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«Qui avait prévu ce qui allait se passer?»: tout le monde, Monsieur le président

Une contre-culture a émergé en France. Pourtant, les origines ethniques et le nombre de participants de l’insurrection sont soigneusement minimisés par l’exécutif, lequel, comme les journalistes, préfère s’attarder sur des considérations purement sociologiques et économiques.


« Qui avait prévu ce qui allait se passer ? », a déclaré Emmanuel Macron, lors d’un échange avec des élus des Pyrénées-Atlantiques, jeudi 6 juillet, à Pau. Il n’est pas difficile de répondre au président : tout le monde savait qu’un tel évènement pouvait arriver. Et pour cause, les « banlieues » n’ont eu de cesse de s’enflammer au cours des trente dernières années. Analyse.

Il est pourtant à craindre que les leçons politiques et sociales à tirer des derniers évènements ne soient balayées d’un revers de la main par un exécutif trop heureux de pouvoir rapidement tourner la page, comme s’il ne s’agissait ici que d’un simple épisode. Le déchainement de violence marquera pourtant durablement les esprits. Homme de gauche, le twitto appelé Café Littéraire l’affirmait quant à lui sans ambages, animé d’une lucidité nouvelle à la lumière des évènements : « Il est probable que nous sommes en train de vivre, sans même nous en rendre compte, un moment historique de l’Histoire de France. Nous sommes dans la fabrication négative d’une mémoire qui empêchera à l’avenir toute forme d’intégration culturelle et de cohésion nationale. » Le verbiage propre à la « socio » masque ici mal la crainte de voir voler en éclats l’idéal républicain propre à la gauche traditionnelle face à l’atomisation du corps social dans les sociétés complexes.

Une contre-culture des « quartiers » qui se propage en dehors des murs de la cité

« C’est l’histoire d’un homme qui tombe d’un immeuble de 50 étages. Au fur et à mesure de sa chute, pour se rassurer, il se répète : « Jusqu’ici tout va bien. Jusqu’ici tout va bien. Jusqu’ici tout va bien », dit le narrateur dans une célèbre scène du film La Haine. Étonnant syncrétisme entre des éléments traditionnels des cultures musulmanes et africaines de l’Ouest, des emprunts aux ghettos américains, une mentalité d’assiégés propre aux minorités soudées et des apports français évidents, ce qu’on appelle la « culture des banlieues » se vit hors la France, hors la République et hors la « population majoritaire ». Cette contre-culture est pourtant physiquement en France, en constituant l’un des fragments, contribuant à l’élaboration de notre imaginaire collectif contemporain.

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La culture des ghettos français est même désormais un modèle pour tous les quartiers comparables du continent européen. Le son propre au rappeur marseillais Jul, dont le dernier clip voit apparaître Nahel sur une moto de cross, s’est ainsi exporté en Espagne, en Suède, en Belgique, aux Pays-Bas ou encore en Allemagne, notamment grâce à son album collaboratif Europa. Les rappeurs italiens utilisent par exemple des expressions françaises telles que « wesh alors », « salut comment ça va » et autres dans leurs morceaux. Les banlieues françaises sont le maître étalon de l’Union européenne du rap et de l’immigration.

L’adolescent tué à Nanterre à côté du rappeur Jul. DR.

Et cette culture traverse toute la société française. Il n’est qu’à consulter les classements Spotify ou YouTube pour constater que les musiques dites urbaines sont présentement les plus écoutées par l’ensemble de la jeunesse. Comparativement à 2005, émeutes nourries par une politisation très forte, celles de 2023 avaient des aspects proches du « carnaval » estudiantin du Moyen-Âge : la casse pour le feu d’artifice, le pillage pour le vol d’opportunité. On a d’ailleurs pu observer qu’une fois leur gain enregistré, de nombreux émeutiers se sont empressés de vendre le produit de leur forfait sur des chaînes Telegram dédiées au recel et à la vente de drogues. Smartphones, trottinettes électriques et sneakers ont été bradés.

Reste toutefois un sous-texte politique qu’il serait aussi criminel qu’idiot de négliger. Dans le bien nommé L’Insurrection qui vient, Le Comité invisible théorisait une convergence des luttes pour abattre le système : « L’incendie de novembre 2005 n’en finit plus de projeter son ombre sur toutes les consciences. Ces premiers feux de joie sont le baptême d’une décennie pleine de promesses. (…) Il suffit d’entendre les chants de l’époque, les bluettes de la “nouvelle chanson française” où la petite bourgeoisie dissèque ses états d’âme et les déclarations de guerre de la Mafia K’1 Fry, pour savoir qu’une coexistence cessera bientôt, qu’une décision est proche. » Il faut bien comprendre qu’une étincelle suffit désormais pour enflammer les « quartiers », laquelle flamme irradie jusqu’à l’ultra-gauche des black blocs trop heureuse de saisir l’occasion dès qu’elle le peut.

Elle fait aussi sortir des jeunes de tous les milieux dans les rues. Sans tomber dans le piège grossier tendu par Gérald Darmanin qui a relevé que les émeutiers étaient des « Kevin et des Matteo », la liste des vingt prénoms les plus récurrents parmi les manifestants arrêtés fait ressortir une bonne dizaine de prénoms habituellement portés par des Français n’ayant pas d’origine immigrée extra-européenne. De fait, les adolescents masculins en montée de testostérone sont tous enclins à aller au contact par envie d’adrénaline. Toutefois, il n’est pas exclu du tout que la police ait plutôt appréhendé des individus en marge des émeutes dans les centres des villes, ou un plus grand nombre de casseurs politisés à gauche que d’émeutiers des banlieues. Nous ne le saurons malheureusement jamais puisque nous n’aurons pas d’études sérieuses sur l’ethnie, la sociologie, le milieu familial ou le parcours des émeutiers. Notre pouvoir politique préférant jouer sur l’ambiguïté plutôt que d’affronter la réalité afin de cibler et de traiter les maux qui nous affligent.

Une minimisation flagrante des évènements

Pour l’heure, le gouvernement et Emmanuel Macron semblent se féliciter de l’arrêt des pillages. Il a fallu 40 000 policiers pour en finir, c’est-à-dire un déploiement maximal. En quelques jours, les hordes de « gobelins » réunies sur Snapchat et Telegram dans une course folle à qui ferait le plus de dégradations, ont provoqué a minima un milliard d’euros de dégâts. Les émeutes de 2005 s’étaient produites du 8 au 21 novembre et avaient entrainé 250 millions d’euros de destructions. Moins de policiers avaient été mobilisés et les différents heurts n’avaient pas dépassé les frontières des « quartiers ».

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À en croire Gérald Darmanin, 7 000 émeutiers ont mis la France à feu et à sang. Étaient-ils des membres d’unités d’élite militaire, des Anglais du Stade de France ? Le chiffre est irréaliste, et la réalité sans doute plus proche des 100 000 participants évoqués par Pierre Brochand, ancien officier supérieur du renseignement. Une fois de plus, nous n’en aurons jamais la certitude… « C’est effrayant de penser qu’aujourd’hui des gamins peuvent dorénavant agresser n’importe qui comme bon leur semble. Ils ont balayé toutes les règles, y compris la loi. Il n’existe pas de mot, ni en français ni en anglais, qui exprime l’opposé du verbe “civiliser” : le concept n’existe pas. Mais il s’agissait bien pourtant ici de l’anti-civilisation en action : une transgression de tous les codes comportementaux qui maintiennent la cohésion d’une société », écrit Andrew Hussey dans Insurrections en France – Du Maghreb colonial aux émeutes de banlieues, histoire d’une longue guerre, ouvrage dressant une généalogie des émeutes ethniques en France de la période coloniale à nos jours.

Visiblement, cela n’effraie pas spécifiquement notre gouvernement qui ne pense qu’à réformer l’Éducation nationale, censurer si besoin les réseaux sociaux, et mieux éduquer les « garçons ». Toutes ces propositions peuvent avoir leur pertinence, mais elles travestissent les questions de long terme qui traversent la France : faisons-nous toujours nation ? Qu’avons-nous de commun pour nous réunir ? À dire vrai, pas grand-chose. Cette interrogation ne se borne d’ailleurs pas aux seules frontières ethniques tracées par l’immigration ancienne et ses descendants nés en France comme par les migrants de fraîche date, mais concerne aussi le peuple français tout entier.

On a pu voir durant cette épreuve que la gauche a mis sciemment de l’huile sur le feu, ainsi du reste qu’une grande partie des médias étrangers et de la communauté internationale, Algérie et Turquie en tête. La France est l’homme malade de l’Europe. Comment parler d’un peuple quand il n’existe plus vraiment ? Comment parler d’ordre public quand la notion même fait désordre en politique ? Manuel Valls avait évoqué un « apartheid social », il est à craindre qu’il ne faille bientôt parler d’un divorce civilisationnel. Les banlieues sont la boîte de Pandore d’un avenir français en pointillé…

L'insurrection qui vient

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Pays-Bas: les migrants font tomber le gouvernement

Au pouvoir depuis 2010, le libéral Mark Rutte défendait une limitation drastique du droit d’asile, limitation inacceptable pour ses alliés du centre et de gauche. Démissionnaire, il est le favori pour les prochaines élections qu’il provoque, talonné par le BBB de Caroline van der Plas. La vie politique du pays a été marquée ces derniers mois par la chronique sordide des incidents autour du centre de migrants de Ter Apel, sorte de Calais batave en pire. Correspondance.


Dernière minute ! Le Premier ministre Mark Rutte a annoncé lundi 10 juillet qu’il quittera finalement la politique après les élections

Si, en France, les séquelles de l’immigration ont mené à des émeutes à une échelle inouïe, aux Pays-Bas, elles restent pour le moment limitées à une crise politique. Vendredi 7 juillet le Premier ministre, M. Mark Rutte, a démissionné quand la coalition gouvernementale eut rejeté ses propositions de restreindre l’afflux de migrants. Même après plusieurs réunions d’urgence de la coalition quadripartite, ses faux alliés libéraux de gauche et protestants jugèrent inacceptable de limiter le regroupement de réfugiés, pompe aspirante certifiée. M. Rutte exigea notamment un quota du nombre d’enfants en provenance de zones de guerre. Le pays s’achemine ainsi vers des élections législatives anticipées, mi-novembre, selon la presse néerlandaise. Élections où M. Rutte, libéral conservateur, aux manettes depuis octobre 2010, espère s’ériger en champion anti-immigration, contrairement aux partis avec lesquels il se voyait contraint de gouverner depuis janvier 2022 pour s’assurer une majorité parlementaire.

Ter Apel, pas une riante bourgade

C’est une rébellion dans son propre parti, le VVD, qui a contraint M. Rutte à rompre enfin avec les “immigrationnistes”, selon les commentateurs. En effet, lors de congrès et autres réunions de son parti, des membres l’engueulèrent ferme. “Par pitié, Mark, pense à ton propre peuple pour une fois!”, l’enjoignit l’autre jour un membre excédé. Applaudissements. Jamais dans sa carrière M. Rutte n’avait souffert de pareils affronts de la part de libéraux, connus en général comme des gens convenables et qui se tiennent… L’ire liberale, et de la droite de la droite de M. Geert Wilders, fut alimentée au fil des ans par les histoires sordides du principal centre de réfugiés aux Pays-Bas, près du village de Ter Apel, dans la province de Groningue. Fin juin, des habitants y avaient formé une ‘milice’ pour chasser les indésirables, comme de jeunes réfugiés nord-africains. Armés de gourdins, les membres de la milice furent accompagnés d’un journaliste du journal De Telegraaf quand ils partirent à la chasse de fauteurs de troubles. Tels ceux qui avaient l’habitude de se masturber en public au passage de jeunes filles du village ? D’autres migrants commirent des vols dans les magasins, y menacèrent le personnel, cambriolèrent des maisons, déféquèrent dans des jardins et firent preuve d’attitudes intimidantes envers les rares habitants suffisamment courageux pour les admonester… Ajoutez à cela le refus de certains de payer dans les transports publics, terrorisant les conducteurs, et la propagation de ces pratiques dans d’autres centres d’accueil, et on comprend que le mot néerlandais de vluchteling, ‘réfugié’, ou asielzoeker, demandeur d’asile, finirent par acquérir une tonalité péjorative [1].

Comme dans un moulin

Parmi les 1800 refugiés de Ter Apel, plusieurs centaines reçoivent le statut légal chaque année et, de ce fait, ont droit à un logement social. Leur nombre monta à tel point que dans certaines villes et villages, dont Utrecht, les aspirants néerlandais à un logement furent priés d’attendre: une famille érythréenne ou somalienne était prioritaire.
Ce qui fit grand bruit dans les médias et au parlement, où M. Rutte dut affronter les attaques de la droite de la droite, exigeant, comme M. Wilders, la fermeture des frontières. Le magazine EW révéla récemment que, malgré les paroles de fermeté gouvernementales, aux Pays-Bas, on entre comme dans une église. En 2022, près de 80% des demandes d’asile furent honorées, contre 38,5% selon la moyenne européenne. Chiffres qui augmentèrent la pression sur M. Rutte, invité à se séparer de ses trois partenaires gouvernementaux dont deux, les protestants fondamentalistes et les libéraux de gauche, ne voient pas le problème. Et dont le troisième, les chrétiens-démocrates, est trop divisé pour savoir ce qu’il veut…

Selon des enquêtes express, M. Rutte, 56 ans, est toutefois bien placé pour gagner son pari: remporter les législatives de novembre et entamer un cinquième tour de piste comme Premier ministre.


[1] https://www.telegraaf.nl/nieuws/1933275147/ter-apel-wapent-zich-tegen-raddraaiers-uit-azc-geweld-beantwoorden-we-met-geweld et https://www.geenstijl.nl/5171107/ter-apel-bijna-gevallen/

L’Égypte veille à ce que son patrimoine ne soit pas récupéré par les thèses “afrocentristes”

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Après le psychodrame autour du documentaire Netflix présentant une reine Cléopâtre noire [1], les autorités égyptiennes s’en prennent à un musée hollandais. Depuis longtemps, l’Égypte suscite une fascination dans la pop culture américaine.


Organisée en juin par le Musée National des Antiquités de Leyde (Pays-Bas), c’est une exposition qui a fait rapidement monter la harissa au nez des Égyptiens. Intitulée « Kemet » – un ancien mot signifiant la terre noire – elle s’est concentrée sur l’influence offerte par l’Égypte ancienne dans la musique de jazz, de funk, de soul, de la pop, de reggae ou encore du rap, faisant défiler diverses célébrités dans des tenues ressemblant à des reines égyptiennes antiques. Parmi lesquelles se trouvait la chanteuse Beyoncé, surnommée « Queen B » par ses groupies, représentée en reine Néfertiti. Reste que les Égyptiens appelaient leur terre « noire » à cause du limon noir que les crues du Nil déposaient sur ses rives, à l’origine de la richesse du pays, ce qui n’a rien à voir avec la peau noire…


Accusant le musée de soutenir une « théorie afrocentriste » qui prétend que les Africains à la peau foncée étaient les véritables dirigeants de l’Égypte antique, le secrétaire général du Conseil suprême d’archéologie égyptienne, Mostafa Waziri a pointé du doigt une volonté manifeste de falsifier l’Histoire de la part des organisateurs hollandais. 

Dans la foulée, Le Caire a décidé de retirer aux archéologues de ce musée le droit de faire des fouilles sur le site où ils travaillaient jusqu‘ici. « Les autorités égyptiennes ont parfaitement le droit de mettre fin à un permis de fouilles ; après tout, c’est leur terre et leur patrimoine. Le musée considère cependant que l’argument sous-jacent à cette décision est incorrect » a regretté le directeur du musée. Wim Weijland a également déclaré que la justification avancée par les Égyptiens était « sans fondement », qu’il « ne présenterait aucune excuse et qu’il ne modifierait pas l’exposition »

Peu de temps avant, la sortie d’un docu-fiction produit par Netflix, consacré à Cléopâtre VII, dernière souveraine lagide au destin romanesque et mythifiée de son vivant, avait déjà contraint l’Égypte à sortir de sa réserve. Le ministre égyptien des Antiquités était intervenu et avait rappelé que la pharaonne avait la « peau blanche et des traits hellénistiques ». Bien loin des remarques du conservateur de l’exposition, l’égyptologue Daniel Soliman a dénoncé les réactions épidermiques des autorités égyptiennes et affirmé qu’elles n’étaient dues qu’à l’émergence « d’un nationalisme croissant en Égypte et d’un sentiment anti-noirs ».


[1] https://www.causeur.fr/qui-aura-la-peau-de-cleopatre-netflix-261312

JO 2024: une génération en or

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Jamais les équipes de France n’ont abordé une compétition avec un tel capital confiance. Une condition physique affutée in situ, pour viser la plus haute marche du podium. Génération dorée, bénie, elle arrive à maturité pour écraser la concurrence. Faisons le tour des médailles d’or qui nous sont promises. Ici c’est Paris!


Tir de mortier. Quel pays peut prétendre lutter contre nos tireurs d’élite ? Tirs rendus, tirs en feuille morte, en diurne ou nocturne, dans les conditions des Jeux. Mattéo et Kevin, un 14 juillet à eux seuls, apparaissent intouchables. Le Gégé de Beauvau, compte profiter de la popularité de ses deux trouvailles pour 2027. Et qui on est!

Lancer de pavé. Sacré Macron! Sentant que ses lanceurs se reposaient sur leurs lauriers, leurs acquis période gilets jaunes, il a tenu bon sur les retraites pour remotiver le groupe. Galvanisés par l’enjeu, nos jeunes talents ont soulevé plus de pavés que Larcher d’entrecôtes au poivre, pour apparaitre aujourd’hui intouchables.

Jet de tomates. “C’est en sciant que Leonard devint scie”, c’est à force de tomatiser au Louvre que nos athlètes se sont fait la Joconde en sauce, du premier jet, un jet unique au monde, pas près d’être égalé. Bon, ils sont précis mais un peu mûrs. Au lieu de regagner leur hôtel, avant de s’attaquer à Van Gogh en demi, ces couillons se sont collés l’oreille à la cible. Le temps de les décoller, un temps précieux est pris sur le temps de récupération, mais leur coach, Sandrine Picarousso, a trouvé le remède. Confiance : en remèdes et en pot de colle elle en connait un rayon, ça devrait le faire.

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Course de rats. La caravane passe, les rats d’Hidalgo restent. On peut contester les grands travaux de la DTN, mais les résultats sont là. Elle les engraisse l’hiver, les affame l’été, pour qu’ils mordent aux mollets et dévorent le bitume le jour J. Le chantier espagnol, la rigueur allemande. Combien d’ascensions de la colline du crack ses rats ont-ils dans les mollets ? Imbattable.

Douchka Markovic, entraîneuse de surmulots © CHAUVEAU/SIPA

Le 25 km marche blanche. Pour une fois, les Français vont faire honneur aux pionniers de la discipline, ceux sans qui, rien n’aurait été possible. Pierre de Coubertin, Eddy Barclay et Francis Blanche. Savez-vous que la distance des 25, a été calculée sur les kilomètres cumulés par les deux derniers au cours de leur vie active ? Pour aller du comptoir à la table pour l’un, de la chaise au canapé pour l’autre. Nos athlètes, eux, se sont faits 2500 km en blanc, sur les deux dernières années, deux années exceptionnelles. Du lourd, féminicides, viols, de barbaries en sordide, tout ce qu’il faut pour cette discipline, devenue reine en France. Avec dorénavant un Mélenchon la bave aux lèvres dans le dos, les licenciés devraient avaler les 25 km plus vite que Larcher un lièvre à la royale.

Une organisation infaillible. Poumon de l’organisation, la RATP. Aux commandes de la RATP, le Schpountz. Qui? Le Schpountz, Jean Castex! Un professionnel. Pour organiser le bougre a le savoir-faire, une machine de guerre. Quand il ne passe pas son temps à chercher les lunettes qu’il a sur le nez. S’il ne reste pas suspendu dans le vide à l’un de ses volets, s’étant publiquement résolu à tous les repeindre. Avec le temps on a oublié à quel point cet homme détenait des secrets de la plus haute importance. Des secrets défense, de rire. Quel pays, des champions à tous les étages. Putain un an…

« La course camarguaise mêle archaïsme et raffinement »

Si dans la course camarguaise, la star est le taureau Camargue, l’autre protagoniste est l’homme qui l’affronte : le raseteur. Et chaque génération a son raseteur emblématique. Pour la nôtre, c’est Joachim Cadenas. Rencontre avec l’actuel prince du raset.


Causeur. En quelques mots, décrivez-nous la course camarguaise ?

Joachim Cadenas. Pour certains c’est un sport, mais ce n’est pas ma philosophie et ce n’est pas ainsi que je la pratique. Je la définirai comme un art. Premièrement, pour moi, c’est le contact avec le sacré, avec le Mythe qu’est le taureau. Lors d’une course, le raseteur va devoir s’approcher au plus près de ce dieu. On provoque sa charge puis, à l’aide d’un crochet dans la main, on doit lui décrocher les attributs dont on l’a décoré : la cocarde sur son front, les deux pompons blancs à la base de chaque corne et la ficelle enroulée autour de sa corne. Cette action, c’est ce qu’on appelle un raset. Chaque attribut décroché par le raseteur lui vaudra une prime financière.

Numéro 91 de Causeur.

Au-delà de l’exploit physique et sportif, l’attrait du raset, c’est l’émotion que provoque la fusion du taureau et de l’homme au moment de la charge de la bête. C’est la beauté des gestes dans la manière de cueillir l’attribut, dans la manière de déclencher la charge du taureau et dans la manière de s’en dégager. Les gestes, le style, j’y pense beaucoup. C’est ce qui m’obsède. Il y a quelque chose qui mêle l’archaïsme et le raffinement. Affronter un taureau comme on le fait, c’est à la fois primitif et sophistiqué. Ce qui en fait un art, c’est aussi la quête de la perfection tout en la sachant impossible à atteindre totalement. Mais, moi en tout cas, je tente de l’approcher, le plus près possible.

Quel est cet idéal que vous cherchez à approcher ?

L’Idéal… c’est le raset de mes rêves. La forme parfaite, le taureau parfait, la beauté du geste, le temps parfait, tout cela réuni, l’impossible quoi. C’est aussi trouver, le plus souvent possible, le terrain capable de faire naître l’émotion. Je parle du terrain du taureau sur lequel aller. C’est quelque chose d’inexplicable. Il faut trouver l’endroit parfait ou se mettre, pour que notre rapport à l’animal crée l’émotion, pour que la fusion soit totale. C’est le terrain de la vérité. C’est difficile à expliquer, pour sentir cela il faut vraiment venir dans les arènes.

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Quelle a été votre enfance ? Comment le taureau est-il entré dans votre vie ?

Je suis né en Camargue, à Mas Thibert. Au milieu des taureaux donc. Mon père, espagnol, travaillait comme soudeur à l’usine. Ma mère, d’origine algérienne, était femme au foyer. Enfant, comme beaucoup de copains, je jouais aux taureaux (imaginaires ! pas avec des vrais). Mes parents m’emmenaient à la corrida et à la course camarguaise. C’était le rendez-vous. Ils n’étaient pas aficionados purs et durs, mais c’était le grand divertissement. Mes parents étaient très à cheval sur l’éducation. Ils voulaient que je fasse des études, que j’aie un bon métier, comme architecte. Ils avaient souffert et ne voulaient pas que ce soit mon cas. Par conséquent, ils ne voulaient pas que j’entre dans la tauromachie. Aucun parent, ou presque, ne souhaite cela à ses enfants. C’est bien normal.

Côté études, je suis allé jusqu’en première littéraire. Mais la passion du taureau montait en moi. Elle prenait toutes mes pensées. J’avais de très bonnes notes en cours, mais ça ne m’intéressait pas. Les livres qui m’intéressaient, c’était les livres de taureaux. Je n’aimais pas lire pourtant. Ce sont les taureaux qui m’ont fait lire. Mon premier livre, c’était celui de Dominique Lapierre, Ou tu porteras mon deuil…, sur l’histoire du matador El Cordobés. Un classique ! Ensuite le livre d’Alain Montcouquiol, Recouvre-le de lumière, sur la tragique histoire de son frère Nimeño II, dont la vie fut brisée par un taureau dans les arènes d’Arles. Et tout s’est enchaîné. Ce sont les taureaux qui m’ont élevé, qui m’ont ouvert l’esprit. Pour tout apprendre d’eux, je me suis mis à fréquenter des gens beaucoup plus âgés que moi. Des anciens. Je voulais tout savoir du taureau et de la culture qui l’entoure. Je voulais en savoir la grande histoire et les petites anecdotes.

Joachim Cadenas et le taureau Milan de la manade du Brestalou, mars 2023. Photographie de Cathy Cohen-Solal.

Comment s’est fait le choix de la course camarguaise plutôt que celui de la corrida ?

Au début, j’aimais les deux. Enfant puis adolescent, à Arles, je fréquentais les jeunes toreros du moment. Il y avait Marco Leal, Mehdi Savalli, Román Pérez, Rafael Viotti. Je les suivais. Ils me faisaient toréer et raseter. Mais, pour en revenir à votre question, moi, je n’avais pas envie de tuer le taureau. Pour moi, c’était inconcevable, je l’aimais trop. C’est pour cela que j’ai fait le choix de la course camarguaise et que je suis devenu raseteur. Mais quelques années plus tard, avec plus de maturité, et après de longues réflexions, mon avis a évolué. Je concevais d’aimer le taureau et de le tuer.

Il y a quelques années, j’ai toréé et tué un taureau espagnol. Ce jour-là, l’appréhension était intense. Je m’étais entraîné. Mon sentiment était étrange. Lors d’une histoire d’amour avec une femme, il y a toujours la crainte que ça se termine mal. Avec le taureau – ça peut paraître étrange –, j’avais l’impression de commencer une histoire d’amour, j’apprenais à le connaître au fur et à mesure que je le toréais, et j’avais la certitude que cette d’histoire d’amour se finirait bien. Alors que cette fin, c’était la mort, inévitablement. La mort n’était pas une fin négative, mais positive, et presque rassurante. Comme si on scellait quelque chose de beau.

La course camarguaise est-elle un facteur d’intégration sociale ?

C’est certain. Déjà, les origines des raseteurs ont souvent correspondu aux vagues d’immigration. Il y a eu les Italiens, les Espagnols, les Portugais et aujourd’hui les Maghrébins. Dans ma jeunesse, la grande figure des raseteurs, c’était Sabri Allouani. Les raseteurs sont rarement des fils à papa. Le taureau, c’est une porte ouverte vers la société. Face à lui, on prouve notre courage, on peut émouvoir les gens, les faire vibrer, et gagner sa vie. On gagne aussi le respect et on s’intègre à la vie sociale. Quel que soit notre origine ou notre milieu. Et puis, lorsqu’on veut devenir raseteur, on entre dans une éducation à l’ancienne. On est en contact avec des personnes plus âgées, on les respecte, on les écoute. Il y a une hiérarchie. On est obligé d’obéir à des règles. Et ce ne sont pas des règles écrites qu’on suit bêtement. Non ! Ce sont les règles et les codes d’une tradition. On s’intègre à une histoire. Aujourd’hui, tous les jeunes raseteurs issus de l’immigration sont avant tout des raseteurs, des Camarguais, des gens du peuple du taureau, des héritiers du marquis de Baroncelli et de l’histoire d’une partie géographique de la France : la Camargue. Et tous ces jeunes raseteurs sont suivis par leurs copains. Les arènes sont pleines de jeunes. Toute la diversité de notre pays est réunie dans les arènes. La figure du raseteur est très populaire ici.

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Les raseteurs sont-ils professionnels ? Vivent-ils de la course ?

Certains le sont, d’autres travaillent à côté. Mais à un certain niveau, il est tout à fait possible de bien gagner sa vie avec.

En ce qui concerne la douleur et les blessures, sont-elles aussi présentes que chez les matadors ?

Oui. Le taureau Camargue est un animal redoutable, dangereux. Dans les blessures, j’ai eu de tout : genou cassé, coups de corne à côté du cœur, dans la cuisse, etc. Au début de ma carrière, je rêvais de prendre un coup de corne. J’avais très envie de voir ce que ça faisait. J’étais impatient. Chez nous, on dit que le premier coup de corne nous fait partir le mauvais sang, et qu’il ne nous reste ensuite que le bon. Ce premier coup, je l’ai reçu en 2013, j’avais 16 ans. C’était un coup de corne dans le bras sur plusieurs centimètres. Sur le moment, j’étais content. Mais derrière, ce qui m’importait le plus, quand même, c’était de savoir dans combien de temps j’allais pouvoir raseter de nouveau.

Dans quel état êtes-vous avant une course ?

Dans ces moments, l’appréhension et la peur sont présentes. Car je sais que je risque ma vie. Car je sais que l’animal que je vais affronter va vouloir ma mort. La veille, dans mon lit, je ne pense qu’à une chose : le taureau de demain. La nuit qui précède la course, je ne fais que de penser à ce taureau-là. À me demander comment il va réagir, comment il va charger. D’autant plus que, parfois, c’est un taureau que j’ai déjà affronté précédemment. Un taureau que je connais.

Et puis, il y a certains élevages qu’on craint plus que d’autres. Toute la nuit, l’imagination travaille. Tout cela fait monter la peur. Mais cette pression-là est nécessaire, il faut savoir la dompter et en faire en faire quelque chose de positif. Dans notre art, on dompte les éléments hostiles, la peur comme le taureau, pour en faire quelque chose de beau.

Ou tu porteras mon deuil (...)

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« La course camarguaise, c’est une messe! »

Pour le peintre Lilian Euzéby, cette course est un hommage aux « dieux sombres » que sont ces taureaux indomptables. Il puise son inspiration dans ce rite mêlant couleurs et émotions.



Causeur. Votre travail laisse une place importante à la figure du taureau. Qu’est ce qui, chez cet animal et dans le monde de la bouvine, inspire tant le peintre que vous êtes ?

Lilian Euzéby. Ce qui m’intéresse, c’est le sacré. La course camarguaise est liée aux fêtes votives des villages, encore aujourd’hui. Il y a quelque chose de religieux. Les grands-parents y amènent les petits-enfants. C’est une affaire de transmission. Les courses camarguaises se sont ensuite retrouvées dans les grandes arènes, mais sont toujours restées populaires. C’est la fête du peuple. Et puis, il y a le mystère. La plupart des courses camarguaises n’avaient pas lieu dans la Camargue, mais autour, dans des endroits ou ne vivaient pas les taureaux.

Lorsque j’étais enfant, dans mon village de Russan, à une heure et demie de la Camargue, nous attendions l’arrivée de ces animaux étranges avec émotion et impatience. Toute l’année nous attendions. C’était le seul moment où nous allions les voir, les admirer et les craindre. On nous apportait dans nos villages un petit morceau du mystère de cette Camargue sauvage qui résidait dans ces monstres mythologiques – peut-être échappés de Crète – au pelage sombre. Et puis la course camarguaise, c’est un rite, toujours le même. Les mêmes couleurs, les mêmes bruits, les mêmes odeurs. Le sable beige illuminé par le soleil, les ombrages des feuilles des platanes alentour qui se posent dessus. Barrière rouge. Taureau noir. Ce taureau qui, bien que différent à chaque fois, est au fond toujours le même. Le Taureau, sacré. Le taureau qui sort éternellement du toril et vient poser sa tache noire sur le sable beige sous un soleil de plomb. Lorsque je vois les raseteurs arriver sur la place, se changer, se vêtir de blanc pour aller officier, une émotion intense me submerge. C’est comme des prêtres. Et ces hommes sont des enfants du peuple ! Dans ma jeunesse c’était des maçons, des éboueurs… certains étaient de vraies idoles.

Pour aller voir des corridas espagnoles, où l’on tue le toro, il fallait aller dans les grandes villes comme Nîmes ou Arles. La course camarguaise, elle, se faisait dans les plus petits villages. C’est aussi cela qui en faisait une fête populaire dans les campagnes. Mais je le répète, il y avait avant tout le mystère de ces animaux indomptables sortis du fond des âges. Et puis l’événement furtif et miraculeux où l’homme touche le taureau, lié à l’événement de la fête. C’est le jour où l’on rompt le quotidien. Aujourd’hui encore, c’est cela que je dessine. Des dieux sombres. Des statues de dieux. Des mystères. Lorsqu’on lâche les taureaux dans les villages pour les abrivades, aujourd’hui encore, les gamins se battent pour courir à côté du taureau, pour le toucher et avoir un peu de son odeur dans la paume de la main. C’est charnel. Nous sommes attirés par lui. Et pour sacrer tout cela, la course camarguaise est la messe. Le taureau est le Dieu, le raseteur le prêtre. Voilà ce qui, dans cette course, me bouleverse et m’inspire. Le sacré avec le regard de l’enfant, éternellement.

Félicien Marceau, Capri petite île

En 1951, l’écrivain décrivait le farniente d’une société cosmopolite européenne, dans un roman où les paysages magnifiques de l’île italienne sont le principal personnage…


Né en 1913 en Belgique, ayant traversé la guerre avec peine, Félicien Marceau fut un auteur à la réputation brouillée, mais qui n’eut jamais qu’un souci principal : exprimer la vérité de la société, pour en jouir pleinement. Après une « échappée belle » de plus d’une décennie en Italie et en France, cet écrivain subtil et discret se voit offrir par le général de Gaulle, en 1959, la nationalité française. Sa nouvelle vie d’homme de lettres peut alors se poursuivre avec des œuvres variées (romans, théâtre, essais), qu’il colore souvent d’une délicieuse nonchalance.

L’esprit français

Les difficultés rencontrées par Marceau dans son existence n’affectèrent pas son goût pour une légèreté bien française. Ses romans portent souvent des titres dignes de ce XVIIIe siècle qu’il affectionnait tant (il a écrit deux essais sur Casanova). Capri petite île résume à lui seul cette vision épicurienne du monde, avec des personnages oisifs qui tentent de donner un sens à leur existence par la seule contemplation d’une nature sublime. Nous allons voir que telle fut l’obsession secrète de l’écrivain, dans ce cadre de l’île de Capri, microcosme privilégié d’un désœuvrement essentiel, mais périlleux.

Ancienne affiche publicitaire pour le tourisme Image: Wilimedia commons

J’ai lu ce roman la première fois à l’âge de quatorze ans. Je l’avais trouvé par hasard dans la bibliothèque de mes parents. Tout de suite, il m’avait attiré. C’était un livre pour moi, comme si j’étais le seul à même d’en comprendre le sens caché. Un désir d’Italie de ma part, peut-être, en tout cas une aspiration au repos et, certainement, à la paresse. Nous étions le dimanche soir, et le lendemain il y avait école. Je n’avais pas appris ma leçon de géographie. J’avais bien ouvert le manuel, mais impossible de fixer mon attention sur ces paragraphes oiseux et très mal écrits. Eh bien, tant pis, j’aurais encore une mauvaise note. C’est alors que je pris le volume de Capri petite île, et que je me mis à le lire passionnément comme une délivrance. Ce jour-là, j’effectuais très certainement, grâce à cette lecture de Marceau, ce qu’on pourrait appeler une expérience intime de désœuvrement. Elle est restée gravée en moi.

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Douce oisiveté

Capri petite île fut écrit par Félicien Marceau en 1951. Son action se situe juste dans l’après-guerre. Le personnage d’Andrassy est un jeune Hongrois, qui a quitté son pays pour tenter sa chance dans un pays libre. Il a survécu dans un camp de transit en Italie, et a la chance d’être choisi par un riche oisif de Capri, Forstetner, pour devenir son secrétaire. L’occasion est belle, pour Andrassy, en attendant que lui soit délivré son permis de séjour, de pénétrer dans les milieux cosmopolites et huppés de l’île. Au début, il est plein de fougue et d’ambition, il tombe même amoureux d’une jeune fille du cru, avec qui il veut refaire sa vie. Mais, peu à peu, sous l’influence de ses nouveaux amis, et de son patron lui-même, prenant goût à cette ambiance empoisonnée de farniente continu, de « douce oisiveté », il renoncera à ses ambitions. Capri l’aura vaincu.

Félicien Marceau distille ce désœuvrement dans les paysages de Capri, à travers d’abord cette chaleur lourde qui s’abat sur les habitants et leur donne envie de ne plus rien faire. Décrivant l’église près de la place, par exemple, il note : « Quelques marches y conduisent où généralement sont assis quelques indigènes, à prendre le soleil, à godersela, à se la couler douce. » Marceau consacre de belles pages aux bains de mer, dans l’eau transparente de Capri. La mer est l’élément originel : « Cette eau, dit Mafalda, une amie d’Andrassy. Quel miracle ! » Ils passent tous, après le bain, de longues heures à brûler au soleil, leur seul et unique dieu. Marceau nous commente joliment cette bulle d’éternité dans leur vie : « Posé à la limite du temps et de l’espace, de l’être et du néant, un moment lentement se dissolvait dans l’azur – et avec lui tous ces corps étendus, abandonnés, voguant à la dérive, si près de sombrer. »

Une société décadente

Sur le point de « sombrer » ? La sexualité des protagonistes, par exemple, est étrange. L’hétérosexualité se décompose et mène à l’abstinence (abstention parfaite), alors que l’homosexualité (la « pédérastie » dit le texte), toujours latente, servira de faux-semblant. Cette dernière se présente comme un symptôme de décadence, et non quelque chose de naturel. Le vieux Forstetner aimerait, de la sorte, faire accroire qu’il a une relation particulière avec son secrétaire. Andrassy accepte cet arrangement. Une phrase de conclusion, vers la fin, m’avait frappé par son fatalisme, lors de ma première lecture à quatorze ans, je m’en souviens très bien : « Forstetner est là aussi, régulièrement. De temps en temps, de préférence lorsque quelqu’un le regarde, il se penche vers Andressy, lui pose la main sur le bras. Docilement, Andressy sourit. » Cette fin m’avait paru désolante.

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Dans Capri petite île, l’image de l’âne surgit deux fois, comme le symbole néfaste de la fainéantise. « Un âne ? écrit Félicien Marceau. Il y a quelque chose au-delà des ânes. Un âne ? Ce mot ouvert… » Le romancier n’ajoutera pas d’autres explications, laissant au lecteur le soin d’apprécier seul les grandeurs et, parfois, les faillites de l’abstention ou de l’inertie.

Quand l’extrême gauche française tombe d’accord avec Erdogan

La haine de la France, à la source des émeutes, fait bien le lien entre violence et immigration, n’en déplaise à la gauche. La posture politicienne scandaleuse adoptée par Jean-Luc Mélenchon ne doit pas occulter les propos tout aussi problématiques tenus ailleurs par d’autres membres de la Nupes. Quant au gouvernement, il donne l’impression de vouloir gagner du temps face à ce séparatisme qui s’aggrave, observe notre chroniqueuse.


« La fin justifie les moyens » selon Alma Dufour, députée insoumise de Seine-Maritime, venant au secours des pillards qui ont mis le feu à la France. « Et si le pillage avait à voir avec la pauvreté ? Les marques avec le sentiment de relégation » gémit Sandrine Rousseau, ressortant des placards la vieille culture de l’excuse. « Sans justice, il n’y aura pas de paix, ce n’est pas une menace, ce sont des faits » explique doctement Marine Tondelier. Quant à Jean-Luc Mélenchon, il dénonce : « les chiens de garde nous ordonnent d’appeler au calme. Nous appelons à la Justice ». Le problème, c’est que ces belles déclarations ne témoignent pas de l’émotion ressentie face à la mort d’un jeune délinquant de 17 ans, mais sont tenues alors que la France est mise à sac par des jeunes émeutiers qui utilisent un fait divers pour laisser libre cours à leur haine de la France et à leur sauvagerie.

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Et c’est bien ce qui fascine Jean-Luc Mélenchon et les insoumis. Tout à leur rêve de révolution, ils jettent de l’huile sur le feu car la seule chose qui les intéresse est la mise en cause systématique de la police et la déstabilisation du pouvoir. Il faut donc entendre l’appel à la justice du chef de file des insoumis comme un permis de ravager le pays au nom d’une oppression subie.

Les émeutes : une réponse au racisme systémique selon la gauche

En effet, selon la gauche, les émeutes sont une réponse au racisme de la police et à la persécution des musulmans dans le pays. Exactement le narratif des Frères musulmans comme le président turc, Erdogan, qui  accuse la France « d’une oppression constante exercée sur des populations majoritairement musulmanes ». Le président algérien n’est pas en reste ; il demande à la France d’assurer la protection de ses ressortissants… Le pompon est décroché par les Iraniens, qui, entre deux pendaisons, trouvent le temps de demander au gouvernement français de « mettre fin au traitement violent de sa population » ! Il faut rappeler que ces pays travaillent activement à des politiques de déstabilisation des pays européens et de la France au premier lieu. Erdogan, parce qu’en tant que frère musulman, il obéit à l’agenda de la confrérie tout en poursuivant son rêve d’empire. Quant à l’Algérie, elle n’arrive pas à exister sans se confronter à son ancien colonisateur, car c’est la France qui a fait d’une sorte de colonie ottomane composée d’un agrégat de tribus rivales, un État cohérent. Ces pays ont une influence forte sur leurs ressortissants et les travaillent au cœur pour empêcher toute intégration. L’acceptation de la culture et des mœurs françaises étant incompatible avec le normatif islamique, ils utilisent le discours d’une fausse persécution pour ancrer leurs ressortissants dans le refus de l’assimilation. Ce faisant, ils les condamnent à être de nulle part, un moyen habile d’en faire les futurs chair à canon de la déstabilisation politique qui vient. Au-delà de l’agacement que peut susciter leur ingérence dans les affaires de la France, ils ont une vraie influence sur le comportement de leur communauté et ils sèment les graines de la violence que nous subissons.

La députée Mathilde Panot, marche pour Nahel, Nanterre, 29 juin 2023 © JEANNE ACCORSINI/SIPA

Des Français choqués par la haine de la France exprimée par les émeutiers

Les Français, eux, sont surtout inquiets de voir la France ravagée par des bandes de pilleurs, pratiquant razzia et politique de la terre brûlée. Ils voient avec stupéfaction cette violence être cautionnée par une partie de la gauche. Et surtout, ils sont confrontés une fois de plus au déni de leurs dirigeants qui refusent de faire le lien entre politique d’immigration et émeutes. Or quelque chose a cédé. Non seulement aujourd’hui il n’y a plus de frontières symboliques et les hordes de pillards déferlent dans les centres-villes, mais tout le territoire est touché : plus personne ne se sent à l’abri. Les Français sentent bien qu’émeutes et pillages se renouvelleront au moindre incident et que force n’est pas restée à la loi. Ils anticipent le fait que bien peu d’émeutiers paieront pour leurs actes et que les familles qui exhibent sur internet le produit de leurs pillages ne seront pas sanctionnées.

Nanterre, 29 juin 2023 © Michel Euler/AP/SIPA

De l’assignation à l’émotion collective… à la manifestation du refus de celle-ci (l’exemple de la cagnotte)

Ils ont vu la haine de ces émeutiers contre ce qu’ils sont, leur absence de limites et l’impossibilité d’intervention. Ils ont bien compris que les politiques étaient terrorisés à l’idée qu’un émeutier meurt, tant ils appréhendent la violence des banlieues. Car il y a quelque chose d’effrayant dans le soulèvement communautariste auquel nous avons assisté, c’est qu’il dit clairement qu’aujourd’hui, selon la prédiction de Gérard Collomb, ancien ministre de l’Intérieur, nous sommes passés de « côte à côte » à « face à face ». Et l’affaire des cagnottes l’illustre. La cagnotte pour la famille du policier auteur du coup de feu a dépassé toutes les espérances. Elle a agi comme un référendum et les Français ont manifesté leur soutien aux policiers, une façon en creux d’indiquer leur rejet des émeutes, leur sentiment que celles-ci étaient illégitimes mais aussi leur refus de faire du jeune délinquant tué, un George Floyd français. En participant massivement à la cagnotte ils ont indiqué qu’ils refusaient de s’associer à une émotion collective qu’ils ne ressentaient pas mais qui était impossible à contester sauf à passer pour un monstre.

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D’abord parce que lorsqu’on voit la vidéo, on peut comprendre le tir. Les deux policiers sont plaqués contre un mur, le conducteur a commis plusieurs infractions et a un comportement dangereux, si on se projette dans la situation on ressent le danger. On n’a pas le sentiment d’être face à un crime raciste ou une bavure manifeste, mais face à une tragédie qui aurait pu être évitée, dans laquelle chacun des protagonistes porte une part de responsabilité. Un jeune homme de 17 ans est mort et c’est toujours regrettable, mais, pour éviter d’autres décès, ne vaudrait-il pas mieux indiquer qu’en refusant d’obtempérer et en conduisant comme un chauffard on prend des risques certains, plutôt que de faire passer un petit délinquant pour un martyr du racisme systémique ?

La dimension communautaire des émeutes

On peut aussi s’interroger sur ces explosions de violence transformées en appel à la justice alors que face à de vraies injustices, jamais les banlieues ne se révoltent : Mohammed Merah a tué des enfants innocents, à bout portant, dans une école. Et pourtant rien ne s’est passé ! Le meurtre de Samuel Paty n’a pas déclenché de tels émois. On peut brûler une jeune fille enceinte dans un terrain vague et invoquer une forme de crime d’honneur, cela ne dérange pas grand monde non plus. Non : pour qu’une certaine France s’embrase, il faut que le mort soit musulman et mâle si possible et le coupable présumé, un policier. On est dans de la vengeance communautaire et non dans la réclamation de la justice. Car les émeutiers n’avaient rien à réclamer : le policier a été arrêté et inculpé et le président l’avait même déjà condamné au mépris de toute justice justement en espérant qu’une forfaiture empêcherait l’émeute… Il aura perdu ainsi son honneur et aura vu la France ravagée quand même.

Le refus de regarder en face la signification de cet épisode

De ce triste épisode, il semble qu’aucune leçon ne sera tirée. Le refus de faire le lien entre immigration et violence communautariste, le refus même de qualifier la dimension communautaire de ces émeutes est en soi révélatrice. Or le problème est important. Si seuls 10% des émeutiers sont étrangers, selon Gérald Darmanin, la majeure partie est française. Mais celle-ci est issue de cette immigration africaine et maghrébine dont une partie, hélas pas si minoritaire, n’a pas été intégrée et ne partage ni nos mœurs, ni nos principes ni notre culture. Leur tradition n’est pas la maîtrise et le refus de la violence mais au contraire le culte de la virilité et de la force. Refuser les valeurs de la France est devenue un mode d’affirmation de soi chez certains et cette affirmation passe par la revendication ethnico-religieuse. Or notre façon d’être une nation, de faire nation exige un dépassement des origines pour se fondre dans une histoire, des valeurs et un projet commun. C’est exactement ce que refuse une partie de la population dûment munie de papiers français. Elle théorise le refus de la France au nom de la fidélité aux origines et à l’appartenance à l’oumma. Un refus qui va jusqu’à la haine. Face à ce constat, nos politiques paraissent vouloir gagner du temps.

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Sauf que ces faits sont à la fois sus et tus depuis 30 ans, que la situation ne cesse de se dégrader et qu’aucune mesure forte n’est prise. Or il y a des pistes de clarification. Cela passe par la suspension du droit du sol, le refus de la double nationalité et donc l’obligation de choisir à quel monde on souhaite appartenir (celui où les hommes sont considérés comme égaux ou celui où certains sont infériorisés parce que femmes, trop noirs, ou non musulmans comme dans les pays où règne l’islam), des sanctions fortes contre délinquants et émeutiers qui les privent de la solidarité nationale, le refus automatique de renouvellement de carte de séjour ou d’accès à la nationalité en cas de participation à des émeutes, la perte de son logement HLM… Toutes ces pistes devraient pouvoir être discutées.

Car le pire dans cette histoire est qu’il y a, dans les cités, des gens qui souhaitent s’intégrer et d’autres, parfaitement assimilés, qui vont pâtir de l’image désastreuse que donnent d’eux les émeutiers.

Le refus du gouvernement de faire une loi immigration courageuse et répondant aux enjeux actuels montre une fois de plus que les voyous ont gagné : au terme de ce déchainement de violence nos dirigeants refusent toujours de regarder la situation en face. Rendez-vous aux prochaines émeutes.

Mort de Nahel: R. Diallo et J. Branco imposent leur vision racialiste de la société française à l’étranger

Ces dix derniers jours, les médias européens et américains avaient tous leurs caméras braquées sur Nanterre et les banlieues françaises. Malheureusement, deux commentateurs phares se sont distingués, Rokhaya Diallo et Juan Branco, qui ont imposé leur interprétation woke des émeutes au monde entier.


La mort de Nahel, et les émeutes (depuis, enfin apaisées), ont provoqué d’innombrables réactions sur les grandes chaînes d’infos en continu du monde entier : CNN, Channel 4, Sky News, ou encore la BBC. D’abord factuelles au lendemain du déclenchement des émeutes, ces médias sont rapidement tombés dans l’interprétation racialiste de l’évènement, interprétation devenue si courante depuis la mort de George Floyd aux États-Unis. Racisme « institutionnel et systémique », racisme de la police… ces arguments bien connus sont ressassés par nos confrères avec une facilité déconcertante. En même temps, les figures de la France insoumise, en premier lieu Jean-Luc Mélenchon, défendant ou justifiant les agissements des émeutiers, étaient mis en minorité par l’ensemble de la classe politique nationale. Pourquoi donc un tel évènement s’est-il produit ? Pourquoi une grande partie de l’opinion publique anglo-saxonne n’a-t-elle pas pu être informée autrement ? Ce n’est pas parce que les médias britanniques et américains ont nécessairement recherché les comparaisons avec l’affaire Floyd. Non, la seule raison est que les journalistes français ne parlent pas bien anglais et sont souvent peu connus à l’étranger ! La conséquence, nous la voyons déjà : les seuls militants ou journalistes ayant un réseau suffisant pour être invités sur les chaînes internationales furent Rokhaya Diallo et Juan Branco.

« Racisme systémique »

Invitée de CNN, le 2 juillet, Rokhaya Diallo a ressorti ses marottes habituelles pour expliquer les émeutes, « résultat d’un processus lié au racisme systémique. La police vise essentiellement de jeunes hommes de couleur. Les manifestations révèlent un sentiment de désespoir et de colère. De nombreuses personnes ont crû qu’elles pourraient être Nahel, ce qui explique pourquoi elles étaient si mécontentes. » Argument bien facile, qui justifie tout :  les actes de pillage qui pour beaucoup ne seront pas sanctionnés, les tirs de mortier quand ce n’est pas à balles réelles sur la police ou encore l’incendie de bus et des trams. Et, bien sûr, si ces émeutes surgissent, à en croire Mme Diallo, c’est parce que les jeunes de banlieue « sont considérés comme des citoyens de seconde zone, ce qui explique que la police peut encore parler d’eux comme s’ils étaient toujours colonisés, comme s’ils étaient des animaux. » Une dialectique absurde reprise même – quoique plus modérément – par le quotidien conservateur britannique du Daily Telegraph. Cela sans rappeler bien sûr les dizaines de milliards d’euros déversés dans les banlieues depuis les années 1980 par le contribuable, pour construire écoles, bibliothèques, hôpitaux… S’il y a bien des problèmes dans les banlieues, ils sont d’abord sociaux et éducatifs et ces problèmes-là ne se règlent pas uniquement à coup de milliards.

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« La France : pays de ségrégation »

Juan Branco n’a pas mâché ses mots lui non plus en parlant des émeutes. Invité par la chaîne britannique, Channel 4, il a justifié les actes des émeutiers, qui, par leurs actions, manifestaient leur rejet de la « ségrégation » qu’ils subissaient de la part des populations « conservatrices et privilégiées du centre de Paris » et des autres villes françaises. Pour rappel, les grandes villes françaises (Bordeaux, Lyon, Marseille, Rennes) sont toutes tenues par la gauche, qui, historiquement, lorsqu’elle est aux responsabilités, est pourtant de loin la plus généreuse dans l’attribution de subventions aux banlieues défavorisées. Or, ce sont dans ces villes-là que les violences furent les plus importantes. Interrogé ensuite sur l’ampleur de l’émotion au sein de la population française face à la mort de Nahel, l’avocat / essayiste / activiste a regretté que cela n’affecte « qu’une partie de la population » et s’est inquiété qu’une « importante partie de la population française ait été élevée et nourrie par un discours raciste et discriminatoire qui considère que ce crime était justifié ». Encore faudrait-il qu’il donne des exemples : moi, je ne m’y reconnais pas – et lui non-plus sans doute. Si la gauche woke raffole bien d’une chose, ce sont des généralisations abusives et de la remise en cause des structures. Ces accusations sottes sont en outre très faciles à ânonner sur une chaîne britannique, où les questions liées au racisme sont encore beaucoup plus sensibles qu’ici. Il est certain en tout cas qu’elles n’auront en rien contribué à améliorer l’image de la France à l’étranger. Le mal est fait, désormais, et ne sera pas rattrapable de sitôt. Heureusement qu’en France, les débats furent quand même plus diversifiés…

L’Amérique en pétard

Dans de nombreux États, la dépénalisation du cannabis permet aux consommateurs de ne plus se cacher, mais elle n’empêche pas le fléau des drogues de synthèse de se propager.


Des 50 États des États-Unis, 22 ont légalisé l’usage récréatif du cannabis et neuf l’ont décriminalisé. Dans la plupart, la distribution commerciale est légale, mais aussi la culture pour usage personnel. Dans les Dakota, nord et sud, et dans l’Arkansas, l’électorat vient de rejeter la dépénalisation par référendum. Conformément à la tribalité politique typique de l’Amérique, les États qui maintiennent la prohibition, comme le Texas ou le Tennessee, sont souvent ceux qui interdisent l’avortement.

Un grand changement

Depuis novembre 2022, le président Biden pousse le Congrès à révoquer la loi fédérale interdisant l’usage du cannabis. Étant donné que l’État fédéral n’est responsable que de 5% des poursuites judiciaires et que, dans ce domaine, la juridiction fédérale se limite à des parcs naturels et à des installations aéroportuaires et militaires, il s’agit d’une action symbolique destinée à séduire les électorats de couleur, puisque, selon Biden, la proportion de Noirs condamnés pour usage du cannabis est « nettement plus élevée que pour les Blancs ». Il a signé un décret pour gracier tous les condamnés pour possession de marijuana. Leur casier judiciaire réduisant les chances des Noirs de trouver un emploi, le président peut prétendre avoir fait œuvre de justice raciale.

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Un argument courant en faveur de la dépénalisation est le fait que le cannabis ne soit plus considéré comme une drogue d’introduction. Après des années de disputes à coups d’études et de contre-études scientifiques, il est désormais accepté que la légalisation du cannabis récréatif n’entraîne pas une montée de la consommation de drogues dures chez les adultes. Le pétard pourrait même diminuer la consommation excessive d’alcool !

Crack, héroïne et fentanyl inquiètent autrement les autorités

La dépénalisation représente-t-elle un grand changement ? En Californie, où elle a eu lieu en 2016, la réponse est non. Toute répression a cessé, la culture personnelle est tolérée, et les fermes de cannabis sont entrées dans une étrange semi-légalité. L’usage médical est admis dans 38 États. Il sert comme analgésique ou calmant sous forme de feuilles à fumer ou de pommade à enduire. Selon les statistiques officielles, 78 millions d’Américains ont recours au cannabis, dont 55 millions régulièrement. Le grand changement, c’est que les bobos n’ont plus besoin de cachotteries pour acheter leur dose aux dealers de rue.

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En revanche, rien ne change pour les toxicos, surtout des SDF, qui envahissent aujourd’hui les centres-villes de San Francisco, San Diego, Los Angeles, Boston ou Baltimore. Ils sont accros à d’autres drogues comme le crack, l’héroïne et le fentanyl. Le pays croule sous une épidémie de toxicomanie, malgré les efforts de l’État fédéral qui subventionne des programmes de sevrage par méthadone. La légalisation du cannabis permettra-t-elle au moins d’arracher le trafic au crime organisé ? C’est peu probable. Comme les cartels dominent actuellement le commerce, ils seront à même de concurrencer les vendeurs légaux en inondant le marché avec du cannabis illégal à bas prix.

«Qui avait prévu ce qui allait se passer?»: tout le monde, Monsieur le président

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© MOURAD ALLILI/SIPA

Une contre-culture a émergé en France. Pourtant, les origines ethniques et le nombre de participants de l’insurrection sont soigneusement minimisés par l’exécutif, lequel, comme les journalistes, préfère s’attarder sur des considérations purement sociologiques et économiques.


« Qui avait prévu ce qui allait se passer ? », a déclaré Emmanuel Macron, lors d’un échange avec des élus des Pyrénées-Atlantiques, jeudi 6 juillet, à Pau. Il n’est pas difficile de répondre au président : tout le monde savait qu’un tel évènement pouvait arriver. Et pour cause, les « banlieues » n’ont eu de cesse de s’enflammer au cours des trente dernières années. Analyse.

Il est pourtant à craindre que les leçons politiques et sociales à tirer des derniers évènements ne soient balayées d’un revers de la main par un exécutif trop heureux de pouvoir rapidement tourner la page, comme s’il ne s’agissait ici que d’un simple épisode. Le déchainement de violence marquera pourtant durablement les esprits. Homme de gauche, le twitto appelé Café Littéraire l’affirmait quant à lui sans ambages, animé d’une lucidité nouvelle à la lumière des évènements : « Il est probable que nous sommes en train de vivre, sans même nous en rendre compte, un moment historique de l’Histoire de France. Nous sommes dans la fabrication négative d’une mémoire qui empêchera à l’avenir toute forme d’intégration culturelle et de cohésion nationale. » Le verbiage propre à la « socio » masque ici mal la crainte de voir voler en éclats l’idéal républicain propre à la gauche traditionnelle face à l’atomisation du corps social dans les sociétés complexes.

Une contre-culture des « quartiers » qui se propage en dehors des murs de la cité

« C’est l’histoire d’un homme qui tombe d’un immeuble de 50 étages. Au fur et à mesure de sa chute, pour se rassurer, il se répète : « Jusqu’ici tout va bien. Jusqu’ici tout va bien. Jusqu’ici tout va bien », dit le narrateur dans une célèbre scène du film La Haine. Étonnant syncrétisme entre des éléments traditionnels des cultures musulmanes et africaines de l’Ouest, des emprunts aux ghettos américains, une mentalité d’assiégés propre aux minorités soudées et des apports français évidents, ce qu’on appelle la « culture des banlieues » se vit hors la France, hors la République et hors la « population majoritaire ». Cette contre-culture est pourtant physiquement en France, en constituant l’un des fragments, contribuant à l’élaboration de notre imaginaire collectif contemporain.

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La culture des ghettos français est même désormais un modèle pour tous les quartiers comparables du continent européen. Le son propre au rappeur marseillais Jul, dont le dernier clip voit apparaître Nahel sur une moto de cross, s’est ainsi exporté en Espagne, en Suède, en Belgique, aux Pays-Bas ou encore en Allemagne, notamment grâce à son album collaboratif Europa. Les rappeurs italiens utilisent par exemple des expressions françaises telles que « wesh alors », « salut comment ça va » et autres dans leurs morceaux. Les banlieues françaises sont le maître étalon de l’Union européenne du rap et de l’immigration.

L’adolescent tué à Nanterre à côté du rappeur Jul. DR.

Et cette culture traverse toute la société française. Il n’est qu’à consulter les classements Spotify ou YouTube pour constater que les musiques dites urbaines sont présentement les plus écoutées par l’ensemble de la jeunesse. Comparativement à 2005, émeutes nourries par une politisation très forte, celles de 2023 avaient des aspects proches du « carnaval » estudiantin du Moyen-Âge : la casse pour le feu d’artifice, le pillage pour le vol d’opportunité. On a d’ailleurs pu observer qu’une fois leur gain enregistré, de nombreux émeutiers se sont empressés de vendre le produit de leur forfait sur des chaînes Telegram dédiées au recel et à la vente de drogues. Smartphones, trottinettes électriques et sneakers ont été bradés.

Reste toutefois un sous-texte politique qu’il serait aussi criminel qu’idiot de négliger. Dans le bien nommé L’Insurrection qui vient, Le Comité invisible théorisait une convergence des luttes pour abattre le système : « L’incendie de novembre 2005 n’en finit plus de projeter son ombre sur toutes les consciences. Ces premiers feux de joie sont le baptême d’une décennie pleine de promesses. (…) Il suffit d’entendre les chants de l’époque, les bluettes de la “nouvelle chanson française” où la petite bourgeoisie dissèque ses états d’âme et les déclarations de guerre de la Mafia K’1 Fry, pour savoir qu’une coexistence cessera bientôt, qu’une décision est proche. » Il faut bien comprendre qu’une étincelle suffit désormais pour enflammer les « quartiers », laquelle flamme irradie jusqu’à l’ultra-gauche des black blocs trop heureuse de saisir l’occasion dès qu’elle le peut.

Elle fait aussi sortir des jeunes de tous les milieux dans les rues. Sans tomber dans le piège grossier tendu par Gérald Darmanin qui a relevé que les émeutiers étaient des « Kevin et des Matteo », la liste des vingt prénoms les plus récurrents parmi les manifestants arrêtés fait ressortir une bonne dizaine de prénoms habituellement portés par des Français n’ayant pas d’origine immigrée extra-européenne. De fait, les adolescents masculins en montée de testostérone sont tous enclins à aller au contact par envie d’adrénaline. Toutefois, il n’est pas exclu du tout que la police ait plutôt appréhendé des individus en marge des émeutes dans les centres des villes, ou un plus grand nombre de casseurs politisés à gauche que d’émeutiers des banlieues. Nous ne le saurons malheureusement jamais puisque nous n’aurons pas d’études sérieuses sur l’ethnie, la sociologie, le milieu familial ou le parcours des émeutiers. Notre pouvoir politique préférant jouer sur l’ambiguïté plutôt que d’affronter la réalité afin de cibler et de traiter les maux qui nous affligent.

Une minimisation flagrante des évènements

Pour l’heure, le gouvernement et Emmanuel Macron semblent se féliciter de l’arrêt des pillages. Il a fallu 40 000 policiers pour en finir, c’est-à-dire un déploiement maximal. En quelques jours, les hordes de « gobelins » réunies sur Snapchat et Telegram dans une course folle à qui ferait le plus de dégradations, ont provoqué a minima un milliard d’euros de dégâts. Les émeutes de 2005 s’étaient produites du 8 au 21 novembre et avaient entrainé 250 millions d’euros de destructions. Moins de policiers avaient été mobilisés et les différents heurts n’avaient pas dépassé les frontières des « quartiers ».

A lire aussi, Joachim Murat: Le mythe de la misère systémique dans laquelle un État supposé raciste maintiendrait volontairement une population d’origine immigrée doit cesser

À en croire Gérald Darmanin, 7 000 émeutiers ont mis la France à feu et à sang. Étaient-ils des membres d’unités d’élite militaire, des Anglais du Stade de France ? Le chiffre est irréaliste, et la réalité sans doute plus proche des 100 000 participants évoqués par Pierre Brochand, ancien officier supérieur du renseignement. Une fois de plus, nous n’en aurons jamais la certitude… « C’est effrayant de penser qu’aujourd’hui des gamins peuvent dorénavant agresser n’importe qui comme bon leur semble. Ils ont balayé toutes les règles, y compris la loi. Il n’existe pas de mot, ni en français ni en anglais, qui exprime l’opposé du verbe “civiliser” : le concept n’existe pas. Mais il s’agissait bien pourtant ici de l’anti-civilisation en action : une transgression de tous les codes comportementaux qui maintiennent la cohésion d’une société », écrit Andrew Hussey dans Insurrections en France – Du Maghreb colonial aux émeutes de banlieues, histoire d’une longue guerre, ouvrage dressant une généalogie des émeutes ethniques en France de la période coloniale à nos jours.

Visiblement, cela n’effraie pas spécifiquement notre gouvernement qui ne pense qu’à réformer l’Éducation nationale, censurer si besoin les réseaux sociaux, et mieux éduquer les « garçons ». Toutes ces propositions peuvent avoir leur pertinence, mais elles travestissent les questions de long terme qui traversent la France : faisons-nous toujours nation ? Qu’avons-nous de commun pour nous réunir ? À dire vrai, pas grand-chose. Cette interrogation ne se borne d’ailleurs pas aux seules frontières ethniques tracées par l’immigration ancienne et ses descendants nés en France comme par les migrants de fraîche date, mais concerne aussi le peuple français tout entier.

On a pu voir durant cette épreuve que la gauche a mis sciemment de l’huile sur le feu, ainsi du reste qu’une grande partie des médias étrangers et de la communauté internationale, Algérie et Turquie en tête. La France est l’homme malade de l’Europe. Comment parler d’un peuple quand il n’existe plus vraiment ? Comment parler d’ordre public quand la notion même fait désordre en politique ? Manuel Valls avait évoqué un « apartheid social », il est à craindre qu’il ne faille bientôt parler d’un divorce civilisationnel. Les banlieues sont la boîte de Pandore d’un avenir français en pointillé…

L'insurrection qui vient

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Pays-Bas: les migrants font tomber le gouvernement

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Migrants à Ter Apel, Pays-Bas, août 2022 © Robin Utrecht/action pres/SIPA

Au pouvoir depuis 2010, le libéral Mark Rutte défendait une limitation drastique du droit d’asile, limitation inacceptable pour ses alliés du centre et de gauche. Démissionnaire, il est le favori pour les prochaines élections qu’il provoque, talonné par le BBB de Caroline van der Plas. La vie politique du pays a été marquée ces derniers mois par la chronique sordide des incidents autour du centre de migrants de Ter Apel, sorte de Calais batave en pire. Correspondance.


Dernière minute ! Le Premier ministre Mark Rutte a annoncé lundi 10 juillet qu’il quittera finalement la politique après les élections

Si, en France, les séquelles de l’immigration ont mené à des émeutes à une échelle inouïe, aux Pays-Bas, elles restent pour le moment limitées à une crise politique. Vendredi 7 juillet le Premier ministre, M. Mark Rutte, a démissionné quand la coalition gouvernementale eut rejeté ses propositions de restreindre l’afflux de migrants. Même après plusieurs réunions d’urgence de la coalition quadripartite, ses faux alliés libéraux de gauche et protestants jugèrent inacceptable de limiter le regroupement de réfugiés, pompe aspirante certifiée. M. Rutte exigea notamment un quota du nombre d’enfants en provenance de zones de guerre. Le pays s’achemine ainsi vers des élections législatives anticipées, mi-novembre, selon la presse néerlandaise. Élections où M. Rutte, libéral conservateur, aux manettes depuis octobre 2010, espère s’ériger en champion anti-immigration, contrairement aux partis avec lesquels il se voyait contraint de gouverner depuis janvier 2022 pour s’assurer une majorité parlementaire.

Ter Apel, pas une riante bourgade

C’est une rébellion dans son propre parti, le VVD, qui a contraint M. Rutte à rompre enfin avec les “immigrationnistes”, selon les commentateurs. En effet, lors de congrès et autres réunions de son parti, des membres l’engueulèrent ferme. “Par pitié, Mark, pense à ton propre peuple pour une fois!”, l’enjoignit l’autre jour un membre excédé. Applaudissements. Jamais dans sa carrière M. Rutte n’avait souffert de pareils affronts de la part de libéraux, connus en général comme des gens convenables et qui se tiennent… L’ire liberale, et de la droite de la droite de M. Geert Wilders, fut alimentée au fil des ans par les histoires sordides du principal centre de réfugiés aux Pays-Bas, près du village de Ter Apel, dans la province de Groningue. Fin juin, des habitants y avaient formé une ‘milice’ pour chasser les indésirables, comme de jeunes réfugiés nord-africains. Armés de gourdins, les membres de la milice furent accompagnés d’un journaliste du journal De Telegraaf quand ils partirent à la chasse de fauteurs de troubles. Tels ceux qui avaient l’habitude de se masturber en public au passage de jeunes filles du village ? D’autres migrants commirent des vols dans les magasins, y menacèrent le personnel, cambriolèrent des maisons, déféquèrent dans des jardins et firent preuve d’attitudes intimidantes envers les rares habitants suffisamment courageux pour les admonester… Ajoutez à cela le refus de certains de payer dans les transports publics, terrorisant les conducteurs, et la propagation de ces pratiques dans d’autres centres d’accueil, et on comprend que le mot néerlandais de vluchteling, ‘réfugié’, ou asielzoeker, demandeur d’asile, finirent par acquérir une tonalité péjorative [1].

Comme dans un moulin

Parmi les 1800 refugiés de Ter Apel, plusieurs centaines reçoivent le statut légal chaque année et, de ce fait, ont droit à un logement social. Leur nombre monta à tel point que dans certaines villes et villages, dont Utrecht, les aspirants néerlandais à un logement furent priés d’attendre: une famille érythréenne ou somalienne était prioritaire.
Ce qui fit grand bruit dans les médias et au parlement, où M. Rutte dut affronter les attaques de la droite de la droite, exigeant, comme M. Wilders, la fermeture des frontières. Le magazine EW révéla récemment que, malgré les paroles de fermeté gouvernementales, aux Pays-Bas, on entre comme dans une église. En 2022, près de 80% des demandes d’asile furent honorées, contre 38,5% selon la moyenne européenne. Chiffres qui augmentèrent la pression sur M. Rutte, invité à se séparer de ses trois partenaires gouvernementaux dont deux, les protestants fondamentalistes et les libéraux de gauche, ne voient pas le problème. Et dont le troisième, les chrétiens-démocrates, est trop divisé pour savoir ce qu’il veut…

Selon des enquêtes express, M. Rutte, 56 ans, est toutefois bien placé pour gagner son pari: remporter les législatives de novembre et entamer un cinquième tour de piste comme Premier ministre.


[1] https://www.telegraaf.nl/nieuws/1933275147/ter-apel-wapent-zich-tegen-raddraaiers-uit-azc-geweld-beantwoorden-we-met-geweld et https://www.geenstijl.nl/5171107/ter-apel-bijna-gevallen/

L’Égypte veille à ce que son patrimoine ne soit pas récupéré par les thèses “afrocentristes”

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Le Rijksmuseum van Oudheden est le musée archéologique national des Pays-Bas D.R.

Après le psychodrame autour du documentaire Netflix présentant une reine Cléopâtre noire [1], les autorités égyptiennes s’en prennent à un musée hollandais. Depuis longtemps, l’Égypte suscite une fascination dans la pop culture américaine.


Organisée en juin par le Musée National des Antiquités de Leyde (Pays-Bas), c’est une exposition qui a fait rapidement monter la harissa au nez des Égyptiens. Intitulée « Kemet » – un ancien mot signifiant la terre noire – elle s’est concentrée sur l’influence offerte par l’Égypte ancienne dans la musique de jazz, de funk, de soul, de la pop, de reggae ou encore du rap, faisant défiler diverses célébrités dans des tenues ressemblant à des reines égyptiennes antiques. Parmi lesquelles se trouvait la chanteuse Beyoncé, surnommée « Queen B » par ses groupies, représentée en reine Néfertiti. Reste que les Égyptiens appelaient leur terre « noire » à cause du limon noir que les crues du Nil déposaient sur ses rives, à l’origine de la richesse du pays, ce qui n’a rien à voir avec la peau noire…


Accusant le musée de soutenir une « théorie afrocentriste » qui prétend que les Africains à la peau foncée étaient les véritables dirigeants de l’Égypte antique, le secrétaire général du Conseil suprême d’archéologie égyptienne, Mostafa Waziri a pointé du doigt une volonté manifeste de falsifier l’Histoire de la part des organisateurs hollandais. 

Dans la foulée, Le Caire a décidé de retirer aux archéologues de ce musée le droit de faire des fouilles sur le site où ils travaillaient jusqu‘ici. « Les autorités égyptiennes ont parfaitement le droit de mettre fin à un permis de fouilles ; après tout, c’est leur terre et leur patrimoine. Le musée considère cependant que l’argument sous-jacent à cette décision est incorrect » a regretté le directeur du musée. Wim Weijland a également déclaré que la justification avancée par les Égyptiens était « sans fondement », qu’il « ne présenterait aucune excuse et qu’il ne modifierait pas l’exposition »

Peu de temps avant, la sortie d’un docu-fiction produit par Netflix, consacré à Cléopâtre VII, dernière souveraine lagide au destin romanesque et mythifiée de son vivant, avait déjà contraint l’Égypte à sortir de sa réserve. Le ministre égyptien des Antiquités était intervenu et avait rappelé que la pharaonne avait la « peau blanche et des traits hellénistiques ». Bien loin des remarques du conservateur de l’exposition, l’égyptologue Daniel Soliman a dénoncé les réactions épidermiques des autorités égyptiennes et affirmé qu’elles n’étaient dues qu’à l’émergence « d’un nationalisme croissant en Égypte et d’un sentiment anti-noirs ».


[1] https://www.causeur.fr/qui-aura-la-peau-de-cleopatre-netflix-261312

JO 2024: une génération en or

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Anne Hidalgo, 2017

Jamais les équipes de France n’ont abordé une compétition avec un tel capital confiance. Une condition physique affutée in situ, pour viser la plus haute marche du podium. Génération dorée, bénie, elle arrive à maturité pour écraser la concurrence. Faisons le tour des médailles d’or qui nous sont promises. Ici c’est Paris!


Tir de mortier. Quel pays peut prétendre lutter contre nos tireurs d’élite ? Tirs rendus, tirs en feuille morte, en diurne ou nocturne, dans les conditions des Jeux. Mattéo et Kevin, un 14 juillet à eux seuls, apparaissent intouchables. Le Gégé de Beauvau, compte profiter de la popularité de ses deux trouvailles pour 2027. Et qui on est!

Lancer de pavé. Sacré Macron! Sentant que ses lanceurs se reposaient sur leurs lauriers, leurs acquis période gilets jaunes, il a tenu bon sur les retraites pour remotiver le groupe. Galvanisés par l’enjeu, nos jeunes talents ont soulevé plus de pavés que Larcher d’entrecôtes au poivre, pour apparaitre aujourd’hui intouchables.

Jet de tomates. “C’est en sciant que Leonard devint scie”, c’est à force de tomatiser au Louvre que nos athlètes se sont fait la Joconde en sauce, du premier jet, un jet unique au monde, pas près d’être égalé. Bon, ils sont précis mais un peu mûrs. Au lieu de regagner leur hôtel, avant de s’attaquer à Van Gogh en demi, ces couillons se sont collés l’oreille à la cible. Le temps de les décoller, un temps précieux est pris sur le temps de récupération, mais leur coach, Sandrine Picarousso, a trouvé le remède. Confiance : en remèdes et en pot de colle elle en connait un rayon, ça devrait le faire.

A lire aussi: La France éclatée façon puzzle

Course de rats. La caravane passe, les rats d’Hidalgo restent. On peut contester les grands travaux de la DTN, mais les résultats sont là. Elle les engraisse l’hiver, les affame l’été, pour qu’ils mordent aux mollets et dévorent le bitume le jour J. Le chantier espagnol, la rigueur allemande. Combien d’ascensions de la colline du crack ses rats ont-ils dans les mollets ? Imbattable.

Douchka Markovic, entraîneuse de surmulots © CHAUVEAU/SIPA

Le 25 km marche blanche. Pour une fois, les Français vont faire honneur aux pionniers de la discipline, ceux sans qui, rien n’aurait été possible. Pierre de Coubertin, Eddy Barclay et Francis Blanche. Savez-vous que la distance des 25, a été calculée sur les kilomètres cumulés par les deux derniers au cours de leur vie active ? Pour aller du comptoir à la table pour l’un, de la chaise au canapé pour l’autre. Nos athlètes, eux, se sont faits 2500 km en blanc, sur les deux dernières années, deux années exceptionnelles. Du lourd, féminicides, viols, de barbaries en sordide, tout ce qu’il faut pour cette discipline, devenue reine en France. Avec dorénavant un Mélenchon la bave aux lèvres dans le dos, les licenciés devraient avaler les 25 km plus vite que Larcher un lièvre à la royale.

Une organisation infaillible. Poumon de l’organisation, la RATP. Aux commandes de la RATP, le Schpountz. Qui? Le Schpountz, Jean Castex! Un professionnel. Pour organiser le bougre a le savoir-faire, une machine de guerre. Quand il ne passe pas son temps à chercher les lunettes qu’il a sur le nez. S’il ne reste pas suspendu dans le vide à l’un de ses volets, s’étant publiquement résolu à tous les repeindre. Avec le temps on a oublié à quel point cet homme détenait des secrets de la plus haute importance. Des secrets défense, de rire. Quel pays, des champions à tous les étages. Putain un an…

« La course camarguaise mêle archaïsme et raffinement »

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Joachim Cadenas et le taureau Ursule de la manade Cuillé, dans les arènes du Grau-du-Roi, mars 2023. Photographie de Jean-Paul Chambon. © Jean-Paul Chambon.

Si dans la course camarguaise, la star est le taureau Camargue, l’autre protagoniste est l’homme qui l’affronte : le raseteur. Et chaque génération a son raseteur emblématique. Pour la nôtre, c’est Joachim Cadenas. Rencontre avec l’actuel prince du raset.


Causeur. En quelques mots, décrivez-nous la course camarguaise ?

Joachim Cadenas. Pour certains c’est un sport, mais ce n’est pas ma philosophie et ce n’est pas ainsi que je la pratique. Je la définirai comme un art. Premièrement, pour moi, c’est le contact avec le sacré, avec le Mythe qu’est le taureau. Lors d’une course, le raseteur va devoir s’approcher au plus près de ce dieu. On provoque sa charge puis, à l’aide d’un crochet dans la main, on doit lui décrocher les attributs dont on l’a décoré : la cocarde sur son front, les deux pompons blancs à la base de chaque corne et la ficelle enroulée autour de sa corne. Cette action, c’est ce qu’on appelle un raset. Chaque attribut décroché par le raseteur lui vaudra une prime financière.

Numéro 91 de Causeur.

Au-delà de l’exploit physique et sportif, l’attrait du raset, c’est l’émotion que provoque la fusion du taureau et de l’homme au moment de la charge de la bête. C’est la beauté des gestes dans la manière de cueillir l’attribut, dans la manière de déclencher la charge du taureau et dans la manière de s’en dégager. Les gestes, le style, j’y pense beaucoup. C’est ce qui m’obsède. Il y a quelque chose qui mêle l’archaïsme et le raffinement. Affronter un taureau comme on le fait, c’est à la fois primitif et sophistiqué. Ce qui en fait un art, c’est aussi la quête de la perfection tout en la sachant impossible à atteindre totalement. Mais, moi en tout cas, je tente de l’approcher, le plus près possible.

Quel est cet idéal que vous cherchez à approcher ?

L’Idéal… c’est le raset de mes rêves. La forme parfaite, le taureau parfait, la beauté du geste, le temps parfait, tout cela réuni, l’impossible quoi. C’est aussi trouver, le plus souvent possible, le terrain capable de faire naître l’émotion. Je parle du terrain du taureau sur lequel aller. C’est quelque chose d’inexplicable. Il faut trouver l’endroit parfait ou se mettre, pour que notre rapport à l’animal crée l’émotion, pour que la fusion soit totale. C’est le terrain de la vérité. C’est difficile à expliquer, pour sentir cela il faut vraiment venir dans les arènes.

A lire aussi : Au pays des taureaux Camargue

Quelle a été votre enfance ? Comment le taureau est-il entré dans votre vie ?

Je suis né en Camargue, à Mas Thibert. Au milieu des taureaux donc. Mon père, espagnol, travaillait comme soudeur à l’usine. Ma mère, d’origine algérienne, était femme au foyer. Enfant, comme beaucoup de copains, je jouais aux taureaux (imaginaires ! pas avec des vrais). Mes parents m’emmenaient à la corrida et à la course camarguaise. C’était le rendez-vous. Ils n’étaient pas aficionados purs et durs, mais c’était le grand divertissement. Mes parents étaient très à cheval sur l’éducation. Ils voulaient que je fasse des études, que j’aie un bon métier, comme architecte. Ils avaient souffert et ne voulaient pas que ce soit mon cas. Par conséquent, ils ne voulaient pas que j’entre dans la tauromachie. Aucun parent, ou presque, ne souhaite cela à ses enfants. C’est bien normal.

Côté études, je suis allé jusqu’en première littéraire. Mais la passion du taureau montait en moi. Elle prenait toutes mes pensées. J’avais de très bonnes notes en cours, mais ça ne m’intéressait pas. Les livres qui m’intéressaient, c’était les livres de taureaux. Je n’aimais pas lire pourtant. Ce sont les taureaux qui m’ont fait lire. Mon premier livre, c’était celui de Dominique Lapierre, Ou tu porteras mon deuil…, sur l’histoire du matador El Cordobés. Un classique ! Ensuite le livre d’Alain Montcouquiol, Recouvre-le de lumière, sur la tragique histoire de son frère Nimeño II, dont la vie fut brisée par un taureau dans les arènes d’Arles. Et tout s’est enchaîné. Ce sont les taureaux qui m’ont élevé, qui m’ont ouvert l’esprit. Pour tout apprendre d’eux, je me suis mis à fréquenter des gens beaucoup plus âgés que moi. Des anciens. Je voulais tout savoir du taureau et de la culture qui l’entoure. Je voulais en savoir la grande histoire et les petites anecdotes.

Joachim Cadenas et le taureau Milan de la manade du Brestalou, mars 2023. Photographie de Cathy Cohen-Solal.

Comment s’est fait le choix de la course camarguaise plutôt que celui de la corrida ?

Au début, j’aimais les deux. Enfant puis adolescent, à Arles, je fréquentais les jeunes toreros du moment. Il y avait Marco Leal, Mehdi Savalli, Román Pérez, Rafael Viotti. Je les suivais. Ils me faisaient toréer et raseter. Mais, pour en revenir à votre question, moi, je n’avais pas envie de tuer le taureau. Pour moi, c’était inconcevable, je l’aimais trop. C’est pour cela que j’ai fait le choix de la course camarguaise et que je suis devenu raseteur. Mais quelques années plus tard, avec plus de maturité, et après de longues réflexions, mon avis a évolué. Je concevais d’aimer le taureau et de le tuer.

Il y a quelques années, j’ai toréé et tué un taureau espagnol. Ce jour-là, l’appréhension était intense. Je m’étais entraîné. Mon sentiment était étrange. Lors d’une histoire d’amour avec une femme, il y a toujours la crainte que ça se termine mal. Avec le taureau – ça peut paraître étrange –, j’avais l’impression de commencer une histoire d’amour, j’apprenais à le connaître au fur et à mesure que je le toréais, et j’avais la certitude que cette d’histoire d’amour se finirait bien. Alors que cette fin, c’était la mort, inévitablement. La mort n’était pas une fin négative, mais positive, et presque rassurante. Comme si on scellait quelque chose de beau.

La course camarguaise est-elle un facteur d’intégration sociale ?

C’est certain. Déjà, les origines des raseteurs ont souvent correspondu aux vagues d’immigration. Il y a eu les Italiens, les Espagnols, les Portugais et aujourd’hui les Maghrébins. Dans ma jeunesse, la grande figure des raseteurs, c’était Sabri Allouani. Les raseteurs sont rarement des fils à papa. Le taureau, c’est une porte ouverte vers la société. Face à lui, on prouve notre courage, on peut émouvoir les gens, les faire vibrer, et gagner sa vie. On gagne aussi le respect et on s’intègre à la vie sociale. Quel que soit notre origine ou notre milieu. Et puis, lorsqu’on veut devenir raseteur, on entre dans une éducation à l’ancienne. On est en contact avec des personnes plus âgées, on les respecte, on les écoute. Il y a une hiérarchie. On est obligé d’obéir à des règles. Et ce ne sont pas des règles écrites qu’on suit bêtement. Non ! Ce sont les règles et les codes d’une tradition. On s’intègre à une histoire. Aujourd’hui, tous les jeunes raseteurs issus de l’immigration sont avant tout des raseteurs, des Camarguais, des gens du peuple du taureau, des héritiers du marquis de Baroncelli et de l’histoire d’une partie géographique de la France : la Camargue. Et tous ces jeunes raseteurs sont suivis par leurs copains. Les arènes sont pleines de jeunes. Toute la diversité de notre pays est réunie dans les arènes. La figure du raseteur est très populaire ici.

À lire aussi : Manouchian au Panthéon: justice pour ce héros de la Résistance!

Les raseteurs sont-ils professionnels ? Vivent-ils de la course ?

Certains le sont, d’autres travaillent à côté. Mais à un certain niveau, il est tout à fait possible de bien gagner sa vie avec.

En ce qui concerne la douleur et les blessures, sont-elles aussi présentes que chez les matadors ?

Oui. Le taureau Camargue est un animal redoutable, dangereux. Dans les blessures, j’ai eu de tout : genou cassé, coups de corne à côté du cœur, dans la cuisse, etc. Au début de ma carrière, je rêvais de prendre un coup de corne. J’avais très envie de voir ce que ça faisait. J’étais impatient. Chez nous, on dit que le premier coup de corne nous fait partir le mauvais sang, et qu’il ne nous reste ensuite que le bon. Ce premier coup, je l’ai reçu en 2013, j’avais 16 ans. C’était un coup de corne dans le bras sur plusieurs centimètres. Sur le moment, j’étais content. Mais derrière, ce qui m’importait le plus, quand même, c’était de savoir dans combien de temps j’allais pouvoir raseter de nouveau.

Dans quel état êtes-vous avant une course ?

Dans ces moments, l’appréhension et la peur sont présentes. Car je sais que je risque ma vie. Car je sais que l’animal que je vais affronter va vouloir ma mort. La veille, dans mon lit, je ne pense qu’à une chose : le taureau de demain. La nuit qui précède la course, je ne fais que de penser à ce taureau-là. À me demander comment il va réagir, comment il va charger. D’autant plus que, parfois, c’est un taureau que j’ai déjà affronté précédemment. Un taureau que je connais.

Et puis, il y a certains élevages qu’on craint plus que d’autres. Toute la nuit, l’imagination travaille. Tout cela fait monter la peur. Mais cette pression-là est nécessaire, il faut savoir la dompter et en faire en faire quelque chose de positif. Dans notre art, on dompte les éléments hostiles, la peur comme le taureau, pour en faire quelque chose de beau.

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« La course camarguaise, c’est une messe! »

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Course camaraguaise, le Grau du roi (30), mars 2023 © Photo: Cathy Cohen-Solal

Pour le peintre Lilian Euzéby, cette course est un hommage aux « dieux sombres » que sont ces taureaux indomptables. Il puise son inspiration dans ce rite mêlant couleurs et émotions.



Causeur. Votre travail laisse une place importante à la figure du taureau. Qu’est ce qui, chez cet animal et dans le monde de la bouvine, inspire tant le peintre que vous êtes ?

Lilian Euzéby. Ce qui m’intéresse, c’est le sacré. La course camarguaise est liée aux fêtes votives des villages, encore aujourd’hui. Il y a quelque chose de religieux. Les grands-parents y amènent les petits-enfants. C’est une affaire de transmission. Les courses camarguaises se sont ensuite retrouvées dans les grandes arènes, mais sont toujours restées populaires. C’est la fête du peuple. Et puis, il y a le mystère. La plupart des courses camarguaises n’avaient pas lieu dans la Camargue, mais autour, dans des endroits ou ne vivaient pas les taureaux.

Lorsque j’étais enfant, dans mon village de Russan, à une heure et demie de la Camargue, nous attendions l’arrivée de ces animaux étranges avec émotion et impatience. Toute l’année nous attendions. C’était le seul moment où nous allions les voir, les admirer et les craindre. On nous apportait dans nos villages un petit morceau du mystère de cette Camargue sauvage qui résidait dans ces monstres mythologiques – peut-être échappés de Crète – au pelage sombre. Et puis la course camarguaise, c’est un rite, toujours le même. Les mêmes couleurs, les mêmes bruits, les mêmes odeurs. Le sable beige illuminé par le soleil, les ombrages des feuilles des platanes alentour qui se posent dessus. Barrière rouge. Taureau noir. Ce taureau qui, bien que différent à chaque fois, est au fond toujours le même. Le Taureau, sacré. Le taureau qui sort éternellement du toril et vient poser sa tache noire sur le sable beige sous un soleil de plomb. Lorsque je vois les raseteurs arriver sur la place, se changer, se vêtir de blanc pour aller officier, une émotion intense me submerge. C’est comme des prêtres. Et ces hommes sont des enfants du peuple ! Dans ma jeunesse c’était des maçons, des éboueurs… certains étaient de vraies idoles.

Pour aller voir des corridas espagnoles, où l’on tue le toro, il fallait aller dans les grandes villes comme Nîmes ou Arles. La course camarguaise, elle, se faisait dans les plus petits villages. C’est aussi cela qui en faisait une fête populaire dans les campagnes. Mais je le répète, il y avait avant tout le mystère de ces animaux indomptables sortis du fond des âges. Et puis l’événement furtif et miraculeux où l’homme touche le taureau, lié à l’événement de la fête. C’est le jour où l’on rompt le quotidien. Aujourd’hui encore, c’est cela que je dessine. Des dieux sombres. Des statues de dieux. Des mystères. Lorsqu’on lâche les taureaux dans les villages pour les abrivades, aujourd’hui encore, les gamins se battent pour courir à côté du taureau, pour le toucher et avoir un peu de son odeur dans la paume de la main. C’est charnel. Nous sommes attirés par lui. Et pour sacrer tout cela, la course camarguaise est la messe. Le taureau est le Dieu, le raseteur le prêtre. Voilà ce qui, dans cette course, me bouleverse et m’inspire. Le sacré avec le regard de l’enfant, éternellement.

Félicien Marceau, Capri petite île

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felicien marceau francis bergeron
L'écrivain et académicien Félicien Marceau (1913-2012) photographié en 1993 © ANDERSEN ULF/SIPA

En 1951, l’écrivain décrivait le farniente d’une société cosmopolite européenne, dans un roman où les paysages magnifiques de l’île italienne sont le principal personnage…


Né en 1913 en Belgique, ayant traversé la guerre avec peine, Félicien Marceau fut un auteur à la réputation brouillée, mais qui n’eut jamais qu’un souci principal : exprimer la vérité de la société, pour en jouir pleinement. Après une « échappée belle » de plus d’une décennie en Italie et en France, cet écrivain subtil et discret se voit offrir par le général de Gaulle, en 1959, la nationalité française. Sa nouvelle vie d’homme de lettres peut alors se poursuivre avec des œuvres variées (romans, théâtre, essais), qu’il colore souvent d’une délicieuse nonchalance.

L’esprit français

Les difficultés rencontrées par Marceau dans son existence n’affectèrent pas son goût pour une légèreté bien française. Ses romans portent souvent des titres dignes de ce XVIIIe siècle qu’il affectionnait tant (il a écrit deux essais sur Casanova). Capri petite île résume à lui seul cette vision épicurienne du monde, avec des personnages oisifs qui tentent de donner un sens à leur existence par la seule contemplation d’une nature sublime. Nous allons voir que telle fut l’obsession secrète de l’écrivain, dans ce cadre de l’île de Capri, microcosme privilégié d’un désœuvrement essentiel, mais périlleux.

Ancienne affiche publicitaire pour le tourisme Image: Wilimedia commons

J’ai lu ce roman la première fois à l’âge de quatorze ans. Je l’avais trouvé par hasard dans la bibliothèque de mes parents. Tout de suite, il m’avait attiré. C’était un livre pour moi, comme si j’étais le seul à même d’en comprendre le sens caché. Un désir d’Italie de ma part, peut-être, en tout cas une aspiration au repos et, certainement, à la paresse. Nous étions le dimanche soir, et le lendemain il y avait école. Je n’avais pas appris ma leçon de géographie. J’avais bien ouvert le manuel, mais impossible de fixer mon attention sur ces paragraphes oiseux et très mal écrits. Eh bien, tant pis, j’aurais encore une mauvaise note. C’est alors que je pris le volume de Capri petite île, et que je me mis à le lire passionnément comme une délivrance. Ce jour-là, j’effectuais très certainement, grâce à cette lecture de Marceau, ce qu’on pourrait appeler une expérience intime de désœuvrement. Elle est restée gravée en moi.

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Douce oisiveté

Capri petite île fut écrit par Félicien Marceau en 1951. Son action se situe juste dans l’après-guerre. Le personnage d’Andrassy est un jeune Hongrois, qui a quitté son pays pour tenter sa chance dans un pays libre. Il a survécu dans un camp de transit en Italie, et a la chance d’être choisi par un riche oisif de Capri, Forstetner, pour devenir son secrétaire. L’occasion est belle, pour Andrassy, en attendant que lui soit délivré son permis de séjour, de pénétrer dans les milieux cosmopolites et huppés de l’île. Au début, il est plein de fougue et d’ambition, il tombe même amoureux d’une jeune fille du cru, avec qui il veut refaire sa vie. Mais, peu à peu, sous l’influence de ses nouveaux amis, et de son patron lui-même, prenant goût à cette ambiance empoisonnée de farniente continu, de « douce oisiveté », il renoncera à ses ambitions. Capri l’aura vaincu.

Félicien Marceau distille ce désœuvrement dans les paysages de Capri, à travers d’abord cette chaleur lourde qui s’abat sur les habitants et leur donne envie de ne plus rien faire. Décrivant l’église près de la place, par exemple, il note : « Quelques marches y conduisent où généralement sont assis quelques indigènes, à prendre le soleil, à godersela, à se la couler douce. » Marceau consacre de belles pages aux bains de mer, dans l’eau transparente de Capri. La mer est l’élément originel : « Cette eau, dit Mafalda, une amie d’Andrassy. Quel miracle ! » Ils passent tous, après le bain, de longues heures à brûler au soleil, leur seul et unique dieu. Marceau nous commente joliment cette bulle d’éternité dans leur vie : « Posé à la limite du temps et de l’espace, de l’être et du néant, un moment lentement se dissolvait dans l’azur – et avec lui tous ces corps étendus, abandonnés, voguant à la dérive, si près de sombrer. »

Une société décadente

Sur le point de « sombrer » ? La sexualité des protagonistes, par exemple, est étrange. L’hétérosexualité se décompose et mène à l’abstinence (abstention parfaite), alors que l’homosexualité (la « pédérastie » dit le texte), toujours latente, servira de faux-semblant. Cette dernière se présente comme un symptôme de décadence, et non quelque chose de naturel. Le vieux Forstetner aimerait, de la sorte, faire accroire qu’il a une relation particulière avec son secrétaire. Andrassy accepte cet arrangement. Une phrase de conclusion, vers la fin, m’avait frappé par son fatalisme, lors de ma première lecture à quatorze ans, je m’en souviens très bien : « Forstetner est là aussi, régulièrement. De temps en temps, de préférence lorsque quelqu’un le regarde, il se penche vers Andressy, lui pose la main sur le bras. Docilement, Andressy sourit. » Cette fin m’avait paru désolante.

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Dans Capri petite île, l’image de l’âne surgit deux fois, comme le symbole néfaste de la fainéantise. « Un âne ? écrit Félicien Marceau. Il y a quelque chose au-delà des ânes. Un âne ? Ce mot ouvert… » Le romancier n’ajoutera pas d’autres explications, laissant au lecteur le soin d’apprécier seul les grandeurs et, parfois, les faillites de l’abstention ou de l’inertie.

Capri petite île

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Quand l’extrême gauche française tombe d’accord avec Erdogan

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La Secrétaire nationale d'Europe Ecologie les Verts Marine Tondelier, photgraphiée à Douai (59) le 24 juin 2023 © FRANCOIS GREUEZ/SIPA

La haine de la France, à la source des émeutes, fait bien le lien entre violence et immigration, n’en déplaise à la gauche. La posture politicienne scandaleuse adoptée par Jean-Luc Mélenchon ne doit pas occulter les propos tout aussi problématiques tenus ailleurs par d’autres membres de la Nupes. Quant au gouvernement, il donne l’impression de vouloir gagner du temps face à ce séparatisme qui s’aggrave, observe notre chroniqueuse.


« La fin justifie les moyens » selon Alma Dufour, députée insoumise de Seine-Maritime, venant au secours des pillards qui ont mis le feu à la France. « Et si le pillage avait à voir avec la pauvreté ? Les marques avec le sentiment de relégation » gémit Sandrine Rousseau, ressortant des placards la vieille culture de l’excuse. « Sans justice, il n’y aura pas de paix, ce n’est pas une menace, ce sont des faits » explique doctement Marine Tondelier. Quant à Jean-Luc Mélenchon, il dénonce : « les chiens de garde nous ordonnent d’appeler au calme. Nous appelons à la Justice ». Le problème, c’est que ces belles déclarations ne témoignent pas de l’émotion ressentie face à la mort d’un jeune délinquant de 17 ans, mais sont tenues alors que la France est mise à sac par des jeunes émeutiers qui utilisent un fait divers pour laisser libre cours à leur haine de la France et à leur sauvagerie.

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Et c’est bien ce qui fascine Jean-Luc Mélenchon et les insoumis. Tout à leur rêve de révolution, ils jettent de l’huile sur le feu car la seule chose qui les intéresse est la mise en cause systématique de la police et la déstabilisation du pouvoir. Il faut donc entendre l’appel à la justice du chef de file des insoumis comme un permis de ravager le pays au nom d’une oppression subie.

Les émeutes : une réponse au racisme systémique selon la gauche

En effet, selon la gauche, les émeutes sont une réponse au racisme de la police et à la persécution des musulmans dans le pays. Exactement le narratif des Frères musulmans comme le président turc, Erdogan, qui  accuse la France « d’une oppression constante exercée sur des populations majoritairement musulmanes ». Le président algérien n’est pas en reste ; il demande à la France d’assurer la protection de ses ressortissants… Le pompon est décroché par les Iraniens, qui, entre deux pendaisons, trouvent le temps de demander au gouvernement français de « mettre fin au traitement violent de sa population » ! Il faut rappeler que ces pays travaillent activement à des politiques de déstabilisation des pays européens et de la France au premier lieu. Erdogan, parce qu’en tant que frère musulman, il obéit à l’agenda de la confrérie tout en poursuivant son rêve d’empire. Quant à l’Algérie, elle n’arrive pas à exister sans se confronter à son ancien colonisateur, car c’est la France qui a fait d’une sorte de colonie ottomane composée d’un agrégat de tribus rivales, un État cohérent. Ces pays ont une influence forte sur leurs ressortissants et les travaillent au cœur pour empêcher toute intégration. L’acceptation de la culture et des mœurs françaises étant incompatible avec le normatif islamique, ils utilisent le discours d’une fausse persécution pour ancrer leurs ressortissants dans le refus de l’assimilation. Ce faisant, ils les condamnent à être de nulle part, un moyen habile d’en faire les futurs chair à canon de la déstabilisation politique qui vient. Au-delà de l’agacement que peut susciter leur ingérence dans les affaires de la France, ils ont une vraie influence sur le comportement de leur communauté et ils sèment les graines de la violence que nous subissons.

La députée Mathilde Panot, marche pour Nahel, Nanterre, 29 juin 2023 © JEANNE ACCORSINI/SIPA

Des Français choqués par la haine de la France exprimée par les émeutiers

Les Français, eux, sont surtout inquiets de voir la France ravagée par des bandes de pilleurs, pratiquant razzia et politique de la terre brûlée. Ils voient avec stupéfaction cette violence être cautionnée par une partie de la gauche. Et surtout, ils sont confrontés une fois de plus au déni de leurs dirigeants qui refusent de faire le lien entre politique d’immigration et émeutes. Or quelque chose a cédé. Non seulement aujourd’hui il n’y a plus de frontières symboliques et les hordes de pillards déferlent dans les centres-villes, mais tout le territoire est touché : plus personne ne se sent à l’abri. Les Français sentent bien qu’émeutes et pillages se renouvelleront au moindre incident et que force n’est pas restée à la loi. Ils anticipent le fait que bien peu d’émeutiers paieront pour leurs actes et que les familles qui exhibent sur internet le produit de leurs pillages ne seront pas sanctionnées.

Nanterre, 29 juin 2023 © Michel Euler/AP/SIPA

De l’assignation à l’émotion collective… à la manifestation du refus de celle-ci (l’exemple de la cagnotte)

Ils ont vu la haine de ces émeutiers contre ce qu’ils sont, leur absence de limites et l’impossibilité d’intervention. Ils ont bien compris que les politiques étaient terrorisés à l’idée qu’un émeutier meurt, tant ils appréhendent la violence des banlieues. Car il y a quelque chose d’effrayant dans le soulèvement communautariste auquel nous avons assisté, c’est qu’il dit clairement qu’aujourd’hui, selon la prédiction de Gérard Collomb, ancien ministre de l’Intérieur, nous sommes passés de « côte à côte » à « face à face ». Et l’affaire des cagnottes l’illustre. La cagnotte pour la famille du policier auteur du coup de feu a dépassé toutes les espérances. Elle a agi comme un référendum et les Français ont manifesté leur soutien aux policiers, une façon en creux d’indiquer leur rejet des émeutes, leur sentiment que celles-ci étaient illégitimes mais aussi leur refus de faire du jeune délinquant tué, un George Floyd français. En participant massivement à la cagnotte ils ont indiqué qu’ils refusaient de s’associer à une émotion collective qu’ils ne ressentaient pas mais qui était impossible à contester sauf à passer pour un monstre.

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D’abord parce que lorsqu’on voit la vidéo, on peut comprendre le tir. Les deux policiers sont plaqués contre un mur, le conducteur a commis plusieurs infractions et a un comportement dangereux, si on se projette dans la situation on ressent le danger. On n’a pas le sentiment d’être face à un crime raciste ou une bavure manifeste, mais face à une tragédie qui aurait pu être évitée, dans laquelle chacun des protagonistes porte une part de responsabilité. Un jeune homme de 17 ans est mort et c’est toujours regrettable, mais, pour éviter d’autres décès, ne vaudrait-il pas mieux indiquer qu’en refusant d’obtempérer et en conduisant comme un chauffard on prend des risques certains, plutôt que de faire passer un petit délinquant pour un martyr du racisme systémique ?

La dimension communautaire des émeutes

On peut aussi s’interroger sur ces explosions de violence transformées en appel à la justice alors que face à de vraies injustices, jamais les banlieues ne se révoltent : Mohammed Merah a tué des enfants innocents, à bout portant, dans une école. Et pourtant rien ne s’est passé ! Le meurtre de Samuel Paty n’a pas déclenché de tels émois. On peut brûler une jeune fille enceinte dans un terrain vague et invoquer une forme de crime d’honneur, cela ne dérange pas grand monde non plus. Non : pour qu’une certaine France s’embrase, il faut que le mort soit musulman et mâle si possible et le coupable présumé, un policier. On est dans de la vengeance communautaire et non dans la réclamation de la justice. Car les émeutiers n’avaient rien à réclamer : le policier a été arrêté et inculpé et le président l’avait même déjà condamné au mépris de toute justice justement en espérant qu’une forfaiture empêcherait l’émeute… Il aura perdu ainsi son honneur et aura vu la France ravagée quand même.

Le refus de regarder en face la signification de cet épisode

De ce triste épisode, il semble qu’aucune leçon ne sera tirée. Le refus de faire le lien entre immigration et violence communautariste, le refus même de qualifier la dimension communautaire de ces émeutes est en soi révélatrice. Or le problème est important. Si seuls 10% des émeutiers sont étrangers, selon Gérald Darmanin, la majeure partie est française. Mais celle-ci est issue de cette immigration africaine et maghrébine dont une partie, hélas pas si minoritaire, n’a pas été intégrée et ne partage ni nos mœurs, ni nos principes ni notre culture. Leur tradition n’est pas la maîtrise et le refus de la violence mais au contraire le culte de la virilité et de la force. Refuser les valeurs de la France est devenue un mode d’affirmation de soi chez certains et cette affirmation passe par la revendication ethnico-religieuse. Or notre façon d’être une nation, de faire nation exige un dépassement des origines pour se fondre dans une histoire, des valeurs et un projet commun. C’est exactement ce que refuse une partie de la population dûment munie de papiers français. Elle théorise le refus de la France au nom de la fidélité aux origines et à l’appartenance à l’oumma. Un refus qui va jusqu’à la haine. Face à ce constat, nos politiques paraissent vouloir gagner du temps.

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Sauf que ces faits sont à la fois sus et tus depuis 30 ans, que la situation ne cesse de se dégrader et qu’aucune mesure forte n’est prise. Or il y a des pistes de clarification. Cela passe par la suspension du droit du sol, le refus de la double nationalité et donc l’obligation de choisir à quel monde on souhaite appartenir (celui où les hommes sont considérés comme égaux ou celui où certains sont infériorisés parce que femmes, trop noirs, ou non musulmans comme dans les pays où règne l’islam), des sanctions fortes contre délinquants et émeutiers qui les privent de la solidarité nationale, le refus automatique de renouvellement de carte de séjour ou d’accès à la nationalité en cas de participation à des émeutes, la perte de son logement HLM… Toutes ces pistes devraient pouvoir être discutées.

Car le pire dans cette histoire est qu’il y a, dans les cités, des gens qui souhaitent s’intégrer et d’autres, parfaitement assimilés, qui vont pâtir de l’image désastreuse que donnent d’eux les émeutiers.

Le refus du gouvernement de faire une loi immigration courageuse et répondant aux enjeux actuels montre une fois de plus que les voyous ont gagné : au terme de ce déchainement de violence nos dirigeants refusent toujours de regarder la situation en face. Rendez-vous aux prochaines émeutes.

Mort de Nahel: R. Diallo et J. Branco imposent leur vision racialiste de la société française à l’étranger

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D.R.

Ces dix derniers jours, les médias européens et américains avaient tous leurs caméras braquées sur Nanterre et les banlieues françaises. Malheureusement, deux commentateurs phares se sont distingués, Rokhaya Diallo et Juan Branco, qui ont imposé leur interprétation woke des émeutes au monde entier.


La mort de Nahel, et les émeutes (depuis, enfin apaisées), ont provoqué d’innombrables réactions sur les grandes chaînes d’infos en continu du monde entier : CNN, Channel 4, Sky News, ou encore la BBC. D’abord factuelles au lendemain du déclenchement des émeutes, ces médias sont rapidement tombés dans l’interprétation racialiste de l’évènement, interprétation devenue si courante depuis la mort de George Floyd aux États-Unis. Racisme « institutionnel et systémique », racisme de la police… ces arguments bien connus sont ressassés par nos confrères avec une facilité déconcertante. En même temps, les figures de la France insoumise, en premier lieu Jean-Luc Mélenchon, défendant ou justifiant les agissements des émeutiers, étaient mis en minorité par l’ensemble de la classe politique nationale. Pourquoi donc un tel évènement s’est-il produit ? Pourquoi une grande partie de l’opinion publique anglo-saxonne n’a-t-elle pas pu être informée autrement ? Ce n’est pas parce que les médias britanniques et américains ont nécessairement recherché les comparaisons avec l’affaire Floyd. Non, la seule raison est que les journalistes français ne parlent pas bien anglais et sont souvent peu connus à l’étranger ! La conséquence, nous la voyons déjà : les seuls militants ou journalistes ayant un réseau suffisant pour être invités sur les chaînes internationales furent Rokhaya Diallo et Juan Branco.

« Racisme systémique »

Invitée de CNN, le 2 juillet, Rokhaya Diallo a ressorti ses marottes habituelles pour expliquer les émeutes, « résultat d’un processus lié au racisme systémique. La police vise essentiellement de jeunes hommes de couleur. Les manifestations révèlent un sentiment de désespoir et de colère. De nombreuses personnes ont crû qu’elles pourraient être Nahel, ce qui explique pourquoi elles étaient si mécontentes. » Argument bien facile, qui justifie tout :  les actes de pillage qui pour beaucoup ne seront pas sanctionnés, les tirs de mortier quand ce n’est pas à balles réelles sur la police ou encore l’incendie de bus et des trams. Et, bien sûr, si ces émeutes surgissent, à en croire Mme Diallo, c’est parce que les jeunes de banlieue « sont considérés comme des citoyens de seconde zone, ce qui explique que la police peut encore parler d’eux comme s’ils étaient toujours colonisés, comme s’ils étaient des animaux. » Une dialectique absurde reprise même – quoique plus modérément – par le quotidien conservateur britannique du Daily Telegraph. Cela sans rappeler bien sûr les dizaines de milliards d’euros déversés dans les banlieues depuis les années 1980 par le contribuable, pour construire écoles, bibliothèques, hôpitaux… S’il y a bien des problèmes dans les banlieues, ils sont d’abord sociaux et éducatifs et ces problèmes-là ne se règlent pas uniquement à coup de milliards.

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« La France : pays de ségrégation »

Juan Branco n’a pas mâché ses mots lui non plus en parlant des émeutes. Invité par la chaîne britannique, Channel 4, il a justifié les actes des émeutiers, qui, par leurs actions, manifestaient leur rejet de la « ségrégation » qu’ils subissaient de la part des populations « conservatrices et privilégiées du centre de Paris » et des autres villes françaises. Pour rappel, les grandes villes françaises (Bordeaux, Lyon, Marseille, Rennes) sont toutes tenues par la gauche, qui, historiquement, lorsqu’elle est aux responsabilités, est pourtant de loin la plus généreuse dans l’attribution de subventions aux banlieues défavorisées. Or, ce sont dans ces villes-là que les violences furent les plus importantes. Interrogé ensuite sur l’ampleur de l’émotion au sein de la population française face à la mort de Nahel, l’avocat / essayiste / activiste a regretté que cela n’affecte « qu’une partie de la population » et s’est inquiété qu’une « importante partie de la population française ait été élevée et nourrie par un discours raciste et discriminatoire qui considère que ce crime était justifié ». Encore faudrait-il qu’il donne des exemples : moi, je ne m’y reconnais pas – et lui non-plus sans doute. Si la gauche woke raffole bien d’une chose, ce sont des généralisations abusives et de la remise en cause des structures. Ces accusations sottes sont en outre très faciles à ânonner sur une chaîne britannique, où les questions liées au racisme sont encore beaucoup plus sensibles qu’ici. Il est certain en tout cas qu’elles n’auront en rien contribué à améliorer l’image de la France à l’étranger. Le mal est fait, désormais, et ne sera pas rattrapable de sitôt. Heureusement qu’en France, les débats furent quand même plus diversifiés…

L’Amérique en pétard

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New York, mars 2023 © RETMEN/SIPA PRESS

Dans de nombreux États, la dépénalisation du cannabis permet aux consommateurs de ne plus se cacher, mais elle n’empêche pas le fléau des drogues de synthèse de se propager.


Des 50 États des États-Unis, 22 ont légalisé l’usage récréatif du cannabis et neuf l’ont décriminalisé. Dans la plupart, la distribution commerciale est légale, mais aussi la culture pour usage personnel. Dans les Dakota, nord et sud, et dans l’Arkansas, l’électorat vient de rejeter la dépénalisation par référendum. Conformément à la tribalité politique typique de l’Amérique, les États qui maintiennent la prohibition, comme le Texas ou le Tennessee, sont souvent ceux qui interdisent l’avortement.

Un grand changement

Depuis novembre 2022, le président Biden pousse le Congrès à révoquer la loi fédérale interdisant l’usage du cannabis. Étant donné que l’État fédéral n’est responsable que de 5% des poursuites judiciaires et que, dans ce domaine, la juridiction fédérale se limite à des parcs naturels et à des installations aéroportuaires et militaires, il s’agit d’une action symbolique destinée à séduire les électorats de couleur, puisque, selon Biden, la proportion de Noirs condamnés pour usage du cannabis est « nettement plus élevée que pour les Blancs ». Il a signé un décret pour gracier tous les condamnés pour possession de marijuana. Leur casier judiciaire réduisant les chances des Noirs de trouver un emploi, le président peut prétendre avoir fait œuvre de justice raciale.

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Un argument courant en faveur de la dépénalisation est le fait que le cannabis ne soit plus considéré comme une drogue d’introduction. Après des années de disputes à coups d’études et de contre-études scientifiques, il est désormais accepté que la légalisation du cannabis récréatif n’entraîne pas une montée de la consommation de drogues dures chez les adultes. Le pétard pourrait même diminuer la consommation excessive d’alcool !

Crack, héroïne et fentanyl inquiètent autrement les autorités

La dépénalisation représente-t-elle un grand changement ? En Californie, où elle a eu lieu en 2016, la réponse est non. Toute répression a cessé, la culture personnelle est tolérée, et les fermes de cannabis sont entrées dans une étrange semi-légalité. L’usage médical est admis dans 38 États. Il sert comme analgésique ou calmant sous forme de feuilles à fumer ou de pommade à enduire. Selon les statistiques officielles, 78 millions d’Américains ont recours au cannabis, dont 55 millions régulièrement. Le grand changement, c’est que les bobos n’ont plus besoin de cachotteries pour acheter leur dose aux dealers de rue.

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En revanche, rien ne change pour les toxicos, surtout des SDF, qui envahissent aujourd’hui les centres-villes de San Francisco, San Diego, Los Angeles, Boston ou Baltimore. Ils sont accros à d’autres drogues comme le crack, l’héroïne et le fentanyl. Le pays croule sous une épidémie de toxicomanie, malgré les efforts de l’État fédéral qui subventionne des programmes de sevrage par méthadone. La légalisation du cannabis permettra-t-elle au moins d’arracher le trafic au crime organisé ? C’est peu probable. Comme les cartels dominent actuellement le commerce, ils seront à même de concurrencer les vendeurs légaux en inondant le marché avec du cannabis illégal à bas prix.