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Je vous salue Morrissey

Morrissey est sur la scène de la salle Pleyel pour deux concerts exceptionnels. L’occasion rare d’entendre la voix de velours de ce chanteur réac’n’roll.


The Queen is dead, la chanson éponyme de l’un des plus célèbres albums du groupe culte de Manchester, The Smiths, a résonné partout dans le monde à la mort d’Elizabeth II. Elle fera sans aucun doute vibrer la salle Pleyel les 8 et 9 mars prochain, car Morrissey, le chanteur du groupe (dont il s’est séparé en 1987), y donnera deux concerts exceptionnels. Les fans sont déjà en transe.

En Amérique du Sud, certains fans lui dédient des autels

Exceptionnel, le mot est faible, parce que les apparitions de Steve Patrick Morrissey sont rares et qu’elles sont donc l’objet d’un véritable culte. Cet artiste à la voix de baryton envoûtante se double d’une diva, d’un trublion qui prend un malin plaisir à dire ce qu’il pense, quitte à heurter la doxa médiatique. Ce showman d’exception qui, au début de sa carrière, montait sur scène avec des glaïeuls dans la poche de son jean pour les jeter dans le public, donne aujourd’hui dans la provoc’ politique. Ainsi, depuis une quinzaine d’années, il n’a de cesse de répéter que l’identité britannique est en péril, qu’il faut mettre fin à l’immigration massive – celle en provenance des pays musulmans en particulier ; et en 2019, invité d’un célèbre show télévisé américain, animé par Jimmy Fallon, il arbore un badge du parti anti-islam britannique : For Britain.

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La brigade de la pensée correcte ne tarde pas à réagir. Les affiches de son album California Son sont retirées de l’espace public et, geste fort symbolique, le patron de la boutique de disques la plus ancienne au monde, située à Cardiff au pays de Galles, déclare qu’il ne vendra plus jamais les disques du « Moz ». Une entreprise de « cancellation » en bonne et due forme… Le quotidien de gauche The Guardian va même jusqu’à harceler certains de ses musiciens en leur intimant l’ordre de cesser de jouer avec lui. De ce côté-ci de la Manche, Christian Fevret et Serge Kaganski, qui ont créé le magazine Les Inrockuptibles par admiration, que dis-je, par dévotion pour Morrissey, admettent que ses prises de position sont devenues « problématiques », mais n’appellent pas à son boycott.

Après avoir été, dans sa jeunesse, un croisement entre James Dean et Oscar Wilde, il est devenu le Elvis britannique. Les deux artistes ont en partage un charisme hors du commun, une façon de bouger unique, une voix extraordinaire. Moz a aussi inventé une façon de chanter : des mélopées entêtantes qui tournent en boucle et se font hypnotiques. En Amérique du Sud, certains fans lui dédient des autels ; le voilà déifié. Morrissey est une idole au sens strict du terme, un saint que l’on vénère. Rien de plus normal dans cet univers du rock’n’roll qui est le dernier avatar du christianisme, et plus précisément du catholicisme, avec son cortège de saints, de Vierges, de rituels sophistiqués et de communions des fidèles – le public – qui participent de la pompe de cette liturgie flamboyante.

Morrissey en concert à la salle Pleyel les 8 et 9 mars 2023 à 20 heures.

www.sallepleyel.com

Portrait de ville du 3ème type


Voilà ce qui s’appelle un « film d’auteur ». Comédien, scénariste, réalisateur, le tout jeune et bien doué Martin Jauvat s’est déjà fait connaître par deux courts métrages, Mozeb, et Les vacances à Chelles
Pour son premier « long », ce natif de la banlieue reste en terrain connu: ce qu’il est convenu d’appeler emphatiquement le Grand Paris – le titre vaut programme.  
Une paire de branques issus du 93, Leslie (Mahamadou Sangaré) et Renard (Martin Jauvat), meilleurs potes et glandeurs intégraux, se retrouvent à poireauter dans la petite gare de Saint-Rémy-les-Chevreuse, chargés d’un deal médiocre qui part en eau-de-boudin. Amorce, pour les deux lascars (le premier, noir à dreadlocks en survet à l’enseigne du « Grand Paris », le second, blanc-bec binoclard, brun aux mèches jaune canari) d’un périple en grande couronne, qui les conduira de l’arrêt La Hacquinière, à Bures-sur-Yvette, dans les Yvelines, jusqu’à Cergy-Pontoise et son fameux Axe majeur, en passant par les Lilas, Romainville et sa tour, et autres stations peu engageantes :  dérive d’un jour et d’une nuit, ponctuées de rencontres improbables, dans ce territoire dénaturé de l’Ile-de-France investi par le tentaculaire chantier périurbain du « Grand Paris Express », la future ligne de métro sensée connecter entre elles les périphéries sans cesse extensibles de la capitale. De la banlieue, il va sans dire que nos deux compères ont l’idiome classique en bouche à chaque réplique (« ma gueule », « frérot », « de ouf », « j’suis grave chaud », etc.). Sur ce registre, il faut reconnaître au film un vérisme croustillant. 

Martin Jauvat et Mahamadou Sangaré © Ecce Films / JHR Distribution

Fil conducteur de cette échappée belle, un mystérieux « artefact » en forme de galette hiéroglyphée, ramassé par hasard par nos deux débiles dans les eaux qui baignent la souche d’un viaduc de béton en construction, promis à recevoir les rames de ce fameux métro du XXIème siècle. Derrière l’aimable loufoquerie et la dérision souvent hilarante d’un road-movie dont les étapes nous feront croiser un  étudiant à Sciences Po sans le physique de l’emploi, une jeune fille pavillonnaire et rappeuse, un livreur « bac + 3 » de sandwich en camionnette, un archéologue amateur féru de complotisme et accessoirement contrôleur de la RATP, Grand Paris se signale surtout comme un « portrait de ville » gentiment acide. Panoramiques, longs travellings diurnes et nocturnes, nous peignent un univers de plots, de palissades, de grues, de tours, de friches urbaines, dans la désolation duquel la caméra désenchantée de Martin Jauvat se balade: à pinces, en train, en voiture, en moto… jusqu’au terme de cette odyssée morose et drolatique, lorsque prend consistance le rêve de fuir la cité pour un bain de mer. Mais aussi, dans un dénouement onirique, inventif et farceur, pour atteindre au nirvana extraterrestre, la galette magique offrant à Leslie et Renard une rencontre du 3ème type.  

Grand Paris. Film de Martin Jauvat. Avec Mahmadou Sangaré, Martin Jauvat, William Lebgjil, Sébastien Chassagne. France, couleur, 2022.  En salles le 29 mars 2023.

Le sacre du sacré

Le nouvel essai de Sonia Mabrouk appelle les Occidentaux à renouer avec le sacré, cet absolu qui nous échappe. C’est une nécessité dont dépend notre avenir.


Sonia Mabrouk, qui parle si bien des autres, parle encore mieux d’elle-même. En quelques pages, on lit avec émotion ses souvenirs de Djerba ou de Turquie. La mémoire de la talentueuse journaliste vient peut-être de l’autre côté de la Méditerranée, là où le muezzin remplace le son des cloches, mais on comprend vite que c’est le même langage. Peu importe qu’il s’agisse d’une synagogue, d’une mosquée ou d’une église, au fond, la solennité du sacré est universelle.

éd. L’Observatoire

Sonia Mabrouk l’ignore peut-être, mais il est une chose qu’elle dénonce avec fermeté, c’est le remplacement camusien, central dans la pensée du châtelain de Plieux. Le premier remplacement décrit par Mabrouk (le mot est utilisé), c’est celui du sacré par la science, la science qui s’empare du rationnel pour l’ériger en nouvelle religion. Sauf que, et la journaliste l’explique très bien, la science ne peut pas être une religion, en ce sens qu’elle cherche à anéantir le sacré. Faut-il s’opposer à la science ? En aucun cas, si la science accepte de coexister avec le sacré, avec l’inexplicable, avec l’irréductible irrationnel.

Le vide trouve également son importance chez Sonia Mabrouk : le vide, ce peut être la profondeur d’un livre, ce peut être l’immensité paisible et la fraîcheur d’une église de campagne ; il est si paradoxal et si beau qu’il nous comble entièrement.

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Ce n’est pas tant que « ce qui se paie n’a guère de valeur », c’est plutôt que ce qui ne s’achète pas est infiniment plus précieux. Ainsi, « en misant sur un matérialisme postmoderne, ils [les Européens] précipitent leurs peuples dans l’abîme ». Le confort matériel étant devenu l’horizon indépassable des sociétés consuméristes contemporaines, il nous est nécessaire de revenir au sacré pour le dépasser. Aussi, l’idée de « dépossession », particulièrement mise en valeur au cours de l’année 2022, fait-elle surface : « Ne devenons pas des dépossédés du sacré ».

Le sacré : boussole civilisationnelle

Décrivant « l’atonie » des chrétiens d’Occident, qui ont honte de leur foi, Sonia Mabrouk appelle à leur éveil. Le président turc Erdogan, lui, n’hésite pas à faire du sacré un moyen puissant d’unification de son peuple, dirigé vers une chrétienté européenne affaiblie, fatiguée, qui ne croit ni en Dieu ni en elle-même. « Aujourd’hui, la modernité et le nihilisme nous éloignent de plus en plus de l’animal métaphysique que nous étions. » Sans verticalité, sans hauteur de vue, matérialiste, l’Occidental n’est plus au centre du monde : il perd ce qui faisait sa valeur, cet universel qu’il n’est plus capable d’imposer.

Alors, il nous faut apprendre à renoncer pour reconquérir – ensemble et seul – le sacré. Renoncer au contrôle de tout, au raisonnable ou au rationnel partout. Renoncer, se laisser aller, et surtout, se poser des limites. L’élégance du renoncement, le retour au sacré : voilà bien ce qui a sauvé Sonia Mabrouk, et qui pourrait nous sauver. Car enfin, nous pourrons répondre à cette question qui nous tourmente tous : « De ce que nous avons aimé, que restera-t-il ? »

Sonia Mabrouk, Reconquérir le sacré, éd. L’Observatoire, 2023.

Reconquérir le sacré

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«Big guns», la violence à l’italienne made in 1973

Un film oublié et mal aimé de Duccio Tessari ressort en salle en version 4K avec Alain Delon en tueur seul contre tous.


L’Italie de la fin des années soixante et du début des années soixante-dix étouffe sous le poids du plomb. C’est la fin des bienfaits de la croissance économique d’après guerre. L’extrême-gauche et l’extrême-droite font régner un climat de terreur politique. Enlèvements et assassinats politiques pour l’extrême gauche, tuerie de masse comme à la Gare de Bologne pour l’extrême-droite. Au cinéma, c’est l’apogée du poliziottesco, sous genre du film noir italien. Big Guns – Les Grands fusils de Duccio Tessari, oublié et méprisé, est une sacrée redécouverte qui appartient à ce genre exacerbé exploitant les peurs collectives. Le film est coproduit par Alain Delon qui souhaite surfer sur son succès en Italie après Rocco et ses frères, Le Guépard (Luchino Visconti), ou Le Professeur (Valerio Zurlini). Il espère ainsi pouvoir investir de l’argent dans les combats de boxe, en particulier dans celui opposant Jean-Claude Bouttier à Carlos Monzon.

Un film mal reçu

Le film est très mal reçu en France lors de sa sortie. Les journalistes aimaient Delon, mais préféraient le voir dans des nanards bien français. Le film a beau subir les foudres de la critique, l’échec public est relatif, puisqu’il comptabilise 800 000 entrées tout de même. Le scénario signé par Roberto Gandus, Ugo Liberatore et Franco Verrucci fait de Tony Arzenta une sorte de double inversé de Jeff Costello, le tueur à gages froid, héros du film Le Samouraï de Jean-Pierre Melville: beauté ténébreuse, charme fou et charisme magnétique dès la première apparition à l’écran au milieu de sa famille dans une superbe scène où l’on fête l’anniversaire de son fils. À la tombée de la nuit, il sort accomplir un dernier contrat pour un consortium mafieux.

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Milan dans la brume

Tony, calme et déterminé, prend sa voiture et roule tranquillement dans les rues de Milan plongées dans la grisaille brumeuse de l’Italie du Nord, accompagné par la tristesse et la beauté mélancolique de la chanson d’Ornella Vanoni. Il exécute sa mission avec une maitrise glacée pour la dernière fois. Mais l’organisation mafieuse ne l’accepte pas et veut l’éliminer. Canevas classique. La tragédie se déclenche quand sa femme et son enfant sont tués par erreur.

Tony se retrouve seul contre tous. Courses poursuites en automobiles, scènes de fusillades abruptes, mafieux inhumains raviront les amateurs du genre. Mais le film est surtout porté par le talent d’Alain Delon, qui joue le rôle de cet homme rongé par la souffrance. À ses côtés, Richard Conte, Umberto Orsini et Roger Hanin jouent avec classe des chefs mafieux, des salauds présomptueux et ignobles. Portée par la musique de Gianni Ferrio et les couleurs automnales de la lumière, la mise en scène demeure clinique et les élégants mouvements de caméra de Duccio Tessari se révèlent efficaces, implacables. Big Guns est un film dense et tendu. À voir absolument!

Big Guns – Les Grands fusils – (1973) un film de Duccio Tessari

Italie – France – 1973 – V.O.S.T.F.  – 1h53
Sortie en salle le 15 février 2023

Hergé au pays de l’or noir

Il y a quarante ans, le 3 mars 1983, disparaissait Georges Rémi, dit Hergé. Notre chroniqueur, tintinolâtre au point d’avoir appris à lire dans le Journal de Tintin, où les albums paraissaient l’un après l’autre au rythme d’une planche par semaine — d’où les fameux « suspenses de bas de page » —, tenait à célébrer l’événement, en rappelant au passage quelques faits de guerre graphique bien peu glorieux, mais significatifs.


Avant-guerre (non, je n’y étais pas, quoi qu’insinuent les mauvaises langues !), Hergé avait commencé dans Le Petit Vingtième, journal belge très bien-pensant qui éditait ses planches depuis Tintin au pays des Soviets, les premières pages d’une aventure nouvelle du petit reporter belge, Tintin au Pays de l’or noir. La guerre vint, les planches furent reproduites par le très national hebdomadaire français et pétainiste Cœurs Vaillants. Mais le dessinateur abandonna le projet, et fit paraître plusieurs albums achevés, dont Le Crabe aux pinces d’or où apparaissait Haddock pour la première fois. 

L’Arabe est cruel, nous le savons

Il reprit le projet à partir de septembre 1948, et l’album définitif fut publié en 1950 par Castermann.

L’action se passe en Palestine sous mandat britannique. À la suite d’un quiproquo, Tintin, arrêté par les Anglais, est délivré par les terroristes juifs de l’Irgoun, qui l’ont confondu avec le leader attendu, un certain Salomon Golstein.

Comme dit De Funès dans Rabbi Jacob : « Salomon est juif ! Oh ! »

On ne lésinait pas sur les poncifs et le second degré en ces années-là. Ils ne connaissaient pas encore les « sensitivity readers » et autres merveilles contemporaines.

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Du coup, Tintin est capturé à son tour par des Arabes dissidents. Amené au camp du terrible Bab El Ehr, il assiste à un largage de tracts par un avion anglais. Et le puissant cheik s’écrie : « Chiens d’Anglais ! Ils jettent des tracts ! Va dire à nos hommes que celui qui lira un de ces papiers sera fusillé sur le champ. »

Nous le savons, l’Arabe est cruel.

En 1971, après la guerre des Six jours, l’éditeur anglais de Tintin exigea et obtint quelques modifications substantielles, qui remplissent les pages 14 à 17 de la nouvelle édition. Plus d’Anglais, plus de Palestine. Un pays arabe indéterminé, où un puissant cheik (dont nous apprendrons bientôt qu’il est le père de l’infâme Abdallah) est en proie à une lutte intestine contre un renégat — Bab El Ehr encore. Et quand un avion gouvernemental inonde le camp du rebelle avec ses tracts (roses, toujours), l’infâme s’écrie :

« Ils jettent des tracts, ces imbéciles !… Haha !… Et pas un de mes hommes ne sait lire !! »

Tintin et la cancel culture

Désireux de se dédouaner de dessins de Juifs dignes de Je suis partout et autres organes de la pensée occidentale évoluée, Hergé avait supprimé l’Irgoun et la Palestine. Mais quand vous êtes un vrai raciste, il vous faut quand même une cible : en vingt ans, de 1950 à 1971, les Bédouins avaient désappris à lire. Un phénomène rarissime dans l’évolution des sociétés modernes, mais qui n’est pas sans exemple : entre les années 1950-1960, où les collégiens se délectaient à dévorer les albums de Tintin, et les années 2020, où ils ne savent plus qui est Hergé, les petits Gaulois ont désappris à lire — en vrais Bédouins des déserts français et autres territoires perdus de la République.

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Chacune des éditions de Tintin au pays de l’or noir témoigne à sa manière de l’état de l’Histoire, des mœurs et des tolérances de chaque époque. L’essentiel, diront les héritiers d’Hergé qui sont très attentifs à grossir leur tas d’or, est que cela se vende encore aujourd’hui. 

Pour ceux qui voudraient connaître dans le détail ces mutations graphiques et idéologiques, le dossier complet est . Et pour ceux qui s’indigneraient que de pareilles horreurs subsistent dans des œuvres destinées à la jeunesse, qu’ils sachent qu’il y a déjà plus woke qu’eux : un certain Renaud Nattiez vient de faire paraître Faut-il brûler Tintin ?, aux éditions Sépia.

Renaud Nattiez, Faut-il brûler Tintin ?, aux éditions Sépia, 224 p.

Faut-il brûler Tintin ? (2022)

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Démographie: alerte rouge sur les naissances

Une tribune libre de Ludovine de La Rochère, présidente de La Manif Pour Tous.


Alors que les chiffres d’une baisse effarante de la natalité en 2022 ont été publiés, l’Assemblée nationale a débattu le 28 février sur ce sujet, mais sans conclure par un vote. Chaque parti y est allé de ses propositions: de la baisse des impôts aux conséquences de l’éco-anxiété, chacun a agité ses constats et ses idées. Même si les intentions sont bonnes, la politique se juge aux actes. Il est temps de réaliser l’ampleur des conséquences sociales ! La baisse significative de la fécondité a des répercussions directes sur nos vies, notre modèle social et la solidarité intergénérationnelle. La viabilité de celle-ci dépend de l’équilibre entre la génération qui débute sa vie, celle qui travaille et celle qui s’est retirée de la vie active. La baisse du nombre de mariages, la hausse du nombre des séparations et divorces, des familles monoparentales et des familles recomposées, créent des situations plus complexes et précaires. Par exemple, une famille sur quatre est une famille monoparentale et, d’après l’INSEE, en 2021, 40,5% des enfants vivant dans une famille monoparentale sont en situation de pauvreté. Cette précarité familiale se retrouve à la fin de la vie. Le vieillissement de la population et la diminution du nombre d’enfants créeront des situations difficiles pour les parents âgés, malades ou en fin de vie. Alors qu’il y avait encore, voici quelques années, plusieurs enfants pour s’occuper d’un parent, il n’y en aura bientôt plus qu’un, voire plus du tout. L’équilibre de la natalité a aussi des conséquences sur notre modèle de répartition. À l’heure de la réforme des retraites, les esprits s’agitent pour contrer la baisse du ratio cotisants/retraités.

Hollande et Macron, adversaires de la famille

Depuis sa création, il y a 10 ans cette année, La Manif Pour Tous dénonce la déconstruction radicale de la politique familiale. Or nous ne pouvons plus vivre sur le crédit de la génération de nos parents qui avait une forte natalité. Comme le dit l’adage : « la démographie, c’est le destin ». De quoi cette baisse de la fécondité est-elle le nom ? Elle est d’abord celui d’un choix politique de François Hollande qui a fait instituer, en 2015, des différences très importantes du montant des allocations familiales suivant les revenus des parents. L’accueil et l’éducation des enfants bénéficient pourtant à toute la société, quel que soit le niveau de vie des parents, et les familles qui s’agrandissent sont toutes impactées financièrement. Ce fut aussi la baisse continue du plafond du quotient familial et, peut-être plus impactant encore, les conditions nouvelles accolées au congé parental, en 2015 aussi: elles ont de facto réduit celui-ci d’une année entière (sur les trois années qu’il compte supposément) pour 96% des familles dont l’un des parents prend un congé parental. Une catastrophe. C’est depuis 2015, justement, que la natalité française a décroché. Mais le ministre François Braun prétendait encore récemment, en répondant à une question du député « Renaissance » Bertrand Sorre, qu’il n’est pas possible d’établir un lien de causalité direct entre le taux de fécondité et le montant d’une prestation familiale ou une réforme en particulier. Un prétexte et un mensonge qui perdurent depuis des années. En réalité, toute l’histoire de la politique familiale atteste du contraire. Jusque-là, Emmanuel Macron n’a rien fait pour y remédier. Au contraire, la réforme des retraites pénalise particulièrement les mères parce qu’elle reporte l’âge minimum de la retraite tout en ne tenant pas compte des trimestres pour enfants. Ainsi, même si elles ont acquis tous leurs trimestres avant 64 ans, les mères n’auront pas de retraite à taux plein si elles n’attendent pas l’âge fatidique. Une aberration ! Alors que le texte est discuté au Sénat, les parlementaires et plus particulièrement la droite, ont les moyens de défendre les mères de famille et ainsi de renouer avec une politique familiale. L’ont-ils âprement négocié en amont avec Elisabeth Borne ? Vont-ils se suffire d’une dérisoire surcote de 5% ou vont-ils réellement défendre les mères ?

Du jamais vu

La natalité reste l’un des angles morts les plus lourds de conséquences de la politique de l’hôte de l’Élysée. Cette baisse est aussi le fruit de la « déconstruction sociale » que notre société subit. L’idéologie woke, l’écologie millénariste, un individualisme revendiqué et sans doute une forme de dépression collective incitent les jeunes à renoncer à la famille. Des médias ne cessent de mettre en valeur des mères « qui regrettent d’avoir eu un enfant », des jeunes filles qui se font ligaturer les trompes, etc.

Le résultat est là, comme en atteste un sondage IFOP pour le magazine Elle de septembre 2022 : 30% des Françaises de 18 à 49 ans ne veulent pas d’enfants. Du jamais vu ! Dévaloriser la maternité et la paternité, délaisser la politique familiale, c’est affaiblir notre modèle social. La famille devrait être mise en valeur et encouragée car elle reste le lieu d’accueil et d’éducation des enfants, et le premier lieu de solidarité entre les générations. L’État-providence n’a ni la capacité, ni les moyens de remplacer la famille. Au-delà même des enjeux économiques, une natalité dynamique fortifie les familles comme lieu de solidarité. Nous en faisons tous l’expérience dans nos vies, comme l’ont montré les confinements. À l’inverse, l’effritement de la natalité impactera nos vies quotidiennement. L’actuelle réforme des retraites est symptomatique du mauvais traitement infligé aux familles. Pourtant, faire des enfants n’aura-t-il pas un impact beaucoup plus important pour la société que la prise en compte de quelques trimestres pour enfant acquis par les mères ? Pour parvenir au moins à l’équilibre, il est nécessaire de considérer la natalité (et donc la maternité) comme une urgence sociale, et d’orienter les décisions politiques en fonction de celle-ci… et, hic et nunc, de revoir la réforme des retraites.

Célébrités: Regardez, elles sont pires que nous

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L’affaire Palmade: un fait divers exemplaire


Il est des faits divers qui laissent durablement une trace vivace sur la société. Le cas du Petit Grégory, plus récemment le meurtre horrifique de la jeune Lola, ou encore le célèbre « pullover rouge », auront tous imprimé les inconscients des Français, allant jusqu’à marquer des générations entières au fer rouge de l’effroi collectif.

Le feuilleton Palmade, qui rythme le quotidien des chaînes d’information en continu depuis près d’un mois, n’a pas tout à fait la dramaturgie des affaires évoquées plus avant mais il fascine par la personnalité de son principal protagoniste ainsi que par ses multiples rebondissements.

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Humoriste célèbre de la France des années 1990, Pierre Palmade appartenait à cette catégorie de célébrités populaires parvenant à toucher peu ou prou l’ensemble des milieux. Avec ses amies Michèle Laroque et Muriel Robin, il fut l’auteur et l’interprète de nombreux spectacles comiques parlant de ces thèmes universels que sont le couple – homme / femme, c’est plutôt bon de le préciser – et l’amitié. Légèrement has been depuis quelques années, le natif de Bordeaux produisait et écrivait toutefois toujours des pièces à succès dans le genre du théâtre de boulevard.

Coming-out tardif

Longtemps, Pierre Palmade fut un homosexuel du placard. Le public savait confusément, mais l’artiste entretenait le doute, semblant ne pas tout à fait assumer son orientation sexuelle en raison peut-être d’une éducation bourgeoise. Il est d’ailleurs resté marié plus de six ans avec la chanteuse Véronique Sanson, amitié amoureuse qui troubla encore un peu les pistes avant qu’il ne finisse par admettre son homosexualité. Un « coming out » tardif qui trouva son aboutissement dans le spectacle J’ai jamais été aussi vieux donné en 2010 : « Boujenah, Elmaleh, Jamel ont bâti leurs spectacles sur leurs racines, leur identité, eh bien moi, mon identité, c’est mon homosexualité ».


Cette carrière d’artiste est maintenant du passé. La personnalité privée a pris le pas sur la vedette. En 2019, déjà, Pierre Palmade ne passait pas loin du billot, se défendant avec succès d’une fausse accusation de viol lancée par un clandestin d’à peine 19 ans avec qui il avait passé une nuit de « chemsex » dans le Marais. Le 10 février, l’acteur n’a pas eu cette chance, et encore moins ceux qui ont eu le malheur de croiser sa route. Drogué et hagard après trois jours d’orgies sans dormir, Pierre Palmade a percuté le véhicule qui arrivait en face du sien sur une route près de Cély-en-Bière, provoquant l’hospitalisation du conducteur qui ne pourra plus jamais retravailler, d’une femme enceinte dont l’enfant à naître est décédé après un accouchement dans l’urgence, et de graves blessures à un enfant de six ans.

Ennemi public numéro 1, on n’avait pas vu ça depuis Jérôme Kerviel

Depuis lors, Pierre Palmade est littéralement l’ennemi public numéro un, son visage d’oiseau déplumé s’affichant en permanence sur BFM TV, LCI, C-News, et l’ensemble des bulletins de nouvelles. Avocats, pipoles, psychologues, addictologues, représentants des homosexuels, amis célèbres de l’acteur, gendarmes ou hommes politiques viennent tour à tour commenter les moindres détails de l’enquête et les soubresauts d’une instruction judiciaire si suivie qu’elle pourrait servir de révision pour l’examen de procédure pénale des jeunes licenciés en droit.

Car, entre-temps, Pierre Palmade a aussi été cité dans une nouvelle enquête relative à de la détention d’images pédopornographiques, avec un « transsexuel chinois » venu compléter ce tableau Benetton d’amants et de gigolos qui servaient de récréation à l’immortel interprète du barde Assurencetourix. Il est notable de constater que de nombreuses célébrités du petit écran des années 1990 ont toutes, à leur manière, sombré. La descente aux enfers de Pierre Palmade est la plus choquante, mais des gens comme Francis Lalanne ou encore Jean-Marie Bigard, autrefois aimés du grand public, n’en finissent plus de se distinguer par leurs excès et leurs déclarations tapageuses.

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Faut-il pour autant faire le procès de la célébrité ? Soupçonner, comme certains s’empressent de le faire, la majorité des homosexuels de s’adonner au « chemsex » en compagnie de migrants clandestins payés en liquide ? Pis, de participer à des réseaux pédophiles sous la protection des puissants ? Ou, a contrario, dénoncer la « richophobie » qui serait la cause de la curée que subirait Pierre Palmade selon l’inénarrable Roselyne Bachelot ? L’homme a provoqué un accident mortel sous l’emprise d’un cocktail de drogues et d’alcool. Que l’opinion soit choquée et demande justice est parfaitement normal. Il n’y a là nulle « richophobie ».

Les complotistes se régalent

Il ne semble pas non plus spécifiquement protégé par l’institution judiciaire ou la police. Sa santé est surveillée. C’est mieux. Il y aura ainsi moins de chance qu’il ne décède au prochain AVC ou qu’il se suicide en cellule, afin qu’il puisse être jugé et que le fin mot des deux affaires dans lesquelles il est impliqué soit connu. Evidemment, une telle affaire ne pouvait qu’enflammer les imaginations. C’est du pain béni pour les « complotistes » et un terrain de jeu merveilleux pour leurs adversaires, de quoi nourrir des centaines d’heures de discussions en ligne et de talk-shows débiles. L’infotainment des sociétés connectées est pornographique. Le public se nourrit de ces drames, les décortique et se rassure : « Regardez, ils sont pires que nous ». 

Le procès Palmade ne doit pas devenir celui de la célébrité, mais le procès exemplaire des salauds qui tuent sur les routes sans aucune considération pour leur prochain. Ceux qui en ont été témoins ou qui l’ont vécu savent bien que la bêtise et la malhonnêteté ne connaissent pas de barrières de classes.


« Un lynchage »: le coup de gueule d’Elisabeth Lévy sur le traitement médiatique de l’affaire Palmade

Notre directrice de la rédaction consacre son éditorial de mars à l’affaire Palmade. Le numéro est disponible à la vente maintenant.

Les chacals

Qui n’est pas rentré une fois dans sa vie au volant de sa voiture en bordée noire d’une nuit blanche en faisant un écart à gauche? Où, protégé à ce moment précis par, un ange, le destin ou le Dieu des ivrognes, n’a pas eu face à sa calandre un précipice, un mur, un platane ou pour le pire, un ou des êtres vivants. Apparemment, à part moi personne. Alors la Justice, sensible à une opinion surchauffée, jette le cadavre vivant d’un malade du nom de Palmade au cachot. Mais les chiens ne rentrent pas à la niche pour autant. Quant aux palmipèdes courage fuyons.


L’opinion, définition. Masse anonyme élevée au lait de chèvre et à la Bible, peuplée de gentils p’tits Mickeys qui « sont sondés, ont voté, n’ont jamais fait de chèques en bois, passent en courant au Bois mais jamais pour ce que l’on croit, pour prendre l’air…” (Claude Moine) 

La presse, les réseaux sociaux, la Justice. Ces trois piliers de la société contemporaine se sont retrouvés sur un tronçon de ligne droite de Seine-et-Marne en plein hiver. Pour y installer le plus grand camp de naturisme d’Europe. Les Français veulent savoir, prière de laisser votre pudeur et votre raison au vestiaire.

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La presse fournit le matos. Du lourd. Avocats (et pas que de Droit routier), magistrats à la retraite partants pour une pige (surtout si c’est la télé), politiques mis à la retraite par les électeurs (tant qu’il reste la télé), psychiatres addictologues et autres médecins (accros à la lumière), drogués rechapés (devant les stups ça a du balancer), j’en passe et des pires. Tout ce beau monde a mis fin à la guerre en Ukraine, éteint la grogne sur la réforme des retraites et rempli les frigidaires vidés par l’inflation. Même LCI, co-belligérant dans le Donbass depuis un an, s’est soumis à l’inextinguible soif de Missel de la Route en envoyant ses généraux sucer des glaçons en maintenance. “Né viable et vivant” à 22h18 déclaré mort à 22h51. Comble du morbide une chaine balance le résultat de l’autopsie du fœtus avec cet encart de la gerbe. Comble de la putasserie une autre chaine réalise l’interview d’une famille qui a perdu un gamin percuté par un chauffard. Ils en veulent à Palmade d’avoir fait remonter des ténèbres leur cauchemar à la surface. Dernier verre d’huile de foie de morue pour la route, “ il est censé nous faire rire pas pleurer.” (sic) Portez-vous partie civile tant que vous y êtes!

Les réseaux sociaux le pathos. Que l’on soit d’accord. Ce papier n’est pas l’œuvre d’un fan. Je ne connais pas suffisamment son répertoire, je peux seulement écrire que “le scrabble” m’a amusé mais pour une sortie de route je préfère “l’auto-stoppeur” de Coluche. Sur les réseaux je serais bref, y étant étranger. Pas par mépris mais par non-attirance de misanthrope invétéré. Mais ne vivant pas non-plus dans un trou, les infos ont fait remonter à la surface les aboiements de haine d’une meute lancée à la vitesse du frelon asiatique dans la chasse aux pédés. Et quand l’enquête par médias interposés (c’est maintenant normal, admis et toléré) a évoqué les images pédopornographiques, la boucle était bouclée, son sort scellé, l’amalgame réalisé. Les mêmes réseaux retourneront leur veste quand il sera embastillé ou suicidé.

A lire ensuite, Elisabeth Lévy: P. le maudit

La Justice. On la savait parfois dépendante au pouvoir en matière politique, politico-financière, sex and co-politico-financière. On la découvre hyper sensible à l’exigence d’exemplarité réclamée par l’opinion. Selon tous les avocats spécialisés en Droit routier, confrontés à l’horreur des accidents de la route où le drame provoqué par Palmade se produit peu ou prou tous les jours, avec des conséquences parfois encore plus dégueu, rarement ou jamais leurs clients ne reçoivent du Parquet (de par son appel), une telle facture. À plus forte raison s’ils sont d’authentiques malades. On peut aussi s’interroger sur la passivité du Parquet quand Palmade, via des interviews et une autobiographie, se déclarait être un danger potentiel. Allant même jusqu’à bénir le ciel de n’avoir encore écrasé personne. Pourquoi ne s’est-il pas auto-saisi afin qu’il ne puisse plus conduire?

Tout va bien. Maintenant que nous sommes à l’abri des agissements du nocif on fait sauter le verrou, on ouvre, on sort. Avec ou sans Palmade nos poumons respirent encore de l’hydrogène sulfurée. On a mis des barreaux autour d’un malade, on peut s’endormir tranquille. Pas au volant j’espère.

L’Europe doit soutenir le processus en cours au Soudan, pour éviter une nouvelle crise migratoire dont elle sera aussi la victime


Le Soudan, comme nombre de pays arabes qui ont vécu les Printemps arabes, cherche depuis plusieurs années sa voie vers la démocratisation. Depuis 2021, pays tente d’avancer vers un accord de transition politique à terme entre pouvoir et militaire et société civile. Début décembre 2022, un premier accord encourageant était signé pour tenter de mettre fin à la crise profonde que traverse le pays depuis plusieurs années. Le pays est en équilibre précaire et si le président actuel est le général Abdel Fattah al-Buhran, Mohamed Hamdan Daglo (surnommé Emetti), vice-président du Conseil souverain de transition, a de fortes chances de lui succéder. 

On ne met pas en place un nouveau système et un nouveau régime infaillible après trois décennies d’Omar el Béchir. Crise économique, montée des tensions entre les différentes ethnies du pays doivent se résoudre au plus vite. Le risque d’un échec complet serait celui de l’effondrement d’un nouvel Etat en Afrique, une nouvelle guerre et le risque d’un afflux massif de réfugiés, comme l’Europe en avait connu au moment de la guerre en Afghanistan et en Syrie. L’Europe, qui a tout à craindre d’un échec de la transition doit être pragmatique. Elle doit aussi être derrière ce processus car la première chose à craindre pour elle ce serait l’explosion de migrants sur le vieux continent. 

Plusieurs pays d’Afrique, et c’est le cas du Soudan, mènent une politique de contrôle et de démantèlement de ces réseaux. Du point de vue international, l’immigration illégale représente un vrai danger pour les Africains comme pour les Européens. Parmi ces flots ininterrompus, des terroristes peuvent profiter des réseaux pour s’infiltrer. C’est aujourd’hui un instrument clair du terrorisme transnational. Mais aussi un circuit qui favorise le trafic de drogue et d’êtres humains. 

A lire aussi: Le Royaume Uni enfin sorti du «bourbier» du Brexit ?

Le Soudan est à la croisée des chemins d’Afrique et des routes de l’immigration illégale. Venus de partout du continent africain, ces migrants restent pour 10% au Soudan, mais 90% des flux ne sont que de passage. Le pays dispose de près de 6700 km de frontières ouvertes bordant 7 pays. Dans le pays, les Forces de Soutien Rapide, dirigées par Mohamed Hamdan Daglo, mènent un combat quotidien contre l’immigration illégale et le trafic d’humains depuis longtemps. C’est aussi au nom de la sécurité et afin de lutter contre le crime organisé que les Forces cherchent à démanteler les réseaux clandestins qui sévissent sur son territoire. 

Cela passe souvent par la mise en place d’opérations d’infiltration au sein des réseaux de trafiquants d’humains. De nombreux responsables ont déjà été arrêtés mais de nouveaux groupes se créent et de nouvelles vocations mafieuses émergent. Le désert rend la tâche compliquée. L’objectif du Soudan, tant qu’il le peut, est aussi de libérer ces migrants sans espoir de ces réseaux esclavagistes qui leur font payer cher un exil plus qu’hasardeux. 

Mais le pays est seul face à cela et ne reçoit aucune aide étrangère. La grande partie des actions de lutte contre cette immigration est menée par Mohamed Hamdan Daglo. Sans un soutien supplémentaire des Etats membres de l’Europe, qui ont tous le même intérêt à réduire drastiquement l’immigration illégale, le Soudan comme d’autres pays d’Afrique ne peuvent parvenir seuls à la tâche. Cela pour leur propre sécurité et afin d’éviter les drames auquel on assiste chaque jour en Méditerranée et ces centaines de migrants qui perdent la vie en mer. 

[1] Rapid Support Forces

Estrosi fait son cirque

« Pour Jumbo, avec Christian Estrosi, nous ne lâcherons rien » annonce le premier adjoint au maire de Nice. Les habitants susceptibles de se rendre à une représentation du cirque Zavatta sont passibles de poursuites, prévient-il. Les professionnels du cirque, quant à eux, dénoncent un « génocirque », et menacent à présent de bloquer la Promenade des Anglais le 7 mars.


« Dans un bief, il ne peut exister qu’un hippopotame mâle » écrivit Ahmadou Kourouma dans son roman En attendant le vote des bêtes sauvages. Christian Estrosi, l’édile de Nice, confronté cette semaine au cirque animalier Zavatta bien déterminé à planter son chapiteau pourtant jugé indésirable en terre niçoise, vient d’expérimenter cette vérité.

Face aux frères Zavatta, accompagnés de leur ménagerie (dont l’emblématique Jumbo, hippopotame mâle âgé de 38 ans), le maire de la cité azuréenne nous a gratifié, pour notre plus grand plaisir, d’un savoureux numéro de clown blanc. Si notre apprenti circassien, n’écoutant que son courage, n’a pas hésité à grimper sur des tabourets et à sauter dans tous les cerceaux en feu que lui présentaient les deux frères Zavatta, il s’est quand même, force est de le reconnaître, un peu cramé les moustaches. On vous raconte la… corrida.

Christian Estrosi, Hugo Clément: même combat

Lundi matin, à Nice, le cirque Zavatta (environ 20 camions et caravanes, 50 animaux sauvages) a investi, sans autorisation, un terrain communal boueux sis près de la zone commerciale Lingostière. Cette invasion visait, comme l’a expliqué John Zavatta, le directeur dudit cirque, à sensibiliser l’opinion quant à la mort annoncée d’une profession qui propose encore des spectacles avec des animaux sauvages, exhibitions activement combattues par les défenseurs de la condition animale. Aussi, John Zavatta, solide gaillard, auprès duquel Christian Estrosi fait figure d’ablette, ne redoutant rien, pas même des mots, n’a pas hésité, au cours de l’altercation, à évoquer le « génocirque » menaçant son métier.


La Métropole et la Ville, avisées de l’intrusion des circassiens, sont immédiatement montées au créneau. C’est d’abord Anthony Borré (premier adjoint au maire) qui a signifié sur Twitter un refus catégorique (partagé par Christian Estrosi) d’accueillir un cirque qui « exploite des animaux sauvages ». Concomitamment, le premier magistrat de la cité et président de la Métropole annonçait qu’une plainte allait être déposée contre le cirque.

Puis, vers 13h30, une escouade d’officiels (dont était le préfet des Alpes-Maritimes, Bernard Gonzalès), menée par le preux Christian Estrosi, s’est rendue sur place. Encravatés, vêtus de costumes légers et de mocassins en chevreau, nos valeureux guerriers, patouillant allègrement dans la gadoue, ont entamé les pourparlers avec un adversaire à l’aise en milieu hostile. On a alors assisté à une scène digne du film L’âge de glace. Estrosi et ses chevau-légers se sont, en effet, pris pour Carl et Frank, les deux rhinocéros du film.

T’es mal placé dans la chaîne alimentaire

Après s’être consultée : « Carl ? », « Tout doux Franck… », la troupe s’est lancée à l’assaut des frères Zavatta, bien décidée à les « emplafonner » à coup de tirades technocratiques.  « On vous enverra la facture de tout ce que vous avez couté à la collectivité. Nous allons aller, avec notre référé d’heure à heure, tranquillement devant la justice qui aura à trancher », a lancé l’édile. Antony Borré a renchéri : « Il y a des procédures à respecter. Vous êtes ici sur le patrimoine des Niçois ». Christian Estrosi est alors monté dans les tours, déclarant à ses interlocuteurs qu’ils étaient « une menace à l’ordre public. » John et Alexandre Zavatta, goguenards, ont recadré leurs adversaires d’opérette comme le fit Diégo, le Tigre à dents de sabre, toujours dans L’âge de glace pour Sid le paresseux qui plastronnait. On se rappelle la réplique culte du félin préhistorique : « T’es mal placé dans la chaîne alimentaire pour faire ta grande gueule. ».

« La menace (à l’ordre public), ce n’est pas nous, c’est ceux qui vendent de la drogue dans les quartiers » a rétorqué Alexandre Zavatta. Il a ensuite traité le maire de « dictateur » et « de raciste des gens du cirque », usant de la rhétorique convenue pour discriminer un opposant désarçonné de voir ses armes de destruction lourdes se retourner contre lui.Les belligérants campent sur leurs positions tandis que le cirque annonce son premier spectacle pour samedi.

A lire aussi, du même auteur: C’est l’élégance à la française qu’on assassine à l’Assemblée et c’est l’ironie qu’on muselle

Pour autant, l’affaire rocambolesque n’est pas réglée ! On a appris que la friche occupée par le cirque n’appartient ni à la Ville de Nice, ni à la Métropole, mais à l’Établissement public foncier, ce qui rend caduques les menaces de poursuite annoncées par la municipalité. Contacté, le camp estrosiste confirme mais précise que la Ville est toutefois gestionnaire du terrain.

Borré sort les griffes, Estrosi démasqué

De plus, mardi, sur le plateau de BFM TV, Anthony Borré dénonçait une supposée mutilation des félins du cirque. On leur aurait ôté leurs griffes. Côté Zavatta, une plainte a été illico déposée contre le premier adjoint. « Il raconte n’importe quoi, c’est plus possible. Tenez, je vais vous montrer si mes animaux sont mutilés » s’est agacé mercredi matin John Zavatta à l’occasion d’un échange avec Le Figaro. Et le circassien de tendre un balai dans la cage des fauves. Ceux-ci, tous rasoirs sortis, s’y sont agrippés fermement.

Pour John Zavatta, la posture de Christian Estrosi vis-à-vis des animaux frise l’imposture : « Le maire dit ne pas pouvoir cautionner une soi-disant maltraitance des animaux alors que lui-même est allé voir un spectacle de cirque avec animaux, à Monaco, début janvier. Et il a même dit que le numéro qu’il avait trouvé le plus beau, c’était celui avec les tigres. (…) C’est comme moi, si je vous disais de ne pas manger de viande et que je me préparais une côte de bœuf. » En effet, c’est ballot. Notre Tartuffe-Estrosi, qui excelle aussi dans le rôle de Dom Juan : « (…) l’hypocrisie est un vice à la mode (…), la profession d’hypocrite a de merveilleux avantages. C’est un art de qui l’imposture est toujours respectée ; et quoi qu’on la découvre, on n’ose rien dire contre elle », a été ici malheureusement démasqué.

Une bataille semble perdue, mais pas la guerre. Il s’agit maintenant, pour les estrosiens, de sauver Jumbo, afin de ne pas perdre la face. Aussi, Antony Borré vient de twitter : « Avec@cestrosi nous lançons une grande pétition pour que l’hippopotame Jumbo du cirque de la famille Muller (Zavatta) puisse enfin vivre dignement loin de cette bassine honteuse ! Aidez- nous à sauver Jumbo et ses compagnons sauvages, signez la pétition. » Ce tweet fait suite à un précédent : « Pour Jumbo, avec @cestrosi, nous ne lâcherons rien. » John Zavatta n’a pas été pris au dépourvu. Il a pu expliquer que la mascotte était bichonnée : « Il a une piscine de 50 000 litres d’eau et une autre de 23 000 litres dans le camion. Il faut savoir que la peau d’un hippopotame, au bout de quatre ou cinq heures commence à sécher. Or ici, on voit très bien que ça n’est pas le cas. (…) L’eau est d’ailleurs chauffée comme c’est prévu par la loi. »

Menace de blocage sur la Promenade des Anglais

Notre belliqueux circassien, un brin excédé, dit avoir été contacté par « tous les directeurs de cirques » et envisage maintenant de « descendre dans la rue », le 7 mars, sur la Promenade desAnglais avec « les animaux, les camions, les artistes et les manèges. » Il s’agit de représenter la profession menacée. En attendant, Antony Borré prévient les spectateurs tentés d’assister aux représentations du cirque réprouvé : ils seront « eux aussi passibles de poursuites en pénétrant sur un terrain privé. »

À ce stade, on redoute un dénouement tragique de l’affaire, si la France est à l’arrêt, à partir du 7 mars. Olivier Véran a, en effet, affirmé, cette semaine également, à l’issue du Conseil des ministres : « Mettre la France à l’arrêt, ce serait laisser filer une crise qu’on peut encore éviter. (…) Mettre le pays à l’arrêt, c’est prendre le risque d’une catastrophe écologique, agricole, sanitaire, voire humaine dans quelques mois. » D’ici à ce Nice soit coupée du monde comme le fut jadis Paris, assiégée par l’armée prussienne, à la fin de l’année 1870, le pire est à craindre. Il ne faudrait pas que la clique des élus niçois, affamée, s’avise de boulotter Jumbo. Nous gardons en mémoire la funeste destinée de Castor et Pollux, les deux très populaires éléphants d’Asie du Jardin des plantes. Les malheureux furent cuisinés lors du siège de la capitale française en ce sinistre hiver de 1870. Ils furent servis à ceux qui avaient les moyens de s’offrir ce met de choix, tandis que les pauvres se contentaient de surmulots.

En attendant le vote des bêtes sauvages

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Je vous salue Morrissey

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Morrissey ©Bridgeman

Morrissey est sur la scène de la salle Pleyel pour deux concerts exceptionnels. L’occasion rare d’entendre la voix de velours de ce chanteur réac’n’roll.


The Queen is dead, la chanson éponyme de l’un des plus célèbres albums du groupe culte de Manchester, The Smiths, a résonné partout dans le monde à la mort d’Elizabeth II. Elle fera sans aucun doute vibrer la salle Pleyel les 8 et 9 mars prochain, car Morrissey, le chanteur du groupe (dont il s’est séparé en 1987), y donnera deux concerts exceptionnels. Les fans sont déjà en transe.

En Amérique du Sud, certains fans lui dédient des autels

Exceptionnel, le mot est faible, parce que les apparitions de Steve Patrick Morrissey sont rares et qu’elles sont donc l’objet d’un véritable culte. Cet artiste à la voix de baryton envoûtante se double d’une diva, d’un trublion qui prend un malin plaisir à dire ce qu’il pense, quitte à heurter la doxa médiatique. Ce showman d’exception qui, au début de sa carrière, montait sur scène avec des glaïeuls dans la poche de son jean pour les jeter dans le public, donne aujourd’hui dans la provoc’ politique. Ainsi, depuis une quinzaine d’années, il n’a de cesse de répéter que l’identité britannique est en péril, qu’il faut mettre fin à l’immigration massive – celle en provenance des pays musulmans en particulier ; et en 2019, invité d’un célèbre show télévisé américain, animé par Jimmy Fallon, il arbore un badge du parti anti-islam britannique : For Britain.

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La brigade de la pensée correcte ne tarde pas à réagir. Les affiches de son album California Son sont retirées de l’espace public et, geste fort symbolique, le patron de la boutique de disques la plus ancienne au monde, située à Cardiff au pays de Galles, déclare qu’il ne vendra plus jamais les disques du « Moz ». Une entreprise de « cancellation » en bonne et due forme… Le quotidien de gauche The Guardian va même jusqu’à harceler certains de ses musiciens en leur intimant l’ordre de cesser de jouer avec lui. De ce côté-ci de la Manche, Christian Fevret et Serge Kaganski, qui ont créé le magazine Les Inrockuptibles par admiration, que dis-je, par dévotion pour Morrissey, admettent que ses prises de position sont devenues « problématiques », mais n’appellent pas à son boycott.

Après avoir été, dans sa jeunesse, un croisement entre James Dean et Oscar Wilde, il est devenu le Elvis britannique. Les deux artistes ont en partage un charisme hors du commun, une façon de bouger unique, une voix extraordinaire. Moz a aussi inventé une façon de chanter : des mélopées entêtantes qui tournent en boucle et se font hypnotiques. En Amérique du Sud, certains fans lui dédient des autels ; le voilà déifié. Morrissey est une idole au sens strict du terme, un saint que l’on vénère. Rien de plus normal dans cet univers du rock’n’roll qui est le dernier avatar du christianisme, et plus précisément du catholicisme, avec son cortège de saints, de Vierges, de rituels sophistiqués et de communions des fidèles – le public – qui participent de la pompe de cette liturgie flamboyante.

Morrissey en concert à la salle Pleyel les 8 et 9 mars 2023 à 20 heures.

www.sallepleyel.com

Portrait de ville du 3ème type

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© Ecce Films

Voilà ce qui s’appelle un « film d’auteur ». Comédien, scénariste, réalisateur, le tout jeune et bien doué Martin Jauvat s’est déjà fait connaître par deux courts métrages, Mozeb, et Les vacances à Chelles
Pour son premier « long », ce natif de la banlieue reste en terrain connu: ce qu’il est convenu d’appeler emphatiquement le Grand Paris – le titre vaut programme.  
Une paire de branques issus du 93, Leslie (Mahamadou Sangaré) et Renard (Martin Jauvat), meilleurs potes et glandeurs intégraux, se retrouvent à poireauter dans la petite gare de Saint-Rémy-les-Chevreuse, chargés d’un deal médiocre qui part en eau-de-boudin. Amorce, pour les deux lascars (le premier, noir à dreadlocks en survet à l’enseigne du « Grand Paris », le second, blanc-bec binoclard, brun aux mèches jaune canari) d’un périple en grande couronne, qui les conduira de l’arrêt La Hacquinière, à Bures-sur-Yvette, dans les Yvelines, jusqu’à Cergy-Pontoise et son fameux Axe majeur, en passant par les Lilas, Romainville et sa tour, et autres stations peu engageantes :  dérive d’un jour et d’une nuit, ponctuées de rencontres improbables, dans ce territoire dénaturé de l’Ile-de-France investi par le tentaculaire chantier périurbain du « Grand Paris Express », la future ligne de métro sensée connecter entre elles les périphéries sans cesse extensibles de la capitale. De la banlieue, il va sans dire que nos deux compères ont l’idiome classique en bouche à chaque réplique (« ma gueule », « frérot », « de ouf », « j’suis grave chaud », etc.). Sur ce registre, il faut reconnaître au film un vérisme croustillant. 

Martin Jauvat et Mahamadou Sangaré © Ecce Films / JHR Distribution

Fil conducteur de cette échappée belle, un mystérieux « artefact » en forme de galette hiéroglyphée, ramassé par hasard par nos deux débiles dans les eaux qui baignent la souche d’un viaduc de béton en construction, promis à recevoir les rames de ce fameux métro du XXIème siècle. Derrière l’aimable loufoquerie et la dérision souvent hilarante d’un road-movie dont les étapes nous feront croiser un  étudiant à Sciences Po sans le physique de l’emploi, une jeune fille pavillonnaire et rappeuse, un livreur « bac + 3 » de sandwich en camionnette, un archéologue amateur féru de complotisme et accessoirement contrôleur de la RATP, Grand Paris se signale surtout comme un « portrait de ville » gentiment acide. Panoramiques, longs travellings diurnes et nocturnes, nous peignent un univers de plots, de palissades, de grues, de tours, de friches urbaines, dans la désolation duquel la caméra désenchantée de Martin Jauvat se balade: à pinces, en train, en voiture, en moto… jusqu’au terme de cette odyssée morose et drolatique, lorsque prend consistance le rêve de fuir la cité pour un bain de mer. Mais aussi, dans un dénouement onirique, inventif et farceur, pour atteindre au nirvana extraterrestre, la galette magique offrant à Leslie et Renard une rencontre du 3ème type.  

Grand Paris. Film de Martin Jauvat. Avec Mahmadou Sangaré, Martin Jauvat, William Lebgjil, Sébastien Chassagne. France, couleur, 2022.  En salles le 29 mars 2023.

Le sacre du sacré

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La journaliste Sonia Mabrouk © D.R

Le nouvel essai de Sonia Mabrouk appelle les Occidentaux à renouer avec le sacré, cet absolu qui nous échappe. C’est une nécessité dont dépend notre avenir.


Sonia Mabrouk, qui parle si bien des autres, parle encore mieux d’elle-même. En quelques pages, on lit avec émotion ses souvenirs de Djerba ou de Turquie. La mémoire de la talentueuse journaliste vient peut-être de l’autre côté de la Méditerranée, là où le muezzin remplace le son des cloches, mais on comprend vite que c’est le même langage. Peu importe qu’il s’agisse d’une synagogue, d’une mosquée ou d’une église, au fond, la solennité du sacré est universelle.

éd. L’Observatoire

Sonia Mabrouk l’ignore peut-être, mais il est une chose qu’elle dénonce avec fermeté, c’est le remplacement camusien, central dans la pensée du châtelain de Plieux. Le premier remplacement décrit par Mabrouk (le mot est utilisé), c’est celui du sacré par la science, la science qui s’empare du rationnel pour l’ériger en nouvelle religion. Sauf que, et la journaliste l’explique très bien, la science ne peut pas être une religion, en ce sens qu’elle cherche à anéantir le sacré. Faut-il s’opposer à la science ? En aucun cas, si la science accepte de coexister avec le sacré, avec l’inexplicable, avec l’irréductible irrationnel.

Le vide trouve également son importance chez Sonia Mabrouk : le vide, ce peut être la profondeur d’un livre, ce peut être l’immensité paisible et la fraîcheur d’une église de campagne ; il est si paradoxal et si beau qu’il nous comble entièrement.

A lire aussi: Ernest Renan, inspirateur malgré lui du «vivre-ensemble»?

Ce n’est pas tant que « ce qui se paie n’a guère de valeur », c’est plutôt que ce qui ne s’achète pas est infiniment plus précieux. Ainsi, « en misant sur un matérialisme postmoderne, ils [les Européens] précipitent leurs peuples dans l’abîme ». Le confort matériel étant devenu l’horizon indépassable des sociétés consuméristes contemporaines, il nous est nécessaire de revenir au sacré pour le dépasser. Aussi, l’idée de « dépossession », particulièrement mise en valeur au cours de l’année 2022, fait-elle surface : « Ne devenons pas des dépossédés du sacré ».

Le sacré : boussole civilisationnelle

Décrivant « l’atonie » des chrétiens d’Occident, qui ont honte de leur foi, Sonia Mabrouk appelle à leur éveil. Le président turc Erdogan, lui, n’hésite pas à faire du sacré un moyen puissant d’unification de son peuple, dirigé vers une chrétienté européenne affaiblie, fatiguée, qui ne croit ni en Dieu ni en elle-même. « Aujourd’hui, la modernité et le nihilisme nous éloignent de plus en plus de l’animal métaphysique que nous étions. » Sans verticalité, sans hauteur de vue, matérialiste, l’Occidental n’est plus au centre du monde : il perd ce qui faisait sa valeur, cet universel qu’il n’est plus capable d’imposer.

Alors, il nous faut apprendre à renoncer pour reconquérir – ensemble et seul – le sacré. Renoncer au contrôle de tout, au raisonnable ou au rationnel partout. Renoncer, se laisser aller, et surtout, se poser des limites. L’élégance du renoncement, le retour au sacré : voilà bien ce qui a sauvé Sonia Mabrouk, et qui pourrait nous sauver. Car enfin, nous pourrons répondre à cette question qui nous tourmente tous : « De ce que nous avons aimé, que restera-t-il ? »

Sonia Mabrouk, Reconquérir le sacré, éd. L’Observatoire, 2023.

Reconquérir le sacré

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«Big guns», la violence à l’italienne made in 1973

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D.R.

Un film oublié et mal aimé de Duccio Tessari ressort en salle en version 4K avec Alain Delon en tueur seul contre tous.


L’Italie de la fin des années soixante et du début des années soixante-dix étouffe sous le poids du plomb. C’est la fin des bienfaits de la croissance économique d’après guerre. L’extrême-gauche et l’extrême-droite font régner un climat de terreur politique. Enlèvements et assassinats politiques pour l’extrême gauche, tuerie de masse comme à la Gare de Bologne pour l’extrême-droite. Au cinéma, c’est l’apogée du poliziottesco, sous genre du film noir italien. Big Guns – Les Grands fusils de Duccio Tessari, oublié et méprisé, est une sacrée redécouverte qui appartient à ce genre exacerbé exploitant les peurs collectives. Le film est coproduit par Alain Delon qui souhaite surfer sur son succès en Italie après Rocco et ses frères, Le Guépard (Luchino Visconti), ou Le Professeur (Valerio Zurlini). Il espère ainsi pouvoir investir de l’argent dans les combats de boxe, en particulier dans celui opposant Jean-Claude Bouttier à Carlos Monzon.

Un film mal reçu

Le film est très mal reçu en France lors de sa sortie. Les journalistes aimaient Delon, mais préféraient le voir dans des nanards bien français. Le film a beau subir les foudres de la critique, l’échec public est relatif, puisqu’il comptabilise 800 000 entrées tout de même. Le scénario signé par Roberto Gandus, Ugo Liberatore et Franco Verrucci fait de Tony Arzenta une sorte de double inversé de Jeff Costello, le tueur à gages froid, héros du film Le Samouraï de Jean-Pierre Melville: beauté ténébreuse, charme fou et charisme magnétique dès la première apparition à l’écran au milieu de sa famille dans une superbe scène où l’on fête l’anniversaire de son fils. À la tombée de la nuit, il sort accomplir un dernier contrat pour un consortium mafieux.

A lire aussi: Potion triste

Milan dans la brume

Tony, calme et déterminé, prend sa voiture et roule tranquillement dans les rues de Milan plongées dans la grisaille brumeuse de l’Italie du Nord, accompagné par la tristesse et la beauté mélancolique de la chanson d’Ornella Vanoni. Il exécute sa mission avec une maitrise glacée pour la dernière fois. Mais l’organisation mafieuse ne l’accepte pas et veut l’éliminer. Canevas classique. La tragédie se déclenche quand sa femme et son enfant sont tués par erreur.

Tony se retrouve seul contre tous. Courses poursuites en automobiles, scènes de fusillades abruptes, mafieux inhumains raviront les amateurs du genre. Mais le film est surtout porté par le talent d’Alain Delon, qui joue le rôle de cet homme rongé par la souffrance. À ses côtés, Richard Conte, Umberto Orsini et Roger Hanin jouent avec classe des chefs mafieux, des salauds présomptueux et ignobles. Portée par la musique de Gianni Ferrio et les couleurs automnales de la lumière, la mise en scène demeure clinique et les élégants mouvements de caméra de Duccio Tessari se révèlent efficaces, implacables. Big Guns est un film dense et tendu. À voir absolument!

Big Guns – Les Grands fusils – (1973) un film de Duccio Tessari

Italie – France – 1973 – V.O.S.T.F.  – 1h53
Sortie en salle le 15 février 2023

Hergé au pays de l’or noir

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Couverture de la bande dessinée Tintin au pays de l'Or noir, détail, aux éditions Casterman.

Il y a quarante ans, le 3 mars 1983, disparaissait Georges Rémi, dit Hergé. Notre chroniqueur, tintinolâtre au point d’avoir appris à lire dans le Journal de Tintin, où les albums paraissaient l’un après l’autre au rythme d’une planche par semaine — d’où les fameux « suspenses de bas de page » —, tenait à célébrer l’événement, en rappelant au passage quelques faits de guerre graphique bien peu glorieux, mais significatifs.


Avant-guerre (non, je n’y étais pas, quoi qu’insinuent les mauvaises langues !), Hergé avait commencé dans Le Petit Vingtième, journal belge très bien-pensant qui éditait ses planches depuis Tintin au pays des Soviets, les premières pages d’une aventure nouvelle du petit reporter belge, Tintin au Pays de l’or noir. La guerre vint, les planches furent reproduites par le très national hebdomadaire français et pétainiste Cœurs Vaillants. Mais le dessinateur abandonna le projet, et fit paraître plusieurs albums achevés, dont Le Crabe aux pinces d’or où apparaissait Haddock pour la première fois. 

L’Arabe est cruel, nous le savons

Il reprit le projet à partir de septembre 1948, et l’album définitif fut publié en 1950 par Castermann.

L’action se passe en Palestine sous mandat britannique. À la suite d’un quiproquo, Tintin, arrêté par les Anglais, est délivré par les terroristes juifs de l’Irgoun, qui l’ont confondu avec le leader attendu, un certain Salomon Golstein.

Comme dit De Funès dans Rabbi Jacob : « Salomon est juif ! Oh ! »

On ne lésinait pas sur les poncifs et le second degré en ces années-là. Ils ne connaissaient pas encore les « sensitivity readers » et autres merveilles contemporaines.

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Du coup, Tintin est capturé à son tour par des Arabes dissidents. Amené au camp du terrible Bab El Ehr, il assiste à un largage de tracts par un avion anglais. Et le puissant cheik s’écrie : « Chiens d’Anglais ! Ils jettent des tracts ! Va dire à nos hommes que celui qui lira un de ces papiers sera fusillé sur le champ. »

Nous le savons, l’Arabe est cruel.

En 1971, après la guerre des Six jours, l’éditeur anglais de Tintin exigea et obtint quelques modifications substantielles, qui remplissent les pages 14 à 17 de la nouvelle édition. Plus d’Anglais, plus de Palestine. Un pays arabe indéterminé, où un puissant cheik (dont nous apprendrons bientôt qu’il est le père de l’infâme Abdallah) est en proie à une lutte intestine contre un renégat — Bab El Ehr encore. Et quand un avion gouvernemental inonde le camp du rebelle avec ses tracts (roses, toujours), l’infâme s’écrie :

« Ils jettent des tracts, ces imbéciles !… Haha !… Et pas un de mes hommes ne sait lire !! »

Tintin et la cancel culture

Désireux de se dédouaner de dessins de Juifs dignes de Je suis partout et autres organes de la pensée occidentale évoluée, Hergé avait supprimé l’Irgoun et la Palestine. Mais quand vous êtes un vrai raciste, il vous faut quand même une cible : en vingt ans, de 1950 à 1971, les Bédouins avaient désappris à lire. Un phénomène rarissime dans l’évolution des sociétés modernes, mais qui n’est pas sans exemple : entre les années 1950-1960, où les collégiens se délectaient à dévorer les albums de Tintin, et les années 2020, où ils ne savent plus qui est Hergé, les petits Gaulois ont désappris à lire — en vrais Bédouins des déserts français et autres territoires perdus de la République.

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Chacune des éditions de Tintin au pays de l’or noir témoigne à sa manière de l’état de l’Histoire, des mœurs et des tolérances de chaque époque. L’essentiel, diront les héritiers d’Hergé qui sont très attentifs à grossir leur tas d’or, est que cela se vende encore aujourd’hui. 

Pour ceux qui voudraient connaître dans le détail ces mutations graphiques et idéologiques, le dossier complet est . Et pour ceux qui s’indigneraient que de pareilles horreurs subsistent dans des œuvres destinées à la jeunesse, qu’ils sachent qu’il y a déjà plus woke qu’eux : un certain Renaud Nattiez vient de faire paraître Faut-il brûler Tintin ?, aux éditions Sépia.

Renaud Nattiez, Faut-il brûler Tintin ?, aux éditions Sépia, 224 p.

Faut-il brûler Tintin ? (2022)

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Démographie: alerte rouge sur les naissances

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Unsplash

Une tribune libre de Ludovine de La Rochère, présidente de La Manif Pour Tous.


Alors que les chiffres d’une baisse effarante de la natalité en 2022 ont été publiés, l’Assemblée nationale a débattu le 28 février sur ce sujet, mais sans conclure par un vote. Chaque parti y est allé de ses propositions: de la baisse des impôts aux conséquences de l’éco-anxiété, chacun a agité ses constats et ses idées. Même si les intentions sont bonnes, la politique se juge aux actes. Il est temps de réaliser l’ampleur des conséquences sociales ! La baisse significative de la fécondité a des répercussions directes sur nos vies, notre modèle social et la solidarité intergénérationnelle. La viabilité de celle-ci dépend de l’équilibre entre la génération qui débute sa vie, celle qui travaille et celle qui s’est retirée de la vie active. La baisse du nombre de mariages, la hausse du nombre des séparations et divorces, des familles monoparentales et des familles recomposées, créent des situations plus complexes et précaires. Par exemple, une famille sur quatre est une famille monoparentale et, d’après l’INSEE, en 2021, 40,5% des enfants vivant dans une famille monoparentale sont en situation de pauvreté. Cette précarité familiale se retrouve à la fin de la vie. Le vieillissement de la population et la diminution du nombre d’enfants créeront des situations difficiles pour les parents âgés, malades ou en fin de vie. Alors qu’il y avait encore, voici quelques années, plusieurs enfants pour s’occuper d’un parent, il n’y en aura bientôt plus qu’un, voire plus du tout. L’équilibre de la natalité a aussi des conséquences sur notre modèle de répartition. À l’heure de la réforme des retraites, les esprits s’agitent pour contrer la baisse du ratio cotisants/retraités.

Hollande et Macron, adversaires de la famille

Depuis sa création, il y a 10 ans cette année, La Manif Pour Tous dénonce la déconstruction radicale de la politique familiale. Or nous ne pouvons plus vivre sur le crédit de la génération de nos parents qui avait une forte natalité. Comme le dit l’adage : « la démographie, c’est le destin ». De quoi cette baisse de la fécondité est-elle le nom ? Elle est d’abord celui d’un choix politique de François Hollande qui a fait instituer, en 2015, des différences très importantes du montant des allocations familiales suivant les revenus des parents. L’accueil et l’éducation des enfants bénéficient pourtant à toute la société, quel que soit le niveau de vie des parents, et les familles qui s’agrandissent sont toutes impactées financièrement. Ce fut aussi la baisse continue du plafond du quotient familial et, peut-être plus impactant encore, les conditions nouvelles accolées au congé parental, en 2015 aussi: elles ont de facto réduit celui-ci d’une année entière (sur les trois années qu’il compte supposément) pour 96% des familles dont l’un des parents prend un congé parental. Une catastrophe. C’est depuis 2015, justement, que la natalité française a décroché. Mais le ministre François Braun prétendait encore récemment, en répondant à une question du député « Renaissance » Bertrand Sorre, qu’il n’est pas possible d’établir un lien de causalité direct entre le taux de fécondité et le montant d’une prestation familiale ou une réforme en particulier. Un prétexte et un mensonge qui perdurent depuis des années. En réalité, toute l’histoire de la politique familiale atteste du contraire. Jusque-là, Emmanuel Macron n’a rien fait pour y remédier. Au contraire, la réforme des retraites pénalise particulièrement les mères parce qu’elle reporte l’âge minimum de la retraite tout en ne tenant pas compte des trimestres pour enfants. Ainsi, même si elles ont acquis tous leurs trimestres avant 64 ans, les mères n’auront pas de retraite à taux plein si elles n’attendent pas l’âge fatidique. Une aberration ! Alors que le texte est discuté au Sénat, les parlementaires et plus particulièrement la droite, ont les moyens de défendre les mères de famille et ainsi de renouer avec une politique familiale. L’ont-ils âprement négocié en amont avec Elisabeth Borne ? Vont-ils se suffire d’une dérisoire surcote de 5% ou vont-ils réellement défendre les mères ?

Du jamais vu

La natalité reste l’un des angles morts les plus lourds de conséquences de la politique de l’hôte de l’Élysée. Cette baisse est aussi le fruit de la « déconstruction sociale » que notre société subit. L’idéologie woke, l’écologie millénariste, un individualisme revendiqué et sans doute une forme de dépression collective incitent les jeunes à renoncer à la famille. Des médias ne cessent de mettre en valeur des mères « qui regrettent d’avoir eu un enfant », des jeunes filles qui se font ligaturer les trompes, etc.

Le résultat est là, comme en atteste un sondage IFOP pour le magazine Elle de septembre 2022 : 30% des Françaises de 18 à 49 ans ne veulent pas d’enfants. Du jamais vu ! Dévaloriser la maternité et la paternité, délaisser la politique familiale, c’est affaiblir notre modèle social. La famille devrait être mise en valeur et encouragée car elle reste le lieu d’accueil et d’éducation des enfants, et le premier lieu de solidarité entre les générations. L’État-providence n’a ni la capacité, ni les moyens de remplacer la famille. Au-delà même des enjeux économiques, une natalité dynamique fortifie les familles comme lieu de solidarité. Nous en faisons tous l’expérience dans nos vies, comme l’ont montré les confinements. À l’inverse, l’effritement de la natalité impactera nos vies quotidiennement. L’actuelle réforme des retraites est symptomatique du mauvais traitement infligé aux familles. Pourtant, faire des enfants n’aura-t-il pas un impact beaucoup plus important pour la société que la prise en compte de quelques trimestres pour enfant acquis par les mères ? Pour parvenir au moins à l’équilibre, il est nécessaire de considérer la natalité (et donc la maternité) comme une urgence sociale, et d’orienter les décisions politiques en fonction de celle-ci… et, hic et nunc, de revoir la réforme des retraites.

Célébrités: Regardez, elles sont pires que nous

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Pierre Palmade sur le plateau d'"On n'est pas couché", 2019. D.R.

L’affaire Palmade: un fait divers exemplaire


Il est des faits divers qui laissent durablement une trace vivace sur la société. Le cas du Petit Grégory, plus récemment le meurtre horrifique de la jeune Lola, ou encore le célèbre « pullover rouge », auront tous imprimé les inconscients des Français, allant jusqu’à marquer des générations entières au fer rouge de l’effroi collectif.

Le feuilleton Palmade, qui rythme le quotidien des chaînes d’information en continu depuis près d’un mois, n’a pas tout à fait la dramaturgie des affaires évoquées plus avant mais il fascine par la personnalité de son principal protagoniste ainsi que par ses multiples rebondissements.

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Humoriste célèbre de la France des années 1990, Pierre Palmade appartenait à cette catégorie de célébrités populaires parvenant à toucher peu ou prou l’ensemble des milieux. Avec ses amies Michèle Laroque et Muriel Robin, il fut l’auteur et l’interprète de nombreux spectacles comiques parlant de ces thèmes universels que sont le couple – homme / femme, c’est plutôt bon de le préciser – et l’amitié. Légèrement has been depuis quelques années, le natif de Bordeaux produisait et écrivait toutefois toujours des pièces à succès dans le genre du théâtre de boulevard.

Coming-out tardif

Longtemps, Pierre Palmade fut un homosexuel du placard. Le public savait confusément, mais l’artiste entretenait le doute, semblant ne pas tout à fait assumer son orientation sexuelle en raison peut-être d’une éducation bourgeoise. Il est d’ailleurs resté marié plus de six ans avec la chanteuse Véronique Sanson, amitié amoureuse qui troubla encore un peu les pistes avant qu’il ne finisse par admettre son homosexualité. Un « coming out » tardif qui trouva son aboutissement dans le spectacle J’ai jamais été aussi vieux donné en 2010 : « Boujenah, Elmaleh, Jamel ont bâti leurs spectacles sur leurs racines, leur identité, eh bien moi, mon identité, c’est mon homosexualité ».


Cette carrière d’artiste est maintenant du passé. La personnalité privée a pris le pas sur la vedette. En 2019, déjà, Pierre Palmade ne passait pas loin du billot, se défendant avec succès d’une fausse accusation de viol lancée par un clandestin d’à peine 19 ans avec qui il avait passé une nuit de « chemsex » dans le Marais. Le 10 février, l’acteur n’a pas eu cette chance, et encore moins ceux qui ont eu le malheur de croiser sa route. Drogué et hagard après trois jours d’orgies sans dormir, Pierre Palmade a percuté le véhicule qui arrivait en face du sien sur une route près de Cély-en-Bière, provoquant l’hospitalisation du conducteur qui ne pourra plus jamais retravailler, d’une femme enceinte dont l’enfant à naître est décédé après un accouchement dans l’urgence, et de graves blessures à un enfant de six ans.

Ennemi public numéro 1, on n’avait pas vu ça depuis Jérôme Kerviel

Depuis lors, Pierre Palmade est littéralement l’ennemi public numéro un, son visage d’oiseau déplumé s’affichant en permanence sur BFM TV, LCI, C-News, et l’ensemble des bulletins de nouvelles. Avocats, pipoles, psychologues, addictologues, représentants des homosexuels, amis célèbres de l’acteur, gendarmes ou hommes politiques viennent tour à tour commenter les moindres détails de l’enquête et les soubresauts d’une instruction judiciaire si suivie qu’elle pourrait servir de révision pour l’examen de procédure pénale des jeunes licenciés en droit.

Car, entre-temps, Pierre Palmade a aussi été cité dans une nouvelle enquête relative à de la détention d’images pédopornographiques, avec un « transsexuel chinois » venu compléter ce tableau Benetton d’amants et de gigolos qui servaient de récréation à l’immortel interprète du barde Assurencetourix. Il est notable de constater que de nombreuses célébrités du petit écran des années 1990 ont toutes, à leur manière, sombré. La descente aux enfers de Pierre Palmade est la plus choquante, mais des gens comme Francis Lalanne ou encore Jean-Marie Bigard, autrefois aimés du grand public, n’en finissent plus de se distinguer par leurs excès et leurs déclarations tapageuses.

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Faut-il pour autant faire le procès de la célébrité ? Soupçonner, comme certains s’empressent de le faire, la majorité des homosexuels de s’adonner au « chemsex » en compagnie de migrants clandestins payés en liquide ? Pis, de participer à des réseaux pédophiles sous la protection des puissants ? Ou, a contrario, dénoncer la « richophobie » qui serait la cause de la curée que subirait Pierre Palmade selon l’inénarrable Roselyne Bachelot ? L’homme a provoqué un accident mortel sous l’emprise d’un cocktail de drogues et d’alcool. Que l’opinion soit choquée et demande justice est parfaitement normal. Il n’y a là nulle « richophobie ».

Les complotistes se régalent

Il ne semble pas non plus spécifiquement protégé par l’institution judiciaire ou la police. Sa santé est surveillée. C’est mieux. Il y aura ainsi moins de chance qu’il ne décède au prochain AVC ou qu’il se suicide en cellule, afin qu’il puisse être jugé et que le fin mot des deux affaires dans lesquelles il est impliqué soit connu. Evidemment, une telle affaire ne pouvait qu’enflammer les imaginations. C’est du pain béni pour les « complotistes » et un terrain de jeu merveilleux pour leurs adversaires, de quoi nourrir des centaines d’heures de discussions en ligne et de talk-shows débiles. L’infotainment des sociétés connectées est pornographique. Le public se nourrit de ces drames, les décortique et se rassure : « Regardez, ils sont pires que nous ». 

Le procès Palmade ne doit pas devenir celui de la célébrité, mais le procès exemplaire des salauds qui tuent sur les routes sans aucune considération pour leur prochain. Ceux qui en ont été témoins ou qui l’ont vécu savent bien que la bêtise et la malhonnêteté ne connaissent pas de barrières de classes.


« Un lynchage »: le coup de gueule d’Elisabeth Lévy sur le traitement médiatique de l’affaire Palmade

Notre directrice de la rédaction consacre son éditorial de mars à l’affaire Palmade. Le numéro est disponible à la vente maintenant.

Les chacals

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Capture BFMTV

Qui n’est pas rentré une fois dans sa vie au volant de sa voiture en bordée noire d’une nuit blanche en faisant un écart à gauche? Où, protégé à ce moment précis par, un ange, le destin ou le Dieu des ivrognes, n’a pas eu face à sa calandre un précipice, un mur, un platane ou pour le pire, un ou des êtres vivants. Apparemment, à part moi personne. Alors la Justice, sensible à une opinion surchauffée, jette le cadavre vivant d’un malade du nom de Palmade au cachot. Mais les chiens ne rentrent pas à la niche pour autant. Quant aux palmipèdes courage fuyons.


L’opinion, définition. Masse anonyme élevée au lait de chèvre et à la Bible, peuplée de gentils p’tits Mickeys qui « sont sondés, ont voté, n’ont jamais fait de chèques en bois, passent en courant au Bois mais jamais pour ce que l’on croit, pour prendre l’air…” (Claude Moine) 

La presse, les réseaux sociaux, la Justice. Ces trois piliers de la société contemporaine se sont retrouvés sur un tronçon de ligne droite de Seine-et-Marne en plein hiver. Pour y installer le plus grand camp de naturisme d’Europe. Les Français veulent savoir, prière de laisser votre pudeur et votre raison au vestiaire.

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La presse fournit le matos. Du lourd. Avocats (et pas que de Droit routier), magistrats à la retraite partants pour une pige (surtout si c’est la télé), politiques mis à la retraite par les électeurs (tant qu’il reste la télé), psychiatres addictologues et autres médecins (accros à la lumière), drogués rechapés (devant les stups ça a du balancer), j’en passe et des pires. Tout ce beau monde a mis fin à la guerre en Ukraine, éteint la grogne sur la réforme des retraites et rempli les frigidaires vidés par l’inflation. Même LCI, co-belligérant dans le Donbass depuis un an, s’est soumis à l’inextinguible soif de Missel de la Route en envoyant ses généraux sucer des glaçons en maintenance. “Né viable et vivant” à 22h18 déclaré mort à 22h51. Comble du morbide une chaine balance le résultat de l’autopsie du fœtus avec cet encart de la gerbe. Comble de la putasserie une autre chaine réalise l’interview d’une famille qui a perdu un gamin percuté par un chauffard. Ils en veulent à Palmade d’avoir fait remonter des ténèbres leur cauchemar à la surface. Dernier verre d’huile de foie de morue pour la route, “ il est censé nous faire rire pas pleurer.” (sic) Portez-vous partie civile tant que vous y êtes!

Les réseaux sociaux le pathos. Que l’on soit d’accord. Ce papier n’est pas l’œuvre d’un fan. Je ne connais pas suffisamment son répertoire, je peux seulement écrire que “le scrabble” m’a amusé mais pour une sortie de route je préfère “l’auto-stoppeur” de Coluche. Sur les réseaux je serais bref, y étant étranger. Pas par mépris mais par non-attirance de misanthrope invétéré. Mais ne vivant pas non-plus dans un trou, les infos ont fait remonter à la surface les aboiements de haine d’une meute lancée à la vitesse du frelon asiatique dans la chasse aux pédés. Et quand l’enquête par médias interposés (c’est maintenant normal, admis et toléré) a évoqué les images pédopornographiques, la boucle était bouclée, son sort scellé, l’amalgame réalisé. Les mêmes réseaux retourneront leur veste quand il sera embastillé ou suicidé.

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La Justice. On la savait parfois dépendante au pouvoir en matière politique, politico-financière, sex and co-politico-financière. On la découvre hyper sensible à l’exigence d’exemplarité réclamée par l’opinion. Selon tous les avocats spécialisés en Droit routier, confrontés à l’horreur des accidents de la route où le drame provoqué par Palmade se produit peu ou prou tous les jours, avec des conséquences parfois encore plus dégueu, rarement ou jamais leurs clients ne reçoivent du Parquet (de par son appel), une telle facture. À plus forte raison s’ils sont d’authentiques malades. On peut aussi s’interroger sur la passivité du Parquet quand Palmade, via des interviews et une autobiographie, se déclarait être un danger potentiel. Allant même jusqu’à bénir le ciel de n’avoir encore écrasé personne. Pourquoi ne s’est-il pas auto-saisi afin qu’il ne puisse plus conduire?

Tout va bien. Maintenant que nous sommes à l’abri des agissements du nocif on fait sauter le verrou, on ouvre, on sort. Avec ou sans Palmade nos poumons respirent encore de l’hydrogène sulfurée. On a mis des barreaux autour d’un malade, on peut s’endormir tranquille. Pas au volant j’espère.

L’Europe doit soutenir le processus en cours au Soudan, pour éviter une nouvelle crise migratoire dont elle sera aussi la victime

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Le Soudan, comme nombre de pays arabes qui ont vécu les Printemps arabes, cherche depuis plusieurs années sa voie vers la démocratisation. Depuis 2021, pays tente d’avancer vers un accord de transition politique à terme entre pouvoir et militaire et société civile. Début décembre 2022, un premier accord encourageant était signé pour tenter de mettre fin à la crise profonde que traverse le pays depuis plusieurs années. Le pays est en équilibre précaire et si le président actuel est le général Abdel Fattah al-Buhran, Mohamed Hamdan Daglo (surnommé Emetti), vice-président du Conseil souverain de transition, a de fortes chances de lui succéder. 

On ne met pas en place un nouveau système et un nouveau régime infaillible après trois décennies d’Omar el Béchir. Crise économique, montée des tensions entre les différentes ethnies du pays doivent se résoudre au plus vite. Le risque d’un échec complet serait celui de l’effondrement d’un nouvel Etat en Afrique, une nouvelle guerre et le risque d’un afflux massif de réfugiés, comme l’Europe en avait connu au moment de la guerre en Afghanistan et en Syrie. L’Europe, qui a tout à craindre d’un échec de la transition doit être pragmatique. Elle doit aussi être derrière ce processus car la première chose à craindre pour elle ce serait l’explosion de migrants sur le vieux continent. 

Plusieurs pays d’Afrique, et c’est le cas du Soudan, mènent une politique de contrôle et de démantèlement de ces réseaux. Du point de vue international, l’immigration illégale représente un vrai danger pour les Africains comme pour les Européens. Parmi ces flots ininterrompus, des terroristes peuvent profiter des réseaux pour s’infiltrer. C’est aujourd’hui un instrument clair du terrorisme transnational. Mais aussi un circuit qui favorise le trafic de drogue et d’êtres humains. 

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Le Soudan est à la croisée des chemins d’Afrique et des routes de l’immigration illégale. Venus de partout du continent africain, ces migrants restent pour 10% au Soudan, mais 90% des flux ne sont que de passage. Le pays dispose de près de 6700 km de frontières ouvertes bordant 7 pays. Dans le pays, les Forces de Soutien Rapide, dirigées par Mohamed Hamdan Daglo, mènent un combat quotidien contre l’immigration illégale et le trafic d’humains depuis longtemps. C’est aussi au nom de la sécurité et afin de lutter contre le crime organisé que les Forces cherchent à démanteler les réseaux clandestins qui sévissent sur son territoire. 

Cela passe souvent par la mise en place d’opérations d’infiltration au sein des réseaux de trafiquants d’humains. De nombreux responsables ont déjà été arrêtés mais de nouveaux groupes se créent et de nouvelles vocations mafieuses émergent. Le désert rend la tâche compliquée. L’objectif du Soudan, tant qu’il le peut, est aussi de libérer ces migrants sans espoir de ces réseaux esclavagistes qui leur font payer cher un exil plus qu’hasardeux. 

Mais le pays est seul face à cela et ne reçoit aucune aide étrangère. La grande partie des actions de lutte contre cette immigration est menée par Mohamed Hamdan Daglo. Sans un soutien supplémentaire des Etats membres de l’Europe, qui ont tous le même intérêt à réduire drastiquement l’immigration illégale, le Soudan comme d’autres pays d’Afrique ne peuvent parvenir seuls à la tâche. Cela pour leur propre sécurité et afin d’éviter les drames auquel on assiste chaque jour en Méditerranée et ces centaines de migrants qui perdent la vie en mer. 

[1] Rapid Support Forces

Estrosi fait son cirque

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Echange houleux entre Christian Estrosi et John Zavatta, Nice, 27 février 2023 © SYSPEO/SIPA

« Pour Jumbo, avec Christian Estrosi, nous ne lâcherons rien » annonce le premier adjoint au maire de Nice. Les habitants susceptibles de se rendre à une représentation du cirque Zavatta sont passibles de poursuites, prévient-il. Les professionnels du cirque, quant à eux, dénoncent un « génocirque », et menacent à présent de bloquer la Promenade des Anglais le 7 mars.


« Dans un bief, il ne peut exister qu’un hippopotame mâle » écrivit Ahmadou Kourouma dans son roman En attendant le vote des bêtes sauvages. Christian Estrosi, l’édile de Nice, confronté cette semaine au cirque animalier Zavatta bien déterminé à planter son chapiteau pourtant jugé indésirable en terre niçoise, vient d’expérimenter cette vérité.

Face aux frères Zavatta, accompagnés de leur ménagerie (dont l’emblématique Jumbo, hippopotame mâle âgé de 38 ans), le maire de la cité azuréenne nous a gratifié, pour notre plus grand plaisir, d’un savoureux numéro de clown blanc. Si notre apprenti circassien, n’écoutant que son courage, n’a pas hésité à grimper sur des tabourets et à sauter dans tous les cerceaux en feu que lui présentaient les deux frères Zavatta, il s’est quand même, force est de le reconnaître, un peu cramé les moustaches. On vous raconte la… corrida.

Christian Estrosi, Hugo Clément: même combat

Lundi matin, à Nice, le cirque Zavatta (environ 20 camions et caravanes, 50 animaux sauvages) a investi, sans autorisation, un terrain communal boueux sis près de la zone commerciale Lingostière. Cette invasion visait, comme l’a expliqué John Zavatta, le directeur dudit cirque, à sensibiliser l’opinion quant à la mort annoncée d’une profession qui propose encore des spectacles avec des animaux sauvages, exhibitions activement combattues par les défenseurs de la condition animale. Aussi, John Zavatta, solide gaillard, auprès duquel Christian Estrosi fait figure d’ablette, ne redoutant rien, pas même des mots, n’a pas hésité, au cours de l’altercation, à évoquer le « génocirque » menaçant son métier.


La Métropole et la Ville, avisées de l’intrusion des circassiens, sont immédiatement montées au créneau. C’est d’abord Anthony Borré (premier adjoint au maire) qui a signifié sur Twitter un refus catégorique (partagé par Christian Estrosi) d’accueillir un cirque qui « exploite des animaux sauvages ». Concomitamment, le premier magistrat de la cité et président de la Métropole annonçait qu’une plainte allait être déposée contre le cirque.

Puis, vers 13h30, une escouade d’officiels (dont était le préfet des Alpes-Maritimes, Bernard Gonzalès), menée par le preux Christian Estrosi, s’est rendue sur place. Encravatés, vêtus de costumes légers et de mocassins en chevreau, nos valeureux guerriers, patouillant allègrement dans la gadoue, ont entamé les pourparlers avec un adversaire à l’aise en milieu hostile. On a alors assisté à une scène digne du film L’âge de glace. Estrosi et ses chevau-légers se sont, en effet, pris pour Carl et Frank, les deux rhinocéros du film.

T’es mal placé dans la chaîne alimentaire

Après s’être consultée : « Carl ? », « Tout doux Franck… », la troupe s’est lancée à l’assaut des frères Zavatta, bien décidée à les « emplafonner » à coup de tirades technocratiques.  « On vous enverra la facture de tout ce que vous avez couté à la collectivité. Nous allons aller, avec notre référé d’heure à heure, tranquillement devant la justice qui aura à trancher », a lancé l’édile. Antony Borré a renchéri : « Il y a des procédures à respecter. Vous êtes ici sur le patrimoine des Niçois ». Christian Estrosi est alors monté dans les tours, déclarant à ses interlocuteurs qu’ils étaient « une menace à l’ordre public. » John et Alexandre Zavatta, goguenards, ont recadré leurs adversaires d’opérette comme le fit Diégo, le Tigre à dents de sabre, toujours dans L’âge de glace pour Sid le paresseux qui plastronnait. On se rappelle la réplique culte du félin préhistorique : « T’es mal placé dans la chaîne alimentaire pour faire ta grande gueule. ».

« La menace (à l’ordre public), ce n’est pas nous, c’est ceux qui vendent de la drogue dans les quartiers » a rétorqué Alexandre Zavatta. Il a ensuite traité le maire de « dictateur » et « de raciste des gens du cirque », usant de la rhétorique convenue pour discriminer un opposant désarçonné de voir ses armes de destruction lourdes se retourner contre lui.Les belligérants campent sur leurs positions tandis que le cirque annonce son premier spectacle pour samedi.

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Pour autant, l’affaire rocambolesque n’est pas réglée ! On a appris que la friche occupée par le cirque n’appartient ni à la Ville de Nice, ni à la Métropole, mais à l’Établissement public foncier, ce qui rend caduques les menaces de poursuite annoncées par la municipalité. Contacté, le camp estrosiste confirme mais précise que la Ville est toutefois gestionnaire du terrain.

Borré sort les griffes, Estrosi démasqué

De plus, mardi, sur le plateau de BFM TV, Anthony Borré dénonçait une supposée mutilation des félins du cirque. On leur aurait ôté leurs griffes. Côté Zavatta, une plainte a été illico déposée contre le premier adjoint. « Il raconte n’importe quoi, c’est plus possible. Tenez, je vais vous montrer si mes animaux sont mutilés » s’est agacé mercredi matin John Zavatta à l’occasion d’un échange avec Le Figaro. Et le circassien de tendre un balai dans la cage des fauves. Ceux-ci, tous rasoirs sortis, s’y sont agrippés fermement.

Pour John Zavatta, la posture de Christian Estrosi vis-à-vis des animaux frise l’imposture : « Le maire dit ne pas pouvoir cautionner une soi-disant maltraitance des animaux alors que lui-même est allé voir un spectacle de cirque avec animaux, à Monaco, début janvier. Et il a même dit que le numéro qu’il avait trouvé le plus beau, c’était celui avec les tigres. (…) C’est comme moi, si je vous disais de ne pas manger de viande et que je me préparais une côte de bœuf. » En effet, c’est ballot. Notre Tartuffe-Estrosi, qui excelle aussi dans le rôle de Dom Juan : « (…) l’hypocrisie est un vice à la mode (…), la profession d’hypocrite a de merveilleux avantages. C’est un art de qui l’imposture est toujours respectée ; et quoi qu’on la découvre, on n’ose rien dire contre elle », a été ici malheureusement démasqué.

Une bataille semble perdue, mais pas la guerre. Il s’agit maintenant, pour les estrosiens, de sauver Jumbo, afin de ne pas perdre la face. Aussi, Antony Borré vient de twitter : « Avec@cestrosi nous lançons une grande pétition pour que l’hippopotame Jumbo du cirque de la famille Muller (Zavatta) puisse enfin vivre dignement loin de cette bassine honteuse ! Aidez- nous à sauver Jumbo et ses compagnons sauvages, signez la pétition. » Ce tweet fait suite à un précédent : « Pour Jumbo, avec @cestrosi, nous ne lâcherons rien. » John Zavatta n’a pas été pris au dépourvu. Il a pu expliquer que la mascotte était bichonnée : « Il a une piscine de 50 000 litres d’eau et une autre de 23 000 litres dans le camion. Il faut savoir que la peau d’un hippopotame, au bout de quatre ou cinq heures commence à sécher. Or ici, on voit très bien que ça n’est pas le cas. (…) L’eau est d’ailleurs chauffée comme c’est prévu par la loi. »

Menace de blocage sur la Promenade des Anglais

Notre belliqueux circassien, un brin excédé, dit avoir été contacté par « tous les directeurs de cirques » et envisage maintenant de « descendre dans la rue », le 7 mars, sur la Promenade desAnglais avec « les animaux, les camions, les artistes et les manèges. » Il s’agit de représenter la profession menacée. En attendant, Antony Borré prévient les spectateurs tentés d’assister aux représentations du cirque réprouvé : ils seront « eux aussi passibles de poursuites en pénétrant sur un terrain privé. »

À ce stade, on redoute un dénouement tragique de l’affaire, si la France est à l’arrêt, à partir du 7 mars. Olivier Véran a, en effet, affirmé, cette semaine également, à l’issue du Conseil des ministres : « Mettre la France à l’arrêt, ce serait laisser filer une crise qu’on peut encore éviter. (…) Mettre le pays à l’arrêt, c’est prendre le risque d’une catastrophe écologique, agricole, sanitaire, voire humaine dans quelques mois. » D’ici à ce Nice soit coupée du monde comme le fut jadis Paris, assiégée par l’armée prussienne, à la fin de l’année 1870, le pire est à craindre. Il ne faudrait pas que la clique des élus niçois, affamée, s’avise de boulotter Jumbo. Nous gardons en mémoire la funeste destinée de Castor et Pollux, les deux très populaires éléphants d’Asie du Jardin des plantes. Les malheureux furent cuisinés lors du siège de la capitale française en ce sinistre hiver de 1870. Ils furent servis à ceux qui avaient les moyens de s’offrir ce met de choix, tandis que les pauvres se contentaient de surmulots.

En attendant le vote des bêtes sauvages

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