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Asie : le libre-échange, mais ailleurs

Mao
Le protectionnisme fleurit au pays du président Mao.

C’est un des mythes les plus tenaces de la théorie économique : le développement du Japon, de la Corée du Sud et de la Chine démontrerait les bienfaits du libre-échange. Et si c’était l’inverse qui était vrai ?

Libre-échange chez les autres, protectionnistes chez eux

En fait, la réalité du développement économique de ces pays est tout autre. Les plus grandes puissances économiques du Sud-est Asiatique comptent sur l’ouverture commerciale des autres pays pour pousser leur exportation le plus loin possible tout en protégeant fortement leur marché intérieur et leurs entreprises. Ce n’est pas un hasard si plus de 95 % des voitures vendues dans ces trois pays sont produites localement, contrairement à ce qui se passe aux Etats-Unis et en Europe.

L’exemple de la Chine est particulièrement parlant. Il y a une vingtaine d’années, ce pays a décidé de développer une industrie automobile. L’Etat a donc mis en place des droits de douane de plus de 100 % sur les importations de véhicules, imposant à tous les constructeurs d’ouvrir des usines de montage sur place. Et pour s’assurer un transfert de technologie, la Chine a également imposé qu’un partenaire local détienne la moitié de l’entreprise. Dans un second temps, la Chine a remonté les droits de douane sur les pièces détachées pour faire venir l’ensemble de la filière sur son territoire.

Ensuite, une fois la pompe amorcée, les droits de douane sur les véhicules importés ont été diminués (à 35 % tout de même) et les anciens partenaires des constructeurs occidentaux se sont lancés eux-mêmes dans la production leurs propres véhicules, souvent des copies de modèles occidentaux au démarrage. Finalement, la filière s’apprête à passer bientôt à la phase ultime – l’exportation.

Un modèle dirigiste, protectionniste et patriote

Même si le chemin n’est pas exactement le même, il est difficile de ne pas voir dans la politique de la Chine une réplique du modèle japonais. Les pays asiatiques ont compris qu’une ouverture anarchique et dogmatique de leur marché intérieur les empêchera de construire une forte industrie locale. Comme une jeune pousse, une Il une industrie naissante a besoin de protection pour lui permettre de se développer, se renforcer et, en fin de processus, se tourner vers l’exportation. Voilà ce que montre le modèle asiatique.

Et d’ailleurs la douane n’est pas le seul outil utilisé par les pays asiatiques conservent une protection de leur marché intérieur. Comme le montre l’article de Hexaconso publié par Marianne2, normes et des règlements sont aussi mobilisées pour favoriser les industries locales au détriment des industriels occidentaux. Ce patriotisme économique donne une base arrière solide aux entreprises locales, qui, grâce aux prix plus élevés obtenus sous le parapluie protecteur de l’Etat, assure une stabilité propice aux investissements pour l’avenir.

Le modèle de développement asiatique, bien loin des idéaux néolibéraux, est dirigiste, protectionniste et patriote. À travers une politique industrielle menée dans la durée, l’Etat donne une direction ferme à l’économie et protège son territoire national de l’anarchie commerciale. En gros, ce modèle de développement est l’exact contraire de la voie suivie par l’Europe d’aujourd’hui, libérale, libre-échangiste et supranationale. La divergence des taux de croissance donne sans doute une bonne indication de la pertinence des deux modèles

Un président qui rassure

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Laurent Blanc
Laurent Blanc fixe ses conditions.

Il fallait boucler la boucle. En terminer avec toute cette série d’articles sur l’équipe de France dans un carnet politique. Et le faire en sachant que le football se soit séparé une bonne fois pour toute de la politique et ait retrouvé son seul compagnon légitime : le sport.

Le foot français : un bal des égos ?

Le sport, on l’a beaucoup oublié ces derniers temps. Comme en politique, le bal des égos étouffait tout le reste. Un sélectionneur boursouflé par l’importance de sa petite personne, allant jusqu’à faire sa demande en mariage en direct à la télé aussitôt l’élimination de la France actée au championnat d’Europe 2008 ; un président de Fédé qui le reconduit, encouragé par un directeur national technique, Gérard Houillier, pas connu pour son humilité non plus, lequel préférant que reste en place un sélectionneur affaibli. Et, c’était sans compter les joueurs. Ceux sur lesquels comptait justement Raymond Domenech. Son épine dorsale, Gallas, Abidal, Malouda, Anelka, Evra et Ribéry, les lideurs sur lesquels il comptait s’appuyer. Ceux-là, aussi, ont décidé d’arrêter de faire du sport. En snobant honteusement une ministre, laquelle, il est vrai, n’était pas très inspirée. En mettant de côté, le joueur éduqué, poli, et trop amoureux de considérations technico-tactiques, qu’était Yoann Gourcuff, ils se comportaient certes un peu comme des caïds de collège, mais plus encore comme ces personnalités politiques qui étouffent dans l’œuf les jeunes talents qui pourraient leur faire de l’ombre. Une histoire de sponsors et de gros sous, mais surtout d’égos d’autant plus surdimensionnés que les cervelles étaient petites. Et puis cette histoire de bus, un dimanche. Pitoyable. Des mecs qui refusent de s’entraîner parce que l’un des leurs avait été exclu pour avoir insulté le sélectionneur qui lui avait tendu la main quelques années auparavant, alors qu’il était tricard, ce même joueur qui accepte de jouer pour les couleurs d’un peuple qu’il trouve hypocrite.

On ne fera croire à personne, et d’ailleurs personne ne le croit vraiment, que les vingt-trois joueurs aient tous trouvé cette idée géniale. Cette pantalonnade[1. J’ai trop de respect pour le droit de grève pour l’utiliser à propos de ce triste refus de s’entraîner. La sélection nationale est un cadeau. On ne fait pas grève de cadeaux.], qui s’est terminée par notre défaite logique contre l’Afrique du Sud, était menée par quelques uns. Les autres n’ont eu qu’à suivre. Il nous reste à savoir si ce suivisme était dû à l’intimidation, à leur faiblesse, la lassitude ou un mélange savant des trois. Les différents meneurs ont eu beau jeu d’assurer le contraire à leur retour à Paris, personne n’est vraiment dupe[2. Au passage, je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi c’est précisément l’un d’entre eux que le Président de la République a reçu à l’Elysée. Dans tous les cas, il ne pouvait pas s’agir d’un hommage à la grève – une vraie, celle-ci – qui rassemblait plusieurs millions de personnes ce jour là.].

Laurent Blanc : une solution pour l’équipe de France ?

Et puis vint Laurent Blanc. Certes, on peut dire que de l’avoir choisi si tôt a sans doute encore affaibli davantage Domenech dans son autorité. Certes, cela avait sans doute aussi déstabilisé l’équipe bordelaise dont Blanc était toujours l’entraîneur au point que le onze girondin ratait complètement sa fin de saison 2009-2010. Mais c’était à l’évidence un bon choix ; le dernier, et sans doute le seul, du Président de la fédération aujourd’hui démissionnaire. Les différentes interventions du nouveau sélectionneur sont rassurantes. Parce qu’il ne fait pas de politique, lui. Parce ce qu’il cause sport, envie de jouer, philosophie tactique. Et qu’il veut faire à nouveau aimer l’équipe de France, alors que son prédécesseur prenait un malin plaisir à la faire détester. Sa première décision n’est pas anodine : il interdit les fameux casques que les joueurs portaient sur leurs oreilles à la sortie du bus, ignorant superbement le public qui les attendait. Symboles de leur fermeture au monde extérieur, de la bulle dans laquelle ils étaient reclus. Avec Laurent Blanc, il faudra adhérer au projet de jeu. Ou s’en aller. Dans l’absolu, dit-il, un bon joueur avec une mentalité pourrie peut être sélectionné à condition qu’on puisse le faire évoluer dans le bon sens ; s’il refuse, il s’exclura de lui-même. On ne saurait mieux dire. Thuram lui a sans doute rendu un grand service en demandant des sanctions lourdes contre certains meneurs. Son ancien partenaire de France 98 a joué un rôle de poisson-pilote en tordant le bâton le plus loin possible, comme aurait dit Lénine. Plus généreux mais non moins ferme, Blanc dit à Ribéry, Evra ou Abidal : vous pouvez revenir, mais à mes conditions ; d’autres que moi vous auraient exclus.

On nous reprochera sans doute de faire dans le « tout nouveau, tout beau ». Peut-être. Il n’empêche que Laurent Blanc rassure par ses premières décisions et son discours axé sur le seul sport. Il rassure aussi par son charisme. Ce n’est pas pour rien que, dès le début de sa carrière, il a été surnommé le Président. Doté d’une autorité naturelle, on se plaît à le respecter et on se sent tranquillisé, protégé. Ce Président qui rassure, pour l’équipe de France, m’inspire confiance. Je pense ne pas être le seul. Mais avons-nous vraiment le choix devant le champ de ruines que laissent Abidal, Evra, Henry, Anelka ou Domenech ?

Affaire al Doura : un échec en forme de victoire

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Après avoir gagné son procès en diffamation contre Canal+, Philippe Karsenty a été débouté de sa plainte contre L’Express. Mais certaines défaites font plus pour la cause défendue qu’une victoire, et la lecture du jugement rendu le 1er juillet ne fait que renforcer celui du 10 juin dans le procès Karsenty/Canal+. Rappelons que la chaîne cryptée avait diffusé le 24 avril 2008 un documentaire mettant en parallèle les révisionnistes des attentats du 11 septembre et ceux qui s’opposent à France 2 et Charles Enderlin dans le cadre de l’affaire al Doura. Le jour même de la diffusion du film sur Canal+, le site internet de L’Express a publié un article consacré au documentaire et signé par Vincent Hugeux. Elogieux, le journaliste de L’Express déclarait d’emblée à ses lecteurs qu’il s’agit non moins d’un « documentaire d’utilité publique » pour leur raconter par la suite que « Stéphane Malterre a pris soin de rencontrer acteurs et témoins, tel le père du petit Mohammed ou le brancardier qui a acheminé son corps sans vie jusqu’à la morgue, pour démonter le procès instruit contre l’un des chroniqueurs les plus aguerris et les plus honnêtes du conflit israélo-palestinien ». Louanges que les juges de la 1re chambre n’auraient très probablement pas partagés. Selon eux, Hugeux s’est trompé concernant la qualité du travail de Malterre où ils discernent « un manque d’objectivité exclusif de la bonne foi alléguée ». La cour quant à elle, a estimé qu’il s’agit plutôt d’« allégations diffamatoires »… Or, à la différence de Stéphane Malterre, l’auteur du film, les mêmes juges ont cette fois-ci conclu que malgré le caractère clairement diffamatoire de ses propos, Vincent Hugeux a agi de bonne foi, estimant à tort que l’enquête bâclée et tendancieuse diffusé par Canal+ était un travail de journaliste professionnel. On peut donc difficilement parler de victoire pour ceux qui rêvent d’imposer une version officielle et unique de l’affaire Enderlin…

Woerth, et après ?

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Eric Woerth
Eric Woerth.

Je ne sais fichtre pas de quoi Eric Woerth est coupable, et donc de quoi il est innocent. Au sens judiciaire, s’entend. Et ce n’est pas une copie de cassette audio ou un PV d’audition à la Brigade financière qui me fabriqueront une opinion. Ceux qui ont déjà tranché, ceux qui considèrent qu’un majordome ou qu’une comptable ne peuvent dire que la vérité absolue sont manifestement amateurs de justice expéditive. C’est un choix qui peut à la rigueur se défendre, sauf qu’en général les lyncheurs du moment n’ont jamais de mots assez vibrants pour rappeler leur attachement viscéral à l’Etat de droit. Je rigole.

Étant assez peu confiant en la justice de mon pays, je ne me cacherai même pas derrière l’attente d’une éventuelle décision pénale pour me faire une opinion. Ni Roland Dumas, ni Jacques Chirac n’ont fait un seul jour de prison, ça ne les rend pas forcément plus innocents que le clampin qui s’est fait coincer par les gendarmes au volant d’une Twingo volée.

Cela dit, si je n’ai pas d’opinion technique sur le dossier, j’ai une opinion politique. C’est que Woerth mérite des claques. Si la femme de César doit être insoupçonnable, c’est tout aussi vrai pour celle du ministre du Budget. Et il aurait dû incontestablement demander à son épouse de se chercher du travail ailleurs que chez la première contribuable de France. Il va de soi que dans un couple civilisé, on discute : Madame aurait parfaitement pu insister mordicus pour aller bosser chez Liliane, mais alors, là, c’était à Eric de démissionner de Bercy. Ça s’appelle le principe de précaution, et je croyais bêtement que, sauf moi, tout le monde était pour. Ce grand principe, on l’a oublié juste au moment où il fallait pas, pour le plus grand tort de l’UMP, du président et d’Eric Woerth. Gageons que les deux premiers s’en sortiront tant bien que mal, ce qui est loin d’être gagné pour le dernier. Les claques dont je parlais plus haut, c’est le ministre-trésorier qui devrait se les coller à lui-même, si ce n’est déjà fait.

Ce scénario vertueux du non-mélange des genres restera donc imaginaire. Eut-il pris corps, Florence Woerth serait-elle allé exercer ses compétences financières à la Croix-Rouge ou chez Emmaüs, notre vie politique en aurait-elle été assainie ? Euh… Si on veut bien me laisser être sérieux deux minutes, chacun sait qu’il n’y a pas d’argent propre en politique. Qui honnêtement croit dans ce pays que les ressources des partis proviennent uniquement des militants, des sympathisants et du financement public tel qu’il est encadré par loi ?

Personne n’y croit, ou alors les petits enfants, ou quelques personnes très âgées. Chacun sait qu’il n’y a pas qu’à Neuilly qu’on glisse des grosses coupures dans des enveloppes kraft demi format (note à l’attention de Me Kiejman : « Neuilly » a bien entendu ici une acception métaphorique, je ne parle de personne en particulier). Il y a une longue histoire d’amour franco-française entre les partis et l’argent liquide. Et quand ce n’est pas du cash, ce sera un chèque versé opportunément à une association d’insertion six mois avant l’ouverture d’un hypermarché. Ou bien, s’il s’agit de babioles d’une autre ampleur, une rétro-commission de plusieurs milliards sur un compte aux Iles Cayman. Chacun donne ce qu’il peut, c’est ça aussi la démocratie.

Non, il n’y a pas d’argent propre en politique, il n’y a que des pauvres couillons qui se font gauler, alors que d’autres passent entre les mailles. J’ai la faiblesse de penser que l’immense majorité des électeurs en ont conscience, et que, comme moi, ça ne les dérange pas plus que ça. À preuve, ça ne les a pas empêchés de réélire triomphalement Alain Juppé, Jean-Paul Huchon et bien d’autres, malgré leur condamnations judiciaires.

Sans financement occulte, pas de partis politiques. Sans partis, pas de démocratie. Réfléchissez et choisissez !

Bac à lauréats ?

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Bac

A quoi peut encore servir le baccalauréat, diplôme dévalué, puisqu’on le donne à tout le monde ? Pas loin de 90 % des élèves vont l’obtenir, pour s’apercevoir qu’il n’est qu’une hypocrisie et une supercherie…

La télé nous montre tous les ans les mêmes images : des lycéens qui font la queue devant des feuilles A4 placardées à la porte des lycées de France et de Navarre. Il y a ceux qui exultent, et quelques-uns, plus rares qui font la tête : il va falloir qu’ils en passent par le rattrapage.

Au bout du compte, ils auront presque tous obtenus un diplôme qui ne leur servira à rien.
Que peut-on faire avec son bachot ? Entrer à l’université ? De moins en moins. Les entrées dans les universités sont de plus en plus sélectives. Autre hypocrisie, qui veut que l’on sélectionne sans le dire. Alors va pour l’université : des centaines milliers de bacheliers frais émoulus vont encombrer des facs de première année et, au bout du compte, il se trouvera peut-être 15 % d’étudiants qui obtiendront un diplôme. Les autres auront perdu leur temps, et le contribuable de l’argent. Les filières des sciences humaines et des langues ressembleront aux autoroutes les jours de mauvaise humeur de Bison futé et les étudiants, ainsi que leurs professeurs, s’apercevront qu’ils ne savent toujours pas écrire le français, parce que dans les délires de l’Education nationale on préfère toujours faire des têtes bien faites que des têtes bien pleines.

Hypocrisie tout du long, mensonge public. Il y a des lustres que l’on ne peut plus rien faire de son bac. Il en va du « premier diplôme universitaire » comme il en est allé du fameux « brevet des collèges » : sert à rien, donné à tout le monde.

Le bac, faudrait le donner à tout le monde

Peut-être, pour économiser du temps et de l’argent, faudrait-il, en effet, le donner à tout le monde, sans épreuve. Les quinze pour cent d’élèves les moins bien notés redoubleraient et l’obtiendraient l’année suivante. Il n’y a que les ânes, comme Jean-Pierre Bêle-Fort, inventeur de cette honteuse galéjade, qui se regorgent encore de ces résultats de succès qui frisent les cent pour cent. Une grande victoire républicaine en effet…

Les autres ont bien compris : dans les lycées l’esprit de compétition fait des ravages. On se met en lice pour les prépas. Hors les grandes écoles, point de salut. L’égalitarisme républicain trouve ses limites. Ou bien l’on s’en va étudier dans des universités prestigieuses, cotées et très chères à l’étranger; à condition de présenter un dossier en béton et passer des épreuves d’admission.

Autre hypocrisie, donc, l’égalité républicaine consiste à transformer un diplôme en chiffon de papier, un bon coup de démagogie, alors tout le monde sait que les vraies diplômes, et les vraies bonnes places, seront pour les gamins les plus futés et les plus riches qui se les garderont. Les plus futés et les plus riches, avez-vous remarqué, ce sont les mêmes. Et des générations d’énarques, issus pour la plupart, de ces milieux favorisés ont bétonné le système, institutionnalisant l’injustice.

Il est beaucoup plus difficile de passer le permis de conduire que d’obtenir son bac, et l’on gagne beaucoup plus d’argent en faisant un CAP de cuisinier ou un BEP de boulanger qu’en tentant de devenir sociologue, comme tous ceux qui ne savent pas quoi faire de leur vie et qui répugnent à travailler de leurs mains.

Alors, qui sera assez conséquent pour dire et décider que le bac est lié à des efforts et du travail, et qu’il est aussi un instrument de sélection ? La sélection ? Quoi qu’en disent les sentencieux, la sélection est une vertu républicaine. Une vertu, parfaitement, en ce qu’elle endigue la médiocrité, le moyennisme de l’égalitarisme borné. Car l’égalité républicaine est une égalité des chances, par une égalité de résultats… Ce serait trop facile autrement.

Sarkozy perd l’égérie française

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Quand ça ne veut pas, ça ne veut pas. Voilà que Nicolas Sarkozy est lâché, par ces jours de canicule et de tourmentes ministérielles, par Brigitte Bardot elle-même. Et il semblerait que cette fois-ci, la colère contre le président de la Madone des bébés phoques et des ânes castrés dépasse largement l’habituel registre de la cause animale.

Dans un communiqué à l’AFP, intitulé « Coup de gueule au chef de l’état », elle déclare notamment : « Vous, et vos ministres aussi inutiles que lâches à la limite de la malhonnêteté et du ridicule, n’arrivez pas et n’arriverez plus à satisfaire la population française qui vous a élu en 2007 croyant dur comme fer à vos promesses non tenues ! ». Le président doit se sentir soudain bien seul : non seulement BB lui fait le coup du mépris mais en plus il sait désormais qu’il ne pourra pas compter sur elle en cas de malheur.

Et mes fessées, tu les aimes, mes fessées?

Eric Woerth, protecteur ou bouclier ?

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Eric Woerth
Eric Woerth.

Les révélations d’un « pool » de banquiers suisses sur la présence très fréquente et récurrente de Mme Woerth à Genève dans le cadre de ses activités de gestion de fortune de Mme Bettencourt sont très embarrassantes. Très très embarrassantes. Eric Woerth, ministre du Budget ne pouvait pas ignorer que la cliente unique de sa femme avait au minimum des activités suspectes en Suisse et vraisemblablement des comptes non déclarés au fisc français.

Seulement, on ne voit pas pourquoi Eric Woerth aurait dû demander à ses services fiscaux de déclencher une enquête approfondie sur la situation fiscale de Mme Bettencourt : à quoi cela aurait-il servi dès lors que celle-ci était protégée par le bouclier fiscal mis en place par Eric Woerth lui-même ? Imaginons par hypothèse que les enquêteurs du fisc aient découvert les 75 millions d’euros dissimulés en Suisse, que ce serait-il passé ? Eh bien, ils auraient demandé à Mme Bettencourt (c’est-à-dire à ceux qui géraient sa fortune) de les notifier dans une déclaration de revenus modificative, les auraient imposés à hauteur de 40 % (tranche marginale de l’IR), et y auraient ajouté une amende de 20% : au total, Liliane Bettencourt aurait payé environ 45 millions d’euros supplémentaires d’impôt sur le revenu. En tout cas en théorie.

En effet, madame Bettencourt était protégée par le bouclier fiscal dont elle avait atteint le seuil (50 % de ses revenus versés au fisc). Aussi l’administration fiscale lui aurait-elle illico remboursé ces 45 millions qui se seraient ajoutés au chèque de 30 millions que le fisc lui avait fait parvenir. Eric Woerth ne pouvait l’ignorer : à quoi bon, pouvait-il se dire, enquêter sur ces pratiques fiscales douteuses puisque le bouclier fiscal les protège ?

La faute « ontologique » d’Eric Woerth, pour employer un mot à la mode, n’est pas d’avoir été le protecteur fiscal de Liliane Bettencourt, mais son bouclier. Cette faute n’est pas morale ni judiciaire, elle est politique. La condamnation populaire qui frappe actuellement le ministre n’est pas celle d’un homme mais d’un système. On ne peut pourtant pas le qualifier de bouc-émissaire, car il était l’agent lucide et volontaire de cette politique et de ce système qui plaçait et continue de placer les intérêts particuliers d’une oligarchie financière avant les intérêts de l’Etat et de la Nation.

Eric Woerth paiera le prix de cette faute politique majeure. Nicolas Sarkozy aussi.

Lynchage mondialisé

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Roman Polanski
Roman Polanski.

On n’est pas obligé d’aimer le personnage de Yann Moix, ni son travail de feuilletoniste littéraire au Figaro. Il a parfois l’arrogance bien complaisante pour les puissants du moment et c’est d’une manière un peu attendue qu’il manie le hachoir du paradoxe, toujours à la limite d’incarner la figure murayienne du rebellocrate.

« L’e-meute », la nouvelle doxa électronique

Ceci dit, en se lançant dans un combat pour Polanski où il n’y a que des coups à prendre, il ne manque pas d’un certain panache. « J’ai juré de vous émouvoir, d’amitié ou de colère, qu’importe ! », annonçait crânement Bernanos à ses lecteurs, dans La Grande peur des bien-pensants. C’est aussi le pari de Moix dans La Meute, où la rigueur amère des démonstrations stylées se teinte parfois d’un certain désespoir.

[access capability= »lire_inedits »]« Je suis polanskiste », déclare Moix. Et il l’est de manière souvent excessive, parfois choquante mais toujours argumentée. Pour Moix, ce que dit l’affaire Polanski sur notre société est à la fois très moderne et très archaïque. Si elle a suscité autant de passions, c’est qu’elle renvoie à l’idée que nous nous faisons de la justice, à notre rapport à cette exception insupportable qu’est le génie de l’artiste dans les sociétés démocratiques ou encore au rôle tout à fait nouveau d’Internet qui fait se multiplier en temps réel et dans le plus confortable des anonymats les calomniateurs d’un jour, dans une néo-doxa électronique que Moix appelle joliment, l’« e-meute » : « Vous ne voulez pas savoir de quoi Polanski est coupable exactement. Vous voulez qu’il soit exactement coupable. Le coupable exact. Qu’il réponde à la définition la plus exacte du mot coupable. »

Moix analyse intelligemment cette façon qu’a notre époque de nier la durée et la mise en perspective historique. Qu’y a-t-il de commun entre un homme de 40 ans au moment des faits et celui qu’on voudrait juger… trente-deux ans après, sans la moindre prescription, comme si l’on avait affaire à un criminel contre l’humanité ? Qu’y a-t-il de commun entre l’accusation de pédophilie − d’ailleurs parfaitement mensongère concernant Polanski −, avant et après l’affaire Dutroux, qui est un point de non-retour dans l’horreur comme le fut Auschwitz dans l’antisémitisme ?

« C’est la procédure qui, insensiblement, devient le jugement »

La méditation de Moix s’appuie cependant sur deux ou trois faits incontestables pour étayer ses partis pris. Ainsi a-t-on soigneusement oublié de préciser, du côté des partisans de la mise à mort, que Polanski n’avait jamais été accusé de viol mais de détournement de mineur et que la victime, aujourd’hui quadragénaire, a depuis longtemps retiré sa plainte et dit à de nombreuses reprises que l’acharnement de la justice américaine à médiatiser l’affaire lui avait fait plus de mal que Polanski lui-même.

C’est donc sans avoir besoin de forcer l’interprétation que Moix, qui parsème son livre de citations-miroirs du Procès de Kafka, montre la communauté de destins entre Joseph K. et Roman P.  dans cette affaire où « c’est la procédure qui, insensiblement, devient le jugement ».

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Couillus, les Tchèques !

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Les négociations pour la formation du gouvernement de centre-droit issu des élections du 28 mai en République Tchèque ont enfin abouti à un compromis entre les trois partis constituant la nouvelle majorité: l’ODS obtient le poste de premier ministre pour son nouveau leader Petr Necas, Top09, un nouveau parti conservateur et pro-européen, le ministère des affaires étrangères pour le prince Karel Schwarzenberg, et le Parti des affaires publiques, un rassemblement anti-corruption fondé par le journaliste vedette Radek John, le ministère de l’intérieur.

Ce gouvernement sera le seul des pays membres de l’Union européenne à ne compter aucune femme. Dans l’esprit du brave soldat Chveïk et de son créateur, Jaroslav Hasek, fondateur du « Parti modéré du progrès dans les limites de la loi », les nouveaux dirigeants de Prague ont décidé souverainement de gouverner tranquillement entre mecs. « C’était pas prévu d’avance, mais ça s’est terminé comme ça ! » répondent-ils aux féministes locales qui sont furieuses. Qu’on leur laisse un chance, bordel! S’ils se plantent, le prochain gouvernement sera à 100% meufs.

Chasse présidentielle au Sénégal

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Jean-Christophe Rufin
Jean-Christophe Rufin.

La vie des ambassadeurs nommés « au tour extérieur », c’est-à-dire par le fait du prince, n’est jamais un long fleuve tranquille. Ils sont généralement l’objet de la vindicte des diplomates de carrière qui voient ainsi leur échapper quelques postes prestigieux et bien rémunérés au profit de personnalités que le locataire l’Elysée tient à remercier pour services rendus à la patrie, et accessoirement à lui-même.

La pratique n’est pas nouvelle. Ainsi, Philippe Berthelot secrétaire général du Quai d’Orsay sous la IIIème République avait une formule toute prête lorsqu’un ministre ou un président du Conseil lui proposait un de ses protégés pour un poste d’ambassadeur : « Si c’est un homme d’une envergure et d’une intelligence exceptionnelle, je l’accueille bien volontiers. Mais si c’est un médiocre, j’ai tout ce qu’il me faut dans cette maison… ». Il paraît que cette boutade évita quelques nominations de complaisance par le pouvoir politique.

En dressant le bilan de ce type de nominations depuis 1981, il faut bien constater qu’il est pour le moins contrasté. Quelques hommes nommés par François Mitterrand s’en sont tirés avec les honneurs : Gilles Martinet fut un grand ambassadeur à Rome, et François-Régis Bastide assuma fort honorablement des missions qui lui furent confiées à Copenhague et à Vienne. On ne peut en dire autant de Georges Vinson, un médecin ami personnel de Mitterrand qui se fit prendre la main dans le sac à faire copier par des habiles faussaires thaïs le mobilier authentique XVIIIème de l’ambassade de Bangkok pour se l’approprier, et laisser les copies à son successeur.

Eric Rouleau ne relève pas de la catégorie de ces escrocs primitifs, encore qu’il ait laissé de cuisants souvenirs dans les services financiers du Quai obligés de subir les foucades immobilières dispendieuses de ce protégé du président. L’ancien journaliste au Monde fut ainsi nommé en 1985 ambassadeur à Tunis en raison de ses liens étroits avec Yasser Arafat, qui s’était établi en Tunisie après son expulsion du Liban, et avec Mouammar Kadhafi[1. L’épouse d’Eric Rouleau, Rosie, aujourd’hui décédée, était la photographe personnelle de Kadhafi.] avec lequel Paris était en délicatesse depuis l’incendie de l’ambassade de France à Tripoli et du saccage du centre culturel de Benghazi en 1980. Pour résumer, son activité était plus celle d’un ambassadeur de l’OLP et de la Libye auprès de la France que l’inverse, et sa familiarité avec les potentats arabes se doublait d’une détestation viscérale d’Israël, qu’il pratique encore aujourd’hui dans les colonnes du Monde diplomatique.

Jean-Christophe Rufin fait partie de la fournée des ambassadeurs non professionnels nommés par Nicolas Sarkozy, avec le journaliste et écrivain Daniel Rondeau à Malte et le journaliste Roger Auque en Erythrée.

Homme aux multiples talents, médecin de formation, diplômé de Sciences-Po, il s’engage dans l’action humanitaire à Médecins sans frontières, où il côtoie Bernard Kouchner et Claude Malhuret, au cabinet duquel il appartient lorsque ce dernier fut nommé secrétaire d’Etat à l’action humanitaire dans le gouvernement Chirac en 1986, avant de rejoindre celui du ministre de la défense François Léotard. Il fut également directeur d’Action contre la faim (ACF) et en plus romancier à succès (prix Goncourt), académicien français en 2008. Avant sa nomination, en juin 2007, comme ambassadeur à Dakar, il résidait la plupart du temps à Saint Nicolas de Véroce en Haute-Savoie et il m’arrivait de le croiser dans mes alpages à moi, en route vers une escalade dans le massif du Bargy. Même un Philippe Berthelot aurait été obligé de s’incliner devant ce palmarès qui qualifiait indiscutablement Rufin pour représenter la France dans le pays de feu Léopold Sedar Senghor.

L’ambassadeur victime des mœurs politiques françafricaines

Celui qui occupe aujourd’hui le fauteuil présidentiel du chantre de la négritude, l’octogénaire Abdoulaye Wade, n’a pas tardé à prendre ombrage des analyses sans concessions de Rufin sur le mode de gouvernance du président sénégalais : corruption généralisée, népotisme visant à préparer l’accession de son fils Karim à la charge suprême, dépenses pharaoniques alors que le peuple vit dans la misère. Ces remarques étaient transmises au Quai par la voie habituelle des télégrammes diplomatiques chiffrés, censés rester confidentiels jusqu’à leur ouverture aux chercheurs au bout de quelques décennies. Mais outre la tare originelle de sa non-appartenance à la Carrière, Rufin s’était mis à dos la « rue arabe » du Quai d’Orsay, ces diplomates acquis aux thèses palestiniennes dans le conflit du Proche-Orient. Ces derniers n’avaient pas digéré son rapport de 2004 sur la montée de l’antisémitisme sous le masque de l’antisionisme des banlieues. Il s’était d’ailleurs fait remonter les bretelles dans Le Monde diplomatique pour avoir osé affirmer que l’autorité palestinienne de Yasser Arafat n’était pas étrangère au déclenchement de la deuxième Intifada en octobre 2000…Alors, ce qui devait arriver arriva, et la « rue arabe » utilisa son canal habituel de délation, Claude Angéli et Le Canard enchaîné, pour révéler publiquement le contenu des télégrammes de Rufin. Cela fait maintenant plus d’un an que Wade, soutenu par l’homme d’affaires libanais Robert Bourgi, intermédiaire patenté des relations entre l’Elysée et les potentats africains cherchaient à obtenir la tête de Rufin. Ils ont fini par obtenir gain de cause, et même par suggérer à Sarkozy le nom de son successeur, Nicolas Normand, ancien ambassadeur au Congo-Brazzaville, où il avait, semble-t-il, donné toute satisfaction au despote éclairé au pétrole Denis Sassou-Nguesso…

Tout s’est donc passé selon les désirs d’Abdoulaye Wade, que je ne manquerais pas d’aller consulter si l’envie me prend d’aller pantoufler dans une ambassade africaine avant de devenir définitivement gâteux. Cet homme semble avoir le bras long pour ce qui est du piston, et ce n’est qu’un bref mauvais moment à passer que d’aller lui baiser les babouches.

En hommage à la regrettée Geneviève Tabouis qui traînait ses oreilles dans les chancelleries pour prophétiser tous les jours sur Radio-Luxembourg, « Attendez-vous à savoir » que Jean-Christophe ne Rufin ne va pas se contenter de bouder devant la cheminée de son chalet haut-savoyard, mais qu’il est bien décidé à parler publiquement de mœurs politiques franco-africaines. On est tout ouïe.

Asie : le libre-échange, mais ailleurs

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Mao
Le protectionnisme fleurit au pays du président Mao.
Mao
Le protectionnisme fleurit au pays du président Mao.

C’est un des mythes les plus tenaces de la théorie économique : le développement du Japon, de la Corée du Sud et de la Chine démontrerait les bienfaits du libre-échange. Et si c’était l’inverse qui était vrai ?

Libre-échange chez les autres, protectionnistes chez eux

En fait, la réalité du développement économique de ces pays est tout autre. Les plus grandes puissances économiques du Sud-est Asiatique comptent sur l’ouverture commerciale des autres pays pour pousser leur exportation le plus loin possible tout en protégeant fortement leur marché intérieur et leurs entreprises. Ce n’est pas un hasard si plus de 95 % des voitures vendues dans ces trois pays sont produites localement, contrairement à ce qui se passe aux Etats-Unis et en Europe.

L’exemple de la Chine est particulièrement parlant. Il y a une vingtaine d’années, ce pays a décidé de développer une industrie automobile. L’Etat a donc mis en place des droits de douane de plus de 100 % sur les importations de véhicules, imposant à tous les constructeurs d’ouvrir des usines de montage sur place. Et pour s’assurer un transfert de technologie, la Chine a également imposé qu’un partenaire local détienne la moitié de l’entreprise. Dans un second temps, la Chine a remonté les droits de douane sur les pièces détachées pour faire venir l’ensemble de la filière sur son territoire.

Ensuite, une fois la pompe amorcée, les droits de douane sur les véhicules importés ont été diminués (à 35 % tout de même) et les anciens partenaires des constructeurs occidentaux se sont lancés eux-mêmes dans la production leurs propres véhicules, souvent des copies de modèles occidentaux au démarrage. Finalement, la filière s’apprête à passer bientôt à la phase ultime – l’exportation.

Un modèle dirigiste, protectionniste et patriote

Même si le chemin n’est pas exactement le même, il est difficile de ne pas voir dans la politique de la Chine une réplique du modèle japonais. Les pays asiatiques ont compris qu’une ouverture anarchique et dogmatique de leur marché intérieur les empêchera de construire une forte industrie locale. Comme une jeune pousse, une Il une industrie naissante a besoin de protection pour lui permettre de se développer, se renforcer et, en fin de processus, se tourner vers l’exportation. Voilà ce que montre le modèle asiatique.

Et d’ailleurs la douane n’est pas le seul outil utilisé par les pays asiatiques conservent une protection de leur marché intérieur. Comme le montre l’article de Hexaconso publié par Marianne2, normes et des règlements sont aussi mobilisées pour favoriser les industries locales au détriment des industriels occidentaux. Ce patriotisme économique donne une base arrière solide aux entreprises locales, qui, grâce aux prix plus élevés obtenus sous le parapluie protecteur de l’Etat, assure une stabilité propice aux investissements pour l’avenir.

Le modèle de développement asiatique, bien loin des idéaux néolibéraux, est dirigiste, protectionniste et patriote. À travers une politique industrielle menée dans la durée, l’Etat donne une direction ferme à l’économie et protège son territoire national de l’anarchie commerciale. En gros, ce modèle de développement est l’exact contraire de la voie suivie par l’Europe d’aujourd’hui, libérale, libre-échangiste et supranationale. La divergence des taux de croissance donne sans doute une bonne indication de la pertinence des deux modèles

Un président qui rassure

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Laurent Blanc
Laurent Blanc fixe ses conditions.
Laurent Blanc
Laurent Blanc fixe ses conditions.

Il fallait boucler la boucle. En terminer avec toute cette série d’articles sur l’équipe de France dans un carnet politique. Et le faire en sachant que le football se soit séparé une bonne fois pour toute de la politique et ait retrouvé son seul compagnon légitime : le sport.

Le foot français : un bal des égos ?

Le sport, on l’a beaucoup oublié ces derniers temps. Comme en politique, le bal des égos étouffait tout le reste. Un sélectionneur boursouflé par l’importance de sa petite personne, allant jusqu’à faire sa demande en mariage en direct à la télé aussitôt l’élimination de la France actée au championnat d’Europe 2008 ; un président de Fédé qui le reconduit, encouragé par un directeur national technique, Gérard Houillier, pas connu pour son humilité non plus, lequel préférant que reste en place un sélectionneur affaibli. Et, c’était sans compter les joueurs. Ceux sur lesquels comptait justement Raymond Domenech. Son épine dorsale, Gallas, Abidal, Malouda, Anelka, Evra et Ribéry, les lideurs sur lesquels il comptait s’appuyer. Ceux-là, aussi, ont décidé d’arrêter de faire du sport. En snobant honteusement une ministre, laquelle, il est vrai, n’était pas très inspirée. En mettant de côté, le joueur éduqué, poli, et trop amoureux de considérations technico-tactiques, qu’était Yoann Gourcuff, ils se comportaient certes un peu comme des caïds de collège, mais plus encore comme ces personnalités politiques qui étouffent dans l’œuf les jeunes talents qui pourraient leur faire de l’ombre. Une histoire de sponsors et de gros sous, mais surtout d’égos d’autant plus surdimensionnés que les cervelles étaient petites. Et puis cette histoire de bus, un dimanche. Pitoyable. Des mecs qui refusent de s’entraîner parce que l’un des leurs avait été exclu pour avoir insulté le sélectionneur qui lui avait tendu la main quelques années auparavant, alors qu’il était tricard, ce même joueur qui accepte de jouer pour les couleurs d’un peuple qu’il trouve hypocrite.

On ne fera croire à personne, et d’ailleurs personne ne le croit vraiment, que les vingt-trois joueurs aient tous trouvé cette idée géniale. Cette pantalonnade[1. J’ai trop de respect pour le droit de grève pour l’utiliser à propos de ce triste refus de s’entraîner. La sélection nationale est un cadeau. On ne fait pas grève de cadeaux.], qui s’est terminée par notre défaite logique contre l’Afrique du Sud, était menée par quelques uns. Les autres n’ont eu qu’à suivre. Il nous reste à savoir si ce suivisme était dû à l’intimidation, à leur faiblesse, la lassitude ou un mélange savant des trois. Les différents meneurs ont eu beau jeu d’assurer le contraire à leur retour à Paris, personne n’est vraiment dupe[2. Au passage, je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi c’est précisément l’un d’entre eux que le Président de la République a reçu à l’Elysée. Dans tous les cas, il ne pouvait pas s’agir d’un hommage à la grève – une vraie, celle-ci – qui rassemblait plusieurs millions de personnes ce jour là.].

Laurent Blanc : une solution pour l’équipe de France ?

Et puis vint Laurent Blanc. Certes, on peut dire que de l’avoir choisi si tôt a sans doute encore affaibli davantage Domenech dans son autorité. Certes, cela avait sans doute aussi déstabilisé l’équipe bordelaise dont Blanc était toujours l’entraîneur au point que le onze girondin ratait complètement sa fin de saison 2009-2010. Mais c’était à l’évidence un bon choix ; le dernier, et sans doute le seul, du Président de la fédération aujourd’hui démissionnaire. Les différentes interventions du nouveau sélectionneur sont rassurantes. Parce qu’il ne fait pas de politique, lui. Parce ce qu’il cause sport, envie de jouer, philosophie tactique. Et qu’il veut faire à nouveau aimer l’équipe de France, alors que son prédécesseur prenait un malin plaisir à la faire détester. Sa première décision n’est pas anodine : il interdit les fameux casques que les joueurs portaient sur leurs oreilles à la sortie du bus, ignorant superbement le public qui les attendait. Symboles de leur fermeture au monde extérieur, de la bulle dans laquelle ils étaient reclus. Avec Laurent Blanc, il faudra adhérer au projet de jeu. Ou s’en aller. Dans l’absolu, dit-il, un bon joueur avec une mentalité pourrie peut être sélectionné à condition qu’on puisse le faire évoluer dans le bon sens ; s’il refuse, il s’exclura de lui-même. On ne saurait mieux dire. Thuram lui a sans doute rendu un grand service en demandant des sanctions lourdes contre certains meneurs. Son ancien partenaire de France 98 a joué un rôle de poisson-pilote en tordant le bâton le plus loin possible, comme aurait dit Lénine. Plus généreux mais non moins ferme, Blanc dit à Ribéry, Evra ou Abidal : vous pouvez revenir, mais à mes conditions ; d’autres que moi vous auraient exclus.

On nous reprochera sans doute de faire dans le « tout nouveau, tout beau ». Peut-être. Il n’empêche que Laurent Blanc rassure par ses premières décisions et son discours axé sur le seul sport. Il rassure aussi par son charisme. Ce n’est pas pour rien que, dès le début de sa carrière, il a été surnommé le Président. Doté d’une autorité naturelle, on se plaît à le respecter et on se sent tranquillisé, protégé. Ce Président qui rassure, pour l’équipe de France, m’inspire confiance. Je pense ne pas être le seul. Mais avons-nous vraiment le choix devant le champ de ruines que laissent Abidal, Evra, Henry, Anelka ou Domenech ?

Affaire al Doura : un échec en forme de victoire

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Après avoir gagné son procès en diffamation contre Canal+, Philippe Karsenty a été débouté de sa plainte contre L’Express. Mais certaines défaites font plus pour la cause défendue qu’une victoire, et la lecture du jugement rendu le 1er juillet ne fait que renforcer celui du 10 juin dans le procès Karsenty/Canal+. Rappelons que la chaîne cryptée avait diffusé le 24 avril 2008 un documentaire mettant en parallèle les révisionnistes des attentats du 11 septembre et ceux qui s’opposent à France 2 et Charles Enderlin dans le cadre de l’affaire al Doura. Le jour même de la diffusion du film sur Canal+, le site internet de L’Express a publié un article consacré au documentaire et signé par Vincent Hugeux. Elogieux, le journaliste de L’Express déclarait d’emblée à ses lecteurs qu’il s’agit non moins d’un « documentaire d’utilité publique » pour leur raconter par la suite que « Stéphane Malterre a pris soin de rencontrer acteurs et témoins, tel le père du petit Mohammed ou le brancardier qui a acheminé son corps sans vie jusqu’à la morgue, pour démonter le procès instruit contre l’un des chroniqueurs les plus aguerris et les plus honnêtes du conflit israélo-palestinien ». Louanges que les juges de la 1re chambre n’auraient très probablement pas partagés. Selon eux, Hugeux s’est trompé concernant la qualité du travail de Malterre où ils discernent « un manque d’objectivité exclusif de la bonne foi alléguée ». La cour quant à elle, a estimé qu’il s’agit plutôt d’« allégations diffamatoires »… Or, à la différence de Stéphane Malterre, l’auteur du film, les mêmes juges ont cette fois-ci conclu que malgré le caractère clairement diffamatoire de ses propos, Vincent Hugeux a agi de bonne foi, estimant à tort que l’enquête bâclée et tendancieuse diffusé par Canal+ était un travail de journaliste professionnel. On peut donc difficilement parler de victoire pour ceux qui rêvent d’imposer une version officielle et unique de l’affaire Enderlin…

Woerth, et après ?

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Eric Woerth
Eric Woerth.

Je ne sais fichtre pas de quoi Eric Woerth est coupable, et donc de quoi il est innocent. Au sens judiciaire, s’entend. Et ce n’est pas une copie de cassette audio ou un PV d’audition à la Brigade financière qui me fabriqueront une opinion. Ceux qui ont déjà tranché, ceux qui considèrent qu’un majordome ou qu’une comptable ne peuvent dire que la vérité absolue sont manifestement amateurs de justice expéditive. C’est un choix qui peut à la rigueur se défendre, sauf qu’en général les lyncheurs du moment n’ont jamais de mots assez vibrants pour rappeler leur attachement viscéral à l’Etat de droit. Je rigole.

Étant assez peu confiant en la justice de mon pays, je ne me cacherai même pas derrière l’attente d’une éventuelle décision pénale pour me faire une opinion. Ni Roland Dumas, ni Jacques Chirac n’ont fait un seul jour de prison, ça ne les rend pas forcément plus innocents que le clampin qui s’est fait coincer par les gendarmes au volant d’une Twingo volée.

Cela dit, si je n’ai pas d’opinion technique sur le dossier, j’ai une opinion politique. C’est que Woerth mérite des claques. Si la femme de César doit être insoupçonnable, c’est tout aussi vrai pour celle du ministre du Budget. Et il aurait dû incontestablement demander à son épouse de se chercher du travail ailleurs que chez la première contribuable de France. Il va de soi que dans un couple civilisé, on discute : Madame aurait parfaitement pu insister mordicus pour aller bosser chez Liliane, mais alors, là, c’était à Eric de démissionner de Bercy. Ça s’appelle le principe de précaution, et je croyais bêtement que, sauf moi, tout le monde était pour. Ce grand principe, on l’a oublié juste au moment où il fallait pas, pour le plus grand tort de l’UMP, du président et d’Eric Woerth. Gageons que les deux premiers s’en sortiront tant bien que mal, ce qui est loin d’être gagné pour le dernier. Les claques dont je parlais plus haut, c’est le ministre-trésorier qui devrait se les coller à lui-même, si ce n’est déjà fait.

Ce scénario vertueux du non-mélange des genres restera donc imaginaire. Eut-il pris corps, Florence Woerth serait-elle allé exercer ses compétences financières à la Croix-Rouge ou chez Emmaüs, notre vie politique en aurait-elle été assainie ? Euh… Si on veut bien me laisser être sérieux deux minutes, chacun sait qu’il n’y a pas d’argent propre en politique. Qui honnêtement croit dans ce pays que les ressources des partis proviennent uniquement des militants, des sympathisants et du financement public tel qu’il est encadré par loi ?

Personne n’y croit, ou alors les petits enfants, ou quelques personnes très âgées. Chacun sait qu’il n’y a pas qu’à Neuilly qu’on glisse des grosses coupures dans des enveloppes kraft demi format (note à l’attention de Me Kiejman : « Neuilly » a bien entendu ici une acception métaphorique, je ne parle de personne en particulier). Il y a une longue histoire d’amour franco-française entre les partis et l’argent liquide. Et quand ce n’est pas du cash, ce sera un chèque versé opportunément à une association d’insertion six mois avant l’ouverture d’un hypermarché. Ou bien, s’il s’agit de babioles d’une autre ampleur, une rétro-commission de plusieurs milliards sur un compte aux Iles Cayman. Chacun donne ce qu’il peut, c’est ça aussi la démocratie.

Non, il n’y a pas d’argent propre en politique, il n’y a que des pauvres couillons qui se font gauler, alors que d’autres passent entre les mailles. J’ai la faiblesse de penser que l’immense majorité des électeurs en ont conscience, et que, comme moi, ça ne les dérange pas plus que ça. À preuve, ça ne les a pas empêchés de réélire triomphalement Alain Juppé, Jean-Paul Huchon et bien d’autres, malgré leur condamnations judiciaires.

Sans financement occulte, pas de partis politiques. Sans partis, pas de démocratie. Réfléchissez et choisissez !

Bac à lauréats ?

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Bac

Bac

A quoi peut encore servir le baccalauréat, diplôme dévalué, puisqu’on le donne à tout le monde ? Pas loin de 90 % des élèves vont l’obtenir, pour s’apercevoir qu’il n’est qu’une hypocrisie et une supercherie…

La télé nous montre tous les ans les mêmes images : des lycéens qui font la queue devant des feuilles A4 placardées à la porte des lycées de France et de Navarre. Il y a ceux qui exultent, et quelques-uns, plus rares qui font la tête : il va falloir qu’ils en passent par le rattrapage.

Au bout du compte, ils auront presque tous obtenus un diplôme qui ne leur servira à rien.
Que peut-on faire avec son bachot ? Entrer à l’université ? De moins en moins. Les entrées dans les universités sont de plus en plus sélectives. Autre hypocrisie, qui veut que l’on sélectionne sans le dire. Alors va pour l’université : des centaines milliers de bacheliers frais émoulus vont encombrer des facs de première année et, au bout du compte, il se trouvera peut-être 15 % d’étudiants qui obtiendront un diplôme. Les autres auront perdu leur temps, et le contribuable de l’argent. Les filières des sciences humaines et des langues ressembleront aux autoroutes les jours de mauvaise humeur de Bison futé et les étudiants, ainsi que leurs professeurs, s’apercevront qu’ils ne savent toujours pas écrire le français, parce que dans les délires de l’Education nationale on préfère toujours faire des têtes bien faites que des têtes bien pleines.

Hypocrisie tout du long, mensonge public. Il y a des lustres que l’on ne peut plus rien faire de son bac. Il en va du « premier diplôme universitaire » comme il en est allé du fameux « brevet des collèges » : sert à rien, donné à tout le monde.

Le bac, faudrait le donner à tout le monde

Peut-être, pour économiser du temps et de l’argent, faudrait-il, en effet, le donner à tout le monde, sans épreuve. Les quinze pour cent d’élèves les moins bien notés redoubleraient et l’obtiendraient l’année suivante. Il n’y a que les ânes, comme Jean-Pierre Bêle-Fort, inventeur de cette honteuse galéjade, qui se regorgent encore de ces résultats de succès qui frisent les cent pour cent. Une grande victoire républicaine en effet…

Les autres ont bien compris : dans les lycées l’esprit de compétition fait des ravages. On se met en lice pour les prépas. Hors les grandes écoles, point de salut. L’égalitarisme républicain trouve ses limites. Ou bien l’on s’en va étudier dans des universités prestigieuses, cotées et très chères à l’étranger; à condition de présenter un dossier en béton et passer des épreuves d’admission.

Autre hypocrisie, donc, l’égalité républicaine consiste à transformer un diplôme en chiffon de papier, un bon coup de démagogie, alors tout le monde sait que les vraies diplômes, et les vraies bonnes places, seront pour les gamins les plus futés et les plus riches qui se les garderont. Les plus futés et les plus riches, avez-vous remarqué, ce sont les mêmes. Et des générations d’énarques, issus pour la plupart, de ces milieux favorisés ont bétonné le système, institutionnalisant l’injustice.

Il est beaucoup plus difficile de passer le permis de conduire que d’obtenir son bac, et l’on gagne beaucoup plus d’argent en faisant un CAP de cuisinier ou un BEP de boulanger qu’en tentant de devenir sociologue, comme tous ceux qui ne savent pas quoi faire de leur vie et qui répugnent à travailler de leurs mains.

Alors, qui sera assez conséquent pour dire et décider que le bac est lié à des efforts et du travail, et qu’il est aussi un instrument de sélection ? La sélection ? Quoi qu’en disent les sentencieux, la sélection est une vertu républicaine. Une vertu, parfaitement, en ce qu’elle endigue la médiocrité, le moyennisme de l’égalitarisme borné. Car l’égalité républicaine est une égalité des chances, par une égalité de résultats… Ce serait trop facile autrement.

Sarkozy perd l’égérie française

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Quand ça ne veut pas, ça ne veut pas. Voilà que Nicolas Sarkozy est lâché, par ces jours de canicule et de tourmentes ministérielles, par Brigitte Bardot elle-même. Et il semblerait que cette fois-ci, la colère contre le président de la Madone des bébés phoques et des ânes castrés dépasse largement l’habituel registre de la cause animale.

Dans un communiqué à l’AFP, intitulé « Coup de gueule au chef de l’état », elle déclare notamment : « Vous, et vos ministres aussi inutiles que lâches à la limite de la malhonnêteté et du ridicule, n’arrivez pas et n’arriverez plus à satisfaire la population française qui vous a élu en 2007 croyant dur comme fer à vos promesses non tenues ! ». Le président doit se sentir soudain bien seul : non seulement BB lui fait le coup du mépris mais en plus il sait désormais qu’il ne pourra pas compter sur elle en cas de malheur.

Et mes fessées, tu les aimes, mes fessées?

Eric Woerth, protecteur ou bouclier ?

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Eric Woerth
Eric Woerth.
Eric Woerth
Eric Woerth.

Les révélations d’un « pool » de banquiers suisses sur la présence très fréquente et récurrente de Mme Woerth à Genève dans le cadre de ses activités de gestion de fortune de Mme Bettencourt sont très embarrassantes. Très très embarrassantes. Eric Woerth, ministre du Budget ne pouvait pas ignorer que la cliente unique de sa femme avait au minimum des activités suspectes en Suisse et vraisemblablement des comptes non déclarés au fisc français.

Seulement, on ne voit pas pourquoi Eric Woerth aurait dû demander à ses services fiscaux de déclencher une enquête approfondie sur la situation fiscale de Mme Bettencourt : à quoi cela aurait-il servi dès lors que celle-ci était protégée par le bouclier fiscal mis en place par Eric Woerth lui-même ? Imaginons par hypothèse que les enquêteurs du fisc aient découvert les 75 millions d’euros dissimulés en Suisse, que ce serait-il passé ? Eh bien, ils auraient demandé à Mme Bettencourt (c’est-à-dire à ceux qui géraient sa fortune) de les notifier dans une déclaration de revenus modificative, les auraient imposés à hauteur de 40 % (tranche marginale de l’IR), et y auraient ajouté une amende de 20% : au total, Liliane Bettencourt aurait payé environ 45 millions d’euros supplémentaires d’impôt sur le revenu. En tout cas en théorie.

En effet, madame Bettencourt était protégée par le bouclier fiscal dont elle avait atteint le seuil (50 % de ses revenus versés au fisc). Aussi l’administration fiscale lui aurait-elle illico remboursé ces 45 millions qui se seraient ajoutés au chèque de 30 millions que le fisc lui avait fait parvenir. Eric Woerth ne pouvait l’ignorer : à quoi bon, pouvait-il se dire, enquêter sur ces pratiques fiscales douteuses puisque le bouclier fiscal les protège ?

La faute « ontologique » d’Eric Woerth, pour employer un mot à la mode, n’est pas d’avoir été le protecteur fiscal de Liliane Bettencourt, mais son bouclier. Cette faute n’est pas morale ni judiciaire, elle est politique. La condamnation populaire qui frappe actuellement le ministre n’est pas celle d’un homme mais d’un système. On ne peut pourtant pas le qualifier de bouc-émissaire, car il était l’agent lucide et volontaire de cette politique et de ce système qui plaçait et continue de placer les intérêts particuliers d’une oligarchie financière avant les intérêts de l’Etat et de la Nation.

Eric Woerth paiera le prix de cette faute politique majeure. Nicolas Sarkozy aussi.

Lynchage mondialisé

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Roman Polanski
Roman Polanski.
Roman Polanski
Roman Polanski.

On n’est pas obligé d’aimer le personnage de Yann Moix, ni son travail de feuilletoniste littéraire au Figaro. Il a parfois l’arrogance bien complaisante pour les puissants du moment et c’est d’une manière un peu attendue qu’il manie le hachoir du paradoxe, toujours à la limite d’incarner la figure murayienne du rebellocrate.

« L’e-meute », la nouvelle doxa électronique

Ceci dit, en se lançant dans un combat pour Polanski où il n’y a que des coups à prendre, il ne manque pas d’un certain panache. « J’ai juré de vous émouvoir, d’amitié ou de colère, qu’importe ! », annonçait crânement Bernanos à ses lecteurs, dans La Grande peur des bien-pensants. C’est aussi le pari de Moix dans La Meute, où la rigueur amère des démonstrations stylées se teinte parfois d’un certain désespoir.

[access capability= »lire_inedits »]« Je suis polanskiste », déclare Moix. Et il l’est de manière souvent excessive, parfois choquante mais toujours argumentée. Pour Moix, ce que dit l’affaire Polanski sur notre société est à la fois très moderne et très archaïque. Si elle a suscité autant de passions, c’est qu’elle renvoie à l’idée que nous nous faisons de la justice, à notre rapport à cette exception insupportable qu’est le génie de l’artiste dans les sociétés démocratiques ou encore au rôle tout à fait nouveau d’Internet qui fait se multiplier en temps réel et dans le plus confortable des anonymats les calomniateurs d’un jour, dans une néo-doxa électronique que Moix appelle joliment, l’« e-meute » : « Vous ne voulez pas savoir de quoi Polanski est coupable exactement. Vous voulez qu’il soit exactement coupable. Le coupable exact. Qu’il réponde à la définition la plus exacte du mot coupable. »

Moix analyse intelligemment cette façon qu’a notre époque de nier la durée et la mise en perspective historique. Qu’y a-t-il de commun entre un homme de 40 ans au moment des faits et celui qu’on voudrait juger… trente-deux ans après, sans la moindre prescription, comme si l’on avait affaire à un criminel contre l’humanité ? Qu’y a-t-il de commun entre l’accusation de pédophilie − d’ailleurs parfaitement mensongère concernant Polanski −, avant et après l’affaire Dutroux, qui est un point de non-retour dans l’horreur comme le fut Auschwitz dans l’antisémitisme ?

« C’est la procédure qui, insensiblement, devient le jugement »

La méditation de Moix s’appuie cependant sur deux ou trois faits incontestables pour étayer ses partis pris. Ainsi a-t-on soigneusement oublié de préciser, du côté des partisans de la mise à mort, que Polanski n’avait jamais été accusé de viol mais de détournement de mineur et que la victime, aujourd’hui quadragénaire, a depuis longtemps retiré sa plainte et dit à de nombreuses reprises que l’acharnement de la justice américaine à médiatiser l’affaire lui avait fait plus de mal que Polanski lui-même.

C’est donc sans avoir besoin de forcer l’interprétation que Moix, qui parsème son livre de citations-miroirs du Procès de Kafka, montre la communauté de destins entre Joseph K. et Roman P.  dans cette affaire où « c’est la procédure qui, insensiblement, devient le jugement ».

La meute

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Couillus, les Tchèques !

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Les négociations pour la formation du gouvernement de centre-droit issu des élections du 28 mai en République Tchèque ont enfin abouti à un compromis entre les trois partis constituant la nouvelle majorité: l’ODS obtient le poste de premier ministre pour son nouveau leader Petr Necas, Top09, un nouveau parti conservateur et pro-européen, le ministère des affaires étrangères pour le prince Karel Schwarzenberg, et le Parti des affaires publiques, un rassemblement anti-corruption fondé par le journaliste vedette Radek John, le ministère de l’intérieur.

Ce gouvernement sera le seul des pays membres de l’Union européenne à ne compter aucune femme. Dans l’esprit du brave soldat Chveïk et de son créateur, Jaroslav Hasek, fondateur du « Parti modéré du progrès dans les limites de la loi », les nouveaux dirigeants de Prague ont décidé souverainement de gouverner tranquillement entre mecs. « C’était pas prévu d’avance, mais ça s’est terminé comme ça ! » répondent-ils aux féministes locales qui sont furieuses. Qu’on leur laisse un chance, bordel! S’ils se plantent, le prochain gouvernement sera à 100% meufs.

Chasse présidentielle au Sénégal

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Jean-Christophe Rufin
Jean-Christophe Rufin.
Jean-Christophe Rufin
Jean-Christophe Rufin.

La vie des ambassadeurs nommés « au tour extérieur », c’est-à-dire par le fait du prince, n’est jamais un long fleuve tranquille. Ils sont généralement l’objet de la vindicte des diplomates de carrière qui voient ainsi leur échapper quelques postes prestigieux et bien rémunérés au profit de personnalités que le locataire l’Elysée tient à remercier pour services rendus à la patrie, et accessoirement à lui-même.

La pratique n’est pas nouvelle. Ainsi, Philippe Berthelot secrétaire général du Quai d’Orsay sous la IIIème République avait une formule toute prête lorsqu’un ministre ou un président du Conseil lui proposait un de ses protégés pour un poste d’ambassadeur : « Si c’est un homme d’une envergure et d’une intelligence exceptionnelle, je l’accueille bien volontiers. Mais si c’est un médiocre, j’ai tout ce qu’il me faut dans cette maison… ». Il paraît que cette boutade évita quelques nominations de complaisance par le pouvoir politique.

En dressant le bilan de ce type de nominations depuis 1981, il faut bien constater qu’il est pour le moins contrasté. Quelques hommes nommés par François Mitterrand s’en sont tirés avec les honneurs : Gilles Martinet fut un grand ambassadeur à Rome, et François-Régis Bastide assuma fort honorablement des missions qui lui furent confiées à Copenhague et à Vienne. On ne peut en dire autant de Georges Vinson, un médecin ami personnel de Mitterrand qui se fit prendre la main dans le sac à faire copier par des habiles faussaires thaïs le mobilier authentique XVIIIème de l’ambassade de Bangkok pour se l’approprier, et laisser les copies à son successeur.

Eric Rouleau ne relève pas de la catégorie de ces escrocs primitifs, encore qu’il ait laissé de cuisants souvenirs dans les services financiers du Quai obligés de subir les foucades immobilières dispendieuses de ce protégé du président. L’ancien journaliste au Monde fut ainsi nommé en 1985 ambassadeur à Tunis en raison de ses liens étroits avec Yasser Arafat, qui s’était établi en Tunisie après son expulsion du Liban, et avec Mouammar Kadhafi[1. L’épouse d’Eric Rouleau, Rosie, aujourd’hui décédée, était la photographe personnelle de Kadhafi.] avec lequel Paris était en délicatesse depuis l’incendie de l’ambassade de France à Tripoli et du saccage du centre culturel de Benghazi en 1980. Pour résumer, son activité était plus celle d’un ambassadeur de l’OLP et de la Libye auprès de la France que l’inverse, et sa familiarité avec les potentats arabes se doublait d’une détestation viscérale d’Israël, qu’il pratique encore aujourd’hui dans les colonnes du Monde diplomatique.

Jean-Christophe Rufin fait partie de la fournée des ambassadeurs non professionnels nommés par Nicolas Sarkozy, avec le journaliste et écrivain Daniel Rondeau à Malte et le journaliste Roger Auque en Erythrée.

Homme aux multiples talents, médecin de formation, diplômé de Sciences-Po, il s’engage dans l’action humanitaire à Médecins sans frontières, où il côtoie Bernard Kouchner et Claude Malhuret, au cabinet duquel il appartient lorsque ce dernier fut nommé secrétaire d’Etat à l’action humanitaire dans le gouvernement Chirac en 1986, avant de rejoindre celui du ministre de la défense François Léotard. Il fut également directeur d’Action contre la faim (ACF) et en plus romancier à succès (prix Goncourt), académicien français en 2008. Avant sa nomination, en juin 2007, comme ambassadeur à Dakar, il résidait la plupart du temps à Saint Nicolas de Véroce en Haute-Savoie et il m’arrivait de le croiser dans mes alpages à moi, en route vers une escalade dans le massif du Bargy. Même un Philippe Berthelot aurait été obligé de s’incliner devant ce palmarès qui qualifiait indiscutablement Rufin pour représenter la France dans le pays de feu Léopold Sedar Senghor.

L’ambassadeur victime des mœurs politiques françafricaines

Celui qui occupe aujourd’hui le fauteuil présidentiel du chantre de la négritude, l’octogénaire Abdoulaye Wade, n’a pas tardé à prendre ombrage des analyses sans concessions de Rufin sur le mode de gouvernance du président sénégalais : corruption généralisée, népotisme visant à préparer l’accession de son fils Karim à la charge suprême, dépenses pharaoniques alors que le peuple vit dans la misère. Ces remarques étaient transmises au Quai par la voie habituelle des télégrammes diplomatiques chiffrés, censés rester confidentiels jusqu’à leur ouverture aux chercheurs au bout de quelques décennies. Mais outre la tare originelle de sa non-appartenance à la Carrière, Rufin s’était mis à dos la « rue arabe » du Quai d’Orsay, ces diplomates acquis aux thèses palestiniennes dans le conflit du Proche-Orient. Ces derniers n’avaient pas digéré son rapport de 2004 sur la montée de l’antisémitisme sous le masque de l’antisionisme des banlieues. Il s’était d’ailleurs fait remonter les bretelles dans Le Monde diplomatique pour avoir osé affirmer que l’autorité palestinienne de Yasser Arafat n’était pas étrangère au déclenchement de la deuxième Intifada en octobre 2000…Alors, ce qui devait arriver arriva, et la « rue arabe » utilisa son canal habituel de délation, Claude Angéli et Le Canard enchaîné, pour révéler publiquement le contenu des télégrammes de Rufin. Cela fait maintenant plus d’un an que Wade, soutenu par l’homme d’affaires libanais Robert Bourgi, intermédiaire patenté des relations entre l’Elysée et les potentats africains cherchaient à obtenir la tête de Rufin. Ils ont fini par obtenir gain de cause, et même par suggérer à Sarkozy le nom de son successeur, Nicolas Normand, ancien ambassadeur au Congo-Brazzaville, où il avait, semble-t-il, donné toute satisfaction au despote éclairé au pétrole Denis Sassou-Nguesso…

Tout s’est donc passé selon les désirs d’Abdoulaye Wade, que je ne manquerais pas d’aller consulter si l’envie me prend d’aller pantoufler dans une ambassade africaine avant de devenir définitivement gâteux. Cet homme semble avoir le bras long pour ce qui est du piston, et ce n’est qu’un bref mauvais moment à passer que d’aller lui baiser les babouches.

En hommage à la regrettée Geneviève Tabouis qui traînait ses oreilles dans les chancelleries pour prophétiser tous les jours sur Radio-Luxembourg, « Attendez-vous à savoir » que Jean-Christophe ne Rufin ne va pas se contenter de bouder devant la cheminée de son chalet haut-savoyard, mais qu’il est bien décidé à parler publiquement de mœurs politiques franco-africaines. On est tout ouïe.