Accueil Site Page 610

Crimes contre la féminité

Le poison létal inoculé par la milice de la pensée verte-rouge-LGBT, commence à infuser le fragile cerveau des ados. Oh, pas une majorité, mais une part non-négligeable de la jeunesse part à la chasse aux garçons dragueurs et mateurs. Le terrain de jeu des primes amourettes de l’été était cette année miné par la surveillance de la police des mœurs prépubères.


Il faudra bien qu’un jour, Sandrine, casaque verte, toquée poivre et sel, Mathilde, casaque rouge, queue de percheron et consœurs pas sortables, comparaissent un jour pour crimes contre la féminité.

Alerte à Malibu. Le cheveu court, en brosse, piercings, short de foot, marcel, collier anti puces, Doc Marteens, tatouages qui n’incitent pas à apprendre à lire, la canette de bière tiède, c’est le tableau des jeunes surveillantes de plage cette année. Avec l’aisselle “forêt noire” pour s’assurer que les garçons optent définitivement pour la pêche en haute-mer à parcours-sup. À regretter que le burkini ne soit pas obligatoire pour certaines. Heureusement, il reste aux gamins l’image des Italiennes pour monter le piquet de tente. Elles sont tellement chargées en femellité, qu’elles ne sont pas prêtes à se transformer en hyènes tondues, le bronzage maçon portugais, le mollet du cycliste slovène, la sape du punk à chiens, la classe du parasol Orangina.

A lire aussi: Haro sur les hétéros!

Adocides. En matière de féminicide, il n’y a pas que les trop nombreuses femmes qui tombent sous les coups d’ordures avinées. Il y a cette brigade de dindes qui rend suspects la féminité, la virilité, l’harmonie entre les sexes, pour qu’in fine les hommes et les femmes qui vivent aujourd’hui côte à côte, se retrouvent demain face à face. Dès aujourd’hui on constate, chez certaines ados, les dégâts causés par la folle entreprise de ces idéologues. Elles veulent la fin du slip kangourou, la mort du taureau, les couilles du torero, la queue du boucher. Plus de taureaux, plus de veaux… des vaches à perte de vue.

Femmes de ménage. Elles ont fait le ménage, balayé les femmes qui se sont imposées aux hommes par leur talent, leur personnalité, leur féminité. Balayées les Françoise Hardy, Véronique Sanson, Sagan, Deneuve, Duras et toutes nos mamans, qui en provoquant l’admiration ont fait plus pour la place des femmes que la croisade des pas finies.

Qu’on ne s’y trompe pas, leurs aboiements expriment moins la haine des hommes que la peur de n’être plus regardées.

Annie aime les sucettes et Bécassine les poneys

0

Les poneys devraient disparaitre des parcs de la capitale. Pour nos enfants, finies les balades à dos de poney, après les pressions exercées par l’association PAZ (Promotion des zombies). «L’horizon de 2025 va permettre de poursuivre le travail avec tous les acteurs pour définir collectivement un nouveau modèle de rapport aux poneys, plus respectueux de l’animal», a depuis nuancé Christophe Najdovski, adjoint à la Mairie de Paris.


Bécassine aime les poneys. Surtout ceux des Buttes-Chaumont qui, le mercredi et le week-end quand il fait beau, ont droit à leur sortie et à leur dose d’humanité. Sous la forme de caresses sur le museau ou sur les flancs prodigués par des enfants qui avancent la main en tremblant, un peu effarouchés à l’idée de toucher une BÊTE, puis, qui osent enfin vaincre leur peur et finissent par se réjouir du contact avec du poil bien dru. Sans compter la grande aventure qui consiste à monter dessus, autre occasion pour montrer son courage. Et à se tenir bien droit durant la promenade autour du lac, pour la bonne image de soi. Bécassine se souvient avec bonheur de la première fois où son petit-fils aîné a enfilé la charlotte en gaze qu’on doit mettre sous le casque et qui lui donnait l’air d’un Schtroumpf. Il était bien content que la petite fille (une tête de moins que lui) juste avant dans la queue, ait choisi le grand, car, pour lui, comme il le dit bravement, « le grand est encore un peu grand pour moi, le petit me va très bien. » Bécassine l’avait trouvé honnête, ce garçon. Et elle se souvient aussi de ce que sa main manquant assurément d’autorité, le poney virait de bord pour aller boulotter le feuillage alentour.

Retour à l’écurie

Tout cela, c’est fini. Tout cela appartient désormais à un monde révolu, car des animalistes ont décidé qu’on imposait ainsi une souffrance aux animaux ; qu’on ne leur avait d’ailleurs pas demandé leur avis, et que ne pouvant le donner, on ne pouvait se permettre une pareille maltraitance à leur endroit. Et ils ont réussi, les bougres, à convaincre la mairie de Paris de cela !

A lire aussi, Jonathan Siksou: Paris ne sait plus quoi faire de ses migrants

Comme si cela ne leur faisait pas une sortie, aux poneys, qui devaient, le reste du temps, être enfermés dans leur box ou tourner en rond dans leur enclos. Et comme si cela ne leur faisait pas du bien d’être caressés par des petites mains poisseuses de barbe à papa mais précautionneuses dans le toucher, sans compter le parfum de la friandise qui devait forcément réjouir leurs naseaux. Et comme si, finalement, les poneys n’avaient pas envie (qu’est-ce qu’ils en savent, les animalistes?!) de la présence des humains. Et sans compter, enfin, le bien que cela fait à des enfants qui n’ont pas l’occasion si souvent d’approcher un animal et de faire connaissance avec lui.

Ils ont gagné, ces défenseurs acharnés de la cause animale qui confondent les vrais problèmes d’élevage et d’abattage avec une activité non nuisible à l’œil nu ! Et Bécassine pense qu’en fait, ces gens ont du mal avec le plaisir ; celui des petits et elle le répète, celui des animaux aussi !

Elle, elle serait un poney, elle aimerait bien qu’on lui caresse le museau et les flancs. Bon, la barbe à papa, peut-être pas, elle trouve cela écœurant… Mais c’est tout !

Aymeric Caron s’en prendra bientôt aux caniches des mémères

Mais il est vrai que la cause animale finit par priver de bon sens des gens censés en avoir. Il paraît qu’un député – Aymeric Caron pour ne pas le nommer – a pris la défense des moustiques ; de la « maman » moustique qu’il ne fallait pas écraser car elle était en train de vous pomper votre sang pour ses «  bébés », lesquels risquaient de mourir de faim. Ah ouais ?! Sans blague! On voit bien qu’il n’a pas vécu sous les Tropiques ou même en région chaude et humide, parce que Bécassine, côté moustiques, on ne la lui fait pas, elle revient de loin à ce sujet. En fait, elle est souvent revenue de l’île de la Réunion où les moustiques parvenaient très bien à entrer dans la moustiquaire mais ne trouvaient plus le chemin de la sortie ; ce qui fait qu’ils s’en donnaient à cœur joie toute la nuit sur sa peau. Et Bécassine, de retour à la capitale, passait un mois à se gratter, à se faire des plaies et des croûtes. Oui, M. Caron, des croûtes énormes et d’un diamètre imposant à faire refluer tout amant potentiel. Alors, les moustiques, c’est à la tatane qu’elle les écrase, et avec une joie non dissimulée !

A lire aussi, Anne-Sophie Chazaud: Chez l’homme rien de propre?

Bientôt, elle se dit qu’on va s’en prendre aux chiens à leur mémère ! Elle ne devrait peut-être pas le dire, des fois que cela leur donne des idées, aux animalistes. Parce que la laisse, parce que le collier, parce que l’enfermement dans l’appartement exigu de la vieille dame, parce que quatre promenades par jour (deux pour les besoins, deux pour le plaisir de se renifler les uns les autres), ce n’est pas suffisant etc. Et ne parlons pas des chats, ni des hamsters en cage… Bref, soyez en certain, bientôt, les animalistes vont les priver des joies qui ne font pas de mal à ceux qui les procurent et encore moins à ceux qui en bénéficient.

À la fin, il ne restera plus aucun animal dans les parcs  (les canards, les cygnes, tout ça…) Bientôt, il n’y aura plus de bête alentour. Que des moustiques !


Si la mairie de Paris est décisionnaire pour l’ensemble des jardins publics où des poneys trottaient, elle ne l’est pas pour ce qui concerne le jardin du Sénat, le Luxembourg. Gérard Larcher n’a pas encore donné son avis à ce sujet, mais je suis sûre que s’il s’engage à ne pas monter dessus, il permettra aux petits Parisiens de continuer de le faire, pour l’agrément de tous, poneys compris • 

Haro sur les hétéros!

Les hétérosexuels perpétuent une réalité biologique : l’attirance entre les sexes opposés, nourrie par l’amour et l’instinct de reproduction. Intolérable, selon les néoféministes et autres militants trans et LGBT qui pointent un patriarcat à abattre. Ces thèses, défendues par une poignée d’universitaires dans les années 1970, sont désormais relayées par des millions de personnes sur les réseaux sociaux.


Dans le roman d’Anthony Burgess, La Folle semence, l’auteur de L’Orange mécanique imagine un monde où, à cause de la surpopulation, l’hétérosexualité est persécutée par l’État. Nous nous trouvons actuellement au seuil d’un monde où l’hétérosexualité risque d’être proscrite, malgré la chute dramatique du taux de natalité en Occident, pour des raisons purement idéologiques. Depuis une cinquantaine d’années, l’hétérosexualité subit un assaut frontal d’idéologues qui veulent la détruire. Aujourd’hui, ces attaques, continues et grandissantes, coïncident avec une série de pressions sociétales, économiques, technologiques et démographiques qui menacent la solidité d’une institution culturelle fondée sur la réalité biologique. Si l’assaut est mené par des propagandistes fanatisés appartenant aux milieux activistes et universitaires, le message de ces derniers est relayé par des idiots utiles dans les médias, les maisons d’édition et sur des plateformes comme TikTok. Ces béni-oui-oui veulent faire avancer leur carrière ou se donner une image vertueuse. C’est ainsi qu’un ruisseau de publications et de conférences dans les années 1970 et 1980 est devenu un torrent qui, à coups de fausses thèses scientifiques, de fictions mensongères et de contradictions hypocrites, exerce une influence néfaste jusque dans les écoles, les manuels médicaux et les chambres à coucher.

À bas les pères !

On peut définir l’hétérosexualité par le lien fort, quoique non inévitable, entre trois éléments : l’attraction érotique vers des personnes du sexe opposé ; la procréation ; et la constitution d’un couple dans le but éventuel d’élever des enfants au sein d’une famille. Selon les idéologues, ces trois éléments constituent le fondement même du patriarcat. Car ce dernier ne se réduit pas à une simple forme d’organisation socioéconomique, d’ordre féodal ou capitaliste. Il repose sur la sexualité. Les hommes tiennent les femmes par le sexe, en les persuadant qu’elles sont attirées par les mâles dont elles doivent servir les intérêts, tant sexuels qu’économiques. Marx et Engels avaient critiqué la famille bourgeoise, considérée comme une institution hypocrite où le travail des femmes est exploité par les hommes. Mais ils ne rejetaient pas la famille en soi et encore moins l’hétérosexualité. L’extension du marxisme au domaine érotique arrive à l’époque de la libération sexuelle.

En 1970, paraissent deux ouvrages clés dont la plupart des concepts sont devenus monnaie courante aujourd’hui : Sexual Politics de l’Américaine Kate Millett, et La Dialectique du sexe de la Canadienne Shulamith Firestone. La première interprète les rapports entre les sexes comme des rapports de classe et voit dans l’hétérosexualité un système de domination et de soumission. Les rôles sexuels ne sont pas naturels, mais appris. La seconde appelle à mettre fin à toute différenciation entre les individus par les organes sexuels et même à libérer la femme de la maternité par l’invention d’utérus artificiels.

A lire aussi : Cause des femmes, cause des hommes, cause de l’enfant

En 1980, deux autres publications viennent étayer ces propositions. Selon La Contrainte à l’hétérosexualité et l’existence lesbienne, essai de la poétesse américaine Adrienne Rich, tout dans la culture et les sciences est fait pour imposer l’hétérosexualité comme norme. Dans La Pensée straight, Monique Wittig proclame que les concepts d’homme et de femme « doivent disparaître politiquement, économiquement, idéologiquement ». Quand Judith Butler publie Trouble dans le genre en 1990, avec sa théorie du genre comme performance, elle enfonce une porte déjà largement ouverte.

Comphet et testostérone

L’expression utilisée par Rich en anglais, « compulsory heterosexuality » (« hétérosexualité obligatoire »), qui anticipe le concept d’« hétéronormativité » forgé par l’universitaire Michael Warner en 1991, fait fureur aujourd’hui auprès des jeunes sous la forme d’une abréviation : « comphet ». Des vidéos portant ce hashtag sur TikTok ont engrangé 195 millions de vues. Le terme sert d’invitation à s’interroger sur sa sexualité avant que la société impose la norme hétéro. Des listes de questions circulent sur internet prétendant permettre aux adolescents de mieux décider s’ils ne sont pas LGBT plutôt qu’hétéro. Aux États-Unis, des sondages récents indiquent que deux fois plus de jeunes s’identifient comme non-hétéros qu’il y a dix ans. Il se peut bien que plus d’homosexuel(le)s fassent leur coming out, mais c’est aussi le signe que l’image de l’hétérosexualité est devenue tellement ringarde, voire négative que la nouvelle génération hésite à l’assumer.

L’essai de Wittig, qui se termine par la déclaration « les lesbiennes ne sont pas des femmes » (dans la mesure où elles ne participent pas au système de différenciation entre les sexes), a donné lieu à un mouvement de « séparatisme » par lequel des lesbiennes – à l’instar d’Alice Coffin – se coupent du monde hétérosexuel. Plus radicale et plus fidèle à l’esprit de Wittig est la vision promue par la « transpédégouine » (sa traduction de queer) Juliet Drouar, dans son livre de 2021 Sortir de l’hétérosexualité. Pour elle, à la place d’hommes et de femmes, il ne devrait y avoir que des personnes. La sortie en question conduirait à un univers indifférencié peuplé par des êtres non genrés qui transforment leur corps selon leur gré. Depuis Millett et Rich, la stratégie pour nier le caractère « naturel » de l’hétérosexualité consiste à y voir le résultat d’une propagande patriarcale. Mais Drouar explique les différences entre les sexes par un programme d’« eugénisme ». Elle reprend l’hypothèse de l’anthropologue Priscille Touraille, selon laquelle les hommes préhistoriques auraient privé les femmes de viande pour qu’elles deviennent plus petites. Il s’agit de spéculations douteuses : chez la plupart des mammifères, le mâle est plus grand que la femelle. Mais ce que l’homme a fait par la nourriture, sa technologie peut le défaire par les hormones. Drouar préconise la prise de testostérone pour compenser la féminisation du corps. Elle s’inspire de l’exemple de l’universitaire Paul B. Preciado, né Beatriz, l’ancienne compagne de Virginie Despentes, qui raconte sa transition sous l’effet de l’hormone dans Testo junkie : sexe, drogue et biopolitique de 2008. Malgré leur rejet du monde capitaliste, ces auteurs comptent sur le complexe pharmaceutico-industriel pour régler leurs problèmes. Cet univers où l’hétérosexualité est remplacée par une sorte d’omnisexualité est le reflet parfait de notre consumérisme hypermarchand. Les élucubrations de Drouar sont relayées par la presse, par exemple dans les chroniques et tweets de la « sexperte » du Monde, Maïa Mazaurette. Les spéculations de Touraille sont présentées comme argent comptant par la journaliste Nora Bouazzouni dans son livre de 2017, Faiminisme. Quand de telles folies viennent occuper une position extrême sur le continuum idéologique, des idées plus raisonnables sont poussées vers l’autre extrême. C’est ainsi que, aujourd’hui, défendre l’hétérosexualité est catégorisé comme le propre de l’extrême droite.

A lire aussi : Au pays des fous

À bas les mères – et les enfants !

S’il est évident que les pères sont les grands méchants de l’histoire, la notion de maternité est également mise à mal. Pour les queers, les femmes hétéros sont des traîtres à la cause et toute valorisation par elles du rôle de mère souligne cette trahison. Les militants du genre exercent une pression sur les hôpitaux et les médecins pour remplacer le mot de « mère » par « personne avec utérus », « personne enceinte », « personne qui menstrue ». Simultanément, avec la GPA, la femme devient un utérus à louer, encore selon une logique hypermarchande. Le rôle de mère peut être scindé en trois : celle qui donne l’ovule ; celle qui porte et accouche de l’enfant ; et celle qui l’élève (si elle est différente de la première). Le vieux rêve faustien de la création d’un utérus artificiel est l’objet de projets de recherche scientifique. Une transplantation d’utérus entre deux femmes (dont une morte) a déjà eu lieu. Les chercheurs travaillent dans le sens d’une transplantation entre des personnes biologiquement féminine et masculine. Pas besoin d’un couple hétéro pour élever l’enfant : le « queer parenting » par des couples homosexuels ou transgenres devient tendance, comme l’explique Gabrielle Richard dans Faire famille autrement (2022). Les hétéros deviennent superflus, ce qui rend moins graves peut-être les difficultés qu’éprouvent les jeunes à trouver un partenaire du sexe opposé. Depuis MeToo, les hommes sont moins entreprenants, tandis qu’on organise des soirées en non-mixité pour les femmes qui ne veulent pas être importunées par les regards, commentaires et sollicitations des hommes. Le recours aux applis de rencontre en ligne augmente le stress et favorise la dépression chez les jeunes. Cette crise de l’hétérosexualité a lieu sur fond d’effondrement de la natalité dans le monde. Selon l’ONU, le taux de naissance était de cinq par femme en 1950. Il a chuté à 2,7 en 2000, à 2,3 en 2021 et tombera à 2,1 d’ici 2050. Aujourd’hui, c’est comme si l’être humain contemporain ne vivait que pour lui-même, tandis que ses ancêtres vivaient bon gré mal gré pour les générations futures.

Capture d’écran de TikTok, avec le hashtag #comphet. Le terme renvoie à l’expression de compulsory heterosexuality (« heterosexualité obligatoire »), forgée par la poétesse Adrienne Rich.

Bad sex

La lutte contre la contrainte à l’hétérosexualité oblige à recruter de nouvelles personnes queers dès le plus jeune âge. À l’école, les élèves sont invités à questionner leur genre et on envoie des drag-queens dans les maternelles pour les sensibiliser – ou plutôt les sexualiser. Car il est difficile de séparer les questions de genre et de sexe. Cette exposition à la sexualité s’ajoutant à la découverte de la pornographie sur internet par des jeunes de 10 ans, on assiste à un véritable saccage de l’enfance. Certains prétendent que les enfants ont leur propre sexualité, mais ce n’est pas celle des adultes que, dans le passé, ils ne découvraient que petit à petit et à leur manière. Le recrutement passe aussi par une présentation négative de l’érotisme hétérosexuel qui serait triste, ennuyeux et conflictuel. Les grandes perdantes seraient les femmes qui souffrent de l’« orgasme gap » ou fossé de l’orgasme. Différentes études donnent des chiffres variables, mais les femmes disent avoir moins d’orgasmes que les hommes. Il s’agit de la vieille querelle sur les orgasmes vaginaux et clitoridiens. La faute incomberait à la préférence des hommes pour la pénétration, qualifiée par Maïa Mazaurette de « McDo du sexe ». Martin Page, dans son Au-delà de la pénétration de 2020, la décrit comme l’acte dominateur d’hommes capitalistes, carnivores et pollueurs. À part la pratique du cunnilingus et le recours aux sextoys, ces experts ont peu à recommander. Reste que les lesbiennes auraient plus d’orgasmes que les femmes hétéros, fournissant un bon argument pour les recruteurs. Un autre point d’attaque consiste à ébranler l’image macho des hommes hétéros. Page affirme que ces derniers refusent de « se penser comme un être pénétrable ». La solution est le chevillage, mot popularisé par Mazaurette, qui consiste à se faire enculer par une femme avec un godemichet. Une BD sortie cette année, L’Homme pénétré, prétend que, en 2019, un Français hétéro sur deux aurait pratiqué le chevillage. Allant plus loin, l’universitaire américaine, Jane Ward, affirme dans son ouvrage de 2015, Not Gay: Sex between Straight White Men, que l’homosexualité est constitutive de l’hétérosexualité masculine. Cette année, Léane Alestra a tenté la même démonstration avec moins de brio dans Les hommes hétéros le sont-ils vraiment ?

Une autre stratégie consiste à exprimer de la pitié pour les hétéros. C’est le programme de Jane Ward dans The Tragedy of Heterosexuality de 2020 où elle exhibe une compassion condescendante, non seulement pour les femmes hétéros en manque de satisfaction, méprisées par leurs partenaires, mais aussi pour ces derniers qui n’arrivent pas à aimer leurs femmes comme il faudrait. Le salut des hétéros consiste à admettre leur défaite devant le monde merveilleux des queers. Pourtant, le résultat de tous ces discours obsessionnels sera la mort, non de l’hétérosexualité, mais de la sexualité tout court. Cette dernière a besoin d’une part de mystère, de spontanéité et d’imprévisibilité qui est en train de disparaître. Comme l’avait prévu Jean Baudrillard en 1977, nous sommes floués par une « simulation du sexe » qui compense l’absence grandissante d’une vraie sexualité.

Jean-Luc Mélenchon non, un autre, non-plus…

0

Après Mélenchon, plus d’une personne s’interroge sur l’identité du prochain candidat de gauche aux présidentielles de 2027. D’autres souhaiteraient qu’il n’y en ait pas. Le billet de Philippe Bilger.


Quelle décontraction de s’abandonner à des analyses qui rassurent et ne vous concernent pas directement !

Au risque de m’abandonner à des paris discutables, je vais quitter le camp conservateur et libéral largement entendu, dans lequel le vainqueur de 2027 se trouvera, je l’espère, pour tenter une incursion dans la cause adverse – dont la défaite future ne me fera pas de peine.

En effet, considérant tous les candidats de la droite et du centre déjà déclarés, probables, possibles, il me paraît évident que la joute présidentielle, dans sa lutte finale, pourra mettre aux prises notamment Marine Le Pen, Gérald Darmanin, Edouard Philippe, Bruno Le Maire, Laurent Wauquiez, David Lisnard, Xavier Bertrand, Jean Castex peut-être… C’est dans ce vivier que le peuple français choisira celui ou celle (je maintiens le point de vue de mon billet du 18 juillet 2023: « Avec Marine Le Pen, en 2027 pas deux sans trois ?« ) qui aura l’honneur de le représenter.

De l’autre côté, pour la Nupes, on serait passé « de l’euphorie à la désillusion » (Le Parisien) et on s’interrogerait sur « qui, à gauche, veut détrôner Jean-Luc Mélenchon » (Le Figaro).

A lire aussi : Parti Socialiste cherche peuple perdu

Qu’on me permette de douter non pas de la qualité (quoique très largement inégale à mon sens) de ces personnalités mais de la plausibilité de leur victoire en 2027 : qu’il s’agisse d’Eric Piolle, de Clémentine Autain, d’Olivier Faure, de Fabien Roussel, de Sandrine Rousseau, de Carole Delga, de François Ruffin ou de Bernard Cazeneuve. On pourrait me juger, au moins pour quatre d’entre elles, bien superficiel et précipité dans mon appréciation, mais pourtant je ne la crois pas fausse.

François Ruffin est et a une nature singulière qui a compris, sur le tard, que LFI faisait fausse route en négligeant la part sociale et populaire de la politique et en méprisant le registre régalien de l’Etat. Il a un talent qui n’est ni classique ni conventionnel, et cela lui donne à bon compte une réputation de trublion officiel d’avenir. Mais la pire des choses lui est arrivée avec ce qu’on pourrait qualifier de laissez-passer délivré par Jean-Luc Mélenchon. Une manière subtile de le surveiller en lui laissant apparemment la bride sur le cou.

Clémentine Autain a eu le courage en plusieurs circonstances de s’opposer à Jean-Luc Mélenchon, à ses pratiques totalitaires et à ses choix partisans. Ce n’est pas rien. Mais sa vision sociale, politique et sociétale n’est guère éloignée de celle de Jean-Luc Mélenchon et il me semble que son bagage est trop mince pour représenter autre chose qu’une belle espérance pour les siens, avec sa douceur trompeuse et sa dureté dogmatique et médiatique.

Carole Delga a sa région pour elle, c’est sa seule preuve, son argumentation exclusive. Son pragmatisme peut séduire, mais le socialisme qui lui reste inspire la méfiance. Je ne la vois même pas, en étant optimiste, capable de faire un parcours à la Ségolène Royal en 2007 ! On risque de déchanter : bonjour les Delga !

A lire aussi : Féminicides : une course de lenteur ?

Fabien Roussel inspire la sympathie, on m’assure qu’il la mérite. Il a redonné des couleurs au parti communiste et à l’exception d’étranges prudences sur Staline, il bénéficie, grâce à son parler-vrai sur certains sujets et à son bon sens qui s’accorde avec celui d’une majorité de Français, d’une adhésion forte mais qui ne lui garantira aucune avancée réellement politique. On l’aime bien même s’il est communiste. Pas parce qu’il l’est. Le fait qu’il ait senti d’emblée le traquenard de la Nupes est un plus pour sa lucidité : il n’est pas neutre que, dans la gauche et l’extrême-gauche, Fabien Roussel apparaisse comme une embellie !

Alors reste la brillante, insupportable, clivante et dangereuse personnalité de Jean-Luc Mélenchon. On a tellement dit qu’il était éloquent, qu’il avait une immense culture historique, qu’on a fini par oublier qu’il relevait de l’ancien monde où il ne jurait que par François Mitterrand. Son hystérie révolutionnaire qui a pris la relève n’est destinée qu’à donner le change : elle marche, puisqu’elle est prise au sérieux et que ses injonctions enflammées et ses délires parfois si peu républicains font de l’effet sur des esprits déjà convaincus et chauffés à blanc. François Mitterrand cachait mieux le mépris qui l’habitait et qu’il distillait plus finement.

Si l’un des quatre que j’ai mentionnés plus haut lui damait le pion, le détrônait à gauche, je serais évidemment heureux de constater la mise à bas de son impérieux narcissisme, mais j’avoue mon inquiétude car il est précisément protégé par la relative faiblesse, tactiquement et stratégiquement, de ses concurrents. Son bouclier est son arrogance d’autant plus exprimée qu’il n’est plus en terrain conquis et muet.

Depuis la réélection d’Emmanuel Macron, qui ne sait pas que Jean-Luc Mélenchon mettrait la France à feu et à sang avant même que sa politique y pourvoie?

Notre pays n’est pas si généreux en belles nouvelles pour qu’on néglige ce futur démocratique : en 2027, nous ne l’aurons pas à la tête du pays. Un autre non plus…

Le Mur des cons

Price: ---

0 used & new available from

Houellebecq, prophète de l’islamodroitisme ?

0

Le propre des chefs-d’œuvre, c’est de permettre une pluralité d’interprétations et d’approches. A cet égard, un grand roman comme Soumission de Michel Houellebecq n’est pas une exception, bien qu’il parle de notre actualité politique et sociale. Le romancier Mayeul Tur y trouve une richesse peut-être inattendue.


On retient généralement du roman Soumission de Houellebecq l’image d’une sorte d’apocalypse civilisationnelle. Même un gauchiste fini ne pourrait envisager sans trembler une France islamique. Et pourtant, ce roman contient une autre idée, ou plutôt un autre regard sur ce changement de paradigme. Celui de l’universitaire réactionnaire Robert Radiger, qui s’en réjouit. Contrairement au narrateur, François, qui pense surtout aux avantages de la polygamie, non sans donner quelque légèreté comique au roman, Radiger voit dans l’islam un moyen de sauver l’Occident de sa décadence. Y a-t-il dans Soumission comme un autre roman qui titrerait moins élégamment Rémission, le roman de l’islamodroitisme?

Le frère ennemi de l’islamogauchisme?

Ce mot n’est pas totalement inconnu des Français. Le plus souvent, on y voit une simple complaisance électoraliste ou clientéliste envers les mouvances islamiques. Mais souvenons-nous que son équivalent à gauche, le fameux islamogauchisme, ne se limite pas à fermer les yeux pour obtenir des votes ou la paix sociale. Il consiste aussi et surtout à faire alliance contre le bouc émissaire blanc. De même l’islamodroitisme pourrait-il réunir conservateurs et musulmans autour de valeurs communes. À partir de là, toutes les nuances sont possibles. Car, à côté de l’islamodroitisme défini par Pierre-André Taguieff comme l’alliance de l’extrême droite et des islamistes contre les juifs (et contre les homosexuels), il y a de la place pour un autre islamodroitisme dépourvu d’antisémitisme ou de culte de la violence, à savoir celui de Radiger qui, nostalgique du patriarcat, se convertit à l’islam et fait son miel de l’immigration massive pourvoyeuse de sang neuf conservateur. Il y aurait de la place aussi peut-être pour un islamodroitisme plus modéré qui, si jamais il se cristallise, donnera des accents prophétiques au roman de Houellebecq.

A lire aussi: La convergence des luttes « méchant-méchant »

Jusqu’ici, c’est assez inimaginable. Mais c’est justement là que le Radiger de Houellebecq est intéressant : il dévoile un non-dit fondamental à droite sur la question de l’islam. Quand cette droite en effet se plaît à dénoncer les contradictions de l’islamogauchisme, elle en oublie une autre : la désunion tout aussi contre-nature entre conservateurs de droite et conservateurs musulmans, qu’ils soient pratiquants ou même simplement de culture musulmane. Il y a là, en y songeant, une bizarrerie politique : la gauche woke défend le droit des musulmans de ne pas s’assimiler à notre culture progressiste à la dérive quand ce droit leur est refusé par la droite anti-woke ! On peut alors se demander combien de temps cela va durer, et si les Radiger ne risquent pas à un moment ou un autre de se multiplier dans le paysage politique.

A lire aussi: Mélenchon l’insurrectionnel

C’est d’autant plus plausible que les musulmans eux-mêmes supportent difficilement le wokisme et le font de plus en plus savoir. En Ontario au Canada, dans le Maryland aux États-Unis comme à Birmingham en Angleterre, ils s’élèvent contre la théorie du genre à l’école. Au Michigan, un conseil municipal entièrement musulman a interdit les drapeaux LGBT sur les propriétés de la ville. À côté de ça, la France des quartiers en est encore à voter pour un candidat, Mélenchon, qui promettait en 2022 le changement de genre dans la Constitution. Si quelques voix dissonantes se font parfois entendre, comme Bassem Braïki lorsqu’il fustige le « monstre wokiste », ce n’est pas au point de rejoindre le camp conservateur, qui leur semble hostile. On a ainsi pu voir Médine se plaindre dans un récent débat de Médiapart d’avoir été « disqualifié » en tant que musulman par ce qu’il appelle « l’extrême droite ». Mais la droite n’allait certainement pas applaudir à son djihadisme « intérieur » et autres quenelles. À supposer alors une évolution de la situation, quelles en seraient les conditions ?

A lire aussi: Connemara: une chanson d’extrême-droite?

Une possible alliance contre le wokisme?

Si les musulmans et la droite ont des raisons de s’allier, il y a aussi entre eux un certain nombre de casus belli. Un accord a minima pourrait porter sur la lutte contre le wokisme. Il ne s’agirait pas encore, pour les musulmans, d’aller jusqu’à soutenir ouvertement le RN, sans parler de Reconquête. Ici, la question du voile est centrale. Au bas mot, la droite inclusive, si je puis dire, devrait renoncer à vouloir l’interdire dans l’espace public. Comme c’est de toute façon assez irréaliste, presque un marqueur de campagne, ça ne devrait pas être très difficile. Même Éric Zemmour sait que l’essentiel n’est pas qu’une minorité de femmes se voilent, mais qu’elles deviennent demain la majorité à force d’immigration incontrôlée. Le problème de la France, ce n’est pas le voile, c’est l’immigration massive. Ce ne sera évidemment pas assez pour les islamistes, qui cherchent constamment à faire reculer la laïcité, ce que n’acceptera pas la droite car elle fait partie de la culture française moderne. Toutefois, cela rassurera les musulmans plus modérés. Un statu quo islamodroitiste en somme, une situation gelée pour se tourner ensemble vers les grandes menaces qui pèsent sur la France : le wokisme et l’immigration massive, dont bien des musulmans ne sont pas plus fanatiques que le reste de la population.

Vu la situation aux États-Unis, l’idéologie totalitaire des wokistes a encore de la marge en France. Il n’est pas exclu que Radiger se rappelle un jour à notre bon souvenir.

Soumission

Price: ---

0 used & new available from

Pute finale

Price: ---

0 used & new available from

Pierre Cornette de Saint-Cyr : Art contemporain ou art comptant pour rien ?

0

Pierre Cornette de Saint-Cyr est mort ce dimanche 20 août 2023, à Saint-Tropez. Sous ses allures de playboy vintage, le commissaire-priseur était un futuriste qui révolutionna le monde de l’art. Simon Wauquiez rend un hommage personnel à celui qui partagea la vie de Marie Laforêt et fut intime d’Alain Delon.


Un personnage que l’on a connu au berceau et quasiment plus revu depuis ne peut devenir qu’une légende dans notre imaginaire adulte. C’est peut-être à cela que servent les souvenirs d’enfance : façonner des mythes auxquels toute notre vie nous essayerons de donner forme humaine.

« Paraître, c’est être »

Quand, à 7 ans, j’aperçus Pierre Cornette-de-Saint-Cyr qui débarquait chez mes parents pour expertiser leur « collection » de tableaux, il était entouré d’un halo comme ceux qui nimbent les romans d’aventure. Nous n’avions plus un sou et espérions en vain lui refourguer quelques croûtes. Il séduisait, faisait briller, dans un scintillement de chevalières, de grandes conquêtes, des martingales de réussite, et mille ventes aux enchères qui devraient conjurer notre pauvreté. Je pensais d’ailleurs qu’il s’appelait « Sornette de Saint-pire ». Le monde des adultes m’était apparu jusqu’alors terne, sérieux et ennuyeux. Avec Cornette, je découvrais qu’il n’en était rien. Toujours hâlé, toujours enjoué, un sourire aguicheur sur des dents du bonheur, un déhanché à la John Travolta quand il s’approchait de vous, il semblait ne reculer devant aucun effet pour vous séduire, y compris les plus ridicules. Ça le rendait touchant. Et surtout, il avait des pantalons roses. Mais pas seulement. Des chemises violettes aussi. Des vestes canaries. Des pochettes turquoises. Toute une panoplie de l’arc-en-ciel, comme s’il avait voulu mettre des taches de couleur sur le gris de l’existence. Il m’expliquera bien plus tard son code couleur : une par jour, lundi rouge, mardi noir… jusqu’au dimanche jaune pour que la semaine se finisse en rayon de soleil. Ceci peut vous paraître anecdotique mais si Pierre Cornette de Saint-Cyr n’avait pas assorti sa pochette émeraude à son pantalon orange, je n’aurais pas écrit cet article. La beauté est la première des politesses et Cornette en était la preuve vivante.

Un « névrosé obsessionnel » de l’art

Au Maroc, où il naît d’un père riche et chirurgien, l’horizon dans la vie du jeune Pierre Cornette est d’être champion de ski nautique. Il aurait dû le devenir, si un jour il ne s’était pas aventuré dans une galerie pour trouver un cadeau pour le mariage de son meilleur ami. Il y acheta un dessin, et c’est la révélation : « Cette œuvre d’art est … à moi ! », s’en repaît-il dans une ivresse telle que le monde extérieur n’avait plus d’importance. Ainsi commença, selon ses mots, sa névrose obsessionnelle : celle du collectionneur. « Quand on voit une jolie femme, on n’a pas simplement envie de la regarder, on veut la posséder », me justifiait-il en plaisantant… La plupart des gens ne comprennent rien aux collectionneurs : à leur addiction, à leur folie, et donc à leur génie. Il est commun d’aimer aller flâner dans des musées pour admirer des chefs-d’œuvre, il est par contre plus rare et pathologique de se saigner aux quatre veines, voire de vendre femmes et enfants pour acheter une vague croûte ! Un collectionneur d’art est un dangereux maniaque qu’un psychiatre devrait soigner. Mais Cornette n’avait aucune envie de guérir puisqu’il fit de sa folie sa vie.

A lire aussi: Le XVIe siècle comme si vous y étiez

Révolutionner le monde de l’art

Les véritables séducteurs ne se contentent pas de séduire les femmes, ils séduisent aussi leur époque. Cornette, dès l’instant où il ouvre son étude de commissaire priseur, révolutionne le métier qu’il vient d’embrasser. Alors que, jusque-là, les ventes aux enchères ne concernaient principalement que les vieilleries et les antiquités, il décide d’y introduire l’art contemporain. Jointe au téléphone ce soir, son ancienne compagne, la galeriste Sylvana Lorenz me le confirme : « Si l’art contemporain bat aujourd’hui des records chez Christie’s ou Sotheby’s dans le monde entier, c’est parce que Pierre le premier décida qu’il ne laisserait pas le monopole de l’art aux galeries et aux marchands ». Il ne va cesser ensuite de faire craquer les cadres trop étroits des règles et des frontières : il comprend que, dans la société du spectacle, une vente doit être un show, et il est ainsi le premier à mettre en scène des ventes spectaculaires, allant jusqu’au sommet de l’Everest pour une vente digne d’un concert de Johnny. Quand le milieu de l’art, durant les années Mitterrand, crève sous les magouilles du ministère de la Culture, à grands coups de FRAC, de FIAC et autres copinages, il se révolte et, en bon libéral, plaide pour un libre échange dans le marché de l’art. J’ai toujours été frappé par le fait qu’autant son élégance, ses manières et son apparence appartenaient au passé, autant sa pensée appartenait au futur. Sous ce playboy tout droit sorti d’un film d’Antonioni, se cachait un prodigieux terroriste culturel, semeur de désordre par-dessus les toits du monde, et surtout défricheur des sentiers de la création. Ses pantalons roses étaient sa couverture pour faire la révolution. Peut-être que si Che Guevara en avait porté, il aurait mieux réussi…

Une vie romanesque entre Marie Laforêt et Alain Delon

Roland Barthes appelait certains êtres des « appels de fiction » : des gens qui ne sont pas forcément passionnants, ni des monstres d’intelligence, mais qui, quand on y pense, donnent envie d’écrire un roman. Souvent, ce sont des femmes – Zelda Fitzgerald, Lou Andrea Salomé, Louise Brooks – ou des acteurs – Maurice Ronet, James Dean… Si on les rencontrait, on les trouverait sans doute décevants voire inintéressants, mais là n’est pas la question. Les rêves qu’ils nous inspirent sont plus importants que la réalité de leur être. Pierre Cornette de Saint-Cyr en était l’incarnation parfaite. À l’ouverture de son étude, c’est Mireille Darc en personne qui vient lui offrir son marteau de commissaire priseur. Le soir, devant un verre de rosé, il compare ses conquêtes avec Alain Delon. Les deux hommes sont des amis de toujours, et Cornette fera sa fortune en lui faisant acquérir des Dürer. Quand le manuscrit de l’appel du 20 juin du Général de Gaulle est sur le point de quitter la France, Cornette rappelle son vieux pote Delon – dont il sait l’admiration sans bornes pour le Général. Passant outre la loi du plus offrant, et donc la légalité, Cornette le lui vend et ce trésor reste en France. Mais surtout, Cornette s’était marié avec celle qu’on surnommait « la fille aux yeux d’or » : la légendaire chanteuse Marie Laforêt. Des vapeurs de mystère et de souffre ont toujours entouré  l’interprète des « Vendanges de l’Amour ». Certains la disaient folle, on savait qu’elle avait, une année, décidé de vivre dans la rue en clocharde, qu’elle croyait aux complots extra-terrestres, et que sa beauté avait le visage de la mort. C’était une femme fatale, dans le sens où la fatalité s’en était prise à elle dès le départ et ne l’avait jamais quittée. Avec Cornette, elle décide de devenir elle aussi commissaire priseur. Mais un jour, lassée de passer ses soirées à rédiger des fiches de lots tandis que Cornette s’amuse dans des cocktails, elle le quitte. Elle loue alors un camion de déménagement et profite d’une nuit pour emporter toutes ses collections. Il ne la reverra jamais.

A lire aussi : Ouf ! les vacances sont bientôt finies

Une leçon sur l’avenir de l’art

L’art contemporain que défendait Cornette utilisait le tremplin de la tradition pour faire un saut dans le futur. Sa modernité ne s’est jamais opposée à notre patrimoine et à notre histoire. Quand il dînait avec Andy Warhol, celui-ci lui parlait de son amour du Christ. Les tableaux de Georges Mathieu qu’il vendait reproduisaient des oriflammes du Moyen-Âge. Et quand il rencontra Mère Teresa, il trouva que ses yeux étaient du même bleu que celui inventé par son ami Yves Klein. Belle leçon pour les déconstructeurs d’aujourd’hui : nous ne pouvons réellement innover qu’en étant les gardiens du passé.

Giorgia Meloni, vrai changement ou grand bluff ?

0

Attendue comme un élément de rupture tant avec le gouvernement de Mario Draghi qu’avec la politique de centre gauche, Giorgia Meloni incarne une nouvelle voie pour le pays. Sa volonté de changer l’Italie est forte, mais ses promesses électorales risquent de s’effondrer face à la réalité économique et aux pressions de ses alliés.


Dès son arrivée au pouvoir le 22 octobre 2022, Giorgia Meloni a promis un changement radical dans la conduite du pays. Après plusieurs années d’alternance entre gouvernements populistes et gouvernements techniques, l’Italie a eu du mal à retrouver la stabilité nécessaire pour améliorer sa situation, bien que paradoxalement, son économie se soit bien mieux portée que celle de ses voisins européens. De plus, Giorgia Meloni bénéficie d’avantages importants pour gouverner, à commencer par le large consensus autour de sa personne, qui pourrait lui permettre de gouverner pendant toute la législature et pourquoi pas de renouveler son mandat aux prochaines élections.

Panorama de partis politiques sans crédibilité ni influence

Forza Italia, après la mort de Berlusconi, n’a plus de leader capable de remonter dans les sondages. Le parti espérait influencer, voire limiter le périmètre d’action de Giorgia Meloni, en imposant Berlusconi comme leader expérimenté et modéré, mais ce fut un échec. Ce dernier, entre provocations et propos incohérents, a poussé une partie des parlementaires à quitter son parti et rejoindre celui de la Meloni.

Le Parti Démocratique a été lourdement sanctionné par l’opinion publique mais également par une partie de son électorat. En cause, la gestion désastreuse de la stratégie du parti par son ancien secrétaire, Enrico Letta. Son échec est dû d’une part à son alliance avec le mouvement 5 étoiles de Giuseppe Conte, et d’autre part, à sa tentative de diaboliser Giorgia Meloni, en criant au retour du fascisme. En pleine crise économique et sociale, entre la Covid19, la guerre en Ukraine et l’explosion de la facture énergétique qui a mis à genoux des dizaines de milliers de familles et d’entreprises, le Parti Démocratique a épuisé, sans succès, son stock de solutions « prêt à porter », le tout dans un esprit démagogique typique de la gauche mondialiste. Une gauche plus intéressée par les migrants, les « gender fluid » et la dépénalisation du cannabis, que par le sort des travailleurs, dont les salaires ne suffisent plus pour se nourrir et se soigner. Cette défaite signe la fin du match pour Enrico Letta, qui démissionne fin 2022 en laissant un parti moribond qui a gouverné pendant des années sans jamais briller, ni par ses compétences, ni par son intelligence.

De son côté, le mouvement « 5 étoiles » est en pleine déflagration. Son leader, Giuseppe Conte, ne convainc plus ni son électorat, ni celui de son ancien allié, le Parti Démocratique. Jugé responsable de la chute du gouvernement de Mario Draghi en pleine crise, Giuseppe Conte joue une fois de plus la carte du populisme pour essayer de remonter la pente, mais sans y parvenir.

La Ligue de Matteo Salvini est elle aussi en mauvais état. Complètement décrédibilisé, l’homme, sans vision ni conviction, a connu de multiples échecs ces dernières années, faisant perdre un grand nombre de voix à son parti. De nouveau présent dans la coalition de centre-droit, Salvini représente toutefois un véritable danger pour Giorgia Meloni. Par son incohérence et son égocentrisme primaire, il est capable de tout, même de faire tomber le gouvernement. Il l’avait déjà fait en 2019, convaincu de gagner les élections, bien qu’il fût condamné à une inexorable défaite.

Une immigration encore incontrôlable

En revendiquant son appartenance à une droite sociale attentive aux besoins des plus défavorisés, Giorgia Meloni a promis un changement radical de politique sur l’immigration, l’augmentation du pouvoir d’achat et l’abaissement des impôts pour les entreprises et les salariés. Il faut reconnaitre que, depuis qu’elle est au pouvoir, Meloni est sur tous les fronts. Pour juger de l’efficacité de son action, il faut lui accorder encore un peu de temps et un certain nombre de problèmes ne trouvent toujours pas de réponse pour l’instant, à commencer par l’immigration, qui figure comme la première préoccupation nationale. Malgré ses annonces et le blocage des navires des ONG sur les côtes italiennes (à l’origine d’un incident diplomatique avec la France), le problème est toujours d’actualité et les arrivées par bateau ne cessent de croître. Au cours des sept premiers mois de l’année, les débarquements sur les côtes italiennes ont plus que doublé par rapport à 2022, passant de 41 435, à 89 158 pour l’année en cours, soit une augmentation de 115,18%. Cette situation commence à devenir ingérable et dangereuse.

Une économie fragile

Sur le plan économique, Giorgia Meloni avait promis de baisser les impôts sur les entreprises et les ménages, ainsi que sur les droits d’accises liés au carburant. Pour cela, son gouvernement cherche les fonds nécessaires sans augmenter la dette, ce qui n’est pas une mince affaire. Ensuite, son changement radical de politique sur la souveraineté, l’euro et l’interventionnisme à l’étranger, notamment en Ukraine, commence à engendrer des mécontentements chez ses alliés politiques. On sent chez Meloni une volonté de s’affranchir de l’establishment et se de montrer conciliante envers ses partenaires européens. Elle a compris qu’elle ne pouvait isoler le pays pour faire face aux multiples défis auxquels l’Europe est confrontée.

Dans les prochains mois, ses vrais premiers tests seront, en particulier, la gestion des fonds du PNRR (Plan pour la reprise et la résilience), nécessaire pour relancer le pays, la réforme du marché du travail, la modernisation de l’administration publique, la réduction de la dette publique, tout en priorisant la transition écologique. Giorgia Meloni doit donc faire preuve de ténacité et d’une capacité à tenir une majorité fragile. Elle doit éviter pour cela le syndrome du « leader seul aux commandes », qui risquerait de la pousser vers une confrontation directe avec la Ligue, mais aussi Forza Italia.

Pour rappel, la durée moyenne d’un gouvernement en Italie est de 414 jours, tout est donc possible.

Universités américaines : la fin de la préférence raciale

0

Cet été, un jugement de la Cour Suprême des États-Unis a mis fin à « l’action affirmative » qui permettait à certaines institutions de pratiquer une forme de préférence raciale dans le recrutement. Comment cette pratique s’était-elle insinuée dans la vie américaine et pour quelles raisons a-t-elle été jugée inconstitutionnelle? L’analyse de Gerald Olivier.


Le jour de la fête de l’Indépendance, la Cour Suprême des États-Unis, par six voix contre trois, a jugé inconstitutionnelle la politique « d’action affirmative » mise en place par les universités depuis plus d’un demi-siècle. Concrètement, cela signifie que l’identité raciale d’un candidat ne pourra plus être prise en compte comme critère d’admission.

Le président Biden a critiqué ce jugement, estimant que « la discrimination existe encore aux États-Unis et que cette décision n’y change rien ». Les trois juges Démocrates de la cour ont aussi dénoncé un « retour en arrière » et l’annulation de décennies de précédents judiciaires. A l’aile gauche du parti Démocrate, certains, comme la députée de New York, Alexandria Occasio-Cortez, ont carrément appelé à une réforme de la Cour suprême…

Les conservateurs ont applaudi au contraire cette décision qui, pour eux, respecte le texte et l’esprit de la Constitution des États-Unis. La pratique de « l’action affirmative » n’est qu’une forme de « discrimination inversée », ont-ils souligné, qui va à l’encontre du principe d’égalité en droit et d’égalité devant la loi, pilier de construction américaine. Les considérations de race ne sauraient justifier l’adoption de pratiques niant cette égalité. Ces principes, ont-ils rappelé, sont exprimés dans certains amendements de la Constitution, notamment les XIIIe, XIVe et XVe amendements votés à l’issue de la Guerre de Sécession, justement pour garantir cette égalité aux esclaves noirs émancipés.

D’après les premiers sondages, une large majorité de l’opinion publique soutient également cette décision. Selon la chaine ABC News, 75% des Américains se disent d’accord avec les juges. D’ailleurs, certains États, comme la Californie, traditionnellement à l’avant-garde des évolutions de société, avaient déjà interdit « l’action affirmative ».

Les collèges et universités devront s’adapter à cette nouvelle réalité et revoir leurs critères d’admission…

Itinéraire de l’action affirmative

L’expression « action affirmative » apparaît pour la première fois dans les années 1930. On la trouve dans plusieurs lois de la Nouvelle Donne (New Deal) du président Franklin Roosevelt. Elle concerne l’emploi et consiste simplement en une incitation à l’embauche. Dans les années 1940 et 1950, l’idée va se développer en parallèle avec la lutte des Afro-américains pour leurs droits civiques, c’est-à-dire pour un véritable statut d’égalité au sein de la société américaine.

L’idée était qu’en dépit de textes de lois garantissant cette égalité, les Noirs étaient victimes de conditions sociales plus difficiles, et d’un « racisme systémique » qui constituaient un double handicap à leur réussite professionnelle et sociale. Il fallait donc inciter les employeurs et les universités à passer outre ces considérations pour donner leur pleine chance aux Noirs. Il ne s’agissait pas d’imposer des quotas, mais au contraire d’ouvrir ces institutions à l’ensemble des citoyens américains. Rapidement le concept s’est étendu à la communauté hispanique, et à d’autres minorités ethniques jugées défavorisées, comme les Indiens d’Amérique, ainsi qu’aux femmes. Il s’appliquait principalement dans deux secteurs, l’emploi et l’éducation supérieure.

L’expression va être vraiment popularisée par le président John Kennedy en 1961, quand il signera un décret (executive order 10925) imposant cette pratique pour l’embauche des fonctionnaires fédéraux. A noter que le texte du décret n’imposait pas l’embauche de membres de minorités, mais demandait que l’embauche se fasse « sans considération de race, de religion, de couleur ou d’origine nationale ». L’idée était bien de mettre fin à une forme de discrimination, pas d’en imposer une autre de manière compensatoire. Le gouvernement donnait ainsi l’exemple en matière d’emploi. Ce décret sera repris et étendu dans la loi de 1964 sur les Droits Civiques, imposant la « non-discrimination » comme règle incontournable du gouvernement et de ses contractants.  

A lire aussi : Edimbourg : capitale de la cancel culture ?

Au sein des universités cependant, l’action affirmative va rapidement prendre la forme de places réservées à certaines communautés. Exactement l’inverse de l’intention officielle. Aussi bien Harvard que Yale, deux universités privées parmi les plus anciennes et les plus prestigieuses du pays, vont abaisser les exigences d’admission pour les membres de certaines communautés, dont les Noirs. Toutefois, ils vont le faire de manière insidieuse, en faisant de l’origine raciale ou ethnique un critère parmi d’autres. Ainsi pour postuler à ces universités, il faudra rédiger une lettre de motivation, mettre en avant ses activités extra-scolaires, son engagement comme bénévole auprès de certaines causes, les reconnaissances officielles déjà engrangées pour ses actions, et… mentionner son identité raciale. Sans que le poids accordé à ces différents critères soit précisé.

L’admission ne sera donc plus déterminée par les seules notes aux tests d’aptitude, même si ceux-ci resteront déterminants. Mais, sans le dire officiellement, ces universités accepteront des étudiants issus de minorités avec des scores inférieurs à ceux exigés pour des étudiants blancs ou asiatiques…

Dans la pratique, cette politique sera très efficace et la proportion d’étudiants afro-américains dans ces universités passera rapidement de 3% à 10%, c’est-à-dire à peu près la proportion de la population noire aux États-Unis.

Par contre, lorsque des institutions publiques, comme l’université de Californie, voudront mettre en place un système similaire, elles seront sanctionnées par la loi. La première banderille dans le flan de l’action affirmative viendra en 1978 avec une décision de la Cour Suprême dans le dossier « Bakke ». Alan Bakke était un étudiant dont l’inscription à l’école de médecine de l’Université de Davis, en Californie, avait été rejetée à deux reprises, alors que des candidats noirs avec des scores plus faibles que les siens avaient été admis. Cela avait été possible parce que l’Université réservait un nombre de places prédéterminé à ces étudiants. La Cour Suprême avait jugé la méthode discriminatoire et ordonné l’inscription de Bakke…

A lire aussi : Féminicides : une course de lenteur ?

Toutefois, dans leurs interprétations de la loi, les juges avaient aussi souligné que « si la diversité du corps estudiantin est en soi un objectif majeur, pratiquer l’action affirmative pour parvenir à cette diversité est légal ». Du coup, le mot « diversité » devint instantanément le mot de tous les campus américains. Il ne s’agissait plus de former les meilleurs étudiants du monde, il s’agissait de réunir sur son campus une population qui soit le reflet de la « diversité » rencontrée dans la société américaine.

La décision Bakke eut pour conséquence de rendre illégaux les quotas dans les universités publiques de Californie et de légitimer partout ailleurs une course à la diversité qui allait révolutionner à la fois les codes d’admissions et le contenu de l’enseignement. Car de raciale ou ethnique, la diversité allait devenir aussi « sexuelle », associant parfois les deux, et l’on allait voir fleurir dans les campus, puis dans les administrations dont les postes seraient pourvus par les diplômés de ces universités, des sous-groupes exclusivement définis par leur identité – et soucieux de promouvoir cette identité particulière au détriment des éléments de culture commune…

L’action affirmative dans les universités a ainsi contribué à augmenter la participation des minorités dans les études supérieures, voire au sein d’institutions d’élite, mais elle a aussi favorisé une fragmentation de la société américaine.

Les laissés-pour-compte du système étaient les étudiants blancs et asiatiques ne se revendiquant d’aucun sous-groupe particulier. Leur rejet des programmes d’action affirmative était motivé par la perception d’une discrimination légale à leur encontre. En Californie, ce rejet aura pour conséquence le vote en 1996 de la proposition dite 209 interdisant l’action affirmative non seulement dans les admissions universitaires, mais également dans tous les emplois publics de l’État. Ce ne fut pas une décision de juges non élus, tels ceux de la Cour Suprême, mais le vote d’une initiative populaire approuvée par 55% des électeurs. Elle illustrait un sentiment général négatif aux États-Unis, vis-à-vis de l’action affirmative. Et vingt ans plus tard, une tentative de faire annuler la proposition 209 sera vaincue à nouveau dans les urnes par exactement le même score.

En 2003, la Cour Suprême a pourtant réaffirmé la légalité de cette pratique dans la décision Grutter vs Bollinger. Le texte de la décision rédigée par la juge Sandra Day O’Connor, nommée à son poste par Ronald Reagan, indique que « favoriser des groupes sous-représentés dans le processus d’admission d’une université n’est pas anticonstitutionnel » et que « la loi permet l’application limitée du critère racial, dans le processus d’admission s’il est au service d’un objectif de diversité, celle-ci étant perçue comme un bénéfice pour l’ensemble du corps étudiant ».

La diversité comme leitmotiv, encore et toujours. Et le vague juridique comme principe salvateur car la définition de « application limitée » n’est pas précisée…  

A lire aussi : Quand un pays cesse d’être une patrie

Toutefois, précisait Sandra Day O’Connor dans son opinion, « cette application de la loi doit être limitée dans le temps… Ainsi, la Cour s’attend à ce que d’ici 25 ans le recours aux préférences raciales ne soit plus nécessaire… »

Dès lors, les jours de cette pratique étaient comptés. Dans la foulée de la Californie, huit autres états allaient bannir ces pratiques dont le Michigan et la Floride, l’Arizona ou le Nebraska, des états Républicains, autant que Démocrates. Dès 2014, une plainte était déposée contre Harvard (université privée) et l’Université de Caroline du Nord (université publique) dénonçant la place accordée aux critères raciaux dans les processus d’admission. C’est sur cette plainte que la Cour Suprême vient de statuer. Il aura fallu neuf ans pour y parvenir mais l’élimination de l’action affirmative était écrite. 

Outre le caractère purement juridique de la question (à savoir que le principe même de la préférence raciale est anticonstitutionnel), deux évolutions expliquent cet abandon progressif. La première tient au fait que les objectifs initiaux justifiant la pratique ont été largement atteints. L’intégration de la communauté des Noirs dans la société américaine s’est effectivement faite au cours des soixante années écoulées depuis le décret de John Kennedy. Il existe une bourgeoisie noire aux États-Unis. On rencontre des Afro-américains dans les plus hautes sphères de la vie publique américaine : au Congrès, à Wall Street, dans les banques, dans les hôpitaux, dans les grands cabinets d’avocats. Si des tensions raciales demeurent, c’est principalement la conséquence de la persistance d’un sous-prolétariat noir, vivant de l’assistance sociale et miné par la criminalité, la drogue, et la décomposition familiale.   

La seconde tient au fait qu’un certain nombre d’intellectuels noirs sont eux-mêmes devenus critiques de l’action affirmative. Parmi eux, le juge Clarence Thomas, l’un des deux juges noirs actuels de la Cour Suprême (avec Ketanji Brown Jackson) et les professeurs Shelby Steele et Thomas Sowell.

Le juge Thomas a toujours été critique de cette pratique parce que, pour lui, elle entérine l’idée d’une « victimisation de la communauté noire », l’idée que ses membres ne peuvent pas s’en sortir tout seuls, qu’ils ont « besoin d’aide pour réussir », et bénéficient donc d’un « traitement de faveur », source de ressentiment chez d’autres groupes ethniques.

Shelby Steele, professeur septuagénaire et auteur de nombreux livres et films, estime que cette pratique éloigne les États-Unis de l’idéal formulé par Martin Luther King d’une société « aveugle à la couleur ». Elle produit, au contraire, une société où « tout dépend de la couleur ».

A lire aussi : Parti Socialiste cherche peuple perdu

Quant à Thomas Sowell, nonagénaire brillant, jadis proche de Ronald Reagan, il s’est penché sur les effets pervers de ces pratiques consistant à placer des étudiants noirs dans des programmes trop élitistes, précipitant leur échec et leur désillusion, alors que, s’ils avaient suivi des études moins ambitieuses, ils auraient très bien réussi.

C’est d’ailleurs ce que les observateurs ont constaté en Californie depuis 1996 et l’interdiction de l’action affirmative. Les inscriptions de membres de minorités dans les écoles les plus prestigieuses (et les plus coûteuses) ont diminué. Mais les inscriptions des Noirs dans des universités publiques, plus accessibles, ont considérablement augmenté ainsi que le pourcentage de réussite des étudiants noirs.

Les universités privées n’étant pas tenues de révéler tous leurs critères d’admission, il est possible qu’une forme de préférence raciale continue d’être appliquée, subrepticement, ici et là. L’important est que ce n’est plus la politique officielle du gouvernement américain que de défendre ces politiques. L’idéal d’égalité devant la loi et d’une société non focalisée sur la couleur de peau a marqué un point.

Cet article a paru pour la première fois sur France-Amérique, le blog de Gerald Olivier.

Sur la route de la Maison Blanche

Price: ---

0 used & new available from

Cover Up : Le clan Biden, l'Amérique et l'Etat profond

Price: ---

0 used & new available from

Retour au summer of love

0

Alan Wilson, l’âme de Canned Heat, de Gilles Cornec, est un roman biographique intelligent consacré à la vie trop courte d’un chouette chanteur de blues lunaire.


Auteur de deux essais pertinents, L’Affaire Claudel (1993), Gilles ou le Spectateur français  (1999), et d’un récit passionnant, Le Miroir du Tour (2003), mêlant son amour profond pour le cyclisme et le Tour de France à des souffrances humaines personnelles, Gilles Cornec nous conte avec ce nouvel ouvrage l’histoire d’Alan Wilson et de Canned Heat, un groupe de rock célèbre, de la fin des sixties et du début des seventies, au même titre que les Doors, Jefferson Airplane, Grateful Dead ou Quicksilver Messenger Service. Mais ce qui caractérise vraiment ce groupe considéré à juste titre comme l’un des meilleurs du monde par l’auteur Philippe Paringaux, le plus grand critique et écrivain de rock français, ce sont les racines de sa musique: le blues du Delta et le boogie.

Le Delta blues, l’un des tout premiers styles de musique blues, tient son nom de la région en forme de delta située au nord-ouest de l’État du Mississippi entre le fleuve Mississippi et la rivière Yazoo et les villes de Vicksburg et Memphis, et s’étendant sur 300 kilomètres[1]. La guitare, le plus souvent jouée avec l’aide d’un bottleneck, et l’harmonica sont les instruments les plus utilisés, tandis que les voix peuvent être à la fois très mélancoliques et fiévreuses.

Récit passionné et documenté de la vie d’Alan Wilson et du groupe Canned Heat, ce livre nous plonge dans la langueur et la fièvre, la joie et les délires, l’incandescence et le goût amer de la cendre dans la bouche de cette époque hippie où la musique, la frénésie sexuelle, la paix, l’amour de la nature mais aussi les ravages des drogues et de l’alcool ont fait vibrer toute une génération de jeunes Américains et Européens.

Nous suivons les pérégrinations d’Alan Wilson (surnommé Blind Owl) – guitariste, harmoniciste et chanteur du groupe, qui possédait un sens et une ferveur innés pour le blues – et de ses compères: Bob Hite (The Bear) leur deuxième et fameux chanteur, immense plantigrade dansant, Henry Vestine (The Sunflower), l’excellent lead guitariste survitaminé et illuminé, Larry Taylor (The Mole), le plus grand bassiste du rock et Adolfo (Fito) de la Parra, le batteur aux rythmes secs et endiablés.

Mais le récit se focalise surtout sur la chouette aveugle, le lunaire Alan Wilson, cofondateur (avec Bob Hite) et véritable âme du groupe ; amoureux fou de la nature, des oiseaux, des nuages, des arbres – il vénère les gigantesques séquoias – ; passionné et connaisseur pointilleux du blues noir américain du delta (Sun House, Skip James, Robert Johnson, John Lee Hoocker, Mississippi John Hurt, Muddy Waters…) mais aussi amateur de musique atonale et contemporaine ; lecteur fervent de Walden où la vie dans les bois de Henry David Thoreau, des Rêveries du promeneur solitaire de Rousseau, de Jean de La Fontaine – savoureux passage où Wilson lit la fable, « L’Ours et l’Amateur des jardins »  – ; capable de donner des explications pointues sur les plantes, la météo, la forme des nuages, les arbres ou de tenir des discours tactiques sur le football américain dont il se fiche éperdument. Il est le compositeur des deux plus grands succès du groupe: « On The Road Again » et « Going Up The Country », hymnes de l’ère hippie connus de tous les amateurs de rock. On y croise les bluesmen Sun House, Skip James et John Lee Hooker, John Fahey, l’excentrique guitariste classique et de folk contemporain, Patricia Krenwinkel, Susan Atkins et Charles Manson les assassins de Sharon Tate et de ses amis, les flower people joyeux et délurés se rendant à Woodstock…

A lire aussi : Jean-Jacques Goldman : heureusement, il n’est pas comme nous…

Ce récit, assurément, est une œuvre littéraire puissante, écrite dans une superbe langue française riche et intelligente, structurée par une mise en scène formelle très inventive, cadencée par les mesures du blues et les riffs du rock. Jamais, un roman français n’avait aussi bien décrit la force de la musique blues rock, la beauté, la douceur, mais aussi la folie, la joie et la tristesse de ces années d’amour et de paix. Un parfum d’humus des forêts, les chansons mélancoliques du blues du delta, les tensions électriques du blues psychédélique, un vent d’amours et de folles libertés et un spleen d’espérances vives, mais déçues, nous accompagnent pendant la lecture de ce juste et enthousiasmant ouvrage. Lisez cette belle déclaration d’amour à Alan Wilson, laissez-vous porter par ce roman solaire, le plaisir de conter de l’auteur, c’est du grand art!


[1] Le terme « delta » induit souvent une confusion avec la région du delta du fleuve Mississippi en Louisiane. Cette région plate et fertile de population à forte majorité noire est dominée par la culture du coton. Elle est le véritable berceau du blues. La plupart des pionniers du blues y sont nés.

Alan Wilson, l'âme de Canned Heat

Price: ---

0 used & new available from

Parti Socialiste cherche peuple perdu

0

Actuellement, les programmes des universités d’été des différents partis politiques nous réservent bien des surprises. Celui du Parti Socialiste n’est pas en reste. Décryptage de Philippe David.


Les vacances d’été touchent à leur fin et les universités d’été des partis politiques, qui ne représentent plus grand chose par rapport à celles d’il y a vingt ou trente ans, vont ouvrir leurs portes.

On ne parlera pas de celle des Verts qui, entre Médine et véganisme obligatoire, a fait couler beaucoup (trop ?) d’encre, mais de celle du Parti Socialiste, ou de ce qu’il en reste, qui se tiendra du 25 au 27 août dans la belle ville de Blois, préfecture de Loir et Cher comme dit la chanson.

Une université d’été dont la première priorité, si on lit le programme co-signé par Olivier Faure, Premier secrétaire, et Nina Karam-Leder, Secrétaire nationale à la programmation des grands évènements, est « Retrouvons le peuple ».

« Retrouvons le peuple »… vaste programme qui connaîtra son apogée lors de la dernière table ronde, programmée le samedi 26 à 18h15, une table ronde dont le thème est, accrochez-vous bien, « La France péri-urbaine est-elle la France des beaufs ? ».

Oui vous avez bien lu, cette France péri-urbaine, baptisée « France périphérique » par Christophe Guilluy dans un livre que manifestement personne n’a lu parmi les huiles du PS, va donc être abordée sous un prisme qui ne fleure pas du tout le mépris de classe, voire la francophobie, un beauf pour le Larousse étant « un type de Français moyen réactionnaire et raciste, inspiré d’un personnage de bande dessinée ».

Une table ronde qui doit être animée par Mélanie Thomin, députée PS du Finistère. Sa présence n’étant pas confirmée, on peut lui conseiller d’avoir piscine ce jour-là, cette table ronde ayant une thématique aussi peu ragoutante que les plages de son département après le naufrage de l’Amoco Cadiz…

A lire aussi: Les vandales ont-ils brisé le plafond de verre du RN?

Bref, la question de la dernière table ronde de cette université d’été est donc « la France péri-urbaine est-elle la France des réacs et des racistes ? ». Une thématique dont on pourrait extrapoler certaines questions. « Réacs, racistes. Faut-il créer un cordon sanitaire avec la France péri-urbaine  ? » ou encore « Ils sentent mauvais, ils ont du mal à boucler les fins de mois et ils votent mal : avez-vous encore envie de vivre avec eux ? » ou enfin « Les beaufs de la France péri-urbaine ne votent plus socialiste : pourquoi sont-ils aussi bêtes ? », version française d’un vers de Bertolt Brecht dans le poème « Die Lösung », la solution : « Puisque le peuple vote contre le gouvernement, il faut dissoudre le peuple ». 

Je ne sais pas qui a eu l’idée de cette table ronde mais j’ai comme le sentiment qu’elle ne va pas aider le Parti Socialiste à « retrouver le peuple ». Comme dirait un vieux proverbe, « On n’attire pas les mouches avec du vinaigre », de la même manière qu’on n’attire pas les électeurs en leur crachant à la figure.

Avec les 1,75% d’Anne Hidalgo à la dernière présidentielle, tous les analystes politiques pensaient que le PS ne pourrait pas descendre plus bas. Erreur d’appréciation, il fait tout pour passer sous la barre des 1% et, vu les efforts fournis, ne devrait pas tarder à y arriver.

Et à force de creuser, il ne devrait pas tarder à trouver du gaz de schiste, ce qui risque de causer une nouvelle crise au sein de la NUPES avec les écologistes et la France insoumise.

Alors, bon séjour dans le Loir et Cher aux participants de cette université dont on peut penser qu’ils n’iront pas marcher dans la boue avec les beaufs, comme chantait le grand Michel Delpech !

Crimes contre la féminité

0
Sandrine Rousseau (en bas à droite) et Mathilde Panot (en haut, au centre) aux Questions au gouvernement, 27 juin 2023 © Jacques Witt/SIPA

Le poison létal inoculé par la milice de la pensée verte-rouge-LGBT, commence à infuser le fragile cerveau des ados. Oh, pas une majorité, mais une part non-négligeable de la jeunesse part à la chasse aux garçons dragueurs et mateurs. Le terrain de jeu des primes amourettes de l’été était cette année miné par la surveillance de la police des mœurs prépubères.


Il faudra bien qu’un jour, Sandrine, casaque verte, toquée poivre et sel, Mathilde, casaque rouge, queue de percheron et consœurs pas sortables, comparaissent un jour pour crimes contre la féminité.

Alerte à Malibu. Le cheveu court, en brosse, piercings, short de foot, marcel, collier anti puces, Doc Marteens, tatouages qui n’incitent pas à apprendre à lire, la canette de bière tiède, c’est le tableau des jeunes surveillantes de plage cette année. Avec l’aisselle “forêt noire” pour s’assurer que les garçons optent définitivement pour la pêche en haute-mer à parcours-sup. À regretter que le burkini ne soit pas obligatoire pour certaines. Heureusement, il reste aux gamins l’image des Italiennes pour monter le piquet de tente. Elles sont tellement chargées en femellité, qu’elles ne sont pas prêtes à se transformer en hyènes tondues, le bronzage maçon portugais, le mollet du cycliste slovène, la sape du punk à chiens, la classe du parasol Orangina.

A lire aussi: Haro sur les hétéros!

Adocides. En matière de féminicide, il n’y a pas que les trop nombreuses femmes qui tombent sous les coups d’ordures avinées. Il y a cette brigade de dindes qui rend suspects la féminité, la virilité, l’harmonie entre les sexes, pour qu’in fine les hommes et les femmes qui vivent aujourd’hui côte à côte, se retrouvent demain face à face. Dès aujourd’hui on constate, chez certaines ados, les dégâts causés par la folle entreprise de ces idéologues. Elles veulent la fin du slip kangourou, la mort du taureau, les couilles du torero, la queue du boucher. Plus de taureaux, plus de veaux… des vaches à perte de vue.

Femmes de ménage. Elles ont fait le ménage, balayé les femmes qui se sont imposées aux hommes par leur talent, leur personnalité, leur féminité. Balayées les Françoise Hardy, Véronique Sanson, Sagan, Deneuve, Duras et toutes nos mamans, qui en provoquant l’admiration ont fait plus pour la place des femmes que la croisade des pas finies.

Qu’on ne s’y trompe pas, leurs aboiements expriment moins la haine des hommes que la peur de n’être plus regardées.

Annie aime les sucettes et Bécassine les poneys

0
Image d'illustration Unsplash

Les poneys devraient disparaitre des parcs de la capitale. Pour nos enfants, finies les balades à dos de poney, après les pressions exercées par l’association PAZ (Promotion des zombies). «L’horizon de 2025 va permettre de poursuivre le travail avec tous les acteurs pour définir collectivement un nouveau modèle de rapport aux poneys, plus respectueux de l’animal», a depuis nuancé Christophe Najdovski, adjoint à la Mairie de Paris.


Bécassine aime les poneys. Surtout ceux des Buttes-Chaumont qui, le mercredi et le week-end quand il fait beau, ont droit à leur sortie et à leur dose d’humanité. Sous la forme de caresses sur le museau ou sur les flancs prodigués par des enfants qui avancent la main en tremblant, un peu effarouchés à l’idée de toucher une BÊTE, puis, qui osent enfin vaincre leur peur et finissent par se réjouir du contact avec du poil bien dru. Sans compter la grande aventure qui consiste à monter dessus, autre occasion pour montrer son courage. Et à se tenir bien droit durant la promenade autour du lac, pour la bonne image de soi. Bécassine se souvient avec bonheur de la première fois où son petit-fils aîné a enfilé la charlotte en gaze qu’on doit mettre sous le casque et qui lui donnait l’air d’un Schtroumpf. Il était bien content que la petite fille (une tête de moins que lui) juste avant dans la queue, ait choisi le grand, car, pour lui, comme il le dit bravement, « le grand est encore un peu grand pour moi, le petit me va très bien. » Bécassine l’avait trouvé honnête, ce garçon. Et elle se souvient aussi de ce que sa main manquant assurément d’autorité, le poney virait de bord pour aller boulotter le feuillage alentour.

Retour à l’écurie

Tout cela, c’est fini. Tout cela appartient désormais à un monde révolu, car des animalistes ont décidé qu’on imposait ainsi une souffrance aux animaux ; qu’on ne leur avait d’ailleurs pas demandé leur avis, et que ne pouvant le donner, on ne pouvait se permettre une pareille maltraitance à leur endroit. Et ils ont réussi, les bougres, à convaincre la mairie de Paris de cela !

A lire aussi, Jonathan Siksou: Paris ne sait plus quoi faire de ses migrants

Comme si cela ne leur faisait pas une sortie, aux poneys, qui devaient, le reste du temps, être enfermés dans leur box ou tourner en rond dans leur enclos. Et comme si cela ne leur faisait pas du bien d’être caressés par des petites mains poisseuses de barbe à papa mais précautionneuses dans le toucher, sans compter le parfum de la friandise qui devait forcément réjouir leurs naseaux. Et comme si, finalement, les poneys n’avaient pas envie (qu’est-ce qu’ils en savent, les animalistes?!) de la présence des humains. Et sans compter, enfin, le bien que cela fait à des enfants qui n’ont pas l’occasion si souvent d’approcher un animal et de faire connaissance avec lui.

Ils ont gagné, ces défenseurs acharnés de la cause animale qui confondent les vrais problèmes d’élevage et d’abattage avec une activité non nuisible à l’œil nu ! Et Bécassine pense qu’en fait, ces gens ont du mal avec le plaisir ; celui des petits et elle le répète, celui des animaux aussi !

Elle, elle serait un poney, elle aimerait bien qu’on lui caresse le museau et les flancs. Bon, la barbe à papa, peut-être pas, elle trouve cela écœurant… Mais c’est tout !

Aymeric Caron s’en prendra bientôt aux caniches des mémères

Mais il est vrai que la cause animale finit par priver de bon sens des gens censés en avoir. Il paraît qu’un député – Aymeric Caron pour ne pas le nommer – a pris la défense des moustiques ; de la « maman » moustique qu’il ne fallait pas écraser car elle était en train de vous pomper votre sang pour ses «  bébés », lesquels risquaient de mourir de faim. Ah ouais ?! Sans blague! On voit bien qu’il n’a pas vécu sous les Tropiques ou même en région chaude et humide, parce que Bécassine, côté moustiques, on ne la lui fait pas, elle revient de loin à ce sujet. En fait, elle est souvent revenue de l’île de la Réunion où les moustiques parvenaient très bien à entrer dans la moustiquaire mais ne trouvaient plus le chemin de la sortie ; ce qui fait qu’ils s’en donnaient à cœur joie toute la nuit sur sa peau. Et Bécassine, de retour à la capitale, passait un mois à se gratter, à se faire des plaies et des croûtes. Oui, M. Caron, des croûtes énormes et d’un diamètre imposant à faire refluer tout amant potentiel. Alors, les moustiques, c’est à la tatane qu’elle les écrase, et avec une joie non dissimulée !

A lire aussi, Anne-Sophie Chazaud: Chez l’homme rien de propre?

Bientôt, elle se dit qu’on va s’en prendre aux chiens à leur mémère ! Elle ne devrait peut-être pas le dire, des fois que cela leur donne des idées, aux animalistes. Parce que la laisse, parce que le collier, parce que l’enfermement dans l’appartement exigu de la vieille dame, parce que quatre promenades par jour (deux pour les besoins, deux pour le plaisir de se renifler les uns les autres), ce n’est pas suffisant etc. Et ne parlons pas des chats, ni des hamsters en cage… Bref, soyez en certain, bientôt, les animalistes vont les priver des joies qui ne font pas de mal à ceux qui les procurent et encore moins à ceux qui en bénéficient.

À la fin, il ne restera plus aucun animal dans les parcs  (les canards, les cygnes, tout ça…) Bientôt, il n’y aura plus de bête alentour. Que des moustiques !


Si la mairie de Paris est décisionnaire pour l’ensemble des jardins publics où des poneys trottaient, elle ne l’est pas pour ce qui concerne le jardin du Sénat, le Luxembourg. Gérard Larcher n’a pas encore donné son avis à ce sujet, mais je suis sûre que s’il s’engage à ne pas monter dessus, il permettra aux petits Parisiens de continuer de le faire, pour l’agrément de tous, poneys compris • 

Haro sur les hétéros!

0
Marche des fiertés à Munich, 13 juillet 2019. "Les garçons ne seront pas toujours des garçons".

Les hétérosexuels perpétuent une réalité biologique : l’attirance entre les sexes opposés, nourrie par l’amour et l’instinct de reproduction. Intolérable, selon les néoféministes et autres militants trans et LGBT qui pointent un patriarcat à abattre. Ces thèses, défendues par une poignée d’universitaires dans les années 1970, sont désormais relayées par des millions de personnes sur les réseaux sociaux.


Dans le roman d’Anthony Burgess, La Folle semence, l’auteur de L’Orange mécanique imagine un monde où, à cause de la surpopulation, l’hétérosexualité est persécutée par l’État. Nous nous trouvons actuellement au seuil d’un monde où l’hétérosexualité risque d’être proscrite, malgré la chute dramatique du taux de natalité en Occident, pour des raisons purement idéologiques. Depuis une cinquantaine d’années, l’hétérosexualité subit un assaut frontal d’idéologues qui veulent la détruire. Aujourd’hui, ces attaques, continues et grandissantes, coïncident avec une série de pressions sociétales, économiques, technologiques et démographiques qui menacent la solidité d’une institution culturelle fondée sur la réalité biologique. Si l’assaut est mené par des propagandistes fanatisés appartenant aux milieux activistes et universitaires, le message de ces derniers est relayé par des idiots utiles dans les médias, les maisons d’édition et sur des plateformes comme TikTok. Ces béni-oui-oui veulent faire avancer leur carrière ou se donner une image vertueuse. C’est ainsi qu’un ruisseau de publications et de conférences dans les années 1970 et 1980 est devenu un torrent qui, à coups de fausses thèses scientifiques, de fictions mensongères et de contradictions hypocrites, exerce une influence néfaste jusque dans les écoles, les manuels médicaux et les chambres à coucher.

À bas les pères !

On peut définir l’hétérosexualité par le lien fort, quoique non inévitable, entre trois éléments : l’attraction érotique vers des personnes du sexe opposé ; la procréation ; et la constitution d’un couple dans le but éventuel d’élever des enfants au sein d’une famille. Selon les idéologues, ces trois éléments constituent le fondement même du patriarcat. Car ce dernier ne se réduit pas à une simple forme d’organisation socioéconomique, d’ordre féodal ou capitaliste. Il repose sur la sexualité. Les hommes tiennent les femmes par le sexe, en les persuadant qu’elles sont attirées par les mâles dont elles doivent servir les intérêts, tant sexuels qu’économiques. Marx et Engels avaient critiqué la famille bourgeoise, considérée comme une institution hypocrite où le travail des femmes est exploité par les hommes. Mais ils ne rejetaient pas la famille en soi et encore moins l’hétérosexualité. L’extension du marxisme au domaine érotique arrive à l’époque de la libération sexuelle.

En 1970, paraissent deux ouvrages clés dont la plupart des concepts sont devenus monnaie courante aujourd’hui : Sexual Politics de l’Américaine Kate Millett, et La Dialectique du sexe de la Canadienne Shulamith Firestone. La première interprète les rapports entre les sexes comme des rapports de classe et voit dans l’hétérosexualité un système de domination et de soumission. Les rôles sexuels ne sont pas naturels, mais appris. La seconde appelle à mettre fin à toute différenciation entre les individus par les organes sexuels et même à libérer la femme de la maternité par l’invention d’utérus artificiels.

A lire aussi : Cause des femmes, cause des hommes, cause de l’enfant

En 1980, deux autres publications viennent étayer ces propositions. Selon La Contrainte à l’hétérosexualité et l’existence lesbienne, essai de la poétesse américaine Adrienne Rich, tout dans la culture et les sciences est fait pour imposer l’hétérosexualité comme norme. Dans La Pensée straight, Monique Wittig proclame que les concepts d’homme et de femme « doivent disparaître politiquement, économiquement, idéologiquement ». Quand Judith Butler publie Trouble dans le genre en 1990, avec sa théorie du genre comme performance, elle enfonce une porte déjà largement ouverte.

Comphet et testostérone

L’expression utilisée par Rich en anglais, « compulsory heterosexuality » (« hétérosexualité obligatoire »), qui anticipe le concept d’« hétéronormativité » forgé par l’universitaire Michael Warner en 1991, fait fureur aujourd’hui auprès des jeunes sous la forme d’une abréviation : « comphet ». Des vidéos portant ce hashtag sur TikTok ont engrangé 195 millions de vues. Le terme sert d’invitation à s’interroger sur sa sexualité avant que la société impose la norme hétéro. Des listes de questions circulent sur internet prétendant permettre aux adolescents de mieux décider s’ils ne sont pas LGBT plutôt qu’hétéro. Aux États-Unis, des sondages récents indiquent que deux fois plus de jeunes s’identifient comme non-hétéros qu’il y a dix ans. Il se peut bien que plus d’homosexuel(le)s fassent leur coming out, mais c’est aussi le signe que l’image de l’hétérosexualité est devenue tellement ringarde, voire négative que la nouvelle génération hésite à l’assumer.

L’essai de Wittig, qui se termine par la déclaration « les lesbiennes ne sont pas des femmes » (dans la mesure où elles ne participent pas au système de différenciation entre les sexes), a donné lieu à un mouvement de « séparatisme » par lequel des lesbiennes – à l’instar d’Alice Coffin – se coupent du monde hétérosexuel. Plus radicale et plus fidèle à l’esprit de Wittig est la vision promue par la « transpédégouine » (sa traduction de queer) Juliet Drouar, dans son livre de 2021 Sortir de l’hétérosexualité. Pour elle, à la place d’hommes et de femmes, il ne devrait y avoir que des personnes. La sortie en question conduirait à un univers indifférencié peuplé par des êtres non genrés qui transforment leur corps selon leur gré. Depuis Millett et Rich, la stratégie pour nier le caractère « naturel » de l’hétérosexualité consiste à y voir le résultat d’une propagande patriarcale. Mais Drouar explique les différences entre les sexes par un programme d’« eugénisme ». Elle reprend l’hypothèse de l’anthropologue Priscille Touraille, selon laquelle les hommes préhistoriques auraient privé les femmes de viande pour qu’elles deviennent plus petites. Il s’agit de spéculations douteuses : chez la plupart des mammifères, le mâle est plus grand que la femelle. Mais ce que l’homme a fait par la nourriture, sa technologie peut le défaire par les hormones. Drouar préconise la prise de testostérone pour compenser la féminisation du corps. Elle s’inspire de l’exemple de l’universitaire Paul B. Preciado, né Beatriz, l’ancienne compagne de Virginie Despentes, qui raconte sa transition sous l’effet de l’hormone dans Testo junkie : sexe, drogue et biopolitique de 2008. Malgré leur rejet du monde capitaliste, ces auteurs comptent sur le complexe pharmaceutico-industriel pour régler leurs problèmes. Cet univers où l’hétérosexualité est remplacée par une sorte d’omnisexualité est le reflet parfait de notre consumérisme hypermarchand. Les élucubrations de Drouar sont relayées par la presse, par exemple dans les chroniques et tweets de la « sexperte » du Monde, Maïa Mazaurette. Les spéculations de Touraille sont présentées comme argent comptant par la journaliste Nora Bouazzouni dans son livre de 2017, Faiminisme. Quand de telles folies viennent occuper une position extrême sur le continuum idéologique, des idées plus raisonnables sont poussées vers l’autre extrême. C’est ainsi que, aujourd’hui, défendre l’hétérosexualité est catégorisé comme le propre de l’extrême droite.

A lire aussi : Au pays des fous

À bas les mères – et les enfants !

S’il est évident que les pères sont les grands méchants de l’histoire, la notion de maternité est également mise à mal. Pour les queers, les femmes hétéros sont des traîtres à la cause et toute valorisation par elles du rôle de mère souligne cette trahison. Les militants du genre exercent une pression sur les hôpitaux et les médecins pour remplacer le mot de « mère » par « personne avec utérus », « personne enceinte », « personne qui menstrue ». Simultanément, avec la GPA, la femme devient un utérus à louer, encore selon une logique hypermarchande. Le rôle de mère peut être scindé en trois : celle qui donne l’ovule ; celle qui porte et accouche de l’enfant ; et celle qui l’élève (si elle est différente de la première). Le vieux rêve faustien de la création d’un utérus artificiel est l’objet de projets de recherche scientifique. Une transplantation d’utérus entre deux femmes (dont une morte) a déjà eu lieu. Les chercheurs travaillent dans le sens d’une transplantation entre des personnes biologiquement féminine et masculine. Pas besoin d’un couple hétéro pour élever l’enfant : le « queer parenting » par des couples homosexuels ou transgenres devient tendance, comme l’explique Gabrielle Richard dans Faire famille autrement (2022). Les hétéros deviennent superflus, ce qui rend moins graves peut-être les difficultés qu’éprouvent les jeunes à trouver un partenaire du sexe opposé. Depuis MeToo, les hommes sont moins entreprenants, tandis qu’on organise des soirées en non-mixité pour les femmes qui ne veulent pas être importunées par les regards, commentaires et sollicitations des hommes. Le recours aux applis de rencontre en ligne augmente le stress et favorise la dépression chez les jeunes. Cette crise de l’hétérosexualité a lieu sur fond d’effondrement de la natalité dans le monde. Selon l’ONU, le taux de naissance était de cinq par femme en 1950. Il a chuté à 2,7 en 2000, à 2,3 en 2021 et tombera à 2,1 d’ici 2050. Aujourd’hui, c’est comme si l’être humain contemporain ne vivait que pour lui-même, tandis que ses ancêtres vivaient bon gré mal gré pour les générations futures.

Capture d’écran de TikTok, avec le hashtag #comphet. Le terme renvoie à l’expression de compulsory heterosexuality (« heterosexualité obligatoire »), forgée par la poétesse Adrienne Rich.

Bad sex

La lutte contre la contrainte à l’hétérosexualité oblige à recruter de nouvelles personnes queers dès le plus jeune âge. À l’école, les élèves sont invités à questionner leur genre et on envoie des drag-queens dans les maternelles pour les sensibiliser – ou plutôt les sexualiser. Car il est difficile de séparer les questions de genre et de sexe. Cette exposition à la sexualité s’ajoutant à la découverte de la pornographie sur internet par des jeunes de 10 ans, on assiste à un véritable saccage de l’enfance. Certains prétendent que les enfants ont leur propre sexualité, mais ce n’est pas celle des adultes que, dans le passé, ils ne découvraient que petit à petit et à leur manière. Le recrutement passe aussi par une présentation négative de l’érotisme hétérosexuel qui serait triste, ennuyeux et conflictuel. Les grandes perdantes seraient les femmes qui souffrent de l’« orgasme gap » ou fossé de l’orgasme. Différentes études donnent des chiffres variables, mais les femmes disent avoir moins d’orgasmes que les hommes. Il s’agit de la vieille querelle sur les orgasmes vaginaux et clitoridiens. La faute incomberait à la préférence des hommes pour la pénétration, qualifiée par Maïa Mazaurette de « McDo du sexe ». Martin Page, dans son Au-delà de la pénétration de 2020, la décrit comme l’acte dominateur d’hommes capitalistes, carnivores et pollueurs. À part la pratique du cunnilingus et le recours aux sextoys, ces experts ont peu à recommander. Reste que les lesbiennes auraient plus d’orgasmes que les femmes hétéros, fournissant un bon argument pour les recruteurs. Un autre point d’attaque consiste à ébranler l’image macho des hommes hétéros. Page affirme que ces derniers refusent de « se penser comme un être pénétrable ». La solution est le chevillage, mot popularisé par Mazaurette, qui consiste à se faire enculer par une femme avec un godemichet. Une BD sortie cette année, L’Homme pénétré, prétend que, en 2019, un Français hétéro sur deux aurait pratiqué le chevillage. Allant plus loin, l’universitaire américaine, Jane Ward, affirme dans son ouvrage de 2015, Not Gay: Sex between Straight White Men, que l’homosexualité est constitutive de l’hétérosexualité masculine. Cette année, Léane Alestra a tenté la même démonstration avec moins de brio dans Les hommes hétéros le sont-ils vraiment ?

Une autre stratégie consiste à exprimer de la pitié pour les hétéros. C’est le programme de Jane Ward dans The Tragedy of Heterosexuality de 2020 où elle exhibe une compassion condescendante, non seulement pour les femmes hétéros en manque de satisfaction, méprisées par leurs partenaires, mais aussi pour ces derniers qui n’arrivent pas à aimer leurs femmes comme il faudrait. Le salut des hétéros consiste à admettre leur défaite devant le monde merveilleux des queers. Pourtant, le résultat de tous ces discours obsessionnels sera la mort, non de l’hétérosexualité, mais de la sexualité tout court. Cette dernière a besoin d’une part de mystère, de spontanéité et d’imprévisibilité qui est en train de disparaître. Comme l’avait prévu Jean Baudrillard en 1977, nous sommes floués par une « simulation du sexe » qui compense l’absence grandissante d’une vraie sexualité.

Jean-Luc Mélenchon non, un autre, non-plus…

0
TOURCOING : JEAN LUC MELENCHON. FRANCOIS GREUEZ/SIPA

Après Mélenchon, plus d’une personne s’interroge sur l’identité du prochain candidat de gauche aux présidentielles de 2027. D’autres souhaiteraient qu’il n’y en ait pas. Le billet de Philippe Bilger.


Quelle décontraction de s’abandonner à des analyses qui rassurent et ne vous concernent pas directement !

Au risque de m’abandonner à des paris discutables, je vais quitter le camp conservateur et libéral largement entendu, dans lequel le vainqueur de 2027 se trouvera, je l’espère, pour tenter une incursion dans la cause adverse – dont la défaite future ne me fera pas de peine.

En effet, considérant tous les candidats de la droite et du centre déjà déclarés, probables, possibles, il me paraît évident que la joute présidentielle, dans sa lutte finale, pourra mettre aux prises notamment Marine Le Pen, Gérald Darmanin, Edouard Philippe, Bruno Le Maire, Laurent Wauquiez, David Lisnard, Xavier Bertrand, Jean Castex peut-être… C’est dans ce vivier que le peuple français choisira celui ou celle (je maintiens le point de vue de mon billet du 18 juillet 2023: « Avec Marine Le Pen, en 2027 pas deux sans trois ?« ) qui aura l’honneur de le représenter.

De l’autre côté, pour la Nupes, on serait passé « de l’euphorie à la désillusion » (Le Parisien) et on s’interrogerait sur « qui, à gauche, veut détrôner Jean-Luc Mélenchon » (Le Figaro).

A lire aussi : Parti Socialiste cherche peuple perdu

Qu’on me permette de douter non pas de la qualité (quoique très largement inégale à mon sens) de ces personnalités mais de la plausibilité de leur victoire en 2027 : qu’il s’agisse d’Eric Piolle, de Clémentine Autain, d’Olivier Faure, de Fabien Roussel, de Sandrine Rousseau, de Carole Delga, de François Ruffin ou de Bernard Cazeneuve. On pourrait me juger, au moins pour quatre d’entre elles, bien superficiel et précipité dans mon appréciation, mais pourtant je ne la crois pas fausse.

François Ruffin est et a une nature singulière qui a compris, sur le tard, que LFI faisait fausse route en négligeant la part sociale et populaire de la politique et en méprisant le registre régalien de l’Etat. Il a un talent qui n’est ni classique ni conventionnel, et cela lui donne à bon compte une réputation de trublion officiel d’avenir. Mais la pire des choses lui est arrivée avec ce qu’on pourrait qualifier de laissez-passer délivré par Jean-Luc Mélenchon. Une manière subtile de le surveiller en lui laissant apparemment la bride sur le cou.

Clémentine Autain a eu le courage en plusieurs circonstances de s’opposer à Jean-Luc Mélenchon, à ses pratiques totalitaires et à ses choix partisans. Ce n’est pas rien. Mais sa vision sociale, politique et sociétale n’est guère éloignée de celle de Jean-Luc Mélenchon et il me semble que son bagage est trop mince pour représenter autre chose qu’une belle espérance pour les siens, avec sa douceur trompeuse et sa dureté dogmatique et médiatique.

Carole Delga a sa région pour elle, c’est sa seule preuve, son argumentation exclusive. Son pragmatisme peut séduire, mais le socialisme qui lui reste inspire la méfiance. Je ne la vois même pas, en étant optimiste, capable de faire un parcours à la Ségolène Royal en 2007 ! On risque de déchanter : bonjour les Delga !

A lire aussi : Féminicides : une course de lenteur ?

Fabien Roussel inspire la sympathie, on m’assure qu’il la mérite. Il a redonné des couleurs au parti communiste et à l’exception d’étranges prudences sur Staline, il bénéficie, grâce à son parler-vrai sur certains sujets et à son bon sens qui s’accorde avec celui d’une majorité de Français, d’une adhésion forte mais qui ne lui garantira aucune avancée réellement politique. On l’aime bien même s’il est communiste. Pas parce qu’il l’est. Le fait qu’il ait senti d’emblée le traquenard de la Nupes est un plus pour sa lucidité : il n’est pas neutre que, dans la gauche et l’extrême-gauche, Fabien Roussel apparaisse comme une embellie !

Alors reste la brillante, insupportable, clivante et dangereuse personnalité de Jean-Luc Mélenchon. On a tellement dit qu’il était éloquent, qu’il avait une immense culture historique, qu’on a fini par oublier qu’il relevait de l’ancien monde où il ne jurait que par François Mitterrand. Son hystérie révolutionnaire qui a pris la relève n’est destinée qu’à donner le change : elle marche, puisqu’elle est prise au sérieux et que ses injonctions enflammées et ses délires parfois si peu républicains font de l’effet sur des esprits déjà convaincus et chauffés à blanc. François Mitterrand cachait mieux le mépris qui l’habitait et qu’il distillait plus finement.

Si l’un des quatre que j’ai mentionnés plus haut lui damait le pion, le détrônait à gauche, je serais évidemment heureux de constater la mise à bas de son impérieux narcissisme, mais j’avoue mon inquiétude car il est précisément protégé par la relative faiblesse, tactiquement et stratégiquement, de ses concurrents. Son bouclier est son arrogance d’autant plus exprimée qu’il n’est plus en terrain conquis et muet.

Depuis la réélection d’Emmanuel Macron, qui ne sait pas que Jean-Luc Mélenchon mettrait la France à feu et à sang avant même que sa politique y pourvoie?

Notre pays n’est pas si généreux en belles nouvelles pour qu’on néglige ce futur démocratique : en 2027, nous ne l’aurons pas à la tête du pays. Un autre non plus…

Le Mur des cons

Price: ---

0 used & new available from

Houellebecq, prophète de l’islamodroitisme ?

0
Michel Houellebecq en Espagne, septembre 2019 © REX/SIPA

Le propre des chefs-d’œuvre, c’est de permettre une pluralité d’interprétations et d’approches. A cet égard, un grand roman comme Soumission de Michel Houellebecq n’est pas une exception, bien qu’il parle de notre actualité politique et sociale. Le romancier Mayeul Tur y trouve une richesse peut-être inattendue.


On retient généralement du roman Soumission de Houellebecq l’image d’une sorte d’apocalypse civilisationnelle. Même un gauchiste fini ne pourrait envisager sans trembler une France islamique. Et pourtant, ce roman contient une autre idée, ou plutôt un autre regard sur ce changement de paradigme. Celui de l’universitaire réactionnaire Robert Radiger, qui s’en réjouit. Contrairement au narrateur, François, qui pense surtout aux avantages de la polygamie, non sans donner quelque légèreté comique au roman, Radiger voit dans l’islam un moyen de sauver l’Occident de sa décadence. Y a-t-il dans Soumission comme un autre roman qui titrerait moins élégamment Rémission, le roman de l’islamodroitisme?

Le frère ennemi de l’islamogauchisme?

Ce mot n’est pas totalement inconnu des Français. Le plus souvent, on y voit une simple complaisance électoraliste ou clientéliste envers les mouvances islamiques. Mais souvenons-nous que son équivalent à gauche, le fameux islamogauchisme, ne se limite pas à fermer les yeux pour obtenir des votes ou la paix sociale. Il consiste aussi et surtout à faire alliance contre le bouc émissaire blanc. De même l’islamodroitisme pourrait-il réunir conservateurs et musulmans autour de valeurs communes. À partir de là, toutes les nuances sont possibles. Car, à côté de l’islamodroitisme défini par Pierre-André Taguieff comme l’alliance de l’extrême droite et des islamistes contre les juifs (et contre les homosexuels), il y a de la place pour un autre islamodroitisme dépourvu d’antisémitisme ou de culte de la violence, à savoir celui de Radiger qui, nostalgique du patriarcat, se convertit à l’islam et fait son miel de l’immigration massive pourvoyeuse de sang neuf conservateur. Il y aurait de la place aussi peut-être pour un islamodroitisme plus modéré qui, si jamais il se cristallise, donnera des accents prophétiques au roman de Houellebecq.

A lire aussi: La convergence des luttes « méchant-méchant »

Jusqu’ici, c’est assez inimaginable. Mais c’est justement là que le Radiger de Houellebecq est intéressant : il dévoile un non-dit fondamental à droite sur la question de l’islam. Quand cette droite en effet se plaît à dénoncer les contradictions de l’islamogauchisme, elle en oublie une autre : la désunion tout aussi contre-nature entre conservateurs de droite et conservateurs musulmans, qu’ils soient pratiquants ou même simplement de culture musulmane. Il y a là, en y songeant, une bizarrerie politique : la gauche woke défend le droit des musulmans de ne pas s’assimiler à notre culture progressiste à la dérive quand ce droit leur est refusé par la droite anti-woke ! On peut alors se demander combien de temps cela va durer, et si les Radiger ne risquent pas à un moment ou un autre de se multiplier dans le paysage politique.

A lire aussi: Mélenchon l’insurrectionnel

C’est d’autant plus plausible que les musulmans eux-mêmes supportent difficilement le wokisme et le font de plus en plus savoir. En Ontario au Canada, dans le Maryland aux États-Unis comme à Birmingham en Angleterre, ils s’élèvent contre la théorie du genre à l’école. Au Michigan, un conseil municipal entièrement musulman a interdit les drapeaux LGBT sur les propriétés de la ville. À côté de ça, la France des quartiers en est encore à voter pour un candidat, Mélenchon, qui promettait en 2022 le changement de genre dans la Constitution. Si quelques voix dissonantes se font parfois entendre, comme Bassem Braïki lorsqu’il fustige le « monstre wokiste », ce n’est pas au point de rejoindre le camp conservateur, qui leur semble hostile. On a ainsi pu voir Médine se plaindre dans un récent débat de Médiapart d’avoir été « disqualifié » en tant que musulman par ce qu’il appelle « l’extrême droite ». Mais la droite n’allait certainement pas applaudir à son djihadisme « intérieur » et autres quenelles. À supposer alors une évolution de la situation, quelles en seraient les conditions ?

A lire aussi: Connemara: une chanson d’extrême-droite?

Une possible alliance contre le wokisme?

Si les musulmans et la droite ont des raisons de s’allier, il y a aussi entre eux un certain nombre de casus belli. Un accord a minima pourrait porter sur la lutte contre le wokisme. Il ne s’agirait pas encore, pour les musulmans, d’aller jusqu’à soutenir ouvertement le RN, sans parler de Reconquête. Ici, la question du voile est centrale. Au bas mot, la droite inclusive, si je puis dire, devrait renoncer à vouloir l’interdire dans l’espace public. Comme c’est de toute façon assez irréaliste, presque un marqueur de campagne, ça ne devrait pas être très difficile. Même Éric Zemmour sait que l’essentiel n’est pas qu’une minorité de femmes se voilent, mais qu’elles deviennent demain la majorité à force d’immigration incontrôlée. Le problème de la France, ce n’est pas le voile, c’est l’immigration massive. Ce ne sera évidemment pas assez pour les islamistes, qui cherchent constamment à faire reculer la laïcité, ce que n’acceptera pas la droite car elle fait partie de la culture française moderne. Toutefois, cela rassurera les musulmans plus modérés. Un statu quo islamodroitiste en somme, une situation gelée pour se tourner ensemble vers les grandes menaces qui pèsent sur la France : le wokisme et l’immigration massive, dont bien des musulmans ne sont pas plus fanatiques que le reste de la population.

Vu la situation aux États-Unis, l’idéologie totalitaire des wokistes a encore de la marge en France. Il n’est pas exclu que Radiger se rappelle un jour à notre bon souvenir.

Soumission

Price: ---

0 used & new available from

Pute finale

Price: ---

0 used & new available from

Pierre Cornette de Saint-Cyr : Art contemporain ou art comptant pour rien ?

0
Pierre Cornette de Saint-Cyr, commissaire-priseur.© IBO/SIPA

Pierre Cornette de Saint-Cyr est mort ce dimanche 20 août 2023, à Saint-Tropez. Sous ses allures de playboy vintage, le commissaire-priseur était un futuriste qui révolutionna le monde de l’art. Simon Wauquiez rend un hommage personnel à celui qui partagea la vie de Marie Laforêt et fut intime d’Alain Delon.


Un personnage que l’on a connu au berceau et quasiment plus revu depuis ne peut devenir qu’une légende dans notre imaginaire adulte. C’est peut-être à cela que servent les souvenirs d’enfance : façonner des mythes auxquels toute notre vie nous essayerons de donner forme humaine.

« Paraître, c’est être »

Quand, à 7 ans, j’aperçus Pierre Cornette-de-Saint-Cyr qui débarquait chez mes parents pour expertiser leur « collection » de tableaux, il était entouré d’un halo comme ceux qui nimbent les romans d’aventure. Nous n’avions plus un sou et espérions en vain lui refourguer quelques croûtes. Il séduisait, faisait briller, dans un scintillement de chevalières, de grandes conquêtes, des martingales de réussite, et mille ventes aux enchères qui devraient conjurer notre pauvreté. Je pensais d’ailleurs qu’il s’appelait « Sornette de Saint-pire ». Le monde des adultes m’était apparu jusqu’alors terne, sérieux et ennuyeux. Avec Cornette, je découvrais qu’il n’en était rien. Toujours hâlé, toujours enjoué, un sourire aguicheur sur des dents du bonheur, un déhanché à la John Travolta quand il s’approchait de vous, il semblait ne reculer devant aucun effet pour vous séduire, y compris les plus ridicules. Ça le rendait touchant. Et surtout, il avait des pantalons roses. Mais pas seulement. Des chemises violettes aussi. Des vestes canaries. Des pochettes turquoises. Toute une panoplie de l’arc-en-ciel, comme s’il avait voulu mettre des taches de couleur sur le gris de l’existence. Il m’expliquera bien plus tard son code couleur : une par jour, lundi rouge, mardi noir… jusqu’au dimanche jaune pour que la semaine se finisse en rayon de soleil. Ceci peut vous paraître anecdotique mais si Pierre Cornette de Saint-Cyr n’avait pas assorti sa pochette émeraude à son pantalon orange, je n’aurais pas écrit cet article. La beauté est la première des politesses et Cornette en était la preuve vivante.

Un « névrosé obsessionnel » de l’art

Au Maroc, où il naît d’un père riche et chirurgien, l’horizon dans la vie du jeune Pierre Cornette est d’être champion de ski nautique. Il aurait dû le devenir, si un jour il ne s’était pas aventuré dans une galerie pour trouver un cadeau pour le mariage de son meilleur ami. Il y acheta un dessin, et c’est la révélation : « Cette œuvre d’art est … à moi ! », s’en repaît-il dans une ivresse telle que le monde extérieur n’avait plus d’importance. Ainsi commença, selon ses mots, sa névrose obsessionnelle : celle du collectionneur. « Quand on voit une jolie femme, on n’a pas simplement envie de la regarder, on veut la posséder », me justifiait-il en plaisantant… La plupart des gens ne comprennent rien aux collectionneurs : à leur addiction, à leur folie, et donc à leur génie. Il est commun d’aimer aller flâner dans des musées pour admirer des chefs-d’œuvre, il est par contre plus rare et pathologique de se saigner aux quatre veines, voire de vendre femmes et enfants pour acheter une vague croûte ! Un collectionneur d’art est un dangereux maniaque qu’un psychiatre devrait soigner. Mais Cornette n’avait aucune envie de guérir puisqu’il fit de sa folie sa vie.

A lire aussi: Le XVIe siècle comme si vous y étiez

Révolutionner le monde de l’art

Les véritables séducteurs ne se contentent pas de séduire les femmes, ils séduisent aussi leur époque. Cornette, dès l’instant où il ouvre son étude de commissaire priseur, révolutionne le métier qu’il vient d’embrasser. Alors que, jusque-là, les ventes aux enchères ne concernaient principalement que les vieilleries et les antiquités, il décide d’y introduire l’art contemporain. Jointe au téléphone ce soir, son ancienne compagne, la galeriste Sylvana Lorenz me le confirme : « Si l’art contemporain bat aujourd’hui des records chez Christie’s ou Sotheby’s dans le monde entier, c’est parce que Pierre le premier décida qu’il ne laisserait pas le monopole de l’art aux galeries et aux marchands ». Il ne va cesser ensuite de faire craquer les cadres trop étroits des règles et des frontières : il comprend que, dans la société du spectacle, une vente doit être un show, et il est ainsi le premier à mettre en scène des ventes spectaculaires, allant jusqu’au sommet de l’Everest pour une vente digne d’un concert de Johnny. Quand le milieu de l’art, durant les années Mitterrand, crève sous les magouilles du ministère de la Culture, à grands coups de FRAC, de FIAC et autres copinages, il se révolte et, en bon libéral, plaide pour un libre échange dans le marché de l’art. J’ai toujours été frappé par le fait qu’autant son élégance, ses manières et son apparence appartenaient au passé, autant sa pensée appartenait au futur. Sous ce playboy tout droit sorti d’un film d’Antonioni, se cachait un prodigieux terroriste culturel, semeur de désordre par-dessus les toits du monde, et surtout défricheur des sentiers de la création. Ses pantalons roses étaient sa couverture pour faire la révolution. Peut-être que si Che Guevara en avait porté, il aurait mieux réussi…

Une vie romanesque entre Marie Laforêt et Alain Delon

Roland Barthes appelait certains êtres des « appels de fiction » : des gens qui ne sont pas forcément passionnants, ni des monstres d’intelligence, mais qui, quand on y pense, donnent envie d’écrire un roman. Souvent, ce sont des femmes – Zelda Fitzgerald, Lou Andrea Salomé, Louise Brooks – ou des acteurs – Maurice Ronet, James Dean… Si on les rencontrait, on les trouverait sans doute décevants voire inintéressants, mais là n’est pas la question. Les rêves qu’ils nous inspirent sont plus importants que la réalité de leur être. Pierre Cornette de Saint-Cyr en était l’incarnation parfaite. À l’ouverture de son étude, c’est Mireille Darc en personne qui vient lui offrir son marteau de commissaire priseur. Le soir, devant un verre de rosé, il compare ses conquêtes avec Alain Delon. Les deux hommes sont des amis de toujours, et Cornette fera sa fortune en lui faisant acquérir des Dürer. Quand le manuscrit de l’appel du 20 juin du Général de Gaulle est sur le point de quitter la France, Cornette rappelle son vieux pote Delon – dont il sait l’admiration sans bornes pour le Général. Passant outre la loi du plus offrant, et donc la légalité, Cornette le lui vend et ce trésor reste en France. Mais surtout, Cornette s’était marié avec celle qu’on surnommait « la fille aux yeux d’or » : la légendaire chanteuse Marie Laforêt. Des vapeurs de mystère et de souffre ont toujours entouré  l’interprète des « Vendanges de l’Amour ». Certains la disaient folle, on savait qu’elle avait, une année, décidé de vivre dans la rue en clocharde, qu’elle croyait aux complots extra-terrestres, et que sa beauté avait le visage de la mort. C’était une femme fatale, dans le sens où la fatalité s’en était prise à elle dès le départ et ne l’avait jamais quittée. Avec Cornette, elle décide de devenir elle aussi commissaire priseur. Mais un jour, lassée de passer ses soirées à rédiger des fiches de lots tandis que Cornette s’amuse dans des cocktails, elle le quitte. Elle loue alors un camion de déménagement et profite d’une nuit pour emporter toutes ses collections. Il ne la reverra jamais.

A lire aussi : Ouf ! les vacances sont bientôt finies

Une leçon sur l’avenir de l’art

L’art contemporain que défendait Cornette utilisait le tremplin de la tradition pour faire un saut dans le futur. Sa modernité ne s’est jamais opposée à notre patrimoine et à notre histoire. Quand il dînait avec Andy Warhol, celui-ci lui parlait de son amour du Christ. Les tableaux de Georges Mathieu qu’il vendait reproduisaient des oriflammes du Moyen-Âge. Et quand il rencontra Mère Teresa, il trouva que ses yeux étaient du même bleu que celui inventé par son ami Yves Klein. Belle leçon pour les déconstructeurs d’aujourd’hui : nous ne pouvons réellement innover qu’en étant les gardiens du passé.

Giorgia Meloni, vrai changement ou grand bluff ?

0
Palazzo Chigi - Giorgia Meloni à la sortie d'une réunion avec les oppositions, Rome, Italie - 11 août 2023. © LaPresse/Roberto Monaldo/Shutter/SIPA

Attendue comme un élément de rupture tant avec le gouvernement de Mario Draghi qu’avec la politique de centre gauche, Giorgia Meloni incarne une nouvelle voie pour le pays. Sa volonté de changer l’Italie est forte, mais ses promesses électorales risquent de s’effondrer face à la réalité économique et aux pressions de ses alliés.


Dès son arrivée au pouvoir le 22 octobre 2022, Giorgia Meloni a promis un changement radical dans la conduite du pays. Après plusieurs années d’alternance entre gouvernements populistes et gouvernements techniques, l’Italie a eu du mal à retrouver la stabilité nécessaire pour améliorer sa situation, bien que paradoxalement, son économie se soit bien mieux portée que celle de ses voisins européens. De plus, Giorgia Meloni bénéficie d’avantages importants pour gouverner, à commencer par le large consensus autour de sa personne, qui pourrait lui permettre de gouverner pendant toute la législature et pourquoi pas de renouveler son mandat aux prochaines élections.

Panorama de partis politiques sans crédibilité ni influence

Forza Italia, après la mort de Berlusconi, n’a plus de leader capable de remonter dans les sondages. Le parti espérait influencer, voire limiter le périmètre d’action de Giorgia Meloni, en imposant Berlusconi comme leader expérimenté et modéré, mais ce fut un échec. Ce dernier, entre provocations et propos incohérents, a poussé une partie des parlementaires à quitter son parti et rejoindre celui de la Meloni.

Le Parti Démocratique a été lourdement sanctionné par l’opinion publique mais également par une partie de son électorat. En cause, la gestion désastreuse de la stratégie du parti par son ancien secrétaire, Enrico Letta. Son échec est dû d’une part à son alliance avec le mouvement 5 étoiles de Giuseppe Conte, et d’autre part, à sa tentative de diaboliser Giorgia Meloni, en criant au retour du fascisme. En pleine crise économique et sociale, entre la Covid19, la guerre en Ukraine et l’explosion de la facture énergétique qui a mis à genoux des dizaines de milliers de familles et d’entreprises, le Parti Démocratique a épuisé, sans succès, son stock de solutions « prêt à porter », le tout dans un esprit démagogique typique de la gauche mondialiste. Une gauche plus intéressée par les migrants, les « gender fluid » et la dépénalisation du cannabis, que par le sort des travailleurs, dont les salaires ne suffisent plus pour se nourrir et se soigner. Cette défaite signe la fin du match pour Enrico Letta, qui démissionne fin 2022 en laissant un parti moribond qui a gouverné pendant des années sans jamais briller, ni par ses compétences, ni par son intelligence.

De son côté, le mouvement « 5 étoiles » est en pleine déflagration. Son leader, Giuseppe Conte, ne convainc plus ni son électorat, ni celui de son ancien allié, le Parti Démocratique. Jugé responsable de la chute du gouvernement de Mario Draghi en pleine crise, Giuseppe Conte joue une fois de plus la carte du populisme pour essayer de remonter la pente, mais sans y parvenir.

La Ligue de Matteo Salvini est elle aussi en mauvais état. Complètement décrédibilisé, l’homme, sans vision ni conviction, a connu de multiples échecs ces dernières années, faisant perdre un grand nombre de voix à son parti. De nouveau présent dans la coalition de centre-droit, Salvini représente toutefois un véritable danger pour Giorgia Meloni. Par son incohérence et son égocentrisme primaire, il est capable de tout, même de faire tomber le gouvernement. Il l’avait déjà fait en 2019, convaincu de gagner les élections, bien qu’il fût condamné à une inexorable défaite.

Une immigration encore incontrôlable

En revendiquant son appartenance à une droite sociale attentive aux besoins des plus défavorisés, Giorgia Meloni a promis un changement radical de politique sur l’immigration, l’augmentation du pouvoir d’achat et l’abaissement des impôts pour les entreprises et les salariés. Il faut reconnaitre que, depuis qu’elle est au pouvoir, Meloni est sur tous les fronts. Pour juger de l’efficacité de son action, il faut lui accorder encore un peu de temps et un certain nombre de problèmes ne trouvent toujours pas de réponse pour l’instant, à commencer par l’immigration, qui figure comme la première préoccupation nationale. Malgré ses annonces et le blocage des navires des ONG sur les côtes italiennes (à l’origine d’un incident diplomatique avec la France), le problème est toujours d’actualité et les arrivées par bateau ne cessent de croître. Au cours des sept premiers mois de l’année, les débarquements sur les côtes italiennes ont plus que doublé par rapport à 2022, passant de 41 435, à 89 158 pour l’année en cours, soit une augmentation de 115,18%. Cette situation commence à devenir ingérable et dangereuse.

Une économie fragile

Sur le plan économique, Giorgia Meloni avait promis de baisser les impôts sur les entreprises et les ménages, ainsi que sur les droits d’accises liés au carburant. Pour cela, son gouvernement cherche les fonds nécessaires sans augmenter la dette, ce qui n’est pas une mince affaire. Ensuite, son changement radical de politique sur la souveraineté, l’euro et l’interventionnisme à l’étranger, notamment en Ukraine, commence à engendrer des mécontentements chez ses alliés politiques. On sent chez Meloni une volonté de s’affranchir de l’establishment et se de montrer conciliante envers ses partenaires européens. Elle a compris qu’elle ne pouvait isoler le pays pour faire face aux multiples défis auxquels l’Europe est confrontée.

Dans les prochains mois, ses vrais premiers tests seront, en particulier, la gestion des fonds du PNRR (Plan pour la reprise et la résilience), nécessaire pour relancer le pays, la réforme du marché du travail, la modernisation de l’administration publique, la réduction de la dette publique, tout en priorisant la transition écologique. Giorgia Meloni doit donc faire preuve de ténacité et d’une capacité à tenir une majorité fragile. Elle doit éviter pour cela le syndrome du « leader seul aux commandes », qui risquerait de la pousser vers une confrontation directe avec la Ligue, mais aussi Forza Italia.

Pour rappel, la durée moyenne d’un gouvernement en Italie est de 414 jours, tout est donc possible.

Universités américaines : la fin de la préférence raciale

0
La Cour Suprême des Etats-Unis. ©Graeme Sloan/Sipa USA/SIPA

Cet été, un jugement de la Cour Suprême des États-Unis a mis fin à « l’action affirmative » qui permettait à certaines institutions de pratiquer une forme de préférence raciale dans le recrutement. Comment cette pratique s’était-elle insinuée dans la vie américaine et pour quelles raisons a-t-elle été jugée inconstitutionnelle? L’analyse de Gerald Olivier.


Le jour de la fête de l’Indépendance, la Cour Suprême des États-Unis, par six voix contre trois, a jugé inconstitutionnelle la politique « d’action affirmative » mise en place par les universités depuis plus d’un demi-siècle. Concrètement, cela signifie que l’identité raciale d’un candidat ne pourra plus être prise en compte comme critère d’admission.

Le président Biden a critiqué ce jugement, estimant que « la discrimination existe encore aux États-Unis et que cette décision n’y change rien ». Les trois juges Démocrates de la cour ont aussi dénoncé un « retour en arrière » et l’annulation de décennies de précédents judiciaires. A l’aile gauche du parti Démocrate, certains, comme la députée de New York, Alexandria Occasio-Cortez, ont carrément appelé à une réforme de la Cour suprême…

Les conservateurs ont applaudi au contraire cette décision qui, pour eux, respecte le texte et l’esprit de la Constitution des États-Unis. La pratique de « l’action affirmative » n’est qu’une forme de « discrimination inversée », ont-ils souligné, qui va à l’encontre du principe d’égalité en droit et d’égalité devant la loi, pilier de construction américaine. Les considérations de race ne sauraient justifier l’adoption de pratiques niant cette égalité. Ces principes, ont-ils rappelé, sont exprimés dans certains amendements de la Constitution, notamment les XIIIe, XIVe et XVe amendements votés à l’issue de la Guerre de Sécession, justement pour garantir cette égalité aux esclaves noirs émancipés.

D’après les premiers sondages, une large majorité de l’opinion publique soutient également cette décision. Selon la chaine ABC News, 75% des Américains se disent d’accord avec les juges. D’ailleurs, certains États, comme la Californie, traditionnellement à l’avant-garde des évolutions de société, avaient déjà interdit « l’action affirmative ».

Les collèges et universités devront s’adapter à cette nouvelle réalité et revoir leurs critères d’admission…

Itinéraire de l’action affirmative

L’expression « action affirmative » apparaît pour la première fois dans les années 1930. On la trouve dans plusieurs lois de la Nouvelle Donne (New Deal) du président Franklin Roosevelt. Elle concerne l’emploi et consiste simplement en une incitation à l’embauche. Dans les années 1940 et 1950, l’idée va se développer en parallèle avec la lutte des Afro-américains pour leurs droits civiques, c’est-à-dire pour un véritable statut d’égalité au sein de la société américaine.

L’idée était qu’en dépit de textes de lois garantissant cette égalité, les Noirs étaient victimes de conditions sociales plus difficiles, et d’un « racisme systémique » qui constituaient un double handicap à leur réussite professionnelle et sociale. Il fallait donc inciter les employeurs et les universités à passer outre ces considérations pour donner leur pleine chance aux Noirs. Il ne s’agissait pas d’imposer des quotas, mais au contraire d’ouvrir ces institutions à l’ensemble des citoyens américains. Rapidement le concept s’est étendu à la communauté hispanique, et à d’autres minorités ethniques jugées défavorisées, comme les Indiens d’Amérique, ainsi qu’aux femmes. Il s’appliquait principalement dans deux secteurs, l’emploi et l’éducation supérieure.

L’expression va être vraiment popularisée par le président John Kennedy en 1961, quand il signera un décret (executive order 10925) imposant cette pratique pour l’embauche des fonctionnaires fédéraux. A noter que le texte du décret n’imposait pas l’embauche de membres de minorités, mais demandait que l’embauche se fasse « sans considération de race, de religion, de couleur ou d’origine nationale ». L’idée était bien de mettre fin à une forme de discrimination, pas d’en imposer une autre de manière compensatoire. Le gouvernement donnait ainsi l’exemple en matière d’emploi. Ce décret sera repris et étendu dans la loi de 1964 sur les Droits Civiques, imposant la « non-discrimination » comme règle incontournable du gouvernement et de ses contractants.  

A lire aussi : Edimbourg : capitale de la cancel culture ?

Au sein des universités cependant, l’action affirmative va rapidement prendre la forme de places réservées à certaines communautés. Exactement l’inverse de l’intention officielle. Aussi bien Harvard que Yale, deux universités privées parmi les plus anciennes et les plus prestigieuses du pays, vont abaisser les exigences d’admission pour les membres de certaines communautés, dont les Noirs. Toutefois, ils vont le faire de manière insidieuse, en faisant de l’origine raciale ou ethnique un critère parmi d’autres. Ainsi pour postuler à ces universités, il faudra rédiger une lettre de motivation, mettre en avant ses activités extra-scolaires, son engagement comme bénévole auprès de certaines causes, les reconnaissances officielles déjà engrangées pour ses actions, et… mentionner son identité raciale. Sans que le poids accordé à ces différents critères soit précisé.

L’admission ne sera donc plus déterminée par les seules notes aux tests d’aptitude, même si ceux-ci resteront déterminants. Mais, sans le dire officiellement, ces universités accepteront des étudiants issus de minorités avec des scores inférieurs à ceux exigés pour des étudiants blancs ou asiatiques…

Dans la pratique, cette politique sera très efficace et la proportion d’étudiants afro-américains dans ces universités passera rapidement de 3% à 10%, c’est-à-dire à peu près la proportion de la population noire aux États-Unis.

Par contre, lorsque des institutions publiques, comme l’université de Californie, voudront mettre en place un système similaire, elles seront sanctionnées par la loi. La première banderille dans le flan de l’action affirmative viendra en 1978 avec une décision de la Cour Suprême dans le dossier « Bakke ». Alan Bakke était un étudiant dont l’inscription à l’école de médecine de l’Université de Davis, en Californie, avait été rejetée à deux reprises, alors que des candidats noirs avec des scores plus faibles que les siens avaient été admis. Cela avait été possible parce que l’Université réservait un nombre de places prédéterminé à ces étudiants. La Cour Suprême avait jugé la méthode discriminatoire et ordonné l’inscription de Bakke…

A lire aussi : Féminicides : une course de lenteur ?

Toutefois, dans leurs interprétations de la loi, les juges avaient aussi souligné que « si la diversité du corps estudiantin est en soi un objectif majeur, pratiquer l’action affirmative pour parvenir à cette diversité est légal ». Du coup, le mot « diversité » devint instantanément le mot de tous les campus américains. Il ne s’agissait plus de former les meilleurs étudiants du monde, il s’agissait de réunir sur son campus une population qui soit le reflet de la « diversité » rencontrée dans la société américaine.

La décision Bakke eut pour conséquence de rendre illégaux les quotas dans les universités publiques de Californie et de légitimer partout ailleurs une course à la diversité qui allait révolutionner à la fois les codes d’admissions et le contenu de l’enseignement. Car de raciale ou ethnique, la diversité allait devenir aussi « sexuelle », associant parfois les deux, et l’on allait voir fleurir dans les campus, puis dans les administrations dont les postes seraient pourvus par les diplômés de ces universités, des sous-groupes exclusivement définis par leur identité – et soucieux de promouvoir cette identité particulière au détriment des éléments de culture commune…

L’action affirmative dans les universités a ainsi contribué à augmenter la participation des minorités dans les études supérieures, voire au sein d’institutions d’élite, mais elle a aussi favorisé une fragmentation de la société américaine.

Les laissés-pour-compte du système étaient les étudiants blancs et asiatiques ne se revendiquant d’aucun sous-groupe particulier. Leur rejet des programmes d’action affirmative était motivé par la perception d’une discrimination légale à leur encontre. En Californie, ce rejet aura pour conséquence le vote en 1996 de la proposition dite 209 interdisant l’action affirmative non seulement dans les admissions universitaires, mais également dans tous les emplois publics de l’État. Ce ne fut pas une décision de juges non élus, tels ceux de la Cour Suprême, mais le vote d’une initiative populaire approuvée par 55% des électeurs. Elle illustrait un sentiment général négatif aux États-Unis, vis-à-vis de l’action affirmative. Et vingt ans plus tard, une tentative de faire annuler la proposition 209 sera vaincue à nouveau dans les urnes par exactement le même score.

En 2003, la Cour Suprême a pourtant réaffirmé la légalité de cette pratique dans la décision Grutter vs Bollinger. Le texte de la décision rédigée par la juge Sandra Day O’Connor, nommée à son poste par Ronald Reagan, indique que « favoriser des groupes sous-représentés dans le processus d’admission d’une université n’est pas anticonstitutionnel » et que « la loi permet l’application limitée du critère racial, dans le processus d’admission s’il est au service d’un objectif de diversité, celle-ci étant perçue comme un bénéfice pour l’ensemble du corps étudiant ».

La diversité comme leitmotiv, encore et toujours. Et le vague juridique comme principe salvateur car la définition de « application limitée » n’est pas précisée…  

A lire aussi : Quand un pays cesse d’être une patrie

Toutefois, précisait Sandra Day O’Connor dans son opinion, « cette application de la loi doit être limitée dans le temps… Ainsi, la Cour s’attend à ce que d’ici 25 ans le recours aux préférences raciales ne soit plus nécessaire… »

Dès lors, les jours de cette pratique étaient comptés. Dans la foulée de la Californie, huit autres états allaient bannir ces pratiques dont le Michigan et la Floride, l’Arizona ou le Nebraska, des états Républicains, autant que Démocrates. Dès 2014, une plainte était déposée contre Harvard (université privée) et l’Université de Caroline du Nord (université publique) dénonçant la place accordée aux critères raciaux dans les processus d’admission. C’est sur cette plainte que la Cour Suprême vient de statuer. Il aura fallu neuf ans pour y parvenir mais l’élimination de l’action affirmative était écrite. 

Outre le caractère purement juridique de la question (à savoir que le principe même de la préférence raciale est anticonstitutionnel), deux évolutions expliquent cet abandon progressif. La première tient au fait que les objectifs initiaux justifiant la pratique ont été largement atteints. L’intégration de la communauté des Noirs dans la société américaine s’est effectivement faite au cours des soixante années écoulées depuis le décret de John Kennedy. Il existe une bourgeoisie noire aux États-Unis. On rencontre des Afro-américains dans les plus hautes sphères de la vie publique américaine : au Congrès, à Wall Street, dans les banques, dans les hôpitaux, dans les grands cabinets d’avocats. Si des tensions raciales demeurent, c’est principalement la conséquence de la persistance d’un sous-prolétariat noir, vivant de l’assistance sociale et miné par la criminalité, la drogue, et la décomposition familiale.   

La seconde tient au fait qu’un certain nombre d’intellectuels noirs sont eux-mêmes devenus critiques de l’action affirmative. Parmi eux, le juge Clarence Thomas, l’un des deux juges noirs actuels de la Cour Suprême (avec Ketanji Brown Jackson) et les professeurs Shelby Steele et Thomas Sowell.

Le juge Thomas a toujours été critique de cette pratique parce que, pour lui, elle entérine l’idée d’une « victimisation de la communauté noire », l’idée que ses membres ne peuvent pas s’en sortir tout seuls, qu’ils ont « besoin d’aide pour réussir », et bénéficient donc d’un « traitement de faveur », source de ressentiment chez d’autres groupes ethniques.

Shelby Steele, professeur septuagénaire et auteur de nombreux livres et films, estime que cette pratique éloigne les États-Unis de l’idéal formulé par Martin Luther King d’une société « aveugle à la couleur ». Elle produit, au contraire, une société où « tout dépend de la couleur ».

A lire aussi : Parti Socialiste cherche peuple perdu

Quant à Thomas Sowell, nonagénaire brillant, jadis proche de Ronald Reagan, il s’est penché sur les effets pervers de ces pratiques consistant à placer des étudiants noirs dans des programmes trop élitistes, précipitant leur échec et leur désillusion, alors que, s’ils avaient suivi des études moins ambitieuses, ils auraient très bien réussi.

C’est d’ailleurs ce que les observateurs ont constaté en Californie depuis 1996 et l’interdiction de l’action affirmative. Les inscriptions de membres de minorités dans les écoles les plus prestigieuses (et les plus coûteuses) ont diminué. Mais les inscriptions des Noirs dans des universités publiques, plus accessibles, ont considérablement augmenté ainsi que le pourcentage de réussite des étudiants noirs.

Les universités privées n’étant pas tenues de révéler tous leurs critères d’admission, il est possible qu’une forme de préférence raciale continue d’être appliquée, subrepticement, ici et là. L’important est que ce n’est plus la politique officielle du gouvernement américain que de défendre ces politiques. L’idéal d’égalité devant la loi et d’une société non focalisée sur la couleur de peau a marqué un point.

Cet article a paru pour la première fois sur France-Amérique, le blog de Gerald Olivier.

Sur la route de la Maison Blanche

Price: ---

0 used & new available from

Cover Up : Le clan Biden, l'Amérique et l'Etat profond

Price: ---

0 used & new available from

Retour au summer of love

0
Alan Wilson. D.R Capture d'écran Twitter @50YearsAgoLive

Alan Wilson, l’âme de Canned Heat, de Gilles Cornec, est un roman biographique intelligent consacré à la vie trop courte d’un chouette chanteur de blues lunaire.


Auteur de deux essais pertinents, L’Affaire Claudel (1993), Gilles ou le Spectateur français  (1999), et d’un récit passionnant, Le Miroir du Tour (2003), mêlant son amour profond pour le cyclisme et le Tour de France à des souffrances humaines personnelles, Gilles Cornec nous conte avec ce nouvel ouvrage l’histoire d’Alan Wilson et de Canned Heat, un groupe de rock célèbre, de la fin des sixties et du début des seventies, au même titre que les Doors, Jefferson Airplane, Grateful Dead ou Quicksilver Messenger Service. Mais ce qui caractérise vraiment ce groupe considéré à juste titre comme l’un des meilleurs du monde par l’auteur Philippe Paringaux, le plus grand critique et écrivain de rock français, ce sont les racines de sa musique: le blues du Delta et le boogie.

Le Delta blues, l’un des tout premiers styles de musique blues, tient son nom de la région en forme de delta située au nord-ouest de l’État du Mississippi entre le fleuve Mississippi et la rivière Yazoo et les villes de Vicksburg et Memphis, et s’étendant sur 300 kilomètres[1]. La guitare, le plus souvent jouée avec l’aide d’un bottleneck, et l’harmonica sont les instruments les plus utilisés, tandis que les voix peuvent être à la fois très mélancoliques et fiévreuses.

Récit passionné et documenté de la vie d’Alan Wilson et du groupe Canned Heat, ce livre nous plonge dans la langueur et la fièvre, la joie et les délires, l’incandescence et le goût amer de la cendre dans la bouche de cette époque hippie où la musique, la frénésie sexuelle, la paix, l’amour de la nature mais aussi les ravages des drogues et de l’alcool ont fait vibrer toute une génération de jeunes Américains et Européens.

Nous suivons les pérégrinations d’Alan Wilson (surnommé Blind Owl) – guitariste, harmoniciste et chanteur du groupe, qui possédait un sens et une ferveur innés pour le blues – et de ses compères: Bob Hite (The Bear) leur deuxième et fameux chanteur, immense plantigrade dansant, Henry Vestine (The Sunflower), l’excellent lead guitariste survitaminé et illuminé, Larry Taylor (The Mole), le plus grand bassiste du rock et Adolfo (Fito) de la Parra, le batteur aux rythmes secs et endiablés.

Mais le récit se focalise surtout sur la chouette aveugle, le lunaire Alan Wilson, cofondateur (avec Bob Hite) et véritable âme du groupe ; amoureux fou de la nature, des oiseaux, des nuages, des arbres – il vénère les gigantesques séquoias – ; passionné et connaisseur pointilleux du blues noir américain du delta (Sun House, Skip James, Robert Johnson, John Lee Hoocker, Mississippi John Hurt, Muddy Waters…) mais aussi amateur de musique atonale et contemporaine ; lecteur fervent de Walden où la vie dans les bois de Henry David Thoreau, des Rêveries du promeneur solitaire de Rousseau, de Jean de La Fontaine – savoureux passage où Wilson lit la fable, « L’Ours et l’Amateur des jardins »  – ; capable de donner des explications pointues sur les plantes, la météo, la forme des nuages, les arbres ou de tenir des discours tactiques sur le football américain dont il se fiche éperdument. Il est le compositeur des deux plus grands succès du groupe: « On The Road Again » et « Going Up The Country », hymnes de l’ère hippie connus de tous les amateurs de rock. On y croise les bluesmen Sun House, Skip James et John Lee Hooker, John Fahey, l’excentrique guitariste classique et de folk contemporain, Patricia Krenwinkel, Susan Atkins et Charles Manson les assassins de Sharon Tate et de ses amis, les flower people joyeux et délurés se rendant à Woodstock…

A lire aussi : Jean-Jacques Goldman : heureusement, il n’est pas comme nous…

Ce récit, assurément, est une œuvre littéraire puissante, écrite dans une superbe langue française riche et intelligente, structurée par une mise en scène formelle très inventive, cadencée par les mesures du blues et les riffs du rock. Jamais, un roman français n’avait aussi bien décrit la force de la musique blues rock, la beauté, la douceur, mais aussi la folie, la joie et la tristesse de ces années d’amour et de paix. Un parfum d’humus des forêts, les chansons mélancoliques du blues du delta, les tensions électriques du blues psychédélique, un vent d’amours et de folles libertés et un spleen d’espérances vives, mais déçues, nous accompagnent pendant la lecture de ce juste et enthousiasmant ouvrage. Lisez cette belle déclaration d’amour à Alan Wilson, laissez-vous porter par ce roman solaire, le plaisir de conter de l’auteur, c’est du grand art!


[1] Le terme « delta » induit souvent une confusion avec la région du delta du fleuve Mississippi en Louisiane. Cette région plate et fertile de population à forte majorité noire est dominée par la culture du coton. Elle est le véritable berceau du blues. La plupart des pionniers du blues y sont nés.

Alan Wilson, l'âme de Canned Heat

Price: ---

0 used & new available from

L'affaire Claudel

Price: ---

0 used & new available from

Parti Socialiste cherche peuple perdu

0
Olivier Faure à la la Bellevilloise 12/04/2023 Chang Martin/SIPA

Actuellement, les programmes des universités d’été des différents partis politiques nous réservent bien des surprises. Celui du Parti Socialiste n’est pas en reste. Décryptage de Philippe David.


Les vacances d’été touchent à leur fin et les universités d’été des partis politiques, qui ne représentent plus grand chose par rapport à celles d’il y a vingt ou trente ans, vont ouvrir leurs portes.

On ne parlera pas de celle des Verts qui, entre Médine et véganisme obligatoire, a fait couler beaucoup (trop ?) d’encre, mais de celle du Parti Socialiste, ou de ce qu’il en reste, qui se tiendra du 25 au 27 août dans la belle ville de Blois, préfecture de Loir et Cher comme dit la chanson.

Une université d’été dont la première priorité, si on lit le programme co-signé par Olivier Faure, Premier secrétaire, et Nina Karam-Leder, Secrétaire nationale à la programmation des grands évènements, est « Retrouvons le peuple ».

« Retrouvons le peuple »… vaste programme qui connaîtra son apogée lors de la dernière table ronde, programmée le samedi 26 à 18h15, une table ronde dont le thème est, accrochez-vous bien, « La France péri-urbaine est-elle la France des beaufs ? ».

Oui vous avez bien lu, cette France péri-urbaine, baptisée « France périphérique » par Christophe Guilluy dans un livre que manifestement personne n’a lu parmi les huiles du PS, va donc être abordée sous un prisme qui ne fleure pas du tout le mépris de classe, voire la francophobie, un beauf pour le Larousse étant « un type de Français moyen réactionnaire et raciste, inspiré d’un personnage de bande dessinée ».

Une table ronde qui doit être animée par Mélanie Thomin, députée PS du Finistère. Sa présence n’étant pas confirmée, on peut lui conseiller d’avoir piscine ce jour-là, cette table ronde ayant une thématique aussi peu ragoutante que les plages de son département après le naufrage de l’Amoco Cadiz…

A lire aussi: Les vandales ont-ils brisé le plafond de verre du RN?

Bref, la question de la dernière table ronde de cette université d’été est donc « la France péri-urbaine est-elle la France des réacs et des racistes ? ». Une thématique dont on pourrait extrapoler certaines questions. « Réacs, racistes. Faut-il créer un cordon sanitaire avec la France péri-urbaine  ? » ou encore « Ils sentent mauvais, ils ont du mal à boucler les fins de mois et ils votent mal : avez-vous encore envie de vivre avec eux ? » ou enfin « Les beaufs de la France péri-urbaine ne votent plus socialiste : pourquoi sont-ils aussi bêtes ? », version française d’un vers de Bertolt Brecht dans le poème « Die Lösung », la solution : « Puisque le peuple vote contre le gouvernement, il faut dissoudre le peuple ». 

Je ne sais pas qui a eu l’idée de cette table ronde mais j’ai comme le sentiment qu’elle ne va pas aider le Parti Socialiste à « retrouver le peuple ». Comme dirait un vieux proverbe, « On n’attire pas les mouches avec du vinaigre », de la même manière qu’on n’attire pas les électeurs en leur crachant à la figure.

Avec les 1,75% d’Anne Hidalgo à la dernière présidentielle, tous les analystes politiques pensaient que le PS ne pourrait pas descendre plus bas. Erreur d’appréciation, il fait tout pour passer sous la barre des 1% et, vu les efforts fournis, ne devrait pas tarder à y arriver.

Et à force de creuser, il ne devrait pas tarder à trouver du gaz de schiste, ce qui risque de causer une nouvelle crise au sein de la NUPES avec les écologistes et la France insoumise.

Alors, bon séjour dans le Loir et Cher aux participants de cette université dont on peut penser qu’ils n’iront pas marcher dans la boue avec les beaufs, comme chantait le grand Michel Delpech !