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Le débat ? Parlons-en!

Je confiais il y a peu à propos du débat sur la laïcité avec ou sans islam mon agacement à entendre encore du bla-bla quand il faudrait du bâton. C’est mon coté idéaliste. Je reste attaché à cette utopie qui veut que l’État n’aurait besoin de personne pour défendre la République laïque et, qu’en démocratie représentative, les élus pourraient et devraient faire ce qu’on leur a demandé, tout seuls comme des grands. Alors forcément, la réalité m’énerve. Avec son débat, la droite nous fait de la démocratie participative comme si elle avait perdu en 2007 et là où un Préfet assisté d’une compagnie de CRS et couvert par un chef courageux suffirait à faire respecter la loi, car en fait, il ne s’agit que de cela, on parle, on parle… Sur ces questions, on attendait Sarkozy au pont d’Arcole, on a Edwy Plenel à la télé. Théoriquement, l’un n’empêche pas l’autre, pratiquement, si. Et pas dans le sens qu’on attend. Quand Plenel fonce et s’enfonce en sarkophobie, dénonçant l’islamophobie des manœuvres droitières, le Président hésite à se mettre à dos les faiseurs d’opinion. On n’attend pas que le pouvoir fasse taire tous les curés, laïcs ou pas, qui font de la morale aux électeurs, on aimerait juste que ces protestations ne dissuadent pas les élus du peuple de tenir leurs promesses. Et d’agir.

Le plus drôle dans l’histoire, c’est que, cette fois-ci, les tenants habituels du participatif ne veulent pas participer cette fois ci. Examinons leurs arguments.

Les Français nourrissent d’autres inquiétudes !

Bien sûr, on a tous beaucoup de soucis. Et alors ? On ne peut plus penser à deux choses en même temps ? La plupart des hommes mariés depuis longtemps savent bien qu’on peut gérer deux problèmes à la fois. Et leurs femmes aussi.

C’est une manœuvre électorale, une construction bâtie sur des fantasmes !

S’il s’agit d’un faux débat qui prétend répondre à des questions que personne ne se pose, on peut gager qu’il aura peu d’écho, aucun intérêt et pas la moindre conséquence. Si en revanche, comme dans l’affaire de l’identité nationale, les Français s’expriment, témoignent et se mêlent de leur affaires en prenant part à la discussion, si un « pilpoul » national permet à tous ceux qui le souhaitent de se prononcer sur les changements qui apparaissent, qu’on y accepte des arrangements ou qu’on y déplore des renoncements, la démocratie y aura gagné. Des manœuvres électorales qui rencontrent les aspirations, les colères ou les angoisses des électeurs, ce n’est pas malsain, c’est un rendez-vous réussi entre les élites dirigeantes et le peuple.

« On veut bien parler de tout mais pas avec n’importe qui. ». « On va monter les Français les uns contre les autres ».

Nous y voilà. Les réfractaires au débat ne se contentent pas de se taire, ils nous mettent en garde sur les dangers qu’il y aurait à entendre des opinions décrétées extérieures à « l’arc républicain ». Non seulement toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire mais tous les Français ne sont pas bons à entendre. Ceux qui confient leurs troubles quand les règles de la laïcité sont enfreintes à l’école, à l’hôpital, dans les entreprises ou dans la rue risquent d’en désigner les fauteurs. À moins de s’en tenir aux concepts et à la langue de bois, les Musulmans qui pressent la République de transiger avec leur foi se sentiront visés. C’est un moindre mal. Il serait plus grave, comme on laisse faire rue Myrha par crainte des échauffourées, d’ignorer la question et de laisser penser que tous les Musulmans rejettent en masse les bonnes manières laïques. Une parole libre ne monterait pas les Français les uns contre les autres mais dissiperait les malentendus et rappellerait ou poserait les règles du vivre ensemble. A l’inverse, un tabou prudemment entretenu sur ces questions et un débat interdit quand certains Français attendent des réponses et des arbitrages pousseraient sûrement les citoyens de cultures différentes à vivre loin les des autres, voire les uns sans les autres. La France mérite mieux et l’islam de France aussi.

Le débat sur le débat a à peine commencé que les religieux s’en mêlent dans un élan œcuménique historique pour nous avertir qu’il est urgent de ne rien faire. Les « six religions de France » – pourquoi six ? Je suppose qu’on compte à partir d’une certaine quantité d’ouailles sinon on ne s’en sort pas, imaginez un collectif avec les témoins de Jéhovah, les mormons, les satanistes, les scientologues et tous les allumés de spiritualités en France. Les six donc, soient un évêque, un pasteur protestant, un rabbin, un musulman du CFCM, un métropolite orthodoxe et un révérend bouddhiste, nous mettent en garde. Ils ne veulent pas de débat. Enfin si, mais pas maintenant. En période préélectorale, on risque de stigmatiser (voir plus haut). Donc, ce n’est donc pas le moment. En période post-électorale aussi mais les électeurs ne pourront plus s’exprimer avec leur bulletin de vote. Les clercs doivent estimer que la laïcité est une question trop sérieuse pour être confiée aux citoyens.

Manifestement, cette méfiance et ce mépris mériteraient un débat mais que pouvons-nous en espérer ?

Il n’y aurait plus de prières de rue si l’exécutif faisait respecter la loi mais pour résoudre ce problème posé non pas par Jean-François Copé mais par un certain nombre de pratiquants, on commence à entendre qu’il faut envisager un financement public des mosquées. Ça commence mal. J’attendais qu’on serre la vis et voilà qu’on lâche du lest. S’ils touchent à la loi de 1905, on va y perdre en laïcité. Pour répondre à une situation nouvelle, et pour éviter l’islam des caves ou des rues, les financements étrangers et les mosquées incontrôlables, l’Etat va être sommé de prendre à sa charge des besoins immobiliers des croyants. La règle d’or qui interdit toute relation d’argent entre les élus et les communautés et évite toute tentation clientéliste sera battue en brèche. Si ce débat débouche sur une régression de notre laïcité et aboutit, au bout du compte, à des accommodements raisonnables à la française, je préfère encore qu’on ne parle de rien et qu’on ne touche à rien.

Alors, débat ou pas débat ? Je me demande si la question n’est pas dépassée. Qu’on joue le jeu ou qu’on proclame qu’on ne parlera pas même sous la menace des baïonnettes, le résultat est qu’on en parle. Et si tout le monde se moque du débat officiel, les débats off se multiplient dans les médias et les bistrots. Les opinions s’échangent à défaut de changer, c’est déjà ça. Quand une question occupe la scène médiatique, les acteurs qui défilent devant les micros et les caméras doivent choisir leur camp. Soumis à la question, ceux qui convoitent nos suffrages sortent du bois, s’expliquent ou pas, proposent leurs constats et leurs solutions ou se défilent parce qu’ils trouvent la question mal posée : à l’arrivée, nous pouvons faire notre marché dans l’offre politique. C’est bien la finalité du débat démocratique et nous y participerons dans l’isoloir où chacun pourra faire le tri entre ceux qui pensent qu’il n’y a pas de problème, ceux qui s’opposent à toute stigmatisation, ceux qui nomment les choses et ceux qui semblent décidés à agir, en républicains. Il ne nous reste plus qu’à discriminer pour choisir, en toutes connaissance de ces choses publiques, un Président ou une Présidente qui, je l’espère, saura clore le débat.


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Cyril Bennasar, anarcho-réactionnaire, est menuisier. Il est également écrivain. Son dernier livre est sorti en février 2021 : "L'arnaque antiraciste expliquée à ma soeur, réponse à Rokhaya Diallo" aux Éditions Mordicus.

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