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Michel Fau: «Un grand artiste n’est ni de droite ni de gauche»

Il peut tout jouer : Molière, Guitry, Pinter. Il peut aussi bien travailler pour Py, Deschamps, Ribes ou diriger Michel Bouquet, Catherine Frot, Roschdy Zem. Depuis quinze ans, il enchaîne les triomphes. Il n’a pourtant jamais reçu un Molière… car il y a un rôle que Michel Fau ne sait pas jouer : celui d’artiste de cour, forcément de gauche et jamais en manque d’indignation.


Causeur. Après les Molières, vous avez donné un entretien retentissant au Figaro, reprochant à cette institution de mépriser le théâtre populaire et dénonçant sa soumission idéologique à l’air du temps. Ce qui est nouveau, ce n’est pas que le monde de la culture soit soumis à la doxa d’extrême gauche, mais que certains osent le dénoncer.

Michel Fau. Ce que j’ai dit, c’est que j’étais aux Molières pour parler d’art. Or, pendant cette accablante cérémonie, il n’a été question que de retraites, d’écologie, de cégétisme. Pas une seule seconde, on n’a parlé de théâtre. C’est très grave. Et en même temps, il y a un mépris total du vrai théâtre populaire incarné par Jugnot, Plaza, Ladesou, Laspalès, qui remplissent les salles. Ces gens soi-disant de gauche, qui soutiennent les gilets jaunes, méprisent le vrai peuple !

Pour ma part, je me définis plutôt comme un dadaïste, donc je ne me réclame d’aucun mouvement, d’aucun camp ; ma devise Dada, c’est d’être « contre le goût du jour » ! Les dadaïstes étaient furieux d’être enrôlés dans le surréalisme, car ils ne voulaient surtout pas être un mouvement. Je me sens très marginal. Je suis frappé par la médiocrité artistique de l’époque.

Le gauchisme culturel s’est déployé en même temps que la culture remplaçait l’art…

On a demandé aux artistes d’être des animateurs culturels, voire des assistantes sociales, de faire du théâtre dans les banlieues, dans les prisons, de sensibiliser les jeunes au théâtre, et pour finir, de ne plus faire que ça. Autrement dit, on demande aux artistes de pallier l’incompétence du politique. On a un problème en banlieue, donc on fait un atelier théâtre. D’ailleurs, ils ont fait la même chose avec le sport : un problème, un terrain de foot… Moi, la seule chose qui m’importe, c’est de faire du théâtre et de servir un répertoire ouvert à tous.

On peut faire du théâtre et de l’art en prison comme dans la cour d’honneur du Palais des papes.

Sauf qu’il ne s’agit pas de donner des représentations en prison, mais de monter des pièces avec les détenus. Ce ne sont pas des artistes. Les metteurs en scène qui y vont expliquent toujours qu’ils ont trouvé des comédiens épatants, alors que c’étaient des gens qui avaient tabassé des vieilles ou violé des gamins.

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Comme les artistes n’ont plus de convictions et de motivations artistiques, ils en trouvent ailleurs, dans le sentiment d’être dans le bon camp. C’est ce qui est arrivé à Adèle Haenel, Andréa Bescond, et d’autres. Après tout, peut-être que si je n’avais pas réussi à faire le théâtre que j’avais envie de faire, je serais devenu un voyou, j’aurais foutu le feu aux sculptures de Jeff Koons, à la Comédie-Française ou à l’Opéra Bastille. Je serais allé en prison.

Vous avez une dent contre la Comédie-Française !

Adolescent, j’avais une passion pour la Comédie-Française, il y avait de très grandes personnalités, les plus grandes tragédiennes et des acteurs extravagants ! Antoine Vitez disait que la Comédie-Française devait être un musée. Aujourd’hui, ce théâtre national n’assume plus son rôle, il ne monte ni Corneille ni des auteurs français vivants, ce qui était le cas avant. Ils jouent comme à la télé, avec des micros et ils renient tellement la salle Richelieu, qu’ils se font construire un nouveau théâtre porte de Clichy, en temps de crise et avec nos impôts : les gilets jaunes devraient gueuler !

Revenons à l’hégémonie culturelle de la gauche.

C’est un phénomène très récent ! Avant, on ne s’occupait pas de la vie privée des artistes, maintenant ils doivent dire pour qui ils votent, s’ils sont homosexuels, c’est terrible ! Avant on ne se posait pas ces questions ! On ne se demandait pas si Ionesco ou Claudel étaient de droite. Quand un journaliste me demande pour qui je vote et avec qui je couche, ma réponse est que ça ne le regarde pas. Aujourd’hui, un artiste qui passe à la télévision parle de ses convictions, de la fracture sociale, d’écologie et jamais d’art. L’actuelle directrice du Conservatoire voulait faire interdire Claudel parce qu’il était pétainiste. Je lui ai dit qu’à ce compte-là, elle devrait aussi bannir Schiller, qui était plutôt antisémite. Si on veut qu’un auteur soit irréprochable socialement, alors il n’y a plus de poète, il n’y a plus d’artiste. Si on demande aux artistes d’être des gens bien, des petits-bourgeois, il n’y aura plus Roman Polanski, il n’y aura plus Gérard Depardieu, ni Picasso ou Wagner.

Beaucoup d’artistes se sont soumis, ils ont accepté de penser ou de faire semblant de penser ce qu’on attendait d’eux…

Non, ils pensent comme ça spontanément ! Les artistes sont devenus des petits-bourgeois, donc automatiquement, ils ont des idées politiquement correctes, ils pensent à leurs crédits, à leur retraite et à l’endroit où ils vont partir en vacances avec leurs enfants. Michel Bouquet ne pensait pas à ça !

Venons-en à votre cas. Certes, on ne sait pas pour qui vous votez. Mais en même temps, vous n’avez jamais fait génuflexion devant le milieu. Pourtant, on ne semble pas vous en vouloir de votre liberté, peut-être parce que vous remplissez les salles. Les médias de gauche parlent-ils de vous ?

Oui, j’ai même eu la dernière page de Libération. Pour autant, je n’ai pas la carte, je m’en suis rendu compte quand j’ai cherché des coproducteurs dans le subventionné. Ils m’ont fait payer d’avoir travaillé dans le privé et peut-être aussi d’avoir touché aux vaches sacrées. J’ai osé attaquer Ariane Mnouchkine en demandant pourquoi elle n’était pas à la retraite. Tout le monde y passe, par exemple Jérôme Deschamps, sauf elle qui a 82 ans et touche une des plus grosses subventions de l’État, pour faire un spectacle tous les six ans, bref son statut est totalement illégal. Personne ne dit rien. Tant mieux pour elle. Et elle manifeste contre la réforme des retraites. Elle se l’est toujours joué gauchiste, alors qu’elle est fille de milliardaire. Elle ne voulait pas monter Macbeth parce que Sarkozy était au pouvoir.

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Peut-on être un grand artiste de gauche ?

Un grand artiste n’est ni de droite ni de gauche, il devrait être marginal, et surtout en ce moment. Ça ne nous regarde pas, en fait. Cela dit, le discours de gauche est assez naïf.

Naïf ou opportuniste ?

Charles Berling se disait de gauche alors qu’il a eu son théâtre grâce à Sarkozy, tout comme Vincent Lindon qui donne des leçons et qui était avec Caroline de Monaco, à Monaco !

Adèle Haenel a eu raison de quitter le cinéma.

Bien sûr, et puis, ce n’est pas grave ! Ce n’est pas Maria Casarès.

Le résultat, c’est que beaucoup de gens parfaitement adultes n’osent pas dire en public un quart de ce qu’ils disent en privé

C’est la majorité ! La majorité des artistes pensent un petit peu comme nous, mais n’osent pas le dire. D’ailleurs, je n’ai reçu que des messages de soutien après mon entretien dans Le Figaro de la part de très grands artistes, des gens formidables qui n’étaient pas obligés de le faire. Une seule personne, la productrice du spectacle qui a tout raflé, a écrit un truc dégueulasse : « Place aux jeunes ! » Je lui ai répondu : « Vous avez raison, je suis un vieux ringard. Je vous embrasse », ou quelque chose comme ça. Et savez-vous ce qu’elle m’a à son tour répondu ? « Oh, pardon monsieur Fau, je ne savais pas que vous étiez sur Instagram et que vous alliez lire. Pardon, pardon, j’ai écrit ça parce que j’étais énervée. » C’est la seule réaction négative que j’ai eue. Le président des Molières m’a appelé pour me dire qu’il était désolé que je n’aie pas reçu de prix. Des gens ont déclaré que j’étais aigri, jaloux etc., mais jamais à moi directement.

N’empêche, vos opinions, du moins votre refus de les porter en bandoulière, ne vous ont pas empêché de travailler…

Parce que j’ai travaillé dans le privé et que je remplis des salles ! Mais cela aurait pu être un frein, car à partir du moment où j’ai rué dans les brancards, je n’ai plus eu la carte du subventionné. À l’opéra, ça va mieux parce que j’ai fait des succès aussi, mais je suis interdit dans certaines salles, en particulier à l’Opéra de Paris.

Pourtant, le monde des amateurs d’opéra n’est pas spécialement gauchiste.

Le public, non. Mais les directeurs d’opéra oui.

Croyez-vous qu’on ait raté de grands artistes parce que leurs auteurs n’avaient pas la carte ?

Évidemment. Je suis sûr qu’il y a de grands auteurs et de grandes tragédiennes inconnus. Il y a trente ans, quand la Comédie-Française montait Médée, c’était la grande tragédienne Christine Fersen qui jouait le rôle. À la Comédie-Française, ils ont engagé une jeune actrice inconnue pour jouer Médée, pour quelles raisons ? Marina Hands ou Martine Chevallier auraient été plus à leur place dans ce rôle ! Aucun critique n’ose le dire, à peine admettent-ils que ce n’est pas très réussi.

Beaucoup de ces gens vivent de subventions. On dit que l’exception culturelle a sauvé le cinéma et la culture français, mais ne les a-t-elle pas aussi tués ?

C’est un débat… Pour moi, le début de la fin, c’est la maison de la culture de Malraux, c’est évident. Malraux, qui était de droite, cocaïnomane, etc., a commencé à niveler l’art par le bas, à faire de la démagogie et à virer Barrault. Bref, comme Jack Lang, avec les meilleures intentions il a produit un désastre.

Mais l’idée que tout le monde a le droit à ce qui il y a de plus beau et de plus grand méritait d’être défendue, non ?

D’abord, ce n’est pas vraiment ce qui s’est passé. Ensuite, c’était déjà le cas avant Malraux. Avant, même la gauche caviar était cultivée. Maintenant, les gens de la Nupes sont contre l’opéra et l’art théâtral, parce qu’ils estiment que c’est un truc de bourgeois. Et ils n’y connaissent rien, Marine Le Pen non plus. Aucun n’a parlé d’art dans son discours politique. Macron est plus cultivé que Hollande et Sarkozy. Si jeune, connaître Léon Bloy, Samuel Beckett et Édouard Bourdet, c’est exceptionnel. C’est un surdoué. Au moins, avec lui, on peut parler d’art. Mais il est mal entouré. Éric Ruf qui a programmé à la Comédie-Française un Shakespeare où l’on parlait de l’affaire Benalla aurait dû être viré ; ce n’est pas le lieu !

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Y a-t-il une jeunesse susceptible de sauver ce qui semble perdu ?

En tout cas, pas au Conservatoire.

Vous en avez été viré ?

Non, je suis parti avant qu’ils me virent ! Bien sûr, ils n’apprennent plus à dire les alexandrins, la directrice veut faire interdire Claudel, il n’y a plus de travail technique, et elle fait des conférences anti-Macron. C’est son droit d’être mélenchoniste mais dans ce cas, on ne travaille pas au Conservatoire et on n’accepte pas l’argent de l’État.

Les subventions ne sont pas le prix de la docilité.

Tout à fait, mais ce n’est pas le rôle de la directrice du Conservatoire de cracher sur le gouvernement. Elle a été nommée pour enseigner l’art dramatique à de futurs artistes, pas pour former des intermittents gauchistes !

Vous adorez jouer avec les identités sexuelles, normalement cela devrait être porté à votre crédit mais pas du tout, même ça, c’est réac.

En effet, il paraît que quand je joue un rôle de femme, ça enlève du travail à une femme. Par contre quand c’est une comédienne qui joue le rôle de Jason à la Comédie-Française, personne ne dit rien.

Monter La Cage aux folles semble très compliqué. Faut-il en conclure que l’homosexualité a été prise en otage par les LGBT ?

J’aimerais jouer La Cage aux folles parce que c’est une pièce audacieuse. Poiret a fait entrer les folles dans le salon bourgeois en 1973. À l’époque, la moitié de la distribution était homosexuelle. Je voudrais vraiment monter cette pièce, elle est bien construite et délirante. Ce qui est compliqué, c’est de trouver avec qui le faire, mais je ne trouve pas que ce soit une pièce homophobe. Quand on dit que c’est une caricature des homosexuels, je dis que ce n’est pas plus caricatural que Madame Arthur, la Gay Pride ou le mouvement drag-queen.

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Très récemment, vous avez signé la mise en scène de Zémire et Azor à l’Opéra-Comique.

C’est un opéra du xviiie siècle d’André Grétry, compositeur français que tout le monde a oublié. J’aime bien ressortir des œuvres oubliées, c’est passionnant. Après, je monte à La Michodière, pendant le mois de juillet, un vaudeville anglais des années 1970. C’est une pièce écrite par Ray Cooney et John Chapaman qui s’appelle Le Vison voyageur. Quand on me dit que le boulevard est nécessairement une histoire de mari trompé, je réponds qu’Othello aussi. Ça parle de l’humain. En septembre, je monte un thriller psychologique parce que j’adore ça, c’est une pièce française des années 1960 de Robert Thomas qui s’appelle Piège pour un homme seul. Alfred Hitchcock avait acheté les droits pour en faire un film, puis finalement ne l’a pas fait. Il y a aussi de l’humour, mais avec du suspens. Ce sera encore à la Michodière, j’adore cet endroit. Le directeur Richard Caillat est formidable. Et j’ai un rôle de psychopathe.

Finalement, en dépit de votre liberté, vous n’avez pas été rattrapé par la patrouille…

Pour l’instant.


NB. À voir, au théâtre de la Michodière : Le Vison voyageur, de Ray Cooney et John Chapman, du 12 au 30 juillet. Piège pour un homme seul, de Robert Thomas, du 24 septembre au 30 décembre 2023.

Le ciel vu d’Amérique

Dans son nouvel ouvrage, Alain Cueff trace une histoire de l’art américain inédite à travers les représentations du ciel. Deux siècles d’aventures artistiques et intellectuelles.


D’emblée, Alain Cueff rappelle une distinction sémantique que la langue française ne permet pas. En anglais, « ciel » se dit sky ou heaven, selon que l’on évoque sa réalité physique ou sa dimension spirituelle. Ceci posé, on comprend comment l’historien de l’art va guider notre regard au fil de ses pages richement illustrées, entre quels rivages nous allons cheminer à travers deux siècles de création, de représentation figurative, puis abstraite (peintures, photos, installations, performances), de Thomas Cole (1801-1848) à Jack Goldstein (1945-2003).

Si dans ce Nouveau Monde baigné de tradition protestante, l’imagerie religieuse était honnie, les ciels et paysages peints n’étaient pas pour autant profanes ou « muets ». Bien au contraire, estime Alain Cueff, car ils étaient libres de tout impératif symbolique : « Cette absence de prédétermination les rend plus susceptibles de devenir le lieu de métaphores et de contenus parfois déconcertants. » Aussi, la peinture américaine est-elle en phase avec la politique, l’épopée de la conquête, de la colonisation, de la domestication de la nature; elle accompagne la mission quasi divine des pionniers venus d’Europe qui voyaient dans les vastes étendues de ce continent à défricher leur pays de Canaan. « Notre idée de la Destinée Manifeste, écrit John O’Sullivan en 1845, consiste à nous étendre sur tout le continent que nous a alloué la Providence pour le libre développement de nos millions d’habitants qui se multiplient chaque année. » Le lien qui unit la religion à la politique enserre également l’expression artistique. La peinture paysagère à la fin du XVIIIe siècle et tout au long du XIXe célèbre ainsi cette pieuse entreprise. Selon Alain Cueff, son romantisme diffus « incite à concevoir la nature comme la manifestation la plus éminente des ultimes valeurs spirituelles ». Et l’historien de souligner que la question « prendra une autre tournure quand, avec l’abstraction, le paradigme du paysage sera remis en cause, en même temps que le ciel sera envisagé dans sa profondeur cosmique ».

Entretemps, nombre d’artistes ont représenté les beautés sauvages et les mystères de cette nature couronnée d’immensité. Et certains, à l’instar du Britannique John Ruskin, y ont aussi vu un miroir : « Parfois aimable, parfois capricieux, parfois terrible, jamais identique à lui-même d’un moment à l’autre, presque humain dans ses passions, presque spirituel dans sa tendresse, presque divin dans son infinité, [le ciel] en appelle à ce qui est immortel en nous… »


Ciels d’Amérique démontre ainsi comment l’art américain a célébré des paysages interminables et prometteurs, une terre d’abondance, jusqu’à inventer à la fin des années 1960 le land art, l’« art de la terre ». Ce livre nous pousse surtout à lever les yeux comme aucune autre histoire de l’art ne l’avait fait auparavant. Pourquoi avoir attendu si longtemps avant de pouvoir lire de telles pages ? Alain Cueff a sa réponse : « Il en va des ciels comme de la lettre volée dans la nouvelle d’Edgar Allan Poe : leur évidence ostentatoire est ce qui les fait passer inaperçus. »

À lire
Alain Cueff, Ciels d’Amérique : 1801-2001, Les Belles Lettres, 2023.

Ciels d'Amérique: 1801-2001

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Affaire Médine: cela fait longtemps que Rachel Khan a les “racisés” à ses trousses

Si Marine Tondelier a accepté de débattre avec le sulfureux rappeur Médine, c’est parce que la Secrétaire nationale d’Europe Écologie Les Verts a estimé, de manière un peu condescendante et paternaliste concernant l’antisémitisme, qu’un “racisé” pouvait ne pas se rendre compte de ce qu’il racontait. Pourtant, la sphère militante qui soutient le rappeur a développé tout un arsenal lexical ces dernières années – lexique qu’avait analysé dans un livre une certaine Khan Rachel…


Certes, Rachel Khan avait fait la première un tweet qui traitait Médine de « déchet ». Et Médine, finalement, lui a renvoyé la balle avec sa trouvaille linguistique selon la loi du talion. Les Verts, courant après le buzz comme le plus vulgaire député LFI, se sont pris les pieds dans le tapis avec leur invitation. Mais, Rachel Khan suscite des passions tristes chez les “racisés”, les “décoloniaux” et tous les amateurs d’identités faciles depuis un moment. En 2021, elle publie un livre, Racée (L’Observatoire), dans lequel elle pourfend un certain nombre de mots ou d’expressions considérées comme des valeurs sûres par leurs employeurs.

Racée, pas racisée

Le mot « racée », employé en titre, peut surprendre et faire se confondre l’essayiste née en 1976 avec les “racisés”. Eh bien c’est le contraire ! Rachel Khan entend ce mot à partir des racines, qui, chez elle, sont nombreuses, d’où l’incompatibilité avec les tenants d’une identité et d’une seule. « Je suis racée parce que je porte en moi plusieurs racines que certains prennent pour des races… » écrit-elle.Employé pour qualifier un être humain, le Larousse nous apprend également que l’adjectif caractérise une personne qui paraît représenter “un type particulièrement fin et distingué, qui a de la classe, de l’élégance”.Deux lignes plus loin, l’essayiste précisait dans son livre : « Femme européenne et africaine à la fois, binationale, française et gambienne, juive aux origines chrétiennes et musulmanes, animiste avant l’islamisation de l’Afrique de l’Ouest, blanche et noire, je veux aujourd’hui annoncer la couleur : je suis bien dans ma peau. »


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Elle nous rappelle que le mot souchien fut prononcé pour la première fois à la télévision par la porte-parole des Indigènes de la République, Houria Bouteldja, en 2007. Rachel Khan souligne la rime riche avec chien, à laquelle je rajouterais volontiers le  « sous » du « sous-chien » qui fait merveilleusement entendre l’espèce inférieure ainsi désignée… Et, ce mot va donc permettre de lutter contre les discriminations par… la discrimination. « Un paradigme peu créatif, ajoute Rachel Khan, puisqu’il s’agit de reproduire allégrement ce qu’ils dénoncent » ; à savoir un racisme anti-blanc.

Puis, vinrent les racisés. « Outre une vilaine sonorité, qui sonne comme ostracisé ou excisé, le mot a pour but de séparer les Blancs des non-Blancs. » Et, par ailleurs, le mot, à la différence de « racialisé » qui, lui, prendrait en compte un évènement discriminatoire précis, n’a plus besoin de lui puisque les “racisés” le sont par essence, indépendamment de leur vécu. « Ainsi, Michele Obanma est une femme racisée et ce, malgré sa condition  sociale d’ex-Première dame de la première puissance mondiale ».

Rachel Khan s’oppose au déterminisme victimaire dont beaucoup font leur miel

Après, se présentèrent les Afro-descendants : tout droit importés des Etats-Unis et aussitôt confisqués par des personnes qui, d’une part, confondent déportation et immigration, et, d’autre part, « sont nées trop tard et pas au bon endroit ». Il s’agit, qu’on soit vraiment un afro-descendant ou pas, de raviver les plaies de l’esclavage dont on s’attribue la propriété.

Rachel Khan épluche d’autres mots ; notamment celui de « la Cause » qui dit ce paradoxe fou : sous prétexte de s’émanciper d’une ancienne colonisation qu’on aurait reçue en héritage, on s’enferme dans un déterminisme victimaire dont il n’est pas question de sortir, et qui devient une sorte de « rente mémorielle », laquelle fournit un job à temps complet.

Dans cet inventaire des mots qui ne mènent nulle part, Rachel Khan raconte ses déboires au sein de groupes minoritaires qui la veulent d’un seul tenant et la traitent de traître lorsqu’elle convoque en elles d’autres parties. « Un jour, on m’a dit que je ne méritais pas ma couleur… Ce qui est attendu de moi, c’est d’être racisée, afro-descendante, intersectionnelle, faisant partie d’une minorité, une proquota qui déteste les souchiens. Ici, la violence première est d’interdire le droit à l’autodétermination tout en prônant le décolonialisme ». On comprend mieux, alors, qu’elle puisse être la cible d’attaques des minorités en question. Profondément inspirée par Romain Gary et notamment son livre Chien blanc, Rachel Khan nous offre dans le sien une réflexion qui ne manque ni d’humour ni de causticité, et qui éclaire sans la justifier un seul instant on l’aura compris la vindicte à son égard.

Racée

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Au Royaume Uni, les Blancs ne doivent plus représenter Londres

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La semaine dernière, à Londres, le wokisme frappait encore une fois, lorsque l’équipe du maire de Londres expliquait dans un guide de communication officiel qu’une famille Blanche ne représentait pas les vrais Londoniens.


Toute l’affaire a commencé lors de la publication, par les services de communication du maire de Londres, d’un guide officiel portant sur la manière de promouvoir l’image de la ville et de son maire travailliste, Sadiq Khan.

Ce guide comportait trois exemples d’affiches, dévoilées par le quotidien The Mail on Sunday la semaine dernière. L’une d’elles (notre image ci-dessous) représente une famille britannique avec deux enfants, marchant au bord de la Tamise, avec le parlement de Westminster en arrière-plan, et sur laquelle est inscrite le titre « Doesn’t represent real Londoners » (ceci ne représente pas les vrais Londoniens). Pas très flatteur pour cette famille et toutes les familles de Londres, qui n’ont pas eu le privilège d’être nées dans un pays étranger ou d’être de couleur !


Mais qu’est-ce donc alors qu’un vrai Londonien, peut-on se demander ? La réponse nous est donnée dans une autre affiche, où le maire de Londres apparaît entouré de jeunes de couleur et aucun blanc… Oui, Londres c’est la ville de la diversité et de l’inclusivité, mais les Blancs n’en font pas partie, ni les familles d’ailleurs.

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Sans surprise, le guide s’ouvrait par un paragraphe d’introduction affirmant son ambition de créer « un Londres pour tous les Londoniens » et promettant de s’adresser à « tous, quels que soient leur âge, leur genre, leur orientation sexuelle, leur ethnicité, leur religion, leur handicap ou leur type de famille [family make up]. » Nous savons désormais que lorsqu’une telle ambition est affichée, le contenu d’un tel guide ne peut réserver trop de surprises et nous ne sommes en effet pas déçus.


Un cas de plus…

De la même façon, la gauche française éprouve un besoin permanent de promouvoir la diversité et l’antiracisme, faute d’avoir mieux à proposer. La ligne racialiste et woke fut d’ailleurs adoptée par Sadiq Khan dès le début de son mandat.

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En 2020, pendant les manifestations Black Lives Matter, il créait la Commission pour la diversité de l’espace public londonien qui avait pour objectif « d’accroître la représentativité des personnes noires, asiatiques et des minorités ethniques, des femmes, des membres de la communauté LGBTQ+ et des personnes handicapées dans le domaine public. » En effet, Londres est une ville trop « victorienne » et blanche à son goût : « Nos rues, nos statues et nos espaces publics représentent une ère dépassée » déplorait-il dans son discours à l’occasion de l’inauguration de cette commission. « C’est une vérité inconfortable que notre nation et nos villes doivent autant de leur richesse à leur rôle dans le trafic d’esclaves. Et alors que cela est reflété dans notre espace public, la contribution de tant de nos communautés à la vie de la capitale a été volontairement ignorée. » Plus récemment encore, au mois de juin, M. Khan donnait de nouvelles directives inclusives aux fonctionnaires de la mairie de Londres, leur interdisant par exemple d’utiliser le terme « migrants illégaux » et leur demander l’usage de l’expression « personnes sans papiers ». Cette dernière affaire des affiches n’est donc pas une surprise et fait partie intégrante d’une idéologie. Mais cette fois-ci, elle n’est pas bien passée pour tout le monde.

Aubaine pour les conservateurs

Contactée le week-end dernier par les journalistes du Daily Mail, l’équipe du maire de Londres, paniquée, a fait retirer le document du site internet de Sadiq Khan et du site de la mairie, après les scandales provoqués par la première photo « non-représentative » des Londoniens. En parallèle, la porte-parole de M. Khan a affirmé que « la photo fut rajoutée par erreur par un membre de l’équipe [du maire] et ne reflète pas l’opinion du maire et de l’Autorité du Grand Londres », l’administration en charge de la gestion du Grand Londres. Elle a conclu que le contenu du document était « en révision pour assurer que le langage et les orientations étaient appropriés. » Cette tentative de sauver la face n’a pas échappé à la candidate du parti conservateur pour la mairie de Londres, Susan Hall, qui a appelé le maire à présenter des excuses publiques. Celle-ci a aussi saisi l’occasion pour se présenter comme la candidate de la vraie diversité : « Tous les Londoniens sont de vrais Londoniens, quelle que soit leur origine ethnique, et Sadiq Khan devrait s’excuser et mettre fin à ces tentatives politiques de diviser. » Mais surtout, elle démontre sans ambiguïté la prégnance de l’idéologie racialiste au sein de l’équipe travailliste du maire de Londres, dont le seul rêve semble être de dissoudre ce qui reste de l’identité britannique dans une marmite multiculturelle qui a déjà largement démontré ses limites.

Susan Hall espère bien que ce cafouillage au sein de l’équipe du maire travailliste contribuera à affaiblir ce dernier, à moins d’un an des élections municipales de Londres, fixées à mai 2024. Pour l’instant, Khan est largement en tête dans le dernier sondage de l’agence britannique Survation, avec 43% des intentions de vote, contre 31% seulement pour Susan Hall.

La Révolution racialiste: et autres virus idéologiques

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Hausses d’impôts: rumeurs, réalité ou bluff?

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Alors que la croissance et l’émancipation des individus sont au cœur du logiciel macroniste depuis 2017, et que nos perspectives économiques sont peu reluisantes, la question fiscale reste politiquement extrêmement sensible. « Je vois beaucoup de rumeurs selon lesquelles on voudrait augmenter les impôts, il n’est pas question, ce n’est pas du tout la philosophie du gouvernement, d’augmenter les impôts des ménages » indique Elisabeth Borne.


Au moment où la consommation française en biens s’effondre (-10% en deux ans, pour atteindre les niveaux de… 2007), la question de la fiscalité est importante économiquement ; mais elle est aussi importante politiquement car Macron a construit son programme et son « aura » sur les dérèglementations et les baisses d’impôts, principalement pour les riches, et dans une moindre mesure pour les classes populaires avec la suppression de la taxe d’habitation et de la redevance pour la télévision.

L’équation des finances publiques est très difficile pour le gouvernement avec une France qui n’a quasiment aucune croissance de son PIB depuis fin 2019 (1% en trois ans et demi) et qui doit faire revenir le déficit budgétaire de 4,7% du PIB à 3% dès 2027, comme elle l’a promis à l’Union Européenne dans son programme de stabilité budgétaire envoyé en avril de cette année. En effet, la politique de « sérieux budgétaire » de l’Union Européenne va reprendre du galon l’année prochaine. Ces règles ont été désactivées pendant la crise du Covid et la crise énergétique liée à l’Ukraine, mais la Commission européenne a envoyé le message selon lequel le temps des cigales était terminé. La fin du coûteux « bouclier énergétique » a d’ailleurs été demandée par Bruxelles. Le gouvernement français a immédiatement communiqué sur le sujet. Concernant le PIB, la France aura beaucoup de mal à obtenir un peu de croissance avec la hausse des prix de l’énergie qui frappe de plein fouet l’économie en général et l’industrie en particulier. L’Allemagne est dans une situation pire encore. Le PIB de l’Allemagne est au même niveau que fin 2017, un évènement marquant que personne ne semble relever. À court terme, l’Europe semble être entrée dans une véritable récession, l’indice PMI de l’industrie allemande étant même au plus bas depuis 2009 !

Baisse d’impôt, baisse de subvention ou baisse des dépenses publiques ?

Pour obtenir cette réduction des déficits publics réclamée par Bruxelles tout en n’ayant aucune croissance, la France va donc devoir soit baisser les dépenses publiques, ce qui accentuera la baisse de la croissance, soit augmenter les impôts ou baisser les subventions.

A lire aussi, Jean-Luc Ginder: La situation économique énigmatiquement inquiétante de la France

Une nouvelle réforme à la baisse des allocations chômage est prévue par le gouvernement Macron pour début 2024 comme l’a signalé le ministre Olivier Dussopt en mai. Il sera difficile d’aller plus loin dans les réductions des dépenses publiques, vu les difficultés du Français moyen, la forte baisse de la consommation en biens le manifestant très concrètement.

Le gouvernement semble se diriger vers la fin du bouclier énergétique qui coûte environ 50 milliards d’euros par an. Le bouclier tarifaire sur le gaz a pris fin en juin. Depuis la même époque et sur demande de Bruxelles, le tarif règlementé est aussi un vieux souvenir. Sans ce bouclier et les tarifs règlementés, les Français auraient subi des hausses de prix très importantes sur le gaz : les cours de marché du gaz en Europe ont été multipliés par huit entre février 2022 et décembre 2022, puis ont été divisés par huit ! Cette volatilité affectant les factures de chauffage et de cuisson sera maintenant supportée par les Français et ce, « quoi qu’il leur en coûte ». Le bouclier tarifaire sur l’essence a été démantelé en début d’année. Reste le bouclier tarifaire sur l’électricité, l’aide que donne l’État aux entreprises pour que leurs factures soient plafonnées à 28 centimes d’euros le kWh, soit un tarif bien supérieur aux tarifs d’avant la crise. Ne confondons pas cette aide avec les tarifs règlementés de l’électricité qui existent encore pour les particuliers ; ceci est une décision de fixer le tarif de l’électricité, prise par l’État, et non une aide bien que la communication du gouvernement soit volontairement confuse sur ce point, histoire d’embrouiller les Français. L’État supprimera-t-il les chèques énergie réservés aux ménages les plus modestes ? Rien n’est moins sûr quand on sait que près de la moitié des personnes gagnant le SMIC ou moins (smicards, temps partiels et saisonniers…) sautent un repas par jour faute d’argent. La fin du bouclier énergétique pourrait ramener au maximum 50 milliards d’euros par an dans les caisses de l’État.

Coups de rabot

Cela devrait suffire à la Commission Européenne. Il y aura quelques coups de rabot (par exemple, sur la boîte de médicaments dont la franchise sera doublée) et quelques reports potentiels de baisses d’impôts sur la production : la Cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE) qui rapporte 9 milliards d’euros par an, « la contrepartie » de la réforme des retraites à 64 ans, pourrait être supprimée par tranches ou plus tard qu’en 2024. Mais il ne semble pas qu’il y aura des hausses d’impôts.

À relire, du même auteur: Le mystère de la baisse du chômage

Les rumeurs de hausses d’impôts sont certainement un faux drapeau agité par le gouvernement pour souligner avec force communication dans quelques mois qu’il tient bon et ne les augmente pas. Il n’y aura donc probablement pas de hausses d’impôts, mais, en contrepartie, l’énergie sera plus chère, ce qui annonce des problèmes pour l’industrie et la croissance.

Si l’État n’augmentera probablement pas les impôts, il n’en sera pas de même pour les impôts locaux. Les conséquences de la suppression de la taxe d’habitation vont se faire sentir à plein cette année : les collectivités locales privées de recettes par le gouvernement et mal compensées pour cet effort vont se rattraper avec de très fortes hausses des taxes foncières. Si la hausse moyenne de la taxe foncière est d’environ 10% nationalement, la taxe foncière augmentera carrément de 59% à Paris, 32% à Grenoble, 16% à Lyon et 11% à Bordeaux !

La situation économique énigmatiquement inquiétante de la France

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L’observation des indicateurs économiques indique un ralentissement mondial de l’activité économique. On peut observer en France une envie intacte de consommer, conséquence de la robustesse du marché du travail.


Selon une simple logique économique le cocktail de taux d’intérêts élevés, de l’inflation et des revenus réels en baisse, devrait affoler les marchés financiers français et inquiéter les consommateurs. Pour illustration, l’Allemagne entre en récession et la Chine en déflation. Contre toute attente, le cours des actions est à la hausse, les bénéfices de la plupart de nos entreprises sont florissants. Portés par les hausses de prix, les bénéfices nets cumulés des entreprises du CAC 40 s’élèvent déjà à plus de 71 milliards d’euros au premier semestre 2023, soit une progression de 11% sur un an, selon un décompte provisoire de l’AFP arrêté le 28 juillet. Excepté pour les Français qui sont exclus à cause de l’affaiblissement de leur pouvoir d’achat, les dépenses se dirigent vers les vacances, les divertissements et les sorties. Ces tendances sont hors du schéma connu d’un cycle économique habituel avec reprise, prospérité, emballement et affaiblissement. Le pouvoir d’achat par habitant, ou revenu disponible brut réel par habitant, a stagné en 2022 (– 0,1 %) et connaîtrait un recul de – 0,4 % en 2023 (Source Banque de France et INSEE).

La question qui se pose est donc: la France est-elle en pleine prospérité, ou est-elle déjà en plein affaiblissement?

La faiblesse de la demande de biens et la forte consommation de services nous apportent une réponse. Certains secteurs de l’économie se dirigent définitivement vers un ralentissement. Les indicateurs de l’industrie mondiale sont en forte baisse, surtout en Europe, y compris en France. La production et les carnets de commande atteignent des niveaux qui ne s’affichent qu’en cas de récession : les mesures prises au cours de la crise sanitaire ont permis une augmentation significative de la demande de biens, mais à l’heure actuelle, la demande régresse. Parallèlement, la forte hausse des taux d’intérêts affecte les marchés immobiliers. Les taux moyens de crédits immobiliers aux particuliers se rapprochent des 3%. (Observatoire du Crédit Logement / CSA).

En même temps, le marché de l’emploi est en plein essor et l’envie de consommer ne semble pas être freinée. C’est ce qui rend la situation macroéconomique actuelle à la fois unique et énigmatiquement inquiétante.

Les perspectives moroses vont-elles conduire les entreprises à ralentir leur activité et donc à supprimer des emplois ?

Jusqu’à quand, dans un contexte de pouvoir d’achat en baisse, les consommateurs vont-ils continuer à consommer certains biens et services aux dépens d’autres ? On peut expliquer la robustesse du marché du travail et la stabilité de la consommation par les aides versées par l’État. Les dispositifs mis en place en France avaient pour objectif d’éviter un effondrement du tissu économique du pays et un chômage de masse. En outre, ceux qui ont bénéficié d’augmentations de salaire et qui n’ont pas à craindre pour leur emploi alimentent par leur dépense le secteur du loisir (voyages, événements culturels). Les chiffres américains sur les dettes des cartes de crédit montrent que ces dépenses se font aussi à crédit.

A lire aussi, Stéphane Germain: Retraites, argent magique: l’impossible sevrage

L’inflation pèse sur le moral des consommateurs qui se serrent la ceinture, et ont tendance dans l’hexagone à remplir leur bas de laine avec notamment un niveau d’épargne record sur le livret A. Les prix sont en hausse dans l’alimentaire et leur consommation est en berne, en repli de 4,1% sur un an selon l’Insee. Dans ce contexte, certains ménages – les plus fragiles – auraient davantage recours au crédit à la consommation pour continuer à consommer. En janvier, la production de ce type de crédit a progressé de 2,2% par rapport à l’année précédente, soit 3,6 milliards d’euros, selon l’Association française des sociétés financières (ASF). Cette tendance est corrélée à la situation du marché du travail qui propose beaucoup de postes vacants.

Plein emploi d’après les chiffres, alors que personne ne répond aux offres d’emplois

On va trouver une explication dans les conséquences de la crise sanitaire. Nombreuses sont les personnes qui ont pris une retraite anticipée ou qui ont réduit leur temps de travail.

Par ailleurs, l’observation de l’évolution démographique montre que les baby-boomers qui partent à la retraite laissent un vide sur le marché du travail. On assiste à un phénomène appelé par les économistes « rétention de main-d’œuvre » : malgré une conjoncture qui s’essouffle, les entreprises hésitent à licencier du personnel car, en cas de reprise, pouvoir les remplacer peut s’avérer difficile. Ainsi, dans un premier temps, le chômage reste bas, et la consommation stable. Mais cette situation ne peut être pérenne car si la reprise tarde trop, les entreprises seraient obligées de licencier ou à minima de geler les salaires.

Les bénéfices et les marges compressées

Ces coûts salariaux trop élevés (dans le sens où ils ne correspondent pas à la conjoncture) pèsent sur la rentabilité, mettant une pression sur les marges des entreprises, après qu’elles ont pu les élargir parfois massivement pendant la reprise de 2021-2022… Même les analystes américains, souvent un peu trop optimistes, s’attendent à une baisse des bénéfices de 9% par rapport à l’année passée. C’est une mauvaise nouvelle pour les bourses.

Mais pas seulement. Ce sont les consommateurs et l’économie dans son ensemble qui seront affectés par une réduction des investissements. Les licenciements seront inévitables afin de réaliser des économies. De plus, l’effet de l’explosion des taux d’intérêt se fera alors pleinement ressentir.

Les taux d’intérêts augmentent en France

En France, le schéma est identique, même si les chiffres sont un peu moins importants et que le niveau moyen des taux d’intérêts fixes sur cinq ans n’a augmenté « que » de 1 à 4 points (contre 7 points aux États-Unis). Mais si les États-Unis entrent à leur tour en récession, la France en ressentirait les effets, principalement par le biais du commerce extérieur. L’avenir dira si notre consommation intérieure restera suffisamment forte ou stable pour préserver l’ensemble de l’économie française d’une récession. Et, honnêtement, nous savons bien que non…

Réflexions économiques

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Médine, Civitas, le JDD, Télérama et Libération

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Du « point de détail » à « resKHANpée », comme le temps passe…


Si j’ai bien compris : « le fascisme ne passera pas » – et il faut boycotter le JDD. Mais si j’ai bien compris aussi : pour l’antisémitisme, il faut voir, en « discuter » comme dit Marine Tondelier, de EELV. Elle va donc en discuter avec son invité à l’Université d’été : Médine – le rappeur drôle, auteur entre autres de jeux de mots en hommage à Jean-Marie Le Pen (« Durafour crématoire ») : comme « ResKHANpée » (à propos de Rachel Khan, l’essayiste). C’est vrai que cela justifie qu’on en discute, chère Marine Tondelier. 

Un peu comme on a discuté du « point de détail » de Jean-Marie Le Pen à l’époque. Ah ? On n’avait pas discuté du « point de détail » ? On avait immédiatement été outré – et Jean-Marie Le Pen, hué ? 

Les temps changent. « ResKHANpée », on va en « discuter ». Marine Tondelier a promis. Sur la quenelle aussi (hommage-allégeance à Dieudonné), faite par Médine ? Sur la première partie assurée par Médine, lors du meeting d’un suprémaciste noir, homophobe et antisémite, aussi, on va « discuter » ? 

En tout cas, on n’en discutera pas seulement chez EELV. À peine la polémique née, à propos de l’antisémitisme du tweet de Médine, le parti de « l’obsédé du Crif » l’invite à ses universités d’été : il a gagné ses galons, Médine. La bonne blague antisémite suffit à le faire inviter chez LFI. Et L’Humanité d’embrayer (précision : pour éviter que L’Huma ne disparaisse, j’ai fait partie des – modestes – donateurs de L’Huma, des « Amis de l’Humanité », pour que le pluralisme vive, tout simplement). L’Huma, donc, embraie – et Médine est invité à la Fête de l’Humanité. Si Jean-Marie Le Pen avait su… : il suffisait d’attendre.


Avouez que le déroulé des évènements fait un peu peur. D’ailleurs Clémence Guetté, députée LFI et co-présidente du « think tank » de son parti (Institut La Boétie), parle de « panique morale », à propos de ceux qui sont stupéfaits par la bénédiction donnée au tweet antisémite par son parti (puisque l’invitation est maintenue, et n’a fait l’objet d’aucun désaveu dans ledit parti). 

Dans « panique morale », il y a « morale », qui semble en effet, pour de basses raisons de « popol » électorale, avoir déserté les rangs de LFI. Quant à la « panique », nous n’en sommes vraiment plus là. 

C’est simplement, épidermique, une indignation banale contre un tweet honteux : « resKHANpée », franchement… Vous trouvez ça drôle ? C’est à Camus que je pense aujourd’hui : « Il n’y a pas de hasard à choisir ce qui vous déshonore » (Carnets). Il y aussi : « Il est ahurissant de voir la facilité avec laquelle s’écroule la dignité de certains êtres. » Et puis ceci encore : « Il y a toujours une philosophie pour le manque de courage. » 

Oui, Marine Tondelier, oui Clémence Guetté : au nom de certaines valeurs – que vous ne partagez sans doute pas, votre conduite et vos mots l’attestent aujourd’hui –, on peut dire « NON ». Si on dit « oui » à Médine : soit on est antisémite, soit on n’a aucun courage. Dans les deux cas, on se salit.

Mais ce n’est pas tout, hélas. Après 15 jours de vacances, Télérama sort ce mercredi 16 août – bien après le début de la polémique Médine. Titre de l’édito : Haine ouverte, avec une photo d’une manifestation où est brandie une pancarte : « L’antisémitisme est un délit Pas une opinion. » Je me dis : « Tiens, Médine, Télérama prend position… » Ben, non : dans Télérama, l’antisémitisme-à-abattre est bien sûr à « l’extrême-droite », du côté des « catholiques intégristes » (sic) – l’officine Civitas, qui concerne trois pelés. 

Pas un mot dans l’édito-qui-dénonce-l’antisémitisme sur le tweet antisémite de Médine : l’antisémitisme d’une « certaine gauche » est invisible pour la gauche Télérama – cela n’existe pas. Télérama l’a effacé, cancelé – pour recycler le vieux réflexe, la pavlovienne association « extrême droite – antisémitisme ». Le problème aujourd’hui, c’est que l’antisémitisme est plutôt résiduel à l’extrême droite – trois pelés de Civitas – et de plus en plus présent à gauche et à l’extrême-gauche (vieille tradition dont le capitaine Dreyfus se souvient sans doute). 

Bref, bonne blague de Télérama, qui se donne bonne conscience en condamnant Civitas, et en taisant l’invité de LFI, de EELV et de la Fête de l’Huma, auteur d’un tweet digne du Jean-Marie Le Pen de la grande époque. Télérama n’est pas « péguyste » : « Voir ce qu’on voit, dire ce qu’on voit » – très peu pour eux.

On continue la chronique ? Toujours la même semaine : lundi 21 août, dans Libération, deux pages avec Manuel Bompard, le numéro un du « parti de l’obsédé du CRIF » : de la popol dans la grande tradition de la Pravda. Stupéfiant : pas un mot sur Médine, l’antisémitisme à gauche, la crise à EELV (qui fait partie de la Nupes) provoquée par Médine, invité par LFI aussi, etc. Non : la Nupes et son unité, les élections européennes, Olivier Faure, etc. 

D’accord, c’est la rentrée et il faut en parler – mais éviter ainsi le dossier qui pollue toute la rentrée politique de cette « gauche » qui ne connaît pas la « (panique) morale » ? Chapeau. 

Et – j’allais oublier – dans le même Libé, que je lis tous les jours (comme Le Figaro et Le Monde) : UNE PAGE sur le fameux mouvement des trois pelés « catholiques intégristes » (sic), Civitas, pour dénoncer l’antisémitisme de Civitas (trois pelés) : « Quand l’extrême-droite ment sur la France d’avant 1789 », par Peter Sahlins, professeur honoraire à Berkeley.  

Question : et « quand l’extrême-gauche ment sur la France de 2023 ? », ça donne quoi ? Ça donne Libé de ce lundi, avec l’entretien lunaire de Bompard et cette page sur Civitas.

Je résume : Civitas : trois pelés. Le parti de « l’obsédé du CRIF » : 22 millions de voix aux présidentielles. Mais c’est l’antisémitisme des trois pelés qui est un problème – donc une page dans Libé. A propos de celui de Médine – adoubé par EELV, LFI, L’Huma : zéro question à Bompard. 

Dans le même numéro de Libé, il y a, comme chaque lundi, la chronique de l’inénarrable radoteur en chef Daniel Schneidermann, qui – donc – dit toujours la même chose (Bolloré-Hanouna-Sarkozy-Médiapart-CNews, etc. : 15 mots de vocabulaire), idéologue en chef sentencieux, donneur de leçons que l’on ne lit plus qu’en souriant… et en pleurant : « la vieillesse est un naufrage » – intellectuel. 

Conclusion ? Ce lundi, en lisant ainsi Libé (comme j’avais lu l’édito de Télérama mercredi dernier), j’ai – vraiment – eu l’impression désolante que Libé devenait la Pravda, et que « Bompard, son cynisme, son inculture crasse » avait mis des conditions (ne pas évoquer Médine et l’antisémitisme) à son entretien avec Lucie Alexandre et Sacha Nelken. Je cite les noms de ces deux « journalistes », parce-que leur entretien est une honte et un déshonneur (« jugement » moral – pas « panique », donc). C’est grave pour Libé, qui tait l’antisémitisme supposé du parti (lorsqu’ « il » (Libé) discute avec Bompard) et prend ses lecteurs et lectrices vigilants pour des abrutis. 

La bonne nouvelle ? On a retrouvé le tagueur antisémite de Levallois-Perret. La mauvaise ? Il a été relâché. Faute d’« éléments suffisants », il a été « laissé libre avec poursuites en préliminaire pour infirmer ou confirmer son implication. » La vie continue. L’antisémitisme est une idée neuve – surtout à gauche.

Nos prévisions météorologiques: sale temps pour la gauche!

La gauche française a délaissé le peuple français, pour faire le trottoir dans les banlieues islamisées. Une bien triste trajectoire. Le billet d’humeur de Benoît Rayski.


La gauche fut belle du temps qu’elle était jeune, vu le beau visage de Jaurès assassiné en 1914. Puis il y eut celui d’un homme cultivé et intelligent : Léon Blum. Et plus tard, l’espace de quelques années, celui de Mendès France, un homme honnête et courageux.

Puis, Mitterrand vint, un politicien habile et sans scrupule. De Gaulle, qui le connaissait bien, le surnommait « arsouille ». Mitterrand était fondamentalement et déontologiquement un homme de droite qui réussit à faire croire qu’il était de gauche. Avec lui, la gauche commença à mourir. Elle aurait mieux fait de mourir du temps qu’elle était jeune et belle. 

De tradition et par devoir, la gauche devait s’occuper des gens de peu, des gens pauvres. Elle a oublié, préférant s’adonner à des combats sociétaux : PMA, GPA, mariage pour tous. Le peuple ne s’y intéresse pas. Ce n’est pas un hasard si le RN est le premier parti ouvrier de France…

Débarrassée du peuple, la gauche s’invente un autre peuple : les immigrés. Ces derniers furent considérés comme l’horizon lumineux et indépassable de l’humanité. L’immigré était le nouveau peuple, et le peuple, délaissé par la gauche, alla voir ailleurs.

La gauche allait donc faire le trottoir dans les banlieues. Draguant les « jeunes », fermant les yeux sur les crimes, les délits, le trafic de drogue. Elle est prise de passion pour la racaille. Et elle fit les yeux doux à l’islam. Mahomet plutôt que Marx ! 

Que reste-t-il du PS ? Un parti croupissant, qui vit sous la houlette de Mélenchon. Oublions le peuple. Il en est de même, dans toute l’Europe, ou le glas sonne pour la gauche. En Espagne, ce sont la droite et l’extrême droite qui vont gouverner ensemble. En Hollande, même alliage, même alliance. C’est ainsi dans le reste de l’Europe. En Allemagne, le chancelier a mis au banc des accusés l’espace Schengen : Il faut, dit-il, rétablir les frontières entre les États européens.

Restent toutefois les pays scandinaves, où les socio-démocrates sont au pouvoir mais s’agissant de l’immigration, ils font une politique d’extrême droite. 

En Europe, le vent souffle à droite toute. Ce n’est pas le cas en France, où les Républicains rechignent encore à s’allier aux lepénistes. Quant à la gauche française, elle est responsable de sa mort. Pour elle, l’avenir est sans espoir. Nous n’irons pas à ses obsèques. 

Perrault, Andersen, Disney et la mimésis

La Petite Sirène est noire, Blanche-Neige est désormais bronzée. Les producteurs et dirigeants de Disney sont-ils dingues? Visent-ils des segments spécifiques du marché? Ou peut-être sont-ils malencontreusement tombés dans la marmite woke: c’est l’avis circonstancié de notre rédacteur.


« Elle avait la peau douce et diaphane comme une feuille de rose, les yeux bleus comme un lac profond » … Ainsi Andersen décrit-il sa petite sirène. « Oh ! Si je pouvais avoir un enfant aussi blanc que la neige, aussi vermeil que le sang et aussi noir de cheveux que l’ébène de cette fenêtre ! » Bientôt après, elle eut une petite fille qui était « blanche comme la neige, vermeille comme le sang et noire de cheveux comme le bois d’ébène, et Blanche-Neige fut son nom à cause de cela », précisent les frères Grimm.

Nous avons été bercés par ces contes, soit parce que nous avions des parents aimants qui nous les racontaient pour nous aider à glisser au sommeil, soit parce que nous avons vu les dessins animés de Disney, sortis en 1937 pour Blanche-Neige et en 1989 pour La Petite Sirène. Il y en a pour les petits garçons comme pour les petites filles, qui s’identifient sans peine à la jeune fille malheureuse (quel enfant n’est pas malheureux, au moins par épisodes ?) ou au prince salvateur. Quelle que soit la couleur de leur peau ou la forme de leurs yeux.

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Quelle mouche a donc piqué la direction de Disney pour avoir opté pour une sirène désormais noire, et pour une Blanche-Neige latina ? S’agissait-il de draguer tel ou tel segment de spectateurs américains, pensant que les petites Blacks s’identifieraient à Halle Bailey ou à Rachel Zegler ? Spielberg en 2021 avait fait appel à cette dernière pour jouer Maria dans son remake de West Side Story, et la jeune actrice s’en était bien sortie. Mais Blanche-Neige ?


Qui est raciste ?

Il s’agit en fait d’une assignation à résidence. Tu es noire, ou latina, tu auras une héroïne qui te ressemble. Plus question de sortir de toi-même. Ne demandez pas qui est raciste…

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Le plus beau, c’est que ces certitudes aberrantes vont à l’encontre des impératifs économiques. Les enjeux financiers de ces productions à très gros budget sont tellement colossaux que les faux pas sont en principe interdits. La Petite Sirène a dévoré un budget initial de 265 millions de dollars, et en a rapporté 567 millions : vu les frais additionnels de promotion, c’est tout juste un succès. Et Blanche-Neige suscite déjà de telles polémiques qu’il est douteux que le film, qui aura coûté 100 millions de dollars et sort l’année prochaine, permette à la firme aux grandes oreilles, dont la valeur a été quasiment divisée par deux ces dernières années, de distribuer à nouveau des dividendes (ce qu’elle ne fait plus en ce moment), malgré ses coupes sévères dans son personnel. Quel a donc été le calcul des capitalistes de la firme de Burbank ? Ce qui faisait la force du dessin animé, c’était son caractère universel — et le succès (418 millions de dollars de rentrées, pour 1,5 million de budget pour le film de 1937) a confirmé cette universalité. Et il faut bien comprendre ce que signifie ce mot, « universel ». Il implique que les petites filles / petits garçon du monde entier, aux cheveux crêpus, aux yeux bridés, à la peau de lait, parlant toutes les langues, se sont identifiés à cette héroïne au teint de neige et aux cheveux noirs (une exception dans la longue lignée des héroïnes nord-américaines de Disney).

Identifiés, patates. Pas assimilés

La mimésis, explique Aristote, repose sur une identification en profondeur. Œdipe, le héros de Sophocle, est un modèle parce qu’il peut prendre n’importe quelle apparence — sinon, le rôle serait mort après la disparition du premier acteur à l’avoir porté à la scène. Blanche-Neige est la gamine (ou le gamin) rejeté par un père remarié (même problématique dans Cendrillon, au passage). Si même on va creuser plus loin, du côté de la psychanalyse des contes de fées, on comprend bien que le mécanisme de la mimésis ne tient pas à une apparence externe, mais à un fonctionnement inconscient.

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Les grands argentiers de Disney, que l’on croyait tributaires exclusifs du cash-flow, sont en fait tombés aux mains de l’idéologie woke. Et comme toute idéologie, celle-ci n’entretient avec le réel que des liens fort douteux.

C’est même ce qui la caractérise. Le wokisme est la résurrection du puritanisme des Pères fondateurs de l’Amérique. Il a trouvé dans sa lecture aberrante de la French Theory les outils nécessaires à sa lecture et à sa réécriture du monde. Le mâle est le mal, le Prince ne sauvera pas Blanche-Neige, ce serait se placer sous l’autorité haïssable (par définition) d’un gars équipé d’une grande épée… Et les nains ne seront plus des nains, mais des créatures magiques : surtout, ne pas déplaire aux défenseurs des Personnes de Petite Taille. En fait, les précautions multiples qu’implique le respect de la pensée woke vident forcément les histoires de tout ce qui en faisait l’ambiguïté, c’est-à-dire l’efficacité. Lisez vraiment La Petite Sirène d’Andersen : c’est un conte d’une cruauté absolue, avec mutilations diverses à la clef, et une fin atroce.

Après avoir vu les premières images du remake de Blanche Neige, le fils du réalisateur du film original de 1937 a accusé les studios Disney de détruire la création de son père. « Mon père et Disney se retourneraient dans leur tombe s’ils voyaient ce remake « woke » » a-t-il déploré.

L’antécédent du Bossu de Notre-Dame

Walt Disney nous avait fait le coup avec Le Bossu de Notre-Dame, si vaguement inspiré de Notre-Dame-de-Paris que le nom de Hugo n’était pas même au générique. J’ai souvenir d’avoir lu en classe le passage décisif, qui raconte l’exécution d’Esméralda, devant des hypokhâgneux terrifiés, qui croyaient encore qu’à la fin, la belle Bohémienne se mariait avec cette crapule de Phébus. Là déjà Disney n’avait pas voulu comprendre que les fins dramatiques ancrent l’histoire dans l’inconscient des gamins, qui en tireront la morale qu’ils veulent. Le Happy end américain désactive le mécanisme même de la mimésis, qui s’appuie (eh oui, Aristote en savait plus que Michael Eisner ou Robert Iger) sur le couple fatal qu’elle forme avec la catharsis. Et sans violence, pas de catharsis.

Mais ce sont là des concepts culturels assez loin des préoccupations (et des capacités) des partisans du wokisme. Tout ce qui s’appuie sur une histoire, sur une armature culturelle, est systématiquement nié par nos petits marquis de la pensée immédiate et du ressenti considéré comme mode absolu de savoir. Ce n’est plus seulement Blanche-Neige, mais le monde occidental tout entier que l’on enferme dans un cercueil de verre — sans prince charmant pour le délivrer.

La fabrique du crétin: Vers l'apocalypse scolaire

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Paris ne sait plus quoi faire de ses migrants

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Depuis près de trois semaines, une cinquantaine de migrants, majoritairement des femmes et des enfants arrivés d’Afrique par la Méditerranée, dormaient sur le parvis de l’Hôtel de ville. C’est finalement pas moins de 226 personnes qui ont été évacuées, mardi 22 août, a annoncé la préfecture de police. « Il aura fallu trois longues semaines de manifestations, l’épuisement des personnes et l’appui des médias pour qu’elles obtiennent ce qui est inscrit dans la loi, un hébergement pour tous.tes » dénonce l’association Utopia 56, qui donne en permanence l’impression de manipuler la misère.


Un campement complètement indigne en plein Paris! Difficile de faire plus central : sous les fenêtres de l’Hôtel de Ville ! On a dénombré jusqu’à 250 clandestins certains soirs, sous les fenêtres du bureau d’Anne Hidalgo. Des femmes, des enfants mais aussi des hommes. Tous originaires d’Afrique : Mali, Sénégal, Mauritanie, Tunisie, Guinée, Côte d’Ivoire, Algérie… Pas franchement des pays en guerre, donc, mais ces immigrés, comme des milliers d’autres, fuient la misère ou des conditions de vie difficiles.

Que faisaient-ils depuis trois semaines ? Rien ou pas grand-chose : ils restaient là assis ou allongés sur des cartons dans des conditions sanitaires qui sont, vous l’imaginez bien, déplorables, surtout par cette chaleur. Tous attendent une chose : un logement. Et ils le disent, ils attendent que la Ville, la Région ou l’État leur donne un toit sous lequel habiter.

Pas une première

Ce n’est pas la première fois qu’une telle occupation se passe à l’Hôtel de ville. En juin 2021, 560 migrants s’étaient installés dans des tentes sur le parvis, déjà. Une telle opération avait été rendue possible grâce aux activistes de l’association pro-migrants Utopia 56. Puis, en octobre dernier, le collectif « La Chapelle Debout », qui milite pour l’accueil des étrangers et leur accès au logement (La Chapelle, c’est le nom de ce quartier au nord de Paris), avait carrément organisé une invasion de l’Hôtel de Ville.


On se souvient des images de ces dizaines de migrants qui sautaient par-dessus des barrières, avant de les ouvrir, et d’entrer dans le bâtiment. Face à des agents de sécurité d’une passivité assez déconcertante pour ne pas dire complice.

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Utopia 56, c’est un nom qu’on évoque fréquemment. Cette association sait faire parler d’elle à travers des actions coup de poing et parfaitement médiatisées. En juin, elle avait occupé la place du Palais Royal avec 450 migrants qui avaient déployé leurs tentes. Tous étaient présentés comme des mineurs non accompagnés, mais peu d’entre eux se sont pliés aux tests osseux pour le vérifier. Et c’est toujours grâce à Utopia 56 que des centaines d’autres migrants (il y en a eu jusqu’à plus de 600 !) occupent depuis des mois une école désaffectée rue Erlanger, dans le XVIe arrondissement de la capitale. Ces méthodes, à la limite de la légalité, quand elles ne sont pas carrément hors la loi, sont des méthodes répugnantes, car ces associations instrumentalisent la misère humaine au prétexte de lui venir en aide. Et cela fait finalement la fortune des passeurs, et à ce qui s’apparente à de la traite humaine.

On n’était pas au courant que c’était compliqué

La conséquence des actions de ces associations, c’est l’envoi aux candidats au départ du message suivant : vous serez bien accueillis lorsque vous arriverez en France. Or, le fond du problème est bien là : nous n’avons pas les moyens financiers et matériels pour accueillir tout le monde et surtout dignement. Une femme qui campait place de l’Hôtel de Ville a été interviewée par le Figaro. Que dit-elle ? « On n’était pas au courant que c’était compliqué. On a vu la réalité. » Malheureusement, ces pauvres gens voient « la réalité » une fois qu’ils sont sur nos trottoirs. À nous ensuite de nous débrouiller pour les loger et les soigner.

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Parallèlement à ce drame humain, il y a évidemment les conséquences désastreuses sur l’image de Paris. À un an des JO, ce nouvel épisode du chaos migratoire français fait désordre… Ajoutez à cela des sans-abris par milliers, des détritus partout qui attirent les rats, des embouteillages en plein mois d’août, le nombre de vols à l’arrachée qui explosent, c’est une jolie carte postale. Plus sérieusement, c’est triste et lamentable. Les étrangers qui sont à Paris cet été sont atterrés, ils n’en reviennent pas de tant de saleté et d’insécurité dans les quartiers touristiques. L’insécurité sur le Champ de Mars, en bas de la Tour Eiffel, est telle, que la droite municipale a réclamé la fermeture du parc la nuit, suite à un viol commis par cinq hommes sur une jeune femme le 26 juillet.

Alors, je ne sais pas si Mme Hidalgo est rentrée de vacances mais place nette aura donc été faite lorsqu’elle reviendra au bureau. Ça lui permettra de continuer à vivre dans son monde magique et de « réenchanter » Paris en vue des JO. Pour ce qui est de ces milliers de migrants, on sait également que les autorités les envoient en province. On ne fait donc que déplacer le problème. Et on n’est pas près de le résoudre puisqu’Emmanuel Macron a réaffirmé cette politique migratoire pour les années à venir.

Vivre en ville

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Michel Fau: «Un grand artiste n’est ni de droite ni de gauche»

Michel Fau © Hannah Assouline

Il peut tout jouer : Molière, Guitry, Pinter. Il peut aussi bien travailler pour Py, Deschamps, Ribes ou diriger Michel Bouquet, Catherine Frot, Roschdy Zem. Depuis quinze ans, il enchaîne les triomphes. Il n’a pourtant jamais reçu un Molière… car il y a un rôle que Michel Fau ne sait pas jouer : celui d’artiste de cour, forcément de gauche et jamais en manque d’indignation.


Causeur. Après les Molières, vous avez donné un entretien retentissant au Figaro, reprochant à cette institution de mépriser le théâtre populaire et dénonçant sa soumission idéologique à l’air du temps. Ce qui est nouveau, ce n’est pas que le monde de la culture soit soumis à la doxa d’extrême gauche, mais que certains osent le dénoncer.

Michel Fau. Ce que j’ai dit, c’est que j’étais aux Molières pour parler d’art. Or, pendant cette accablante cérémonie, il n’a été question que de retraites, d’écologie, de cégétisme. Pas une seule seconde, on n’a parlé de théâtre. C’est très grave. Et en même temps, il y a un mépris total du vrai théâtre populaire incarné par Jugnot, Plaza, Ladesou, Laspalès, qui remplissent les salles. Ces gens soi-disant de gauche, qui soutiennent les gilets jaunes, méprisent le vrai peuple !

Pour ma part, je me définis plutôt comme un dadaïste, donc je ne me réclame d’aucun mouvement, d’aucun camp ; ma devise Dada, c’est d’être « contre le goût du jour » ! Les dadaïstes étaient furieux d’être enrôlés dans le surréalisme, car ils ne voulaient surtout pas être un mouvement. Je me sens très marginal. Je suis frappé par la médiocrité artistique de l’époque.

Le gauchisme culturel s’est déployé en même temps que la culture remplaçait l’art…

On a demandé aux artistes d’être des animateurs culturels, voire des assistantes sociales, de faire du théâtre dans les banlieues, dans les prisons, de sensibiliser les jeunes au théâtre, et pour finir, de ne plus faire que ça. Autrement dit, on demande aux artistes de pallier l’incompétence du politique. On a un problème en banlieue, donc on fait un atelier théâtre. D’ailleurs, ils ont fait la même chose avec le sport : un problème, un terrain de foot… Moi, la seule chose qui m’importe, c’est de faire du théâtre et de servir un répertoire ouvert à tous.

On peut faire du théâtre et de l’art en prison comme dans la cour d’honneur du Palais des papes.

Sauf qu’il ne s’agit pas de donner des représentations en prison, mais de monter des pièces avec les détenus. Ce ne sont pas des artistes. Les metteurs en scène qui y vont expliquent toujours qu’ils ont trouvé des comédiens épatants, alors que c’étaient des gens qui avaient tabassé des vieilles ou violé des gamins.

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Comme les artistes n’ont plus de convictions et de motivations artistiques, ils en trouvent ailleurs, dans le sentiment d’être dans le bon camp. C’est ce qui est arrivé à Adèle Haenel, Andréa Bescond, et d’autres. Après tout, peut-être que si je n’avais pas réussi à faire le théâtre que j’avais envie de faire, je serais devenu un voyou, j’aurais foutu le feu aux sculptures de Jeff Koons, à la Comédie-Française ou à l’Opéra Bastille. Je serais allé en prison.

Vous avez une dent contre la Comédie-Française !

Adolescent, j’avais une passion pour la Comédie-Française, il y avait de très grandes personnalités, les plus grandes tragédiennes et des acteurs extravagants ! Antoine Vitez disait que la Comédie-Française devait être un musée. Aujourd’hui, ce théâtre national n’assume plus son rôle, il ne monte ni Corneille ni des auteurs français vivants, ce qui était le cas avant. Ils jouent comme à la télé, avec des micros et ils renient tellement la salle Richelieu, qu’ils se font construire un nouveau théâtre porte de Clichy, en temps de crise et avec nos impôts : les gilets jaunes devraient gueuler !

Revenons à l’hégémonie culturelle de la gauche.

C’est un phénomène très récent ! Avant, on ne s’occupait pas de la vie privée des artistes, maintenant ils doivent dire pour qui ils votent, s’ils sont homosexuels, c’est terrible ! Avant on ne se posait pas ces questions ! On ne se demandait pas si Ionesco ou Claudel étaient de droite. Quand un journaliste me demande pour qui je vote et avec qui je couche, ma réponse est que ça ne le regarde pas. Aujourd’hui, un artiste qui passe à la télévision parle de ses convictions, de la fracture sociale, d’écologie et jamais d’art. L’actuelle directrice du Conservatoire voulait faire interdire Claudel parce qu’il était pétainiste. Je lui ai dit qu’à ce compte-là, elle devrait aussi bannir Schiller, qui était plutôt antisémite. Si on veut qu’un auteur soit irréprochable socialement, alors il n’y a plus de poète, il n’y a plus d’artiste. Si on demande aux artistes d’être des gens bien, des petits-bourgeois, il n’y aura plus Roman Polanski, il n’y aura plus Gérard Depardieu, ni Picasso ou Wagner.

Beaucoup d’artistes se sont soumis, ils ont accepté de penser ou de faire semblant de penser ce qu’on attendait d’eux…

Non, ils pensent comme ça spontanément ! Les artistes sont devenus des petits-bourgeois, donc automatiquement, ils ont des idées politiquement correctes, ils pensent à leurs crédits, à leur retraite et à l’endroit où ils vont partir en vacances avec leurs enfants. Michel Bouquet ne pensait pas à ça !

Venons-en à votre cas. Certes, on ne sait pas pour qui vous votez. Mais en même temps, vous n’avez jamais fait génuflexion devant le milieu. Pourtant, on ne semble pas vous en vouloir de votre liberté, peut-être parce que vous remplissez les salles. Les médias de gauche parlent-ils de vous ?

Oui, j’ai même eu la dernière page de Libération. Pour autant, je n’ai pas la carte, je m’en suis rendu compte quand j’ai cherché des coproducteurs dans le subventionné. Ils m’ont fait payer d’avoir travaillé dans le privé et peut-être aussi d’avoir touché aux vaches sacrées. J’ai osé attaquer Ariane Mnouchkine en demandant pourquoi elle n’était pas à la retraite. Tout le monde y passe, par exemple Jérôme Deschamps, sauf elle qui a 82 ans et touche une des plus grosses subventions de l’État, pour faire un spectacle tous les six ans, bref son statut est totalement illégal. Personne ne dit rien. Tant mieux pour elle. Et elle manifeste contre la réforme des retraites. Elle se l’est toujours joué gauchiste, alors qu’elle est fille de milliardaire. Elle ne voulait pas monter Macbeth parce que Sarkozy était au pouvoir.

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Peut-on être un grand artiste de gauche ?

Un grand artiste n’est ni de droite ni de gauche, il devrait être marginal, et surtout en ce moment. Ça ne nous regarde pas, en fait. Cela dit, le discours de gauche est assez naïf.

Naïf ou opportuniste ?

Charles Berling se disait de gauche alors qu’il a eu son théâtre grâce à Sarkozy, tout comme Vincent Lindon qui donne des leçons et qui était avec Caroline de Monaco, à Monaco !

Adèle Haenel a eu raison de quitter le cinéma.

Bien sûr, et puis, ce n’est pas grave ! Ce n’est pas Maria Casarès.

Le résultat, c’est que beaucoup de gens parfaitement adultes n’osent pas dire en public un quart de ce qu’ils disent en privé

C’est la majorité ! La majorité des artistes pensent un petit peu comme nous, mais n’osent pas le dire. D’ailleurs, je n’ai reçu que des messages de soutien après mon entretien dans Le Figaro de la part de très grands artistes, des gens formidables qui n’étaient pas obligés de le faire. Une seule personne, la productrice du spectacle qui a tout raflé, a écrit un truc dégueulasse : « Place aux jeunes ! » Je lui ai répondu : « Vous avez raison, je suis un vieux ringard. Je vous embrasse », ou quelque chose comme ça. Et savez-vous ce qu’elle m’a à son tour répondu ? « Oh, pardon monsieur Fau, je ne savais pas que vous étiez sur Instagram et que vous alliez lire. Pardon, pardon, j’ai écrit ça parce que j’étais énervée. » C’est la seule réaction négative que j’ai eue. Le président des Molières m’a appelé pour me dire qu’il était désolé que je n’aie pas reçu de prix. Des gens ont déclaré que j’étais aigri, jaloux etc., mais jamais à moi directement.

N’empêche, vos opinions, du moins votre refus de les porter en bandoulière, ne vous ont pas empêché de travailler…

Parce que j’ai travaillé dans le privé et que je remplis des salles ! Mais cela aurait pu être un frein, car à partir du moment où j’ai rué dans les brancards, je n’ai plus eu la carte du subventionné. À l’opéra, ça va mieux parce que j’ai fait des succès aussi, mais je suis interdit dans certaines salles, en particulier à l’Opéra de Paris.

Pourtant, le monde des amateurs d’opéra n’est pas spécialement gauchiste.

Le public, non. Mais les directeurs d’opéra oui.

Croyez-vous qu’on ait raté de grands artistes parce que leurs auteurs n’avaient pas la carte ?

Évidemment. Je suis sûr qu’il y a de grands auteurs et de grandes tragédiennes inconnus. Il y a trente ans, quand la Comédie-Française montait Médée, c’était la grande tragédienne Christine Fersen qui jouait le rôle. À la Comédie-Française, ils ont engagé une jeune actrice inconnue pour jouer Médée, pour quelles raisons ? Marina Hands ou Martine Chevallier auraient été plus à leur place dans ce rôle ! Aucun critique n’ose le dire, à peine admettent-ils que ce n’est pas très réussi.

Beaucoup de ces gens vivent de subventions. On dit que l’exception culturelle a sauvé le cinéma et la culture français, mais ne les a-t-elle pas aussi tués ?

C’est un débat… Pour moi, le début de la fin, c’est la maison de la culture de Malraux, c’est évident. Malraux, qui était de droite, cocaïnomane, etc., a commencé à niveler l’art par le bas, à faire de la démagogie et à virer Barrault. Bref, comme Jack Lang, avec les meilleures intentions il a produit un désastre.

Mais l’idée que tout le monde a le droit à ce qui il y a de plus beau et de plus grand méritait d’être défendue, non ?

D’abord, ce n’est pas vraiment ce qui s’est passé. Ensuite, c’était déjà le cas avant Malraux. Avant, même la gauche caviar était cultivée. Maintenant, les gens de la Nupes sont contre l’opéra et l’art théâtral, parce qu’ils estiment que c’est un truc de bourgeois. Et ils n’y connaissent rien, Marine Le Pen non plus. Aucun n’a parlé d’art dans son discours politique. Macron est plus cultivé que Hollande et Sarkozy. Si jeune, connaître Léon Bloy, Samuel Beckett et Édouard Bourdet, c’est exceptionnel. C’est un surdoué. Au moins, avec lui, on peut parler d’art. Mais il est mal entouré. Éric Ruf qui a programmé à la Comédie-Française un Shakespeare où l’on parlait de l’affaire Benalla aurait dû être viré ; ce n’est pas le lieu !

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Y a-t-il une jeunesse susceptible de sauver ce qui semble perdu ?

En tout cas, pas au Conservatoire.

Vous en avez été viré ?

Non, je suis parti avant qu’ils me virent ! Bien sûr, ils n’apprennent plus à dire les alexandrins, la directrice veut faire interdire Claudel, il n’y a plus de travail technique, et elle fait des conférences anti-Macron. C’est son droit d’être mélenchoniste mais dans ce cas, on ne travaille pas au Conservatoire et on n’accepte pas l’argent de l’État.

Les subventions ne sont pas le prix de la docilité.

Tout à fait, mais ce n’est pas le rôle de la directrice du Conservatoire de cracher sur le gouvernement. Elle a été nommée pour enseigner l’art dramatique à de futurs artistes, pas pour former des intermittents gauchistes !

Vous adorez jouer avec les identités sexuelles, normalement cela devrait être porté à votre crédit mais pas du tout, même ça, c’est réac.

En effet, il paraît que quand je joue un rôle de femme, ça enlève du travail à une femme. Par contre quand c’est une comédienne qui joue le rôle de Jason à la Comédie-Française, personne ne dit rien.

Monter La Cage aux folles semble très compliqué. Faut-il en conclure que l’homosexualité a été prise en otage par les LGBT ?

J’aimerais jouer La Cage aux folles parce que c’est une pièce audacieuse. Poiret a fait entrer les folles dans le salon bourgeois en 1973. À l’époque, la moitié de la distribution était homosexuelle. Je voudrais vraiment monter cette pièce, elle est bien construite et délirante. Ce qui est compliqué, c’est de trouver avec qui le faire, mais je ne trouve pas que ce soit une pièce homophobe. Quand on dit que c’est une caricature des homosexuels, je dis que ce n’est pas plus caricatural que Madame Arthur, la Gay Pride ou le mouvement drag-queen.

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Très récemment, vous avez signé la mise en scène de Zémire et Azor à l’Opéra-Comique.

C’est un opéra du xviiie siècle d’André Grétry, compositeur français que tout le monde a oublié. J’aime bien ressortir des œuvres oubliées, c’est passionnant. Après, je monte à La Michodière, pendant le mois de juillet, un vaudeville anglais des années 1970. C’est une pièce écrite par Ray Cooney et John Chapaman qui s’appelle Le Vison voyageur. Quand on me dit que le boulevard est nécessairement une histoire de mari trompé, je réponds qu’Othello aussi. Ça parle de l’humain. En septembre, je monte un thriller psychologique parce que j’adore ça, c’est une pièce française des années 1960 de Robert Thomas qui s’appelle Piège pour un homme seul. Alfred Hitchcock avait acheté les droits pour en faire un film, puis finalement ne l’a pas fait. Il y a aussi de l’humour, mais avec du suspens. Ce sera encore à la Michodière, j’adore cet endroit. Le directeur Richard Caillat est formidable. Et j’ai un rôle de psychopathe.

Finalement, en dépit de votre liberté, vous n’avez pas été rattrapé par la patrouille…

Pour l’instant.


NB. À voir, au théâtre de la Michodière : Le Vison voyageur, de Ray Cooney et John Chapman, du 12 au 30 juillet. Piège pour un homme seul, de Robert Thomas, du 24 septembre au 30 décembre 2023.

Le ciel vu d’Amérique

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Mt. Katahdin, Maine, n°.2, Marsden Hartley, 1939-1940. © Metmuseum. Edith and Milton Lowenthal Collection.

Dans son nouvel ouvrage, Alain Cueff trace une histoire de l’art américain inédite à travers les représentations du ciel. Deux siècles d’aventures artistiques et intellectuelles.


D’emblée, Alain Cueff rappelle une distinction sémantique que la langue française ne permet pas. En anglais, « ciel » se dit sky ou heaven, selon que l’on évoque sa réalité physique ou sa dimension spirituelle. Ceci posé, on comprend comment l’historien de l’art va guider notre regard au fil de ses pages richement illustrées, entre quels rivages nous allons cheminer à travers deux siècles de création, de représentation figurative, puis abstraite (peintures, photos, installations, performances), de Thomas Cole (1801-1848) à Jack Goldstein (1945-2003).

Si dans ce Nouveau Monde baigné de tradition protestante, l’imagerie religieuse était honnie, les ciels et paysages peints n’étaient pas pour autant profanes ou « muets ». Bien au contraire, estime Alain Cueff, car ils étaient libres de tout impératif symbolique : « Cette absence de prédétermination les rend plus susceptibles de devenir le lieu de métaphores et de contenus parfois déconcertants. » Aussi, la peinture américaine est-elle en phase avec la politique, l’épopée de la conquête, de la colonisation, de la domestication de la nature; elle accompagne la mission quasi divine des pionniers venus d’Europe qui voyaient dans les vastes étendues de ce continent à défricher leur pays de Canaan. « Notre idée de la Destinée Manifeste, écrit John O’Sullivan en 1845, consiste à nous étendre sur tout le continent que nous a alloué la Providence pour le libre développement de nos millions d’habitants qui se multiplient chaque année. » Le lien qui unit la religion à la politique enserre également l’expression artistique. La peinture paysagère à la fin du XVIIIe siècle et tout au long du XIXe célèbre ainsi cette pieuse entreprise. Selon Alain Cueff, son romantisme diffus « incite à concevoir la nature comme la manifestation la plus éminente des ultimes valeurs spirituelles ». Et l’historien de souligner que la question « prendra une autre tournure quand, avec l’abstraction, le paradigme du paysage sera remis en cause, en même temps que le ciel sera envisagé dans sa profondeur cosmique ».

Entretemps, nombre d’artistes ont représenté les beautés sauvages et les mystères de cette nature couronnée d’immensité. Et certains, à l’instar du Britannique John Ruskin, y ont aussi vu un miroir : « Parfois aimable, parfois capricieux, parfois terrible, jamais identique à lui-même d’un moment à l’autre, presque humain dans ses passions, presque spirituel dans sa tendresse, presque divin dans son infinité, [le ciel] en appelle à ce qui est immortel en nous… »


Ciels d’Amérique démontre ainsi comment l’art américain a célébré des paysages interminables et prometteurs, une terre d’abondance, jusqu’à inventer à la fin des années 1960 le land art, l’« art de la terre ». Ce livre nous pousse surtout à lever les yeux comme aucune autre histoire de l’art ne l’avait fait auparavant. Pourquoi avoir attendu si longtemps avant de pouvoir lire de telles pages ? Alain Cueff a sa réponse : « Il en va des ciels comme de la lettre volée dans la nouvelle d’Edgar Allan Poe : leur évidence ostentatoire est ce qui les fait passer inaperçus. »

À lire
Alain Cueff, Ciels d’Amérique : 1801-2001, Les Belles Lettres, 2023.

Ciels d'Amérique: 1801-2001

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Affaire Médine: cela fait longtemps que Rachel Khan a les “racisés” à ses trousses

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L'actrice et essayiste Rachel Khan, le rappeur Médine © SYSPEO / ISA HARSIN / SIPA

Si Marine Tondelier a accepté de débattre avec le sulfureux rappeur Médine, c’est parce que la Secrétaire nationale d’Europe Écologie Les Verts a estimé, de manière un peu condescendante et paternaliste concernant l’antisémitisme, qu’un “racisé” pouvait ne pas se rendre compte de ce qu’il racontait. Pourtant, la sphère militante qui soutient le rappeur a développé tout un arsenal lexical ces dernières années – lexique qu’avait analysé dans un livre une certaine Khan Rachel…


Certes, Rachel Khan avait fait la première un tweet qui traitait Médine de « déchet ». Et Médine, finalement, lui a renvoyé la balle avec sa trouvaille linguistique selon la loi du talion. Les Verts, courant après le buzz comme le plus vulgaire député LFI, se sont pris les pieds dans le tapis avec leur invitation. Mais, Rachel Khan suscite des passions tristes chez les “racisés”, les “décoloniaux” et tous les amateurs d’identités faciles depuis un moment. En 2021, elle publie un livre, Racée (L’Observatoire), dans lequel elle pourfend un certain nombre de mots ou d’expressions considérées comme des valeurs sûres par leurs employeurs.

Racée, pas racisée

Le mot « racée », employé en titre, peut surprendre et faire se confondre l’essayiste née en 1976 avec les “racisés”. Eh bien c’est le contraire ! Rachel Khan entend ce mot à partir des racines, qui, chez elle, sont nombreuses, d’où l’incompatibilité avec les tenants d’une identité et d’une seule. « Je suis racée parce que je porte en moi plusieurs racines que certains prennent pour des races… » écrit-elle.Employé pour qualifier un être humain, le Larousse nous apprend également que l’adjectif caractérise une personne qui paraît représenter “un type particulièrement fin et distingué, qui a de la classe, de l’élégance”.Deux lignes plus loin, l’essayiste précisait dans son livre : « Femme européenne et africaine à la fois, binationale, française et gambienne, juive aux origines chrétiennes et musulmanes, animiste avant l’islamisation de l’Afrique de l’Ouest, blanche et noire, je veux aujourd’hui annoncer la couleur : je suis bien dans ma peau. »


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Elle nous rappelle que le mot souchien fut prononcé pour la première fois à la télévision par la porte-parole des Indigènes de la République, Houria Bouteldja, en 2007. Rachel Khan souligne la rime riche avec chien, à laquelle je rajouterais volontiers le  « sous » du « sous-chien » qui fait merveilleusement entendre l’espèce inférieure ainsi désignée… Et, ce mot va donc permettre de lutter contre les discriminations par… la discrimination. « Un paradigme peu créatif, ajoute Rachel Khan, puisqu’il s’agit de reproduire allégrement ce qu’ils dénoncent » ; à savoir un racisme anti-blanc.

Puis, vinrent les racisés. « Outre une vilaine sonorité, qui sonne comme ostracisé ou excisé, le mot a pour but de séparer les Blancs des non-Blancs. » Et, par ailleurs, le mot, à la différence de « racialisé » qui, lui, prendrait en compte un évènement discriminatoire précis, n’a plus besoin de lui puisque les “racisés” le sont par essence, indépendamment de leur vécu. « Ainsi, Michele Obanma est une femme racisée et ce, malgré sa condition  sociale d’ex-Première dame de la première puissance mondiale ».

Rachel Khan s’oppose au déterminisme victimaire dont beaucoup font leur miel

Après, se présentèrent les Afro-descendants : tout droit importés des Etats-Unis et aussitôt confisqués par des personnes qui, d’une part, confondent déportation et immigration, et, d’autre part, « sont nées trop tard et pas au bon endroit ». Il s’agit, qu’on soit vraiment un afro-descendant ou pas, de raviver les plaies de l’esclavage dont on s’attribue la propriété.

Rachel Khan épluche d’autres mots ; notamment celui de « la Cause » qui dit ce paradoxe fou : sous prétexte de s’émanciper d’une ancienne colonisation qu’on aurait reçue en héritage, on s’enferme dans un déterminisme victimaire dont il n’est pas question de sortir, et qui devient une sorte de « rente mémorielle », laquelle fournit un job à temps complet.

Dans cet inventaire des mots qui ne mènent nulle part, Rachel Khan raconte ses déboires au sein de groupes minoritaires qui la veulent d’un seul tenant et la traitent de traître lorsqu’elle convoque en elles d’autres parties. « Un jour, on m’a dit que je ne méritais pas ma couleur… Ce qui est attendu de moi, c’est d’être racisée, afro-descendante, intersectionnelle, faisant partie d’une minorité, une proquota qui déteste les souchiens. Ici, la violence première est d’interdire le droit à l’autodétermination tout en prônant le décolonialisme ». On comprend mieux, alors, qu’elle puisse être la cible d’attaques des minorités en question. Profondément inspirée par Romain Gary et notamment son livre Chien blanc, Rachel Khan nous offre dans le sien une réflexion qui ne manque ni d’humour ni de causticité, et qui éclaire sans la justifier un seul instant on l’aura compris la vindicte à son égard.

Racée

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Au Royaume Uni, les Blancs ne doivent plus représenter Londres

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Le maire de Londres Sadiq Khan dans le métro, 24 mai 2022 © Licensed by Story Picture Agency/SIPA

La semaine dernière, à Londres, le wokisme frappait encore une fois, lorsque l’équipe du maire de Londres expliquait dans un guide de communication officiel qu’une famille Blanche ne représentait pas les vrais Londoniens.


Toute l’affaire a commencé lors de la publication, par les services de communication du maire de Londres, d’un guide officiel portant sur la manière de promouvoir l’image de la ville et de son maire travailliste, Sadiq Khan.

Ce guide comportait trois exemples d’affiches, dévoilées par le quotidien The Mail on Sunday la semaine dernière. L’une d’elles (notre image ci-dessous) représente une famille britannique avec deux enfants, marchant au bord de la Tamise, avec le parlement de Westminster en arrière-plan, et sur laquelle est inscrite le titre « Doesn’t represent real Londoners » (ceci ne représente pas les vrais Londoniens). Pas très flatteur pour cette famille et toutes les familles de Londres, qui n’ont pas eu le privilège d’être nées dans un pays étranger ou d’être de couleur !


Mais qu’est-ce donc alors qu’un vrai Londonien, peut-on se demander ? La réponse nous est donnée dans une autre affiche, où le maire de Londres apparaît entouré de jeunes de couleur et aucun blanc… Oui, Londres c’est la ville de la diversité et de l’inclusivité, mais les Blancs n’en font pas partie, ni les familles d’ailleurs.

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Sans surprise, le guide s’ouvrait par un paragraphe d’introduction affirmant son ambition de créer « un Londres pour tous les Londoniens » et promettant de s’adresser à « tous, quels que soient leur âge, leur genre, leur orientation sexuelle, leur ethnicité, leur religion, leur handicap ou leur type de famille [family make up]. » Nous savons désormais que lorsqu’une telle ambition est affichée, le contenu d’un tel guide ne peut réserver trop de surprises et nous ne sommes en effet pas déçus.


Un cas de plus…

De la même façon, la gauche française éprouve un besoin permanent de promouvoir la diversité et l’antiracisme, faute d’avoir mieux à proposer. La ligne racialiste et woke fut d’ailleurs adoptée par Sadiq Khan dès le début de son mandat.

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En 2020, pendant les manifestations Black Lives Matter, il créait la Commission pour la diversité de l’espace public londonien qui avait pour objectif « d’accroître la représentativité des personnes noires, asiatiques et des minorités ethniques, des femmes, des membres de la communauté LGBTQ+ et des personnes handicapées dans le domaine public. » En effet, Londres est une ville trop « victorienne » et blanche à son goût : « Nos rues, nos statues et nos espaces publics représentent une ère dépassée » déplorait-il dans son discours à l’occasion de l’inauguration de cette commission. « C’est une vérité inconfortable que notre nation et nos villes doivent autant de leur richesse à leur rôle dans le trafic d’esclaves. Et alors que cela est reflété dans notre espace public, la contribution de tant de nos communautés à la vie de la capitale a été volontairement ignorée. » Plus récemment encore, au mois de juin, M. Khan donnait de nouvelles directives inclusives aux fonctionnaires de la mairie de Londres, leur interdisant par exemple d’utiliser le terme « migrants illégaux » et leur demander l’usage de l’expression « personnes sans papiers ». Cette dernière affaire des affiches n’est donc pas une surprise et fait partie intégrante d’une idéologie. Mais cette fois-ci, elle n’est pas bien passée pour tout le monde.

Aubaine pour les conservateurs

Contactée le week-end dernier par les journalistes du Daily Mail, l’équipe du maire de Londres, paniquée, a fait retirer le document du site internet de Sadiq Khan et du site de la mairie, après les scandales provoqués par la première photo « non-représentative » des Londoniens. En parallèle, la porte-parole de M. Khan a affirmé que « la photo fut rajoutée par erreur par un membre de l’équipe [du maire] et ne reflète pas l’opinion du maire et de l’Autorité du Grand Londres », l’administration en charge de la gestion du Grand Londres. Elle a conclu que le contenu du document était « en révision pour assurer que le langage et les orientations étaient appropriés. » Cette tentative de sauver la face n’a pas échappé à la candidate du parti conservateur pour la mairie de Londres, Susan Hall, qui a appelé le maire à présenter des excuses publiques. Celle-ci a aussi saisi l’occasion pour se présenter comme la candidate de la vraie diversité : « Tous les Londoniens sont de vrais Londoniens, quelle que soit leur origine ethnique, et Sadiq Khan devrait s’excuser et mettre fin à ces tentatives politiques de diviser. » Mais surtout, elle démontre sans ambiguïté la prégnance de l’idéologie racialiste au sein de l’équipe travailliste du maire de Londres, dont le seul rêve semble être de dissoudre ce qui reste de l’identité britannique dans une marmite multiculturelle qui a déjà largement démontré ses limites.

Susan Hall espère bien que ce cafouillage au sein de l’équipe du maire travailliste contribuera à affaiblir ce dernier, à moins d’un an des élections municipales de Londres, fixées à mai 2024. Pour l’instant, Khan est largement en tête dans le dernier sondage de l’agence britannique Survation, avec 43% des intentions de vote, contre 31% seulement pour Susan Hall.

La Révolution racialiste: et autres virus idéologiques

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Hausses d’impôts: rumeurs, réalité ou bluff?

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La ministre de l'Energie Agnès Pannier-Runacher et le Ministre délégué chargé des Comptes publics Thomas Cazenave, 23 août 2023, Paris © J.E.E/SIPA

Alors que la croissance et l’émancipation des individus sont au cœur du logiciel macroniste depuis 2017, et que nos perspectives économiques sont peu reluisantes, la question fiscale reste politiquement extrêmement sensible. « Je vois beaucoup de rumeurs selon lesquelles on voudrait augmenter les impôts, il n’est pas question, ce n’est pas du tout la philosophie du gouvernement, d’augmenter les impôts des ménages » indique Elisabeth Borne.


Au moment où la consommation française en biens s’effondre (-10% en deux ans, pour atteindre les niveaux de… 2007), la question de la fiscalité est importante économiquement ; mais elle est aussi importante politiquement car Macron a construit son programme et son « aura » sur les dérèglementations et les baisses d’impôts, principalement pour les riches, et dans une moindre mesure pour les classes populaires avec la suppression de la taxe d’habitation et de la redevance pour la télévision.

L’équation des finances publiques est très difficile pour le gouvernement avec une France qui n’a quasiment aucune croissance de son PIB depuis fin 2019 (1% en trois ans et demi) et qui doit faire revenir le déficit budgétaire de 4,7% du PIB à 3% dès 2027, comme elle l’a promis à l’Union Européenne dans son programme de stabilité budgétaire envoyé en avril de cette année. En effet, la politique de « sérieux budgétaire » de l’Union Européenne va reprendre du galon l’année prochaine. Ces règles ont été désactivées pendant la crise du Covid et la crise énergétique liée à l’Ukraine, mais la Commission européenne a envoyé le message selon lequel le temps des cigales était terminé. La fin du coûteux « bouclier énergétique » a d’ailleurs été demandée par Bruxelles. Le gouvernement français a immédiatement communiqué sur le sujet. Concernant le PIB, la France aura beaucoup de mal à obtenir un peu de croissance avec la hausse des prix de l’énergie qui frappe de plein fouet l’économie en général et l’industrie en particulier. L’Allemagne est dans une situation pire encore. Le PIB de l’Allemagne est au même niveau que fin 2017, un évènement marquant que personne ne semble relever. À court terme, l’Europe semble être entrée dans une véritable récession, l’indice PMI de l’industrie allemande étant même au plus bas depuis 2009 !

Baisse d’impôt, baisse de subvention ou baisse des dépenses publiques ?

Pour obtenir cette réduction des déficits publics réclamée par Bruxelles tout en n’ayant aucune croissance, la France va donc devoir soit baisser les dépenses publiques, ce qui accentuera la baisse de la croissance, soit augmenter les impôts ou baisser les subventions.

A lire aussi, Jean-Luc Ginder: La situation économique énigmatiquement inquiétante de la France

Une nouvelle réforme à la baisse des allocations chômage est prévue par le gouvernement Macron pour début 2024 comme l’a signalé le ministre Olivier Dussopt en mai. Il sera difficile d’aller plus loin dans les réductions des dépenses publiques, vu les difficultés du Français moyen, la forte baisse de la consommation en biens le manifestant très concrètement.

Le gouvernement semble se diriger vers la fin du bouclier énergétique qui coûte environ 50 milliards d’euros par an. Le bouclier tarifaire sur le gaz a pris fin en juin. Depuis la même époque et sur demande de Bruxelles, le tarif règlementé est aussi un vieux souvenir. Sans ce bouclier et les tarifs règlementés, les Français auraient subi des hausses de prix très importantes sur le gaz : les cours de marché du gaz en Europe ont été multipliés par huit entre février 2022 et décembre 2022, puis ont été divisés par huit ! Cette volatilité affectant les factures de chauffage et de cuisson sera maintenant supportée par les Français et ce, « quoi qu’il leur en coûte ». Le bouclier tarifaire sur l’essence a été démantelé en début d’année. Reste le bouclier tarifaire sur l’électricité, l’aide que donne l’État aux entreprises pour que leurs factures soient plafonnées à 28 centimes d’euros le kWh, soit un tarif bien supérieur aux tarifs d’avant la crise. Ne confondons pas cette aide avec les tarifs règlementés de l’électricité qui existent encore pour les particuliers ; ceci est une décision de fixer le tarif de l’électricité, prise par l’État, et non une aide bien que la communication du gouvernement soit volontairement confuse sur ce point, histoire d’embrouiller les Français. L’État supprimera-t-il les chèques énergie réservés aux ménages les plus modestes ? Rien n’est moins sûr quand on sait que près de la moitié des personnes gagnant le SMIC ou moins (smicards, temps partiels et saisonniers…) sautent un repas par jour faute d’argent. La fin du bouclier énergétique pourrait ramener au maximum 50 milliards d’euros par an dans les caisses de l’État.

Coups de rabot

Cela devrait suffire à la Commission Européenne. Il y aura quelques coups de rabot (par exemple, sur la boîte de médicaments dont la franchise sera doublée) et quelques reports potentiels de baisses d’impôts sur la production : la Cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE) qui rapporte 9 milliards d’euros par an, « la contrepartie » de la réforme des retraites à 64 ans, pourrait être supprimée par tranches ou plus tard qu’en 2024. Mais il ne semble pas qu’il y aura des hausses d’impôts.

À relire, du même auteur: Le mystère de la baisse du chômage

Les rumeurs de hausses d’impôts sont certainement un faux drapeau agité par le gouvernement pour souligner avec force communication dans quelques mois qu’il tient bon et ne les augmente pas. Il n’y aura donc probablement pas de hausses d’impôts, mais, en contrepartie, l’énergie sera plus chère, ce qui annonce des problèmes pour l’industrie et la croissance.

Si l’État n’augmentera probablement pas les impôts, il n’en sera pas de même pour les impôts locaux. Les conséquences de la suppression de la taxe d’habitation vont se faire sentir à plein cette année : les collectivités locales privées de recettes par le gouvernement et mal compensées pour cet effort vont se rattraper avec de très fortes hausses des taxes foncières. Si la hausse moyenne de la taxe foncière est d’environ 10% nationalement, la taxe foncière augmentera carrément de 59% à Paris, 32% à Grenoble, 16% à Lyon et 11% à Bordeaux !

La situation économique énigmatiquement inquiétante de la France

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Le ministre de l'Economie Bruno Le Maire visite l'usine de Fournier, à Thones (74) © Mourad ALLILI/SIPA

L’observation des indicateurs économiques indique un ralentissement mondial de l’activité économique. On peut observer en France une envie intacte de consommer, conséquence de la robustesse du marché du travail.


Selon une simple logique économique le cocktail de taux d’intérêts élevés, de l’inflation et des revenus réels en baisse, devrait affoler les marchés financiers français et inquiéter les consommateurs. Pour illustration, l’Allemagne entre en récession et la Chine en déflation. Contre toute attente, le cours des actions est à la hausse, les bénéfices de la plupart de nos entreprises sont florissants. Portés par les hausses de prix, les bénéfices nets cumulés des entreprises du CAC 40 s’élèvent déjà à plus de 71 milliards d’euros au premier semestre 2023, soit une progression de 11% sur un an, selon un décompte provisoire de l’AFP arrêté le 28 juillet. Excepté pour les Français qui sont exclus à cause de l’affaiblissement de leur pouvoir d’achat, les dépenses se dirigent vers les vacances, les divertissements et les sorties. Ces tendances sont hors du schéma connu d’un cycle économique habituel avec reprise, prospérité, emballement et affaiblissement. Le pouvoir d’achat par habitant, ou revenu disponible brut réel par habitant, a stagné en 2022 (– 0,1 %) et connaîtrait un recul de – 0,4 % en 2023 (Source Banque de France et INSEE).

La question qui se pose est donc: la France est-elle en pleine prospérité, ou est-elle déjà en plein affaiblissement?

La faiblesse de la demande de biens et la forte consommation de services nous apportent une réponse. Certains secteurs de l’économie se dirigent définitivement vers un ralentissement. Les indicateurs de l’industrie mondiale sont en forte baisse, surtout en Europe, y compris en France. La production et les carnets de commande atteignent des niveaux qui ne s’affichent qu’en cas de récession : les mesures prises au cours de la crise sanitaire ont permis une augmentation significative de la demande de biens, mais à l’heure actuelle, la demande régresse. Parallèlement, la forte hausse des taux d’intérêts affecte les marchés immobiliers. Les taux moyens de crédits immobiliers aux particuliers se rapprochent des 3%. (Observatoire du Crédit Logement / CSA).

En même temps, le marché de l’emploi est en plein essor et l’envie de consommer ne semble pas être freinée. C’est ce qui rend la situation macroéconomique actuelle à la fois unique et énigmatiquement inquiétante.

Les perspectives moroses vont-elles conduire les entreprises à ralentir leur activité et donc à supprimer des emplois ?

Jusqu’à quand, dans un contexte de pouvoir d’achat en baisse, les consommateurs vont-ils continuer à consommer certains biens et services aux dépens d’autres ? On peut expliquer la robustesse du marché du travail et la stabilité de la consommation par les aides versées par l’État. Les dispositifs mis en place en France avaient pour objectif d’éviter un effondrement du tissu économique du pays et un chômage de masse. En outre, ceux qui ont bénéficié d’augmentations de salaire et qui n’ont pas à craindre pour leur emploi alimentent par leur dépense le secteur du loisir (voyages, événements culturels). Les chiffres américains sur les dettes des cartes de crédit montrent que ces dépenses se font aussi à crédit.

A lire aussi, Stéphane Germain: Retraites, argent magique: l’impossible sevrage

L’inflation pèse sur le moral des consommateurs qui se serrent la ceinture, et ont tendance dans l’hexagone à remplir leur bas de laine avec notamment un niveau d’épargne record sur le livret A. Les prix sont en hausse dans l’alimentaire et leur consommation est en berne, en repli de 4,1% sur un an selon l’Insee. Dans ce contexte, certains ménages – les plus fragiles – auraient davantage recours au crédit à la consommation pour continuer à consommer. En janvier, la production de ce type de crédit a progressé de 2,2% par rapport à l’année précédente, soit 3,6 milliards d’euros, selon l’Association française des sociétés financières (ASF). Cette tendance est corrélée à la situation du marché du travail qui propose beaucoup de postes vacants.

Plein emploi d’après les chiffres, alors que personne ne répond aux offres d’emplois

On va trouver une explication dans les conséquences de la crise sanitaire. Nombreuses sont les personnes qui ont pris une retraite anticipée ou qui ont réduit leur temps de travail.

Par ailleurs, l’observation de l’évolution démographique montre que les baby-boomers qui partent à la retraite laissent un vide sur le marché du travail. On assiste à un phénomène appelé par les économistes « rétention de main-d’œuvre » : malgré une conjoncture qui s’essouffle, les entreprises hésitent à licencier du personnel car, en cas de reprise, pouvoir les remplacer peut s’avérer difficile. Ainsi, dans un premier temps, le chômage reste bas, et la consommation stable. Mais cette situation ne peut être pérenne car si la reprise tarde trop, les entreprises seraient obligées de licencier ou à minima de geler les salaires.

Les bénéfices et les marges compressées

Ces coûts salariaux trop élevés (dans le sens où ils ne correspondent pas à la conjoncture) pèsent sur la rentabilité, mettant une pression sur les marges des entreprises, après qu’elles ont pu les élargir parfois massivement pendant la reprise de 2021-2022… Même les analystes américains, souvent un peu trop optimistes, s’attendent à une baisse des bénéfices de 9% par rapport à l’année passée. C’est une mauvaise nouvelle pour les bourses.

Mais pas seulement. Ce sont les consommateurs et l’économie dans son ensemble qui seront affectés par une réduction des investissements. Les licenciements seront inévitables afin de réaliser des économies. De plus, l’effet de l’explosion des taux d’intérêt se fera alors pleinement ressentir.

Les taux d’intérêts augmentent en France

En France, le schéma est identique, même si les chiffres sont un peu moins importants et que le niveau moyen des taux d’intérêts fixes sur cinq ans n’a augmenté « que » de 1 à 4 points (contre 7 points aux États-Unis). Mais si les États-Unis entrent à leur tour en récession, la France en ressentirait les effets, principalement par le biais du commerce extérieur. L’avenir dira si notre consommation intérieure restera suffisamment forte ou stable pour préserver l’ensemble de l’économie française d’une récession. Et, honnêtement, nous savons bien que non…

Réflexions économiques

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Médine, Civitas, le JDD, Télérama et Libération

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Marine Tondelier débattait avec le rappeur Médine, hier soir au Havre, malgré le tweet à connotation antisémite adressé à Rachel Kahn quelques jours plus tôt © ISA HARSIN/SIPA

Du « point de détail » à « resKHANpée », comme le temps passe…


Si j’ai bien compris : « le fascisme ne passera pas » – et il faut boycotter le JDD. Mais si j’ai bien compris aussi : pour l’antisémitisme, il faut voir, en « discuter » comme dit Marine Tondelier, de EELV. Elle va donc en discuter avec son invité à l’Université d’été : Médine – le rappeur drôle, auteur entre autres de jeux de mots en hommage à Jean-Marie Le Pen (« Durafour crématoire ») : comme « ResKHANpée » (à propos de Rachel Khan, l’essayiste). C’est vrai que cela justifie qu’on en discute, chère Marine Tondelier. 

Un peu comme on a discuté du « point de détail » de Jean-Marie Le Pen à l’époque. Ah ? On n’avait pas discuté du « point de détail » ? On avait immédiatement été outré – et Jean-Marie Le Pen, hué ? 

Les temps changent. « ResKHANpée », on va en « discuter ». Marine Tondelier a promis. Sur la quenelle aussi (hommage-allégeance à Dieudonné), faite par Médine ? Sur la première partie assurée par Médine, lors du meeting d’un suprémaciste noir, homophobe et antisémite, aussi, on va « discuter » ? 

En tout cas, on n’en discutera pas seulement chez EELV. À peine la polémique née, à propos de l’antisémitisme du tweet de Médine, le parti de « l’obsédé du Crif » l’invite à ses universités d’été : il a gagné ses galons, Médine. La bonne blague antisémite suffit à le faire inviter chez LFI. Et L’Humanité d’embrayer (précision : pour éviter que L’Huma ne disparaisse, j’ai fait partie des – modestes – donateurs de L’Huma, des « Amis de l’Humanité », pour que le pluralisme vive, tout simplement). L’Huma, donc, embraie – et Médine est invité à la Fête de l’Humanité. Si Jean-Marie Le Pen avait su… : il suffisait d’attendre.


Avouez que le déroulé des évènements fait un peu peur. D’ailleurs Clémence Guetté, députée LFI et co-présidente du « think tank » de son parti (Institut La Boétie), parle de « panique morale », à propos de ceux qui sont stupéfaits par la bénédiction donnée au tweet antisémite par son parti (puisque l’invitation est maintenue, et n’a fait l’objet d’aucun désaveu dans ledit parti). 

Dans « panique morale », il y a « morale », qui semble en effet, pour de basses raisons de « popol » électorale, avoir déserté les rangs de LFI. Quant à la « panique », nous n’en sommes vraiment plus là. 

C’est simplement, épidermique, une indignation banale contre un tweet honteux : « resKHANpée », franchement… Vous trouvez ça drôle ? C’est à Camus que je pense aujourd’hui : « Il n’y a pas de hasard à choisir ce qui vous déshonore » (Carnets). Il y aussi : « Il est ahurissant de voir la facilité avec laquelle s’écroule la dignité de certains êtres. » Et puis ceci encore : « Il y a toujours une philosophie pour le manque de courage. » 

Oui, Marine Tondelier, oui Clémence Guetté : au nom de certaines valeurs – que vous ne partagez sans doute pas, votre conduite et vos mots l’attestent aujourd’hui –, on peut dire « NON ». Si on dit « oui » à Médine : soit on est antisémite, soit on n’a aucun courage. Dans les deux cas, on se salit.

Mais ce n’est pas tout, hélas. Après 15 jours de vacances, Télérama sort ce mercredi 16 août – bien après le début de la polémique Médine. Titre de l’édito : Haine ouverte, avec une photo d’une manifestation où est brandie une pancarte : « L’antisémitisme est un délit Pas une opinion. » Je me dis : « Tiens, Médine, Télérama prend position… » Ben, non : dans Télérama, l’antisémitisme-à-abattre est bien sûr à « l’extrême-droite », du côté des « catholiques intégristes » (sic) – l’officine Civitas, qui concerne trois pelés. 

Pas un mot dans l’édito-qui-dénonce-l’antisémitisme sur le tweet antisémite de Médine : l’antisémitisme d’une « certaine gauche » est invisible pour la gauche Télérama – cela n’existe pas. Télérama l’a effacé, cancelé – pour recycler le vieux réflexe, la pavlovienne association « extrême droite – antisémitisme ». Le problème aujourd’hui, c’est que l’antisémitisme est plutôt résiduel à l’extrême droite – trois pelés de Civitas – et de plus en plus présent à gauche et à l’extrême-gauche (vieille tradition dont le capitaine Dreyfus se souvient sans doute). 

Bref, bonne blague de Télérama, qui se donne bonne conscience en condamnant Civitas, et en taisant l’invité de LFI, de EELV et de la Fête de l’Huma, auteur d’un tweet digne du Jean-Marie Le Pen de la grande époque. Télérama n’est pas « péguyste » : « Voir ce qu’on voit, dire ce qu’on voit » – très peu pour eux.

On continue la chronique ? Toujours la même semaine : lundi 21 août, dans Libération, deux pages avec Manuel Bompard, le numéro un du « parti de l’obsédé du CRIF » : de la popol dans la grande tradition de la Pravda. Stupéfiant : pas un mot sur Médine, l’antisémitisme à gauche, la crise à EELV (qui fait partie de la Nupes) provoquée par Médine, invité par LFI aussi, etc. Non : la Nupes et son unité, les élections européennes, Olivier Faure, etc. 

D’accord, c’est la rentrée et il faut en parler – mais éviter ainsi le dossier qui pollue toute la rentrée politique de cette « gauche » qui ne connaît pas la « (panique) morale » ? Chapeau. 

Et – j’allais oublier – dans le même Libé, que je lis tous les jours (comme Le Figaro et Le Monde) : UNE PAGE sur le fameux mouvement des trois pelés « catholiques intégristes » (sic), Civitas, pour dénoncer l’antisémitisme de Civitas (trois pelés) : « Quand l’extrême-droite ment sur la France d’avant 1789 », par Peter Sahlins, professeur honoraire à Berkeley.  

Question : et « quand l’extrême-gauche ment sur la France de 2023 ? », ça donne quoi ? Ça donne Libé de ce lundi, avec l’entretien lunaire de Bompard et cette page sur Civitas.

Je résume : Civitas : trois pelés. Le parti de « l’obsédé du CRIF » : 22 millions de voix aux présidentielles. Mais c’est l’antisémitisme des trois pelés qui est un problème – donc une page dans Libé. A propos de celui de Médine – adoubé par EELV, LFI, L’Huma : zéro question à Bompard. 

Dans le même numéro de Libé, il y a, comme chaque lundi, la chronique de l’inénarrable radoteur en chef Daniel Schneidermann, qui – donc – dit toujours la même chose (Bolloré-Hanouna-Sarkozy-Médiapart-CNews, etc. : 15 mots de vocabulaire), idéologue en chef sentencieux, donneur de leçons que l’on ne lit plus qu’en souriant… et en pleurant : « la vieillesse est un naufrage » – intellectuel. 

Conclusion ? Ce lundi, en lisant ainsi Libé (comme j’avais lu l’édito de Télérama mercredi dernier), j’ai – vraiment – eu l’impression désolante que Libé devenait la Pravda, et que « Bompard, son cynisme, son inculture crasse » avait mis des conditions (ne pas évoquer Médine et l’antisémitisme) à son entretien avec Lucie Alexandre et Sacha Nelken. Je cite les noms de ces deux « journalistes », parce-que leur entretien est une honte et un déshonneur (« jugement » moral – pas « panique », donc). C’est grave pour Libé, qui tait l’antisémitisme supposé du parti (lorsqu’ « il » (Libé) discute avec Bompard) et prend ses lecteurs et lectrices vigilants pour des abrutis. 

La bonne nouvelle ? On a retrouvé le tagueur antisémite de Levallois-Perret. La mauvaise ? Il a été relâché. Faute d’« éléments suffisants », il a été « laissé libre avec poursuites en préliminaire pour infirmer ou confirmer son implication. » La vie continue. L’antisémitisme est une idée neuve – surtout à gauche.

Nos prévisions météorologiques: sale temps pour la gauche!

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L'écologiste Marine Tondelier et le socialiste Olivier Faure, Paris, 2 mars 2023 © ISA HARSIN/SIPA

La gauche française a délaissé le peuple français, pour faire le trottoir dans les banlieues islamisées. Une bien triste trajectoire. Le billet d’humeur de Benoît Rayski.


La gauche fut belle du temps qu’elle était jeune, vu le beau visage de Jaurès assassiné en 1914. Puis il y eut celui d’un homme cultivé et intelligent : Léon Blum. Et plus tard, l’espace de quelques années, celui de Mendès France, un homme honnête et courageux.

Puis, Mitterrand vint, un politicien habile et sans scrupule. De Gaulle, qui le connaissait bien, le surnommait « arsouille ». Mitterrand était fondamentalement et déontologiquement un homme de droite qui réussit à faire croire qu’il était de gauche. Avec lui, la gauche commença à mourir. Elle aurait mieux fait de mourir du temps qu’elle était jeune et belle. 

De tradition et par devoir, la gauche devait s’occuper des gens de peu, des gens pauvres. Elle a oublié, préférant s’adonner à des combats sociétaux : PMA, GPA, mariage pour tous. Le peuple ne s’y intéresse pas. Ce n’est pas un hasard si le RN est le premier parti ouvrier de France…

Débarrassée du peuple, la gauche s’invente un autre peuple : les immigrés. Ces derniers furent considérés comme l’horizon lumineux et indépassable de l’humanité. L’immigré était le nouveau peuple, et le peuple, délaissé par la gauche, alla voir ailleurs.

La gauche allait donc faire le trottoir dans les banlieues. Draguant les « jeunes », fermant les yeux sur les crimes, les délits, le trafic de drogue. Elle est prise de passion pour la racaille. Et elle fit les yeux doux à l’islam. Mahomet plutôt que Marx ! 

Que reste-t-il du PS ? Un parti croupissant, qui vit sous la houlette de Mélenchon. Oublions le peuple. Il en est de même, dans toute l’Europe, ou le glas sonne pour la gauche. En Espagne, ce sont la droite et l’extrême droite qui vont gouverner ensemble. En Hollande, même alliage, même alliance. C’est ainsi dans le reste de l’Europe. En Allemagne, le chancelier a mis au banc des accusés l’espace Schengen : Il faut, dit-il, rétablir les frontières entre les États européens.

Restent toutefois les pays scandinaves, où les socio-démocrates sont au pouvoir mais s’agissant de l’immigration, ils font une politique d’extrême droite. 

En Europe, le vent souffle à droite toute. Ce n’est pas le cas en France, où les Républicains rechignent encore à s’allier aux lepénistes. Quant à la gauche française, elle est responsable de sa mort. Pour elle, l’avenir est sans espoir. Nous n’irons pas à ses obsèques. 

Perrault, Andersen, Disney et la mimésis

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Blanche Neige et les Sept Nains (1937) © MARY EVANS/SIPA.

La Petite Sirène est noire, Blanche-Neige est désormais bronzée. Les producteurs et dirigeants de Disney sont-ils dingues? Visent-ils des segments spécifiques du marché? Ou peut-être sont-ils malencontreusement tombés dans la marmite woke: c’est l’avis circonstancié de notre rédacteur.


« Elle avait la peau douce et diaphane comme une feuille de rose, les yeux bleus comme un lac profond » … Ainsi Andersen décrit-il sa petite sirène. « Oh ! Si je pouvais avoir un enfant aussi blanc que la neige, aussi vermeil que le sang et aussi noir de cheveux que l’ébène de cette fenêtre ! » Bientôt après, elle eut une petite fille qui était « blanche comme la neige, vermeille comme le sang et noire de cheveux comme le bois d’ébène, et Blanche-Neige fut son nom à cause de cela », précisent les frères Grimm.

Nous avons été bercés par ces contes, soit parce que nous avions des parents aimants qui nous les racontaient pour nous aider à glisser au sommeil, soit parce que nous avons vu les dessins animés de Disney, sortis en 1937 pour Blanche-Neige et en 1989 pour La Petite Sirène. Il y en a pour les petits garçons comme pour les petites filles, qui s’identifient sans peine à la jeune fille malheureuse (quel enfant n’est pas malheureux, au moins par épisodes ?) ou au prince salvateur. Quelle que soit la couleur de leur peau ou la forme de leurs yeux.

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Quelle mouche a donc piqué la direction de Disney pour avoir opté pour une sirène désormais noire, et pour une Blanche-Neige latina ? S’agissait-il de draguer tel ou tel segment de spectateurs américains, pensant que les petites Blacks s’identifieraient à Halle Bailey ou à Rachel Zegler ? Spielberg en 2021 avait fait appel à cette dernière pour jouer Maria dans son remake de West Side Story, et la jeune actrice s’en était bien sortie. Mais Blanche-Neige ?


Qui est raciste ?

Il s’agit en fait d’une assignation à résidence. Tu es noire, ou latina, tu auras une héroïne qui te ressemble. Plus question de sortir de toi-même. Ne demandez pas qui est raciste…

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Le plus beau, c’est que ces certitudes aberrantes vont à l’encontre des impératifs économiques. Les enjeux financiers de ces productions à très gros budget sont tellement colossaux que les faux pas sont en principe interdits. La Petite Sirène a dévoré un budget initial de 265 millions de dollars, et en a rapporté 567 millions : vu les frais additionnels de promotion, c’est tout juste un succès. Et Blanche-Neige suscite déjà de telles polémiques qu’il est douteux que le film, qui aura coûté 100 millions de dollars et sort l’année prochaine, permette à la firme aux grandes oreilles, dont la valeur a été quasiment divisée par deux ces dernières années, de distribuer à nouveau des dividendes (ce qu’elle ne fait plus en ce moment), malgré ses coupes sévères dans son personnel. Quel a donc été le calcul des capitalistes de la firme de Burbank ? Ce qui faisait la force du dessin animé, c’était son caractère universel — et le succès (418 millions de dollars de rentrées, pour 1,5 million de budget pour le film de 1937) a confirmé cette universalité. Et il faut bien comprendre ce que signifie ce mot, « universel ». Il implique que les petites filles / petits garçon du monde entier, aux cheveux crêpus, aux yeux bridés, à la peau de lait, parlant toutes les langues, se sont identifiés à cette héroïne au teint de neige et aux cheveux noirs (une exception dans la longue lignée des héroïnes nord-américaines de Disney).

Identifiés, patates. Pas assimilés

La mimésis, explique Aristote, repose sur une identification en profondeur. Œdipe, le héros de Sophocle, est un modèle parce qu’il peut prendre n’importe quelle apparence — sinon, le rôle serait mort après la disparition du premier acteur à l’avoir porté à la scène. Blanche-Neige est la gamine (ou le gamin) rejeté par un père remarié (même problématique dans Cendrillon, au passage). Si même on va creuser plus loin, du côté de la psychanalyse des contes de fées, on comprend bien que le mécanisme de la mimésis ne tient pas à une apparence externe, mais à un fonctionnement inconscient.

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Les grands argentiers de Disney, que l’on croyait tributaires exclusifs du cash-flow, sont en fait tombés aux mains de l’idéologie woke. Et comme toute idéologie, celle-ci n’entretient avec le réel que des liens fort douteux.

C’est même ce qui la caractérise. Le wokisme est la résurrection du puritanisme des Pères fondateurs de l’Amérique. Il a trouvé dans sa lecture aberrante de la French Theory les outils nécessaires à sa lecture et à sa réécriture du monde. Le mâle est le mal, le Prince ne sauvera pas Blanche-Neige, ce serait se placer sous l’autorité haïssable (par définition) d’un gars équipé d’une grande épée… Et les nains ne seront plus des nains, mais des créatures magiques : surtout, ne pas déplaire aux défenseurs des Personnes de Petite Taille. En fait, les précautions multiples qu’implique le respect de la pensée woke vident forcément les histoires de tout ce qui en faisait l’ambiguïté, c’est-à-dire l’efficacité. Lisez vraiment La Petite Sirène d’Andersen : c’est un conte d’une cruauté absolue, avec mutilations diverses à la clef, et une fin atroce.

Après avoir vu les premières images du remake de Blanche Neige, le fils du réalisateur du film original de 1937 a accusé les studios Disney de détruire la création de son père. « Mon père et Disney se retourneraient dans leur tombe s’ils voyaient ce remake « woke » » a-t-il déploré.

L’antécédent du Bossu de Notre-Dame

Walt Disney nous avait fait le coup avec Le Bossu de Notre-Dame, si vaguement inspiré de Notre-Dame-de-Paris que le nom de Hugo n’était pas même au générique. J’ai souvenir d’avoir lu en classe le passage décisif, qui raconte l’exécution d’Esméralda, devant des hypokhâgneux terrifiés, qui croyaient encore qu’à la fin, la belle Bohémienne se mariait avec cette crapule de Phébus. Là déjà Disney n’avait pas voulu comprendre que les fins dramatiques ancrent l’histoire dans l’inconscient des gamins, qui en tireront la morale qu’ils veulent. Le Happy end américain désactive le mécanisme même de la mimésis, qui s’appuie (eh oui, Aristote en savait plus que Michael Eisner ou Robert Iger) sur le couple fatal qu’elle forme avec la catharsis. Et sans violence, pas de catharsis.

Mais ce sont là des concepts culturels assez loin des préoccupations (et des capacités) des partisans du wokisme. Tout ce qui s’appuie sur une histoire, sur une armature culturelle, est systématiquement nié par nos petits marquis de la pensée immédiate et du ressenti considéré comme mode absolu de savoir. Ce n’est plus seulement Blanche-Neige, mais le monde occidental tout entier que l’on enferme dans un cercueil de verre — sans prince charmant pour le délivrer.

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Paris ne sait plus quoi faire de ses migrants

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Depuis près de trois semaines, une cinquantaine de migrants, majoritairement des femmes et des enfants arrivés d’Afrique par la Méditerranée, dormaient sur le parvis de l’Hôtel de ville. C’est finalement pas moins de 226 personnes qui ont été évacuées, mardi 22 août, a annoncé la préfecture de police. « Il aura fallu trois longues semaines de manifestations, l’épuisement des personnes et l’appui des médias pour qu’elles obtiennent ce qui est inscrit dans la loi, un hébergement pour tous.tes » dénonce l’association Utopia 56, qui donne en permanence l’impression de manipuler la misère.


Un campement complètement indigne en plein Paris! Difficile de faire plus central : sous les fenêtres de l’Hôtel de Ville ! On a dénombré jusqu’à 250 clandestins certains soirs, sous les fenêtres du bureau d’Anne Hidalgo. Des femmes, des enfants mais aussi des hommes. Tous originaires d’Afrique : Mali, Sénégal, Mauritanie, Tunisie, Guinée, Côte d’Ivoire, Algérie… Pas franchement des pays en guerre, donc, mais ces immigrés, comme des milliers d’autres, fuient la misère ou des conditions de vie difficiles.

Que faisaient-ils depuis trois semaines ? Rien ou pas grand-chose : ils restaient là assis ou allongés sur des cartons dans des conditions sanitaires qui sont, vous l’imaginez bien, déplorables, surtout par cette chaleur. Tous attendent une chose : un logement. Et ils le disent, ils attendent que la Ville, la Région ou l’État leur donne un toit sous lequel habiter.

Pas une première

Ce n’est pas la première fois qu’une telle occupation se passe à l’Hôtel de ville. En juin 2021, 560 migrants s’étaient installés dans des tentes sur le parvis, déjà. Une telle opération avait été rendue possible grâce aux activistes de l’association pro-migrants Utopia 56. Puis, en octobre dernier, le collectif « La Chapelle Debout », qui milite pour l’accueil des étrangers et leur accès au logement (La Chapelle, c’est le nom de ce quartier au nord de Paris), avait carrément organisé une invasion de l’Hôtel de Ville.


On se souvient des images de ces dizaines de migrants qui sautaient par-dessus des barrières, avant de les ouvrir, et d’entrer dans le bâtiment. Face à des agents de sécurité d’une passivité assez déconcertante pour ne pas dire complice.

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Utopia 56, c’est un nom qu’on évoque fréquemment. Cette association sait faire parler d’elle à travers des actions coup de poing et parfaitement médiatisées. En juin, elle avait occupé la place du Palais Royal avec 450 migrants qui avaient déployé leurs tentes. Tous étaient présentés comme des mineurs non accompagnés, mais peu d’entre eux se sont pliés aux tests osseux pour le vérifier. Et c’est toujours grâce à Utopia 56 que des centaines d’autres migrants (il y en a eu jusqu’à plus de 600 !) occupent depuis des mois une école désaffectée rue Erlanger, dans le XVIe arrondissement de la capitale. Ces méthodes, à la limite de la légalité, quand elles ne sont pas carrément hors la loi, sont des méthodes répugnantes, car ces associations instrumentalisent la misère humaine au prétexte de lui venir en aide. Et cela fait finalement la fortune des passeurs, et à ce qui s’apparente à de la traite humaine.

On n’était pas au courant que c’était compliqué

La conséquence des actions de ces associations, c’est l’envoi aux candidats au départ du message suivant : vous serez bien accueillis lorsque vous arriverez en France. Or, le fond du problème est bien là : nous n’avons pas les moyens financiers et matériels pour accueillir tout le monde et surtout dignement. Une femme qui campait place de l’Hôtel de Ville a été interviewée par le Figaro. Que dit-elle ? « On n’était pas au courant que c’était compliqué. On a vu la réalité. » Malheureusement, ces pauvres gens voient « la réalité » une fois qu’ils sont sur nos trottoirs. À nous ensuite de nous débrouiller pour les loger et les soigner.

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Parallèlement à ce drame humain, il y a évidemment les conséquences désastreuses sur l’image de Paris. À un an des JO, ce nouvel épisode du chaos migratoire français fait désordre… Ajoutez à cela des sans-abris par milliers, des détritus partout qui attirent les rats, des embouteillages en plein mois d’août, le nombre de vols à l’arrachée qui explosent, c’est une jolie carte postale. Plus sérieusement, c’est triste et lamentable. Les étrangers qui sont à Paris cet été sont atterrés, ils n’en reviennent pas de tant de saleté et d’insécurité dans les quartiers touristiques. L’insécurité sur le Champ de Mars, en bas de la Tour Eiffel, est telle, que la droite municipale a réclamé la fermeture du parc la nuit, suite à un viol commis par cinq hommes sur une jeune femme le 26 juillet.

Alors, je ne sais pas si Mme Hidalgo est rentrée de vacances mais place nette aura donc été faite lorsqu’elle reviendra au bureau. Ça lui permettra de continuer à vivre dans son monde magique et de « réenchanter » Paris en vue des JO. Pour ce qui est de ces milliers de migrants, on sait également que les autorités les envoient en province. On ne fait donc que déplacer le problème. Et on n’est pas près de le résoudre puisqu’Emmanuel Macron a réaffirmé cette politique migratoire pour les années à venir.

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