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Goldstone II : accablant, mais surtout pour le Hamas

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photo : Galerie de photos de United Nations Information Service - Geneva

On se souvient du tapage médiatique qui, en France, avait suivi la publication, en septembre 2009 du rapport de la commission présidée par le juge sud-africain Richard Goldstone, mandatée par la Commission des Droits de l’homme de l’ONU pour enquêter sur l’opération « Plomb durci» à Gaza. « Accablant», tel était l’adjectif systématiquement brandi par les journalistes et commentateurs ravis de tenir les preuves irréfutables de l’ignominie d’Israël, de son armée et de ses dirigeants.

N’y était-il pas écrit noir sur blanc, en conclusion, qu’Israël et la Hamas s’étaient rendus coupables « d’actes assimilables à des crimes de guerre et peut-être, dans certaines circonstances, à des crimes contre l’humanité » ? L’opprobre, bien entendu, était jeté tout entier sur Israël, au nom de l’énorme disproportion entre le nombre des victimes, 13 Israéliens tués par des tirs de roquettes, environ 1400 morts côté palestinien.

« Lisez le rapport Goldstone ! ». C’était l’argument ultime pour réduire au silence ceux qui, même sans approuver inconditionnellement cette opération de représailles, émettaient quelques doutes sur les affirmations du Hamas et de ses soutiens extérieurs. L’armée israélienne avait, expliquaient-ils, ciblé volontairement les populations civiles : crimes de guerre, donc, et même contre l’humanité, passibles de la justice pénale internationale.

« Rapport Goldstone ! », rétorque Stéphane Hessel au dernier Salon du livre de Paris à deux jeunes étudiants juifs qui lui demandent de s’indigner de l’assassinat, dans une implantation juive de Cisjordanie d’une famille entière, dont un bébé de trois mois…

Désormais, il ne sera plus aussi commode à ces belles âmes compassionnelles et vociférantes de prononcer ce mot magique, ce shibboleth censé séparer le bon grain palestinophile de l’ivraie sioniste.
C’est Richard Goldstone lui-même qui a formulé, dans une tribune du Washington Post publiée le 1er Avril, mais qui n’a rien d’un canular, la phrase qui devrait désormais interdire d’utiliser son nom et son œuvre pour clouer Israël au pilori de l’Histoire : « Si j’avais su ce que je sais maintenant, le rapport Goldstone aurait été différent. »

On a enquêté en Israël, pas à Gaza

Cela demande quelques explications, que l’on ne trouvera naturellement pas dans nos grands médias nationaux, ni sur les sites web qui avaient, en 2009, donné un large écho à ce rapport (ils se reconnaîtront) et se contentent aujourd’hui de répercuter sèchement les dépêches faisant état du revirement de Richard Goldstone. Ce qui a conduit ce dernier à réviser son jugement, c’est la lecture du rapport du « comité d’experts indépendants des Nations-Unies » présidé par Mary McGowan Davis, une ancienne magistrate de New York. Cette commission, formée sur la recommandation du rapport Goldstone, était chargée d’évaluer les réponses apportées par les parties mises en cause sur les cas évoqués dans ce rapport. Le comité d’expert a estimé « qu’Israël avait consacré d’importants moyens à enquêter sur plus de 400 allégations de crimes de guerre attribués à son armée, alors que les autorités de facto de Gaza (i.e. le Hamas) n’ont procédé à aucune enquête sur les tirs de roquettes et de mortier sur les populations civiles israéliennes ».

Ce rapport sur le rapport n’est pas destiné, pour l’instant, à être rendu public, mais Richard Goldstone a pu en avoir connaissance. Il a pu prendre la mesure, à la lecture des réfutations documentées et étayées de chacune de ces allégations par la police militaire israélienne, de la campagne d’intoxication dont la commission a été victime lors de ses investigations à Gaza. On lui a menti en long, en large et en travers. Les commissaires ont été abreuvés jusqu’à plus soif de récits d’atrocités commises de sang froid par les soldats de l’Etat juif. Tous faux, ou pour le moins largement romancés.

« Balivernes ! », rétorqueront les vociférants cités plus hauts, « Quelle confiance accorder à une armée qui enquête sur ses soldats à l’abri de tout regard extérieur ? ». Tout d’abord, signalons qu’aucune armée d’une grande démocratie n’a accepté, à ce jour, que des enquêteurs extérieurs viennent juger du comportement de leurs soldats.

Les victimes de guerre ne prouvent pas les crimes de guerre

De plus, s’ils avaient été un peu curieux, ces sceptiques auraient pu constater que tous les responsables d’unités de Tsahal mis en cause dans le rapport Goldstone ont été soumis à des interrogatoires serrés de la police militaire israélienne. Gardés à vue pendant des heures, ces officiers ont été cuisinés sans ménagements sur le contenu des rapports fournis à leur hiérarchie à propos des opérations dont ils avaient eu la responsabilité. Ceux dont ont a pu prouver qu’ils avaient, par négligence ou incompétence, causé la mort de civils, font l’objet de procédures disciplinaires dont Richard Goldstone se dit persuadé qu’elles aboutiront à des sanctions adaptées. Mais dans aucun des prétendus crimes de guerre évoqués dans son rapport, il n’a pu être établi qu’il existait une volonté manifeste de tuer des non-combattants.

Goldstone ne fait pas de morale, il dit le droit, ce qui est son métier. Ce qui est constitutif du crime de guerre n’est pas le nombre des victimes civiles mais le fait d’en faire des cibles d’une action militaire. Le cas est sans appel en ce qui concerne le Hamas : les tirs à l’aveugle sur les localités israéliennes proches de Gaza relèvent de cette jurisprudence. Les récits doloristes recueillis par la commission Goldstone lors de son enquête à Gaza omettent systématiquement de signaler que les populations civiles ont été sciemment utilisées comme boucliers humains par les lanceurs de roquettes. La responsabilité des pertes civiles est donc, pour le moins, partagée entre l’armée israélienne et les milices du Hamas.

La ligne de défense des inconditionnels de la diabolisation d’Israël est désormais accrochée à deux bastions. Le premier consiste à affirmer que Goldstone a craqué sous la pression d’Israël et des institutions juives, qui l’ont harcelé jusqu’à le déclarer persona non grata à la bar-mitzvah de son petit-fils à Johannesburg[1. Ce qui est, bien entendu, stupide et contre-productif]. On leur objectera que s’il avait souhaité éviter de nouveaux ennuis, bien plus pénibles, il aurait évité de se distancier d’un rapport dont il avait été le principal responsable : personne n’exigeait cela de lui.

L’autre argument consiste à balayer du revers de la main les doutes de Goldstone en martelant que les Israéliens ont tué 1400 combattants et civils palestiniens à Gaza en décembre 2008 et janvier 2009 et que cela seul suffit à les condamner au regard de l’Histoire.

À cela on ne peut que répondre qu’il est pour le moins inconséquent d’évoquer sans cesse les infractions au droit international commises par Israël et de le condamner encore lorsqu’il est établi que ce droit de la guerre – jus in bello – a été respecté par l’Etat juif.

Richard Goldstone est un homme honnête, ce qui ne lui rend pas la vie facile.

(1) Ce qui est, bien entendu, stupide et contre-productif

Causeur n°34 : pourquoi les autruches ?

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Comme nous l’avions prévu dès Causeur n° 31, la « Peste blonde » a cartonné aux cantonales après avoir sidéré sondeurs et sondologues. Face à une présidente du FN qui a bel et bien pris son envol vers la présidentielle, ses détracteurs, eux, font l’autruche, ce qui justifie la présence en couverture du n° 34 de ce splendide struthioniforme (un Struthio camelus, si vous voulez tout savoir)

Cette politique de l’autisme, hélas dominante chez les antilepénistes et qui consiste à ne rien entendre, ne rien voir et ne rien dire de neuf, est abondamment disséquée dans le dossier de ce Causeur n° 34, où l’on trouvera, entre autres, un papier très remonté de Cyril Bennasar sur un sujet on ne peut plus touchy (les juifs et le vote FN) et un voyage autour de la Chambre de Muriel Gremillet, qui a passé une semaine en immersion chez les députés de la Droite Populaire.

Des voyages, comme à l’habitude, il y en aura d’autres, et plus lointains, dans ce numéro. Luc Rosenzweig disséquera la trouilla germanica qui tétanise nos voisins, Jérôme Leroy nous prouvera que la réalité du Tsunami confirme ce qu’avaient déjà vu les géants de la fiction ; quant à Bruno Deniel-Laurent, il nous a ramené du Cambodge un reportage édifiant sur l’éradication des cultures ancestrales au Cambodge, discipline où les missionnaires du Tabligh sont aussi efficaces que les boys du FMI. Basile de Koch, lui, s’est contenté de faire le tour du PAF, et plus précisément de ses émissions culturelles : faut-il en dire plus ?

Au sommaire aussi, deux longues interviews, façon Causeur donc sans fadeur et en profondeur : face à François Miclo, un Jean Clair fort peu académique prophétise un hiver de la culture ; Bernard-Henri Lévy, lui, confronté à Élisabeth Lévy, Isabelle Marchandier et Gil Mihaely s’explique sur son engagement libyen et ses quelques conséquences…

Bref, que du costaud, et désormais, rappelons-le, sur 48 pages, et toujours avec 100 % d’inédits. Pour avoir accès à tout ça – ainsi qu’aux articles verrouillés sur le site – il faudra bien sûr vous abonner ou, si besoin est, vous réabonner. Et si vous le faites d’ici samedi soir, nous nous engageons à ce que vous receviez Causeur dès ce numéro 34 dans votre boîte aux lettres. Et si vous n’avez pas de boites au lettres, ou que vous ne souhaitez pas l’encombrer, il est désormais possible de s’abonner à uniquement à l’édition en ligne (avec bien sûr l’accès aux papiers verrouillés) à un tarif honteusement préférentiel

Bref l’autruche ne vole pas, et vous, vous ne serez pas volés…

Pour qui brûle le Coran ?

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photo : John Raoux AP

Terry Jones est un insignifiant pasteur américain à la tête d’une congrégation dérisoire de quelques dizaines de croyants en Floride. Si ce nom vous dit quelque chose, c’est parce que pour devenir signifiant, il a déclaré à la rentrée dernière son intention de brûler un exemplaire du Coran devant son église pour marquer le neuvième anniversaire du 11-Septembre. Suite à une vague d’indignation et des pressions de personnalités religieuses, il n’est finalement pas passé à l’acte et a même donné sa parole de ne pas recommencer. Mais le problème est que sa provocation a tellement bien marché – pendant quelques jours, cette histoire a retenu l’attention de tous les médias de la planète – que le retour à l’insignifiance lui était insupportable.

Ainsi, six mois plus tard, malgré ses promesses, Terry Jones décide de récidiver. Fou mais pas idiot, il sait qu’il faut augmenter la dose. Non seulement on ne peut pas servir un plat réchauffé, mais avec des révolutions en série dans le monde arabe, une guerre en Libye et un grave accident nucléaire au Japon, la planète journalistique est très sollicitée et il faut taper fort pour attirer l’attention. Au mois de janvier, il entame donc le procès public du Coran et le 20 mars, le décrétant coupable d’incitation à la haine, Terry Jones met le feu au livre sacré des musulmans, autodafé diffusé par Internet avec sous-titres en arabe.
Pendant une grosse semaine, l’acte bizarre de ce pasteur a eu le succès qu’il méritait : les médias l’ont plus ou moins ignoré. Malheureusement, une dizaine de jours plus tard, la mayonnaise finit par prendre en Afghanistan et au Pakistan. Manifestations violentes, lynchages, émeutes… Le bilan provisoire s’élève aujourd’hui à 19 morts.

Aux Etats-Unis, comme au mois de septembre dernier, le débat tourne autour de la question de la liberté d’expression et de ses limites tandis que certains – notamment le sénateur Lindsey Graham – pensent que le simple fait que le pays soit en guerre justifie, comme pendant la Deuxième guerre mondiale, la restriction de ce droit constitutionnel fondamental. Dans ce débat – légitime au demeurant –, on oublie un fait majeur : pour créer le scandale, il faut être au moins deux, celui qui provoque et celui qui est provoqué. Or, dans ce cas comme dans le cas des violences qui ont suivi la publication des caricatures du prophète Mahomet en 2005, la réaction pavlovienne de certains musulmans était largement prévisible.

Pour dire les choses clairement, le seuil de tolérance à la provocation de certains musulmans est tout simplement trop bas. Qu’un geste d’un homme de si peu d’importance puisse avoir de telles conséquences en dit plus long sur eux que sur le pasteur provocateur. Après tout, même si c’est son effigie qu’on brûle aujourd’hui à Jalalabad, ce n’est pas Barack Obama qui a mis le feu au Coran. Ce n’est pas non plus le général Petraeus, le très embarrassé chef des forces coalisées en Afghanistan, qui a applaudi cette connerie monumentale de Terry le taré.

Est-ce si difficile à comprendre qu’il s’agit d’une vulgaire et grossière opération de com’ ? Et même si, comme on le prétend, des agents provocateurs taliban infiltrés dans la foule sont derrière les dérapages sanglants des manifestations, la question reste la même : pourquoi donner une telle importance à une provocation si dérisoire ? L’une des valeurs de l’Occident – et pas la moindre – est justement d’accepter la folie des autres.
Terry Jones est un agité du bocal qui ne représente personne. Si des millions de musulmans se sentent concernés par ses agissements insensés, c’est leur problème et surtout leur responsabilité. Le sang de 19 personnes a été versé par des musulmans, voilà le seul fait important à retenir.

Zadig et Voltaire plombent Frédéric et Lefebvre

Pauvre Frédo (Lefebvre). Le secrétaire d’Etat aux PME est, une nouvelle fois, la risée du web. Depuis samedi, une vidéo réalisée par le Figaro.fr tourne partout, dans laquelle Frédéric Lefebvre explique que son livre de chevet est « Zadig et Voltaire », du nom de la célèbre marque de T-shirt troués et chers.

Pauvre Frédo, parce que sa bourde a permis de faire oublier les pitoyables prestations des autres personnalités politiques interrogées en marge de la journée du livre politique de l’Assemblée. Mis à part Chevènement qui parle avec conviction de Stendhal et Jacques Myard qui cite Yourcenar et Céline, il faut voir Hervé Mariton (député de la Drôme) sécher quand on lui demande quel est son livre favori. Il bafouille un truc sur Un cœur simple, de Flaubert « court mais dense » et Belle du Seigneur, « un livre épais .» Quant à savoir ce qu’il lit aujourd’hui…

Plus fort encore Jean-Pierre Soisson, député de l’Yonne : « vous voulez dire un livre qui ne soit pas le mien ? » Avant de reprendre la vieille technique politique : quand on ne sait pas comment répondre à une question, il convient d’abord de la répéter pour gagner du temps. Espérant qu’une réponse émerge par miracle du fin fond du cerveau reptilien. Soisson lit donc les classiques, sans arrêt, « Stendhal, les classiques tout ça. »

Je crois surtout que tous ces députés interrogés devraient acheter le dernier livre de Frédéric Lefebvre, en remerciement de leur avoir permis d’échapper au ridicule littéraire grâce à sa bourde plus grosse que leur propre inculture crasse.

Le débat ? Parlons-en!

Je confiais il y a peu à propos du débat sur la laïcité avec ou sans islam mon agacement à entendre encore du bla-bla quand il faudrait du bâton. C’est mon coté idéaliste. Je reste attaché à cette utopie qui veut que l’État n’aurait besoin de personne pour défendre la République laïque et, qu’en démocratie représentative, les élus pourraient et devraient faire ce qu’on leur a demandé, tout seuls comme des grands. Alors forcément, la réalité m’énerve. Avec son débat, la droite nous fait de la démocratie participative comme si elle avait perdu en 2007 et là où un Préfet assisté d’une compagnie de CRS et couvert par un chef courageux suffirait à faire respecter la loi, car en fait, il ne s’agit que de cela, on parle, on parle… Sur ces questions, on attendait Sarkozy au pont d’Arcole, on a Edwy Plenel à la télé. Théoriquement, l’un n’empêche pas l’autre, pratiquement, si. Et pas dans le sens qu’on attend. Quand Plenel fonce et s’enfonce en sarkophobie, dénonçant l’islamophobie des manœuvres droitières, le Président hésite à se mettre à dos les faiseurs d’opinion. On n’attend pas que le pouvoir fasse taire tous les curés, laïcs ou pas, qui font de la morale aux électeurs, on aimerait juste que ces protestations ne dissuadent pas les élus du peuple de tenir leurs promesses. Et d’agir.

Le plus drôle dans l’histoire, c’est que, cette fois-ci, les tenants habituels du participatif ne veulent pas participer cette fois ci. Examinons leurs arguments.

Les Français nourrissent d’autres inquiétudes !

Bien sûr, on a tous beaucoup de soucis. Et alors ? On ne peut plus penser à deux choses en même temps ? La plupart des hommes mariés depuis longtemps savent bien qu’on peut gérer deux problèmes à la fois. Et leurs femmes aussi.

C’est une manœuvre électorale, une construction bâtie sur des fantasmes !

S’il s’agit d’un faux débat qui prétend répondre à des questions que personne ne se pose, on peut gager qu’il aura peu d’écho, aucun intérêt et pas la moindre conséquence. Si en revanche, comme dans l’affaire de l’identité nationale, les Français s’expriment, témoignent et se mêlent de leur affaires en prenant part à la discussion, si un « pilpoul » national permet à tous ceux qui le souhaitent de se prononcer sur les changements qui apparaissent, qu’on y accepte des arrangements ou qu’on y déplore des renoncements, la démocratie y aura gagné. Des manœuvres électorales qui rencontrent les aspirations, les colères ou les angoisses des électeurs, ce n’est pas malsain, c’est un rendez-vous réussi entre les élites dirigeantes et le peuple.

« On veut bien parler de tout mais pas avec n’importe qui. ». « On va monter les Français les uns contre les autres ».

Nous y voilà. Les réfractaires au débat ne se contentent pas de se taire, ils nous mettent en garde sur les dangers qu’il y aurait à entendre des opinions décrétées extérieures à « l’arc républicain ». Non seulement toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire mais tous les Français ne sont pas bons à entendre. Ceux qui confient leurs troubles quand les règles de la laïcité sont enfreintes à l’école, à l’hôpital, dans les entreprises ou dans la rue risquent d’en désigner les fauteurs. À moins de s’en tenir aux concepts et à la langue de bois, les Musulmans qui pressent la République de transiger avec leur foi se sentiront visés. C’est un moindre mal. Il serait plus grave, comme on laisse faire rue Myrha par crainte des échauffourées, d’ignorer la question et de laisser penser que tous les Musulmans rejettent en masse les bonnes manières laïques. Une parole libre ne monterait pas les Français les uns contre les autres mais dissiperait les malentendus et rappellerait ou poserait les règles du vivre ensemble. A l’inverse, un tabou prudemment entretenu sur ces questions et un débat interdit quand certains Français attendent des réponses et des arbitrages pousseraient sûrement les citoyens de cultures différentes à vivre loin les des autres, voire les uns sans les autres. La France mérite mieux et l’islam de France aussi.

Le débat sur le débat a à peine commencé que les religieux s’en mêlent dans un élan œcuménique historique pour nous avertir qu’il est urgent de ne rien faire. Les « six religions de France » – pourquoi six ? Je suppose qu’on compte à partir d’une certaine quantité d’ouailles sinon on ne s’en sort pas, imaginez un collectif avec les témoins de Jéhovah, les mormons, les satanistes, les scientologues et tous les allumés de spiritualités en France. Les six donc, soient un évêque, un pasteur protestant, un rabbin, un musulman du CFCM, un métropolite orthodoxe et un révérend bouddhiste, nous mettent en garde. Ils ne veulent pas de débat. Enfin si, mais pas maintenant. En période préélectorale, on risque de stigmatiser (voir plus haut). Donc, ce n’est donc pas le moment. En période post-électorale aussi mais les électeurs ne pourront plus s’exprimer avec leur bulletin de vote. Les clercs doivent estimer que la laïcité est une question trop sérieuse pour être confiée aux citoyens.

Manifestement, cette méfiance et ce mépris mériteraient un débat mais que pouvons-nous en espérer ?

Il n’y aurait plus de prières de rue si l’exécutif faisait respecter la loi mais pour résoudre ce problème posé non pas par Jean-François Copé mais par un certain nombre de pratiquants, on commence à entendre qu’il faut envisager un financement public des mosquées. Ça commence mal. J’attendais qu’on serre la vis et voilà qu’on lâche du lest. S’ils touchent à la loi de 1905, on va y perdre en laïcité. Pour répondre à une situation nouvelle, et pour éviter l’islam des caves ou des rues, les financements étrangers et les mosquées incontrôlables, l’Etat va être sommé de prendre à sa charge des besoins immobiliers des croyants. La règle d’or qui interdit toute relation d’argent entre les élus et les communautés et évite toute tentation clientéliste sera battue en brèche. Si ce débat débouche sur une régression de notre laïcité et aboutit, au bout du compte, à des accommodements raisonnables à la française, je préfère encore qu’on ne parle de rien et qu’on ne touche à rien.

Alors, débat ou pas débat ? Je me demande si la question n’est pas dépassée. Qu’on joue le jeu ou qu’on proclame qu’on ne parlera pas même sous la menace des baïonnettes, le résultat est qu’on en parle. Et si tout le monde se moque du débat officiel, les débats off se multiplient dans les médias et les bistrots. Les opinions s’échangent à défaut de changer, c’est déjà ça. Quand une question occupe la scène médiatique, les acteurs qui défilent devant les micros et les caméras doivent choisir leur camp. Soumis à la question, ceux qui convoitent nos suffrages sortent du bois, s’expliquent ou pas, proposent leurs constats et leurs solutions ou se défilent parce qu’ils trouvent la question mal posée : à l’arrivée, nous pouvons faire notre marché dans l’offre politique. C’est bien la finalité du débat démocratique et nous y participerons dans l’isoloir où chacun pourra faire le tri entre ceux qui pensent qu’il n’y a pas de problème, ceux qui s’opposent à toute stigmatisation, ceux qui nomment les choses et ceux qui semblent décidés à agir, en républicains. Il ne nous reste plus qu’à discriminer pour choisir, en toutes connaissance de ces choses publiques, un Président ou une Présidente qui, je l’espère, saura clore le débat.

Le changement, façon Assad

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Bachar el-Assad tient parole. Dans son discours de mercredi dernier, il avait promis du changement. En conséquence de quoi ce dimanche, il a investi un nouveau premier ministre. L’heureux nommé est M. Adel Safar, qui détenait jusqu’à dimanche matin le portefeuille de l’agriculture. Cet ancien élève de l’École Nationale Supérieure d’Agronomie et des Industries Alimentaires de Nancy était en poste depuis 2003 et occupait donc une place de choix pour regarder de près son effondrement.

Pour 2010 par exemple, M. Safar avait prévu un récolte de 4 millions de tonnes de blé mais à la fin de l’année, il a lui-même revu ses prévisions à la baisse : les céréaliers syriens n’ont produit finalement que 2.4 tonnes, loin, très loin des besoins du pays qui consomme 3.6 millions de tonnes par an.
La sécheresse et un champignon qui sévit dans la région (« la rouille ») sont évoqués pour expliquer le désastre mais si on ajoute les résultats décevants du secteur du coton, qui emploie 20% de travailleurs syriens (récoltes 25% moins importantes que prévu), l’étendue du problème, ainsi que ses possibles répercutions politiques sont évidentes.

Ce qui l’est beaucoup moins, c’est le choix de celui qui était chargé pendant huit ans d’un domaine d’activité visiblement sinistré pour sortir le pays d’une crise politique grave. Mais peut-être le président Assad espère que M. Safar aurait sur la contestation dans son pays la même influence qu’il avait sur l’agriculture ces dernières années…

Syrie: le statu quo ou le chaos ?

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Si Anna Karénine travaillait à l’IFRI, elle aurait sans doute remarqué que les révolutions heureuses sont toutes les mêmes, mais que chaque révolution malheureuse l’est à sa façon. Après des dénouements relativement peu sanglants en Tunisie et en Egypte, on observe à Bahreïn, au Yémen, en Libye et maintenant en Syrie, différents degrés de violence. Or, si Bahreïn, le Yémen et – quoi qu’on en dise – la Libye sont des pays relativement marginaux dans le monde arabe, la Syrie en est l’un des piliers.

Au-delà du poids stratégique de ce pays – allié de l’Iran, puissance tutélaire du Liban et épicentre de tous les fronts du refus de la région –, la Syrie incarne une résistance crispée à l’extérieur, un puritanisme nationaliste où le rejet des « corps étrangers » est élevé au rang d’idéologie officielle. Ce singularisme s’appuie d’abord sur un capital symbolique précieux : Damas est considérée comme le berceau du nationalisme arabe et s’est octroyé le rôle de gardienne de ce patrimoine. Mais un autre facteur nourrit le réflexe de citadelle assiégée : depuis un demi-siècle, la Syrie est contrôlée par l’une de ses minorités, les Alaouites. Aujourd’hui les membres de cette communauté chiite et leurs dirigeants ressemblent à un homme chevauchant un tigre : on ne sait plus qui commande, de la monture ou du cavalier. La peur – plus que justifiée – d’être les victimes a poussé les Alaouites à devenir les bourreaux de leurs concitoyens. Aussi ont-ils de bonnes raisons d’être saisis d’effroi à l’idée des châtiments que leur réserveraient demain ceux qu’ils ont écrasés hier, s’ils venaient à perdre le pouvoir.

Leur nervosité est apparue au grand jour la semaine dernière à Lattaquié, ville portuaire et bastion historique de leur communauté, touchée par les troubles après quinze jours de manifestations à Daraa, dans le sud du pays. La réaction, immédiate, est lourde de signification – et pas dans un sens très encourageant. Des hommes armés non identifiés ont ouvert le feu, non seulement sur les manifestants mais aussi sur des passants, comme si leur objectif était de semer la terreur et de vider les rues le plus vite possible. Quand l’armée est arrivée, l’ordre régnait déjà à Lattaquié. On peut gager que cette riposte brutale est une façon de signifier aux candidats à la révolte que les Alaouites ne laisseront pas la contestation se développer « chez eux ».
L’étrange discours du président Assad, vide de tout contenu concret, doit être analysé à la lumière de ces événements. La conclusion qui s’impose est que les durs du régime – qui sont aussi les Alaouites les plus radicaux – ont eu le dessus. Et il y a de bonnes raisons de penser qu’ils sont prêts à tout – y compris un bain de sang si nécessaire – pour garder la main. Ils savent bien que Bachar el Assad, sa femme et ses enfants pourront toujours trouver refuge quelque part. En revanche, si le régime tombe, la majorité des Alaouites seront contraints de rester. Et pour eux, le pire est presque certain.

Traquées comme traitres et persécutés comme apostats durant des siècles, les tribus alaouites se sont réfugiées dans les montagnes surplombant Lattaquié et le littoral, entre le nord de l’actuel Liban et le sud de la Turquie. La chute de l’Empire ottoman, l’instauration du mandat français, son effondrement vingt ans plus tard et les affrontements avec le nouvel État d’Israël leur ont offert une fenêtre stratégique : alors que les anciennes élites, plutôt versées dans le commerce, boudaient les administrations – et en particulier l’armée – les Alaouites les ont intelligemment noyautées, ce qui leur a ouvert la voie du pouvoir. C’est ainsi que l’un d’eux, un homme d’exception nommé Hafez el-Assad, est parvenu au sommet.

Né en 1930, premier bachelier de sa famille, Assad fait une carrière militaire d’une extraordinaire rapidité. Lieutenant en 1955, il est général en 1964. Deux ans plus tard, à l’âge de 36 ans, il devient ministre de la Défense. Il ne lui faudra que quatre ans pour accéder à la fonction suprême où il s’installe en 1970. Prenant très vite le contrôle de l’appareil administratif et militaire, il dirigera son pays d’une main de fer et avec une intelligence politique hors-pair jusqu’à sa mort, en 2000, date à laquelle lui succède son fils Bachar
Dans un deuxième temps, il s’empare aussi des ressources économiques et financières de la Syrie. Travaux publics, matériaux de construction, agro-alimentaire, hydrocarbures et, plus tard, les télécommunications, sont accaparés par sa famille et ses alliés. Avec un résultat prévisible : fuite des capitaux et chute dramatique de la production intérieure. Assad organise ensuite le pillage systématique du Liban.

Cette fuite en avant n’a pas empêché le régime de mener la modernisation du pays alaouite – le nord-est de la Syrie : développement des ports, constructions d’autoroutes, création d’une université à Lattaquié, implantations administratives, militaires, industrielles et commerciales jusque dans les villages les plus reculés. Pour couronner le tout, de somptueuses résidences ont été érigées dans la région par les pontes du régime. Autant dire que jusqu’à ces dernières semaines, les Alaouites profitaient sans vergogne des fruits de leur domination. Ils savent ce qu’ils ont à perdre.

L’avenir de la Syrie dépend donc du rapport de forces entre les communautés. Les liens personnels et claniques pèseront lourd dans la balance et le passé sanglant des puissants d’aujourd’hui compromet sérieusement les chances d’une solution négociée. C’est l’heure de vérité pour la Syrie : à l’issue de cette crise, on saura si elle existe en tant que nation ou si, à l’image de ce qui s’est passé en Iraq, autre pays du Baas, le pacte syrien explose dans un règlement de comptes général. Pour le régime, l’état d’urgence joue le rôle des cercles de fer empêchant que le tonneau syrien se désintègre dans un bain de sang inter-communautaire. Pour le moment, Bachar el-Assad semble aussi le croire. À moins qu’il n’ait pas vraiment le choix.

Gapminder, vous allez aimer les statistiques

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Hans Rosling, un médecin suédois, s’est lancé il y a quelques années dans une aventure passionnante qui consiste à nous permettre de visualiser notre monde au travers de statistiques publiques. C’est la naissance de Gapminder. Si vous pensez que la « mondialisation libérale » a ravagé le monde et semé la misère partout sur terre depuis 60 ans est en particulier au cours des 30 dernières années, je ne connais pas un seul lien sur internet qui soit de nature à changer plus radicalement votre vision des choses que celui-ci.

Sur l’axe des abscisses (l’axe horizontal), le revenu par habitant exprimé en dollar de 2005 ajustés du pouvoir d’achat. Comme cette notion de revenu par habitant et ses éventuelles implications sur notre vie ne semblent pas tout à fait claire pour tout le monde, l’axe des ordonnées (l’axe vertical) nous propose une mesure très parlante de l’amélioration des conditions de vie des gens : l’espérance de vie. Chaque bulle correspond à un pays, les couleurs correspondent au continent auquel appartient le pays en question et la taille des bulles mesure son nombre d’habitants.

En bas, à gauche, il y a un bouton « Play ». Cliquez : ça dure quelques secondes. C’est pas beau ça ?

Tavoularis n’est plus sous-exposé

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Dean Tavoularis est grec et ça se voit. Dans ses dessins, tableaux et collages pointent ici ou là un torse de centaure, une corne du dieu Pan, la queue d’un Minotaure. Preuve sans doute que l’on n’échappe jamais à ses origines − je n’ai pas dit à son « identité nationale ». Cependant, Tavoularis n’est pas seulement grec : à y observer de plus près, le Pan esquissé d’un trait rouge a troqué ses sabots pour des escarpins façon Louboutin, accessoire glamour venu tout droit d’un studio de la Paramount.

En effet, l’artiste s’est retrouvé dès l’âge de 5 ans à Los Angeles qui, chacun le sait, se situe dans la banlieue d’Hollywood. Alors, Dean Tavoularis fera du cinéma.
Devenu chef-décorateur, il travaille avec les plus grands (Antonioni, Wenders, Penn, Polanski et, surtout, Coppola). Sa filmographie est une litanie de chefs-d’œuvre : Bonnie and Clyde, Zabriskie Point, Apocalypse Now, Conversation secrète et, bien sur, Le Parrain dont on retrouvera plusieurs story-boards dans la magnifique exposition qui lui est consacrée à la Galerie Catherine Houard[1. Dean Tavoularis, du 18 mars au 21 mai 2011, Galerie Catherine Houard, 15 rue Saint-Benoît Paris 6e].

Quant aux dessins originaux, ils sont souvent conçus comme des images tournées en longue focale, avec très peu de profondeur de champ. D’où l’insistance sur un personnage ou un objet dont les sentiments et l’âme sont rendus par le trait ou la couleur qui alternent dans des combinaisons inattendues.

L’une des œuvres exposées résume impeccablement ce mixage entre l’élégance classique du dessin et une mise en perspective cinématographique. On y voit, projetée sur un écran, la silhouette de l’immense acteur anglais Trevor Howard jetant un regard plongeant sur la salle et les spectateurs (à peine ébauchés), suscitant un doute épais sur l’envers et le décor. On ne sait plus qui intrigue qui, et c’est très bien comme ça. Collage, pastel et fusain, alternance et mélange de matières accentuent l’étrangeté de la situation.

photo : Galerie Catherine Houard

Les scènes de crimes qu’il devait trouver pour ses metteurs en scène, Dean Tavoularis les habillait. Car le maître-mot qui caractérise son travail, c’est la stylisation. Il suffit pour s’en convaincre de voir les « dead bodies », authentiques clichés de la police californienne des années 1930, allégés de leur morbidité par une mise en couleur radicale, scénarisés par le dessin, la couleur et la fantaisie.

Ce que l’artiste a apporté au cinéma comme directeur artistique, le cinéma le lui a remboursé cash en lui permettant de mettre ses œuvres en scène. Le catalogue de l’exposition (établi notamment par Aurore Clément, son épouse), évoque le « paradoxe d’une vocation divisée. Heureusement divisée… ». On ne saurait mieux dire, tant les deux carrières de Dean Tavoularis s’emmêlent et se nourrissent dans un jeu séduisant de correspondances. C’est cette dualité qui fait son charme.

Deux ou trois choses que je sais de l’UMP

photo : Fédération Française de la Fausse Manif'

La droite française n’existe pas, je l’ai rencontrée. On a longtemps dit que c’était la plus bête du monde. Si on en juge au temps où elle a été au pouvoir, disons depuis la Commune, elle n’est pas si bête que ça. Ou alors, il faut être bête pour occuper le pouvoir. Bête et méchant comme le peuple que l’on va gouverner et enfermer dans ses intérêts particuliers en lui faisant croire que la somme va en faire l’intérêt général. Bête et méchant comme Mac Mahon qui disait « Que d’eau ! Que d’eau ! », devant une inondation monstre après avoir fait tirer à la mitrailleuse lourde sur les Communards[1. Toujours pas de cérémonie pour en fêter en ce mois de mars le 140ème anniversaire].

La droite française n’existe pas ou alors elle existe trop et sous trop de formes, légitimistes, orléanistes, bonapartistes, René Rémond l’a montré bien mieux que moi.

Les légitimistes n’existent plus. Peut-être Philippe de Villiers ou Christine Boutin, mais on n’en entend plus vraiment parler. Eux étaient vraiment de droite. Ils lisaient Joseph de Maistre et n’auraient pas supporté qu’on brade la France éternelle à des faiseurs d’argent. Ils n’auraient même pas supporté un débat sur la laïcité puisque le christianisme l’est déjà, laïque (« Rendez à Dieu…etc »). Les légitimistes, en plus, ont donné d’excellents écrivains comme Barbey d’Aurevilly ou Léon Bloy et finalement, puisqu’ils puisaient leur programme social dans l’Evangile, ils étaient infiniment plus à gauche que l’école de Vienne. Comparez ce que dit Benoit XVI dans Caritas in veritate et ce grand moment de comique qu’est le livre de David Friedmann le fils de Milton), Vers une société sans État[2. Les Belles Lettres]. Le premier explique que c’est l’économie qui est au service de l’homme tandis que l’autre envisage froidement que les pauvres puissent vendre leurs organes à partir du moment où le contrat est rédigé correctement.

Le soir des cantonales, en tant qu’électeur, si je n’avais pas eu comme tant d’autres à arbitrer un duel PS/FN mais un duel PS/ Benoit XVI, j’aurais voté Benoît XVI. En cas de duel PCF/ Benoit XVI, j’aurais voté PCF mais j’aurais été un peu triste de laisser un autre candidat antilibéral de côté. Vous allez me dire que dans un duel PCF/FN aussi. Il y en a eu une petite quarantaine, tous remportés par le PCF sur des scores du style 65/35 à l’exception d’un canton du Var où le FN a gagné avec 6 voix d’avance.

De plus, la conversion du FN à l’antilibéralisme, je n’y crois pas vraiment, contrairement au catholicisme de Benoît XVI qui a deux mille ans derrière lui. Le programme économique de Marine Le Pen est d’ailleurs toujours « en cours de réactualisation » sur les sites Internet du FN.

Cela nous ramène à notre droite qui n’existe pas. Sans nous attarder aux troupes de l’UMP qui semblent aussi divisées sur l’alliance avec le FN que la Tripolitaine et la Cyrénaïque sur l’avenir de la Lybie, il est tout de même intéressant de souligner une contradiction manifeste. Ceux qui voudraient un scénario à l’italienne ou à l’autrichienne, « pactisons avec le FN sinon on est morts », sont les plus à droite, partisans d’une économie enfin adaptée de gré ou de force aux critères de la mondialisation mais ils veulent avoir avec eux Marine Le Pen qui désire sortir de l’euro, maintenir la retraite à soixante ans, voire nationaliser une partie du crédit pour forcer les banques à réinvestir dans la production et non la spéculation.

Cette droite-là, celle qu’encourage le président de la République et son conseiller Buisson, doit penser que le programme de Marine Le Pen, c’est du pipeau, que les fondamentaux sont toujours les mêmes – préférence nationale, hyper-sécuritarisme, fantasme de l’invasion allogène – et que c’est pour ces raisons là que le peuple vote pour le Front. Comme d’habitude, la réponse est venue des urnes pas très remplies, certes, mais dans une démocratie, celui qui s’exprime est toujours plus malin que celui qui ne se dérange même pas pour voter blanc.
Et la réponse, elle est bien cruelle. D’ailleurs pour qui a modestement fait une campagne électorale, grimpé quelques cages d’escalier et s’est promené sur les marchés avec ses tracts, elle ne faisait guère de doute. Le peuple n’en a plus grand chose à faire des hypothétiques menaces sur son identité et la première des insécurités qu’il rencontre, c’est au travail quand il est précaire et au chômage quand il est dans la misère. Le Front a compris ça, l’UMP non. Résultat, tout parti présidentiel qu’il est, l’UMP fait moins que l’ancien RPR.

C’était bien la peine de faire un parti unique, tiens. Il se délite à vitesse grand V. C’est pour cela aussi que la droite n’existe pas. Vous voyez Rama Yade dans le même gouvernement que Christian Vanneste, vous ? Sérieusement. Ou Hervé Morin et Claude Guéant ? Allons, il faut avoir la carapace dépressive d’un Fillon et sa capacité à regarder ailleurs pour supporter la droitisation dure de sa majorité : il a d’ailleurs, entre ses consignes de vote contradictoires avec celles du président et son refus de participer au débat sur l’islam, (euh pardon, sur la Laïcité, excusez moi, je maîtrise mal les éléments de langage donné par monsieur Buisson), de plus en plus de mal à faire comme si tout allait bien.

La droite française n’existe pas parce que, lorsqu’elle existait, elle s’appelait le gaullisme et en fait, le gaullisme n’était pas de droite. Il était né d’un mouvement de libération nationale et, avec les communistes au sein du CNR, avait construit les bases d’un pays qui a su en trente ans donner un haut niveau de protection sociale à sa population tout en construisant des trains à grande vitesse, des fusées, un secteur électronucléaire assurant, au moins en partie, l’indépendance énergétique de la nation, bref en confiant l’avenir à l’Etat qui sait que l’intérêt général n’est pas la somme des intérêts particuliers.

D’ailleurs, les pires oppositions au gaullisme sont venues d’une certaine droite, pas de la gauche. CNI, Républicains Indépendants, Radicaux, tous ceux que Giscard, par un coup de génie, a réussi à mettre de son côté pour gagner les présidentielles de 74 et créer dans la foulée l’UDF, un conglomérat dont le seul ciment idéologique était, précisément l’antigaullisme : à l’époque, il fallait déjà de l’imagination pour trouver un point commun entre Bayrou et Madelin, entre l’agrégé de lettres classiques et les manieurs de barre de fer.

Il n’empêche, si ça se trouve la droite française qui n’existe pas gagnera quand même les prochaines présidentielles de 2012.
Ce sera sans doute un peu compliqué mais comme elle n’est bonne qu’à ça…

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Goldstone II : accablant, mais surtout pour le Hamas

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photo : Galerie de photos de United Nations Information Service - Geneva

On se souvient du tapage médiatique qui, en France, avait suivi la publication, en septembre 2009 du rapport de la commission présidée par le juge sud-africain Richard Goldstone, mandatée par la Commission des Droits de l’homme de l’ONU pour enquêter sur l’opération « Plomb durci» à Gaza. « Accablant», tel était l’adjectif systématiquement brandi par les journalistes et commentateurs ravis de tenir les preuves irréfutables de l’ignominie d’Israël, de son armée et de ses dirigeants.

N’y était-il pas écrit noir sur blanc, en conclusion, qu’Israël et la Hamas s’étaient rendus coupables « d’actes assimilables à des crimes de guerre et peut-être, dans certaines circonstances, à des crimes contre l’humanité » ? L’opprobre, bien entendu, était jeté tout entier sur Israël, au nom de l’énorme disproportion entre le nombre des victimes, 13 Israéliens tués par des tirs de roquettes, environ 1400 morts côté palestinien.

« Lisez le rapport Goldstone ! ». C’était l’argument ultime pour réduire au silence ceux qui, même sans approuver inconditionnellement cette opération de représailles, émettaient quelques doutes sur les affirmations du Hamas et de ses soutiens extérieurs. L’armée israélienne avait, expliquaient-ils, ciblé volontairement les populations civiles : crimes de guerre, donc, et même contre l’humanité, passibles de la justice pénale internationale.

« Rapport Goldstone ! », rétorque Stéphane Hessel au dernier Salon du livre de Paris à deux jeunes étudiants juifs qui lui demandent de s’indigner de l’assassinat, dans une implantation juive de Cisjordanie d’une famille entière, dont un bébé de trois mois…

Désormais, il ne sera plus aussi commode à ces belles âmes compassionnelles et vociférantes de prononcer ce mot magique, ce shibboleth censé séparer le bon grain palestinophile de l’ivraie sioniste.
C’est Richard Goldstone lui-même qui a formulé, dans une tribune du Washington Post publiée le 1er Avril, mais qui n’a rien d’un canular, la phrase qui devrait désormais interdire d’utiliser son nom et son œuvre pour clouer Israël au pilori de l’Histoire : « Si j’avais su ce que je sais maintenant, le rapport Goldstone aurait été différent. »

On a enquêté en Israël, pas à Gaza

Cela demande quelques explications, que l’on ne trouvera naturellement pas dans nos grands médias nationaux, ni sur les sites web qui avaient, en 2009, donné un large écho à ce rapport (ils se reconnaîtront) et se contentent aujourd’hui de répercuter sèchement les dépêches faisant état du revirement de Richard Goldstone. Ce qui a conduit ce dernier à réviser son jugement, c’est la lecture du rapport du « comité d’experts indépendants des Nations-Unies » présidé par Mary McGowan Davis, une ancienne magistrate de New York. Cette commission, formée sur la recommandation du rapport Goldstone, était chargée d’évaluer les réponses apportées par les parties mises en cause sur les cas évoqués dans ce rapport. Le comité d’expert a estimé « qu’Israël avait consacré d’importants moyens à enquêter sur plus de 400 allégations de crimes de guerre attribués à son armée, alors que les autorités de facto de Gaza (i.e. le Hamas) n’ont procédé à aucune enquête sur les tirs de roquettes et de mortier sur les populations civiles israéliennes ».

Ce rapport sur le rapport n’est pas destiné, pour l’instant, à être rendu public, mais Richard Goldstone a pu en avoir connaissance. Il a pu prendre la mesure, à la lecture des réfutations documentées et étayées de chacune de ces allégations par la police militaire israélienne, de la campagne d’intoxication dont la commission a été victime lors de ses investigations à Gaza. On lui a menti en long, en large et en travers. Les commissaires ont été abreuvés jusqu’à plus soif de récits d’atrocités commises de sang froid par les soldats de l’Etat juif. Tous faux, ou pour le moins largement romancés.

« Balivernes ! », rétorqueront les vociférants cités plus hauts, « Quelle confiance accorder à une armée qui enquête sur ses soldats à l’abri de tout regard extérieur ? ». Tout d’abord, signalons qu’aucune armée d’une grande démocratie n’a accepté, à ce jour, que des enquêteurs extérieurs viennent juger du comportement de leurs soldats.

Les victimes de guerre ne prouvent pas les crimes de guerre

De plus, s’ils avaient été un peu curieux, ces sceptiques auraient pu constater que tous les responsables d’unités de Tsahal mis en cause dans le rapport Goldstone ont été soumis à des interrogatoires serrés de la police militaire israélienne. Gardés à vue pendant des heures, ces officiers ont été cuisinés sans ménagements sur le contenu des rapports fournis à leur hiérarchie à propos des opérations dont ils avaient eu la responsabilité. Ceux dont ont a pu prouver qu’ils avaient, par négligence ou incompétence, causé la mort de civils, font l’objet de procédures disciplinaires dont Richard Goldstone se dit persuadé qu’elles aboutiront à des sanctions adaptées. Mais dans aucun des prétendus crimes de guerre évoqués dans son rapport, il n’a pu être établi qu’il existait une volonté manifeste de tuer des non-combattants.

Goldstone ne fait pas de morale, il dit le droit, ce qui est son métier. Ce qui est constitutif du crime de guerre n’est pas le nombre des victimes civiles mais le fait d’en faire des cibles d’une action militaire. Le cas est sans appel en ce qui concerne le Hamas : les tirs à l’aveugle sur les localités israéliennes proches de Gaza relèvent de cette jurisprudence. Les récits doloristes recueillis par la commission Goldstone lors de son enquête à Gaza omettent systématiquement de signaler que les populations civiles ont été sciemment utilisées comme boucliers humains par les lanceurs de roquettes. La responsabilité des pertes civiles est donc, pour le moins, partagée entre l’armée israélienne et les milices du Hamas.

La ligne de défense des inconditionnels de la diabolisation d’Israël est désormais accrochée à deux bastions. Le premier consiste à affirmer que Goldstone a craqué sous la pression d’Israël et des institutions juives, qui l’ont harcelé jusqu’à le déclarer persona non grata à la bar-mitzvah de son petit-fils à Johannesburg[1. Ce qui est, bien entendu, stupide et contre-productif]. On leur objectera que s’il avait souhaité éviter de nouveaux ennuis, bien plus pénibles, il aurait évité de se distancier d’un rapport dont il avait été le principal responsable : personne n’exigeait cela de lui.

L’autre argument consiste à balayer du revers de la main les doutes de Goldstone en martelant que les Israéliens ont tué 1400 combattants et civils palestiniens à Gaza en décembre 2008 et janvier 2009 et que cela seul suffit à les condamner au regard de l’Histoire.

À cela on ne peut que répondre qu’il est pour le moins inconséquent d’évoquer sans cesse les infractions au droit international commises par Israël et de le condamner encore lorsqu’il est établi que ce droit de la guerre – jus in bello – a été respecté par l’Etat juif.

Richard Goldstone est un homme honnête, ce qui ne lui rend pas la vie facile.

(1) Ce qui est, bien entendu, stupide et contre-productif

Causeur n°34 : pourquoi les autruches ?

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Comme nous l’avions prévu dès Causeur n° 31, la « Peste blonde » a cartonné aux cantonales après avoir sidéré sondeurs et sondologues. Face à une présidente du FN qui a bel et bien pris son envol vers la présidentielle, ses détracteurs, eux, font l’autruche, ce qui justifie la présence en couverture du n° 34 de ce splendide struthioniforme (un Struthio camelus, si vous voulez tout savoir)

Cette politique de l’autisme, hélas dominante chez les antilepénistes et qui consiste à ne rien entendre, ne rien voir et ne rien dire de neuf, est abondamment disséquée dans le dossier de ce Causeur n° 34, où l’on trouvera, entre autres, un papier très remonté de Cyril Bennasar sur un sujet on ne peut plus touchy (les juifs et le vote FN) et un voyage autour de la Chambre de Muriel Gremillet, qui a passé une semaine en immersion chez les députés de la Droite Populaire.

Des voyages, comme à l’habitude, il y en aura d’autres, et plus lointains, dans ce numéro. Luc Rosenzweig disséquera la trouilla germanica qui tétanise nos voisins, Jérôme Leroy nous prouvera que la réalité du Tsunami confirme ce qu’avaient déjà vu les géants de la fiction ; quant à Bruno Deniel-Laurent, il nous a ramené du Cambodge un reportage édifiant sur l’éradication des cultures ancestrales au Cambodge, discipline où les missionnaires du Tabligh sont aussi efficaces que les boys du FMI. Basile de Koch, lui, s’est contenté de faire le tour du PAF, et plus précisément de ses émissions culturelles : faut-il en dire plus ?

Au sommaire aussi, deux longues interviews, façon Causeur donc sans fadeur et en profondeur : face à François Miclo, un Jean Clair fort peu académique prophétise un hiver de la culture ; Bernard-Henri Lévy, lui, confronté à Élisabeth Lévy, Isabelle Marchandier et Gil Mihaely s’explique sur son engagement libyen et ses quelques conséquences…

Bref, que du costaud, et désormais, rappelons-le, sur 48 pages, et toujours avec 100 % d’inédits. Pour avoir accès à tout ça – ainsi qu’aux articles verrouillés sur le site – il faudra bien sûr vous abonner ou, si besoin est, vous réabonner. Et si vous le faites d’ici samedi soir, nous nous engageons à ce que vous receviez Causeur dès ce numéro 34 dans votre boîte aux lettres. Et si vous n’avez pas de boites au lettres, ou que vous ne souhaitez pas l’encombrer, il est désormais possible de s’abonner à uniquement à l’édition en ligne (avec bien sûr l’accès aux papiers verrouillés) à un tarif honteusement préférentiel

Bref l’autruche ne vole pas, et vous, vous ne serez pas volés…

Pour qui brûle le Coran ?

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photo : John Raoux AP

Terry Jones est un insignifiant pasteur américain à la tête d’une congrégation dérisoire de quelques dizaines de croyants en Floride. Si ce nom vous dit quelque chose, c’est parce que pour devenir signifiant, il a déclaré à la rentrée dernière son intention de brûler un exemplaire du Coran devant son église pour marquer le neuvième anniversaire du 11-Septembre. Suite à une vague d’indignation et des pressions de personnalités religieuses, il n’est finalement pas passé à l’acte et a même donné sa parole de ne pas recommencer. Mais le problème est que sa provocation a tellement bien marché – pendant quelques jours, cette histoire a retenu l’attention de tous les médias de la planète – que le retour à l’insignifiance lui était insupportable.

Ainsi, six mois plus tard, malgré ses promesses, Terry Jones décide de récidiver. Fou mais pas idiot, il sait qu’il faut augmenter la dose. Non seulement on ne peut pas servir un plat réchauffé, mais avec des révolutions en série dans le monde arabe, une guerre en Libye et un grave accident nucléaire au Japon, la planète journalistique est très sollicitée et il faut taper fort pour attirer l’attention. Au mois de janvier, il entame donc le procès public du Coran et le 20 mars, le décrétant coupable d’incitation à la haine, Terry Jones met le feu au livre sacré des musulmans, autodafé diffusé par Internet avec sous-titres en arabe.
Pendant une grosse semaine, l’acte bizarre de ce pasteur a eu le succès qu’il méritait : les médias l’ont plus ou moins ignoré. Malheureusement, une dizaine de jours plus tard, la mayonnaise finit par prendre en Afghanistan et au Pakistan. Manifestations violentes, lynchages, émeutes… Le bilan provisoire s’élève aujourd’hui à 19 morts.

Aux Etats-Unis, comme au mois de septembre dernier, le débat tourne autour de la question de la liberté d’expression et de ses limites tandis que certains – notamment le sénateur Lindsey Graham – pensent que le simple fait que le pays soit en guerre justifie, comme pendant la Deuxième guerre mondiale, la restriction de ce droit constitutionnel fondamental. Dans ce débat – légitime au demeurant –, on oublie un fait majeur : pour créer le scandale, il faut être au moins deux, celui qui provoque et celui qui est provoqué. Or, dans ce cas comme dans le cas des violences qui ont suivi la publication des caricatures du prophète Mahomet en 2005, la réaction pavlovienne de certains musulmans était largement prévisible.

Pour dire les choses clairement, le seuil de tolérance à la provocation de certains musulmans est tout simplement trop bas. Qu’un geste d’un homme de si peu d’importance puisse avoir de telles conséquences en dit plus long sur eux que sur le pasteur provocateur. Après tout, même si c’est son effigie qu’on brûle aujourd’hui à Jalalabad, ce n’est pas Barack Obama qui a mis le feu au Coran. Ce n’est pas non plus le général Petraeus, le très embarrassé chef des forces coalisées en Afghanistan, qui a applaudi cette connerie monumentale de Terry le taré.

Est-ce si difficile à comprendre qu’il s’agit d’une vulgaire et grossière opération de com’ ? Et même si, comme on le prétend, des agents provocateurs taliban infiltrés dans la foule sont derrière les dérapages sanglants des manifestations, la question reste la même : pourquoi donner une telle importance à une provocation si dérisoire ? L’une des valeurs de l’Occident – et pas la moindre – est justement d’accepter la folie des autres.
Terry Jones est un agité du bocal qui ne représente personne. Si des millions de musulmans se sentent concernés par ses agissements insensés, c’est leur problème et surtout leur responsabilité. Le sang de 19 personnes a été versé par des musulmans, voilà le seul fait important à retenir.

Zadig et Voltaire plombent Frédéric et Lefebvre

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Pauvre Frédo (Lefebvre). Le secrétaire d’Etat aux PME est, une nouvelle fois, la risée du web. Depuis samedi, une vidéo réalisée par le Figaro.fr tourne partout, dans laquelle Frédéric Lefebvre explique que son livre de chevet est « Zadig et Voltaire », du nom de la célèbre marque de T-shirt troués et chers.

Pauvre Frédo, parce que sa bourde a permis de faire oublier les pitoyables prestations des autres personnalités politiques interrogées en marge de la journée du livre politique de l’Assemblée. Mis à part Chevènement qui parle avec conviction de Stendhal et Jacques Myard qui cite Yourcenar et Céline, il faut voir Hervé Mariton (député de la Drôme) sécher quand on lui demande quel est son livre favori. Il bafouille un truc sur Un cœur simple, de Flaubert « court mais dense » et Belle du Seigneur, « un livre épais .» Quant à savoir ce qu’il lit aujourd’hui…

Plus fort encore Jean-Pierre Soisson, député de l’Yonne : « vous voulez dire un livre qui ne soit pas le mien ? » Avant de reprendre la vieille technique politique : quand on ne sait pas comment répondre à une question, il convient d’abord de la répéter pour gagner du temps. Espérant qu’une réponse émerge par miracle du fin fond du cerveau reptilien. Soisson lit donc les classiques, sans arrêt, « Stendhal, les classiques tout ça. »

Je crois surtout que tous ces députés interrogés devraient acheter le dernier livre de Frédéric Lefebvre, en remerciement de leur avoir permis d’échapper au ridicule littéraire grâce à sa bourde plus grosse que leur propre inculture crasse.

Le débat ? Parlons-en!

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Je confiais il y a peu à propos du débat sur la laïcité avec ou sans islam mon agacement à entendre encore du bla-bla quand il faudrait du bâton. C’est mon coté idéaliste. Je reste attaché à cette utopie qui veut que l’État n’aurait besoin de personne pour défendre la République laïque et, qu’en démocratie représentative, les élus pourraient et devraient faire ce qu’on leur a demandé, tout seuls comme des grands. Alors forcément, la réalité m’énerve. Avec son débat, la droite nous fait de la démocratie participative comme si elle avait perdu en 2007 et là où un Préfet assisté d’une compagnie de CRS et couvert par un chef courageux suffirait à faire respecter la loi, car en fait, il ne s’agit que de cela, on parle, on parle… Sur ces questions, on attendait Sarkozy au pont d’Arcole, on a Edwy Plenel à la télé. Théoriquement, l’un n’empêche pas l’autre, pratiquement, si. Et pas dans le sens qu’on attend. Quand Plenel fonce et s’enfonce en sarkophobie, dénonçant l’islamophobie des manœuvres droitières, le Président hésite à se mettre à dos les faiseurs d’opinion. On n’attend pas que le pouvoir fasse taire tous les curés, laïcs ou pas, qui font de la morale aux électeurs, on aimerait juste que ces protestations ne dissuadent pas les élus du peuple de tenir leurs promesses. Et d’agir.

Le plus drôle dans l’histoire, c’est que, cette fois-ci, les tenants habituels du participatif ne veulent pas participer cette fois ci. Examinons leurs arguments.

Les Français nourrissent d’autres inquiétudes !

Bien sûr, on a tous beaucoup de soucis. Et alors ? On ne peut plus penser à deux choses en même temps ? La plupart des hommes mariés depuis longtemps savent bien qu’on peut gérer deux problèmes à la fois. Et leurs femmes aussi.

C’est une manœuvre électorale, une construction bâtie sur des fantasmes !

S’il s’agit d’un faux débat qui prétend répondre à des questions que personne ne se pose, on peut gager qu’il aura peu d’écho, aucun intérêt et pas la moindre conséquence. Si en revanche, comme dans l’affaire de l’identité nationale, les Français s’expriment, témoignent et se mêlent de leur affaires en prenant part à la discussion, si un « pilpoul » national permet à tous ceux qui le souhaitent de se prononcer sur les changements qui apparaissent, qu’on y accepte des arrangements ou qu’on y déplore des renoncements, la démocratie y aura gagné. Des manœuvres électorales qui rencontrent les aspirations, les colères ou les angoisses des électeurs, ce n’est pas malsain, c’est un rendez-vous réussi entre les élites dirigeantes et le peuple.

« On veut bien parler de tout mais pas avec n’importe qui. ». « On va monter les Français les uns contre les autres ».

Nous y voilà. Les réfractaires au débat ne se contentent pas de se taire, ils nous mettent en garde sur les dangers qu’il y aurait à entendre des opinions décrétées extérieures à « l’arc républicain ». Non seulement toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire mais tous les Français ne sont pas bons à entendre. Ceux qui confient leurs troubles quand les règles de la laïcité sont enfreintes à l’école, à l’hôpital, dans les entreprises ou dans la rue risquent d’en désigner les fauteurs. À moins de s’en tenir aux concepts et à la langue de bois, les Musulmans qui pressent la République de transiger avec leur foi se sentiront visés. C’est un moindre mal. Il serait plus grave, comme on laisse faire rue Myrha par crainte des échauffourées, d’ignorer la question et de laisser penser que tous les Musulmans rejettent en masse les bonnes manières laïques. Une parole libre ne monterait pas les Français les uns contre les autres mais dissiperait les malentendus et rappellerait ou poserait les règles du vivre ensemble. A l’inverse, un tabou prudemment entretenu sur ces questions et un débat interdit quand certains Français attendent des réponses et des arbitrages pousseraient sûrement les citoyens de cultures différentes à vivre loin les des autres, voire les uns sans les autres. La France mérite mieux et l’islam de France aussi.

Le débat sur le débat a à peine commencé que les religieux s’en mêlent dans un élan œcuménique historique pour nous avertir qu’il est urgent de ne rien faire. Les « six religions de France » – pourquoi six ? Je suppose qu’on compte à partir d’une certaine quantité d’ouailles sinon on ne s’en sort pas, imaginez un collectif avec les témoins de Jéhovah, les mormons, les satanistes, les scientologues et tous les allumés de spiritualités en France. Les six donc, soient un évêque, un pasteur protestant, un rabbin, un musulman du CFCM, un métropolite orthodoxe et un révérend bouddhiste, nous mettent en garde. Ils ne veulent pas de débat. Enfin si, mais pas maintenant. En période préélectorale, on risque de stigmatiser (voir plus haut). Donc, ce n’est donc pas le moment. En période post-électorale aussi mais les électeurs ne pourront plus s’exprimer avec leur bulletin de vote. Les clercs doivent estimer que la laïcité est une question trop sérieuse pour être confiée aux citoyens.

Manifestement, cette méfiance et ce mépris mériteraient un débat mais que pouvons-nous en espérer ?

Il n’y aurait plus de prières de rue si l’exécutif faisait respecter la loi mais pour résoudre ce problème posé non pas par Jean-François Copé mais par un certain nombre de pratiquants, on commence à entendre qu’il faut envisager un financement public des mosquées. Ça commence mal. J’attendais qu’on serre la vis et voilà qu’on lâche du lest. S’ils touchent à la loi de 1905, on va y perdre en laïcité. Pour répondre à une situation nouvelle, et pour éviter l’islam des caves ou des rues, les financements étrangers et les mosquées incontrôlables, l’Etat va être sommé de prendre à sa charge des besoins immobiliers des croyants. La règle d’or qui interdit toute relation d’argent entre les élus et les communautés et évite toute tentation clientéliste sera battue en brèche. Si ce débat débouche sur une régression de notre laïcité et aboutit, au bout du compte, à des accommodements raisonnables à la française, je préfère encore qu’on ne parle de rien et qu’on ne touche à rien.

Alors, débat ou pas débat ? Je me demande si la question n’est pas dépassée. Qu’on joue le jeu ou qu’on proclame qu’on ne parlera pas même sous la menace des baïonnettes, le résultat est qu’on en parle. Et si tout le monde se moque du débat officiel, les débats off se multiplient dans les médias et les bistrots. Les opinions s’échangent à défaut de changer, c’est déjà ça. Quand une question occupe la scène médiatique, les acteurs qui défilent devant les micros et les caméras doivent choisir leur camp. Soumis à la question, ceux qui convoitent nos suffrages sortent du bois, s’expliquent ou pas, proposent leurs constats et leurs solutions ou se défilent parce qu’ils trouvent la question mal posée : à l’arrivée, nous pouvons faire notre marché dans l’offre politique. C’est bien la finalité du débat démocratique et nous y participerons dans l’isoloir où chacun pourra faire le tri entre ceux qui pensent qu’il n’y a pas de problème, ceux qui s’opposent à toute stigmatisation, ceux qui nomment les choses et ceux qui semblent décidés à agir, en républicains. Il ne nous reste plus qu’à discriminer pour choisir, en toutes connaissance de ces choses publiques, un Président ou une Présidente qui, je l’espère, saura clore le débat.

Le changement, façon Assad

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Bachar el-Assad tient parole. Dans son discours de mercredi dernier, il avait promis du changement. En conséquence de quoi ce dimanche, il a investi un nouveau premier ministre. L’heureux nommé est M. Adel Safar, qui détenait jusqu’à dimanche matin le portefeuille de l’agriculture. Cet ancien élève de l’École Nationale Supérieure d’Agronomie et des Industries Alimentaires de Nancy était en poste depuis 2003 et occupait donc une place de choix pour regarder de près son effondrement.

Pour 2010 par exemple, M. Safar avait prévu un récolte de 4 millions de tonnes de blé mais à la fin de l’année, il a lui-même revu ses prévisions à la baisse : les céréaliers syriens n’ont produit finalement que 2.4 tonnes, loin, très loin des besoins du pays qui consomme 3.6 millions de tonnes par an.
La sécheresse et un champignon qui sévit dans la région (« la rouille ») sont évoqués pour expliquer le désastre mais si on ajoute les résultats décevants du secteur du coton, qui emploie 20% de travailleurs syriens (récoltes 25% moins importantes que prévu), l’étendue du problème, ainsi que ses possibles répercutions politiques sont évidentes.

Ce qui l’est beaucoup moins, c’est le choix de celui qui était chargé pendant huit ans d’un domaine d’activité visiblement sinistré pour sortir le pays d’une crise politique grave. Mais peut-être le président Assad espère que M. Safar aurait sur la contestation dans son pays la même influence qu’il avait sur l’agriculture ces dernières années…

Syrie: le statu quo ou le chaos ?

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Si Anna Karénine travaillait à l’IFRI, elle aurait sans doute remarqué que les révolutions heureuses sont toutes les mêmes, mais que chaque révolution malheureuse l’est à sa façon. Après des dénouements relativement peu sanglants en Tunisie et en Egypte, on observe à Bahreïn, au Yémen, en Libye et maintenant en Syrie, différents degrés de violence. Or, si Bahreïn, le Yémen et – quoi qu’on en dise – la Libye sont des pays relativement marginaux dans le monde arabe, la Syrie en est l’un des piliers.

Au-delà du poids stratégique de ce pays – allié de l’Iran, puissance tutélaire du Liban et épicentre de tous les fronts du refus de la région –, la Syrie incarne une résistance crispée à l’extérieur, un puritanisme nationaliste où le rejet des « corps étrangers » est élevé au rang d’idéologie officielle. Ce singularisme s’appuie d’abord sur un capital symbolique précieux : Damas est considérée comme le berceau du nationalisme arabe et s’est octroyé le rôle de gardienne de ce patrimoine. Mais un autre facteur nourrit le réflexe de citadelle assiégée : depuis un demi-siècle, la Syrie est contrôlée par l’une de ses minorités, les Alaouites. Aujourd’hui les membres de cette communauté chiite et leurs dirigeants ressemblent à un homme chevauchant un tigre : on ne sait plus qui commande, de la monture ou du cavalier. La peur – plus que justifiée – d’être les victimes a poussé les Alaouites à devenir les bourreaux de leurs concitoyens. Aussi ont-ils de bonnes raisons d’être saisis d’effroi à l’idée des châtiments que leur réserveraient demain ceux qu’ils ont écrasés hier, s’ils venaient à perdre le pouvoir.

Leur nervosité est apparue au grand jour la semaine dernière à Lattaquié, ville portuaire et bastion historique de leur communauté, touchée par les troubles après quinze jours de manifestations à Daraa, dans le sud du pays. La réaction, immédiate, est lourde de signification – et pas dans un sens très encourageant. Des hommes armés non identifiés ont ouvert le feu, non seulement sur les manifestants mais aussi sur des passants, comme si leur objectif était de semer la terreur et de vider les rues le plus vite possible. Quand l’armée est arrivée, l’ordre régnait déjà à Lattaquié. On peut gager que cette riposte brutale est une façon de signifier aux candidats à la révolte que les Alaouites ne laisseront pas la contestation se développer « chez eux ».
L’étrange discours du président Assad, vide de tout contenu concret, doit être analysé à la lumière de ces événements. La conclusion qui s’impose est que les durs du régime – qui sont aussi les Alaouites les plus radicaux – ont eu le dessus. Et il y a de bonnes raisons de penser qu’ils sont prêts à tout – y compris un bain de sang si nécessaire – pour garder la main. Ils savent bien que Bachar el Assad, sa femme et ses enfants pourront toujours trouver refuge quelque part. En revanche, si le régime tombe, la majorité des Alaouites seront contraints de rester. Et pour eux, le pire est presque certain.

Traquées comme traitres et persécutés comme apostats durant des siècles, les tribus alaouites se sont réfugiées dans les montagnes surplombant Lattaquié et le littoral, entre le nord de l’actuel Liban et le sud de la Turquie. La chute de l’Empire ottoman, l’instauration du mandat français, son effondrement vingt ans plus tard et les affrontements avec le nouvel État d’Israël leur ont offert une fenêtre stratégique : alors que les anciennes élites, plutôt versées dans le commerce, boudaient les administrations – et en particulier l’armée – les Alaouites les ont intelligemment noyautées, ce qui leur a ouvert la voie du pouvoir. C’est ainsi que l’un d’eux, un homme d’exception nommé Hafez el-Assad, est parvenu au sommet.

Né en 1930, premier bachelier de sa famille, Assad fait une carrière militaire d’une extraordinaire rapidité. Lieutenant en 1955, il est général en 1964. Deux ans plus tard, à l’âge de 36 ans, il devient ministre de la Défense. Il ne lui faudra que quatre ans pour accéder à la fonction suprême où il s’installe en 1970. Prenant très vite le contrôle de l’appareil administratif et militaire, il dirigera son pays d’une main de fer et avec une intelligence politique hors-pair jusqu’à sa mort, en 2000, date à laquelle lui succède son fils Bachar
Dans un deuxième temps, il s’empare aussi des ressources économiques et financières de la Syrie. Travaux publics, matériaux de construction, agro-alimentaire, hydrocarbures et, plus tard, les télécommunications, sont accaparés par sa famille et ses alliés. Avec un résultat prévisible : fuite des capitaux et chute dramatique de la production intérieure. Assad organise ensuite le pillage systématique du Liban.

Cette fuite en avant n’a pas empêché le régime de mener la modernisation du pays alaouite – le nord-est de la Syrie : développement des ports, constructions d’autoroutes, création d’une université à Lattaquié, implantations administratives, militaires, industrielles et commerciales jusque dans les villages les plus reculés. Pour couronner le tout, de somptueuses résidences ont été érigées dans la région par les pontes du régime. Autant dire que jusqu’à ces dernières semaines, les Alaouites profitaient sans vergogne des fruits de leur domination. Ils savent ce qu’ils ont à perdre.

L’avenir de la Syrie dépend donc du rapport de forces entre les communautés. Les liens personnels et claniques pèseront lourd dans la balance et le passé sanglant des puissants d’aujourd’hui compromet sérieusement les chances d’une solution négociée. C’est l’heure de vérité pour la Syrie : à l’issue de cette crise, on saura si elle existe en tant que nation ou si, à l’image de ce qui s’est passé en Iraq, autre pays du Baas, le pacte syrien explose dans un règlement de comptes général. Pour le régime, l’état d’urgence joue le rôle des cercles de fer empêchant que le tonneau syrien se désintègre dans un bain de sang inter-communautaire. Pour le moment, Bachar el-Assad semble aussi le croire. À moins qu’il n’ait pas vraiment le choix.

Gapminder, vous allez aimer les statistiques

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Hans Rosling, un médecin suédois, s’est lancé il y a quelques années dans une aventure passionnante qui consiste à nous permettre de visualiser notre monde au travers de statistiques publiques. C’est la naissance de Gapminder. Si vous pensez que la « mondialisation libérale » a ravagé le monde et semé la misère partout sur terre depuis 60 ans est en particulier au cours des 30 dernières années, je ne connais pas un seul lien sur internet qui soit de nature à changer plus radicalement votre vision des choses que celui-ci.

Sur l’axe des abscisses (l’axe horizontal), le revenu par habitant exprimé en dollar de 2005 ajustés du pouvoir d’achat. Comme cette notion de revenu par habitant et ses éventuelles implications sur notre vie ne semblent pas tout à fait claire pour tout le monde, l’axe des ordonnées (l’axe vertical) nous propose une mesure très parlante de l’amélioration des conditions de vie des gens : l’espérance de vie. Chaque bulle correspond à un pays, les couleurs correspondent au continent auquel appartient le pays en question et la taille des bulles mesure son nombre d’habitants.

En bas, à gauche, il y a un bouton « Play ». Cliquez : ça dure quelques secondes. C’est pas beau ça ?

Tavoularis n’est plus sous-exposé

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Dean Tavoularis est grec et ça se voit. Dans ses dessins, tableaux et collages pointent ici ou là un torse de centaure, une corne du dieu Pan, la queue d’un Minotaure. Preuve sans doute que l’on n’échappe jamais à ses origines − je n’ai pas dit à son « identité nationale ». Cependant, Tavoularis n’est pas seulement grec : à y observer de plus près, le Pan esquissé d’un trait rouge a troqué ses sabots pour des escarpins façon Louboutin, accessoire glamour venu tout droit d’un studio de la Paramount.

En effet, l’artiste s’est retrouvé dès l’âge de 5 ans à Los Angeles qui, chacun le sait, se situe dans la banlieue d’Hollywood. Alors, Dean Tavoularis fera du cinéma.
Devenu chef-décorateur, il travaille avec les plus grands (Antonioni, Wenders, Penn, Polanski et, surtout, Coppola). Sa filmographie est une litanie de chefs-d’œuvre : Bonnie and Clyde, Zabriskie Point, Apocalypse Now, Conversation secrète et, bien sur, Le Parrain dont on retrouvera plusieurs story-boards dans la magnifique exposition qui lui est consacrée à la Galerie Catherine Houard[1. Dean Tavoularis, du 18 mars au 21 mai 2011, Galerie Catherine Houard, 15 rue Saint-Benoît Paris 6e].

Quant aux dessins originaux, ils sont souvent conçus comme des images tournées en longue focale, avec très peu de profondeur de champ. D’où l’insistance sur un personnage ou un objet dont les sentiments et l’âme sont rendus par le trait ou la couleur qui alternent dans des combinaisons inattendues.

L’une des œuvres exposées résume impeccablement ce mixage entre l’élégance classique du dessin et une mise en perspective cinématographique. On y voit, projetée sur un écran, la silhouette de l’immense acteur anglais Trevor Howard jetant un regard plongeant sur la salle et les spectateurs (à peine ébauchés), suscitant un doute épais sur l’envers et le décor. On ne sait plus qui intrigue qui, et c’est très bien comme ça. Collage, pastel et fusain, alternance et mélange de matières accentuent l’étrangeté de la situation.

photo : Galerie Catherine Houard

Les scènes de crimes qu’il devait trouver pour ses metteurs en scène, Dean Tavoularis les habillait. Car le maître-mot qui caractérise son travail, c’est la stylisation. Il suffit pour s’en convaincre de voir les « dead bodies », authentiques clichés de la police californienne des années 1930, allégés de leur morbidité par une mise en couleur radicale, scénarisés par le dessin, la couleur et la fantaisie.

Ce que l’artiste a apporté au cinéma comme directeur artistique, le cinéma le lui a remboursé cash en lui permettant de mettre ses œuvres en scène. Le catalogue de l’exposition (établi notamment par Aurore Clément, son épouse), évoque le « paradoxe d’une vocation divisée. Heureusement divisée… ». On ne saurait mieux dire, tant les deux carrières de Dean Tavoularis s’emmêlent et se nourrissent dans un jeu séduisant de correspondances. C’est cette dualité qui fait son charme.

Deux ou trois choses que je sais de l’UMP

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photo : Fédération Française de la Fausse Manif'

La droite française n’existe pas, je l’ai rencontrée. On a longtemps dit que c’était la plus bête du monde. Si on en juge au temps où elle a été au pouvoir, disons depuis la Commune, elle n’est pas si bête que ça. Ou alors, il faut être bête pour occuper le pouvoir. Bête et méchant comme le peuple que l’on va gouverner et enfermer dans ses intérêts particuliers en lui faisant croire que la somme va en faire l’intérêt général. Bête et méchant comme Mac Mahon qui disait « Que d’eau ! Que d’eau ! », devant une inondation monstre après avoir fait tirer à la mitrailleuse lourde sur les Communards[1. Toujours pas de cérémonie pour en fêter en ce mois de mars le 140ème anniversaire].

La droite française n’existe pas ou alors elle existe trop et sous trop de formes, légitimistes, orléanistes, bonapartistes, René Rémond l’a montré bien mieux que moi.

Les légitimistes n’existent plus. Peut-être Philippe de Villiers ou Christine Boutin, mais on n’en entend plus vraiment parler. Eux étaient vraiment de droite. Ils lisaient Joseph de Maistre et n’auraient pas supporté qu’on brade la France éternelle à des faiseurs d’argent. Ils n’auraient même pas supporté un débat sur la laïcité puisque le christianisme l’est déjà, laïque (« Rendez à Dieu…etc »). Les légitimistes, en plus, ont donné d’excellents écrivains comme Barbey d’Aurevilly ou Léon Bloy et finalement, puisqu’ils puisaient leur programme social dans l’Evangile, ils étaient infiniment plus à gauche que l’école de Vienne. Comparez ce que dit Benoit XVI dans Caritas in veritate et ce grand moment de comique qu’est le livre de David Friedmann le fils de Milton), Vers une société sans État[2. Les Belles Lettres]. Le premier explique que c’est l’économie qui est au service de l’homme tandis que l’autre envisage froidement que les pauvres puissent vendre leurs organes à partir du moment où le contrat est rédigé correctement.

Le soir des cantonales, en tant qu’électeur, si je n’avais pas eu comme tant d’autres à arbitrer un duel PS/FN mais un duel PS/ Benoit XVI, j’aurais voté Benoît XVI. En cas de duel PCF/ Benoit XVI, j’aurais voté PCF mais j’aurais été un peu triste de laisser un autre candidat antilibéral de côté. Vous allez me dire que dans un duel PCF/FN aussi. Il y en a eu une petite quarantaine, tous remportés par le PCF sur des scores du style 65/35 à l’exception d’un canton du Var où le FN a gagné avec 6 voix d’avance.

De plus, la conversion du FN à l’antilibéralisme, je n’y crois pas vraiment, contrairement au catholicisme de Benoît XVI qui a deux mille ans derrière lui. Le programme économique de Marine Le Pen est d’ailleurs toujours « en cours de réactualisation » sur les sites Internet du FN.

Cela nous ramène à notre droite qui n’existe pas. Sans nous attarder aux troupes de l’UMP qui semblent aussi divisées sur l’alliance avec le FN que la Tripolitaine et la Cyrénaïque sur l’avenir de la Lybie, il est tout de même intéressant de souligner une contradiction manifeste. Ceux qui voudraient un scénario à l’italienne ou à l’autrichienne, « pactisons avec le FN sinon on est morts », sont les plus à droite, partisans d’une économie enfin adaptée de gré ou de force aux critères de la mondialisation mais ils veulent avoir avec eux Marine Le Pen qui désire sortir de l’euro, maintenir la retraite à soixante ans, voire nationaliser une partie du crédit pour forcer les banques à réinvestir dans la production et non la spéculation.

Cette droite-là, celle qu’encourage le président de la République et son conseiller Buisson, doit penser que le programme de Marine Le Pen, c’est du pipeau, que les fondamentaux sont toujours les mêmes – préférence nationale, hyper-sécuritarisme, fantasme de l’invasion allogène – et que c’est pour ces raisons là que le peuple vote pour le Front. Comme d’habitude, la réponse est venue des urnes pas très remplies, certes, mais dans une démocratie, celui qui s’exprime est toujours plus malin que celui qui ne se dérange même pas pour voter blanc.
Et la réponse, elle est bien cruelle. D’ailleurs pour qui a modestement fait une campagne électorale, grimpé quelques cages d’escalier et s’est promené sur les marchés avec ses tracts, elle ne faisait guère de doute. Le peuple n’en a plus grand chose à faire des hypothétiques menaces sur son identité et la première des insécurités qu’il rencontre, c’est au travail quand il est précaire et au chômage quand il est dans la misère. Le Front a compris ça, l’UMP non. Résultat, tout parti présidentiel qu’il est, l’UMP fait moins que l’ancien RPR.

C’était bien la peine de faire un parti unique, tiens. Il se délite à vitesse grand V. C’est pour cela aussi que la droite n’existe pas. Vous voyez Rama Yade dans le même gouvernement que Christian Vanneste, vous ? Sérieusement. Ou Hervé Morin et Claude Guéant ? Allons, il faut avoir la carapace dépressive d’un Fillon et sa capacité à regarder ailleurs pour supporter la droitisation dure de sa majorité : il a d’ailleurs, entre ses consignes de vote contradictoires avec celles du président et son refus de participer au débat sur l’islam, (euh pardon, sur la Laïcité, excusez moi, je maîtrise mal les éléments de langage donné par monsieur Buisson), de plus en plus de mal à faire comme si tout allait bien.

La droite française n’existe pas parce que, lorsqu’elle existait, elle s’appelait le gaullisme et en fait, le gaullisme n’était pas de droite. Il était né d’un mouvement de libération nationale et, avec les communistes au sein du CNR, avait construit les bases d’un pays qui a su en trente ans donner un haut niveau de protection sociale à sa population tout en construisant des trains à grande vitesse, des fusées, un secteur électronucléaire assurant, au moins en partie, l’indépendance énergétique de la nation, bref en confiant l’avenir à l’Etat qui sait que l’intérêt général n’est pas la somme des intérêts particuliers.

D’ailleurs, les pires oppositions au gaullisme sont venues d’une certaine droite, pas de la gauche. CNI, Républicains Indépendants, Radicaux, tous ceux que Giscard, par un coup de génie, a réussi à mettre de son côté pour gagner les présidentielles de 74 et créer dans la foulée l’UDF, un conglomérat dont le seul ciment idéologique était, précisément l’antigaullisme : à l’époque, il fallait déjà de l’imagination pour trouver un point commun entre Bayrou et Madelin, entre l’agrégé de lettres classiques et les manieurs de barre de fer.

Il n’empêche, si ça se trouve la droite française qui n’existe pas gagnera quand même les prochaines présidentielles de 2012.
Ce sera sans doute un peu compliqué mais comme elle n’est bonne qu’à ça…

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