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Lettre à Robert Ménard

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Cher Robert,

Nous ne nous connaissons pas. Mais comme j’émarge à Causeur, je sais que nous avons des amis communs. Je n’aurais pas eu l’idée de t’écrire[1. Je me permets le tutoiement. Tu comprendras en lisant cette lettre jusqu’au bout] si je n’avais lu le dernier édito du commissaire Joffrin. Il a beaucoup de boulot, en ce moment, le commissaire Joffrin. Avec la taulière de Causeur, avec celui de Marianne2, avec Taddéi, avec Todd, avec Brustier. Il dénonce ceux qui décontaminent ; il recontamine lui-même. C’est un festival. Parfois, le commissaire Aphatie vient lui prêter main forte. Ils alternent à merveille les rôles de flic gentil et de flic méchant. On se croirait presque dans une comédie de Zidi, tellement cela en devient distrayant.

Aujourd’hui, Robert, c’est ton tour. Le commissaire Joffrin a enfilé la tunique de flic gentil. Le ton est plutôt doux, en tout cas, bien davantage que les dernières fois. En fait, le texte en lui-même est plutôt sans intérêt. Ce qui n’en manque pas, en revanche, et en dit tellement sur le personnage de Joffrin, c’est le titre : Adieu Ménard !

Adieu Ménard, cela signifie qu’il t’a longtemps dit bonjour mais qu’il ne veut plus te revoir ; cela signifie qu’il te faisait l’honneur de reconnaître un certain nombre de qualités -qu’il énumère dans le texte- et que, au bout du compte, tu pouvais prétendre avoir l’honneur de manger à la même table. Mais avec cet adieu, c’est terminé. Tu n’en es plus digne. Tu es passé dans le camp des infréquentables. Que dis-je ? Des intouchables, au sens indien du terme. Sans doute, à lire ce titre, il gardera les mains dans les poches lorsque vous vous croiserez. J’exagère ? C’est bien cela, la signification d’un adieu, non ? Tu n’existes plus pour lui. Vous ne vous expliquerez de vive voix, désormais, que dans l’au-delà. Et encore ! Vous risquez de ne point vous y croiser, car si tel endroit existe[2. Ce dont je doute davantage que toi, il faut bien le reconnaître], l’un sera en enfer et l’autre au paradis.

Robert, il faut que je te fasse une confidence : je t’écoute souvent à la télé et à la radio et je suis d’accord avec toi sur pas grand chose. Il est même fort possible que sur certains sujets, chers au commissaire Joffrin, tu me trouverais aussi politiquement correct que lui. Seulement voilà, il se trouve que je suis atteint d’une sacrée tare : j’adore m’engueuler avec mes potes, surtout à propos de politique. Et des potes, j’en ai de toutes les opinions représentées dans le spectre politique français. Cela peut paraître impensable à certains, mais c’est ainsi. Le plus souvent, je deviens copain avec quelqu’un sans connaître la couleur de son bulletin de vote. On se découvre. On s’engueule. Et après on passe à autre chose. Le vin, la bouffe, les filles -sauf si c’en est une-, le foot, etc…

Généralement, je ne reste pas longtemps en froid avec un copain ou une copine. Comme je vis au pays d’Edgar Faure, je considère que « toute brouille est un échec ». Mais cela peut ou pourrait arriver. Si un ami me pique ma femme, s’il m’escroque, s’il manque de loyauté, il est possible que la rancune dure davantage.

Donc, Robert, si on se rencontre un jour, il est bien possible que le courant passe et qu’on devienne copain. Tu sais pourquoi je sais qu’il passera, ce courant ? Parce que j’ai une drôle d’intuition : si un jour je devais faire une grosse connerie et que, recherché par toutes les polices de France, je devais choisir entre sonner à ta porte et sonner à celle du commissaire Joffrin, c’est sans hésitation que je me rendrais chez toi[3. En même temps, c’est normal, si l’autre est commissaire].

Bonjour Robert !

L’État n’est plus en état de marche…

photo : Claude Reichman

Dans sa réponse, Gil Mihaely me reproche – je crois – de raisonner comme un animal à sang froid. Je comprends son point de vue et je mesure bien que la teneur de mes interventions peut donner cette impression. Le fait est que si je place la raison au-dessus des sentiments ce n’est pas que je n’éprouve pas moi-même des sentiments – loin de là – mais c’est que je suis convaincu que les meilleurs sentiments du monde, s’ils ne sont pas passés au filtre de la raison, peuvent aussi créer les plus grands malheurs. Je ressens aussi ; je suis moi aussi doué d’empathie. La misère, les guerres et toutes les horreurs que les journaux télévisés relayent à l’envi du matin au soir me révoltent autant que vous. Mais se « révolter » ne sert à rien, ça ne règle aucun problème et c’est même souvent le meilleur moyen pour rajouter de nouveaux malheurs sur les épaules de ceux qu’on prétendait aider. Le très sage Karl Popper disait que « ceux qui nous promettent le paradis sur terre n’ont jamais rien produit qu’un enfer ». La noblesse de la politique consiste je crois à placer les gens devant de vrais choix et chacun de ces choix nécessite avant tout une véritable analyse de la situation et un minimum d’anticipation de ses conséquences. C’est ce que j’essaie de faire.

Alors voilà : je pense moi que l’intervention de la force publique dans nos vies doit faire l’objet d’un débat. La question n’est pas seulement de savoir comment l’Etat doit intervenir, mais elle est aussi et même surtout de savoir si l’Etat doit intervenir. Comprenons-nous bien : refuser à la puissance publique le droit faire quelque chose ne signifie en aucune manière que je ne souhaite pas que cette chose soit faite du tout. L’idée que je défends c’est que la plupart des problèmes sont mieux traités par une société civile libre que par l’intervention arbitraire de la puissance publique et j’ai quelques arguments à faire valoir dans ce sens.

On m’oppose fréquemment que la situation actuelle de notre pays démontre le contraire, que la France est devenue un pays « ultralibéral » et que les maux dont souffre notre société – chômage structurel massif, pourvoir d’achat en berne, désindustrialisation (!), perte de cohésion nationale (etc…) – sont les résultats de politiques « néolibérales » qui nous auraient, paraît-il, livrés pieds et poings liés à la sauvagerie de cette terrible mondialisation. On croit rêver ! Cela fait – au bas mot – quarante ans que le poids de l’Etat dans notre économie ne cesse d’augmenter, nous en sommes arrivés à un point où l’Etat dépense chaque année plus de 56% de la richesse créée par notre économie, la pression fiscale a atteint l’année dernière le record historique de 42% du PIB et les recettes de l’Etat pèsent désormais plus de 49% du PIB, depuis l’année de ma naissance (1975) pas un seul budget n’a été voté à l’équilibre, nous croulons sous les réglementations qu’elles soient nationales ou européennes, l’Etat subventionne et redistribue à tour de bras, l’administration est partout et est devenue une des principales causes de mortalité des PME, le président de notre République est le VRP de nos « champions nationaux », nos grandes entreprises sont dirigées par d’anciens hauts fonctionnaires ou d’anciens directeurs de cabinets ministériels, plus de la moitié de nos élus sont issus de la fonction publique et nous sommes – avec la Grèce et Chypre – le pays le plus protectionniste de l’Union Européenne (liste non exhaustive).

Sérieusement, combien connaissez-vous de petites entreprises qui sont littéralement obligées de travailler « au noir » sans quoi elle mettraient tout simplement la clé sous la porte ? Combien connaissez-vous de jeunes diplômés qui ont fui notre pays pour trouver un travail décent à l’étranger ? Que devient la cohésion de notre peuple quand une moitié de nos concitoyens cherche à vivre aux dépends des autres tandis que ces derniers ont élevé l’évasion fiscale au rang d’art de vivre ? Combien connaissez-vous de gens qui cherchent explicitement à truander notre système de protection sociale ? Combien d’affaires de corruption avérée, de passe-droits et de marchés publics faussés pouvez-vous citer de mémoire ? Si vous appelez ça de l’« ultralibéralisme » alors nous avons un énorme problème de sémantique.

Je ne prétends pas détenir de vérité absolue et mes quelques connaissances en matière d’économie ne me donnent aucun droit de plus que n’importe lequel d’entre nous. Je suis un citoyen de ce pays et comme tous les Français en âge de voter je n’ai qu’un bulletin à glisser dans l’urne. Je ne considère pas que défendre mes idées sur la place publique soit un droit ; je pense que c’est un devoir. Considérez ceci : je pense – à tort ou à raison – que l’objet de mes études et quelques années de pratique m’ont permis de comprendre un certain nombre de choses sur la manière dont fonctionnent les sociétés humaines et d’en tirer quelques conclusions sur ce que je pense être les conditions du bien-être de mes concitoyens. Et il se trouve que les options qui sont aujourd’hui débattues dans l’espace public me semblent mauvaises et même dangereuses. Que devrais-je faire ? Me taire ? Jamais ! Si la notion de débat démocratique a encore un sens, elle m’impose de parler, d’exposer mes arguments et de les défendre.

Alors oui, définitivement oui, Gil a raison : il faut en débattre et c’est précisément ça la politique au sens noble du terme. Il faut en débattre avec de vrais arguments, des arguments de raison et au besoin des chiffres, des graphiques et des théories. C’est de nos vies qu’il est question, de notre futur et de celui de nos enfants.

Premier Avril. And the winner is…

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Martine Aubry ! Et haut la main, puisque elle vient de renvoyer dans les dents d’Arnaud Montebourg son dossier de défense dans le procès en diffamation qui lui est intenté par Jean-Noël Guérini, patron de la fédération des Bouches-du-Rhône, arguant que ce mémo violait le « secret de l’enquête et de l’instruction« .

La semaine dernière M. Montebourg, auteur d’un rapport accablant pour les socialistes marseillais, avait déposé en personne, rue de Solférino, son « offre de preuves » qui comporte « 44 pièces, soit au total 174 pages, 20 témoins et un enregistrement audio », selon son avocat.

A l’attention des amateurs de bonnes choses, nous citerons l’intégralité de l’argumentation de Martine pour justifier cette fessée déculottée: « Ignorant comment ces documents sont parvenus entre tes mains en violation du secret de l’enquête et de l’instruction, et ne sachant si tu as requis et obtenu l’autorisation des autorités judiciaires pour les produire, je ne puis en l’état que te les retourner immédiatement, me refusant à les conserver et aussi à prendre connaissance de leurs contenus« .

C’est aussi au titre du nécessaire respect de la présomption d’innocence que Martine et avec elle, quasi toute la direction de son parti, ainsi que celle du PCF a soutenu hier la réélection triomphale de Jean-Noël Guérini, à la présidence du Conseil Général des Bouches-du-Rhône.

On ignore à l’heure qu’il est si Martine Aubry compte exiger le retour immédiat d’Eric Woerth au gouvernement, mais elle devrait logiquement le faire dans la journée, dans la mesure où tous les documents ayant entrainé l’éviction de l’ancien ministre des Affaires Sociales – et les appels réitérés du PS à sa démission – ont été produits en flagrante violation du « secret de l’enquête et de l’instruction« .

Dieudonné sioniste ?

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Selon le site « patriotique » et « antisioniste » Médialibre, Dieudonné s’est rendu en Libye pour afficher sa solidarité avec Mouammar Kadhafi, victime d’un complot occidental. Du coup, la star d’Euro-Palestine se retrouve dans le camp sioniste, car, selon une rumeur répandue par les rebelles libyens, des forces israéliennes ont été repérées aux abords de Benghazi, où elles étaient dépêchées pour soutenir les unités fidèles à Kadhafi !

Et puisque le site Médialibre affirme n’être en aucun cas antisémite, nous n’évoquerons pas une autre rumeur selon laquelle la mère du Frère guide serait juive !

On ne peut pas faire l’économie de la politique

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Il y a quelques siècles, la discipline naissante consacrée à la répartition de ressources rares[1. merci à Bibi de m’avoir signalé cette lacune!], la création et la distribution de richesses s’est-elle même nommée « Economie politique ». Débarrassée de cet adjectif gênant, l’Economie, devenue science, a oublié son rôle originel : analyser et quantifier certains phénomènes et comportements humains pour comprendre le fonctionnement des sociétés mais aussi pour permettre aux acteurs de prendre des décisions raisonnables. Pour aller vite, calculer le coût de quelque chose permet de comparer des pommes et des poires et de hiérarchiser les besoins et les choix. Rien de moins.

À l’évidence, l’Economie telle qu’on la conçoit aujourd’hui n’est pas capable de répondre aux questions les plus importantes que pose toute société humaine : comment souhaite-elle organiser la vie et les relations entre ses membres ? Quel niveau d’inégalités est-elle prête à supporter pour équilibrer libertés et paix sociale ? Comment équilibrer et concilier intérêt général et intérêts privés ? Les réponses à toutes ces questions-là sont négociées dans le cadre de ce qu’on appelle la Politique.
L’Economie éclaire – ou devrait éclairer – la Politique sur trois plans : elle colle des étiquettes de prix sur les choix, propose la manière la plus efficace d’atteindre des objectifs définis notamment par les préférences exprimées par les électeurs et elle améliore l’adéquation des moyens et des fins en évaluant l’impact des mesures prises.

Ce rappel peut sembler scolaire. À la lecture des récentes contributions de Georges Kaplan, en particulier de son texte sur la politique industrielle de la France, il me semble particulièrement nécessaire. De même que l’officier de renseignement conseille le chef de guerre sans se substituer à lui, l’économiste doit éclairer ou même critiquer les décisions du politique, pas les prendre à sa place. Il a le droit voire le devoir d’évaluer les conséquences économiques des différentes options pour obliger les décideurs à dévoiler le prix à payer – c’est-à-dire à quoi il faut renoncer – pour chacune d’elles. Mais il ne saurait récuser une politique même armé d’une avalanche de statistiques.

En réalité, Georges Kaplan prétend démontrer la supériorité « rationnelle » des solutions libérales. Je ne discuterai pas ici la validité de ses démonstrations, souvent très convaincantes car l’ami connaît son sujet. Il me semble important de rappeler que l’Economie n’a pas à déterminer les finalités et que la rationalité comptable ne saurait être le seul critère de choix de nos gouvernants. C’est encore plus vrai dans un pays où la puissance publique n’est pas seulement un arbitre mais un acteur du jeu économique. Or, ce rôle spécifique de l’Etat correspond à ce que veulent la plupart des citoyens. Si Georges Kaplan pense que la solution de tous nos problèmes se trouve dans le laissez-faire, il lui faut d’abord en convaincre ses concitoyens.

En clair, même si le peuple a économiquement tort, il a politiquement raison. Peut-être a-t-il par exemple excellentes raisons de vouloir conserver les usines en France quand bien même il serait prouvé que cela n’a aucun intérêt économique. D’ailleurs, si ces raisons étaient mauvaises ou jugées telles par Georges Kaplan, cela ne changerait rien au raisonnement. En conséquence, même s’il existait une vérité économique irréfutable, ce dont on peut douter, elle ne saurait être l’unique boussole des gouvernants : ou alors, confions la gestion du pays à un ordinateur bien programmé. L’action politique ne peut pas être menée par un logiciel de gestion.

Le point de vue de Kaplan sur la politique industrielle illustre bien cette confusion entre fins et moyens. On ne voit pas pourquoi, en effet, une nation ne pourrait pas choisir entre l’intégration dans un ensemble plus large, comme c’est le cas de la France avec l’Union européenne, et le maintien de son indépendance – en l’occurrence, il s’agit plutôt de définir l’équilibre entre ce qui est mutualisé et ce qui reste géré au niveau national. Ainsi, fabriquer des avions de chasse et des lanceurs de satellites au lieu de les acheter moins cher ailleurs est, à mon avis, une excellente décision, même si elle a un effet négatif sur la comptabilité nationale. Si on suivait le dogme libéral, la France abandonnerait les industries de la défense aux Etats-Unis et consacrerait les moyens ainsi libérés aux secteurs où elle jouit d’un avantage comparatif. Fermer Dassault et Thales pour développer Hermès et des Chanel ? Non merci !

Par ailleurs, aucune politique économique démocratique ne peut ignorer ses conséquences sociales. On peut me fournir tous les tableaux Excel du monde prouvant que la France gagnerait à ne conserver que les secteurs les plus innovants à forte valeur ajoutée – ce qui supposerait d’ailleurs que les Brésiliens et les autres acceptent aimablement de fabriquer des T-shirts. Je ne vois pas pourquoi nous accepterions de rejeter hors du marché du travail tous ceux à qui nous n’avons pas su donner une formation de haut niveau. Peut-être que dans le monde merveilleux du marché, il serait moins coûteux de les payer à ne rien faire. Seulement, voilà, je n’ai pas envie de vivre dans cette société-là. Permettre aux gens non-qualifiés de trouver du boulot est une preuve de civilisation. Nous ne sommes pas tous X-Mines ou Normale-ENA ! Que fera-t-on des gamins qui quittent l’école à 15 ou 16 ans quand les emplois peu qualifiés auront tous été délocalisés en Asie du Sud ou en Afrique du Nord ? Est-il aussi insensé que cela de soutenir des secteurs qu’un laisser-faire général condamnerait à la disparition ?

Quid de ceux qui ne peuvent pas passer d’un secteur agonisant à un autre en forte croissance ? Derrière les chiffres, se profile une mort sociale pour toute une partie de la population, à cause de leur âge, de leurs compétences ou de leur lieu de vie. Et en admettant que Kaplan ait raison et qu’on ne fasse que retarder de 10 ans une évolution inéluctable, dix ans de vie digne pour des centaines de milliers de nos concitoyens seraient-ils si négligeables ? Permettre à une génération de quinquas de partir à la retraite dignement, sauver les commerces et les PME d’une petite ville et le tissu social d’une région sont des objectifs aussi louables et légitimes que d’améliorer la productivité et la compétitivité de la France.

L’intervention de l’Etat – exécuteur des choix politiques décidés par la société – a sans doute des effets pervers, mais un libéralisme sans bornes en aurait peut-être de plus déplaisants encore. La concurrence est-elle toujours une bénédiction ? La gestion privée est-elle toujours heureuse ? Les réponses me semblent évidentes. Au lieu de brandir des dogmes, posons-nous de manière pragmatique la seule question qui vaille : il ne s’agit pas de savoir si l’Etat doit intervenir ou pas mais comment il doit le faire. La transformation de millions d’égoïsmes individuels en intérêt général est un exercice trop compliqué pour le laisser à la seule « main invisible ».

« Que les autorités religieuses s’occupent plutôt du sort des chrétiens d’Orient »

photo : Thierry Mariani

Trois questions à Thierry Mariani, secrétaire d’Etat aux transports, et fondateur du collectif parlementaire « la Droite populaire »

Muriel Gremillet : Le débat sur la laïcité, organisé par l’UMP, divise, et pas seulement l’UMP. Ça ne vous interroge pas que les autorités religieuses françaises aient demandé sa suspension…

Thierry Mariani : La laïcité appartient à tout le monde, qu’on soit croyant ou non. Ce qui me frappe dans la tribune publiée par les autorités religieuses, c’est une phrase passée inaperçue pour laquelle j’ai envie de remercier les auteurs: ils disent que le cadre juridique de la laïcité doit évoluer en France[1. « Nous restons très attentifs aux évolutions profondes de notre société, notamment celles qui concernent les religions, dans le respect du cadre de la République. Ces évolutions appellent parfois des adaptations, voire des améliorations du cadre juridique et réglementaire de l’expression et de la vie des cultes en France. »]. Et nous montrent donc que le débat est utile. Car, si ce n’est les politiques, qui doit s’occuper du cadre juridique de la laïcité et de son évolution ? Le débat politique est nécessaire, et si l’UMP est seule à vouloir mettre le sujet sur la table, tant pis pour les autres.

La laïcité est un débat ouvert à tous, et il est paradoxal que les religieux prétendent qu’il leur soit réservé. Que les autorités religieuses s’occupent du sort des chrétiens d’Orient plutôt que de l’agenda des partis politiques ! Pour d’autres, ce ne serait pas le bon moment pour en parler. En vérité, il n’y a jamais de bon moment dans ce pays.

MG : La gauche, mais aussi certains centristes, vous accusent implicitement de faire le jeu du Front National en menant ce genre de débats.

TM : Depuis 1984, c’est en 2007 que le FN a fait son plus faible score. Autrement dit au moment où Nicolas Sarkozy a osé aborder de front un certain nombre de sujets dont Chirac ne voulait pas entendre parler. Alors, on nous traite de populistes : c’est l’accusation permanente de la gauche quand elle sent que le peuple lui échappe. La Droite populaire souhaite justement que le peuple n’échappe pas à la droite. Et pour cela il faut aborder les débats sans crainte et réussir à en sortir concrètement. Pourquoi le débat sur l’identité nationale a-t-il été raté ? C’était une excellente idée. Mais personne ne se souvient des mesures qui ont été annoncées à la sortie par le Premier ministre. Voilà pourquoi les gens s’imaginent que c’était une manœuvre électorale.

MG : Jean-Louis Borloo et les centristes pourraient sortir bientôt de l’UMP, justement pour se distinguer de l’aile dure de la majorité.

TM : Comment expliquer sérieusement que certains, qui se voyaient encore Premier ministre de Nicolas Sarkozy il y a quelques mois, souhaitent aujourd’hui quitter l’UMP ? La politique, c’est aussi une question de dignité et d’honneur. Cela veut aussi dire ne pas partir quand ça tangue.

Jamel Debbouze règle son compte à Eric Zemmour

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Dans une interview aux Inrockuptibles de cette semaine, Jamel Debbouze a pris le temps de dire tout le mal qu’il pensait d’Eric Zemmour. Il l’a fait avec sa finesse coutumière, en réclamant son licenciement pur et simple, une exigence étayée, il est vrai, par un raisonnement implacable : 
 »Il ne faut pas qu’il fasse de la télé. Parce que c’est dangereux d’entendre ce genre de discours. Il est spectaculaire, il n’a aucune idéologie, je suis sûr qu’il ne pense pas ce qu’il dit : c’est juste un imbécile qui touche des piges. »

Sûr que Zemmour l’imbécile ne se relèvera pas de cette estocade portée par Debbouze le bénévole.

Néanmoins, la France n’étant plus qu’une démocratie d’opérette, il y a fort à parier que Zemmour le spectaculaire continuera encore de diffuser « ce genre de discours » sur France2, i>Télé et RTL. Dans un vrai pays libre, genre le Maroc, un simple coup de fil de Debbouze l’idéologue à son ami le Roi, et hop, l’affaire était réglée…

Fausse alerte à Damas

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Les observateurs et les médias internationaux attendaient beaucoup le discours que le président Bachar el-Assad, devait prononcer hier devant le « Parlement » syrien.

Suite aux manifestations qui, depuis le 15 mars, ont fait au moins 130 morts à Deraa et à Lattaquié, on nous avait annoncé notamment la levée de l’état d’urgence (en vigueur depuis 63 !) et même la libération des prisonniers politique.

Patatras ! De contentant de fustiger « une conspiration contre la Syrie », non seulement Assad n’a rien lâché sur rien mais à la fin de son discours ses « députés » ont longuement scandé : « Par notre sang, par notre âme, nous nous sacrifierons pour toi, Bachar ! »

Ça promet pour la suite…

La menace chrétienne

Derby, église Saint-Luc.

Depuis le 28 février 2011 et la condamnation par la Haute Cour de justice britannique de Eunice et Owen Johns, le délit d’opinion chrétienne est officiellement et légalement reconnu dans l’un des 27 pays de l’Union Européenne. Habitant Derby, dans le nord ouest de l’Angleterre, monsieur et madame Johns ont été condamnés parce qu’ils ont des opinions chrétiennes, pentecôtistes pour être plus précis. L’information est évidemment passée inaperçue en France, où nous sommes hantés par une « inquiétude majeure » : que l’on reconnaisse les racines chrétiennes de l’Europe ou d’un pays. Obnubilés que nous sommes par cette fausse querelle, nous ne voyons pas ce qui se produit réellement et qui fera date : ce n’est pas la laïcité qui est menacée en Europe, mais le droit au christianisme.

Que s’est-il passé le 28 février dernier ? Le couple Johns comparaissait devant les tribunaux. La Haute Cour a décidé de leur interdire le statut de famille d’accueil pour des enfants en rupture familiale. Les Johns ne sont pourtant pas soupçonnables de mettre en danger le moindre enfant – cela le tribunal le reconnaît, comme il reconnaît qu’on ne peut pas leur reprocher de ne pas savoir éduquer les chérubins. Difficile de faire autrement : les Johns ont élevé quatre enfants, ils en ont recueilli plus d’une quinzaine, garçons et filles indifféremment. Ni délinquants, ni criminels, ni sexistes, ni pédophiles, ni dangereux, parfaitement aptes à l’éducation. Alors quoi ? Les Johns sont chrétiens. Et cela suffit pour que la Haute Cour de justice les juge incapables d’accueillir et d’éduquer des enfants sans parents.

Une loi de 2007, portant sur la tolérance et la diversité, oblige les villes britanniques à s’assurer que les familles d’accueil prônent cette diversité et cette tolérance. Lisons bien : non pas « respectent » mais « prônent ». Du coup, la municipalité de Derby a demandé aux Johns d’inculquer la tolérance vis-à-vis des couples homosexuels, plus précisément de dire aux enfants que « l’homosexualité est une bonne chose ».

Mme Johns était d’accord pour ne pas dire aux enfants que l’homosexualité serait une mauvaise chose. Mais Mme Johns ne veut pas inculquer aux enfants l’idée que l’homosexualité serait particulièrement bienfaisante. Donc, Mme Johns est condamnée et n’a plus le droit d’accueillir des enfants. Elle a perdu son job. Son opinion est pourtant une simple opinion, liée selon elle à ses conceptions chrétiennes. Elle peut avoir raison ou tort sur ce point.

La tolérance exigée par la loi se mue ainsi en intolérance manifeste mais légalisée. Et l’on voit apparaître un délit d’opinion chrétienne, en vertu duquel on ne saurait avoir sur l’homosexualité un point de vue s’écartant tant soit peu de l’approbation enthousiaste. Le 28 février fera date. Peut-être qu’un jour les fonctionnaires de l’Etat britannique devront fournir un certificat d’homosexualité, avec photos à l’appui, pour être autorisés à travailler.

Libye : peu de sang, et encore moins de sang froid…

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Au début de la crise en Libye on parlait de massacres. Plus tard, on a plutôt parlé des massacres à venir qu’il faudrait empêcher. On évoquait les menaces explicites de Kadhafi envers les habitants de Benghazi et le passé chargé du dictateur. Il fallait croire ce qu’il disait et intervenir avant qu’il soit trop tard.

Depuis quelques jours, les allers-retours des forces pro et anti-Kadhafi permettent de voir comment les forces fidèles au Frère guide se comportent dans des villes libérées qui tombent de nouveau entre leurs mains. Pierre Barbancey de l’Humanité l’avait fait. Il s’est rendu à Ajdabiya, une ville côtière située à 150 km à l’ouest de Benghazi et considérée comme un verrou sur la route principale qui mène vers la capitale de la rébellion. Voici son témoignage :
« En entrant dans Ajdabiya, que l’on avait quitté il y a dix jours alors que les troupes kadhafistes y étaient victorieuses, on est surpris par l’état de la ville. Il ne semble pas y avoir eu de « durs » combats et les magasins n’ont pas été pillés, ni détruits par des « soldats enragés », ainsi que le proclame Libya Horia, la radio de la rébellion dont le ton s’islamise de plus en plus. Quelques façades portent des impacts de balles mais ce sont celles situées sur la route principale. Les quartiers n’ont pas été touchés et il n’y a pas eu de forte résistance de la part d’une population qui a préféré se réfugier à Benghazi ou dans les fermes environnantes. »

Plus étonnant encore est un certain délire qui semble s’emparer de quelques têtes rebelles. Selon Pierre Barbancey les insurgés pour leur part voient en Kadhafi un allié d’Israël. « On nous a même demandé, raconte-il, s’il était vrai qu’à Benghazi l’armée israélienne était venue soutenir les forces gouvernementales ! ».
Avec un tel sens du discernement, pas étonnant que les rebelles aient abattu leur propre avion de chasse au-dessus de Benghazi…

Lettre à Robert Ménard

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Cher Robert,

Nous ne nous connaissons pas. Mais comme j’émarge à Causeur, je sais que nous avons des amis communs. Je n’aurais pas eu l’idée de t’écrire[1. Je me permets le tutoiement. Tu comprendras en lisant cette lettre jusqu’au bout] si je n’avais lu le dernier édito du commissaire Joffrin. Il a beaucoup de boulot, en ce moment, le commissaire Joffrin. Avec la taulière de Causeur, avec celui de Marianne2, avec Taddéi, avec Todd, avec Brustier. Il dénonce ceux qui décontaminent ; il recontamine lui-même. C’est un festival. Parfois, le commissaire Aphatie vient lui prêter main forte. Ils alternent à merveille les rôles de flic gentil et de flic méchant. On se croirait presque dans une comédie de Zidi, tellement cela en devient distrayant.

Aujourd’hui, Robert, c’est ton tour. Le commissaire Joffrin a enfilé la tunique de flic gentil. Le ton est plutôt doux, en tout cas, bien davantage que les dernières fois. En fait, le texte en lui-même est plutôt sans intérêt. Ce qui n’en manque pas, en revanche, et en dit tellement sur le personnage de Joffrin, c’est le titre : Adieu Ménard !

Adieu Ménard, cela signifie qu’il t’a longtemps dit bonjour mais qu’il ne veut plus te revoir ; cela signifie qu’il te faisait l’honneur de reconnaître un certain nombre de qualités -qu’il énumère dans le texte- et que, au bout du compte, tu pouvais prétendre avoir l’honneur de manger à la même table. Mais avec cet adieu, c’est terminé. Tu n’en es plus digne. Tu es passé dans le camp des infréquentables. Que dis-je ? Des intouchables, au sens indien du terme. Sans doute, à lire ce titre, il gardera les mains dans les poches lorsque vous vous croiserez. J’exagère ? C’est bien cela, la signification d’un adieu, non ? Tu n’existes plus pour lui. Vous ne vous expliquerez de vive voix, désormais, que dans l’au-delà. Et encore ! Vous risquez de ne point vous y croiser, car si tel endroit existe[2. Ce dont je doute davantage que toi, il faut bien le reconnaître], l’un sera en enfer et l’autre au paradis.

Robert, il faut que je te fasse une confidence : je t’écoute souvent à la télé et à la radio et je suis d’accord avec toi sur pas grand chose. Il est même fort possible que sur certains sujets, chers au commissaire Joffrin, tu me trouverais aussi politiquement correct que lui. Seulement voilà, il se trouve que je suis atteint d’une sacrée tare : j’adore m’engueuler avec mes potes, surtout à propos de politique. Et des potes, j’en ai de toutes les opinions représentées dans le spectre politique français. Cela peut paraître impensable à certains, mais c’est ainsi. Le plus souvent, je deviens copain avec quelqu’un sans connaître la couleur de son bulletin de vote. On se découvre. On s’engueule. Et après on passe à autre chose. Le vin, la bouffe, les filles -sauf si c’en est une-, le foot, etc…

Généralement, je ne reste pas longtemps en froid avec un copain ou une copine. Comme je vis au pays d’Edgar Faure, je considère que « toute brouille est un échec ». Mais cela peut ou pourrait arriver. Si un ami me pique ma femme, s’il m’escroque, s’il manque de loyauté, il est possible que la rancune dure davantage.

Donc, Robert, si on se rencontre un jour, il est bien possible que le courant passe et qu’on devienne copain. Tu sais pourquoi je sais qu’il passera, ce courant ? Parce que j’ai une drôle d’intuition : si un jour je devais faire une grosse connerie et que, recherché par toutes les polices de France, je devais choisir entre sonner à ta porte et sonner à celle du commissaire Joffrin, c’est sans hésitation que je me rendrais chez toi[3. En même temps, c’est normal, si l’autre est commissaire].

Bonjour Robert !

L’État n’est plus en état de marche…

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photo : Claude Reichman

Dans sa réponse, Gil Mihaely me reproche – je crois – de raisonner comme un animal à sang froid. Je comprends son point de vue et je mesure bien que la teneur de mes interventions peut donner cette impression. Le fait est que si je place la raison au-dessus des sentiments ce n’est pas que je n’éprouve pas moi-même des sentiments – loin de là – mais c’est que je suis convaincu que les meilleurs sentiments du monde, s’ils ne sont pas passés au filtre de la raison, peuvent aussi créer les plus grands malheurs. Je ressens aussi ; je suis moi aussi doué d’empathie. La misère, les guerres et toutes les horreurs que les journaux télévisés relayent à l’envi du matin au soir me révoltent autant que vous. Mais se « révolter » ne sert à rien, ça ne règle aucun problème et c’est même souvent le meilleur moyen pour rajouter de nouveaux malheurs sur les épaules de ceux qu’on prétendait aider. Le très sage Karl Popper disait que « ceux qui nous promettent le paradis sur terre n’ont jamais rien produit qu’un enfer ». La noblesse de la politique consiste je crois à placer les gens devant de vrais choix et chacun de ces choix nécessite avant tout une véritable analyse de la situation et un minimum d’anticipation de ses conséquences. C’est ce que j’essaie de faire.

Alors voilà : je pense moi que l’intervention de la force publique dans nos vies doit faire l’objet d’un débat. La question n’est pas seulement de savoir comment l’Etat doit intervenir, mais elle est aussi et même surtout de savoir si l’Etat doit intervenir. Comprenons-nous bien : refuser à la puissance publique le droit faire quelque chose ne signifie en aucune manière que je ne souhaite pas que cette chose soit faite du tout. L’idée que je défends c’est que la plupart des problèmes sont mieux traités par une société civile libre que par l’intervention arbitraire de la puissance publique et j’ai quelques arguments à faire valoir dans ce sens.

On m’oppose fréquemment que la situation actuelle de notre pays démontre le contraire, que la France est devenue un pays « ultralibéral » et que les maux dont souffre notre société – chômage structurel massif, pourvoir d’achat en berne, désindustrialisation (!), perte de cohésion nationale (etc…) – sont les résultats de politiques « néolibérales » qui nous auraient, paraît-il, livrés pieds et poings liés à la sauvagerie de cette terrible mondialisation. On croit rêver ! Cela fait – au bas mot – quarante ans que le poids de l’Etat dans notre économie ne cesse d’augmenter, nous en sommes arrivés à un point où l’Etat dépense chaque année plus de 56% de la richesse créée par notre économie, la pression fiscale a atteint l’année dernière le record historique de 42% du PIB et les recettes de l’Etat pèsent désormais plus de 49% du PIB, depuis l’année de ma naissance (1975) pas un seul budget n’a été voté à l’équilibre, nous croulons sous les réglementations qu’elles soient nationales ou européennes, l’Etat subventionne et redistribue à tour de bras, l’administration est partout et est devenue une des principales causes de mortalité des PME, le président de notre République est le VRP de nos « champions nationaux », nos grandes entreprises sont dirigées par d’anciens hauts fonctionnaires ou d’anciens directeurs de cabinets ministériels, plus de la moitié de nos élus sont issus de la fonction publique et nous sommes – avec la Grèce et Chypre – le pays le plus protectionniste de l’Union Européenne (liste non exhaustive).

Sérieusement, combien connaissez-vous de petites entreprises qui sont littéralement obligées de travailler « au noir » sans quoi elle mettraient tout simplement la clé sous la porte ? Combien connaissez-vous de jeunes diplômés qui ont fui notre pays pour trouver un travail décent à l’étranger ? Que devient la cohésion de notre peuple quand une moitié de nos concitoyens cherche à vivre aux dépends des autres tandis que ces derniers ont élevé l’évasion fiscale au rang d’art de vivre ? Combien connaissez-vous de gens qui cherchent explicitement à truander notre système de protection sociale ? Combien d’affaires de corruption avérée, de passe-droits et de marchés publics faussés pouvez-vous citer de mémoire ? Si vous appelez ça de l’« ultralibéralisme » alors nous avons un énorme problème de sémantique.

Je ne prétends pas détenir de vérité absolue et mes quelques connaissances en matière d’économie ne me donnent aucun droit de plus que n’importe lequel d’entre nous. Je suis un citoyen de ce pays et comme tous les Français en âge de voter je n’ai qu’un bulletin à glisser dans l’urne. Je ne considère pas que défendre mes idées sur la place publique soit un droit ; je pense que c’est un devoir. Considérez ceci : je pense – à tort ou à raison – que l’objet de mes études et quelques années de pratique m’ont permis de comprendre un certain nombre de choses sur la manière dont fonctionnent les sociétés humaines et d’en tirer quelques conclusions sur ce que je pense être les conditions du bien-être de mes concitoyens. Et il se trouve que les options qui sont aujourd’hui débattues dans l’espace public me semblent mauvaises et même dangereuses. Que devrais-je faire ? Me taire ? Jamais ! Si la notion de débat démocratique a encore un sens, elle m’impose de parler, d’exposer mes arguments et de les défendre.

Alors oui, définitivement oui, Gil a raison : il faut en débattre et c’est précisément ça la politique au sens noble du terme. Il faut en débattre avec de vrais arguments, des arguments de raison et au besoin des chiffres, des graphiques et des théories. C’est de nos vies qu’il est question, de notre futur et de celui de nos enfants.

Premier Avril. And the winner is…

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Martine Aubry ! Et haut la main, puisque elle vient de renvoyer dans les dents d’Arnaud Montebourg son dossier de défense dans le procès en diffamation qui lui est intenté par Jean-Noël Guérini, patron de la fédération des Bouches-du-Rhône, arguant que ce mémo violait le « secret de l’enquête et de l’instruction« .

La semaine dernière M. Montebourg, auteur d’un rapport accablant pour les socialistes marseillais, avait déposé en personne, rue de Solférino, son « offre de preuves » qui comporte « 44 pièces, soit au total 174 pages, 20 témoins et un enregistrement audio », selon son avocat.

A l’attention des amateurs de bonnes choses, nous citerons l’intégralité de l’argumentation de Martine pour justifier cette fessée déculottée: « Ignorant comment ces documents sont parvenus entre tes mains en violation du secret de l’enquête et de l’instruction, et ne sachant si tu as requis et obtenu l’autorisation des autorités judiciaires pour les produire, je ne puis en l’état que te les retourner immédiatement, me refusant à les conserver et aussi à prendre connaissance de leurs contenus« .

C’est aussi au titre du nécessaire respect de la présomption d’innocence que Martine et avec elle, quasi toute la direction de son parti, ainsi que celle du PCF a soutenu hier la réélection triomphale de Jean-Noël Guérini, à la présidence du Conseil Général des Bouches-du-Rhône.

On ignore à l’heure qu’il est si Martine Aubry compte exiger le retour immédiat d’Eric Woerth au gouvernement, mais elle devrait logiquement le faire dans la journée, dans la mesure où tous les documents ayant entrainé l’éviction de l’ancien ministre des Affaires Sociales – et les appels réitérés du PS à sa démission – ont été produits en flagrante violation du « secret de l’enquête et de l’instruction« .

Dieudonné sioniste ?

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Selon le site « patriotique » et « antisioniste » Médialibre, Dieudonné s’est rendu en Libye pour afficher sa solidarité avec Mouammar Kadhafi, victime d’un complot occidental. Du coup, la star d’Euro-Palestine se retrouve dans le camp sioniste, car, selon une rumeur répandue par les rebelles libyens, des forces israéliennes ont été repérées aux abords de Benghazi, où elles étaient dépêchées pour soutenir les unités fidèles à Kadhafi !

Et puisque le site Médialibre affirme n’être en aucun cas antisémite, nous n’évoquerons pas une autre rumeur selon laquelle la mère du Frère guide serait juive !

On ne peut pas faire l’économie de la politique

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Il y a quelques siècles, la discipline naissante consacrée à la répartition de ressources rares[1. merci à Bibi de m’avoir signalé cette lacune!], la création et la distribution de richesses s’est-elle même nommée « Economie politique ». Débarrassée de cet adjectif gênant, l’Economie, devenue science, a oublié son rôle originel : analyser et quantifier certains phénomènes et comportements humains pour comprendre le fonctionnement des sociétés mais aussi pour permettre aux acteurs de prendre des décisions raisonnables. Pour aller vite, calculer le coût de quelque chose permet de comparer des pommes et des poires et de hiérarchiser les besoins et les choix. Rien de moins.

À l’évidence, l’Economie telle qu’on la conçoit aujourd’hui n’est pas capable de répondre aux questions les plus importantes que pose toute société humaine : comment souhaite-elle organiser la vie et les relations entre ses membres ? Quel niveau d’inégalités est-elle prête à supporter pour équilibrer libertés et paix sociale ? Comment équilibrer et concilier intérêt général et intérêts privés ? Les réponses à toutes ces questions-là sont négociées dans le cadre de ce qu’on appelle la Politique.
L’Economie éclaire – ou devrait éclairer – la Politique sur trois plans : elle colle des étiquettes de prix sur les choix, propose la manière la plus efficace d’atteindre des objectifs définis notamment par les préférences exprimées par les électeurs et elle améliore l’adéquation des moyens et des fins en évaluant l’impact des mesures prises.

Ce rappel peut sembler scolaire. À la lecture des récentes contributions de Georges Kaplan, en particulier de son texte sur la politique industrielle de la France, il me semble particulièrement nécessaire. De même que l’officier de renseignement conseille le chef de guerre sans se substituer à lui, l’économiste doit éclairer ou même critiquer les décisions du politique, pas les prendre à sa place. Il a le droit voire le devoir d’évaluer les conséquences économiques des différentes options pour obliger les décideurs à dévoiler le prix à payer – c’est-à-dire à quoi il faut renoncer – pour chacune d’elles. Mais il ne saurait récuser une politique même armé d’une avalanche de statistiques.

En réalité, Georges Kaplan prétend démontrer la supériorité « rationnelle » des solutions libérales. Je ne discuterai pas ici la validité de ses démonstrations, souvent très convaincantes car l’ami connaît son sujet. Il me semble important de rappeler que l’Economie n’a pas à déterminer les finalités et que la rationalité comptable ne saurait être le seul critère de choix de nos gouvernants. C’est encore plus vrai dans un pays où la puissance publique n’est pas seulement un arbitre mais un acteur du jeu économique. Or, ce rôle spécifique de l’Etat correspond à ce que veulent la plupart des citoyens. Si Georges Kaplan pense que la solution de tous nos problèmes se trouve dans le laissez-faire, il lui faut d’abord en convaincre ses concitoyens.

En clair, même si le peuple a économiquement tort, il a politiquement raison. Peut-être a-t-il par exemple excellentes raisons de vouloir conserver les usines en France quand bien même il serait prouvé que cela n’a aucun intérêt économique. D’ailleurs, si ces raisons étaient mauvaises ou jugées telles par Georges Kaplan, cela ne changerait rien au raisonnement. En conséquence, même s’il existait une vérité économique irréfutable, ce dont on peut douter, elle ne saurait être l’unique boussole des gouvernants : ou alors, confions la gestion du pays à un ordinateur bien programmé. L’action politique ne peut pas être menée par un logiciel de gestion.

Le point de vue de Kaplan sur la politique industrielle illustre bien cette confusion entre fins et moyens. On ne voit pas pourquoi, en effet, une nation ne pourrait pas choisir entre l’intégration dans un ensemble plus large, comme c’est le cas de la France avec l’Union européenne, et le maintien de son indépendance – en l’occurrence, il s’agit plutôt de définir l’équilibre entre ce qui est mutualisé et ce qui reste géré au niveau national. Ainsi, fabriquer des avions de chasse et des lanceurs de satellites au lieu de les acheter moins cher ailleurs est, à mon avis, une excellente décision, même si elle a un effet négatif sur la comptabilité nationale. Si on suivait le dogme libéral, la France abandonnerait les industries de la défense aux Etats-Unis et consacrerait les moyens ainsi libérés aux secteurs où elle jouit d’un avantage comparatif. Fermer Dassault et Thales pour développer Hermès et des Chanel ? Non merci !

Par ailleurs, aucune politique économique démocratique ne peut ignorer ses conséquences sociales. On peut me fournir tous les tableaux Excel du monde prouvant que la France gagnerait à ne conserver que les secteurs les plus innovants à forte valeur ajoutée – ce qui supposerait d’ailleurs que les Brésiliens et les autres acceptent aimablement de fabriquer des T-shirts. Je ne vois pas pourquoi nous accepterions de rejeter hors du marché du travail tous ceux à qui nous n’avons pas su donner une formation de haut niveau. Peut-être que dans le monde merveilleux du marché, il serait moins coûteux de les payer à ne rien faire. Seulement, voilà, je n’ai pas envie de vivre dans cette société-là. Permettre aux gens non-qualifiés de trouver du boulot est une preuve de civilisation. Nous ne sommes pas tous X-Mines ou Normale-ENA ! Que fera-t-on des gamins qui quittent l’école à 15 ou 16 ans quand les emplois peu qualifiés auront tous été délocalisés en Asie du Sud ou en Afrique du Nord ? Est-il aussi insensé que cela de soutenir des secteurs qu’un laisser-faire général condamnerait à la disparition ?

Quid de ceux qui ne peuvent pas passer d’un secteur agonisant à un autre en forte croissance ? Derrière les chiffres, se profile une mort sociale pour toute une partie de la population, à cause de leur âge, de leurs compétences ou de leur lieu de vie. Et en admettant que Kaplan ait raison et qu’on ne fasse que retarder de 10 ans une évolution inéluctable, dix ans de vie digne pour des centaines de milliers de nos concitoyens seraient-ils si négligeables ? Permettre à une génération de quinquas de partir à la retraite dignement, sauver les commerces et les PME d’une petite ville et le tissu social d’une région sont des objectifs aussi louables et légitimes que d’améliorer la productivité et la compétitivité de la France.

L’intervention de l’Etat – exécuteur des choix politiques décidés par la société – a sans doute des effets pervers, mais un libéralisme sans bornes en aurait peut-être de plus déplaisants encore. La concurrence est-elle toujours une bénédiction ? La gestion privée est-elle toujours heureuse ? Les réponses me semblent évidentes. Au lieu de brandir des dogmes, posons-nous de manière pragmatique la seule question qui vaille : il ne s’agit pas de savoir si l’Etat doit intervenir ou pas mais comment il doit le faire. La transformation de millions d’égoïsmes individuels en intérêt général est un exercice trop compliqué pour le laisser à la seule « main invisible ».

« Que les autorités religieuses s’occupent plutôt du sort des chrétiens d’Orient »

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photo : Thierry Mariani

Trois questions à Thierry Mariani, secrétaire d’Etat aux transports, et fondateur du collectif parlementaire « la Droite populaire »

Muriel Gremillet : Le débat sur la laïcité, organisé par l’UMP, divise, et pas seulement l’UMP. Ça ne vous interroge pas que les autorités religieuses françaises aient demandé sa suspension…

Thierry Mariani : La laïcité appartient à tout le monde, qu’on soit croyant ou non. Ce qui me frappe dans la tribune publiée par les autorités religieuses, c’est une phrase passée inaperçue pour laquelle j’ai envie de remercier les auteurs: ils disent que le cadre juridique de la laïcité doit évoluer en France[1. « Nous restons très attentifs aux évolutions profondes de notre société, notamment celles qui concernent les religions, dans le respect du cadre de la République. Ces évolutions appellent parfois des adaptations, voire des améliorations du cadre juridique et réglementaire de l’expression et de la vie des cultes en France. »]. Et nous montrent donc que le débat est utile. Car, si ce n’est les politiques, qui doit s’occuper du cadre juridique de la laïcité et de son évolution ? Le débat politique est nécessaire, et si l’UMP est seule à vouloir mettre le sujet sur la table, tant pis pour les autres.

La laïcité est un débat ouvert à tous, et il est paradoxal que les religieux prétendent qu’il leur soit réservé. Que les autorités religieuses s’occupent du sort des chrétiens d’Orient plutôt que de l’agenda des partis politiques ! Pour d’autres, ce ne serait pas le bon moment pour en parler. En vérité, il n’y a jamais de bon moment dans ce pays.

MG : La gauche, mais aussi certains centristes, vous accusent implicitement de faire le jeu du Front National en menant ce genre de débats.

TM : Depuis 1984, c’est en 2007 que le FN a fait son plus faible score. Autrement dit au moment où Nicolas Sarkozy a osé aborder de front un certain nombre de sujets dont Chirac ne voulait pas entendre parler. Alors, on nous traite de populistes : c’est l’accusation permanente de la gauche quand elle sent que le peuple lui échappe. La Droite populaire souhaite justement que le peuple n’échappe pas à la droite. Et pour cela il faut aborder les débats sans crainte et réussir à en sortir concrètement. Pourquoi le débat sur l’identité nationale a-t-il été raté ? C’était une excellente idée. Mais personne ne se souvient des mesures qui ont été annoncées à la sortie par le Premier ministre. Voilà pourquoi les gens s’imaginent que c’était une manœuvre électorale.

MG : Jean-Louis Borloo et les centristes pourraient sortir bientôt de l’UMP, justement pour se distinguer de l’aile dure de la majorité.

TM : Comment expliquer sérieusement que certains, qui se voyaient encore Premier ministre de Nicolas Sarkozy il y a quelques mois, souhaitent aujourd’hui quitter l’UMP ? La politique, c’est aussi une question de dignité et d’honneur. Cela veut aussi dire ne pas partir quand ça tangue.

Jamel Debbouze règle son compte à Eric Zemmour

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Dans une interview aux Inrockuptibles de cette semaine, Jamel Debbouze a pris le temps de dire tout le mal qu’il pensait d’Eric Zemmour. Il l’a fait avec sa finesse coutumière, en réclamant son licenciement pur et simple, une exigence étayée, il est vrai, par un raisonnement implacable : 
 »Il ne faut pas qu’il fasse de la télé. Parce que c’est dangereux d’entendre ce genre de discours. Il est spectaculaire, il n’a aucune idéologie, je suis sûr qu’il ne pense pas ce qu’il dit : c’est juste un imbécile qui touche des piges. »

Sûr que Zemmour l’imbécile ne se relèvera pas de cette estocade portée par Debbouze le bénévole.

Néanmoins, la France n’étant plus qu’une démocratie d’opérette, il y a fort à parier que Zemmour le spectaculaire continuera encore de diffuser « ce genre de discours » sur France2, i>Télé et RTL. Dans un vrai pays libre, genre le Maroc, un simple coup de fil de Debbouze l’idéologue à son ami le Roi, et hop, l’affaire était réglée…

Fausse alerte à Damas

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Les observateurs et les médias internationaux attendaient beaucoup le discours que le président Bachar el-Assad, devait prononcer hier devant le « Parlement » syrien.

Suite aux manifestations qui, depuis le 15 mars, ont fait au moins 130 morts à Deraa et à Lattaquié, on nous avait annoncé notamment la levée de l’état d’urgence (en vigueur depuis 63 !) et même la libération des prisonniers politique.

Patatras ! De contentant de fustiger « une conspiration contre la Syrie », non seulement Assad n’a rien lâché sur rien mais à la fin de son discours ses « députés » ont longuement scandé : « Par notre sang, par notre âme, nous nous sacrifierons pour toi, Bachar ! »

Ça promet pour la suite…

La menace chrétienne

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Derby, église Saint-Luc.

Depuis le 28 février 2011 et la condamnation par la Haute Cour de justice britannique de Eunice et Owen Johns, le délit d’opinion chrétienne est officiellement et légalement reconnu dans l’un des 27 pays de l’Union Européenne. Habitant Derby, dans le nord ouest de l’Angleterre, monsieur et madame Johns ont été condamnés parce qu’ils ont des opinions chrétiennes, pentecôtistes pour être plus précis. L’information est évidemment passée inaperçue en France, où nous sommes hantés par une « inquiétude majeure » : que l’on reconnaisse les racines chrétiennes de l’Europe ou d’un pays. Obnubilés que nous sommes par cette fausse querelle, nous ne voyons pas ce qui se produit réellement et qui fera date : ce n’est pas la laïcité qui est menacée en Europe, mais le droit au christianisme.

Que s’est-il passé le 28 février dernier ? Le couple Johns comparaissait devant les tribunaux. La Haute Cour a décidé de leur interdire le statut de famille d’accueil pour des enfants en rupture familiale. Les Johns ne sont pourtant pas soupçonnables de mettre en danger le moindre enfant – cela le tribunal le reconnaît, comme il reconnaît qu’on ne peut pas leur reprocher de ne pas savoir éduquer les chérubins. Difficile de faire autrement : les Johns ont élevé quatre enfants, ils en ont recueilli plus d’une quinzaine, garçons et filles indifféremment. Ni délinquants, ni criminels, ni sexistes, ni pédophiles, ni dangereux, parfaitement aptes à l’éducation. Alors quoi ? Les Johns sont chrétiens. Et cela suffit pour que la Haute Cour de justice les juge incapables d’accueillir et d’éduquer des enfants sans parents.

Une loi de 2007, portant sur la tolérance et la diversité, oblige les villes britanniques à s’assurer que les familles d’accueil prônent cette diversité et cette tolérance. Lisons bien : non pas « respectent » mais « prônent ». Du coup, la municipalité de Derby a demandé aux Johns d’inculquer la tolérance vis-à-vis des couples homosexuels, plus précisément de dire aux enfants que « l’homosexualité est une bonne chose ».

Mme Johns était d’accord pour ne pas dire aux enfants que l’homosexualité serait une mauvaise chose. Mais Mme Johns ne veut pas inculquer aux enfants l’idée que l’homosexualité serait particulièrement bienfaisante. Donc, Mme Johns est condamnée et n’a plus le droit d’accueillir des enfants. Elle a perdu son job. Son opinion est pourtant une simple opinion, liée selon elle à ses conceptions chrétiennes. Elle peut avoir raison ou tort sur ce point.

La tolérance exigée par la loi se mue ainsi en intolérance manifeste mais légalisée. Et l’on voit apparaître un délit d’opinion chrétienne, en vertu duquel on ne saurait avoir sur l’homosexualité un point de vue s’écartant tant soit peu de l’approbation enthousiaste. Le 28 février fera date. Peut-être qu’un jour les fonctionnaires de l’Etat britannique devront fournir un certificat d’homosexualité, avec photos à l’appui, pour être autorisés à travailler.

Libye : peu de sang, et encore moins de sang froid…

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Au début de la crise en Libye on parlait de massacres. Plus tard, on a plutôt parlé des massacres à venir qu’il faudrait empêcher. On évoquait les menaces explicites de Kadhafi envers les habitants de Benghazi et le passé chargé du dictateur. Il fallait croire ce qu’il disait et intervenir avant qu’il soit trop tard.

Depuis quelques jours, les allers-retours des forces pro et anti-Kadhafi permettent de voir comment les forces fidèles au Frère guide se comportent dans des villes libérées qui tombent de nouveau entre leurs mains. Pierre Barbancey de l’Humanité l’avait fait. Il s’est rendu à Ajdabiya, une ville côtière située à 150 km à l’ouest de Benghazi et considérée comme un verrou sur la route principale qui mène vers la capitale de la rébellion. Voici son témoignage :
« En entrant dans Ajdabiya, que l’on avait quitté il y a dix jours alors que les troupes kadhafistes y étaient victorieuses, on est surpris par l’état de la ville. Il ne semble pas y avoir eu de « durs » combats et les magasins n’ont pas été pillés, ni détruits par des « soldats enragés », ainsi que le proclame Libya Horia, la radio de la rébellion dont le ton s’islamise de plus en plus. Quelques façades portent des impacts de balles mais ce sont celles situées sur la route principale. Les quartiers n’ont pas été touchés et il n’y a pas eu de forte résistance de la part d’une population qui a préféré se réfugier à Benghazi ou dans les fermes environnantes. »

Plus étonnant encore est un certain délire qui semble s’emparer de quelques têtes rebelles. Selon Pierre Barbancey les insurgés pour leur part voient en Kadhafi un allié d’Israël. « On nous a même demandé, raconte-il, s’il était vrai qu’à Benghazi l’armée israélienne était venue soutenir les forces gouvernementales ! ».
Avec un tel sens du discernement, pas étonnant que les rebelles aient abattu leur propre avion de chasse au-dessus de Benghazi…