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De la mythologie à la géographie

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Dans son ouvrage intitulé Mythologie, ou cartographie ? : Une nouvelle interprétation de la mythologie grecque, Rémy Poix nous livre une thèse audacieuse sur la raison de la création de mythes par les Grecs : mémoriser et transmettre des notions de géographie et d’histoire. Compte-rendu de Bertrand Alliot.


Entre 3000 ans avant notre ère et Jésus-Christ, le Sud de la mer Égée fut le terrain de jeu de quatre civilisations successives : la culture des Cyclades, la civilisation minoenne, la civilisation mycénienne et celle de la Grèce Antique. Ces peuples naviguaient alors entre l’Attique et le Péloponnèse, la Crète et l’Anatolie au sein de deux archipels qui font aujourd’hui le bonheur des touristes : les Cyclades et le Dodécanèse.

Ces glorieux anciens nous ont légué un trésor inestimable : leur mythologie. Il est peu de dire que les mythes grecs ont connu, au moins au sein de notre civilisation, un succès considérable. Ils ont fait l’objet d’innombrables commentaires comme ceux des spécialistes prétendant percer le mystère de leur origine. La plupart du temps, c’est leur fonction religieuse qui était mise en exergue. Or, quasiment 5000 ans après leur création, un géographe sans port d’attache universitaire, Rémy Poix, vient nous expliquer dans un livre passionnant que les mythes avaient en fait une simple fonction utilitaire : ils permettaient de se repérer dans l’espace. Autrement dit, les anciens avaient consigné la cartographie de la mer Égée dans « un immense corpus de mythes ».

Rémy Poix, en même temps qu’il lisait Histoire du siècle à venir de Philippe Fabry, se baladait sur la carte pour mieux visualiser les lieux dont parlait son camarade historien. C’est là que lui apparut soudainement, bien dessiné par les côtes de l’Anatolie, le fameux Minotaure ! A l’époque de la ruée vers l’or, lorsqu’un mineur donnait un coup de pioche miraculeux, on disait qu’il avait eu un « lucky strike ». Poix venait d’avoir le sien et allait exploiter le filon qui lui permettrait, contre toute attente, de redessiner « l’Histoire des millénaires passés ».

Paréidolies

Sachant, d’une part, que les créatures mythologiques étaient connues pour vivre parmi les hommes et non dans un lieu imaginaire et, d’autre part, qu’elles étaient très souvent associées à un lieu particulier ou une localité, il eut l’intuition qu’il devait poursuivre sa quête des « paréidolies ». Une paréidolie est une tendance instinctive à trouver des formes imaginaires dans des formes familières comme les nuages. Il repéra rapidement d’autres personnages dans la forme de certaines îles dont le fameux Icare. Puis, connaissant le Lion de Némée, il s’aperçoit très vite que la colline surplombant les ruines de la ville du même nom est en forme de lion. C’est ainsi que, suivant son idée fixe, il en trouve beaucoup d’autres : le Griffon de Sicyone, le cheval à Corinthe, le Centaure à Nessos, le sanglier de Calydon, le dauphin de Delphes et même la chouette d’Athènes. Les paréidolies sont si nombreuses que le doute n’est plus permis : la mythologie servait bien à décrire la géographie pour des peuples qui, en l’absence d’écriture, cherchaient des moyens de mémoriser des lieux et de naviguer dans l’espace.

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Bien sûr, pour notre découvreur, les sangliers, lions, dauphins, chevaux sont presque toujours « magnifiques ». Nous les trouvons plutôt peu ressemblants. Mais, l’essentiel n’est sans doute pas là. Enfant, au pied du plateau de Gergovie, je participais chaque année à un « loto ». Le préposé au tirage des numéros les annonçait de manière théâtrale et, pour certains d’entre eux, de manière imagée. Ainsi, lorsqu’il tirait le numéro 11, proclamait-il fièrement en regardant la salle : « les jambes de Milou ! ». La première fois, je fus surpris. Milou avait des jambes! Je pensais, pour ma part, qu’il avait 4 pattes… Les années suivantes, à l’image de la foule passionnée pour qui cela ne faisait aucun doute, j’avais appris à reconnaître dans le numéro 11, les « jambes de Milou », mais aussi dans le 44, « les deux fauteuils », dans le 69, « les cochons » et dans le 88, la sublime « Brigitte Bardot »! Ce qui fait la paréidolie n’est évidemment pas l’exacte ressemblance, mais cet accord tacite qui transforme comme par enchantement le semblant de ressemblance en évidente ressemblance… La faculté d’imagination est au cœur de la mnémotechnie. Qui n’a pas appris à faire le nœud de chaise en répétant inlassablement cette phrase: « Le serpent sort du puits, tourne autour de l’arbre et retourne dans le puits ».

Des mythes à la géographie

En entamant la deuxième partie de son livre, Poix cesse les enfantillages pour entrer dans la cour des grands. Le chercheur d’or s’apprête à démontrer de manière magistrale que les peuples de la mer Égée ont transformé en grand art le petit jeu du nœud de chaise. Les fables de la mythologie, facilement mémorisables, décrivaient des routes terrestres et maritimes et, fait remarquable, les îles sur la mer avaient leur reflet dans le ciel. Les étoiles ne sont-elles pas, depuis la nuit des temps, les plus fidèles compagnes des marins ? Dans le ciel étoilé, les Égéens avaient établi « une représentation en miroir » de leur territoire : le dédale d’îles avait dans le ciel son pendant, un dédale de constellations. C’est pourquoi de nombreux mythes « font référence à des caractéristiques astronomiques » ou « des personnages se promènent parmi les constellations » et d’autres encore sont transformés « en étoile après leur mort ». Il est fascinant que personne, avant Poix, n’ait vu que l’archipel de Fournoi ressemblait au personnage d’Icare, avec ces deux ailes de cire déployées dont l’une a fondu… Mais qui aurait pu, si ce n’est ce passionné d’astronomie, retrouver la constellation d’Icare qui deviendra plus tard la constellation du Cygne ?

Devant nos yeux ébahis, se met en place « le mouvement diversifié des planètes dans le Dodécanèse » et « la succession globale et régulière des constellations » dans l’archipel des Cyclades. Sur terre, la succession des îles et, dans le ciel, celle des constellations : l’île de Kalimnos ressemblant à un char tiré par 4 chevaux est la constellation de la Grande Ourse, Tilos qui représente un W est Cassiopée, Mykonos en forme d’oiseau de proie la constellation de l’Aigle et Amorgos, en forme de déesse, qui sera nommée Ariane, la constellation actuelle du Scorpion. Pour la première fois, il nous est par ailleurs permis d’observer le « vrai » fil d’Ariane : un chapelet d’îles qu’il suffit de « remonter » pour atteindre le Minotaure. Les mythes racontent les créatures que forment les îles, les chemins qu’il faut emprunter, mais aussi, et peut-être même surtout, selon Poix, les discontinuités entre la terre et l’éther. Bien que les possibilités semblent infinies dans le ciel au vu du nombre d’étoiles, les Égéens ne pouvaient toujours faire correspondre exactement les îles et les constellations, notamment parce qu’ils devaient « s’appuyer » sur les étoiles les plus brillantes ou les groupes d’étoiles les plus remarquables. Les mythes expliquent donc les « discontinuités » entre la carte céleste et le territoire. Le lecteur comprend alors pourquoi les chevaux d’Hélios se sont « emballés », pourquoi Icare n’a pu s’échapper du labyrinthe, contrairement à son père Dédale, et pourquoi Ariane fut abandonnée par Thésée sur les rives de l’île de Naxos…

Des mythes à la réalité

Rémy Poix qui, déjà, avait un gros jeu, abat sa dernière carte. Selon lui, les créatures utilisées dans la mythologie grecque « ne représentaient pas uniquement les îles, mais également les peuples ou les communautés qui s’y trouvaient ». En lieu et place des Dieux purement imaginaires, il faudrait donc voir des peuples qui, sur leur île respective, s’identifient à « leur constellation paréidolique ». Chaque peuple a ainsi une origine géographique, mais ensuite se diffuse au sein de la mer Égée en créant des colonies : les dieux ont des enfants… Cette thèse permettrait d’expliquer pourquoi les mythes sont parsemés de mariages incestueux entre des parents et des enfants, entre frères et sœurs, de mariages homosexuels ou même avec des animaux. Ces « mariages » ne décriraient que les différentes alliances entre les peuples. Ce n’était pas une mythologie que les Égéens transmettaient à leurs enfants, mais un « simple » manuel immatériel « d’histoire-géographie » !

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Comme l’astronome ayant pu voyager avec James Webb aux confins de la galaxie, le lecteur se sent redevable pour cette spectaculaire croisière au sein de la mer Égée. Rémy Poix le reconnaît lui-même : sa découverte n’aurait été possible sans les outils cartographiques modernes. La chance lui sourit peut-être lorsqu’il repère les premiers signaux, mais son talent et son travail ont fait le reste. Si le télescope spatial de la NASA est en train de bouleverser notre compréhension de l’univers, et accessoirement passer à la broyeuse un nombre incalculable d’articles scientifiques, il se pourrait que l’effet de ce Poix se baladant dans les Cyclades et le Dodécanèse soit tout aussi tonitruant. Elle est en gestation depuis quelques années déjà, mais les esprits sont mûrs désormais pour entreprendre la grande « démystification » de l’histoire et des sciences humaines. Le Roi des mythes est défait. Plus rien n’empêche maintenant de s’attaquer à ses lieutenants, à la condition, bien sûr, de s’affranchir du grappin académique et du gouvernail disciplinaire…

Après avoir refermé Mythologie ou Cartographie, le lecteur sera peut-être, comme moi, un peu sonné. Il cherchera des paréidolies dans la moindre colline et, à la nuit tombée, scrutera le ciel en espérant bêtement découvrir les jambes de Milou. Au petit matin, il recevra peut-être aussi l’appel d’un personnage ou d’une créature de la mythologie. Ce fut, pour moi, celui de la princesse Europe, fille d’Agénor et de Téléphassa. Seul et délaissé de mon Poix, je l’ai cherchée près du lieu où les mythes racontent que Zeus, transformé en Taureau blanc, l’avait enlevée. Longtemps, j’ai essayé de voir la silhouette de la princesse chevauchant le taureau. Puis, je l’ai trouvée, telle qu’elle est représentée sur les amphores depuis toujours : juchée sur le dos du divin, laissant traîner ses jambes et, d’une main ferme, agrippant la corne du bovin. L’île de Chypre ressemble à Zeus emportant la princesse vers la Crète, vers le continent qui porte son nom. Vérifiez vous-mêmes, si vous ne me croyez pas : la paréidolie est absolument « magnifique ».

Edimbourg : capitale de la cancel culture ?

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En Écosse, la cancel culture passe à l’offensive. À l’occasion de l’Edinburgh Festival Fringe, un des humoristes les plus célèbres du monde anglophone a vu annuler son spectacle, à cause de ses opinions sur la question trans. Reportage au wokistan.


Leith Arches est une salle de concert et de spectacle réputée, située au cœur d’Edimbourg. Chaque année, elle reçoit de nombreux chanteurs et artistes de tout le Royaume Uni et au-delà. En août et septembre, elle accueille certaines des manifestations du célèbre Edinburgh Festival Fringe, version « off » du Festival international d’Edimbourg. Le 15 août, Leith Arches a annoncé l’annulation d’un spectacle organisé par Comedy Unleashed, un club d’humoristes engagés en faveur de la liberté d’expression. Parmi eux, Andrew Doyle, le créateur de Titania McGrath, un personnage fictif qui satirise les absurdités de la culture woke. La raison de l’annulation? La participation au spectacle de l’humoriste et scénariste, Graham Linehan, créateur de plusieurs téléséries comiques ayant connu un grand succès outre-Manche, comme Father Ted (1995-1998), Black Books (2000-2004) et The IT Crowd (2006-2013). Linehan n’a jamais caché ses opinions critiques au sujet du transgenrisme. La direction de Leith Arches, qui a accueilli de nombreux spectacles de drag queens, a justifié la censure de Lineham en prétendant que sa présence n’était pas en accord avec ses valeurs inclusives. Dans un post Instagram publié le 16 août, la direction s’est expliquée de manière décomplexée : « Nous travaillons en étroite relation avec la communauté LGBT+, qui représente une part considérable de nos revenus. Nous croyons qu’accueillir [Graham Linehan] aurait des répercussions négatives sur nos futures recettes ». Elle a ajouté que « la décision n’a pas été influencée par la pression d’activistes en ligne, mais par la communauté qui utilise régulièrement cet espace de manière hebdomadaire et mensuelle ». Après qu’une deuxième salle l’a annulé, l’humoriste a reprogrammé son spectacle, le 17 août,… devant le Parlement écossais, à Edimbourg, permettant aux spectateurs ayant réservé leur place d’assister tout de même à ses numéros comiques.

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L’affaire Graham Linehan n’est pas une exception dans le cadre de ce festival, bien au contraire. La comique Kate Copstick, une habituée du festival, a avoué « n’avoir jamais vu le Fringe censurer autant », après l’annulation au mois de mai de la prestation d’une députée féministe du Parti indépendantiste écossais (SNP), Johanna Cherry, qui avait tenu des propos considérés comme transphobes. Finalement, sa prestation au Stand Comedy Club, une salle de réception et de concert, semblable à Leith Arches, a été maintenue, mais avec un renforcement des conditions de sécurité pour éviter la perturbation de l’évènement et garantir la sécurité de l’élue. Johanna Cherry s’est scandalisée de cette situation, dénonçant comme une « honte le fait qu’un orateur public doive faire face à des menaces sur sa sécurité du fait de sa sexualité et de ses croyances. Les responsables devraient avoir honte ».

Un autre comique, David Greige, a dû s’excuser devant la direction et les salariés du Lyceum Theatre d’Edimbourg, pour avoir liké des contenus apparemment transphobes sur Twitter par le passé. Il a supprimé son compte pour éviter des ennuis supplémentaires. Plusieurs personnalités, dont Johanna Cherry, ont comparé l’ambiance à Edimbourg à celle qui régnait en Allemagne de l’Est à l’époque de la Stasi. La journaliste et essayiste Suzanne Moore s’est offusquée sur Twitter : « Je suis consternée par ce qui se passe en Ecosse et en particulier dans notre capitale d’Edimbourg ». Elle a ajouté : « Cela rappelle l’Allemagne de l’Est. Le temps est venu pour des diffusions massives de La vie des autres et, pour le Lyceum, une nouvelle mise en scène des Sorcières de Salem ».

La vie des autres, sorti en 2006, est bien sûr le film qui met en scène les méthodes de la Stasi, et Les sorcières de Salem est la célèbre pièce de l’Américain Arthur Miller, jouée pour la première fois en 1953 et adaptée au cinéma par la suite, qui a puisé son inspiration dans un procès en sorcellerie dans le Massachusetts en 1692. Ces comparaisons sont peut-être hyperboliques, mais elles montrent combien il est devenu difficile en Ecosse aujourd’hui d’exprimer publiquement une opinion qui contrarie les militants du transgenrisme, même dans un contexte comique. On ne peut plus rire de tout.

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Extrait du spectacle de Graham Linehan devant le Parlement écossais, le 17 août.

Quand un pays cesse d’être une patrie

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Qu’attend l’Etat français pour maîtriser ses frontières, faire respecter l’État de droit et mieux garantir la sécurité de ses citoyens et des touristes? Le problème, c’est que notre pays n’ose plus s’affirmer. A ce rythme, il cessera bientôt d’être une « patrie ». Tribune.


Qu’est devenue la France ? Qu’est devenu Paris ? La lecture des journaux est une désespérante litanie quotidienne de viols, de vols, d’agressions, de traquenards en tout genre. A quoi s’ajoute la banalisation des refus d’obtempérer, sources de drames dont deux touristes suisses ont fait les frais récemment parce qu’un voyou fuyait à contre-sens un contrôle de police. Pas de minute de silence ni de marche blanche pour elles, par contre si un policier, leur sauvant du même coup la vie, avait fait usage de son arme, on imagine les émeutes… Beaucoup des mis en cause, si tant est que l’on ose donner des informations « ethniques », semblent être le fait d’étrangers, la plupart en situation irrégulière, majoritairement africains et maghrébins.

Selon le chef de l’État lui-même, à Paris la délinquance est pour 50% imputable aux étrangers en situation irrégulière. La solution pour réduire de moitié ces problèmes qui gâchent, voire détruisent des vies, apparaît tellement indiscutable qu’elle doit aveugler nos décideurs même si, de toute façon, ils cacheront toujours leur lâcheté derrière le respect des soi-disant « droits de l’homme ». Laissant de côté le premier de tous les droits de l’homme qui est celui de vivre en paix et en sécurité, et aussi celui de prendre les transports en commun tranquillement, à n’importe quelle heure, qu’il soit homme ou femme. J’ai connu une époque où c’était possible, si… si… comme tous les boomers.

Je voudrais comprendre pourquoi cette descente aux enfers dans laquelle nous entraîne notre laxisme migratoire ne provoque pas de réaction ferme des politiques, voire de la population qui, pour le coup, pourrait utilement descendre dans la rue pour exiger une nouvelle politique. Politique migratoire, politique judiciaire, politique éducative… Mais pas après la mise en place de commissions bidon accouchant de rapports destinés à caler les tables branlantes de l’Élysée et de Matignon. Pourquoi ne pas agir tout de suite, maintenant ?

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La reprise en main de la sécurité des Français, et de celle des pauvres touristes qui ont encore le courage de venir chez nous, devrait être une priorité nationale. Parce que cet abandon ne peut que générer une croissance auto-alimentée de l’insécurité. Si l’État ne protège plus les citoyens, des milices ou des mafias pourront prospérer en « vendant » de la sécurité et de la justice.  La corruption se généralisera, une société atomisée et de plus en plus violente accentuera les inégalités dans un monde devenu anarchique et oligarchique.

Le Figaro publiait vers la fin de l’année dernière un article sur le stress des Japonais découvrant la glauque et agressive réalité d’un Paris dont ils avaient cette ancienne image romantique qui persiste encore dans l’imaginaire de nombreux étrangers (mais cela ne durera pas toujours). Je ne suis pas japonais, mais j’ai ressenti la même chose chaque fois que j’ai atterri à Roissy de retour du Japon. Après un séjour dans l’empire du respect, du civisme, de la propreté et de la courtoisie, c’est toujours une épreuve de retrouver, dès qu’on prend pied dans le RER B, la crasse, la morosité, le bruit et la longue procession des tags couvrant des deux côtés absolument tout ce qui borde les voies sur les 50km de la ligne.

La patrie, comme l’indique son étymologie, c’est la terre de nos parents, de nos ancêtres. Ce devrait être ce lieu familier, où l’on se sent bien, ce chez-soi que chacun porte en son cœur. Un pays que l’on aime parce qu’on y partage aussi la même histoire, la même morale, les mêmes valeurs, les mêmes espoirs. C’est cela qui réchauffe le cœur et fait la douceur de vivre. Et c’est pour cela que, hommes et femmes, sont toujours prêts à se battre pour défendre leur patrie. Un pays ouvert aux quatre vents, agressé quotidiennement dans sa sécurité, comme dans son identité, par des gens qui manifestement ne partagent aucune de ses valeurs; un pays qui lâchement abandonne toute affirmation de soi et toute fierté nationale; un pays qui courbe l’échine sous le joug d’une incompréhensible idéologie du laisser-faire, de la non-sanction, de la non-frontière; un pays dont le prince est un enfant ou un mondialiste forcené, n’est plus une patrie pour personne. Prions, car il faudrait un miracle, pour que la France le redevienne un jour. Et il y a urgence, parce que bientôt monteront de nouvelles générations pour qui la France ne représentera plus rien.

Connemara : une chanson d’extrême-droite?

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La chanteuse, Juliette Armanet, a « fait le buzz » en exprimant sa détestation d’une chanson de Michel Sardou. La France, qui commence à connaître des tentatives d’une certaine gauche pour censurer la culture, devrait tirer les leçons de l’expérience cubaine après 60 ans de tyrannie communiste. Tribune de la romancière et poétesse cubaine, Zoé Valdés.


Je ne sais pas qui est Juliette Armanet, véritable censeuse, que je n’avais pas eu la chance d’écouter jusqu’à présent, bien que je sache qui est Michel Sardou. Depuis longtemps, je fredonne Sardou comme la plupart des Français et tous ceux, dans le monde, qui connaissent son répertoire extraordinaire (j’ai même écrit pour lui un petit poème que je chantonne encore aujourd’hui). Je peux dire, en respectant les distances linguistiques minimales, que Michel Sardou est à peu près à la variété française ce que Meme Solís est à la musique cubaine : plus qu’une simple référence, il représente un artiste sans âge, un immense créateur intemporel. Tandis qu’à Cuba, le peuple, fatigué d’écouter des hymnes communistes aux rythmes tropicaux, a commencé à revaloriser Meme Solís, censuré jusque-là par les autorités, en France on commence à subir la cancellation woke-communiste. Cette censure est donc quelque chose que nous, les Cubains, nous ne connaissons que trop bien. Souvenez-vous de ce qu’écrivait Reinaldo Arenas : « Les Cubains viennent du futur ». Tout ce qui peut vous arriver aujourd’hui face aux extrémistes de gauche, nous en avons déjà souffert. Après toutes ces années de censure, la musique de Meme Solís commence à connaître enfin un renouveau. Nous avons appris que les premiers à tenter de censurer les artistes sont d’autres artistes, médiocres et envieux.

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Cette chanteuse, dont je n’ai pas encore tout à fait appris le nom, parce qu’il ne m’est pas familier, a déclaré qu’elle déteste « Les Lacs de Connemara ». Qu’est-ce qu’elle a à nous offrir à la place ? Ecoutez sa chanson « Boum boum baby » dont le langage trivial est dénoué de toute poésie, et c’est d’autant plus apparent quand c’est traduit en espagnol. Juliette Armanet ferait bien de prendre des cours de chant et de composition avec Michel Sardou. Mais elle ne le fera pas, car d’après elle, sa musique est d’« extrême droite », et cela suffit pour le disqualifier sur le plan moral.

Paul

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Lourdes, lentes, disparues…

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Un poème en hommage à André Hardellet, mort à l’été 1974. L’érotisme de son livre, Lentes, lourdes…, publié en 1969, aurait choqué en haut lieu.


Ce poème inédit fait partie du recueil Là où dansent les éphémères qui a réuni 108 poètes d’aujourd’hui, paru aux éditions Le Castor Astral à l’occasion du 24ème Printemps des Poètes en 2022. Cette anthologie a été composée par Jean-Yves Reuzeau. Y figurent notamment Arthur H, Patrice Delbourg, Marie Modiano, Éric Naulleau, Valérie Rouzeau ou Thomas Vinau.

Sein bas et las, de ces peaux distendues, au sommeil vermeil

Des mains hardies ne reverront plus

Seine, département supprimé des calendriers

Eau de Seltz, zinc piqué, ô Quinquina au comptoir dépoli

Mon beau Stradair épuisé gît sur le pavé

Emplis de foudres, des Quais s’élèvent à la peine

Châteaux en Espagne d’une banlieue poissarde

Le gris lui allait si bien, archimandrite des bas quartiers

Des remugles de tapioca, impromptu des gamelles, sur toile cirée

Lessiveuses de Pantin au petit matin ; Hirondelles en crevaison

Bercy, Charenton, Vincennes giclent de ma mémoire essorée

Miles à la trompette, la Mouffe, mon piton doré, Solutré des égarés

Dans cette chaleur des gens de peu

Dans l’inconfort vigoureux

Mamelon rageur, indécence toute parisienne, à la circonférence huileuse

Élan duveteux des périphéries incertaines

Des lainages trop encombrés me reviennent

Des plénitudes en cotonnade, maousse et fébriles

Viscose, rayonne aux reflets cuivrés, alambic des temps impurs

Tant de corsages arquaient mes promenades imaginaires

Juteuse saveur équivoque, souffle court, accélérations soyeuses, puis céleste abandon

De cette taquine ivresse, mes nuits se souviennent

Á lèvres touchantes, des lourdeurs paysannes, caresses de truites bombées

La rue, la rivière, le fouet des fougères échevelées, matelas improvisé, sans cesse renouvelé

Tapisserie à l’infini, organdi d’émois à deux

Le don, oui, oui, oui, l’ardeur et la charité, miracle des jeunes corps repus

De ces victoires nues sur parquet brûlant

De ces communions passagères, pacte du plaisir gratuit

C’est si loin maintenant

J’étais si prompt, si impatient à capturer le suc de mes pensées

Paris m’a trahi

Le chant des Buick goulues s’est éloigné

Les rires, le chahut, les flacons, la sueur en partage, tout a disparu

Je n’entends qu’offense et distance

Monsieur Nostalgie

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Et maintenant, voici venir un long hiver...

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Jean-Jacques Goldman : heureusement, il n’est pas comme nous…

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Comment expliquer la fascination que Jean-Jacques Goldman continue d’exercer sur nous? Il incarne une allure, voire une noblesse, que nous cherchons en vain ailleurs dans la vie publique de notre pays. Le billet de Philippe Bilger.


Je vais lire évidemment le livre de l’écrivain et professeur d’histoire Ivan Jablonka sur Jean-Jacques Goldman, sobrement intitulé Goldman. L’auteur a un talent que j’ai déjà pu apprécier.

Pour être franc, j’éprouverai un léger sentiment de frustration parce que je suis persuadé que Jean-Jacques Goldman ne s’en désintéressera pas comme, avec beaucoup d’élégance, il m’avait annoncé qu’il l’avait fait pour les trente pages que je lui avais adressées : Mon Jean-Jacques Goldman. Il m’avait appris qu’il ne lisait jamais rien de ce qui était écrit et publié sur lui. Pourtant j’avais la faiblesse de considérer qu’il n’aurait pas été inutile qu’il se penchât sur cette tentative d’explication de son incroyable et si durable aura.

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Sur ce blog, je lui avais déjà consacré plusieurs billets dont un qui, le 21 décembre 2006, « La France en Suisse ! » le comparant à Johnny Hallyday, renvoyait à Corneille et à Racine en soulignant que Johnny, c’était l’humanité telle qu’elle est et Jean-Jacques, telle qu’elle devrait être. On a tenté médiatiquement de découvrir les secrets de cette singularité exceptionnelle, pourquoi Goldman fascine toujours (Le Parisien).

J’entends bien que sa rareté et sa discrétion, qui lui sont si naturelles que personne ne les perçoit comme une affectation, n’y sont pas pour rien dans cette dilection qui dure.

Mais il me semble qu’il y a d’autres raisons plus profondes et que probablement elles ne sont pas à chercher seulement dans l’enfance et la jeunesse de Jean-Jacques Goldman. Même si je ne doute pas de la forte influence de ses parents sur lui, surtout celle de son père. On peut gloser sur « un gamin renfermé, banal et grisâtre » et appréhender sa destinée artistique comme une métamorphose faisant passer cette personnalité que rien ne distinguait, paraît-il, au statut d’immense star. Le contraste entre cette lumière et son comportement demeurant ordinaire faisant encore davantage ressortir son éclat de quelques années comme compositeur, chanteur, en solo, ensuite en groupe, puis son effacement voulu et organisé.

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Je me demande si la clé essentielle ne réside pas dans le lien que l’opinion publique, les Français ont construit avec lui. Comme s’il était le modèle dont en creux ils avaient toujours attendu, espéré la venue. Non pas l’affirmation d’une familiarité – il est comme nous – mais le contraire : « Heureusement il n’est pas comme nous » !

Le quotidien nous effraie par une multitude de désordres, de violences et d’horreurs qui nous interrogent sur une humanité dont nous ne pouvons nous dissocier mais qui indigne parce qu’elle nous déshonore. Il y a, grâce à Jean-Jacques Goldman, l’irruption dans notre conscience collective de l’inverse.

On n’a jamais assez insisté, sans doute pour ne pas nous accabler nous-mêmes, sur la particularité noble d’un Goldman, échappant parce qu’il est lui et pas nous, à ces poisons d’une modernité en roue libre, qui constituent notre lot ordinaire. Égoïsme, narcissisme, médiatisation forcenée, esprit partisan, générosité ostentatoire, événements privés et intimes livrés au public, souci de soi plus que des autres, passion du somptuaire, culte délirant des réseaux sociaux : ces dérives sont le socle à partir duquel Goldman nous apparaît tel un miracle aux antipodes.

Karl Marx, au sujet de la religion, parlait « du cœur d’un monde sans cœur » : Jean-Jacques Goldman est dans nos têtes et nos sensibilités parce qu’il a de la tenue, de l’allure, quand la France, notamment dans ses hautes sphères, en manque. On adore Jean-Jacques Goldman parce que, nous épargnant l’envie, il est des nôtres sans l’être. Il est d’ailleurs, en quelque sorte.

Goldman

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Le Mur des cons

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La parole, rien qu'elle

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Barbie, la mauvaise blague

Le film Barbie a fait couler beaucoup d’encre. Est-ce un chef-d’oeuvre féministe ou encore un sous-produit du système patriarcal? Ou autre chose?…


J’ai voulu comprendre pourquoi tant de public – plus d’un milliard de dollars, c’est la recette récoltée en trois semaines par le film, 4,400 000 entrées en France – dont certains parmi les spectateurs ayant des avis d’une grande finesse sur le cinéma, sont allés le voir.

Le film est signé Greta Gerwig, coqueluche du cinéma indépendant américain, actrice adorée et réalisatrice de quatre films dont les surestimés Lady Bird (2017) et Les Filles du Docteur March (2019), adaptation du roman de Louisa May Alcott et remake progressiste de l’excellente version de George Cukor (1933).

Barbie est une comédie musicale pop, molle et hystérique à la fois, desservie par ses couleurs criardes, le rose et le bleu nauséeux omniprésents et ses scènes musicales ratées. Après sa comédie dramatique médiocre, Greta Gerwig massacre la comédie musicale, un des genres d’excellence du cinéma américain de l’âge d’or.

A lire aussi : Barbie et notre féminisme en plastique

Mais l’intérêt est ailleurs, car le film réussit le pari d’être à la fois une publicité pour vendre des jouets Barbie et une comédie à la fois féministe et contre-féministe sur la grande bêtise et la vulgarité de notre époque. Le film nous conte comment, vaccinés aux idéologies en vogue aux États-Unis qui ont malheureusement gagné notre vieille Europe déclinante, Barbie devient féministe et Ken découvre le patriarcat.

C’est d’une bêtise sidérante qui atteint par moments un comique involontaire lorsque Ken, joué avec talent par un Ryan Gosling, excellent dans le registre de l’imbécile phallocrate falot, recherche des livres sur le patriarcat, mot qui revient plusieurs fois dans le long-métrage, ce qui ravit la militante Camille Froidevaux-Metterie, féministe phénoménologique. Dans Télérama, elle déclare que: « La pop culture est aussi un soft power. Certes, elle est une façon triviale et sans doute insuffisante de véhiculer les idées féministes, mais elle permet des discussions et suscite des questionnements […]. Les principaux mécanismes du patriarcat sont dépeints de manière grotesque, comme pour mieux les dénoncer ».

Quant à Barbie la féministe, interprétée par Margot Robbie, c’est une Barbie comme les autres, comme peuvent l’être beaucoup de toutes les femmes politiques, journalistes et autres autrices qui surfent sur les idéologies progressistes. Elle est jolie, sucrée, sans substance et féministe, et rêve de devenir une humaine classique, forcément classique. Tout cet étalage de féminisme pour les nuls comme le dit Sophie Bachat est écœurant et grotesque. Mais c’est le parfait reflet de notre société contemporaine, moderne, progressiste et stupide, et c’est révélateur de l’état de déliquescence du cinéma de spectacle Hollywoodien.

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En revanche, Victoire Tuaillon, journaliste et auteur française (1) pense (toujours dans Télérama) que « Pour montrer la réalité du patriarcat, il aurait fallu des Kens violeurs, violents…, Mais ça n’était pas possible dans un film comme ça ».

Il ne s’agit pas pour la société Mattel de produire un film subversif, mais de faire amende honorable, de se mettre au diapason des idées du moment afin de continuer à vendre plein de poupées Barbie, féministes s’il le faut. Barbie est donc un film cinématographiquement sans intérêt et un objet sincère et cynique, tant du point de vue sociologique que marchand. On y rit un peu, on s’y ennuie beaucoup et surtout on y perd son temps. Mais il faut croire que le public aime la bêtise et l’ennui…

(1) Elle a créé et anime notamment le podcast, « Les couilles sur la table », qui s’intéresse à la construction des masculinités sur Binge Audio.

Le Lac déconne et Marat

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Une certaine chanteuse contemporaine trouve que « Les Lacs du Connemara » est idéologiquement de droite. A-t-elle raison? Henri Beaumont décrypte pour nous le symbolisme de cette chanson. Analyse littéraire et politique.


Falbala qui sait le prix du silence et du buzz, s’attaque à la variétoche, tacle un menhir, notre Assurancetourix national. « « Les lacs du Connemara » est une sirène d’alarme pour quitter une soirée… Le côté scout, sectaire, la musique est immonde. C’est de droite, rien ne va…C’est vraiment une chanson qui me dégoûte ». On ne la fait pas à Juliette Armanet, femme des années 2020. Toujours poussée vers de nouveaux rivages, dans la nuit éternelle emportée sans retour, elle a fait une prépa littéraire, tenté trois fois le concours du Conservatoire national supérieur d’art dramatique, réalisé des documentaires pour Arte et France Culture.

On sent du vécu, des souvenirs d’EMC au collège, l’ado rebelle qui vient de trouver une boussole magique permettant de comprendre le monde et briser les chaînes de l’esclavage : à gauche les gentils, à droite les méchants. Avec le temps va, Juliette mettra (ou ne mettra pas) un peu de Vittel dans son gros rouge. Pour les fins de soirées, Juliette a-t-elle un point de vue sur Claude François, Alexandrie Alexandra, Les Magnolias, I will survive ? Être une femme libérée, ce n’est pas si facile. La danseuse d’alertes joue des coudes dans la tire qui mène à Hollywood. Son splash est réussi, le ridicule ne tue pas.

La vie est une folie et la folie ça se pense. Libé, Les Inrocks, Télérama et France Inter ont mené l’enquête. Décryptage : « Les Lacs du Connemara » est bien de droite.

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Climatosceptisme, obscurantisme, virilisme, …

Le décor, la triste réalité du Connemara, c’est la terre brûlée au vent des landes de pierres, des nuages noirs qui viennent du nord, colorent la terre, les lacs, les rivières, des algues vertes et monstres mutants qu’on voit nager dans les lacs, certains soirs d’été. C’est pour le vivant un peu d’enfer, le Connemara… Quelle planète allons-nous laisser à nos enfants ?

Le repos de l’âme, la paix autour de la Croix, Sean Kelly qui est catholique, Maureen aussi… Pas beaucoup de diversité, d’ouverture à l’autre, au Connemara… Oppressante, l’église en granit de Limerick pèse comme un couvercle. On y vit encore au temps des Gaëls et de Cromwell. Diderot, les Lumières, Les derniers jours du disco n’ont pas atteint le Connemara.

Virilisme guerrier et barbecue Là-bas, au Connemara on sait le prix de la guerre et on n’accepte pas la paix des Gallois, ni celle des rois d’Angleterre. De Tipperary, Barry Connelly, Galway, les Flaherty du Ring of Kerry, les Highlanders, Rob Roy, Bill Millin, Christophe et Gérard Lambert sont arrivés en 4X4 dans le comté du Connemara, avec de quoi boire trois jours et deux nuits. Aidés par une patrouille de scouts d’Europe, ils ont allumé un gigantesque feu de camp, un barbecue géant. Ça prend très vite la bruyère et la tourbe. Des porcelets rôtis, de la panse de brebis farcie, un tsunami de ketchup, mayo, acides gras saturés, cannettes de bière éparpillées sur la lande… La signature carbone de la teuf est apocalyptique.

Patriarcat et masculinisme toxique Le moment paroxystique et énigmatique de la chanson, c’est lorsque Maureen plonge nue dans un lac du Connemara. Ça interroge… Pourquoi risquer une broncho-pneumonie dans une eau à 13 degrés ? Pourquoi Sean n’a pas plongé nu, lui ? La vérité, c’est que Sean poursuivait Maureen depuis trois jours et cinq nuits. Captivée par la lecture des Hauts de Hurlevent, Maureen lui avait dit « non ». La vérité c’est que Maureen a plongé nue dans le lac pour échapper aux avances du lourdingue non déconstruit. Le salaud s’est rincé l’œil. La vérité, c’est que Maureen était secrètement amoureuse de Heathcliff et que Sinéad O’Connor était secrètement amoureuse de Maureen. À Tobermory, grelottante, guettée par les vieilles derrière leurs volets, la messe était dite, Maureen n’avait plus le choix. À vingt ans, sans réfléchir, elle a dit « oui ». L’équipe « Investigations Intersectionnelles Internationales » de Mediapart a retrouvé Maureen. Dix enfants plus tard, elle trime dans un pub tenu par le Capitaine Haddock, le Drovers Inn, au Loch Lomond.

Ouf ! les vacances sont bientôt finies

Aujourd’hui, qu’est-ce qui est pire? La rentrée ou les vacances? La chronique de Sophie de Menthon.


C’est bien l’une des premières fois que, discrètement, on se réjouit un peu de la rentrée ! Et à propos de rentrée revient le marronnier incontournable de la prime de remboursement des fournitures scolaires ; ça rassure car cela fait 10 ans que l’on dit la même chose : trop élevée, pas assez, mal utilisée, on achète des portables avec, etc.

A moins que vous n’ayez été dans une île déserte sans possibilités d’accès à l’information, sachez que ce fut l’été de toutes les catastrophes ; du moins a-t-on choisi de nous les présenter à l’exclusion de toute autre information non dramatique. Parce que c’est bien beau de critiquer les médias mais encore faut-il résister aux alertes de son portable, à la tentation d’appuyer sur un bouton pour obtenir des infos ou encore d’acheter son journal ; j’allais dire « son JDD », horreur !  Les mêmes défenseurs de Charlie Hebdo sont prêts à tout pour mettre à l’index « notre » journal du dimanche, c’est quand même à nous lecteurs de juger, non ?  On nous prend pour des imbéciles incapables de choisir ce qu’ils pensent et ce qu’ils veulent trouver dans leur journal, et vous vous rendez compte ! Il y a une ministre « Renaissante » qui s’est adressée aux lecteurs dès le premier numéro d’après grève ; or, c’est bien connu, le gouvernement ne doit parler qu’aux lecteurs politiquement corrects et l’on ne sait pas qui va acheter le nouveau JDD ; suspense… extrême !

Si je reparle de cela, c’est que ce fut notre feuilleton de l’été le moins pire, car la menace est quand même faible. Donc, en cette fin d’été, estimez-vous heureux si vous avez échappé aux incendies ravageurs de maisons, d’immeubles, de quartiers entiers et de feux de forêts. Échappé aux agressions multiples et variées, le viol avec manche à balai nous a traumatisé, mais ce qu’il faut dénoncer aussi, n’est-ce pas la curiosité morbide pour ce viol ? Et le voyeurisme concernant les gens qui se noient dans les baïnes. La propension à ne nous intéresser qu’au sordide et au tragique est inquiétante. Il faut un regard extérieur comme celui de The Economist pour nous voir en tant que pays qui ne va pas si mal… Mais dans nos media c’est le comble : les bonnes nouvelles sont traitées comme des mauvaises. Par exemple, on apprend que la France est le troisième pays au monde qui compte le plus de millionnaires et c’est à cause de l’immobilier.  Donc ça ne compte pas et si pour certains cela compte, c’est scandaleux, mort aux millionnaires !

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Et puis il y a les drames people qui nous bouleversent, comme le crash d’un avion privé (devant la tristesse collective, Sandrine Rousseau n’a pas osé flinguer les victimes parce qu’ils avaient pris un avion contribuant ainsi à l’augmentation de CO2, mais ça devrait venir). Vous avez donc échappé à la canicule ou au froid de novembre pour ceux qui n’étaient pas visés par ladite canicule (discrimination régionale ?).  Vous n’étiez pas à Marseille à compter les victimes du trafic de drogue, vous n’avez pas été emporté par une vague tueuse, échappé à l’amende parce que vous vous étiez en train de vous baigner alors qu’elle pouvait arriver, vous avez de la chance.

Si vous regardez la météo sur France 2 c’est du dur ! On élève le débat et c’est du réchauffement climatique de la planète entière dont on vous parle :  l’intensité monte, c’est terrible, il s’agit de nous angoisser à mort sur toutes les conséquences météorologiques, cela semble la ligne directrice de la chaine, à moins qu’il ne s’agisse d’une satisfaction perverse des journalistes préposés aux désastres planétaires ?  Et ce, tous les soirs à 20h, on ne nous propose aucune solution sauf d’arrêter de vivre.

Décidément chanceux, vous n’étiez pas non plus dans un de ces campings régulièrement évacués pour intempéries. Pas d’accident de la route (touchez du bois) ni d’embouteillages monstres dont on ne vous a rien caché. Le reporter micro en main, d’une voix passionnée et anxieuse, pose à l’automobiliste à l’arrêt accoudé à sa fenêtre, cette question existentielle : « …et ce n’est pas trop long cet embouteillage ? » (Pensez-vous ! 8H pour 100 km, c’est tout bon) et l’heureux interviewé de répondre invariablement, sourire niais à l’appui, « Ben non, y’a les vacances au bout … ». Pour le retour, aurons-nous le même enthousiasme : « Non, y’a le boulot au bout » ?  Voilà qui augure bien du prochain sujet : le nouveau rapport au travail dont personne ne sait ce qu’il est, mais on va nous le dire à Matignon ! C’est peut-être cela la surprise promise du chef de l’État ?

Par miracle, votre dernier né n’a pas souffert de bronchiolite parce qu’il aurait fallu le transporter à 150 km de Paris, car on a des lits mais pas de soignants (c’est comme : pas de pétrole mais des idées, on se demande lesquelles). Les professionnels invités des plateaux anticipent le désastre de l’automne sur le thème « que fera-t-on lors de la prochaine épidémie ? » Le comble, on agresse les médecins qui restent et bossent encore à 79 ans, nous avons tous versé une larme indignée sur le visage tuméfié (on n’a pas pu échapper à cette image traumatisante pendant trois jours) du bon docteur qui a été agressé parce qu’il a refusé un arrêt de travail… et que le coupable n’a juste pas le droit d’approcher à nouveau sa victime !  Faut dire que le mobile est solide, alors que les arrêts de travail ont augmenté de 20% ces derniers mois, sur Twitter il parait que l’on comprend l’agresseur !

Vous avez également échappé aux urgences ; quand on y est, il parait que l’on on y passe le reste de ses vacances. Pour le reste, avouez-le, on avait un peu lâché l’Ukraine, le temps de se détendre, mais voilà-t-il pas que c’est l’Afrique qui cause soucis … ma voisine de plage me l’a dit, en se remettant de l’écran total : « À la rentrée, on va avoir le début de la troisième guerre mondiale, c’est sûr! Alors, faut profiter » a-t-elle ajouté avec la moue désabusée de la sagesse.  Quand on nous annonce que « La rentrée va être compliquée », c’est une litote.

Roberto Saviano : de héros anti-mafia à chouchou de la gauche européenne

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L’écrivain italien, Roberto Saviano, est mondialement célèbre pour son combat contre la mafia. Pourtant, il est encensé par les médias de gauche en France pour une tout autre raison : il ne cesse de critiquer le gouvernement italien et sa politique migratoire.


En 2006, l’Italie remportait la Coupe du Monde de football. La Squadra Azzura battait la France de Domenech aux tirs au but. La même année, Roberto Saviano mettait un coup de pied dans la fourmilière avec Gomorra. Dans ce roman, le journaliste italien, 27 ans à l’époque, racontait la mainmise du crime organisé sur Naples, sa ville natale. Le titre de l’ouvrage étant une contraction de Gomorrhe – l’une des deux cités bibliques avec Sodome détruites par Dieu en raison des mœurs de ses habitants – et de Camorra, le  nom de la mafia napolitaine. Traduit dans des dizaines de langues et vendu à des millions d’exemplaires, ce livre a propulsé Saviano dans une autre dimension, passant de simple journaliste italien à écrivain mondialement connu. Cependant, le revers de la médaille était prévisible. Depuis dix-sept ans, l’homme est condamné à vivre caché, sous protection policière, car la mafia a juré d’avoir sa peau.

La coqueluche de la gauche

Mais depuis quelques années, Roberto Saviano a décidé de croiser le fer avec un autre adversaire : le gouvernement italien. En effet, si de nombreux articles dans la presse française sont très élogieux à l’égard de l’écrivain, ce n’est pas seulement pour saluer la force d’un homme qui a eu le courage de braver la mafia. Si L’Obs, Le Monde, Libération et tant d’autres, l’abreuvent de compliments à longueur de papiers, c’est surtout parce qu’il est intarissable dès qu’il s’agit de critiquer la droite italienne que représentent, chacun à sa manière, Matteo Salvini et Giorgia Meloni.

Tout a commencé en 2018, année où l’équipe d’Italie n’est même pas parvenue à se qualifier pour la Coupe du Monde. En mars 2018, la coalition de centre-droit remportait les élections législatives italiennes, arrivant en tête avec  37 % des voix devant le Mouvement 5 étoiles (32 %). En juin, Matteo Salvini devient ministre de l’Intérieur et au même moment survient la crise de l’Aquarius. Ce navire, affrété par l’ONG SOS Méditerranée, venait de secourir 630 migrants en mer et souhaitait que l’Italie les accueille. Salvini, dans son rôle, car élu pour cela, refusait catégoriquement de laisser accoster le bateau dans  un port italien. Roberto Saviano est alors sorti de sa cachette, si on peut dire, pour critiquer la politique migratoire du nouveau gouvernement.

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Dans une tribune, publiée par Le Monde, il a dénoncé les « forces de droite xénophobes incapables d’assurer la cohésion sociale ». Ne nous attardons pas sur le procès en xénophobie. Être favorable à une politique de diminution de l’immigration reviendrait à abhorrer les étrangers ? Cette ritournelle de la gauche est bien connue depuis des décennies. En revanche, l’argument de la cohésion sociale est intéressant. Notre écrivain, visiblement soucieux de cette dernière, croit-il qu’elle en sortira renforcée en imposant la présence de centaines de milliers de migrants extra-européens à une majorité d’Italiens qui n’en veut pas ? Nous voyons bien ce que ça provoque en France lorsque l’État impose, de force, contre l’avis de la population, des centres d’accueil pour demandeurs d’asile dans des communes comme Callac ou Bélâbre. La cohésion sociale en ressort-elle renforcée ?

Si les Italiens ont majoritairement voté pour la droite et le Mouvement 5 étoiles aux législatives de 2018, c’est justement parce qu’ils identifient cette immigration comme une menace pour la cohésion sociale. Voilà ce qui inquiète de nombreux Italiens pendant que Saviano dénonce un climat soi-disant « fétide » qui régnerait en Italie sur ces questions. Toujours les mêmes arguments olfactifs : de notre côté des Alpes, c’est le mot « nauséabond » que la gauche affectionne. Pour diaboliser la droite, chacun ses synonymes.

Une logique fallacieuse

Toujours en 2018, c’est au mois d’octobre que Roberto Saviano participait à l’émission « Les Terriens du Samedi » animée par Thierry Ardisson. L’homme en noir a alors rappelé la vie de son invité : son engagement contre la mafia, ses différents livres, mais également ses récentes prises de position contre le gouvernement italien. « Vous vous êtes mis à dos le nouveau Mussolini : Matteo Salvini », voilà comment le célèbre animateur, qui nous a habitué à plus d’intelligence, a résumé le conflit qui oppose l’écrivain au ministre de l’intérieur de son pays. « Dans l’Europe entière on estime que les immigrés sont responsables de tous les problèmes », voilà comment le célèbre écrivain caricature et déforme la position de la majorité des Européens et des différents partis de droite européens sur le sujet migratoire. Le but de ce genre de déclaration est de minimiser l’importance du sujet migratoire en sous-entendant qu’il n’est pas nécessaire de le traiter car il n’est pas responsable de tous nos maux. Il faudrait donc qu’un sujet soit responsable de tous nos maux pour être pris au sérieux politiquement ? À quoi bon lutter contre le trafic de drogue, l’évasion  fiscale ou l’effondrement de la biodiversité ? Après tout, aucun de ces sujets n’est responsable de tous nos maux. Aucun sujet, pris individuellement, ne peut être responsable de tous les problèmes que rencontre une société. Notons bien que ce raisonnement est uniquement utilisé sur le sujet migratoire. Cette réflexion est banalisée dans les grands médias car considérée comme un argument sérieux. Imaginez les cris d’orfraie si quelqu’un disait qu’il n’est pas nécessaire de lutter contre les violences faites aux femmes car elles ne sont pas responsables de tous les maux ?

Résumons. Premièrement, personne n’a jamais dit que les immigrés étaient responsables de tous les problèmes. Deuxièmement, est-ce possible de constater qu’une immigration, numériquement trop importante et culturellement trop différente, alimente et aggrave certains problèmes et que par conséquent nous souhaitons y mettre fin pour améliorer la vie des gens ? C’est une des raisons qui expliquent la victoire de la droite italienne aux législatives de 2018 et 2022, Salvini, puis Meloni, ayant essentiellement fait campagne sur la promesse de réduire drastiquement l’entrée de migrants en Italie.

La nature a horreur du vide

Le 10 février 2023, Roberto Saviano était l’invité de l’émission « Les Matins de France Culture », présentée par Guillaume Erner. Au micro de la station de radio, l’écrivain a déclaré, à propos de Giorgia Meloni : « Lors de sa campagne électorale, elle parlait de l’immigration comme d’un remplacement racial du continent européen ». Oublions le continent européen un instant et concentrons-nous sur l’Italie. Si on s’intéresse à la démographie de la botte, on s’aperçoit que le propos de la Première ministre italienne est tout à fait rationnel.

En effet, l’Italie est plongé dans un hiver démographique depuis bien longtemps, avec une population vieillissante et un taux de natalité insuffisant pour renouveler les générations. En terme s de natalité, avec 1,24 enfant par femme, l’Italie est au dernier rang en Europe avec l’Espagne. L’année dernière, la natalité italienne a atteint son plus bas niveau depuis l’unification du pays au XIXe siècle : 393 000 naissances en 2022 contre 576 000 il y a 15 ans. Luisa Salaris, géographe à l’université de Cagliari en Sardaigne, confie : « Dans le scénario le plus pessimiste, on peut imaginer que tout va aller de mal en pis, avec une population italienne qui pourrait être divisée par        deux dans les 30 prochaines années ». En Europe, les Italiennes sont les mères qui font des enfants  le plus tard dans la vie. Les jeunes, de leur côté, sont de plus en plus nombreux à envisager l’émigration pour vivre et travailler à l’étranger. Dans un pays vieillissant, où l’âge moyen en 2023 est de 46,4 ans, où les écoles perdent près de 120 000 élèves chaque année, la situation est plus qu’alarmante. D’ailleurs, Olivier Tosseri, journaliste et correspondant en Italie pour Les Echos, parlait, en janvier 2016, des Italiens comme « d’un peuple en voie d’extinction ». Est-il raciste ? Non, il s’intéresse à la démographie, contrairement à d’autres qui se contentent de stigmatiser, de diaboliser et de convoquer leur moraline parce que le mot « remplacement » a été prononcé.

D’ailleurs, ce remplacement ethnique de la population italienne, Roberto Saviano le reconnaît de façon implicite. Sur le plateau de Thierry Ardisson, en octobre 2018, n’a t-il pas dit que « l’Italie est  un pays qui est en train de perdre de plus en plus de population, qui est en train de se vider » ? Que sous-entend « se vider », si ce n’est l’idée qu’il faut rapidement combler ce vide ? Comment ? Avec qui ?

Les blessures d’un pays

Du 14 au 16 juillet 2023, l’écrivain était l’invité d’honneur du Festival international de journalisme qui s’est tenu à Couthures-sur-Garonne, un petit village du Lot-et-Garonne. Les invités, journalistes, maîtres de conférence, écrivains, historiens, députés, entrepreneurs, sont venus débattre de nombreux sujets tels que l’intelligence artificielle, l’audiovisuel public, la contestation en Iran ou la santé mentale. En tant que parrain de cette 7e édition du festival, Roberto Saviano a eu l’insigne honneur de suivre Charline Vanhœnacker, la marraine en 2022.

De manière prévisible, il a parlé mafia, politique migratoire de l’UE, arrivée de « l’extrême-droite » au pouvoir en Italie et liberté de la presse. Bien évidemment, lorsqu’une personne de gauche parle « liberté de la presse » c’est pour attaquer CNEWS et les médias de droite (si peu nombreux) en général. Et ça n’a pas manqué. « En France, ce qui m’a surpris, c’est que l’information populiste prend également le dessus et si les choses ne changent pas  la France pourrait bien ressembler de plus en plus à l’Italie ». Il semble ignorer que, en plus d’avoir tout le service public, les progressistes exigent également que la totalité des médias privés partagent leur idéologie. Ils souhaitent que leur pensée, déjà hégémonique dans le monde médiatique, domine partout et tout le temps. Si vous ne faites pas partie de leur famille prenez garde ! Ils ne tolèrent pas la concurrence, un peu comme la mafia que Saviano connaît si bien.

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« Quand on parle de la mafia, on est toujours accusé de dénigrer le pays. Moi, je crois plutôt que celui qui parle des blessures de sa terre aime son pays », a notamment déclaré Saviano au cours de ce Festival. On ne peut que rejoindre l’ancien journaliste sur ce point. Ne peut-on pas penser que la faible démographie de l’Italie, et par corollaire, la disparition progressive d’un peuple, d’une identité,  d’une culture, est une des blessures de ce pays qu’il faut urgemment panser. Mais pas en recourant à l’immigration extra-européenne, selon les préconisations de Saviano et d’autres. Comme l’a déclaré le ministre de l’agriculture italien, Francesco Lollobrigida, en avril : « Nous ne pouvons pas nous résigner à l’idée d’un remplacement ethnique : les Italiens ont moins d’enfants, alors remplaçons-les par d’autres. Ce n’est pas la voie à suivre ». En effet, Meloni est arrivée au pouvoir   en faisant de la famille l’un de ses thèmes majeurs et en promettant de tout mettre en œuvre pour relancer la natalité. C’est un combat difficile à mener, et le ministère dédié aux questions familiales qui a été créé ou les quelques mesures prises pour faciliter la natalité ne seront certainement pas suffisantes pour inverser la tendance. Pour qu’un contexte soit favorable aux familles, et donc à l’arrivée d’enfants, les paramètres économiques et sociaux jouent évidemment un rôle primordial. Mais il y a également toute une révolution culturelle à mener, sur la  sexualité, le couple, le mariage, pour qu’un tel contexte, et donc une telle natalité, puisse advenir. Mais de tout cela, Roberto Saviano ne veut pas parler ; il ne veut même pas qu’on en parle.

De la mythologie à la géographie

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Coucher de soleil sur le temple du Parthénon, à l'Acropole d'Athènes, vue de la colline de Philopappos. ©imageBROKER.com/SIPA

Dans son ouvrage intitulé Mythologie, ou cartographie ? : Une nouvelle interprétation de la mythologie grecque, Rémy Poix nous livre une thèse audacieuse sur la raison de la création de mythes par les Grecs : mémoriser et transmettre des notions de géographie et d’histoire. Compte-rendu de Bertrand Alliot.


Entre 3000 ans avant notre ère et Jésus-Christ, le Sud de la mer Égée fut le terrain de jeu de quatre civilisations successives : la culture des Cyclades, la civilisation minoenne, la civilisation mycénienne et celle de la Grèce Antique. Ces peuples naviguaient alors entre l’Attique et le Péloponnèse, la Crète et l’Anatolie au sein de deux archipels qui font aujourd’hui le bonheur des touristes : les Cyclades et le Dodécanèse.

Ces glorieux anciens nous ont légué un trésor inestimable : leur mythologie. Il est peu de dire que les mythes grecs ont connu, au moins au sein de notre civilisation, un succès considérable. Ils ont fait l’objet d’innombrables commentaires comme ceux des spécialistes prétendant percer le mystère de leur origine. La plupart du temps, c’est leur fonction religieuse qui était mise en exergue. Or, quasiment 5000 ans après leur création, un géographe sans port d’attache universitaire, Rémy Poix, vient nous expliquer dans un livre passionnant que les mythes avaient en fait une simple fonction utilitaire : ils permettaient de se repérer dans l’espace. Autrement dit, les anciens avaient consigné la cartographie de la mer Égée dans « un immense corpus de mythes ».

Rémy Poix, en même temps qu’il lisait Histoire du siècle à venir de Philippe Fabry, se baladait sur la carte pour mieux visualiser les lieux dont parlait son camarade historien. C’est là que lui apparut soudainement, bien dessiné par les côtes de l’Anatolie, le fameux Minotaure ! A l’époque de la ruée vers l’or, lorsqu’un mineur donnait un coup de pioche miraculeux, on disait qu’il avait eu un « lucky strike ». Poix venait d’avoir le sien et allait exploiter le filon qui lui permettrait, contre toute attente, de redessiner « l’Histoire des millénaires passés ».

Paréidolies

Sachant, d’une part, que les créatures mythologiques étaient connues pour vivre parmi les hommes et non dans un lieu imaginaire et, d’autre part, qu’elles étaient très souvent associées à un lieu particulier ou une localité, il eut l’intuition qu’il devait poursuivre sa quête des « paréidolies ». Une paréidolie est une tendance instinctive à trouver des formes imaginaires dans des formes familières comme les nuages. Il repéra rapidement d’autres personnages dans la forme de certaines îles dont le fameux Icare. Puis, connaissant le Lion de Némée, il s’aperçoit très vite que la colline surplombant les ruines de la ville du même nom est en forme de lion. C’est ainsi que, suivant son idée fixe, il en trouve beaucoup d’autres : le Griffon de Sicyone, le cheval à Corinthe, le Centaure à Nessos, le sanglier de Calydon, le dauphin de Delphes et même la chouette d’Athènes. Les paréidolies sont si nombreuses que le doute n’est plus permis : la mythologie servait bien à décrire la géographie pour des peuples qui, en l’absence d’écriture, cherchaient des moyens de mémoriser des lieux et de naviguer dans l’espace.

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Bien sûr, pour notre découvreur, les sangliers, lions, dauphins, chevaux sont presque toujours « magnifiques ». Nous les trouvons plutôt peu ressemblants. Mais, l’essentiel n’est sans doute pas là. Enfant, au pied du plateau de Gergovie, je participais chaque année à un « loto ». Le préposé au tirage des numéros les annonçait de manière théâtrale et, pour certains d’entre eux, de manière imagée. Ainsi, lorsqu’il tirait le numéro 11, proclamait-il fièrement en regardant la salle : « les jambes de Milou ! ». La première fois, je fus surpris. Milou avait des jambes! Je pensais, pour ma part, qu’il avait 4 pattes… Les années suivantes, à l’image de la foule passionnée pour qui cela ne faisait aucun doute, j’avais appris à reconnaître dans le numéro 11, les « jambes de Milou », mais aussi dans le 44, « les deux fauteuils », dans le 69, « les cochons » et dans le 88, la sublime « Brigitte Bardot »! Ce qui fait la paréidolie n’est évidemment pas l’exacte ressemblance, mais cet accord tacite qui transforme comme par enchantement le semblant de ressemblance en évidente ressemblance… La faculté d’imagination est au cœur de la mnémotechnie. Qui n’a pas appris à faire le nœud de chaise en répétant inlassablement cette phrase: « Le serpent sort du puits, tourne autour de l’arbre et retourne dans le puits ».

Des mythes à la géographie

En entamant la deuxième partie de son livre, Poix cesse les enfantillages pour entrer dans la cour des grands. Le chercheur d’or s’apprête à démontrer de manière magistrale que les peuples de la mer Égée ont transformé en grand art le petit jeu du nœud de chaise. Les fables de la mythologie, facilement mémorisables, décrivaient des routes terrestres et maritimes et, fait remarquable, les îles sur la mer avaient leur reflet dans le ciel. Les étoiles ne sont-elles pas, depuis la nuit des temps, les plus fidèles compagnes des marins ? Dans le ciel étoilé, les Égéens avaient établi « une représentation en miroir » de leur territoire : le dédale d’îles avait dans le ciel son pendant, un dédale de constellations. C’est pourquoi de nombreux mythes « font référence à des caractéristiques astronomiques » ou « des personnages se promènent parmi les constellations » et d’autres encore sont transformés « en étoile après leur mort ». Il est fascinant que personne, avant Poix, n’ait vu que l’archipel de Fournoi ressemblait au personnage d’Icare, avec ces deux ailes de cire déployées dont l’une a fondu… Mais qui aurait pu, si ce n’est ce passionné d’astronomie, retrouver la constellation d’Icare qui deviendra plus tard la constellation du Cygne ?

Devant nos yeux ébahis, se met en place « le mouvement diversifié des planètes dans le Dodécanèse » et « la succession globale et régulière des constellations » dans l’archipel des Cyclades. Sur terre, la succession des îles et, dans le ciel, celle des constellations : l’île de Kalimnos ressemblant à un char tiré par 4 chevaux est la constellation de la Grande Ourse, Tilos qui représente un W est Cassiopée, Mykonos en forme d’oiseau de proie la constellation de l’Aigle et Amorgos, en forme de déesse, qui sera nommée Ariane, la constellation actuelle du Scorpion. Pour la première fois, il nous est par ailleurs permis d’observer le « vrai » fil d’Ariane : un chapelet d’îles qu’il suffit de « remonter » pour atteindre le Minotaure. Les mythes racontent les créatures que forment les îles, les chemins qu’il faut emprunter, mais aussi, et peut-être même surtout, selon Poix, les discontinuités entre la terre et l’éther. Bien que les possibilités semblent infinies dans le ciel au vu du nombre d’étoiles, les Égéens ne pouvaient toujours faire correspondre exactement les îles et les constellations, notamment parce qu’ils devaient « s’appuyer » sur les étoiles les plus brillantes ou les groupes d’étoiles les plus remarquables. Les mythes expliquent donc les « discontinuités » entre la carte céleste et le territoire. Le lecteur comprend alors pourquoi les chevaux d’Hélios se sont « emballés », pourquoi Icare n’a pu s’échapper du labyrinthe, contrairement à son père Dédale, et pourquoi Ariane fut abandonnée par Thésée sur les rives de l’île de Naxos…

Des mythes à la réalité

Rémy Poix qui, déjà, avait un gros jeu, abat sa dernière carte. Selon lui, les créatures utilisées dans la mythologie grecque « ne représentaient pas uniquement les îles, mais également les peuples ou les communautés qui s’y trouvaient ». En lieu et place des Dieux purement imaginaires, il faudrait donc voir des peuples qui, sur leur île respective, s’identifient à « leur constellation paréidolique ». Chaque peuple a ainsi une origine géographique, mais ensuite se diffuse au sein de la mer Égée en créant des colonies : les dieux ont des enfants… Cette thèse permettrait d’expliquer pourquoi les mythes sont parsemés de mariages incestueux entre des parents et des enfants, entre frères et sœurs, de mariages homosexuels ou même avec des animaux. Ces « mariages » ne décriraient que les différentes alliances entre les peuples. Ce n’était pas une mythologie que les Égéens transmettaient à leurs enfants, mais un « simple » manuel immatériel « d’histoire-géographie » !

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Comme l’astronome ayant pu voyager avec James Webb aux confins de la galaxie, le lecteur se sent redevable pour cette spectaculaire croisière au sein de la mer Égée. Rémy Poix le reconnaît lui-même : sa découverte n’aurait été possible sans les outils cartographiques modernes. La chance lui sourit peut-être lorsqu’il repère les premiers signaux, mais son talent et son travail ont fait le reste. Si le télescope spatial de la NASA est en train de bouleverser notre compréhension de l’univers, et accessoirement passer à la broyeuse un nombre incalculable d’articles scientifiques, il se pourrait que l’effet de ce Poix se baladant dans les Cyclades et le Dodécanèse soit tout aussi tonitruant. Elle est en gestation depuis quelques années déjà, mais les esprits sont mûrs désormais pour entreprendre la grande « démystification » de l’histoire et des sciences humaines. Le Roi des mythes est défait. Plus rien n’empêche maintenant de s’attaquer à ses lieutenants, à la condition, bien sûr, de s’affranchir du grappin académique et du gouvernail disciplinaire…

Après avoir refermé Mythologie ou Cartographie, le lecteur sera peut-être, comme moi, un peu sonné. Il cherchera des paréidolies dans la moindre colline et, à la nuit tombée, scrutera le ciel en espérant bêtement découvrir les jambes de Milou. Au petit matin, il recevra peut-être aussi l’appel d’un personnage ou d’une créature de la mythologie. Ce fut, pour moi, celui de la princesse Europe, fille d’Agénor et de Téléphassa. Seul et délaissé de mon Poix, je l’ai cherchée près du lieu où les mythes racontent que Zeus, transformé en Taureau blanc, l’avait enlevée. Longtemps, j’ai essayé de voir la silhouette de la princesse chevauchant le taureau. Puis, je l’ai trouvée, telle qu’elle est représentée sur les amphores depuis toujours : juchée sur le dos du divin, laissant traîner ses jambes et, d’une main ferme, agrippant la corne du bovin. L’île de Chypre ressemble à Zeus emportant la princesse vers la Crète, vers le continent qui porte son nom. Vérifiez vous-mêmes, si vous ne me croyez pas : la paréidolie est absolument « magnifique ».

Edimbourg : capitale de la cancel culture ?

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Vue d'Edimbourg avec le château, 14/08/2023 imageBROKER.com/SIPA sipausa30366725_000003

En Écosse, la cancel culture passe à l’offensive. À l’occasion de l’Edinburgh Festival Fringe, un des humoristes les plus célèbres du monde anglophone a vu annuler son spectacle, à cause de ses opinions sur la question trans. Reportage au wokistan.


Leith Arches est une salle de concert et de spectacle réputée, située au cœur d’Edimbourg. Chaque année, elle reçoit de nombreux chanteurs et artistes de tout le Royaume Uni et au-delà. En août et septembre, elle accueille certaines des manifestations du célèbre Edinburgh Festival Fringe, version « off » du Festival international d’Edimbourg. Le 15 août, Leith Arches a annoncé l’annulation d’un spectacle organisé par Comedy Unleashed, un club d’humoristes engagés en faveur de la liberté d’expression. Parmi eux, Andrew Doyle, le créateur de Titania McGrath, un personnage fictif qui satirise les absurdités de la culture woke. La raison de l’annulation? La participation au spectacle de l’humoriste et scénariste, Graham Linehan, créateur de plusieurs téléséries comiques ayant connu un grand succès outre-Manche, comme Father Ted (1995-1998), Black Books (2000-2004) et The IT Crowd (2006-2013). Linehan n’a jamais caché ses opinions critiques au sujet du transgenrisme. La direction de Leith Arches, qui a accueilli de nombreux spectacles de drag queens, a justifié la censure de Lineham en prétendant que sa présence n’était pas en accord avec ses valeurs inclusives. Dans un post Instagram publié le 16 août, la direction s’est expliquée de manière décomplexée : « Nous travaillons en étroite relation avec la communauté LGBT+, qui représente une part considérable de nos revenus. Nous croyons qu’accueillir [Graham Linehan] aurait des répercussions négatives sur nos futures recettes ». Elle a ajouté que « la décision n’a pas été influencée par la pression d’activistes en ligne, mais par la communauté qui utilise régulièrement cet espace de manière hebdomadaire et mensuelle ». Après qu’une deuxième salle l’a annulé, l’humoriste a reprogrammé son spectacle, le 17 août,… devant le Parlement écossais, à Edimbourg, permettant aux spectateurs ayant réservé leur place d’assister tout de même à ses numéros comiques.

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L’affaire Graham Linehan n’est pas une exception dans le cadre de ce festival, bien au contraire. La comique Kate Copstick, une habituée du festival, a avoué « n’avoir jamais vu le Fringe censurer autant », après l’annulation au mois de mai de la prestation d’une députée féministe du Parti indépendantiste écossais (SNP), Johanna Cherry, qui avait tenu des propos considérés comme transphobes. Finalement, sa prestation au Stand Comedy Club, une salle de réception et de concert, semblable à Leith Arches, a été maintenue, mais avec un renforcement des conditions de sécurité pour éviter la perturbation de l’évènement et garantir la sécurité de l’élue. Johanna Cherry s’est scandalisée de cette situation, dénonçant comme une « honte le fait qu’un orateur public doive faire face à des menaces sur sa sécurité du fait de sa sexualité et de ses croyances. Les responsables devraient avoir honte ».

Un autre comique, David Greige, a dû s’excuser devant la direction et les salariés du Lyceum Theatre d’Edimbourg, pour avoir liké des contenus apparemment transphobes sur Twitter par le passé. Il a supprimé son compte pour éviter des ennuis supplémentaires. Plusieurs personnalités, dont Johanna Cherry, ont comparé l’ambiance à Edimbourg à celle qui régnait en Allemagne de l’Est à l’époque de la Stasi. La journaliste et essayiste Suzanne Moore s’est offusquée sur Twitter : « Je suis consternée par ce qui se passe en Ecosse et en particulier dans notre capitale d’Edimbourg ». Elle a ajouté : « Cela rappelle l’Allemagne de l’Est. Le temps est venu pour des diffusions massives de La vie des autres et, pour le Lyceum, une nouvelle mise en scène des Sorcières de Salem ».

La vie des autres, sorti en 2006, est bien sûr le film qui met en scène les méthodes de la Stasi, et Les sorcières de Salem est la célèbre pièce de l’Américain Arthur Miller, jouée pour la première fois en 1953 et adaptée au cinéma par la suite, qui a puisé son inspiration dans un procès en sorcellerie dans le Massachusetts en 1692. Ces comparaisons sont peut-être hyperboliques, mais elles montrent combien il est devenu difficile en Ecosse aujourd’hui d’exprimer publiquement une opinion qui contrarie les militants du transgenrisme, même dans un contexte comique. On ne peut plus rire de tout.

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Extrait du spectacle de Graham Linehan devant le Parlement écossais, le 17 août.

Quand un pays cesse d’être une patrie

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Entrée du grand magasin La Samaritaine endommagée, Paris, 30/06/2023 Alexis Jumeau/SIPA 01119032_000006

Qu’attend l’Etat français pour maîtriser ses frontières, faire respecter l’État de droit et mieux garantir la sécurité de ses citoyens et des touristes? Le problème, c’est que notre pays n’ose plus s’affirmer. A ce rythme, il cessera bientôt d’être une « patrie ». Tribune.


Qu’est devenue la France ? Qu’est devenu Paris ? La lecture des journaux est une désespérante litanie quotidienne de viols, de vols, d’agressions, de traquenards en tout genre. A quoi s’ajoute la banalisation des refus d’obtempérer, sources de drames dont deux touristes suisses ont fait les frais récemment parce qu’un voyou fuyait à contre-sens un contrôle de police. Pas de minute de silence ni de marche blanche pour elles, par contre si un policier, leur sauvant du même coup la vie, avait fait usage de son arme, on imagine les émeutes… Beaucoup des mis en cause, si tant est que l’on ose donner des informations « ethniques », semblent être le fait d’étrangers, la plupart en situation irrégulière, majoritairement africains et maghrébins.

Selon le chef de l’État lui-même, à Paris la délinquance est pour 50% imputable aux étrangers en situation irrégulière. La solution pour réduire de moitié ces problèmes qui gâchent, voire détruisent des vies, apparaît tellement indiscutable qu’elle doit aveugler nos décideurs même si, de toute façon, ils cacheront toujours leur lâcheté derrière le respect des soi-disant « droits de l’homme ». Laissant de côté le premier de tous les droits de l’homme qui est celui de vivre en paix et en sécurité, et aussi celui de prendre les transports en commun tranquillement, à n’importe quelle heure, qu’il soit homme ou femme. J’ai connu une époque où c’était possible, si… si… comme tous les boomers.

Je voudrais comprendre pourquoi cette descente aux enfers dans laquelle nous entraîne notre laxisme migratoire ne provoque pas de réaction ferme des politiques, voire de la population qui, pour le coup, pourrait utilement descendre dans la rue pour exiger une nouvelle politique. Politique migratoire, politique judiciaire, politique éducative… Mais pas après la mise en place de commissions bidon accouchant de rapports destinés à caler les tables branlantes de l’Élysée et de Matignon. Pourquoi ne pas agir tout de suite, maintenant ?

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La reprise en main de la sécurité des Français, et de celle des pauvres touristes qui ont encore le courage de venir chez nous, devrait être une priorité nationale. Parce que cet abandon ne peut que générer une croissance auto-alimentée de l’insécurité. Si l’État ne protège plus les citoyens, des milices ou des mafias pourront prospérer en « vendant » de la sécurité et de la justice.  La corruption se généralisera, une société atomisée et de plus en plus violente accentuera les inégalités dans un monde devenu anarchique et oligarchique.

Le Figaro publiait vers la fin de l’année dernière un article sur le stress des Japonais découvrant la glauque et agressive réalité d’un Paris dont ils avaient cette ancienne image romantique qui persiste encore dans l’imaginaire de nombreux étrangers (mais cela ne durera pas toujours). Je ne suis pas japonais, mais j’ai ressenti la même chose chaque fois que j’ai atterri à Roissy de retour du Japon. Après un séjour dans l’empire du respect, du civisme, de la propreté et de la courtoisie, c’est toujours une épreuve de retrouver, dès qu’on prend pied dans le RER B, la crasse, la morosité, le bruit et la longue procession des tags couvrant des deux côtés absolument tout ce qui borde les voies sur les 50km de la ligne.

La patrie, comme l’indique son étymologie, c’est la terre de nos parents, de nos ancêtres. Ce devrait être ce lieu familier, où l’on se sent bien, ce chez-soi que chacun porte en son cœur. Un pays que l’on aime parce qu’on y partage aussi la même histoire, la même morale, les mêmes valeurs, les mêmes espoirs. C’est cela qui réchauffe le cœur et fait la douceur de vivre. Et c’est pour cela que, hommes et femmes, sont toujours prêts à se battre pour défendre leur patrie. Un pays ouvert aux quatre vents, agressé quotidiennement dans sa sécurité, comme dans son identité, par des gens qui manifestement ne partagent aucune de ses valeurs; un pays qui lâchement abandonne toute affirmation de soi et toute fierté nationale; un pays qui courbe l’échine sous le joug d’une incompréhensible idéologie du laisser-faire, de la non-sanction, de la non-frontière; un pays dont le prince est un enfant ou un mondialiste forcené, n’est plus une patrie pour personne. Prions, car il faudrait un miracle, pour que la France le redevienne un jour. Et il y a urgence, parce que bientôt monteront de nouvelles générations pour qui la France ne représentera plus rien.

Connemara : une chanson d’extrême-droite?

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Michel Sardou à Nice, en 2011 © BEBERT BRUNO/SIPA

La chanteuse, Juliette Armanet, a « fait le buzz » en exprimant sa détestation d’une chanson de Michel Sardou. La France, qui commence à connaître des tentatives d’une certaine gauche pour censurer la culture, devrait tirer les leçons de l’expérience cubaine après 60 ans de tyrannie communiste. Tribune de la romancière et poétesse cubaine, Zoé Valdés.


Je ne sais pas qui est Juliette Armanet, véritable censeuse, que je n’avais pas eu la chance d’écouter jusqu’à présent, bien que je sache qui est Michel Sardou. Depuis longtemps, je fredonne Sardou comme la plupart des Français et tous ceux, dans le monde, qui connaissent son répertoire extraordinaire (j’ai même écrit pour lui un petit poème que je chantonne encore aujourd’hui). Je peux dire, en respectant les distances linguistiques minimales, que Michel Sardou est à peu près à la variété française ce que Meme Solís est à la musique cubaine : plus qu’une simple référence, il représente un artiste sans âge, un immense créateur intemporel. Tandis qu’à Cuba, le peuple, fatigué d’écouter des hymnes communistes aux rythmes tropicaux, a commencé à revaloriser Meme Solís, censuré jusque-là par les autorités, en France on commence à subir la cancellation woke-communiste. Cette censure est donc quelque chose que nous, les Cubains, nous ne connaissons que trop bien. Souvenez-vous de ce qu’écrivait Reinaldo Arenas : « Les Cubains viennent du futur ». Tout ce qui peut vous arriver aujourd’hui face aux extrémistes de gauche, nous en avons déjà souffert. Après toutes ces années de censure, la musique de Meme Solís commence à connaître enfin un renouveau. Nous avons appris que les premiers à tenter de censurer les artistes sont d’autres artistes, médiocres et envieux.

A lire aussi: Le Lac déconne et Marat

Cette chanteuse, dont je n’ai pas encore tout à fait appris le nom, parce qu’il ne m’est pas familier, a déclaré qu’elle déteste « Les Lacs de Connemara ». Qu’est-ce qu’elle a à nous offrir à la place ? Ecoutez sa chanson « Boum boum baby » dont le langage trivial est dénoué de toute poésie, et c’est d’autant plus apparent quand c’est traduit en espagnol. Juliette Armanet ferait bien de prendre des cours de chant et de composition avec Michel Sardou. Mais elle ne le fera pas, car d’après elle, sa musique est d’« extrême droite », et cela suffit pour le disqualifier sur le plan moral.

Paul

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Lourdes, lentes, disparues…

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Un poème en hommage à André Hardellet, mort à l’été 1974. L’érotisme de son livre, Lentes, lourdes…, publié en 1969, aurait choqué en haut lieu.


Ce poème inédit fait partie du recueil Là où dansent les éphémères qui a réuni 108 poètes d’aujourd’hui, paru aux éditions Le Castor Astral à l’occasion du 24ème Printemps des Poètes en 2022. Cette anthologie a été composée par Jean-Yves Reuzeau. Y figurent notamment Arthur H, Patrice Delbourg, Marie Modiano, Éric Naulleau, Valérie Rouzeau ou Thomas Vinau.

Sein bas et las, de ces peaux distendues, au sommeil vermeil

Des mains hardies ne reverront plus

Seine, département supprimé des calendriers

Eau de Seltz, zinc piqué, ô Quinquina au comptoir dépoli

Mon beau Stradair épuisé gît sur le pavé

Emplis de foudres, des Quais s’élèvent à la peine

Châteaux en Espagne d’une banlieue poissarde

Le gris lui allait si bien, archimandrite des bas quartiers

Des remugles de tapioca, impromptu des gamelles, sur toile cirée

Lessiveuses de Pantin au petit matin ; Hirondelles en crevaison

Bercy, Charenton, Vincennes giclent de ma mémoire essorée

Miles à la trompette, la Mouffe, mon piton doré, Solutré des égarés

Dans cette chaleur des gens de peu

Dans l’inconfort vigoureux

Mamelon rageur, indécence toute parisienne, à la circonférence huileuse

Élan duveteux des périphéries incertaines

Des lainages trop encombrés me reviennent

Des plénitudes en cotonnade, maousse et fébriles

Viscose, rayonne aux reflets cuivrés, alambic des temps impurs

Tant de corsages arquaient mes promenades imaginaires

Juteuse saveur équivoque, souffle court, accélérations soyeuses, puis céleste abandon

De cette taquine ivresse, mes nuits se souviennent

Á lèvres touchantes, des lourdeurs paysannes, caresses de truites bombées

La rue, la rivière, le fouet des fougères échevelées, matelas improvisé, sans cesse renouvelé

Tapisserie à l’infini, organdi d’émois à deux

Le don, oui, oui, oui, l’ardeur et la charité, miracle des jeunes corps repus

De ces victoires nues sur parquet brûlant

De ces communions passagères, pacte du plaisir gratuit

C’est si loin maintenant

J’étais si prompt, si impatient à capturer le suc de mes pensées

Paris m’a trahi

Le chant des Buick goulues s’est éloigné

Les rires, le chahut, les flacons, la sueur en partage, tout a disparu

Je n’entends qu’offense et distance

Monsieur Nostalgie

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Et maintenant, voici venir un long hiver...

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Jean-Jacques Goldman : heureusement, il n’est pas comme nous…

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Jean-Jacques Goldman, 2003. ©JULIEN CAUVIN/TF1/SIPA tf135104300_000072

Comment expliquer la fascination que Jean-Jacques Goldman continue d’exercer sur nous? Il incarne une allure, voire une noblesse, que nous cherchons en vain ailleurs dans la vie publique de notre pays. Le billet de Philippe Bilger.


Je vais lire évidemment le livre de l’écrivain et professeur d’histoire Ivan Jablonka sur Jean-Jacques Goldman, sobrement intitulé Goldman. L’auteur a un talent que j’ai déjà pu apprécier.

Pour être franc, j’éprouverai un léger sentiment de frustration parce que je suis persuadé que Jean-Jacques Goldman ne s’en désintéressera pas comme, avec beaucoup d’élégance, il m’avait annoncé qu’il l’avait fait pour les trente pages que je lui avais adressées : Mon Jean-Jacques Goldman. Il m’avait appris qu’il ne lisait jamais rien de ce qui était écrit et publié sur lui. Pourtant j’avais la faiblesse de considérer qu’il n’aurait pas été inutile qu’il se penchât sur cette tentative d’explication de son incroyable et si durable aura.

A lire aussi : Gérard Leclerc: journaliste de confiance

Sur ce blog, je lui avais déjà consacré plusieurs billets dont un qui, le 21 décembre 2006, « La France en Suisse ! » le comparant à Johnny Hallyday, renvoyait à Corneille et à Racine en soulignant que Johnny, c’était l’humanité telle qu’elle est et Jean-Jacques, telle qu’elle devrait être. On a tenté médiatiquement de découvrir les secrets de cette singularité exceptionnelle, pourquoi Goldman fascine toujours (Le Parisien).

J’entends bien que sa rareté et sa discrétion, qui lui sont si naturelles que personne ne les perçoit comme une affectation, n’y sont pas pour rien dans cette dilection qui dure.

Mais il me semble qu’il y a d’autres raisons plus profondes et que probablement elles ne sont pas à chercher seulement dans l’enfance et la jeunesse de Jean-Jacques Goldman. Même si je ne doute pas de la forte influence de ses parents sur lui, surtout celle de son père. On peut gloser sur « un gamin renfermé, banal et grisâtre » et appréhender sa destinée artistique comme une métamorphose faisant passer cette personnalité que rien ne distinguait, paraît-il, au statut d’immense star. Le contraste entre cette lumière et son comportement demeurant ordinaire faisant encore davantage ressortir son éclat de quelques années comme compositeur, chanteur, en solo, ensuite en groupe, puis son effacement voulu et organisé.

A lire aussi : Et s’il ne fallait plus se coucher pour réussir ?

Je me demande si la clé essentielle ne réside pas dans le lien que l’opinion publique, les Français ont construit avec lui. Comme s’il était le modèle dont en creux ils avaient toujours attendu, espéré la venue. Non pas l’affirmation d’une familiarité – il est comme nous – mais le contraire : « Heureusement il n’est pas comme nous » !

Le quotidien nous effraie par une multitude de désordres, de violences et d’horreurs qui nous interrogent sur une humanité dont nous ne pouvons nous dissocier mais qui indigne parce qu’elle nous déshonore. Il y a, grâce à Jean-Jacques Goldman, l’irruption dans notre conscience collective de l’inverse.

On n’a jamais assez insisté, sans doute pour ne pas nous accabler nous-mêmes, sur la particularité noble d’un Goldman, échappant parce qu’il est lui et pas nous, à ces poisons d’une modernité en roue libre, qui constituent notre lot ordinaire. Égoïsme, narcissisme, médiatisation forcenée, esprit partisan, générosité ostentatoire, événements privés et intimes livrés au public, souci de soi plus que des autres, passion du somptuaire, culte délirant des réseaux sociaux : ces dérives sont le socle à partir duquel Goldman nous apparaît tel un miracle aux antipodes.

Karl Marx, au sujet de la religion, parlait « du cœur d’un monde sans cœur » : Jean-Jacques Goldman est dans nos têtes et nos sensibilités parce qu’il a de la tenue, de l’allure, quand la France, notamment dans ses hautes sphères, en manque. On adore Jean-Jacques Goldman parce que, nous épargnant l’envie, il est des nôtres sans l’être. Il est d’ailleurs, en quelque sorte.

Goldman

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Le Mur des cons

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La parole, rien qu'elle

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Barbie, la mauvaise blague

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Barbie et Ken. ©/AP/SIPA

Le film Barbie a fait couler beaucoup d’encre. Est-ce un chef-d’oeuvre féministe ou encore un sous-produit du système patriarcal? Ou autre chose?…


J’ai voulu comprendre pourquoi tant de public – plus d’un milliard de dollars, c’est la recette récoltée en trois semaines par le film, 4,400 000 entrées en France – dont certains parmi les spectateurs ayant des avis d’une grande finesse sur le cinéma, sont allés le voir.

Le film est signé Greta Gerwig, coqueluche du cinéma indépendant américain, actrice adorée et réalisatrice de quatre films dont les surestimés Lady Bird (2017) et Les Filles du Docteur March (2019), adaptation du roman de Louisa May Alcott et remake progressiste de l’excellente version de George Cukor (1933).

Barbie est une comédie musicale pop, molle et hystérique à la fois, desservie par ses couleurs criardes, le rose et le bleu nauséeux omniprésents et ses scènes musicales ratées. Après sa comédie dramatique médiocre, Greta Gerwig massacre la comédie musicale, un des genres d’excellence du cinéma américain de l’âge d’or.

A lire aussi : Barbie et notre féminisme en plastique

Mais l’intérêt est ailleurs, car le film réussit le pari d’être à la fois une publicité pour vendre des jouets Barbie et une comédie à la fois féministe et contre-féministe sur la grande bêtise et la vulgarité de notre époque. Le film nous conte comment, vaccinés aux idéologies en vogue aux États-Unis qui ont malheureusement gagné notre vieille Europe déclinante, Barbie devient féministe et Ken découvre le patriarcat.

C’est d’une bêtise sidérante qui atteint par moments un comique involontaire lorsque Ken, joué avec talent par un Ryan Gosling, excellent dans le registre de l’imbécile phallocrate falot, recherche des livres sur le patriarcat, mot qui revient plusieurs fois dans le long-métrage, ce qui ravit la militante Camille Froidevaux-Metterie, féministe phénoménologique. Dans Télérama, elle déclare que: « La pop culture est aussi un soft power. Certes, elle est une façon triviale et sans doute insuffisante de véhiculer les idées féministes, mais elle permet des discussions et suscite des questionnements […]. Les principaux mécanismes du patriarcat sont dépeints de manière grotesque, comme pour mieux les dénoncer ».

Quant à Barbie la féministe, interprétée par Margot Robbie, c’est une Barbie comme les autres, comme peuvent l’être beaucoup de toutes les femmes politiques, journalistes et autres autrices qui surfent sur les idéologies progressistes. Elle est jolie, sucrée, sans substance et féministe, et rêve de devenir une humaine classique, forcément classique. Tout cet étalage de féminisme pour les nuls comme le dit Sophie Bachat est écœurant et grotesque. Mais c’est le parfait reflet de notre société contemporaine, moderne, progressiste et stupide, et c’est révélateur de l’état de déliquescence du cinéma de spectacle Hollywoodien.

A lire aussi : Dégenrés au berceau

En revanche, Victoire Tuaillon, journaliste et auteur française (1) pense (toujours dans Télérama) que « Pour montrer la réalité du patriarcat, il aurait fallu des Kens violeurs, violents…, Mais ça n’était pas possible dans un film comme ça ».

Il ne s’agit pas pour la société Mattel de produire un film subversif, mais de faire amende honorable, de se mettre au diapason des idées du moment afin de continuer à vendre plein de poupées Barbie, féministes s’il le faut. Barbie est donc un film cinématographiquement sans intérêt et un objet sincère et cynique, tant du point de vue sociologique que marchand. On y rit un peu, on s’y ennuie beaucoup et surtout on y perd son temps. Mais il faut croire que le public aime la bêtise et l’ennui…

(1) Elle a créé et anime notamment le podcast, « Les couilles sur la table », qui s’intéresse à la construction des masculinités sur Binge Audio.

Le Lac déconne et Marat

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CANNES : "Rosalie" Photocall - The 76th Annual Cannes Film Festival. 01113625_000043. © JEAN MARC HAEDRICH/SIPA

Une certaine chanteuse contemporaine trouve que « Les Lacs du Connemara » est idéologiquement de droite. A-t-elle raison? Henri Beaumont décrypte pour nous le symbolisme de cette chanson. Analyse littéraire et politique.


Falbala qui sait le prix du silence et du buzz, s’attaque à la variétoche, tacle un menhir, notre Assurancetourix national. « « Les lacs du Connemara » est une sirène d’alarme pour quitter une soirée… Le côté scout, sectaire, la musique est immonde. C’est de droite, rien ne va…C’est vraiment une chanson qui me dégoûte ». On ne la fait pas à Juliette Armanet, femme des années 2020. Toujours poussée vers de nouveaux rivages, dans la nuit éternelle emportée sans retour, elle a fait une prépa littéraire, tenté trois fois le concours du Conservatoire national supérieur d’art dramatique, réalisé des documentaires pour Arte et France Culture.

On sent du vécu, des souvenirs d’EMC au collège, l’ado rebelle qui vient de trouver une boussole magique permettant de comprendre le monde et briser les chaînes de l’esclavage : à gauche les gentils, à droite les méchants. Avec le temps va, Juliette mettra (ou ne mettra pas) un peu de Vittel dans son gros rouge. Pour les fins de soirées, Juliette a-t-elle un point de vue sur Claude François, Alexandrie Alexandra, Les Magnolias, I will survive ? Être une femme libérée, ce n’est pas si facile. La danseuse d’alertes joue des coudes dans la tire qui mène à Hollywood. Son splash est réussi, le ridicule ne tue pas.

La vie est une folie et la folie ça se pense. Libé, Les Inrocks, Télérama et France Inter ont mené l’enquête. Décryptage : « Les Lacs du Connemara » est bien de droite.

A lire aussi: Saint-Denis brûle-t-il ?

Climatosceptisme, obscurantisme, virilisme, …

Le décor, la triste réalité du Connemara, c’est la terre brûlée au vent des landes de pierres, des nuages noirs qui viennent du nord, colorent la terre, les lacs, les rivières, des algues vertes et monstres mutants qu’on voit nager dans les lacs, certains soirs d’été. C’est pour le vivant un peu d’enfer, le Connemara… Quelle planète allons-nous laisser à nos enfants ?

Le repos de l’âme, la paix autour de la Croix, Sean Kelly qui est catholique, Maureen aussi… Pas beaucoup de diversité, d’ouverture à l’autre, au Connemara… Oppressante, l’église en granit de Limerick pèse comme un couvercle. On y vit encore au temps des Gaëls et de Cromwell. Diderot, les Lumières, Les derniers jours du disco n’ont pas atteint le Connemara.

Virilisme guerrier et barbecue Là-bas, au Connemara on sait le prix de la guerre et on n’accepte pas la paix des Gallois, ni celle des rois d’Angleterre. De Tipperary, Barry Connelly, Galway, les Flaherty du Ring of Kerry, les Highlanders, Rob Roy, Bill Millin, Christophe et Gérard Lambert sont arrivés en 4X4 dans le comté du Connemara, avec de quoi boire trois jours et deux nuits. Aidés par une patrouille de scouts d’Europe, ils ont allumé un gigantesque feu de camp, un barbecue géant. Ça prend très vite la bruyère et la tourbe. Des porcelets rôtis, de la panse de brebis farcie, un tsunami de ketchup, mayo, acides gras saturés, cannettes de bière éparpillées sur la lande… La signature carbone de la teuf est apocalyptique.

Patriarcat et masculinisme toxique Le moment paroxystique et énigmatique de la chanson, c’est lorsque Maureen plonge nue dans un lac du Connemara. Ça interroge… Pourquoi risquer une broncho-pneumonie dans une eau à 13 degrés ? Pourquoi Sean n’a pas plongé nu, lui ? La vérité, c’est que Sean poursuivait Maureen depuis trois jours et cinq nuits. Captivée par la lecture des Hauts de Hurlevent, Maureen lui avait dit « non ». La vérité c’est que Maureen a plongé nue dans le lac pour échapper aux avances du lourdingue non déconstruit. Le salaud s’est rincé l’œil. La vérité, c’est que Maureen était secrètement amoureuse de Heathcliff et que Sinéad O’Connor était secrètement amoureuse de Maureen. À Tobermory, grelottante, guettée par les vieilles derrière leurs volets, la messe était dite, Maureen n’avait plus le choix. À vingt ans, sans réfléchir, elle a dit « oui ». L’équipe « Investigations Intersectionnelles Internationales » de Mediapart a retrouvé Maureen. Dix enfants plus tard, elle trime dans un pub tenu par le Capitaine Haddock, le Drovers Inn, au Loch Lomond.

Ouf ! les vacances sont bientôt finies

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Trafic dense sur l Autoroute A8, Mougins FRANCE - 14/02/2023 SYSPEO/SIPA 01123297_000007

Aujourd’hui, qu’est-ce qui est pire? La rentrée ou les vacances? La chronique de Sophie de Menthon.


C’est bien l’une des premières fois que, discrètement, on se réjouit un peu de la rentrée ! Et à propos de rentrée revient le marronnier incontournable de la prime de remboursement des fournitures scolaires ; ça rassure car cela fait 10 ans que l’on dit la même chose : trop élevée, pas assez, mal utilisée, on achète des portables avec, etc.

A moins que vous n’ayez été dans une île déserte sans possibilités d’accès à l’information, sachez que ce fut l’été de toutes les catastrophes ; du moins a-t-on choisi de nous les présenter à l’exclusion de toute autre information non dramatique. Parce que c’est bien beau de critiquer les médias mais encore faut-il résister aux alertes de son portable, à la tentation d’appuyer sur un bouton pour obtenir des infos ou encore d’acheter son journal ; j’allais dire « son JDD », horreur !  Les mêmes défenseurs de Charlie Hebdo sont prêts à tout pour mettre à l’index « notre » journal du dimanche, c’est quand même à nous lecteurs de juger, non ?  On nous prend pour des imbéciles incapables de choisir ce qu’ils pensent et ce qu’ils veulent trouver dans leur journal, et vous vous rendez compte ! Il y a une ministre « Renaissante » qui s’est adressée aux lecteurs dès le premier numéro d’après grève ; or, c’est bien connu, le gouvernement ne doit parler qu’aux lecteurs politiquement corrects et l’on ne sait pas qui va acheter le nouveau JDD ; suspense… extrême !

Si je reparle de cela, c’est que ce fut notre feuilleton de l’été le moins pire, car la menace est quand même faible. Donc, en cette fin d’été, estimez-vous heureux si vous avez échappé aux incendies ravageurs de maisons, d’immeubles, de quartiers entiers et de feux de forêts. Échappé aux agressions multiples et variées, le viol avec manche à balai nous a traumatisé, mais ce qu’il faut dénoncer aussi, n’est-ce pas la curiosité morbide pour ce viol ? Et le voyeurisme concernant les gens qui se noient dans les baïnes. La propension à ne nous intéresser qu’au sordide et au tragique est inquiétante. Il faut un regard extérieur comme celui de The Economist pour nous voir en tant que pays qui ne va pas si mal… Mais dans nos media c’est le comble : les bonnes nouvelles sont traitées comme des mauvaises. Par exemple, on apprend que la France est le troisième pays au monde qui compte le plus de millionnaires et c’est à cause de l’immobilier.  Donc ça ne compte pas et si pour certains cela compte, c’est scandaleux, mort aux millionnaires !

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Et puis il y a les drames people qui nous bouleversent, comme le crash d’un avion privé (devant la tristesse collective, Sandrine Rousseau n’a pas osé flinguer les victimes parce qu’ils avaient pris un avion contribuant ainsi à l’augmentation de CO2, mais ça devrait venir). Vous avez donc échappé à la canicule ou au froid de novembre pour ceux qui n’étaient pas visés par ladite canicule (discrimination régionale ?).  Vous n’étiez pas à Marseille à compter les victimes du trafic de drogue, vous n’avez pas été emporté par une vague tueuse, échappé à l’amende parce que vous vous étiez en train de vous baigner alors qu’elle pouvait arriver, vous avez de la chance.

Si vous regardez la météo sur France 2 c’est du dur ! On élève le débat et c’est du réchauffement climatique de la planète entière dont on vous parle :  l’intensité monte, c’est terrible, il s’agit de nous angoisser à mort sur toutes les conséquences météorologiques, cela semble la ligne directrice de la chaine, à moins qu’il ne s’agisse d’une satisfaction perverse des journalistes préposés aux désastres planétaires ?  Et ce, tous les soirs à 20h, on ne nous propose aucune solution sauf d’arrêter de vivre.

Décidément chanceux, vous n’étiez pas non plus dans un de ces campings régulièrement évacués pour intempéries. Pas d’accident de la route (touchez du bois) ni d’embouteillages monstres dont on ne vous a rien caché. Le reporter micro en main, d’une voix passionnée et anxieuse, pose à l’automobiliste à l’arrêt accoudé à sa fenêtre, cette question existentielle : « …et ce n’est pas trop long cet embouteillage ? » (Pensez-vous ! 8H pour 100 km, c’est tout bon) et l’heureux interviewé de répondre invariablement, sourire niais à l’appui, « Ben non, y’a les vacances au bout … ». Pour le retour, aurons-nous le même enthousiasme : « Non, y’a le boulot au bout » ?  Voilà qui augure bien du prochain sujet : le nouveau rapport au travail dont personne ne sait ce qu’il est, mais on va nous le dire à Matignon ! C’est peut-être cela la surprise promise du chef de l’État ?

Par miracle, votre dernier né n’a pas souffert de bronchiolite parce qu’il aurait fallu le transporter à 150 km de Paris, car on a des lits mais pas de soignants (c’est comme : pas de pétrole mais des idées, on se demande lesquelles). Les professionnels invités des plateaux anticipent le désastre de l’automne sur le thème « que fera-t-on lors de la prochaine épidémie ? » Le comble, on agresse les médecins qui restent et bossent encore à 79 ans, nous avons tous versé une larme indignée sur le visage tuméfié (on n’a pas pu échapper à cette image traumatisante pendant trois jours) du bon docteur qui a été agressé parce qu’il a refusé un arrêt de travail… et que le coupable n’a juste pas le droit d’approcher à nouveau sa victime !  Faut dire que le mobile est solide, alors que les arrêts de travail ont augmenté de 20% ces derniers mois, sur Twitter il parait que l’on comprend l’agresseur !

Vous avez également échappé aux urgences ; quand on y est, il parait que l’on on y passe le reste de ses vacances. Pour le reste, avouez-le, on avait un peu lâché l’Ukraine, le temps de se détendre, mais voilà-t-il pas que c’est l’Afrique qui cause soucis … ma voisine de plage me l’a dit, en se remettant de l’écran total : « À la rentrée, on va avoir le début de la troisième guerre mondiale, c’est sûr! Alors, faut profiter » a-t-elle ajouté avec la moue désabusée de la sagesse.  Quand on nous annonce que « La rentrée va être compliquée », c’est une litote.

Roberto Saviano : de héros anti-mafia à chouchou de la gauche européenne

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Roberto Saviano au salon international du livre de Turin, 22/05/2023 Alessandro Vargiu/Mondadori Portfolio/Sipa USA/SIPA sipausa30355811_000078

L’écrivain italien, Roberto Saviano, est mondialement célèbre pour son combat contre la mafia. Pourtant, il est encensé par les médias de gauche en France pour une tout autre raison : il ne cesse de critiquer le gouvernement italien et sa politique migratoire.


En 2006, l’Italie remportait la Coupe du Monde de football. La Squadra Azzura battait la France de Domenech aux tirs au but. La même année, Roberto Saviano mettait un coup de pied dans la fourmilière avec Gomorra. Dans ce roman, le journaliste italien, 27 ans à l’époque, racontait la mainmise du crime organisé sur Naples, sa ville natale. Le titre de l’ouvrage étant une contraction de Gomorrhe – l’une des deux cités bibliques avec Sodome détruites par Dieu en raison des mœurs de ses habitants – et de Camorra, le  nom de la mafia napolitaine. Traduit dans des dizaines de langues et vendu à des millions d’exemplaires, ce livre a propulsé Saviano dans une autre dimension, passant de simple journaliste italien à écrivain mondialement connu. Cependant, le revers de la médaille était prévisible. Depuis dix-sept ans, l’homme est condamné à vivre caché, sous protection policière, car la mafia a juré d’avoir sa peau.

La coqueluche de la gauche

Mais depuis quelques années, Roberto Saviano a décidé de croiser le fer avec un autre adversaire : le gouvernement italien. En effet, si de nombreux articles dans la presse française sont très élogieux à l’égard de l’écrivain, ce n’est pas seulement pour saluer la force d’un homme qui a eu le courage de braver la mafia. Si L’Obs, Le Monde, Libération et tant d’autres, l’abreuvent de compliments à longueur de papiers, c’est surtout parce qu’il est intarissable dès qu’il s’agit de critiquer la droite italienne que représentent, chacun à sa manière, Matteo Salvini et Giorgia Meloni.

Tout a commencé en 2018, année où l’équipe d’Italie n’est même pas parvenue à se qualifier pour la Coupe du Monde. En mars 2018, la coalition de centre-droit remportait les élections législatives italiennes, arrivant en tête avec  37 % des voix devant le Mouvement 5 étoiles (32 %). En juin, Matteo Salvini devient ministre de l’Intérieur et au même moment survient la crise de l’Aquarius. Ce navire, affrété par l’ONG SOS Méditerranée, venait de secourir 630 migrants en mer et souhaitait que l’Italie les accueille. Salvini, dans son rôle, car élu pour cela, refusait catégoriquement de laisser accoster le bateau dans  un port italien. Roberto Saviano est alors sorti de sa cachette, si on peut dire, pour critiquer la politique migratoire du nouveau gouvernement.

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Dans une tribune, publiée par Le Monde, il a dénoncé les « forces de droite xénophobes incapables d’assurer la cohésion sociale ». Ne nous attardons pas sur le procès en xénophobie. Être favorable à une politique de diminution de l’immigration reviendrait à abhorrer les étrangers ? Cette ritournelle de la gauche est bien connue depuis des décennies. En revanche, l’argument de la cohésion sociale est intéressant. Notre écrivain, visiblement soucieux de cette dernière, croit-il qu’elle en sortira renforcée en imposant la présence de centaines de milliers de migrants extra-européens à une majorité d’Italiens qui n’en veut pas ? Nous voyons bien ce que ça provoque en France lorsque l’État impose, de force, contre l’avis de la population, des centres d’accueil pour demandeurs d’asile dans des communes comme Callac ou Bélâbre. La cohésion sociale en ressort-elle renforcée ?

Si les Italiens ont majoritairement voté pour la droite et le Mouvement 5 étoiles aux législatives de 2018, c’est justement parce qu’ils identifient cette immigration comme une menace pour la cohésion sociale. Voilà ce qui inquiète de nombreux Italiens pendant que Saviano dénonce un climat soi-disant « fétide » qui régnerait en Italie sur ces questions. Toujours les mêmes arguments olfactifs : de notre côté des Alpes, c’est le mot « nauséabond » que la gauche affectionne. Pour diaboliser la droite, chacun ses synonymes.

Une logique fallacieuse

Toujours en 2018, c’est au mois d’octobre que Roberto Saviano participait à l’émission « Les Terriens du Samedi » animée par Thierry Ardisson. L’homme en noir a alors rappelé la vie de son invité : son engagement contre la mafia, ses différents livres, mais également ses récentes prises de position contre le gouvernement italien. « Vous vous êtes mis à dos le nouveau Mussolini : Matteo Salvini », voilà comment le célèbre animateur, qui nous a habitué à plus d’intelligence, a résumé le conflit qui oppose l’écrivain au ministre de l’intérieur de son pays. « Dans l’Europe entière on estime que les immigrés sont responsables de tous les problèmes », voilà comment le célèbre écrivain caricature et déforme la position de la majorité des Européens et des différents partis de droite européens sur le sujet migratoire. Le but de ce genre de déclaration est de minimiser l’importance du sujet migratoire en sous-entendant qu’il n’est pas nécessaire de le traiter car il n’est pas responsable de tous nos maux. Il faudrait donc qu’un sujet soit responsable de tous nos maux pour être pris au sérieux politiquement ? À quoi bon lutter contre le trafic de drogue, l’évasion  fiscale ou l’effondrement de la biodiversité ? Après tout, aucun de ces sujets n’est responsable de tous nos maux. Aucun sujet, pris individuellement, ne peut être responsable de tous les problèmes que rencontre une société. Notons bien que ce raisonnement est uniquement utilisé sur le sujet migratoire. Cette réflexion est banalisée dans les grands médias car considérée comme un argument sérieux. Imaginez les cris d’orfraie si quelqu’un disait qu’il n’est pas nécessaire de lutter contre les violences faites aux femmes car elles ne sont pas responsables de tous les maux ?

Résumons. Premièrement, personne n’a jamais dit que les immigrés étaient responsables de tous les problèmes. Deuxièmement, est-ce possible de constater qu’une immigration, numériquement trop importante et culturellement trop différente, alimente et aggrave certains problèmes et que par conséquent nous souhaitons y mettre fin pour améliorer la vie des gens ? C’est une des raisons qui expliquent la victoire de la droite italienne aux législatives de 2018 et 2022, Salvini, puis Meloni, ayant essentiellement fait campagne sur la promesse de réduire drastiquement l’entrée de migrants en Italie.

La nature a horreur du vide

Le 10 février 2023, Roberto Saviano était l’invité de l’émission « Les Matins de France Culture », présentée par Guillaume Erner. Au micro de la station de radio, l’écrivain a déclaré, à propos de Giorgia Meloni : « Lors de sa campagne électorale, elle parlait de l’immigration comme d’un remplacement racial du continent européen ». Oublions le continent européen un instant et concentrons-nous sur l’Italie. Si on s’intéresse à la démographie de la botte, on s’aperçoit que le propos de la Première ministre italienne est tout à fait rationnel.

En effet, l’Italie est plongé dans un hiver démographique depuis bien longtemps, avec une population vieillissante et un taux de natalité insuffisant pour renouveler les générations. En terme s de natalité, avec 1,24 enfant par femme, l’Italie est au dernier rang en Europe avec l’Espagne. L’année dernière, la natalité italienne a atteint son plus bas niveau depuis l’unification du pays au XIXe siècle : 393 000 naissances en 2022 contre 576 000 il y a 15 ans. Luisa Salaris, géographe à l’université de Cagliari en Sardaigne, confie : « Dans le scénario le plus pessimiste, on peut imaginer que tout va aller de mal en pis, avec une population italienne qui pourrait être divisée par        deux dans les 30 prochaines années ». En Europe, les Italiennes sont les mères qui font des enfants  le plus tard dans la vie. Les jeunes, de leur côté, sont de plus en plus nombreux à envisager l’émigration pour vivre et travailler à l’étranger. Dans un pays vieillissant, où l’âge moyen en 2023 est de 46,4 ans, où les écoles perdent près de 120 000 élèves chaque année, la situation est plus qu’alarmante. D’ailleurs, Olivier Tosseri, journaliste et correspondant en Italie pour Les Echos, parlait, en janvier 2016, des Italiens comme « d’un peuple en voie d’extinction ». Est-il raciste ? Non, il s’intéresse à la démographie, contrairement à d’autres qui se contentent de stigmatiser, de diaboliser et de convoquer leur moraline parce que le mot « remplacement » a été prononcé.

D’ailleurs, ce remplacement ethnique de la population italienne, Roberto Saviano le reconnaît de façon implicite. Sur le plateau de Thierry Ardisson, en octobre 2018, n’a t-il pas dit que « l’Italie est  un pays qui est en train de perdre de plus en plus de population, qui est en train de se vider » ? Que sous-entend « se vider », si ce n’est l’idée qu’il faut rapidement combler ce vide ? Comment ? Avec qui ?

Les blessures d’un pays

Du 14 au 16 juillet 2023, l’écrivain était l’invité d’honneur du Festival international de journalisme qui s’est tenu à Couthures-sur-Garonne, un petit village du Lot-et-Garonne. Les invités, journalistes, maîtres de conférence, écrivains, historiens, députés, entrepreneurs, sont venus débattre de nombreux sujets tels que l’intelligence artificielle, l’audiovisuel public, la contestation en Iran ou la santé mentale. En tant que parrain de cette 7e édition du festival, Roberto Saviano a eu l’insigne honneur de suivre Charline Vanhœnacker, la marraine en 2022.

De manière prévisible, il a parlé mafia, politique migratoire de l’UE, arrivée de « l’extrême-droite » au pouvoir en Italie et liberté de la presse. Bien évidemment, lorsqu’une personne de gauche parle « liberté de la presse » c’est pour attaquer CNEWS et les médias de droite (si peu nombreux) en général. Et ça n’a pas manqué. « En France, ce qui m’a surpris, c’est que l’information populiste prend également le dessus et si les choses ne changent pas  la France pourrait bien ressembler de plus en plus à l’Italie ». Il semble ignorer que, en plus d’avoir tout le service public, les progressistes exigent également que la totalité des médias privés partagent leur idéologie. Ils souhaitent que leur pensée, déjà hégémonique dans le monde médiatique, domine partout et tout le temps. Si vous ne faites pas partie de leur famille prenez garde ! Ils ne tolèrent pas la concurrence, un peu comme la mafia que Saviano connaît si bien.

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« Quand on parle de la mafia, on est toujours accusé de dénigrer le pays. Moi, je crois plutôt que celui qui parle des blessures de sa terre aime son pays », a notamment déclaré Saviano au cours de ce Festival. On ne peut que rejoindre l’ancien journaliste sur ce point. Ne peut-on pas penser que la faible démographie de l’Italie, et par corollaire, la disparition progressive d’un peuple, d’une identité,  d’une culture, est une des blessures de ce pays qu’il faut urgemment panser. Mais pas en recourant à l’immigration extra-européenne, selon les préconisations de Saviano et d’autres. Comme l’a déclaré le ministre de l’agriculture italien, Francesco Lollobrigida, en avril : « Nous ne pouvons pas nous résigner à l’idée d’un remplacement ethnique : les Italiens ont moins d’enfants, alors remplaçons-les par d’autres. Ce n’est pas la voie à suivre ». En effet, Meloni est arrivée au pouvoir   en faisant de la famille l’un de ses thèmes majeurs et en promettant de tout mettre en œuvre pour relancer la natalité. C’est un combat difficile à mener, et le ministère dédié aux questions familiales qui a été créé ou les quelques mesures prises pour faciliter la natalité ne seront certainement pas suffisantes pour inverser la tendance. Pour qu’un contexte soit favorable aux familles, et donc à l’arrivée d’enfants, les paramètres économiques et sociaux jouent évidemment un rôle primordial. Mais il y a également toute une révolution culturelle à mener, sur la  sexualité, le couple, le mariage, pour qu’un tel contexte, et donc une telle natalité, puisse advenir. Mais de tout cela, Roberto Saviano ne veut pas parler ; il ne veut même pas qu’on en parle.