialistes (Rokhaya Diallo et Pascal Blanchard, entre autres), Thuram comprend qu’il lui faut être plus incisif s’il veut développer son business. Changeant son fusil antiraciste d’épaule, il écrit en 2020 La pensée blanche, livre obsédé par une idée viciée: « Nous sommes conditionnés par la pensée blanche qui fabrique nos opinions et nous contraint à ne regarder que dans un sens. » L’ex-footballeur en profite pour raconter des anecdotes palpitantes censées démontrer des choses, on ne sait pas très bien lesquelles, même si on comprend que les Blancs doivent avant toute autre chose se sentir coupables. Un exemple parmi dix : « Un jour, une amie m’emprunte un livre. […] il s’agit de La Férocité blanche de Rosa Amelia Plumelle-Uribe. Quelques jours plus tard, la jeune femme revient me voir. Elle était vraiment bouleversée :“Je n’ai pas pu le terminer…” – “Et pourquoi ?” lui ai-je demandé. Elle a alors presque fondu en larmes, m’expliquant que le livre était trop éprouvant. “Moi, je suis blanche, disait-elle, mais je n’ai rien fait ! Ce livre décrit des horreurs insoutenables, mais je ne suis pas coupable !” » Édifiant, non ?

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Au micro de France Culture, notre philosophe à crampons se lance à nouveau dans un de ces stupéfiants développements dont il a le secret : « Il faut savoir, dit-il à Marie Sorbier qui, comme nous, est tout ouïe, qu’aujourd’hui encore il y a des personnes qui sont peut-être les descendants des personnes qui ont mis en prison Martin Luther King et Nelson Mandela, et qui violentaient les personnes noires. Encore aujourd’hui il y a des personnes qui ne veulent pas changer de société. Ceux qui ne veulent pas le changement protègent la suprématie blanche. » La dialectique thuramienne n’est pas toujours facile à suivre. Elle nécessite une attention et une disposition particulières pour en pénétrer les arcanes. Marie Sorbier, appliquée, relance notre philosophe en lui demandant si, par hasard, l’éducation ne serait pas la solution au racisme. Réponse : « La solution, ça passe évidemment par l’éducation, mais il ne faut pas être naïf, c’est-à-dire que les personnes qui électrisent le débat, qui ne veulent pas le changement dans la société, elles sont éduquées – il faut jamais oublier ça en fait. Parfois c’est une volonté, vraiment, de rester dans un schéma de domination des Blancs sur les non-Blancs, parce qu’encore une fois, cette domination permet à certaines personnes d’exister, tout simplement. » France Culture ne pouvait passer sous silence les réflexions stupéfiantes de Lilian Thuram : moins élaborées que celles de Rokhaya Diallo, elles ne manquent pas d’une primitive spontanéité – proche de l’imbécillité la plus pure – et d’une archaïque ingénuité – voisine de celle qui illumine parfois les propos de Sandrine Rousseau – qui imposent le respect et la bienveillance. De mauvais esprits rigolards escomptent que, pour compléter sa pensée bichrome, Lilian Thuram, après Mes étoiles noires et La pensée blanche, écrira un jour un livre sur ce qui semble, selon eux, lui faire le plus défaut, à savoir la matière grise. C’est se moquer à peu de frais et je ne mange pas de ce pain-là. En revanche, je ne résiste pas à l’envie de rapporter une autre anecdote racontée par notre philosophe à crampons dans son dernier ouvrage : « Un soir, je décide de téléphoner à mon ami d’enfance, Pierre. “Allo, Pierre ? Ça va ? – Salut, Lilian. Ça va, et toi ? – Dis-moi, je peux te poser une question ? – Vas-y. – Pierre, est-ce que tu as le sentiment d’être blanc ?” – Je sens une hésitation au bout du fil. – “Quoi ? Je ne comprends pas bien. – Pierre, tu es d’accord que je suis noir ? – Ben, ouais. – Si moi je suis noir, toi tu es quoi ? – Ben… je suis normal.” – Je me suis mis à rire. – “Tu es normal ? Donc moi je ne suis pas normal ? – Non, c’est pas ce que je veux dire… tu comprends ?” – Pierre et sa drôle de réponse pleine de spontanéité m’ont permis de mettre le doigt sur quelque chose d’essentiel et de profondément ancré : même si vous êtes une personne exceptionnelle, vous pouvez sans vous en rendre compte revêtir le masque blanc de la normalité. » Les mots me manquent…

On ne naît pas raciste, on le devient 

En fait, et ce n’est pas le plus drôle, M. Thuram ignore qu’il menace de devenir ce qu’il dénonce, et d’incarner très exactement l’aphorisme qui trône en majesté sur le site de sa fondation: « On ne naît pas raciste, on le devient ». Au fil du temps, de ses rencontres et de ses intérêts, le sportif adulé par les Français s’est transformé – bêtement, maladroitement, mais indéniablement – en chantre du racialisme (et il faudra bien un jour définir ce qui différencie le racialisme du racisme) voire du racisme anti-Blancs. Son désir n’est pas que « nos pensées ne soient plus jamais dictées par la couleur de peau » mais, au contraire, que la couleur de peau détermine les actuelles et futures relations entre les individus sur la base d’un règlement de comptes historique reposant lui-même sur des dualités figées et hostiles : bourreaux/victimes, dominants/dominés, coupables/innocents, Blancs/Noirs. 

Le plus triste est que M. Thuram ne se rend visiblement pas compte, à l’inverse par exemple de Rokhaya Diallo ou Maboula Soumahoro qui savent pertinemment ce qu’elles font, qu’il alimente ainsi tous les ressentiments, toutes les rancunes, toutes les aigreurs qui aboutiront inévitablement à l’édification d’une société conflictuelle et raciste. 

Le contrat racial

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Éric Zemmour: «Toute une génération est prise entre wokisme et islamisme»

© Lionel GUERICOLAS / AGENC/SIPA

L’effondrement du niveau scolaire et les dérives idéologiques qui définissent désormais l’Éducation nationale ne laissent pas indifférent. Et en dénonçant un «Grand Endoctrinement», Éric Zemmour a annoncé le moyen de le contrer: le réseau Parents vigilants. Ce n’est pas un chantier mais un combat culturel qu’il est nécessaire de mener. Propos recueillis par Élisabeth Lévy et Jonathan Siksou.


Causeur. Comment est née l’idée des « Parents vigilants » ?

Éric Zemmour. Tout au long de ma campagne, j’ai été marqué, même surpris, par la récurrence de la question scolaire dans les discussions que j’avais avec nos compatriotes. Ici des grands-parents qui hébergeaient leurs petits-enfants pour contourner la carte scolaire, là un grand-frère qui devait aller chercher sa sœur au collège pour lui éviter le racket, ici encore une mère célibataire qui trimait pour payer une école privée à ses deux fils après avoir découvert la propagande dont ils étaient bombardés dès l’école primaire ! Il m’est donc paru évident que nous devions nous emparer du sujet de l’école. En septembre dernier, j’ai fait un discours pour dénoncer ce que j’appelle le « Grand Endoctrinement » et pour lancer un réseau de Parents vigilants à travers toute la France. Les parents, qui étaient jusqu’ici souvent démunis et isolés, peuvent désormais se rassembler et disposent chez nous d’une équipe qui les écoute, les soutient, les informe, met en lumière leur situation et essaie de résoudre leurs problèmes ou d’empêcher le scandale qu’ils nous signalent.

Le nouveau numéro du magazine est disponible à la vente ce 1er mars 2023.

Avez-vous été surpris par le succès du dispositif ?

Surpris, oui ! Nous n’avions pas anticipé à quel point la réaction allait être massive ! Six mois après le début de la campagne, nous avons réuni plus de 40 000 Parents vigilants et recueilli des milliers de témoignages.

L’effondrement du niveau scolaire rend les élèves encore plus malléables face au Grand Endoctrinement

Ces témoignages sont-ils tous d’électeurs de Reconquête ?

Plus de la moitié ne vient pas de Reconquête, mais a été séduit par l’initiative. Aux États-Unis, l’exemple du gouverneur de Floride, Ron DeSantis montre à quel point le sujet scolaire rassemble : son combat contre l’idéologie woke à l’école a rendu ce Républicain extrêmement populaire jusque dans l’électorat démocrate afro-américain. Ce travail illustre la façon dont j’envisage l’action de Reconquête : celle d’un parti politique solide, mais pas seulement. Nous devons aussi peser sur le champ culturel dans la vie de tous les jours. La droite a trop longtemps abandonné ce terrain.

Qu’est-ce qui vous a le plus frappé dans ces témoignages ?

Toute une génération est prise en tenaille entre propagande woke et offensive islamique ! Nous retrouvons à l’école presque tous les maux de notre pays : effondrement de l’État, haine de soi, pertes des repères les plus évidents, violence, offensive islamique, collapsologie pseudo-écolo. Sincèrement, je pense qu’on ne mesure pas la propagande qui est déversée sur nos enfants et qui fait son chemin à travers les manuels scolaires, les enseignants ou encore les intervenants extérieurs. Il faut savoir que de nombreuses associations sont ainsi agréées par l’État pour intervenir devant des enfants et défendre les migrants (SOS Méditerranée) ou évoquer des « troubles de l’identité » et des « changements de genre », au moment où leur notion du réel est la plus fragile, et la relation à leur corps la plus compliquée. Ce n’est pas un hasard si 22 % des 18-30 ans s’estiment non binaires. J’ajoute autre chose : dans notre analyse, nous pointons aussi l’effondrement du niveau scolaire – attesté par tous les classements internationaux – qui rend les élèves encore plus malléables face au Grand Endoctrinement.

Pour vous, les premières responsabilités sont-elles celles des professeurs de plus en plus militants ou celles de l’institution ?

Les deux, mon général ! L’institution couvre bien trop souvent les professeurs militants et vit dans le « pas de vague »… J’en veux surtout aux responsables politiques qui nous ont conduits dans le mur, par idéologie ou par lâcheté. Quand le ministre de l’Éducation, Pap Ndiaye, se donne pour objectif de « réduire les inégalités » à l’école, il dit à quel point la situation va continuer d’empirer… Il s’agit en plus d’un dévoiement des mots : ces inégalités « sociales » ne sont plus considérées que sous le prisme du genre ou de la race. Or, pour moi, ce sont les apprentissages fondamentaux – lire, écrire, compter – qui permettent d’échapper à sa condition sociale, pas le discours victimaire de la gauche !

On découvre que même l’école privée catholique n’est pas à l’abri.

Exactement. Depuis des décennies, la lutte forcenée pour la prétendue mixité sociale a conduit beaucoup de parents à fuir le public. Rendez-vous compte : à Paris, 40 % des enfants sont dans le privé ! Mais le gouvernement risque d’empirer la situation, car la machine égalitariste entend désormais s’attaquer à l’enseignement privé en imposant, là aussi, des quotas de « diversité ». De la même façon que les millions de Français qui ont fui les banlieues, pour se réfugier dans le périurbain ou à la campagne, voient désormais Emmanuel Macron répartir les migrants jusque dans les villages, les parents qui ont fui l’école publique retrouvent le même égalitarisme destructeur dans le privé ! Nous avons de nombreux témoignages au sujet d’écoles catholiques où les enseignantes sont des femmes voilées, où la propagande fait rage et où le niveau chute… Des îlots préservés existent encore et le hors-contrat en fait sans doute partie, mais pour combien de temps ?

Au-delà de lancer l’alerte, pensez-vous que Parents vigilants peut permettre de changer le cours des choses ? Avez-vous déjà réussi à faire reculer l’institution ?

Bien sûr ! En novembre dernier, par exemple, à Valenciennes, nous avons fait annuler une sortie scolaire dans un camp d’immigrés clandestins en informant simplement sur cette sortie et en révélant le cursus de la professeur impliquée, présidente d’une association pro-migrants. En réaction, un député d’extrême gauche est allé jusqu’à demander la dissolution des Parents vigilants et de Reconquête ! Depuis des décennies, la gauche a pris l’habitude d’endoctriner sans la moindre opposition, alors forcément, quand on se met en travers de sa route, elle hurle. Il va falloir qu’ils s’y habituent !

Quel est l’avenir de Parents vigilants ? Comptez-vous les structurer de façon pérenne ?

Oui, et nous envisageons même de participer aux élections scolaires l’an prochain, notamment pour contrer la FCPE et sa dérive islamo-gauchiste. Avant cela, nous allons publier un recueil de témoignages, car ils valent le détour, et organiser un colloque sur la question scolaire au mois d’avril. Plus largement, nous continuons de structurer notre réseau à travers tout le pays. Aujourd’hui, chez Reconquête, une équipe composée de nos cadres, de parents d’élèves et de professeurs traite les témoignages, apporte des réponses, aide les parents qui témoignent. Des réunions entre Parents vigilants commencent même à voir le jour un peu partout en France. Que vos lecteurs n’hésitent pas à y contribuer et à nous rejoindre via le site www.protegeons-nos-enfants.fr.

Comment expliquez-vous qu’un sujet aussi fondamental que l’École ne soit pas en tête des préoccupations des électeurs, donc des politiques ?

Je crois que ce sujet est bel et bien dans les préoccupations quotidiennes des parents et des grands-parents. Et le succès des Parents vigilants le prouve. Mais ce sont les politiques – et ceux de droite en tête – qui ont abandonné le sujet, comme si l’école devait être reléguée au rang de simple question technique. Songez-y : la dernière grande mobilisation de droite sur la question scolaire, c’est la mobilisation pour l’école libre en… 1984 !

En lisant ces messages consternants, on se dit que c’est foutu et qu’il ne reste plus qu’à fermer la boutique France. Vous avez dix lignes pour nous redonner de l’espoir…

Vous connaissez l’Histoire : regardez à quel point la situation peut changer en une génération. En moins de dix ans, la génération de nos enfants est devenue écolo. Ce qui est possible dans un sens l’est aussi dans l’autre. Les exemples ne manquent pas. Il suffit de voir à quelle vitesse les pays asiatiques ont atteint des sommets d’excellence scolaire, en imitant bien souvent les méthodes dont nous nous sommes débarrassés et qui fonctionnent. Nous connaissons le mode d’emploi : nous l’avons inventé ! Réutilisons-le ! Le combat pour l’avenir de nos enfants ouvre la voie d’un succès politique, électoral mais surtout culturel et moral.

La France n'a pas dit son dernier mot

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Souveraineté nationale au Nicaragua

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Le président du Nicaragua Daniel Ortega et la vice-présidente Rosario Murillo, Managua, janvier 2022 © CHINE NOUVELLE/SIPA

Au Nicaragua, où la Justice est aux ordres de Daniel Ortega, 222 prisonniers ont été déchus de leur nationalité après une refonte du code de la nationalité par les députés…


En novembre 2015, trois jours après les attentats de Paris, François Hollande suggérait de déchoir de leur nationalité française les terroristes. Une proposition qui ne verra jamais le jour. Deux ans plus tard, l’ancien président confessait à la télé regretter ses mots.

222 prisonniers déchus de leur nationalité

Pays d’Amérique centrale officiellement communiste, le Nicaragua ne s’embarrasse pas l’esprit de tels remords. Revenu à la tête du pays il y a seize ans, Daniel Ortega a libéré, le jeudi 9 février, 222 prisonniers politiques. Dans la foulée, le Tribunal de Managua a ordonné leur déportation immédiate. De quoi sont accusés ces trouble-fête ? De « saper l’indépendance, la souveraineté et l’autodétermination du peuple en incitant à la violence, au terrorisme et à la déstabilisation économique », pointe le communiqué du tribunal. En d’autres termes, d’avoir publiquement émis des critiques à l’endroit de la main de fer de Daniel Ortega et de Rosario Murillo, son épouse et poétesse bien aimée – qu’il a nommée vice-présidente du pays il y a cinq ans.

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Parmi ces « mercenaires de l’impérialisme » (sic), se trouvent d’anciens compagnons de route du guide Ortega, un ancien candidat à la présidence, cinq prêtres et un évêque.

À leur libération, les 222 mercenaires se sont vu affréter un avion rien que pour eux, direction Washington. Puis l’Assemblée nationale a réformé l’article de la Constitution portant sur la nationalité. Immédiatement, les indésirables ont été privés de leur citoyenneté nicaraguayenne pour « trahison à la patrie ».

Dès le lendemain, par la voix de son Premier ministre Pedro Sánchez, l’Espagne a décidé d’offrir la nationalité espagnole aux apatrides. Notre gouvernement leur proposera-t-il l’asile ? Il a déjà fort à faire avec les 15 femmes et 32 enfants de djihadistes, rapatriés en janvier de Syrie. « La souveraineté du pays et la dignité de la patrie ne se négocient pas », a déclaré pour sa part Daniel Ortega. En voilà au moins un qui a les idées claires.

Grossophobie

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Maigret et Zazie pour la réforme des retraites

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Gérard Depardieu dans "Maigret" de Patrice Leconte (2022) © CINÉ-@ F COMME FILM et PASCAL CHANTIER – STÉPHANIE BRANCHU

Si la réalité dépasse parfois la fiction, c’est que la fiction précède souvent la réalité. La littérature prévoit l’avenir. Cette chronique le prouve.


Commentant la suppression des régimes spéciaux, Sylvain Maillard, député Renaissance, déclare sur LCP : « Pourquoi est-ce qu’on veut supprimer les régimes spéciaux ? Parce qu’ils coûtent 1,8 milliard d’euros aux Français tous les ans. » Cette suppression des régimes spéciaux va néanmoins faire un heureux.

Le commissaire Maigret et son épouse ont vécu assez mal l’obligation, pour le flic le plus célèbre de France, de lâcher son travail. Le commissaire est très clair sur la question dans La Patience de Maigret (1965) : « Le samedi soir, ils s’étaient rendus à Meung-sur-Loire, dans la petite maison qu’ils aménageaient pour le jour où Maigret serait forcé par les règlements à prendre sa retraite. Dans deux ans et quelques mois ! À cinquante-cinq ans ! Comme si un homme de cinquante-cinq ans, qui n’avait pour ainsi dire jamais été malade et qu’aucune infirmité n’amoindrissait, devenait du jour au lendemain incapable de diriger la Brigade criminelle. »

A lire aussi, du même auteur: Retraites: adresse aux vieux cons

On murmure qu’Élisabeth Borne pensait à l’homme à la pipe quand elle a déclaré : « Peut-être est-ce lié à mon âge qui avance, mais je suis de plus en plus convaincue que les seniors ont leur place dans l’entreprise. » D’aucuns objecteront que Maigret bénéficie de toute façon d’une autre forme de régime spécial, essentiellement à base de plats en sauce, obérant sérieusement son « espérance de vie en bonne santé »avant et après sa retraite.

De toute manière, parmi les salariés qui voudront partir plus tôt, certains acceptent déjà l’idée d’une retraite minorée et semblent ne pas en vouloir à Olivier Véran pour ses revirements sur la question du minima à 1 200 euros : « On n’a jamais dit que nous allions donner 1 200 euros à tout le monde. » Prenez l’exemple du colonel Cantwell dans Au-delà du fleuve et sous les arbres d’Hemingway. En poste à Venise, amoureux d’une très jeune comtesse, il pense sérieusement à un « arbitrage », comme on dit chez les macronistes, et il est prêt à subir la « décote » de sa retraite pour vivre ce dernier amour : « C’est ici que je devrais vivre. Je pourrais m’en tirer avec ma pension de retraite. Une chambre dans une maison comme celle-ci. J’irais manger dans les bons petits bistrots pas chers des Halles. »

Et puis, est-on si sûr, par ailleurs, que cette question préoccupe la jeunesse comme pourraient le faire croire certaines banderoles lycéennes ? Ce n’est, visiblement, pas le cas de la Zazie de Queneau. Sa vocation d’enseignante est ailleurs : « Retraite mon cul, dit Zazie, moi c’est pas pour la retraite que je veux être institutrice. C’est pour faire chier les mômes ! »

La Patience de Maigret

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Au-delà du fleuve et sous les arbres

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Zazie dans le métro

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Un Gandhi qui en cache un autre

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Tushar Gandhi (au centre) entouré de ses soutiens, Mumbai, novembre 2022 © Vijay Bate/Hindustan Times/Shutt/SIPA

Tushar Gandhi, le petit fils du célèbre indépendantiste hindou mort assassiné, critique le gouvernement indien actuel avec virulence.


Tushar Gandhi, 63 ans, a vécu toute sa vie dans le souvenir de son arrière-grand-père, le Mahatma Gandhi, assassiné en 1948 par Nathuram Vinayak Godse, un nationaliste hindou profondément anti-musulman.  

Relativement absent du débat politique, Tushar Gandhi est pourtant sorti de sa réserve lors d’un entretien à l’Indian Express. Il a pointé du doigt les dérives xénophobes du gouvernement du Premier ministre Narendra Modi, a accusé le Bharatiya Janata Party (BJP) d’être à l’origine des fortes tensions religieuses qui secouent l’ancien joyau de l’Empire britannique et de sacrifier le message de paix et de tolérance du Mahatma sur l’autel des haines. Selon lui, le BJP ne cesse de distiller « une idéologie de division dans le cœur des Indiens ». Tushar Gandhi est d’ailleurs persuadé que Narendra Modi « sait ce qu’il fait en attisant un feu qui consumera un jour l’Inde entière ».

À lire aussi, du même auteur: Le maire blanc, homosexuel et zoulouphone qui fait trembler la classe politique sud-africaine

Érigé en héros national, Nathuram Vinayak Godse est toujours vénéré comme tel par la frange la plus ultra du nationalisme hindou. Ses partisans n’ont pas hésité à lui dédier un temple en 2015 et réclament même, au travers d’une campagne, qu’il soit réhabilité par la justice. Une exigence que condamne le descendant de Gandhi qui entend défendre avec force l’héritage du Mahatma (dont il est le gardien passionné) et qui d’après lui repose sur « l’honnêteté, l’égalité, l’unité et l’inclusion ». Il ne cache cependant pas ses inquiétudes. Compte tenu de la faiblesse de ses challengers potentiels, tout semble confirmer que Modi sera reconduit à la tête de l’État lors des prochaines élections législatives prévues cette année. « Le poison est si profondément ancré dans la société, [les nationalistes] ont tellement de succès, que je ne vois pas mon combat triompher en Inde avant des années » déplore-t-il, résigné. « Mais je reste déterminé à le continuer » affirme-t-il, condamnant un BJP qui ne manque pourtant pas une occasion de se réclamer de son ancêtre, le Père de l’indépendance indienne…

James Bond sous les ciseaux des censeurs

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Sean Connery, "James Bond", "Les diamants sont éternels" (1971) © REX FEATURES/SIPA

Notre chroniqueur, grand spécialiste des romans de Ian Fleming depuis son enfance, s’insurge violemment contre la dernière initiative de l’éditeur anglais visant à réécrire tout ce qui, dans la saga de 007, offusque tel ou tel segment du wokisme…


« No doubt about it, James Bond is a racist. Although we’re told in Ian Fleming’s novel Diamonds Are Forever (1956) that “Bond had a natural affection for coloured people”, he speaks in fairly unpleasant terms about nearly every black person he meets. » Et de remplacer systématiquement le N-word (nigger, et même negro) par une périphrase du type « black person ».

C’est ce que nous a appris la semaine dernière le bien informé Telegraph. Les « sensitivity readers » — qui s’apparentent désormais à une censure préalable — imposent à Ian Fleming le même traitement qu’à Roald Dahl, auteur de livres pour enfants inconciliables avec l’eau tiède aujourd’hui dominante. Désormais on ne sera plus « gros » dans Charlie et la chocolaterie, les obèses ayant trouvé préjudice à une telle dénomination. « Le personnage d’Augustus Gloop, nous explique Le Soir, ne sera ainsi plus décrit comme « gros » mais « énorme ». Mais les énormes, les baleines sur pieds et autres gras du bide, qui sont légion désormais, ne vont-ils pas se plaindre à leur tour ?

Notons qu’Edwige Pasquier, directrice générale de Gallimard, a expliqué qu’elle ne changerait rien aux traductions de Roald Dahl proposé en France. Merci à elle.

Et les juifs ?

J’ai lu les aventures de James Bond quand j’avais dix ans — et je les ai relues régulièrement, d’abord dans l’édition Plon d’origine, puis en Bouquins. De temps en temps, je les lis encore en anglais — tous les textes sont disponibles sur Internet.

Et en 1966 — j’avais 13 ans — j’ai dévoré dans la revue Communications n°8 un remarquable article d’Umberto Eco, « James Bond, une combinatoire narrative » : le sémiologue italien futur auteur du Nom de la rose, y explique que « la condamnation raciste frappe particulièrement les Juifs, les Allemands, les Slaves et les Italiens, toujours considérés comme des métèques ». Pas particulièrement les Noirs, qui bénéficient même d’une promotion, par exemple dans ce dialogue[1] « tongue in cheek » extrait de Live and let die, comme on dit là-bas, entre M et son agent préféré :

« – I don’t think I’ve ever heard of a great negro criminal before, said Bond. Chinamen, of course, the men behind the opium trade. There’ve been some big-time Japs, mostly in pearls and drugs. Plenty of negroes mixed up in diamonds and gold in Africa, but always in a small way. They don’t seem to take to big business. Pretty law-abiding chaps I should have thought, except when they’ve drunk too much.

– Our man’s a bit of an exception, said M. He’s not pure negro. Born in Haiti. Good dose of French blood. Trained in Moscow, too, as you’ll see from the file. And the negro races are just beginning to throw up geniuses in all the professions — scientists, doctors, writers. It’s about time they turned out a great criminal. After all, there are 250,000,000 of them in the world. Nearly a third of the white population. They’ve got plenty of brains and ability and guts. And now Moscow’s taught one of them the technique. »

A lire aussi: Roald Dahl, nouvelle victime de la pudibonderie woke

Ah, cette touche de sang français qui relève le niveau… Perfide albion ! Mais enfin, le fait que « Mister Big » soit un agent du KGB l’emporte sur toutes les considérations raciales.

Au passage, les Juifs (dont la nouvelle censure anglaise ne parle pas) sont bien plus stigmatisés que les « negroes » chez Fleming. Les Etats-Unis, qui adorent donner des leçons de démocratie et d’antiracisme au monde, devraient s’insurger contre cette remarque (dans Goldfinger) d’un directeur d’hôtel de Floride qui précise à Bond : « You’d think he’d be a Jew from the name, but he doesn’t look it. We’re restricted at the Floridiana. Wouldn’t have got in if he had been. »

Vous avez bien lu. Dans un roman sorti en 1959, on stipulait calmement qu’un Juif identifié comme tel n’avait pas sa place dans un établissement de luxe américain. Pour les youpins, l’hôtel borgne !

Et les roux ?

Et je passe sur le fait que conformément au standard médiéval, Fleming décide presque systématiquement que les méchants seront roux : Le Chiffre dans Casino Royal, Goldfinger dans le roman éponyme, Drax dans Moonraker, et dans Diamonds are forever un certain Shady Tree, qui est de surcroît bossu : « Bond didn’t remember having seen a red-haired hunchback before. He could imagine that the combination would be useful for frightening the small fry who worked for the gang. »

Double discrimination. J’entends d’ici les bossus se plaindre. Sans doute n’ont-ils pas lu Notre-Dame de Paris, où Quasimodo est le summum du bossu. Ou le roman de Paul Féval, où le beau Lagardère se grime en bossu d’opérette… Ou…

Quant aux homosexuels, ce sont soit des tueurs psychopathes (Wint et Kidd dans Diamonds are forever), soit des lesbiennes qui ne demandent qu’à être remises sur le droit chemin de l’hétérosexualité par un Bond toujours fringant — Tiffany Case dans ce même roman, Tilly Masterton et Pussy Galore (quel nom ! À traduire par « super chatte ») dans Goldfinger.

A ne pas manquer: Causeur: Rééducation nationale «Stop au grand endoctrinement!»

Mais après tout, Gérard de Villiers aussi en a écrit de raides… Peut-être faudrait-il réécrire les aventures de SAS ? Ou passer à la moulinette woke aussi bien Montesquieu (« Si j’avais à soutenir le droit que nous avons eu de rendre les nègres esclaves », écrit-il dans l’Esprit des lois) que Voltaire : « En approchant de la ville, ils rencontrèrent un nègre étendu par terre », écrit innocemment le philosophe au chapitre XIX de Candide.
Ainsi s’exprimait le XVIIIe siècle. Ainsi pensait-on dans les années 1950-1960 en Angleterre — et dans la plupart des pays d’Europe. Un texte fournit toujours une vision de l’époque à laquelle il a été écrit. Mais les nouveaux curés qui veulent nous régenter ignorent ces considérations. Ils sont le Bien, et tout le reste est le Mal.

Savonarole a tenté un coup de ce genre à Florence à la fin du XVe siècle. Sa république théocratique a duré cinq ans, il a fait incendier sur son « bûcher des vanités » des quantités monstrueuses de livres et d’œuvres d’art — en particulier des tableaux sublimes, mais païens, de Botticelli. Puis les Florentins, revenant à la raison, l’ont arrêté, torturé, pendu puis brûlé. On en a fait autant aux Nazis qui avaient largement eux aussi pratiqué l’autodafé. Ainsi devraient finir tous les censeurs.
Mais non, nous vivons une époque moins sanglante, n’est-ce pas… Nous n’allons pas sortir notre vieux Walther PPK, le pistolet emblématique de Bond. Contentons-nous de gifler publiquement ces apôtres de la bêtise quand nous en rencontrerons un. Parce que la limite désormais a été dépassée.

Ian Fleming, James Bond 007 t. 1, Bouquins, Robert Laffont, 896 p.

Ian Fleming, James Bond 007 t. 2, Bouquins, Robert Laffont, 864 p.


[1] J’ai cité les extraits des romans en anglais, pour qu’il n’y ait aucune incertitude sur la traduction. Désolé pour ceux qui ne manient pas la langue de Shakespeare et de Ian Fleming.

Il faut sauver la buvette de l’Assemblée nationale

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Image d'illustration Unsplash

On apprend que la consommation d’alcool est en hausse à la buvette de l’Assemblée. Santé, messieurs les députés! Toutefois, des incidents liés à des excès de boisson, lors des débats sur la réforme des retraites, sont rapportés par la presse. Ils pourraient menacer cette institution tricolore…


La buvette de l’Assemblée nationale est au cœur d’un nouveau scandale ! Le Journal du Dimanche rapporte que la question de la suralcoolisation des députés a été évoquée lors de la réunion du bureau du Palais Bourbon, le 8 février. Le député Sébastien Chenu (RN), vice-président de l’Assemblée nationale et fidèle lieutenant de Marine Le Pen, aurait même proposé l’interdiction totale d’alcool après 21h30, heure à laquelle a été identifié un pic de consommation. Laconique, la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet (Renaissance), a souhaité que « chaque président de groupe concerné par ce type de comportement gère la situation si elle se présente ».

Le bateau ivre

Rapportées par nos confrères, certaines anecdotes sont croustillantes. « Dans la buvette et dans les jardins, c’était alcool à gogo jusqu’à 3 heures du matin » confie une élue marconiste au JDD. Certains collègues commenceraient à consommer des spiritueux dès 11 heures, pour passer au rhum à partir de 16 heures. D’autres rumeurs, rapportées par le Parisien, évoquent carrément un député Nupes aperçu en train de vomir dans une poubelle… Ces gauchistes ne savent vraiment jamais se tenir ! Affichant sa plus grande sollicitude, Aurore Bergé, présidente du groupe Renaissance, a confié à l’issue de la réunion du bureau de l’Assemblée que « c’est [son] job de faire attention aux écarts et d’être attentifs aux autres ». Autres qui ont la charge d’être attentifs à notre santé collective, alors qu’ils semblent avoir bien du mal à ménager la leur, a-t-on envie de lui répondre… De là à dire que la République est un bateau ivre…

En coulisses, les assistants parlementaires font du commérage alors que les différents groupes se renvoient la responsabilité des incidents évoqués dans la presse.

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Ce n’est pas la première fois que la buvette de l’Assemblée fait parler d’elle. En 2013, Philippe Le Ray, député UMP du Morbihan, avait perturbé l’intervention de la députée EELV de la Vienne, Véronique Massonneau, en imitant le caquetage d’une poule. Les médias avaient complaisamment relayé l’incident. Devant un tel dérapage « sexiste », les députés de gauche avaient fait part de leur indignation, que les collègues de l’élu breton attribuaient, comme pour l’absoudre, à l’alcool.

La vague Coca du macronisme

Nouveaux, changeants ou résurgents, ces comportements tranchent en tout cas avec ceux, plus sobres, de la précédente mandature.

En 2018, la questure de l’Assemblée nationale, chargée de gérer les 550 millions d’euros alloués au fonctionnement du Palais Bourbon (et dans lesquels on trouve notamment les frais de boisson), avait noté une baisse de près de 50% de la vente de bouteilles de vin et d’alcools forts au profit du Coca zéro et de la bière. On se souvient que le grand raz de marée dégagiste de 2017 avait amené à l’Assemblée nombre de novices en politique, souvent issus de la « société civile », c’est-à-dire des élus issus des cabinets de conseil ou du monde de l’entreprise, où les usages ne sont pas les mêmes. Dans l’ennuyeuse « startup nation », les cadres supérieurs réservent souvent l’alcool pour « l’after work » – parfois une simple pinte de bière en terrasse vers 19h, à 4 degrés pour les plus ambitieux.

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À l’inverse, alcool et vie publique sont depuis longtemps inséparables en France. Les vieux routiers de la politique devenaient souvent parlementaires après avoir longtemps cheminé comme élus locaux, maires ruraux, conseillers généraux, présidents de syndicats mixtes… Autant de responsabilités qui commandent de paraitre aux cocktails, diners, réceptions, inaugurations, apéritifs d’associations et évènements le plus souvent arrosés. Dans notre pays, l’alcool est synonyme de vie sociale et finalement de vie publique. Monsieur Duchemain, alias Louis de Funès dans le film « L’aile ou la cuisse » ajoute que « le vin c’est la terre, c’est aussi le soleil » ! Le vin est le plus beau fruit d’un terroir qu’est censé représenter un élu. Au goût pour l’alcool de nos élus d’antan, s’ajoute donc souvent une activité de lobbying en faveur des producteurs de la circonscription. Les plus vieux barmans de la buvette de l’Assemblée se souviennent d’ailleurs des sollicitations d’élus désireux de voir apparaître telle ou telle appellation sur la carte…

Tu m’en remets un petit ?

Heureuse nouvelle donc, nos députés recommencent à lever le coude. À quoi attribuer ce retour aux sources ? Dans une assemblée éclatée en quatre blocs antagonistes, avec une majorité désormais relative et des débats ponctués de coups de gueule, d’obstructions et de suspensions de séance, peut-être que certains élus ont du mal à tenir le choc. Pour supporter la pression, lors de séances qui durent tard la nuit, certains sont tentés de caresser le merlot. L’un d’entre eux, cité par le JDD, révèle les nouveaux usages: « il y a quand même un effet générationnel: plus de vin pour les anciens, plus de bière et de cocktails genre Spritz pour les jeunes, mais moins d’alcools forts genre whisky ». Les élus de la nouvelle génération suivent en cela les évolutions de consommation des Français, qui, depuis plusieurs décennies, délaissent le vin de table.

P. le maudit

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Pierre Palmade au Parc des Princes, le 13 mai 2012 © MYSTY/SIPA

L’édito de mars d’Elisabeth Lévy.


Au moment où j’écris ces lignes, cela fait plus de dix jours que la minute de la haine bat son plein sans discontinuer. Le samedi 10 février, au détour tragique d’une route de Seine-et-Marne, la France s’est trouvé un nouveau diable, un salaud intégral que tout le monde aime détester. Pierre Palmade est le Winston d’Orwell, l’ennemi du peuple et du genre humain, qui réconcilie la droite Valeurs actuelles et la gauche Libé, CNews et BFM, Gilbert Collard et Régis de Castelnau, Eddy de Preto et Booba.

Soyons clairs. Ce qu’a fait l’humoriste – prendre le volant défoncé – est irresponsable, irréparable, criminel. Un petit garçon est défiguré à vie, son père, entre la vie et la mort, et sa tante sans doute durablement traumatisée après la perte de son enfant à naître. De plus, ces dernières années, Palmade n’a pas été chiche en confidences intimes et pleurnicheries publiques sur son addiction et ses vaines tentatives pour s’en délivrer. Le public se sent donc autorisé à poursuivre ce dégoûtant déballage : on a appris, par exemple, que des sex-toys avaient été trouvés à son domicile – en quoi cela nous regarde-t-il, est-ce interdit ?

La folle mécanique qui se met en branle dès le lendemain de l’accident, l’hystérie collective qui, des studios aux bistrots, s’empare de toute la France échappe à toute rationalité. Il ne s’agit pas de s’interroger sur l’acte et sur sa sanction légitime, ni sur la meilleure façon de rendre justice à une famille endeuillée. Palmade est le coupable expiatoire, l’exutoire d’une haine mâtinée de bonne conscience d’autant plus féroce qu’elle se drape dans la défense de l’innocence assassinée.

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La France des Gilets jaunes s’étrangle, convaincue qu’il va bénéficier d’un traitement de faveur. Il devrait être en prison, gronde-t-elle par le truchement de ses porte-voix médiatiques, alors que le juge a décidé d’envoyer le mauvais sujet se faire soigner. Et voilà que, divine surprise, on apprend qu’une enquête préliminaire a été ouverte pour « détention d’images pédopornographiques ». Une enquête préliminaire, ça ne veut pas dire grand-chose. Et celle-ci fait suite aux allégations de témoins plutôt louches, dont l’un tente de monnayer son histoire auprès d’une chaîne info. Bref, à ce stade, il n’y a rien de plus que des rumeurs et ragots dont les médias se repaissent, après avoir rituellement précisé que rien n’est confirmé. Sur les plateaux, les spécialistes de la pédophilie succèdent aux experts en cocaïne. Les audiences battent des records. Quel spectacle plus réjouissant qu’une célébrité à terre ?

Il faut dire que cette terrible affaire repose sur un cocktail explosif, idéal pour nourrir tous les fantasmes : drogue, sexe, argent, show-biz. « Les élites sans foi ni loi qui font la leçon au petit peuple. » « Les puissants qui s’adonnent à des orgies en prenant des drogues[1]. » La vie facile, mère de tous les vices. Je ne sais plus qui déclare tranquillement que les artistes ont un devoir d’exemplarité, la bonne blague. On oublie opportunément que l’addiction à la drogue, comme l’alcoolisme, est une maladie. Les drogués sont des salauds. Enfin, les drogués riches.

Puritanisme et complotisme sont les deux mamelles de cette triste France. Palmade devient l’incarnation de ces élites sataniques, pédophiles et décadentes, dont la frange la plus cinglée des trumpistes, les adeptes de QAnon, croit dur comme fer qu’elles dirigent le monde. Chez Cyril Hanouna, Karl Zéro en remet une couche et déclare avec une assurance inébranlable que quand on commence par la drogue, on finit toujours par les enfants. Si Palmade n’est pas en garde à vue, précise-t-il, c’est parce qu’il sait trop de choses, que des puissants sont impliqués. Le haut fait d’armes de Karl Zéro est d’avoir accusé Dominique Baudis de pédophilie (déjà) et autres turpitudes. Cela devrait le disqualifier à jamais mais non, il pérore sur un prétendu scandale d’État sans produire l’ombre d’un fait à l’appui de cette thèse. Les airs entendus suffisent.

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René Girard est sans doute le meilleur guide pour comprendre cette éprouvante séquence. Palmade, c’est l’Autre absolu, le bouc émissaire chargé de tous nos péchés dont le sacrifice réconcilie la communauté. Sa culpabilité est l’aune de notre innocence, nous qui jamais n’avons conduit en ayant bu un verre de trop ni éprouvé le moindre désir inavouable. Il n’appartient plus à l’humanité. Et quiconque se risquerait à avouer un infime mouvement de compassion à son endroit en serait expulsé avec lui. Sous le règne de la vertu, il n’y a pour le pêcheur ni pardon, ni rédemption, ni compassion.

Depuis une semaine, L’Auvergnat de Brassens me trotte dans la tête. « Elle est à toi cette chanson / Toi, l’étranger qui sans façon / D’un air malheureux m’as souri / Lorsque les gendarmes m’ont pris / Toi qui n’as pas applaudi quand / Les croquantes et les croquants / Tous les gens bien intentionnés / Riaient de me voir amené. » Comme tout le monde, j’ai applaudi. Et j’en ai honte.


[1] Messages authentiques, envoyés à un ami qui refusait de hurler avec les loups.

Causeur: Rééducation nationale «Stop au grand endoctrinement!»

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© Causeur

Découvrez le sommaire de notre numéro de mars


Éducation nationale ? Plutôt rééducation nationale, tant l’enseignement y est devenu le vecteur d’une propagande insidieuse. En accompagnement de notre dossier, Éric Zemmour se confie à Elisabeth Lévy et Jonathan Siksou sur le combat culturel qu’il mène contre ce qu’il appelle le « Grand Endoctrinement », cette machine à décerveler et à formater qu’est devenue l’école de la République. Il ne se contente pas de dénoncer les dérives idéologiques en question mais apporte le moyen de les contrer. En à peine six mois, le réseau « Parents vigilants » a rassemblé plus de 40 000 personnes, et les témoignages de parents, professeurs et élèves affluent par milliers de tout le territoire[1]. Causeur présente un florilège de ces textes, souvent aussi hilarants qu’ils sont terrifiants. Selon le président de « Reconquête ! » : « Nous retrouvons à l’école presque tous les maux de notre pays: effondrement de l’État, haine de soi, pertes des repères les plus évidents, violence, offensive islamique, collapsologie pseudo-écolo ». Ou selon un des témoignages : « L’anglais est woke, le français féministe, l’économie marxiste, la géographie écologiste et l’histoire déconstructiviste ». Un ex-enseignant, Paul Rafin, nous raconte comment, pour ne pas subir le désastre de l’Éducation nationale, il a choisi de travailler dans les établissements privés sous contrat, mais y a trouvé les mêmes méthodes que dans l’instruction publique. Notre ministre de l’Éducation nationale est-il woke ? Jean-Baptiste Roques trouve que la question est à nuancer car Pap Ndiaye est en fait un virtuose du « en même temps », capable de défendre un jour l’universalisme républicain et le lendemain le racialisme américain. Si, comme le souligne Françoise Bonardel, les élèves sont plus que jamais « déconstruits » à l’école, les choses ne vont pas mieux à l’université ou dans les écoles supérieures. Selon Alexandre de Galzain, ces établissements sont aussi gangrénés par les idéologies progressistes que l’enseignement primaire et secondaire. Et les écoles de journalisme occupent une place de choix sur le podium de la pensée unique, voire totalitaire.

Le nouveau numéro de « Causeur » est en vente. En une de notre numéro 110, l’ancien candidat à la présidentielle Eric Zemmour s’attaque au sujet de l’Education nationale © Causeur

Quel spectacle plus réjouissant qu’une célébrité à terre ? Dans son édito du mois, Elisabeth Lévy analyse l’affaire Pierre Palmade : la transformation de l’humoriste en ennemi du peuple a réussi à réconcilier la droite Valeurs actuelles et la gauche Libé. Certes, ses actes sont irresponsables, irréparables et criminels, mais les médias ont fait de lui le parfait bouc émissaire. Chargé de tous nos péchés, son sacrifice réconcilie la communauté. En mettant en garde contre le déclin des vertus masculines chez les hommes, Vincent Cassel s’est-il montré misogyne ? Que nenni ! répond Jean-Michel Delacomptée qui, dans sa chronique, défend la nécessité du courage physique dans toute société qui entend survivre. Emmanuelle Ménard continue à nous raconter sa vie à l’Assemblée. Entre les simagrées de l’extrême gauche et de la majorité, elle a assisté au « lynchage » (métaphorique) d’Adrien Quatennens par ses collègues élus au moment où il a pris la parole. Commentaire : « Parfois, j’ai honte d’être député ». Olivier Dartigolles dénonce les efforts de la majorité pour réformer les retraites : « Plus ils expliquent leur projet injuste, et plus le pays le rejette ».

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Nous voyageons dans une terre aujourd’hui méconnaissable, rebaptisée le Belgistan, et notre cicérone est Céline Pina. La bombe démographique qui y couve, suite à des conventions migratoires signées avec le Maroc et la Turquie, pourrait faire de la Belgique le premier État musulman d’Europe. Se confiant à Gil Mihaely, Arno Klarsfeld soutient qu’il est impossible d’accueillir l’Ukraine au sein de l’UE tant qu’elle érigera en héros des génocidaires de l’époque nazie. Le général Vincent Desportes explique que, si après la chute de l’URSS, nous avons créé une armée de maintien de la paix, il faut maintenant reconstruire une armée capable de nous protéger sur notre sol, dans l’éventualité d’une guerre longue et de haute intensité. En conversation avec Gil Mihaely, Denis Sassou-Nguesso, le président de la République du Congo et le dernier chef d’État issu de la génération de la décolonisation, porte un regard lucide et apaisé sur le passé. Selon lui, « tout n’a pas été négatif dans la colonisation ». Jean-Luc Gréau et Philippe Murer tirent les leçons de ce qui est la pire performance commerciale de la France depuis l’après-guerre, avec un déficit de 164 milliards d’euros. Les remèdes pour sortir du déclin existent, mais l’UE nous les interdit.

Pour épater le bourgeois, surtout le petit bourgeois, peu sont mieux qualifiés à notre époque que la chanteuse et actrice, Afida Turner. Vulgaire pour les uns, iconique pour les autres, sa façon de jouer de son corps va à l’encontre des codes du nouveau féminisme. Yannis Ezziadi s’entretient avec ce phénomène de société. D’une femme scandaleuse à une autre… Jérôme Leroy salue la parution dans la collection Pléiade d’un nouveau volume des œuvres de Colette qui, selon lui, est grande parce qu’elle ne connaît ni le vice ni la vertu. Il était temps de redécouvrir le compositeur Ambroise Thomas. Figure emblématique de son époque, sa renommée s’est éteinte avec lui en 1896. Julien San Frax nous parle d’une nouvelle production très attendue de son opéra, Hamlet, à l’Opéra Bastille. Si vous avez souffert d’entendre parler partout ces derniers temps d’Annie Ernaux, Didier Desrimais vous propose un remède : la lecture de deux livres de Bruno Lafourcade, un écrivain indispensable pour nous aider à traverser notre époque.

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Aux amateurs de Proust, Patrick Mandon propose un recueil de pastiches. Quant aux amateurs de Giacometti, Pierre Lamalattie les met en garde contre le projet de la Fondation du sculpteur qui consiste à investir l’ancienne gare des Invalides. Une folie des grandeurs qui doit, pour attirer le public contemporain, faire la part belle au marchandising et s’ouvrir aux « modernités plurielles ». Que ce soit à Paris, Madrid ou Amsterdam, certaines expositions artistiques valent le déplacement ; Georgia Ray est partie en éclaireuse les visiter pour nous. Jean Chauvet accueille d’un œil bienveillant la sortie d’un film français consacré, non à la vie d’un couple en chambre de bonne, mais à la politique. Pendant qu’Emmanuel Tresmontant cherche son pain quotidien et trouve le meilleur, non à la campagne, mais en ville. Ivan Rioufol déplore la manière dont le pouvoir macronien cherche à compenser sa faiblesse en muselant ses critiques. Pour terminer, Marsault nous offre une belle leçon de politesse. Après tout, il vaut mieux être bien éduqué que subir la rééducation.


[1] Le mouvement est coordonné par Sarah Knafo et Damien Rieu – voir le site www.protegeons-nos-enfants.fr.

Armer l’Ukraine ou la laisser mourir

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Soldats ukrainiens, région de Bakhmout, 26 février 2023 © Evgeniy Maloletka/AP/SIPA

Si l’Ukraine a su remporter tant de victoires spectaculaires en une année de combats acharnés, c’est notamment en raison des armes qu’elle avait entre les mains. Volodymyr Zelensky parcourt sans relâche la planète pour en réclamer d’autres, parce qu’il sait que sans elles, une victoire ukrainienne est impossible.


L’Ukraine n’est pas tombée. Ni en trois jours. Ni en un an. Si elle n’est pas tombée, ce n’est pas seulement en raison de l’incroyable capacité de résistance du peuple ukrainien, qui se bat au front comme à l’arrière. Ce n’est pas seulement par cette abnégation qui conduit les guerriers ukrainiens à mourir en masse à Bakhmout, pourvu que leurs envahisseurs meurent davantage encore. Ce n’est pas seulement du fait de l’intelligence du commandement, qui a réussi un quasi sans faute en 12 mois de combat. Ce n’est pas seulement en raison de la spectaculaire médiocrité de l’armée russe, son commandement défectueux, sa planification incertaine, sa faible capacité au combat interarmes ou sa logistique des plus bancales.

Si l’Ukraine a su, à Kiev, à Tchernihiv, à Sumy, à Karkhiv, à Mikolaïv, à Kherson, remporter tant de victoires spectaculaires en une année de combats acharnés, c’est notamment en raison des armes qu’elle avait dans les mains.

Les Russes tirent quatre fois plus d’obus que les Ukrainiens

Si le président ukrainien parcourt le monde occidental, de Washington à Bruxelles, en réclamant sans relâche des armes, les plus nombreuses, les plus modernes, les plus performantes possible, c’est parce qu’il sait que c’est dans cette donnée essentielle que résidera la victoire ukrainienne.

Les soldats ukrainiens sont dotés des mêmes armes soviétiques que les Russes, de l’AK-47 Kalashnikov au char de combat T-72. Les arsenaux des pays de l’Union européenne anciennement membres du pacte de Varsovie sont en train d’être vidés au profit de l’Ukraine mais cela reste très insuffisant : l’Ukraine tire quatre fois moins d’obus de 155 mm que ce que la Russie envoie chaque jour sur les lignes ukrainiennes.

L’Ukraine a su développer ses systèmes d’armes propres, dont la performance a stupéfié la marine russe. C’est un missile antinavire Neptune, de conception soviétique mais d’amélioration purement ukrainienne, qui a entraîné par le fond la frégate Moskva, navire amiral de la flotte russe de la mer Noire. Depuis, les navires de surface de la flotte russe sont condamnés à se cacher dans les ports de Sébastopol et Novorossisk, en se contentant par moments de lancer des missiles de croisière à grande distance du littoral ukrainien. Les perspectives de débarquement russe sur le littoral ukrainien sont désormais exclues.

Mais c’est bien la fourniture à l’Ukraine par les Anglais et les Américains, entre 2014 et 2022, de systèmes d’armes lance-missiles, qui a permis la débâcle russe lors du premier mois de l’invasion. Si les carcasses de centaines de chars russes dont beaucoup de modèles récents se sont entassées devant les grandes villes ukrainiennes, c’est largement grâce aux missiles antichars Javelin américains et NLAW britanniques. Si les pointes blindées de l’armée russe, lancées à travers tout le nord-est de l’Ukraine ont dû reculer, c’est notamment parce que les camions de logistique censés les ravitailler se faisaient détruire en masse par les lance-missiles portables fournis par les Occidentaux. Si à compter de l’été, toute la planification logistique et de commandement russe a été bouleversée et repoussée chaque jour un peu plus vers l’arrière, c’est à la précision et au potentiel de destruction des lance-roquettes multiples HIMARS américains que les Ukrainiens doivent leur succès. Si les hélicoptères de combat et de transport de l’assaillant sont tombés comme des mouches lors de l’assaut initial sur l’aéroport d’Hostomel, c’est avant tout grâce aux Stinger américains. Si aujourd’hui le ciel d’Ukraine est vide d’avions russes au-delà des lignes de front, si les vagues de drones kamikazes et de missiles de croisière tombant sur les villes ukrainiennes sont de moins en moins efficaces, c’est grâce à la densité de la défense aérienne armée de ces lance-missiles (dont les Crotale français). L’arrivée prochaine des Patriot américains renforcera celle-ci de façon décisive.

Si demain le soutien s’arrête…

Lance-missiles, chars, avions, navires, radars, munitions en quantité, en ajoutant l’entraînement requis pour exploiter ces systèmes d’armes complexes qui surclassent de loin les meilleures armes russes : autant de conditions qui s’avèreront décisives pour une victoire de l’Ukraine.

Si en revanche le soutien occidental, américain, européen, français, devait s’interrompre, alors l’Ukraine tomberait. Malgré la bravoure, la vaillance, l’inventivité et la foi dans sa cause du peuple ukrainien, le rapport de force démographique et matériel permettrait alors à la Russie de l’emporter.

Nombre de voix en France et ailleurs, portées par la volonté de paix et la peur d’une escalade incontrôlable, demandent l’arrêt du soutien en armes à l’Ukraine, afin de privilégier l’organisation de négociations de paix. Ces pacifistes se leurrent. Il n’y aura pas de négociations de paix tant qu’une armée n’aura pas pris un avantage décisif sur l’autre.

L’Ukraine veut la libération de tout le territoire qui lui a été volé, du Donbass à la Crimée, en passant par les rives du Dniepr. La Russie elle, veut la conquête de l’Ukraine. « L’Ukraine n’a aucun droit à la souveraineté » affirmait le ministre russe des affaires étrangères Sergueï Lavrov au déclenchement du conflit. Si les colonnes de chars russes ont foncé de Tchernobyl à Kiev, aux premières heures de cette guerre, si les « référendums » de rattachement à la Russie ont été organisés dans les oblasts de Zaporijia et Kherson, ce n’est pas pour « libérer » le Donbass, mais pour asservir et annexer la totalité du territoire ukrainien, de Donetsk à Lviv, de Kiev à Odessa.

Si l’Ukraine cesse d’être armée, l’Ukraine tombera. Si l’Ukraine tombe, la Russie la prendra toute entière. Puis la Moldavie. Puis la Biélorussie. Puis le corridor de Suwalki reliant celle-ci à Kaliningrad finira par jouer le même rôle que le corridor de Dantzig en 1939.

In fine, au-delà de toutes les postures, des espoirs, des regrets et des rêves de paix, cette guerre absurde se résume pour nous, Européens à un choix simple: armer l’Ukraine ou la laisser mourir.