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Sérieusement, «Libération»?

Quand il évoque les menaces émanant des groupuscules à l’ultra-droite ou à l’ultra gauche, le quotidien de gauche fait preuve ces derniers temps d’un étonnant deux poids deux mesures. Un peu comme pour la menace islamiste. Causeur fait le point.


Dernière minute ! Après la polémique liée à une manifestation d’ultradroite samedi à Paris, le ministre de l’Intérieur a annoncé ce mardi à l’Assemblée nationale avoir demandé aux préfets d’interdire toute manifestation de ce type à l’avenir. « Les préfets prendront des arrêtés d’interdiction et nous laisserons les tribunaux juger de savoir si la jurisprudence permettra en effet de tenir ces manifestations » a-t-il notamment dit à la députée de gauche Francesca Pasquini, qui lui reprochait la manifestation du samedi 6 mai.

Libération, un quotidien “sérieux” et “pas chiant à lire”?

« Oui, Libé est et restera un quotidien de gauche. Mais cet engagement politique n’empêche pas que cela soit un quotidien sérieux sur le plan journalistique. Et Libé a une qualité essentielle : il n’est pas chiant а lire » avait déclaré son directeur général, Denis Olivennes, dans un entretien au Point, en 2020. Libération est actuellement le chantre de l’extrême gauche. Sans craindre le ridicule, les journalistes y usent et abusent d’expressions politiques anachroniques, de sous-entendus démodés, de réflexions outrancières et pathétiques. On patauge dans le pathos gauchiste. Quand il s’agit d’inverser le réel, de dénoncer « l’extrême droite » ou de flirter avec l’islamo-gauchisme, cela peut atteindre des hauteurs stratosphériques. À titre d’exemple, le numéro du vendredi 5 mai vaut vraiment le détour, on ne regrette pas ses 2,70 euros.


Comment réussir à ne rien dire sur les blacks blocs et autres antifas d’extrême gauche (voir notre dossier actuellement en kiosques) qui profitent des manifestations contre la réforme des retraites pour brûler et piller des commerces, incendier des voitures, détruire le mobilier urbain et agresser les forces de l’ordre ? Rien de plus simple: il suffit de décrire un danger fantasmatique, de le monter en épingle, d’en faire des tonnes pour effrayer le lecteur et surtout pour lui cacher la vérité sur l’origine politique et idéologique des véritables casseurs. Comme les journalistes de Libé n’ont pas pu, et pour cause, imputer à des groupes de « nazis » les récentes exactions lors des manifestations, ils nous ont resservi, réchauffé, le mensonge qui fut le prétexte à leur incroyable Une du 16 décembre 2022, deux jours après le match France-Maroc : “Nuit bleue, peste brune”. Cette nuit-là, les journalistes de Libé ont vu un « sinistre augure des violences d’extrême droite », écrivent-ils aujourd’hui. Chagriné d’avoir été raillé par votre serviteur ou par Amaury Bucco (Cnews) et Gilles-William Goldnadel (Valeurs actuelles), le quotidien consacre sa Une du 5 mai et les quatre pages suivantes à « la descente avortée des “nazis des temps modernes” », c’est-à-dire à l’arrestation d’une quarantaine de militants d’ultra droite prévoyant, semble-t-il, de faire le coup de poing avec des supporters marocains lors de la Coupe du monde de football. Rappelons que la seule « descente » d’envergure qui eut lieu cette nuit-là fut celle de jeunes Français d’origine maghrébine contre la communauté gitane de Montpellier, suite à la mort d’un jeune homme fauché par une voiture… Libération évita soigneusement d’entrer dans les détails de cette « gitannade » et préféra délirer sur de fantasmées « hordes de fachos déployées ici ou là dans l’hexagone ».

La France (de gauche) a peur

Alexandra Schwartzbrod, la directrice adjointe de la rédaction du quotidien, aime à se faire peur et à faire peur à ses lecteurs. Son édito du 5 mai sort du même tonneau que celui du 16 décembre. « Les documents que nous révélons font froid dans le dos, écrit-elle. Ils nous expliquent que ce sont des néonazis qui ont voulu s’en prendre aux supporteurs marocains. […] Il faut aller jusqu’au bout de ce récit malgré la nausée qui nous saisit à certains moments. » Il y aurait de quoi avoir les chocottes si cela n’était pas aussi grotesque. L’extrême droite, Éric Zemmour et le député RN Grégoire de Fournas contribueraient à « attiser la haine envers toutes celles et ceux qui ne sont pas blancs », et le gouvernement, plutôt que de concentrer ses attaques sur LFI, ferait mieux d’empêcher la montée du RN, écrit l’éditorialiste avant de se rendre sur le plateau de France Info où elle a son rond de serviette.

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Enquête exclusive

« Libération révèle les coulisses de l’opération qu’une quarantaine de militants d’ultra droite entendait mener cette nuit du 14 décembre. » Impatient de découvrir les révélations que promet le journal, nous poursuivons notre lecture. Le long et fastidieux dossier qui suit, censé nous donner des sueurs froides, contient les CV de quelques-uns des militants d’ultra droite arrêtés le soir du match. Rien que de très banal : un « néonazi aristo », une paire d’excités nostalgiques du IIIe Reich, un quartette de suiveurs qui aiment se battre, un brelan de décérébrés alcooliques – c’est, en gros, l’effectif des « hordes nazies » qui s’apprêtaient à fondre sur les supporters marocains ce fameux soir du 14 décembre. Ces terrifiants et « authentiques nazis des temps modernes » n’ont pas l’air très futés – en tout cas, ils le sont beaucoup moins que les centaines de blacks blocs d’extrême gauche qui parviennent, eux, à échapper aux filatures, aux fichages et, donc, aux arrestations préventives qui soulageraient pourtant les manifestants pacifiques, les paisibles commerçants, les policiers, les gendarmes et les pompiers.

Manifestation sauvage contre la réforme des retraites à Rennes, 15 avril 2023 © Justin Picaud/SIPA

Curieusement, Libération est dans l’incapacité de révéler quoi que ce soit sur les milices de la “Jeune Garde Antifasciste” et sur son chef de file Raphaël Arnault. Réputé pour ses appels à la violence (mais attention, c’est pour contrer l’extrême droite, c’est pas pareil), cet ami de Jean-Luc Mélenchon et de Louis Boyard a récemment été invité à l’Assemblée nationale par Aurélien Taché et la Nupes pour discuter des moyens de combattre… « le terrorisme d’extrême droite ». On se pince. Pourquoi ne pas convier dans l’hémicycle Edwy Plenel, afin de discuter avec lui des moyens à mettre en œuvre pour lutter contre « l’islamophobie et le racisme systémiques » en France, tant qu’on y est ?

Pendant ce temps-là, l’extrême-gauche brûle du flic

L’inénarrable Claude Askolovich ne pouvait pas ne pas faire la publicité de ce numéro de Libé sur France Inter. Trop occupé à chanter les louanges de l’immigration, du multiculturalisme et du wokisme, Claude Askolovitch n’a lui non plus rien à dire sur les exactions des groupuscules d’extrême gauche ayant mis le feu aux poubelles, aux immeubles, aux voitures et même aux policiers lors des dernières journées de protestation contre la réforme des retraites. Par conséquent, il reprend à son compte l’information de Libé sur ces 40 « jeunes gens pétris de haine » et omet de parler de ces centaines de gentils garçons qui détruisent tout sur leur passage et cherchent à casser du flic lors des manifs. Libération et Askolovitch se pommadent la conscience mutuellement, sans jamais déroger aux principes basiques et mensongers de la gauche médiatique – l’inversion du réel constituant la pierre angulaire de cet édifice idéologique.

A lire aussi: Qui en veut vraiment à Florence Bergeaud-Blackler?

Mais revenons au Libé du 5 mai. On y apprend, page 6, que Jean-Luc Mélenchon est un homme politique tout ce qu’il y a de conciliant et à qui il est « très malhonnête de reprocher une forme d’apologie de la violence ». Le quotidien ne voit aucun lien entre la façon qu’a LFI de s’opposer au gouvernement et la violence des blacks blocs. Il sera intéressant de voir de quelle manière ce « journal sérieux » traitera, s’il la traite, l’information récente concernant l’élu LFI Christophe Prudhomme. Lundi 8 mai, ce dernier a en effet scandé, accompagné d’une troupe de joyeux lurons robespierristes, un slogan douteux devant le siège de Renaissance: « Louis XVI, on l’a décapité, Macron, on peut recommencer ». Mais sans doute est-il « malhonnête » de voir là une « forme d’apologie de la violence ».

Libération plus intéressé par la prose de François Burgat que par celle de Florence Bergeaud-Blackler

Nous tournons les pages et tombons cette fois sur un article dont l’objectif est de mettre en doute le sérieux du travail de Florence Bergeaud-Blackler. Son livre sur les Frères musulmans [1] créerait un « certain malaise chez les chercheurs ayant, pour certains, travaillé avec elle ». Au détour d’une phrase, les journalistes précisent, pour déprécier son travail, que Mme Bergeaud-Blackler n’est « ni historienne, ni politiste, ni sociologue », comme si sa formation anthropologique et ses 30 ans de recherches sur le sujet valaient pour rien. Les mêmes relativisent et laissent planer le soupçon du mensonge : « L’anthropologue affirme recevoir des menaces de mort sans toutefois en préciser l’origine ». La suite est à l’avenant. Sur Twitter, Florence Bergeaud-Blackler précise avoir demandé à plusieurs reprises à Simon Blin (l’un des deux journalistes de Libé ayant écrit cet article sournoisement à charge) de l’interviewer sur le contenu de son livre. Simon Blin a refusé. Normal: pour parler du contenu de ce livre il aurait fallu le lire. Or, Simon Blin s’est contenté de citer les réflexions acides de l’islamophile et antisioniste compulsif François Burgat. Cet « islamologue » médiapartien, ami de Tariq Ramadan et admirateur du Hamas, a toujours eu les yeux de Chimène pour le mouvement frériste qu’il compare aux mouvements révolutionnaires anticapitalistes et anti-impérialistes d’Amérique du Sud, le castrisme en particulier. Sur son compte Twitter, François Burgat, enivré d’avoir été si complaisamment cité par Libé, écrit : « Après le “J’accuse” de Zola, le magistral coup d’épingle de Libé qui dégonfle la vilaine baudruche nauséabonde du “frérisme” ! Article historique ! » Historique, assurément, c’est ce que pensent les islamistes. La lecture du Libé du 5 mai leur a permis d’affiner la liste des plus éminents idiots utiles à leur cause hégémonique, ces alliés de circonstance pour lesquels ils n’éprouvent que du dégoût. L’histoire nous enseigne pourtant qu’une fois parvenus à leurs fins, les révolutionnaires (léninistes, maoïstes, castristes, islamistes) estiment le plus souvent que ces « alliés » ne leur sont plus d’aucune utilité, voire même qu’ils sont devenus nuisibles – il s’ensuit le plus souvent quelques opérations aussi sommaires qu’efficaces, purges, procès, emprisonnements et exécutions ne surprenant que les idiots devenus inutiles et ne comprenant généralement pas comment ils ont pu arriver là, devant la porte du cachot ou au pied de l’échafaud où ils se promettaient pourtant de traîner leurs adversaires.

A relire: Nupes: la gauche soumise

Oui, les mélenchonistes et les islamistes pensent que Libé n’est pas chiant à lire. Les premiers aspirant au Grand soir révolutionnaire, les seconds à un califat européen – et chacun croyant se jouer de l’autre en s’alliant avec lui – ils apprécient la simplicité retorse avec laquelle le quotidien sert leur cause en ne désignant qu’un ennemi à abattre, « l’extrême droite ». Pour le moment, chacun y trouve son compte. Pour le moment.

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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[1] Florence Bergeaud-Blackler, Le frérisme et ses réseaux, l’enquête, 2023, Éditions Odile Jacob.

Est-il honteux de manifester le 8-Mai?

Après avoir remonté les Champs-Elysées dans une voiture aux vitres fermées, loin de la foule habituelle, le président s’est rendu hier à la prison de Montluc, à Lyon, pour rendre hommage à Jean Moulin.


Il y a des dénonciations qui sont absurdes non pas parce qu’elles ne seraient pas pertinentes mais à cause de leur caractère totalement sans effet à notre époque.

Pour fustiger les manifestations du 8 mai aussi bien à Paris qu’à Lyon, on invoque l’obligation qu’il y aurait à respecter certains épisodes sacrés, l’hommage à Jean Moulin par exemple. On considère qu’il y devrait y avoir une suspension dans les conflits, par décence et par admiration pour ce grand résistant héroïque.

Mais qui connaît véritablement cette histoire, qui a cette mémoire, qui a cette culture, aujourd’hui, pour distinguer entre l’intouchable ou le profane, entre le sublime qui doit pacifier et le conjoncturel, le conflictuel ? Ceux qui s’émeuvent parce que la quintessence d’un passé admirable n’arrête pas les oppositions n’ont pas compris que nous avions changé et que ce changement n’était pas à notre honneur.

On peut, on doit s’en indigner mais ensuite ? Puisqu’il est malheureusement vain de prévoir un futur différent…

J’ajoute que l’hommage à un héros absolu est probablement amoindri ou même ignoré par la multitude des héros relatifs que la modernité fabrique ou surestime.

Faut-il rappeler aussi que longtemps, la légitimité des présidents, aussi controversée que soit leur politique, ne suscitait pas d’ire démocratique à l’égard de ce qu’ils avaient à accomplir et à célébrer pour la France, tel un facteur d’unité pour tous les Français ?

Avec Emmanuel Macron, il me semble que la configuration est devenue tout autre. Quoi que fasse ou célèbre ce président, rien ne lui sera concédé. La loi sur les retraites risque de demeurer sur l’estomac républicain et, sans doute injustement, il n’est rien qui, émanant de lui, trouve grâce aux yeux de ses opposants les plus résolus, qu’on entend beaucoup.

A lire aussi, Pierre-Henri Tavoillot: «À l’extrême-gauche, la pensée s’est dissoute dans un geste de pure contestation»

Ils ne représentent certes pas tout notre pays mais n’hésitant pas à user de mille contestations extrêmes parfois au point d’être dévoyées, ils tombent même dans l’abject, la nostalgie de la guillotine (ils nous diront que c’est au figuré !) quand par exemple un élu médecin, Christophe Prudhomme, au sein d’un groupe LFI, ose souhaiter pour Emmanuel Macron le sort réservé à Louis XVI.

Rien de ce qui concerne le président actuel n’est accepté. Tout ce qui devrait susciter le consensus, comme l’Histoire de France et ses hauts faits tragiques et admirables, est passé au crible de la détestation qu’il inspire. Cette conscience qu’il a de son impopularité le conduit à faire croire qu’il n’a peur de rien et n’a pas besoin de protection contre son peuple. En même temps, au nom de sa légitime sauvegarde, le périmètre de l’espace interdit est élargi démesurément de sorte qu’une opposition populaire, majoritairement syndicale, de gauche et d’extrême gauche, se voit privée de toute expression d’hostilité à l’égard du pouvoir, ce qui me semble être pourtant un droit. On aboutit à ce paradoxe d’un président d’autant plus courageux qu’il est de plus en plus éloigné de ses opposants. Cette manière de maintenir l’ordre à Paris – les Champs-Elysées quasiment vides – comme à Lyon, loin d’apaiser, pousse à l’exacerbation.

Il n’est pas honteux de manifester. Un certain nombre de nos concitoyens use de ce qui leur reste. Le président envoie une lettre manuscrite aux Français qui l’ont élu puis réélu, et à ceux qui l’ont soutenu, pour les remercier. C’est une manière de faire illusion : nous serions, grâce à cette lettre, dans de la normalité alors que la France est éclatée et dans une effervescence, souvent violente, permanente. Je me demande si les Français ne rêvent pas d’une seule chose : avoir enfin la parole et que le pouvoir se taise pour les écouter.

Que de temps perdu!

Le réalisateur Christophe Honoré déshonore l’œuvre de Marcel Proust à la Comédie française. Heureusement que ça s’arrête, raille notre chroniqueuse!


Longtemps je ne m’étais pas autant ennuyée à la Comédie Française. 2h30, c’est la durée de l’adaptation scénique, par Christophe Honoré, du 3e tome de À la recherche du temps perdu : Le côté de Guermantes. Pendant 2h30 donc, le lecteur amoureux de la Recherche oscille entre colère et abattement face à l’enchaînement de scènes qui se veulent piquantes alors qu’elles ne sont que plombantes. Se soumettant aveuglement à l’injonction rimbaldienne « il faut être absolument moderne », Christophe Honoré fait résonner le chef-d’œuvre de Proust avec l’époque actuelle, à tel point qu’il en oublie l’essentiel lorsqu’il ne le trahit pas totalement.

Pour faire original, Honoré mise sur l’anachronisme et la confusion des genres. Ainsi les costumes bigarrés mélangent-ils les époques Années Folles et Belle Époque – c’est original – et la mise en scène alterne les « before » et les « after » des soirées prisées par la jeunesse dorée parisienne d’aujourd’hui – gaz hilarant, poppers et rails de coke en moins.

Brouhaha

L’interprétation des personnages emblématiques du cercle des Guermantes, passe, quant à elle, complètement à côté de la subtilité des descriptions proustiennes où l’ironie drolatique côtoie la féérie poétique. Ici, tout est vulgaire, bassesse et outrance. Oriane de Guermantes, jouée par Elsa Lepoivre, est rabaissée à une écervelée dont la finesse n’existe que dans sa chevelure alors qu’elle est, dans le roman, l’incarnation même de l’élégance et de la grâce aristocratiques à la française. Le duc Basin de Guermantes est présenté, pour sa part, comme un imbécile heureux au snobisme seulement réduit à une intonation de voix forcée. Dans ce rôle, Laurent Lafitte avale un mot sur deux et surjoue plutôt qu’il ne joue. Il n’est d’ailleurs pas le seul à faire disparaitre le texte. Les acteurs parlent souvent en même temps, pendant qu’un micro se balade de l’un à l’autre, ce qui permet au spectateur, parfois, de saisir quelques bribes de texte. On suppose que l’idée est de représenter les conversations de salon dont l’art est, ici, totalement dévoyé par un brouhaha piteusement insondable. Et en dehors de ce choix scénique plus que contestable, les acteurs du Français démontrent avoir perdu ce qui faisait partie de leur réputation: leur précieuse diction. Mais lorsqu’apparaissent l’outrance et la vulgarité, le public n’a plus à tendre l’oreille: soudainement les décibels sont montés d’un cran, comme par hasard!

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Il en est ainsi avec Madame de Villeparisis, jouée par Dominique Blanc, copie conforme de mamie Suze, la vieille poivrote des Tuches, qui se complait dans un comique de répétition réduit à une simplicité guignolesque, avec sa voix de clopeuse alcoolique répétant à l’envi « oui » quand on l’interpelle. Ce qui fait beaucoup rire les spectateurs qui peuvent glisser, tout soulagés, à leur voisin : « Tu vois c’est pas si chiant Proust ! » 

Allo, les pompiers ?

Et plus le spectacle festif continue, plus on est gagné par la consternation. On ne peut que regretter le traitement caricatural, et c’est bien dommage, de l’antisémitisme et de l’affaire Dreyfus. Mais le point d’orgue vient avec la mort de la grand-mère du narrateur, pour laquelle Proust compose parmi les pages les plus poignantes de la Recherche, et qui se retrouve mise en scène avec un réalisme indécent, voyeuriste et extrêmement gênant. Cette grand-mère tient pourtant un rôle crucial dans l’œuvre. C’est par son intermédiaire que le narrateur pénètre dans le cercle très fermé de l’aristocratie du faubourg Saint-Germain, la grand-mère étant une vieille amie de Madame de Villeparisis, tante d’Oriane de Guermantes, la muse du narrateur et du marquis de Saint loup qui deviendra son ami. Mais celle-ci est surtout, et de manière involontaire, à l’origine du jeu des correspondances proustiennes grâce auxquelles le temps perdu de la vie vécue peut être retrouvé et sublimé dans une œuvre littéraire.

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Sans elle encore, le narrateur ne serait jamais allé à Balbec séjourner au grand hôtel ; il n’aurait jamais respiré l’air marin ; essuyé son visage avec la serviette de l’hôtel à la raideur particulière ; jamais rencontré le baron de Charlus, mentor dantesque de l’univers gomorrhéen, ni le peintre impressionniste Elstir ; et, surtout, jamais croisé le cortège de jeunes filles en fleurs sur la plage dont l’une d’entres elles, au grain de beauté mystérieusement volatile, sera son aimée et plus tard sa prisonnière.  

L’Amour, l’Art, le Temps: sa grand-mère fut au centre de ces pans gigantesques de la Recherche que Proust aimait à comparer à une cathédrale et que Christophe Honoré incendie sans retenue.

Honoré utilise la vidéo pour montrer le long et interminable râle de la grand-mère comme si c’était un reportage d’Elise Lucet sur les Ephad et la fin de vie, alors qu’il aurait pu justement utiliser cette technique pour lancer la série des réminiscences proustiennes dont une bonne partie ont été révélées grâce à sa grand-mère et qui sont, faut-il le rappeler, le fil rouge de l’œuvre et de la réflexion de Proust sur l’art et la puissance de la littérature. Sur les planches de la Comédie Française, ces réminiscences brillent par leurs fâcheuses et déplorables absences.

Honoré préfère nous casser les oreilles. Pour ce réalisateur qui ne peut concevoir un film sans le transformer en comédie musicale éreintante et suintante de mièvreries, le remplissage sonore est une obligation. C’est pourquoi on voit à tour de rôle Saint Loup et Marcel (précisons qu’il n’y a aucun « Marcel » dans la Recherche, c’est le « je » proustien qui est le narrateur) gratter de la guitare et chanter des tubes de pop anglaise… Pour dépeindre l’écrivain qui incarne le génie littéraire français, on conviendra que c’est tout de même déplacé ! Mais soyons justes, il y a, malgré tout, une chanson française. C’est celle de Léo ferré : « Ton style, c’est ton cul ! » – elle est évidemment à mille lieux de l’univers proustien et on en pleure de rage ! Et dire que Swann comparait l’amour qu’il éprouvait pour Odette de Crécy, qui n’était pourtant pas son genre, à la Vénus de Botticelli. On mesure l’écart.

À la recherche du temps perdu

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À Londres, le 6 mai: une foule plus royaliste que le roi

Notre correspondant londonien a assisté aux célébrations populaires qui ont marqué le jour du couronnement du roi Charles, le samedi 6 mai. Au parc de Saint James, situé pile-poil entre le palais de Buckingham et l’abbaye de Westminster, où la cérémonie solennelle a eu lieu, des dizaines de milliers de Britanniques et de citoyens des 14 autres Royaumes du Commonwealth, du Canada à la Nouvelle Zélande, sont venus fêter le sacre de Charles III et de sa reine consort, Camilla. Reportage au cœur de l’évènement.


Dès six heures du matin, au parc de Saint James qui longe le Mall, cette avenue triomphale qui conduit au palais de Buckingham, des dizaines de milliers de personnes de tous les âges se réunissent pour entre-apercevoir le monarque passer dans son carrosse et fêter le premier couronnement outre-Manche depuis 70 ans. 

A relire, Jeremy Stubbs: Oui, ça coûte cher un couronnement!

Nombreux sont ceux qui sont arrivés la veille, voire plusieurs jours en avance, pour être sûrs d’assister au passage du roi. « C’est un évènement que je ne vivrai qu’une fois dans ma vie », témoigne Beth, une jeune retraitée de 70 ans, venue de Manchester par le train de minuit. À l’instar d’un grand nombre de ses concitoyens, elle attend cet évènement avec impatience depuis septembre dernier. « Il fallait que je vienne pour lui rendre hommage. Je ne pouvais pas rester simplement chez moi devant une télévision », poursuit-elle. Pour l’occasion, toutes les extravagances vestimentaires sont permises : couronnes en carton, costumes et robes aux couleurs de la Grande Bretagne, kilts…  Quand j’interroge les Britanniques autour de moi pour savoir ce qu’ils pensent de la monarchie, la réponse est unanime et ne se fait pas attendre : « May the King reign for ever ! » Que le roi règne pour toujours ! Lorsque l’air de l’hymne national retentit pendant la procession entre le palais de Buckingham et l’Abbaye de Westminster, des dizaines de milliers de voix dans la foule entonnent en cœur les paroles, en demandant à Dieu de garder le roi : « God save the King ! ».

Le temps de la maturation

Charles III a connu des moments difficiles dans les années 1980 et 1990 du fait de ses relations turbulentes et finalement tragiques avec la princesse Diana. Mais cette époque semble si loin. Pour la foule, c’est de l’histoire ancienne. Aujourd’hui, sa popularité est incontestable. Sue, une retraitée australienne, venue à Londres spécialement pour le couronnement, ne cache pas son affection pour son roi : « Nous l’aimons beaucoup et nous le connaissons bien parce qu’il a passé tant de temps dans le rôle du prince de Galles. Charles III est tout à fait digne de régner et nous sommes fiers de lui. Notre bon king Charles a su dépasser les difficultés de sa jeunesse et il a un grand mérite pour cela ». Si Charles a désormais une place dans le cœur des Britanniques, ce n’est pas seulement chez les vieux. John, âgé de 26 ans, déjà entré dans la vie professionnelle, à l’allure et à l’expression bien aristocratiques, est venu fêter le couronnement avec deux de ses amis et apporte son plus fervent soutien au roi : « Le couronnement de Charles III et Camilla marque la continuité quasi ininterrompue de notre monarchie à travers les siècles. C’est un grand privilège pour nous de vivre ce moment exceptionnel et de rendre hommage à notre souverain. Aucune autre monarchie n’attire les yeux du monde entier. God Save the King ! » clame-t-il fièrement avec ses deux compères, une coupe de champagne à la main. 

Trois jeunes très « comme il faut » dans le parc de Saint James

Au moment de son accession au trône, en septembre 2022, « Sa Majesté » a su s’attirer l’affection de ses sujets en montrant son côté chaleureux et émotif. Aujourd’hui, sa manière très personnelle, à la fois réformatrice et conservatrice, d’assumer le rôle de monarque, visible dans la façon dont il a simplifié le cérémonial du sacre tout en gardant les aspects les plus anciens, semble susciter admiration et respect.

Orgueil et préjugés

On peut toujours compter sur les Britanniques pour exhiber au grand jour et sans aucun complexe leur fierté d’être un peuple à part, ayant ses propres traditions et coutumes qui semblent d’une autre époque. La foule qui se rassemble à Londres est consciente de sa longue histoire et de son héritage, dont un nouvel épisode s’ouvre ce samedi 6 mai avec l’onction et le couronnement par l’archevêque de Cantorbéry de Charles III, le 62ème roi d’Angleterre et le 13ème roi du Royaume Uni. Loin d’être « vieillottes », la parade militaire et la cérémonie du sacre, dans l’ancestrale Abbaye de Westminster, conservent toute leur actualité pour ces gens qui non seulement acceptent que le gouvernement défraie les coûts de la cérémonie, mais ne se laissent aucunement découragés par le temps typiquement maussade du joli mois de mai outre-Manche… 

La pluie – la météo nationale – ne décourage pas les Britanniques, puisque la pluie elle-même est typiquement britannique

Au début du sacre, Charles a déclaré : « Je viens pour servir, non pour être servi ». Au parc de Saint James, des groupes de jeunes suivent son exemple, en s’y rendant pour participer à l’organisation de l’événement, comme Euan, 20 ans, étudiant en ingénierie à l’université de Cumbria tout au nord de l’Angleterre. Il me confie son enthousiasme pour la monarchie : « Le couronnement de Charles III perpétue une tradition plus que millénaire dans mon pays. De plus, cette tradition sait évoluer avec le temps et s’adapter aux changements de la société. En tant que scout, j’ai fait la promesse de servir le roi et je suis fier de pouvoir participer à cet évènement historique avec des milliers d’autres jeunes de ma génération. » Pour les gens que je côtoie ici, la monarchie et la famille royale constituent des facteurs d’unité, des marqueurs de leur propre identité collective. Toujours selon Euan : « Notre monarchie a un pouvoir unificateur et pour notre pays et pour le Commonwealth. C’est un prestige unique que nous devons préserver ! » Non seulement l’ambiance générale est bon enfant, mais la foule semble inspirée par cette « décence ordinaire » dont George Orwell a si bien parlé. 

A lire aussi, Dominique Labarrière: Dégoulinant Mélenchon

Le lundi 8 mai, à Paris, un autre chef d’État, Emmanuel Macron, a commémoré la fin de la guerre en Europe en 1945 et, à Lyon, a rendu hommage à Jean Moulin. Il a soigneusement évité un bain de foule que la population n’aurait sans doute pas voulu lui offrir. Son seul contact avec la foule a probablement été l’écho lointain de quelques casseroles. Quel contraste avec les scènes de liesse outre-Manche ! Nous autres Français, devons-nous censurer cet orgueil national des Britanniques, le jalouser ou, d’une manière ou d’une autre, trouver le moyen de l’imiter ?  Photo (« Notre correspondant »). Notre correspondant (le 2e à partir de la gauche) est accueillie par des sujets de sa gracieuse Majesté à une fête de rue.

Notre correspondant (le 2e à partir de la gauche) est accueilli par des sujets de sa gracieuse Majesté à une fête de rue

Inflation, insécurité, santé, immigration: la Macronie répond drapeau européen

Les députés débattent aujourd’hui d’une proposition de loi du groupe Renaissance qui rendrait obligatoire le drapeau européen sur la façade des mairies françaises.


En pleine crise sociale qui bouleverse le pays et dans un contexte d’inflation écrasante pour la population, la minorité présidentielle souhaite imposer par une loi ce que le peuple a déjà refusé par référendum en 2005, à savoir l’extension symbolique de l’Union européenne. La « proposition de loi visant à rendre obligatoire le pavoisement des drapeaux français et européen sur le fronton des mairies », déposée par des membres du groupe Renaissance et apparentés, est l’occasion d’illustrer une fois de plus la monomanie européiste du camp présidentiel et son ignorance des véritables enjeux qui préoccupent les Français.

Quand le peuple montre sa colère, la macronie regarde l’Europe

Pour faire digérer au corps social une réforme des retraites injuste et brutale qui n’a même pas été votée par l’Assemblée nationale, et comme toujours depuis son premier quinquennat, Emmanuel Macron s’engouffre dans un coup de communication permanent, au détriment des vraies préoccupations du peuple. Avec un taux d’inflation s’élevant à 5%, une hausse considérable du coût des matières premières et des tarifs énergétiques gonflés par une politique nucléaire désastreuse, les travailleurs ne sont pas suffisamment payés, et les ménages ploient sous les dépenses contraintes qui ne cessent d’augmenter malgré les petits chèques du gouvernement.

Thomas Ménagé (RN), député de la 4e circonscription du Loiret (45), dans l’hémicycle, explique son opposition à l’obligation du drapeau européen sur nos mairies. D.R.

Au lieu de traiter en profondeur cette situation économique et d’apaiser les tensions sociales, le parti présidentiel bavarde, et mêle l’inflation législative à l’inflation économique qu’il ne parvient pas à maîtriser. Tandis qu’en 2017, le candidat Emmanuel Macron se faisait le chantre de la simplification normative et de l’assouplissement de la réglementation du « pays aux 400 000 normes », Renaissance souhaite désormais imposer aux communes le pavoisement du drapeau européen au fronton des mairies.

En plus de poursuivre l’agenda politique fixé par Bruxelles, le gouvernement comme la minorité présidentielle dévoilent encore plus leur allégeance symbolique à une Union européenne dont le fonctionnement actuel a été rejeté par référendum le 29 mai 2005. Ce jour-là, le peuple français a refusé le Traité établissant une Constitution pour l’Europe à plus de 55% des voix, au grand dam de la classe dirigeante, qui n’a plus osé consulter les citoyens depuis cet échec cuisant. Si, comme le disait Robert Schuman dans sa déclaration du 9 mai 1950, l’Europe « se fera par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait », force est de constater qu’elle se fait surtout au gré des incantations abstraites, et des solidarités de couloirs bruxellois.

La symbolique constitutionnelle relève des États souverains, pas de la bureaucratie bruxelloise 

Aux termes d’une campagne nationale houleuse et riches en débats il y a 18 ans, le peuple souverain s’est exprimé contre le forçage de la symbolique européenne, et il a eu raison. Il a eu raison car une Constitution organise le gouvernement d’un État unitaire ou d’une fédération d’États, mais pas d’une organisation internationale. Or, il n’y a pas d’État fédéral européen, et il n’y pas davantage de peuple européen. Partant, il est ubuesque de prévoir toute une édification de symboles, avec un drapeau que l’on imposerait, un hymne européen qui n’a jamais été approuvé par les peuples nationaux, et toute une série de marqueurs symboliques qui sont les fruits de l’histoire plutôt que des caprices de l’administration.

Aussi, c’est en général la Constitution d’un État qui précise l’hymne, la devise et l’emblème nationaux. En France, l’article 2 de la Constitution du 4 octobre 1958 retient que « l’emblème national est le drapeau tricolore, bleu, blanc, rouge. L’hymne national est « La Marseillaise ». La devise de la République est « Liberté, Égalité, Fraternité » ». Cet article figure au titre premier de la Constitution, intitulé « De la souveraineté », place éminente pour rappeler qu’il y a une souveraineté nationale, héritée de l’histoire de France et de la tradition gaulliste, mais il n’y a pas de souveraineté européenne plaquée sur le modèle de celle des États, n’en déplaise aux fédéralistes. Si Emmanuel Macron rejette l’Europe des Nations et des projets telle que la souhaitait le Général De Gaulle, il ne réussira pas à l’imposer au peuple français, attaché à sa souveraineté et à l’unité de son pays.

Une liberté de choix préférable à une obligation pure et simple 

Sur ce sujet comme tant d’autres, les députés de la minorité présidentielle vont contre le peuple qu’ils sont censés représenter, à l’image des députés qui soutenaient le traité constitutionnel en 2005. Dans le contexte actuel, les ménages les plus démunis s’interrogent sur leur fin de mois, peinent faire les courses sans se ruiner et à faire un plein d’essence, et le groupe présidentiel répond par un numéro de claquettes européiste destiné à détourner l’attention d’une société qu’il se plaît à malmener.

Au-delà du mépris des réalités, cette proposition de loi accable encore plus les collectivités locales de normes superflues, et engendre des coûts d’installation supplémentaires pour les municipalités notamment situées en milieu rural. Le drapeau tricolore qui jalonne nos mairies est le reflet de l’enracinement de la République française, et le peuple français a eu maintes occasions d’approuver ce symbole. Inversement, le drapeau européen ne jouit d’aucune légitimité populaire, et il serait absurde autant que contraire à l’esprit de notre Constitution d’instaurer son pavoisement obligatoire. Aujourd’hui, les communes sont libres d’apposer le drapeau européen à leur façade, et cette liberté de choix garantie par une coutume nullement contestée doit prévaloir sur une énième obligation aussi inutile qu’indésirée.

Les Français attendent de l’action, et le gouvernement leur répondant par de vaines paroles, ils n’attendent plus rien de lui ; mais ils peuvent compter sur le Rassemblement national pour enfin proposer des solutions concrètes aux attentes du pays.

Laïcité menacée par les musulmans: M. Ndiaye météorologiste!

Sur France 3, le ministre de l’Éducation nationale décrit les entorses à la laïcité liées au ramadan (en forte hausse), ou les problèmes autour des commémorations de la décapitation de Samuel Paty comme des phénomènes naturels. Il semble décidé à ne pas prendre les mesures qui s’imposent.


Le ministre de l’Éducation nationale a accordé une interview à France 3 ce dimanche 7 mai. Et qu’a t-il dit d’un air serein, sans jamais se départir de ce calme si tempéré qui le caractérise ? Que les chiffres d’atteinte à la laïcité étaient en nette décroissance, MAIS QU’EN MÊME TEMPS – et nous allons voir que le temps est la préoccupation majeure de notre recenseur – ces chiffres connaissent des pics ; notamment pendant le ramadan et à l’occasion des commémorations de l’assassinat de Samuel Paty. 720 cas recensés à cette occasion et environ 500 au mois d’avril pendant le jeûne des musulmans. C’est dit sur un ton patelin de qui recense à n’en plus finir les températures ambiantes et leurs raisons d’être. C’est le monsieur météo de l’Éducation nationale ! « Il y a toujours un pic en octobre et il y a toujours une remontée au moment du ramadan. »

Réchauffement climatique

Un pic de chaleur ? Une remontée des températures ? Des effets anticycloniques se font sentir de manière régulière – on appréciera le toujours qui laisse entendre comme un phénomène naturel, ayant lieu depuis la nuit des temps, totalement détaché de l’histoire, les pics et les remontées – qui donnent, finalement, un climat plutôt tempéré sur l’ensemble de l’hexagone. Comme si cela avait toujours eu lieu ou, éventuellement, depuis le réchauffement climatique peut-être ?

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Et ces phénomènes naturels donc, que notre ministre recense soigneusement depuis qu’il est en poste, avec sa fiche des degrés du temps qu’il fait (353 degrés en novembre pour 313 seulement en septembre ; comme quoi, parfois, lorsqu’une masse d’air froid nous vient de l’Atlantique, la température connaît une décroissance certaine…) ont aussi des raisons d’être qui semblent parfaitement naturelles ; comme dues à des raisons prévisibles ; sortes de masses d’air chaud qui ne portent pourtant pas des noms de nuages ni de vents.

Notre ministre s’entend-il parler?

Et c’est cela qui méduse Bécassine ; le fait que le Monsieur météo de l’Éducation nationale connaisse parfaitement les causes des phénomènes en question et les énonce comme un fait acquis, une sorte d’effets secondaires des saisons : les commémorations de l’assassinat d’un professeur et le mois de jeûne du ramadan.

Comme s’il ne se rendait pas compte de ce qu’il disait, ou comme s’il s’agissait, de manière plus insidieuse, de faire entrer dans les us et coutumes d’une nation ces phénomènes météorologiques parfaitement nommés (islamisme) qui entraînent un changement de courbes qu’il s’agit, somme toute, d’enregistrer et d’entériner comme un fait de nature, à la manière des pollen au printemps et de la canicule en été. Dès lors, il n’y aurait plus rien à faire, n’est-ce pas ? Car, que faire contre les giboulées de mars et la grêle quand elle s’en mêle ? Attendre que le ciel se fasse plus clément, que les pics chutent et les remontées redescendent selon le rythme que notre ministre leur impartit. 

Bécassine serait lui, elle se reconvertirait dans la climatologie.

Parce qu’un ministre est quelqu’un qui ne se contente pas d’énumérer les problèmes de façon quasi fataliste ; c’est quelqu’un qui a pour mission de les résoudre ! Et lorsqu’il fut question cet automne du problème, justement, des abayas que portent les filles et qui sont clairement des signes ostentatoires, Mr. Pap Ndiaye a répondu qu’il n’allait pas aller dans les écoles avec un mètre pour mesurer la longueur des jupes !

Nul besoin d’une boîte à couture pour estimer du premier coup d’œil le vêtement en question. Cela se voit immédiatement. Et la responsabilité d’un ministre ne consiste pas à se décharger sur les chefs d’établissement ; encore moins sur les professeurs de la nécessité d’intervenir et d’appliquer des lois existantes. C’est à l’État de faire respecter la laïcité, c’est à lui qu’incombe cette tâche et d’en assumer les conséquences que chacun connaît désormais : à savoir les menaces et les passages à l’acte des menaces en question.

Transport de bétail: gare aux nids de poule!

En matière de souffrance animale, la Commission européenne doit présenter à l’automne un nouveau cadre réglementaire, dont un volet concernera le transport du bétail…


La commission européenne s’est fixé comme objectif de trouver une nouvelle législation en matière de souffrance animale, la dernière étant vieille de 18 ans.

En effet, les conclusions d’un rapport de l’EFSA, organisme européen chargé de la sécurité alimentaire, mettent en exergue l’absurdité de nos pratiques en matière de transport du bétail – des pratiques économiques terribles pour les animaux. L’enquête a dévoilé que, bien souvent, ce sont des animaux vivants qui étaient transportés sur des distances folles, au lieu de la viande. Ainsi, les bestiaux sont souvent transportés sur plusieurs centaines de kilomètres au sein de l’Union européenne. La cause de cette pratique n’est bien évidemment pas le plaisir de torturer le bétail, mais le manque d’abattoirs. En effet, alors que l’élevage devient de plus en plus industriel, il en est de même pour l’abattage du bétail. Les abattoirs sont souvent immenses, mécaniques, et concentrés. Ainsi, les rapporteurs proposent, entre autres mesures, d’ouvrir d’autres établissements plus petits et plus proches des agriculteurs. Ces derniers bénéficieraient de la possibilité de payer moins cher les transporteurs, qui, eux, baisseraient leurs marges tout en réduisant les émissions de CO2. Aujourd’hui, 30% des trajets dépassent les huit heures, et un sur 25 atteint les vingt-quatre heures. Un calvaire pour le bétail.

Malgré une volonté légitime de réduire ces souffrances, la réponse de l’UE semble à nouveau déconnectée: une proposition de loi devrait être déposée à l’automne prochain, intégrant la souffrance animale dans le prix de la viande. Une mesure qui pose un double problème: la marchandisation de la souffrance d’une part, et les répercussions sur le consommateur dans un contexte fortement inflationniste d’autre part. Alors que l’intérêt des Français pour la cause animale croît, les agriculteurs et chasseurs sont souvent les premières victimes des frasques de nos dirigeants. Et la question, légitime, du bien-être du bétail se heurte à un défi de taille qu’aucun gouvernement n’ose évidemment jamais vraiment aborder: celui de l’abattage rituel.

Dégoulinant Mélenchon

De plus en plus inquiétant, après avoir scandé « À bas la mauvaise République » lors du 1er-Mai, le patron de l’extrême gauche française a jugé la cérémonie de couronnement de Charles III « écœurante »


C’est plus fort que lui, il faut qu’il la ramène. À tout propos. Et surtout hors de propos. Se taire est  manifestement au-dessus de ses forces. Se taire, observer un certain silence, celui par quoi on entend éventuellement manifester son rejet, son mépris, voire son dégoût. Ou encore, se taire parce que le respect l’impose, même si ce qu’on a sous les yeux vous reste totalement étranger. Le silence de courtoisie ou d’élégance, pour tout dire. Inépuisable incontinent du verbe, Monsieur Mélenchon ignore cette élégance-là aussi. En imprécateur compulsif, il fait son fiel de toute chose. 

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Esprit étroit et chagrin

Du couronnement du roi Charles III il n’a pas su saisir ce moment privilégié où tout un peuple se met en congé d’idéologie partisane pour adhérer à un rite hors du temps où se mêlent dans une improbable alchimie la liturgie du sacré, le faste profane des ors, le glamour des princesses à capeline, la rectitude de la parade militaire. 

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L’esprit chagrin, l’esprit étroit de notre Robespierre de tribune reste imperméable à cela. Il demeure étonnamment insensible à cette ferveur du peuple, du peuple assemblé en une masse impressionnante, foule immense absolument non violente qui clame tout simplement son vif plaisir, son bonheur de se voir un temps transportée au-delà des contingences d’une réalité tout aussi pesante, tout aussi angoissante que l’est la nôtre. Ils étaient en effet des dizaines de milliers et des dizaines de milliers sous la pluie battante, rassemblés dans une communion populaire dont les esprits forts prédisaient qu’elle ne se produirait pas. Ils assuraient, ironiques, qu’il faudrait payer les gens pour qu’ils consentent à sortir de chez eux. Or, ils sont venus. En si grand nombre qu’on ne peut que se rendre à l’évidence : autour de ces rites et grâce à eux, il se passe quelque chose qui transcende la basse rationalité du politique ou du médiatique. Monsieur Mélenchon, lui, n’a voulu y voir que «  les sirops dégoulinants de la monarchie (sic) ». Courte vue une fois encore. Mais y a-t-il si loin que cela du sirop à l’élixir ? Élixir de joie et de jouvence en l’occurrence car cette foule accourue frappait aussi par sa jeunesse. Pour un peu, le contempteur Mélenchon toucherait donc du doigt la vérité profonde, la magie de cette parenthèse enchantée. Cependant, jamais avare de démagogie, il a tenu à souligner que cela survient alors que « tant de monde vit dans la misère ». Est-il besoin de lui rappeler que ces miséreux ne sont pas moins nombreux – il s’en faut!- chez ses copains autocrates d’Amérique centrale et du Sud qui, pourtant, tout comme lui, ne manquent pas une occasion de se glorifier d’être immunisés à jamais contre le spectre de la monarchie et ses éventuels sirops ?

Le prince assassiné - Duc d'Enghien

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Brigitte Bardot regardera-t-elle France 2 ce soir?

« Bardot », une série en six épisodes, diffusée à partir de ce soir, met en lumière la révélation de l’icône absolue du cinéma, dans les années 50. La star, depuis longtemps retirée de la vie publique, avait déclaré avant le tournage que «la seule chose qui importe c’est ma vraie vie avec moi dedans. »


Aujourd’hui, une devinette: quel est le point commun entre Bernard Tapie, Florence Arthaud et Brigitte Bardot ? Tous trois sont les vedettes de biopics, c’est-à-dire de séries ou de films sur leur vie. Et leurs familles (s’agissant de Florence Arthaud et Bernard Tapie) ou l’intéressée (s’agissant de Brigitte Bardot) ne sont pas contentes. 

Un biopic à la con?

Concernant Tapie, un fan de l’homme d’affaire mort en 2021 a lancé une pétition contre la série Netflix qui sera diffusée en septembre. Sa colère vient du mot “arnaqueur”, utilisé dans la promo, mais qui ne figurera pas dans la série. Chacun sait que Tapie était un premier prix de vertu, bien sûr. La famille Tapie est d’autant plus furieuse que le réalisateur est Tristan Séguéla, fils de Jacques, le publicitaire ; et les Séguéla et les Tapie sont deux familles très amies. En outre, il s’avère que Bernard Tapie était contre ce projet. C’est pour cela que sa fille Sophie écrit : « l’irrespect n’a pas de limite». Curieuse conception de l’amitié qui interdirait tout jugement personnel ad vitam aeternam à un ami.  

De son côté, la famille de Florence Arthaud (la navigatrice disparue en 2015), a carrément saisi le juge des référés pour faire interdire Flo, film qui porterait atteinte à sa mémoire (nous n’avons bien sûr pas encore vu le film, mais il semble que ce dernier montre qu’elle aimait bien faire la fête). La demande a été rejetée par le tribunal. Tant mieux.

Quant à Brigitte Bardot, elle a l’élégance de l’indifférence. Interrogée dans le JDD bien avant le tournage de la mini-série diffusée sur France 2 à partir de ce soir, elle déclarait : «la seule chose qui importe c’est ma vraie vie avec moi dedans. Et pas des biopics à la con !» Voilà qui est dit. Elle n’est plus l’icône des années 70, mais elle ne cherche pas à nous en déposséder. 


Peut-on comprendre que des gens ou des familles soient blessés par tous ces biopics ?

Et même furieux, pourquoi pas. Mais qu’ils saisissent et encombrent les tribunaux, non! Désolée, c’est la rançon de la gloire: chacun a son idée sur votre être et votre vie. On ne peut pas avoir tous les avantages de la célébrité sans les inconvénients. C’est une grande leçon humaine. Même pour les gens qui vous aiment, même pour vos plus proches amis, il y a inévitablement une distorsion entre ce qu’on croit être et ce qu’on donne à voir. Moi, par exemple, je crois que je suis une grande blonde voyez-vous! Plus sérieusement, nul n’est maître de la façon dont s’écrit son histoire. Dieu a laissé parler Moïse, Jésus les évangélistes. Sarah Bernhardt a été immortalisée par Proust dans le personnage de la Berma. L’imagine-t-on faire un procès à Proust ou à Gallimard ? Certes, on manque de Proust, j’en conviens…

Mais, il existe un principe sacré et menacé: l’art est libre. En l’occurence, les trois biopics – dont la série sur Brigitte Bardot dont je viens de parler – ne sont pas des documentaires mais des œuvres de fiction. Tout créateur a le droit de romancer l’enfance de Staline ou la vie amoureuse de de Gaulle si ça lui chante. Alexandre Dumas disait qu’on a le droit de violer l’histoire à condition de lui faire de beaux enfants. Un artiste a le droit de violer la réalité même pour lui faire des enfants difformes. 


Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy du lundi au jeudi après le journal de 8 heures dans la matinale.

Manuel Valls: «J’ai connu le pouvoir, le succès, la chute et le rejet»

L’ancien Premier ministre publie Le courage guidait leurs pas (Tallandier, 2023). Il a répondu à nos questions.


Frédéric Magellan. Dans un livre intitulé Le courage guidait leurs pas, vous dessinez le portrait de 12 personnalités. En fait, vous trichez un peu, puisqu’en comptant les 343 « salopes » du manifeste de 1971, ça fait 354 personnages !

Manuel Valls. Vous avez repéré ma ruse… Et je m’en explique dans le livre. Il m’aurait été tout à fait possible d’illustrer le combat féministe des années 70 par une seule grande figure, Gisèle Halimi ou évidemment Simone Veil. La France ne manque pas de femmes illustres ayant combattu pour leur émancipation. Ce qui m’intéresse dans le manifeste des 343, c’est la dimension collective de cette démarche, née de la somme de courages individuels. Mais, c’est aussi et surtout sa manière de nous éclairer sur l’évolution du visage du féminisme en France. Loin d’être dirigé contre les hommes, le combat s’organisait contre un ordre réactionnaire et patriarcal. Il revendiquait de nouveaux droits et l’égalité. Dans les combats féministes, femmes et hommes étaient alliés, pour ceux qui souhaitaient y prendre leur part. Je regrette aujourd’hui ce sectarisme qui vise à séparer hommes et femmes. Comme Elisabeth Badinter, je pense que tout ce qui est perdu sur le terrain de l’universel l’est aussi sur le terrain de l’égalité. Ensemble, nous sommes toujours plus forts, comme en Iran, où beaucoup d’hommes sont aux côtés de ces femmes exceptionnelles et courageuses qui se battent pour la liberté en refusant l’obligation du port du voile.

Vous dédiez vos deux premiers portraits à Charb, assassiné dans les circonstances que l’on sait, et à Sébastien Castellion, théologien protestant du XVIème siècle qui s’est opposé au fanatisme religieux. Vous évoquez aussi la figure de Michel Servet, qui a réussi l’exploit (si l’on peut dire) de voir son effigie brulée par l’Inquisition, avant de passer sur le bucher pour de vrai sous la théocratie genevoise de Jean Calvin. Si vous n’aviez pas été Premier ministre pendant les douloureuses années 2015-2016, auriez-vous accordé une telle importance à la dénonciation du fanatisme religieux dans votre ouvrage?

Oui, je le crois. J’ai été élevé d’abord dans un milieu catholique extrêmement tolérant. De mes lectures – Zweig, Koestler, Camus, Mauriac – et des discussions familiales autour de la guerre civile espagnole et de ses atrocités, j’ai retiré un élixir de nuances. Ensuite il ne m’a pas fallu attendre mon mandat de Premier ministre pour comprendre le danger qui nous guettait. Maire d’Evry, j’assistais déjà à la montée de l’islam politique radical et à la résurgence de l’antisémitisme dans les quartiers populaires – lequel est toujours annonciateur des pires drames dans l’histoire de l’humanité. Les attentats de Toulouse et Montauban en 2012, et ma prise de fonction au ministère de l’Intérieur n’ont fait que décupler mes craintes. Mon parcours politique a donc été marqué très tôt par la menace du fanatisme religieux. Mais j’ai aussi la conviction profonde que la laïcité et la défense inlassable de nos valeurs républicaines sont nos seules options. Cela passe par la dénonciation de toute forme de radicalité. Nous sommes une terre de valeurs universelles, une terre dont les racines chrétiennes sont profondes et dont le destin est aussi lié au judaïsme ; une terre d’accueil à d’autres confessions, dont l’islam. L’oublier, c’est courir le risque de disparaître. Difficile de croire aujourd’hui en une démocratie apaisée tenue à l’écart des fracas du monde. La période 2015-2016 est une bascule dans notre histoire qui nous ramène à d’anciens combats que l’on ne s’imaginait plus explorer par excès de confiance en l’immuabilité de nos victoires passées.


Vous écrivez qu’ « une société fière de ses principes et de son histoire fait plus envie qu’un modèle fissuré par le doute et la haine de soi ». C’est un véritable réquisitoire contre la gauche des 40 dernières années que vous faites là, SOS Racisme et loi Taubira en tête, non ?

Bien au contraire. Être fier de l’histoire de son pays c’est aussi en reconnaître les passages les plus sombres. En ce sens, la loi Taubira de 2001 est essentielle, c’est là l’honneur de la République. La traite et l’esclavage sont des crimes contre l’humanité dont s’est rendue coupable la France par le passé. J’aurais pu en faire état différemment dans mon livre, en rappelant la dignité et le courage de certains esclaves insurgés se battant contre l’injustice, pour la liberté. Le courage aussi d’un homme, Victor Schoelcher, sans qui le décret d’abolition de l’esclavage n’aurait jamais vu le jour. Je crois cependant qu’il est urgent de retrouver une mémoire éduquée face à notre histoire. Les récents mouvements de contestation de l’histoire européenne témoignent d’une faille dans l’apaisement de la mémoire : le déboulonnage de statues est sans conteste une forme de révisionnisme. Je combats le wokisme et la cancel culture à l’œuvre dans nos universités et dans les médias. La mémoire doit redonner du sens, elle est le ciment de notre récit national. Partagée, apaisée, elle nous arme contre le racisme, l’antisémitisme, les actes antimusulmans, antichrétiens, la xénophobie, la haine de l’autre, contre les préjugés et les discriminations – toutes ces formes odieuses d’intolérance qui continuent de nous emprisonner et d’empoisonner nos sociétés.

Vous revenez ensuite sur la figure de Georges Clemenceau, l’un de vos glorieux prédécesseurs à la tête du ministère de l’Intérieur. Vous rappelez son engagement dans l’affaire Dreyfus et son anticolonialisme. Vous laissez toutefois de côté son rôle dans la conquête du Maroc et le triste sort de son épouse américaine, Mary Plummer. Ne craignez-vous pas que les « décoloniaux » et les néo-féministes ne vous tombent dessus avec ces fâcheux oublis ?

Cette question rejoint la précédente. La mémoire ne doit pas désunir. Elle doit au contraire refermer les fractures et rassembler. Toutes les pages sombres de l’histoire de l’humanité doivent être dénoncées dans leur singularité. Déracinée, elle s’est réinventée. Il faut éduquer, connaître notre histoire et contextualiser. Dans mon ouvrage, je mets en valeur des figures courageuses. En ce sens, Clemenceau a toute sa place dans le livre en républicain de la première heure, dreyfusard et fervent opposant à la peine de mort. Je n’ai pas peur de le dire : sur l’essentiel il ne s’est jamais trompé ! Regardez son soutien aux impressionnistes et à son ami Claude Monet. Le courage est une vertu, un mélange de conviction, de valeur et de vérité. Loin de tout sectarisme, nous devrions être capables, par exemple, de célébrer le courage d’un Chirac au moment de reconnaître la responsabilité de la France dans la déportation des juifs ou d’un Sarkozy face à la crise financière de 2008. Les normes et les valeurs de l’époque de Clémenceau sont bien différentes de celles que nous défendons aujourd’hui. Inscrire Clémenceau dans le contexte actuel n’aurait donc aucun sens. Cessons de projeter dans le passé nos obsessions et nos débats actuels.

Vous écrivez : « [Si Clemenceau] était mort avant la guerre, ou s’il s’était retiré de la vie politique, son image aurait été tout autre. Forte, bien sûr, mais aussi négative. Il acquiert pour sa férocité dans ses discours le surnom de « Tigre ». On aurait conservé le souvenir du « tombeur de ministères », resté dans l’opposition pendant la plus grande partie de sa carrière à l’exception de ses trois années de président du Conseil et de ministre de l’Intérieur (1906-1909). Les historiens auraient médité sur le mystère de cette destinée avortée, sur les promesses non tenues d’un talent si irréfutable ». Rassurez-nous, vous ne parlez pas de vous dans ce passage ? Attendez-vous, tapi dans l’ombre, le grand événement historique qui vous remettra en selle ?

Je vous vois venir… La politique est une affaire de récit et de valeurs. Les historiens sont les messagers des valeurs que les femmes et les hommes d’État ont su imposer, et l’histoire le témoin du récit auquel nous choisissons de croire. Plus marquant au regard de votre question, je m’étonne que vous ne choisissiez pas de citer plutôt la fin du paragraphe : « C’est là la beauté de la politique : rien n’est joué jusqu’à l’ultime étincelle de vie. Quelques mots inscrits sur la dernière page changent l’interprétation du livre tout entier ». Des évènements historiques, j’en ai vécu dans la période 2015-2016. La République a souffert. La brutalité de l’exercice du pouvoir et ma lutte obsessionnelle contre le terrorisme ne m’ont pas fait ressortir entier de Matignon. Je ne me lis pas dans ces lignes et je reste très humble face aux immenses personnages que j’ai décrits dans mon livre. Aujourd’hui, je m’exprime librement, et je ne vais pas me taire face aux sujets qui me tiennent à cœur. Je continue mon combat au nom de l’idée que je me fais de la République et de la France. Ceux qui pensaient à la fin de l’histoire se rendent compte que de nombreuses batailles sont encore à mener.

Georges Clemenceau et Louise Michel ont su rester amis après la Commune, bien que Clemenceau soit parti politiquement vers l’aile droite de la gauche, tandis que Louise Michel est restée anarchiste. Comment ne pas voir un clin d’œil à votre discours sur « les deux gauches irréconciliables » ?

L’amitié entre Louise Michel et Georges Clémenceau est improbable. Les admirateurs de ces deux figures emblématiques s’excluent réciproquement par les divergences sur leur vision de la République. Pourtant, ces deux personnages partagent une certaine idée de la justice sociale et de la liberté. Leur sollicitude envers les pauvres les rapproche inévitablement, tout comme l’idée d’une République égalitaire ou encore leur opposition viscérale au républicanisme modéré de Gambetta ou Jules Ferry. Cela ne signifie pas pour autant que leurs désaccords politiques ont été effacés ou minimisés. Je m’interroge d’ailleurs : leur amitié aurait-elle survécu à la prise de pouvoir de Clémenceau, si Michel n’était pas décédée une année plus tôt ? Lorsque j’ai averti que la gauche pouvait mourir, faisant écho aux deux gauches irréconciliables, je cherchais à ce que les républicains se distinguent définitivement des communautaristes, qu’il faut combattre. Progressivement, de nouveaux militants ont dénié aux partis de gauche et aux associations antiracistes traditionnelles le droit de les représenter, proposant une nouvelle lecture radicale et raciale de la société française, structurellement inégalitaire à leurs yeux et intrinsèquement raciste. Face à cela, c’est aux véritables républicains des deux bords de s’unir pour défendre nos valeurs et leur redonner du sens.

Vous évoquez dans votre livre de Gaulle et Churchill, à travers leurs discours de juin 40. Il y a une chose que vous manquez peut-être : les deux sont « chassés » du pouvoir dès que la guerre se termine, l’un par le personnel de la IVème République, l’autre par les urnes. Vous-même, qui restez associé aux années peut-être les plus douloureuses que la France métropolitaine ait connu depuis 1945, vous avez été mis dehors lors des primaires socialistes de 2016 et encore rejeté en juin dernier lors des législatives. Est-il facile de revenir dans le jeu politique quand on est associé à de tels événements (la Seconde guerre ou la séquence 2015-2016) ? Les gens n’ont-ils pas envie de tourner la page et d’avoir de nouvelles têtes aux commandes ?

C’est effectivement ce que l’on aurait pu penser en 2017 avec l’élection d’un président de la République jeune, promettant un renouveau démocratique et un nouvel horizon dans le paysage politique français loin des partis traditionnels. Cependant, les résultats des dernières élections ne vont pas tout à fait dans votre sens. En tête du triangle « vainqueur » du premier tour, deux figures historiques du paysage politique français sont parvenues à s’imposer : Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. À droite, jamais les voix de ses représentants ne se sont autant revendiqué plus gaullistes que de Gaulle lui-même. Nos sociétés sont travaillées par des inquiétudes profondes, identitaires, écologiques, sécuritaires, sociales… Moins qu’une volonté de tourner la page, les Français attendent d’être entendus, d’être défendus. Dès lors, la question est de savoir qui sera le plus proche des préoccupations du peuple, quel récit national saura s’imposer dans une nation en quête de sens. Au fait… De Gaulle et Churchill sont revenus quelques années après… Ne l’oubliez pas.

Vous consacrez un chapitre à la guerre d’Espagne, à travers la figure d’André Malraux et son livre L’Espoir. Sur ce sujet, vous semblez refuser le manichéisme. Reprendriez-vous les mots de Felipe Gonzalez, Premier ministre espagnol socialiste qui déclarait en 1986 : « Le gouvernement veut honorer et exalter la mémoire de ceux qui à tout moment ont contribué avec effort, et beaucoup d’entre eux avec leur vie, à la défense de la liberté et de la démocratie en Espagne (…). Et il rappelle aussi avec respect ceux, qui dans des positions différentes à celles de l’Espagne démocratique, ont lutté pour une société différente, pour laquelle ils ont sacrifié leur propre existence » ?

Dans une guerre civile, aucune place n’est laissée aux modérés. La guerre d’Espagne a profondément marqué mon histoire familiale, ponctuant mon enfance de débats passionnés me vaccinant effectivement contre tout manichéisme. Cette citation de Felipe Gonzalez s’inscrit entièrement dans cette démarche, avec pour unique volonté de sceller la réconciliation de tous les Espagnols. 50 ans après, il traduisait par ses mots la volonté de réparation des torts et des souffrances entre républicains et franquistes. Cette vision avait déjà permis une transition pacifique et exemplaire en Espagne grâce au Roi Juan Carlos, au Premier ministre Adolfo Suárez mais aussi au communiste Santiago Carillo. Avoir le courage de la nuance face aux évènements complexes est un réel défi. Une denrée rare qui manque pour construire les bases d’un débat apaisé et d’une nation unie face à une mémoire historique tourmentée.

À vous lire, on comprend que vous êtes non seulement un républicain assez sourcilleux, mais surtout un Européen. C’est peut-être cela qui vous a conduit à briguer la mairie de Barcelone après avoir occupé les plus hautes fonctions en France… Comprenez-vous que cela ait pu heurter des gens de droite, y compris ceux qui vous appréciaient (et il y en a, je vous assure, la très libérale Sophie de Menthon appelait à voter pour vous lors de la primaire de 2011) ?

J’assume mes doutes et mes contradictions. À la tête du gouvernement français, ma responsabilité était immense. Chacune de mes décisions engageait le peuple entier. Aujourd’hui, c’est en simple citoyen que je fais mes choix pour mon destin. C’est en citoyen libre que j’ai décidé de quitter en 2018 le pays qui m’a vu grandir, pour celui qui m’a vu naître, fermant par la-même le rideau sur une période d’une grande violence tant sur le plan politique que personnel. Je me suis reconstruit à Barcelone, et y ai rencontré la femme que j’aime [1]. Mon départ en Espagne n’a rien changé à la vision à laquelle je crois pour la France. Je suis revenu plus Français que jamais, fort des mots de Romain Gary: je n’ai pas une goutte de sang français mais la France coule dans mes veines ! 

Vous qui êtes amateur de football, vous savez bien que les joueurs français ont rarement réussi au FC Barcelone, de Christophe Dugarry à Antoine Griezmann… C’était la mairie de Madrid, là où ont tant brillé Kopa et Zidane, qu’il fallait briguer !

Provocation ! Thierry Henry ou Éric Abidal, parmi d’autres, ont laissé leur empreinte dans l’histoire du club ! Vous ne réussirez pas à me déstabiliser… (rires)

Vous présentez dans le livre la figure de Jean-Marie Tjibaou comme le Mandela néo-calédonien, puisqu’il a évité une possible escalade vers la guerre civile en acceptant de serrer la main de son adversaire Jacques Lafleur. Vous montrez votre attachement au maintien de la Nouvelle-Calédonie dans la France, malgré les vicissitudes de l’histoire. Mais l’archipel vote tous les trois ou cinq ans au sujet de son indépendance, avec un mode de scrutin peu favorable aux Européens, et les puissances du Pacifique ont bien envie de nous voir déguerpir…

L’histoire de la Nouvelle-Calédonie est lourde, faite de blessures et d’humiliations auxquelles la France n’est pas étrangère. Je me suis souvent interrogé sur la place importante qu’occupait le Caillou dans notre histoire. Elle vient sans doute de la volonté des Kanakset des Caldoches, des Mélanésiens et des Européens de tracer un destin commun. Sur place, tout nous rappelle un passé tourmenté, mais tout nous parle aussi de la paix si chèrement acquise. Jean-Marie Tjibaou en fit l’un des emblèmes et le paiera de sa vie. Malgré mon attachement à l’archipel et mes craintes face aux dangers de son indépendance, j’ai toujours cru qu’il revenait aux Calédoniens d’écrire leur histoire. Le dernier référendum a porté une nouvelle fois le « non » en tête, malgré les contestations venues des indépendantistes. À présent, il faut avancer dans le dialogue. La Nouvelle-Calédonie sera plus forte avec la France et la France plus belle avec la Nouvelle-Calédonie.

Vous ne m’en voudrez pas de trop de revenir à présent sur des sujets bassement politiques. On se souvient qu’au moment où vous annonciez irréconciliables les deux gauches, la vôtre et celle de Mélenchon, vous vous en preniez aussi avec véhémence au Front national (on se souvient d’interventions musclées à l’Assemblée), ou à Nicolas Sarkozy lors des départementales de 2015. Emmanuel Macron, lui, commençait alors sa grande opération séduction, qui l’emmena jusqu’au Puy-du-Fou et attira vers lui les soutiens de Robert Hue et en même temps d’Alain Madelin ! Dans votre vie politique, est-ce qu’il ne vous a pas manqué les grands talents de séducteur d’Emmanuel Macron lors de sa conquête en 2017 ? N’avez-vous pas eu le tort de prendre le plus grand nombre à rebrousse-poil, plutôt que de mener une vaste danse du ventre comme avait su le faire à cette époque l’actuel chef de l’État ?

Je vous confirme qu’il y a eu plus habile que moi… La force de mes convictions m’a toujours conduit à tenir une position ferme, me refusant toute rondeur, en particulier avec le Rassemblement national. Je n’oublie pas que Marine Le Pen est l’amie de Poutine, et que la mise en œuvre de son programme économique provoquerait un désastre. Plus que politique, votre question est en fait purement électoraliste. Elle est en effet essentielle puisque déterminante, mais cela n’a jamais été le sens de mon engagement en politique. J’ai longtemps pensé que tenir à l’écart les partis aux extrémités de l’échiquier politique nous en préserverait. Manifestement, ce fut une erreur. Dans un pays fracturé, il est fondamental d’entendre les inquiétudes de tous bords, pour pouvoir les analyser et comprendre les mouvements de fond qui travaillent notre société. C’est peut-être notre ultime chance d’échapper à une échéance qui pourrait être fatale en 2027.

En vous lisant, on sent un homme nuancé, capable de trouver des mérites chez ses adversaires. Quel contraste avec le souvenir du Manuel Valls un peu fougueux lors de vos années au pouvoir. 

Vous savez, les années passent… J’ai connu le pouvoir, le succès, la chute et le rejet. Je me considère aujourd’hui comme un spectateur engagé, libre d’assumer ses pensées. L’expérience et le recul sont sources des plus grands apprentissages. Le paysage politique français est fracturé, trouble, l’avenir incertain. Les voix de ceux qui ont porté la France ont leur place, de tous les bords, de toutes les époques. Là est également la vocation de mon livre. Sans que les figures exposées ne doivent forcément servir de guide, elles peuvent au moins être pour nous des inspirations. Il s’ajoute à d’autres grands projets qui rythment ma vie, d’autres combats qui guident mes pas. La lutte contre l’antisémitisme sous toutes ses formes en est l’un d’eux. Plus généralement, je me bats inlassablement pour porter les causes qui m’habitent : l’Europe, la défense du régime démocratique, le rayonnement de la laïcité et la puissance des valeurs de la République. Mon engagement à défendre mes convictions sans relâche m’ont conduit à prendre des coups, à monter sur le ring des idées quitte à en perdre la voix. Je suis un homme libre se refusant toujours à la résignation et aux visions à court-terme qui aveuglent les débats de fond. Ceux qui pensaient à la fin de l’histoire se rendent compte que de nombreuses batailles sont encore à mener. Je prends ma part de responsabilité, avec toujours autant de conviction.

Le courage guidait leurs pas: 12 destins face à l'Histoire

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[1] Susana Gallardo Torrededia NDLR

Sérieusement, «Libération»?

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D.R.

Quand il évoque les menaces émanant des groupuscules à l’ultra-droite ou à l’ultra gauche, le quotidien de gauche fait preuve ces derniers temps d’un étonnant deux poids deux mesures. Un peu comme pour la menace islamiste. Causeur fait le point.


Dernière minute ! Après la polémique liée à une manifestation d’ultradroite samedi à Paris, le ministre de l’Intérieur a annoncé ce mardi à l’Assemblée nationale avoir demandé aux préfets d’interdire toute manifestation de ce type à l’avenir. « Les préfets prendront des arrêtés d’interdiction et nous laisserons les tribunaux juger de savoir si la jurisprudence permettra en effet de tenir ces manifestations » a-t-il notamment dit à la députée de gauche Francesca Pasquini, qui lui reprochait la manifestation du samedi 6 mai.

Libération, un quotidien “sérieux” et “pas chiant à lire”?

« Oui, Libé est et restera un quotidien de gauche. Mais cet engagement politique n’empêche pas que cela soit un quotidien sérieux sur le plan journalistique. Et Libé a une qualité essentielle : il n’est pas chiant а lire » avait déclaré son directeur général, Denis Olivennes, dans un entretien au Point, en 2020. Libération est actuellement le chantre de l’extrême gauche. Sans craindre le ridicule, les journalistes y usent et abusent d’expressions politiques anachroniques, de sous-entendus démodés, de réflexions outrancières et pathétiques. On patauge dans le pathos gauchiste. Quand il s’agit d’inverser le réel, de dénoncer « l’extrême droite » ou de flirter avec l’islamo-gauchisme, cela peut atteindre des hauteurs stratosphériques. À titre d’exemple, le numéro du vendredi 5 mai vaut vraiment le détour, on ne regrette pas ses 2,70 euros.


Comment réussir à ne rien dire sur les blacks blocs et autres antifas d’extrême gauche (voir notre dossier actuellement en kiosques) qui profitent des manifestations contre la réforme des retraites pour brûler et piller des commerces, incendier des voitures, détruire le mobilier urbain et agresser les forces de l’ordre ? Rien de plus simple: il suffit de décrire un danger fantasmatique, de le monter en épingle, d’en faire des tonnes pour effrayer le lecteur et surtout pour lui cacher la vérité sur l’origine politique et idéologique des véritables casseurs. Comme les journalistes de Libé n’ont pas pu, et pour cause, imputer à des groupes de « nazis » les récentes exactions lors des manifestations, ils nous ont resservi, réchauffé, le mensonge qui fut le prétexte à leur incroyable Une du 16 décembre 2022, deux jours après le match France-Maroc : “Nuit bleue, peste brune”. Cette nuit-là, les journalistes de Libé ont vu un « sinistre augure des violences d’extrême droite », écrivent-ils aujourd’hui. Chagriné d’avoir été raillé par votre serviteur ou par Amaury Bucco (Cnews) et Gilles-William Goldnadel (Valeurs actuelles), le quotidien consacre sa Une du 5 mai et les quatre pages suivantes à « la descente avortée des “nazis des temps modernes” », c’est-à-dire à l’arrestation d’une quarantaine de militants d’ultra droite prévoyant, semble-t-il, de faire le coup de poing avec des supporters marocains lors de la Coupe du monde de football. Rappelons que la seule « descente » d’envergure qui eut lieu cette nuit-là fut celle de jeunes Français d’origine maghrébine contre la communauté gitane de Montpellier, suite à la mort d’un jeune homme fauché par une voiture… Libération évita soigneusement d’entrer dans les détails de cette « gitannade » et préféra délirer sur de fantasmées « hordes de fachos déployées ici ou là dans l’hexagone ».

La France (de gauche) a peur

Alexandra Schwartzbrod, la directrice adjointe de la rédaction du quotidien, aime à se faire peur et à faire peur à ses lecteurs. Son édito du 5 mai sort du même tonneau que celui du 16 décembre. « Les documents que nous révélons font froid dans le dos, écrit-elle. Ils nous expliquent que ce sont des néonazis qui ont voulu s’en prendre aux supporteurs marocains. […] Il faut aller jusqu’au bout de ce récit malgré la nausée qui nous saisit à certains moments. » Il y aurait de quoi avoir les chocottes si cela n’était pas aussi grotesque. L’extrême droite, Éric Zemmour et le député RN Grégoire de Fournas contribueraient à « attiser la haine envers toutes celles et ceux qui ne sont pas blancs », et le gouvernement, plutôt que de concentrer ses attaques sur LFI, ferait mieux d’empêcher la montée du RN, écrit l’éditorialiste avant de se rendre sur le plateau de France Info où elle a son rond de serviette.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: La peste rouge

Enquête exclusive

« Libération révèle les coulisses de l’opération qu’une quarantaine de militants d’ultra droite entendait mener cette nuit du 14 décembre. » Impatient de découvrir les révélations que promet le journal, nous poursuivons notre lecture. Le long et fastidieux dossier qui suit, censé nous donner des sueurs froides, contient les CV de quelques-uns des militants d’ultra droite arrêtés le soir du match. Rien que de très banal : un « néonazi aristo », une paire d’excités nostalgiques du IIIe Reich, un quartette de suiveurs qui aiment se battre, un brelan de décérébrés alcooliques – c’est, en gros, l’effectif des « hordes nazies » qui s’apprêtaient à fondre sur les supporters marocains ce fameux soir du 14 décembre. Ces terrifiants et « authentiques nazis des temps modernes » n’ont pas l’air très futés – en tout cas, ils le sont beaucoup moins que les centaines de blacks blocs d’extrême gauche qui parviennent, eux, à échapper aux filatures, aux fichages et, donc, aux arrestations préventives qui soulageraient pourtant les manifestants pacifiques, les paisibles commerçants, les policiers, les gendarmes et les pompiers.

Manifestation sauvage contre la réforme des retraites à Rennes, 15 avril 2023 © Justin Picaud/SIPA

Curieusement, Libération est dans l’incapacité de révéler quoi que ce soit sur les milices de la “Jeune Garde Antifasciste” et sur son chef de file Raphaël Arnault. Réputé pour ses appels à la violence (mais attention, c’est pour contrer l’extrême droite, c’est pas pareil), cet ami de Jean-Luc Mélenchon et de Louis Boyard a récemment été invité à l’Assemblée nationale par Aurélien Taché et la Nupes pour discuter des moyens de combattre… « le terrorisme d’extrême droite ». On se pince. Pourquoi ne pas convier dans l’hémicycle Edwy Plenel, afin de discuter avec lui des moyens à mettre en œuvre pour lutter contre « l’islamophobie et le racisme systémiques » en France, tant qu’on y est ?

Pendant ce temps-là, l’extrême-gauche brûle du flic

L’inénarrable Claude Askolovich ne pouvait pas ne pas faire la publicité de ce numéro de Libé sur France Inter. Trop occupé à chanter les louanges de l’immigration, du multiculturalisme et du wokisme, Claude Askolovitch n’a lui non plus rien à dire sur les exactions des groupuscules d’extrême gauche ayant mis le feu aux poubelles, aux immeubles, aux voitures et même aux policiers lors des dernières journées de protestation contre la réforme des retraites. Par conséquent, il reprend à son compte l’information de Libé sur ces 40 « jeunes gens pétris de haine » et omet de parler de ces centaines de gentils garçons qui détruisent tout sur leur passage et cherchent à casser du flic lors des manifs. Libération et Askolovitch se pommadent la conscience mutuellement, sans jamais déroger aux principes basiques et mensongers de la gauche médiatique – l’inversion du réel constituant la pierre angulaire de cet édifice idéologique.

A lire aussi: Qui en veut vraiment à Florence Bergeaud-Blackler?

Mais revenons au Libé du 5 mai. On y apprend, page 6, que Jean-Luc Mélenchon est un homme politique tout ce qu’il y a de conciliant et à qui il est « très malhonnête de reprocher une forme d’apologie de la violence ». Le quotidien ne voit aucun lien entre la façon qu’a LFI de s’opposer au gouvernement et la violence des blacks blocs. Il sera intéressant de voir de quelle manière ce « journal sérieux » traitera, s’il la traite, l’information récente concernant l’élu LFI Christophe Prudhomme. Lundi 8 mai, ce dernier a en effet scandé, accompagné d’une troupe de joyeux lurons robespierristes, un slogan douteux devant le siège de Renaissance: « Louis XVI, on l’a décapité, Macron, on peut recommencer ». Mais sans doute est-il « malhonnête » de voir là une « forme d’apologie de la violence ».

Libération plus intéressé par la prose de François Burgat que par celle de Florence Bergeaud-Blackler

Nous tournons les pages et tombons cette fois sur un article dont l’objectif est de mettre en doute le sérieux du travail de Florence Bergeaud-Blackler. Son livre sur les Frères musulmans [1] créerait un « certain malaise chez les chercheurs ayant, pour certains, travaillé avec elle ». Au détour d’une phrase, les journalistes précisent, pour déprécier son travail, que Mme Bergeaud-Blackler n’est « ni historienne, ni politiste, ni sociologue », comme si sa formation anthropologique et ses 30 ans de recherches sur le sujet valaient pour rien. Les mêmes relativisent et laissent planer le soupçon du mensonge : « L’anthropologue affirme recevoir des menaces de mort sans toutefois en préciser l’origine ». La suite est à l’avenant. Sur Twitter, Florence Bergeaud-Blackler précise avoir demandé à plusieurs reprises à Simon Blin (l’un des deux journalistes de Libé ayant écrit cet article sournoisement à charge) de l’interviewer sur le contenu de son livre. Simon Blin a refusé. Normal: pour parler du contenu de ce livre il aurait fallu le lire. Or, Simon Blin s’est contenté de citer les réflexions acides de l’islamophile et antisioniste compulsif François Burgat. Cet « islamologue » médiapartien, ami de Tariq Ramadan et admirateur du Hamas, a toujours eu les yeux de Chimène pour le mouvement frériste qu’il compare aux mouvements révolutionnaires anticapitalistes et anti-impérialistes d’Amérique du Sud, le castrisme en particulier. Sur son compte Twitter, François Burgat, enivré d’avoir été si complaisamment cité par Libé, écrit : « Après le “J’accuse” de Zola, le magistral coup d’épingle de Libé qui dégonfle la vilaine baudruche nauséabonde du “frérisme” ! Article historique ! » Historique, assurément, c’est ce que pensent les islamistes. La lecture du Libé du 5 mai leur a permis d’affiner la liste des plus éminents idiots utiles à leur cause hégémonique, ces alliés de circonstance pour lesquels ils n’éprouvent que du dégoût. L’histoire nous enseigne pourtant qu’une fois parvenus à leurs fins, les révolutionnaires (léninistes, maoïstes, castristes, islamistes) estiment le plus souvent que ces « alliés » ne leur sont plus d’aucune utilité, voire même qu’ils sont devenus nuisibles – il s’ensuit le plus souvent quelques opérations aussi sommaires qu’efficaces, purges, procès, emprisonnements et exécutions ne surprenant que les idiots devenus inutiles et ne comprenant généralement pas comment ils ont pu arriver là, devant la porte du cachot ou au pied de l’échafaud où ils se promettaient pourtant de traîner leurs adversaires.

A relire: Nupes: la gauche soumise

Oui, les mélenchonistes et les islamistes pensent que Libé n’est pas chiant à lire. Les premiers aspirant au Grand soir révolutionnaire, les seconds à un califat européen – et chacun croyant se jouer de l’autre en s’alliant avec lui – ils apprécient la simplicité retorse avec laquelle le quotidien sert leur cause en ne désignant qu’un ennemi à abattre, « l’extrême droite ». Pour le moment, chacun y trouve son compte. Pour le moment.

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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[1] Florence Bergeaud-Blackler, Le frérisme et ses réseaux, l’enquête, 2023, Éditions Odile Jacob.

Est-il honteux de manifester le 8-Mai?

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Le président Macron à Lyon, 8 mai 2023 © Bony/SIPA

Après avoir remonté les Champs-Elysées dans une voiture aux vitres fermées, loin de la foule habituelle, le président s’est rendu hier à la prison de Montluc, à Lyon, pour rendre hommage à Jean Moulin.


Il y a des dénonciations qui sont absurdes non pas parce qu’elles ne seraient pas pertinentes mais à cause de leur caractère totalement sans effet à notre époque.

Pour fustiger les manifestations du 8 mai aussi bien à Paris qu’à Lyon, on invoque l’obligation qu’il y aurait à respecter certains épisodes sacrés, l’hommage à Jean Moulin par exemple. On considère qu’il y devrait y avoir une suspension dans les conflits, par décence et par admiration pour ce grand résistant héroïque.

Mais qui connaît véritablement cette histoire, qui a cette mémoire, qui a cette culture, aujourd’hui, pour distinguer entre l’intouchable ou le profane, entre le sublime qui doit pacifier et le conjoncturel, le conflictuel ? Ceux qui s’émeuvent parce que la quintessence d’un passé admirable n’arrête pas les oppositions n’ont pas compris que nous avions changé et que ce changement n’était pas à notre honneur.

On peut, on doit s’en indigner mais ensuite ? Puisqu’il est malheureusement vain de prévoir un futur différent…

J’ajoute que l’hommage à un héros absolu est probablement amoindri ou même ignoré par la multitude des héros relatifs que la modernité fabrique ou surestime.

Faut-il rappeler aussi que longtemps, la légitimité des présidents, aussi controversée que soit leur politique, ne suscitait pas d’ire démocratique à l’égard de ce qu’ils avaient à accomplir et à célébrer pour la France, tel un facteur d’unité pour tous les Français ?

Avec Emmanuel Macron, il me semble que la configuration est devenue tout autre. Quoi que fasse ou célèbre ce président, rien ne lui sera concédé. La loi sur les retraites risque de demeurer sur l’estomac républicain et, sans doute injustement, il n’est rien qui, émanant de lui, trouve grâce aux yeux de ses opposants les plus résolus, qu’on entend beaucoup.

A lire aussi, Pierre-Henri Tavoillot: «À l’extrême-gauche, la pensée s’est dissoute dans un geste de pure contestation»

Ils ne représentent certes pas tout notre pays mais n’hésitant pas à user de mille contestations extrêmes parfois au point d’être dévoyées, ils tombent même dans l’abject, la nostalgie de la guillotine (ils nous diront que c’est au figuré !) quand par exemple un élu médecin, Christophe Prudhomme, au sein d’un groupe LFI, ose souhaiter pour Emmanuel Macron le sort réservé à Louis XVI.

Rien de ce qui concerne le président actuel n’est accepté. Tout ce qui devrait susciter le consensus, comme l’Histoire de France et ses hauts faits tragiques et admirables, est passé au crible de la détestation qu’il inspire. Cette conscience qu’il a de son impopularité le conduit à faire croire qu’il n’a peur de rien et n’a pas besoin de protection contre son peuple. En même temps, au nom de sa légitime sauvegarde, le périmètre de l’espace interdit est élargi démesurément de sorte qu’une opposition populaire, majoritairement syndicale, de gauche et d’extrême gauche, se voit privée de toute expression d’hostilité à l’égard du pouvoir, ce qui me semble être pourtant un droit. On aboutit à ce paradoxe d’un président d’autant plus courageux qu’il est de plus en plus éloigné de ses opposants. Cette manière de maintenir l’ordre à Paris – les Champs-Elysées quasiment vides – comme à Lyon, loin d’apaiser, pousse à l’exacerbation.

Il n’est pas honteux de manifester. Un certain nombre de nos concitoyens use de ce qui leur reste. Le président envoie une lettre manuscrite aux Français qui l’ont élu puis réélu, et à ceux qui l’ont soutenu, pour les remercier. C’est une manière de faire illusion : nous serions, grâce à cette lettre, dans de la normalité alors que la France est éclatée et dans une effervescence, souvent violente, permanente. Je me demande si les Français ne rêvent pas d’une seule chose : avoir enfin la parole et que le pouvoir se taise pour les écouter.

Que de temps perdu!

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"Le Côté de Guermantes", de Christophe Honoré d'après Marcel Proust © Jean-Louis Fernandez / Comédie Française

Le réalisateur Christophe Honoré déshonore l’œuvre de Marcel Proust à la Comédie française. Heureusement que ça s’arrête, raille notre chroniqueuse!


Longtemps je ne m’étais pas autant ennuyée à la Comédie Française. 2h30, c’est la durée de l’adaptation scénique, par Christophe Honoré, du 3e tome de À la recherche du temps perdu : Le côté de Guermantes. Pendant 2h30 donc, le lecteur amoureux de la Recherche oscille entre colère et abattement face à l’enchaînement de scènes qui se veulent piquantes alors qu’elles ne sont que plombantes. Se soumettant aveuglement à l’injonction rimbaldienne « il faut être absolument moderne », Christophe Honoré fait résonner le chef-d’œuvre de Proust avec l’époque actuelle, à tel point qu’il en oublie l’essentiel lorsqu’il ne le trahit pas totalement.

Pour faire original, Honoré mise sur l’anachronisme et la confusion des genres. Ainsi les costumes bigarrés mélangent-ils les époques Années Folles et Belle Époque – c’est original – et la mise en scène alterne les « before » et les « after » des soirées prisées par la jeunesse dorée parisienne d’aujourd’hui – gaz hilarant, poppers et rails de coke en moins.

Brouhaha

L’interprétation des personnages emblématiques du cercle des Guermantes, passe, quant à elle, complètement à côté de la subtilité des descriptions proustiennes où l’ironie drolatique côtoie la féérie poétique. Ici, tout est vulgaire, bassesse et outrance. Oriane de Guermantes, jouée par Elsa Lepoivre, est rabaissée à une écervelée dont la finesse n’existe que dans sa chevelure alors qu’elle est, dans le roman, l’incarnation même de l’élégance et de la grâce aristocratiques à la française. Le duc Basin de Guermantes est présenté, pour sa part, comme un imbécile heureux au snobisme seulement réduit à une intonation de voix forcée. Dans ce rôle, Laurent Lafitte avale un mot sur deux et surjoue plutôt qu’il ne joue. Il n’est d’ailleurs pas le seul à faire disparaitre le texte. Les acteurs parlent souvent en même temps, pendant qu’un micro se balade de l’un à l’autre, ce qui permet au spectateur, parfois, de saisir quelques bribes de texte. On suppose que l’idée est de représenter les conversations de salon dont l’art est, ici, totalement dévoyé par un brouhaha piteusement insondable. Et en dehors de ce choix scénique plus que contestable, les acteurs du Français démontrent avoir perdu ce qui faisait partie de leur réputation: leur précieuse diction. Mais lorsqu’apparaissent l’outrance et la vulgarité, le public n’a plus à tendre l’oreille: soudainement les décibels sont montés d’un cran, comme par hasard!

À lire aussi: Dégoulinant Mélenchon

Il en est ainsi avec Madame de Villeparisis, jouée par Dominique Blanc, copie conforme de mamie Suze, la vieille poivrote des Tuches, qui se complait dans un comique de répétition réduit à une simplicité guignolesque, avec sa voix de clopeuse alcoolique répétant à l’envi « oui » quand on l’interpelle. Ce qui fait beaucoup rire les spectateurs qui peuvent glisser, tout soulagés, à leur voisin : « Tu vois c’est pas si chiant Proust ! » 

Allo, les pompiers ?

Et plus le spectacle festif continue, plus on est gagné par la consternation. On ne peut que regretter le traitement caricatural, et c’est bien dommage, de l’antisémitisme et de l’affaire Dreyfus. Mais le point d’orgue vient avec la mort de la grand-mère du narrateur, pour laquelle Proust compose parmi les pages les plus poignantes de la Recherche, et qui se retrouve mise en scène avec un réalisme indécent, voyeuriste et extrêmement gênant. Cette grand-mère tient pourtant un rôle crucial dans l’œuvre. C’est par son intermédiaire que le narrateur pénètre dans le cercle très fermé de l’aristocratie du faubourg Saint-Germain, la grand-mère étant une vieille amie de Madame de Villeparisis, tante d’Oriane de Guermantes, la muse du narrateur et du marquis de Saint loup qui deviendra son ami. Mais celle-ci est surtout, et de manière involontaire, à l’origine du jeu des correspondances proustiennes grâce auxquelles le temps perdu de la vie vécue peut être retrouvé et sublimé dans une œuvre littéraire.

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Sans elle encore, le narrateur ne serait jamais allé à Balbec séjourner au grand hôtel ; il n’aurait jamais respiré l’air marin ; essuyé son visage avec la serviette de l’hôtel à la raideur particulière ; jamais rencontré le baron de Charlus, mentor dantesque de l’univers gomorrhéen, ni le peintre impressionniste Elstir ; et, surtout, jamais croisé le cortège de jeunes filles en fleurs sur la plage dont l’une d’entres elles, au grain de beauté mystérieusement volatile, sera son aimée et plus tard sa prisonnière.  

L’Amour, l’Art, le Temps: sa grand-mère fut au centre de ces pans gigantesques de la Recherche que Proust aimait à comparer à une cathédrale et que Christophe Honoré incendie sans retenue.

Honoré utilise la vidéo pour montrer le long et interminable râle de la grand-mère comme si c’était un reportage d’Elise Lucet sur les Ephad et la fin de vie, alors qu’il aurait pu justement utiliser cette technique pour lancer la série des réminiscences proustiennes dont une bonne partie ont été révélées grâce à sa grand-mère et qui sont, faut-il le rappeler, le fil rouge de l’œuvre et de la réflexion de Proust sur l’art et la puissance de la littérature. Sur les planches de la Comédie Française, ces réminiscences brillent par leurs fâcheuses et déplorables absences.

Honoré préfère nous casser les oreilles. Pour ce réalisateur qui ne peut concevoir un film sans le transformer en comédie musicale éreintante et suintante de mièvreries, le remplissage sonore est une obligation. C’est pourquoi on voit à tour de rôle Saint Loup et Marcel (précisons qu’il n’y a aucun « Marcel » dans la Recherche, c’est le « je » proustien qui est le narrateur) gratter de la guitare et chanter des tubes de pop anglaise… Pour dépeindre l’écrivain qui incarne le génie littéraire français, on conviendra que c’est tout de même déplacé ! Mais soyons justes, il y a, malgré tout, une chanson française. C’est celle de Léo ferré : « Ton style, c’est ton cul ! » – elle est évidemment à mille lieux de l’univers proustien et on en pleure de rage ! Et dire que Swann comparait l’amour qu’il éprouvait pour Odette de Crécy, qui n’était pourtant pas son genre, à la Vénus de Botticelli. On mesure l’écart.

À la recherche du temps perdu

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À Londres, le 6 mai: une foule plus royaliste que le roi

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Malgré la pluie, cette famille est venue voir le roi, Londres, 6 mai 2023 © Photos: Maximilien Nagy.

Notre correspondant londonien a assisté aux célébrations populaires qui ont marqué le jour du couronnement du roi Charles, le samedi 6 mai. Au parc de Saint James, situé pile-poil entre le palais de Buckingham et l’abbaye de Westminster, où la cérémonie solennelle a eu lieu, des dizaines de milliers de Britanniques et de citoyens des 14 autres Royaumes du Commonwealth, du Canada à la Nouvelle Zélande, sont venus fêter le sacre de Charles III et de sa reine consort, Camilla. Reportage au cœur de l’évènement.


Dès six heures du matin, au parc de Saint James qui longe le Mall, cette avenue triomphale qui conduit au palais de Buckingham, des dizaines de milliers de personnes de tous les âges se réunissent pour entre-apercevoir le monarque passer dans son carrosse et fêter le premier couronnement outre-Manche depuis 70 ans. 

A relire, Jeremy Stubbs: Oui, ça coûte cher un couronnement!

Nombreux sont ceux qui sont arrivés la veille, voire plusieurs jours en avance, pour être sûrs d’assister au passage du roi. « C’est un évènement que je ne vivrai qu’une fois dans ma vie », témoigne Beth, une jeune retraitée de 70 ans, venue de Manchester par le train de minuit. À l’instar d’un grand nombre de ses concitoyens, elle attend cet évènement avec impatience depuis septembre dernier. « Il fallait que je vienne pour lui rendre hommage. Je ne pouvais pas rester simplement chez moi devant une télévision », poursuit-elle. Pour l’occasion, toutes les extravagances vestimentaires sont permises : couronnes en carton, costumes et robes aux couleurs de la Grande Bretagne, kilts…  Quand j’interroge les Britanniques autour de moi pour savoir ce qu’ils pensent de la monarchie, la réponse est unanime et ne se fait pas attendre : « May the King reign for ever ! » Que le roi règne pour toujours ! Lorsque l’air de l’hymne national retentit pendant la procession entre le palais de Buckingham et l’Abbaye de Westminster, des dizaines de milliers de voix dans la foule entonnent en cœur les paroles, en demandant à Dieu de garder le roi : « God save the King ! ».

Le temps de la maturation

Charles III a connu des moments difficiles dans les années 1980 et 1990 du fait de ses relations turbulentes et finalement tragiques avec la princesse Diana. Mais cette époque semble si loin. Pour la foule, c’est de l’histoire ancienne. Aujourd’hui, sa popularité est incontestable. Sue, une retraitée australienne, venue à Londres spécialement pour le couronnement, ne cache pas son affection pour son roi : « Nous l’aimons beaucoup et nous le connaissons bien parce qu’il a passé tant de temps dans le rôle du prince de Galles. Charles III est tout à fait digne de régner et nous sommes fiers de lui. Notre bon king Charles a su dépasser les difficultés de sa jeunesse et il a un grand mérite pour cela ». Si Charles a désormais une place dans le cœur des Britanniques, ce n’est pas seulement chez les vieux. John, âgé de 26 ans, déjà entré dans la vie professionnelle, à l’allure et à l’expression bien aristocratiques, est venu fêter le couronnement avec deux de ses amis et apporte son plus fervent soutien au roi : « Le couronnement de Charles III et Camilla marque la continuité quasi ininterrompue de notre monarchie à travers les siècles. C’est un grand privilège pour nous de vivre ce moment exceptionnel et de rendre hommage à notre souverain. Aucune autre monarchie n’attire les yeux du monde entier. God Save the King ! » clame-t-il fièrement avec ses deux compères, une coupe de champagne à la main. 

Trois jeunes très « comme il faut » dans le parc de Saint James

Au moment de son accession au trône, en septembre 2022, « Sa Majesté » a su s’attirer l’affection de ses sujets en montrant son côté chaleureux et émotif. Aujourd’hui, sa manière très personnelle, à la fois réformatrice et conservatrice, d’assumer le rôle de monarque, visible dans la façon dont il a simplifié le cérémonial du sacre tout en gardant les aspects les plus anciens, semble susciter admiration et respect.

Orgueil et préjugés

On peut toujours compter sur les Britanniques pour exhiber au grand jour et sans aucun complexe leur fierté d’être un peuple à part, ayant ses propres traditions et coutumes qui semblent d’une autre époque. La foule qui se rassemble à Londres est consciente de sa longue histoire et de son héritage, dont un nouvel épisode s’ouvre ce samedi 6 mai avec l’onction et le couronnement par l’archevêque de Cantorbéry de Charles III, le 62ème roi d’Angleterre et le 13ème roi du Royaume Uni. Loin d’être « vieillottes », la parade militaire et la cérémonie du sacre, dans l’ancestrale Abbaye de Westminster, conservent toute leur actualité pour ces gens qui non seulement acceptent que le gouvernement défraie les coûts de la cérémonie, mais ne se laissent aucunement découragés par le temps typiquement maussade du joli mois de mai outre-Manche… 

La pluie – la météo nationale – ne décourage pas les Britanniques, puisque la pluie elle-même est typiquement britannique

Au début du sacre, Charles a déclaré : « Je viens pour servir, non pour être servi ». Au parc de Saint James, des groupes de jeunes suivent son exemple, en s’y rendant pour participer à l’organisation de l’événement, comme Euan, 20 ans, étudiant en ingénierie à l’université de Cumbria tout au nord de l’Angleterre. Il me confie son enthousiasme pour la monarchie : « Le couronnement de Charles III perpétue une tradition plus que millénaire dans mon pays. De plus, cette tradition sait évoluer avec le temps et s’adapter aux changements de la société. En tant que scout, j’ai fait la promesse de servir le roi et je suis fier de pouvoir participer à cet évènement historique avec des milliers d’autres jeunes de ma génération. » Pour les gens que je côtoie ici, la monarchie et la famille royale constituent des facteurs d’unité, des marqueurs de leur propre identité collective. Toujours selon Euan : « Notre monarchie a un pouvoir unificateur et pour notre pays et pour le Commonwealth. C’est un prestige unique que nous devons préserver ! » Non seulement l’ambiance générale est bon enfant, mais la foule semble inspirée par cette « décence ordinaire » dont George Orwell a si bien parlé. 

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Le lundi 8 mai, à Paris, un autre chef d’État, Emmanuel Macron, a commémoré la fin de la guerre en Europe en 1945 et, à Lyon, a rendu hommage à Jean Moulin. Il a soigneusement évité un bain de foule que la population n’aurait sans doute pas voulu lui offrir. Son seul contact avec la foule a probablement été l’écho lointain de quelques casseroles. Quel contraste avec les scènes de liesse outre-Manche ! Nous autres Français, devons-nous censurer cet orgueil national des Britanniques, le jalouser ou, d’une manière ou d’une autre, trouver le moyen de l’imiter ?  Photo (« Notre correspondant »). Notre correspondant (le 2e à partir de la gauche) est accueillie par des sujets de sa gracieuse Majesté à une fête de rue.

Notre correspondant (le 2e à partir de la gauche) est accueilli par des sujets de sa gracieuse Majesté à une fête de rue

Inflation, insécurité, santé, immigration: la Macronie répond drapeau européen

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Beauchastel (Ardèche). Image: Capture d'écran Journal de 13 Heures / MyTF1

Les députés débattent aujourd’hui d’une proposition de loi du groupe Renaissance qui rendrait obligatoire le drapeau européen sur la façade des mairies françaises.


En pleine crise sociale qui bouleverse le pays et dans un contexte d’inflation écrasante pour la population, la minorité présidentielle souhaite imposer par une loi ce que le peuple a déjà refusé par référendum en 2005, à savoir l’extension symbolique de l’Union européenne. La « proposition de loi visant à rendre obligatoire le pavoisement des drapeaux français et européen sur le fronton des mairies », déposée par des membres du groupe Renaissance et apparentés, est l’occasion d’illustrer une fois de plus la monomanie européiste du camp présidentiel et son ignorance des véritables enjeux qui préoccupent les Français.

Quand le peuple montre sa colère, la macronie regarde l’Europe

Pour faire digérer au corps social une réforme des retraites injuste et brutale qui n’a même pas été votée par l’Assemblée nationale, et comme toujours depuis son premier quinquennat, Emmanuel Macron s’engouffre dans un coup de communication permanent, au détriment des vraies préoccupations du peuple. Avec un taux d’inflation s’élevant à 5%, une hausse considérable du coût des matières premières et des tarifs énergétiques gonflés par une politique nucléaire désastreuse, les travailleurs ne sont pas suffisamment payés, et les ménages ploient sous les dépenses contraintes qui ne cessent d’augmenter malgré les petits chèques du gouvernement.

Thomas Ménagé (RN), député de la 4e circonscription du Loiret (45), dans l’hémicycle, explique son opposition à l’obligation du drapeau européen sur nos mairies. D.R.

Au lieu de traiter en profondeur cette situation économique et d’apaiser les tensions sociales, le parti présidentiel bavarde, et mêle l’inflation législative à l’inflation économique qu’il ne parvient pas à maîtriser. Tandis qu’en 2017, le candidat Emmanuel Macron se faisait le chantre de la simplification normative et de l’assouplissement de la réglementation du « pays aux 400 000 normes », Renaissance souhaite désormais imposer aux communes le pavoisement du drapeau européen au fronton des mairies.

En plus de poursuivre l’agenda politique fixé par Bruxelles, le gouvernement comme la minorité présidentielle dévoilent encore plus leur allégeance symbolique à une Union européenne dont le fonctionnement actuel a été rejeté par référendum le 29 mai 2005. Ce jour-là, le peuple français a refusé le Traité établissant une Constitution pour l’Europe à plus de 55% des voix, au grand dam de la classe dirigeante, qui n’a plus osé consulter les citoyens depuis cet échec cuisant. Si, comme le disait Robert Schuman dans sa déclaration du 9 mai 1950, l’Europe « se fera par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait », force est de constater qu’elle se fait surtout au gré des incantations abstraites, et des solidarités de couloirs bruxellois.

La symbolique constitutionnelle relève des États souverains, pas de la bureaucratie bruxelloise 

Aux termes d’une campagne nationale houleuse et riches en débats il y a 18 ans, le peuple souverain s’est exprimé contre le forçage de la symbolique européenne, et il a eu raison. Il a eu raison car une Constitution organise le gouvernement d’un État unitaire ou d’une fédération d’États, mais pas d’une organisation internationale. Or, il n’y a pas d’État fédéral européen, et il n’y pas davantage de peuple européen. Partant, il est ubuesque de prévoir toute une édification de symboles, avec un drapeau que l’on imposerait, un hymne européen qui n’a jamais été approuvé par les peuples nationaux, et toute une série de marqueurs symboliques qui sont les fruits de l’histoire plutôt que des caprices de l’administration.

Aussi, c’est en général la Constitution d’un État qui précise l’hymne, la devise et l’emblème nationaux. En France, l’article 2 de la Constitution du 4 octobre 1958 retient que « l’emblème national est le drapeau tricolore, bleu, blanc, rouge. L’hymne national est « La Marseillaise ». La devise de la République est « Liberté, Égalité, Fraternité » ». Cet article figure au titre premier de la Constitution, intitulé « De la souveraineté », place éminente pour rappeler qu’il y a une souveraineté nationale, héritée de l’histoire de France et de la tradition gaulliste, mais il n’y a pas de souveraineté européenne plaquée sur le modèle de celle des États, n’en déplaise aux fédéralistes. Si Emmanuel Macron rejette l’Europe des Nations et des projets telle que la souhaitait le Général De Gaulle, il ne réussira pas à l’imposer au peuple français, attaché à sa souveraineté et à l’unité de son pays.

Une liberté de choix préférable à une obligation pure et simple 

Sur ce sujet comme tant d’autres, les députés de la minorité présidentielle vont contre le peuple qu’ils sont censés représenter, à l’image des députés qui soutenaient le traité constitutionnel en 2005. Dans le contexte actuel, les ménages les plus démunis s’interrogent sur leur fin de mois, peinent faire les courses sans se ruiner et à faire un plein d’essence, et le groupe présidentiel répond par un numéro de claquettes européiste destiné à détourner l’attention d’une société qu’il se plaît à malmener.

Au-delà du mépris des réalités, cette proposition de loi accable encore plus les collectivités locales de normes superflues, et engendre des coûts d’installation supplémentaires pour les municipalités notamment situées en milieu rural. Le drapeau tricolore qui jalonne nos mairies est le reflet de l’enracinement de la République française, et le peuple français a eu maintes occasions d’approuver ce symbole. Inversement, le drapeau européen ne jouit d’aucune légitimité populaire, et il serait absurde autant que contraire à l’esprit de notre Constitution d’instaurer son pavoisement obligatoire. Aujourd’hui, les communes sont libres d’apposer le drapeau européen à leur façade, et cette liberté de choix garantie par une coutume nullement contestée doit prévaloir sur une énième obligation aussi inutile qu’indésirée.

Les Français attendent de l’action, et le gouvernement leur répondant par de vaines paroles, ils n’attendent plus rien de lui ; mais ils peuvent compter sur le Rassemblement national pour enfin proposer des solutions concrètes aux attentes du pays.

Laïcité menacée par les musulmans: M. Ndiaye météorologiste!

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Le ministre de l'Education nationale photographié à Paris, le 26 avril 2023 © JEANNE ACCORSINI/SIPA

Sur France 3, le ministre de l’Éducation nationale décrit les entorses à la laïcité liées au ramadan (en forte hausse), ou les problèmes autour des commémorations de la décapitation de Samuel Paty comme des phénomènes naturels. Il semble décidé à ne pas prendre les mesures qui s’imposent.


Le ministre de l’Éducation nationale a accordé une interview à France 3 ce dimanche 7 mai. Et qu’a t-il dit d’un air serein, sans jamais se départir de ce calme si tempéré qui le caractérise ? Que les chiffres d’atteinte à la laïcité étaient en nette décroissance, MAIS QU’EN MÊME TEMPS – et nous allons voir que le temps est la préoccupation majeure de notre recenseur – ces chiffres connaissent des pics ; notamment pendant le ramadan et à l’occasion des commémorations de l’assassinat de Samuel Paty. 720 cas recensés à cette occasion et environ 500 au mois d’avril pendant le jeûne des musulmans. C’est dit sur un ton patelin de qui recense à n’en plus finir les températures ambiantes et leurs raisons d’être. C’est le monsieur météo de l’Éducation nationale ! « Il y a toujours un pic en octobre et il y a toujours une remontée au moment du ramadan. »

Réchauffement climatique

Un pic de chaleur ? Une remontée des températures ? Des effets anticycloniques se font sentir de manière régulière – on appréciera le toujours qui laisse entendre comme un phénomène naturel, ayant lieu depuis la nuit des temps, totalement détaché de l’histoire, les pics et les remontées – qui donnent, finalement, un climat plutôt tempéré sur l’ensemble de l’hexagone. Comme si cela avait toujours eu lieu ou, éventuellement, depuis le réchauffement climatique peut-être ?

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Et ces phénomènes naturels donc, que notre ministre recense soigneusement depuis qu’il est en poste, avec sa fiche des degrés du temps qu’il fait (353 degrés en novembre pour 313 seulement en septembre ; comme quoi, parfois, lorsqu’une masse d’air froid nous vient de l’Atlantique, la température connaît une décroissance certaine…) ont aussi des raisons d’être qui semblent parfaitement naturelles ; comme dues à des raisons prévisibles ; sortes de masses d’air chaud qui ne portent pourtant pas des noms de nuages ni de vents.

Notre ministre s’entend-il parler?

Et c’est cela qui méduse Bécassine ; le fait que le Monsieur météo de l’Éducation nationale connaisse parfaitement les causes des phénomènes en question et les énonce comme un fait acquis, une sorte d’effets secondaires des saisons : les commémorations de l’assassinat d’un professeur et le mois de jeûne du ramadan.

Comme s’il ne se rendait pas compte de ce qu’il disait, ou comme s’il s’agissait, de manière plus insidieuse, de faire entrer dans les us et coutumes d’une nation ces phénomènes météorologiques parfaitement nommés (islamisme) qui entraînent un changement de courbes qu’il s’agit, somme toute, d’enregistrer et d’entériner comme un fait de nature, à la manière des pollen au printemps et de la canicule en été. Dès lors, il n’y aurait plus rien à faire, n’est-ce pas ? Car, que faire contre les giboulées de mars et la grêle quand elle s’en mêle ? Attendre que le ciel se fasse plus clément, que les pics chutent et les remontées redescendent selon le rythme que notre ministre leur impartit. 

Bécassine serait lui, elle se reconvertirait dans la climatologie.

Parce qu’un ministre est quelqu’un qui ne se contente pas d’énumérer les problèmes de façon quasi fataliste ; c’est quelqu’un qui a pour mission de les résoudre ! Et lorsqu’il fut question cet automne du problème, justement, des abayas que portent les filles et qui sont clairement des signes ostentatoires, Mr. Pap Ndiaye a répondu qu’il n’allait pas aller dans les écoles avec un mètre pour mesurer la longueur des jupes !

Nul besoin d’une boîte à couture pour estimer du premier coup d’œil le vêtement en question. Cela se voit immédiatement. Et la responsabilité d’un ministre ne consiste pas à se décharger sur les chefs d’établissement ; encore moins sur les professeurs de la nécessité d’intervenir et d’appliquer des lois existantes. C’est à l’État de faire respecter la laïcité, c’est à lui qu’incombe cette tâche et d’en assumer les conséquences que chacun connaît désormais : à savoir les menaces et les passages à l’acte des menaces en question.

Transport de bétail: gare aux nids de poule!

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© Unsplash

En matière de souffrance animale, la Commission européenne doit présenter à l’automne un nouveau cadre réglementaire, dont un volet concernera le transport du bétail…


La commission européenne s’est fixé comme objectif de trouver une nouvelle législation en matière de souffrance animale, la dernière étant vieille de 18 ans.

En effet, les conclusions d’un rapport de l’EFSA, organisme européen chargé de la sécurité alimentaire, mettent en exergue l’absurdité de nos pratiques en matière de transport du bétail – des pratiques économiques terribles pour les animaux. L’enquête a dévoilé que, bien souvent, ce sont des animaux vivants qui étaient transportés sur des distances folles, au lieu de la viande. Ainsi, les bestiaux sont souvent transportés sur plusieurs centaines de kilomètres au sein de l’Union européenne. La cause de cette pratique n’est bien évidemment pas le plaisir de torturer le bétail, mais le manque d’abattoirs. En effet, alors que l’élevage devient de plus en plus industriel, il en est de même pour l’abattage du bétail. Les abattoirs sont souvent immenses, mécaniques, et concentrés. Ainsi, les rapporteurs proposent, entre autres mesures, d’ouvrir d’autres établissements plus petits et plus proches des agriculteurs. Ces derniers bénéficieraient de la possibilité de payer moins cher les transporteurs, qui, eux, baisseraient leurs marges tout en réduisant les émissions de CO2. Aujourd’hui, 30% des trajets dépassent les huit heures, et un sur 25 atteint les vingt-quatre heures. Un calvaire pour le bétail.

Malgré une volonté légitime de réduire ces souffrances, la réponse de l’UE semble à nouveau déconnectée: une proposition de loi devrait être déposée à l’automne prochain, intégrant la souffrance animale dans le prix de la viande. Une mesure qui pose un double problème: la marchandisation de la souffrance d’une part, et les répercussions sur le consommateur dans un contexte fortement inflationniste d’autre part. Alors que l’intérêt des Français pour la cause animale croît, les agriculteurs et chasseurs sont souvent les premières victimes des frasques de nos dirigeants. Et la question, légitime, du bien-être du bétail se heurte à un défi de taille qu’aucun gouvernement n’ose évidemment jamais vraiment aborder: celui de l’abattage rituel.

Dégoulinant Mélenchon

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Jean-Luc Mélenchon, micro en main, en train de chauffer la foule et de vitupérer, Marseille, 6 mai 2023 © Alain ROBERT/SIPA

De plus en plus inquiétant, après avoir scandé « À bas la mauvaise République » lors du 1er-Mai, le patron de l’extrême gauche française a jugé la cérémonie de couronnement de Charles III « écœurante »


C’est plus fort que lui, il faut qu’il la ramène. À tout propos. Et surtout hors de propos. Se taire est  manifestement au-dessus de ses forces. Se taire, observer un certain silence, celui par quoi on entend éventuellement manifester son rejet, son mépris, voire son dégoût. Ou encore, se taire parce que le respect l’impose, même si ce qu’on a sous les yeux vous reste totalement étranger. Le silence de courtoisie ou d’élégance, pour tout dire. Inépuisable incontinent du verbe, Monsieur Mélenchon ignore cette élégance-là aussi. En imprécateur compulsif, il fait son fiel de toute chose. 

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Esprit étroit et chagrin

Du couronnement du roi Charles III il n’a pas su saisir ce moment privilégié où tout un peuple se met en congé d’idéologie partisane pour adhérer à un rite hors du temps où se mêlent dans une improbable alchimie la liturgie du sacré, le faste profane des ors, le glamour des princesses à capeline, la rectitude de la parade militaire. 

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L’esprit chagrin, l’esprit étroit de notre Robespierre de tribune reste imperméable à cela. Il demeure étonnamment insensible à cette ferveur du peuple, du peuple assemblé en une masse impressionnante, foule immense absolument non violente qui clame tout simplement son vif plaisir, son bonheur de se voir un temps transportée au-delà des contingences d’une réalité tout aussi pesante, tout aussi angoissante que l’est la nôtre. Ils étaient en effet des dizaines de milliers et des dizaines de milliers sous la pluie battante, rassemblés dans une communion populaire dont les esprits forts prédisaient qu’elle ne se produirait pas. Ils assuraient, ironiques, qu’il faudrait payer les gens pour qu’ils consentent à sortir de chez eux. Or, ils sont venus. En si grand nombre qu’on ne peut que se rendre à l’évidence : autour de ces rites et grâce à eux, il se passe quelque chose qui transcende la basse rationalité du politique ou du médiatique. Monsieur Mélenchon, lui, n’a voulu y voir que «  les sirops dégoulinants de la monarchie (sic) ». Courte vue une fois encore. Mais y a-t-il si loin que cela du sirop à l’élixir ? Élixir de joie et de jouvence en l’occurrence car cette foule accourue frappait aussi par sa jeunesse. Pour un peu, le contempteur Mélenchon toucherait donc du doigt la vérité profonde, la magie de cette parenthèse enchantée. Cependant, jamais avare de démagogie, il a tenu à souligner que cela survient alors que « tant de monde vit dans la misère ». Est-il besoin de lui rappeler que ces miséreux ne sont pas moins nombreux – il s’en faut!- chez ses copains autocrates d’Amérique centrale et du Sud qui, pourtant, tout comme lui, ne manquent pas une occasion de se glorifier d’être immunisés à jamais contre le spectre de la monarchie et ses éventuels sirops ?

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Brigitte Bardot regardera-t-elle France 2 ce soir?

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La superstar avec l'animateur de télévision Allain Bougrain-Dubourg, à Nantes, en 1987 © BERTRAND SOUBEYRAND / AFP

« Bardot », une série en six épisodes, diffusée à partir de ce soir, met en lumière la révélation de l’icône absolue du cinéma, dans les années 50. La star, depuis longtemps retirée de la vie publique, avait déclaré avant le tournage que «la seule chose qui importe c’est ma vraie vie avec moi dedans. »


Aujourd’hui, une devinette: quel est le point commun entre Bernard Tapie, Florence Arthaud et Brigitte Bardot ? Tous trois sont les vedettes de biopics, c’est-à-dire de séries ou de films sur leur vie. Et leurs familles (s’agissant de Florence Arthaud et Bernard Tapie) ou l’intéressée (s’agissant de Brigitte Bardot) ne sont pas contentes. 

Un biopic à la con?

Concernant Tapie, un fan de l’homme d’affaire mort en 2021 a lancé une pétition contre la série Netflix qui sera diffusée en septembre. Sa colère vient du mot “arnaqueur”, utilisé dans la promo, mais qui ne figurera pas dans la série. Chacun sait que Tapie était un premier prix de vertu, bien sûr. La famille Tapie est d’autant plus furieuse que le réalisateur est Tristan Séguéla, fils de Jacques, le publicitaire ; et les Séguéla et les Tapie sont deux familles très amies. En outre, il s’avère que Bernard Tapie était contre ce projet. C’est pour cela que sa fille Sophie écrit : « l’irrespect n’a pas de limite». Curieuse conception de l’amitié qui interdirait tout jugement personnel ad vitam aeternam à un ami.  

De son côté, la famille de Florence Arthaud (la navigatrice disparue en 2015), a carrément saisi le juge des référés pour faire interdire Flo, film qui porterait atteinte à sa mémoire (nous n’avons bien sûr pas encore vu le film, mais il semble que ce dernier montre qu’elle aimait bien faire la fête). La demande a été rejetée par le tribunal. Tant mieux.

Quant à Brigitte Bardot, elle a l’élégance de l’indifférence. Interrogée dans le JDD bien avant le tournage de la mini-série diffusée sur France 2 à partir de ce soir, elle déclarait : «la seule chose qui importe c’est ma vraie vie avec moi dedans. Et pas des biopics à la con !» Voilà qui est dit. Elle n’est plus l’icône des années 70, mais elle ne cherche pas à nous en déposséder. 


Peut-on comprendre que des gens ou des familles soient blessés par tous ces biopics ?

Et même furieux, pourquoi pas. Mais qu’ils saisissent et encombrent les tribunaux, non! Désolée, c’est la rançon de la gloire: chacun a son idée sur votre être et votre vie. On ne peut pas avoir tous les avantages de la célébrité sans les inconvénients. C’est une grande leçon humaine. Même pour les gens qui vous aiment, même pour vos plus proches amis, il y a inévitablement une distorsion entre ce qu’on croit être et ce qu’on donne à voir. Moi, par exemple, je crois que je suis une grande blonde voyez-vous! Plus sérieusement, nul n’est maître de la façon dont s’écrit son histoire. Dieu a laissé parler Moïse, Jésus les évangélistes. Sarah Bernhardt a été immortalisée par Proust dans le personnage de la Berma. L’imagine-t-on faire un procès à Proust ou à Gallimard ? Certes, on manque de Proust, j’en conviens…

Mais, il existe un principe sacré et menacé: l’art est libre. En l’occurence, les trois biopics – dont la série sur Brigitte Bardot dont je viens de parler – ne sont pas des documentaires mais des œuvres de fiction. Tout créateur a le droit de romancer l’enfance de Staline ou la vie amoureuse de de Gaulle si ça lui chante. Alexandre Dumas disait qu’on a le droit de violer l’histoire à condition de lui faire de beaux enfants. Un artiste a le droit de violer la réalité même pour lui faire des enfants difformes. 


Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy du lundi au jeudi après le journal de 8 heures dans la matinale.

Manuel Valls: «J’ai connu le pouvoir, le succès, la chute et le rejet»

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Manuel Valls photographié en 2022 © Jacques Witt/SIPA

L’ancien Premier ministre publie Le courage guidait leurs pas (Tallandier, 2023). Il a répondu à nos questions.


Frédéric Magellan. Dans un livre intitulé Le courage guidait leurs pas, vous dessinez le portrait de 12 personnalités. En fait, vous trichez un peu, puisqu’en comptant les 343 « salopes » du manifeste de 1971, ça fait 354 personnages !

Manuel Valls. Vous avez repéré ma ruse… Et je m’en explique dans le livre. Il m’aurait été tout à fait possible d’illustrer le combat féministe des années 70 par une seule grande figure, Gisèle Halimi ou évidemment Simone Veil. La France ne manque pas de femmes illustres ayant combattu pour leur émancipation. Ce qui m’intéresse dans le manifeste des 343, c’est la dimension collective de cette démarche, née de la somme de courages individuels. Mais, c’est aussi et surtout sa manière de nous éclairer sur l’évolution du visage du féminisme en France. Loin d’être dirigé contre les hommes, le combat s’organisait contre un ordre réactionnaire et patriarcal. Il revendiquait de nouveaux droits et l’égalité. Dans les combats féministes, femmes et hommes étaient alliés, pour ceux qui souhaitaient y prendre leur part. Je regrette aujourd’hui ce sectarisme qui vise à séparer hommes et femmes. Comme Elisabeth Badinter, je pense que tout ce qui est perdu sur le terrain de l’universel l’est aussi sur le terrain de l’égalité. Ensemble, nous sommes toujours plus forts, comme en Iran, où beaucoup d’hommes sont aux côtés de ces femmes exceptionnelles et courageuses qui se battent pour la liberté en refusant l’obligation du port du voile.

Vous dédiez vos deux premiers portraits à Charb, assassiné dans les circonstances que l’on sait, et à Sébastien Castellion, théologien protestant du XVIème siècle qui s’est opposé au fanatisme religieux. Vous évoquez aussi la figure de Michel Servet, qui a réussi l’exploit (si l’on peut dire) de voir son effigie brulée par l’Inquisition, avant de passer sur le bucher pour de vrai sous la théocratie genevoise de Jean Calvin. Si vous n’aviez pas été Premier ministre pendant les douloureuses années 2015-2016, auriez-vous accordé une telle importance à la dénonciation du fanatisme religieux dans votre ouvrage?

Oui, je le crois. J’ai été élevé d’abord dans un milieu catholique extrêmement tolérant. De mes lectures – Zweig, Koestler, Camus, Mauriac – et des discussions familiales autour de la guerre civile espagnole et de ses atrocités, j’ai retiré un élixir de nuances. Ensuite il ne m’a pas fallu attendre mon mandat de Premier ministre pour comprendre le danger qui nous guettait. Maire d’Evry, j’assistais déjà à la montée de l’islam politique radical et à la résurgence de l’antisémitisme dans les quartiers populaires – lequel est toujours annonciateur des pires drames dans l’histoire de l’humanité. Les attentats de Toulouse et Montauban en 2012, et ma prise de fonction au ministère de l’Intérieur n’ont fait que décupler mes craintes. Mon parcours politique a donc été marqué très tôt par la menace du fanatisme religieux. Mais j’ai aussi la conviction profonde que la laïcité et la défense inlassable de nos valeurs républicaines sont nos seules options. Cela passe par la dénonciation de toute forme de radicalité. Nous sommes une terre de valeurs universelles, une terre dont les racines chrétiennes sont profondes et dont le destin est aussi lié au judaïsme ; une terre d’accueil à d’autres confessions, dont l’islam. L’oublier, c’est courir le risque de disparaître. Difficile de croire aujourd’hui en une démocratie apaisée tenue à l’écart des fracas du monde. La période 2015-2016 est une bascule dans notre histoire qui nous ramène à d’anciens combats que l’on ne s’imaginait plus explorer par excès de confiance en l’immuabilité de nos victoires passées.


Vous écrivez qu’ « une société fière de ses principes et de son histoire fait plus envie qu’un modèle fissuré par le doute et la haine de soi ». C’est un véritable réquisitoire contre la gauche des 40 dernières années que vous faites là, SOS Racisme et loi Taubira en tête, non ?

Bien au contraire. Être fier de l’histoire de son pays c’est aussi en reconnaître les passages les plus sombres. En ce sens, la loi Taubira de 2001 est essentielle, c’est là l’honneur de la République. La traite et l’esclavage sont des crimes contre l’humanité dont s’est rendue coupable la France par le passé. J’aurais pu en faire état différemment dans mon livre, en rappelant la dignité et le courage de certains esclaves insurgés se battant contre l’injustice, pour la liberté. Le courage aussi d’un homme, Victor Schoelcher, sans qui le décret d’abolition de l’esclavage n’aurait jamais vu le jour. Je crois cependant qu’il est urgent de retrouver une mémoire éduquée face à notre histoire. Les récents mouvements de contestation de l’histoire européenne témoignent d’une faille dans l’apaisement de la mémoire : le déboulonnage de statues est sans conteste une forme de révisionnisme. Je combats le wokisme et la cancel culture à l’œuvre dans nos universités et dans les médias. La mémoire doit redonner du sens, elle est le ciment de notre récit national. Partagée, apaisée, elle nous arme contre le racisme, l’antisémitisme, les actes antimusulmans, antichrétiens, la xénophobie, la haine de l’autre, contre les préjugés et les discriminations – toutes ces formes odieuses d’intolérance qui continuent de nous emprisonner et d’empoisonner nos sociétés.

Vous revenez ensuite sur la figure de Georges Clemenceau, l’un de vos glorieux prédécesseurs à la tête du ministère de l’Intérieur. Vous rappelez son engagement dans l’affaire Dreyfus et son anticolonialisme. Vous laissez toutefois de côté son rôle dans la conquête du Maroc et le triste sort de son épouse américaine, Mary Plummer. Ne craignez-vous pas que les « décoloniaux » et les néo-féministes ne vous tombent dessus avec ces fâcheux oublis ?

Cette question rejoint la précédente. La mémoire ne doit pas désunir. Elle doit au contraire refermer les fractures et rassembler. Toutes les pages sombres de l’histoire de l’humanité doivent être dénoncées dans leur singularité. Déracinée, elle s’est réinventée. Il faut éduquer, connaître notre histoire et contextualiser. Dans mon ouvrage, je mets en valeur des figures courageuses. En ce sens, Clemenceau a toute sa place dans le livre en républicain de la première heure, dreyfusard et fervent opposant à la peine de mort. Je n’ai pas peur de le dire : sur l’essentiel il ne s’est jamais trompé ! Regardez son soutien aux impressionnistes et à son ami Claude Monet. Le courage est une vertu, un mélange de conviction, de valeur et de vérité. Loin de tout sectarisme, nous devrions être capables, par exemple, de célébrer le courage d’un Chirac au moment de reconnaître la responsabilité de la France dans la déportation des juifs ou d’un Sarkozy face à la crise financière de 2008. Les normes et les valeurs de l’époque de Clémenceau sont bien différentes de celles que nous défendons aujourd’hui. Inscrire Clémenceau dans le contexte actuel n’aurait donc aucun sens. Cessons de projeter dans le passé nos obsessions et nos débats actuels.

Vous écrivez : « [Si Clemenceau] était mort avant la guerre, ou s’il s’était retiré de la vie politique, son image aurait été tout autre. Forte, bien sûr, mais aussi négative. Il acquiert pour sa férocité dans ses discours le surnom de « Tigre ». On aurait conservé le souvenir du « tombeur de ministères », resté dans l’opposition pendant la plus grande partie de sa carrière à l’exception de ses trois années de président du Conseil et de ministre de l’Intérieur (1906-1909). Les historiens auraient médité sur le mystère de cette destinée avortée, sur les promesses non tenues d’un talent si irréfutable ». Rassurez-nous, vous ne parlez pas de vous dans ce passage ? Attendez-vous, tapi dans l’ombre, le grand événement historique qui vous remettra en selle ?

Je vous vois venir… La politique est une affaire de récit et de valeurs. Les historiens sont les messagers des valeurs que les femmes et les hommes d’État ont su imposer, et l’histoire le témoin du récit auquel nous choisissons de croire. Plus marquant au regard de votre question, je m’étonne que vous ne choisissiez pas de citer plutôt la fin du paragraphe : « C’est là la beauté de la politique : rien n’est joué jusqu’à l’ultime étincelle de vie. Quelques mots inscrits sur la dernière page changent l’interprétation du livre tout entier ». Des évènements historiques, j’en ai vécu dans la période 2015-2016. La République a souffert. La brutalité de l’exercice du pouvoir et ma lutte obsessionnelle contre le terrorisme ne m’ont pas fait ressortir entier de Matignon. Je ne me lis pas dans ces lignes et je reste très humble face aux immenses personnages que j’ai décrits dans mon livre. Aujourd’hui, je m’exprime librement, et je ne vais pas me taire face aux sujets qui me tiennent à cœur. Je continue mon combat au nom de l’idée que je me fais de la République et de la France. Ceux qui pensaient à la fin de l’histoire se rendent compte que de nombreuses batailles sont encore à mener.

Georges Clemenceau et Louise Michel ont su rester amis après la Commune, bien que Clemenceau soit parti politiquement vers l’aile droite de la gauche, tandis que Louise Michel est restée anarchiste. Comment ne pas voir un clin d’œil à votre discours sur « les deux gauches irréconciliables » ?

L’amitié entre Louise Michel et Georges Clémenceau est improbable. Les admirateurs de ces deux figures emblématiques s’excluent réciproquement par les divergences sur leur vision de la République. Pourtant, ces deux personnages partagent une certaine idée de la justice sociale et de la liberté. Leur sollicitude envers les pauvres les rapproche inévitablement, tout comme l’idée d’une République égalitaire ou encore leur opposition viscérale au républicanisme modéré de Gambetta ou Jules Ferry. Cela ne signifie pas pour autant que leurs désaccords politiques ont été effacés ou minimisés. Je m’interroge d’ailleurs : leur amitié aurait-elle survécu à la prise de pouvoir de Clémenceau, si Michel n’était pas décédée une année plus tôt ? Lorsque j’ai averti que la gauche pouvait mourir, faisant écho aux deux gauches irréconciliables, je cherchais à ce que les républicains se distinguent définitivement des communautaristes, qu’il faut combattre. Progressivement, de nouveaux militants ont dénié aux partis de gauche et aux associations antiracistes traditionnelles le droit de les représenter, proposant une nouvelle lecture radicale et raciale de la société française, structurellement inégalitaire à leurs yeux et intrinsèquement raciste. Face à cela, c’est aux véritables républicains des deux bords de s’unir pour défendre nos valeurs et leur redonner du sens.

Vous évoquez dans votre livre de Gaulle et Churchill, à travers leurs discours de juin 40. Il y a une chose que vous manquez peut-être : les deux sont « chassés » du pouvoir dès que la guerre se termine, l’un par le personnel de la IVème République, l’autre par les urnes. Vous-même, qui restez associé aux années peut-être les plus douloureuses que la France métropolitaine ait connu depuis 1945, vous avez été mis dehors lors des primaires socialistes de 2016 et encore rejeté en juin dernier lors des législatives. Est-il facile de revenir dans le jeu politique quand on est associé à de tels événements (la Seconde guerre ou la séquence 2015-2016) ? Les gens n’ont-ils pas envie de tourner la page et d’avoir de nouvelles têtes aux commandes ?

C’est effectivement ce que l’on aurait pu penser en 2017 avec l’élection d’un président de la République jeune, promettant un renouveau démocratique et un nouvel horizon dans le paysage politique français loin des partis traditionnels. Cependant, les résultats des dernières élections ne vont pas tout à fait dans votre sens. En tête du triangle « vainqueur » du premier tour, deux figures historiques du paysage politique français sont parvenues à s’imposer : Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. À droite, jamais les voix de ses représentants ne se sont autant revendiqué plus gaullistes que de Gaulle lui-même. Nos sociétés sont travaillées par des inquiétudes profondes, identitaires, écologiques, sécuritaires, sociales… Moins qu’une volonté de tourner la page, les Français attendent d’être entendus, d’être défendus. Dès lors, la question est de savoir qui sera le plus proche des préoccupations du peuple, quel récit national saura s’imposer dans une nation en quête de sens. Au fait… De Gaulle et Churchill sont revenus quelques années après… Ne l’oubliez pas.

Vous consacrez un chapitre à la guerre d’Espagne, à travers la figure d’André Malraux et son livre L’Espoir. Sur ce sujet, vous semblez refuser le manichéisme. Reprendriez-vous les mots de Felipe Gonzalez, Premier ministre espagnol socialiste qui déclarait en 1986 : « Le gouvernement veut honorer et exalter la mémoire de ceux qui à tout moment ont contribué avec effort, et beaucoup d’entre eux avec leur vie, à la défense de la liberté et de la démocratie en Espagne (…). Et il rappelle aussi avec respect ceux, qui dans des positions différentes à celles de l’Espagne démocratique, ont lutté pour une société différente, pour laquelle ils ont sacrifié leur propre existence » ?

Dans une guerre civile, aucune place n’est laissée aux modérés. La guerre d’Espagne a profondément marqué mon histoire familiale, ponctuant mon enfance de débats passionnés me vaccinant effectivement contre tout manichéisme. Cette citation de Felipe Gonzalez s’inscrit entièrement dans cette démarche, avec pour unique volonté de sceller la réconciliation de tous les Espagnols. 50 ans après, il traduisait par ses mots la volonté de réparation des torts et des souffrances entre républicains et franquistes. Cette vision avait déjà permis une transition pacifique et exemplaire en Espagne grâce au Roi Juan Carlos, au Premier ministre Adolfo Suárez mais aussi au communiste Santiago Carillo. Avoir le courage de la nuance face aux évènements complexes est un réel défi. Une denrée rare qui manque pour construire les bases d’un débat apaisé et d’une nation unie face à une mémoire historique tourmentée.

À vous lire, on comprend que vous êtes non seulement un républicain assez sourcilleux, mais surtout un Européen. C’est peut-être cela qui vous a conduit à briguer la mairie de Barcelone après avoir occupé les plus hautes fonctions en France… Comprenez-vous que cela ait pu heurter des gens de droite, y compris ceux qui vous appréciaient (et il y en a, je vous assure, la très libérale Sophie de Menthon appelait à voter pour vous lors de la primaire de 2011) ?

J’assume mes doutes et mes contradictions. À la tête du gouvernement français, ma responsabilité était immense. Chacune de mes décisions engageait le peuple entier. Aujourd’hui, c’est en simple citoyen que je fais mes choix pour mon destin. C’est en citoyen libre que j’ai décidé de quitter en 2018 le pays qui m’a vu grandir, pour celui qui m’a vu naître, fermant par la-même le rideau sur une période d’une grande violence tant sur le plan politique que personnel. Je me suis reconstruit à Barcelone, et y ai rencontré la femme que j’aime [1]. Mon départ en Espagne n’a rien changé à la vision à laquelle je crois pour la France. Je suis revenu plus Français que jamais, fort des mots de Romain Gary: je n’ai pas une goutte de sang français mais la France coule dans mes veines ! 

Vous qui êtes amateur de football, vous savez bien que les joueurs français ont rarement réussi au FC Barcelone, de Christophe Dugarry à Antoine Griezmann… C’était la mairie de Madrid, là où ont tant brillé Kopa et Zidane, qu’il fallait briguer !

Provocation ! Thierry Henry ou Éric Abidal, parmi d’autres, ont laissé leur empreinte dans l’histoire du club ! Vous ne réussirez pas à me déstabiliser… (rires)

Vous présentez dans le livre la figure de Jean-Marie Tjibaou comme le Mandela néo-calédonien, puisqu’il a évité une possible escalade vers la guerre civile en acceptant de serrer la main de son adversaire Jacques Lafleur. Vous montrez votre attachement au maintien de la Nouvelle-Calédonie dans la France, malgré les vicissitudes de l’histoire. Mais l’archipel vote tous les trois ou cinq ans au sujet de son indépendance, avec un mode de scrutin peu favorable aux Européens, et les puissances du Pacifique ont bien envie de nous voir déguerpir…

L’histoire de la Nouvelle-Calédonie est lourde, faite de blessures et d’humiliations auxquelles la France n’est pas étrangère. Je me suis souvent interrogé sur la place importante qu’occupait le Caillou dans notre histoire. Elle vient sans doute de la volonté des Kanakset des Caldoches, des Mélanésiens et des Européens de tracer un destin commun. Sur place, tout nous rappelle un passé tourmenté, mais tout nous parle aussi de la paix si chèrement acquise. Jean-Marie Tjibaou en fit l’un des emblèmes et le paiera de sa vie. Malgré mon attachement à l’archipel et mes craintes face aux dangers de son indépendance, j’ai toujours cru qu’il revenait aux Calédoniens d’écrire leur histoire. Le dernier référendum a porté une nouvelle fois le « non » en tête, malgré les contestations venues des indépendantistes. À présent, il faut avancer dans le dialogue. La Nouvelle-Calédonie sera plus forte avec la France et la France plus belle avec la Nouvelle-Calédonie.

Vous ne m’en voudrez pas de trop de revenir à présent sur des sujets bassement politiques. On se souvient qu’au moment où vous annonciez irréconciliables les deux gauches, la vôtre et celle de Mélenchon, vous vous en preniez aussi avec véhémence au Front national (on se souvient d’interventions musclées à l’Assemblée), ou à Nicolas Sarkozy lors des départementales de 2015. Emmanuel Macron, lui, commençait alors sa grande opération séduction, qui l’emmena jusqu’au Puy-du-Fou et attira vers lui les soutiens de Robert Hue et en même temps d’Alain Madelin ! Dans votre vie politique, est-ce qu’il ne vous a pas manqué les grands talents de séducteur d’Emmanuel Macron lors de sa conquête en 2017 ? N’avez-vous pas eu le tort de prendre le plus grand nombre à rebrousse-poil, plutôt que de mener une vaste danse du ventre comme avait su le faire à cette époque l’actuel chef de l’État ?

Je vous confirme qu’il y a eu plus habile que moi… La force de mes convictions m’a toujours conduit à tenir une position ferme, me refusant toute rondeur, en particulier avec le Rassemblement national. Je n’oublie pas que Marine Le Pen est l’amie de Poutine, et que la mise en œuvre de son programme économique provoquerait un désastre. Plus que politique, votre question est en fait purement électoraliste. Elle est en effet essentielle puisque déterminante, mais cela n’a jamais été le sens de mon engagement en politique. J’ai longtemps pensé que tenir à l’écart les partis aux extrémités de l’échiquier politique nous en préserverait. Manifestement, ce fut une erreur. Dans un pays fracturé, il est fondamental d’entendre les inquiétudes de tous bords, pour pouvoir les analyser et comprendre les mouvements de fond qui travaillent notre société. C’est peut-être notre ultime chance d’échapper à une échéance qui pourrait être fatale en 2027.

En vous lisant, on sent un homme nuancé, capable de trouver des mérites chez ses adversaires. Quel contraste avec le souvenir du Manuel Valls un peu fougueux lors de vos années au pouvoir. 

Vous savez, les années passent… J’ai connu le pouvoir, le succès, la chute et le rejet. Je me considère aujourd’hui comme un spectateur engagé, libre d’assumer ses pensées. L’expérience et le recul sont sources des plus grands apprentissages. Le paysage politique français est fracturé, trouble, l’avenir incertain. Les voix de ceux qui ont porté la France ont leur place, de tous les bords, de toutes les époques. Là est également la vocation de mon livre. Sans que les figures exposées ne doivent forcément servir de guide, elles peuvent au moins être pour nous des inspirations. Il s’ajoute à d’autres grands projets qui rythment ma vie, d’autres combats qui guident mes pas. La lutte contre l’antisémitisme sous toutes ses formes en est l’un d’eux. Plus généralement, je me bats inlassablement pour porter les causes qui m’habitent : l’Europe, la défense du régime démocratique, le rayonnement de la laïcité et la puissance des valeurs de la République. Mon engagement à défendre mes convictions sans relâche m’ont conduit à prendre des coups, à monter sur le ring des idées quitte à en perdre la voix. Je suis un homme libre se refusant toujours à la résignation et aux visions à court-terme qui aveuglent les débats de fond. Ceux qui pensaient à la fin de l’histoire se rendent compte que de nombreuses batailles sont encore à mener. Je prends ma part de responsabilité, avec toujours autant de conviction.

Le courage guidait leurs pas: 12 destins face à l'Histoire

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[1] Susana Gallardo Torrededia NDLR