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Retour au summer of love

Récit passionné de la vie d'Alan Wilson, confondateur du groupe Canned Heat.


Retour au summer of love
Alan Wilson. D.R Capture d'écran Twitter @50YearsAgoLive

Alan Wilson, l’âme de Canned Heat, de Gilles Cornec, est un roman biographique intelligent consacré à la vie trop courte d’un chouette chanteur de blues lunaire.


Auteur de deux essais pertinents, L’Affaire Claudel (1993), Gilles ou le Spectateur français  (1999), et d’un récit passionnant, Le Miroir du Tour (2003), mêlant son amour profond pour le cyclisme et le Tour de France à des souffrances humaines personnelles, Gilles Cornec nous conte avec ce nouvel ouvrage l’histoire d’Alan Wilson et de Canned Heat, un groupe de rock célèbre, de la fin des sixties et du début des seventies, au même titre que les Doors, Jefferson Airplane, Grateful Dead ou Quicksilver Messenger Service. Mais ce qui caractérise vraiment ce groupe considéré à juste titre comme l’un des meilleurs du monde par l’auteur Philippe Paringaux, le plus grand critique et écrivain de rock français, ce sont les racines de sa musique: le blues du Delta et le boogie.

Le Delta blues, l’un des tout premiers styles de musique blues, tient son nom de la région en forme de delta située au nord-ouest de l’État du Mississippi entre le fleuve Mississippi et la rivière Yazoo et les villes de Vicksburg et Memphis, et s’étendant sur 300 kilomètres[1]. La guitare, le plus souvent jouée avec l’aide d’un bottleneck, et l’harmonica sont les instruments les plus utilisés, tandis que les voix peuvent être à la fois très mélancoliques et fiévreuses.

Récit passionné et documenté de la vie d’Alan Wilson et du groupe Canned Heat, ce livre nous plonge dans la langueur et la fièvre, la joie et les délires, l’incandescence et le goût amer de la cendre dans la bouche de cette époque hippie où la musique, la frénésie sexuelle, la paix, l’amour de la nature mais aussi les ravages des drogues et de l’alcool ont fait vibrer toute une génération de jeunes Américains et Européens.

Nous suivons les pérégrinations d’Alan Wilson (surnommé Blind Owl) – guitariste, harmoniciste et chanteur du groupe, qui possédait un sens et une ferveur innés pour le blues – et de ses compères: Bob Hite (The Bear) leur deuxième et fameux chanteur, immense plantigrade dansant, Henry Vestine (The Sunflower), l’excellent lead guitariste survitaminé et illuminé, Larry Taylor (The Mole), le plus grand bassiste du rock et Adolfo (Fito) de la Parra, le batteur aux rythmes secs et endiablés.

Mais le récit se focalise surtout sur la chouette aveugle, le lunaire Alan Wilson, cofondateur (avec Bob Hite) et véritable âme du groupe ; amoureux fou de la nature, des oiseaux, des nuages, des arbres – il vénère les gigantesques séquoias – ; passionné et connaisseur pointilleux du blues noir américain du delta (Sun House, Skip James, Robert Johnson, John Lee Hoocker, Mississippi John Hurt, Muddy Waters…) mais aussi amateur de musique atonale et contemporaine ; lecteur fervent de Walden où la vie dans les bois de Henry David Thoreau, des Rêveries du promeneur solitaire de Rousseau, de Jean de La Fontaine – savoureux passage où Wilson lit la fable, « L’Ours et l’Amateur des jardins »  – ; capable de donner des explications pointues sur les plantes, la météo, la forme des nuages, les arbres ou de tenir des discours tactiques sur le football américain dont il se fiche éperdument. Il est le compositeur des deux plus grands succès du groupe: « On The Road Again » et « Going Up The Country », hymnes de l’ère hippie connus de tous les amateurs de rock. On y croise les bluesmen Sun House, Skip James et John Lee Hooker, John Fahey, l’excentrique guitariste classique et de folk contemporain, Patricia Krenwinkel, Susan Atkins et Charles Manson les assassins de Sharon Tate et de ses amis, les flower people joyeux et délurés se rendant à Woodstock…

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Ce récit, assurément, est une œuvre littéraire puissante, écrite dans une superbe langue française riche et intelligente, structurée par une mise en scène formelle très inventive, cadencée par les mesures du blues et les riffs du rock. Jamais, un roman français n’avait aussi bien décrit la force de la musique blues rock, la beauté, la douceur, mais aussi la folie, la joie et la tristesse de ces années d’amour et de paix. Un parfum d’humus des forêts, les chansons mélancoliques du blues du delta, les tensions électriques du blues psychédélique, un vent d’amours et de folles libertés et un spleen d’espérances vives, mais déçues, nous accompagnent pendant la lecture de ce juste et enthousiasmant ouvrage. Lisez cette belle déclaration d’amour à Alan Wilson, laissez-vous porter par ce roman solaire, le plaisir de conter de l’auteur, c’est du grand art!


[1] Le terme « delta » induit souvent une confusion avec la région du delta du fleuve Mississippi en Louisiane. Cette région plate et fertile de population à forte majorité noire est dominée par la culture du coton. Elle est le véritable berceau du blues. La plupart des pionniers du blues y sont nés.

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est directeur de cinéma.

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