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Aksinia Mihaylova: comment être utile au paysage

Le poème du dimanche


Aksinia Mihaylova traduit elle-même, en partie, ses poèmes du bulgare. Elle est née en 1963 et j’ai l’impression depuis une semaine d’avoir retrouvé une cousine, à peine plus âgée, qui me fait comprendre plein de choses sur le temps, l’amour et « comment être utile au paysage » comme elle l’écrit dans l’un de ses poèmes. À la lecture de son recueil Ciel à perdre, on se dit qu’elle a passé haut la main son examen de bilinguisme, comme Kundera qui sut passer du tchèque au français et Nabokov du russe à l’anglais.

Francophone et francophile, elle ne fait son premier voyage en France qu’en 2010 mais vit la plupart du temps à Sofia où elle enseigne le français et la philologie. Elle attend la trentaine pour publier son premier recueil, ce qui n’est pas étonnant puisqu’elle s’est fixée une règle d’or : « Pas plus de dix poèmes par an ». Cela ne l’empêche pas, et peut-être même ceci explique cela, d’être traduite dans une vingtaine de langues.

Elle est incontestablement une lyrique pudique et précise qui sait chanter ses amours et le temps qui passe avec les mots de tous les jours.

Ciel à perdre suivi de Le Jardin des hommes

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Un foulard long de dix-sept ans

Nous hivernons depuis longtemps
dans des sud séparés
et nos rêves sont différents
mais nous les oublions le matin
c’est pourquoi nous volons encore ensemble.

Il est impossible de te raconter:
le jour de mars dans cette ville
est un foulard rouge;
je lie le bout du matin
à l’embouchure de la rivière
et le vent le gonfle,
le promène dans les rues du quartier
et des pots de géraniums
poussent sur les balcons.

Je porte de la glaise et des brins de paille
dans mon bec
pour faire un nouveau nid.
Et je vole haut au-dessus des pavés,
et je vole bas au-dessus des toits
et je ne trouve pas l’endroit.

(Ciel à perdre, Poésie/Gallimard)

Frédéric Vitoux: toujours un coin qui me rappelle

Frédéric Vitoux se souvient du Quai d’Anjou par l’entremise de « l’Assiette du chat »


Qu’est-ce que la belle littérature, celle qui ondoie à travers un appartement bourgeois de l’île Saint-Louis, qui glisse entre les meubles et fait remonter les fantômes du passé ou le fracas des mots blessants, lâchés dans un accès de colère par pure vanité ?

Certains écrivains outranciers pensent qu’en usant d’un porte-voix à la place d’un porte-plume, ils se feront mieux entendre et apprécier par la critique ; leurs phrases sonnent trop souvent comme des réquisitoires rances pour toucher sincèrement le lecteur. N’arrivant pas à faire la paix avec leur propre passé, sans cesse portés par leurs névroses, ces victimes en puissance se perdent dans une écriture diffamatoire, un peu vaine et dont l’écho dissonant heurte l’oreille.

L’harmonie des phrases vers quoi doivent absolument tendre tous les auteurs honnêtes demande de la maîtrise au niveau du style et aussi une forme de bienveillance avec ses tourments familiaux. De la tenue aussi, de la rigueur morale, me risquerai-je à avancer. Tous les dysfonctionnements et les bégaiements de l’existence n’ont pas à sortir du cabinet médical. L’écriture n’est pas un déballage, cette foire aux égos meurtris, elle est fragile, hautement périssable, un mot de trop et l’édifice s’effondrera. Par chance, il existe une race d’écrivains gracieux qui arrive à nous transmettre leur histoire familiale avec un toucher soyeux, presque à bas bruit, sans déranger, avec le souci de redonner à chaque personnage croisé au cours d’une vie, sa place et sa trace, son relief et son émoi.

La mélancolie ne se claironne pas

Frédéric Vitoux de l’Académie française ne joue pas les matamores ou les justiciers, les assemblées sont remplies d’exécuteurs testamentaires vachards et rancuniers. Quand l’académicien, grand spécialiste de Céline, n’éclaire pas les ombres de l’ermite de Meudon, il se mue en un délicieux romancier du foyer perdu, en un archiviste délicat du Quai d’Anjou, là où résident ses racines depuis si longtemps maintenant. Dans L’Assiette du chat aux éditions Grasset (merveilleux titre, on se croirait chez Aymé ou Léautaud), l’écrivain est passé maître en une mélancolie plus douce qu’amère chargée d’émotions vraies. N’est-ce pas le bien le mieux partagé par l’humanité entière ? La mélancolie ne se claironne pas, ne se théorise pas, ne se lamente pas, elle se faufile par des portes dérobées, elle affleure par une anecdote anodine qui serre le cœur, elle se déploie dans la discrétion d’un regard et le clair-obscur d’une tenture. Elle déteste la lumière crue et les règlements de compte. Elle est consubstantielle à la littérature. Frédéric Vitoux en fait son miel. L’Assiette du chat, une quelconque soucoupe, va ouvrir les vannes, libérer la mémoire tantôt fissurée ou abîmée, les non-dits ou les regrets, raviver les êtres vivants que furent Fagonette ou Zelda, mais surtout elle sera prétexte à rassembler les morceaux d’un puzzle éparpillé, celui d’un quotidien oublié. La littérature n’est jamais aussi majuscule que lorsqu’elle s’intéresse aux souvenirs minuscules donc personnels. L’Assiette du chat sera ce déclencheur narratif-là, et Vitoux avec son art de peindre couleur sépia son antre, sans se plaindre, nous raconte ses parents, son grand-père le Docteur Vitoux, l’indispensable Nicole, l’épouse tutélaire et tous les témoins qui ont marqué cette adresse des bords de Seine.

L’onde de l’enfance

Ce court récit à l’écriture chaloupée se dandine avec pudeur dans un XXème siècle tumultueux. Si l’écrivain a déjà parlé des siens et de ce coin de Paris dans de précédents ouvrages, il le fait aujourd’hui avec une patte nouvelle, très originale et très libre sur le plan de la construction, en égrenant des instants enfouis sous le poids des années, comme le sablier se vide, avec beaucoup de précaution. L’onde de l’enfance n’en est que plus forte. Frédéric Vitoux dit des choses capitales, essentielles sur les rapports cachés, en se méfiant toujours des mots bavards. Il dessine de jolis portraits de femmes et se rappelle du fil invisible qui le liait à son père. « Mon père et moi évitions d’aborder les sujets qui nous tenaient à cœur, qui nous dévoilaient, qui nous opposaient. Nous étions aussi pudiques l’un que l’autre. Mais nous avions confiance l’un dans l’autre » écrit-il. On se sent bien parmi cette famille élargie, ouverte d’esprit, il y a là, « Tante Clarisse », Odette et son allure à la Carole Lombard, et puis le cousin Jojo qui vivait avec Monsieur Felipe. Il nous plaît ce Jojo, technicien hors pair des trains électriques à la bonne humeur communicative. Alors qu’elle a mauvaise presse en ce moment, qu’elle est attaquée de toute part, on serait tenté d’affirmer grâce à Frédéric Vitoux : « Famille, je vous aime ».

L’Assiette du chat de Frédéric Vitoux – Grasset

L'assiette du chat: Un souvenir

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Bon sens, mais c’est bien sûr!

Selon la macronie, si les Français refusent la réforme des retraites, c’est parce que la « vulgarisation » des mesures a été trop soft. Opinion.


Je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. En ce temps-là, sur l’unique chaîne de télévision de l’ORTF, le commissaire Bourrel annonçait au téléspectateur ébahi la fin du suspense en lançant, face caméra, cette formule reprise d’épisode en épisode: « Bon sang, mais c’est bien sûr… » Et de nous révéler dans la foulée la solution de l’énigme et tout ce qui aurait dû nous paraître évident si nous avions été un peu plus attentifs et doués d’une once de perspicacité. Monsieur le président de la République s’est efforcé à son tour, et toujours face caméra, de nous révéler ce qui pour lui ressortit à l’évidence. C’était voilà quelques jours à Rungis, dès potron-minet, à l’heure où blanchit la campagne. Il lui fallait bien parler retraite, réforme. Comment y échapper, en effet. On pouvait espérer une annonce, on dut s’en passer. Le président, tout de blanc vêtu, chapeauté de même, lança un appel à la nation. Rien de moins. «  J’en appelle au bon sens des Français » déclara-t-il, tant il est évident pour lui qu’il ne nous manque que cela, une étincelle de bon sens, pour adhérer de cœur et d’esprit à cette réforme, «  la mère des réformes », paraît-il. L’alpha et l’oméga de la France en Marche, le Graal de la startup nation chimiquement pure. Voilà donc le diagnostic présidentiel. Le peuple de France manque de bon sens. Un peu comme les enfants mal dégrossis, les attardés du cervelet, nous demeurons pitoyablement imperméables à l’évidence. Nous ne comprenons même pas qu’elle est conçue exclusivement pour notre bien, cette réforme. Rien de plus décourageant, à la fin, que de devoir sans cesse expliquer et ré-expliquer à ce peuple ce qui, encore une fois, relève du simple bon sens ! Un des proches du président, appelé à évoquer la mobilisation, toujours aussi forte, attendue le 7 mars a eu ce commentaire, lui aussi délicieusement empreint de condescendance et de mépris: « Nous n’avons pas assez vulgarisé notre message. » Vulgarisé ! Étrange choix sémantique. Vulgarisé et non expliqué, exposé, explicité, défendu, comme si, plutôt que de s’adresser à notre intelligence, de faire confiance à notre capacité de jugement, on aurait dû choisir de recourir à une forme de pavlovisation des masses. Cela s’inscrit bien dans la logique du pouvoir actuel. Monsieur Macron et les siens ont la manie de nous prendre pour des enfants. Involontairement ou non, ils nous relèguent à cet âge mental en permanence. Lorsque nous sommes en désaccord, c’est qu’ils n’ont pas poussé assez loin la « pédagogie », voilà leur ritournelle. L’étymologie même du mot suffit à exprimer, une fois encore, la condescendance et le mépris de l’approche. Le pire est qu’ils ne doutent pas un seul instant de leur jugement. Ils sont droits dans leurs bottes, comme on dit. Ils sont persuadés qu’avec davantage de « pédagogie », un peu plus de bon sens, une « vulgarisation » moins soft, voire stalinienne, personne ne songerait à descendre dans la rue ou à bloquer le pays. Personne n’irait jusqu’à pousser la débilité mentale jusqu’à émettre l’hypothèse que retirer une réforme si peu soutenue, si unanimement rejetée, ce serait justement cela, faire preuve de bon sens. Mais en haut lieu on n’en est pas là. Ces gens sont très savants, très futés. Pas encore assez cependant pour avoir compris que lorsque la base bloque, c’est parfois parce que le sommet débloque.

Le prince assassiné - Duc d'Enghien

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Couteaux dans les écoles: non, ce n’est pas comme dans la «Guerre des boutons»

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Becassine s’en va t-en guerre…


Lors d’une émission de CNews, « Punchline », animée par Laurence Ferrari, un psychologue, le Dr. Doridot s’est exprimé sur la violence des adolescents. Ce thème était introduit par l’assassinat d’une professeur d’espagnol à Saint-Jean-de-Luz par un de ses élèves âgé de 16 ans et cette tragédie avait mené les débatteurs à s’interroger sur la violence actuelle des adolescents: le harcèlement via les réseaux sociaux ou pas, les agressions au couteau, les morts d’un coup de couteau… Comme si, de tout temps, les adolescents s’étaient promenés avec un couteau de cuisine à la main. C’est alors que le Dr. Doridot a pris la parole pour dire que « la violence chez les adolescents a toujours existé depuis la Guerre des boutons » et que « l’école sait de moins en moins canaliser cette violence. »
Deux choses ont frappé Bécassine dans cette phrase. La première concerne cette violence qui existe depuis toujours, voir la fameuse « guerre des boutons ». Bah justement, elle l’a vu, ce film, et la différence qui existe entre les canifs des enfants des deux bandes et les couteaux que les garçons d’aujourd’hui utilisent, ne tient pas seulement à une différence de taille, mais aussi et surtout à une autre fonction. Car dans le film en question, les canifs servent à couper les fils des boutons et pas à entrer dans le corps de « l’adversaire ». Ces boutons sont donc les médiateurs fondamentaux de la violence ici symbolique et non réelle. Certes, violence il y a: l’humiliation de rentrer en tenant son pantalon à deux mains, la colère parentale qui ne comprend rien à la disparition systématique de ces boutons, les effets de cette colère, etc. Mais il n’empêche que le couteau ou canif jamais n’attaque l’autre directement et que la situation est à tout moment réversible. Une fois c’est une bande qui a le dessus, une fois c’est l’autre et cela peut recommencer à l’infini.

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Le bouton est ainsi devenu dans cette histoire le médiateur intelligent qui permet de « canaliser la violence » comme dit le monsieur ; de la ritualiser. 
Quant à l’école qui ne saurait plus « canaliser » cette violence, Bécassine en a assez de l’entendre. Non qu’elle souscrive au renoncement à la Loi que l’École dans son étrange christianisation inconsciente a intégré au nom de la compréhension et de la fausse charité qui va avec; loin s’en faut et elle s’est assez battue à ce sujet avec ses collègues (symboliquement s’entend puisqu’elle sait parler; autre médiation fondamentale entre l’autre et moi, et l’extrême pauvreté linguistique des élèves explique autant que l’absence de Loi les passages à l’acte pour cause de dé-symbolisation fatale), mais elle fatigue devant le refus de voir que l’École n’est pas déliée de l’histoire et que notre époque n’offre plus aux adolescents en question la moindre initiation qui leur permettrait d’intégrer leurs pulsions. Et qu’elle favorise même cette violence que les professeurs devraient « canaliser » !
Un canal manque, c’est certain. Il s’appelle le symbolique et sa disparition signera la nôtre.

Trois puissances globales associées: la France, les Emirats Arabes Unis et l’Inde

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Dans un monde où il devient de plus en plus difficile de déterminer qui sont nos alliés, et surtout de pouvoir compter sur eux, la déclaration conjointe entre la France, l’Inde et les Émirats arabes unis est porteuse d’un certain espoir. 


Le 4 février 2023, ces trois pays si différents les uns des autres ont convenu ensemble d’agir de manière coordonnée sur des sujets stratégiques majeurs, notamment l’énergie et la protection de la biodiversité.

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Ce rapprochement a commencé le 19 septembre 2022, en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York, date de la première rencontre dans un format trilatéral pensé pour répondre à des défis qui commandent des actions communes et fédératrices. Cette union tire sa logique des positions géographiques des trois pays engagés. C’est malheureusement parfois oublié, mais la France est présente sur tous les océans du globe. Avec un espace maritime de 11 millions de kilomètres carrés, la France est la deuxième puissance maritime mondiale en termes de superficie. En 2020, une information passait d’ailleurs un peu inaperçue, relative à l’Océan Indien ; les Nations Unies autorisaient notre pays à étendre son territoire sous-marin de 150 000 km2 au large de la Réunion et des Terres australes et antarctiques. Cela porte désormais notre espace à 730 000 km2 de sols et sous-sols au fond des océans, avec une option sur 500 000 km2 supplémentaires.

Entre Paris et Dubaï, c’est quasiment la lune de miel !

Le 3 décembre 2022, accompagné d’une importante délégation de ministres et de dirigeants d’entreprises, Emmanuel Macron avait déjà signé plusieurs accords avec l’émirat. Un succès qui a encore renforcé les liens étroits entre cet acteur majeur du Moyen-Orient et la France, son partenaire occidental le plus fidèle. Ainsi, les Emiratis vont-ils faire l’acquisition de 80 Rafales fabriqués par le constructeur Dassault Aviation, une commande d’un montant de 16 milliards d’euros qui a grandement satisfait Eric Trappier, directeur général du groupe, et son partenaire Tarek Abdul Raheem Al-Hosani, PDG de Tawazun Economic Council.

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Nos accords sont solides car ils se fondent sur une longue expérience. Depuis la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, les partenariats militaires et culturels se sont multipliés. Officiellement inaugurée le 26 mai 2009, la base militaire française d’Abu Dhabi compte 700 hommes et est équipée des armements les plus performants, à l’image du VBCI issu d’une collaboration entre Nexter Systems et Renault Trucks Défense. Sur le plan culturel, le Louvre d’Abu Dhabi est une vitrine de prestige pour la France et ses arts, visité par les élites asiatiques et africaines qui ont fait du pays du Golfe l’une de leurs destinations privilégiées de villégiature. Mais les collaborations ne s’arrêtent pas là, Alstom ayant par exemple livré le tramway de Dubaï.

Un accord tripartite signé alors que s’approche la COP 28 de… Dubaï

L’accord tripartite est donc la poursuite d’une politique profitable, mais aussi l’affirmation de nouvelles ambitions avec l’Inde qui devient la première puissance démographique du monde et qui est un élément majeur des BRICS. Les enjeux de protection de l’environnement, de plus en plus importants et scrutés avec attention par les opinions publiques mondiales, singulièrement occidentales, n’ont pas non plus été oubliés. Les trois pays étudient la possibilité de travailler conjointement avec l’Association des pays riverains de l’Océan Indien, l’initiative trilatérale pouvant désormais servir de plateforme et de force de proposition pour d’importants projets durables destinés à lutter contre la pollution par les plastiques à usage unique ou la sécurité alimentaire.

La COP 28 organisée à Dubaï fin 2023 pourrait être l’occasion pour ce trio de montrer que le progrès technologique peut rimer avec les Accords de Paris. Les questions de l’énergie seront probablement au centre de ces interrogations, les Émirats et la France étant en pointe respectivement dans l’énergie solaire et le nucléaire… et l’Inde étant de son côté l’un des plus gros consommateurs d’énergie au monde. Nous, Français, trouverons aussi dans cet accord une ébauche de solution pour faire face aux pénuries de médicaments et de molécules simples. L’Inde bénéficie en effet d’une d’industrie pharmaceutique compétitive, à même de nous offrir une route alternative à celle de la Chine.

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Sur le plan militaire, les trois pays ont aussi à y gagner. Mohammed Ben Zayed sait désormais pouvoir compter sur deux grandes armées, l’une en volume et l’autre en expertise, qui lui permettent de poursuivre son développement afin d’être une grande puissance militaire régionale autonome capable de garantir pleinement sa souveraineté dans une région parfois turbulente où sa situation géographique en fait la « gardienne des détroits ». Tous ces projets vont se concrétiser dans le temps, en fonction d’un agenda déjà chargé. L’Inde préside actuellement le groupe des vingt (G20).

Cette initiative originale montre que le multilatéralisme est l’avenir des relations internationales. Il ne s’agit pas de la multipolarité porteuse de dangers, mais bien de partenariats co-construits dans le respect des intérêts de chacun des États engagés. Ici, trois leaders régionaux et puissances globales d’ères civilisationnelles différentes ont décidé d’écrire un futur possible dans un monde plus que jamais incertain où les questions énergétiques et militaires doivent être rapidement résolues.

Ras-le-bol de la droite bien-pensante!

Couverture de L’Incorrect: halte au sectarisme de la droite bien-pensante! Une tribune libre de l’enseignant Kevin Bossuet


Coup de tonnerre chez Les Républicains : Guilhem Carayon, porte-parole du parti et président des Jeunes Républicains, a osé débattre avec Stanislas Rigault (président de Génération Zemmour) et Pierre-Romain Thionnet (président du mouvement de jeunesse du Rassemblement national) dans les colonnes du magazine L’incorrect !

En effet, dans le cadre d’un entretien croisé, les trois jeunes responsables politiques ont longuement échangé en insistant notamment sur leurs nombreux points communs dont certains sont au cœur de leur engagement militant, laissant entrevoir un espoir, voire une ouverture, chez tous les partisans de la stratégie de « l’union des droites ».

Guilhem Carayon (LR), Stanislas Rigault (Reconquête) et Pierre-Romain Thionnet (RN) en une du magazine « L’Incorrect ». D.R.

Il faut dire que la couverture de L’Incorrect, magazine lancé en 2017 par des proches de Marion Maréchal, est assez tapageuse. On y voit les trois jeunes compères posant tout sourire sur un fond gris-bleu au-dessous d’un titre que les observateurs de la vie politique les plus espiègles qualifieront bien volontiers de putaclic: « Les Républicains, Reconquête !, Rassemblement national. Les jeunes coupent le cordon ! ». De quel cordon s’agit-il ? Celui très ombilical qui relie les trois poupons à leur mentor respectif ou celui beaucoup « plus sanitaire » qui, fixé par la gauche et ses alliés, voudrait les empêcher de débattre et d’échanger ? Quoi qu’il en soit, il n’en n’aura pas fallu plus aux sempiternelles pleureuses de la grande famille LR pour s’offusquer.

Comment peut-on se revendiquer de la droite et passer son temps à se prostituer sur les trottoirs idéologiques de la gauche bobo en faisant des procès dignes de ceux de l’Inquisition ?

C’est le cas par exemple de François Durovray, président du Conseil départemental de l’Essonne qui a dénoncé dans un tweet le caractère « inadmissible » d’une interview qui amène « une confusion funeste » tout en demandant à Eric Ciotti la tête de Guilhem Carayon ; envolée numérique saluée par le député de l’Aisne Julien Dive. Valérie Debord quant à elle, vice-présidente du conseil régional du Grand Est, a affirmé que « la droite et l’extrême droite n’ont pas à dialoguer » car « nos valeurs ne sont pas compatibles ».  Enfin, Eric Diard, ancien député LR, a mis en avant « une faute » qui « va dans le sens de l’extrême droite ». Bref, vous l’aurez compris, les proches de Xavier Bertrand lequel, rappelons-le, préfère être « avec les communistes qu’avec les identitaires » ou encore les amis idéologiques d’Aurélien Pradié lequel, à l’Assemblée nationale, se fait applaudir par la Nupes, s’en sont donnés à cœur joie.

À lire ensuite, Elisabeth Lévy: P. le maudit

Or, beaucoup se sont arrêtés à la couverture du magazine sans lire l’interview, sinon ils se seraient rendu compte que même si Guilhem Carayon reconnaît avoir des points communs avec Stanislas Rigault et Pierre-Romain Thionnet, il reste convaincu que « le candidat de LR sera non seulement capable de remporter une élection présidentielle mais aussi et surtout de relever les défis immenses auxquels est confronté notre pays ». On est ici bien loin d’un effacement de la droite ou d’une union des droites au profit d’une candidature unique autour d’une Marine Le Pen ou d’un Eric Zemmour. Guilhem Carayon marche clairement dans les pas d’Eric Ciotti qui a toujours défendu « une ligne d’indépendance » vis-à-vis d’Emmanuel Macron comme du Rassemblement national autour d’un candidat issu de la droite classique.

Il faut dire que la question de l’union des droites semble avoir été tranchée au cours de la dernière élection présidentielle. Des divergences de fond, notamment au niveau économique, rendent pour l’heure incompatibles des alliances entre LR, le RN et « Reconquête ! ». Effectivement, il est évident par exemple qu’un Pierre-Romain Thionnet (RN) qui est un souverainiste convaincu opposé au libéralisme économique et très attaché à cette France populaire qui constitue le cœur de l’électorat mariniste ne peut pas totalement s’entendre avec un Guilhem Carayon (LR) qui est économiquement plus libéral et beaucoup moins radical sur la question européenne. En outre, le fait que Marine Le Pen (23.15%) se soit imposée de manière aussi magistrale au premier tour de l’élection présidentielle de 2022 face à Valérie Pécresse (4.78%) et à Eric Zemmour (7.07%) démontre à quel point cette dernière domine le jeu à la droite de l’échiquier politique. D’ailleurs, cette dernière a toujours été contre l’union des droites qu’elle qualifie de « fantasme réducteur ». Quant à Jordan Bardella, il a toujours trouvé ce concept inadapté car d’après lui le but du Rassemblement national est de « rassembler tous ceux qui sont attachés à la nation française, à droite et à gauche ».

En fin de compte, que reprochent tous ces gens à Guilhem Carayon ? D’avoir osé échanger quelques mots avec Stanislas Rigault et Pierre-Romain Thionnet, qui, comme chacun le sait, incarnent le fascisto-nazillo-poutino-pétainisme qui rappelle évidemment les heures des plus sombres de notre histoire depuis au moins Charlemagne voire depuis l’homme de Néandertal ? D’avoir participé à une orgie idéologico-satanique organisée par un rabatteur très à droite et d’affirmer en plein ébat verbal qu’il est d’accord avec ses partenaires d’un jour sur des sujets comme l’identité, le wokisme, l’éducation ou encore l’immigration ? D’avoir osé franchir une ligne rouge qui n’existe plus que dans l’imaginaire peu fécond d’une gauche et d’une droite bien-pensantes complètement à la dérive ?

A ne pas manquer, notre nouveau numéro en kiosques: Causeur: Rééducation nationale «Stop au grand endoctrinement!»

Plus sérieusement, comment est-il possible dans une démocratie telle que la France de reprocher à quelqu’un de débattre et d’échanger? Comment est-il possible de condamner un responsable politique qui ne cherche juste qu’une seule chose: confronter ses idées ? Comment peut-on se revendiquer de la droite et passer son temps à se prostituer sur les trottoirs idéologiques de la gauche bobo en faisant des procès dignes de ceux de l’Inquisition ?

Il suffit de discuter avec des électeurs et des militants de droite pour se rendre compte à quel point ils ne supportent majoritairement plus toutes ces postures qui ont provoqué l’effondrement de leur famille politique. Il suffit de sortir de son petit milieu capitonné et de converser avec des gens non politisés pour s’apercevoir à quel point toute cette comédie antifasciste les dégoutte au plus haut point. Les Français veulent d’abord et avant tout qu’on règle leurs problèmes et n’en peuvent plus de tous ces tabous inventés par la gauche et relayés par une partie de la droite, et qui ont notamment produit une explosion de l’insécurité ou encore une baisse dramatique du niveau scolaire.

Car, soyons-en convaincus, plus on empêche le débat de se dérouler sereinement en fixant des verrous moraux de pacotille qui empêchent les gens de penser ou de parler, plus la démocratie s’en retrouve abîmée. Plus on ressort la grosse ficelle du cordon sanitaire contre l’extrême droite, plus l’abstention ne cesse de progresser. Guilhem Carayon, Stanislas Rigault et Pierre-Romain Thionnet l’ont évidemment compris et c’est d’abord et avant tout pour cela qu’ils acceptent de faire bouger les lignes d’un vieux monde politique devenu avec le temps extrêmement poussiéreux et foncièrement inintéressant. Ils incarnent assurément cette génération qui souhaite s’affranchir des pesanteurs du passé et qui refuse de s’autocensurer pour mieux reconstruire, chacun dans leur mouvement respectif, un pays qui en a bien besoin.


Amélie Oudéa-Castéra: loin du but!

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La ministre des Sports, Amélie Oudéa-Castéra, vient de faire une gaffe en tentant de se réconcilier avec les fans de Liverpool (injustement accusés des violences autour du Stade de France lors de la dernière finale de Champions League). 


Mercredi 1er mars, devant l’Assemblée nationale où elle répondait aux questions des députés au sujet de l’organisation des Jeux olympiques de 2024, la ministre des Sports, Amélie Oudéa-Castéra, a annoncé qu’elle voulait faire un geste amical envers les supporters de Liverpool en les invitant à un des matchs de la Coupe du monde de Rugby cette année. L’évènement est organisé en France à partir du 8 septembre prochain.

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L’Angloy a la rancune tenace

Le geste est motivé par le double tort subi par les fans de l’équipe du nord-ouest de l’Angleterre lors de la finale de la Ligue des champions, le 28 mai 2022 : d’abord agressés, d’un côté par des hordes de voyous et de l’autre par les forces de l’ordre, ils se sont vus accusés injustement par les ministres de l’Intérieur et des Sports d’être responsables du chaos en cherchant à pénétrer dans le stade avec de faux billets. Les excuses présentées l’année derrière par M. Darmanin n’ont pas été acceptées par tous les fans. Le 21 février, un nouveau match opposant Liverpool et Real Madrid a vu les Anglais déplier des banderoles qui représentaient les ministres français affublés chacun d’un nez à la Pinocchio. Le message était clair.

Fair play diplomatique

La nature exacte de l’invitation dont parle Mme Oudéa-Castéra n’a pas encore été précisée. S’agit-il de billets gratuits ou à prix réduit ? Et combien seraient réservés aux supporteurs anglais ? 

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En tout cas, le journaliste vétéran britannique, John Lichfield, dans un article publié le 2 mars dans Politico, a dénoncé à la fois l’ignorance et le manque de doigté diplomatique de la ministre. Car il est évident que les dévoués du ballon rond et ceux du ballon ovale constituent deux groupes différents dont les membres se recoupent rarement. Combien de fois en France ai-je moi-même entendu la question : « Vous êtes foot ou rugby ? » En particulier, il existe des différences sociologiques et géographiques entre les deux tribus outre-Manche. Comme le précise John Lichfield, le football est un sport particulièrement apprécié par les classes ouvrières. Le rugby, qui reste associé (quoique non exclusivement) aux écoles privées, voire huppées, est majoritairement le sport des classes moyennes. Selon une définition traditionnelle, « le rugby est un sport de sauvages pratiqué par des gentlemen, et le football est un sport de gentlemen pratiqué par des sauvages ». Pour comble, John Lichfield rappelle que, si Manchester a deux équipes de football et une équipe de rugby (les Sale Sharks) de haut niveau, Liverpool n’a aucune équipe de rugby de catégorie supérieure. Il conclut que la ministre a commis une faute au sens footballistique du terme. Macronie et ovalie ne se mélangent pas facilement. On peut même dire que Mme Oudéa-Castéra a marqué un but contre son propre camp.

Je vous salue Morrissey

Morrissey est sur la scène de la salle Pleyel pour deux concerts exceptionnels. L’occasion rare d’entendre la voix de velours de ce chanteur réac’n’roll.


The Queen is dead, la chanson éponyme de l’un des plus célèbres albums du groupe culte de Manchester, The Smiths, a résonné partout dans le monde à la mort d’Elizabeth II. Elle fera sans aucun doute vibrer la salle Pleyel les 8 et 9 mars prochain, car Morrissey, le chanteur du groupe (dont il s’est séparé en 1987), y donnera deux concerts exceptionnels. Les fans sont déjà en transe.

En Amérique du Sud, certains fans lui dédient des autels

Exceptionnel, le mot est faible, parce que les apparitions de Steve Patrick Morrissey sont rares et qu’elles sont donc l’objet d’un véritable culte. Cet artiste à la voix de baryton envoûtante se double d’une diva, d’un trublion qui prend un malin plaisir à dire ce qu’il pense, quitte à heurter la doxa médiatique. Ce showman d’exception qui, au début de sa carrière, montait sur scène avec des glaïeuls dans la poche de son jean pour les jeter dans le public, donne aujourd’hui dans la provoc’ politique. Ainsi, depuis une quinzaine d’années, il n’a de cesse de répéter que l’identité britannique est en péril, qu’il faut mettre fin à l’immigration massive – celle en provenance des pays musulmans en particulier ; et en 2019, invité d’un célèbre show télévisé américain, animé par Jimmy Fallon, il arbore un badge du parti anti-islam britannique : For Britain.

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La brigade de la pensée correcte ne tarde pas à réagir. Les affiches de son album California Son sont retirées de l’espace public et, geste fort symbolique, le patron de la boutique de disques la plus ancienne au monde, située à Cardiff au pays de Galles, déclare qu’il ne vendra plus jamais les disques du « Moz ». Une entreprise de « cancellation » en bonne et due forme… Le quotidien de gauche The Guardian va même jusqu’à harceler certains de ses musiciens en leur intimant l’ordre de cesser de jouer avec lui. De ce côté-ci de la Manche, Christian Fevret et Serge Kaganski, qui ont créé le magazine Les Inrockuptibles par admiration, que dis-je, par dévotion pour Morrissey, admettent que ses prises de position sont devenues « problématiques », mais n’appellent pas à son boycott.

Après avoir été, dans sa jeunesse, un croisement entre James Dean et Oscar Wilde, il est devenu le Elvis britannique. Les deux artistes ont en partage un charisme hors du commun, une façon de bouger unique, une voix extraordinaire. Moz a aussi inventé une façon de chanter : des mélopées entêtantes qui tournent en boucle et se font hypnotiques. En Amérique du Sud, certains fans lui dédient des autels ; le voilà déifié. Morrissey est une idole au sens strict du terme, un saint que l’on vénère. Rien de plus normal dans cet univers du rock’n’roll qui est le dernier avatar du christianisme, et plus précisément du catholicisme, avec son cortège de saints, de Vierges, de rituels sophistiqués et de communions des fidèles – le public – qui participent de la pompe de cette liturgie flamboyante.

Morrissey en concert à la salle Pleyel les 8 et 9 mars 2023 à 20 heures.

www.sallepleyel.com

Portrait de ville du 3ème type


Voilà ce qui s’appelle un « film d’auteur ». Comédien, scénariste, réalisateur, le tout jeune et bien doué Martin Jauvat s’est déjà fait connaître par deux courts métrages, Mozeb, et Les vacances à Chelles
Pour son premier « long », ce natif de la banlieue reste en terrain connu: ce qu’il est convenu d’appeler emphatiquement le Grand Paris – le titre vaut programme.  
Une paire de branques issus du 93, Leslie (Mahamadou Sangaré) et Renard (Martin Jauvat), meilleurs potes et glandeurs intégraux, se retrouvent à poireauter dans la petite gare de Saint-Rémy-les-Chevreuse, chargés d’un deal médiocre qui part en eau-de-boudin. Amorce, pour les deux lascars (le premier, noir à dreadlocks en survet à l’enseigne du « Grand Paris », le second, blanc-bec binoclard, brun aux mèches jaune canari) d’un périple en grande couronne, qui les conduira de l’arrêt La Hacquinière, à Bures-sur-Yvette, dans les Yvelines, jusqu’à Cergy-Pontoise et son fameux Axe majeur, en passant par les Lilas, Romainville et sa tour, et autres stations peu engageantes :  dérive d’un jour et d’une nuit, ponctuées de rencontres improbables, dans ce territoire dénaturé de l’Ile-de-France investi par le tentaculaire chantier périurbain du « Grand Paris Express », la future ligne de métro sensée connecter entre elles les périphéries sans cesse extensibles de la capitale. De la banlieue, il va sans dire que nos deux compères ont l’idiome classique en bouche à chaque réplique (« ma gueule », « frérot », « de ouf », « j’suis grave chaud », etc.). Sur ce registre, il faut reconnaître au film un vérisme croustillant. 

Martin Jauvat et Mahamadou Sangaré © Ecce Films / JHR Distribution

Fil conducteur de cette échappée belle, un mystérieux « artefact » en forme de galette hiéroglyphée, ramassé par hasard par nos deux débiles dans les eaux qui baignent la souche d’un viaduc de béton en construction, promis à recevoir les rames de ce fameux métro du XXIème siècle. Derrière l’aimable loufoquerie et la dérision souvent hilarante d’un road-movie dont les étapes nous feront croiser un  étudiant à Sciences Po sans le physique de l’emploi, une jeune fille pavillonnaire et rappeuse, un livreur « bac + 3 » de sandwich en camionnette, un archéologue amateur féru de complotisme et accessoirement contrôleur de la RATP, Grand Paris se signale surtout comme un « portrait de ville » gentiment acide. Panoramiques, longs travellings diurnes et nocturnes, nous peignent un univers de plots, de palissades, de grues, de tours, de friches urbaines, dans la désolation duquel la caméra désenchantée de Martin Jauvat se balade: à pinces, en train, en voiture, en moto… jusqu’au terme de cette odyssée morose et drolatique, lorsque prend consistance le rêve de fuir la cité pour un bain de mer. Mais aussi, dans un dénouement onirique, inventif et farceur, pour atteindre au nirvana extraterrestre, la galette magique offrant à Leslie et Renard une rencontre du 3ème type.  

Grand Paris. Film de Martin Jauvat. Avec Mahmadou Sangaré, Martin Jauvat, William Lebgjil, Sébastien Chassagne. France, couleur, 2022.  En salles le 29 mars 2023.

Le sacre du sacré

Le nouvel essai de Sonia Mabrouk appelle les Occidentaux à renouer avec le sacré, cet absolu qui nous échappe. C’est une nécessité dont dépend notre avenir.


Sonia Mabrouk, qui parle si bien des autres, parle encore mieux d’elle-même. En quelques pages, on lit avec émotion ses souvenirs de Djerba ou de Turquie. La mémoire de la talentueuse journaliste vient peut-être de l’autre côté de la Méditerranée, là où le muezzin remplace le son des cloches, mais on comprend vite que c’est le même langage. Peu importe qu’il s’agisse d’une synagogue, d’une mosquée ou d’une église, au fond, la solennité du sacré est universelle.

éd. L’Observatoire

Sonia Mabrouk l’ignore peut-être, mais il est une chose qu’elle dénonce avec fermeté, c’est le remplacement camusien, central dans la pensée du châtelain de Plieux. Le premier remplacement décrit par Mabrouk (le mot est utilisé), c’est celui du sacré par la science, la science qui s’empare du rationnel pour l’ériger en nouvelle religion. Sauf que, et la journaliste l’explique très bien, la science ne peut pas être une religion, en ce sens qu’elle cherche à anéantir le sacré. Faut-il s’opposer à la science ? En aucun cas, si la science accepte de coexister avec le sacré, avec l’inexplicable, avec l’irréductible irrationnel.

Le vide trouve également son importance chez Sonia Mabrouk : le vide, ce peut être la profondeur d’un livre, ce peut être l’immensité paisible et la fraîcheur d’une église de campagne ; il est si paradoxal et si beau qu’il nous comble entièrement.

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Ce n’est pas tant que « ce qui se paie n’a guère de valeur », c’est plutôt que ce qui ne s’achète pas est infiniment plus précieux. Ainsi, « en misant sur un matérialisme postmoderne, ils [les Européens] précipitent leurs peuples dans l’abîme ». Le confort matériel étant devenu l’horizon indépassable des sociétés consuméristes contemporaines, il nous est nécessaire de revenir au sacré pour le dépasser. Aussi, l’idée de « dépossession », particulièrement mise en valeur au cours de l’année 2022, fait-elle surface : « Ne devenons pas des dépossédés du sacré ».

Le sacré : boussole civilisationnelle

Décrivant « l’atonie » des chrétiens d’Occident, qui ont honte de leur foi, Sonia Mabrouk appelle à leur éveil. Le président turc Erdogan, lui, n’hésite pas à faire du sacré un moyen puissant d’unification de son peuple, dirigé vers une chrétienté européenne affaiblie, fatiguée, qui ne croit ni en Dieu ni en elle-même. « Aujourd’hui, la modernité et le nihilisme nous éloignent de plus en plus de l’animal métaphysique que nous étions. » Sans verticalité, sans hauteur de vue, matérialiste, l’Occidental n’est plus au centre du monde : il perd ce qui faisait sa valeur, cet universel qu’il n’est plus capable d’imposer.

Alors, il nous faut apprendre à renoncer pour reconquérir – ensemble et seul – le sacré. Renoncer au contrôle de tout, au raisonnable ou au rationnel partout. Renoncer, se laisser aller, et surtout, se poser des limites. L’élégance du renoncement, le retour au sacré : voilà bien ce qui a sauvé Sonia Mabrouk, et qui pourrait nous sauver. Car enfin, nous pourrons répondre à cette question qui nous tourmente tous : « De ce que nous avons aimé, que restera-t-il ? »

Sonia Mabrouk, Reconquérir le sacré, éd. L’Observatoire, 2023.

Reconquérir le sacré

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Aksinia Mihaylova: comment être utile au paysage

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La traductrice et poète bulgare Aksinia Mihaylova, Paris, 2014 © LAURENT BENHAMOU/SIPA

Le poème du dimanche


Aksinia Mihaylova traduit elle-même, en partie, ses poèmes du bulgare. Elle est née en 1963 et j’ai l’impression depuis une semaine d’avoir retrouvé une cousine, à peine plus âgée, qui me fait comprendre plein de choses sur le temps, l’amour et « comment être utile au paysage » comme elle l’écrit dans l’un de ses poèmes. À la lecture de son recueil Ciel à perdre, on se dit qu’elle a passé haut la main son examen de bilinguisme, comme Kundera qui sut passer du tchèque au français et Nabokov du russe à l’anglais.

Francophone et francophile, elle ne fait son premier voyage en France qu’en 2010 mais vit la plupart du temps à Sofia où elle enseigne le français et la philologie. Elle attend la trentaine pour publier son premier recueil, ce qui n’est pas étonnant puisqu’elle s’est fixée une règle d’or : « Pas plus de dix poèmes par an ». Cela ne l’empêche pas, et peut-être même ceci explique cela, d’être traduite dans une vingtaine de langues.

Elle est incontestablement une lyrique pudique et précise qui sait chanter ses amours et le temps qui passe avec les mots de tous les jours.

Ciel à perdre suivi de Le Jardin des hommes

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Un foulard long de dix-sept ans

Nous hivernons depuis longtemps
dans des sud séparés
et nos rêves sont différents
mais nous les oublions le matin
c’est pourquoi nous volons encore ensemble.

Il est impossible de te raconter:
le jour de mars dans cette ville
est un foulard rouge;
je lie le bout du matin
à l’embouchure de la rivière
et le vent le gonfle,
le promène dans les rues du quartier
et des pots de géraniums
poussent sur les balcons.

Je porte de la glaise et des brins de paille
dans mon bec
pour faire un nouveau nid.
Et je vole haut au-dessus des pavés,
et je vole bas au-dessus des toits
et je ne trouve pas l’endroit.

(Ciel à perdre, Poésie/Gallimard)

Frédéric Vitoux: toujours un coin qui me rappelle

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L'écrivain Frédéric Vitoux © JF Paga

Frédéric Vitoux se souvient du Quai d’Anjou par l’entremise de « l’Assiette du chat »


Qu’est-ce que la belle littérature, celle qui ondoie à travers un appartement bourgeois de l’île Saint-Louis, qui glisse entre les meubles et fait remonter les fantômes du passé ou le fracas des mots blessants, lâchés dans un accès de colère par pure vanité ?

Certains écrivains outranciers pensent qu’en usant d’un porte-voix à la place d’un porte-plume, ils se feront mieux entendre et apprécier par la critique ; leurs phrases sonnent trop souvent comme des réquisitoires rances pour toucher sincèrement le lecteur. N’arrivant pas à faire la paix avec leur propre passé, sans cesse portés par leurs névroses, ces victimes en puissance se perdent dans une écriture diffamatoire, un peu vaine et dont l’écho dissonant heurte l’oreille.

L’harmonie des phrases vers quoi doivent absolument tendre tous les auteurs honnêtes demande de la maîtrise au niveau du style et aussi une forme de bienveillance avec ses tourments familiaux. De la tenue aussi, de la rigueur morale, me risquerai-je à avancer. Tous les dysfonctionnements et les bégaiements de l’existence n’ont pas à sortir du cabinet médical. L’écriture n’est pas un déballage, cette foire aux égos meurtris, elle est fragile, hautement périssable, un mot de trop et l’édifice s’effondrera. Par chance, il existe une race d’écrivains gracieux qui arrive à nous transmettre leur histoire familiale avec un toucher soyeux, presque à bas bruit, sans déranger, avec le souci de redonner à chaque personnage croisé au cours d’une vie, sa place et sa trace, son relief et son émoi.

La mélancolie ne se claironne pas

Frédéric Vitoux de l’Académie française ne joue pas les matamores ou les justiciers, les assemblées sont remplies d’exécuteurs testamentaires vachards et rancuniers. Quand l’académicien, grand spécialiste de Céline, n’éclaire pas les ombres de l’ermite de Meudon, il se mue en un délicieux romancier du foyer perdu, en un archiviste délicat du Quai d’Anjou, là où résident ses racines depuis si longtemps maintenant. Dans L’Assiette du chat aux éditions Grasset (merveilleux titre, on se croirait chez Aymé ou Léautaud), l’écrivain est passé maître en une mélancolie plus douce qu’amère chargée d’émotions vraies. N’est-ce pas le bien le mieux partagé par l’humanité entière ? La mélancolie ne se claironne pas, ne se théorise pas, ne se lamente pas, elle se faufile par des portes dérobées, elle affleure par une anecdote anodine qui serre le cœur, elle se déploie dans la discrétion d’un regard et le clair-obscur d’une tenture. Elle déteste la lumière crue et les règlements de compte. Elle est consubstantielle à la littérature. Frédéric Vitoux en fait son miel. L’Assiette du chat, une quelconque soucoupe, va ouvrir les vannes, libérer la mémoire tantôt fissurée ou abîmée, les non-dits ou les regrets, raviver les êtres vivants que furent Fagonette ou Zelda, mais surtout elle sera prétexte à rassembler les morceaux d’un puzzle éparpillé, celui d’un quotidien oublié. La littérature n’est jamais aussi majuscule que lorsqu’elle s’intéresse aux souvenirs minuscules donc personnels. L’Assiette du chat sera ce déclencheur narratif-là, et Vitoux avec son art de peindre couleur sépia son antre, sans se plaindre, nous raconte ses parents, son grand-père le Docteur Vitoux, l’indispensable Nicole, l’épouse tutélaire et tous les témoins qui ont marqué cette adresse des bords de Seine.

L’onde de l’enfance

Ce court récit à l’écriture chaloupée se dandine avec pudeur dans un XXème siècle tumultueux. Si l’écrivain a déjà parlé des siens et de ce coin de Paris dans de précédents ouvrages, il le fait aujourd’hui avec une patte nouvelle, très originale et très libre sur le plan de la construction, en égrenant des instants enfouis sous le poids des années, comme le sablier se vide, avec beaucoup de précaution. L’onde de l’enfance n’en est que plus forte. Frédéric Vitoux dit des choses capitales, essentielles sur les rapports cachés, en se méfiant toujours des mots bavards. Il dessine de jolis portraits de femmes et se rappelle du fil invisible qui le liait à son père. « Mon père et moi évitions d’aborder les sujets qui nous tenaient à cœur, qui nous dévoilaient, qui nous opposaient. Nous étions aussi pudiques l’un que l’autre. Mais nous avions confiance l’un dans l’autre » écrit-il. On se sent bien parmi cette famille élargie, ouverte d’esprit, il y a là, « Tante Clarisse », Odette et son allure à la Carole Lombard, et puis le cousin Jojo qui vivait avec Monsieur Felipe. Il nous plaît ce Jojo, technicien hors pair des trains électriques à la bonne humeur communicative. Alors qu’elle a mauvaise presse en ce moment, qu’elle est attaquée de toute part, on serait tenté d’affirmer grâce à Frédéric Vitoux : « Famille, je vous aime ».

L’Assiette du chat de Frédéric Vitoux – Grasset

L'assiette du chat: Un souvenir

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Bon sens, mais c’est bien sûr!

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Le président Macron en déplacement à Rungis (94), 21 février 2023 © Blondet Eliot-POOL/SIPA

Selon la macronie, si les Français refusent la réforme des retraites, c’est parce que la « vulgarisation » des mesures a été trop soft. Opinion.


Je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. En ce temps-là, sur l’unique chaîne de télévision de l’ORTF, le commissaire Bourrel annonçait au téléspectateur ébahi la fin du suspense en lançant, face caméra, cette formule reprise d’épisode en épisode: « Bon sang, mais c’est bien sûr… » Et de nous révéler dans la foulée la solution de l’énigme et tout ce qui aurait dû nous paraître évident si nous avions été un peu plus attentifs et doués d’une once de perspicacité. Monsieur le président de la République s’est efforcé à son tour, et toujours face caméra, de nous révéler ce qui pour lui ressortit à l’évidence. C’était voilà quelques jours à Rungis, dès potron-minet, à l’heure où blanchit la campagne. Il lui fallait bien parler retraite, réforme. Comment y échapper, en effet. On pouvait espérer une annonce, on dut s’en passer. Le président, tout de blanc vêtu, chapeauté de même, lança un appel à la nation. Rien de moins. «  J’en appelle au bon sens des Français » déclara-t-il, tant il est évident pour lui qu’il ne nous manque que cela, une étincelle de bon sens, pour adhérer de cœur et d’esprit à cette réforme, «  la mère des réformes », paraît-il. L’alpha et l’oméga de la France en Marche, le Graal de la startup nation chimiquement pure. Voilà donc le diagnostic présidentiel. Le peuple de France manque de bon sens. Un peu comme les enfants mal dégrossis, les attardés du cervelet, nous demeurons pitoyablement imperméables à l’évidence. Nous ne comprenons même pas qu’elle est conçue exclusivement pour notre bien, cette réforme. Rien de plus décourageant, à la fin, que de devoir sans cesse expliquer et ré-expliquer à ce peuple ce qui, encore une fois, relève du simple bon sens ! Un des proches du président, appelé à évoquer la mobilisation, toujours aussi forte, attendue le 7 mars a eu ce commentaire, lui aussi délicieusement empreint de condescendance et de mépris: « Nous n’avons pas assez vulgarisé notre message. » Vulgarisé ! Étrange choix sémantique. Vulgarisé et non expliqué, exposé, explicité, défendu, comme si, plutôt que de s’adresser à notre intelligence, de faire confiance à notre capacité de jugement, on aurait dû choisir de recourir à une forme de pavlovisation des masses. Cela s’inscrit bien dans la logique du pouvoir actuel. Monsieur Macron et les siens ont la manie de nous prendre pour des enfants. Involontairement ou non, ils nous relèguent à cet âge mental en permanence. Lorsque nous sommes en désaccord, c’est qu’ils n’ont pas poussé assez loin la « pédagogie », voilà leur ritournelle. L’étymologie même du mot suffit à exprimer, une fois encore, la condescendance et le mépris de l’approche. Le pire est qu’ils ne doutent pas un seul instant de leur jugement. Ils sont droits dans leurs bottes, comme on dit. Ils sont persuadés qu’avec davantage de « pédagogie », un peu plus de bon sens, une « vulgarisation » moins soft, voire stalinienne, personne ne songerait à descendre dans la rue ou à bloquer le pays. Personne n’irait jusqu’à pousser la débilité mentale jusqu’à émettre l’hypothèse que retirer une réforme si peu soutenue, si unanimement rejetée, ce serait justement cela, faire preuve de bon sens. Mais en haut lieu on n’en est pas là. Ces gens sont très savants, très futés. Pas encore assez cependant pour avoir compris que lorsque la base bloque, c’est parfois parce que le sommet débloque.

Le prince assassiné - Duc d'Enghien

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Couteaux dans les écoles: non, ce n’est pas comme dans la «Guerre des boutons»

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Devant le collège-lycée Saint-Thomas-d'Aquin, où une professeur a été poignardée par un de ses élèves, à Saint Jean de Luz, 23 février 2023 © Coudert/Sportsvision/SIPA

Becassine s’en va t-en guerre…


Lors d’une émission de CNews, « Punchline », animée par Laurence Ferrari, un psychologue, le Dr. Doridot s’est exprimé sur la violence des adolescents. Ce thème était introduit par l’assassinat d’une professeur d’espagnol à Saint-Jean-de-Luz par un de ses élèves âgé de 16 ans et cette tragédie avait mené les débatteurs à s’interroger sur la violence actuelle des adolescents: le harcèlement via les réseaux sociaux ou pas, les agressions au couteau, les morts d’un coup de couteau… Comme si, de tout temps, les adolescents s’étaient promenés avec un couteau de cuisine à la main. C’est alors que le Dr. Doridot a pris la parole pour dire que « la violence chez les adolescents a toujours existé depuis la Guerre des boutons » et que « l’école sait de moins en moins canaliser cette violence. »
Deux choses ont frappé Bécassine dans cette phrase. La première concerne cette violence qui existe depuis toujours, voir la fameuse « guerre des boutons ». Bah justement, elle l’a vu, ce film, et la différence qui existe entre les canifs des enfants des deux bandes et les couteaux que les garçons d’aujourd’hui utilisent, ne tient pas seulement à une différence de taille, mais aussi et surtout à une autre fonction. Car dans le film en question, les canifs servent à couper les fils des boutons et pas à entrer dans le corps de « l’adversaire ». Ces boutons sont donc les médiateurs fondamentaux de la violence ici symbolique et non réelle. Certes, violence il y a: l’humiliation de rentrer en tenant son pantalon à deux mains, la colère parentale qui ne comprend rien à la disparition systématique de ces boutons, les effets de cette colère, etc. Mais il n’empêche que le couteau ou canif jamais n’attaque l’autre directement et que la situation est à tout moment réversible. Une fois c’est une bande qui a le dessus, une fois c’est l’autre et cela peut recommencer à l’infini.

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Le bouton est ainsi devenu dans cette histoire le médiateur intelligent qui permet de « canaliser la violence » comme dit le monsieur ; de la ritualiser. 
Quant à l’école qui ne saurait plus « canaliser » cette violence, Bécassine en a assez de l’entendre. Non qu’elle souscrive au renoncement à la Loi que l’École dans son étrange christianisation inconsciente a intégré au nom de la compréhension et de la fausse charité qui va avec; loin s’en faut et elle s’est assez battue à ce sujet avec ses collègues (symboliquement s’entend puisqu’elle sait parler; autre médiation fondamentale entre l’autre et moi, et l’extrême pauvreté linguistique des élèves explique autant que l’absence de Loi les passages à l’acte pour cause de dé-symbolisation fatale), mais elle fatigue devant le refus de voir que l’École n’est pas déliée de l’histoire et que notre époque n’offre plus aux adolescents en question la moindre initiation qui leur permettrait d’intégrer leurs pulsions. Et qu’elle favorise même cette violence que les professeurs devraient « canaliser » !
Un canal manque, c’est certain. Il s’appelle le symbolique et sa disparition signera la nôtre.

Trois puissances globales associées: la France, les Emirats Arabes Unis et l’Inde

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Le ministre des Armées Sébastien Lecornu rencontre son homologue M Rajnath Singh, à New Delhi, 28 novembre 2022 © Sonu Mehta/Hindustan Times/Shutt/SIPA

Dans un monde où il devient de plus en plus difficile de déterminer qui sont nos alliés, et surtout de pouvoir compter sur eux, la déclaration conjointe entre la France, l’Inde et les Émirats arabes unis est porteuse d’un certain espoir. 


Le 4 février 2023, ces trois pays si différents les uns des autres ont convenu ensemble d’agir de manière coordonnée sur des sujets stratégiques majeurs, notamment l’énergie et la protection de la biodiversité.

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Ce rapprochement a commencé le 19 septembre 2022, en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York, date de la première rencontre dans un format trilatéral pensé pour répondre à des défis qui commandent des actions communes et fédératrices. Cette union tire sa logique des positions géographiques des trois pays engagés. C’est malheureusement parfois oublié, mais la France est présente sur tous les océans du globe. Avec un espace maritime de 11 millions de kilomètres carrés, la France est la deuxième puissance maritime mondiale en termes de superficie. En 2020, une information passait d’ailleurs un peu inaperçue, relative à l’Océan Indien ; les Nations Unies autorisaient notre pays à étendre son territoire sous-marin de 150 000 km2 au large de la Réunion et des Terres australes et antarctiques. Cela porte désormais notre espace à 730 000 km2 de sols et sous-sols au fond des océans, avec une option sur 500 000 km2 supplémentaires.

Entre Paris et Dubaï, c’est quasiment la lune de miel !

Le 3 décembre 2022, accompagné d’une importante délégation de ministres et de dirigeants d’entreprises, Emmanuel Macron avait déjà signé plusieurs accords avec l’émirat. Un succès qui a encore renforcé les liens étroits entre cet acteur majeur du Moyen-Orient et la France, son partenaire occidental le plus fidèle. Ainsi, les Emiratis vont-ils faire l’acquisition de 80 Rafales fabriqués par le constructeur Dassault Aviation, une commande d’un montant de 16 milliards d’euros qui a grandement satisfait Eric Trappier, directeur général du groupe, et son partenaire Tarek Abdul Raheem Al-Hosani, PDG de Tawazun Economic Council.

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Nos accords sont solides car ils se fondent sur une longue expérience. Depuis la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, les partenariats militaires et culturels se sont multipliés. Officiellement inaugurée le 26 mai 2009, la base militaire française d’Abu Dhabi compte 700 hommes et est équipée des armements les plus performants, à l’image du VBCI issu d’une collaboration entre Nexter Systems et Renault Trucks Défense. Sur le plan culturel, le Louvre d’Abu Dhabi est une vitrine de prestige pour la France et ses arts, visité par les élites asiatiques et africaines qui ont fait du pays du Golfe l’une de leurs destinations privilégiées de villégiature. Mais les collaborations ne s’arrêtent pas là, Alstom ayant par exemple livré le tramway de Dubaï.

Un accord tripartite signé alors que s’approche la COP 28 de… Dubaï

L’accord tripartite est donc la poursuite d’une politique profitable, mais aussi l’affirmation de nouvelles ambitions avec l’Inde qui devient la première puissance démographique du monde et qui est un élément majeur des BRICS. Les enjeux de protection de l’environnement, de plus en plus importants et scrutés avec attention par les opinions publiques mondiales, singulièrement occidentales, n’ont pas non plus été oubliés. Les trois pays étudient la possibilité de travailler conjointement avec l’Association des pays riverains de l’Océan Indien, l’initiative trilatérale pouvant désormais servir de plateforme et de force de proposition pour d’importants projets durables destinés à lutter contre la pollution par les plastiques à usage unique ou la sécurité alimentaire.

La COP 28 organisée à Dubaï fin 2023 pourrait être l’occasion pour ce trio de montrer que le progrès technologique peut rimer avec les Accords de Paris. Les questions de l’énergie seront probablement au centre de ces interrogations, les Émirats et la France étant en pointe respectivement dans l’énergie solaire et le nucléaire… et l’Inde étant de son côté l’un des plus gros consommateurs d’énergie au monde. Nous, Français, trouverons aussi dans cet accord une ébauche de solution pour faire face aux pénuries de médicaments et de molécules simples. L’Inde bénéficie en effet d’une d’industrie pharmaceutique compétitive, à même de nous offrir une route alternative à celle de la Chine.

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Sur le plan militaire, les trois pays ont aussi à y gagner. Mohammed Ben Zayed sait désormais pouvoir compter sur deux grandes armées, l’une en volume et l’autre en expertise, qui lui permettent de poursuivre son développement afin d’être une grande puissance militaire régionale autonome capable de garantir pleinement sa souveraineté dans une région parfois turbulente où sa situation géographique en fait la « gardienne des détroits ». Tous ces projets vont se concrétiser dans le temps, en fonction d’un agenda déjà chargé. L’Inde préside actuellement le groupe des vingt (G20).

Cette initiative originale montre que le multilatéralisme est l’avenir des relations internationales. Il ne s’agit pas de la multipolarité porteuse de dangers, mais bien de partenariats co-construits dans le respect des intérêts de chacun des États engagés. Ici, trois leaders régionaux et puissances globales d’ères civilisationnelles différentes ont décidé d’écrire un futur possible dans un monde plus que jamais incertain où les questions énergétiques et militaires doivent être rapidement résolues.

Ras-le-bol de la droite bien-pensante!

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L'ancienne députée LR Valérie Debord, vice-présidente de la région Grand Est, n'est pas abonnée à "L'Incorrect". Paris, novembre 2016 © WITT/SIPA

Couverture de L’Incorrect: halte au sectarisme de la droite bien-pensante! Une tribune libre de l’enseignant Kevin Bossuet


Coup de tonnerre chez Les Républicains : Guilhem Carayon, porte-parole du parti et président des Jeunes Républicains, a osé débattre avec Stanislas Rigault (président de Génération Zemmour) et Pierre-Romain Thionnet (président du mouvement de jeunesse du Rassemblement national) dans les colonnes du magazine L’incorrect !

En effet, dans le cadre d’un entretien croisé, les trois jeunes responsables politiques ont longuement échangé en insistant notamment sur leurs nombreux points communs dont certains sont au cœur de leur engagement militant, laissant entrevoir un espoir, voire une ouverture, chez tous les partisans de la stratégie de « l’union des droites ».

Guilhem Carayon (LR), Stanislas Rigault (Reconquête) et Pierre-Romain Thionnet (RN) en une du magazine « L’Incorrect ». D.R.

Il faut dire que la couverture de L’Incorrect, magazine lancé en 2017 par des proches de Marion Maréchal, est assez tapageuse. On y voit les trois jeunes compères posant tout sourire sur un fond gris-bleu au-dessous d’un titre que les observateurs de la vie politique les plus espiègles qualifieront bien volontiers de putaclic: « Les Républicains, Reconquête !, Rassemblement national. Les jeunes coupent le cordon ! ». De quel cordon s’agit-il ? Celui très ombilical qui relie les trois poupons à leur mentor respectif ou celui beaucoup « plus sanitaire » qui, fixé par la gauche et ses alliés, voudrait les empêcher de débattre et d’échanger ? Quoi qu’il en soit, il n’en n’aura pas fallu plus aux sempiternelles pleureuses de la grande famille LR pour s’offusquer.

Comment peut-on se revendiquer de la droite et passer son temps à se prostituer sur les trottoirs idéologiques de la gauche bobo en faisant des procès dignes de ceux de l’Inquisition ?

C’est le cas par exemple de François Durovray, président du Conseil départemental de l’Essonne qui a dénoncé dans un tweet le caractère « inadmissible » d’une interview qui amène « une confusion funeste » tout en demandant à Eric Ciotti la tête de Guilhem Carayon ; envolée numérique saluée par le député de l’Aisne Julien Dive. Valérie Debord quant à elle, vice-présidente du conseil régional du Grand Est, a affirmé que « la droite et l’extrême droite n’ont pas à dialoguer » car « nos valeurs ne sont pas compatibles ».  Enfin, Eric Diard, ancien député LR, a mis en avant « une faute » qui « va dans le sens de l’extrême droite ». Bref, vous l’aurez compris, les proches de Xavier Bertrand lequel, rappelons-le, préfère être « avec les communistes qu’avec les identitaires » ou encore les amis idéologiques d’Aurélien Pradié lequel, à l’Assemblée nationale, se fait applaudir par la Nupes, s’en sont donnés à cœur joie.

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Or, beaucoup se sont arrêtés à la couverture du magazine sans lire l’interview, sinon ils se seraient rendu compte que même si Guilhem Carayon reconnaît avoir des points communs avec Stanislas Rigault et Pierre-Romain Thionnet, il reste convaincu que « le candidat de LR sera non seulement capable de remporter une élection présidentielle mais aussi et surtout de relever les défis immenses auxquels est confronté notre pays ». On est ici bien loin d’un effacement de la droite ou d’une union des droites au profit d’une candidature unique autour d’une Marine Le Pen ou d’un Eric Zemmour. Guilhem Carayon marche clairement dans les pas d’Eric Ciotti qui a toujours défendu « une ligne d’indépendance » vis-à-vis d’Emmanuel Macron comme du Rassemblement national autour d’un candidat issu de la droite classique.

Il faut dire que la question de l’union des droites semble avoir été tranchée au cours de la dernière élection présidentielle. Des divergences de fond, notamment au niveau économique, rendent pour l’heure incompatibles des alliances entre LR, le RN et « Reconquête ! ». Effectivement, il est évident par exemple qu’un Pierre-Romain Thionnet (RN) qui est un souverainiste convaincu opposé au libéralisme économique et très attaché à cette France populaire qui constitue le cœur de l’électorat mariniste ne peut pas totalement s’entendre avec un Guilhem Carayon (LR) qui est économiquement plus libéral et beaucoup moins radical sur la question européenne. En outre, le fait que Marine Le Pen (23.15%) se soit imposée de manière aussi magistrale au premier tour de l’élection présidentielle de 2022 face à Valérie Pécresse (4.78%) et à Eric Zemmour (7.07%) démontre à quel point cette dernière domine le jeu à la droite de l’échiquier politique. D’ailleurs, cette dernière a toujours été contre l’union des droites qu’elle qualifie de « fantasme réducteur ». Quant à Jordan Bardella, il a toujours trouvé ce concept inadapté car d’après lui le but du Rassemblement national est de « rassembler tous ceux qui sont attachés à la nation française, à droite et à gauche ».

En fin de compte, que reprochent tous ces gens à Guilhem Carayon ? D’avoir osé échanger quelques mots avec Stanislas Rigault et Pierre-Romain Thionnet, qui, comme chacun le sait, incarnent le fascisto-nazillo-poutino-pétainisme qui rappelle évidemment les heures des plus sombres de notre histoire depuis au moins Charlemagne voire depuis l’homme de Néandertal ? D’avoir participé à une orgie idéologico-satanique organisée par un rabatteur très à droite et d’affirmer en plein ébat verbal qu’il est d’accord avec ses partenaires d’un jour sur des sujets comme l’identité, le wokisme, l’éducation ou encore l’immigration ? D’avoir osé franchir une ligne rouge qui n’existe plus que dans l’imaginaire peu fécond d’une gauche et d’une droite bien-pensantes complètement à la dérive ?

A ne pas manquer, notre nouveau numéro en kiosques: Causeur: Rééducation nationale «Stop au grand endoctrinement!»

Plus sérieusement, comment est-il possible dans une démocratie telle que la France de reprocher à quelqu’un de débattre et d’échanger? Comment est-il possible de condamner un responsable politique qui ne cherche juste qu’une seule chose: confronter ses idées ? Comment peut-on se revendiquer de la droite et passer son temps à se prostituer sur les trottoirs idéologiques de la gauche bobo en faisant des procès dignes de ceux de l’Inquisition ?

Il suffit de discuter avec des électeurs et des militants de droite pour se rendre compte à quel point ils ne supportent majoritairement plus toutes ces postures qui ont provoqué l’effondrement de leur famille politique. Il suffit de sortir de son petit milieu capitonné et de converser avec des gens non politisés pour s’apercevoir à quel point toute cette comédie antifasciste les dégoutte au plus haut point. Les Français veulent d’abord et avant tout qu’on règle leurs problèmes et n’en peuvent plus de tous ces tabous inventés par la gauche et relayés par une partie de la droite, et qui ont notamment produit une explosion de l’insécurité ou encore une baisse dramatique du niveau scolaire.

Car, soyons-en convaincus, plus on empêche le débat de se dérouler sereinement en fixant des verrous moraux de pacotille qui empêchent les gens de penser ou de parler, plus la démocratie s’en retrouve abîmée. Plus on ressort la grosse ficelle du cordon sanitaire contre l’extrême droite, plus l’abstention ne cesse de progresser. Guilhem Carayon, Stanislas Rigault et Pierre-Romain Thionnet l’ont évidemment compris et c’est d’abord et avant tout pour cela qu’ils acceptent de faire bouger les lignes d’un vieux monde politique devenu avec le temps extrêmement poussiéreux et foncièrement inintéressant. Ils incarnent assurément cette génération qui souhaite s’affranchir des pesanteurs du passé et qui refuse de s’autocensurer pour mieux reconstruire, chacun dans leur mouvement respectif, un pays qui en a bien besoin.


Amélie Oudéa-Castéra: loin du but!

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Amélie Oudéa-Castéra

La ministre des Sports, Amélie Oudéa-Castéra, vient de faire une gaffe en tentant de se réconcilier avec les fans de Liverpool (injustement accusés des violences autour du Stade de France lors de la dernière finale de Champions League). 


Mercredi 1er mars, devant l’Assemblée nationale où elle répondait aux questions des députés au sujet de l’organisation des Jeux olympiques de 2024, la ministre des Sports, Amélie Oudéa-Castéra, a annoncé qu’elle voulait faire un geste amical envers les supporters de Liverpool en les invitant à un des matchs de la Coupe du monde de Rugby cette année. L’évènement est organisé en France à partir du 8 septembre prochain.

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L’Angloy a la rancune tenace

Le geste est motivé par le double tort subi par les fans de l’équipe du nord-ouest de l’Angleterre lors de la finale de la Ligue des champions, le 28 mai 2022 : d’abord agressés, d’un côté par des hordes de voyous et de l’autre par les forces de l’ordre, ils se sont vus accusés injustement par les ministres de l’Intérieur et des Sports d’être responsables du chaos en cherchant à pénétrer dans le stade avec de faux billets. Les excuses présentées l’année derrière par M. Darmanin n’ont pas été acceptées par tous les fans. Le 21 février, un nouveau match opposant Liverpool et Real Madrid a vu les Anglais déplier des banderoles qui représentaient les ministres français affublés chacun d’un nez à la Pinocchio. Le message était clair.

Fair play diplomatique

La nature exacte de l’invitation dont parle Mme Oudéa-Castéra n’a pas encore été précisée. S’agit-il de billets gratuits ou à prix réduit ? Et combien seraient réservés aux supporteurs anglais ? 

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En tout cas, le journaliste vétéran britannique, John Lichfield, dans un article publié le 2 mars dans Politico, a dénoncé à la fois l’ignorance et le manque de doigté diplomatique de la ministre. Car il est évident que les dévoués du ballon rond et ceux du ballon ovale constituent deux groupes différents dont les membres se recoupent rarement. Combien de fois en France ai-je moi-même entendu la question : « Vous êtes foot ou rugby ? » En particulier, il existe des différences sociologiques et géographiques entre les deux tribus outre-Manche. Comme le précise John Lichfield, le football est un sport particulièrement apprécié par les classes ouvrières. Le rugby, qui reste associé (quoique non exclusivement) aux écoles privées, voire huppées, est majoritairement le sport des classes moyennes. Selon une définition traditionnelle, « le rugby est un sport de sauvages pratiqué par des gentlemen, et le football est un sport de gentlemen pratiqué par des sauvages ». Pour comble, John Lichfield rappelle que, si Manchester a deux équipes de football et une équipe de rugby (les Sale Sharks) de haut niveau, Liverpool n’a aucune équipe de rugby de catégorie supérieure. Il conclut que la ministre a commis une faute au sens footballistique du terme. Macronie et ovalie ne se mélangent pas facilement. On peut même dire que Mme Oudéa-Castéra a marqué un but contre son propre camp.

Je vous salue Morrissey

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Morrissey ©Bridgeman

Morrissey est sur la scène de la salle Pleyel pour deux concerts exceptionnels. L’occasion rare d’entendre la voix de velours de ce chanteur réac’n’roll.


The Queen is dead, la chanson éponyme de l’un des plus célèbres albums du groupe culte de Manchester, The Smiths, a résonné partout dans le monde à la mort d’Elizabeth II. Elle fera sans aucun doute vibrer la salle Pleyel les 8 et 9 mars prochain, car Morrissey, le chanteur du groupe (dont il s’est séparé en 1987), y donnera deux concerts exceptionnels. Les fans sont déjà en transe.

En Amérique du Sud, certains fans lui dédient des autels

Exceptionnel, le mot est faible, parce que les apparitions de Steve Patrick Morrissey sont rares et qu’elles sont donc l’objet d’un véritable culte. Cet artiste à la voix de baryton envoûtante se double d’une diva, d’un trublion qui prend un malin plaisir à dire ce qu’il pense, quitte à heurter la doxa médiatique. Ce showman d’exception qui, au début de sa carrière, montait sur scène avec des glaïeuls dans la poche de son jean pour les jeter dans le public, donne aujourd’hui dans la provoc’ politique. Ainsi, depuis une quinzaine d’années, il n’a de cesse de répéter que l’identité britannique est en péril, qu’il faut mettre fin à l’immigration massive – celle en provenance des pays musulmans en particulier ; et en 2019, invité d’un célèbre show télévisé américain, animé par Jimmy Fallon, il arbore un badge du parti anti-islam britannique : For Britain.

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La brigade de la pensée correcte ne tarde pas à réagir. Les affiches de son album California Son sont retirées de l’espace public et, geste fort symbolique, le patron de la boutique de disques la plus ancienne au monde, située à Cardiff au pays de Galles, déclare qu’il ne vendra plus jamais les disques du « Moz ». Une entreprise de « cancellation » en bonne et due forme… Le quotidien de gauche The Guardian va même jusqu’à harceler certains de ses musiciens en leur intimant l’ordre de cesser de jouer avec lui. De ce côté-ci de la Manche, Christian Fevret et Serge Kaganski, qui ont créé le magazine Les Inrockuptibles par admiration, que dis-je, par dévotion pour Morrissey, admettent que ses prises de position sont devenues « problématiques », mais n’appellent pas à son boycott.

Après avoir été, dans sa jeunesse, un croisement entre James Dean et Oscar Wilde, il est devenu le Elvis britannique. Les deux artistes ont en partage un charisme hors du commun, une façon de bouger unique, une voix extraordinaire. Moz a aussi inventé une façon de chanter : des mélopées entêtantes qui tournent en boucle et se font hypnotiques. En Amérique du Sud, certains fans lui dédient des autels ; le voilà déifié. Morrissey est une idole au sens strict du terme, un saint que l’on vénère. Rien de plus normal dans cet univers du rock’n’roll qui est le dernier avatar du christianisme, et plus précisément du catholicisme, avec son cortège de saints, de Vierges, de rituels sophistiqués et de communions des fidèles – le public – qui participent de la pompe de cette liturgie flamboyante.

Morrissey en concert à la salle Pleyel les 8 et 9 mars 2023 à 20 heures.

www.sallepleyel.com

Portrait de ville du 3ème type

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© Ecce Films

Voilà ce qui s’appelle un « film d’auteur ». Comédien, scénariste, réalisateur, le tout jeune et bien doué Martin Jauvat s’est déjà fait connaître par deux courts métrages, Mozeb, et Les vacances à Chelles
Pour son premier « long », ce natif de la banlieue reste en terrain connu: ce qu’il est convenu d’appeler emphatiquement le Grand Paris – le titre vaut programme.  
Une paire de branques issus du 93, Leslie (Mahamadou Sangaré) et Renard (Martin Jauvat), meilleurs potes et glandeurs intégraux, se retrouvent à poireauter dans la petite gare de Saint-Rémy-les-Chevreuse, chargés d’un deal médiocre qui part en eau-de-boudin. Amorce, pour les deux lascars (le premier, noir à dreadlocks en survet à l’enseigne du « Grand Paris », le second, blanc-bec binoclard, brun aux mèches jaune canari) d’un périple en grande couronne, qui les conduira de l’arrêt La Hacquinière, à Bures-sur-Yvette, dans les Yvelines, jusqu’à Cergy-Pontoise et son fameux Axe majeur, en passant par les Lilas, Romainville et sa tour, et autres stations peu engageantes :  dérive d’un jour et d’une nuit, ponctuées de rencontres improbables, dans ce territoire dénaturé de l’Ile-de-France investi par le tentaculaire chantier périurbain du « Grand Paris Express », la future ligne de métro sensée connecter entre elles les périphéries sans cesse extensibles de la capitale. De la banlieue, il va sans dire que nos deux compères ont l’idiome classique en bouche à chaque réplique (« ma gueule », « frérot », « de ouf », « j’suis grave chaud », etc.). Sur ce registre, il faut reconnaître au film un vérisme croustillant. 

Martin Jauvat et Mahamadou Sangaré © Ecce Films / JHR Distribution

Fil conducteur de cette échappée belle, un mystérieux « artefact » en forme de galette hiéroglyphée, ramassé par hasard par nos deux débiles dans les eaux qui baignent la souche d’un viaduc de béton en construction, promis à recevoir les rames de ce fameux métro du XXIème siècle. Derrière l’aimable loufoquerie et la dérision souvent hilarante d’un road-movie dont les étapes nous feront croiser un  étudiant à Sciences Po sans le physique de l’emploi, une jeune fille pavillonnaire et rappeuse, un livreur « bac + 3 » de sandwich en camionnette, un archéologue amateur féru de complotisme et accessoirement contrôleur de la RATP, Grand Paris se signale surtout comme un « portrait de ville » gentiment acide. Panoramiques, longs travellings diurnes et nocturnes, nous peignent un univers de plots, de palissades, de grues, de tours, de friches urbaines, dans la désolation duquel la caméra désenchantée de Martin Jauvat se balade: à pinces, en train, en voiture, en moto… jusqu’au terme de cette odyssée morose et drolatique, lorsque prend consistance le rêve de fuir la cité pour un bain de mer. Mais aussi, dans un dénouement onirique, inventif et farceur, pour atteindre au nirvana extraterrestre, la galette magique offrant à Leslie et Renard une rencontre du 3ème type.  

Grand Paris. Film de Martin Jauvat. Avec Mahmadou Sangaré, Martin Jauvat, William Lebgjil, Sébastien Chassagne. France, couleur, 2022.  En salles le 29 mars 2023.

Le sacre du sacré

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La journaliste Sonia Mabrouk © D.R

Le nouvel essai de Sonia Mabrouk appelle les Occidentaux à renouer avec le sacré, cet absolu qui nous échappe. C’est une nécessité dont dépend notre avenir.


Sonia Mabrouk, qui parle si bien des autres, parle encore mieux d’elle-même. En quelques pages, on lit avec émotion ses souvenirs de Djerba ou de Turquie. La mémoire de la talentueuse journaliste vient peut-être de l’autre côté de la Méditerranée, là où le muezzin remplace le son des cloches, mais on comprend vite que c’est le même langage. Peu importe qu’il s’agisse d’une synagogue, d’une mosquée ou d’une église, au fond, la solennité du sacré est universelle.

éd. L’Observatoire

Sonia Mabrouk l’ignore peut-être, mais il est une chose qu’elle dénonce avec fermeté, c’est le remplacement camusien, central dans la pensée du châtelain de Plieux. Le premier remplacement décrit par Mabrouk (le mot est utilisé), c’est celui du sacré par la science, la science qui s’empare du rationnel pour l’ériger en nouvelle religion. Sauf que, et la journaliste l’explique très bien, la science ne peut pas être une religion, en ce sens qu’elle cherche à anéantir le sacré. Faut-il s’opposer à la science ? En aucun cas, si la science accepte de coexister avec le sacré, avec l’inexplicable, avec l’irréductible irrationnel.

Le vide trouve également son importance chez Sonia Mabrouk : le vide, ce peut être la profondeur d’un livre, ce peut être l’immensité paisible et la fraîcheur d’une église de campagne ; il est si paradoxal et si beau qu’il nous comble entièrement.

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Ce n’est pas tant que « ce qui se paie n’a guère de valeur », c’est plutôt que ce qui ne s’achète pas est infiniment plus précieux. Ainsi, « en misant sur un matérialisme postmoderne, ils [les Européens] précipitent leurs peuples dans l’abîme ». Le confort matériel étant devenu l’horizon indépassable des sociétés consuméristes contemporaines, il nous est nécessaire de revenir au sacré pour le dépasser. Aussi, l’idée de « dépossession », particulièrement mise en valeur au cours de l’année 2022, fait-elle surface : « Ne devenons pas des dépossédés du sacré ».

Le sacré : boussole civilisationnelle

Décrivant « l’atonie » des chrétiens d’Occident, qui ont honte de leur foi, Sonia Mabrouk appelle à leur éveil. Le président turc Erdogan, lui, n’hésite pas à faire du sacré un moyen puissant d’unification de son peuple, dirigé vers une chrétienté européenne affaiblie, fatiguée, qui ne croit ni en Dieu ni en elle-même. « Aujourd’hui, la modernité et le nihilisme nous éloignent de plus en plus de l’animal métaphysique que nous étions. » Sans verticalité, sans hauteur de vue, matérialiste, l’Occidental n’est plus au centre du monde : il perd ce qui faisait sa valeur, cet universel qu’il n’est plus capable d’imposer.

Alors, il nous faut apprendre à renoncer pour reconquérir – ensemble et seul – le sacré. Renoncer au contrôle de tout, au raisonnable ou au rationnel partout. Renoncer, se laisser aller, et surtout, se poser des limites. L’élégance du renoncement, le retour au sacré : voilà bien ce qui a sauvé Sonia Mabrouk, et qui pourrait nous sauver. Car enfin, nous pourrons répondre à cette question qui nous tourmente tous : « De ce que nous avons aimé, que restera-t-il ? »

Sonia Mabrouk, Reconquérir le sacré, éd. L’Observatoire, 2023.

Reconquérir le sacré

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