Accueil Site Page 461

Accommodement déraisonnable: 52% des lycéens pensent qu’il ne faut pas critiquer les religions

0

En précisant qu’il n’entendait pas en faire une « arme politique ou culturelle », Gabriel Attal a défendu la laïcité lors d’un déplacement au Canada. « J’ai affirmé un attachement très fort, qui est celui de la France, à la laïcité. Nous avons cette même approche en partage », a déclaré vendredi le Premier ministre français lors d’une conférence de presse avec le Québécois François Legault.


En déplacement dans la Belle Province, le Premier ministre n’a pas crié « Vive le Québec libre !» comme le Général de Gaulle en 1967 mais il a vanté la laïcité, modèle que France et Québec ont selon lui en partage. En réalité, la laïcité québécoise est beaucoup plus souple que la nôtre – pour ne pas dire molle. La Loi 21 (votée en 2019) interdit là-bas le port de signes religieux aux seuls agents de l’Etat. Et pourtant, elle suffit à exaspérer le reste du Canada. Les nôtres ulcèrent le reste du monde.

La laïcité partout et nulle part

En France, la laïcité est indissociable de l’histoire de la République (« laïque » est d’ailleurs le septième mot de notre Constitution). On aime penser que la laïcité est l’arme fatale contre l’islamisme et le séparatisme. Dès qu’un problème survient, c’est-à-dire quotidiennement désormais, on dégaine le mot magique: nous avons des référents laïcité, des cours de laïcité, il y a des prix laïcité, une Journée de la laïcité dans la Fonction publique. En Occitanie, Carole Delga crée un Conseil régional de la laïcité. Bref tout le monde est laïque !

À lire aussi, Jean-paul Brighelli: Et maintenant, le djihad scolaire

Visiblement, cela n’impressionne pas les Frères musulmans et autres propagandistes de l’islamisme d’atmosphère qui imprègne à des degrés divers une majorité de jeunes musulmans – massivement hostiles à la loi de 2004.

Faut-il en conclure que la laïcité est dépassée ?

Non. À condition de s’entendre sur ce qu’elle est.

Si le mot est très galvaudé, la laïcité est un régime juridique et un esprit qui demandent aux religions ou aux identités particulières de céder devant la loi commune et l’identité nationale et d’être discrètes dans l’espace public.

Or, le progressisme voudrait accommoder la laïcité à la sauce multiculti. En faire un concept aussi sucré, gentillet et inopérant que le « vivre-ensemble ». Il dénonce ainsi en permanence une laïcité de combat qui serait « islamophobe ». Cette idéologie McDo (« Venez comme vous êtes ») est très puissante chez les professeurs et les jeunes. Tous les sondages convergent et doivent nous alarmer. Selon les chiffres de l’IFOP et de la Licra, 52 % des lycéens sont favorables au port des signes religieux (contre 25 % dans la population générale). Ce chiffre monte même à 76% chez les lycéens qui se disent musulmans. Pire, la même proportion – 52% – est hostile au droit de critiquer les religions. Autrement dit, ils voudraient rétablir le délit de blasphème. Voilà qui est très grave : c’est une manière d’introduire en France de nouvelles mœurs, de nouvelles normes et de les imposer d’ailleurs aux musulmans. Le blasphème commence avec une petite sœur qui ne se voile pas ou parle aux mangeurs de cochon…

La laïcité n’est pas une arme politique ou culturelle, a précisé Gabriel Attal à Québec. Eh bien si ! Et il est temps de s’en servir. Et de proclamer qu’en France, la laïcité, ce n’est pas le « respect » des religions comme on l’entend dire partout bêtement. C’est le droit de s’en moquer, ou comme le dit l’avocat Richard Malka, le droit d’emmerder Dieu.

Le droit d'emmerder Dieu

Price: ---

0 used & new available from


Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez notre directrice de la rédaction du lundi au jeudi dans la matinale

L’origine du mérite

Comment devient-on sergent dans la police de Chicago ?


Comme la plupart des services publics américains, le département de police de Chicago oblige ses employés à déclarer une « identité raciale ». En 2004, trois options étaient possibles : Caucasien, Noir ou Hispanique. Recruté cette année-là, Mohammed Yusuf avait choisi la première. Après des années de propagande woko-racialiste, l’administration a décidé de proposer un nouvel assortiment d’identités raciales : Afro-Américain, Hispanique ou Latino, Blanc, Indien ou autochtone de l’Alaska, natif hawaïen ou insulaire du Pacifique… Arguant du fait que les agents du département de police pouvaient dorénavant modifier leur sexe pour le faire correspondre à leur « identité de genre », M. Yusuf a demandé à changer son « identité raciale » : il désire être reconnu comme « Égyptien et Afro-Américain » et dit avoir fait un test génétique prouvant cette hérédité ethno-raciale. Ses supérieurs ayant repoussé sa requête, le policier a intenté un procès à la Ville de Chicago au cours duquel les juges se sont étonnés de son acharnement : pour quelles raisons M. Yusuf tient-il donc tant à changer d’identité raciale ? Et puis ils ont compris : le plaignant aimerait bien, lui aussi, bénéficier de la fameuse « discrimination positive », laquelle profite essentiellement aux Afro-Américains.

A lire aussi : Turquie: Erdogan bousculé

Bien qu’ayant obtenu d’excellents résultats à l’examen pour devenir sergent en 2019, M. Yusuf se plaint de n’avoir toujours pas été promu ; le procès a mis en évidence que, depuis cette date, sur les 75 officiers nommés sergent, cinq seulement étaient « caucasiens » – les autres étaient majoritairement « afro-américains » et certains ont été promus malgré d’évidentes lacunes professionnelles, voire des problèmes de discipline. Sans doute M. Yusuf se fiche-t-il comme de sa première contravention d’être catalogué Blanc, Noir, Indien à plumes ou Ostrogoth à poils. Son rêve était de devenir sergent dans la police de Chicago grâce à son travail et à ses capacités. Au lieu de ça, il le deviendra peut-être un jour uniquement parce qu’il aura su surfer sur la vague racialiste victimaire. Ce qui n’est ni juste ni glorieux – mais à qui la faute ?

Les Gobeurs ne se reposent jamais

Price: ---

0 used & new available from

Quand les ministres ne sont pas là…

Dur, dur d’être ministre ! Qu’ils soient en exercice ou en reconversion, les parlementaires ne les ratent jamais. Et s’il n’y avait que nous…


Salon de l’agriculture

Un salon assurément haut en couleur. Vous avez encore tous en tête l’inauguration mouvementée (et pleine de CRS) d’Emmanuel Macron, suivie des deux jours de « perches à selfies » avec Jordan Bardella. Puis, le Premier ministre et sa visite surprise avant, le mercredi, le tour de Marine Le Pen. Il lui fallait évidemment pouvoir rivaliser avec le jeune président de son parti, qui avait reçu, deux jours plus tôt, un accueil chaleureux. La veille au soir, selon les dires de Libération, un message avait donc été adressé aux adhérents du parti pour les « convier » à « rejoindre » le salon et « accompagner » Marine Le Pen porte de Versailles. Message qui se terminait ainsi : « Veuillez noter que les frais d’entrée ainsi que les repas seront à votre charge. » Il n’y a pas de petites économies…

Dur d’être ministre…

Parmi les obligations des ministres, être présent aux séances de « Questions », les mardi et mercredi à l’Assemblée nationale et au Sénat…Et de préférence, y répondre ! Le 28 février dernier, la députée LR Nathalie Serre a interrogé le gouvernement sur la possible installation du village olympique saoudien, dès le 10 mai et pour quatre mois, dans l’enceinte de l’Hôtel national des Invalides. Quel ministre va donc répondre ? Amélie Oudéa-Castéra, ministre des Sports, semble bien placée, mais elle refuse. Déjà eu son compte de polémiques… Les ministres de la Défense et de l’Intérieur sont alors pressentis. Mais Sébastien Lecornu et Gérald Darmanin sont absents, et la tâche retombe sur leurs secrétaires d’État, Patricia Mirallès pour Lecornu et Sabrina Agresti-Roubache pour Darmanin. Pendant que la députée Serre pose sa question, la décision est prise : ce sera Agresti-Roubache. Mais elle ne l’entend visiblement pas de cette oreille, se lève et sort de l’hémicycle en faisant semblant de téléphoner… C’est donc la secrétaire d’État aux Anciens combattants–pas de chance ! –qui s’y colle, mais sans avoir en main la « bonne » fiche préparée par le cabinet du ministre. D’où son famélique « aujourd’hui, rien n’est concret et rien n’est fait. Je comprends vos interrogations, mais je ne répondrai pas sur des choses qui ne sont pas faites ni signées. » Une non-réponse qui a visiblement agacé jusqu’à la présidente de l’Assemblée, puisque celle-ci a jugé bon de rappeler « qu’il faudrait vraiment que les ministres répondent aux questions que lui pose le Parlement. » Ce n’est pas moi qui l’ai dit !

A lire aussi : Jordan Bardella: «Je suis l’enfant de la génération 2005-2015»

Clause de conscience

Le 4 mars, le Congrès s’est réuni à Versailles pour inscrire l’IVG dans la Constitution. Je fais partie des 72 élus qui ont voté contre. J’ai eu l’occasion d’expliquer pourquoi je trouvais cette inscription « inutile et dangereuse », notamment pour la clause de conscience du personnel médical. Ça n’a pas traîné. Dès le lendemain, le député insoumis Manuel Bompard plaidait pour supprimer cette clause de conscience des médecins qui constitue selon lui « un obstacle, une entrave » à l’effectivité du droit à l’IVG. Même chose du côté du Planning familial qui, dans son plan stratégique pour 2023-2025, milite pour la suppression de la « double clause de conscience » des médecins pour combattre « la stigmatisation de l’avortement ». Et souhaite une « harmonisation des délais européens à vingt-quatre semaines d’aménorrhée [délai le plus long actuellement en vigueur dans l’UE, soit un bébé d’environ cinq mois dans le ventre de sa mère] », les délais actuellement en vigueur étant jugés « trop courts » et porteurs « d’inégalités ». Inutile et dangereux, vous disais-je…

Discrimination capillaire

Le mercredi 27 mars, une proposition de loi sera examinée à l’Assemblée visant à « reconnaître et à sanctionner la discrimination capillaire »… Vous avez bien lu. Si vous l’ignorez, il s’agit de voler au secours des femmes noires qui se défrisent, paraît-il, pour être dans la norme. Dans l’exposé des motifs, une sociologue, Juliette Sméralda, explique que « le défrisage change l’image corporelle et l’apparence. On aplatit un cheveu qui mérite de vivre, on l’assassine, on le dénature… » En Grande‑Bretagne, une étude réalisée en 2009 a également montré qu’une femme blonde sur trois se colorait les cheveux en brun afin d’augmenter ses chances professionnelles et « avoir l’air plus intelligente » en milieu professionnel. Eh oui, à l’Assemblée aussi on coupe les cheveux en quatre !

A lire aussi : Les confidences gênantes de l’ex de François Ruffin

Panique

À Bercy, l’heure n’est pas à la rigolade. Au lieu des 4,9 % attendus (contre les 4,4 % espérés), on se rapprocherait finalement plutôt des 5,6 % de déficit, un chiffre jamais atteint sous la Ve République hors récession et hors crise ! Un véritable tremblement de terre ! Avec, à la clef, une dégradation de la note de la dette française… De quoi faire paniquer Bruno Le Maire ? Pensez-vous… Le 19 mars dernier, lors des questions au gouvernement, il répond en effet ceci : « Nous rétablissons calmement, fermement et sereinement les comptes publics. » À l’Élysée en revanche, on est un peu moins serein. Alors que le ministre de l’Économie sort son sixième livre en sept ans, dans lequel il appelle à la « fin de l’État providence », il paraît qu’Emmanuel Macron a peu goûté la chose. Considérant que son ministre « a raison sur la relance économique et les réformes à faire », il aurait ajouté : « Il devrait en parler à celui qui est ministre de l’Économie et des Finances depuis sept ans. » Sans blague…

Reconversion

Olivier Véran, neurologue de formation, ancien ministre de la Santé connu pour ses déclarations sur les masques « inutiles » en pleine crise du Covid, a repris le chemin de l’université pour s’orienter vers « la médecine esthétique ». Dans le but d’intégrer la clinique parisienne privée des Champs-Élysées, fief des stars de téléréalité, apprend-on. Un choix qui n’a pas manqué de faire réagir, tant l’ancien ministre était connu pour ses perpétuelles leçons de morale. Certains de ses confrères ont ainsi pointé du doigt son manque d’exemplarité, d’autres dénoncé un « choix financier ». Un petit détour vers le site de ladite clinique permet de se rendre compte des actes et tarifs pratiqués : augmentation des fessiers, 2 800 à 8 900 euros ; amplification du point G,700 à 1 500 euros ; épaississement du pénis, 2 500 à 4 500 euros, etc. « Quoi que je fasse, il y aurait eu des critiques », s’agace-t-il. À force de tendre le bâton…

Dernier baroud d’honneur

À l’occasion de l’anniversaire des « 50 ans » de la Citroën CX, Monsieur Nostalgie évoque cette oblongue berline au charme gaullo-giscardien, dernière salve avant l’austérité, dernière fantaisie automobile avant le carcan du cahier des charges.


Après elle, plus rien n’a été pareil. Les crises ont scellé durablement notre existence. Les politiques ont emprunté le langage de la raison et de la com’, le sabir des vaincus. Les managers ont remplacé les capitaines d’industrie en dépeçant nos usines. Les élites ont abandonné les Humanités au profit des « conf call ». Les synthés ont supplanté la guitare sèche en faisant l’impasse des paroles dans les chansons. Les écrivains ont pris goût aux studios télé et les acteurs, leur carte d’abonnement dans les ministères.

Une parenthèse entre deux mondes

Bientôt Montand se prendra pour Tapie, et Renaud pour le Che. La CX, présentée à la fin de l’été 1974, est la parenthèse entre deux mondes, la fin du gaullisme sur fond de révolution sexuelle, le triomphe du marché sur les chaînes de montage et l’avant-gardisme fracassé sur le mur des économies d’échelle. Pompidou est mort. Les ouvriers vivent leur dernier quart d’heure de célébrité. VGE est à la barre. Mitterrand ronge son frein. Son tour viendra. Le nouveau monde ressemble à l’ancien en plus décomplexé et vorace, en plus plastique et mouvant, en plus doucereux et pernicieux. Cette CX arrive au pire moment. Elle est pourtant l’héritière de la DS, l’incarnation du haut de gamme à la française quand le style et la technologie étaient les mamelles de la croissance. On attend beaucoup d’elle. Elle porte le poids des chevrons sur son capot, toute la lyre, le Petit-Clamart et le Grand Charles. À la veillée, dans les chaumières, on raconte sa genèse, comment ce jour de 1955 au salon de l’Auto, sous les verrières du Grand Palais, elle est apparue, mi-soucoupe volante, mi-déesse de la route, aux yeux des mécréants du monde entier. Le journaliste des actualités télévisées parlait alors « d’une ligne hardie ». On prétend que les premiers propriétaires de DS 19 ont été déroutés par sa direction assistée et sa suspension hydropneumatique. La CX n’aura pas la même rampe de lancement et le même engouement populaire quoiqu’elle se vendra à plus d’un million d’exemplaires et obtiendra le prix de la Voiture de l’année en 1975. Le ciel s’est assombri sur nos démocraties. Deux ans avant le meurtre du petit Philippe Bertrand, la France a déjà peur. Guerre du pétrole et Trente Glorieuses en capilotade, l’heure est au serrage de boulons et au tour de vis budgétaire. Fini la récréation ! Fini les vacances au Crotoy ! Fini la Nationale 7 et ses platanes tentateurs ! Place aux autoroutes de l’information et aux cures d’amaigrissement.

A lire aussi: La boîte du bouquiniste

Un modèle qui ravit les citroënistes activistes

La CX est chère au cœur des citroënistes car elle est considérée comme la dernière production maison avant le rachat par Peugeot. Certaines prises de contrôle ne passent toujours pas, un demi-siècle plus tard. En catastrophe, la CX qui est dans les cartons depuis quelques années doit impérativement sortir et oublier ses rêves de motorisations nobles ou innovantes. Un bon « quatre cylindres » fera l’affaire. Elle n’en demeure pas moins une vraie Citroën avec ses codes esthétiques et sa mystique moderniste. On adhère à sa ligne ou on la rejette d’emblée. La CX n’est pas faite pour les centristes mous. Elle déploie sa propre dramaturgie, son propre vocabulaire, sa sérénité soyeuse, avec cette singulière différence qui émeut. J’entends encore mon beau-frère, citroëniste activiste, me parler de la lunule (tableau de bord), de son éclat et de son onde mystérieuse, comme s’il récitait du Rimbaud. Il peut disserter à l’infini sur le sujet des pneus TRX. La CX est un univers à part, incompréhensible pour les rationalistes enferrés. Notre regard s’est déshabitué à son profil dans les rues, ne subsistent que quelques souvenirs d’ambulance à la campagne et d’une Prestige élyséenne. On a oublié sa pureté originelle surtout la première série de cette routière, fluide et tourmentée à la fois, squale dévorant l’asphalte, anticonformiste et effilée dans la marée des SUV replets et satisfaits d’eux-mêmes.

Lorsque l’on croise son regard à nouveau dans « L’Alpagueur », « La Balance », dans un Derrick, Tatort ou même un obscur Schimanski, on revit. Dans « Trois hommes à abattre », une CX 2400 Super néo-polardeuse apparaît. Ultime morceau de bravoure. Au niveau des échangeurs de la Défense, elle est poursuivie par la rageuse Lancia Gamma d’un Alain Delon passablement énervé. On tremble pour elle.

Éloge de la voiture

Price: ---

0 used & new available from

Monsieur Nostalgie

Price: ---

0 used & new available from

La France à couteaux tirés…

0

Des individus poignardés pour un verre d’alcool ou roués de coups pour une mini-jupe… Le pays semble démuni et ne pas savoir que faire face à la contre-société violente qui émerge sur son sol


La multiplication des attaques au couteau, quasiment quotidiennes, est effrayante. Des agressions accomplies à plusieurs pour toutes sortes de motifs avec des conséquences souvent mortelles. Des auteurs majeurs ou mineurs, et de plus en plus précoces. Des victimes parfois adolescentes, qu’elles aient participé à l’affrontement entre bandes ou qu’elles aient cherché à s’interposer comme à Romans-sur-Isère. Quelle triste litanie : Montpellier, Viry-Châtillon, Tours, Bordeaux, Bagneux…

Rien n’est plus tentant que d’apposer sur ces crimes une grille de lecture unique qui nous permettrait de simplifier cette réalité contre laquelle les pouvoirs publics, malgré leur bonne volonté ou l’angélisme de certains maires écologistes, paraissent impuissants. Débordés par un mouvement qui, dans son imprévisibilité ou sa logique perverse, réduit à néant les protections mises en place en amont et se confronte à une extrême lenteur judiciaire en aval.

Les autorités débordées

Il serait réducteur de considérer qu’une immigration non contrôlée ou porteuse d’une culture trop différente de la nôtre sur le plan de la religion, des mœurs, de la liberté et de l’égalité entre les sexes, est la cause exclusive de ces terrifiantes empoignades, où chacun porte un couteau ! Comme pour se préparer à un pire qui ne manquera pas de survenir, avec cette arme prête à servir. Avant de théoriser sur le fait que l’immigration est responsable de tout, sur un mode trop univoque pour que l’intelligence s’en satisfasse, il faut d’abord accepter de fondre ces péripéties criminelles dans un ensemble qui affecte la France tout entière. Crimes et délits s’accroissent, notamment les atteintes aux personnes, avec cette particularité que leur perpétration devient en quelque sorte gratuite, liée à des motifs de plus en plus dérisoires où la susceptibilité est poussée à son comble. Ce qui chaque jour indigne nos concitoyens, c’est la continuation – de plus en plus grave, de plus en plus précoce – de transgressions auxquelles la République ne sait plus comment faire face.

A lire aussi: Immigration : un pognon de dingue

Mais certains des mobiles récents démontrent également – l’exemple de Samara à Montpellier est éclairant sur ce point – l’incompatibilité de telle ou telle conception de la vie, de telle ou telle vision de l’islam, du rapport à la sexualité et du sort réservé aux jeunes filles, d’avec les pratiques majoritaires des Français de culture européenne. Il y a donc à l’évidence une relation directe entre cette société qui refuse de s’assimiler et le pire qu’ils ont engendré. Comment occulter « cette violence islamiste du quotidien… poignardés pour un verre d’alcool, frappée pour une tenue « à l’européenne »… à cause du non-respect des règles religieuses musulmanes… » ? (Le Figaro)

Une du quotidien « Le Figaro » du 12 avril 2024.

Mauvaises graines

Ce ne sont pas les vœux pieux présidentiels – « l’école doit rester un sanctuaire » – qui auront le moindre effet sur ces dernières atrocités du quotidien. On ne peut pas se résoudre au simplisme du « il n’y a qu’à… », « il faut qu’on… » ! On n’arrache pas une culture néfaste comme on pourrait le faire d’une mauvaise herbe. Cette société qui s’est installée aux côtés de la nôtre, voire face à la nôtre, est peu disposée au dialogue. Elle est enracinée dans ses croyances, ses convictions, persuadée qu’elles doivent demeurer intangibles et que toute offense qui leur serait faite mériterait une riposte, souvent violente. Les tragédies criminelles récentes doivent être analysées comme la volonté de ne pas céder à la civilisation de notre pays, à ses règles, à son terreau non négociable.

A lire aussi: Shemseddine tué devant son collège: de la culture de la honte

S’agit-il d’un vaste dessein qui mené collectivement par un islam dévoyé viserait, par petites touches devenues de plus en plus préoccupantes à force d’être cumulées, à changer radicalement l’esprit de notre nation en lui substituant une autre société, au pire la charia ? Je n’irais pas jusque-là parce que s’il y a des indices qui le font croire – par exemple ce qui s’est produit à Strasbourg, dans la boutique Geox (des centaines de réactions haineuses – « vermine française » – contre le gérant) -, beaucoup d’autres laissent plutôt entendre une imprévisibilité, des humeurs, des résistances, des susceptibilités, des défis qui ne paraissent pas relever d’un plan préétabli.

Je ne suis pas naïf mais attentif au fait que si la lucidité certes pessimiste désespère et affirme que tout est fichu, un pays n’a plus qu’à se suicider, ne plus rien attendre de la politique. Il convient toujours de laisser une place au futur. Faute de quoi, il y aura un maximalisme de la dépression française, incompatible avec toute possibilité de sauvegarde. Les couteaux sont tirés mais la France, si elle le veut, ne sera pas désarmée.

Mère Courage


C’était le 19 août 2014. Le journaliste américain James Foley était décapité par un terroriste islamiste en Syrie. La vidéo de son assassinat, postée sur les réseaux sociaux, avait fait le tour du monde.

Une première œuvre non fictionnelle pour Colum McCann

Dix ans après les faits, le romancier Colum McCann prête sa voix à Diane Foley, la mère de James. En résulte un livre choc à mi-chemin du témoignage et de l’enquête, dans lequel le romancier se met sciemment en retrait, signant ainsi sa première œuvre non fictionnelle. Le livre s’ouvre sur une scène quasiment surréelle. Le face à face entre la mère de James et le bourreau de son fils, Alexanda Kotey, « ex-citoyen britannique. Ex-soldat de Daech et membre en son sein, d’un groupe surnommé par les journaux les Beatles. Ex-dealer. Aujourd’hui incarcéré. Citoyen de nulle part. Un homme désormais voué à passer sa vie dans une petite pièce d’où l’on ne peut s’échapper. » La famille et les amis de Diane ont tenté de la dissuader de se confronter à l’assassin de James. Elle ne les a pas écoutés. Elle devait y aller. Elle ne savait pas pourquoi mais elle le devait. Alexanda Kotey, lors de son procès, deux mois plus tôt, a affirmé ne pas avoir été présent lors de l’exécution de James. Ne pas l’avoir égorgé. Ne pas avoir filmé la scène dans le désert. Il a aussi prétendu ne pas avoir été là quand la tête coupée de son fils a été reposée sur son dos. Accusé d’avoir participé à l’assassinat de James, il a toutefois plaidé coupable. Ce que cherche Diane, à l’occasion de cette confrontation, elle ne le sait pas elle-même. Pendant un an, Colum McCan va suivre cette femme brisée par la mort de son fils. Il va la voir se relever au prix d’une volonté inimaginable. Se battre avec le gouvernement Obama. Monter une association, la fondation James W. Foley, pour venir en aide aux otages du monde entier. Prier pour trouver la force de pardonner.

Les États-Unis ne paient jamais de rançon

C’est ce long chemin que raconte l’écrivain. Depuis l’enfance de James, petit garçon curieux, avec une tendance aux troubles de l’attention. Puis jeune homme idéaliste qui, avec le journalisme, a trouvé un métier qui le passionne et donne du sens à sa vie. En novembre 2012, première arrestation au Liban. Mais son désir de repartir au front prend le dessus. Et il part en Syrie. Pendant les deux années qu’ont duré sa détention, Diane n’a cessé de se battre pour sa libération. « J’ai rendu visite, dit-elle, à des ambassadeurs, des dignitaires, des bureaucrates et des personnalités politiques de tous niveaux. J’ai rencontré l’ambassadeur de Syrie, Bachar Jaafari, à deux reprises. Au département d’État et aux Nations unies, j’ai imploré de l’aide. »

Partout la même réponse : les États-Unis ne verseront pas de rançon. Ils ne négocieront pas. C’était, selon eux, la meilleure manière de protéger les citoyens américains. Magnifique récit sur le pardon et la compassion, témoignage bouleversant, American Mother est un livre dont on ressort profondément ébranlé. Une leçon de courage et de résilience sans précédent.

American Mother, Colum McCann avec Diane Foley, Belfond, 2024.

Bonnes nouvelles !

Habitué aux joutes médiatiques, hier comme dirigeant communiste, aujourd’hui comme chroniqueur politique, Olivier a des tripes et du cœur quand il s’agit de défendre ses idées. «J’aime qu’on me contredise !» pourrait être sa devise.


Je les piste avec un instinct de chasseur. Je cherche d’abord leurs traces laissées sur le papier, les ondes ou les écrans. Je m’approche très doucement pour ne pas les effrayer. Elles pourraient s’envoler et ne plus réapparaître. De l’aube au crépuscule, et même la nuit dans les périodes où la récolte est des plus maigres, j’ai appris à les attraper. Les capturer et les déguster comme on savoure des ortolans.

« Mais de quoi parle-t-il ? »

Des bonnes nouvelles ! Les infos positives. Celles qui surgissent et qui déchirent soudainement la chronique permanente de tout ce qui ne va pas, de tout ce qui ne va plus. Parfois, il m’arrive même de m’enthousiasmer avec peu de chose. Le soir de la réélection de Vladimir Poutine, avec 87 % des voix, la « bonne nouvelle » est venue des élections municipales partielles complémentaires dans le village de Thiron-Gardais (Eure-et-Loir), où Stéphane Bern a obtenu 97,3 % des suffrages exprimés. Un score supérieur de dix points à celui du Russe ! Et sans tricher. 

A lire aussi : Jordan Bardella, Quoi ma gueule? Marine, Poutine, Saint-Denis… L’idole des jeunes se confie

Alors que le président Rocky-Macron veut boxer les dépenses pour réduire dette et déficit, en allant faire les poches des plus pauvres car ils sont les plus nombreux, la présidente de l’Assemblée nationale et le président du groupe Modem posent la question d’une mise à contribution des entreprises et des plus fortunés. Bonne nouvelle ! C’est quand même insupportable, ce dogme selon lequel on ne pourrait pas contester une partie des 170 milliards d’aides aux entreprises, ou regarder du côté des dividendes (le seuil des 70 milliards va être dépassé en 2024) et du rachat d’actions (32 milliards en 2023).

Autre actualité positive des derniers jours : le rejet sénatorial du traité de libre-échange avec le Canada (CETA) qui s’applique depuis 2017 sans avoir été ratifié. Dix pays de l’Union européenne connaissent une situation comparable. Depuis 2005 et la victoire du « non » au référendum sur le traité constitutionnel européen, Sarkozy, Hollande et Macron n’ont plus jamais consulté directement le peuple français en redoutant une « mauvaise nouvelle » au moment de l’annonce du résultat.

A lire aussi : Ces croisés contre l’impunité

Quoi d’autre ? En 1857, la foudre du procureur Pinard, au tribunal correctionnel de Paris, tombe sur Flaubert qui n’a pas fait « baisser la tête » à Madame Bovary. Un mois plus tard, Baudelaire est convoqué. Les Fleurs du mal serait un « outrage à la morale publique et religieuse aux bonnes mœurs ». Aujourd’hui, il me semble que les Pinard sont à la peine. En commission d’enquête à l’Assemblée nationale d’un côté, ou pour déverser des tombereaux d’insultes racistes sur Aya Nakamura de l’autre, ils n’ont pas atteint leur objectif.

Et puis, enfin, une bonne nouvelle peut être la sortie d’un film, d’un livre, une rencontre, un simple sourire dans la rue, une tasse de café au soleil. Ou cette phrase qui tourne dans ma tête, dite par une responsable d’unité de soins palliatifs, proposant « d’ajouter de la vie aux jours, à défaut d’ajouter des jours à la vie. » Quand Emmanuel Macron, lui, n’arrive toujours pas à nommer les choses. Retrouvons les mots, voilà un beau projet.

Quand Cioran répondait à son courrier

Gallimard publie des lettres choisies du mystérieux écrivain disparu en 1995.


C’est presque une apparition lorsque l’escalator de Gibert Joseph vous met nez-à-nez avec la correspondance choisie d’Emil Cioran, publiée chez Gallimard et établie par Nicolas Cavaillès. Pour le lecteur fanatique de l’écrivain roumain exilé à Paris, Manie épistolaire est une nouvelle occasion de découvrir un aphorisme définitif, de rencontrer de nouveaux paradoxes amers. Les lettres sont pour la plupart inédites.

Conversations avec des absents

L’ouvrage concentre des lettres écrites entre 1930 et 1991. Il y a eu trois pays dans la vie d’Emil Cioran : la Roumanie, « ce cul-de-sac du monde », l’Allemagne, la France et surtout le Quartier latin et « ses déracinements oisifs ». La correspondance s’en ressent : un bon nombre de Roumains, à commencer par son ami Mircea Eliade, des Allemands, des Français, dont le regretté Roland Jaccard, qui a fait les grandes heures de Causeur. Pour Cioran lui-même, fouiller dans la correspondance est un bon moyen d’accéder à tout auteur. Dans un texte de 1984, il écrivait : « La lettre, conversation avec un absent, représente un événement majeur de la solitude. Cherchez la vérité sur un auteur plutôt dans sa correspondance que dans son œuvre. L’œuvre est le plus souvent un masque. Un Nietzsche, dans ses livres, joue un rôle, s’érige en juge et en prophète, attaque amis et ennemis, et se place, superbement, au centre de l’avenir. Dans ses lettres, en revanche, il se plaint, il est misérable, abandonné, malade, pauvre type, le contraire de ce qu’il était dans ses impitoyables diagnostics et vaticinations, véritable somme de diatribes ».

A lire aussi : Un prof jeté aux chiens

Dans la correspondance, surtout dans les années roumaines, on retrouve le style qui fera de Cioran le grand continuateur des moralistes français, de La Rochefoucauld à Valéry. Au détour de formules désespérées, il y a quand même de la drôlerie : « Je pensais t’écrire beaucoup de choses. Si je ne peux pas le faire, c’est qu’en ce moment je ne suis ni mélancolique, ni révolté, ni désespéré, ni content  – conditions indispensables pour écrire quelque chose à quelqu’un qu’on respecte. J’ai l’impression d’être un homme… marié. Ce qui est beaucoup plus qu’une déchéance ». On ne fera pas ici le détail des turpitudes du grand Emil. Les discours enflammés à Corneliu Codreanu, meneur de la Garde de fer fasciste roumaine, les inclinaisons politiques dans la période allemande… « Parfois, il m’arrive de me demander si c’est vraiment moi qui ai écrit toutes ces divagations qu’on cite […]. L’enthousiasme est une forme de délire », écrivait-il dans une lettre à son frère, non publiée dans le présent recueil. Il est vrai que dans Transfiguration de la Roumanie, l’auteur appelait à une sorte de national-bolchévisme martial. Pourtant, lors de ses obligations militaires, il semble se détacher de son enthousiasme cocardier : « Mon nationalisme et mon militarisme venaient du désir de faire quelque chose pour ce pays peccamineux, dont je ne voulais pas, et dont je ne veux pas la perte », écrit-il en 1936. Un peu de service militaire ramène à la patrie ; beaucoup de service militaire en éloigne…

Pas tendre avec les journalistes et les bonnes femmes

La correspondance sur un si grand nombre de décennies traduit chez le « Valaque décadent » son progressif « éloignement de l’esprit d’excès » (formule utilisée dans une lettre à Roland Jaccard, 4 août 1978). Cioran ne ricane pas pour autant devant le tragique de l’histoire ; face au « cauchemar vietnamien », en 1968, devant « pareil spectacle (!) », il semble par exemple las des discussions littéraires. On découvre aussi un Cioran intime, éternel fauché, ou adepte du vélo avec Simone Boué en Provence, loin quand même de l’écrivain insomniaque enfermé sous les combles de Paris. En 1958, il se vante d’être revenu à sa « timidité primitive » et de reculer « devant la perspective de toute relation, de quelque nature que ce soit, avec le monde des lettres et de la philosophie ». L’examen des destinataires de ses courriers permet toutefois d’avoir des doutes : Jean Paulhan, Ernst Jünger, Wolfgang Kraus…

Avec l’âge, l’écrivain devient plus pépère, se plaint de ses rhumatismes, et en politique, maudit les révolutions française et russe. A Fernando Savater, il écrit : « On prête à Talleyrand ce mot souvent cité : « Qui n’a pas vécu sous l’Ancien Régime n’a pas connu la douceur de vivre ». Je vous suggère de changer cette « pensée » de façon suivante : « Celui qui n’a pas vécu avant la révolution de 1789, n’a pas connu la douceur de vivre ».

A lire aussi : «La langue anglaise n’existe pas». Une mise en perspective aussi savoureuse que convaincante

Il n’est pas tendre avec les journalistes : « Si je n’étais pas si vieux, je retournerais à la philosophie. Elle a du moins l’excuse de ne pas être accessible aux journalistes et aux bonnes femmes ». A Wolfgang Kraus, en 1973, qui lui avait envoyé le manuscrit de Culture et pouvoir. Les métamorphoses du désir, il écrit : « A la page 8 (du premier chapitre), je supprimerais le nom de Cohn-Bendit. C’est un personnage secondaire qui ne mérite pas, du moins à mes yeux, d’être cité ». Malgré le coup de vieux (« Plus je vais, plus je sens les tares de mes ancêtres s’accuser en moi. Et quels ancêtres ! Des sous-hommes qui n’ont rien foutu »), à soixante-dix ans, il échange avec une jeune lectrice de trente-cinq ans, Friedgard Thomas. On retrouve sur quelques lignes les exaltations du jeune Cioran : « Mais pourquoi ne suis-je pas dilettante à votre égard ? Vos yeux ont fait de moi un fanatique » ; « Depuis que j’ai été chassé du paradis, je pense à vous à chaque seconde et je ne peux penser à rien d’autre. Baden-Baden est belle, mais je ne peux m’intéresser à « la beauté du monde ». Je voudrais maintenant m’envoler pour la Patagonie, loin, très loin de vous, au pôle opposé ».

Manie épistolaire: Lettres choisies,1930-1991 Cioran, Gallimard 2024, 320 pages.

Manie épistolaire: Lettres choisies,1930-1991

Price: ---

0 used & new available from

Cap sur le RPR !

La guerre en Ukraine n’a pas fait basculer la campagne des européennes en faveur de la Macronie. L’invocation des heures sombres face à la progression du RN, non plus. La frontière artificielle entre droite dite républicaine et droite prétendue extrême est tombée, car le RN, LR et Reconquête parlent à la même France. La guerre fratricide des droites promet cependant d’être sanglante.


Panique au quartier général. À moins de trois mois d’élections européennes – qui sont surtout le dernier vote avant la présidentielle –, le cauchemar d’Emmanuel Macron devient chaque jour plus réel. Il avait promis de terrasser le dragon, il fait la course loin devant. Les macronistes en arrivent à crier victoire quand l’écart dans les sondages entre la liste de leur championne Valérie Hayer et celle de Jordan Bardella passe de 11 à 10 points.

Difficile de faire un procès en heures sombres à Bardella

Le camp présidentiel n’est pas très créatif, se contentant de rejouer la même pièce archi-usée : le combat entre la lumière et l’ombre, le bien et le mal, les résistants et les collabos – dans la variante européenne, il est aussi question d’ouverture et de fermeture. L’Europe, c’est la paix, la santé, la prospérité. Les valeurs – plus l’électricité, ose Valérie Hayer qui prétend que c’est grâce à l’Europe qu’on a évité les coupures, oubliant de préciser que c’était aussi grâce à l’Europe (et au sabotage d’EDF mené pour complaire aux Allemands) qu’on avait risqué ces coupures. On voit mal comment des anathèmes qui ont cessé d’opérer au sujet de Marine Le Pen auraient le moindre effet sur la popularité de Jordan Bardella. Les chasseurs de nazis imaginaires ont bien essayé de lui coller l’image de « petit-fils Le Pen », au prétexte qu’il s’était refusé à cracher sur un homme dont beaucoup de militants pensent qu’en dépit de ses égarements, il a vu venir pas mal de choses. Seulement, Jordan Bardella est né en septembre 1995, soit huit ans après la sortie de Le Pen sur le point de détail. Le 12 novembre 2023, il défilait à Paris contre l’antisémitisme. Difficile de lui coller un procès en heures sombres. Quand la bête immonde se cache sous les traits d’un jeune homme propre sur lui, il faut trouver autre chose pour dessiller l’électeur.

A lire aussi : Jordan Bardella: «Je suis l’enfant de la génération 2005-2015»

Pour certains esprits soupçonneux, l’Ukraine devait être cette autre chose. C’est faire injure au président. Que des considérations narcissiques et politiques puissent influencer son verbe, c’est probable. Qu’elles déterminent des choix existentiels pour le pays, on n’ose le croire. Quoiqu’il en soit, les mauvaises nouvelles du front ukrainien assorties du gel de l’aide américaine ont promu le dossier ukrainien au rang d’urgence européenne. Pourtant, il n’y a pas eu de réédition de l’« effet drapeau », comme disent désormais les journalistes, à l’instar de ce qui s’était passé en 2022, quand l’invasion de l’Ukraine avait resserré les rangs autour du père présidentiel. Peut-être Emmanuel Macron n’est-il pas très crédible en figure paternelle. Peut-être certains pressentent-ils que, derrière son envie d’en découdre avec Poutine, il n’y a pas de stratégie – et encore moins les moyens qui vont avec. Les invectives hors d’âge n’ont pas aidé. En traitant de Munichois et de lâches tous ceux qui émettaient des doutes sur le revirement du président, plutôt porté jusque-là à ne pas couper les ponts avec Moscou, la Macronie s’est dispensée de l’essentiel : expliquer en quoi les intérêts vitaux de la France étaient en jeu. Il est vrai aussi qu’à l’exception notable des socialistes, les oppositions, toutes couleurs confondues, ont fait des gammes sur le thème du va-t-en-guerre et de l’irresponsable, comme si la Légion était en train de sauter sur Odessa. Toutes ces criailleries politiciennes ont interdit le débat argumenté auquel nous avions droit.

Droite des garagistes

Qu’on le déplore ou pas, la question ukrainienne n’a pas fait basculer la campagne. En revanche, elle a vaguement ressuscité le bloc central ancienne mouture : l’axe PS/Renaissance a un petit parfum d’UMPS (que les jeunes interrogent leurs parents). Pour compléter notre entretien avec Jordan Bardella, nous avons adressé des questionnaires sur l’Ukraine à Marion Maréchal et François-Xavier Bellamy. Les différentes droites, terminologie qu’on emploie faute de mieux, brodent sur la même ligne « gaullo-réaliste » : d’une part, on ne joue pas à « Même pas peur ! » avec un ours nucléaire et, d’autre part, la France doit avoir une voix singulière – argument d’ailleurs brandi par les deux camps qui en oublient de se demander si cette voix est écoutée. Que l’héritage gaulliste permette ou pas de penser notre situation, c’est une autre histoire.

Dans le brouhaha permanent autour de l’extrême droite et ses dangers supposés, on n’a pas prêté attention à la tectonique des plaques idéologiques qui a bouleversé les rapports de force sur la planète conservatrice. Sans faire injure à quiconque, force est de constater que l’ensemble se présente aujourd’hui comme un vaisseau amiral escorté par deux zodiacs ou, si on préfère, comme une baleine poursuivie par deux dauphins, dont l’un est dans l’enfance et l’autre, sur le retour. Ce qui excite les papilles du gros (le RN) et du jeune (Reconquête !), pressés de dépecer le cadavre du malade (LR).

A lire aussi : François-Xavier Bellamy: «L’envoi de troupes en Ukraine est exclu par l’OTAN»

Macronistes et gauche ont beau s’évertuer à le rapiécer, le cordon sanitaire est tombé en poussière. Le RN est un parti comme les autres. En dehors de quelques bonnes maisons où on se rêve encore en Jean Moulin, dire qu’on vote Bardella ne suffit plus à effrayer le bourgeois.

La frontière artificielle entre droite dite républicaine et droite prétendue extrême étant tombée, reste un ensemble qui, avec des nuances, et quelques vraies différences, dessine les contours d’une famille politique. S’ils ne proposent pas exactement le même cocktail idéologique (le dosage bonapartisme/libéralisme/conservatisme pouvant varier), LR, le RN et Reconquête ! s’adressent à la même France : sociologiquement diverse, elle a en partage une aspiration à la continuité historique. Leurs électeurs veulent que la France continue à exister, et ils ne veulent pas qu’on chamboule les cadres anthropologiques de leur existence en expliquant à leurs mômes qu’être un homme ou une femme relève d’une pure construction sociale. Ce n’est pas un hasard si tous lorgnent le même espace politique, celui du RPR de la grande époque, quand feu William Abitbol, proche de Pasqua, parlait de la droite des garagistes.

Or, en vertu d’une loi immuable de la politique (et d’ailleurs de l’humanité), plus des rivaux sont semblables, plus leur affrontement est violent. Rien n’est plus dévastateur que les querelles de famille. La guerre des droites promet d’être sanglante. À la base, l’union des droites a commencé.

UE: le Pacte sur la migration, un pacte avec le diable?

0

Après des années d’interminables négociations, les eurodéputés sont enfin parvenus à voter le Pacte sur la migration et l’asile mercredi – un ensemble très complexe de 10 textes durcissant et harmonisant les politiques d’accueil des migrants sur le Vieux continent. Cette adoption sera un argument en faveur des centristes, lesquels craignent une déconfiture électorale lors du scrutin européen de juin.


Mercredi, le Parlement européen a adopté le nouveau Pacte sur la migration et l’asile, un ensemble très complexe de 10 textes censé révolutionner la manière dont l’UE gère l’explosion de la migration de masse et le nombre toujours grandissant des demandeurs d’asile qui arrivent majoritairement du Moyen-Orient et de l’Afrique. Le fruit d’un processus de réflexion lancé à la suite de la crise migratoire de 2015, le pacte est, sous sa forme actuelle, le résultat d’une suite de négociations entre les différentes institutions européennes à partir d’une série de propositions faites par la Commission en 2020.

Pour que les nouvelles règles formulées par le pacte puissent entrer en vigueur, il ne manque maintenant que l’approbation des 27 États-membres de l’UE. Certains d’entre eux ont déjà émis des critiques sévères à l’égard surtout de ce qu’on appelle – de manière assez sinistre – des mécanismes de « solidarité ».

Une approche « équilibrée »…

Le vote de mercredi a été largement salué par les partis et les politiques du centre comme une grande victoire, tandis que ceux de la droite et de la gauche radicales dénoncent le résultat comme une trahison. Pour les premiers, c’est une trahison des peuples européens ; pour les derniers, une trahison des valeurs européennes.

Un migrant se reposant sur le sol, après avoir traversé la frontière entre le Maroc et l’enclave espagnole de Ceuta devant les blindés et les troupes espagnoles, le 18 mai 2021, Ceuta © Javier Fergo/AP/SIPA

Car le pacte est une expression authentique de l’idéologie du « en même temps » : il y a quelque chose pour plaire (ou essayer de plaire) à tout le monde et, par conséquent, quelque chose pour déplaire à tout le monde. Seuls les partis centristes, de centre gauche ou de centre droite ont tiré leur épingle du jeu. Selon la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, le Pacte est « équilibré ». Pour la présidente du Parlement, la Maltaise, Roberta Metsola, il représente « un équilibre entre solidarité et responsabilité ». « Solidarité » est un mot de code destiné à inspirer le centre et la gauche, tandis que « responsabilité » est censé résumer tout ce que la droite radicale ou populiste appelle de ses vœux.

A lire aussi, Stéphane Germain: La fin de l’Europe écolo-woke ?

Pour la droite, le Pacte propose un tri accéléré des migrants dès leur arrivée aux frontières de l’espace européen. Ceux dont la demande d’asile ne semble pas avoir des chances de réussir seront détenus sur place dans des centres de rétention. Si leur demande est rejetée, ils seront rapidement renvoyés vers un pays sûr qui ne sera pas nécessairement le pays d’où ils sont venus. Les demandes des autres candidats au statut de réfugié pourront être examinées ailleurs.

Ce premier tri engagera un processus de vérifications de sécurité et de contrôles d’identité comprenant la collecte de données biométriques. Toutes les informations seront centralisées dans une base de données, Eurodac. Ce processus, ainsi que les centres de rétention qu’il faudra construire, ont été dénoncés comme « inhumains » par plus de 160 ONG. Sans surprise.

Le renvoi de migrants dont la demande d’asile est jugée irrecevable sera facilité par des accords avec des pays tiers, surtout sur le littoral africain. Les accords déjà réalisés avec la Turquie en 2016, la Libye en 2017 et la Tunisie en 2023 en constituent le modèle. Un nouvel accord avec la Mauritanie en février de cette année et un autre avec l’Égypte en mars vont dans le même sens. D’autres partenariats avec le Maroc et même l’Algérie sont proposés. Il s’agit essentiellement de payer ces pays pour empêcher, dans la mesure du possible, le départ de migrants vers l’Europe et pour accepter le retour de ceux qui ont réussi – en vain – à traverser la Méditerranée.

Pour le centre, les réfugiés et les demandeurs d’asile seront répartis entre les États-membres pour soulager la pression sur les principaux pays d’accueil, notamment l’Italie, la Grèce et l’Espagne. Mais les autres pays – comme la Hongrie ou la Pologne – qui sont rétifs à l’accueil de migrants, auront la possibilité de refuser d’en accepter si, en contrepartie, ils versent de l’argent (20 000 € par migrant) à un fonds commun ou fournissent une aide matérielle pour la gestion des flux.

Pour la gauche, il y aura une harmonisation entre les 27 concernant les critères permettant l’obtention de statut de réfugié. Une fois qu’ils auront obtenu officiellement la protection internationale, les migrants auront un accès plus facile au droit de travail et à une couverture sociale.

… pour un résultat indigeste ?

Il y aura aussi des dispositions spéciales pour la gestion des migrants dans des situations de crise. Le mot sinistre de « solidarité » revient ici et c’est ce qu’il représente, à savoir la répartition des migrants entre les États-membres, qui braque les leaders de la Hongrie, de la Slovaquie, de la République tchèque et même de la Pologne du très centriste et européiste Donald Tusk. La Pologne a déjà accueilli un million de réfugiés ukrainiens. Victor Orban est allé jusqu’à appeler le Pacte « encore un clou dans le cercueil de l’Union européenne ».

Si les différents dispositifs du Pacte peuvent sembler « équilibrés » d’un certain point de vue, tout dépendra de la manière dont les différents mécanismes seront appliqués dans la pratique. La Commission proposera un plan d’application en juin. S’il y a des diables, ils seront certainement dans les détails de ce document. Le Pacte est destiné à entrer en vigueur au plus tard en 2026.

A lire aussi, Observatoire de l’immigration et de la démographie: Immigration : un pognon de dingue

L’eurodéputé Reconquête !, Nicolas Bay, a expliqué pourquoi il a voté pour les mesures qu’on peut appeler ici « de droite », mais contre toutes les mesures « de gauche » qu’il qualifie de « suicidaires pour notre civilisation ».

Ce qui est sûr, c’est que la situation est urgente : l’année 2023 a vu un peu plus de 1,14 million de demandes d’asile enregistrées dans les 27 États-membres et en Norvège et en Suisse. Il s’agit d’une augmentation de 18% par rapport à 2022. Également en 2023, Frontex, l’agence européenne chargée de surveiller les frontières extérieures de l’UE, a enregistré 380 000 entrées irrégulières sur le sol européen, une augmentation de 17% par rapport à 2022. A présent, seul un cinquième des migrants arrivant sur le sol européen dont la demande d’asile est refusée sont renvoyés dans des pays tiers.

Les électeurs qui ressentent de l’inquiétude face à l’incapacité de l’Europe à gérer les flux migratoires auront plus de sources d’inquiétude si jamais, lors des élections européennes en juin, l’adoption du Pacte joue en la faveur des partis centristes qui, à l’heure actuelle, craignent une victoire écrasante de la droite populiste. Ce sera encore pire, si cette adoption renforce la possibilité qu’Ursula von der Leyen soit re-nominée à la tête de la Commission pour un deuxième mandat. Pour ceux que cela plonge dans une dépression profonde, il y a un coup de grâce. Le chef de Frontext lui-même, Hans Leitjens, ne croit pas qu’il soit possible de protéger les frontières de l’Europe[1] !


[1] https://www.welt.de/politik/ausland/plus249632894/Hans-Leijtens-Der-Frontex-Chef-der-nicht-an-den-Grenzschutz-glaubt.html

Accommodement déraisonnable: 52% des lycéens pensent qu’il ne faut pas critiquer les religions

0
Le Premier ministre Gabriel Attal avec le Premier ministre du Québec François Legault, Québec, Canada, 12 avril 2024 © Jacques Boissinot/AP/SIPA

En précisant qu’il n’entendait pas en faire une « arme politique ou culturelle », Gabriel Attal a défendu la laïcité lors d’un déplacement au Canada. « J’ai affirmé un attachement très fort, qui est celui de la France, à la laïcité. Nous avons cette même approche en partage », a déclaré vendredi le Premier ministre français lors d’une conférence de presse avec le Québécois François Legault.


En déplacement dans la Belle Province, le Premier ministre n’a pas crié « Vive le Québec libre !» comme le Général de Gaulle en 1967 mais il a vanté la laïcité, modèle que France et Québec ont selon lui en partage. En réalité, la laïcité québécoise est beaucoup plus souple que la nôtre – pour ne pas dire molle. La Loi 21 (votée en 2019) interdit là-bas le port de signes religieux aux seuls agents de l’Etat. Et pourtant, elle suffit à exaspérer le reste du Canada. Les nôtres ulcèrent le reste du monde.

La laïcité partout et nulle part

En France, la laïcité est indissociable de l’histoire de la République (« laïque » est d’ailleurs le septième mot de notre Constitution). On aime penser que la laïcité est l’arme fatale contre l’islamisme et le séparatisme. Dès qu’un problème survient, c’est-à-dire quotidiennement désormais, on dégaine le mot magique: nous avons des référents laïcité, des cours de laïcité, il y a des prix laïcité, une Journée de la laïcité dans la Fonction publique. En Occitanie, Carole Delga crée un Conseil régional de la laïcité. Bref tout le monde est laïque !

À lire aussi, Jean-paul Brighelli: Et maintenant, le djihad scolaire

Visiblement, cela n’impressionne pas les Frères musulmans et autres propagandistes de l’islamisme d’atmosphère qui imprègne à des degrés divers une majorité de jeunes musulmans – massivement hostiles à la loi de 2004.

Faut-il en conclure que la laïcité est dépassée ?

Non. À condition de s’entendre sur ce qu’elle est.

Si le mot est très galvaudé, la laïcité est un régime juridique et un esprit qui demandent aux religions ou aux identités particulières de céder devant la loi commune et l’identité nationale et d’être discrètes dans l’espace public.

Or, le progressisme voudrait accommoder la laïcité à la sauce multiculti. En faire un concept aussi sucré, gentillet et inopérant que le « vivre-ensemble ». Il dénonce ainsi en permanence une laïcité de combat qui serait « islamophobe ». Cette idéologie McDo (« Venez comme vous êtes ») est très puissante chez les professeurs et les jeunes. Tous les sondages convergent et doivent nous alarmer. Selon les chiffres de l’IFOP et de la Licra, 52 % des lycéens sont favorables au port des signes religieux (contre 25 % dans la population générale). Ce chiffre monte même à 76% chez les lycéens qui se disent musulmans. Pire, la même proportion – 52% – est hostile au droit de critiquer les religions. Autrement dit, ils voudraient rétablir le délit de blasphème. Voilà qui est très grave : c’est une manière d’introduire en France de nouvelles mœurs, de nouvelles normes et de les imposer d’ailleurs aux musulmans. Le blasphème commence avec une petite sœur qui ne se voile pas ou parle aux mangeurs de cochon…

La laïcité n’est pas une arme politique ou culturelle, a précisé Gabriel Attal à Québec. Eh bien si ! Et il est temps de s’en servir. Et de proclamer qu’en France, la laïcité, ce n’est pas le « respect » des religions comme on l’entend dire partout bêtement. C’est le droit de s’en moquer, ou comme le dit l’avocat Richard Malka, le droit d’emmerder Dieu.

Le droit d'emmerder Dieu

Price: ---

0 used & new available from


Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez notre directrice de la rédaction du lundi au jeudi dans la matinale

L’origine du mérite

0
D.R

Comment devient-on sergent dans la police de Chicago ?


Comme la plupart des services publics américains, le département de police de Chicago oblige ses employés à déclarer une « identité raciale ». En 2004, trois options étaient possibles : Caucasien, Noir ou Hispanique. Recruté cette année-là, Mohammed Yusuf avait choisi la première. Après des années de propagande woko-racialiste, l’administration a décidé de proposer un nouvel assortiment d’identités raciales : Afro-Américain, Hispanique ou Latino, Blanc, Indien ou autochtone de l’Alaska, natif hawaïen ou insulaire du Pacifique… Arguant du fait que les agents du département de police pouvaient dorénavant modifier leur sexe pour le faire correspondre à leur « identité de genre », M. Yusuf a demandé à changer son « identité raciale » : il désire être reconnu comme « Égyptien et Afro-Américain » et dit avoir fait un test génétique prouvant cette hérédité ethno-raciale. Ses supérieurs ayant repoussé sa requête, le policier a intenté un procès à la Ville de Chicago au cours duquel les juges se sont étonnés de son acharnement : pour quelles raisons M. Yusuf tient-il donc tant à changer d’identité raciale ? Et puis ils ont compris : le plaignant aimerait bien, lui aussi, bénéficier de la fameuse « discrimination positive », laquelle profite essentiellement aux Afro-Américains.

A lire aussi : Turquie: Erdogan bousculé

Bien qu’ayant obtenu d’excellents résultats à l’examen pour devenir sergent en 2019, M. Yusuf se plaint de n’avoir toujours pas été promu ; le procès a mis en évidence que, depuis cette date, sur les 75 officiers nommés sergent, cinq seulement étaient « caucasiens » – les autres étaient majoritairement « afro-américains » et certains ont été promus malgré d’évidentes lacunes professionnelles, voire des problèmes de discipline. Sans doute M. Yusuf se fiche-t-il comme de sa première contravention d’être catalogué Blanc, Noir, Indien à plumes ou Ostrogoth à poils. Son rêve était de devenir sergent dans la police de Chicago grâce à son travail et à ses capacités. Au lieu de ça, il le deviendra peut-être un jour uniquement parce qu’il aura su surfer sur la vague racialiste victimaire. Ce qui n’est ni juste ni glorieux – mais à qui la faute ?

Les Gobeurs ne se reposent jamais

Price: ---

0 used & new available from

Quand les ministres ne sont pas là…

0
Jacques Witt/SIPA

Dur, dur d’être ministre ! Qu’ils soient en exercice ou en reconversion, les parlementaires ne les ratent jamais. Et s’il n’y avait que nous…


Salon de l’agriculture

Un salon assurément haut en couleur. Vous avez encore tous en tête l’inauguration mouvementée (et pleine de CRS) d’Emmanuel Macron, suivie des deux jours de « perches à selfies » avec Jordan Bardella. Puis, le Premier ministre et sa visite surprise avant, le mercredi, le tour de Marine Le Pen. Il lui fallait évidemment pouvoir rivaliser avec le jeune président de son parti, qui avait reçu, deux jours plus tôt, un accueil chaleureux. La veille au soir, selon les dires de Libération, un message avait donc été adressé aux adhérents du parti pour les « convier » à « rejoindre » le salon et « accompagner » Marine Le Pen porte de Versailles. Message qui se terminait ainsi : « Veuillez noter que les frais d’entrée ainsi que les repas seront à votre charge. » Il n’y a pas de petites économies…

Dur d’être ministre…

Parmi les obligations des ministres, être présent aux séances de « Questions », les mardi et mercredi à l’Assemblée nationale et au Sénat…Et de préférence, y répondre ! Le 28 février dernier, la députée LR Nathalie Serre a interrogé le gouvernement sur la possible installation du village olympique saoudien, dès le 10 mai et pour quatre mois, dans l’enceinte de l’Hôtel national des Invalides. Quel ministre va donc répondre ? Amélie Oudéa-Castéra, ministre des Sports, semble bien placée, mais elle refuse. Déjà eu son compte de polémiques… Les ministres de la Défense et de l’Intérieur sont alors pressentis. Mais Sébastien Lecornu et Gérald Darmanin sont absents, et la tâche retombe sur leurs secrétaires d’État, Patricia Mirallès pour Lecornu et Sabrina Agresti-Roubache pour Darmanin. Pendant que la députée Serre pose sa question, la décision est prise : ce sera Agresti-Roubache. Mais elle ne l’entend visiblement pas de cette oreille, se lève et sort de l’hémicycle en faisant semblant de téléphoner… C’est donc la secrétaire d’État aux Anciens combattants–pas de chance ! –qui s’y colle, mais sans avoir en main la « bonne » fiche préparée par le cabinet du ministre. D’où son famélique « aujourd’hui, rien n’est concret et rien n’est fait. Je comprends vos interrogations, mais je ne répondrai pas sur des choses qui ne sont pas faites ni signées. » Une non-réponse qui a visiblement agacé jusqu’à la présidente de l’Assemblée, puisque celle-ci a jugé bon de rappeler « qu’il faudrait vraiment que les ministres répondent aux questions que lui pose le Parlement. » Ce n’est pas moi qui l’ai dit !

A lire aussi : Jordan Bardella: «Je suis l’enfant de la génération 2005-2015»

Clause de conscience

Le 4 mars, le Congrès s’est réuni à Versailles pour inscrire l’IVG dans la Constitution. Je fais partie des 72 élus qui ont voté contre. J’ai eu l’occasion d’expliquer pourquoi je trouvais cette inscription « inutile et dangereuse », notamment pour la clause de conscience du personnel médical. Ça n’a pas traîné. Dès le lendemain, le député insoumis Manuel Bompard plaidait pour supprimer cette clause de conscience des médecins qui constitue selon lui « un obstacle, une entrave » à l’effectivité du droit à l’IVG. Même chose du côté du Planning familial qui, dans son plan stratégique pour 2023-2025, milite pour la suppression de la « double clause de conscience » des médecins pour combattre « la stigmatisation de l’avortement ». Et souhaite une « harmonisation des délais européens à vingt-quatre semaines d’aménorrhée [délai le plus long actuellement en vigueur dans l’UE, soit un bébé d’environ cinq mois dans le ventre de sa mère] », les délais actuellement en vigueur étant jugés « trop courts » et porteurs « d’inégalités ». Inutile et dangereux, vous disais-je…

Discrimination capillaire

Le mercredi 27 mars, une proposition de loi sera examinée à l’Assemblée visant à « reconnaître et à sanctionner la discrimination capillaire »… Vous avez bien lu. Si vous l’ignorez, il s’agit de voler au secours des femmes noires qui se défrisent, paraît-il, pour être dans la norme. Dans l’exposé des motifs, une sociologue, Juliette Sméralda, explique que « le défrisage change l’image corporelle et l’apparence. On aplatit un cheveu qui mérite de vivre, on l’assassine, on le dénature… » En Grande‑Bretagne, une étude réalisée en 2009 a également montré qu’une femme blonde sur trois se colorait les cheveux en brun afin d’augmenter ses chances professionnelles et « avoir l’air plus intelligente » en milieu professionnel. Eh oui, à l’Assemblée aussi on coupe les cheveux en quatre !

A lire aussi : Les confidences gênantes de l’ex de François Ruffin

Panique

À Bercy, l’heure n’est pas à la rigolade. Au lieu des 4,9 % attendus (contre les 4,4 % espérés), on se rapprocherait finalement plutôt des 5,6 % de déficit, un chiffre jamais atteint sous la Ve République hors récession et hors crise ! Un véritable tremblement de terre ! Avec, à la clef, une dégradation de la note de la dette française… De quoi faire paniquer Bruno Le Maire ? Pensez-vous… Le 19 mars dernier, lors des questions au gouvernement, il répond en effet ceci : « Nous rétablissons calmement, fermement et sereinement les comptes publics. » À l’Élysée en revanche, on est un peu moins serein. Alors que le ministre de l’Économie sort son sixième livre en sept ans, dans lequel il appelle à la « fin de l’État providence », il paraît qu’Emmanuel Macron a peu goûté la chose. Considérant que son ministre « a raison sur la relance économique et les réformes à faire », il aurait ajouté : « Il devrait en parler à celui qui est ministre de l’Économie et des Finances depuis sept ans. » Sans blague…

Reconversion

Olivier Véran, neurologue de formation, ancien ministre de la Santé connu pour ses déclarations sur les masques « inutiles » en pleine crise du Covid, a repris le chemin de l’université pour s’orienter vers « la médecine esthétique ». Dans le but d’intégrer la clinique parisienne privée des Champs-Élysées, fief des stars de téléréalité, apprend-on. Un choix qui n’a pas manqué de faire réagir, tant l’ancien ministre était connu pour ses perpétuelles leçons de morale. Certains de ses confrères ont ainsi pointé du doigt son manque d’exemplarité, d’autres dénoncé un « choix financier ». Un petit détour vers le site de ladite clinique permet de se rendre compte des actes et tarifs pratiqués : augmentation des fessiers, 2 800 à 8 900 euros ; amplification du point G,700 à 1 500 euros ; épaississement du pénis, 2 500 à 4 500 euros, etc. « Quoi que je fasse, il y aurait eu des critiques », s’agace-t-il. À force de tendre le bâton…

Dernier baroud d’honneur

0

À l’occasion de l’anniversaire des « 50 ans » de la Citroën CX, Monsieur Nostalgie évoque cette oblongue berline au charme gaullo-giscardien, dernière salve avant l’austérité, dernière fantaisie automobile avant le carcan du cahier des charges.


Après elle, plus rien n’a été pareil. Les crises ont scellé durablement notre existence. Les politiques ont emprunté le langage de la raison et de la com’, le sabir des vaincus. Les managers ont remplacé les capitaines d’industrie en dépeçant nos usines. Les élites ont abandonné les Humanités au profit des « conf call ». Les synthés ont supplanté la guitare sèche en faisant l’impasse des paroles dans les chansons. Les écrivains ont pris goût aux studios télé et les acteurs, leur carte d’abonnement dans les ministères.

Une parenthèse entre deux mondes

Bientôt Montand se prendra pour Tapie, et Renaud pour le Che. La CX, présentée à la fin de l’été 1974, est la parenthèse entre deux mondes, la fin du gaullisme sur fond de révolution sexuelle, le triomphe du marché sur les chaînes de montage et l’avant-gardisme fracassé sur le mur des économies d’échelle. Pompidou est mort. Les ouvriers vivent leur dernier quart d’heure de célébrité. VGE est à la barre. Mitterrand ronge son frein. Son tour viendra. Le nouveau monde ressemble à l’ancien en plus décomplexé et vorace, en plus plastique et mouvant, en plus doucereux et pernicieux. Cette CX arrive au pire moment. Elle est pourtant l’héritière de la DS, l’incarnation du haut de gamme à la française quand le style et la technologie étaient les mamelles de la croissance. On attend beaucoup d’elle. Elle porte le poids des chevrons sur son capot, toute la lyre, le Petit-Clamart et le Grand Charles. À la veillée, dans les chaumières, on raconte sa genèse, comment ce jour de 1955 au salon de l’Auto, sous les verrières du Grand Palais, elle est apparue, mi-soucoupe volante, mi-déesse de la route, aux yeux des mécréants du monde entier. Le journaliste des actualités télévisées parlait alors « d’une ligne hardie ». On prétend que les premiers propriétaires de DS 19 ont été déroutés par sa direction assistée et sa suspension hydropneumatique. La CX n’aura pas la même rampe de lancement et le même engouement populaire quoiqu’elle se vendra à plus d’un million d’exemplaires et obtiendra le prix de la Voiture de l’année en 1975. Le ciel s’est assombri sur nos démocraties. Deux ans avant le meurtre du petit Philippe Bertrand, la France a déjà peur. Guerre du pétrole et Trente Glorieuses en capilotade, l’heure est au serrage de boulons et au tour de vis budgétaire. Fini la récréation ! Fini les vacances au Crotoy ! Fini la Nationale 7 et ses platanes tentateurs ! Place aux autoroutes de l’information et aux cures d’amaigrissement.

A lire aussi: La boîte du bouquiniste

Un modèle qui ravit les citroënistes activistes

La CX est chère au cœur des citroënistes car elle est considérée comme la dernière production maison avant le rachat par Peugeot. Certaines prises de contrôle ne passent toujours pas, un demi-siècle plus tard. En catastrophe, la CX qui est dans les cartons depuis quelques années doit impérativement sortir et oublier ses rêves de motorisations nobles ou innovantes. Un bon « quatre cylindres » fera l’affaire. Elle n’en demeure pas moins une vraie Citroën avec ses codes esthétiques et sa mystique moderniste. On adhère à sa ligne ou on la rejette d’emblée. La CX n’est pas faite pour les centristes mous. Elle déploie sa propre dramaturgie, son propre vocabulaire, sa sérénité soyeuse, avec cette singulière différence qui émeut. J’entends encore mon beau-frère, citroëniste activiste, me parler de la lunule (tableau de bord), de son éclat et de son onde mystérieuse, comme s’il récitait du Rimbaud. Il peut disserter à l’infini sur le sujet des pneus TRX. La CX est un univers à part, incompréhensible pour les rationalistes enferrés. Notre regard s’est déshabitué à son profil dans les rues, ne subsistent que quelques souvenirs d’ambulance à la campagne et d’une Prestige élyséenne. On a oublié sa pureté originelle surtout la première série de cette routière, fluide et tourmentée à la fois, squale dévorant l’asphalte, anticonformiste et effilée dans la marée des SUV replets et satisfaits d’eux-mêmes.

Lorsque l’on croise son regard à nouveau dans « L’Alpagueur », « La Balance », dans un Derrick, Tatort ou même un obscur Schimanski, on revit. Dans « Trois hommes à abattre », une CX 2400 Super néo-polardeuse apparaît. Ultime morceau de bravoure. Au niveau des échangeurs de la Défense, elle est poursuivie par la rageuse Lancia Gamma d’un Alain Delon passablement énervé. On tremble pour elle.

Éloge de la voiture

Price: ---

0 used & new available from

Monsieur Nostalgie

Price: ---

0 used & new available from

La France à couteaux tirés…

0
Le procureur de la République de Bordeaux, Frédérique Porterie, donne une conférence de presse le lendemain de l'attaque au couteau survenue le soir de la fête religieuse musulman de l'Aïd sur les quais de la ville et ayant fait un mort, 11 avril 2024 © UGO AMEZ/SIPA

Des individus poignardés pour un verre d’alcool ou roués de coups pour une mini-jupe… Le pays semble démuni et ne pas savoir que faire face à la contre-société violente qui émerge sur son sol


La multiplication des attaques au couteau, quasiment quotidiennes, est effrayante. Des agressions accomplies à plusieurs pour toutes sortes de motifs avec des conséquences souvent mortelles. Des auteurs majeurs ou mineurs, et de plus en plus précoces. Des victimes parfois adolescentes, qu’elles aient participé à l’affrontement entre bandes ou qu’elles aient cherché à s’interposer comme à Romans-sur-Isère. Quelle triste litanie : Montpellier, Viry-Châtillon, Tours, Bordeaux, Bagneux…

Rien n’est plus tentant que d’apposer sur ces crimes une grille de lecture unique qui nous permettrait de simplifier cette réalité contre laquelle les pouvoirs publics, malgré leur bonne volonté ou l’angélisme de certains maires écologistes, paraissent impuissants. Débordés par un mouvement qui, dans son imprévisibilité ou sa logique perverse, réduit à néant les protections mises en place en amont et se confronte à une extrême lenteur judiciaire en aval.

Les autorités débordées

Il serait réducteur de considérer qu’une immigration non contrôlée ou porteuse d’une culture trop différente de la nôtre sur le plan de la religion, des mœurs, de la liberté et de l’égalité entre les sexes, est la cause exclusive de ces terrifiantes empoignades, où chacun porte un couteau ! Comme pour se préparer à un pire qui ne manquera pas de survenir, avec cette arme prête à servir. Avant de théoriser sur le fait que l’immigration est responsable de tout, sur un mode trop univoque pour que l’intelligence s’en satisfasse, il faut d’abord accepter de fondre ces péripéties criminelles dans un ensemble qui affecte la France tout entière. Crimes et délits s’accroissent, notamment les atteintes aux personnes, avec cette particularité que leur perpétration devient en quelque sorte gratuite, liée à des motifs de plus en plus dérisoires où la susceptibilité est poussée à son comble. Ce qui chaque jour indigne nos concitoyens, c’est la continuation – de plus en plus grave, de plus en plus précoce – de transgressions auxquelles la République ne sait plus comment faire face.

A lire aussi: Immigration : un pognon de dingue

Mais certains des mobiles récents démontrent également – l’exemple de Samara à Montpellier est éclairant sur ce point – l’incompatibilité de telle ou telle conception de la vie, de telle ou telle vision de l’islam, du rapport à la sexualité et du sort réservé aux jeunes filles, d’avec les pratiques majoritaires des Français de culture européenne. Il y a donc à l’évidence une relation directe entre cette société qui refuse de s’assimiler et le pire qu’ils ont engendré. Comment occulter « cette violence islamiste du quotidien… poignardés pour un verre d’alcool, frappée pour une tenue « à l’européenne »… à cause du non-respect des règles religieuses musulmanes… » ? (Le Figaro)

Une du quotidien « Le Figaro » du 12 avril 2024.

Mauvaises graines

Ce ne sont pas les vœux pieux présidentiels – « l’école doit rester un sanctuaire » – qui auront le moindre effet sur ces dernières atrocités du quotidien. On ne peut pas se résoudre au simplisme du « il n’y a qu’à… », « il faut qu’on… » ! On n’arrache pas une culture néfaste comme on pourrait le faire d’une mauvaise herbe. Cette société qui s’est installée aux côtés de la nôtre, voire face à la nôtre, est peu disposée au dialogue. Elle est enracinée dans ses croyances, ses convictions, persuadée qu’elles doivent demeurer intangibles et que toute offense qui leur serait faite mériterait une riposte, souvent violente. Les tragédies criminelles récentes doivent être analysées comme la volonté de ne pas céder à la civilisation de notre pays, à ses règles, à son terreau non négociable.

A lire aussi: Shemseddine tué devant son collège: de la culture de la honte

S’agit-il d’un vaste dessein qui mené collectivement par un islam dévoyé viserait, par petites touches devenues de plus en plus préoccupantes à force d’être cumulées, à changer radicalement l’esprit de notre nation en lui substituant une autre société, au pire la charia ? Je n’irais pas jusque-là parce que s’il y a des indices qui le font croire – par exemple ce qui s’est produit à Strasbourg, dans la boutique Geox (des centaines de réactions haineuses – « vermine française » – contre le gérant) -, beaucoup d’autres laissent plutôt entendre une imprévisibilité, des humeurs, des résistances, des susceptibilités, des défis qui ne paraissent pas relever d’un plan préétabli.

Je ne suis pas naïf mais attentif au fait que si la lucidité certes pessimiste désespère et affirme que tout est fichu, un pays n’a plus qu’à se suicider, ne plus rien attendre de la politique. Il convient toujours de laisser une place au futur. Faute de quoi, il y aura un maximalisme de la dépression française, incompatible avec toute possibilité de sauvegarde. Les couteaux sont tirés mais la France, si elle le veut, ne sera pas désarmée.

Mère Courage

0
Diane Foley, Washington, 31 janvier 2024. Son fils a été tué par Daech en 2014 © Andrew Harnik/AP/SIPA

C’était le 19 août 2014. Le journaliste américain James Foley était décapité par un terroriste islamiste en Syrie. La vidéo de son assassinat, postée sur les réseaux sociaux, avait fait le tour du monde.

Une première œuvre non fictionnelle pour Colum McCann

Dix ans après les faits, le romancier Colum McCann prête sa voix à Diane Foley, la mère de James. En résulte un livre choc à mi-chemin du témoignage et de l’enquête, dans lequel le romancier se met sciemment en retrait, signant ainsi sa première œuvre non fictionnelle. Le livre s’ouvre sur une scène quasiment surréelle. Le face à face entre la mère de James et le bourreau de son fils, Alexanda Kotey, « ex-citoyen britannique. Ex-soldat de Daech et membre en son sein, d’un groupe surnommé par les journaux les Beatles. Ex-dealer. Aujourd’hui incarcéré. Citoyen de nulle part. Un homme désormais voué à passer sa vie dans une petite pièce d’où l’on ne peut s’échapper. » La famille et les amis de Diane ont tenté de la dissuader de se confronter à l’assassin de James. Elle ne les a pas écoutés. Elle devait y aller. Elle ne savait pas pourquoi mais elle le devait. Alexanda Kotey, lors de son procès, deux mois plus tôt, a affirmé ne pas avoir été présent lors de l’exécution de James. Ne pas l’avoir égorgé. Ne pas avoir filmé la scène dans le désert. Il a aussi prétendu ne pas avoir été là quand la tête coupée de son fils a été reposée sur son dos. Accusé d’avoir participé à l’assassinat de James, il a toutefois plaidé coupable. Ce que cherche Diane, à l’occasion de cette confrontation, elle ne le sait pas elle-même. Pendant un an, Colum McCan va suivre cette femme brisée par la mort de son fils. Il va la voir se relever au prix d’une volonté inimaginable. Se battre avec le gouvernement Obama. Monter une association, la fondation James W. Foley, pour venir en aide aux otages du monde entier. Prier pour trouver la force de pardonner.

Les États-Unis ne paient jamais de rançon

C’est ce long chemin que raconte l’écrivain. Depuis l’enfance de James, petit garçon curieux, avec une tendance aux troubles de l’attention. Puis jeune homme idéaliste qui, avec le journalisme, a trouvé un métier qui le passionne et donne du sens à sa vie. En novembre 2012, première arrestation au Liban. Mais son désir de repartir au front prend le dessus. Et il part en Syrie. Pendant les deux années qu’ont duré sa détention, Diane n’a cessé de se battre pour sa libération. « J’ai rendu visite, dit-elle, à des ambassadeurs, des dignitaires, des bureaucrates et des personnalités politiques de tous niveaux. J’ai rencontré l’ambassadeur de Syrie, Bachar Jaafari, à deux reprises. Au département d’État et aux Nations unies, j’ai imploré de l’aide. »

Partout la même réponse : les États-Unis ne verseront pas de rançon. Ils ne négocieront pas. C’était, selon eux, la meilleure manière de protéger les citoyens américains. Magnifique récit sur le pardon et la compassion, témoignage bouleversant, American Mother est un livre dont on ressort profondément ébranlé. Une leçon de courage et de résilience sans précédent.

American Mother, Colum McCann avec Diane Foley, Belfond, 2024.

Bonnes nouvelles !

0
Stéphane Bern a été élu le 17 mars 2024 conseiller municipal en Eure-et-Loir © SICCOLI PATRICK/SIPA

Habitué aux joutes médiatiques, hier comme dirigeant communiste, aujourd’hui comme chroniqueur politique, Olivier a des tripes et du cœur quand il s’agit de défendre ses idées. «J’aime qu’on me contredise !» pourrait être sa devise.


Je les piste avec un instinct de chasseur. Je cherche d’abord leurs traces laissées sur le papier, les ondes ou les écrans. Je m’approche très doucement pour ne pas les effrayer. Elles pourraient s’envoler et ne plus réapparaître. De l’aube au crépuscule, et même la nuit dans les périodes où la récolte est des plus maigres, j’ai appris à les attraper. Les capturer et les déguster comme on savoure des ortolans.

« Mais de quoi parle-t-il ? »

Des bonnes nouvelles ! Les infos positives. Celles qui surgissent et qui déchirent soudainement la chronique permanente de tout ce qui ne va pas, de tout ce qui ne va plus. Parfois, il m’arrive même de m’enthousiasmer avec peu de chose. Le soir de la réélection de Vladimir Poutine, avec 87 % des voix, la « bonne nouvelle » est venue des élections municipales partielles complémentaires dans le village de Thiron-Gardais (Eure-et-Loir), où Stéphane Bern a obtenu 97,3 % des suffrages exprimés. Un score supérieur de dix points à celui du Russe ! Et sans tricher. 

A lire aussi : Jordan Bardella, Quoi ma gueule? Marine, Poutine, Saint-Denis… L’idole des jeunes se confie

Alors que le président Rocky-Macron veut boxer les dépenses pour réduire dette et déficit, en allant faire les poches des plus pauvres car ils sont les plus nombreux, la présidente de l’Assemblée nationale et le président du groupe Modem posent la question d’une mise à contribution des entreprises et des plus fortunés. Bonne nouvelle ! C’est quand même insupportable, ce dogme selon lequel on ne pourrait pas contester une partie des 170 milliards d’aides aux entreprises, ou regarder du côté des dividendes (le seuil des 70 milliards va être dépassé en 2024) et du rachat d’actions (32 milliards en 2023).

Autre actualité positive des derniers jours : le rejet sénatorial du traité de libre-échange avec le Canada (CETA) qui s’applique depuis 2017 sans avoir été ratifié. Dix pays de l’Union européenne connaissent une situation comparable. Depuis 2005 et la victoire du « non » au référendum sur le traité constitutionnel européen, Sarkozy, Hollande et Macron n’ont plus jamais consulté directement le peuple français en redoutant une « mauvaise nouvelle » au moment de l’annonce du résultat.

A lire aussi : Ces croisés contre l’impunité

Quoi d’autre ? En 1857, la foudre du procureur Pinard, au tribunal correctionnel de Paris, tombe sur Flaubert qui n’a pas fait « baisser la tête » à Madame Bovary. Un mois plus tard, Baudelaire est convoqué. Les Fleurs du mal serait un « outrage à la morale publique et religieuse aux bonnes mœurs ». Aujourd’hui, il me semble que les Pinard sont à la peine. En commission d’enquête à l’Assemblée nationale d’un côté, ou pour déverser des tombereaux d’insultes racistes sur Aya Nakamura de l’autre, ils n’ont pas atteint leur objectif.

Et puis, enfin, une bonne nouvelle peut être la sortie d’un film, d’un livre, une rencontre, un simple sourire dans la rue, une tasse de café au soleil. Ou cette phrase qui tourne dans ma tête, dite par une responsable d’unité de soins palliatifs, proposant « d’ajouter de la vie aux jours, à défaut d’ajouter des jours à la vie. » Quand Emmanuel Macron, lui, n’arrive toujours pas à nommer les choses. Retrouvons les mots, voilà un beau projet.

Quand Cioran répondait à son courrier

0
L'écrivain Emil Cioran. © /SIPA

Gallimard publie des lettres choisies du mystérieux écrivain disparu en 1995.


C’est presque une apparition lorsque l’escalator de Gibert Joseph vous met nez-à-nez avec la correspondance choisie d’Emil Cioran, publiée chez Gallimard et établie par Nicolas Cavaillès. Pour le lecteur fanatique de l’écrivain roumain exilé à Paris, Manie épistolaire est une nouvelle occasion de découvrir un aphorisme définitif, de rencontrer de nouveaux paradoxes amers. Les lettres sont pour la plupart inédites.

Conversations avec des absents

L’ouvrage concentre des lettres écrites entre 1930 et 1991. Il y a eu trois pays dans la vie d’Emil Cioran : la Roumanie, « ce cul-de-sac du monde », l’Allemagne, la France et surtout le Quartier latin et « ses déracinements oisifs ». La correspondance s’en ressent : un bon nombre de Roumains, à commencer par son ami Mircea Eliade, des Allemands, des Français, dont le regretté Roland Jaccard, qui a fait les grandes heures de Causeur. Pour Cioran lui-même, fouiller dans la correspondance est un bon moyen d’accéder à tout auteur. Dans un texte de 1984, il écrivait : « La lettre, conversation avec un absent, représente un événement majeur de la solitude. Cherchez la vérité sur un auteur plutôt dans sa correspondance que dans son œuvre. L’œuvre est le plus souvent un masque. Un Nietzsche, dans ses livres, joue un rôle, s’érige en juge et en prophète, attaque amis et ennemis, et se place, superbement, au centre de l’avenir. Dans ses lettres, en revanche, il se plaint, il est misérable, abandonné, malade, pauvre type, le contraire de ce qu’il était dans ses impitoyables diagnostics et vaticinations, véritable somme de diatribes ».

A lire aussi : Un prof jeté aux chiens

Dans la correspondance, surtout dans les années roumaines, on retrouve le style qui fera de Cioran le grand continuateur des moralistes français, de La Rochefoucauld à Valéry. Au détour de formules désespérées, il y a quand même de la drôlerie : « Je pensais t’écrire beaucoup de choses. Si je ne peux pas le faire, c’est qu’en ce moment je ne suis ni mélancolique, ni révolté, ni désespéré, ni content  – conditions indispensables pour écrire quelque chose à quelqu’un qu’on respecte. J’ai l’impression d’être un homme… marié. Ce qui est beaucoup plus qu’une déchéance ». On ne fera pas ici le détail des turpitudes du grand Emil. Les discours enflammés à Corneliu Codreanu, meneur de la Garde de fer fasciste roumaine, les inclinaisons politiques dans la période allemande… « Parfois, il m’arrive de me demander si c’est vraiment moi qui ai écrit toutes ces divagations qu’on cite […]. L’enthousiasme est une forme de délire », écrivait-il dans une lettre à son frère, non publiée dans le présent recueil. Il est vrai que dans Transfiguration de la Roumanie, l’auteur appelait à une sorte de national-bolchévisme martial. Pourtant, lors de ses obligations militaires, il semble se détacher de son enthousiasme cocardier : « Mon nationalisme et mon militarisme venaient du désir de faire quelque chose pour ce pays peccamineux, dont je ne voulais pas, et dont je ne veux pas la perte », écrit-il en 1936. Un peu de service militaire ramène à la patrie ; beaucoup de service militaire en éloigne…

Pas tendre avec les journalistes et les bonnes femmes

La correspondance sur un si grand nombre de décennies traduit chez le « Valaque décadent » son progressif « éloignement de l’esprit d’excès » (formule utilisée dans une lettre à Roland Jaccard, 4 août 1978). Cioran ne ricane pas pour autant devant le tragique de l’histoire ; face au « cauchemar vietnamien », en 1968, devant « pareil spectacle (!) », il semble par exemple las des discussions littéraires. On découvre aussi un Cioran intime, éternel fauché, ou adepte du vélo avec Simone Boué en Provence, loin quand même de l’écrivain insomniaque enfermé sous les combles de Paris. En 1958, il se vante d’être revenu à sa « timidité primitive » et de reculer « devant la perspective de toute relation, de quelque nature que ce soit, avec le monde des lettres et de la philosophie ». L’examen des destinataires de ses courriers permet toutefois d’avoir des doutes : Jean Paulhan, Ernst Jünger, Wolfgang Kraus…

Avec l’âge, l’écrivain devient plus pépère, se plaint de ses rhumatismes, et en politique, maudit les révolutions française et russe. A Fernando Savater, il écrit : « On prête à Talleyrand ce mot souvent cité : « Qui n’a pas vécu sous l’Ancien Régime n’a pas connu la douceur de vivre ». Je vous suggère de changer cette « pensée » de façon suivante : « Celui qui n’a pas vécu avant la révolution de 1789, n’a pas connu la douceur de vivre ».

A lire aussi : «La langue anglaise n’existe pas». Une mise en perspective aussi savoureuse que convaincante

Il n’est pas tendre avec les journalistes : « Si je n’étais pas si vieux, je retournerais à la philosophie. Elle a du moins l’excuse de ne pas être accessible aux journalistes et aux bonnes femmes ». A Wolfgang Kraus, en 1973, qui lui avait envoyé le manuscrit de Culture et pouvoir. Les métamorphoses du désir, il écrit : « A la page 8 (du premier chapitre), je supprimerais le nom de Cohn-Bendit. C’est un personnage secondaire qui ne mérite pas, du moins à mes yeux, d’être cité ». Malgré le coup de vieux (« Plus je vais, plus je sens les tares de mes ancêtres s’accuser en moi. Et quels ancêtres ! Des sous-hommes qui n’ont rien foutu »), à soixante-dix ans, il échange avec une jeune lectrice de trente-cinq ans, Friedgard Thomas. On retrouve sur quelques lignes les exaltations du jeune Cioran : « Mais pourquoi ne suis-je pas dilettante à votre égard ? Vos yeux ont fait de moi un fanatique » ; « Depuis que j’ai été chassé du paradis, je pense à vous à chaque seconde et je ne peux penser à rien d’autre. Baden-Baden est belle, mais je ne peux m’intéresser à « la beauté du monde ». Je voudrais maintenant m’envoler pour la Patagonie, loin, très loin de vous, au pôle opposé ».

Manie épistolaire: Lettres choisies,1930-1991 Cioran, Gallimard 2024, 320 pages.

Manie épistolaire: Lettres choisies,1930-1991

Price: ---

0 used & new available from

Cap sur le RPR !

0
Marine Le Pen et Éric Ciotti à la cérémonie d'hommage à l'amiral Philippe de Gaulle, 20 mars 2024. © Jacques Witt/SIPA

La guerre en Ukraine n’a pas fait basculer la campagne des européennes en faveur de la Macronie. L’invocation des heures sombres face à la progression du RN, non plus. La frontière artificielle entre droite dite républicaine et droite prétendue extrême est tombée, car le RN, LR et Reconquête parlent à la même France. La guerre fratricide des droites promet cependant d’être sanglante.


Panique au quartier général. À moins de trois mois d’élections européennes – qui sont surtout le dernier vote avant la présidentielle –, le cauchemar d’Emmanuel Macron devient chaque jour plus réel. Il avait promis de terrasser le dragon, il fait la course loin devant. Les macronistes en arrivent à crier victoire quand l’écart dans les sondages entre la liste de leur championne Valérie Hayer et celle de Jordan Bardella passe de 11 à 10 points.

Difficile de faire un procès en heures sombres à Bardella

Le camp présidentiel n’est pas très créatif, se contentant de rejouer la même pièce archi-usée : le combat entre la lumière et l’ombre, le bien et le mal, les résistants et les collabos – dans la variante européenne, il est aussi question d’ouverture et de fermeture. L’Europe, c’est la paix, la santé, la prospérité. Les valeurs – plus l’électricité, ose Valérie Hayer qui prétend que c’est grâce à l’Europe qu’on a évité les coupures, oubliant de préciser que c’était aussi grâce à l’Europe (et au sabotage d’EDF mené pour complaire aux Allemands) qu’on avait risqué ces coupures. On voit mal comment des anathèmes qui ont cessé d’opérer au sujet de Marine Le Pen auraient le moindre effet sur la popularité de Jordan Bardella. Les chasseurs de nazis imaginaires ont bien essayé de lui coller l’image de « petit-fils Le Pen », au prétexte qu’il s’était refusé à cracher sur un homme dont beaucoup de militants pensent qu’en dépit de ses égarements, il a vu venir pas mal de choses. Seulement, Jordan Bardella est né en septembre 1995, soit huit ans après la sortie de Le Pen sur le point de détail. Le 12 novembre 2023, il défilait à Paris contre l’antisémitisme. Difficile de lui coller un procès en heures sombres. Quand la bête immonde se cache sous les traits d’un jeune homme propre sur lui, il faut trouver autre chose pour dessiller l’électeur.

A lire aussi : Jordan Bardella: «Je suis l’enfant de la génération 2005-2015»

Pour certains esprits soupçonneux, l’Ukraine devait être cette autre chose. C’est faire injure au président. Que des considérations narcissiques et politiques puissent influencer son verbe, c’est probable. Qu’elles déterminent des choix existentiels pour le pays, on n’ose le croire. Quoiqu’il en soit, les mauvaises nouvelles du front ukrainien assorties du gel de l’aide américaine ont promu le dossier ukrainien au rang d’urgence européenne. Pourtant, il n’y a pas eu de réédition de l’« effet drapeau », comme disent désormais les journalistes, à l’instar de ce qui s’était passé en 2022, quand l’invasion de l’Ukraine avait resserré les rangs autour du père présidentiel. Peut-être Emmanuel Macron n’est-il pas très crédible en figure paternelle. Peut-être certains pressentent-ils que, derrière son envie d’en découdre avec Poutine, il n’y a pas de stratégie – et encore moins les moyens qui vont avec. Les invectives hors d’âge n’ont pas aidé. En traitant de Munichois et de lâches tous ceux qui émettaient des doutes sur le revirement du président, plutôt porté jusque-là à ne pas couper les ponts avec Moscou, la Macronie s’est dispensée de l’essentiel : expliquer en quoi les intérêts vitaux de la France étaient en jeu. Il est vrai aussi qu’à l’exception notable des socialistes, les oppositions, toutes couleurs confondues, ont fait des gammes sur le thème du va-t-en-guerre et de l’irresponsable, comme si la Légion était en train de sauter sur Odessa. Toutes ces criailleries politiciennes ont interdit le débat argumenté auquel nous avions droit.

Droite des garagistes

Qu’on le déplore ou pas, la question ukrainienne n’a pas fait basculer la campagne. En revanche, elle a vaguement ressuscité le bloc central ancienne mouture : l’axe PS/Renaissance a un petit parfum d’UMPS (que les jeunes interrogent leurs parents). Pour compléter notre entretien avec Jordan Bardella, nous avons adressé des questionnaires sur l’Ukraine à Marion Maréchal et François-Xavier Bellamy. Les différentes droites, terminologie qu’on emploie faute de mieux, brodent sur la même ligne « gaullo-réaliste » : d’une part, on ne joue pas à « Même pas peur ! » avec un ours nucléaire et, d’autre part, la France doit avoir une voix singulière – argument d’ailleurs brandi par les deux camps qui en oublient de se demander si cette voix est écoutée. Que l’héritage gaulliste permette ou pas de penser notre situation, c’est une autre histoire.

Dans le brouhaha permanent autour de l’extrême droite et ses dangers supposés, on n’a pas prêté attention à la tectonique des plaques idéologiques qui a bouleversé les rapports de force sur la planète conservatrice. Sans faire injure à quiconque, force est de constater que l’ensemble se présente aujourd’hui comme un vaisseau amiral escorté par deux zodiacs ou, si on préfère, comme une baleine poursuivie par deux dauphins, dont l’un est dans l’enfance et l’autre, sur le retour. Ce qui excite les papilles du gros (le RN) et du jeune (Reconquête !), pressés de dépecer le cadavre du malade (LR).

A lire aussi : François-Xavier Bellamy: «L’envoi de troupes en Ukraine est exclu par l’OTAN»

Macronistes et gauche ont beau s’évertuer à le rapiécer, le cordon sanitaire est tombé en poussière. Le RN est un parti comme les autres. En dehors de quelques bonnes maisons où on se rêve encore en Jean Moulin, dire qu’on vote Bardella ne suffit plus à effrayer le bourgeois.

La frontière artificielle entre droite dite républicaine et droite prétendue extrême étant tombée, reste un ensemble qui, avec des nuances, et quelques vraies différences, dessine les contours d’une famille politique. S’ils ne proposent pas exactement le même cocktail idéologique (le dosage bonapartisme/libéralisme/conservatisme pouvant varier), LR, le RN et Reconquête ! s’adressent à la même France : sociologiquement diverse, elle a en partage une aspiration à la continuité historique. Leurs électeurs veulent que la France continue à exister, et ils ne veulent pas qu’on chamboule les cadres anthropologiques de leur existence en expliquant à leurs mômes qu’être un homme ou une femme relève d’une pure construction sociale. Ce n’est pas un hasard si tous lorgnent le même espace politique, celui du RPR de la grande époque, quand feu William Abitbol, proche de Pasqua, parlait de la droite des garagistes.

Or, en vertu d’une loi immuable de la politique (et d’ailleurs de l’humanité), plus des rivaux sont semblables, plus leur affrontement est violent. Rien n’est plus dévastateur que les querelles de famille. La guerre des droites promet d’être sanglante. À la base, l’union des droites a commencé.

UE: le Pacte sur la migration, un pacte avec le diable?

0
Vote des textes sur le pacte migratoire européen, Bruxelles, 10 avril 2024 © Geert Vanden Wijngaert/AP/SIPA

Après des années d’interminables négociations, les eurodéputés sont enfin parvenus à voter le Pacte sur la migration et l’asile mercredi – un ensemble très complexe de 10 textes durcissant et harmonisant les politiques d’accueil des migrants sur le Vieux continent. Cette adoption sera un argument en faveur des centristes, lesquels craignent une déconfiture électorale lors du scrutin européen de juin.


Mercredi, le Parlement européen a adopté le nouveau Pacte sur la migration et l’asile, un ensemble très complexe de 10 textes censé révolutionner la manière dont l’UE gère l’explosion de la migration de masse et le nombre toujours grandissant des demandeurs d’asile qui arrivent majoritairement du Moyen-Orient et de l’Afrique. Le fruit d’un processus de réflexion lancé à la suite de la crise migratoire de 2015, le pacte est, sous sa forme actuelle, le résultat d’une suite de négociations entre les différentes institutions européennes à partir d’une série de propositions faites par la Commission en 2020.

Pour que les nouvelles règles formulées par le pacte puissent entrer en vigueur, il ne manque maintenant que l’approbation des 27 États-membres de l’UE. Certains d’entre eux ont déjà émis des critiques sévères à l’égard surtout de ce qu’on appelle – de manière assez sinistre – des mécanismes de « solidarité ».

Une approche « équilibrée »…

Le vote de mercredi a été largement salué par les partis et les politiques du centre comme une grande victoire, tandis que ceux de la droite et de la gauche radicales dénoncent le résultat comme une trahison. Pour les premiers, c’est une trahison des peuples européens ; pour les derniers, une trahison des valeurs européennes.

Un migrant se reposant sur le sol, après avoir traversé la frontière entre le Maroc et l’enclave espagnole de Ceuta devant les blindés et les troupes espagnoles, le 18 mai 2021, Ceuta © Javier Fergo/AP/SIPA

Car le pacte est une expression authentique de l’idéologie du « en même temps » : il y a quelque chose pour plaire (ou essayer de plaire) à tout le monde et, par conséquent, quelque chose pour déplaire à tout le monde. Seuls les partis centristes, de centre gauche ou de centre droite ont tiré leur épingle du jeu. Selon la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, le Pacte est « équilibré ». Pour la présidente du Parlement, la Maltaise, Roberta Metsola, il représente « un équilibre entre solidarité et responsabilité ». « Solidarité » est un mot de code destiné à inspirer le centre et la gauche, tandis que « responsabilité » est censé résumer tout ce que la droite radicale ou populiste appelle de ses vœux.

A lire aussi, Stéphane Germain: La fin de l’Europe écolo-woke ?

Pour la droite, le Pacte propose un tri accéléré des migrants dès leur arrivée aux frontières de l’espace européen. Ceux dont la demande d’asile ne semble pas avoir des chances de réussir seront détenus sur place dans des centres de rétention. Si leur demande est rejetée, ils seront rapidement renvoyés vers un pays sûr qui ne sera pas nécessairement le pays d’où ils sont venus. Les demandes des autres candidats au statut de réfugié pourront être examinées ailleurs.

Ce premier tri engagera un processus de vérifications de sécurité et de contrôles d’identité comprenant la collecte de données biométriques. Toutes les informations seront centralisées dans une base de données, Eurodac. Ce processus, ainsi que les centres de rétention qu’il faudra construire, ont été dénoncés comme « inhumains » par plus de 160 ONG. Sans surprise.

Le renvoi de migrants dont la demande d’asile est jugée irrecevable sera facilité par des accords avec des pays tiers, surtout sur le littoral africain. Les accords déjà réalisés avec la Turquie en 2016, la Libye en 2017 et la Tunisie en 2023 en constituent le modèle. Un nouvel accord avec la Mauritanie en février de cette année et un autre avec l’Égypte en mars vont dans le même sens. D’autres partenariats avec le Maroc et même l’Algérie sont proposés. Il s’agit essentiellement de payer ces pays pour empêcher, dans la mesure du possible, le départ de migrants vers l’Europe et pour accepter le retour de ceux qui ont réussi – en vain – à traverser la Méditerranée.

Pour le centre, les réfugiés et les demandeurs d’asile seront répartis entre les États-membres pour soulager la pression sur les principaux pays d’accueil, notamment l’Italie, la Grèce et l’Espagne. Mais les autres pays – comme la Hongrie ou la Pologne – qui sont rétifs à l’accueil de migrants, auront la possibilité de refuser d’en accepter si, en contrepartie, ils versent de l’argent (20 000 € par migrant) à un fonds commun ou fournissent une aide matérielle pour la gestion des flux.

Pour la gauche, il y aura une harmonisation entre les 27 concernant les critères permettant l’obtention de statut de réfugié. Une fois qu’ils auront obtenu officiellement la protection internationale, les migrants auront un accès plus facile au droit de travail et à une couverture sociale.

… pour un résultat indigeste ?

Il y aura aussi des dispositions spéciales pour la gestion des migrants dans des situations de crise. Le mot sinistre de « solidarité » revient ici et c’est ce qu’il représente, à savoir la répartition des migrants entre les États-membres, qui braque les leaders de la Hongrie, de la Slovaquie, de la République tchèque et même de la Pologne du très centriste et européiste Donald Tusk. La Pologne a déjà accueilli un million de réfugiés ukrainiens. Victor Orban est allé jusqu’à appeler le Pacte « encore un clou dans le cercueil de l’Union européenne ».

Si les différents dispositifs du Pacte peuvent sembler « équilibrés » d’un certain point de vue, tout dépendra de la manière dont les différents mécanismes seront appliqués dans la pratique. La Commission proposera un plan d’application en juin. S’il y a des diables, ils seront certainement dans les détails de ce document. Le Pacte est destiné à entrer en vigueur au plus tard en 2026.

A lire aussi, Observatoire de l’immigration et de la démographie: Immigration : un pognon de dingue

L’eurodéputé Reconquête !, Nicolas Bay, a expliqué pourquoi il a voté pour les mesures qu’on peut appeler ici « de droite », mais contre toutes les mesures « de gauche » qu’il qualifie de « suicidaires pour notre civilisation ».

Ce qui est sûr, c’est que la situation est urgente : l’année 2023 a vu un peu plus de 1,14 million de demandes d’asile enregistrées dans les 27 États-membres et en Norvège et en Suisse. Il s’agit d’une augmentation de 18% par rapport à 2022. Également en 2023, Frontex, l’agence européenne chargée de surveiller les frontières extérieures de l’UE, a enregistré 380 000 entrées irrégulières sur le sol européen, une augmentation de 17% par rapport à 2022. A présent, seul un cinquième des migrants arrivant sur le sol européen dont la demande d’asile est refusée sont renvoyés dans des pays tiers.

Les électeurs qui ressentent de l’inquiétude face à l’incapacité de l’Europe à gérer les flux migratoires auront plus de sources d’inquiétude si jamais, lors des élections européennes en juin, l’adoption du Pacte joue en la faveur des partis centristes qui, à l’heure actuelle, craignent une victoire écrasante de la droite populiste. Ce sera encore pire, si cette adoption renforce la possibilité qu’Ursula von der Leyen soit re-nominée à la tête de la Commission pour un deuxième mandat. Pour ceux que cela plonge dans une dépression profonde, il y a un coup de grâce. Le chef de Frontext lui-même, Hans Leitjens, ne croit pas qu’il soit possible de protéger les frontières de l’Europe[1] !


[1] https://www.welt.de/politik/ausland/plus249632894/Hans-Leijtens-Der-Frontex-Chef-der-nicht-an-den-Grenzschutz-glaubt.html