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Un nouveau tome du Journal d’Imre Kertész, rescapé d’Auschwitz

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Imre Kertész, prix Nobel de littérature 2002, est un très illustre écrivain européen d’origine juive. Né à Budapest en 1929, mort en 2016, il a connu Auschwitz en 1944. De cette expérience fondatrice, il fera le cœur de son œuvre, en majorité des romans, mais aussi des Journaux intimes conçus selon un mode particulier.


Nous avions lu Journal de galère (2010), puis Sauvegarde (2012), et enfin L’Ultime auberge (2015). Voilà qu’est paru récemment, chez Actes Sud, Le Spectateur, un recueil de courts fragments sur la période 1991-2001. Pour Kertész, un Journal est un texte élaboré à partir de notes et de réflexions intimes, qu’il retravaille comme s’il s’agissait d’un essai. C’est pourquoi la préface du Spectateur parle d’un « texte hybride », qui pourra étonner un lecteur plus habitué au Journal de Gide ou de Paul Léautaud.

Auschwitz et l’Europe

L’expérience limite d’Auschwitz obsède Kertész. Il lui avait consacré deux livres, dont le très célèbre Être sans destin. Dans son Journal, il revient fréquemment sur le sens qu’on peut attribuer à ce dérèglement fondamental de l’histoire. Auschwitz fait naître en lui une conception radicalement pessimiste de l’homme. Selon Kertész, ce désastre d’Auschwitz aura marqué définitivement la civilisation européenne, et donc la vie de ses habitants, hantés par ce cauchemar interminable. « Auschwitz, écrit-il, est le grand fiasco de toute l’Europe, l’histoire terrible de la psychologie profonde de l’Europe, le summum de cette histoire. » En somme, dans Le Spectateur, nous sommes exactement sur le même registre que dans L’Holocauste comme culture (2009), recueil de textes et de conférences de Kertész, qui vient de reparaître en édition de poche, dans l’excellente collection « Babel ».

L’ère du déclin

Kertész assiste, impuissant, à la ruine de la culture, s’en désolant à de multiples reprises. Il écrit par exemple : « Oh, où sont les anciens patriciens, la grande bourgeoisie qui cultivait par devoir ses relations avec l’esprit ? La fin du monde comme inculture infinie. » Sa Hongrie natale l’attriste et l’angoisse. La fin du joug communiste n’a rien amélioré, pour ainsi dire. Il se sent mis à l’écart dans son propre pays : « Je sais désormais que j’ai été un étranger dans le pays où je vis, dont je parle la langue… » Il évoque, à ce propos, l’antisémitisme, en Hongrie bien sûr, et aussi, plus largement, dans le reste de l’Europe, et se demande dans quelle mesure cette plaie a partie liée avec la décadence générale. Je cite le passage suivant, très significatif : « il faut savoir, dit-il, que l’antisémite est le masque de la destruction meurtrière pour laquelle je reste une cible à anéantir – non parce que je suis né juif, mais parce que je représente l’esprit de la civilisation, la culture, mot qui faisait sortir à Goebbels son revolver, comme il le clamait fièrement ».

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Une recherche de spiritualité

Pour Kertész, la spiritualité a un grand rôle à jouer. Il se définit volontiers comme un croyant sans Dieu, ce qui le rapprocherait des agnostiques et, notamment, de Wittgenstein, qu’il était alors en train de traduire. Le Juif Kertész se juge très concerné par le Christ. Il remarque quelque part : « le Christ m’a visité plusieurs fois ». Il estime évidemment que, dans l’extinction actuelle de la spiritualité en Europe, réside l’une des causes primordiales du nihilisme contemporain. Là encore, il fait intervenir Auschwitz, quand il annonce : « On peut dire que Dieu est mort ; mais on peut dire aussi que le monde de Dieu est devenu universel sous le signe d’Auschwitz. »

C’est évidemment une terrible parole, qui ne sera pas reçue avec plaisir par ceux qui s’accommodent de la société de consommation. En somme, Auschwitz continue, et très peu s’en rendent compte.

Auschwitz comme finalité

À ce propos, je voudrais faire part d’une expérience personnelle que je viens de vivre. Elle concerne cet objet artistique difficile à identifier, mais tout à fait fascinant, qu’est le nouveau film de Jonhatan Glazer, La Zone d’intérêt, sorti ce mercredi, et que je suis allé voir le soir même. Eh bien, il corrobore justement à lui tout seul cette assertion de Kertész sur Auschwitz comme aboutissement irrévocable de notre civilisation. J’ai pu en constater le bien-fondé, pendant près de deux heures. Le film suit ce schéma intellectuel, dans son parti pris – peut-être contestable – de ne pas montrer les déportés à l’intérieur du camp d’extermination, et de les laisser hors champ, renforçant par cette sorte de litote inattendue l’évidence même de cette tragédie.

Dans une intuition fulgurante (il y en a quelques-unes comme ça chez lui), Kertész écrit : « je pense que la croix et Auschwitz sont éternels ». Cette phrase, inadmissible dans le temps présent,résume sa pensée. Nous aurions avantage à nous la répéter comme un mantra, chaque fois que nous désirons pénétrer le sens ultime de cette chose qui, sur terre, ne sera jamais abolie : l’enfer.

Imre Kertész, Le Spectateur. Notes 1991-2001. Traduit du hongrois par Natalia Zaremba-Huzsvai et Charles Zaremba. Préface de Clara Royer. Éd. Actes Sud.

Le Spectateur: Notes 1991-2001

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L’Holocauste comme culture. Discours et essais traduits du hongrois par Natalia  Zaremba-Huzsvai et Charles Zaremba. Préface de Péter Nádas. Actes Sud, coll. « Babel ».

La Zone d’intérêt, film de Jonhatan Glazer, avec Sandra Hüller. En salle depuis le 31 janvier. Lire la critique de Laurent Silvestrini ici.

Le Recteur de Paris démissionne, la ministresse est toujours là: le monde à l’envers de l’Educ-Nat

À la surprise d’Oudéa-Castéra, qui venant du privé est habituée à voir les cadres avaler les couleuvres qu’on leur insère par voie rectale, le Recteur de Paris, Christophe Kerrero, n’a pas supporté sa dernière preuve d’incompétence : pour tenter de complaire aux syndicats qu’elle recevait dans le cadre du Conseil Supérieur de l’Éducation, jeudi dernier, la ministresse des farces et attrapes — dixit notre chroniqueur — a décidé de maintenir trois classes prépas menacées de fermeture à Paris, quitte à renoncer aux voies différentes imaginées par le recteur.


C’est par une lettre supérieurement bien écrite que Christophe Kerrero a pris congé des personnels de l’Académie de Paris. Plus qu’un adieu, c’est manifestement un au-revoir : Kerrero se met en réserve de la République, et prend date pour de nouvelles aventures sous des cieux plus cléments.

Il n’a pas manqué de centrer cette missive sur ce qui a été sa tâche des trois dernières années : la réduction des inégalités sociales, la promotion des bons élèves qui ne sont pas nés de la cuisse de Jupiter, et n’ont pas fréquente l’Alsacienne, « Stan », Louis-le-Grand ou Henri-IV, ces temples, privés ou publics — ça n’a aucune importance — de l’entre-soi et de la connivence de classe.

Les enseignants qui ont protesté devant des mesures aussi équilibrées que judicieuses — la réforme Affelnet, le rééquilibrage des CPGE — devraient se demander de quelle classe sociale ils sont les larbins. Et dans ce cas, qu’ils relisent Marx — ou La Boétie et son Discours de la servitude volontaire.

« La reproduction sociale, écrit le Recteur, caractérise encore beaucoup trop notre système éducatif. Paris en est un exemple, certains diront un miroir grossissant. Toute mon action aura été de vouloir inverser cette tendance, même modestement. Notre mission première est de donner l’espoir en même temps que l’éducation aux élèves les plus éloignés de la réussite.
Notre pays passe à côté de trop de talents et mon parcours personnel m’y rend particulièrement sensible. J’ai été l’un de ces élèves en échec et il s’en est fallu de peu que je ne rejoigne la cohorte des exclus si certains professeurs, dans un autre cadre, n’avaient cru à mes capacités révélées plus tardivement. Il est si facile de passer à côté d’un élève. »

C’était tout le sujet de mon dernier livre, L’Ecole à deux vitesses, et le sens de mon combat pour l’École depuis trente ans. Ce devrait être le souci de tous les enseignants, de toutes les puissances tutélaires de l’Éducation Nationale.
C’est loin d’être le cas. Une caste arrogante, nourrie dans les mêmes antichambres scolaires du pouvoir, a ré-orienté l’École dans le sens de sa reproduction, comme disait Bourdieu. Dans le genre darwinien, ce n’est même pas intelligent : à trop brimer les humbles, on fabrique les conditions d’un retour de bâton terrible. C’est pour n’avoir pas compris ce mécanisme que les amis de Marie-Antoinette ont perdu la tête, après 1789. Insérer à doses homéopathiques des petits, des obscurs, des sans grade parmi l’élite de la nation, de façon à en renouveler les cadres, est une nécessité vitale.
Évidemment, Oudéa-Castéra et ses semblables préfèrent privilégier leurs enfants, et ceux des amis de la promotion Léopold-Senghor. Comme jadis Mitterrand avait propulsé dans les sphères du pouvoir ceux de la promotion Voltaire. Quand on voit quelles brillantes intelligences sont sorties de ces deux moules, on craint le pire pour le pays.

Ce fut tout le combat de Christophe Kerrero à Paris. « A mon arrivée, chacun de mes interlocuteurs me répétait que notre académie était la plus ségréguée de France : une académie de contrastes, où les établissements les plus prestigieux côtoyaient des ghettos scolaires. On me répétait aussi que rien ne changerait, dans une Académie trop exposée. C’était une donnée, presque une fatalité. En un peu plus de trois ans, nous avons pourtant pu inverser les courbes. La réforme de l’affectation en Seconde, la modification du recrutement à Louis-Le-Grand et Henri-IV, la recomposition de la carte des formations et des lycées, afin de rebattre les cartes de la mixité sociale et scolaire, autant de combats, difficiles, souvent solitaires, mais qui ont fédéré notre Académie. Ils ont donné espoir. En démontrant l’efficacité d’une politique publique volontariste, malgré les pressions de ceux qui veulent que rien ne change. En transformant le destin de milliers d’élèves pour qui le champ des possibles s’est ouvert, concrètement, au-delà des mots et des postures convenues. »
Je ne le lui fais pas dire.


Il avait ainsi conçu le projet de monter (à Henri-IV) une section de type CPES (Cycle Pluri-Disciplinaire aux Etudes Supérieures) pour former des professeurs des écoles, loin d’universités dont ce n’est guère la vocation. Loin surtout des INSPE où les futurs enseignants sont formatés à ne rien apprendre, et à ne rien transmettre — sinon des bonnes intentions si creuses que les prédicateurs de toutes obédiences sont ravis de glisser leurs billevesées dans ces jeunes cervelles creuses : ce sera tout le sujet de mon prochain livre. La nature a horreur du vide, quand on ne comble pas les jeunes cervelles par des savoirs et des Lumières, les forces de la nuit montent à l’assaut.

Les journalistes spécialisées dans la chose scolaire, que ce soit Caroline Beyer au Figaro, Marie-Estelle Pech à Marianne ou Véronique Fèvre à BFM, considèrent toutes que cette démission est un camouflet de plus infligé à Sa Majesté Incompétente de la rue de Grenelle. Là encore, je ne leur fais pas dire…

La ministresse des farces et attrapes a pris acte — via Twitter : on ne peut faire plus méprisant — de la démission de Kerrero. Elle aurait dû en discuter avec lui : il y a quelques jours, recevant à la Sorbonne l’ensemble des recteurs, il avait, en tant que puissance invitante, prononcé un discours bien plus ministériel que les mensonges et dénégations laborieuses d’une ex-employée de Carrefour. Elle n’avait pas mal géré les Sports, mais rue de Grenelle, elle est l’illustration même du principe de Peter : elle a atteint son seuil d’incompétence. On doit leur enseigner ça, à l’ENA, non ?

Pour mieux lire Sollers, lisez Pascal Louvrier

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Dans son nouvel essai, notre collaborateur distille de précieux « conseils de lecture » pour aborder l’écrivain Philippe Sollers, disparu l’an dernier.


Le dernier essai de Pascal Louvrier (Le Passeur éditeur, 2024) annonce : « Philippe Sollers entre les lignes ! » Il est déjà assez difficile de lire les lignes tracées par  Sollers qui réclament souvent une relecture pour imaginer que l’on puisse se retrouver facilement entre elles ! Mais Pascal Louvrier tient le pari et son essai atteint le but : Philippe Sollers n’est appréciable que si l’on parvient à lire entre les lignes !

Pour obtenir ce résultat, l’auteur démarre pieds au plancher : « La voiture glisse sur le bitume de l’autoroute. Trajectoire impeccable. Les kilomètres défilent invisibles dans la nuit violée par les phares. Le compte-tours devient la trotteuse de la montre. Le pied droit enfonce, jusqu’au tapis de sol, la pédale d’accélérateur, celle pour se tuer. Les limites sont dépassées ! » On dirait le début d’un roman d’action dans lequel le héros va frôler la mort, emporté par des évènements maléfiques. Il faut que la voiture atteigne Bordeaux pour que le lecteur comprenne qu’il s’agit bien d’une biographie et non d’une « auto biographie ».  Tout simplement parce que Philippe Sollers est Bordelais d’origine.

Une course de 87 ans

Ne croyez pas que l’ouvrage va se mettre à freiner quand il arrive au but. Pas du tout. Il est vrai que pour suivre Philippe Sollers dans sa vie et dans son œuvre, il vaut mieux une Formule 1 qu’un fauteuil et une table, outils connus des biographes classiques !

Pascal Louvrier pilote parfaitement son bolide dans un style à la fois offensif dans les virages et amusé dans les lignes droites, au demeurant assez rares. Cela donne un livre vivant, bondissant et même bienveillant malgré les outrances, les provocations, les emportements, les vrais et faux reniements et les désertions imprévues de Philippe Sollers, lui-même, dont la vie et l’œuvre sont intimement mêlées aux évolutions et convulsions de la France d’après-guerre jusqu’au 21ème siècle. La quatrième de couverture donne la clé de cette œuvre insolite et attachante : « En 1996, Pascal Louvrier écrit un essai enlevé sur Philippe Sollers. Le sulfureux écrivain joue le jeu et lui ouvre les portes de sa vie privée. Leur complicité, singulière à plus d’un titre est exceptionnelle. »

A lire aussi, Didier Desrimais: Les écrivains délateurs ne doivent pas désespérer

Quand la voiture des premières lignes atteint Bordeaux, avec Pascal Louvrier au volant, l’écrivain Sollers embarque aussitôt et le bolide ne s’arrêtera qu’en 2023, dans le cimetière de l’île de Ré, où se trouve la tombe de Philippe Joyaux, devenu Sollers pour les lettres. Soit 87 ans d’un  parcours mouvementé que Pascal Louvrier reconstitue tantôt en spectateur tantôt en copilote.

Fouetter la syntaxe

Les deux hommes ne seront pas toujours en voiture, rassurez-vous, ils prendront le train, ils prendront des vacances, ils feront des voyages à l’étranger. Ils publieront des romans, des nouvelles, des revues. Ils prendront position politiquement, littérairement, philosophiquement, socialement, sexuellement. Mais enfin il s’agit de la bio de Philippe Sollers ou des souvenirs de Pascal Louvrier ? Mon Dieu, il s’agit bien des deux. Seulement, c’est écrit avec tellement d’adresse, que les écrits de Sollers en sont éclairés mieux même décryptés non par le raisonnement mais simplement par la réalité vécue. Un exemple : 

« Je grimpe dans ce train qui va traverser 1966. Période qui sent la moisissure. Les règlements de comptes de la deuxième guerre mondiale continuent. Des cadavres dans tous les placards. Les Français viennent d’élire De Gaulle mais la gauche a une nouvelle figure emblématique François Mitterrand.  La majorité du comité de rédaction de « TEL QUEL» est d’accord sur un point : il est nécessaire de politiser la revue. Mais des personnalités proposent une ouverture en direction du PCF tandis que d’autres souhaitent un ralliement immédiat au maoïsme. »

A lire aussi, Pascal Louvrier: Désir à l’œuvre

Bon c’était des débats d’époque, où est notre sujet ? Il n’est pas loin : la revue TEL QUEL a été fondée par Philippe Sollers. Et celui-ci penche pour Mao. Du coup, les communistes vont le critiquer vertement. Sauf que Pascal Louvrier qui est dans le train de cette époque nous explique la position « maoïste » de Sollers par le fait que l’apprentissage du chinois lui permet de poursuivre son ambitieux projet : créer un langage nouveau qui favoriserait la rapidité de compréhension tout en multipliant les sens connotés. 

Et pour être plus clair, cette profession de foi littéraire : « fouetter la syntaxe, la malaxer, la pincer, la pétrir. Et puis pratiquer l’uppercut verbal. Le mot doit cogner, la formule claquer comme le drapeau au vent. Et puis, dégraissage du style, dégraissage du style. De l’ellipse, du nerf, du raccourci, du rythme, de la vitesse, de la métaphore syncopée, directe, droit au but, neurones, viscères, palpitant, tout ça en même temps ! »

Ces mots vous l’avez compris ne sont pas de Sollers mais de Louvrier. Ils éclairent crûment ce que se proposait Sollers lorsqu’on l’accusait de « maoïsme » : un nouvel art poétique et non un nouveau régime ! « Deux précurseurs en ce domaine, nous révèle Louvrier, Rabelais et Céline ! » Entre la vitesse du parcours et la révélation de la réalité « sollersienne », Pascal Louvrier nous offre une étude inédite dans un style de bande dessinée. Il n’y a pas de temps mort. Les scènes succèdent aux scènes. Les actions aux actions. Si pour Sollers, la littérature, c’est avant tout de la musique (on est loin du PCF !), pour Louvrier une biographie c’est une cascade d’images, un film d’aventures.

Et le résultat est atteint : le livre de Pascal Louvrier se lit à toute allure et quand on le ferme, on se dit : « Voyons donc ces lignes de Sollers, elles ont l’air bien croustillantes. »

Car, Philippe Sollers a fondé une revue certes en compagnie de Jean-Edern Hallier, au début (tiens, tiens !), mais il a écrit des romans, dont « Femmes », particulièrement osés parfois (à lire à l’époque du féminisme enragé !), il a aimé Casanova, il a adoré Mozart, et il a vécu le plus longtemps possible à Venise, pour admirer ses peintres et ses palais, y abriter ses amours dès que les touristes, « ces asticots dans un fruit trop sucré », disparaissaient. Ce qui lui a permis de publier deux « Dictionnaires amoureux de Venise » qui perpétuent le voyage à Venise que tout un chacun se doit d’entreprendre dans sa vie.

Philippe Sollers entre les lignes

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Le Finkielkraut du pauvre

À LR, on recherche la personnalité susceptible d’imposer un nouvel élan.


Après la lecture du très beau livre d’Alain Finkielkraut, Pêcheur de perles, j’ai eu envie de faire comme lui et de commencer à remplir un cahier avec toutes les citations que, lecteur compulsif, j’aurais le désir de noter. Et d’en élire une pour ce billet. Parmi toutes celles que j’ai déjà retenues, un propos de Patrick Buisson a particulièrement attiré mon attention et donc suscité cet écrit. Même mort, Patrick Buisson est aussi honni aujourd’hui par certains qu’il a été sollicité par beaucoup de son vivant pour ses conseils politiques. Il est évident que ses fulgurances, ses intuitions, ses paradoxes stimulants et sa pensée conservatrice structurée et brillamment assumée ont été d’un grand secours intellectuel, stratégique et tactique pour des personnalités qui avaient besoin d’un éclaireur, d’un débroussailleur pour élucider le maquis du réel. Patrick Buisson a déclaré un jour : « À droite il n’y a plus que des metteurs en scène ». J’interprète immédiatement ce triste constat comme le fait que dans le passé nous avons été mieux pourvus sur le plan de la plénitude et de la qualité partisanes mais que de nos jours nous ne disposons plus que d’artisans, de réalisateurs qui mettent en lumière une représentation sans fond, sans sens parce qu’ils seraient eux-mêmes incapables d’en écrire le texte.

Patrick Buisson (1949-2023) © Hannah ASSOULINE

Mauvais films

On peut comme moi ne pas désespérer des Républicains, même s’il est éloigné de mes rêves sur ce qu’il devrait être, libre, inventif et courageux, et considérer cependant que ce prétendu moribond toujours en forme n’a en effet à sa tête que des « metteurs en scène ». Pour continuer cette métaphore, il y a des réalisateurs qui sont en même temps de formidables scénaristes, notamment aux États-Unis, même si là-bas on a moins de scrupules à confier à d’autres le soin d’inventer des histoires et d’écrire les dialogues. Il y a aussi des metteurs en scène tellement doués et créatifs que leur réalisation constitue un apport capital pour le scénariste. Elle amplifie et sublime l’élaboration de la fiction. Il y a eu des organisateurs tellement remarquables pour les campagnes et les débats publics qu’ils mettaient quasiment l’esprit et la main dans la substance des discours eux-mêmes et des programmes.

A lire aussi, du même auteur: Droite: Bellamy, tête de liste et tête de turc

Il y a malheureusement aussi des réalisateurs tellement imbus d’eux-mêmes qu’ils se croient aptes à écrire leur propre scénario et force est de constater qu’assez souvent cette posture aboutit à de mauvais films. N’est pas scénariste qui veut et les immenses metteurs en scène ne courent pas les rues ni l’univers artistique.

LR : quel casting !

Les metteurs en scène, selon le principe énoncé par Patrick Buisson pour la droite, sont assez nombreux à LR. Il n’y a pas que les trois qu’on mentionne officiellement et médiatiquement : Éric Ciotti, Bruno Retailleau et Olivier Marleix. Il y en a d’autres qui tirent les ficelles ou sont tirés eux-mêmes, c’est selon. Dans l’entre-deux, Laurent Wauquiez se montre de plus en plus, Xavier Bertrand est plus discret et Valérie Pécresse n’a pas désarmé.

Mais qui, pour l’instant, écrit l’histoire chez LR, qui invente le scénario, qui impose le style, qui prévoit la configuration de demain, qui offre de la matière aux trois metteurs en scène principaux ? Quelqu’un qui se piquait d’être un réalisateur-scénariste a trahi pour un plat de lentilles macronistes et lâché ses amis politiques de toute une vie : Nicolas Sarkozy n’est même plus dans les coulisses ! Je songe à David Lisnard qui ne paraît pas pressé, qui bénéficie du formidable avantage d’être sous-estimé et qui est en train d’écrire son propre scénario en aspirant à en faire un jour celui de la droite tout entière. Loin d’être un metteur en scène, il se construit hors de la vanité des apparences, dans une forme de sérénité à la fois ambitieuse et réfléchie. Si LR ne meurt pas, contre tous les oiseaux de mauvais augure, qui sera, en 2027 et pour la suite, son metteur en scène et à la fois son scénariste ? Cette question est centrale. Des réalisateurs, on en trouvera toujours mais des personnalités capables d’avoir des pensées pragmatiques, des ruptures opératoires, des courages productifs, du futur et de l’imagination plein leur tête, quelle denrée humaine rare ! Il n’y a aucune raison pour que la droite soit condamnée à perpétuité à faire de mauvais films, au mieux inachevés !

Pêcheur de perles

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Libres propos d'un inclassable

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Grève des enseignants: l’ire et le néant

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Les profs étaient (encore une fois) dans la rue jeudi. Au total, 20,26% d’enseignants étaient grévistes, selon les chiffres du ministère de l’Éducation. Mais qu’est-ce qu’ils voulaient, encore ?


On connaît la fameuse citation de Bossuet, citée jusqu’à la nausée, de Dieu contemplant avec le sourire nous autres mortels s’agitant, puis nous plaignant des effets de nos agitations. Comme il a dû rire hier, prélassé par-dessus ses nuages, le menton dans les paumes et la barbe frissonnante ! Car les enseignants, pour la énième fois, déambulaient dans la rue au lieu de travailler, s’indignaient de leurs propres turpitudes, et, pour une raison qui m’échappera toujours, réclamaient avec une conviction sincère des mesures qui auraient inéluctablement pour effet de dégrader plus encore leurs conditions de travail.

Que reprochaient-ils donc au gouvernement ? Faisons le tour.

D’abord, les propos de la ministre de l’Éducation nationale

L’idéologie ne doit pas aveugler le jugement ; que l’on soit de droite ou de gauche, il faut bien dire la vérité : le privé, en France, dépend aussi du ministère de l’Éducation nationale, et la ministre a parfaitement le droit d’y placer ses enfants, sans avoir à se justifier ; le seul scandale, dans cette affaire, c’est sa défense à ce point désastreuse qu’elle en devient comique ; c’est qu’elle ait même osé prendre la parole afin de répondre à la Terreur – Mediapart –, quand elle eût dû rester muette et dédaigneuse. Mais les « profs », aveuglés depuis longtemps, ne reculent devant rien et troquent sans vergogne, en dépit de la dignité de leur profession, le syllogisme pour l’aporie. Celle-ci est belle : ils dénoncent l’absentéisme ; pour raison d’absentéisme, la ministre transfère ses enfants dans un établissement privé ; ils dénoncent des propos « provocateurs et scandaleux » !

Amélie Oudéa-Castéra visite l’école publique Littré, où son fils a été scolarisé six mois avant de rejoindre le privé, 16 janvier 2024 © Thomas SAMSON / AFP

A lire aussi: Stanislas: une longue cabale médiatique

Ensuite, les effectifs et le manque de moyens

Sur les effectifs, il n’a jamais été démontré qu’une réduction du nombre d’élèves par classe améliorerait les conditions de travail des professeurs, ou même le niveau général ; au contraire : une expérimentation lancée au début des années 2000, en France (c’est la seule), a démontré que le dédoublement des effectifs n’avait aucun effet notable. Normal, en vérité : le problème est moins le nombre d’élèves que la discipline évanouie, avec la politesse et le respect ; une classe peut contenir quarante élèves aisément, s’ils sont sages et disciplinés ; et il suffit de dix sauvageons pour détériorer l’activité des professeurs, jusqu’à des limites qui ne devraient jamais être franchies – on se souvient de ces maîtres du savoir braqués au pistolet en plein cours, ou violemment poussés contre les portes devant leurs bourreaux hilares, et puis de l’affaire, plus récente, de Diane et Actéon. Un chiffre : entre 2011 et 2023, les personnels d’éducation se disant satisfaits du climat scolaire dans leur école sont passés de 73,5% à 58,5% (enquête de l’Autonome de solidarité laïque).

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Justice pour Actéon!

Sur le manque de moyens, nous nous contenterons de rappeler des chiffres trop bien connus (mais la répétition est la vertu de l’enseignement) : avec plus de soixante milliards d’euros, le budget de l’Éducation nationale est le premier budget de l’État. Alors, pourquoi tant de plaintes ? Parce que là encore, le problème est moins dans la quantité des moyens, que dans l’importance des dégradations. Ici aussi, les images ne manquent pas, et l’on égrènerait sans fin les chiffres des violences urbaines contre les établissements scolaires. Le gouvernement se félicité d’une hausse de 6,5% dans le budget de l’Éducation nationale. Je prédis que cela ne changera rien : ce sera comme avec les banlieues !

Enfin, la création des groupes de niveau

Nos pédagogues passent ici de l’aporie au sophisme. Premier énoncé : le niveau de l’école française est l’un des meilleurs au monde. Second énoncé : la création du collège unique fait chuter le niveau considérablement (c’est un euphémisme). Conclusion : il faudrait accentuer encore la mixité dans les classes ! On est loin du siècle de Voltaire, des Lumières et de la Raison.

Que les enseignants continuent donc de manifester ; ils obtiendront des augmentations dérisoires, des hausses de budget, d’autres poussières – tant que le respect, qui passe par la discipline, ne sera pas revenu au cœur de l’école, leur profession les rendra malheureux.

Le miracle de Trèbes

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Arnaud Beltrame est mort dans l’Aude, après avoir été égorgé dans le Super U de Trèbes par le musulman Radouane Lakdim, alors qu’il s’était volontairement substitué à un otage. « Il y en a marre de la lâcheté, de ce laxisme. Il est temps de se réveiller ! » a dit sa mère devant la cour d’assises spéciale de Paris, où sont actuellement jugés sept proches de l’islamiste qui a tué quatre personnes le 23 mars 2018.


En ce moment même se tient le procès des attentats de Trèbes et de Carcassonne. En ce moment même, tous, là où nous sommes, nous pouvons constater que notre société est lancée dans une course folle vers l’abîme, et que nos dirigeants appuient des deux pieds sur l’accélérateur. Alors en ce moment même, plus que jamais, souvenons-nous que le courage, le sens du devoir, la dignité sont possibles. Souvenons-nous d’un homme qui l’a prouvé. Souvenons-nous d’Arnaud Beltrame.

Six ans, déjà, depuis qu’un colonel de gendarmerie a incarné la résistance face à la violence du totalitarisme islamiste, le refus de se soumettre à sa terreur, le don de soi et la lutte pour protéger autrui de sa sauvagerie. Six ans depuis qu’Arnaud Beltrame nous a donné cette leçon, et l’islamisation se poursuit, avec la complicité de ceux qui nous gouvernent. Six ans, et après l’horreur indicible du pogrom du 7 octobre, les soutiens du Hamas défilent librement dans nos rues. Six ans, et le cri du cœur de la mère du colonel Beltrame nous dit, en creux, toutes les promesses non tenues depuis la mort de son fils.

Et pourtant…. La noblesse d’Arnaud Beltrame porte ses fruits. On pense au cheminement spirituel de celle qu’il a sauvée. On pense au courage d’Henri d’Anselme à Annecy : « Je n’avais qu’une image en tête, c’était celle du colonel Arnaud Beltrame et, en quelque sorte, c’est lui qui m’a inspiré, qui m’a poussé à agir. » Fruits peut-être moins spectaculaires que ceux du jihad et des razzias islamistes, mais ils n’en sont pas moins précieux – et, à terme, il n’est pas absurde de penser qu’ils l’emporteront. Arnaud Beltrame était soldat de France, franc-maçon et catholique, il savait mieux que personne que tout a commencé avec l’appel d’un homme seul à la radio de Londres, tout a commencé avec une humble pousse d’acacia, tout a commencé avec un corps supplicié sur une croix. Comme l’évoque le 1er Livre des Rois, le Seigneur n’était pas dans l’ouragan qui fendait les montagnes et brisait les rochers, ni dans le tremblement de terre, ni dans l’incendie, mais dans le murmure d’une brise légère.

En hommage à ce héros, et le mot n’est pas excessif, en hommage à celle qu’il aimait, en hommage à sa famille, à ses proches, à ses compagnons d’armes, à tous ceux qui lui ont permis d’être l’homme qu’il était, voici quelques extraits de mon livre, Refuser l’arbitraire, dans lesquels j’espère ne pas trahir ce que sa vie nous enseigne.

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C’est pendant la deuxième année de la quatre-vingt-dix-huitième olympiade que Platon écrivit le dialogue intitulé Gorgias. Outre le sophiste grec éponyme, il y oppose Socrate à un certain Calliclès, dont les historiens se demandent aujourd’hui s’il a vraiment existé, car nulle part ailleurs il n’est question de lui.

Réel ou fictif, Calliclès incarne l’antithèse parfaite de celui que l’oracle de Delphes avait désigné comme le plus sage des mortels. Alors que Socrate défend la recherche de la vérité et de la justice, Calliclès affirme qu’il n’y a pas de vérité en soi, mais seulement des rapports de force, que le langage n’est pas une médiation nécessaire entre l’esprit et la réalité, mais uniquement un outil au service de conventions forcément arbitraires, et que la morale ne saurait être autre chose que l’habillage rhétorique de règles sociales n’ayant en elles-mêmes aucune valeur particulière, la loi des Grecs n’étant supérieure à celles des barbares qu’aux yeux des seuls Grecs, et non dans l’absolu. Ainsi, ce personnage est à la fois la préfiguration et la synthèse de bien des maux qui nous rongent aujourd’hui. Deux mille quatre cents ans après l’écriture de ce dialogue, l’Occident se meurt de ne plus savoir enseigner à ses enfants comment distinguer la voie de Calliclès de celle de Socrate.

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La vie d’Arnaud Beltrame, vécue jusqu’au paroxysme, jusqu’à donner sa vie par amour de la vie, comme la vie de Socrate, comme celles de Léonidas, de Jeanne d’Arc, de Marc Bloch, de Yue Fei, de Nicolas de Salm, de Lei Haiqing, apporte un démenti cinglant à Calliclès. Nous ne pouvons peut-être pas le prouver, mais nous savons, par ce qu’il y a en nous-mêmes de plus authentique et de plus authentiquement vivant, que leurs vies sont la vérité de l’homme.

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Les parents de Léonidas et des 300 Spartiates qui l’ont accompagné aux Thermopyles ont-ils eu tort de leur donner l’éducation qui a fait d’eux ce qu’ils étaient ? Auraient-ils mieux fait de les encourager à ne pas se mettre en danger, à se protéger avant tout, à s’agenouiller devant les émissaires du Roi des Rois, et à livrer la Grèce à la Perse ? Sans eux, sans les rameurs athéniens anonymes de la bataille de Salamine, le berceau de l’Europe serait devenu une satrapie comme les autres, et notre civilisation n’existerait pas. Tout ce qu’elle a apporté à l’Humanité, de la démocratie à la science en passant par la philosophie, n’existerait pas.

Si les parents d’Arnaud Beltrame lui avaient enseigné la lâcheté, peut-être serait-il encore en vie. Mais à quel prix ? Bien avant de mourir, il n’aurait pas vécu ce qu’il a vécu, il n’aurait pas été celui qu’il a été. À quoi bon renoncer à l’intensité de la vie et à la dignité d’une vie pleinement vécue, pour prolonger une vie sans droiture, sans noblesse, sans grandeur ? Faut-il, pour survivre plus longtemps, renoncer à vivre ?

Dans la littérature arthurienne, la mère de Perceval a tenté d’éloigner son fils de la chevalerie, parce qu’elle craignait qu’il suive le même chemin que son père, et meure bien trop jeune, laissant derrière lui une veuve et un orphelin. Mais Perceval est parti, a revêtu une armure, connu la veillée d’armes, l’adoubement, la quête, la défaite et la victoire, la faute et la rédemption, et il a trouvé le Graal.

Arnaud Beltrame n’a pas été une victime. Il pratiquait les arts martiaux avec conviction. Il était animé par une foi intense. Il s’est battu jusqu’au dernier instant pour maîtriser le terroriste islamiste. Il a ordonné l’assaut alors même qu’il se battait, il est tombé au combat. Blessé par trois tirs — un doigt arraché, une balle dans le bras gauche et une autre dans la jambe gauche — il s’est battu près de dix minutes avant de prendre un coup de couteau dans la gorge. Le lieutenant-colonel Beltrame a choisi de risquer sa vie pour sauver celle d’une otage, parce qu’il savait qu’il avait plus de chances qu’elle de l’emporter, parce qu’il y voyait son devoir. Il s’est battu, et il l’a sauvée. Il est mort, et il est devenu immortel. Et durant quelques heures, quelques jours même, la France a découvert un héros. Elle a découvert que l’héroïsme est encore possible. Elle a senti qu’elle avait besoin de héros pour se souvenir de ce que cela signifie d’être humain. Cela nous dit quelque chose de la nature humaine, quelque chose qui dément toutes les théories de Calliclès et donne raison à Socrate.

Mais l’esprit de sacrifice ne suffit pas à définir ce qui est juste. De nombreux terroristes islamistes acceptent de donner leur vie pour ce en quoi ils croient. Peut-on pour autant les assimiler au sacrifice d’Arnaud Beltrame ? Non ! Le père Jean-Baptiste, chanoine régulier de l’abbaye de Lagrasse qui a accompagné le cheminement spirituel du lieutenant-colonel Beltrame les deux dernières années de sa vie et devait célébrer son mariage, a déclaré lors des funérailles de l’officier : « Il a risqué sa vie pour que s’arrête la mort. La croyance du djihadiste lui ordonnait de tuer. La foi chrétienne d’Arnaud l’invitait à sauver, en offrant sa vie s’il le fallait. » On se doit de respecter le courage de ses ennemis, leur esprit de sacrifice, leur intelligence. Mais cultiver ces qualités au service du mal ne saurait être mis sur le même plan que cultiver les mêmes qualités au service du bien.

Mohamed Merah, qui a exécuté des enfants dans la cour de leur école pour les offrir en sacrifices humains à Allah, et qui est mort pour le dieu qu’il s’était choisi, n’a rien à voir avec Arnaud Beltrame. « J’aime la mort comme vous, vous aimez la vie » a déclaré Merah aux négociateurs de la police, reprenant à son compte une phrase de Khalid ibn al-Walid, chef des armées musulmanes au viie siècle, surnommé par le prophète de l’islam en personne Sayf Allah al-Maslûl, le « Sabre dégainé d’Allah », et qui écrivait à ses ennemis : « Vous avez le choix entre la conversion, la soumission et la mort, car j’arrive avec des hommes qui aiment la mort comme vous vous aimez la vie. »

Arnaud Beltrame, lui, n’est pas mort en glorifiant la mort, mais en glorifiant la vie, pour glorifier la vie, par amour pour la vie qu’il a glorifiée, pour la vie qu’il a sauvée. Sa grandeur ne vient pas seulement de son sacrifice, mais de la noblesse et de l’humanité dont il a fait preuve en choisissant ce pour quoi il acceptait la possibilité de ce sacrifice.

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Le 8 juin 2023, la France découvre un drame et une espérance. Le drame, c’est l’agression d’enfants au couteau dans un parc d’Annecy par un migrant qui n’aurait jamais dû se trouver là. L’espérance, c’est Henri d’Anselme. L’inattendu et l’inespéré Henri. Âgé de 24 ans seulement, il s’est interposé et a mis sa vie en danger pour protéger des enfants qu’il ne connaissait pas. Et avec d’autres — qui eux aussi ont agi, comme il ne cesse de le rappeler —, il a probablement évité le pire. Son image, celle de « l’homme au sac à dos », a fait le tour du monde. Le 8 juin, Henri était à Annecy, au bon endroit, au bon moment, avec son cœur et son courage. Il a été un rempart entre des enfants et la mort. « Ce que je sais, c’est que je n’étais pas là par hasard sur mon chemin des cathédrales », dira-t-il.

Il refuse qu’on le considère comme un héros, qu’il me permette alors de dire qu’il est un brave, de ceux qu’évoque Pindare, ce poète qu’admirait Alexandre : « Zeus veut que les héros soient honorés, pour que la mémoire de leurs exploits inspire les actions des braves et les pensées des sages. »

Henri ajoutera : « Je n’avais qu’une image en tête, c’était celle du colonel Arnaud Beltrame et, en quelque sorte, c’est lui qui m’a inspiré, qui m’a poussé à agir. »

Il est des mystères devant lesquels on s’incline en silence.

Osons l'autorité

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Nos agriculteurs se révoltent surtout contre la chape des normes

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Alors que les barrages sont progressivement levés dans le pays suite aux annonces gouvernementales, rappelons qu’au-delà de leur vulnérabilité économique et de la concurrence étrangère déloyale, nos agriculteurs ont entamé leur mouvement pour dire stop à un empilement de réglementations qui les étouffent.


La colère qui secoue le monde agricole est une nouvelle illustration des méfaits engendrés par les multiplications de normes et de contraintes administratives. Comme à chaque fois, les catastrophes générées par ces normes sont prévues et annoncées, mais rien n’est fait pour éviter les drames avant que ceux-ci n’arrivent. L’incapacité à concevoir les conséquences des décisions politiques et à penser le rapport entre les coûts et les bénéfices finit par coûter cher, en argent et en vie humaine. Le projet européen Farm to fork qui planifie une décroissance de la production agricole doit nécessairement aboutir à des drames agricoles, comme ceux que nous connaissons aujourd’hui.

La France veut être la bonne élève à Bruxelles

Alors que l’ensemble du monde agricole est concerné, la révolte est partie du sud-ouest. Cela renvoie aux traditions historiques de la région, du Midi rouge et de la révolte du Languedoc au début du XXsiècle, mais aussi aux types de cultures présentes : des céréales et de l’élevage ainsi que de la polyculture de fruits et de légumes. Des cultures durement éprouvées par les normes imposées et gourmandes en main-d’œuvre.

L’inflation des normes est résumée par l’évolution du code rural, passé de 755 pages en 1965 à 3 068 pages aujourd’hui. Il y a des normes pour tout : taille des haies, curage des fossés, etc. La France voulant souvent aller plus loin que Bruxelles en ajoutant d’autres normes au millefeuille déjà épais. Ainsi pour la prolongation de l’interdiction du glyphosate alors qu’il est de nouveau autorisé en Europe. La France est ainsi submergée par des poulets produits en Ukraine, où les normes sont bien moindres que pour les volaillers français. C’était du reste une des raisons qui avait conduit la Pologne à refuser de livrer des armes à l’Ukraine, en protestation au déséquilibre concurrentiel de l’agriculture ukrainienne.

Le rapport au monde agricole est ambivalent. Il suscite à la fois une grande sympathie (preuve en est le succès non démenti du Salon de l’agriculture) et une grande défiance, les paysans étant accusés de polluer, de capter l’eau, de détruire l’environnement. On leur interdit la mise en place de bassines pour récupérer l’eau de pluie, on interdit l’usage de produits phytosanitaires, même quand ils n’ont pas été reconnus dangereux par les études scientifiques, on soviétise le fonctionnement agricole, transformant les paysans en kolkhoziens. Et à force de scier l’arbre, il finit par s’abattre.

A lire aussi, Thomas Ménagé: Colère des agriculteurs: la macronie récolte les graines qu’elle a semées

La révolte qui touche la France est une révolte européenne. En 2022, c’étaient les paysans hollandais. Puis, depuis plusieurs semaines, les paysans en Allemagne et en Roumanie. Désormais en France, avant que d’autres pays ne soient concernés, probablement l’Italie et l’Espagne. La compétitivité française dans l’agriculture ne cesse de s’étioler, les marges se réduisent. Il y a quelques années, on alertait, dans une indifférence quasi totale, sur les suicides répétés des agriculteurs. Rien n’y a fait. Le monde agricole est à la fois connu, parce que tout le monde a vu une vache ou traversé un champ, et inconnu, parce que beaucoup ignorent les nouveautés techniques dans les méthodes culturales, les nouveaux usages mécaniques, les enjeux mondiaux. Ce n’est pas en s’enfermant derrière de hautes murailles que l’on sauvera l’agriculture française. La Nouvelle-Zélande a réussi, dans les années 1980-1990, une transformation qui lui fait désormais donner le la en matière de prix de la viande et du lait.

La terre autrefois

Face aux machines d’aujourd’hui et aux méthodes actuelles, l’ancien monde agricole est de plus en plus inconnu. La pauvreté des campagnes françaises était réelle, jusque dans les années 1950. Faible accès à l’eau courante et à l’électricité, peu de soins, à l’écart des transformations des villes et des modes de vie, les mondes ruraux ont connu une transformation massive en moins d’une génération qui les a fait passer d’un monde à l’autre de façon rapide et souvent brutale. Dans ses nombreuses études, notamment Les Trente glorieuses, Jean Fourastié évoque le monde rural d’avant les transformations techniques du XIXsiècle.

En 1700, un paysan nourrit 1,7 personne. En 1800, il en nourrit 2,1. En 1980, il nourrit désormais 30 personnes, chacune obtenant plus de calories qu’un siècle auparavant.

Sous l’Ancien Régime, il faut 1.5 à 2 hectares pour nourrir une personne. Comme on ne dispose dans le royaume, au maximum, que de 40 millions d’hectares cultivés, le plafond démographique français est de 20 à 27 millions de personnes. Si la démographie augmente trop, on se heurte au plafond agricole, ce qui engendre des disettes. Malthus avait raison de dire qu’il fallait limiter les naissances au risque sinon de ne pas pouvoir nourrir les nouvelles bouches. Mais Malthus est un homme du passé : il n’a pas vu venir la révolution de la productivité, qui permet de nourrir plus de monde avec moins d’hectares cultivés. Jean Fourastié a ainsi calculé le temps de travail nécessaire pour moissonner un are de blé (100 m²).

1800 : 1 heure, avec une faucille.
1850 : 15 minutes, avec une faux.
1900 : 2 minutes, avec une faucheuse-lieuse.
1920 : 40 secondes, avec une faucheuse-lieuse à traction mécanique.
1945 : 35 secondes, avec une moissonneuse-batteuse.

Moins de temps de travail, ce qui permet de pratiquer d’autres activités, plus rémunératrices, ou de se reposer. Ce qui libère également des bras, qui vont pouvoir se consacrer à des activités nouvelles, tels l’industrie naissante et les emplois urbains.

La famine a été vaincue, ce qui est un immense progrès pour l’humanité.

A lire aussi, Ivan Rioufol: Face au chaos, les dérisoires artifices de Gabriel Attal

Il est désormais possible de travailler moins et d’effectuer des travaux moins pénibles. De manger plus et mieux. Les conséquences sont majeures : l’espérance de vie augmente, on vit plus vieux et en meilleure santé. Avant de rejeter les effets négatifs de l’industrialisation de l’agriculture, il est essentiel de fixer le chemin parcouru et de prendre conscience que ce que nous vivons aujourd’hui, c’est-à-dire une société d’abondance et de vie, est une chose nouvelle dans l’histoire de l’humanité.

Prophètes de la mort

Il se trouve pourtant des prophètes de la mort pour vanter la décroissance et le retour à l’agriculture d’il y a trois siècles, mythifiée et idéalisée. Le Sri Lanka en a fait la terrible expérience. Les produits phytosanitaires ont été interdits, la conversion forcée au bio a été totale. Le résultat n’a pas tardé : en quelques mois l’île a connu une famine sans précédent, contraignant de nombreux habitants à choisir entre mourir de faim ou s’enfuir.

En France, l’interdiction des néonicotinoïdes a provoqué le ravage de la production betteravière, pourtant l’un des piliers de l’agriculture française. Le refus des OGM, alors que plusieurs types permettent de réduire la consommation d’eau et de produits sanitaires, conduit à un déclassement français par rapport aux concurrents d’Amérique latine. Les agriculteurs, comme de nombreuses autres professions en France et en Europe, sont victimes de l’effacement du logos au profit du pathos. On ne réfléchit plus, on ne mesure plus les conséquences des actes, on n’accepte plus les risques et les dangers.

L’économie est la science des choix : elle étudie les choix possibles et les conséquences des choix effectués, des choix qui peuvent être libres ou contraints. Le choix suppose le goût du risque et de l’aventure, la projection vers un avenir qui n’existe pas, mais que l’on s’efforce de bâtir. Le passé est rassurant parce qu’on croit le connaître : on n’en garde souvent que les bons côtés, les détresses et les drames étant oubliés. Ce que vivent les agriculteurs, c’est aussi ce que vivent les milliers de chefs d’entreprise, les professeurs dans l’éducation nationale, les personnes qui travaillent dans les administrations : un empilement de normes qui étouffent et tuent la vie. À éliminer avant qu’elles ne tuent définitivement notre pays et notre civilisation.

Source : Institut des Libertés.

Colère des agriculteurs: la macronie récolte les graines qu’elle a semées

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L’Union européenne a sacrifié les agriculteurs français. Et le gouvernement français a laissé faire.


En politique comme en toutes choses, rien n’est sans cause. Si les agriculteurs, éleveurs et exploitants répandent aujourd’hui leurs tracteurs sur les routes de France, c’est parce que les gouvernements successifs ont semé les graines de la colère et du mépris depuis qu’ils ont laissé les clés de la ferme française à Bruxelles.

L’agriculture comme monnaie d’échange

Chaque année, nos filières agricoles font l’objet d’obscurs tripatouillages dans les bureaux de l’Union européenne, où les représentants français décident de contingenter tant de tonnes de volaille, de porc ou de bœuf en échange de telle ou telle quantité de voitures allemandes, au grand détriment des producteurs français et au grand bénéfice des industriels d’outre-Rhin.

Tout le fruit du labeur de nos près de 500 000 exploitants agricoles se retrouve bradé dans le grand étalage de la mondialisation sauvage. Depuis que les responsables politiques français se sont jetés, les yeux fermés, dans les accords de Maastricht en 1992, d’Amsterdam en 1997 et de Lisbonne en 2007, le nombre d’exploitations n’a cessé de baisser et les conditions de vie des agriculteurs de chuter.

Pendant que le traité d’Amsterdam se vantait de créer un « espace de liberté, de sécurité et de justice », l’Union européenne a enfermé les agriculteurs dans un triple-étau de captivité, d’insécurité et d’injustice. De captivité parce que les agriculteurs sont soumis à des normes pullulantes et incompréhensibles. D’insécurité parce que la versatilité des prix des intrants (qui ont bondi de 22% en 2022) et des matières premières (+ 40% sur l’énergie en 2022) les empêche d’ajuster la production en fonction des besoins et des capacités. Et enfin d’injustice parce que la France importe à moindre coût des produits fabriqués aux quatre coins du globe sans les mêmes exigences que les nôtres.

Pendant que l’Union européenne négocie, signe, approuve, défend et promeut un modèle mortifère, les agriculteurs français se lèvent chaque jour pour travailler leurs terres, sous un horizon qui s’obscurcit chaque jour. L’Union européenne a promis la « ferme à la fourchette », mais les fermes meurent à la louche, et les agriculteurs ne ressentent que le couteau qu’ils ont dans le dos.

Une agriculture française sacrifiée par l’Union européenne

Dans le cadre de la politique agricole commune (PAC), la France est l’un des rares pays qui contribue chaque année à hauteur de 7 à 9 milliards d’euros nets. Ce système mis en place depuis 1962 étouffe par son embolie bureaucratique et épuisante pour les agriculteurs. Les réformes entreprises dans le cadre de la « nouvelle PAC » alourdissent encore les contraintes qui pèsent sur les exploitants, et personne ne s’y retrouve. Si les eurodéputés du Rassemblement National ont voté pour, c’était pour éviter de faire empirer la situation à court-terme, en attendant de vraies mesures structurelles.

Au-delà de cette PAC qui ne fonctionne que par l’essorage de l’agriculture française, les tracteurs défilent sur les routes parce que plus de 42 accords de libre-échange conclus par l’Union européenne sont actuellement en vigueur. Le Premier ministre Gabriel Attal a eu beau jeu, en Haute-Garonne, de prononcer une allocution armé de ses fiches posées sur un ballot de paille pour dénoncer l’ineptie de ces accords, il a lui-même avoué que ces accords sont en réalité la « loi de la jungle ». C’est bien, mais c’est un peu tard. C’est également légèrement osé d’assimiler le libre-échange à la loi de la jungle alors que pendant des années il a vu avec admiration Emmanuel Macron passer de branche en branche et d’arbre en arbre pour saccager de plus en plus de filières agricoles dans une jungle qui a toujours été leur terrain de jeux.

Gabriel Attal s’adresse aux agriculteurs, au lieu-dit Saint-Martin, à Montastruc-de-Salies (Haute-Garonne), le 26 janvier 2024 © Miguel MEDINA / AFP

C’est tout ce camp libéral qui a lancé les agriculteurs français dans la jungle européenne et mondiale du libre-échange dérégulé, et c’est lui qui le regrette aujourd’hui, peut-être même sincèrement. Emmanuel Macron était déjà ministre sous la présidence de François Hollande, pendant les discussions sur le CETA. Emmanuel Macron est président de la République depuis 2017, et depuis toutes ces années les accords de libre-échange européens se multiplient, avec le Canada et l’Équateur en 2017, avec Singapour et le Japon en 2019, le Vietnam en 2020 et plus récemment encore avec la Nouvelle-Zélande, avec l’accord des eurodéputés RENEW.

Depuis des années déjà un accord avec les pays du Mercosur est en négociation. Ce traité prévoit la suppression quasi-totale des droits de douane sur les produits agricoles importés vers l’Europe, ce qui exposera dangereusement les filières bovine, avicole et sucrière. Pour pimenter encore plus un plat bien épicé pour la France, il faut préciser que le Parlement européen examine également un accord avec le Chili, qui vouera aux mêmes périls les secteurs bovin, porcin et ovin.

Tous les constats portés par le Rassemblement National depuis des années, nous les retrouvons dans le rapport d’information sur les accords de libre-échange conclus par l’Union européenne, dont j’ai été corapporteur en 2023. Pendant plus de six mois j’ai eu la charge de mener une série d’auditions, dont il résulte un rapport parlementaire de 100 pages qui le démontre sans ambiguïté : le bilan des accords de libre-échange est accablant. Ce rapport confirme clairement que les accords nuisent à l’agriculture française et que la majorité des filières agricoles ne parvient pas à affronter la concurrence induite par ces accords conclus avec des pays aux standards normatifs moins élevés. Pendant les auditions, une représentante du Bureau européen des unions de consommateurs a même fait mention d’une étude menée par l’UFC-Que Choisir, qui a mis en évidence que sur 250 produits achetés sur des plateformes, plus de 60% n’étaient pas conformes aux normes applicables.

Ce n’est pas tout. En audition, des syndicats agricoles m’ont soutenu que l’empilement des accords aboutissait à des effets négatifs cumulatifs, en ceci que les filières sont de plus en plus jetées dans l’arène anarchique des importations et des exportations. Même Olivier Becht, alors ministre du Commerce extérieur, a avoué l’impossibilité de contrôler l’entièreté des produits entrants ! Tout ce rapport voté à l’unanimité des membres de la commission des Affaires européennes reprend les constats autant que les propositions du Rassemblement National : impliquer davantage les parlements nationaux dans les négociations, augmenter les sanctions en cas de d’irrespect des stipulations des accords, généraliser le recours aux mesures miroirs ou encore imposer des clauses de revoyure et extraire les filières agricoles des accords de libre-échange.

En un mot : l’intégration européenne a désintégré l’agriculture française.

Un désastre amorcé à Bruxelles mais encouragé par le gouvernement français

Les pompiers-pyromanes du camp présidentiel votent au Parlement européen comme à l’Assemblée nationale ou au Sénat en faveur d’accords prodigieusement nuisibles pour l’agriculture française, et le silence du gouvernement suite à l’adoption le 13 juin 2023 de la proposition de résolution contre le Mercosur illustre bien cette irresponsabilité. Maintenant que les braises se réchauffent et que la colère monte à Paris, le gouvernement donne raison au Rassemblement National.

Marine Le Pen en campagne au sommet de l’élevage, Cournon d’Auvergne (63), le 7 octobre 2021 © Alain ROBERT/SIPA Alain ROBERT/SIPA

Marine Le Pen a toujours dénoncé les errances du mondialisme angélique porté par l’Union européenne et a toujours défendu le localisme et les circuits-courts contre les défilés de supertankers ultrapolluants et l’importation massive de produits contenant des substances interdites en France. Avec Marine Le Pen, le Rassemblement National a toujours alerté sur la bombe à retardement causée par la concurrence déloyale et la sauvagerie du commerce international. En 2013, face à Bruno Le Maire, Marine Le Pen avait déjà tiré la sonnette d’alarme sur la chute du nombre d’exploitations agricoles et sur les méfaits des accords de libre-échange, notamment en pointant la dangerosité du CETA dès 2017.

Face à nos avertissements, le gouvernement accélère et semble trouver du plaisir à l’asphyxie normative, économique et fiscale des agriculteurs. C’est ce qu’il a fait en supprimant l’avantage fiscal sur le gaz non routier (GNR), alors que le Rassemblement National proposait de le maintenir par des amendements déposés à l’Assemblée nationale à l’occasion du projet de loi de finances pour 2024, ce qu’a également voulu porter mon collègue Jean-Philippe Tanguy au ministre Bruno Le Maire à l’occasion des Dialogues de Bercy. Mais un énième 49.3 a tout fait valser. Pendant ce temps-là, les outils de travail des agriculteurs sont saccagés par des margoulins d’extrême gauche et le gouvernement n’est pas capable de mener à son terme la dissolution des Soulèvements de la Terre. Les agriculteurs français sont donc les naufragés d’un État qui ne les protège pas, d’une Europe qui les sacrifie, d’un système économique qui les étrangle, et d’une caste politique qui les méprise.

Dans ce contexte, il est évident que la colère des agriculteurs est légitime. Elle est légitime quand on voit que la macronie continue de promouvoir la concurrence déloyale (les eurodéputés RENEW viennent d’approuver l’accord UE-Chili), la hausse des taxations et la prolifération des normes tatillonnes, alors que 20% des ménages agricoles vivent sous le seuil de pauvreté et que près de 200 agriculteurs se suicident par an. Les revendications des agriculteurs ne sont pas extravagantes ni hallucinantes, il s’agit simplement de lutter contre le déclassement de l’agriculture française et de mettre un terme à cette surenchère administrative et fiscale écrasante, et encore de garantir qu’aucune interdiction ne puisse être prononcée sans solution de secours.

Aujourd’hui, les agriculteurs sont mobilisés pour leur dignité et la juste rémunération de leur labeur quotidien, celui-là même qui a façonné nos paysages et les racines profondément rurales de la France. Pour que les consommateurs français renouent avec la consommation française, il faut également redonner du pouvoir d’achat à la population, et enfin partager la valeur et permettre aux agriculteurs de vivre de leur travail. Les événements démontrent que le Rassemblement National a raison, c’est pourquoi les agriculteurs peuvent compter sur lui pour remettre l’agriculture française au milieu du champ.

« Entre Mélenchon et Le Pen, la seule certitude que j’ai, c’est que je ne pourrais pas voter pour Monsieur Mélenchon »

Selon l’ancien président du Printemps Républicain (2017-2023), la théorie de la « tenaille identitaire » était vraie et pertinente au début des années 2000, mais ne l’est plus. Explications.


Causeur. Dans votre dernier livre, Cynisme, dérives et trahison, vous revenez sur votre désillusion aux législatives de juin 2022. Le candidat Macron avait sollicité le soutien du Printemps républicain lors de la campagne présidentielle, sans concrétiser ce rapprochement au moment des investitures. N’avez-vous pas été trop naïf ?

Amine El Khatmi. Ce qualificatif de « naïf », je l’emploie moi-même dans le livre. Nous nous sommes focalisés sur un certain nombre d’actes qui ont été accomplis par le président de la République. Je pense à la loi contre le séparatisme, qui, pardon, comportait quand même un certain nombre de dispositions que nous réclamions aux gouvernements successifs depuis des années et que nous n’avions pas obtenu. Y compris quand nos amis étaient au pouvoir, sous la présidence de François Hollande. Il y a eu aussi le discours des Mureaux le 2 octobre 2020. Puis, dernier exemple, la dissolution de l’Observatoire de la laïcité le 5 juin 2021 dirigé par le sinistre duo Nicolas Cadène / Jean-Louis Bianco. Cette dissolution, réclamée par les associations laïques, a toujours été refusée par le président Hollande, qui avait même choisi de reconfirmer le duo à la tête de cette institution. Venant plutôt de la gauche républicaine, laïque, pro-Charlie et compte tenu de la campagne désastreuse que menait la candidate socialiste Anne Hidalgo, choisir de soutenir Emmanuel Macron était alors un choix de raison. C’était aussi un choix politique, basé sur des faits objectifs. Mais ce choix s’est révélé stérile et trompeur.

Vous pensez que le Printemps Républicain a joué un rôle dans sa réélection ? Si vous aviez eu un candidat, vous auriez pu faire 3 ou 4%, dans le meilleur des cas.

Vous savez, 3 ou 4% dans une présidentielle, ce n’est pas négligeable. C’est ce que me dit à l’époque Raphaël Enthoven  : « Tu pars en campagne, tu fais 3/4% et tu négocies un ralliement ». La politique, c’est une question de rapport de forces. Donc avec un petit score comme celui que vous évoquez, oui, on peut se retrouver en situation de négocier des investitures, des circonscriptions, etc. Là où nous avons été naïfs, c’est que nous n’avons pas tenu compte des propos de l’entourage d’Emmanuel Macron. Quand Stéphane Séjourné dit : « Nous ne ferons de cadeau à personne », il signifie qu’il ne traitera pas bien ses alliés. Or, je pensais que nous n’avions pas besoin d’installer un rapport de forces de ce type dans la mesure où nous apportions une ligne politique lisible et claire concernant la laïcité et que celle-ci pouvait donner une identité au second mandat d’Emmanuel Macron, dont la campagne manquait de souffle. C’était une erreur. Mais je rappelle que le Printemps Républicain n’a pas été le seul cocu dans l’histoire. Jean-Pierre Chevènement, une des dernières grandes figures morales au sein de la gauche, a été traité avec un mépris et un manque total de considération puisque son mouvement n’a aujourd’hui aucun député, alors qu’il a également mis son poids dans la balance pour soutenir Emmanuel Macron. La réalité, c’est que le président de la République avait besoin de cocher certaines cases pour rallier certaines catégories d’électeurs. Parmi ces cases, celle de la « gauche républicaine » avait été identifiée. Une fois que cette case a été cochée, que les électeurs se sont laissés prendre au piège et que la présidentielle a été derrière lui, Emmanuel Macron n’a plus eu besoin de nous. Et il ne s’est plus encombré de précautions.

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Vous semblez vous éloigner de la théorie de la tenaille identitaire chère à Laurent Bouvet et à Gilles Clavreul. Vous estimez que la vraie menace est islamiste et que l’extrême droite folklorique de type « Rivarol » n’existe quasiment plus…

Je dis que cette dernière est résiduelle…

Gilles Clavreul en 2017 © Auteurs : EREZ LICHTFELD/SIPA Numéro de reportage : 00834841_000028

Est-ce que vous prenez vos distances avec Gilles Clavreul ?

Je ne prends pas mes distances avec Gilles Clavreul. C’est un ami, pour qui j’ai de l’estime et de l’affection. Il ne s’agit pas d’une querelle personnelle, nous ne sommes pas brouillés. Il s’agit d’une évolution politique. Je pense que la théorie de la tenaille identitaire était vraie et pertinente au début des années 2000. Elle ne l’est plus depuis les attentats qui ont frappé la France. Aujourd’hui, essayez d’expliquer à un Français de confession juive que la menace islamiste est équivalente à la menace de ce que l’on appelle l’extrême droite, il y a de fortes chances qu’il vous rie au nez. L’assassin des enfants de l’école Ozar Hatorah de Toulouse, ceux d’Ilan Halimi, celui de Sarah Halimi, celui de Mireille Knoll comme celui des quatre malheureux de l’hyper casher de la porte de Vincennes n’étaient pas des soutiens d’Henry de Lesquen ou des lecteurs de Rivarol (journal que je considère évidemment comme un torchon antisémite). Tous venaient d’un seul des côtés de la tenaille, c’est-à-dire étaient sous l’emprise de l’idéologie islamiste et de l’antisémitisme arabo-musulman des quartiers populaires. Je ne dis pas qu’il n’y a pas une extrême droite en France (j’ai cité Rivarol, Henry de Lesquen, je pourrais ajouter le GUD). Mais je dis aujourd’hui, sur tout un tas de sujet, à commencer par l’antisémitisme notamment, la vraie menace n’est pas là où on tente de le faire croire.

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Madame Le Pen et les siens se tiennent de façon quasi-exemplaire depuis le 7 octobre. Ils ont apporté leur soutien sans réserve à Israël, ils se sont tenus aux côtés des Français de confession juive en venant manifester contre l’antisémitisme. Pendant ce temps, les Insoumis mélenchonisés bavardaient, eux, sur le fait que les exactions terroristes du 7 octobre étaient des actes de guerre commis par un mouvement de résistance. Ils sont allés jusqu’à expliquer que les manifestants de la marche contre l’antisémitisme étaient d’extrême droite, ont essayé de faire venir à l’Assemblée nationale, la patronne du FPLP, Madame Abou Daqqa. Ils ont tenu des propos ambigus, expliquant que Madame Braun-Pivet « campait » au parlement à Tel-Aviv, ce qui a été compris comme une allusion peu subtile à son origine juive. La cheffe de file des Insoumis a dit également de Madame Borne, alors Première ministre, qu’elle était une « rescapée ». Un mot qui prend tout son sens quand on sait que le père de l’ancienne chef du gouvernement est effectivement un rescapé de la Shoah, qui ne s’en remit pas et mit fin à ses jours. Je pourrais continuer longtemps la longue liste des abjections qui ont toutes été commises par le même camp. Serge Klarsfeld, qui ne peut pas être taxé de la moindre accointance avec l’antisémitisme et qui a consacré sa vie à chasser des nazis, a dit lui-même qu’il considérait aujourd’hui Monsieur Mélenchon plus dangereux pour les Français de confession juive que Madame Le Pen. Je rejoins Serge Klarsfeld sur ce point.

Vous déclarez dans votre livre ne pas exclure de voter Rassemblement National à l’avenir. Est-ce que vous réservez votre coming out politique pour les Européennes ?

Non. Je ne serai pas candidat aux Européennes. Je ne serai pas sur la liste de Monsieur Bardella. Je n’ai pas l’intention de rejoindre un quelconque parti politique. Je dis simplement que, dans un scenario qui ne parait plus complètement improbable, nous conduisant à choisir entre Monsieur Mélenchon et Madame Le Pen, la seule certitude que j’ai aujourd’hui, c’est que je ne pourrais pas voter pour Monsieur Mélenchon. Ce scénario, contrairement à ce qui a été souvent écrit, n’est pas impossible. Il est testé par des sondeurs qui n’ont pas pour habitude de perdre du temps sur des hypothèses loufoques. Je dis juste que je ne pourrai voter pour le leader LFI, même s’il est en face de la candidate du RN. Rien de plus. Dans ce contexte, il me resterait donc trois choix : le vote blanc, l’abstention et le vote Le Pen. Je ne suis pas encore tout à fait sûr de ce que je choisirais si la circonstance devait se présenter. Ma seule certitude, au vu de l’attitude de Jean-Luc Mélenchon et de son parti, c’est que je ne pourrais jamais voter pour cet homme.

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Vous avez connu Gabriel Attal chez les Jeunes socialistes. On dirait qu’il ne vous a pas fait une très grande impression. Il a quand même réussi à susciter un peu d’enthousiasme, même chez Alain Finkielkraut, dans le dernier numéro de Causeur, c’est quand même un exploit.

Oui, j’ai lu ça avec intérêt.

Est-ce qu’il n’a pas ringardisé Emmanuel Macron, est-ce qu’il n’a pas mieux compris que le président les aspirations des Français sur les questions d’ordre, de laïcité ?

Je lui reconnais un talent incontestable de communicant, il a sans doute un flair tout aussi remarquable, mais qui sont mis au service d’une absence à peu près totale de convictions. Je lui sais gré de prendre les positions qu’il prend mais je vais me permettre un peu de prudence, attendre le long terme et juger sur la durée avant d’avoir un avis définitif. Je suis néanmoins un peu perplexe parce que j’ai le sentiment que sa conversion à l’autorité date de sa nomination au ministère de l’Education nationale. On n’est pas en train de parler de positions très anciennes. Il s’est certes révélé sur ces sujets avec l’interdiction du qamis et de l’abaya à l’école, mais j’ai le sentiment que cette conversion tardive s’explique davantage par le souhait de prendre le contre-pied de son calamiteux prédécesseur, Pap Ndiaye, que par la force d’une conviction. Je ne veux cependant pas lui faire de procès d’intention. Je lui accorde le bénéfice du doute et j’attendrai comme tout le monde les résultats.

Non, je ne me tairai plus

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Témoins gênants

En France, on ne déboulonne pas les statues, disait Emmanuel Macron. Pourtant, chaque mois, la statue d’un personnage célèbre est déboulonnée. Le 4 décembre, à Saint-Denis de la Réunion, c’est celle de Mahé de la Bourdonnais qui a été retirée de l’espace public. Dans un essai précis et enlevé, Dimitri Casali dénonce ce totalitarisme woke.


Causeur. La dernière statue à avoir été déboulonnée est celle de Mahé de la Bourdonnais, à la Réunion. Cet homme était-il un épouvantable esclavagiste ?

Dimitri Casali. L’exemple de Mahé de la Bourdonnais est excellent, car c’est un symbole très fort : marin parti bourlinguer, tout jeune, il a été à la fois explorateur et grand navigateur (il a même perdu un bras contre la Royal Navy !), avant d’être nommé gouverneur des Mascareignes en 1733. Les Mascareignes rassemblaient la Réunion, l’île Maurice et Rodrigues. Et il a fait de cet archipel un îlot de prospérité à force de travail acharné et, surtout, d’intelligence. Administrateur de génie, il a développé la canne à sucre, le café, les épices. Il a aussi construit toutes les infrastructures de la Réunion et de l’île Maurice, des routes, des aqueducs, des hôpitaux. Pour cela, c’est vrai, il a employé le travail forcé d’esclaves, mais il faut rappeler que la Réunion était alors une île déserte ! Il n’y avait rien ni personne. Sans Mahé de la Bourdonnais, la Réunion ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui.

Sa statue trônait en plein centre de Saint-Denis depuis 1856. L’œuvre avait même reçu un prix à l’Exposition universelle, sous Napoléon III. Aujourd’hui, la ministre de la Culture et le préfet de la Réunion ont donné leur accord pour la déboulonner et la cacher dans une caserne fermée au public. Tout le monde ignore que cet homme avait épousé une métisse avec qui il avait eu une fille, noire, qu’il a reconnue et ramenée à Paris afin de lui donner la meilleure éducation possible. Cet épisode ne dépeint pas véritablement le profil de raciste impénitent dont parle la maire de Saint-Denis. La suppression de ce monument par la France officielle est une grande première pour satisfaire le wokisme ambiant.

On déboulonne aussi des antiesclavagistes et des personnages qui n’ont aucun rapport avec l’esclavage, comme le général de Gaulle.

De Gaulle, comme Churchill, sont aussi traités de suprématistes blancs. Ce mouvement de déboulonnage s’inscrit dans un vaste mouvement qui débaptise nos rues et nos écoles, réécrit nos textes littéraires, cache nos tableaux…Cette idéologie woke veut effacer nos racines et notre histoire.

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Votre livre traite de situations similaires en Angleterre et aux États-Unis. En France, le président a dit : « La République ne déboulonnera pas une seule de ses statues », et pourtant…

Le 14 juin 2020, Emmanuel Macron a affirmé qu’en France, on ne déboulonnerait aucune statue, mais pas un mois ne passe sans qu’une statue ne soit déboulonnée ou dégradée. Huit jours après cette déclaration, la statue de Colbert, devant l’Assemblée nationale, était recouverte de peinture rouge et d’un tag : « Négrophobie d’État », alors que le site est surveillé par la police ! Un mois plus tard, c’est la statue de Joséphine de Beauharnais qui était pulvérisée aux cris d’une vingtaine de Martiniquais indépendantistes, le MIR. Ce qui est grave, c’est qu’il y avait un cordon de CRS, non loin des manifestants et qu’ils ont laissé faire ! Normalement, en France, quand on dégrade une statue monument historique, on est condamné à sept ans de prison et à une amende pouvant aller jusqu’à 100 000 euros. La loi n’est plus appliquée.

Ce n’est pas nouveau dans l’histoire qu’on veuille effacer l’histoire…

Sous la Terreur surtout ! En 1793, ce mouvement a été terrible pour notre histoire. Les jacobins – amis de Robespierre – ont voulu éradiquer toutes les racines chrétiennes et monarchiques de la France. Un vrai cauchemar artistique. On a alors perdu énormément d’œuvres d’art.

La nouveauté est peut-être que ce mouvement woke est marqué par la bêtise et l’ignorance ?

Absolument. On assiste au choc entre la méconnaissance de l’histoire et la bêtise. L’effondrement de l’école y est pour quelque chose, car l’ignorance se télescope avec l’actualité brûlante. Les conséquences sont inquiétantes, car si nous n’avons plus la même histoire, nous n’avons plus la volonté de vivre ensemble. C’est la porte ouverte à une société de haine et de guerre civile. Les terroristes islamistes ont compris mieux que nos dirigeants l’importance de notre histoire et de notre culture, raison pour laquelle l’assassin de Dominique Bernard cherchait un prof d’histoire à assassiner ! Nous avons la plus belle histoire du monde. Il faut absolument raviver ce sentiment national qui n’existe plus. Dans les manuels d’histoire, les termes « sentiment national » et « patriotisme » ont disparu depuis une vingtaine d’années. Enfin, il ne faut pas avoir peur de contre-attaquer. Personne ne parle des 1 250 000 esclaves blancs (fourchette basse) enlevés par les Barbaresques. À notre tour d’exiger des excuses et des réparations !

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Ne soyons pas plus woke que les woke ! Dans votre conclusion, vous écrivez que « la mémoire divise et l’histoire réunit ».

Pierre Nora disait que « l’histoire rassemble ». Je préfère dire qu’elle réunit. Cela rejoint l’idée de Simone Veil qui n’aimait pas l’expression « devoir de mémoire ». Pour elle, il n’y avait qu’un devoir, celui d’enseigner et d’éduquer. Je trouve ça excellent, car les mémoires sont les souvenirs historiques de communautés souvent drastiquement opposées. Alors que l’histoire, si on analyse froidement les faits, ne peut être jugée. L’histoire n’est ni noire ni blanche, elle est grise et c’est ce gris de la complexité qui la rend passionnante. Voilà ce qu’on devrait enseigner à nos enfants.

Voltaire où es-tu ? Il y a pile un an, Causeur prenait fait et cause pour le retour de Voltaire. Cette initiative lancée par René Monier, un citoyen alarmé par la disparition de la statue du philosophe, square Honoré-Champion (Paris 6ᵉ), a, en quelques semaines, réuni près de 5 000 signatures pour réclamer le retour de l’œuvre sur son socle. La Mairie l’avait exfiltrée en 2020 après des dégradations en série, Voltaire étant, c’est bien connu, un méchant esclavagiste. La promesse de son retour a été faite à l’été 2023. Début 2024, il n’est toujours pas revenu. La décision revient au ministre de la Culture qui s’illustre, ô surprise, par son non-empressement. Plus que jamais, la pétition mérite d’être signée : www.leretourdevoltaire.com


À lire

Dimitri Casali, Ces statues que l’on abat, Plon, 2023.

Ces statues que l'on abat !

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Un nouveau tome du Journal d’Imre Kertész, rescapé d’Auschwitz

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Imre Kertész, prix Nobel de littérature 2002, est un très illustre écrivain européen d’origine juive. Né à Budapest en 1929, mort en 2016, il a connu Auschwitz en 1944. De cette expérience fondatrice, il fera le cœur de son œuvre, en majorité des romans, mais aussi des Journaux intimes conçus selon un mode particulier.


Nous avions lu Journal de galère (2010), puis Sauvegarde (2012), et enfin L’Ultime auberge (2015). Voilà qu’est paru récemment, chez Actes Sud, Le Spectateur, un recueil de courts fragments sur la période 1991-2001. Pour Kertész, un Journal est un texte élaboré à partir de notes et de réflexions intimes, qu’il retravaille comme s’il s’agissait d’un essai. C’est pourquoi la préface du Spectateur parle d’un « texte hybride », qui pourra étonner un lecteur plus habitué au Journal de Gide ou de Paul Léautaud.

Auschwitz et l’Europe

L’expérience limite d’Auschwitz obsède Kertész. Il lui avait consacré deux livres, dont le très célèbre Être sans destin. Dans son Journal, il revient fréquemment sur le sens qu’on peut attribuer à ce dérèglement fondamental de l’histoire. Auschwitz fait naître en lui une conception radicalement pessimiste de l’homme. Selon Kertész, ce désastre d’Auschwitz aura marqué définitivement la civilisation européenne, et donc la vie de ses habitants, hantés par ce cauchemar interminable. « Auschwitz, écrit-il, est le grand fiasco de toute l’Europe, l’histoire terrible de la psychologie profonde de l’Europe, le summum de cette histoire. » En somme, dans Le Spectateur, nous sommes exactement sur le même registre que dans L’Holocauste comme culture (2009), recueil de textes et de conférences de Kertész, qui vient de reparaître en édition de poche, dans l’excellente collection « Babel ».

L’ère du déclin

Kertész assiste, impuissant, à la ruine de la culture, s’en désolant à de multiples reprises. Il écrit par exemple : « Oh, où sont les anciens patriciens, la grande bourgeoisie qui cultivait par devoir ses relations avec l’esprit ? La fin du monde comme inculture infinie. » Sa Hongrie natale l’attriste et l’angoisse. La fin du joug communiste n’a rien amélioré, pour ainsi dire. Il se sent mis à l’écart dans son propre pays : « Je sais désormais que j’ai été un étranger dans le pays où je vis, dont je parle la langue… » Il évoque, à ce propos, l’antisémitisme, en Hongrie bien sûr, et aussi, plus largement, dans le reste de l’Europe, et se demande dans quelle mesure cette plaie a partie liée avec la décadence générale. Je cite le passage suivant, très significatif : « il faut savoir, dit-il, que l’antisémite est le masque de la destruction meurtrière pour laquelle je reste une cible à anéantir – non parce que je suis né juif, mais parce que je représente l’esprit de la civilisation, la culture, mot qui faisait sortir à Goebbels son revolver, comme il le clamait fièrement ».

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Une recherche de spiritualité

Pour Kertész, la spiritualité a un grand rôle à jouer. Il se définit volontiers comme un croyant sans Dieu, ce qui le rapprocherait des agnostiques et, notamment, de Wittgenstein, qu’il était alors en train de traduire. Le Juif Kertész se juge très concerné par le Christ. Il remarque quelque part : « le Christ m’a visité plusieurs fois ». Il estime évidemment que, dans l’extinction actuelle de la spiritualité en Europe, réside l’une des causes primordiales du nihilisme contemporain. Là encore, il fait intervenir Auschwitz, quand il annonce : « On peut dire que Dieu est mort ; mais on peut dire aussi que le monde de Dieu est devenu universel sous le signe d’Auschwitz. »

C’est évidemment une terrible parole, qui ne sera pas reçue avec plaisir par ceux qui s’accommodent de la société de consommation. En somme, Auschwitz continue, et très peu s’en rendent compte.

Auschwitz comme finalité

À ce propos, je voudrais faire part d’une expérience personnelle que je viens de vivre. Elle concerne cet objet artistique difficile à identifier, mais tout à fait fascinant, qu’est le nouveau film de Jonhatan Glazer, La Zone d’intérêt, sorti ce mercredi, et que je suis allé voir le soir même. Eh bien, il corrobore justement à lui tout seul cette assertion de Kertész sur Auschwitz comme aboutissement irrévocable de notre civilisation. J’ai pu en constater le bien-fondé, pendant près de deux heures. Le film suit ce schéma intellectuel, dans son parti pris – peut-être contestable – de ne pas montrer les déportés à l’intérieur du camp d’extermination, et de les laisser hors champ, renforçant par cette sorte de litote inattendue l’évidence même de cette tragédie.

Dans une intuition fulgurante (il y en a quelques-unes comme ça chez lui), Kertész écrit : « je pense que la croix et Auschwitz sont éternels ». Cette phrase, inadmissible dans le temps présent,résume sa pensée. Nous aurions avantage à nous la répéter comme un mantra, chaque fois que nous désirons pénétrer le sens ultime de cette chose qui, sur terre, ne sera jamais abolie : l’enfer.

Imre Kertész, Le Spectateur. Notes 1991-2001. Traduit du hongrois par Natalia Zaremba-Huzsvai et Charles Zaremba. Préface de Clara Royer. Éd. Actes Sud.

Le Spectateur: Notes 1991-2001

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L’Holocauste comme culture. Discours et essais traduits du hongrois par Natalia  Zaremba-Huzsvai et Charles Zaremba. Préface de Péter Nádas. Actes Sud, coll. « Babel ».

L'Holocauste comme culture: Discours et essais

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La Zone d’intérêt, film de Jonhatan Glazer, avec Sandra Hüller. En salle depuis le 31 janvier. Lire la critique de Laurent Silvestrini ici.

Le Recteur de Paris démissionne, la ministresse est toujours là: le monde à l’envers de l’Educ-Nat

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Christophe Kerrero photographié en septembre 2020 © Jacques Witt/SIPA

À la surprise d’Oudéa-Castéra, qui venant du privé est habituée à voir les cadres avaler les couleuvres qu’on leur insère par voie rectale, le Recteur de Paris, Christophe Kerrero, n’a pas supporté sa dernière preuve d’incompétence : pour tenter de complaire aux syndicats qu’elle recevait dans le cadre du Conseil Supérieur de l’Éducation, jeudi dernier, la ministresse des farces et attrapes — dixit notre chroniqueur — a décidé de maintenir trois classes prépas menacées de fermeture à Paris, quitte à renoncer aux voies différentes imaginées par le recteur.


C’est par une lettre supérieurement bien écrite que Christophe Kerrero a pris congé des personnels de l’Académie de Paris. Plus qu’un adieu, c’est manifestement un au-revoir : Kerrero se met en réserve de la République, et prend date pour de nouvelles aventures sous des cieux plus cléments.

Il n’a pas manqué de centrer cette missive sur ce qui a été sa tâche des trois dernières années : la réduction des inégalités sociales, la promotion des bons élèves qui ne sont pas nés de la cuisse de Jupiter, et n’ont pas fréquente l’Alsacienne, « Stan », Louis-le-Grand ou Henri-IV, ces temples, privés ou publics — ça n’a aucune importance — de l’entre-soi et de la connivence de classe.

Les enseignants qui ont protesté devant des mesures aussi équilibrées que judicieuses — la réforme Affelnet, le rééquilibrage des CPGE — devraient se demander de quelle classe sociale ils sont les larbins. Et dans ce cas, qu’ils relisent Marx — ou La Boétie et son Discours de la servitude volontaire.

« La reproduction sociale, écrit le Recteur, caractérise encore beaucoup trop notre système éducatif. Paris en est un exemple, certains diront un miroir grossissant. Toute mon action aura été de vouloir inverser cette tendance, même modestement. Notre mission première est de donner l’espoir en même temps que l’éducation aux élèves les plus éloignés de la réussite.
Notre pays passe à côté de trop de talents et mon parcours personnel m’y rend particulièrement sensible. J’ai été l’un de ces élèves en échec et il s’en est fallu de peu que je ne rejoigne la cohorte des exclus si certains professeurs, dans un autre cadre, n’avaient cru à mes capacités révélées plus tardivement. Il est si facile de passer à côté d’un élève. »

C’était tout le sujet de mon dernier livre, L’Ecole à deux vitesses, et le sens de mon combat pour l’École depuis trente ans. Ce devrait être le souci de tous les enseignants, de toutes les puissances tutélaires de l’Éducation Nationale.
C’est loin d’être le cas. Une caste arrogante, nourrie dans les mêmes antichambres scolaires du pouvoir, a ré-orienté l’École dans le sens de sa reproduction, comme disait Bourdieu. Dans le genre darwinien, ce n’est même pas intelligent : à trop brimer les humbles, on fabrique les conditions d’un retour de bâton terrible. C’est pour n’avoir pas compris ce mécanisme que les amis de Marie-Antoinette ont perdu la tête, après 1789. Insérer à doses homéopathiques des petits, des obscurs, des sans grade parmi l’élite de la nation, de façon à en renouveler les cadres, est une nécessité vitale.
Évidemment, Oudéa-Castéra et ses semblables préfèrent privilégier leurs enfants, et ceux des amis de la promotion Léopold-Senghor. Comme jadis Mitterrand avait propulsé dans les sphères du pouvoir ceux de la promotion Voltaire. Quand on voit quelles brillantes intelligences sont sorties de ces deux moules, on craint le pire pour le pays.

Ce fut tout le combat de Christophe Kerrero à Paris. « A mon arrivée, chacun de mes interlocuteurs me répétait que notre académie était la plus ségréguée de France : une académie de contrastes, où les établissements les plus prestigieux côtoyaient des ghettos scolaires. On me répétait aussi que rien ne changerait, dans une Académie trop exposée. C’était une donnée, presque une fatalité. En un peu plus de trois ans, nous avons pourtant pu inverser les courbes. La réforme de l’affectation en Seconde, la modification du recrutement à Louis-Le-Grand et Henri-IV, la recomposition de la carte des formations et des lycées, afin de rebattre les cartes de la mixité sociale et scolaire, autant de combats, difficiles, souvent solitaires, mais qui ont fédéré notre Académie. Ils ont donné espoir. En démontrant l’efficacité d’une politique publique volontariste, malgré les pressions de ceux qui veulent que rien ne change. En transformant le destin de milliers d’élèves pour qui le champ des possibles s’est ouvert, concrètement, au-delà des mots et des postures convenues. »
Je ne le lui fais pas dire.


Il avait ainsi conçu le projet de monter (à Henri-IV) une section de type CPES (Cycle Pluri-Disciplinaire aux Etudes Supérieures) pour former des professeurs des écoles, loin d’universités dont ce n’est guère la vocation. Loin surtout des INSPE où les futurs enseignants sont formatés à ne rien apprendre, et à ne rien transmettre — sinon des bonnes intentions si creuses que les prédicateurs de toutes obédiences sont ravis de glisser leurs billevesées dans ces jeunes cervelles creuses : ce sera tout le sujet de mon prochain livre. La nature a horreur du vide, quand on ne comble pas les jeunes cervelles par des savoirs et des Lumières, les forces de la nuit montent à l’assaut.

Les journalistes spécialisées dans la chose scolaire, que ce soit Caroline Beyer au Figaro, Marie-Estelle Pech à Marianne ou Véronique Fèvre à BFM, considèrent toutes que cette démission est un camouflet de plus infligé à Sa Majesté Incompétente de la rue de Grenelle. Là encore, je ne leur fais pas dire…

La ministresse des farces et attrapes a pris acte — via Twitter : on ne peut faire plus méprisant — de la démission de Kerrero. Elle aurait dû en discuter avec lui : il y a quelques jours, recevant à la Sorbonne l’ensemble des recteurs, il avait, en tant que puissance invitante, prononcé un discours bien plus ministériel que les mensonges et dénégations laborieuses d’une ex-employée de Carrefour. Elle n’avait pas mal géré les Sports, mais rue de Grenelle, elle est l’illustration même du principe de Peter : elle a atteint son seuil d’incompétence. On doit leur enseigner ça, à l’ENA, non ?

Pour mieux lire Sollers, lisez Pascal Louvrier

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Dans son nouvel essai, notre collaborateur distille de précieux « conseils de lecture » pour aborder l’écrivain Philippe Sollers, disparu l’an dernier.


Le dernier essai de Pascal Louvrier (Le Passeur éditeur, 2024) annonce : « Philippe Sollers entre les lignes ! » Il est déjà assez difficile de lire les lignes tracées par  Sollers qui réclament souvent une relecture pour imaginer que l’on puisse se retrouver facilement entre elles ! Mais Pascal Louvrier tient le pari et son essai atteint le but : Philippe Sollers n’est appréciable que si l’on parvient à lire entre les lignes !

Pour obtenir ce résultat, l’auteur démarre pieds au plancher : « La voiture glisse sur le bitume de l’autoroute. Trajectoire impeccable. Les kilomètres défilent invisibles dans la nuit violée par les phares. Le compte-tours devient la trotteuse de la montre. Le pied droit enfonce, jusqu’au tapis de sol, la pédale d’accélérateur, celle pour se tuer. Les limites sont dépassées ! » On dirait le début d’un roman d’action dans lequel le héros va frôler la mort, emporté par des évènements maléfiques. Il faut que la voiture atteigne Bordeaux pour que le lecteur comprenne qu’il s’agit bien d’une biographie et non d’une « auto biographie ».  Tout simplement parce que Philippe Sollers est Bordelais d’origine.

Une course de 87 ans

Ne croyez pas que l’ouvrage va se mettre à freiner quand il arrive au but. Pas du tout. Il est vrai que pour suivre Philippe Sollers dans sa vie et dans son œuvre, il vaut mieux une Formule 1 qu’un fauteuil et une table, outils connus des biographes classiques !

Pascal Louvrier pilote parfaitement son bolide dans un style à la fois offensif dans les virages et amusé dans les lignes droites, au demeurant assez rares. Cela donne un livre vivant, bondissant et même bienveillant malgré les outrances, les provocations, les emportements, les vrais et faux reniements et les désertions imprévues de Philippe Sollers, lui-même, dont la vie et l’œuvre sont intimement mêlées aux évolutions et convulsions de la France d’après-guerre jusqu’au 21ème siècle. La quatrième de couverture donne la clé de cette œuvre insolite et attachante : « En 1996, Pascal Louvrier écrit un essai enlevé sur Philippe Sollers. Le sulfureux écrivain joue le jeu et lui ouvre les portes de sa vie privée. Leur complicité, singulière à plus d’un titre est exceptionnelle. »

A lire aussi, Didier Desrimais: Les écrivains délateurs ne doivent pas désespérer

Quand la voiture des premières lignes atteint Bordeaux, avec Pascal Louvrier au volant, l’écrivain Sollers embarque aussitôt et le bolide ne s’arrêtera qu’en 2023, dans le cimetière de l’île de Ré, où se trouve la tombe de Philippe Joyaux, devenu Sollers pour les lettres. Soit 87 ans d’un  parcours mouvementé que Pascal Louvrier reconstitue tantôt en spectateur tantôt en copilote.

Fouetter la syntaxe

Les deux hommes ne seront pas toujours en voiture, rassurez-vous, ils prendront le train, ils prendront des vacances, ils feront des voyages à l’étranger. Ils publieront des romans, des nouvelles, des revues. Ils prendront position politiquement, littérairement, philosophiquement, socialement, sexuellement. Mais enfin il s’agit de la bio de Philippe Sollers ou des souvenirs de Pascal Louvrier ? Mon Dieu, il s’agit bien des deux. Seulement, c’est écrit avec tellement d’adresse, que les écrits de Sollers en sont éclairés mieux même décryptés non par le raisonnement mais simplement par la réalité vécue. Un exemple : 

« Je grimpe dans ce train qui va traverser 1966. Période qui sent la moisissure. Les règlements de comptes de la deuxième guerre mondiale continuent. Des cadavres dans tous les placards. Les Français viennent d’élire De Gaulle mais la gauche a une nouvelle figure emblématique François Mitterrand.  La majorité du comité de rédaction de « TEL QUEL» est d’accord sur un point : il est nécessaire de politiser la revue. Mais des personnalités proposent une ouverture en direction du PCF tandis que d’autres souhaitent un ralliement immédiat au maoïsme. »

A lire aussi, Pascal Louvrier: Désir à l’œuvre

Bon c’était des débats d’époque, où est notre sujet ? Il n’est pas loin : la revue TEL QUEL a été fondée par Philippe Sollers. Et celui-ci penche pour Mao. Du coup, les communistes vont le critiquer vertement. Sauf que Pascal Louvrier qui est dans le train de cette époque nous explique la position « maoïste » de Sollers par le fait que l’apprentissage du chinois lui permet de poursuivre son ambitieux projet : créer un langage nouveau qui favoriserait la rapidité de compréhension tout en multipliant les sens connotés. 

Et pour être plus clair, cette profession de foi littéraire : « fouetter la syntaxe, la malaxer, la pincer, la pétrir. Et puis pratiquer l’uppercut verbal. Le mot doit cogner, la formule claquer comme le drapeau au vent. Et puis, dégraissage du style, dégraissage du style. De l’ellipse, du nerf, du raccourci, du rythme, de la vitesse, de la métaphore syncopée, directe, droit au but, neurones, viscères, palpitant, tout ça en même temps ! »

Ces mots vous l’avez compris ne sont pas de Sollers mais de Louvrier. Ils éclairent crûment ce que se proposait Sollers lorsqu’on l’accusait de « maoïsme » : un nouvel art poétique et non un nouveau régime ! « Deux précurseurs en ce domaine, nous révèle Louvrier, Rabelais et Céline ! » Entre la vitesse du parcours et la révélation de la réalité « sollersienne », Pascal Louvrier nous offre une étude inédite dans un style de bande dessinée. Il n’y a pas de temps mort. Les scènes succèdent aux scènes. Les actions aux actions. Si pour Sollers, la littérature, c’est avant tout de la musique (on est loin du PCF !), pour Louvrier une biographie c’est une cascade d’images, un film d’aventures.

Et le résultat est atteint : le livre de Pascal Louvrier se lit à toute allure et quand on le ferme, on se dit : « Voyons donc ces lignes de Sollers, elles ont l’air bien croustillantes. »

Car, Philippe Sollers a fondé une revue certes en compagnie de Jean-Edern Hallier, au début (tiens, tiens !), mais il a écrit des romans, dont « Femmes », particulièrement osés parfois (à lire à l’époque du féminisme enragé !), il a aimé Casanova, il a adoré Mozart, et il a vécu le plus longtemps possible à Venise, pour admirer ses peintres et ses palais, y abriter ses amours dès que les touristes, « ces asticots dans un fruit trop sucré », disparaissaient. Ce qui lui a permis de publier deux « Dictionnaires amoureux de Venise » qui perpétuent le voyage à Venise que tout un chacun se doit d’entreprendre dans sa vie.

Philippe Sollers entre les lignes

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Le Finkielkraut du pauvre

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Le magistrat et essayiste français Philippe Bilger © Pierre Olivier

À LR, on recherche la personnalité susceptible d’imposer un nouvel élan.


Après la lecture du très beau livre d’Alain Finkielkraut, Pêcheur de perles, j’ai eu envie de faire comme lui et de commencer à remplir un cahier avec toutes les citations que, lecteur compulsif, j’aurais le désir de noter. Et d’en élire une pour ce billet. Parmi toutes celles que j’ai déjà retenues, un propos de Patrick Buisson a particulièrement attiré mon attention et donc suscité cet écrit. Même mort, Patrick Buisson est aussi honni aujourd’hui par certains qu’il a été sollicité par beaucoup de son vivant pour ses conseils politiques. Il est évident que ses fulgurances, ses intuitions, ses paradoxes stimulants et sa pensée conservatrice structurée et brillamment assumée ont été d’un grand secours intellectuel, stratégique et tactique pour des personnalités qui avaient besoin d’un éclaireur, d’un débroussailleur pour élucider le maquis du réel. Patrick Buisson a déclaré un jour : « À droite il n’y a plus que des metteurs en scène ». J’interprète immédiatement ce triste constat comme le fait que dans le passé nous avons été mieux pourvus sur le plan de la plénitude et de la qualité partisanes mais que de nos jours nous ne disposons plus que d’artisans, de réalisateurs qui mettent en lumière une représentation sans fond, sans sens parce qu’ils seraient eux-mêmes incapables d’en écrire le texte.

Patrick Buisson (1949-2023) © Hannah ASSOULINE

Mauvais films

On peut comme moi ne pas désespérer des Républicains, même s’il est éloigné de mes rêves sur ce qu’il devrait être, libre, inventif et courageux, et considérer cependant que ce prétendu moribond toujours en forme n’a en effet à sa tête que des « metteurs en scène ». Pour continuer cette métaphore, il y a des réalisateurs qui sont en même temps de formidables scénaristes, notamment aux États-Unis, même si là-bas on a moins de scrupules à confier à d’autres le soin d’inventer des histoires et d’écrire les dialogues. Il y a aussi des metteurs en scène tellement doués et créatifs que leur réalisation constitue un apport capital pour le scénariste. Elle amplifie et sublime l’élaboration de la fiction. Il y a eu des organisateurs tellement remarquables pour les campagnes et les débats publics qu’ils mettaient quasiment l’esprit et la main dans la substance des discours eux-mêmes et des programmes.

A lire aussi, du même auteur: Droite: Bellamy, tête de liste et tête de turc

Il y a malheureusement aussi des réalisateurs tellement imbus d’eux-mêmes qu’ils se croient aptes à écrire leur propre scénario et force est de constater qu’assez souvent cette posture aboutit à de mauvais films. N’est pas scénariste qui veut et les immenses metteurs en scène ne courent pas les rues ni l’univers artistique.

LR : quel casting !

Les metteurs en scène, selon le principe énoncé par Patrick Buisson pour la droite, sont assez nombreux à LR. Il n’y a pas que les trois qu’on mentionne officiellement et médiatiquement : Éric Ciotti, Bruno Retailleau et Olivier Marleix. Il y en a d’autres qui tirent les ficelles ou sont tirés eux-mêmes, c’est selon. Dans l’entre-deux, Laurent Wauquiez se montre de plus en plus, Xavier Bertrand est plus discret et Valérie Pécresse n’a pas désarmé.

Mais qui, pour l’instant, écrit l’histoire chez LR, qui invente le scénario, qui impose le style, qui prévoit la configuration de demain, qui offre de la matière aux trois metteurs en scène principaux ? Quelqu’un qui se piquait d’être un réalisateur-scénariste a trahi pour un plat de lentilles macronistes et lâché ses amis politiques de toute une vie : Nicolas Sarkozy n’est même plus dans les coulisses ! Je songe à David Lisnard qui ne paraît pas pressé, qui bénéficie du formidable avantage d’être sous-estimé et qui est en train d’écrire son propre scénario en aspirant à en faire un jour celui de la droite tout entière. Loin d’être un metteur en scène, il se construit hors de la vanité des apparences, dans une forme de sérénité à la fois ambitieuse et réfléchie. Si LR ne meurt pas, contre tous les oiseaux de mauvais augure, qui sera, en 2027 et pour la suite, son metteur en scène et à la fois son scénariste ? Cette question est centrale. Des réalisateurs, on en trouvera toujours mais des personnalités capables d’avoir des pensées pragmatiques, des ruptures opératoires, des courages productifs, du futur et de l’imagination plein leur tête, quelle denrée humaine rare ! Il n’y a aucune raison pour que la droite soit condamnée à perpétuité à faire de mauvais films, au mieux inachevés !

Pêcheur de perles

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Libres propos d'un inclassable

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Grève des enseignants: l’ire et le néant

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Toulouse, 1er février 2024 © FRED SCHEIBER/SIPA

Les profs étaient (encore une fois) dans la rue jeudi. Au total, 20,26% d’enseignants étaient grévistes, selon les chiffres du ministère de l’Éducation. Mais qu’est-ce qu’ils voulaient, encore ?


On connaît la fameuse citation de Bossuet, citée jusqu’à la nausée, de Dieu contemplant avec le sourire nous autres mortels s’agitant, puis nous plaignant des effets de nos agitations. Comme il a dû rire hier, prélassé par-dessus ses nuages, le menton dans les paumes et la barbe frissonnante ! Car les enseignants, pour la énième fois, déambulaient dans la rue au lieu de travailler, s’indignaient de leurs propres turpitudes, et, pour une raison qui m’échappera toujours, réclamaient avec une conviction sincère des mesures qui auraient inéluctablement pour effet de dégrader plus encore leurs conditions de travail.

Que reprochaient-ils donc au gouvernement ? Faisons le tour.

D’abord, les propos de la ministre de l’Éducation nationale

L’idéologie ne doit pas aveugler le jugement ; que l’on soit de droite ou de gauche, il faut bien dire la vérité : le privé, en France, dépend aussi du ministère de l’Éducation nationale, et la ministre a parfaitement le droit d’y placer ses enfants, sans avoir à se justifier ; le seul scandale, dans cette affaire, c’est sa défense à ce point désastreuse qu’elle en devient comique ; c’est qu’elle ait même osé prendre la parole afin de répondre à la Terreur – Mediapart –, quand elle eût dû rester muette et dédaigneuse. Mais les « profs », aveuglés depuis longtemps, ne reculent devant rien et troquent sans vergogne, en dépit de la dignité de leur profession, le syllogisme pour l’aporie. Celle-ci est belle : ils dénoncent l’absentéisme ; pour raison d’absentéisme, la ministre transfère ses enfants dans un établissement privé ; ils dénoncent des propos « provocateurs et scandaleux » !

Amélie Oudéa-Castéra visite l’école publique Littré, où son fils a été scolarisé six mois avant de rejoindre le privé, 16 janvier 2024 © Thomas SAMSON / AFP

A lire aussi: Stanislas: une longue cabale médiatique

Ensuite, les effectifs et le manque de moyens

Sur les effectifs, il n’a jamais été démontré qu’une réduction du nombre d’élèves par classe améliorerait les conditions de travail des professeurs, ou même le niveau général ; au contraire : une expérimentation lancée au début des années 2000, en France (c’est la seule), a démontré que le dédoublement des effectifs n’avait aucun effet notable. Normal, en vérité : le problème est moins le nombre d’élèves que la discipline évanouie, avec la politesse et le respect ; une classe peut contenir quarante élèves aisément, s’ils sont sages et disciplinés ; et il suffit de dix sauvageons pour détériorer l’activité des professeurs, jusqu’à des limites qui ne devraient jamais être franchies – on se souvient de ces maîtres du savoir braqués au pistolet en plein cours, ou violemment poussés contre les portes devant leurs bourreaux hilares, et puis de l’affaire, plus récente, de Diane et Actéon. Un chiffre : entre 2011 et 2023, les personnels d’éducation se disant satisfaits du climat scolaire dans leur école sont passés de 73,5% à 58,5% (enquête de l’Autonome de solidarité laïque).

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Justice pour Actéon!

Sur le manque de moyens, nous nous contenterons de rappeler des chiffres trop bien connus (mais la répétition est la vertu de l’enseignement) : avec plus de soixante milliards d’euros, le budget de l’Éducation nationale est le premier budget de l’État. Alors, pourquoi tant de plaintes ? Parce que là encore, le problème est moins dans la quantité des moyens, que dans l’importance des dégradations. Ici aussi, les images ne manquent pas, et l’on égrènerait sans fin les chiffres des violences urbaines contre les établissements scolaires. Le gouvernement se félicité d’une hausse de 6,5% dans le budget de l’Éducation nationale. Je prédis que cela ne changera rien : ce sera comme avec les banlieues !

Enfin, la création des groupes de niveau

Nos pédagogues passent ici de l’aporie au sophisme. Premier énoncé : le niveau de l’école française est l’un des meilleurs au monde. Second énoncé : la création du collège unique fait chuter le niveau considérablement (c’est un euphémisme). Conclusion : il faudrait accentuer encore la mixité dans les classes ! On est loin du siècle de Voltaire, des Lumières et de la Raison.

Que les enseignants continuent donc de manifester ; ils obtiendront des augmentations dérisoires, des hausses de budget, d’autres poussières – tant que le respect, qui passe par la discipline, ne sera pas revenu au cœur de l’école, leur profession les rendra malheureux.

Le miracle de Trèbes

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Arnaud Beltrame est mort dans l’Aude, après avoir été égorgé dans le Super U de Trèbes par le musulman Radouane Lakdim, alors qu’il s’était volontairement substitué à un otage. « Il y en a marre de la lâcheté, de ce laxisme. Il est temps de se réveiller ! » a dit sa mère devant la cour d’assises spéciale de Paris, où sont actuellement jugés sept proches de l’islamiste qui a tué quatre personnes le 23 mars 2018.


En ce moment même se tient le procès des attentats de Trèbes et de Carcassonne. En ce moment même, tous, là où nous sommes, nous pouvons constater que notre société est lancée dans une course folle vers l’abîme, et que nos dirigeants appuient des deux pieds sur l’accélérateur. Alors en ce moment même, plus que jamais, souvenons-nous que le courage, le sens du devoir, la dignité sont possibles. Souvenons-nous d’un homme qui l’a prouvé. Souvenons-nous d’Arnaud Beltrame.

Six ans, déjà, depuis qu’un colonel de gendarmerie a incarné la résistance face à la violence du totalitarisme islamiste, le refus de se soumettre à sa terreur, le don de soi et la lutte pour protéger autrui de sa sauvagerie. Six ans depuis qu’Arnaud Beltrame nous a donné cette leçon, et l’islamisation se poursuit, avec la complicité de ceux qui nous gouvernent. Six ans, et après l’horreur indicible du pogrom du 7 octobre, les soutiens du Hamas défilent librement dans nos rues. Six ans, et le cri du cœur de la mère du colonel Beltrame nous dit, en creux, toutes les promesses non tenues depuis la mort de son fils.

Et pourtant…. La noblesse d’Arnaud Beltrame porte ses fruits. On pense au cheminement spirituel de celle qu’il a sauvée. On pense au courage d’Henri d’Anselme à Annecy : « Je n’avais qu’une image en tête, c’était celle du colonel Arnaud Beltrame et, en quelque sorte, c’est lui qui m’a inspiré, qui m’a poussé à agir. » Fruits peut-être moins spectaculaires que ceux du jihad et des razzias islamistes, mais ils n’en sont pas moins précieux – et, à terme, il n’est pas absurde de penser qu’ils l’emporteront. Arnaud Beltrame était soldat de France, franc-maçon et catholique, il savait mieux que personne que tout a commencé avec l’appel d’un homme seul à la radio de Londres, tout a commencé avec une humble pousse d’acacia, tout a commencé avec un corps supplicié sur une croix. Comme l’évoque le 1er Livre des Rois, le Seigneur n’était pas dans l’ouragan qui fendait les montagnes et brisait les rochers, ni dans le tremblement de terre, ni dans l’incendie, mais dans le murmure d’une brise légère.

En hommage à ce héros, et le mot n’est pas excessif, en hommage à celle qu’il aimait, en hommage à sa famille, à ses proches, à ses compagnons d’armes, à tous ceux qui lui ont permis d’être l’homme qu’il était, voici quelques extraits de mon livre, Refuser l’arbitraire, dans lesquels j’espère ne pas trahir ce que sa vie nous enseigne.

***

C’est pendant la deuxième année de la quatre-vingt-dix-huitième olympiade que Platon écrivit le dialogue intitulé Gorgias. Outre le sophiste grec éponyme, il y oppose Socrate à un certain Calliclès, dont les historiens se demandent aujourd’hui s’il a vraiment existé, car nulle part ailleurs il n’est question de lui.

Réel ou fictif, Calliclès incarne l’antithèse parfaite de celui que l’oracle de Delphes avait désigné comme le plus sage des mortels. Alors que Socrate défend la recherche de la vérité et de la justice, Calliclès affirme qu’il n’y a pas de vérité en soi, mais seulement des rapports de force, que le langage n’est pas une médiation nécessaire entre l’esprit et la réalité, mais uniquement un outil au service de conventions forcément arbitraires, et que la morale ne saurait être autre chose que l’habillage rhétorique de règles sociales n’ayant en elles-mêmes aucune valeur particulière, la loi des Grecs n’étant supérieure à celles des barbares qu’aux yeux des seuls Grecs, et non dans l’absolu. Ainsi, ce personnage est à la fois la préfiguration et la synthèse de bien des maux qui nous rongent aujourd’hui. Deux mille quatre cents ans après l’écriture de ce dialogue, l’Occident se meurt de ne plus savoir enseigner à ses enfants comment distinguer la voie de Calliclès de celle de Socrate.

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La vie d’Arnaud Beltrame, vécue jusqu’au paroxysme, jusqu’à donner sa vie par amour de la vie, comme la vie de Socrate, comme celles de Léonidas, de Jeanne d’Arc, de Marc Bloch, de Yue Fei, de Nicolas de Salm, de Lei Haiqing, apporte un démenti cinglant à Calliclès. Nous ne pouvons peut-être pas le prouver, mais nous savons, par ce qu’il y a en nous-mêmes de plus authentique et de plus authentiquement vivant, que leurs vies sont la vérité de l’homme.

***

Les parents de Léonidas et des 300 Spartiates qui l’ont accompagné aux Thermopyles ont-ils eu tort de leur donner l’éducation qui a fait d’eux ce qu’ils étaient ? Auraient-ils mieux fait de les encourager à ne pas se mettre en danger, à se protéger avant tout, à s’agenouiller devant les émissaires du Roi des Rois, et à livrer la Grèce à la Perse ? Sans eux, sans les rameurs athéniens anonymes de la bataille de Salamine, le berceau de l’Europe serait devenu une satrapie comme les autres, et notre civilisation n’existerait pas. Tout ce qu’elle a apporté à l’Humanité, de la démocratie à la science en passant par la philosophie, n’existerait pas.

Si les parents d’Arnaud Beltrame lui avaient enseigné la lâcheté, peut-être serait-il encore en vie. Mais à quel prix ? Bien avant de mourir, il n’aurait pas vécu ce qu’il a vécu, il n’aurait pas été celui qu’il a été. À quoi bon renoncer à l’intensité de la vie et à la dignité d’une vie pleinement vécue, pour prolonger une vie sans droiture, sans noblesse, sans grandeur ? Faut-il, pour survivre plus longtemps, renoncer à vivre ?

Dans la littérature arthurienne, la mère de Perceval a tenté d’éloigner son fils de la chevalerie, parce qu’elle craignait qu’il suive le même chemin que son père, et meure bien trop jeune, laissant derrière lui une veuve et un orphelin. Mais Perceval est parti, a revêtu une armure, connu la veillée d’armes, l’adoubement, la quête, la défaite et la victoire, la faute et la rédemption, et il a trouvé le Graal.

Arnaud Beltrame n’a pas été une victime. Il pratiquait les arts martiaux avec conviction. Il était animé par une foi intense. Il s’est battu jusqu’au dernier instant pour maîtriser le terroriste islamiste. Il a ordonné l’assaut alors même qu’il se battait, il est tombé au combat. Blessé par trois tirs — un doigt arraché, une balle dans le bras gauche et une autre dans la jambe gauche — il s’est battu près de dix minutes avant de prendre un coup de couteau dans la gorge. Le lieutenant-colonel Beltrame a choisi de risquer sa vie pour sauver celle d’une otage, parce qu’il savait qu’il avait plus de chances qu’elle de l’emporter, parce qu’il y voyait son devoir. Il s’est battu, et il l’a sauvée. Il est mort, et il est devenu immortel. Et durant quelques heures, quelques jours même, la France a découvert un héros. Elle a découvert que l’héroïsme est encore possible. Elle a senti qu’elle avait besoin de héros pour se souvenir de ce que cela signifie d’être humain. Cela nous dit quelque chose de la nature humaine, quelque chose qui dément toutes les théories de Calliclès et donne raison à Socrate.

Mais l’esprit de sacrifice ne suffit pas à définir ce qui est juste. De nombreux terroristes islamistes acceptent de donner leur vie pour ce en quoi ils croient. Peut-on pour autant les assimiler au sacrifice d’Arnaud Beltrame ? Non ! Le père Jean-Baptiste, chanoine régulier de l’abbaye de Lagrasse qui a accompagné le cheminement spirituel du lieutenant-colonel Beltrame les deux dernières années de sa vie et devait célébrer son mariage, a déclaré lors des funérailles de l’officier : « Il a risqué sa vie pour que s’arrête la mort. La croyance du djihadiste lui ordonnait de tuer. La foi chrétienne d’Arnaud l’invitait à sauver, en offrant sa vie s’il le fallait. » On se doit de respecter le courage de ses ennemis, leur esprit de sacrifice, leur intelligence. Mais cultiver ces qualités au service du mal ne saurait être mis sur le même plan que cultiver les mêmes qualités au service du bien.

Mohamed Merah, qui a exécuté des enfants dans la cour de leur école pour les offrir en sacrifices humains à Allah, et qui est mort pour le dieu qu’il s’était choisi, n’a rien à voir avec Arnaud Beltrame. « J’aime la mort comme vous, vous aimez la vie » a déclaré Merah aux négociateurs de la police, reprenant à son compte une phrase de Khalid ibn al-Walid, chef des armées musulmanes au viie siècle, surnommé par le prophète de l’islam en personne Sayf Allah al-Maslûl, le « Sabre dégainé d’Allah », et qui écrivait à ses ennemis : « Vous avez le choix entre la conversion, la soumission et la mort, car j’arrive avec des hommes qui aiment la mort comme vous vous aimez la vie. »

Arnaud Beltrame, lui, n’est pas mort en glorifiant la mort, mais en glorifiant la vie, pour glorifier la vie, par amour pour la vie qu’il a glorifiée, pour la vie qu’il a sauvée. Sa grandeur ne vient pas seulement de son sacrifice, mais de la noblesse et de l’humanité dont il a fait preuve en choisissant ce pour quoi il acceptait la possibilité de ce sacrifice.

***

Le 8 juin 2023, la France découvre un drame et une espérance. Le drame, c’est l’agression d’enfants au couteau dans un parc d’Annecy par un migrant qui n’aurait jamais dû se trouver là. L’espérance, c’est Henri d’Anselme. L’inattendu et l’inespéré Henri. Âgé de 24 ans seulement, il s’est interposé et a mis sa vie en danger pour protéger des enfants qu’il ne connaissait pas. Et avec d’autres — qui eux aussi ont agi, comme il ne cesse de le rappeler —, il a probablement évité le pire. Son image, celle de « l’homme au sac à dos », a fait le tour du monde. Le 8 juin, Henri était à Annecy, au bon endroit, au bon moment, avec son cœur et son courage. Il a été un rempart entre des enfants et la mort. « Ce que je sais, c’est que je n’étais pas là par hasard sur mon chemin des cathédrales », dira-t-il.

Il refuse qu’on le considère comme un héros, qu’il me permette alors de dire qu’il est un brave, de ceux qu’évoque Pindare, ce poète qu’admirait Alexandre : « Zeus veut que les héros soient honorés, pour que la mémoire de leurs exploits inspire les actions des braves et les pensées des sages. »

Henri ajoutera : « Je n’avais qu’une image en tête, c’était celle du colonel Arnaud Beltrame et, en quelque sorte, c’est lui qui m’a inspiré, qui m’a poussé à agir. »

Il est des mystères devant lesquels on s’incline en silence.

Osons l'autorité

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Nos agriculteurs se révoltent surtout contre la chape des normes

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Des agriculteurs manifestent près de Chilly-Mazarin, le 31 janvier 2024 © Christophe Ena/AP/SIPA

Alors que les barrages sont progressivement levés dans le pays suite aux annonces gouvernementales, rappelons qu’au-delà de leur vulnérabilité économique et de la concurrence étrangère déloyale, nos agriculteurs ont entamé leur mouvement pour dire stop à un empilement de réglementations qui les étouffent.


La colère qui secoue le monde agricole est une nouvelle illustration des méfaits engendrés par les multiplications de normes et de contraintes administratives. Comme à chaque fois, les catastrophes générées par ces normes sont prévues et annoncées, mais rien n’est fait pour éviter les drames avant que ceux-ci n’arrivent. L’incapacité à concevoir les conséquences des décisions politiques et à penser le rapport entre les coûts et les bénéfices finit par coûter cher, en argent et en vie humaine. Le projet européen Farm to fork qui planifie une décroissance de la production agricole doit nécessairement aboutir à des drames agricoles, comme ceux que nous connaissons aujourd’hui.

La France veut être la bonne élève à Bruxelles

Alors que l’ensemble du monde agricole est concerné, la révolte est partie du sud-ouest. Cela renvoie aux traditions historiques de la région, du Midi rouge et de la révolte du Languedoc au début du XXsiècle, mais aussi aux types de cultures présentes : des céréales et de l’élevage ainsi que de la polyculture de fruits et de légumes. Des cultures durement éprouvées par les normes imposées et gourmandes en main-d’œuvre.

L’inflation des normes est résumée par l’évolution du code rural, passé de 755 pages en 1965 à 3 068 pages aujourd’hui. Il y a des normes pour tout : taille des haies, curage des fossés, etc. La France voulant souvent aller plus loin que Bruxelles en ajoutant d’autres normes au millefeuille déjà épais. Ainsi pour la prolongation de l’interdiction du glyphosate alors qu’il est de nouveau autorisé en Europe. La France est ainsi submergée par des poulets produits en Ukraine, où les normes sont bien moindres que pour les volaillers français. C’était du reste une des raisons qui avait conduit la Pologne à refuser de livrer des armes à l’Ukraine, en protestation au déséquilibre concurrentiel de l’agriculture ukrainienne.

Le rapport au monde agricole est ambivalent. Il suscite à la fois une grande sympathie (preuve en est le succès non démenti du Salon de l’agriculture) et une grande défiance, les paysans étant accusés de polluer, de capter l’eau, de détruire l’environnement. On leur interdit la mise en place de bassines pour récupérer l’eau de pluie, on interdit l’usage de produits phytosanitaires, même quand ils n’ont pas été reconnus dangereux par les études scientifiques, on soviétise le fonctionnement agricole, transformant les paysans en kolkhoziens. Et à force de scier l’arbre, il finit par s’abattre.

A lire aussi, Thomas Ménagé: Colère des agriculteurs: la macronie récolte les graines qu’elle a semées

La révolte qui touche la France est une révolte européenne. En 2022, c’étaient les paysans hollandais. Puis, depuis plusieurs semaines, les paysans en Allemagne et en Roumanie. Désormais en France, avant que d’autres pays ne soient concernés, probablement l’Italie et l’Espagne. La compétitivité française dans l’agriculture ne cesse de s’étioler, les marges se réduisent. Il y a quelques années, on alertait, dans une indifférence quasi totale, sur les suicides répétés des agriculteurs. Rien n’y a fait. Le monde agricole est à la fois connu, parce que tout le monde a vu une vache ou traversé un champ, et inconnu, parce que beaucoup ignorent les nouveautés techniques dans les méthodes culturales, les nouveaux usages mécaniques, les enjeux mondiaux. Ce n’est pas en s’enfermant derrière de hautes murailles que l’on sauvera l’agriculture française. La Nouvelle-Zélande a réussi, dans les années 1980-1990, une transformation qui lui fait désormais donner le la en matière de prix de la viande et du lait.

La terre autrefois

Face aux machines d’aujourd’hui et aux méthodes actuelles, l’ancien monde agricole est de plus en plus inconnu. La pauvreté des campagnes françaises était réelle, jusque dans les années 1950. Faible accès à l’eau courante et à l’électricité, peu de soins, à l’écart des transformations des villes et des modes de vie, les mondes ruraux ont connu une transformation massive en moins d’une génération qui les a fait passer d’un monde à l’autre de façon rapide et souvent brutale. Dans ses nombreuses études, notamment Les Trente glorieuses, Jean Fourastié évoque le monde rural d’avant les transformations techniques du XIXsiècle.

En 1700, un paysan nourrit 1,7 personne. En 1800, il en nourrit 2,1. En 1980, il nourrit désormais 30 personnes, chacune obtenant plus de calories qu’un siècle auparavant.

Sous l’Ancien Régime, il faut 1.5 à 2 hectares pour nourrir une personne. Comme on ne dispose dans le royaume, au maximum, que de 40 millions d’hectares cultivés, le plafond démographique français est de 20 à 27 millions de personnes. Si la démographie augmente trop, on se heurte au plafond agricole, ce qui engendre des disettes. Malthus avait raison de dire qu’il fallait limiter les naissances au risque sinon de ne pas pouvoir nourrir les nouvelles bouches. Mais Malthus est un homme du passé : il n’a pas vu venir la révolution de la productivité, qui permet de nourrir plus de monde avec moins d’hectares cultivés. Jean Fourastié a ainsi calculé le temps de travail nécessaire pour moissonner un are de blé (100 m²).

1800 : 1 heure, avec une faucille.
1850 : 15 minutes, avec une faux.
1900 : 2 minutes, avec une faucheuse-lieuse.
1920 : 40 secondes, avec une faucheuse-lieuse à traction mécanique.
1945 : 35 secondes, avec une moissonneuse-batteuse.

Moins de temps de travail, ce qui permet de pratiquer d’autres activités, plus rémunératrices, ou de se reposer. Ce qui libère également des bras, qui vont pouvoir se consacrer à des activités nouvelles, tels l’industrie naissante et les emplois urbains.

La famine a été vaincue, ce qui est un immense progrès pour l’humanité.

A lire aussi, Ivan Rioufol: Face au chaos, les dérisoires artifices de Gabriel Attal

Il est désormais possible de travailler moins et d’effectuer des travaux moins pénibles. De manger plus et mieux. Les conséquences sont majeures : l’espérance de vie augmente, on vit plus vieux et en meilleure santé. Avant de rejeter les effets négatifs de l’industrialisation de l’agriculture, il est essentiel de fixer le chemin parcouru et de prendre conscience que ce que nous vivons aujourd’hui, c’est-à-dire une société d’abondance et de vie, est une chose nouvelle dans l’histoire de l’humanité.

Prophètes de la mort

Il se trouve pourtant des prophètes de la mort pour vanter la décroissance et le retour à l’agriculture d’il y a trois siècles, mythifiée et idéalisée. Le Sri Lanka en a fait la terrible expérience. Les produits phytosanitaires ont été interdits, la conversion forcée au bio a été totale. Le résultat n’a pas tardé : en quelques mois l’île a connu une famine sans précédent, contraignant de nombreux habitants à choisir entre mourir de faim ou s’enfuir.

En France, l’interdiction des néonicotinoïdes a provoqué le ravage de la production betteravière, pourtant l’un des piliers de l’agriculture française. Le refus des OGM, alors que plusieurs types permettent de réduire la consommation d’eau et de produits sanitaires, conduit à un déclassement français par rapport aux concurrents d’Amérique latine. Les agriculteurs, comme de nombreuses autres professions en France et en Europe, sont victimes de l’effacement du logos au profit du pathos. On ne réfléchit plus, on ne mesure plus les conséquences des actes, on n’accepte plus les risques et les dangers.

L’économie est la science des choix : elle étudie les choix possibles et les conséquences des choix effectués, des choix qui peuvent être libres ou contraints. Le choix suppose le goût du risque et de l’aventure, la projection vers un avenir qui n’existe pas, mais que l’on s’efforce de bâtir. Le passé est rassurant parce qu’on croit le connaître : on n’en garde souvent que les bons côtés, les détresses et les drames étant oubliés. Ce que vivent les agriculteurs, c’est aussi ce que vivent les milliers de chefs d’entreprise, les professeurs dans l’éducation nationale, les personnes qui travaillent dans les administrations : un empilement de normes qui étouffent et tuent la vie. À éliminer avant qu’elles ne tuent définitivement notre pays et notre civilisation.

Source : Institut des Libertés.

Les Trente Glorieuses

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Colère des agriculteurs: la macronie récolte les graines qu’elle a semées

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Agriculteurs en colère, Bruxelles, 1er février 2024 © Shutterstock/SIPA

L’Union européenne a sacrifié les agriculteurs français. Et le gouvernement français a laissé faire.


En politique comme en toutes choses, rien n’est sans cause. Si les agriculteurs, éleveurs et exploitants répandent aujourd’hui leurs tracteurs sur les routes de France, c’est parce que les gouvernements successifs ont semé les graines de la colère et du mépris depuis qu’ils ont laissé les clés de la ferme française à Bruxelles.

L’agriculture comme monnaie d’échange

Chaque année, nos filières agricoles font l’objet d’obscurs tripatouillages dans les bureaux de l’Union européenne, où les représentants français décident de contingenter tant de tonnes de volaille, de porc ou de bœuf en échange de telle ou telle quantité de voitures allemandes, au grand détriment des producteurs français et au grand bénéfice des industriels d’outre-Rhin.

Tout le fruit du labeur de nos près de 500 000 exploitants agricoles se retrouve bradé dans le grand étalage de la mondialisation sauvage. Depuis que les responsables politiques français se sont jetés, les yeux fermés, dans les accords de Maastricht en 1992, d’Amsterdam en 1997 et de Lisbonne en 2007, le nombre d’exploitations n’a cessé de baisser et les conditions de vie des agriculteurs de chuter.

Pendant que le traité d’Amsterdam se vantait de créer un « espace de liberté, de sécurité et de justice », l’Union européenne a enfermé les agriculteurs dans un triple-étau de captivité, d’insécurité et d’injustice. De captivité parce que les agriculteurs sont soumis à des normes pullulantes et incompréhensibles. D’insécurité parce que la versatilité des prix des intrants (qui ont bondi de 22% en 2022) et des matières premières (+ 40% sur l’énergie en 2022) les empêche d’ajuster la production en fonction des besoins et des capacités. Et enfin d’injustice parce que la France importe à moindre coût des produits fabriqués aux quatre coins du globe sans les mêmes exigences que les nôtres.

Pendant que l’Union européenne négocie, signe, approuve, défend et promeut un modèle mortifère, les agriculteurs français se lèvent chaque jour pour travailler leurs terres, sous un horizon qui s’obscurcit chaque jour. L’Union européenne a promis la « ferme à la fourchette », mais les fermes meurent à la louche, et les agriculteurs ne ressentent que le couteau qu’ils ont dans le dos.

Une agriculture française sacrifiée par l’Union européenne

Dans le cadre de la politique agricole commune (PAC), la France est l’un des rares pays qui contribue chaque année à hauteur de 7 à 9 milliards d’euros nets. Ce système mis en place depuis 1962 étouffe par son embolie bureaucratique et épuisante pour les agriculteurs. Les réformes entreprises dans le cadre de la « nouvelle PAC » alourdissent encore les contraintes qui pèsent sur les exploitants, et personne ne s’y retrouve. Si les eurodéputés du Rassemblement National ont voté pour, c’était pour éviter de faire empirer la situation à court-terme, en attendant de vraies mesures structurelles.

Au-delà de cette PAC qui ne fonctionne que par l’essorage de l’agriculture française, les tracteurs défilent sur les routes parce que plus de 42 accords de libre-échange conclus par l’Union européenne sont actuellement en vigueur. Le Premier ministre Gabriel Attal a eu beau jeu, en Haute-Garonne, de prononcer une allocution armé de ses fiches posées sur un ballot de paille pour dénoncer l’ineptie de ces accords, il a lui-même avoué que ces accords sont en réalité la « loi de la jungle ». C’est bien, mais c’est un peu tard. C’est également légèrement osé d’assimiler le libre-échange à la loi de la jungle alors que pendant des années il a vu avec admiration Emmanuel Macron passer de branche en branche et d’arbre en arbre pour saccager de plus en plus de filières agricoles dans une jungle qui a toujours été leur terrain de jeux.

Gabriel Attal s’adresse aux agriculteurs, au lieu-dit Saint-Martin, à Montastruc-de-Salies (Haute-Garonne), le 26 janvier 2024 © Miguel MEDINA / AFP

C’est tout ce camp libéral qui a lancé les agriculteurs français dans la jungle européenne et mondiale du libre-échange dérégulé, et c’est lui qui le regrette aujourd’hui, peut-être même sincèrement. Emmanuel Macron était déjà ministre sous la présidence de François Hollande, pendant les discussions sur le CETA. Emmanuel Macron est président de la République depuis 2017, et depuis toutes ces années les accords de libre-échange européens se multiplient, avec le Canada et l’Équateur en 2017, avec Singapour et le Japon en 2019, le Vietnam en 2020 et plus récemment encore avec la Nouvelle-Zélande, avec l’accord des eurodéputés RENEW.

Depuis des années déjà un accord avec les pays du Mercosur est en négociation. Ce traité prévoit la suppression quasi-totale des droits de douane sur les produits agricoles importés vers l’Europe, ce qui exposera dangereusement les filières bovine, avicole et sucrière. Pour pimenter encore plus un plat bien épicé pour la France, il faut préciser que le Parlement européen examine également un accord avec le Chili, qui vouera aux mêmes périls les secteurs bovin, porcin et ovin.

Tous les constats portés par le Rassemblement National depuis des années, nous les retrouvons dans le rapport d’information sur les accords de libre-échange conclus par l’Union européenne, dont j’ai été corapporteur en 2023. Pendant plus de six mois j’ai eu la charge de mener une série d’auditions, dont il résulte un rapport parlementaire de 100 pages qui le démontre sans ambiguïté : le bilan des accords de libre-échange est accablant. Ce rapport confirme clairement que les accords nuisent à l’agriculture française et que la majorité des filières agricoles ne parvient pas à affronter la concurrence induite par ces accords conclus avec des pays aux standards normatifs moins élevés. Pendant les auditions, une représentante du Bureau européen des unions de consommateurs a même fait mention d’une étude menée par l’UFC-Que Choisir, qui a mis en évidence que sur 250 produits achetés sur des plateformes, plus de 60% n’étaient pas conformes aux normes applicables.

Ce n’est pas tout. En audition, des syndicats agricoles m’ont soutenu que l’empilement des accords aboutissait à des effets négatifs cumulatifs, en ceci que les filières sont de plus en plus jetées dans l’arène anarchique des importations et des exportations. Même Olivier Becht, alors ministre du Commerce extérieur, a avoué l’impossibilité de contrôler l’entièreté des produits entrants ! Tout ce rapport voté à l’unanimité des membres de la commission des Affaires européennes reprend les constats autant que les propositions du Rassemblement National : impliquer davantage les parlements nationaux dans les négociations, augmenter les sanctions en cas de d’irrespect des stipulations des accords, généraliser le recours aux mesures miroirs ou encore imposer des clauses de revoyure et extraire les filières agricoles des accords de libre-échange.

En un mot : l’intégration européenne a désintégré l’agriculture française.

Un désastre amorcé à Bruxelles mais encouragé par le gouvernement français

Les pompiers-pyromanes du camp présidentiel votent au Parlement européen comme à l’Assemblée nationale ou au Sénat en faveur d’accords prodigieusement nuisibles pour l’agriculture française, et le silence du gouvernement suite à l’adoption le 13 juin 2023 de la proposition de résolution contre le Mercosur illustre bien cette irresponsabilité. Maintenant que les braises se réchauffent et que la colère monte à Paris, le gouvernement donne raison au Rassemblement National.

Marine Le Pen en campagne au sommet de l’élevage, Cournon d’Auvergne (63), le 7 octobre 2021 © Alain ROBERT/SIPA Alain ROBERT/SIPA

Marine Le Pen a toujours dénoncé les errances du mondialisme angélique porté par l’Union européenne et a toujours défendu le localisme et les circuits-courts contre les défilés de supertankers ultrapolluants et l’importation massive de produits contenant des substances interdites en France. Avec Marine Le Pen, le Rassemblement National a toujours alerté sur la bombe à retardement causée par la concurrence déloyale et la sauvagerie du commerce international. En 2013, face à Bruno Le Maire, Marine Le Pen avait déjà tiré la sonnette d’alarme sur la chute du nombre d’exploitations agricoles et sur les méfaits des accords de libre-échange, notamment en pointant la dangerosité du CETA dès 2017.

Face à nos avertissements, le gouvernement accélère et semble trouver du plaisir à l’asphyxie normative, économique et fiscale des agriculteurs. C’est ce qu’il a fait en supprimant l’avantage fiscal sur le gaz non routier (GNR), alors que le Rassemblement National proposait de le maintenir par des amendements déposés à l’Assemblée nationale à l’occasion du projet de loi de finances pour 2024, ce qu’a également voulu porter mon collègue Jean-Philippe Tanguy au ministre Bruno Le Maire à l’occasion des Dialogues de Bercy. Mais un énième 49.3 a tout fait valser. Pendant ce temps-là, les outils de travail des agriculteurs sont saccagés par des margoulins d’extrême gauche et le gouvernement n’est pas capable de mener à son terme la dissolution des Soulèvements de la Terre. Les agriculteurs français sont donc les naufragés d’un État qui ne les protège pas, d’une Europe qui les sacrifie, d’un système économique qui les étrangle, et d’une caste politique qui les méprise.

Dans ce contexte, il est évident que la colère des agriculteurs est légitime. Elle est légitime quand on voit que la macronie continue de promouvoir la concurrence déloyale (les eurodéputés RENEW viennent d’approuver l’accord UE-Chili), la hausse des taxations et la prolifération des normes tatillonnes, alors que 20% des ménages agricoles vivent sous le seuil de pauvreté et que près de 200 agriculteurs se suicident par an. Les revendications des agriculteurs ne sont pas extravagantes ni hallucinantes, il s’agit simplement de lutter contre le déclassement de l’agriculture française et de mettre un terme à cette surenchère administrative et fiscale écrasante, et encore de garantir qu’aucune interdiction ne puisse être prononcée sans solution de secours.

Aujourd’hui, les agriculteurs sont mobilisés pour leur dignité et la juste rémunération de leur labeur quotidien, celui-là même qui a façonné nos paysages et les racines profondément rurales de la France. Pour que les consommateurs français renouent avec la consommation française, il faut également redonner du pouvoir d’achat à la population, et enfin partager la valeur et permettre aux agriculteurs de vivre de leur travail. Les événements démontrent que le Rassemblement National a raison, c’est pourquoi les agriculteurs peuvent compter sur lui pour remettre l’agriculture française au milieu du champ.

« Entre Mélenchon et Le Pen, la seule certitude que j’ai, c’est que je ne pourrais pas voter pour Monsieur Mélenchon »

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Amine El Khatmi © HarperCollins France

Selon l’ancien président du Printemps Républicain (2017-2023), la théorie de la « tenaille identitaire » était vraie et pertinente au début des années 2000, mais ne l’est plus. Explications.


Causeur. Dans votre dernier livre, Cynisme, dérives et trahison, vous revenez sur votre désillusion aux législatives de juin 2022. Le candidat Macron avait sollicité le soutien du Printemps républicain lors de la campagne présidentielle, sans concrétiser ce rapprochement au moment des investitures. N’avez-vous pas été trop naïf ?

Amine El Khatmi. Ce qualificatif de « naïf », je l’emploie moi-même dans le livre. Nous nous sommes focalisés sur un certain nombre d’actes qui ont été accomplis par le président de la République. Je pense à la loi contre le séparatisme, qui, pardon, comportait quand même un certain nombre de dispositions que nous réclamions aux gouvernements successifs depuis des années et que nous n’avions pas obtenu. Y compris quand nos amis étaient au pouvoir, sous la présidence de François Hollande. Il y a eu aussi le discours des Mureaux le 2 octobre 2020. Puis, dernier exemple, la dissolution de l’Observatoire de la laïcité le 5 juin 2021 dirigé par le sinistre duo Nicolas Cadène / Jean-Louis Bianco. Cette dissolution, réclamée par les associations laïques, a toujours été refusée par le président Hollande, qui avait même choisi de reconfirmer le duo à la tête de cette institution. Venant plutôt de la gauche républicaine, laïque, pro-Charlie et compte tenu de la campagne désastreuse que menait la candidate socialiste Anne Hidalgo, choisir de soutenir Emmanuel Macron était alors un choix de raison. C’était aussi un choix politique, basé sur des faits objectifs. Mais ce choix s’est révélé stérile et trompeur.

Vous pensez que le Printemps Républicain a joué un rôle dans sa réélection ? Si vous aviez eu un candidat, vous auriez pu faire 3 ou 4%, dans le meilleur des cas.

Vous savez, 3 ou 4% dans une présidentielle, ce n’est pas négligeable. C’est ce que me dit à l’époque Raphaël Enthoven  : « Tu pars en campagne, tu fais 3/4% et tu négocies un ralliement ». La politique, c’est une question de rapport de forces. Donc avec un petit score comme celui que vous évoquez, oui, on peut se retrouver en situation de négocier des investitures, des circonscriptions, etc. Là où nous avons été naïfs, c’est que nous n’avons pas tenu compte des propos de l’entourage d’Emmanuel Macron. Quand Stéphane Séjourné dit : « Nous ne ferons de cadeau à personne », il signifie qu’il ne traitera pas bien ses alliés. Or, je pensais que nous n’avions pas besoin d’installer un rapport de forces de ce type dans la mesure où nous apportions une ligne politique lisible et claire concernant la laïcité et que celle-ci pouvait donner une identité au second mandat d’Emmanuel Macron, dont la campagne manquait de souffle. C’était une erreur. Mais je rappelle que le Printemps Républicain n’a pas été le seul cocu dans l’histoire. Jean-Pierre Chevènement, une des dernières grandes figures morales au sein de la gauche, a été traité avec un mépris et un manque total de considération puisque son mouvement n’a aujourd’hui aucun député, alors qu’il a également mis son poids dans la balance pour soutenir Emmanuel Macron. La réalité, c’est que le président de la République avait besoin de cocher certaines cases pour rallier certaines catégories d’électeurs. Parmi ces cases, celle de la « gauche républicaine » avait été identifiée. Une fois que cette case a été cochée, que les électeurs se sont laissés prendre au piège et que la présidentielle a été derrière lui, Emmanuel Macron n’a plus eu besoin de nous. Et il ne s’est plus encombré de précautions.

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Vous semblez vous éloigner de la théorie de la tenaille identitaire chère à Laurent Bouvet et à Gilles Clavreul. Vous estimez que la vraie menace est islamiste et que l’extrême droite folklorique de type « Rivarol » n’existe quasiment plus…

Je dis que cette dernière est résiduelle…

Gilles Clavreul en 2017 © Auteurs : EREZ LICHTFELD/SIPA Numéro de reportage : 00834841_000028

Est-ce que vous prenez vos distances avec Gilles Clavreul ?

Je ne prends pas mes distances avec Gilles Clavreul. C’est un ami, pour qui j’ai de l’estime et de l’affection. Il ne s’agit pas d’une querelle personnelle, nous ne sommes pas brouillés. Il s’agit d’une évolution politique. Je pense que la théorie de la tenaille identitaire était vraie et pertinente au début des années 2000. Elle ne l’est plus depuis les attentats qui ont frappé la France. Aujourd’hui, essayez d’expliquer à un Français de confession juive que la menace islamiste est équivalente à la menace de ce que l’on appelle l’extrême droite, il y a de fortes chances qu’il vous rie au nez. L’assassin des enfants de l’école Ozar Hatorah de Toulouse, ceux d’Ilan Halimi, celui de Sarah Halimi, celui de Mireille Knoll comme celui des quatre malheureux de l’hyper casher de la porte de Vincennes n’étaient pas des soutiens d’Henry de Lesquen ou des lecteurs de Rivarol (journal que je considère évidemment comme un torchon antisémite). Tous venaient d’un seul des côtés de la tenaille, c’est-à-dire étaient sous l’emprise de l’idéologie islamiste et de l’antisémitisme arabo-musulman des quartiers populaires. Je ne dis pas qu’il n’y a pas une extrême droite en France (j’ai cité Rivarol, Henry de Lesquen, je pourrais ajouter le GUD). Mais je dis aujourd’hui, sur tout un tas de sujet, à commencer par l’antisémitisme notamment, la vraie menace n’est pas là où on tente de le faire croire.

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Madame Le Pen et les siens se tiennent de façon quasi-exemplaire depuis le 7 octobre. Ils ont apporté leur soutien sans réserve à Israël, ils se sont tenus aux côtés des Français de confession juive en venant manifester contre l’antisémitisme. Pendant ce temps, les Insoumis mélenchonisés bavardaient, eux, sur le fait que les exactions terroristes du 7 octobre étaient des actes de guerre commis par un mouvement de résistance. Ils sont allés jusqu’à expliquer que les manifestants de la marche contre l’antisémitisme étaient d’extrême droite, ont essayé de faire venir à l’Assemblée nationale, la patronne du FPLP, Madame Abou Daqqa. Ils ont tenu des propos ambigus, expliquant que Madame Braun-Pivet « campait » au parlement à Tel-Aviv, ce qui a été compris comme une allusion peu subtile à son origine juive. La cheffe de file des Insoumis a dit également de Madame Borne, alors Première ministre, qu’elle était une « rescapée ». Un mot qui prend tout son sens quand on sait que le père de l’ancienne chef du gouvernement est effectivement un rescapé de la Shoah, qui ne s’en remit pas et mit fin à ses jours. Je pourrais continuer longtemps la longue liste des abjections qui ont toutes été commises par le même camp. Serge Klarsfeld, qui ne peut pas être taxé de la moindre accointance avec l’antisémitisme et qui a consacré sa vie à chasser des nazis, a dit lui-même qu’il considérait aujourd’hui Monsieur Mélenchon plus dangereux pour les Français de confession juive que Madame Le Pen. Je rejoins Serge Klarsfeld sur ce point.

Vous déclarez dans votre livre ne pas exclure de voter Rassemblement National à l’avenir. Est-ce que vous réservez votre coming out politique pour les Européennes ?

Non. Je ne serai pas candidat aux Européennes. Je ne serai pas sur la liste de Monsieur Bardella. Je n’ai pas l’intention de rejoindre un quelconque parti politique. Je dis simplement que, dans un scenario qui ne parait plus complètement improbable, nous conduisant à choisir entre Monsieur Mélenchon et Madame Le Pen, la seule certitude que j’ai aujourd’hui, c’est que je ne pourrais pas voter pour Monsieur Mélenchon. Ce scénario, contrairement à ce qui a été souvent écrit, n’est pas impossible. Il est testé par des sondeurs qui n’ont pas pour habitude de perdre du temps sur des hypothèses loufoques. Je dis juste que je ne pourrai voter pour le leader LFI, même s’il est en face de la candidate du RN. Rien de plus. Dans ce contexte, il me resterait donc trois choix : le vote blanc, l’abstention et le vote Le Pen. Je ne suis pas encore tout à fait sûr de ce que je choisirais si la circonstance devait se présenter. Ma seule certitude, au vu de l’attitude de Jean-Luc Mélenchon et de son parti, c’est que je ne pourrais jamais voter pour cet homme.

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Vous avez connu Gabriel Attal chez les Jeunes socialistes. On dirait qu’il ne vous a pas fait une très grande impression. Il a quand même réussi à susciter un peu d’enthousiasme, même chez Alain Finkielkraut, dans le dernier numéro de Causeur, c’est quand même un exploit.

Oui, j’ai lu ça avec intérêt.

Est-ce qu’il n’a pas ringardisé Emmanuel Macron, est-ce qu’il n’a pas mieux compris que le président les aspirations des Français sur les questions d’ordre, de laïcité ?

Je lui reconnais un talent incontestable de communicant, il a sans doute un flair tout aussi remarquable, mais qui sont mis au service d’une absence à peu près totale de convictions. Je lui sais gré de prendre les positions qu’il prend mais je vais me permettre un peu de prudence, attendre le long terme et juger sur la durée avant d’avoir un avis définitif. Je suis néanmoins un peu perplexe parce que j’ai le sentiment que sa conversion à l’autorité date de sa nomination au ministère de l’Education nationale. On n’est pas en train de parler de positions très anciennes. Il s’est certes révélé sur ces sujets avec l’interdiction du qamis et de l’abaya à l’école, mais j’ai le sentiment que cette conversion tardive s’explique davantage par le souhait de prendre le contre-pied de son calamiteux prédécesseur, Pap Ndiaye, que par la force d’une conviction. Je ne veux cependant pas lui faire de procès d’intention. Je lui accorde le bénéfice du doute et j’attendrai comme tout le monde les résultats.

Cynisme, dérives et trahisons

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Non, je ne me tairai plus

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Témoins gênants

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Dimitri Casali © Hannah Assouline

En France, on ne déboulonne pas les statues, disait Emmanuel Macron. Pourtant, chaque mois, la statue d’un personnage célèbre est déboulonnée. Le 4 décembre, à Saint-Denis de la Réunion, c’est celle de Mahé de la Bourdonnais qui a été retirée de l’espace public. Dans un essai précis et enlevé, Dimitri Casali dénonce ce totalitarisme woke.


Causeur. La dernière statue à avoir été déboulonnée est celle de Mahé de la Bourdonnais, à la Réunion. Cet homme était-il un épouvantable esclavagiste ?

Dimitri Casali. L’exemple de Mahé de la Bourdonnais est excellent, car c’est un symbole très fort : marin parti bourlinguer, tout jeune, il a été à la fois explorateur et grand navigateur (il a même perdu un bras contre la Royal Navy !), avant d’être nommé gouverneur des Mascareignes en 1733. Les Mascareignes rassemblaient la Réunion, l’île Maurice et Rodrigues. Et il a fait de cet archipel un îlot de prospérité à force de travail acharné et, surtout, d’intelligence. Administrateur de génie, il a développé la canne à sucre, le café, les épices. Il a aussi construit toutes les infrastructures de la Réunion et de l’île Maurice, des routes, des aqueducs, des hôpitaux. Pour cela, c’est vrai, il a employé le travail forcé d’esclaves, mais il faut rappeler que la Réunion était alors une île déserte ! Il n’y avait rien ni personne. Sans Mahé de la Bourdonnais, la Réunion ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui.

Sa statue trônait en plein centre de Saint-Denis depuis 1856. L’œuvre avait même reçu un prix à l’Exposition universelle, sous Napoléon III. Aujourd’hui, la ministre de la Culture et le préfet de la Réunion ont donné leur accord pour la déboulonner et la cacher dans une caserne fermée au public. Tout le monde ignore que cet homme avait épousé une métisse avec qui il avait eu une fille, noire, qu’il a reconnue et ramenée à Paris afin de lui donner la meilleure éducation possible. Cet épisode ne dépeint pas véritablement le profil de raciste impénitent dont parle la maire de Saint-Denis. La suppression de ce monument par la France officielle est une grande première pour satisfaire le wokisme ambiant.

On déboulonne aussi des antiesclavagistes et des personnages qui n’ont aucun rapport avec l’esclavage, comme le général de Gaulle.

De Gaulle, comme Churchill, sont aussi traités de suprématistes blancs. Ce mouvement de déboulonnage s’inscrit dans un vaste mouvement qui débaptise nos rues et nos écoles, réécrit nos textes littéraires, cache nos tableaux…Cette idéologie woke veut effacer nos racines et notre histoire.

A lire aussi : «Il y a une guerre des civilisations qui se dessine»

Votre livre traite de situations similaires en Angleterre et aux États-Unis. En France, le président a dit : « La République ne déboulonnera pas une seule de ses statues », et pourtant…

Le 14 juin 2020, Emmanuel Macron a affirmé qu’en France, on ne déboulonnerait aucune statue, mais pas un mois ne passe sans qu’une statue ne soit déboulonnée ou dégradée. Huit jours après cette déclaration, la statue de Colbert, devant l’Assemblée nationale, était recouverte de peinture rouge et d’un tag : « Négrophobie d’État », alors que le site est surveillé par la police ! Un mois plus tard, c’est la statue de Joséphine de Beauharnais qui était pulvérisée aux cris d’une vingtaine de Martiniquais indépendantistes, le MIR. Ce qui est grave, c’est qu’il y avait un cordon de CRS, non loin des manifestants et qu’ils ont laissé faire ! Normalement, en France, quand on dégrade une statue monument historique, on est condamné à sept ans de prison et à une amende pouvant aller jusqu’à 100 000 euros. La loi n’est plus appliquée.

Ce n’est pas nouveau dans l’histoire qu’on veuille effacer l’histoire…

Sous la Terreur surtout ! En 1793, ce mouvement a été terrible pour notre histoire. Les jacobins – amis de Robespierre – ont voulu éradiquer toutes les racines chrétiennes et monarchiques de la France. Un vrai cauchemar artistique. On a alors perdu énormément d’œuvres d’art.

La nouveauté est peut-être que ce mouvement woke est marqué par la bêtise et l’ignorance ?

Absolument. On assiste au choc entre la méconnaissance de l’histoire et la bêtise. L’effondrement de l’école y est pour quelque chose, car l’ignorance se télescope avec l’actualité brûlante. Les conséquences sont inquiétantes, car si nous n’avons plus la même histoire, nous n’avons plus la volonté de vivre ensemble. C’est la porte ouverte à une société de haine et de guerre civile. Les terroristes islamistes ont compris mieux que nos dirigeants l’importance de notre histoire et de notre culture, raison pour laquelle l’assassin de Dominique Bernard cherchait un prof d’histoire à assassiner ! Nous avons la plus belle histoire du monde. Il faut absolument raviver ce sentiment national qui n’existe plus. Dans les manuels d’histoire, les termes « sentiment national » et « patriotisme » ont disparu depuis une vingtaine d’années. Enfin, il ne faut pas avoir peur de contre-attaquer. Personne ne parle des 1 250 000 esclaves blancs (fourchette basse) enlevés par les Barbaresques. À notre tour d’exiger des excuses et des réparations !

A lire aussi : Ça, c’est Paris!

Ne soyons pas plus woke que les woke ! Dans votre conclusion, vous écrivez que « la mémoire divise et l’histoire réunit ».

Pierre Nora disait que « l’histoire rassemble ». Je préfère dire qu’elle réunit. Cela rejoint l’idée de Simone Veil qui n’aimait pas l’expression « devoir de mémoire ». Pour elle, il n’y avait qu’un devoir, celui d’enseigner et d’éduquer. Je trouve ça excellent, car les mémoires sont les souvenirs historiques de communautés souvent drastiquement opposées. Alors que l’histoire, si on analyse froidement les faits, ne peut être jugée. L’histoire n’est ni noire ni blanche, elle est grise et c’est ce gris de la complexité qui la rend passionnante. Voilà ce qu’on devrait enseigner à nos enfants.

Voltaire où es-tu ? Il y a pile un an, Causeur prenait fait et cause pour le retour de Voltaire. Cette initiative lancée par René Monier, un citoyen alarmé par la disparition de la statue du philosophe, square Honoré-Champion (Paris 6ᵉ), a, en quelques semaines, réuni près de 5 000 signatures pour réclamer le retour de l’œuvre sur son socle. La Mairie l’avait exfiltrée en 2020 après des dégradations en série, Voltaire étant, c’est bien connu, un méchant esclavagiste. La promesse de son retour a été faite à l’été 2023. Début 2024, il n’est toujours pas revenu. La décision revient au ministre de la Culture qui s’illustre, ô surprise, par son non-empressement. Plus que jamais, la pétition mérite d’être signée : www.leretourdevoltaire.com


À lire

Dimitri Casali, Ces statues que l’on abat, Plon, 2023.

Ces statues que l'on abat !

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