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Éric Dupond-Moretti, entre mauvaise foi et impuissance

Notre chroniqueur a craqué: il a regardé la dernière intervention du garde des Sceaux à la télévision, une semaine avant les élections européennes. M. Dupond-Moretti y a notamment sous-entendu que si Marine Le Pen n’était peut-être pas antisémite, Jordan Bardella l’était probablement, selon lui.


Chaque dimanche j’essaie de ne jamais manquer Le Grand Jury animé par Olivier Bost. Pourtant j’ai hésité le 2 juin, l’invité étant le garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti[1]. À un ressentiment personnel qui ne s’efface pas, s’ajoutent surtout des considérations judiciaires et politiques. Ayant déjà beaucoup écrit sur lui, je voulais échapper à la certitude désolante de continuer à le voir développer des idées, des convictions et une inconditionnalité tellement aux antipodes de sa pensée et de sa personnalité d’hier… Pourtant j’ai craqué. Et j’ai bien fait. Car durant une heure nous avons d’abord eu droit à une mauvaise foi qui m’a rappelé celle de l’avocat brillant qu’il a été, prêt à tout soutenir pour obtenir les acquittements dont il se prévalait. Puis à une impuissance quand, dans l’émission, le ministre a pris la relève.

Dédiabolisation

La mauvaise foi de l’avocat, associée bizarrement à une pauvreté de l’argumentation, a été éclatante quand face à Olivier Bost qui ne se contentait pas de ses pétitions de principe et de ses banalités hostiles, il a exprimé sa haine à l’encontre de Marine Le Pen, de Jordan Bardella et du RN. Elle lui a fait perdre toute lucidité dans la dénonciation politique.

Pour tenter de démontrer qu’il n’y a pas eu dédiabolisation du parti par Marine Le Pen, pourtant admise par beaucoup de ses pires ennemis, il a été contraint de ressasser ce dont il se sert depuis des années : il nomme le RN Front National, il radote sur la présence de Frédéric Chatillon dans l’entourage de Marine Le Pen, il se régale à parler des Waffen-SS à l’origine selon lui de la création de ce parti qu’il semble continuer à dater sous Jean-Marie Le Pen, en totale méconnaissance de la forte adhésion populaire (c’est un constat) qu’il suscite aujourd’hui.

Questionné sur l’antisémitisme de Marine Le Pen, gêné entre la vérité – non seulement elle n’est pas antisémite mais qu’on le déplore ou non une part importante de la communauté juive fait plus confiance au RN pour la défendre qu’au macronisme verbeux – et son obsession partisane, il se contente de proférer que Jordan Bardella l’est. Faisant un sort à une de ses déclarations sur Jean-Marie Le Pen, que Jordan Bardella a ensuite précisée. C’est tout, donc.

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Ainsi, Marine Le Pen serait coupable par contagion. Et cela remonte à des lustres ! Je n’ai pu m’empêcher, face à la contestation désespérée de certaines évidences, d’imaginer l’avocat Dupond-Moretti si on avait cherché seulement dans le passé de ses clients la preuve de leur éventuelle culpabilité criminelle !

Je me souvenais aussi de son talent redoutable, quand pour les besoins de ses causes il n’hésitait pas, sinon à travestir le réel, du moins à en présenter une vision hémiplégique. N’oublions pas qu’il est allé jusqu’à soutenir ceci : « Faire acquitter un innocent, c’est la moindre des choses. Sortir un coupable, c’est plus intéressant, ça prouve que les règles sont respectées »[2]. Quelles lettres de noblesse pour devenir garde des Sceaux !

Contre-productif

On mesure alors combien Marine Le Pen et le RN – à combattre intelligemment et politiquement – sont tranquillement à l’abri sous les assauts d’Éric Dupond-Moretti, qui augmente au contraire leur emprise. Faut-il considérer qu’il garde en mémoire la blessure de sa déculottée aux élections régionales quand il avait prétendu battre en pièces Xavier Bertrand et le RN, en même temps ?

Enfin, dans Le Grand Jury, le ministre apparut vers midi 35. C’est son impuissance et son irresponsabilité qui ont dominé dans ses réponses, derrière ses satisfecit aussi peu plausibles que sa mue totale d’avocat compassionnel en ministre rigoureux. D’avocat tempétueux à garde des Sceaux obéissant.

Dans cette séquence, consacrée à la sanglante attaque du convoi pénitentiaire au péage d’Incarville, au désastre carcéral, à la pauvreté des moyens pénitentiaires, à l’incroyable dérèglement rendant dans beaucoup d’établissements la vie plus insupportable pour le personnel pénitentiaire que pour les condamnés incarcérés, le ministre a manifesté un art de se défausser qui serait admirable s’il ne concernait pas l’échec quasi-absolu de sa mission ministérielle.

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Que je sache, à la Chancellerie il y a une direction de l’administration pénitentiaire à laquelle les responsables des centres pénitentiaires, des centres de détention et des maisons centrales rendent compte : le ministre est donc informé des dysfonctionnements de toutes sortes qui pourrissent le fonctionnement de beaucoup d’établissements, des conditions honteuses d’enfermement (les matelas !), de la circulation de la drogue et des portables, du fait lamentable que l’incarcération n’est plus la fin de la délinquance et de la criminalité mais leur poursuite.

Éric Dupond-Moretti prétend ne pas avoir découvert ce déplorable constat avec la fuite de Mohamed Amra. Qu’a-t-il donc accompli pour y remédier ? Après les assassinats, il a reçu les syndicats pénitentiaires et il leur a fait des promesses, il a pris des engagements. Pour le court terme et à échéance lointaine. On a le droit de douter. Le macronisme dont il est une navrante incarnation est doué pour le verbe et le virtuel : les prisons et ceux qui exercent ce dur métier de gardien exigent autre chose.

N’oublions pas que la première visite ostentatoire du ministre a été au bénéfice des prisonniers. L’avocat veillait à ce que ses clients n’y aillent pas, le ministre ne s’en est guère occupé. Tant que nous n’aurons pas une personnalité libre, indépendante, pragmatique et courageuse (ses augmentations de budget n’ont rien changé à la vie carcérale) place Vendôme, nous serons orphelins de dignité pour tous et de vraie Justice. Tant que le futur et encore inconnu ministre de 2027 n’aura pas compris qu’il faudra dans l’urgence restaurer pour les détenus une décence minimale, imposer des règles drastiques et respectées et en même temps assurer une sécurité au personnel pénitentiaire et le traiter financièrement comme il le mérite, rien ne changera. Comme aujourd’hui, entre mauvaise foi et impuissance.

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[1] https://www.dailymotion.com/video/x8zid50

[2] Libération, 31 mars 2006. https://www.liberation.fr/france/2006/03/31/eric-dupond-moretti-direct-du-droit_34756

Qui est réellement Raphaël Glucksmann?

Raphaël Glucksmann, tête de liste PS-Place publique, progresse en ce moment dans les sondages en profitant de la faillite macroniste et des dérives de l’extrême gauche mélenchoniste et écologiste. Pourtant, les desseins politiques de ce néo-bourgeois euro-atlantiste sont aux antipodes des intérêts de la France, estime notre contributeur. Immigrationniste, adepte d’une Europe fédérale et supranationale, il est également ce va-t-en-guerre obnubilé par Vladimir Poutine…


En 2004, Raphaël Glucksmann plante un couteau dans le dos de la France en accréditant la thèse de « la responsabilité accablante de l’Etat français et en particulier de François Mitterrand » dans le génocide des Tutsi au Rwanda via un documentaire intitulé Tuez-les tous ! Présomptueux, le jeune homme se pousse du col et pense avoir révélé le « pire scandale de la Ve république ». Des diplomates, des journalistes et des experts de l’Afrique assermentés devant le TPIR (Tribunal pénal international pour le Rwanda) contestèrent, preuves à l’appui, les accusations aberrantes de Glucksmann. Celles-ci sont en réalité issues de l’histoire officielle écrite par le nouveau régime rwandais et destinée à accabler la France en même temps qu’à camoufler les exactions meurtrières du très autoritaire Paul Kagame et de son parti le FPR (Front Patriotique Rwandais). Raphaël Glucksmann et Bernard Kouchner (ministre des Affaires étrangères de 2007 à 2010) contribueront, chacun à sa manière, pour que les conclusions de l’instruction judiciaire menée par le juge Bruguière et celles du TPIR – à savoir l’éventuelle implication de Kagame dans l’attentat qui coûta la vie au président Habyarimana et déclencha le massacre des Tutsi – finissent dans les oubliettes de l’histoire (1). On se souviendra également que les États-Unis et la Grande-Bretagne, en plus d’avoir voulu empêcher l’opération humanitaire proposée par la France à l’ONU immédiatement après le début du génocide, interdirent finalement au TPIR d’enquêter sur cet attentat. Pour ces deux pays dont l’objectif est, depuis toujours, de chasser la France de la région des Grands Lacs en général et du Rwanda en particulier – avec d’excellents résultats d’ailleurs : dans ce pays traditionnellement francophone, Kagame, une fois au pouvoir, fera adopter l’anglais comme langue officielle, Tony Blair sera son conseiller spécial en 2008 et le Rwanda entrera dans le Commonwealth en 2009 tandis qu’en 2018, Emmanuel Macron, toujours là quand il s’agit de rabaisser la France, manigancera pour faire élire à la tête de l’Organisation Internationale de la Francophonie la très anglophone ex-ministre des Affaires étrangères rwandaise Louise Mushikiwabo (réélue en 2022) (2) et (3) – pour ces deux pays, donc, la réécriture de la catastrophe rwandaise en faveur de Paul Kagame s’imposait. Elle profitera en France d’une étonnante publicité grâce à des personnalités comme Glucksmann (père et fils), Kouchner et Rocard (qui ne connaissait rien au dossier mais crut trouver là un excellent moyen de salir Mitterrand), et des médias serviles s’interdisant de porter objectivement à la connaissance du public les jugements, articles ou livres français ou anglo-saxons remettant en question la thèse officielle du génocide rwandais élaborée par le nouveau régime. Les mêmes peinent aujourd’hui à informer sur ce qu’est devenu le Rwanda sous la présidence despotique de Paul Kagame : réélu en 2017 avec… 98,8 % des voix, ce dernier est parvenu à faire modifier la constitution rwandaise afin de pouvoir gouverner jusqu’en… 2034. Presse surveillée, opposition muselée, contradicteurs « intimidés » : Kagame est d’ores et déjà assuré de remporter les élections présidentielles qui auront lieu en juillet de cette année. Gluksmann ne pipe mot.

Activités politiques en Georgie et en Ukraine avant la guerre

En 2006, Raphaël Glucksmann rejoint Alternative libérale, parti favorable au libéralisme politique et économique, voire au libertarianisme – pas vraiment ce qu’on peut appeler un parti de gauche. Oui mais non, j’étais là par hasard, dira-t-il quelques années plus tard. On le sait proche, à l’époque, de Nicolas Sarkozy avec qui il s’entretient régulièrement, en particulier à propos de l’Europe de l’Est – plus tard, il dira regretter l’engagement de… son père, soutien de Sarkozy en 2007. Il contribue jusqu’en 2008 à la revue Le Meilleur des Mondes, revue publiée par le Cercle de l’Oratoire, think tank néoconservateur ayant soutenu la politique belliqueuse de G. W. Bush. Il propose ensuite ses services au président géorgien pro-occidental Mikheil Saakachvili dont il sera le conseiller jusqu’en 2012. En 2013, celui qui prétend être un « consultant en révolution » (Le Monde, 21 mars 2014) rejoint Kiev pour soutenir et conseiller Vitali Klitschko, un des chefs de file du mouvement Euromaïdan. « J’essaie de dire aux oligarques ukrainiens que s’ils veulent prouver qu’ils sont devenus pro-européens ils doivent aider les autres à faire leur révolution », déclare Glucksmann au Monde. Retour en France. En 2017, après avoir soutenu Benoît Hamon, il appelle à voter Emmanuel Macron au second tour des élections présidentielles pour « faire barrage à l’extrême droite ». En 2018, il fonde le parti Place publique avec Claire Nouvian et Thomas Porcher – qui quitteront quelques mois plus tard ce mouvement qu’ils disent être noyauté par des apparatchiks socialistes et un nombril géant du nom de Glucksmann – et se voit déjà comme le grand unificateur de la gauche. Il est élu député européen en 2019 sur la liste commune PS-Place publique-PRG mais vote Macron aux deux tours en 2022. Désigné tête de liste de PS-Place Publique pour les prochaines élections européennes, Raphaël Glucksmann joue sur du velours : des électeurs macronistes tendance socialo-boboïste repentis, une partie des électeurs insoumis constatant (enfin) l’inquiétante et dangereuse dérive islamo-gauchiste et antisémite de LFI et certains électeurs écolos refroidis par la radicalisation punitive des Verts voient en lui une planche de salut, un moyen de renouer avec un « centre-gauche républicain » propre sur lui, social-démocrate et écolo juste ce qu’il faut. Peut-être est-il temps de creuser un peu le sujet et de montrer à tous ces gens, si ce portrait succinct ne suffit pas, qui est vraiment Raphaël Glucksmann. 

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M. Glucksmann reste extrêmement discret sur ses années passées en Géorgie et en Ukraine, deux pays sur lesquels les États-Unis lorgnent depuis l’effondrement soviétique dans le but de les voir un jour adhérer à l’OTAN et d’élargir ainsi leur influence au plus près de la Russie – malgré la promesse faite à cette dernière de ne rien en faire. En Géorgie, Glucksmann devient le conseiller du président pro-otanien Mikheil Saakachvili en 2008. Il rencontre à cette occasion celle qui va devenir son épouse. Après avoir étudié le droit pendant un an aux États-Unis, Ekaterina Zgouladze est surtout connue en Géorgie pour sa vie festive et ses extravagances nocturnes – « Tout le monde la connaît, elle fréquente le tout-Tbilissi branché, les DJ et les designers », s’extasie le Nouvel Obs. En 2005, titulaire de diplômes de journalisme et de droit que d’aucuns qualifient de « modestes », elle est nommée vice-ministre de l’Intérieur par Mikheil Saakachvili, poste qu’elle occupera jusqu’en octobre 2012, un mois après qu’auront été révélées les tortures pratiquées dans les prisons géorgiennes. Le couple Glucksmann-Zgouladze quitte alors précipitamment la Géorgie pour rejoindre l’Ukraine où il participe activement à la révolution de Maïdan qui conduira à l’avénement d’un nouveau gouvernement constitué en partie sous la férule de la sous-secrétaire d’État américaine Victoria Nuland. En 2014, après avoir été naturalisée citoyenne ukrainienne par le président Porochenko, Ekaterina Zgouladze est nommée… vice-ministre de l’Intérieur du nouveau gouvernement ukrainien. Au même moment, Washington, par l’intermédiaire de la toujours très efficace Victoria Nuland, exige et obtient la promotion de la directrice de la section économique de l’ambassade des États-Unis en Ukraine, Natalie Jaresko, au poste de ministre des Finances du… gouvernement ukrainien – Mme Jaresko, Américaine d’origine ukrainienne, obtient la nationalité ukrainienne… le jour même de sa nomination. Quelques mois plus tard, l’ex-président de la Géorgie, Mikheil Saakachvili, réfugié aux États-Unis pour échapper aux poursuites judiciaires engagées contre lui par son pays, migre en Ukraine où le président Porochenko lui octroie vite fait bien fait la nationalité ukrainienne avant de le nommer gouverneur de l’oblast d’Odessa. Curieux jeu de chaises musicales où d’ardents « nationalistes » changent de nationalité comme de chemise, au gré de leurs intérêts personnels ou des intérêts américains – qui souvent se rejoignent. [Saakachvili est aujourd’hui en prison pour abus de pouvoir dans diverses affaires en Géorgie].

Il ne parle jamais des ingérences américaines

Hormis dans un article récent de Marc Endeweld paru dans Marianne (4), les médias français ne se sont guère attardés sur le parcours tortueux de Raphaël Glucksmann en Géorgie et en Ukraine – parcours qui montre assez bien que les intérêts de la France sont très éloignés des véritables préoccupations de Raphaël Glucksmann. Durant des années, cet euro-atlantiste convaincu a manœuvré auprès des dirigeants de ces pays pour voir aboutir une politique strictement pro-américaine et anti-russe. D’aucuns pensent que Raphaël Glucksmann, parce qu’il bombe le torse et se dit prêt à soutenir, quel qu’en soit le prix, l’Ukraine contre la Russie, est un « candidat de gauche anti-totalitaire ». Premièrement, Glucksmann n’est pas de gauche – « Ça ne m’a jamais fait vibrer de manifester pour les retraites », avoue-t-il au Monde. Deuxièmement, son anti-totalitarisme est du même bois que celui dont se sont chauffés ses prédécesseurs et mentors, BHL, Bernard Kouchner ou son père, André Glucksmann. Comme eux, il n’épouse que les causes « anti-totalitaires » agréées par Washington. Comme eux, il est enragé dès qu’il s’agit de la Russie. Au Parlement européen, son obsession l’a poussé à créer et présider une « Commission spéciale sur l’ingérence étrangère et la désinformation » qui a semblé ne vouloir s’intéresser qu’à l’ingérence russe. Pas un mot sur les ingérences venues de l’Ouest, par exemple le travail d’espionnage mené en Europe par les États-Unis, celui de la NSA (National Security Agency) qui épia, via le Danemark, les conversations téléphoniques des responsables politiques européens, M. Macron et Mme Merkel en tête. Le Sénat américain vient de prolonger, avec la loi FISA (Foreign Intelligence Surveillance Act), les pouvoirs d’espionnage du FBI, de la CIA et de la NSA sur les citoyens américains mais également non-américains par le biais des communications privées (messageries, réseaux sociaux, téléphonie, etc.) dans tous les pays du monde (5) – mais cela ne semble pas beaucoup inquiéter M. Glucksmann. Le rapport de ladite commission reste également relativement discret sur les ingérences des pays alliés du bloc occidental, l’Arabie Saoudite, la Turquie ou le Qatar. Concernant ce dernier, il y avait pourtant bien des choses à dire, que Glucksmann a à peine susurrées. Par exemple : en novembre 2022, la socialiste grecque Eva Kaïli, à l’époque vice-présidente du Parlement européen, tient un discours dithyrambique sur le Qatar, pays exemplaire devenu, selon elle, « un chef de file en matière de droit du travail ». En décembre de la même année, dans le cadre d’une enquête pour corruption au profit du Qatar, la police belge arrête Eva Kaïli après avoir découvert des centaines de milliers d’euros en liquide répartis dans son appartement et dans celui de son père. L’ex-eurodéputé socialiste italien Antonio Panzeri – fondateur de l’ONG Fight Impunity par laquelle transitait apparemment l’argent de la corruption – est également incriminé. Le Qatargate n’en est qu’à ses débuts. Pourtant, le Qatar n’est mentionné que trois fois dans le rapport issu de la commission sur les ingérences étrangères dirigée par Glucksmann – la Russie, elle, est mentionnée soixante-six fois ! Cherchez l’erreur.

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Raphaël Glucksmann est un européiste fédéraliste qui se fiche des intérêts de la France. L’Europe, l’Europe, l’Europe, bêle-t-il en sautant sur sa chaise comme un cabri. La France qui désire rester la France l’incommode. De son propre aveu, il se sent bien plus à l’aise à New-York ou à Berlin qu’en Picardie. Cet explorateur des métropoles mondialisées et uniformes n’a que peu de considération pour le bouseux picard enraciné. « Les nouvelles élites sociales ne se sentent chez elles qu’en transit, sur le chemin d’une conférence de haut niveau ou de l’ouverture d’un festival de cinéma. Leur vision du monde est essentiellement celle d’un touriste », écrivait Christopher Lasch dans son dernier essai analytique et visionnaire, La révolte des élites, paru il y a bientôt trente ans. Raison pour laquelle, ajoutait-il, le« multiculturalisme leur convient parfaitement ». L’Europe dont rêve Raphaël Glucksmann est essentiellement celle de ces métropoles où les anywhere – néo-bourgeois de toute obédience, migrants ubérisés ou non, étudiants wokisés et touristes en masse – ont supplanté les classes populaires et moyennes chassées par la spéculation immobilière, le chômage et de nouvelles relations sociales techno-culturelles (et lugubrement festives, ajouterait Philippe Muray) qui ne les concernent pas. Et puis, pourrait-on dire en paraphrasant Gilles-William Goldnadel, le Picard a la malchance de ne pas être l’Autre, cet Autre lointain pour lequel Glucksmann est tout amour, celui de la diversité, celui des causes humanitaires, celui de l’immigration, celui que la gauche aisée apprécie d’autant plus qu’il vient « comme il est », tout auréolé d’une culture que, cette fois, nul ne lui reproche, bien au contraire. Ferment de la société multiculturaliste souhaitée par les nouvelles élites, cet Autre présente également l’avantage d’être corvéable à merci dans les métropoles gentrifiées, au service des classes aisées ou mondialisées. Le Picard n’a aucun avenir. L’Autre interchangeable est le futur.

Cet intellectuel mondain et mondialiste habitué à l’entre-soi des salons médiatiques ne s’intéresse que modérément aux difficultés quotidiennes des Français. Sait-il seulement ce qu’ils vivent réellement ? Il est permis d’en douter. Les résultats amers de l’immigration massive – son coût, son impact sur nos mœurs, ses conséquences délétères, l’insécurité et l’islamisation galopante de la société entre autres – sont des sujets qu’il n’aborde que difficilement et toujours pour considérer que, si problème il y a, la seule réponse envisageable est eu-ro-pé-en-ne. De toute façon, comme la majorité des élites bruxelloises, Glucksmann pense que l’immigration extra-européenne est inévitable, nécessaire, voire indispensable. Sa priorité n’est pas de défendre la France mais de favoriser l’immigration massive tout en osant affirmer qu’elle n’existe pas – « l’Europe n’est pas le véhicule de la submersion migratoire. C’est un mythe. »et en maniant l’habituel discours culpabilisateur : « Tout le monde s’est habitué à ce que notre mer soit devenue un cimetière. Il n’y a pas un mot dessus dans ce pacte (celui de l’UE sur l’immigration). Il faut relancer les opérations de sauvetage. » Frontex, devenu organisme d’accueil des migrants plutôt que de défense des frontières européennes, répond aujourd’hui à ses attentes. Avec des députés européens comme Glucksmann, les flux migratoires ne sont pas prêts de se tarir.

Raphaël Glucksmann, qui se réclame de Delors, ce qui est en soi un motif d’inquiétude, est un être composite qui tient tout à la fois d’Emmanuel Macron et de BHL, avec un zeste de Bernard Kouchner pour ajouter à l’aspect humanitaire de théâtre et une pincée de Daniel Cohn-Bendit pour fortifier le côté révolutionnaire de salon. Ce portrait hybride met en évidence la dangerosité d’un individu prêt à tout pour désintégrer la France en tant qu’État-nation. Depuis le début de la guerre russo-ukrainienne, Glucksmann jette de l’huile sur le feu et semble espérer un embrasement total de l’Europe en vue de détruire la Russie – et gare à ceux qui osent rappeler que l’Ukraine n’est pas pour rien dans le déclenchement de ce conflit (6). Ce belliciste est prêt à engager la France dans un conflit qui aurait pu cesser depuis longtemps : le quotidien allemand Die Welt vient de révéler la teneur exacte du projet d’accord de paix envisagé dès la fin mars 2022 – une rencontre entre Poutine et Zelensky étant même alors prévue afin d’en finaliser les points cruciaux – et de confirmer, via le témoignage du négociateur ukrainien David Arakhamia, la venue de Boris Johnson à Kiev le 9 avril 2022 pour faire capoter cet accord et demander à Zelensky de poursuivre le combat tout en l’assurant du soutien des Britanniques et, vraisemblablement, des Américains – on imagine mal Boris Johnson se lancer de son propre chef et seul dans cette délicate manœuvre (7). Foncièrement dégoûté par le nationalisme français mais opportunément charmé par le nationalisme ukrainien, le va-t-en-guerre Glucksmann réclame à cor et à cri que l’économie française passe « totalement en économie de guerre » pour soutenir l’Ukraine et confiait récemment ne pas être fondamentalement opposé à la proposition d’Emmanuel Macron concernant l’intégration de la puissance nucléaire de la France dans une stratégie globale de défense européenne. On ajoutera à ce tableau déjà sombre, la promesse de Glucksmann de tout faire pour que l’Ukraine intègre l’OTAN et l’UE, ce qui serait, pour la France, un désastre, tant au niveau géopolitique qu’au niveau économique.

L’électeur potentiel de la liste PS-Place publique conduite par Glucksmann ne devra pas oublier que les actions de ce dernier ne sont motivées que par deux obsessions : la première est de tenter d’affaiblir la Russie par tous les moyens possibles, y compris une guerre engageant militairement la France ; la seconde est de dissoudre la France dans une mosaïque de territoires européens dépendant d’un pouvoir central bruxellois lui-même aux ordres des nouvelles élites de l’empire davosien, diversitaire, immigrationniste et multiculturaliste en cours de construction. Dans tous les cas, l’objectif glucksmannien est, d’une manière ou d’une autre, la disparition de la France. Autant le savoir avant d’aller voter.


(1) https://www.marianne.net/monde/exclusif-rwanda-le-document-top-secret-qui-accuse-le-regime-de-kagame 

(2) https://www.marianne.net/monde/geopolitique/militante-de-langlais-n2-du-rwanda-louise-mushikiwabo-surrealiste-patronne-de-la-francophonie 

(3) https://www.marianne.net/monde/rwanda-noel-en-avance-pour-paul-kagame-qui-gagne-la-francophonie-et-decroche-presque-son-non 

(4) https://www.marianne.net/politique/gauche/conseiller-de-saakachvili-et-negos-sur-les-armes-georgie-ukraine-glucksmann-epoque-consultant-en-revolution 

(5) https://www.lefigaro.fr/international/etats-unis-le-senat-americain-approuve-la-prolongation-d-un-programme-de-surveillance-a-l-etranger-20240420 

(6) La journaliste et reporter de terrain Anne-Laure Bonnel a réalisé deux documentaires sur le Donbass, l’un en 2014 et l’autre en 2022, quelques semaines avant le début de la guerre. Ces documentaires n’ayant pas eu l’heur de plaire à M. Glucksmann, celui-ci a affirmé sur Sud Radio que la journaliste travaillait « au service des intérêts russes ». « M. Glucksmann, vous m’avez mis une cible sur le dos », a déclaré, une semaine plus tard, Anne-Laure Bonnel au micro d’André Bercoff.

(7) https://www.lefigaro.fr/international/le-document-secret-qui-aurait-pu-mettre-fin-a-la-guerre-en-ukraine-20240513 

Trump reconnu «coupable»: les bizarreries d’un procès hors normes

Un tour d’horizon de la presse européenne et américaine permet de constater que les médias étaient à l’euphorie après la condamnation de Donald Trump. La preuve, nous a-t-on répété à satiété, que « nul n’est au-dessus des lois ». Pourtant, ce qui frappe de prime abord après un procès aussi spectaculaire, c’est que personne n’est capable d’expliquer clairement de quoi Trump est coupable exactement. Notre contributeur fait le point.


Pour des infractions qui remonteraient à 2016, l’ancien président est inculpé en avril 2023 seulement, après qu’il se soit déclaré candidat à l’élection présidentielle de 2024. Le procureur l’inculpe de 34 chefs d’accusations pour « falsification de documents commerciaux », 34 afin de frapper les esprits car les motifs se ressemblent, comme si un juge français avait mis un individu en examen pour 34 chèques ou documents différents au lieu de faire une seule inculpation avec 34 éléments à charge. La falsification dont on parle ici est le fait d’avoir enregistré dans la comptabilité sous la rubrique “services juridiques” des paiements à son avocat Michaël Cohen, qui auraient, en partie, servi à acheter le silence de l’actrice porno Stormy Daniels. Il est important de préciser qu’il n’y a rien d’illégal à conclure un accord de type argent contre silence.

Des bases ténues pour un tel procès

La prescription pour ce délit est de deux ans. Pour pouvoir requalifier le délit (misdemeanor) en crime (felony) et ainsi retarder la prescription, il faut qu’il ait été commis  dans le but d’en commettre un plus grave. En tordant au maximum l’interprétation de la loi, sans preuve, le procureur Bragg sort de son chapeau que ce crime serait la conspiration en vue d’influencer l’élection de 2016. Or, le  département fédéral de la Justice (DOJ) ainsi que la Commission électorale fédérale (FEC) avaient auparavant renoncé à poursuivre M. Trump pour ce motif.

Avant cette inculpation, le prédécesseur du procureur Alvin Bragg, Cyrus Vance, ainsi que M. Bragg lui-même, élu sur la promesse d’avoir la peau de M. Trump, avait renoncé à l’inculper tant l’issue d’un procès sur des bases aussi ténues semblait incertaine, avant de relancer la procédure début 2023, suite à la pression médiatique à l’encontre de Donald Trump résultant notamment du livre d’un ancien procureur adjoint ayant travaillé sur l’affaire.

Contrairement à la coutume new-yorkaise qui veut que l’affectation des affaires sensibles à un juge soient tirées au sort, Juan Merchan a été choisi parce qu’il avait déjà rendu une série de décisions négatives à l’encontre de Donald Trump dans des procès concernant ses sociétés. Il a effectué un don à la campagne de Biden et à des actions pour « résister au Parti républicain et à l’héritage de droite radicale de Donald Trump ». Cela aurait dû suffire à le disqualifier. Ce juge a ensuite mené le procès de façon partiale. Dans le seul but d’humilier l’ancien président, il a autorisé des témoignages sans objet comme celui de Stormy Daniels à l’origine de l’affaire qui était sans rapport avec la falsification de documents commerciaux. Toute l’Amérique a pris connaissance que cette actrice aux 200 films pornos sous-entendait avoir été violée par Donald Trump.

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Le témoin principal sur lequel toute l’accusation repose, M. Cohen, l’ancien avocat de Trump, est un menteur notoire. De son propre aveu, il a menti à un tribunal, il a menti aux médias et il a plaidé coupable d’avoir menti au Congrès. Pour condamner Donald Trump, en l’absence d’autres témoins de ce qu’ils se sont dits, il fallait donc croire M. Cohen.

L’analyse des bizarreries de ce procès et de la partialité du juge sort du cadre d’un article. On pourrait mentionner le traitement du témoin M. Costello ou encore le refus de laisser témoigner l’ancien président de la FEC, Brad Smith, qui était prêt à affirmer que « de tels paiements ne peuvent être considérés comme des violations des règles électorales fédérales et qu’ils n’affecteraient pas l’élection même s’ils étaient considérés comme des contributions, puisqu’ils n’auraient même pas dû être déclarés avant la fin de l’élection » .

C’est votre dernier mot ?

Ce qui choquera sans doute le plus un observateur européen, mais qui n’a guère été souligné dans les médias, est que, dans la procédure new-yorkaise, les plaidoiries finales commencent par la défense, l’accusation ayant le dernier mot. En l’absence de réplique de la défense, c’est au juge qu’il incombe d’empêcher le procureur d’avancer des contre-vérités flagrantes, ce qu’il ne fera pas, laissant le procureur affirmer que la loi électorale a été violée par la campagne Trump.

Les instructions données au jury furent la cerise du juge Merchan sur le gâteau de cette étonnante justice. Rappelons que pour qu’il soit condamné Trump devait avoir falsifié des documents commerciaux dans le but de commettre une autre infraction plus grave. Comme il n’avait jamais été condamné pour cette supposée dernière, le juge Juan Merchan laissa le choix au jury entre trois options. Il pouvait s’agir de dissimuler une infraction électorale fédérale, de la falsification de documents commerciaux ou d’infractions fiscales. Mais le jury ne devait pas être unanime sur ce point et du moment qu’ensemble tout le monde était d’accord qu’une de ces infractions avait été commise – sans dire laquelle et même si les jurés n’étaient pas d’accord entre eux – le compte du « Donald » était bon ! On se saura donc jamais – et l’accusé non plus – quelle est ce crime secondaire pour lequel il n’a jamais été condamné mais qui lui vaut quand même d’être jugé coupable !

D’ailleurs, Donald Trump avait-il la moindre chance d’être déclaré non coupable avec un jury pêché dans un district électoral qui a voté à 86% pour Joe Biden en 2020 ? On ne s’attardera pas non plus sur le fait, à cinq mois de l’élection, en pleine campagne électorale, d’obliger le candidat républicain à être présent au tribunal quatre jours par semaine pendant plus d’un mois. Loin d’être la preuve d’un fonctionnement tout à fait normal de la justice, ce procès en était une grossière caricature, entaché de nombreuses irrégularités comme des dizaines de juristes et d’observateurs (Alan Dershowiz, Alex Berenson, Elie Honig, Johantan Turley..) l’ont mis en évidence. Malheureusement, dans le climat de polarisation de l’Amérique et de haine envers Donlad Trump, les faits importent peu. Il était donc important de les rappeler.

Rwanda 94: le carnage: 30 ans après, retour sur place

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Bardella, la tactique du gendarme

Le RN joue à fond la carte de sa popularité au sein des forces de l’ordre ; on lui reproche d’enfreindre la loi. En revenant sur la polémique autour d’une affiche de campagne du Rassemblement national, Jordan Bardella a dénoncé « l’ombre du gouvernement et de Gérald Darmanin ».


Une affiche électorale du RN agace le patron de la gendarmerie. Et agacer est un faible mot. Christian Rodriguez, Directeur général de la Gendarmerie nationale, est colère. Gérald Darmanin, aussi. Sur une affiche du RN, on voit un gendarme – du moins, un homme en uniforme de gendarme – de dos. Légende : « Je suis gendarme. Le 9 juin, je vote Bardella. » Sur X (ex-Twitter), l’affiche est accompagnée d’un commentaire un peu plus long : « Parce que je souhaite que les Français vivent en sécurité dans un pays où l’ordre est respecté et où on ne risque pas sa vie pour un regard de travers, le 9 juin je vote pour la liste de Jordan Bardella. » A noter que les créatifs du RN proposent une affiche similaire avec un militaire. « Contre une armée européenne, contre le partage de notre dissuasion, je vote Bardella », peut-on lire sur celle-là. 

Le général Rodriguez a apostrophé la tête de liste RN sur X. «Vous semblez ignorer que le statut militaire interdit ce genre de message ». Avant de l’appeler à respecter le «gendarme et son statut, dans ces périodes où son engagement peut le conduire aux pires conséquences.» Réplique de Bardella: Rodriguez contrevient à son devoir de réserve «pour prendre à partie de manière inélégante, outrancière et polémique» un responsable politique.

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Cette affiche viole-t-elle la loi ? La loi, je l’ignore, une certaine délicatesse républicaine, sans doute. Tous les partis ciblent des clientèles (les professeurs, les pêcheurs à la ligne ou les amoureux des bêtes), c’est très classique. Que le RN cherche le vote des militaires et des gendarmes est parfaitement légitime. Seulement, le visuel et l’usage de la première personne embarquent l’institution. Ces affiches ne disent pas exactement « gendarmes, votez pour nous », mais « les gendarmes votent pour nous ». D’ailleurs, Jordan Bardella le dit au général Rodriguez, dans leurs échanges sur X : beaucoup de gendarmes votent pour le RN, ce qui semble vous contrarier… Factuellement, ce n’est pas faux: la popularité du RN chez les militaires est notoire. Par ailleurs, il n’y a que peu de partisans enthousiastes de la défense européenne dans l’armée.

Mais imaginez une affiche « Les profs votent LFI » ou « Les journalistes votent Glucksmann ». Ce serait largement vrai aussi, mais on dénoncerait à raison l’arraisonnement de corporations entières par la gauche. S’agissant de l’armée ou de la gendarmerie, c’est plus fâcheux encore. Le Code Général de la Fonction Publique stipule que « tout agent public doit faire preuve de réserve et de retenue dans l’expression de ses opinions ». Une exigence plus stricte encore bien sûr pour les représentants d’institutions garantes de l’ordre, de la sécurité et de l’unité nationale. Ces derniers doivent échapper à tout soupçon de politisation, raison pour laquelle l’armée est qualifiée de « grande muette ». Un gendarme ne peut pas évoquer publiquement son vote, surtout en le liant à son statut, donc le « supposé » gendarme de la photo sur l’affiche est en faute.

Certes, comme le dit Bardella, « les gendarmes ne sont pas des sous-citoyens. Ils ont parfaitement le droit d’exprimer une opinion politique dans l’isoloir ». Sauf qu’il nous prend un peu pour des lapins de trois semaines, parce qu’une affiche n’est pas un isoloir. C’est même le contraire.  


Cette chronique a d’abord été diffusée ce matin sur Sud Radio

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L’antisémitisme, est-ce normal? Non, c’est Normalien!

Après Sciences-Po et Harvard, c’est l’Ecole Normale Supérieure qui se mêle de défendre les terroristes du Hamas — sous couvert de défendre la Palestine et son droit à un État sans voisins juifs. Notre chroniqueur, ancien élève de cette vénérable institution, n’en est pas revenu.


Dans une interview réalisée en janvier par le podcaster koweitien Amar Taki, le chef du Hamas « extérieur », Khaled Mashaal, s’est exprimé clairement sur ce que voulaient les Palestiniens : un seul État, et l’annihilation de « l’entité sioniste ». Il a noté que l’attaque dévastatrice de son groupe terroriste contre Israël le 7 octobre a prouvé que la libération de la Palestine « du fleuve à la mer » est une idée réaliste.

Le slogan est régulièrement scandé lors des rassemblements d’étudiants américains et dans les capitales européennes, un soutien dont ce chef terroriste se félicite. Avant-hier, c’était Sciences-Po, puis ce fut Harvard et les universités américaines, et hier c’était l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm, dont sont sortis nombre de bons et de grands esprits, et qui est aujourd’hui un repaire de vipères antisémites.

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Yana Grinshpun, maître de conférences en sciences du langage à l’Université Paris III-Sorbonne Nouvelle, et Georges-Elia Sarfati professeur des universités, linguiste, psychanalyste et fondateur de l’École Française d’analyse et de thérapies existentielles, se sont exprimés avec éloquence sur le sujet dans un podcast du Figaro il y a trois jours. La cérémonie de remise des diplômes a été sérieusement perturbée par des étudiants pro-palestiniens, devant les yeux éberlués des enseignants et des administratifs :

« Certes, à l’ENS on nous a épargné le spectacle de conversion massive à l’islam, comme cela a été le cas à l’université de Columbia au cours des mois de mars et d’avril 2024. Le fait est qu’en France, nous sommes toujours un peu en retard. Il n’y a rien à reprocher à la direction de l’ENS, sa lâcheté est sans lacune et sa complicité sans faille avec ce spectacle de décadence. »

Etienne Delarcher révèle ce qui se dit dans les mosquées françaises

« Spectacle de décadence » ? Je n’en suis pas sûr. Il s’agit de manifestations orchestrées en sous-main par des groupes qui se fichent certainement des Palestiniens (qui sont méprisés par l’ensemble des pays arabes, qui les ont régulièrement rejetés, voire massacrés, au fil des décennies) mais veulent enfoncer, un coin toujours plus profond, dans le cœur même de la France.

Hier le voile islamique, aujourd’hui la Palestine, demain la charia. Le dernier numéro de Marianne, qui cite abondamment le témoignage d’Etienne Delarcher (un prudent pseudonyme), journaliste infiltré depuis trois ans dans les mosquées françaises (financées en partie avec l’argent de l’Etat, en Alsace) pour y entendre les prêches et dialoguer avec les imams, est éloquent sur ce point : amputation des voleurs et obéissance absolue des femmes aux quatre volontés de leur mari (« Aujourd’hui, ton mari a besoin de toi au lit, tu ne vas pas dire non, c’est une obéissance obligatoire », dit un religieux de Villeurbanne), le Coran est valide « des débuts de l’islam jusqu’à la fin des temps ».

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Mais le plus édifiant, c’est l’enquête de Jeremy Stubbs dans Causeur, en janvier dernier. Sous le titre « Le grand capital contre les Juifs », Stubbs explorait les filières financières, prenant leur source aussi bien au Qatar que chez certains capitalistes (George Soros par exemple), opportunément antisémites. Reprenant l’enquête de Bari Weiss dans The Free Press, il souligne que les fonds (13 milliards de dollars) transitent par un réseau opaque d’organismes « humanitaires » — étant entendu que l’humanitaire consiste aujourd’hui à trucider des Juifs pour le plus grand bien des Palestiniens. Quand vous voyez une manif pro-Hamas, demandez-vous d’où viennent les fonds qui en ont permis l’organisation, quels avocats défendent les manifestants interpelés, etc. Et lorsque vous entendez « Palestine vaincra », calculez la puissance du slogan en poids d’Israéliens assassinés.

Bêtise généralisée

Le parallèle qu’établissent les imbéciles avec les slogans de 68 sur le Vietnam sont sidérants de crétinerie. Aucun organisme ne finançait les partis d’extrême-gauche (et surtout pas les Soviétiques, ni les Chinois qui à cette époque tentaient de sortir de la Révolution culturelle).

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Aujourd’hui, les pétrodollars coulent à flot, et les achats visibles des Qataris (le PSG, les hôtels Royal Monceau, Concorde Lafayette, Carlton ou Martinez — ou le Printemps) sont les leurres des opérations souterraines.

Tous ceux qui dimanche prochain voteront Mélenchon doivent savoir qu’ils donneront leur bulletin aux monarchies du Golfe et aux Frères musulmans. Et je trouve Darmanin un peu lent à la manœuvre pour débusquer les grands argentiers du racisme ambiant, dans la rue comme à l’ENS. Comme l’écrivent Yana Grinshpun et Georges-Elias Sarfati à la fin de leur article : « Personne ne semble comprendre que seules les mesures strictes (privation de diplôme ou exclusion de l’école) peuvent incarner la loi. » Je ne saurais mieux dire.

Etienne Delarcher, Au cœur de l’islam de France, trois ans d’infiltration dans 70 mosquées, Editions du Rocher, mai 2024, 224 p.

Dolfy et les cafards

Endémique de quelques grottes de Slovénie, Anophthalmus hitleri, espèce rare, fait l’objet de braconnage à cause de son épithète donnée en hommage au dictateur nazi Adolf Hitler en 1937… Certains réclament qu’on change son nom.


C’est une bestiole qui n’a jamais eu la cote. Pendant le génocide rwandais, les Hutus, à la radio, qualifiaient les Tutsis de cafards. Si, en plus, une de ces espèces doit porter le nom du plus terrible dictateur allemand du XXème siècle (devant Erich Honecker…) le malheureux insecte ne risque pas de trouver grâce de sitôt dans les bestiaires.

L’affaire n’est pas tout à fait nouvelle puisque le cafard découvert dans des grottes de Slovénie par un collectionneur de coléoptères autrichien, Oskar Scheibe, s’appelle Anophthalmus hitleri depuis 1937. Le cafard est long de cinq millimètres, brun et sans yeux, ce qui ne le fait ressembler qu’en partie à son célèbre homonyme. Entre deux observations de lucioles au microscope, Oskar Scheibe admire la réussite de son compatriote qui est devenu chancelier allemand en 1933.

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Dans la communauté scientifique, le petit nom de la bébête pose à certains des problèmes éthiques. La Commission internationale de nomenclature zoologique (ICZN) a pourtant fait savoir qu’il n’était pas question de renommer le cafard slovène. Dans un monde qui ne rêve que de déboulonner les statues de Colbert et de Christophe Colomb, les observateurs de charançons sont attachés à une certaine stabilité des dénominations. Changer les noms au gré des modes idéologiques, c’est ouvrir la boîte de Pandore – ou plutôt la boîte à papillons – à toutes les dérives, au risque que les spécialistes n’y retrouvent plus leurs petits. « Il ne nous appartient pas de juger si des noms sont offensants ou éthiquement inacceptables, car c’est une question très subjective et personnelle », a déclaré Daniel Whitmore, plus calé en  mouches à chair qu’en politiquement correct. Le suivant sur la liste serait alors le papillon Hypopta mussolinii, découvert en Libye pendant la période coloniale italienne. Le cafard slovène et le papillon libyen pourraient presque rejouer la rencontre des deux dictateurs dans le film de Chaplin…

Et si le coup de projecteur sur ce cafard était son plus grand malheur ? La bestiole, qui ne vit que dans quelques cavernes de Slovénie, est devenu un objet de collection, très prisé des braconniers, des collectionneurs mais aussi des milieux néo-nazis ; son prix s’est envolé, atteignant parfois 1000 euros. La Slovénie (qui avait déjà donné Gaspard Proust, Melania Trump et le groupe Laibach) tente bien de le protéger de son regrettable succès. D’autres bêtes sont devenues malgré elles des messages politiques codés. En 2017, Mediapart avait repéré un goût pour les dauphins sur les réseaux sociaux d’anciens membres du GUD, syndicat étudiant d’extrême droite. Dauphin, donc dolphin, donc Adolf…

Riton Liebman: vedette, toujours

Devant nos deux expressos, le comédien belge, écrivain depuis peu, m’a parlé de Bertrand Blier, de Depardieu, de ses spectacles, de sa judéité et de son oncle Henri jamais revenu d’Auschwitz.


Riton Liebman est toujours une vedette. Nous avons trouvé refuge dans une brasserie du XXe arrondissement et, très vite, un homme l’a interpellé : « Mais je vous connais, vous ; je vous connais ! ». Riton lui serre la main ; il lui demande où ils se sont rencontrés. « J’ai travaillé sur un film dans lequel vous avez joué », déclare l’homme. Il s’agit d’un technicien du cinéma.

« Bite, cul, poils, trou ! » 

Je profite de ce sympathique moment pour brandir le livre de Riton, Riton Liebman, la vedette du quartier (Séguier, coll. L’IndéFINIE ; 2024) : « Ce bouquin est formidable ! Achetez-le ! » dis-je à l’endroit du technicien. Formidable ? C’est un euphémisme…

A lire aussi: Merci Monsieur Tiveyrat!

Nous rions beaucoup à la lecture de cet opus extrêmement foisonnant où quelquefois passent des ombres. De plus, n’oublions pas que Riton a tourné Préparez vos mouchoirs, de Bertrand Blier, avec Depardieu qui, dans ce film, ne faillit pas à sa réputation. Riton en témoigne : « Tout à coup, il y a une voix qui résonne dans le couloir, une voix qui hurle, qui chante, qui se marre : ‘’Bite, cul, poils, trou !’’ Avec la voix arrivent un blouson, une casquette et des cheveux longs. ‘’ Salut mon vieux ! Moi, c’est Gérard ; Fais voir le texte… Ah ! Ah ! Sacré Bertrand ! Alors petit, tu as bien baisé aujourd’hui ? Faut baiser ! Faut baiser ! Si tu n’as pas bien baisé, tu ne peux pas profiter… ‘’. »

– Depardieu vous a donc tout de suite parlé de cul ?, fis-je à Riton.

– Oui, et alors ? Moi aussi, je parle de cul. Pas vous ?

J’acquiesce en rigolant. Le ton est donné.

– Vous n’avez pas eu beaucoup d’articles dans la presse de gauche…

La veille, il a été interviewé dans le cadre de l’émission Les Grosses Têtes, sur RTL.

– C’est vrai, et vous savez pourquoi ? Parce que je ne ferme pas ma gueule.

Homme de gauche, il ne pratique pas pour autant le néo-féminisme ambiant et béat. Et nous voilà partis… On parle de mains aux fesses et autres tripotages. Effectivement, Riton n’est pas néo-féministe. « Je ne veux pas que tu tournes avec Bertrand Blier, ce sale phallocrate », hurlait sa mère quand, à l’âge de 13 ans, il avait répondu à une annonce pour jouer le rôle du petit garçon dans Préparez vos mouchoirs.

Il n’écouta point Maman, psychothérapeute belge soixante-huitarde. Il joua dans le film, apprécia l’expérience et se découvrit une vocation de comédien : « Je ne voulais plus du tout aller au lycée », lance-t-il. « Et je me suis dit que faire l’acteur serait une excellente alternative ; je voulais vivre la nuit, dormir le jour. » Finalement, ses jours devinrent blancs comme la poudre et ses nuits noires comme l’addiction de laquelle il finit par sortir…

Un prénom difficile à porter

Devant nos cafés, Riton saute du coq à l’âne. Et moi, j’essaie de raccrocher les wagons. Je comprends qu’avant d’écrire son récit, il a créé et interprété plusieurs spectacles, des stand-ups, dont Liebmann, renégat, dans lequel il raconte son père, professeur d’université connu, notamment pour ses positions propalestiniennes. Pour un Juif, ça la fout mal ! D’ailleurs, je finis par demander à Riton s’il se sent juif.

– Oui !, répond-il comme un cri du cœur. En revanche, Israël ne signifie rien pour moi.

Parlons-en de la judéité de Riton Liebman : ses parents l’ont prénommé Henri en hommage à son oncle qui ne revint jamais d’Auschwitz. Difficile à porter, très difficile et nous comprenons mieux certaines choses.

Après une heure d’entretien, je quitte Riton que je ne peux m’empêcher d’appeler par son prénom :

– Allez, au revoir Henri ; à bientôt ! 

Émue, je n’ai pourtant pas sorti mon mouchoir.

288 pages.

La Vedette du quartier

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Les chasseurs du Sud-ouest mettent crosse en l’air

La décision du Conseil d’Etat du 6 mai entérinant l’interdiction par la Commission Européenne des « chasses traditionnelles » constitue d’une certaine façon une aubaine pour les hardes de sangliers des Landes et des Pyrénées-Atlantiques, mais, en revanche, pour les élevages bovins, une grave menace. Les premiers pourront proliférer sans entrave et les seconds courent, au contraire, un sérieux risque de contracter la tuberculose…


En réaction à ce jugement qui, comme l’a expliqué à Causeur Jean-Luc Dufau, président de la Fédération de chasse des Landes, porte « atteinte à nos traditions et à notre culture régionales », les chasseurs de ces deux départements du sud-ouest, ont décidé de mettre sine die, depuis le 1er juin, crosse en l’air.

C’est-à-dire qu’ils n’assureront plus les « deux services publics » que les pouvoirs publics leur délèguent et qu’ils effectuent bénévolement, à savoir organiser, à la requête de ces derniers, des battues visant à endiguer la prolifération des sangliers, surtout depuis le Covid, au point de devenir une espèce invasive des périphéries urbaines, et maintenir une veille sanitaire de la faune sauvage, en procédant à des prélèvements systématiques de blaireaux, principaux transmetteurs de la tuberculose aux vaches et veaux en pâturage et stabulation libres. Bien que peu répandue, quatre départements aquitains (Gironde, Landes, Lot-et-Garonne, et Pyrénées-Atlantiques) sont les plus affectés en France par cette maladie infectieuse transmissible à l’homme. En outre, grande éleveuse de poulets et canards, cette région est aussi confrontée périodiquement à des épidémies de fièvre aviaire. Une éventuelle conjonction des deux affections aurait de lourdes conséquences sur son économie, essentiellement agricole.

Une grogne qui monte

Si d’ici le 11 juin, le gouvernement persiste à faire le mort, les fédérations de chasse de ces départements ont convenu de se retrouver pour amplifier leur protestation. Les chasseurs estiment avoir été « mollement défendus » par leur ministère de tutelle, celui de l’Environnement et de la Transition écologique, seul, aberration juridique, habilité à les représenter alors qu’il est en quelque sorte juge et partie. Pour que l’avocat des chasseurs eût pu plaider, il aurait fallu que le ministère l’acceptât. Il a refusé.

D’après Jean-Luc Dufau, le ministère ne penche pas de leur côté mais plutôt de celui des deux associations de défense des animaux, qui ont saisi le Conseil d’Etat et obtenu l’abrogation des deux arrêtés de 2022 qui suspendaient l’application de la directive européenne. Il s’agit de One Voice fondée en 1995 sous l’égide de l’ancien très célèbre biologiste, Théodore Monod, qui s’est donné pour mission « de lutter contre toutes les formes de cruauté envers le vivant », et de la Ligue de protection des oiseaux (LPO) du médiatique Allain Bougrain-Dubourg, qui depuis des lustres mènent des opérations commando de bobos citadins contre ce type de chasse.

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Pour la Fédération nationale de la chasse (FNC), la directive relève du fait du prince. Elle se fonde sur une méconnaissance de la réalité et bafoue la législation nationale en vigueur. Elle estime que la Commission outrepasse ses prérogatives et que de son côté, le Conseil d’Etat, allant, le comble, à l’encontre d’un arrêt de la Cour de justice européenne (CJE) qui les autorisait, entérine un abus de pouvoir.

D’après la LPO, la population des alouettes des champs, le gibier des « chasses traditionnelles », a diminué depuis 1980 de moitié en France. A combien s’élève cette population ? Comment a-t-elle établi cette estimation ? On l’ignore mais il semble bien que ce soit « au pif et doigt mouillé ». De son côté, dans une étude publiée en mai 2023, le CNRS estime qu’en 40 ans le nombre d’oiseaux a décru de 25% sur le continent européen, et de 60% dans les zones agricoles. La chasse, au fusil ou au piégeage, n’en est pas et de loin la cause. Pour le CNRS, c’est « l’intensification de l’agriculture qui est à l’origine de la disparition des oiseaux » en réduisant les possibilités de nidification. Dans une question écrite du 31 août 2023 adressée au ministère de l’Environnement, la sénatrice de Gironde, Florence Lassarade (Les Républicains) faisait remarquer que les prélèvements des « chasses traditionnelles » ne représentent que 1% de la mortalité des alouettes.

Techniques archaïques

En quoi donc consistent ces « chasses traditionnelles » désormais bannies ? Elles se résument à deux archaïques techniques : une dite « aux pantes », l’autre « aux matoles ». « Aux pantes », c’est un filet qu’on tend à l’horizontale dans lequel vient se prendre l’alouette qu’on a attirée avec un leurre dénommé « appelant », une autre alouette retenue par une cordelette liée à une de ses pattes. « Aux matoles », c’est une petite cage métallique suspendue qui s’abat sur le volatile venu picorer l’appât qu’on a disposé à cette fin. « C’est un art qui requiert de la patience, explique Jean-Luc Dufau. Les prises sont parcimonieuses. L’oiseau n’est ni tué, ni blessé. »

Pour la saison 2023-24, les deux arrêtés abrogés fixaient un quota de captures à 105 500 alouettes pour les quatre départements ci-dessus cités où seulement ce type de chasse est pratiqué. « Des chiffres qu’en réalité on n’atteint pas », souligne Jean-Luc Dufau. En tout, en France, les chasseurs tuent en moyenne en une saison 1 200 000 oiseaux de diverses espèces. Ainsi, les « chasses traditionnelles » représentent moins de 10% de ces prélèvements. En raison de la procédure judiciaire, aucune « chasse traditionnelle » n’a été pratiquée depuis trois ans. On n’a pas constaté une prolifération d’alouettes.

« Le jugement de la Cour de cassation est absurde, insiste Jean-Luc Dufau. Car il interdit les chasses traditionnelles mais autorise la chasse au fusil et n’y impose aucune restriction. Si la folie nous prenait, on pourrait en abattre autant qu’on voudrait, on se livrait à un massacre. » Or, concernant la chasse « aux matoles », à laquelle s’adonne moins d’un millier d’individus, et ne se pratique que dans deux départements, Landes et Lot-et-Garonne, le quota était fixé pour le premier à 4928 unités et pour le second à 2870. Pas de quoi dépeupler le ciel aquitain…

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Ce qui est sûr, c’est que la Cour de cassation a mis le gouvernement dans un fichu pétrin qui pourrait, sans avoir bien entendu la même ampleur, déboucher sur une crise type gilets jaunes ou agricole. Dans ce recoin de l’Hexagone d’où, convient-il de le rappeler, la colère paysanne était partie, la majorité des chasseurs sont justement des ruraux. Ce mode ancestral de capture est leur loisir hivernal avec le match de rugby et une bonne bouffe.

On voit mal à quel subterfuge juridique le ministère de l’Environnement peut recourir pour contourner une décision de la plus haute juridiction. Si les chasseurs s’obstinent à ne par participer à des battues et à ne plus assurer la veille sanitaire, les conséquences collatérales risquent d’être lourdes.

Le péril porcin

Evaluer la population de la faune sauvage est un exercice aléatoire donc très approximatif. Cependant le nombre de sangliers est estimé aux alentours de deux millions. En 1980, ils étaient un million. A la fin des années 50, on n’en comptait qu’une ou deux centaines de milliers. Avec le Covid, leur nombre a explosé. Animaux omnivores et, contrairement à l’image qu’on en a, timides et craintifs, surtout le mâle (voir encadré ci-dessous), les sangliers ont profité du confinement qui vida les rues des villes de toute présence humaine pour s’enhardir et s’aventurer de nuit à la périphérie de celles-ci, renversant poubelles, dévastant potagers, labourant les pelouses. Ils y trouvent une nourriture plus abondante qu’en forêt, leur habitat naturel. Il n’est plus rare d’en croiser même en pleine journée en ville, comme ce fut notamment le cas à Mimizan-Plage (40), station balnéaire landaise, en mai. Pendant le Covid, toujours dans cette même ville, on a pu en voir prendre… des bains de mer.

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Durant la saison de chasse 2023-24, il en a été abattu officiellement 842 802, 6% de moins que lors de la précédente. Conséquence : si les chasseurs se refusent à reprendre les battues, la population des suidés, selon leur appellation scientifique, pourrait croître de l’ordre de 40 à 50%.  D’autant qu’une femelle, une laie, met bas dans l’année une portée moyenne de six petits (appelés, eux, marcassins)… et une femelle est fertile dès son dixième mois. Le sanglier est une espèce très prolifique…

Le montant du coût des dégâts qu’on leur impute est estimé à environ 20 millions d’euros. Pour les seules Landes où on en abat 18 000 annuellement, la facture s’élève à 2 millions.

En juillet 2023, la Cour des comptes s’en était alarmée et avait demandé au gouvernement de prendre des mesures d’urgence pour éviter que la situation qu’elle considérait déjà comme grave n’empire. Dès lors, la décision de la Cour de cassation ne paraît pas très opportune, pour le moins.

Sur la piste du vrai Indiana Jones: Voyage au bout d'un mythe

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Les sangliers et leurs singulieres amours
Aux yeux d’une néo-féministe radicale « de chez radicale », l’organisation de la société des sangliers ne peut que faire figure de société idéale, « la cité de ses rêves ». 
Le mâle y est condamné à mener une vie de solitaire et d’errance, exclu très jeune du groupe, dit la harde, par sa propre génitrice. Ce type d’organisation qui tient le mâle à l’écart est dit matriarchie. Les femelles, appelées laies, sont les uniques détentrices de l’autorité et du pouvoir sur l’espèce. On retrouve un système analogue chez les éléphants.
Les femelles, entre trois ou quatre, accompagnées de leurs progénitures dont le nombre peut varier de six à douze, ce qui forme un groupe d’une vingtaine à une trentaine d’individus, ne vivent qu’entre-elles sous l’autorité d’une dominante. Le mâle, réduit au rôle de géniteur, ne peut s’en approcher qu’à la période du rut, de la mi-novembre à la mi-janvier, et n’y reste qu’une quinzaine de jours, le temps d’avoir la certitude qu’il n’a pas échoué dans sa tâche.
C’est la laie dominante lorsqu’elle entre en chaleur qui invite les mâles à la copulation en éparpillant sa bave et son urine. Attirés par ce stratagème, ces derniers, avant de pouvoir se livrer à une fornication qui dure moins d’un quart d’heure et apparemment sans procurer une grande jouissance, se livrent à de rudes combats entre rivaux pour gagner le droit exclusif de couvrir l’une après l’autre les femelles de la harde. Puis s’éclipse sur la pointe de ses sabots. 
Trois mois, trois semaines, trois jours, soit 115 jours exactement après ces ébats peu érotiques, la laie met bat entre mars et mai, en solitaire, si elle est jeune, une moyenne de six petits, si elle est vielle ça peut aller jusqu’à douze. L’espérance de vie des sangliers, si bien entendu ils ne sont pas abattus, varie de 10 à 15 ans. Ainsi une femelle peut donner naissance dans son existence à au moins une cinquantaine de marcassins.
Les mâles sont expulsés de la harde à l’âge de six mois. Ils sont fertiles dès le 10ème mois. A la différence de leurs frères, les femelles quittent de leur plein gré celle-ci à leur puberté qui a lieu aux alentours des 12 mois. Pour éviter les possibilités d’inceste, les jeunes sont empêchés d’accouplement jusqu’à leur maturité…
D’aspect bourru, hirsute, le mâle est plutôt timide et craintif, plus prompt à prendre la fuite qu’à attaquer. Mère jalouse, possessive, très protectrice de sa ribambelle de marcassins, c’est elle qui est la plus belliqueuse des deux. Si elle sent qu’une menace pèse sur eux, elle fonce.
L’espèce est nocturne et ne commence à chercher sa pitance qu’au crépuscule. C’est ainsi que les habitants des régions à forte population de sangliers découvrent au petit matin leurs potagers dévastés ou leurs pelouses de leur résidence, tondues la veille, labourées.
Par ailleurs, une question se pose : qu’advient-il des 800 000 carcasses abattues en moyenne annuellement (soit en tout près d’un million de tonnes de viande, viscères, os, pelage) ? Bien que très goûteuse, tendre, nourrissante, leur chair est peu consommée (un grand dommage). Alors ce sont des sociétés d’équarrissage qui récupèrent cette masse de matière première pour en faire essentiellement du bio-carburant destiné aux chaufferies collectives et aux cimenteries. Donc, quand il y a du béton, il y a aussi un peu de sanglier • RU

Sur l’Europe, Jordan Bardella et Marine Le Pen se partagent les rôles Porte de Versailles

Hier après-midi à Paris, le Rassemblement national réunissait 6000 personnes pour le dernier meeting de campagne des élections européennes, et transformait le Dôme de Paris en véritable discothèque. Pour maximiser le score de la liste RN, Marine Le Pen a appelé les plus anciens à battre l’Union européenne. De son côté, avec un discours plus identitaire, Jordan Bardella a appelé les jeunes à battre Macron.


C’était le dernier temps fort de la campagne. Au Palais des Sports, sous le Dôme, le Rassemblement National appelait tous ses militants pour un dernier grand meeting. Des cars de Haute-Marne, des Ardennes, de la Somme et d’un peu partout étaient venus pour écouter le tandem Jordan Bardella-Marine Le Pen. Rien, pas même le débat mitigé du président du parti face à Gabriel Attal, n’a freiné pour le moment l’élan des sondages. Le lieu de l’évènement, la porte de Versailles, dans ce sud-ouest de Paris historiquement cher à la droite, permettait aussi de tester la cote de Jordan Bardella auprès d’une sociologie bourgeoise historiquement insensible au vote RN.

Des militants pas toujours d’accord économiquement, mais qui réclament tous de l’ordre

Dans la foule, au milieu des t-shirts de groupe de métal, des vestes et des looks plus guindés se distinguent. Nous rencontrons Jean-Pierre Vaillant, responsable local du parti pour le Cap-Ferret (33). Encarté il y a six mois, peu après sa prise de retraite, aussitôt promu localement, il nous témoigne de son enthousiasme de nouveau converti : « Je suis stupéfait de voir comment les gens réagissent sur les marchés quand on leur montre la photo de Bardella ! Notamment les femmes. Les retours sont très positifs », insiste-t-il, parlant même de « Bardellamania ». Ancien président des branches françaises de Mitsubishi et de Fiat, il fait partie de ces nouveaux responsables du RN qui ont exercé des responsabilités dans l’administration ou le privé. Dans sa circonscription huppée, l’homme – qui auparavant votait UMP puis LR – voit taper à la porte de nombreux cadres d’entreprise et des résidents secondaires : « Toute ma vie, je me suis battu pour gagner, quand on est patron d’une marque d’auto, on se bat tous les jours. Alors à 72 ans, je ne vais pas terminer sur un échec ». Paraphrase gaullienne : « Comment voulez-vous à 72 ans, que j’entame une carrière de loser » ?

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Autre rencontre, Pierre, intermittent dans la culture, travaillant à la Philharmonie pour l’audiovisuel. Il nous explique avoir longtemps voté pour les écologistes avant de rallier le Rassemblement National. Il assiste à l’évolution de son milieu, d’ordinaire très acquis à la « gauche bobo » et qui lui aussi regarde avec un nouvel œil le parti lepéniste : « La réforme de l’assurance chômage inquiète de nombreux intermittents ». Si l’un a des aspirations d’entrepreneur libéral et si l’autre manifeste des inquiétudes sociales, ils se rejoignent sur un point : la demande d’autorité. Pour Pierre, « Ça suffit, on a besoin d’ordre ». Jean-Pierre Vaillant n’est pas en reste : « La situation sécuritaire et sociale a changé. C’est ce qui m’a déterminé à adhérer ».

Rien de bien nouveau dans les discours à la tribune

Et sinon, quelques jeunes venus de lointaine banlieue, frais bacheliers ou en première année d’études à qui nous demandons ce qui les amenés par un frileux dimanche de juin dans la capitale pour leur « premier meeting politique » : « On est nombreux à avoir vu les punchlines de Jordan Bardella sur les réseaux sociaux ». Le vu sur Tiktok remplace le vu à la TV. Des lycéens, des intermittents, des notables de stations balnéaires… un nouveau public dans la masse militante pour un show fidèle à la ligne du Rassemblement National : pas de prise de risques à une semaine du scrutin. La base vient essentiellement de province ou de lointaine banlieue : quoique situé porte de Versailles, ce meeting ne ressemble pas aux grands shows du Trocadéro lorsqu’un public très Ralph Lauren et pantalon rouge était venu en masse applaudir François Fillon et Éric Zemmour. « On commence à toucher un public plus BCBG mais qui se déplace davantage dans des réunions restreintes et des conférences. Le meeting, ce n’est pas leur culture » nuance toutefois un responsable du Pas-de-Calais, venu avec ses troupes.

Le public est accueilli par de la musique techno et par I will survive, puis abandonné au son de 1987 de Calogero (1987… il faudrait vraiment être un esprit tordu pour aller chercher un évènement fâcheux, cette année-là, dans l’histoire tumultueuse du Front National). Ici, on n’est pas à Reconquête, où La création d’Adam de Michel Ange était projetée le 10 mars dans la même salle, lors du meeting de Marion Maréchal. D’un côté, la pinacothéque pour les zemmouriens, de l’autre la discothèque pour les militants RN ! Mais si les tribuns du jour ont appelé à sanctionner la majorité présidentielle, il n’a pas été question des listes concurrentes du RN, lesquelles n’ont pas même été citées. Jordan Bardella n’a d’ailleurs évoqué qu’une fois « Marine », et aucun de ses autres colistiers.

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Dans les discours, le thème européen pourrait permettre d’identifier quelques différences d’approche, même tenues, entre Le Pen et Bardella. À la tribune, Marine Le Pen sécurisait son image de working class heroe séguiniste parlant protectionnisme et réindustrialisation, rappelant aussi la victoire du non en 2005 : « Le peuple français a dit non à une constitution européenne, non à un État européen, non à un président européen ». Elle fait au passage siffler la présence du drapeau européen sous l’Arc de Triomphe, puis assène : « Plus de pouvoir aux nations et moins à l’Union européenne. Un seul souverain: le peuple ! » De son côté, Jordan Bardella paraissait plus affranchi des combats de Maastricht et de 2005. Sa génération ne les a pas connus, et semble plus sensible aux questions identitaires. Brocardant l’islamisme, citant Paul Valéry et les fameuses civilisations qui désormais se savent mortelles, la tête de liste a pris le parti de la défense du vieux continent : « Notre civilisation peut mourir si nous ne reprenons pas le contrôle de notre politique migratoire ».

Il y avait donc bien un discours pour ceux qui ont fait la campagne de 1992, et ceux qui n’étaient alors pas encore nés… Monsieur Bardella est né en 1995. Dans le clip de campagne, apparaissaient la Segrada familia et quelques monuments européens. Une manière de signifier que l’espace du vieux continent et ses symboles ont intégré l’imaginaire frontiste comme celui des classes populaires qui ont pu ces vingt dernières années les visiter grâce à la démocratisation du voyage en avion. D’ailleurs, la perspective d’un Frexit imminent n’est plus à l’ordre du jour…

Défendre Israël, est-ce le devoir de l’ « homme blanc »?

Le quotidien Le Monde s’étonne des « nouveaux habits pro-israéliens » et du « soutien inconditionnel » à l’État hébreu de la droite dure en Europe


Pendant qu’en France, on s’acharne à qualifier d’extrême droite le Rassemblement national pour se simplifier la tâche, alors que ses plus grands spécialistes, par exemple Jean-Yves Camus et Pierre-André Taguieff, récusent cette facilité intellectuelle, la liste européenne de Jordan Bardella poursuit son avancée dans les enquêtes d’opinion. Peut-être à 34 % ? Comme si en réalité elle était dans cette situation où l’attaquer même rudement lui profitait et qu’elle cumulait ce double avantage de porter les espoirs de ceux qui aspirent à faire du 9 juin un test national anti-Macron et de ceux qui présentent une forte hostilité à l’égard de l’Union européenne actuelle.

RN se présente comme le meilleur défenseur de la communauté juive

Cela n’empêche pas de voir l’extrême droite, dans ses diverses configurations européennes, « malgré un fonds nationaliste commun, réinvestir aujourd’hui l’Europe et l’Union européenne pour des raisons stratégiques et, parfois, idéologique » (Le Monde dans une excellente double page, « L’Europe dans le viseur de l’extrême droite »). Ce mouvement est d’autant plus fort qu’il rejoint partout la détestation d’une Europe fédéraliste – visant minutieusement à supprimer tout ce qui pourrait encore relever de l’identité et de la sauvegarde des nations – ou un vif mécontentement contre des instances bruxelloises plus promptes à exclure qu’à intégrer des pays ne récitant pas bien leur leçon européenne.

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« L’étonnant soutien de l’extrême droite européenne à Israël » (Le Monde, toujours) est encore bien plus remarquable. Même sur le plan national, le RN et Reconquête! ne sont plus tournés en dérision quand ils affirment être, surtout le premier, les meilleurs défenseurs de la communauté juive. Sur le plan de la sécurité et de la Justice, le RN affiche la ligne la plus dure, tant pour la condamnation des écrits et propos antisémites qui se multiplient que pour la considérable augmentation des délits et des crimes dans notre pays. Avec pour conséquence des familles angoissées quittant les départements dangereux ou prenant le parti de rejoindre Israël. Nous pouvons le comprendre puisque la lutte menée, non seulement n’est pas efficace mais est ridiculisée depuis le 7 octobre avec ce terrible accroissement de l’antisémitisme, poison aux ressorts divers dont le principal est dorénavant l’islamo-gauchisme et la complaisance à l’égard du Hamas. D’aucuns à LFI refusent de le qualifier de terroriste alors qu’en revanche on ressasse le terme de génocide à Gaza, absurdité juridique aussi bien qu’humaine.

Israël, appréhendé comme une frontière civilisationnelle

On perçoit sans difficulté les raisons du soutien qu’apporte l’extrême droite européenne à Israël. D’abord, bien avant le massacre inouï du 7 octobre, il y a toujours eu de la part de certains partis une admiration pour cet État si efficacement armé pour sa sauvegarde, capable de résister à des voisins qui souhaitent sa disparition. Un État démocratique qui, contraint par la haine de ses adversaires, n’a jamais oublié d’être fort ni oublieux des offenses mortelles qu’on lui faisait subir. Depuis le 7 octobre, l’extrême droite européenne a vu dans Israël, ce pays meurtri mais si courageux, le bouclier de l’homme blanc, l’incarnation de sa résistance, le sursaut d’un Occident tellement vilipendé et accusé de tout. La volonté d’Israël de ne pas plier l’échine, quel que soit le jugement porté sur son principal dirigeant, apparaît comme un miracle et entraîne la reconnaissance de beaucoup. Personne ne peut demeurer indifférent à ce terrible conflit engageant tant d’enjeux en France même. C’est logiquement à cause de cela que l’extrême gauche est devenue, par compensation, antisémite. Puisque l’homme blanc emblématique d’une civilisation honnie, ne pouvait que susciter chez les mondialistes, les tenants d’une immigration libre et ouverte comme un nouveau prolétariat, les idolâtres des Palestiniens pourtant dominés par le Hamas islamiste, une réaction haineuse et d’exclusion à l’encontre des juifs israéliens, sans qu’il y ait parfois une distinction nette entre critique de la politique israélienne et antisémitisme abject.

La France devrait se passer de ces débats picrocholins sur le nom du RN, sa présence dans l’arc républicain, de cette tendance permanente du président de la République à faire contre mauvaise fortune électorale mauvais cœur, notamment à l’étranger. Ce n’est pas le RN qui est le problème. Mais la France, son destin et son influence en Europe.

Éric Dupond-Moretti, entre mauvaise foi et impuissance

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Le ministre de la Justice prend la parole à un meeting de Valérie Hayer, Pontcarré (77), 3 mai 2024 © Jacques Witt/SIPA

Notre chroniqueur a craqué: il a regardé la dernière intervention du garde des Sceaux à la télévision, une semaine avant les élections européennes. M. Dupond-Moretti y a notamment sous-entendu que si Marine Le Pen n’était peut-être pas antisémite, Jordan Bardella l’était probablement, selon lui.


Chaque dimanche j’essaie de ne jamais manquer Le Grand Jury animé par Olivier Bost. Pourtant j’ai hésité le 2 juin, l’invité étant le garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti[1]. À un ressentiment personnel qui ne s’efface pas, s’ajoutent surtout des considérations judiciaires et politiques. Ayant déjà beaucoup écrit sur lui, je voulais échapper à la certitude désolante de continuer à le voir développer des idées, des convictions et une inconditionnalité tellement aux antipodes de sa pensée et de sa personnalité d’hier… Pourtant j’ai craqué. Et j’ai bien fait. Car durant une heure nous avons d’abord eu droit à une mauvaise foi qui m’a rappelé celle de l’avocat brillant qu’il a été, prêt à tout soutenir pour obtenir les acquittements dont il se prévalait. Puis à une impuissance quand, dans l’émission, le ministre a pris la relève.

Dédiabolisation

La mauvaise foi de l’avocat, associée bizarrement à une pauvreté de l’argumentation, a été éclatante quand face à Olivier Bost qui ne se contentait pas de ses pétitions de principe et de ses banalités hostiles, il a exprimé sa haine à l’encontre de Marine Le Pen, de Jordan Bardella et du RN. Elle lui a fait perdre toute lucidité dans la dénonciation politique.

Pour tenter de démontrer qu’il n’y a pas eu dédiabolisation du parti par Marine Le Pen, pourtant admise par beaucoup de ses pires ennemis, il a été contraint de ressasser ce dont il se sert depuis des années : il nomme le RN Front National, il radote sur la présence de Frédéric Chatillon dans l’entourage de Marine Le Pen, il se régale à parler des Waffen-SS à l’origine selon lui de la création de ce parti qu’il semble continuer à dater sous Jean-Marie Le Pen, en totale méconnaissance de la forte adhésion populaire (c’est un constat) qu’il suscite aujourd’hui.

Questionné sur l’antisémitisme de Marine Le Pen, gêné entre la vérité – non seulement elle n’est pas antisémite mais qu’on le déplore ou non une part importante de la communauté juive fait plus confiance au RN pour la défendre qu’au macronisme verbeux – et son obsession partisane, il se contente de proférer que Jordan Bardella l’est. Faisant un sort à une de ses déclarations sur Jean-Marie Le Pen, que Jordan Bardella a ensuite précisée. C’est tout, donc.

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Ainsi, Marine Le Pen serait coupable par contagion. Et cela remonte à des lustres ! Je n’ai pu m’empêcher, face à la contestation désespérée de certaines évidences, d’imaginer l’avocat Dupond-Moretti si on avait cherché seulement dans le passé de ses clients la preuve de leur éventuelle culpabilité criminelle !

Je me souvenais aussi de son talent redoutable, quand pour les besoins de ses causes il n’hésitait pas, sinon à travestir le réel, du moins à en présenter une vision hémiplégique. N’oublions pas qu’il est allé jusqu’à soutenir ceci : « Faire acquitter un innocent, c’est la moindre des choses. Sortir un coupable, c’est plus intéressant, ça prouve que les règles sont respectées »[2]. Quelles lettres de noblesse pour devenir garde des Sceaux !

Contre-productif

On mesure alors combien Marine Le Pen et le RN – à combattre intelligemment et politiquement – sont tranquillement à l’abri sous les assauts d’Éric Dupond-Moretti, qui augmente au contraire leur emprise. Faut-il considérer qu’il garde en mémoire la blessure de sa déculottée aux élections régionales quand il avait prétendu battre en pièces Xavier Bertrand et le RN, en même temps ?

Enfin, dans Le Grand Jury, le ministre apparut vers midi 35. C’est son impuissance et son irresponsabilité qui ont dominé dans ses réponses, derrière ses satisfecit aussi peu plausibles que sa mue totale d’avocat compassionnel en ministre rigoureux. D’avocat tempétueux à garde des Sceaux obéissant.

Dans cette séquence, consacrée à la sanglante attaque du convoi pénitentiaire au péage d’Incarville, au désastre carcéral, à la pauvreté des moyens pénitentiaires, à l’incroyable dérèglement rendant dans beaucoup d’établissements la vie plus insupportable pour le personnel pénitentiaire que pour les condamnés incarcérés, le ministre a manifesté un art de se défausser qui serait admirable s’il ne concernait pas l’échec quasi-absolu de sa mission ministérielle.

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Que je sache, à la Chancellerie il y a une direction de l’administration pénitentiaire à laquelle les responsables des centres pénitentiaires, des centres de détention et des maisons centrales rendent compte : le ministre est donc informé des dysfonctionnements de toutes sortes qui pourrissent le fonctionnement de beaucoup d’établissements, des conditions honteuses d’enfermement (les matelas !), de la circulation de la drogue et des portables, du fait lamentable que l’incarcération n’est plus la fin de la délinquance et de la criminalité mais leur poursuite.

Éric Dupond-Moretti prétend ne pas avoir découvert ce déplorable constat avec la fuite de Mohamed Amra. Qu’a-t-il donc accompli pour y remédier ? Après les assassinats, il a reçu les syndicats pénitentiaires et il leur a fait des promesses, il a pris des engagements. Pour le court terme et à échéance lointaine. On a le droit de douter. Le macronisme dont il est une navrante incarnation est doué pour le verbe et le virtuel : les prisons et ceux qui exercent ce dur métier de gardien exigent autre chose.

N’oublions pas que la première visite ostentatoire du ministre a été au bénéfice des prisonniers. L’avocat veillait à ce que ses clients n’y aillent pas, le ministre ne s’en est guère occupé. Tant que nous n’aurons pas une personnalité libre, indépendante, pragmatique et courageuse (ses augmentations de budget n’ont rien changé à la vie carcérale) place Vendôme, nous serons orphelins de dignité pour tous et de vraie Justice. Tant que le futur et encore inconnu ministre de 2027 n’aura pas compris qu’il faudra dans l’urgence restaurer pour les détenus une décence minimale, imposer des règles drastiques et respectées et en même temps assurer une sécurité au personnel pénitentiaire et le traiter financièrement comme il le mérite, rien ne changera. Comme aujourd’hui, entre mauvaise foi et impuissance.

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[1] https://www.dailymotion.com/video/x8zid50

[2] Libération, 31 mars 2006. https://www.liberation.fr/france/2006/03/31/eric-dupond-moretti-direct-du-droit_34756

Qui est réellement Raphaël Glucksmann?

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Marseille, 1er juin 2024 Alain ROBERT/SIPA

Raphaël Glucksmann, tête de liste PS-Place publique, progresse en ce moment dans les sondages en profitant de la faillite macroniste et des dérives de l’extrême gauche mélenchoniste et écologiste. Pourtant, les desseins politiques de ce néo-bourgeois euro-atlantiste sont aux antipodes des intérêts de la France, estime notre contributeur. Immigrationniste, adepte d’une Europe fédérale et supranationale, il est également ce va-t-en-guerre obnubilé par Vladimir Poutine…


En 2004, Raphaël Glucksmann plante un couteau dans le dos de la France en accréditant la thèse de « la responsabilité accablante de l’Etat français et en particulier de François Mitterrand » dans le génocide des Tutsi au Rwanda via un documentaire intitulé Tuez-les tous ! Présomptueux, le jeune homme se pousse du col et pense avoir révélé le « pire scandale de la Ve république ». Des diplomates, des journalistes et des experts de l’Afrique assermentés devant le TPIR (Tribunal pénal international pour le Rwanda) contestèrent, preuves à l’appui, les accusations aberrantes de Glucksmann. Celles-ci sont en réalité issues de l’histoire officielle écrite par le nouveau régime rwandais et destinée à accabler la France en même temps qu’à camoufler les exactions meurtrières du très autoritaire Paul Kagame et de son parti le FPR (Front Patriotique Rwandais). Raphaël Glucksmann et Bernard Kouchner (ministre des Affaires étrangères de 2007 à 2010) contribueront, chacun à sa manière, pour que les conclusions de l’instruction judiciaire menée par le juge Bruguière et celles du TPIR – à savoir l’éventuelle implication de Kagame dans l’attentat qui coûta la vie au président Habyarimana et déclencha le massacre des Tutsi – finissent dans les oubliettes de l’histoire (1). On se souviendra également que les États-Unis et la Grande-Bretagne, en plus d’avoir voulu empêcher l’opération humanitaire proposée par la France à l’ONU immédiatement après le début du génocide, interdirent finalement au TPIR d’enquêter sur cet attentat. Pour ces deux pays dont l’objectif est, depuis toujours, de chasser la France de la région des Grands Lacs en général et du Rwanda en particulier – avec d’excellents résultats d’ailleurs : dans ce pays traditionnellement francophone, Kagame, une fois au pouvoir, fera adopter l’anglais comme langue officielle, Tony Blair sera son conseiller spécial en 2008 et le Rwanda entrera dans le Commonwealth en 2009 tandis qu’en 2018, Emmanuel Macron, toujours là quand il s’agit de rabaisser la France, manigancera pour faire élire à la tête de l’Organisation Internationale de la Francophonie la très anglophone ex-ministre des Affaires étrangères rwandaise Louise Mushikiwabo (réélue en 2022) (2) et (3) – pour ces deux pays, donc, la réécriture de la catastrophe rwandaise en faveur de Paul Kagame s’imposait. Elle profitera en France d’une étonnante publicité grâce à des personnalités comme Glucksmann (père et fils), Kouchner et Rocard (qui ne connaissait rien au dossier mais crut trouver là un excellent moyen de salir Mitterrand), et des médias serviles s’interdisant de porter objectivement à la connaissance du public les jugements, articles ou livres français ou anglo-saxons remettant en question la thèse officielle du génocide rwandais élaborée par le nouveau régime. Les mêmes peinent aujourd’hui à informer sur ce qu’est devenu le Rwanda sous la présidence despotique de Paul Kagame : réélu en 2017 avec… 98,8 % des voix, ce dernier est parvenu à faire modifier la constitution rwandaise afin de pouvoir gouverner jusqu’en… 2034. Presse surveillée, opposition muselée, contradicteurs « intimidés » : Kagame est d’ores et déjà assuré de remporter les élections présidentielles qui auront lieu en juillet de cette année. Gluksmann ne pipe mot.

Activités politiques en Georgie et en Ukraine avant la guerre

En 2006, Raphaël Glucksmann rejoint Alternative libérale, parti favorable au libéralisme politique et économique, voire au libertarianisme – pas vraiment ce qu’on peut appeler un parti de gauche. Oui mais non, j’étais là par hasard, dira-t-il quelques années plus tard. On le sait proche, à l’époque, de Nicolas Sarkozy avec qui il s’entretient régulièrement, en particulier à propos de l’Europe de l’Est – plus tard, il dira regretter l’engagement de… son père, soutien de Sarkozy en 2007. Il contribue jusqu’en 2008 à la revue Le Meilleur des Mondes, revue publiée par le Cercle de l’Oratoire, think tank néoconservateur ayant soutenu la politique belliqueuse de G. W. Bush. Il propose ensuite ses services au président géorgien pro-occidental Mikheil Saakachvili dont il sera le conseiller jusqu’en 2012. En 2013, celui qui prétend être un « consultant en révolution » (Le Monde, 21 mars 2014) rejoint Kiev pour soutenir et conseiller Vitali Klitschko, un des chefs de file du mouvement Euromaïdan. « J’essaie de dire aux oligarques ukrainiens que s’ils veulent prouver qu’ils sont devenus pro-européens ils doivent aider les autres à faire leur révolution », déclare Glucksmann au Monde. Retour en France. En 2017, après avoir soutenu Benoît Hamon, il appelle à voter Emmanuel Macron au second tour des élections présidentielles pour « faire barrage à l’extrême droite ». En 2018, il fonde le parti Place publique avec Claire Nouvian et Thomas Porcher – qui quitteront quelques mois plus tard ce mouvement qu’ils disent être noyauté par des apparatchiks socialistes et un nombril géant du nom de Glucksmann – et se voit déjà comme le grand unificateur de la gauche. Il est élu député européen en 2019 sur la liste commune PS-Place publique-PRG mais vote Macron aux deux tours en 2022. Désigné tête de liste de PS-Place Publique pour les prochaines élections européennes, Raphaël Glucksmann joue sur du velours : des électeurs macronistes tendance socialo-boboïste repentis, une partie des électeurs insoumis constatant (enfin) l’inquiétante et dangereuse dérive islamo-gauchiste et antisémite de LFI et certains électeurs écolos refroidis par la radicalisation punitive des Verts voient en lui une planche de salut, un moyen de renouer avec un « centre-gauche républicain » propre sur lui, social-démocrate et écolo juste ce qu’il faut. Peut-être est-il temps de creuser un peu le sujet et de montrer à tous ces gens, si ce portrait succinct ne suffit pas, qui est vraiment Raphaël Glucksmann. 

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M. Glucksmann reste extrêmement discret sur ses années passées en Géorgie et en Ukraine, deux pays sur lesquels les États-Unis lorgnent depuis l’effondrement soviétique dans le but de les voir un jour adhérer à l’OTAN et d’élargir ainsi leur influence au plus près de la Russie – malgré la promesse faite à cette dernière de ne rien en faire. En Géorgie, Glucksmann devient le conseiller du président pro-otanien Mikheil Saakachvili en 2008. Il rencontre à cette occasion celle qui va devenir son épouse. Après avoir étudié le droit pendant un an aux États-Unis, Ekaterina Zgouladze est surtout connue en Géorgie pour sa vie festive et ses extravagances nocturnes – « Tout le monde la connaît, elle fréquente le tout-Tbilissi branché, les DJ et les designers », s’extasie le Nouvel Obs. En 2005, titulaire de diplômes de journalisme et de droit que d’aucuns qualifient de « modestes », elle est nommée vice-ministre de l’Intérieur par Mikheil Saakachvili, poste qu’elle occupera jusqu’en octobre 2012, un mois après qu’auront été révélées les tortures pratiquées dans les prisons géorgiennes. Le couple Glucksmann-Zgouladze quitte alors précipitamment la Géorgie pour rejoindre l’Ukraine où il participe activement à la révolution de Maïdan qui conduira à l’avénement d’un nouveau gouvernement constitué en partie sous la férule de la sous-secrétaire d’État américaine Victoria Nuland. En 2014, après avoir été naturalisée citoyenne ukrainienne par le président Porochenko, Ekaterina Zgouladze est nommée… vice-ministre de l’Intérieur du nouveau gouvernement ukrainien. Au même moment, Washington, par l’intermédiaire de la toujours très efficace Victoria Nuland, exige et obtient la promotion de la directrice de la section économique de l’ambassade des États-Unis en Ukraine, Natalie Jaresko, au poste de ministre des Finances du… gouvernement ukrainien – Mme Jaresko, Américaine d’origine ukrainienne, obtient la nationalité ukrainienne… le jour même de sa nomination. Quelques mois plus tard, l’ex-président de la Géorgie, Mikheil Saakachvili, réfugié aux États-Unis pour échapper aux poursuites judiciaires engagées contre lui par son pays, migre en Ukraine où le président Porochenko lui octroie vite fait bien fait la nationalité ukrainienne avant de le nommer gouverneur de l’oblast d’Odessa. Curieux jeu de chaises musicales où d’ardents « nationalistes » changent de nationalité comme de chemise, au gré de leurs intérêts personnels ou des intérêts américains – qui souvent se rejoignent. [Saakachvili est aujourd’hui en prison pour abus de pouvoir dans diverses affaires en Géorgie].

Il ne parle jamais des ingérences américaines

Hormis dans un article récent de Marc Endeweld paru dans Marianne (4), les médias français ne se sont guère attardés sur le parcours tortueux de Raphaël Glucksmann en Géorgie et en Ukraine – parcours qui montre assez bien que les intérêts de la France sont très éloignés des véritables préoccupations de Raphaël Glucksmann. Durant des années, cet euro-atlantiste convaincu a manœuvré auprès des dirigeants de ces pays pour voir aboutir une politique strictement pro-américaine et anti-russe. D’aucuns pensent que Raphaël Glucksmann, parce qu’il bombe le torse et se dit prêt à soutenir, quel qu’en soit le prix, l’Ukraine contre la Russie, est un « candidat de gauche anti-totalitaire ». Premièrement, Glucksmann n’est pas de gauche – « Ça ne m’a jamais fait vibrer de manifester pour les retraites », avoue-t-il au Monde. Deuxièmement, son anti-totalitarisme est du même bois que celui dont se sont chauffés ses prédécesseurs et mentors, BHL, Bernard Kouchner ou son père, André Glucksmann. Comme eux, il n’épouse que les causes « anti-totalitaires » agréées par Washington. Comme eux, il est enragé dès qu’il s’agit de la Russie. Au Parlement européen, son obsession l’a poussé à créer et présider une « Commission spéciale sur l’ingérence étrangère et la désinformation » qui a semblé ne vouloir s’intéresser qu’à l’ingérence russe. Pas un mot sur les ingérences venues de l’Ouest, par exemple le travail d’espionnage mené en Europe par les États-Unis, celui de la NSA (National Security Agency) qui épia, via le Danemark, les conversations téléphoniques des responsables politiques européens, M. Macron et Mme Merkel en tête. Le Sénat américain vient de prolonger, avec la loi FISA (Foreign Intelligence Surveillance Act), les pouvoirs d’espionnage du FBI, de la CIA et de la NSA sur les citoyens américains mais également non-américains par le biais des communications privées (messageries, réseaux sociaux, téléphonie, etc.) dans tous les pays du monde (5) – mais cela ne semble pas beaucoup inquiéter M. Glucksmann. Le rapport de ladite commission reste également relativement discret sur les ingérences des pays alliés du bloc occidental, l’Arabie Saoudite, la Turquie ou le Qatar. Concernant ce dernier, il y avait pourtant bien des choses à dire, que Glucksmann a à peine susurrées. Par exemple : en novembre 2022, la socialiste grecque Eva Kaïli, à l’époque vice-présidente du Parlement européen, tient un discours dithyrambique sur le Qatar, pays exemplaire devenu, selon elle, « un chef de file en matière de droit du travail ». En décembre de la même année, dans le cadre d’une enquête pour corruption au profit du Qatar, la police belge arrête Eva Kaïli après avoir découvert des centaines de milliers d’euros en liquide répartis dans son appartement et dans celui de son père. L’ex-eurodéputé socialiste italien Antonio Panzeri – fondateur de l’ONG Fight Impunity par laquelle transitait apparemment l’argent de la corruption – est également incriminé. Le Qatargate n’en est qu’à ses débuts. Pourtant, le Qatar n’est mentionné que trois fois dans le rapport issu de la commission sur les ingérences étrangères dirigée par Glucksmann – la Russie, elle, est mentionnée soixante-six fois ! Cherchez l’erreur.

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Raphaël Glucksmann est un européiste fédéraliste qui se fiche des intérêts de la France. L’Europe, l’Europe, l’Europe, bêle-t-il en sautant sur sa chaise comme un cabri. La France qui désire rester la France l’incommode. De son propre aveu, il se sent bien plus à l’aise à New-York ou à Berlin qu’en Picardie. Cet explorateur des métropoles mondialisées et uniformes n’a que peu de considération pour le bouseux picard enraciné. « Les nouvelles élites sociales ne se sentent chez elles qu’en transit, sur le chemin d’une conférence de haut niveau ou de l’ouverture d’un festival de cinéma. Leur vision du monde est essentiellement celle d’un touriste », écrivait Christopher Lasch dans son dernier essai analytique et visionnaire, La révolte des élites, paru il y a bientôt trente ans. Raison pour laquelle, ajoutait-il, le« multiculturalisme leur convient parfaitement ». L’Europe dont rêve Raphaël Glucksmann est essentiellement celle de ces métropoles où les anywhere – néo-bourgeois de toute obédience, migrants ubérisés ou non, étudiants wokisés et touristes en masse – ont supplanté les classes populaires et moyennes chassées par la spéculation immobilière, le chômage et de nouvelles relations sociales techno-culturelles (et lugubrement festives, ajouterait Philippe Muray) qui ne les concernent pas. Et puis, pourrait-on dire en paraphrasant Gilles-William Goldnadel, le Picard a la malchance de ne pas être l’Autre, cet Autre lointain pour lequel Glucksmann est tout amour, celui de la diversité, celui des causes humanitaires, celui de l’immigration, celui que la gauche aisée apprécie d’autant plus qu’il vient « comme il est », tout auréolé d’une culture que, cette fois, nul ne lui reproche, bien au contraire. Ferment de la société multiculturaliste souhaitée par les nouvelles élites, cet Autre présente également l’avantage d’être corvéable à merci dans les métropoles gentrifiées, au service des classes aisées ou mondialisées. Le Picard n’a aucun avenir. L’Autre interchangeable est le futur.

Cet intellectuel mondain et mondialiste habitué à l’entre-soi des salons médiatiques ne s’intéresse que modérément aux difficultés quotidiennes des Français. Sait-il seulement ce qu’ils vivent réellement ? Il est permis d’en douter. Les résultats amers de l’immigration massive – son coût, son impact sur nos mœurs, ses conséquences délétères, l’insécurité et l’islamisation galopante de la société entre autres – sont des sujets qu’il n’aborde que difficilement et toujours pour considérer que, si problème il y a, la seule réponse envisageable est eu-ro-pé-en-ne. De toute façon, comme la majorité des élites bruxelloises, Glucksmann pense que l’immigration extra-européenne est inévitable, nécessaire, voire indispensable. Sa priorité n’est pas de défendre la France mais de favoriser l’immigration massive tout en osant affirmer qu’elle n’existe pas – « l’Europe n’est pas le véhicule de la submersion migratoire. C’est un mythe. »et en maniant l’habituel discours culpabilisateur : « Tout le monde s’est habitué à ce que notre mer soit devenue un cimetière. Il n’y a pas un mot dessus dans ce pacte (celui de l’UE sur l’immigration). Il faut relancer les opérations de sauvetage. » Frontex, devenu organisme d’accueil des migrants plutôt que de défense des frontières européennes, répond aujourd’hui à ses attentes. Avec des députés européens comme Glucksmann, les flux migratoires ne sont pas prêts de se tarir.

Raphaël Glucksmann, qui se réclame de Delors, ce qui est en soi un motif d’inquiétude, est un être composite qui tient tout à la fois d’Emmanuel Macron et de BHL, avec un zeste de Bernard Kouchner pour ajouter à l’aspect humanitaire de théâtre et une pincée de Daniel Cohn-Bendit pour fortifier le côté révolutionnaire de salon. Ce portrait hybride met en évidence la dangerosité d’un individu prêt à tout pour désintégrer la France en tant qu’État-nation. Depuis le début de la guerre russo-ukrainienne, Glucksmann jette de l’huile sur le feu et semble espérer un embrasement total de l’Europe en vue de détruire la Russie – et gare à ceux qui osent rappeler que l’Ukraine n’est pas pour rien dans le déclenchement de ce conflit (6). Ce belliciste est prêt à engager la France dans un conflit qui aurait pu cesser depuis longtemps : le quotidien allemand Die Welt vient de révéler la teneur exacte du projet d’accord de paix envisagé dès la fin mars 2022 – une rencontre entre Poutine et Zelensky étant même alors prévue afin d’en finaliser les points cruciaux – et de confirmer, via le témoignage du négociateur ukrainien David Arakhamia, la venue de Boris Johnson à Kiev le 9 avril 2022 pour faire capoter cet accord et demander à Zelensky de poursuivre le combat tout en l’assurant du soutien des Britanniques et, vraisemblablement, des Américains – on imagine mal Boris Johnson se lancer de son propre chef et seul dans cette délicate manœuvre (7). Foncièrement dégoûté par le nationalisme français mais opportunément charmé par le nationalisme ukrainien, le va-t-en-guerre Glucksmann réclame à cor et à cri que l’économie française passe « totalement en économie de guerre » pour soutenir l’Ukraine et confiait récemment ne pas être fondamentalement opposé à la proposition d’Emmanuel Macron concernant l’intégration de la puissance nucléaire de la France dans une stratégie globale de défense européenne. On ajoutera à ce tableau déjà sombre, la promesse de Glucksmann de tout faire pour que l’Ukraine intègre l’OTAN et l’UE, ce qui serait, pour la France, un désastre, tant au niveau géopolitique qu’au niveau économique.

L’électeur potentiel de la liste PS-Place publique conduite par Glucksmann ne devra pas oublier que les actions de ce dernier ne sont motivées que par deux obsessions : la première est de tenter d’affaiblir la Russie par tous les moyens possibles, y compris une guerre engageant militairement la France ; la seconde est de dissoudre la France dans une mosaïque de territoires européens dépendant d’un pouvoir central bruxellois lui-même aux ordres des nouvelles élites de l’empire davosien, diversitaire, immigrationniste et multiculturaliste en cours de construction. Dans tous les cas, l’objectif glucksmannien est, d’une manière ou d’une autre, la disparition de la France. Autant le savoir avant d’aller voter.


(1) https://www.marianne.net/monde/exclusif-rwanda-le-document-top-secret-qui-accuse-le-regime-de-kagame 

(2) https://www.marianne.net/monde/geopolitique/militante-de-langlais-n2-du-rwanda-louise-mushikiwabo-surrealiste-patronne-de-la-francophonie 

(3) https://www.marianne.net/monde/rwanda-noel-en-avance-pour-paul-kagame-qui-gagne-la-francophonie-et-decroche-presque-son-non 

(4) https://www.marianne.net/politique/gauche/conseiller-de-saakachvili-et-negos-sur-les-armes-georgie-ukraine-glucksmann-epoque-consultant-en-revolution 

(5) https://www.lefigaro.fr/international/etats-unis-le-senat-americain-approuve-la-prolongation-d-un-programme-de-surveillance-a-l-etranger-20240420 

(6) La journaliste et reporter de terrain Anne-Laure Bonnel a réalisé deux documentaires sur le Donbass, l’un en 2014 et l’autre en 2022, quelques semaines avant le début de la guerre. Ces documentaires n’ayant pas eu l’heur de plaire à M. Glucksmann, celui-ci a affirmé sur Sud Radio que la journaliste travaillait « au service des intérêts russes ». « M. Glucksmann, vous m’avez mis une cible sur le dos », a déclaré, une semaine plus tard, Anne-Laure Bonnel au micro d’André Bercoff.

(7) https://www.lefigaro.fr/international/le-document-secret-qui-aurait-pu-mettre-fin-a-la-guerre-en-ukraine-20240513 

Trump reconnu «coupable»: les bizarreries d’un procès hors normes

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© Levine-Roberts/Sipa USA/SIPA

Un tour d’horizon de la presse européenne et américaine permet de constater que les médias étaient à l’euphorie après la condamnation de Donald Trump. La preuve, nous a-t-on répété à satiété, que « nul n’est au-dessus des lois ». Pourtant, ce qui frappe de prime abord après un procès aussi spectaculaire, c’est que personne n’est capable d’expliquer clairement de quoi Trump est coupable exactement. Notre contributeur fait le point.


Pour des infractions qui remonteraient à 2016, l’ancien président est inculpé en avril 2023 seulement, après qu’il se soit déclaré candidat à l’élection présidentielle de 2024. Le procureur l’inculpe de 34 chefs d’accusations pour « falsification de documents commerciaux », 34 afin de frapper les esprits car les motifs se ressemblent, comme si un juge français avait mis un individu en examen pour 34 chèques ou documents différents au lieu de faire une seule inculpation avec 34 éléments à charge. La falsification dont on parle ici est le fait d’avoir enregistré dans la comptabilité sous la rubrique “services juridiques” des paiements à son avocat Michaël Cohen, qui auraient, en partie, servi à acheter le silence de l’actrice porno Stormy Daniels. Il est important de préciser qu’il n’y a rien d’illégal à conclure un accord de type argent contre silence.

Des bases ténues pour un tel procès

La prescription pour ce délit est de deux ans. Pour pouvoir requalifier le délit (misdemeanor) en crime (felony) et ainsi retarder la prescription, il faut qu’il ait été commis  dans le but d’en commettre un plus grave. En tordant au maximum l’interprétation de la loi, sans preuve, le procureur Bragg sort de son chapeau que ce crime serait la conspiration en vue d’influencer l’élection de 2016. Or, le  département fédéral de la Justice (DOJ) ainsi que la Commission électorale fédérale (FEC) avaient auparavant renoncé à poursuivre M. Trump pour ce motif.

Avant cette inculpation, le prédécesseur du procureur Alvin Bragg, Cyrus Vance, ainsi que M. Bragg lui-même, élu sur la promesse d’avoir la peau de M. Trump, avait renoncé à l’inculper tant l’issue d’un procès sur des bases aussi ténues semblait incertaine, avant de relancer la procédure début 2023, suite à la pression médiatique à l’encontre de Donald Trump résultant notamment du livre d’un ancien procureur adjoint ayant travaillé sur l’affaire.

Contrairement à la coutume new-yorkaise qui veut que l’affectation des affaires sensibles à un juge soient tirées au sort, Juan Merchan a été choisi parce qu’il avait déjà rendu une série de décisions négatives à l’encontre de Donald Trump dans des procès concernant ses sociétés. Il a effectué un don à la campagne de Biden et à des actions pour « résister au Parti républicain et à l’héritage de droite radicale de Donald Trump ». Cela aurait dû suffire à le disqualifier. Ce juge a ensuite mené le procès de façon partiale. Dans le seul but d’humilier l’ancien président, il a autorisé des témoignages sans objet comme celui de Stormy Daniels à l’origine de l’affaire qui était sans rapport avec la falsification de documents commerciaux. Toute l’Amérique a pris connaissance que cette actrice aux 200 films pornos sous-entendait avoir été violée par Donald Trump.

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Le témoin principal sur lequel toute l’accusation repose, M. Cohen, l’ancien avocat de Trump, est un menteur notoire. De son propre aveu, il a menti à un tribunal, il a menti aux médias et il a plaidé coupable d’avoir menti au Congrès. Pour condamner Donald Trump, en l’absence d’autres témoins de ce qu’ils se sont dits, il fallait donc croire M. Cohen.

L’analyse des bizarreries de ce procès et de la partialité du juge sort du cadre d’un article. On pourrait mentionner le traitement du témoin M. Costello ou encore le refus de laisser témoigner l’ancien président de la FEC, Brad Smith, qui était prêt à affirmer que « de tels paiements ne peuvent être considérés comme des violations des règles électorales fédérales et qu’ils n’affecteraient pas l’élection même s’ils étaient considérés comme des contributions, puisqu’ils n’auraient même pas dû être déclarés avant la fin de l’élection » .

C’est votre dernier mot ?

Ce qui choquera sans doute le plus un observateur européen, mais qui n’a guère été souligné dans les médias, est que, dans la procédure new-yorkaise, les plaidoiries finales commencent par la défense, l’accusation ayant le dernier mot. En l’absence de réplique de la défense, c’est au juge qu’il incombe d’empêcher le procureur d’avancer des contre-vérités flagrantes, ce qu’il ne fera pas, laissant le procureur affirmer que la loi électorale a été violée par la campagne Trump.

Les instructions données au jury furent la cerise du juge Merchan sur le gâteau de cette étonnante justice. Rappelons que pour qu’il soit condamné Trump devait avoir falsifié des documents commerciaux dans le but de commettre une autre infraction plus grave. Comme il n’avait jamais été condamné pour cette supposée dernière, le juge Juan Merchan laissa le choix au jury entre trois options. Il pouvait s’agir de dissimuler une infraction électorale fédérale, de la falsification de documents commerciaux ou d’infractions fiscales. Mais le jury ne devait pas être unanime sur ce point et du moment qu’ensemble tout le monde était d’accord qu’une de ces infractions avait été commise – sans dire laquelle et même si les jurés n’étaient pas d’accord entre eux – le compte du « Donald » était bon ! On se saura donc jamais – et l’accusé non plus – quelle est ce crime secondaire pour lequel il n’a jamais été condamné mais qui lui vaut quand même d’être jugé coupable !

D’ailleurs, Donald Trump avait-il la moindre chance d’être déclaré non coupable avec un jury pêché dans un district électoral qui a voté à 86% pour Joe Biden en 2020 ? On ne s’attardera pas non plus sur le fait, à cinq mois de l’élection, en pleine campagne électorale, d’obliger le candidat républicain à être présent au tribunal quatre jours par semaine pendant plus d’un mois. Loin d’être la preuve d’un fonctionnement tout à fait normal de la justice, ce procès en était une grossière caricature, entaché de nombreuses irrégularités comme des dizaines de juristes et d’observateurs (Alan Dershowiz, Alex Berenson, Elie Honig, Johantan Turley..) l’ont mis en évidence. Malheureusement, dans le climat de polarisation de l’Amérique et de haine envers Donlad Trump, les faits importent peu. Il était donc important de les rappeler.

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Bardella, la tactique du gendarme

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DR.

Le RN joue à fond la carte de sa popularité au sein des forces de l’ordre ; on lui reproche d’enfreindre la loi. En revenant sur la polémique autour d’une affiche de campagne du Rassemblement national, Jordan Bardella a dénoncé « l’ombre du gouvernement et de Gérald Darmanin ».


Une affiche électorale du RN agace le patron de la gendarmerie. Et agacer est un faible mot. Christian Rodriguez, Directeur général de la Gendarmerie nationale, est colère. Gérald Darmanin, aussi. Sur une affiche du RN, on voit un gendarme – du moins, un homme en uniforme de gendarme – de dos. Légende : « Je suis gendarme. Le 9 juin, je vote Bardella. » Sur X (ex-Twitter), l’affiche est accompagnée d’un commentaire un peu plus long : « Parce que je souhaite que les Français vivent en sécurité dans un pays où l’ordre est respecté et où on ne risque pas sa vie pour un regard de travers, le 9 juin je vote pour la liste de Jordan Bardella. » A noter que les créatifs du RN proposent une affiche similaire avec un militaire. « Contre une armée européenne, contre le partage de notre dissuasion, je vote Bardella », peut-on lire sur celle-là. 

Le général Rodriguez a apostrophé la tête de liste RN sur X. «Vous semblez ignorer que le statut militaire interdit ce genre de message ». Avant de l’appeler à respecter le «gendarme et son statut, dans ces périodes où son engagement peut le conduire aux pires conséquences.» Réplique de Bardella: Rodriguez contrevient à son devoir de réserve «pour prendre à partie de manière inélégante, outrancière et polémique» un responsable politique.

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Cette affiche viole-t-elle la loi ? La loi, je l’ignore, une certaine délicatesse républicaine, sans doute. Tous les partis ciblent des clientèles (les professeurs, les pêcheurs à la ligne ou les amoureux des bêtes), c’est très classique. Que le RN cherche le vote des militaires et des gendarmes est parfaitement légitime. Seulement, le visuel et l’usage de la première personne embarquent l’institution. Ces affiches ne disent pas exactement « gendarmes, votez pour nous », mais « les gendarmes votent pour nous ». D’ailleurs, Jordan Bardella le dit au général Rodriguez, dans leurs échanges sur X : beaucoup de gendarmes votent pour le RN, ce qui semble vous contrarier… Factuellement, ce n’est pas faux: la popularité du RN chez les militaires est notoire. Par ailleurs, il n’y a que peu de partisans enthousiastes de la défense européenne dans l’armée.

Mais imaginez une affiche « Les profs votent LFI » ou « Les journalistes votent Glucksmann ». Ce serait largement vrai aussi, mais on dénoncerait à raison l’arraisonnement de corporations entières par la gauche. S’agissant de l’armée ou de la gendarmerie, c’est plus fâcheux encore. Le Code Général de la Fonction Publique stipule que « tout agent public doit faire preuve de réserve et de retenue dans l’expression de ses opinions ». Une exigence plus stricte encore bien sûr pour les représentants d’institutions garantes de l’ordre, de la sécurité et de l’unité nationale. Ces derniers doivent échapper à tout soupçon de politisation, raison pour laquelle l’armée est qualifiée de « grande muette ». Un gendarme ne peut pas évoquer publiquement son vote, surtout en le liant à son statut, donc le « supposé » gendarme de la photo sur l’affiche est en faute.

Certes, comme le dit Bardella, « les gendarmes ne sont pas des sous-citoyens. Ils ont parfaitement le droit d’exprimer une opinion politique dans l’isoloir ». Sauf qu’il nous prend un peu pour des lapins de trois semaines, parce qu’une affiche n’est pas un isoloir. C’est même le contraire.  


Cette chronique a d’abord été diffusée ce matin sur Sud Radio

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L’antisémitisme, est-ce normal? Non, c’est Normalien!

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"Marche contre le fascisme", Paris, 1er juin 2024 © Gabrielle CEZARD/SIPA

Après Sciences-Po et Harvard, c’est l’Ecole Normale Supérieure qui se mêle de défendre les terroristes du Hamas — sous couvert de défendre la Palestine et son droit à un État sans voisins juifs. Notre chroniqueur, ancien élève de cette vénérable institution, n’en est pas revenu.


Dans une interview réalisée en janvier par le podcaster koweitien Amar Taki, le chef du Hamas « extérieur », Khaled Mashaal, s’est exprimé clairement sur ce que voulaient les Palestiniens : un seul État, et l’annihilation de « l’entité sioniste ». Il a noté que l’attaque dévastatrice de son groupe terroriste contre Israël le 7 octobre a prouvé que la libération de la Palestine « du fleuve à la mer » est une idée réaliste.

Le slogan est régulièrement scandé lors des rassemblements d’étudiants américains et dans les capitales européennes, un soutien dont ce chef terroriste se félicite. Avant-hier, c’était Sciences-Po, puis ce fut Harvard et les universités américaines, et hier c’était l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm, dont sont sortis nombre de bons et de grands esprits, et qui est aujourd’hui un repaire de vipères antisémites.

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Yana Grinshpun, maître de conférences en sciences du langage à l’Université Paris III-Sorbonne Nouvelle, et Georges-Elia Sarfati professeur des universités, linguiste, psychanalyste et fondateur de l’École Française d’analyse et de thérapies existentielles, se sont exprimés avec éloquence sur le sujet dans un podcast du Figaro il y a trois jours. La cérémonie de remise des diplômes a été sérieusement perturbée par des étudiants pro-palestiniens, devant les yeux éberlués des enseignants et des administratifs :

« Certes, à l’ENS on nous a épargné le spectacle de conversion massive à l’islam, comme cela a été le cas à l’université de Columbia au cours des mois de mars et d’avril 2024. Le fait est qu’en France, nous sommes toujours un peu en retard. Il n’y a rien à reprocher à la direction de l’ENS, sa lâcheté est sans lacune et sa complicité sans faille avec ce spectacle de décadence. »

Etienne Delarcher révèle ce qui se dit dans les mosquées françaises

« Spectacle de décadence » ? Je n’en suis pas sûr. Il s’agit de manifestations orchestrées en sous-main par des groupes qui se fichent certainement des Palestiniens (qui sont méprisés par l’ensemble des pays arabes, qui les ont régulièrement rejetés, voire massacrés, au fil des décennies) mais veulent enfoncer, un coin toujours plus profond, dans le cœur même de la France.

Hier le voile islamique, aujourd’hui la Palestine, demain la charia. Le dernier numéro de Marianne, qui cite abondamment le témoignage d’Etienne Delarcher (un prudent pseudonyme), journaliste infiltré depuis trois ans dans les mosquées françaises (financées en partie avec l’argent de l’Etat, en Alsace) pour y entendre les prêches et dialoguer avec les imams, est éloquent sur ce point : amputation des voleurs et obéissance absolue des femmes aux quatre volontés de leur mari (« Aujourd’hui, ton mari a besoin de toi au lit, tu ne vas pas dire non, c’est une obéissance obligatoire », dit un religieux de Villeurbanne), le Coran est valide « des débuts de l’islam jusqu’à la fin des temps ».

A lire aussi, Frédéric Magellan : Comment la haine envers les juifs s’est mondialisée

Mais le plus édifiant, c’est l’enquête de Jeremy Stubbs dans Causeur, en janvier dernier. Sous le titre « Le grand capital contre les Juifs », Stubbs explorait les filières financières, prenant leur source aussi bien au Qatar que chez certains capitalistes (George Soros par exemple), opportunément antisémites. Reprenant l’enquête de Bari Weiss dans The Free Press, il souligne que les fonds (13 milliards de dollars) transitent par un réseau opaque d’organismes « humanitaires » — étant entendu que l’humanitaire consiste aujourd’hui à trucider des Juifs pour le plus grand bien des Palestiniens. Quand vous voyez une manif pro-Hamas, demandez-vous d’où viennent les fonds qui en ont permis l’organisation, quels avocats défendent les manifestants interpelés, etc. Et lorsque vous entendez « Palestine vaincra », calculez la puissance du slogan en poids d’Israéliens assassinés.

Bêtise généralisée

Le parallèle qu’établissent les imbéciles avec les slogans de 68 sur le Vietnam sont sidérants de crétinerie. Aucun organisme ne finançait les partis d’extrême-gauche (et surtout pas les Soviétiques, ni les Chinois qui à cette époque tentaient de sortir de la Révolution culturelle).

A lire aussi, Harold Hyman: L’antisionisme des Juifs de New York

Aujourd’hui, les pétrodollars coulent à flot, et les achats visibles des Qataris (le PSG, les hôtels Royal Monceau, Concorde Lafayette, Carlton ou Martinez — ou le Printemps) sont les leurres des opérations souterraines.

Tous ceux qui dimanche prochain voteront Mélenchon doivent savoir qu’ils donneront leur bulletin aux monarchies du Golfe et aux Frères musulmans. Et je trouve Darmanin un peu lent à la manœuvre pour débusquer les grands argentiers du racisme ambiant, dans la rue comme à l’ENS. Comme l’écrivent Yana Grinshpun et Georges-Elias Sarfati à la fin de leur article : « Personne ne semble comprendre que seules les mesures strictes (privation de diplôme ou exclusion de l’école) peuvent incarner la loi. » Je ne saurais mieux dire.

Etienne Delarcher, Au cœur de l’islam de France, trois ans d’infiltration dans 70 mosquées, Editions du Rocher, mai 2024, 224 p.

Dolfy et les cafards

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"Oggy et les cafards", dessin animé créé par Jean-Yves Raimbaud et Marc du Pontavice. Capture YouTube.

Endémique de quelques grottes de Slovénie, Anophthalmus hitleri, espèce rare, fait l’objet de braconnage à cause de son épithète donnée en hommage au dictateur nazi Adolf Hitler en 1937… Certains réclament qu’on change son nom.


C’est une bestiole qui n’a jamais eu la cote. Pendant le génocide rwandais, les Hutus, à la radio, qualifiaient les Tutsis de cafards. Si, en plus, une de ces espèces doit porter le nom du plus terrible dictateur allemand du XXème siècle (devant Erich Honecker…) le malheureux insecte ne risque pas de trouver grâce de sitôt dans les bestiaires.

L’affaire n’est pas tout à fait nouvelle puisque le cafard découvert dans des grottes de Slovénie par un collectionneur de coléoptères autrichien, Oskar Scheibe, s’appelle Anophthalmus hitleri depuis 1937. Le cafard est long de cinq millimètres, brun et sans yeux, ce qui ne le fait ressembler qu’en partie à son célèbre homonyme. Entre deux observations de lucioles au microscope, Oskar Scheibe admire la réussite de son compatriote qui est devenu chancelier allemand en 1933.

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Dans la communauté scientifique, le petit nom de la bébête pose à certains des problèmes éthiques. La Commission internationale de nomenclature zoologique (ICZN) a pourtant fait savoir qu’il n’était pas question de renommer le cafard slovène. Dans un monde qui ne rêve que de déboulonner les statues de Colbert et de Christophe Colomb, les observateurs de charançons sont attachés à une certaine stabilité des dénominations. Changer les noms au gré des modes idéologiques, c’est ouvrir la boîte de Pandore – ou plutôt la boîte à papillons – à toutes les dérives, au risque que les spécialistes n’y retrouvent plus leurs petits. « Il ne nous appartient pas de juger si des noms sont offensants ou éthiquement inacceptables, car c’est une question très subjective et personnelle », a déclaré Daniel Whitmore, plus calé en  mouches à chair qu’en politiquement correct. Le suivant sur la liste serait alors le papillon Hypopta mussolinii, découvert en Libye pendant la période coloniale italienne. Le cafard slovène et le papillon libyen pourraient presque rejouer la rencontre des deux dictateurs dans le film de Chaplin…

Et si le coup de projecteur sur ce cafard était son plus grand malheur ? La bestiole, qui ne vit que dans quelques cavernes de Slovénie, est devenu un objet de collection, très prisé des braconniers, des collectionneurs mais aussi des milieux néo-nazis ; son prix s’est envolé, atteignant parfois 1000 euros. La Slovénie (qui avait déjà donné Gaspard Proust, Melania Trump et le groupe Laibach) tente bien de le protéger de son regrettable succès. D’autres bêtes sont devenues malgré elles des messages politiques codés. En 2017, Mediapart avait repéré un goût pour les dauphins sur les réseaux sociaux d’anciens membres du GUD, syndicat étudiant d’extrême droite. Dauphin, donc dolphin, donc Adolf…

Riton Liebman: vedette, toujours

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L'acteur Riton Liebman. DR.

Devant nos deux expressos, le comédien belge, écrivain depuis peu, m’a parlé de Bertrand Blier, de Depardieu, de ses spectacles, de sa judéité et de son oncle Henri jamais revenu d’Auschwitz.


Riton Liebman est toujours une vedette. Nous avons trouvé refuge dans une brasserie du XXe arrondissement et, très vite, un homme l’a interpellé : « Mais je vous connais, vous ; je vous connais ! ». Riton lui serre la main ; il lui demande où ils se sont rencontrés. « J’ai travaillé sur un film dans lequel vous avez joué », déclare l’homme. Il s’agit d’un technicien du cinéma.

« Bite, cul, poils, trou ! » 

Je profite de ce sympathique moment pour brandir le livre de Riton, Riton Liebman, la vedette du quartier (Séguier, coll. L’IndéFINIE ; 2024) : « Ce bouquin est formidable ! Achetez-le ! » dis-je à l’endroit du technicien. Formidable ? C’est un euphémisme…

A lire aussi: Merci Monsieur Tiveyrat!

Nous rions beaucoup à la lecture de cet opus extrêmement foisonnant où quelquefois passent des ombres. De plus, n’oublions pas que Riton a tourné Préparez vos mouchoirs, de Bertrand Blier, avec Depardieu qui, dans ce film, ne faillit pas à sa réputation. Riton en témoigne : « Tout à coup, il y a une voix qui résonne dans le couloir, une voix qui hurle, qui chante, qui se marre : ‘’Bite, cul, poils, trou !’’ Avec la voix arrivent un blouson, une casquette et des cheveux longs. ‘’ Salut mon vieux ! Moi, c’est Gérard ; Fais voir le texte… Ah ! Ah ! Sacré Bertrand ! Alors petit, tu as bien baisé aujourd’hui ? Faut baiser ! Faut baiser ! Si tu n’as pas bien baisé, tu ne peux pas profiter… ‘’. »

– Depardieu vous a donc tout de suite parlé de cul ?, fis-je à Riton.

– Oui, et alors ? Moi aussi, je parle de cul. Pas vous ?

J’acquiesce en rigolant. Le ton est donné.

– Vous n’avez pas eu beaucoup d’articles dans la presse de gauche…

La veille, il a été interviewé dans le cadre de l’émission Les Grosses Têtes, sur RTL.

– C’est vrai, et vous savez pourquoi ? Parce que je ne ferme pas ma gueule.

Homme de gauche, il ne pratique pas pour autant le néo-féminisme ambiant et béat. Et nous voilà partis… On parle de mains aux fesses et autres tripotages. Effectivement, Riton n’est pas néo-féministe. « Je ne veux pas que tu tournes avec Bertrand Blier, ce sale phallocrate », hurlait sa mère quand, à l’âge de 13 ans, il avait répondu à une annonce pour jouer le rôle du petit garçon dans Préparez vos mouchoirs.

Il n’écouta point Maman, psychothérapeute belge soixante-huitarde. Il joua dans le film, apprécia l’expérience et se découvrit une vocation de comédien : « Je ne voulais plus du tout aller au lycée », lance-t-il. « Et je me suis dit que faire l’acteur serait une excellente alternative ; je voulais vivre la nuit, dormir le jour. » Finalement, ses jours devinrent blancs comme la poudre et ses nuits noires comme l’addiction de laquelle il finit par sortir…

Un prénom difficile à porter

Devant nos cafés, Riton saute du coq à l’âne. Et moi, j’essaie de raccrocher les wagons. Je comprends qu’avant d’écrire son récit, il a créé et interprété plusieurs spectacles, des stand-ups, dont Liebmann, renégat, dans lequel il raconte son père, professeur d’université connu, notamment pour ses positions propalestiniennes. Pour un Juif, ça la fout mal ! D’ailleurs, je finis par demander à Riton s’il se sent juif.

– Oui !, répond-il comme un cri du cœur. En revanche, Israël ne signifie rien pour moi.

Parlons-en de la judéité de Riton Liebman : ses parents l’ont prénommé Henri en hommage à son oncle qui ne revint jamais d’Auschwitz. Difficile à porter, très difficile et nous comprenons mieux certaines choses.

Après une heure d’entretien, je quitte Riton que je ne peux m’empêcher d’appeler par son prénom :

– Allez, au revoir Henri ; à bientôt ! 

Émue, je n’ai pourtant pas sorti mon mouchoir.

288 pages.

La Vedette du quartier

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Les chasseurs du Sud-ouest mettent crosse en l’air

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La prolifération des sangliers pourrait devenir encore plus inquiétante. Image d'illustration.

La décision du Conseil d’Etat du 6 mai entérinant l’interdiction par la Commission Européenne des « chasses traditionnelles » constitue d’une certaine façon une aubaine pour les hardes de sangliers des Landes et des Pyrénées-Atlantiques, mais, en revanche, pour les élevages bovins, une grave menace. Les premiers pourront proliférer sans entrave et les seconds courent, au contraire, un sérieux risque de contracter la tuberculose…


En réaction à ce jugement qui, comme l’a expliqué à Causeur Jean-Luc Dufau, président de la Fédération de chasse des Landes, porte « atteinte à nos traditions et à notre culture régionales », les chasseurs de ces deux départements du sud-ouest, ont décidé de mettre sine die, depuis le 1er juin, crosse en l’air.

C’est-à-dire qu’ils n’assureront plus les « deux services publics » que les pouvoirs publics leur délèguent et qu’ils effectuent bénévolement, à savoir organiser, à la requête de ces derniers, des battues visant à endiguer la prolifération des sangliers, surtout depuis le Covid, au point de devenir une espèce invasive des périphéries urbaines, et maintenir une veille sanitaire de la faune sauvage, en procédant à des prélèvements systématiques de blaireaux, principaux transmetteurs de la tuberculose aux vaches et veaux en pâturage et stabulation libres. Bien que peu répandue, quatre départements aquitains (Gironde, Landes, Lot-et-Garonne, et Pyrénées-Atlantiques) sont les plus affectés en France par cette maladie infectieuse transmissible à l’homme. En outre, grande éleveuse de poulets et canards, cette région est aussi confrontée périodiquement à des épidémies de fièvre aviaire. Une éventuelle conjonction des deux affections aurait de lourdes conséquences sur son économie, essentiellement agricole.

Une grogne qui monte

Si d’ici le 11 juin, le gouvernement persiste à faire le mort, les fédérations de chasse de ces départements ont convenu de se retrouver pour amplifier leur protestation. Les chasseurs estiment avoir été « mollement défendus » par leur ministère de tutelle, celui de l’Environnement et de la Transition écologique, seul, aberration juridique, habilité à les représenter alors qu’il est en quelque sorte juge et partie. Pour que l’avocat des chasseurs eût pu plaider, il aurait fallu que le ministère l’acceptât. Il a refusé.

D’après Jean-Luc Dufau, le ministère ne penche pas de leur côté mais plutôt de celui des deux associations de défense des animaux, qui ont saisi le Conseil d’Etat et obtenu l’abrogation des deux arrêtés de 2022 qui suspendaient l’application de la directive européenne. Il s’agit de One Voice fondée en 1995 sous l’égide de l’ancien très célèbre biologiste, Théodore Monod, qui s’est donné pour mission « de lutter contre toutes les formes de cruauté envers le vivant », et de la Ligue de protection des oiseaux (LPO) du médiatique Allain Bougrain-Dubourg, qui depuis des lustres mènent des opérations commando de bobos citadins contre ce type de chasse.

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Pour la Fédération nationale de la chasse (FNC), la directive relève du fait du prince. Elle se fonde sur une méconnaissance de la réalité et bafoue la législation nationale en vigueur. Elle estime que la Commission outrepasse ses prérogatives et que de son côté, le Conseil d’Etat, allant, le comble, à l’encontre d’un arrêt de la Cour de justice européenne (CJE) qui les autorisait, entérine un abus de pouvoir.

D’après la LPO, la population des alouettes des champs, le gibier des « chasses traditionnelles », a diminué depuis 1980 de moitié en France. A combien s’élève cette population ? Comment a-t-elle établi cette estimation ? On l’ignore mais il semble bien que ce soit « au pif et doigt mouillé ». De son côté, dans une étude publiée en mai 2023, le CNRS estime qu’en 40 ans le nombre d’oiseaux a décru de 25% sur le continent européen, et de 60% dans les zones agricoles. La chasse, au fusil ou au piégeage, n’en est pas et de loin la cause. Pour le CNRS, c’est « l’intensification de l’agriculture qui est à l’origine de la disparition des oiseaux » en réduisant les possibilités de nidification. Dans une question écrite du 31 août 2023 adressée au ministère de l’Environnement, la sénatrice de Gironde, Florence Lassarade (Les Républicains) faisait remarquer que les prélèvements des « chasses traditionnelles » ne représentent que 1% de la mortalité des alouettes.

Techniques archaïques

En quoi donc consistent ces « chasses traditionnelles » désormais bannies ? Elles se résument à deux archaïques techniques : une dite « aux pantes », l’autre « aux matoles ». « Aux pantes », c’est un filet qu’on tend à l’horizontale dans lequel vient se prendre l’alouette qu’on a attirée avec un leurre dénommé « appelant », une autre alouette retenue par une cordelette liée à une de ses pattes. « Aux matoles », c’est une petite cage métallique suspendue qui s’abat sur le volatile venu picorer l’appât qu’on a disposé à cette fin. « C’est un art qui requiert de la patience, explique Jean-Luc Dufau. Les prises sont parcimonieuses. L’oiseau n’est ni tué, ni blessé. »

Pour la saison 2023-24, les deux arrêtés abrogés fixaient un quota de captures à 105 500 alouettes pour les quatre départements ci-dessus cités où seulement ce type de chasse est pratiqué. « Des chiffres qu’en réalité on n’atteint pas », souligne Jean-Luc Dufau. En tout, en France, les chasseurs tuent en moyenne en une saison 1 200 000 oiseaux de diverses espèces. Ainsi, les « chasses traditionnelles » représentent moins de 10% de ces prélèvements. En raison de la procédure judiciaire, aucune « chasse traditionnelle » n’a été pratiquée depuis trois ans. On n’a pas constaté une prolifération d’alouettes.

« Le jugement de la Cour de cassation est absurde, insiste Jean-Luc Dufau. Car il interdit les chasses traditionnelles mais autorise la chasse au fusil et n’y impose aucune restriction. Si la folie nous prenait, on pourrait en abattre autant qu’on voudrait, on se livrait à un massacre. » Or, concernant la chasse « aux matoles », à laquelle s’adonne moins d’un millier d’individus, et ne se pratique que dans deux départements, Landes et Lot-et-Garonne, le quota était fixé pour le premier à 4928 unités et pour le second à 2870. Pas de quoi dépeupler le ciel aquitain…

A lire aussi, du même auteur: Glucksmann: la reconquête d’un Sud-ouest perdu

Ce qui est sûr, c’est que la Cour de cassation a mis le gouvernement dans un fichu pétrin qui pourrait, sans avoir bien entendu la même ampleur, déboucher sur une crise type gilets jaunes ou agricole. Dans ce recoin de l’Hexagone d’où, convient-il de le rappeler, la colère paysanne était partie, la majorité des chasseurs sont justement des ruraux. Ce mode ancestral de capture est leur loisir hivernal avec le match de rugby et une bonne bouffe.

On voit mal à quel subterfuge juridique le ministère de l’Environnement peut recourir pour contourner une décision de la plus haute juridiction. Si les chasseurs s’obstinent à ne par participer à des battues et à ne plus assurer la veille sanitaire, les conséquences collatérales risquent d’être lourdes.

Le péril porcin

Evaluer la population de la faune sauvage est un exercice aléatoire donc très approximatif. Cependant le nombre de sangliers est estimé aux alentours de deux millions. En 1980, ils étaient un million. A la fin des années 50, on n’en comptait qu’une ou deux centaines de milliers. Avec le Covid, leur nombre a explosé. Animaux omnivores et, contrairement à l’image qu’on en a, timides et craintifs, surtout le mâle (voir encadré ci-dessous), les sangliers ont profité du confinement qui vida les rues des villes de toute présence humaine pour s’enhardir et s’aventurer de nuit à la périphérie de celles-ci, renversant poubelles, dévastant potagers, labourant les pelouses. Ils y trouvent une nourriture plus abondante qu’en forêt, leur habitat naturel. Il n’est plus rare d’en croiser même en pleine journée en ville, comme ce fut notamment le cas à Mimizan-Plage (40), station balnéaire landaise, en mai. Pendant le Covid, toujours dans cette même ville, on a pu en voir prendre… des bains de mer.

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Durant la saison de chasse 2023-24, il en a été abattu officiellement 842 802, 6% de moins que lors de la précédente. Conséquence : si les chasseurs se refusent à reprendre les battues, la population des suidés, selon leur appellation scientifique, pourrait croître de l’ordre de 40 à 50%.  D’autant qu’une femelle, une laie, met bas dans l’année une portée moyenne de six petits (appelés, eux, marcassins)… et une femelle est fertile dès son dixième mois. Le sanglier est une espèce très prolifique…

Le montant du coût des dégâts qu’on leur impute est estimé à environ 20 millions d’euros. Pour les seules Landes où on en abat 18 000 annuellement, la facture s’élève à 2 millions.

En juillet 2023, la Cour des comptes s’en était alarmée et avait demandé au gouvernement de prendre des mesures d’urgence pour éviter que la situation qu’elle considérait déjà comme grave n’empire. Dès lors, la décision de la Cour de cassation ne paraît pas très opportune, pour le moins.

Sur la piste du vrai Indiana Jones: Voyage au bout d'un mythe

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Les sangliers et leurs singulieres amours
Aux yeux d’une néo-féministe radicale « de chez radicale », l’organisation de la société des sangliers ne peut que faire figure de société idéale, « la cité de ses rêves ». 
Le mâle y est condamné à mener une vie de solitaire et d’errance, exclu très jeune du groupe, dit la harde, par sa propre génitrice. Ce type d’organisation qui tient le mâle à l’écart est dit matriarchie. Les femelles, appelées laies, sont les uniques détentrices de l’autorité et du pouvoir sur l’espèce. On retrouve un système analogue chez les éléphants.
Les femelles, entre trois ou quatre, accompagnées de leurs progénitures dont le nombre peut varier de six à douze, ce qui forme un groupe d’une vingtaine à une trentaine d’individus, ne vivent qu’entre-elles sous l’autorité d’une dominante. Le mâle, réduit au rôle de géniteur, ne peut s’en approcher qu’à la période du rut, de la mi-novembre à la mi-janvier, et n’y reste qu’une quinzaine de jours, le temps d’avoir la certitude qu’il n’a pas échoué dans sa tâche.
C’est la laie dominante lorsqu’elle entre en chaleur qui invite les mâles à la copulation en éparpillant sa bave et son urine. Attirés par ce stratagème, ces derniers, avant de pouvoir se livrer à une fornication qui dure moins d’un quart d’heure et apparemment sans procurer une grande jouissance, se livrent à de rudes combats entre rivaux pour gagner le droit exclusif de couvrir l’une après l’autre les femelles de la harde. Puis s’éclipse sur la pointe de ses sabots. 
Trois mois, trois semaines, trois jours, soit 115 jours exactement après ces ébats peu érotiques, la laie met bat entre mars et mai, en solitaire, si elle est jeune, une moyenne de six petits, si elle est vielle ça peut aller jusqu’à douze. L’espérance de vie des sangliers, si bien entendu ils ne sont pas abattus, varie de 10 à 15 ans. Ainsi une femelle peut donner naissance dans son existence à au moins une cinquantaine de marcassins.
Les mâles sont expulsés de la harde à l’âge de six mois. Ils sont fertiles dès le 10ème mois. A la différence de leurs frères, les femelles quittent de leur plein gré celle-ci à leur puberté qui a lieu aux alentours des 12 mois. Pour éviter les possibilités d’inceste, les jeunes sont empêchés d’accouplement jusqu’à leur maturité…
D’aspect bourru, hirsute, le mâle est plutôt timide et craintif, plus prompt à prendre la fuite qu’à attaquer. Mère jalouse, possessive, très protectrice de sa ribambelle de marcassins, c’est elle qui est la plus belliqueuse des deux. Si elle sent qu’une menace pèse sur eux, elle fonce.
L’espèce est nocturne et ne commence à chercher sa pitance qu’au crépuscule. C’est ainsi que les habitants des régions à forte population de sangliers découvrent au petit matin leurs potagers dévastés ou leurs pelouses de leur résidence, tondues la veille, labourées.
Par ailleurs, une question se pose : qu’advient-il des 800 000 carcasses abattues en moyenne annuellement (soit en tout près d’un million de tonnes de viande, viscères, os, pelage) ? Bien que très goûteuse, tendre, nourrissante, leur chair est peu consommée (un grand dommage). Alors ce sont des sociétés d’équarrissage qui récupèrent cette masse de matière première pour en faire essentiellement du bio-carburant destiné aux chaufferies collectives et aux cimenteries. Donc, quand il y a du béton, il y a aussi un peu de sanglier • RU

Sur l’Europe, Jordan Bardella et Marine Le Pen se partagent les rôles Porte de Versailles

Paris, 2 juin 2024. Derrière Marine Le Pen et Jordan Bardella, le slogan "Si le peuple vote, le peuple gagne!" © Chang Martin/SIPA

Hier après-midi à Paris, le Rassemblement national réunissait 6000 personnes pour le dernier meeting de campagne des élections européennes, et transformait le Dôme de Paris en véritable discothèque. Pour maximiser le score de la liste RN, Marine Le Pen a appelé les plus anciens à battre l’Union européenne. De son côté, avec un discours plus identitaire, Jordan Bardella a appelé les jeunes à battre Macron.


C’était le dernier temps fort de la campagne. Au Palais des Sports, sous le Dôme, le Rassemblement National appelait tous ses militants pour un dernier grand meeting. Des cars de Haute-Marne, des Ardennes, de la Somme et d’un peu partout étaient venus pour écouter le tandem Jordan Bardella-Marine Le Pen. Rien, pas même le débat mitigé du président du parti face à Gabriel Attal, n’a freiné pour le moment l’élan des sondages. Le lieu de l’évènement, la porte de Versailles, dans ce sud-ouest de Paris historiquement cher à la droite, permettait aussi de tester la cote de Jordan Bardella auprès d’une sociologie bourgeoise historiquement insensible au vote RN.

Des militants pas toujours d’accord économiquement, mais qui réclament tous de l’ordre

Dans la foule, au milieu des t-shirts de groupe de métal, des vestes et des looks plus guindés se distinguent. Nous rencontrons Jean-Pierre Vaillant, responsable local du parti pour le Cap-Ferret (33). Encarté il y a six mois, peu après sa prise de retraite, aussitôt promu localement, il nous témoigne de son enthousiasme de nouveau converti : « Je suis stupéfait de voir comment les gens réagissent sur les marchés quand on leur montre la photo de Bardella ! Notamment les femmes. Les retours sont très positifs », insiste-t-il, parlant même de « Bardellamania ». Ancien président des branches françaises de Mitsubishi et de Fiat, il fait partie de ces nouveaux responsables du RN qui ont exercé des responsabilités dans l’administration ou le privé. Dans sa circonscription huppée, l’homme – qui auparavant votait UMP puis LR – voit taper à la porte de nombreux cadres d’entreprise et des résidents secondaires : « Toute ma vie, je me suis battu pour gagner, quand on est patron d’une marque d’auto, on se bat tous les jours. Alors à 72 ans, je ne vais pas terminer sur un échec ». Paraphrase gaullienne : « Comment voulez-vous à 72 ans, que j’entame une carrière de loser » ?

A lire aussi : Jordan Bardella: «Je suis l’enfant de la génération 2005-2015»

Autre rencontre, Pierre, intermittent dans la culture, travaillant à la Philharmonie pour l’audiovisuel. Il nous explique avoir longtemps voté pour les écologistes avant de rallier le Rassemblement National. Il assiste à l’évolution de son milieu, d’ordinaire très acquis à la « gauche bobo » et qui lui aussi regarde avec un nouvel œil le parti lepéniste : « La réforme de l’assurance chômage inquiète de nombreux intermittents ». Si l’un a des aspirations d’entrepreneur libéral et si l’autre manifeste des inquiétudes sociales, ils se rejoignent sur un point : la demande d’autorité. Pour Pierre, « Ça suffit, on a besoin d’ordre ». Jean-Pierre Vaillant n’est pas en reste : « La situation sécuritaire et sociale a changé. C’est ce qui m’a déterminé à adhérer ».

Rien de bien nouveau dans les discours à la tribune

Et sinon, quelques jeunes venus de lointaine banlieue, frais bacheliers ou en première année d’études à qui nous demandons ce qui les amenés par un frileux dimanche de juin dans la capitale pour leur « premier meeting politique » : « On est nombreux à avoir vu les punchlines de Jordan Bardella sur les réseaux sociaux ». Le vu sur Tiktok remplace le vu à la TV. Des lycéens, des intermittents, des notables de stations balnéaires… un nouveau public dans la masse militante pour un show fidèle à la ligne du Rassemblement National : pas de prise de risques à une semaine du scrutin. La base vient essentiellement de province ou de lointaine banlieue : quoique situé porte de Versailles, ce meeting ne ressemble pas aux grands shows du Trocadéro lorsqu’un public très Ralph Lauren et pantalon rouge était venu en masse applaudir François Fillon et Éric Zemmour. « On commence à toucher un public plus BCBG mais qui se déplace davantage dans des réunions restreintes et des conférences. Le meeting, ce n’est pas leur culture » nuance toutefois un responsable du Pas-de-Calais, venu avec ses troupes.

Le public est accueilli par de la musique techno et par I will survive, puis abandonné au son de 1987 de Calogero (1987… il faudrait vraiment être un esprit tordu pour aller chercher un évènement fâcheux, cette année-là, dans l’histoire tumultueuse du Front National). Ici, on n’est pas à Reconquête, où La création d’Adam de Michel Ange était projetée le 10 mars dans la même salle, lors du meeting de Marion Maréchal. D’un côté, la pinacothéque pour les zemmouriens, de l’autre la discothèque pour les militants RN ! Mais si les tribuns du jour ont appelé à sanctionner la majorité présidentielle, il n’a pas été question des listes concurrentes du RN, lesquelles n’ont pas même été citées. Jordan Bardella n’a d’ailleurs évoqué qu’une fois « Marine », et aucun de ses autres colistiers.

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Dans les discours, le thème européen pourrait permettre d’identifier quelques différences d’approche, même tenues, entre Le Pen et Bardella. À la tribune, Marine Le Pen sécurisait son image de working class heroe séguiniste parlant protectionnisme et réindustrialisation, rappelant aussi la victoire du non en 2005 : « Le peuple français a dit non à une constitution européenne, non à un État européen, non à un président européen ». Elle fait au passage siffler la présence du drapeau européen sous l’Arc de Triomphe, puis assène : « Plus de pouvoir aux nations et moins à l’Union européenne. Un seul souverain: le peuple ! » De son côté, Jordan Bardella paraissait plus affranchi des combats de Maastricht et de 2005. Sa génération ne les a pas connus, et semble plus sensible aux questions identitaires. Brocardant l’islamisme, citant Paul Valéry et les fameuses civilisations qui désormais se savent mortelles, la tête de liste a pris le parti de la défense du vieux continent : « Notre civilisation peut mourir si nous ne reprenons pas le contrôle de notre politique migratoire ».

Il y avait donc bien un discours pour ceux qui ont fait la campagne de 1992, et ceux qui n’étaient alors pas encore nés… Monsieur Bardella est né en 1995. Dans le clip de campagne, apparaissaient la Segrada familia et quelques monuments européens. Une manière de signifier que l’espace du vieux continent et ses symboles ont intégré l’imaginaire frontiste comme celui des classes populaires qui ont pu ces vingt dernières années les visiter grâce à la démocratisation du voyage en avion. D’ailleurs, la perspective d’un Frexit imminent n’est plus à l’ordre du jour…

Défendre Israël, est-ce le devoir de l’ « homme blanc »?

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Un jeune militant du Rassemblement national distribue des tracts avant l'arrivée de Jordan Bardella à la Foire de Sens (89) le 27 avril 2024 © Vincent Loison/SIPA

Le quotidien Le Monde s’étonne des « nouveaux habits pro-israéliens » et du « soutien inconditionnel » à l’État hébreu de la droite dure en Europe


Pendant qu’en France, on s’acharne à qualifier d’extrême droite le Rassemblement national pour se simplifier la tâche, alors que ses plus grands spécialistes, par exemple Jean-Yves Camus et Pierre-André Taguieff, récusent cette facilité intellectuelle, la liste européenne de Jordan Bardella poursuit son avancée dans les enquêtes d’opinion. Peut-être à 34 % ? Comme si en réalité elle était dans cette situation où l’attaquer même rudement lui profitait et qu’elle cumulait ce double avantage de porter les espoirs de ceux qui aspirent à faire du 9 juin un test national anti-Macron et de ceux qui présentent une forte hostilité à l’égard de l’Union européenne actuelle.

RN se présente comme le meilleur défenseur de la communauté juive

Cela n’empêche pas de voir l’extrême droite, dans ses diverses configurations européennes, « malgré un fonds nationaliste commun, réinvestir aujourd’hui l’Europe et l’Union européenne pour des raisons stratégiques et, parfois, idéologique » (Le Monde dans une excellente double page, « L’Europe dans le viseur de l’extrême droite »). Ce mouvement est d’autant plus fort qu’il rejoint partout la détestation d’une Europe fédéraliste – visant minutieusement à supprimer tout ce qui pourrait encore relever de l’identité et de la sauvegarde des nations – ou un vif mécontentement contre des instances bruxelloises plus promptes à exclure qu’à intégrer des pays ne récitant pas bien leur leçon européenne.

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« L’étonnant soutien de l’extrême droite européenne à Israël » (Le Monde, toujours) est encore bien plus remarquable. Même sur le plan national, le RN et Reconquête! ne sont plus tournés en dérision quand ils affirment être, surtout le premier, les meilleurs défenseurs de la communauté juive. Sur le plan de la sécurité et de la Justice, le RN affiche la ligne la plus dure, tant pour la condamnation des écrits et propos antisémites qui se multiplient que pour la considérable augmentation des délits et des crimes dans notre pays. Avec pour conséquence des familles angoissées quittant les départements dangereux ou prenant le parti de rejoindre Israël. Nous pouvons le comprendre puisque la lutte menée, non seulement n’est pas efficace mais est ridiculisée depuis le 7 octobre avec ce terrible accroissement de l’antisémitisme, poison aux ressorts divers dont le principal est dorénavant l’islamo-gauchisme et la complaisance à l’égard du Hamas. D’aucuns à LFI refusent de le qualifier de terroriste alors qu’en revanche on ressasse le terme de génocide à Gaza, absurdité juridique aussi bien qu’humaine.

Israël, appréhendé comme une frontière civilisationnelle

On perçoit sans difficulté les raisons du soutien qu’apporte l’extrême droite européenne à Israël. D’abord, bien avant le massacre inouï du 7 octobre, il y a toujours eu de la part de certains partis une admiration pour cet État si efficacement armé pour sa sauvegarde, capable de résister à des voisins qui souhaitent sa disparition. Un État démocratique qui, contraint par la haine de ses adversaires, n’a jamais oublié d’être fort ni oublieux des offenses mortelles qu’on lui faisait subir. Depuis le 7 octobre, l’extrême droite européenne a vu dans Israël, ce pays meurtri mais si courageux, le bouclier de l’homme blanc, l’incarnation de sa résistance, le sursaut d’un Occident tellement vilipendé et accusé de tout. La volonté d’Israël de ne pas plier l’échine, quel que soit le jugement porté sur son principal dirigeant, apparaît comme un miracle et entraîne la reconnaissance de beaucoup. Personne ne peut demeurer indifférent à ce terrible conflit engageant tant d’enjeux en France même. C’est logiquement à cause de cela que l’extrême gauche est devenue, par compensation, antisémite. Puisque l’homme blanc emblématique d’une civilisation honnie, ne pouvait que susciter chez les mondialistes, les tenants d’une immigration libre et ouverte comme un nouveau prolétariat, les idolâtres des Palestiniens pourtant dominés par le Hamas islamiste, une réaction haineuse et d’exclusion à l’encontre des juifs israéliens, sans qu’il y ait parfois une distinction nette entre critique de la politique israélienne et antisémitisme abject.

La France devrait se passer de ces débats picrocholins sur le nom du RN, sa présence dans l’arc républicain, de cette tendance permanente du président de la République à faire contre mauvaise fortune électorale mauvais cœur, notamment à l’étranger. Ce n’est pas le RN qui est le problème. Mais la France, son destin et son influence en Europe.