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Le 7 octobre et après

Meurtri au plus profond de lui-même par la barbarie du Hamas, Gilles-William Goldnadel s’est enrôlé dans la défense médiatique quotidienne d’Israël. Son nouveau livre dévoile les coulisses de ce combat acharné.


Dans la matinée du 7 octobre, Gilles-William Goldnadel est réveillé par la sonnerie de son téléphone portable. C’est un SMS de son fils. « Nous sommes en guerre », lui écrit-il de Tel-Aviv. Au fil des heures, l’avocat franco-israélien comprend que l’impossible est arrivé. Et que le « nous » recouvre une communauté humaine bien plus vaste que la seule population de l’État hébreu, touchée de plein fouet par le terrorisme islamiste.

Non pas qu’il ait attendu cet indicible massacre pour se sentir passionnément sioniste. Seulement le juriste madré, l’essayiste cultivé (fin connaisseur notamment des théories de Gustave Le Bon et de Sigmund Freud sur la psychologie des foules), le bretteur télévisuel aux effets de manche si caustiques ne se reconnaît plus lui-même. Désormais l’horreur du Hamas le hante jour et nuit. « Je n’imaginais pas ça, confie-t-il à son journal. Mes enfants sont partis en Israël pour ne pas connaître ça. L’humiliation d’être redevenu un juif craintif. Et la peur pour mes enfants. Et la crainte indicible de leur survivre. »

Un deuil écrasant

On devine la vocation première de ce texte : redonner du courage à ceux qui, juifs ou non, sont abattus, désespérés par le pogrom survenu il y a quatre mois. L’auteur ne cache rien, lui-même, de ses propres passages à vide, de ces journées durant lesquelles seules une salade de roquette au parmesan ou une discussion professionnelle au sujet d’un banal client convaincu d’escroquerie le distraient quelques instants, avant que l’effroi et la colère ne reprennent place dans son esprit.

Ce livre est en somme le témoignage d’un corps dans la tourmente, avec son chagrin, sa douleur, ses insomnies. Ses envies de vengeance aussi. « Je me serais volontiers vengé des nazis, justifie-t-il. Les services israéliens ont éliminé un à un les responsables de l’attentat contre leurs athlètes. Cette vengeance de Munich me paraît très juste et très humaine. » On aura compris que notre chroniqueur ne s’accordera pas de répit aussi longtemps que ceux qui, là-bas, se battent en treillis sur le terrain ne pourront se reposer. Son portrait, en couverture du livre, exprime parfaitement cette détermination. Le visage est marqué par l’angoisse et la fatigue, le regard est d’une tristesse profonde.

Au fil des pages du journal, chaque jour connaît sa peine. Chaque jour sauf un : « rien », écrit Goldnadel le 7 octobre. Mais pas le « rien » consigné par Louis XVI au soir du 14 juillet 1789. Pas un « rien à signaler », mais un rien de sidération, d’un choc terrible qui empêche d’écrire, qui ne permet que d’expédier le plus urgent. Puis, à partir du lendemain, 8 octobre, Goldnadel entre dans la tranchée des juifs. Car il sait que, de l’autre côté de la Méditerranée, les Israéliens sont ensemble et doivent faire face aux urgences et aux drames.

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Que faire ? Y aller, en Israël, pour être avec les autres, partager la nouvelle adversité ? Non, plutôt rester en France et faire la guerre ici, dans les médias avec sa voix et sa plume. Une automobilisation autant physique qu’intellectuelle, et qui fait penser – on trouvera peut-être la comparaison audacieuse – à Maurice Barrès décidant, en 1914, alors âgé de 52 ans et donc trop âgé pour le port de l’uniforme, de s’astreindre à donner un texte par jour à L’Écho de Paris pendant toute la durée du conflit, comme pour participer à l’effort de ceux qui sont sur le champ de bataille.

Certes, ce n’est pas la première fois. Depuis plus de quarante ans, chaque crise violente entre Israël et ses ennemis – Intifada, Liban, Gaza – provoque dans le reste du monde une vague étouffante d’antisémitisme. Les juifs de la diaspora se retrouvent écrasés entre deux fronts. À la violence là-bas s’ajoute un sentiment de rejet et d’incompréhension ici.

Les menaces sont identifiées

Il y a bien longtemps du reste que Goldnadel alerte ses coreligionnaires sur le péril mortel du djihadisme, à ses yeux infiniment plus dangereux en Occident qu’un hypothétique réveil de la bête immonde fasciste. « Je me fous de Jean-Marie Le Pen, assume-t-il. Le souvenir de la Shoah me hante, mais je le garde pour moi. Je me fous de l’antisémitisme de papa. Je me bats contre celui, islamiste, d’aujourd’hui. »

Le chroniqueur de CNews est aussi l’un des tout premiers à avoir compris que la menace principale viendrait désormais aussi d’une partie de la gauche, de cette extrême gauche qui, comme il l’a déjà écrit à de multiples reprises, voit dans chaque juif un « Blanc au carré », forcément complice d’une prétendue colonisation au Proche-Orient. Hostile à la politique d’implantations, Goldnadel voit pourtant rouge dès que le mot infamant colonisation est prononcé pour décrire la situation en Cisjordanie. Comment ose-t-on appeler « colons » ceux qui se trouvent, serait-ce à tort, sur une terre où ont vécu leurs ancêtres ?

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Seulement, depuis le 7 octobre, cette affligeante inversion des valeurs est encore plus implacable. Elle est devenue le mot d’ordre des djihadistes et de leurs alliés, si prompts à crier leur joie mauvaise, à clamer que le peuple victime de la Shoah serait à présent coupable d’un génocide. De la blague douteuse de Guillaume Meurice à la procédure entamée par l’Afrique du Sud devant la Cour internationale de justice de La Haye en passant par le négationnisme des crimes commis par le Hamas, les enjeux sont aussi évidents que terribles : il faut que les juifs soient transformés en nazis, que Nétanyahou soit pire qu’Hitler.

Cette terrible injustice traverse ce journal de guerre comme elle transperce l’âme des millions des juifs partout dans le monde. Et là se trouve sans doute la plus grande valeur de ce texte, document truffé de morceaux de vie et de bravoure, d’esprit et de tendresse, sur un juif du quotidien en temps de guerre.

Gilles-William Goldnadel, Journal de guerre, Fayard, 2024.

Journal de guerre: C'est l'Occident qu'on assassine

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Reporters avec frontières

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Le Conseil d’État vient d’ordonner à l’Arcom de réexaminer le respect par la chaîne CNews de ses obligations en matière de pluralisme. Le ton et certaines idées que l’on entend sur le canal 17 gênent. Surtout, certains s’inquiètent que les citoyens puissent s’échapper de leur goulag mental…


Après octobre noir, voici février gris ! Vert de gris, oserais-je. Octobre, le pogrom du terrorisme islamiste dans sa déclinaison Hamas, la déferlante de sang et de barbarie sur la terre d’Israël. Février, des journalistes de France – oui de France, terre de Beaumarchais, Diderot, Voltaire, Hugo, Zola, Camus et tant d’autres – ourdissent un bas procès visant ni plus ni moins à faire interdire d’autres journalistes, leurs confrères…

Qui en veut à la liberté de la presse ?

Les deux événements ne sont pas, il s’en faut de beaucoup, de même gravité, de même intensité, de même nature, ni porteurs d’aussi terrifiantes conséquences. Leur seul lien, ténu je le confesse, est que ma petite personne, modestement, était jusqu’alors bien persuadée de ne jamais avoir à assister sa vie durant à tant d’horreur d’une part, et à tant d’ignominie intellectuelle d’autre part.

Je nous en croyais prémunis, considérant la vie humaine et l’intégrité de l’être comme métaphysiquement sacrées et la liberté d’expression tout aussi sacrée, du moins civiquement, philosophiquement. Une interrogation oppressante émerge. Jusqu’où régressera-t-on ? Jusqu’où nous laisserons-nous embarquer dans ces spirales obscurantistes où se déploient chaque jour un peu plus la haine et la plus abyssale bêtise?

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Voilà bien que Reporters sans Frontières, organisation non gouvernementale qu’on veut bien feindre de croire non inféodée politiquement, se pervertit au point d’entreprendre de bâtir, ici, en France, un mur, exactement de ceux qu’elle est censée devoir détruire partout ailleurs de par le monde. Les murs de la censure. Les murs de la vérité bâillonnée. Les murs du goulag mental… Mais au fond, rien de bien surprenant à cela: toutes les menées à visée inquisitoriale reposent sur une contradiction originelle dont elles finissent par crever. Elles en viennent toujours à générer la négation pure et simple de ce qu’elles font profession de défendre et promouvoir. Le communisme, brandissant sans vergogne l’étendard de l’égalité la plus absolue, fabrique en réalité, avec une obsessionnelle méticulosité, la nomenklatura la plus illégitimement inégalitaire de l’ère contemporaine. Les exemples abondent. Dans un registre, là aussi peu comparable, mais symboliquement tout aussi pervers, voilà donc que Reporters sans Frontières s’emploie à en dresser une, de frontière. Un comble. Une frontière destinée à rejeter hors du champ journalistique la chaîne d’information CNews. On pourrait se croire plongé dans un cauchemar ou victime d’une très mauvaise farce.

Il faut dire que cette antenne cumule deux travers inexpiables vus de cette ONG qui, très probablement, se voit en détentrice exclusive des critères objectifs permettant de déterminer ce qui doit être porté ou non à la connaissance du public et comment cela doit être livré. Donc, premier péché impardonnable, CNews rencontre le succès. Succès d’audience, et, de surcroît, succès de considération, d’estime. C’est beaucoup. Seconde tare tout aussi rédhibitoire, ses programmes s’ingénient à dire le réel. Le réel tel qu’en lui-même. Non l’édulcoration façon camomille que servent depuis des décennies les médias autorisés. Le réel pleine face, affronté bille en tête. Nouveau, très nouveau dans le paysage. Alors, forcément, ça dérange, ça déstabilise. Le doux ronron qui ne ronronne plus, enfin vous voyez…

Billard à trois bandes

La manœuvre de RSF, en fin de compte, ne mériterait que « le sarcasme de la gaieté et l’indulgence du mépris » – comme dit si brillamment Chamfort – si l’enjeu n’était aussi grave, aussi existentiellement déterminant. Il s’agit de la liberté de dire. La liberté d’aller voir avant de dire pour – là est le point névralgique – dire ce que l’on voit. Tout simplement.

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Avec cette manœuvre d’exclusion, disais-je, on bordaille l’association de malfaiteurs. RSF s’en va pleurnicher du côté du Conseil d’Etat qui ira quant à lui déverser leurs doléances communes auprès de l’Arcom où, dit-on, on serait assez bien disposé à les entendre. Le billard à trois bandes, mais très loin de la subtilité ordinairement requise pour ce jeu passionnant.

Je nommais Voltaire. Il n’a, paraît-il, jamais prononcé la fameuse phrase : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous puissiez continuer à le dire. » Elle lui va pourtant comme un gant. Aussi, puisqu’elle ne lui appartient pas, considérons qu’elle est à tout le monde. Même aux petits marquis effarouchés de la presse idéologiquement encartée. Qu’ils s’en emparent. Et ils auront, cette fois, bien mérité de leur beau métier.


Mitterrand, Don Juan en politique

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Narco glamour

On reproche à la nouvelle série de Netflix Griselda d’être complaisante avec la violence. Une critique qui n’est pas juste, selon notre chroniqueur


Les pèlerins du bien en seront pour leurs frais : Griselda Blanco n’est pas précisément un parangon de vertu. Dans la ligne (si j’ose dire) des séries (visibles sur Netflix) Narcos (2015) puis Narcos : Mexico (2021), le fringant cinéaste originaire de Cali, Andrés Baiz, 49 ans, spécialiste du thriller latino horrifique, a confié le rôle-titre de sa nouvelle série à la star américano-colombienne Sofia Vergara. Elle en est également productrice exécutive.

Concurrente d’Escobar

Voilà donc, en six épisodes -à mater bien accroché aux accoudoirs de son fauteuil-, Griselda, dont s’il faut en croire la citation de Pablo Escobar placée en exergue du film d’ouverture, la femme qu’on surnommera « la marraine » ou « la veuve noire » est, dit-il, « le seul homme dont j’ai toujours eu peur ». Figure pionnière du marché de la dope, l’impitoyable « reine de la coca » telle qu’incarnée ici par la flamboyante vedette d’Hollywood n’a pas acquise la dimension mythique du sicaire de Medellin. Quoiqu’il en soit, concocté par une bonne dizaine de scénaristes, le script s’empare de ce destin fuligineux sans craindre d’y instiller, pour les besoins de la fiction, quelques infidélités aux faits réels. Notez qu’en 2012, le journaliste José Guarnizo a publié La patrona de Pablo Escobar, biographie de la vraie Griselda Blanco. Chacun son travail.

Car peu importe l’exactitude : au-delà de leur remarquable efficacité sur le plan de l’action comme des dialogues, ces six heures de cinéma de divertissement rythmées sans temps mort investissent l’époque des années 1970-1980 avec une opulence décorative et vestimentaire en tous points convaincants d’un bout à l’autre. Dios mio, ces faciès ! Ce vestiaire (d’une séquence à l’autre, Griselda ne porte jamais les mêmes fringues) ! Ces bagnoles ! Ces bicoques, ces motels, ces claques, ces boîtes de nuit ! Reconstitutions impeccables.

Jalonnant un bon nombre d’allers-retours hauts en couleur de Medellin à Long Beach, en passant par Miami ou les Bahamas, une bande-son sensationnelle ressuscite, tout du long, une flopée de morceaux insérés avec esprit dans la trame du récit  – de Joe Dassin à Umberto Tozzi (Gloria), de Charanga Sencacion (Charanga Pa’Gozar) à Grand Pa (Ou La La), de Gainsbourg à Bowie (Let’s Dance) et j’en passe…

Flippante

Quant au personnage de Griselda, sous ses dehors de mère attentive à protéger l’innocence de ses trois garçons Ozzy, Dixon et Uber, plus l’enfant qui naîtra de son remariage avec son ex guardaespaldas, l’appétissant sicario latino Dario Sepulveda, (excellemment interprété par l’acteur cubain Alberto Guerra, déjà présent dans la saison 3 de Narcos : Mexico), la bouchère sanguinaire et sans scrupule, la femme d’affaire ivre de pouvoir, la vengeresse sadique et, pour finir, la paranoïaque camée au crack s’autodétruisant de façon pathétique dans un jeu de massacre digne de Shakespeare, rien de ce qui constitue sa nature fondamentalement flippante ne nous est masqué.

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Corps démembrés, décapités, brûlés vifs, tranchés à la machette, tronçonnés, étranglés – furtivement, sans y insister outre mesure, quelques séquences pas piquées des hannetons donnent la mesure de ce que la lionne est capable de sacrifier à son hubris : après avoir occis en secret le géniteur taré de ses trois fils (lesquels continuaient de le croire en voyage), l’ancienne hétaïre en fuite à Miami avec pour tout viatique son sachet d’1kg de blanche sous emballage plastique, renoue avec sa copine, honorablement reconvertie quant à elle en honnête voyagiste (leur relation finira très mal, cf. épisode 6), et démarre son business en imprimant des billets d’avion à destination d’une brochette de mules parties de Medellin, « putas perras »(sic) aux lourdes mamelles chargées de poudre dans la doublure de leurs sous-tifs, direction Miami. Entrée en matière d’une guerre des gangs dont les comparses crèveront les uns après les autres, ou ne devront leur sursis (très provisoire) qu’à la chance ou au retournement de veste.

Juteux

En parallèle, le film suit les difficiles progrès de June, aux US, jeune inspectrice peinant à convaincre sa hiérarchie qu’une faible femme, et non un homme, est à la tête du trafic et la seule commanditaire de cette hécatombe.

Griselda, d’épisode en épisode, intègre en arrière-plan le contexte géopolitique du temps. Telles par exemple les circonstances qui permettront à la « patronne » d’inonder de cocaïne les nantis de la côte Ouest, audacieusement fournis, à perte, par une noria de jeunes « marielitas  », ces filles de mauvaise vie embarquées depuis le port cubain de Mariel pour un exode sans retour en Floride, lorsque Fidel Castro, en 1980, expulsa près de 125 000 « contre-révolutionnaires »… Étape cruciale dans le plan de carrière de madame Blanco, liée à l’extension du marché addictif aux sphères privilégiées de la société nord-américaine. De l’ascension à la chute, il s’écoulera une dizaine d’années. Le dernier épisode, Long Beach, est vertigineux.

Pour mordre à pleines dents dans ce fruit plutôt juteux, il est essentiel d’y goûter dans la version VO sous-titrée : un des régals de la série consiste en son caractère polyglotte. Le bilinguisme anglais-espagnol des comparses préserve même la saveur de leurs accents autochtones – une des gâteries supplémentaires de Griselda. Il se trouvera toujours des grincheux bien-pensants pour taxer la série de complaisante dans son approche de la violence liée à « la drogue-ce-fléau ». Que répondre à ce genre de procès d’intention ? Divertissement n’a pas fonction d’avertissement. Au reste, l’épilogue sauve la morale : Griselda est grillée.  

La Patrona De Pablo Escobar

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Griselda. Mini-série d’Andrés Baiz. Avec Sofia Vergara. Colombie/ Etats-Unis, couleur, 2023.

Durée : 6x 1h. Sur Netflix depuis le 24 janvier 2024

Caméra voilée

La loi belge a beau garantir l’égalité de traitement entre tous les citoyens en matière d’accès au travail ; et l’âge, le sexe, l’origine ethnique ou les convictions religieuses être autant de critères de discrimination combattus par les tribunaux, la télévision publique RTBF n’a aucun scrupule à faire la promotion d’un site de recrutement réservé aux femmes revêtues du voile islamique. Correspondance.


À l’heure où Christophe Deloire se ridiculise sur CNews et où l’ARCOM prend BFMTV comme étalon de l’éthique journalistique, il est peut-être intéressant de jeter un œil au-delà des frontières et plus précisément en Belgique. Ce petit royaume n’est pas, ou plus exactement, n’est plus, la France. Et c’est particulièrement vrai pour la Belgique francophone, ce qui peut paraître surprenant.

Amis français, c’est pire en Belgique !

Les médias belges francophones, service public ou médias stipendiés, ont de longue date inventé le « cordon sanitaire » afin d’empêcher certains courants de pensée de parvenir au micro. Quels courants ? Le parti socialiste belge, qui multiplie depuis 40 ans un nombre de cas de corruption avérés ? Le parti « islam » qui a pour programme l’instauration de la charia en lieu et place des lois du peuple belge ? Le PTB qui emprunte sa rhétorique au petit livre rouge de Mao ? D’autres partis largement implantés dans le paysage politique ? Pas du tout ! Ce cordon sanitaire vise exclusivement les formations étiquetées d’extrême-droite, quand bien même celles-ci récusent cette appellation. Mathieu Bock-Côté avait fort bien rendu compte de cette inquisition qui règne férocement sur les médias belges[1] et qui font passer la France pour l’Eden de la liberté d’expression.

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De la discrimination au recrutement… si vous n’êtes pas musulman

Bien entendu, la RTBF, organe de propagande de la Wallonie, est particulièrement sourcilleuse sur la question ! N’est-elle pas la vigilante vestale attisant le feu du juste et du bien ? N’est-elle pas la dépositaire du façonnage des cervelles belges ? Bref, n’a-t-elle pas reçu pour mission sacrée de nous dire que voir, que lire et que penser ? C’est probablement à ce titre qu’elle peut sans vergogne s’émanciper de ses obligations de neutralité confessionnelle. Si la chose est passée un peu inaperçue, elle est pourtant de taille. C’est en effet via son média « Les Grenades », censé « décortiquer l’actualité sous le prisme du genre », ce qui doit être une palpitante activité, que la sainte RTBF a fait la promotion enthousiaste de la plateforme « Hijabis at Work ». Cette plateforme « Hijabis at Work » répertorie et diffuse auprès des intéressées les sociétés qui acceptent des travailleuses musulmanes voilées. Quand on sait que la RTBF n’a que le mot féminisme à la bouche et s’est donné la « diversité » pour mission sacrée, on ne peut qu’être surpris. Le voile musulman est en effet l’objet, par excellence, de la discrimination sexuelle, proclamant qu’une femme est un être inférieur, corrupteur et impur. Nous voilà loin, très loin, de la « diversité » et du « féminisme ». Mais nous nous rapprochons du théocratisme.

Le Conseil d’Administration de la RTBF n’y voit cependant pas grand-chose à redire, lui que l’on retrouve en PLS à la simple évocation de… Causeur !


[1] https://www.youtube.com/watch?v=sKUJQpsWiAg

La boîte du bouquiniste

Les bouquinistes virés des quais de Seine par la Ville de Paris ont trouvé refuge à Causeur. Jusqu’à la fin des JO, la rédaction vous ouvre leur boîte à vieux livres.


Dernière minute ! Les bouquinistes des quais de Seine ne seront finalement pas déplacés pour la cérémonie d’ouverture des JO. « Constatant qu’aucune solution consensuelle et rassurante n’a pu être identifiée avec ces acteurs, le président de la République a demandé au ministre de l’Intérieur et au préfet de police de Paris que l’ensemble des bouquinistes soient préservés, et qu’aucun d’entre eux ne soit contraint d’être déplacé », vient d’indiquer le palais de l’Élysée. Mais que va devenir notre rubrique « La boîte du bouquiniste » ?

René Fallet a vu presque la moitié de ses romans adaptés au cinéma. Si Les Vieux de la vieille, Un idiot à Paris et La Soupe aux choux ont été des succès de librairie et du grand écran, c’est que l’aspect drolatique de ces œuvres enrobait d’une crème apaisante l’affliction de l’auteur devant la disparition annoncée d’un monde, celui des banlieusards et des paysans, des halles de Paris et des bistrots. Fallet préférait le mot « populaire » à celui de « populiste » pour qualifier une œuvre qu’il disait inspirée par « le vélo, la pétanque, la pêche, la fidélité en amitié » – et par un certain penchant pour l’alcool, la poésie et le Tour de France.

Ironique et audacieux

Ersatz, édité par Denoël en 1974 et reparu pour la dernière fois en 1993, est le plus méconnu des livres de Fallet. Il faut dire que cette uchronie ironique est audacieuse. Elle débute par un épisode baroque : nous sommes en 1973, un autocar rempli de retraités allemands longe la Tamise. Herr Müller considère « placidement l’Angleterre, Londres derrière la vitre », tandis que Herr Hassenstein, alias « Wehrmacht », se remémore avec nostalgie les exploits de la Luftwaffe sur la cité londonienne. Frau Kolledehof, elle, est en extase :« Nous sommes en Angleterre ! Mon Dieu si le Führer pouvait voir ça, ce qu’il serait heureux ! » Ce qu’elle ignore, c’est que le Führer voit ça. En effet, Herr Gottfried Müller n’est autre que… Adolf Hitler.


On subodore le frétillement des moustaches du facétieux Fallet en train de concocter cette farce kolossale : Hitler n’est pas mort dans son bunker en 1945. Après avoir été remplacé par un « ersatz » prêt à mourir pour son Führer, le dictateur s’est retrouvé garde champêtre dans un charmant petit village, puis pensionnaire d’un asile de vieillards sis à… Nuremberg. En 1973, Adolf Hitler devenu Gottfried Müller fête ses 84 ans. Il s’aperçoit qu’il aime « décidément la vie ». Il s’agace d’entendre Wehrmacht parler avec regret de l’Allemagne nazie et déplorer d’être encore en vie. Herr Müller, lui, savoure les jours qui passent, s’extasie devant les papillons et les coccinelles, et écrit en cachette les Mémoires d’Adolf Hitler :« En ce tendre mois de mai 1973, le docteur Depp est venu m’ausculter. Il m’a dit, n’en déplaise à ceux qui m’ont traité, me traitent encore de monstre, que j’avais au contraire un bon cœur. » Un jour, un nouveau pensionnaire arrive. Gunther Held devient rapidement très proche de Herr Müller et « rompt en sa compagnie un pain dont l’ex-garde champêtre n’avait jamais connu le goût, puisqu’il ressemblait à celui de l’amitié ». La vie de Müller-Hitler va en être bouleversée.

A relire: Le Sucre, de Georges Conchon

Derrière cette situation tragi-comique, décrite dans les tons ironiques, truculents et poétiques qui ont fait son succès, René Fallet renoue avec un de ses thèmes de prédilection, l’amitié. Pour cela, l’auteur, « anarchiste de gauche à droite, tendance essuie-glaces », choisit comme héros un personnage douteux qui lui permet toutefois d’exposer une philosophie rieuse et faussement désinvolte de la vie, celle d’un écrivain qui osa répondre malicieusement à un journaliste que son occupation favorite était… l’occupation allemande – tout en gardant un silence pudique sur son engagement dans l’armée, en 1944, à l’âge de 16 ans.

Ersatz, René Fallet, Denoël, 1993.

Ersatz

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Julien Denormandie serait bien partout!

Avant la nomination de Gabriel Attal à Matignon, Julien Denormandie était sérieusement envisagé pour le poste aux côtés de Richard Ferrand ou de Roland Lescure. L’ancien ministre du Logement (2018-2020) et ministre de l’Agriculture (2020-2022) reste en retrait de la vie politique. Il publie Nourrir sans dévaster (Flammarion), avec Erik Orsenna.


Il y a des personnalités dont on sait tout de suite ce qu’elles valent. Et qui résistent parfois à la profusion d’éloges qu’on a déversée sur elles avant et qui inquiètent les sceptiques. J’ai écouté le 13 février Julien Denormandie, questionné par Jean-Jacques Bourdin sur Sud Radio[1]. Je l’ai trouvé remarquable sur sa conception de la vie politique et sur l’agriculture dont il avait été un ministre très apprécié. Il vient de publier un livre : Nourrir sans dévaster, écrit avec l’Académicien Érik Orsenna – qui a publié un libelle démagogique et faussement courageux il y a un an contre Vincent Bolloré ; on peut le regretter mais personne n’est parfait !

Le François-Xavier Bellamy de la macronie ?

En tout cas, pour qui est passionné par la psychologie des êtres, le courage intellectuel, la vigueur des idées et de leur structuration, la mesure de la forme, la modestie du ton et la nature du caractère, il est évident qu’on a l’intuition immédiate, avec Julien Denormandie, de la qualité d’un être. Précisément parce que celui-ci se dispense des éclats des Matamore et des provocations faciles. Et qu’il sait argumenter sans flatter ni mépriser. Parce que toute posture est refusée et que l’honnêteté domine, qu’aucune arrogance ne cherche à faire croire à une supériorité d’essence parce qu’il a connu le pouvoir et qu’il est très proche d’Emmanuel Macron, il inspire, il rassure. On crédite son verbe et sa sûreté d’une sincérité et d’une conviction évidentes. On perçoit que Julien Denormandie n’est pas l’un de ces politiciens ordinaires prêts à endosser n’importe quelle casaque.

A lire aussi, du même auteur: Justice: Emmanuel Macron entre mépris et récupération…

François-Xavier Bellamy me fait exactement le même effet et la différence des projets compte peu quand au contraire, par exemple, les monologues logorrhéïques de Danièle Obono ou la vivacité piquante d’une Rachida Dati m’ont signifié de suite ce qu’il en était d’elles. Il faut d’autant plus être attentif à ces moments médiatiques avec la profondeur de ce qu’ils révèlent sur les invités que le macronisme dispose d’un vivier assez pauvre. Gabriel Attal et Julien Denormandie, aussi dissemblables qu’ils soient, en représentent deux pépites, l’un dans un effacement intelligent, conscient des risques de l’ambition politique à tout prix et l’autre dans un éclat réactif, allègre et plus que prometteur.

Emmanuel Macron, un exécrable DRH

À quelle personnalité peut-on faire confiance en matière politique, en démocratie ? Comment la choisir ? Il est miraculeux que le président de la République tombe parfois juste dans cet exercice d’évaluation, tant il apparaît souvent comme un exécrable DRH…

Qu’on ne croie pas que la seule politique est concernée par ces fulgurances qui sur-le-champ nous éclairent. Il y a longtemps il ne m’a fallu que si peu de temps pour déceler que l’aura médiatique et mondaine de Claire Chazal flattait pourtant la pire intervieweuse qui soit – et Marc-Olivier Fogiel m’en a voulu de cette vive lucidité. Aujourd’hui l’omniprésence de Léa Salamé demeure un mystère ; son succès est favorisé par cette perversion française : incompréhensible à l’origine, le processus cumulatif le porte à des admirations clientélistes et corporatistes peu explicables.

Il ne me paraît pas indécent de placer sur le même plan le grave et le futile, le superficiel et le profond. Pour le léger comme pour l’important, je déteste l’égarement où l’esprit se laisse corrompre par la mode et la routine. Je n’apprécie pas que les citoyens, quelle que soit leur curiosité, se fassent berner.

Pour terminer sur ma note initiale, je ne surestime pas la preuve par les entretiens mais je confirme cependant que ces trente minutes où j’ai écouté Julien Denormandie me permettent de valider tout le bien que j’ai déjà entendu sur lui. Il y a des signes superficiels et des évidences profondes qui résultent de ces instants où, bien interrogé, parfois bousculé, un être se montre dans son talent, son humilité et sa vérité. C’est le meilleur ou le pire, surgi en un trait de temps… Aussi je n’ai pas le moindre doute quand j’affirme : Julien Denormandie aurait été bien partout, serait bien partout !


[1] https://www.sudradio.fr/emission/le-petit-dejeuner-politique-sudradio-141

Aurore Bergé contre #NousToutes: le gouvernement coupera-t-il les subventions?

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Aurore Bergé va-t-elle trop loin? Dans son viseur, le collectif #NousToutes, dont une enquête de Libération vient de révéler l’ampleur du malaise au sein des militantes concernant les pogroms en Israël.


Aurore Bergé menace de couper les vivres aux associations féministes qui n’ont pas condamné le 7 octobre. La ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations a annoncé, sur Radio J, que le gouvernement passerait au crible leurs déclarations sur le sujet. Et elle refuse que l’État soutienne celles qui « ne sauraient pas caractériser ce qui s’est passé ». C’est une allusion au silence d’une partie des féministes sur les violences sexuelles commises par le Hamas et à l’exclusion du collectif du 7-Octobre « Nous vivrons » de la manifestation contre les violences faites aux femmes du 25 novembre, manifestation organisée autour du collectif Nous toutes.

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Chasse aux sorcières

Cela a évidemment suscité des protestations outragées de Nous Toutes qui se défend de toute ambigüité, et de la gauche qui dénonce l’instrumentalisation de quelques dérapages. C’est une décision « pathétique » selon Manuel Bompard, une « chasse aux sorcières » selon L’Humanité. Sur les réseaux sociaux, certains, comme l’avocat Régis de Castelnau, hurlent même à la censure, expliquant que quand on dénonce non plus ce que les gens disent mais ce qu’ils ne disent pas c’est du totalitarisme.


Premièrement, normalement, le devoir de toute collectivité publique est de vérifier que les associations qu’elle subventionne ne vont pas à l’encontre de l’intérêt général ou d’un certain consensus républicain. Par exemple, pour lutter contre le séparatisme, Jean-Pierre Chevènement avait proposé un audit de toutes les associations. Pour l’instant, c’est ce que fait Aurore Bergé. Deuxièmement, on pourrait parler de censure d’Etat s’il y avait une menace de dissolution. Ce qui n’est pas le cas.

Mais le risque est de ne favoriser que des associations pro-gouvernementales, dira-t-on également

Concernant les associations féministes, il ne s’agit pas de pénaliser des associations critiquant la politique israélienne. Mais si certaines ne voient pas en quoi le 7 octobre est terroriste, cela ne me dérange pas outre mesure qu’on leur coupe les vivres. Une longue enquête de Libération publiée hier révélait la complaisance de nombre de militants de Nous Toutes avec le Hamas. Dans l’article, une militante raconte que dans des groupes WhatsApp, l’appel à la reconnaissance d’un « féminicide de masse en Israël » a suscité « énormément de protestations ». Moi, je suis libérale, c’est leur droit, comme c’est aussi le droit de certaines de promouvoir le port du voile. Mais pas avec mon argent.  

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Et il en est de même pour les associations comme SOS-Méditerranée qui encouragent l’immigration clandestine. N’est-il pas étrange qu’on aide des associations à aller contre la loi ? Et pourquoi pas en ce cas carrément financer les crétins écolos qui arrosent de soupe les tableaux dans les musées ? D’ailleurs, je suis persuadée que certaines mairies le font…

Bien sûr, il y a un équilibre à trouver entre la préservation du pluralisme et la défense de principes ou d’objectifs politiques au sens large. Étant attachée au pluralisme au sens large, je me réjouis de financer L’Humanité et d’autres titres extrême-gauchistes comme je suis sûre que des communistes sont ravis de financer Causeur !

Mais un financement public n’est pas un droit. La collectivité peut choisir. Et puis, ras-le-bol de ces militants qui passent leur temps à traiter le gouvernement ou leurs concitoyens de « fachos » mais qui exigent que ces fachos les financent. Un peu d’honneur, que diable ! La révolution ne demande pas de subventions.

Zénitude muséale

Nos musées sont en train de se transformer en salles de yoga. L’esthétique cède la place au culte de soi.


Ces temps-ci, aller au musée est en passe de devenir un casse-tête. On n’a en effet que l’embarras du choix. Non pas quant à l’artiste à côtoyer ou aux œuvres à admirer, mais en raison des activités périphériques désormais proposées. L’art ne se suffisant sans doute plus à lui-même, la mode de l’agrémenter de pratiques annexes se répand à grande vitesse. Ainsi, au musée Fabre de Montpellier, des séances de yoga se tiennent devant les œuvres abstraites du plasticien Christian Jacquard.

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Même supplément orientalisant au menu d’autres lieux dont la liste s’allonge de jour en jour. Au musée d’Art moderne de Paris, ce yoga s’enrichit du qualificatif de « profond », alors qu’à la Cité de l’architecture et du patrimoine, ainsi qu’aux musées Delacroix et Henner, il se métamorphose en « yoga vinyasa ». On s’en réjouit. Au Louvre, qui donne lui aussi dans ces innovations, la Joconde n’en a probablement pas fini avec son petit sourire en coin. Au train où vont les choses, l’apparition d’ateliers french-cancan au musée Toulouse-Lautrec ne saurait être exclue. On peut se moquer de cette vogue, certes, mais au-delà de ces initiatives de bonne intention se profile le travers majeur des temps modernes : l’obsession de soi, un égocentrisme quasi névrotique. Le musée, la contemplation de l’œuvre d’art ne sont plus le lieu et le moment où l’on s’oublie soi-même pour s’immerger dans plus grand que soi, où l’on s’invite à espérer transcender sa condition d’humain bien ordinaire, mais le sanctuaire où l’on doit pouvoir persister dans l’illusion d’être le seul et unique héros de sa vie. Dès lors, fréquenter ces œuvres en sacrifiant à l’humilité heureuse d’admirer serait une perte de temps, de même que serait à proscrire toute activité n’étant pas consacrée in fine à cajoler l’ego. Alors oui, décidément, le moi est bel et bien haïssable. Surtout le moi en sueur…

D.R

Marianne dans la fosse

Quoi qu’il en coule…


Le pays sombre. Terminé pour les machines et le grand bleu-blanc-rouge. Enfin un consensus. L’endroit le plus profond de la croûte terrestre, à proximité de l’île de Guam, c’est la fosse des Mariannes : moins 11 000 mètres. La France, son histoire, sa culture, sa grandeur, son honneur importent peu aux élites mondialisées, journalistes lotophages, politiques bas de plafond.  « Ils dînent du mensonge et soupent du scandale » (Chénier).

À l’occasion des remaniements, à la foire du trône des ambitions, de la bêtise et du cynisme, tout se troque et se monnaie : mairie de Paris, pairies, parachutes, prébendes, dignités d’ambassadeur, billard à trois bandes de Mormons. « Il faut sauver la France… Oui, il est temps de se réveiller, croyez-moi » (Nicole Beltrame, mère du colonel Arnaud Beltrame).

Cap Carnaval

L’Etat est indigent, épuisé de troupes et d’argent. Un tas de nains difformes vendent le pays au poids. Tout se fait par intrigue et rien par loyauté. Tous les voyants sont au rouge : désindustrialisation, déficit commercial record de 100 milliards €, déculottées diplomatiques à répétition, chaos migratoire, obscurantisme, séparatismes, corporatismes, bureaucratie, quoi qu’il en coule.

L’écho de la débâcle est amplifié, redoublé par les incantations d’un président naufragé qui répète ad nauseam qu’il a un cap, qu’il accélère, qu’il réarme, retrouve des souverainetés. Le redressement, c’est pour Plutarque. Depuis huit ans, il gesticule, essaie, d’incarner la France, des costumes trop larges pour lui. Lundi Romulus, mardi Brutus, mercredi Pyrrhos, jeudi Pompée, vendredi Colombo, samedi Houdini, dimanche Inspecteur Gadget. A l’image d’un Georges Marchais qui amusait la galerie en jouant l’affreux Jojo dans les années 80, Emmanuel Goldorak se complaît dans sa caricature, « Macron- Transformation ».

Arrivé à Matignon déguisé en Monsieur Hamel (La Dernière classe, Alphonse Daudet), moitié Bibi Fricotin, moitié Martine, Gabriel Attal est sur tous les fronts. Pimpant et volontaire comme l’héroïne, à l’école, à la ferme, à la foire, petit rat de l’opéra, le Premier ministre fait du théâtre, protège la nature, apprend à nager. Il sait aussi taper du poing sur la table : « Tu casses, tu répares ; tu salis, tu nettoies ; tu défies l’autorité, on t’apprend à la respecter ». L’ordre est de retour. Juan Branco et les cailleras font dans leur jogging. 

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Notre Education nationale, censée instruire et former la jeunesse, réussit l’exploit d’être la plus médiocre, la plus inégalitaire et la plus stressante de l’OCDE. Les syndicats aboient, le caravansérail éducatif déraille dans le déni, le jargon, les trajectoires -non euclidiennes – d’inclusion durable. Depuis deux générations, rien n’y fait. Postures, impostures, la garde meurt et Michard l’attend. Pour noyer le poisson, masquer l’écroulement, les FFI de la pédagogie (Forces Françaises de l’Inférieur) allument des contrefeux, lynchent Stanislas, flinguent ce qui marche, coupent ce qui dépasse : le mérite, les diplômes, les talents. Les rancœurs et fureurs des médiocres, idéologues rentiers de l’idéal victimaire, insoumis en peau de lapin (blanc aux yeux rouges), sont inextinguibles.

Dans les classes, sur Pronote, Parcoursup, la mode est au management : acronymes mystérieux, HLP (Humanités-Littérature-Philo), HGGSP (Histoire-Géographie-Géopolitique-Sciences-Politiques), PowerPoints interactifs, transdisciplinaires, civico-humanitaires, sur tout, partout : Mumbai, une métropole fragmentée ; Les Cévennes, un territoire rural multifonctionnel. Après son exfiltration de la rue de Grenelle, Amélie Oudéa-Castéra confesse, radieuse : « Je me sens plus aguerrie que jamais, le regard tourné vers l’avenir, droit devant ». C’est louche.

Frédéric Mitterrand raille. La nouvelle ministre de la Culture « n’y connait rien, mais ce n’est pas grave ». Qui connaissait, que connaissaient, Rima Abdul Malak, Frank Riester, Fleur Pellerin ? Rachida Dati a une ambition, classique comme un tailleur Chanel. Elle veut « replacer la culture au cœur de notre projet de société », réchauffe pour la 1000e fois le Proust « pour tous », répète un numéro bien rodé de fille à la valise, en carton, sauce piquante (Milady-Pauline Bonaparte-Chihuahua Pearl). Puissance et gloire de l’ascenseur social. Dans l’eau trouble d’un regard, l’aventure et la passion, autour de Château Valmont… Les Héritiers vengeurs de race, les agrégées de Lettres ouvertes, Trissotin progressistes, sont taisants, piégés dans le Bourdieu, l’accusation de « mépris de classe », l’angoisse de se faire sucrer une subvention publique. Leurs aides de géants les empêchent de râler.

Décomposition française

Sur l’essentiel, les enjeux civilisationnels (la nature arraisonnée par la Technique, L’Homme unidimensionnel, le règne de la marchandise, le sac du droit civil, les transgressions généalogiques, la crétinisation numérique), le gouvernement et les médias, incapables de se projeter, nous abreuvent de mensonges amers et pathétiques, slogans magiques (la transition écologique, le mix énergétique), miroirs aux alouettes bios. Demandez les nouveautés en magasin ! Un « pack gouvernemental » (Dupond c’est vendeur, le pack a remplacé les pactes), l’IA made in France, un ubuesque « verrou numérique » pour limiter l’accès des mineurs aux réseaux sociaux, un 666e nouveau plan anti-stups, spécial villes moyennes…

La Start-up nation vient d’être sacrée championne du monde de boulangerie (devant la Corée du sud et le Japon), Richard Plaud est recordman de la plus haute Tour Eiffel en allumettes. Bip-Bip… Comme Coyote à la poursuite de Roadrunner et des déconvenues, Marianne mouline des jambes, dans le vide. Pour éviter de se fracasser au fond du canyon, elle se raccroche à un couteau sans lame auquel il manque un manche, l’Europe à l’agonie. À Bruxelles, on peut admirer La Chute d’Icare, chef-d’œuvre de Brueghel l’Ancien. Son testament artistique, La Parabole des aveugles, est conservée au musée Capodimonte de Naples. « Si un aveugle guide un aveugle, ils tomberont tous deux dans la fosse » (Mt 15,14).

Les plans B sont enterrés, les lendemains ne chantent plus. Nous sommes au-delà du « Tous pourris », de la rancœur, de la haine parfois. Les citoyens qui vont encore voter n’attendent plus qu’une chose de leurs représentants : qu’ils les fassent rire. Emmanuel Guy Lux, Gabriel Garnier et les vachettes du gouvernement font le job. Intervide… Tout cela va mal finir.

« Gouvernants, méfiez-vous des mots. Ils soulèvent les montagnes quand ils sont des mots vivants ; ils les sapent quand ils sont des mots morts. Rappelez-vous que, de même qu’il est préférable de ne pas donner un ordre, à en donner un dont l’exécution ne sera pas exigée, de même il est préférable de se taire, à lâcher des mots qu’on a privés de leur aiguillon ; je vais jusqu’à croire que le vice du verbiage est une des causes de notre décadence : on avait beau nous dire (comme aujourd’hui) les meilleures choses du monde, personne n’écoutait plus. Qu’on me pardonne un concetto : dans ce creux, la nation s’engouffre » (Henry de Montherlant).  

Le Hamas contre Israël, ce n’est pas David contre Goliath!

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Selon de nombreux commentateurs occidentaux, Israël, dans sa campagne contre le Hamas, a déclenché une violence cataclysmique sans que les moyens « disproportionnés » qu’il mettrait en œuvre lui garantissent la victoire sur les forces paramilitaires en face. Selon Edward Luttwak, un des plus grands spécialistes de stratégie militaire, les promoteurs de cette analyse n’ont rien compris, ni à l’approche israélienne, ni à la façon dont la guerre est en train d’évoluer.


Depuis le début du présent conflit entre Israël et le Hamas, un récit s’est imposé dans la plupart des médias occidentaux, surtout ceux de gauche. Ce récit dépeint l’organisation terroriste palestinienne en David et les forces armées israéliennes en Goliath. Selon le narratif en question, ces dernières disposeraient du dernier cri en matière d’armements sophistiqués, seraient constamment ravitaillées par les stocks quasi inépuisables des États-Unis et déploieraient une puissance de feu massive pour annihiler toute opposition, en sacrifiant allègrement d’innombrables vies de civils palestiniens. Pour autant, elles n’arriveraient pas à vaincre la résistance apparemment courageuse des combattants du Hamas tapis dans les ruines laissées par des bombardements supposément incessants de l’aviation et de l’artillerie israéliennes. Cette vision manichéenne de la situation est combattue par un petit nombre d’experts, dont Edward Luttwak, historien militaire chevronné et spécialiste du concept anglo-saxon de « grande stratégie », à savoir la poursuite cohérente par une nation de ses intérêts à long terme en tenant compte des moyens à la fois militaires et non-militaires. Né en Roumanie en 1942, ayant étudié en Sicile et en Angleterre, il devient citoyen américain dans les années 1970, après avoir entamé une série de best-sellers sur la géopolitique et l’art de la guerre – dont il a aussi une expérience de combattant. Il vient de publier un article dans The Tablet pour expliquer, comme le dit son titre, « Pourquoi Israël est en train de gagner à Gaza ».

Israël : de David à Goliath ?

Pendant longtemps, Israël avait la réputation d’être un David, c’est-à-dire une petite nation combattive entourée de tous les côtés par des ennemis ayant juré sa perte. Aujourd’hui, cette vision est renversée. Le récit transformant Israël en Goliath brutal voué à une défaite ultime s’est mis en place au cours des trois premiers mois du conflit. Par exemple, dans une série d’articles publiés dans le quotidien britannique de gauche, The Guardian, Paul Rogers, professeur émérite de « Peace Studies » (études de la paix) à l’université de Bradford et membre honoraire du Joint Services Command and Staff College (académie militaire supérieure au Royaume Uni), affirme qu’Israël ne ferait autre qu’appliquer la « Doctrine Dahiya ». Selon cette dernière, formulée en 2008 par le général Gadi Eizenkot qui cherchait à tirer les leçons du conflit israélo-libanais de 2006, Israël doit riposter à toute action hostile de la part de ses adversaires au Liban ou à Gaza par une démonstration de force massive et disproportionnée, seule capable de produire un effet de dissuasion apte à décourager toute attaque future. Avant Noël, le même Paul Rogers annonce que, loin de gagner sa guerre contre le Hamas, Israël est en train de la perdre, à cause de cette stratégie. Une analyse similaire se trouve dans le texte, « Israël perd cette guerre », publié dans la revue américaine de gauche, The Nation, le 8 décembre, et traduit en français par la revue communiste, Contretemps. Selon les auteurs, Tony Karon, rédacteur de AJ+, la branche numérique d’Al Jazeera, et Daniel Levy, ancien conseiller du gouvernement israélien et président de l’ONG US/Middle East Project (USMEP), il ne serait plus absurde « de suggérer qu’un groupe d’irréguliers armés, comptant quelques dizaines de milliers de personnes, assiégé et n’ayant qu’un accès limité à des armes de pointe, puisse faire le poids face à l’une des armées les plus puissantes du monde, soutenue et armée par les États-Unis ». Il n’est pas besoin d’être d’extrême gauche pour prendre au sérieux l’idée que la stratégie apparente d’Israël pourrait conduire à sa défaite. Le 7 novembre, Jon B. Alterman, du Center for Strategic and International Studies, think tank basé à Washington, envisage l’échec de l’approche israélienne si cette dernière « motive des générations futures de Palestiniens qui célébreront même de petites victoires remportées malgré des défis apparemment insurmontables ». Récemment, l’inénarrable Jeremy Bowen, reporter de guerre vétéran et rédacteur international de la BBC, dans un article au sous-titre qui dit tout sur sa perspective personnelle, « La mort et la quête de la « victoire totale » par Israël », conclut qu’« Israël a infligé des pertes considérables au Hamas, mais n’a pas brisé sa capacité de se battre ». Il est évident que la stratégie israélienne est toujours en train de suivre son cours, mais le message invariable de ces médias est qu’Israël a déjà sacrifié tout respect pour les règles de la guerre ou les normes humanitaires sans même arriver à assurer une victoire sur son ennemi. Quand de nombreuses publications proclament que sa campagne militaire à Gaza est une des plus destructrices de l’histoire, l’impression donnée est que la disparité des forces en place, entre Tsahal-Goliath et le Hamas-David, mitige ou compense la barbarie de l’attaque du 7 octobre qui a déclenché cette guerre.

Soldat israélien à la frontière avec Gaza, 24 novembre 2023 © Tsafrir Abayov/AP/SIPA

Concours de débrouillardise

Certes, le budget militaire d’Israël est sans comparaison avec celui du Hamas. En 2022, il a dépensé 23,4 milliards sur ses forces armées, et les horreurs du 7 octobre l’ont obligé à augmenter son budget. Mais cet argent est consacré à la défense de tout un pays qui est constamment menacé par des attaques en provenance du nord, du sud et du ciel, attaques financées en partie par un autre État, l’Iran. En face, les finances du Hamas sont loin d’être celles de quelque guérilla paysanne. Le budget de l’organisation terroriste s’élevait à un milliard de dollars en 2014. Depuis, avec ses confrères du Jihad islamique palestinien, elle aurait levé plus de 130 millions de dollars rien qu’à travers les cryptomonnaies. Les grands chefs du Hamas valent ensemble 11 milliards de dollars. Et à quoi le Hamas consacre-t-il ses dépenses militaires ? A part l’achat et la production des roquettes par lesquelles il fait régner la peur sur la population israélienne, ses fonds sont alloués à la construction et à l’entretien du vaste réseau de tunnels qui s’étend sous les villes, les hôpitaux et les bâtiments publics de la bande de Gaza. Ces souterrains sont destinés à la protection exclusive des dirigeants et des combattants de l’organisation. Aucun abri n’a été construit pour la protection des populations civiles qui, elles, sont abandonnées à la surface afin de servir de boucliers humains et de sacrifices sur l’autel de l’opinion publique mondiale. Se confiant à Actualité juive en janvier, l’ingénieur et ancien officier Yehuda Kfir souligne le fait que le réseau de tunnels découvert par les forces israéliennes est non seulement plus étendu qu’on ne prévoyait, mais aussi plus profond et plus sophistiqué en termes des techniques de forage et de construction utilisées – et par conséquent plus coûteux en termes de l’argent investi.[1] Le monde vient d’apprendre que le Hamas a même réussi à construire un centre de données sous le QG de l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), sans que les dirigeants de cet organisme onusien soient au courant.

Publication sur X de Richard Kemp, ancien colonel dans l’armée britannique, aujourd’hui spécialiste des questions stratégiques. « Le commissaire général de l’UNRWA affirme que l’UNRWA ne savait pas qu’il y avait un tunnel du Hamas sous son siège. Un non-sens bien sûr. L’UNRWA était au courant de tout cela et l’infrastructure terroriste était installée dans de nombreux locaux, y compris dans les écoles. L’UNRWA est un facilitateur des terroristes génocidaires du Hamas ».

On peut en conclure que les dirigeants du Hamas sont aussi débrouillards qu’ils sont indifférents au sort de leurs civils. Mais de son côté Israël ne s’est jamais fié uniquement au soutien de ses alliés, les États-Unis en tête, qui au début de l’existence de l’État juif lui ont fourni très peu d’armes. Israël ne s’est jamais contenté non plus d’allouer de vastes sommes au budget recherche et développement de ses militaires. C’est la conclusion d’une analyse historique très détaillée conduite par Edward Luttwak avec son collègue Eitan Shamir, professeur à l’université Bar-Ilan et ancien haut fonctionnaire au ministère des Affaires stratégiques. Ils ont publié leurs conclusions dans un livre The Art of Military Innovation: Lessons from the Israel Defense Forces (L’art de l’innovation militaire: leçons des forces de défense israéliennes), sorti en octobre aux presses universitaires de Harvard. Luttwak et Shamir partent du constat que, pendant longtemps, Israël n’avait pas les moyens financiers des grands États occidentaux, et, qu’obligé de faire très fréquemment la guerre tout au long de son existence, ses forces armées furent en état d’alerte presque permanent. Dès lors, le pays a dû sa survie en grande partie à sa capacité à innover rapidement et avec peu de ressources, en termes d’armements comme en termes de tactiques nécessaires à leur exploitation. Dans le monde de l’entreprise, on parle d’« innovation frugale » pour désigner la capacité à répondre à un besoin de manière efficace avec le minimum de moyens et à bas coût. Selon le slogan à la mode, il s’agit de « faire mieux avec moins ». Telle est depuis toujours l’approche d’Israël en termes militaires. Tandis que les grandes puissances ont tendance à créer des armements ultrasophistiqués, dotés de gadgets perfectionnés, dont le développement est très long mais qui se révèlent en pratique très vite dépassés, Israël se débrouille en bricolant des solutions à partir d’armements existants ou en improvisant des solutions nouvelles adaptées aux circonstances.

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Una armée adaptée aux défis

C’est en exploitant sa familiarité avec les armements israéliens que, dans son nouvel article publié le 9 février, Edward Luttwak explique pourquoi Israël est en train de gagner, malgré la difficulté de sa tâche. Les soldats israéliens doivent avancer dans des zones urbaines densément peuplées où leurs adversaires restent cachés et transforment les civils en boucliers vivants. Le triple objectif  des forces de Tsahal consiste à repérer et neutraliser les combattants du Hamas, à protéger les vies de ses propres soldats et à épargner le plus possible celles des populations civiles. Pour relever ce défi complexe, elles possèdent des moyens mieux adaptés que ceux de toute autre armée.

D’abord, les Israéliens ont renoncé à l’usage de certains armements qui leur auraient donné un avantage mais qui auraient infligé une destruction trop systématique aux Gazaouis. Ils n’ont pas exploité leurs mortiers lourds de 160 mm, qui sont plus petits et moins chers que la plupart des obusiers des armées occidentales mais qui sont capables d’emporter une charge explosive de 30 kilos sur de courtes distances. Ces mortiers auraient été très efficaces dans un environnement urbain, mais trop destructeurs. En outre, les Israéliens ont eu recours à seulement une fraction de leur puissance aérienne. En revanche, ils ont pu exploiter des atouts uniques. D’abord, le Yahalom, l’unité d’élite de leur  génie militaire, formé pour faire face à des situations complexes telles que la guerre dans les tunnels. Le Yahalom (« diamant » en hébreux) possède tout un équipement adapté à son activité : capteurs radars à basse fréquence, engins de terrassement, robots, mini-drones, bombes intelligentes… Leur travail de pointe épargne la vie des soldats, tout en évitant la nécessité d’une campagne de destruction massive. Le char israélien, le Merkava, s’est révélé plus performant à Gaza que le Léopard allemand en Ukraine. Plus lourd, muni d’un blindage très épais, il est équipé du système de protection active « Trophy », capable de lancer un projectile contre un missile anti-char pour le détruire avant qu’il n’atteigne le tank. Le Namer, véhicule blindé et chenillé de transport de troupes, est le véhicule le plus blindé de tous les temps. Le conducteur et son équipage ne sont pas exposés aux tirs ennemis, car ils ont une vue panoramique à 360° grâce à des micro-caméras enchâssées dans le blindage. L’infanterie est guidée par des caméras dans des mini-drones qui la préviennent de la présence de snipers et d’ennemis se tenant en embuscade. En effet, les drones sont une spécialité israélienne : aujourd’hui, certains sont aussi minuscules que des insectes. Finalement, Tsahal utilise une méthode d’entraînement intensif héritée des Britanniques et n’envoie pas des recrues sans formation au front, comme c’est trop souvent le cas dans la guerre ukrainienne.

Publication d’Edward Luttwak: « La victoire naissante d’Israël à Gaza a deux aspects : la destruction physique de l’ennemi et un faible nombre de victimes. Il s’avère que le Hamas est meilleur pour tuer des personnes non armées que pour combattre des soldats hautement entraînés et que l’équipement de fabrication israélienne fonctionne vraiment. Moral ? Excellent ! »

Tous ces atouts favorisent la victoire sans nécessiter la « violence cataclysmique » évoquée par certains commentateurs. Et la victoire semble au rendez-vous. Le 11 février, le nombre des morts des forces israéliennes s’élevait à 564. Ce chiffre comprend 312 soldats et policiers tombés le 7 octobre, ce qui veut dire que seuls 252 militaires ont perdu la vie depuis le début de l’opération actuelle. En même temps, Israël prétend avoir tué ou mis hors de combat quelque 10 000 combattants du Hamas. Selon Luttwak, ce « kill ratio » ou ratio pertes adversaires/pertes amies de 50 à 1 est exceptionnel, « sensationnel », et s’explique pas des armements et des techniques qui sont uniques à l’armée israélienne.

Comparaison sans raison

Peut-on dire, comme le font certains experts, que c’est la campagne la plus mortifère de l’histoire récente ? Selon les sources palestiniennes, le nombre des morts de Gazaouis civils serait près de 28 000. Selon les Israéliens, ce chiffre comprend les 9 000 combattants du Hamas qu’ils ont tués. Si le total reste élevé, cela s’explique par la manière dont le Hamas utilise les civils pour se camoufler et se protéger. La comparaison est souvent faite avec la bataille de la ville de Mossoul en Iraq. Là, il y avait 2 millions d’habitants répartis sur une superficie comparable à celle de Gaza. Entre octobre 2016 et mars 2017, 10 000 civils ont perdu la vie. Pourtant, les forces de la coalition combattant l’État islamique ont pu permettre aux résidents de quitter la ville, tandis que les Israéliens sont contraints d’inviter les Gazaouis à se déplacer à l’intérieur de la bande. Les forces de l’État islamique, assiégées dans la ville, avaient moins de tunnels à leur disposition et étaient moins adeptes de l’exploitation des civils comme boucliers. La situation est donc similaire mais sans être vraiment comparable. D’ailleurs, dans un article dans Newsweek le 12 février, John Spencer qui, après une carrière dans l’infanterie américaine, détient la chaire de combat urbain à l’Institut de la guerre moderne à West Point, nous enjoint d’arrêter de chercher des précédents historiques pour la situation à Gaza qui est vraiment sui generis. Il nous rappelle que le siège de la ville ukrainienne de Marioupol par les Russes en 2022 a provoqué jusqu’à 25 000 pertes civiles; que 300 000 civils sont morts en Syrie ; et que, entre 1994 et 2009, les deux guerres de Tchétchénie ont plus que décimé la population tchétchène. Le bombardement de Dresde en 1945 a fait 25 000 morts en trois nuits, et une seule nuit de bombardement américain à Tokyo a fait autour de 100 000 morts.

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Revenons à l’accusation portée par Paul Rogers dans The Guardian. Israël est-il toujours en train d’appliquer simplement et systématiquement la Doctrine Dahiya formulée en 2008 et consistant à détruire toute l’infrastructure de l’adversaire ? Selon une étude publiée en 2017 par la Rand Corporation, célèbre think tank américain consacré aux questions de stratégie et de R&D, les forces israéliennes auraient constamment changé de tactiques entre 2009 et 2014 pour s’adapter à un ennemi hybride dans un terrain urbain complexe. Cette évolution constante infirme la notion qu’Israël serait resté fixé sur une seule approche rudimentaire. D’ailleurs, ses tactiques ont déjà changé sensiblement au mois de janvier, en évoluant vers un affrontement de moindre intensité. La pression de ses alliés, les États-Unis en tête, y joue un rôle.

Enfin, pourquoi supposer que tout ce qui se passe à Gaza est la seule faute d’Israël ? Si le Hamas veut épargner les civils, il n’a qu’à se rendre ou du moins commencer à négocier sérieusement. Mais il ne le fait pas. L’histoire de David et de Goliath est citée dans le Coran, dont le texte ajoute cette explication profonde : « Et si Allah ne neutralisait pas une partie des hommes par une autre, la terre serait certainement corrompue ». Mais qui est véritablement David dans la situation actuelle ? Qui fait le plus d’efforts pour épargner des vies humaines ?


[1] Actualité juive, n° 1721, 25 janvier 2024, pp. 6-7.

Le 7 octobre et après

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Gilles-William Goldnadel. © AP Photo/Michel Euler/Sipa

Meurtri au plus profond de lui-même par la barbarie du Hamas, Gilles-William Goldnadel s’est enrôlé dans la défense médiatique quotidienne d’Israël. Son nouveau livre dévoile les coulisses de ce combat acharné.


Dans la matinée du 7 octobre, Gilles-William Goldnadel est réveillé par la sonnerie de son téléphone portable. C’est un SMS de son fils. « Nous sommes en guerre », lui écrit-il de Tel-Aviv. Au fil des heures, l’avocat franco-israélien comprend que l’impossible est arrivé. Et que le « nous » recouvre une communauté humaine bien plus vaste que la seule population de l’État hébreu, touchée de plein fouet par le terrorisme islamiste.

Non pas qu’il ait attendu cet indicible massacre pour se sentir passionnément sioniste. Seulement le juriste madré, l’essayiste cultivé (fin connaisseur notamment des théories de Gustave Le Bon et de Sigmund Freud sur la psychologie des foules), le bretteur télévisuel aux effets de manche si caustiques ne se reconnaît plus lui-même. Désormais l’horreur du Hamas le hante jour et nuit. « Je n’imaginais pas ça, confie-t-il à son journal. Mes enfants sont partis en Israël pour ne pas connaître ça. L’humiliation d’être redevenu un juif craintif. Et la peur pour mes enfants. Et la crainte indicible de leur survivre. »

Un deuil écrasant

On devine la vocation première de ce texte : redonner du courage à ceux qui, juifs ou non, sont abattus, désespérés par le pogrom survenu il y a quatre mois. L’auteur ne cache rien, lui-même, de ses propres passages à vide, de ces journées durant lesquelles seules une salade de roquette au parmesan ou une discussion professionnelle au sujet d’un banal client convaincu d’escroquerie le distraient quelques instants, avant que l’effroi et la colère ne reprennent place dans son esprit.

Ce livre est en somme le témoignage d’un corps dans la tourmente, avec son chagrin, sa douleur, ses insomnies. Ses envies de vengeance aussi. « Je me serais volontiers vengé des nazis, justifie-t-il. Les services israéliens ont éliminé un à un les responsables de l’attentat contre leurs athlètes. Cette vengeance de Munich me paraît très juste et très humaine. » On aura compris que notre chroniqueur ne s’accordera pas de répit aussi longtemps que ceux qui, là-bas, se battent en treillis sur le terrain ne pourront se reposer. Son portrait, en couverture du livre, exprime parfaitement cette détermination. Le visage est marqué par l’angoisse et la fatigue, le regard est d’une tristesse profonde.

Au fil des pages du journal, chaque jour connaît sa peine. Chaque jour sauf un : « rien », écrit Goldnadel le 7 octobre. Mais pas le « rien » consigné par Louis XVI au soir du 14 juillet 1789. Pas un « rien à signaler », mais un rien de sidération, d’un choc terrible qui empêche d’écrire, qui ne permet que d’expédier le plus urgent. Puis, à partir du lendemain, 8 octobre, Goldnadel entre dans la tranchée des juifs. Car il sait que, de l’autre côté de la Méditerranée, les Israéliens sont ensemble et doivent faire face aux urgences et aux drames.

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Que faire ? Y aller, en Israël, pour être avec les autres, partager la nouvelle adversité ? Non, plutôt rester en France et faire la guerre ici, dans les médias avec sa voix et sa plume. Une automobilisation autant physique qu’intellectuelle, et qui fait penser – on trouvera peut-être la comparaison audacieuse – à Maurice Barrès décidant, en 1914, alors âgé de 52 ans et donc trop âgé pour le port de l’uniforme, de s’astreindre à donner un texte par jour à L’Écho de Paris pendant toute la durée du conflit, comme pour participer à l’effort de ceux qui sont sur le champ de bataille.

Certes, ce n’est pas la première fois. Depuis plus de quarante ans, chaque crise violente entre Israël et ses ennemis – Intifada, Liban, Gaza – provoque dans le reste du monde une vague étouffante d’antisémitisme. Les juifs de la diaspora se retrouvent écrasés entre deux fronts. À la violence là-bas s’ajoute un sentiment de rejet et d’incompréhension ici.

Les menaces sont identifiées

Il y a bien longtemps du reste que Goldnadel alerte ses coreligionnaires sur le péril mortel du djihadisme, à ses yeux infiniment plus dangereux en Occident qu’un hypothétique réveil de la bête immonde fasciste. « Je me fous de Jean-Marie Le Pen, assume-t-il. Le souvenir de la Shoah me hante, mais je le garde pour moi. Je me fous de l’antisémitisme de papa. Je me bats contre celui, islamiste, d’aujourd’hui. »

Le chroniqueur de CNews est aussi l’un des tout premiers à avoir compris que la menace principale viendrait désormais aussi d’une partie de la gauche, de cette extrême gauche qui, comme il l’a déjà écrit à de multiples reprises, voit dans chaque juif un « Blanc au carré », forcément complice d’une prétendue colonisation au Proche-Orient. Hostile à la politique d’implantations, Goldnadel voit pourtant rouge dès que le mot infamant colonisation est prononcé pour décrire la situation en Cisjordanie. Comment ose-t-on appeler « colons » ceux qui se trouvent, serait-ce à tort, sur une terre où ont vécu leurs ancêtres ?

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Seulement, depuis le 7 octobre, cette affligeante inversion des valeurs est encore plus implacable. Elle est devenue le mot d’ordre des djihadistes et de leurs alliés, si prompts à crier leur joie mauvaise, à clamer que le peuple victime de la Shoah serait à présent coupable d’un génocide. De la blague douteuse de Guillaume Meurice à la procédure entamée par l’Afrique du Sud devant la Cour internationale de justice de La Haye en passant par le négationnisme des crimes commis par le Hamas, les enjeux sont aussi évidents que terribles : il faut que les juifs soient transformés en nazis, que Nétanyahou soit pire qu’Hitler.

Cette terrible injustice traverse ce journal de guerre comme elle transperce l’âme des millions des juifs partout dans le monde. Et là se trouve sans doute la plus grande valeur de ce texte, document truffé de morceaux de vie et de bravoure, d’esprit et de tendresse, sur un juif du quotidien en temps de guerre.

Gilles-William Goldnadel, Journal de guerre, Fayard, 2024.

Journal de guerre: C'est l'Occident qu'on assassine

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Reporters avec frontières

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© ROMAIN DOUCELIN/SIPA

Le Conseil d’État vient d’ordonner à l’Arcom de réexaminer le respect par la chaîne CNews de ses obligations en matière de pluralisme. Le ton et certaines idées que l’on entend sur le canal 17 gênent. Surtout, certains s’inquiètent que les citoyens puissent s’échapper de leur goulag mental…


Après octobre noir, voici février gris ! Vert de gris, oserais-je. Octobre, le pogrom du terrorisme islamiste dans sa déclinaison Hamas, la déferlante de sang et de barbarie sur la terre d’Israël. Février, des journalistes de France – oui de France, terre de Beaumarchais, Diderot, Voltaire, Hugo, Zola, Camus et tant d’autres – ourdissent un bas procès visant ni plus ni moins à faire interdire d’autres journalistes, leurs confrères…

Qui en veut à la liberté de la presse ?

Les deux événements ne sont pas, il s’en faut de beaucoup, de même gravité, de même intensité, de même nature, ni porteurs d’aussi terrifiantes conséquences. Leur seul lien, ténu je le confesse, est que ma petite personne, modestement, était jusqu’alors bien persuadée de ne jamais avoir à assister sa vie durant à tant d’horreur d’une part, et à tant d’ignominie intellectuelle d’autre part.

Je nous en croyais prémunis, considérant la vie humaine et l’intégrité de l’être comme métaphysiquement sacrées et la liberté d’expression tout aussi sacrée, du moins civiquement, philosophiquement. Une interrogation oppressante émerge. Jusqu’où régressera-t-on ? Jusqu’où nous laisserons-nous embarquer dans ces spirales obscurantistes où se déploient chaque jour un peu plus la haine et la plus abyssale bêtise?

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Voilà bien que Reporters sans Frontières, organisation non gouvernementale qu’on veut bien feindre de croire non inféodée politiquement, se pervertit au point d’entreprendre de bâtir, ici, en France, un mur, exactement de ceux qu’elle est censée devoir détruire partout ailleurs de par le monde. Les murs de la censure. Les murs de la vérité bâillonnée. Les murs du goulag mental… Mais au fond, rien de bien surprenant à cela: toutes les menées à visée inquisitoriale reposent sur une contradiction originelle dont elles finissent par crever. Elles en viennent toujours à générer la négation pure et simple de ce qu’elles font profession de défendre et promouvoir. Le communisme, brandissant sans vergogne l’étendard de l’égalité la plus absolue, fabrique en réalité, avec une obsessionnelle méticulosité, la nomenklatura la plus illégitimement inégalitaire de l’ère contemporaine. Les exemples abondent. Dans un registre, là aussi peu comparable, mais symboliquement tout aussi pervers, voilà donc que Reporters sans Frontières s’emploie à en dresser une, de frontière. Un comble. Une frontière destinée à rejeter hors du champ journalistique la chaîne d’information CNews. On pourrait se croire plongé dans un cauchemar ou victime d’une très mauvaise farce.

Il faut dire que cette antenne cumule deux travers inexpiables vus de cette ONG qui, très probablement, se voit en détentrice exclusive des critères objectifs permettant de déterminer ce qui doit être porté ou non à la connaissance du public et comment cela doit être livré. Donc, premier péché impardonnable, CNews rencontre le succès. Succès d’audience, et, de surcroît, succès de considération, d’estime. C’est beaucoup. Seconde tare tout aussi rédhibitoire, ses programmes s’ingénient à dire le réel. Le réel tel qu’en lui-même. Non l’édulcoration façon camomille que servent depuis des décennies les médias autorisés. Le réel pleine face, affronté bille en tête. Nouveau, très nouveau dans le paysage. Alors, forcément, ça dérange, ça déstabilise. Le doux ronron qui ne ronronne plus, enfin vous voyez…

Billard à trois bandes

La manœuvre de RSF, en fin de compte, ne mériterait que « le sarcasme de la gaieté et l’indulgence du mépris » – comme dit si brillamment Chamfort – si l’enjeu n’était aussi grave, aussi existentiellement déterminant. Il s’agit de la liberté de dire. La liberté d’aller voir avant de dire pour – là est le point névralgique – dire ce que l’on voit. Tout simplement.

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Avec cette manœuvre d’exclusion, disais-je, on bordaille l’association de malfaiteurs. RSF s’en va pleurnicher du côté du Conseil d’Etat qui ira quant à lui déverser leurs doléances communes auprès de l’Arcom où, dit-on, on serait assez bien disposé à les entendre. Le billard à trois bandes, mais très loin de la subtilité ordinairement requise pour ce jeu passionnant.

Je nommais Voltaire. Il n’a, paraît-il, jamais prononcé la fameuse phrase : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous puissiez continuer à le dire. » Elle lui va pourtant comme un gant. Aussi, puisqu’elle ne lui appartient pas, considérons qu’elle est à tout le monde. Même aux petits marquis effarouchés de la presse idéologiquement encartée. Qu’ils s’en emparent. Et ils auront, cette fois, bien mérité de leur beau métier.


Mitterrand, Don Juan en politique

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Narco glamour

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Sofía Vergara dans "Griselda", 2024 © Netflix

On reproche à la nouvelle série de Netflix Griselda d’être complaisante avec la violence. Une critique qui n’est pas juste, selon notre chroniqueur


Les pèlerins du bien en seront pour leurs frais : Griselda Blanco n’est pas précisément un parangon de vertu. Dans la ligne (si j’ose dire) des séries (visibles sur Netflix) Narcos (2015) puis Narcos : Mexico (2021), le fringant cinéaste originaire de Cali, Andrés Baiz, 49 ans, spécialiste du thriller latino horrifique, a confié le rôle-titre de sa nouvelle série à la star américano-colombienne Sofia Vergara. Elle en est également productrice exécutive.

Concurrente d’Escobar

Voilà donc, en six épisodes -à mater bien accroché aux accoudoirs de son fauteuil-, Griselda, dont s’il faut en croire la citation de Pablo Escobar placée en exergue du film d’ouverture, la femme qu’on surnommera « la marraine » ou « la veuve noire » est, dit-il, « le seul homme dont j’ai toujours eu peur ». Figure pionnière du marché de la dope, l’impitoyable « reine de la coca » telle qu’incarnée ici par la flamboyante vedette d’Hollywood n’a pas acquise la dimension mythique du sicaire de Medellin. Quoiqu’il en soit, concocté par une bonne dizaine de scénaristes, le script s’empare de ce destin fuligineux sans craindre d’y instiller, pour les besoins de la fiction, quelques infidélités aux faits réels. Notez qu’en 2012, le journaliste José Guarnizo a publié La patrona de Pablo Escobar, biographie de la vraie Griselda Blanco. Chacun son travail.

Car peu importe l’exactitude : au-delà de leur remarquable efficacité sur le plan de l’action comme des dialogues, ces six heures de cinéma de divertissement rythmées sans temps mort investissent l’époque des années 1970-1980 avec une opulence décorative et vestimentaire en tous points convaincants d’un bout à l’autre. Dios mio, ces faciès ! Ce vestiaire (d’une séquence à l’autre, Griselda ne porte jamais les mêmes fringues) ! Ces bagnoles ! Ces bicoques, ces motels, ces claques, ces boîtes de nuit ! Reconstitutions impeccables.

Jalonnant un bon nombre d’allers-retours hauts en couleur de Medellin à Long Beach, en passant par Miami ou les Bahamas, une bande-son sensationnelle ressuscite, tout du long, une flopée de morceaux insérés avec esprit dans la trame du récit  – de Joe Dassin à Umberto Tozzi (Gloria), de Charanga Sencacion (Charanga Pa’Gozar) à Grand Pa (Ou La La), de Gainsbourg à Bowie (Let’s Dance) et j’en passe…

Flippante

Quant au personnage de Griselda, sous ses dehors de mère attentive à protéger l’innocence de ses trois garçons Ozzy, Dixon et Uber, plus l’enfant qui naîtra de son remariage avec son ex guardaespaldas, l’appétissant sicario latino Dario Sepulveda, (excellemment interprété par l’acteur cubain Alberto Guerra, déjà présent dans la saison 3 de Narcos : Mexico), la bouchère sanguinaire et sans scrupule, la femme d’affaire ivre de pouvoir, la vengeresse sadique et, pour finir, la paranoïaque camée au crack s’autodétruisant de façon pathétique dans un jeu de massacre digne de Shakespeare, rien de ce qui constitue sa nature fondamentalement flippante ne nous est masqué.

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Corps démembrés, décapités, brûlés vifs, tranchés à la machette, tronçonnés, étranglés – furtivement, sans y insister outre mesure, quelques séquences pas piquées des hannetons donnent la mesure de ce que la lionne est capable de sacrifier à son hubris : après avoir occis en secret le géniteur taré de ses trois fils (lesquels continuaient de le croire en voyage), l’ancienne hétaïre en fuite à Miami avec pour tout viatique son sachet d’1kg de blanche sous emballage plastique, renoue avec sa copine, honorablement reconvertie quant à elle en honnête voyagiste (leur relation finira très mal, cf. épisode 6), et démarre son business en imprimant des billets d’avion à destination d’une brochette de mules parties de Medellin, « putas perras »(sic) aux lourdes mamelles chargées de poudre dans la doublure de leurs sous-tifs, direction Miami. Entrée en matière d’une guerre des gangs dont les comparses crèveront les uns après les autres, ou ne devront leur sursis (très provisoire) qu’à la chance ou au retournement de veste.

Juteux

En parallèle, le film suit les difficiles progrès de June, aux US, jeune inspectrice peinant à convaincre sa hiérarchie qu’une faible femme, et non un homme, est à la tête du trafic et la seule commanditaire de cette hécatombe.

Griselda, d’épisode en épisode, intègre en arrière-plan le contexte géopolitique du temps. Telles par exemple les circonstances qui permettront à la « patronne » d’inonder de cocaïne les nantis de la côte Ouest, audacieusement fournis, à perte, par une noria de jeunes « marielitas  », ces filles de mauvaise vie embarquées depuis le port cubain de Mariel pour un exode sans retour en Floride, lorsque Fidel Castro, en 1980, expulsa près de 125 000 « contre-révolutionnaires »… Étape cruciale dans le plan de carrière de madame Blanco, liée à l’extension du marché addictif aux sphères privilégiées de la société nord-américaine. De l’ascension à la chute, il s’écoulera une dizaine d’années. Le dernier épisode, Long Beach, est vertigineux.

Pour mordre à pleines dents dans ce fruit plutôt juteux, il est essentiel d’y goûter dans la version VO sous-titrée : un des régals de la série consiste en son caractère polyglotte. Le bilinguisme anglais-espagnol des comparses préserve même la saveur de leurs accents autochtones – une des gâteries supplémentaires de Griselda. Il se trouvera toujours des grincheux bien-pensants pour taxer la série de complaisante dans son approche de la violence liée à « la drogue-ce-fléau ». Que répondre à ce genre de procès d’intention ? Divertissement n’a pas fonction d’avertissement. Au reste, l’épilogue sauve la morale : Griselda est grillée.  

La Patrona De Pablo Escobar

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Griselda. Mini-série d’Andrés Baiz. Avec Sofia Vergara. Colombie/ Etats-Unis, couleur, 2023.

Durée : 6x 1h. Sur Netflix depuis le 24 janvier 2024

Caméra voilée

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Site de la RTBF

La loi belge a beau garantir l’égalité de traitement entre tous les citoyens en matière d’accès au travail ; et l’âge, le sexe, l’origine ethnique ou les convictions religieuses être autant de critères de discrimination combattus par les tribunaux, la télévision publique RTBF n’a aucun scrupule à faire la promotion d’un site de recrutement réservé aux femmes revêtues du voile islamique. Correspondance.


À l’heure où Christophe Deloire se ridiculise sur CNews et où l’ARCOM prend BFMTV comme étalon de l’éthique journalistique, il est peut-être intéressant de jeter un œil au-delà des frontières et plus précisément en Belgique. Ce petit royaume n’est pas, ou plus exactement, n’est plus, la France. Et c’est particulièrement vrai pour la Belgique francophone, ce qui peut paraître surprenant.

Amis français, c’est pire en Belgique !

Les médias belges francophones, service public ou médias stipendiés, ont de longue date inventé le « cordon sanitaire » afin d’empêcher certains courants de pensée de parvenir au micro. Quels courants ? Le parti socialiste belge, qui multiplie depuis 40 ans un nombre de cas de corruption avérés ? Le parti « islam » qui a pour programme l’instauration de la charia en lieu et place des lois du peuple belge ? Le PTB qui emprunte sa rhétorique au petit livre rouge de Mao ? D’autres partis largement implantés dans le paysage politique ? Pas du tout ! Ce cordon sanitaire vise exclusivement les formations étiquetées d’extrême-droite, quand bien même celles-ci récusent cette appellation. Mathieu Bock-Côté avait fort bien rendu compte de cette inquisition qui règne férocement sur les médias belges[1] et qui font passer la France pour l’Eden de la liberté d’expression.

A lire aussi: Le Parti socialiste belge invente la « gauche cocaïne »

De la discrimination au recrutement… si vous n’êtes pas musulman

Bien entendu, la RTBF, organe de propagande de la Wallonie, est particulièrement sourcilleuse sur la question ! N’est-elle pas la vigilante vestale attisant le feu du juste et du bien ? N’est-elle pas la dépositaire du façonnage des cervelles belges ? Bref, n’a-t-elle pas reçu pour mission sacrée de nous dire que voir, que lire et que penser ? C’est probablement à ce titre qu’elle peut sans vergogne s’émanciper de ses obligations de neutralité confessionnelle. Si la chose est passée un peu inaperçue, elle est pourtant de taille. C’est en effet via son média « Les Grenades », censé « décortiquer l’actualité sous le prisme du genre », ce qui doit être une palpitante activité, que la sainte RTBF a fait la promotion enthousiaste de la plateforme « Hijabis at Work ». Cette plateforme « Hijabis at Work » répertorie et diffuse auprès des intéressées les sociétés qui acceptent des travailleuses musulmanes voilées. Quand on sait que la RTBF n’a que le mot féminisme à la bouche et s’est donné la « diversité » pour mission sacrée, on ne peut qu’être surpris. Le voile musulman est en effet l’objet, par excellence, de la discrimination sexuelle, proclamant qu’une femme est un être inférieur, corrupteur et impur. Nous voilà loin, très loin, de la « diversité » et du « féminisme ». Mais nous nous rapprochons du théocratisme.

Le Conseil d’Administration de la RTBF n’y voit cependant pas grand-chose à redire, lui que l’on retrouve en PLS à la simple évocation de… Causeur !


[1] https://www.youtube.com/watch?v=sKUJQpsWiAg

La boîte du bouquiniste

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© SIPA

Les bouquinistes virés des quais de Seine par la Ville de Paris ont trouvé refuge à Causeur. Jusqu’à la fin des JO, la rédaction vous ouvre leur boîte à vieux livres.


Dernière minute ! Les bouquinistes des quais de Seine ne seront finalement pas déplacés pour la cérémonie d’ouverture des JO. « Constatant qu’aucune solution consensuelle et rassurante n’a pu être identifiée avec ces acteurs, le président de la République a demandé au ministre de l’Intérieur et au préfet de police de Paris que l’ensemble des bouquinistes soient préservés, et qu’aucun d’entre eux ne soit contraint d’être déplacé », vient d’indiquer le palais de l’Élysée. Mais que va devenir notre rubrique « La boîte du bouquiniste » ?

René Fallet a vu presque la moitié de ses romans adaptés au cinéma. Si Les Vieux de la vieille, Un idiot à Paris et La Soupe aux choux ont été des succès de librairie et du grand écran, c’est que l’aspect drolatique de ces œuvres enrobait d’une crème apaisante l’affliction de l’auteur devant la disparition annoncée d’un monde, celui des banlieusards et des paysans, des halles de Paris et des bistrots. Fallet préférait le mot « populaire » à celui de « populiste » pour qualifier une œuvre qu’il disait inspirée par « le vélo, la pétanque, la pêche, la fidélité en amitié » – et par un certain penchant pour l’alcool, la poésie et le Tour de France.

Ironique et audacieux

Ersatz, édité par Denoël en 1974 et reparu pour la dernière fois en 1993, est le plus méconnu des livres de Fallet. Il faut dire que cette uchronie ironique est audacieuse. Elle débute par un épisode baroque : nous sommes en 1973, un autocar rempli de retraités allemands longe la Tamise. Herr Müller considère « placidement l’Angleterre, Londres derrière la vitre », tandis que Herr Hassenstein, alias « Wehrmacht », se remémore avec nostalgie les exploits de la Luftwaffe sur la cité londonienne. Frau Kolledehof, elle, est en extase :« Nous sommes en Angleterre ! Mon Dieu si le Führer pouvait voir ça, ce qu’il serait heureux ! » Ce qu’elle ignore, c’est que le Führer voit ça. En effet, Herr Gottfried Müller n’est autre que… Adolf Hitler.


On subodore le frétillement des moustaches du facétieux Fallet en train de concocter cette farce kolossale : Hitler n’est pas mort dans son bunker en 1945. Après avoir été remplacé par un « ersatz » prêt à mourir pour son Führer, le dictateur s’est retrouvé garde champêtre dans un charmant petit village, puis pensionnaire d’un asile de vieillards sis à… Nuremberg. En 1973, Adolf Hitler devenu Gottfried Müller fête ses 84 ans. Il s’aperçoit qu’il aime « décidément la vie ». Il s’agace d’entendre Wehrmacht parler avec regret de l’Allemagne nazie et déplorer d’être encore en vie. Herr Müller, lui, savoure les jours qui passent, s’extasie devant les papillons et les coccinelles, et écrit en cachette les Mémoires d’Adolf Hitler :« En ce tendre mois de mai 1973, le docteur Depp est venu m’ausculter. Il m’a dit, n’en déplaise à ceux qui m’ont traité, me traitent encore de monstre, que j’avais au contraire un bon cœur. » Un jour, un nouveau pensionnaire arrive. Gunther Held devient rapidement très proche de Herr Müller et « rompt en sa compagnie un pain dont l’ex-garde champêtre n’avait jamais connu le goût, puisqu’il ressemblait à celui de l’amitié ». La vie de Müller-Hitler va en être bouleversée.

A relire: Le Sucre, de Georges Conchon

Derrière cette situation tragi-comique, décrite dans les tons ironiques, truculents et poétiques qui ont fait son succès, René Fallet renoue avec un de ses thèmes de prédilection, l’amitié. Pour cela, l’auteur, « anarchiste de gauche à droite, tendance essuie-glaces », choisit comme héros un personnage douteux qui lui permet toutefois d’exposer une philosophie rieuse et faussement désinvolte de la vie, celle d’un écrivain qui osa répondre malicieusement à un journaliste que son occupation favorite était… l’occupation allemande – tout en gardant un silence pudique sur son engagement dans l’armée, en 1944, à l’âge de 16 ans.

Ersatz, René Fallet, Denoël, 1993.

Ersatz

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Julien Denormandie serait bien partout!

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Julien Denormandie le 5 décembre 2019 © Jacques Witt/SIPA

Avant la nomination de Gabriel Attal à Matignon, Julien Denormandie était sérieusement envisagé pour le poste aux côtés de Richard Ferrand ou de Roland Lescure. L’ancien ministre du Logement (2018-2020) et ministre de l’Agriculture (2020-2022) reste en retrait de la vie politique. Il publie Nourrir sans dévaster (Flammarion), avec Erik Orsenna.


Il y a des personnalités dont on sait tout de suite ce qu’elles valent. Et qui résistent parfois à la profusion d’éloges qu’on a déversée sur elles avant et qui inquiètent les sceptiques. J’ai écouté le 13 février Julien Denormandie, questionné par Jean-Jacques Bourdin sur Sud Radio[1]. Je l’ai trouvé remarquable sur sa conception de la vie politique et sur l’agriculture dont il avait été un ministre très apprécié. Il vient de publier un livre : Nourrir sans dévaster, écrit avec l’Académicien Érik Orsenna – qui a publié un libelle démagogique et faussement courageux il y a un an contre Vincent Bolloré ; on peut le regretter mais personne n’est parfait !

Le François-Xavier Bellamy de la macronie ?

En tout cas, pour qui est passionné par la psychologie des êtres, le courage intellectuel, la vigueur des idées et de leur structuration, la mesure de la forme, la modestie du ton et la nature du caractère, il est évident qu’on a l’intuition immédiate, avec Julien Denormandie, de la qualité d’un être. Précisément parce que celui-ci se dispense des éclats des Matamore et des provocations faciles. Et qu’il sait argumenter sans flatter ni mépriser. Parce que toute posture est refusée et que l’honnêteté domine, qu’aucune arrogance ne cherche à faire croire à une supériorité d’essence parce qu’il a connu le pouvoir et qu’il est très proche d’Emmanuel Macron, il inspire, il rassure. On crédite son verbe et sa sûreté d’une sincérité et d’une conviction évidentes. On perçoit que Julien Denormandie n’est pas l’un de ces politiciens ordinaires prêts à endosser n’importe quelle casaque.

A lire aussi, du même auteur: Justice: Emmanuel Macron entre mépris et récupération…

François-Xavier Bellamy me fait exactement le même effet et la différence des projets compte peu quand au contraire, par exemple, les monologues logorrhéïques de Danièle Obono ou la vivacité piquante d’une Rachida Dati m’ont signifié de suite ce qu’il en était d’elles. Il faut d’autant plus être attentif à ces moments médiatiques avec la profondeur de ce qu’ils révèlent sur les invités que le macronisme dispose d’un vivier assez pauvre. Gabriel Attal et Julien Denormandie, aussi dissemblables qu’ils soient, en représentent deux pépites, l’un dans un effacement intelligent, conscient des risques de l’ambition politique à tout prix et l’autre dans un éclat réactif, allègre et plus que prometteur.

Emmanuel Macron, un exécrable DRH

À quelle personnalité peut-on faire confiance en matière politique, en démocratie ? Comment la choisir ? Il est miraculeux que le président de la République tombe parfois juste dans cet exercice d’évaluation, tant il apparaît souvent comme un exécrable DRH…

Qu’on ne croie pas que la seule politique est concernée par ces fulgurances qui sur-le-champ nous éclairent. Il y a longtemps il ne m’a fallu que si peu de temps pour déceler que l’aura médiatique et mondaine de Claire Chazal flattait pourtant la pire intervieweuse qui soit – et Marc-Olivier Fogiel m’en a voulu de cette vive lucidité. Aujourd’hui l’omniprésence de Léa Salamé demeure un mystère ; son succès est favorisé par cette perversion française : incompréhensible à l’origine, le processus cumulatif le porte à des admirations clientélistes et corporatistes peu explicables.

Il ne me paraît pas indécent de placer sur le même plan le grave et le futile, le superficiel et le profond. Pour le léger comme pour l’important, je déteste l’égarement où l’esprit se laisse corrompre par la mode et la routine. Je n’apprécie pas que les citoyens, quelle que soit leur curiosité, se fassent berner.

Pour terminer sur ma note initiale, je ne surestime pas la preuve par les entretiens mais je confirme cependant que ces trente minutes où j’ai écouté Julien Denormandie me permettent de valider tout le bien que j’ai déjà entendu sur lui. Il y a des signes superficiels et des évidences profondes qui résultent de ces instants où, bien interrogé, parfois bousculé, un être se montre dans son talent, son humilité et sa vérité. C’est le meilleur ou le pire, surgi en un trait de temps… Aussi je n’ai pas le moindre doute quand j’affirme : Julien Denormandie aurait été bien partout, serait bien partout !


[1] https://www.sudradio.fr/emission/le-petit-dejeuner-politique-sudradio-141

Aurore Bergé contre #NousToutes: le gouvernement coupera-t-il les subventions?

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Paris, 25 novembre 2023 © ISA HARSIN/SIPA

Aurore Bergé va-t-elle trop loin? Dans son viseur, le collectif #NousToutes, dont une enquête de Libération vient de révéler l’ampleur du malaise au sein des militantes concernant les pogroms en Israël.


Aurore Bergé menace de couper les vivres aux associations féministes qui n’ont pas condamné le 7 octobre. La ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations a annoncé, sur Radio J, que le gouvernement passerait au crible leurs déclarations sur le sujet. Et elle refuse que l’État soutienne celles qui « ne sauraient pas caractériser ce qui s’est passé ». C’est une allusion au silence d’une partie des féministes sur les violences sexuelles commises par le Hamas et à l’exclusion du collectif du 7-Octobre « Nous vivrons » de la manifestation contre les violences faites aux femmes du 25 novembre, manifestation organisée autour du collectif Nous toutes.

A lire aussi, Editorial: Par ici la sortie… de l’Histoire

Chasse aux sorcières

Cela a évidemment suscité des protestations outragées de Nous Toutes qui se défend de toute ambigüité, et de la gauche qui dénonce l’instrumentalisation de quelques dérapages. C’est une décision « pathétique » selon Manuel Bompard, une « chasse aux sorcières » selon L’Humanité. Sur les réseaux sociaux, certains, comme l’avocat Régis de Castelnau, hurlent même à la censure, expliquant que quand on dénonce non plus ce que les gens disent mais ce qu’ils ne disent pas c’est du totalitarisme.


Premièrement, normalement, le devoir de toute collectivité publique est de vérifier que les associations qu’elle subventionne ne vont pas à l’encontre de l’intérêt général ou d’un certain consensus républicain. Par exemple, pour lutter contre le séparatisme, Jean-Pierre Chevènement avait proposé un audit de toutes les associations. Pour l’instant, c’est ce que fait Aurore Bergé. Deuxièmement, on pourrait parler de censure d’Etat s’il y avait une menace de dissolution. Ce qui n’est pas le cas.

Mais le risque est de ne favoriser que des associations pro-gouvernementales, dira-t-on également

Concernant les associations féministes, il ne s’agit pas de pénaliser des associations critiquant la politique israélienne. Mais si certaines ne voient pas en quoi le 7 octobre est terroriste, cela ne me dérange pas outre mesure qu’on leur coupe les vivres. Une longue enquête de Libération publiée hier révélait la complaisance de nombre de militants de Nous Toutes avec le Hamas. Dans l’article, une militante raconte que dans des groupes WhatsApp, l’appel à la reconnaissance d’un « féminicide de masse en Israël » a suscité « énormément de protestations ». Moi, je suis libérale, c’est leur droit, comme c’est aussi le droit de certaines de promouvoir le port du voile. Mais pas avec mon argent.  

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Et il en est de même pour les associations comme SOS-Méditerranée qui encouragent l’immigration clandestine. N’est-il pas étrange qu’on aide des associations à aller contre la loi ? Et pourquoi pas en ce cas carrément financer les crétins écolos qui arrosent de soupe les tableaux dans les musées ? D’ailleurs, je suis persuadée que certaines mairies le font…

Bien sûr, il y a un équilibre à trouver entre la préservation du pluralisme et la défense de principes ou d’objectifs politiques au sens large. Étant attachée au pluralisme au sens large, je me réjouis de financer L’Humanité et d’autres titres extrême-gauchistes comme je suis sûre que des communistes sont ravis de financer Causeur !

Mais un financement public n’est pas un droit. La collectivité peut choisir. Et puis, ras-le-bol de ces militants qui passent leur temps à traiter le gouvernement ou leurs concitoyens de « fachos » mais qui exigent que ces fachos les financent. Un peu d’honneur, que diable ! La révolution ne demande pas de subventions.

Zénitude muséale

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D.R

Nos musées sont en train de se transformer en salles de yoga. L’esthétique cède la place au culte de soi.


Ces temps-ci, aller au musée est en passe de devenir un casse-tête. On n’a en effet que l’embarras du choix. Non pas quant à l’artiste à côtoyer ou aux œuvres à admirer, mais en raison des activités périphériques désormais proposées. L’art ne se suffisant sans doute plus à lui-même, la mode de l’agrémenter de pratiques annexes se répand à grande vitesse. Ainsi, au musée Fabre de Montpellier, des séances de yoga se tiennent devant les œuvres abstraites du plasticien Christian Jacquard.

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Même supplément orientalisant au menu d’autres lieux dont la liste s’allonge de jour en jour. Au musée d’Art moderne de Paris, ce yoga s’enrichit du qualificatif de « profond », alors qu’à la Cité de l’architecture et du patrimoine, ainsi qu’aux musées Delacroix et Henner, il se métamorphose en « yoga vinyasa ». On s’en réjouit. Au Louvre, qui donne lui aussi dans ces innovations, la Joconde n’en a probablement pas fini avec son petit sourire en coin. Au train où vont les choses, l’apparition d’ateliers french-cancan au musée Toulouse-Lautrec ne saurait être exclue. On peut se moquer de cette vogue, certes, mais au-delà de ces initiatives de bonne intention se profile le travers majeur des temps modernes : l’obsession de soi, un égocentrisme quasi névrotique. Le musée, la contemplation de l’œuvre d’art ne sont plus le lieu et le moment où l’on s’oublie soi-même pour s’immerger dans plus grand que soi, où l’on s’invite à espérer transcender sa condition d’humain bien ordinaire, mais le sanctuaire où l’on doit pouvoir persister dans l’illusion d’être le seul et unique héros de sa vie. Dès lors, fréquenter ces œuvres en sacrifiant à l’humilité heureuse d’admirer serait une perte de temps, de même que serait à proscrire toute activité n’étant pas consacrée in fine à cajoler l’ego. Alors oui, décidément, le moi est bel et bien haïssable. Surtout le moi en sueur…

D.R

Marianne dans la fosse

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Richard Plaud et sa Tour Eiffel en allumettes, Charente-Maritime. Capture d'écran FRANCE 3

Quoi qu’il en coule…


Le pays sombre. Terminé pour les machines et le grand bleu-blanc-rouge. Enfin un consensus. L’endroit le plus profond de la croûte terrestre, à proximité de l’île de Guam, c’est la fosse des Mariannes : moins 11 000 mètres. La France, son histoire, sa culture, sa grandeur, son honneur importent peu aux élites mondialisées, journalistes lotophages, politiques bas de plafond.  « Ils dînent du mensonge et soupent du scandale » (Chénier).

À l’occasion des remaniements, à la foire du trône des ambitions, de la bêtise et du cynisme, tout se troque et se monnaie : mairie de Paris, pairies, parachutes, prébendes, dignités d’ambassadeur, billard à trois bandes de Mormons. « Il faut sauver la France… Oui, il est temps de se réveiller, croyez-moi » (Nicole Beltrame, mère du colonel Arnaud Beltrame).

Cap Carnaval

L’Etat est indigent, épuisé de troupes et d’argent. Un tas de nains difformes vendent le pays au poids. Tout se fait par intrigue et rien par loyauté. Tous les voyants sont au rouge : désindustrialisation, déficit commercial record de 100 milliards €, déculottées diplomatiques à répétition, chaos migratoire, obscurantisme, séparatismes, corporatismes, bureaucratie, quoi qu’il en coule.

L’écho de la débâcle est amplifié, redoublé par les incantations d’un président naufragé qui répète ad nauseam qu’il a un cap, qu’il accélère, qu’il réarme, retrouve des souverainetés. Le redressement, c’est pour Plutarque. Depuis huit ans, il gesticule, essaie, d’incarner la France, des costumes trop larges pour lui. Lundi Romulus, mardi Brutus, mercredi Pyrrhos, jeudi Pompée, vendredi Colombo, samedi Houdini, dimanche Inspecteur Gadget. A l’image d’un Georges Marchais qui amusait la galerie en jouant l’affreux Jojo dans les années 80, Emmanuel Goldorak se complaît dans sa caricature, « Macron- Transformation ».

Arrivé à Matignon déguisé en Monsieur Hamel (La Dernière classe, Alphonse Daudet), moitié Bibi Fricotin, moitié Martine, Gabriel Attal est sur tous les fronts. Pimpant et volontaire comme l’héroïne, à l’école, à la ferme, à la foire, petit rat de l’opéra, le Premier ministre fait du théâtre, protège la nature, apprend à nager. Il sait aussi taper du poing sur la table : « Tu casses, tu répares ; tu salis, tu nettoies ; tu défies l’autorité, on t’apprend à la respecter ». L’ordre est de retour. Juan Branco et les cailleras font dans leur jogging. 

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Notre Education nationale, censée instruire et former la jeunesse, réussit l’exploit d’être la plus médiocre, la plus inégalitaire et la plus stressante de l’OCDE. Les syndicats aboient, le caravansérail éducatif déraille dans le déni, le jargon, les trajectoires -non euclidiennes – d’inclusion durable. Depuis deux générations, rien n’y fait. Postures, impostures, la garde meurt et Michard l’attend. Pour noyer le poisson, masquer l’écroulement, les FFI de la pédagogie (Forces Françaises de l’Inférieur) allument des contrefeux, lynchent Stanislas, flinguent ce qui marche, coupent ce qui dépasse : le mérite, les diplômes, les talents. Les rancœurs et fureurs des médiocres, idéologues rentiers de l’idéal victimaire, insoumis en peau de lapin (blanc aux yeux rouges), sont inextinguibles.

Dans les classes, sur Pronote, Parcoursup, la mode est au management : acronymes mystérieux, HLP (Humanités-Littérature-Philo), HGGSP (Histoire-Géographie-Géopolitique-Sciences-Politiques), PowerPoints interactifs, transdisciplinaires, civico-humanitaires, sur tout, partout : Mumbai, une métropole fragmentée ; Les Cévennes, un territoire rural multifonctionnel. Après son exfiltration de la rue de Grenelle, Amélie Oudéa-Castéra confesse, radieuse : « Je me sens plus aguerrie que jamais, le regard tourné vers l’avenir, droit devant ». C’est louche.

Frédéric Mitterrand raille. La nouvelle ministre de la Culture « n’y connait rien, mais ce n’est pas grave ». Qui connaissait, que connaissaient, Rima Abdul Malak, Frank Riester, Fleur Pellerin ? Rachida Dati a une ambition, classique comme un tailleur Chanel. Elle veut « replacer la culture au cœur de notre projet de société », réchauffe pour la 1000e fois le Proust « pour tous », répète un numéro bien rodé de fille à la valise, en carton, sauce piquante (Milady-Pauline Bonaparte-Chihuahua Pearl). Puissance et gloire de l’ascenseur social. Dans l’eau trouble d’un regard, l’aventure et la passion, autour de Château Valmont… Les Héritiers vengeurs de race, les agrégées de Lettres ouvertes, Trissotin progressistes, sont taisants, piégés dans le Bourdieu, l’accusation de « mépris de classe », l’angoisse de se faire sucrer une subvention publique. Leurs aides de géants les empêchent de râler.

Décomposition française

Sur l’essentiel, les enjeux civilisationnels (la nature arraisonnée par la Technique, L’Homme unidimensionnel, le règne de la marchandise, le sac du droit civil, les transgressions généalogiques, la crétinisation numérique), le gouvernement et les médias, incapables de se projeter, nous abreuvent de mensonges amers et pathétiques, slogans magiques (la transition écologique, le mix énergétique), miroirs aux alouettes bios. Demandez les nouveautés en magasin ! Un « pack gouvernemental » (Dupond c’est vendeur, le pack a remplacé les pactes), l’IA made in France, un ubuesque « verrou numérique » pour limiter l’accès des mineurs aux réseaux sociaux, un 666e nouveau plan anti-stups, spécial villes moyennes…

La Start-up nation vient d’être sacrée championne du monde de boulangerie (devant la Corée du sud et le Japon), Richard Plaud est recordman de la plus haute Tour Eiffel en allumettes. Bip-Bip… Comme Coyote à la poursuite de Roadrunner et des déconvenues, Marianne mouline des jambes, dans le vide. Pour éviter de se fracasser au fond du canyon, elle se raccroche à un couteau sans lame auquel il manque un manche, l’Europe à l’agonie. À Bruxelles, on peut admirer La Chute d’Icare, chef-d’œuvre de Brueghel l’Ancien. Son testament artistique, La Parabole des aveugles, est conservée au musée Capodimonte de Naples. « Si un aveugle guide un aveugle, ils tomberont tous deux dans la fosse » (Mt 15,14).

Les plans B sont enterrés, les lendemains ne chantent plus. Nous sommes au-delà du « Tous pourris », de la rancœur, de la haine parfois. Les citoyens qui vont encore voter n’attendent plus qu’une chose de leurs représentants : qu’ils les fassent rire. Emmanuel Guy Lux, Gabriel Garnier et les vachettes du gouvernement font le job. Intervide… Tout cela va mal finir.

« Gouvernants, méfiez-vous des mots. Ils soulèvent les montagnes quand ils sont des mots vivants ; ils les sapent quand ils sont des mots morts. Rappelez-vous que, de même qu’il est préférable de ne pas donner un ordre, à en donner un dont l’exécution ne sera pas exigée, de même il est préférable de se taire, à lâcher des mots qu’on a privés de leur aiguillon ; je vais jusqu’à croire que le vice du verbiage est une des causes de notre décadence : on avait beau nous dire (comme aujourd’hui) les meilleures choses du monde, personne n’écoutait plus. Qu’on me pardonne un concetto : dans ce creux, la nation s’engouffre » (Henry de Montherlant).  

Le Hamas contre Israël, ce n’est pas David contre Goliath!

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Le géopolitologue et expert militaire Edward Luttwak, interviewé par le journal japonais, "Yomiuri Shimbun", à Tokyo, le 11 octobre 2018 © Jo Iwasa/AP/SIPA

Selon de nombreux commentateurs occidentaux, Israël, dans sa campagne contre le Hamas, a déclenché une violence cataclysmique sans que les moyens « disproportionnés » qu’il mettrait en œuvre lui garantissent la victoire sur les forces paramilitaires en face. Selon Edward Luttwak, un des plus grands spécialistes de stratégie militaire, les promoteurs de cette analyse n’ont rien compris, ni à l’approche israélienne, ni à la façon dont la guerre est en train d’évoluer.


Depuis le début du présent conflit entre Israël et le Hamas, un récit s’est imposé dans la plupart des médias occidentaux, surtout ceux de gauche. Ce récit dépeint l’organisation terroriste palestinienne en David et les forces armées israéliennes en Goliath. Selon le narratif en question, ces dernières disposeraient du dernier cri en matière d’armements sophistiqués, seraient constamment ravitaillées par les stocks quasi inépuisables des États-Unis et déploieraient une puissance de feu massive pour annihiler toute opposition, en sacrifiant allègrement d’innombrables vies de civils palestiniens. Pour autant, elles n’arriveraient pas à vaincre la résistance apparemment courageuse des combattants du Hamas tapis dans les ruines laissées par des bombardements supposément incessants de l’aviation et de l’artillerie israéliennes. Cette vision manichéenne de la situation est combattue par un petit nombre d’experts, dont Edward Luttwak, historien militaire chevronné et spécialiste du concept anglo-saxon de « grande stratégie », à savoir la poursuite cohérente par une nation de ses intérêts à long terme en tenant compte des moyens à la fois militaires et non-militaires. Né en Roumanie en 1942, ayant étudié en Sicile et en Angleterre, il devient citoyen américain dans les années 1970, après avoir entamé une série de best-sellers sur la géopolitique et l’art de la guerre – dont il a aussi une expérience de combattant. Il vient de publier un article dans The Tablet pour expliquer, comme le dit son titre, « Pourquoi Israël est en train de gagner à Gaza ».

Israël : de David à Goliath ?

Pendant longtemps, Israël avait la réputation d’être un David, c’est-à-dire une petite nation combattive entourée de tous les côtés par des ennemis ayant juré sa perte. Aujourd’hui, cette vision est renversée. Le récit transformant Israël en Goliath brutal voué à une défaite ultime s’est mis en place au cours des trois premiers mois du conflit. Par exemple, dans une série d’articles publiés dans le quotidien britannique de gauche, The Guardian, Paul Rogers, professeur émérite de « Peace Studies » (études de la paix) à l’université de Bradford et membre honoraire du Joint Services Command and Staff College (académie militaire supérieure au Royaume Uni), affirme qu’Israël ne ferait autre qu’appliquer la « Doctrine Dahiya ». Selon cette dernière, formulée en 2008 par le général Gadi Eizenkot qui cherchait à tirer les leçons du conflit israélo-libanais de 2006, Israël doit riposter à toute action hostile de la part de ses adversaires au Liban ou à Gaza par une démonstration de force massive et disproportionnée, seule capable de produire un effet de dissuasion apte à décourager toute attaque future. Avant Noël, le même Paul Rogers annonce que, loin de gagner sa guerre contre le Hamas, Israël est en train de la perdre, à cause de cette stratégie. Une analyse similaire se trouve dans le texte, « Israël perd cette guerre », publié dans la revue américaine de gauche, The Nation, le 8 décembre, et traduit en français par la revue communiste, Contretemps. Selon les auteurs, Tony Karon, rédacteur de AJ+, la branche numérique d’Al Jazeera, et Daniel Levy, ancien conseiller du gouvernement israélien et président de l’ONG US/Middle East Project (USMEP), il ne serait plus absurde « de suggérer qu’un groupe d’irréguliers armés, comptant quelques dizaines de milliers de personnes, assiégé et n’ayant qu’un accès limité à des armes de pointe, puisse faire le poids face à l’une des armées les plus puissantes du monde, soutenue et armée par les États-Unis ». Il n’est pas besoin d’être d’extrême gauche pour prendre au sérieux l’idée que la stratégie apparente d’Israël pourrait conduire à sa défaite. Le 7 novembre, Jon B. Alterman, du Center for Strategic and International Studies, think tank basé à Washington, envisage l’échec de l’approche israélienne si cette dernière « motive des générations futures de Palestiniens qui célébreront même de petites victoires remportées malgré des défis apparemment insurmontables ». Récemment, l’inénarrable Jeremy Bowen, reporter de guerre vétéran et rédacteur international de la BBC, dans un article au sous-titre qui dit tout sur sa perspective personnelle, « La mort et la quête de la « victoire totale » par Israël », conclut qu’« Israël a infligé des pertes considérables au Hamas, mais n’a pas brisé sa capacité de se battre ». Il est évident que la stratégie israélienne est toujours en train de suivre son cours, mais le message invariable de ces médias est qu’Israël a déjà sacrifié tout respect pour les règles de la guerre ou les normes humanitaires sans même arriver à assurer une victoire sur son ennemi. Quand de nombreuses publications proclament que sa campagne militaire à Gaza est une des plus destructrices de l’histoire, l’impression donnée est que la disparité des forces en place, entre Tsahal-Goliath et le Hamas-David, mitige ou compense la barbarie de l’attaque du 7 octobre qui a déclenché cette guerre.

Soldat israélien à la frontière avec Gaza, 24 novembre 2023 © Tsafrir Abayov/AP/SIPA

Concours de débrouillardise

Certes, le budget militaire d’Israël est sans comparaison avec celui du Hamas. En 2022, il a dépensé 23,4 milliards sur ses forces armées, et les horreurs du 7 octobre l’ont obligé à augmenter son budget. Mais cet argent est consacré à la défense de tout un pays qui est constamment menacé par des attaques en provenance du nord, du sud et du ciel, attaques financées en partie par un autre État, l’Iran. En face, les finances du Hamas sont loin d’être celles de quelque guérilla paysanne. Le budget de l’organisation terroriste s’élevait à un milliard de dollars en 2014. Depuis, avec ses confrères du Jihad islamique palestinien, elle aurait levé plus de 130 millions de dollars rien qu’à travers les cryptomonnaies. Les grands chefs du Hamas valent ensemble 11 milliards de dollars. Et à quoi le Hamas consacre-t-il ses dépenses militaires ? A part l’achat et la production des roquettes par lesquelles il fait régner la peur sur la population israélienne, ses fonds sont alloués à la construction et à l’entretien du vaste réseau de tunnels qui s’étend sous les villes, les hôpitaux et les bâtiments publics de la bande de Gaza. Ces souterrains sont destinés à la protection exclusive des dirigeants et des combattants de l’organisation. Aucun abri n’a été construit pour la protection des populations civiles qui, elles, sont abandonnées à la surface afin de servir de boucliers humains et de sacrifices sur l’autel de l’opinion publique mondiale. Se confiant à Actualité juive en janvier, l’ingénieur et ancien officier Yehuda Kfir souligne le fait que le réseau de tunnels découvert par les forces israéliennes est non seulement plus étendu qu’on ne prévoyait, mais aussi plus profond et plus sophistiqué en termes des techniques de forage et de construction utilisées – et par conséquent plus coûteux en termes de l’argent investi.[1] Le monde vient d’apprendre que le Hamas a même réussi à construire un centre de données sous le QG de l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), sans que les dirigeants de cet organisme onusien soient au courant.

Publication sur X de Richard Kemp, ancien colonel dans l’armée britannique, aujourd’hui spécialiste des questions stratégiques. « Le commissaire général de l’UNRWA affirme que l’UNRWA ne savait pas qu’il y avait un tunnel du Hamas sous son siège. Un non-sens bien sûr. L’UNRWA était au courant de tout cela et l’infrastructure terroriste était installée dans de nombreux locaux, y compris dans les écoles. L’UNRWA est un facilitateur des terroristes génocidaires du Hamas ».

On peut en conclure que les dirigeants du Hamas sont aussi débrouillards qu’ils sont indifférents au sort de leurs civils. Mais de son côté Israël ne s’est jamais fié uniquement au soutien de ses alliés, les États-Unis en tête, qui au début de l’existence de l’État juif lui ont fourni très peu d’armes. Israël ne s’est jamais contenté non plus d’allouer de vastes sommes au budget recherche et développement de ses militaires. C’est la conclusion d’une analyse historique très détaillée conduite par Edward Luttwak avec son collègue Eitan Shamir, professeur à l’université Bar-Ilan et ancien haut fonctionnaire au ministère des Affaires stratégiques. Ils ont publié leurs conclusions dans un livre The Art of Military Innovation: Lessons from the Israel Defense Forces (L’art de l’innovation militaire: leçons des forces de défense israéliennes), sorti en octobre aux presses universitaires de Harvard. Luttwak et Shamir partent du constat que, pendant longtemps, Israël n’avait pas les moyens financiers des grands États occidentaux, et, qu’obligé de faire très fréquemment la guerre tout au long de son existence, ses forces armées furent en état d’alerte presque permanent. Dès lors, le pays a dû sa survie en grande partie à sa capacité à innover rapidement et avec peu de ressources, en termes d’armements comme en termes de tactiques nécessaires à leur exploitation. Dans le monde de l’entreprise, on parle d’« innovation frugale » pour désigner la capacité à répondre à un besoin de manière efficace avec le minimum de moyens et à bas coût. Selon le slogan à la mode, il s’agit de « faire mieux avec moins ». Telle est depuis toujours l’approche d’Israël en termes militaires. Tandis que les grandes puissances ont tendance à créer des armements ultrasophistiqués, dotés de gadgets perfectionnés, dont le développement est très long mais qui se révèlent en pratique très vite dépassés, Israël se débrouille en bricolant des solutions à partir d’armements existants ou en improvisant des solutions nouvelles adaptées aux circonstances.

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Una armée adaptée aux défis

C’est en exploitant sa familiarité avec les armements israéliens que, dans son nouvel article publié le 9 février, Edward Luttwak explique pourquoi Israël est en train de gagner, malgré la difficulté de sa tâche. Les soldats israéliens doivent avancer dans des zones urbaines densément peuplées où leurs adversaires restent cachés et transforment les civils en boucliers vivants. Le triple objectif  des forces de Tsahal consiste à repérer et neutraliser les combattants du Hamas, à protéger les vies de ses propres soldats et à épargner le plus possible celles des populations civiles. Pour relever ce défi complexe, elles possèdent des moyens mieux adaptés que ceux de toute autre armée.

D’abord, les Israéliens ont renoncé à l’usage de certains armements qui leur auraient donné un avantage mais qui auraient infligé une destruction trop systématique aux Gazaouis. Ils n’ont pas exploité leurs mortiers lourds de 160 mm, qui sont plus petits et moins chers que la plupart des obusiers des armées occidentales mais qui sont capables d’emporter une charge explosive de 30 kilos sur de courtes distances. Ces mortiers auraient été très efficaces dans un environnement urbain, mais trop destructeurs. En outre, les Israéliens ont eu recours à seulement une fraction de leur puissance aérienne. En revanche, ils ont pu exploiter des atouts uniques. D’abord, le Yahalom, l’unité d’élite de leur  génie militaire, formé pour faire face à des situations complexes telles que la guerre dans les tunnels. Le Yahalom (« diamant » en hébreux) possède tout un équipement adapté à son activité : capteurs radars à basse fréquence, engins de terrassement, robots, mini-drones, bombes intelligentes… Leur travail de pointe épargne la vie des soldats, tout en évitant la nécessité d’une campagne de destruction massive. Le char israélien, le Merkava, s’est révélé plus performant à Gaza que le Léopard allemand en Ukraine. Plus lourd, muni d’un blindage très épais, il est équipé du système de protection active « Trophy », capable de lancer un projectile contre un missile anti-char pour le détruire avant qu’il n’atteigne le tank. Le Namer, véhicule blindé et chenillé de transport de troupes, est le véhicule le plus blindé de tous les temps. Le conducteur et son équipage ne sont pas exposés aux tirs ennemis, car ils ont une vue panoramique à 360° grâce à des micro-caméras enchâssées dans le blindage. L’infanterie est guidée par des caméras dans des mini-drones qui la préviennent de la présence de snipers et d’ennemis se tenant en embuscade. En effet, les drones sont une spécialité israélienne : aujourd’hui, certains sont aussi minuscules que des insectes. Finalement, Tsahal utilise une méthode d’entraînement intensif héritée des Britanniques et n’envoie pas des recrues sans formation au front, comme c’est trop souvent le cas dans la guerre ukrainienne.

Publication d’Edward Luttwak: « La victoire naissante d’Israël à Gaza a deux aspects : la destruction physique de l’ennemi et un faible nombre de victimes. Il s’avère que le Hamas est meilleur pour tuer des personnes non armées que pour combattre des soldats hautement entraînés et que l’équipement de fabrication israélienne fonctionne vraiment. Moral ? Excellent ! »

Tous ces atouts favorisent la victoire sans nécessiter la « violence cataclysmique » évoquée par certains commentateurs. Et la victoire semble au rendez-vous. Le 11 février, le nombre des morts des forces israéliennes s’élevait à 564. Ce chiffre comprend 312 soldats et policiers tombés le 7 octobre, ce qui veut dire que seuls 252 militaires ont perdu la vie depuis le début de l’opération actuelle. En même temps, Israël prétend avoir tué ou mis hors de combat quelque 10 000 combattants du Hamas. Selon Luttwak, ce « kill ratio » ou ratio pertes adversaires/pertes amies de 50 à 1 est exceptionnel, « sensationnel », et s’explique pas des armements et des techniques qui sont uniques à l’armée israélienne.

Comparaison sans raison

Peut-on dire, comme le font certains experts, que c’est la campagne la plus mortifère de l’histoire récente ? Selon les sources palestiniennes, le nombre des morts de Gazaouis civils serait près de 28 000. Selon les Israéliens, ce chiffre comprend les 9 000 combattants du Hamas qu’ils ont tués. Si le total reste élevé, cela s’explique par la manière dont le Hamas utilise les civils pour se camoufler et se protéger. La comparaison est souvent faite avec la bataille de la ville de Mossoul en Iraq. Là, il y avait 2 millions d’habitants répartis sur une superficie comparable à celle de Gaza. Entre octobre 2016 et mars 2017, 10 000 civils ont perdu la vie. Pourtant, les forces de la coalition combattant l’État islamique ont pu permettre aux résidents de quitter la ville, tandis que les Israéliens sont contraints d’inviter les Gazaouis à se déplacer à l’intérieur de la bande. Les forces de l’État islamique, assiégées dans la ville, avaient moins de tunnels à leur disposition et étaient moins adeptes de l’exploitation des civils comme boucliers. La situation est donc similaire mais sans être vraiment comparable. D’ailleurs, dans un article dans Newsweek le 12 février, John Spencer qui, après une carrière dans l’infanterie américaine, détient la chaire de combat urbain à l’Institut de la guerre moderne à West Point, nous enjoint d’arrêter de chercher des précédents historiques pour la situation à Gaza qui est vraiment sui generis. Il nous rappelle que le siège de la ville ukrainienne de Marioupol par les Russes en 2022 a provoqué jusqu’à 25 000 pertes civiles; que 300 000 civils sont morts en Syrie ; et que, entre 1994 et 2009, les deux guerres de Tchétchénie ont plus que décimé la population tchétchène. Le bombardement de Dresde en 1945 a fait 25 000 morts en trois nuits, et une seule nuit de bombardement américain à Tokyo a fait autour de 100 000 morts.

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Revenons à l’accusation portée par Paul Rogers dans The Guardian. Israël est-il toujours en train d’appliquer simplement et systématiquement la Doctrine Dahiya formulée en 2008 et consistant à détruire toute l’infrastructure de l’adversaire ? Selon une étude publiée en 2017 par la Rand Corporation, célèbre think tank américain consacré aux questions de stratégie et de R&D, les forces israéliennes auraient constamment changé de tactiques entre 2009 et 2014 pour s’adapter à un ennemi hybride dans un terrain urbain complexe. Cette évolution constante infirme la notion qu’Israël serait resté fixé sur une seule approche rudimentaire. D’ailleurs, ses tactiques ont déjà changé sensiblement au mois de janvier, en évoluant vers un affrontement de moindre intensité. La pression de ses alliés, les États-Unis en tête, y joue un rôle.

Enfin, pourquoi supposer que tout ce qui se passe à Gaza est la seule faute d’Israël ? Si le Hamas veut épargner les civils, il n’a qu’à se rendre ou du moins commencer à négocier sérieusement. Mais il ne le fait pas. L’histoire de David et de Goliath est citée dans le Coran, dont le texte ajoute cette explication profonde : « Et si Allah ne neutralisait pas une partie des hommes par une autre, la terre serait certainement corrompue ». Mais qui est véritablement David dans la situation actuelle ? Qui fait le plus d’efforts pour épargner des vies humaines ?


[1] Actualité juive, n° 1721, 25 janvier 2024, pp. 6-7.