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Les Français peuvent gagner

Les Français peuvent gagner
La France, enfin victorieuse à un championnat de quelque chose.
Athletisme
La France, enfin victorieuse à un championnat de quelque chose.

L’athlétisme, tout le monde s’en fout. C’est un peu comme pour les fléchettes ou le curling : y a jamais grand-monde pour assister aux championnats du monde de ces disciples à la noix. L’athlétisme est une discipline à la noix.

Athlètes du sexe : je dis oui !

Je ne dis pas : les athlètes, je ne crache pas dessus. Qu’il s’en présente seulement un, bien gaulé, les épaules larges, le muscle saillant, le petit cul rebondi dans un short moulant, et je peux lui rechanter la Chevauchée des Walkyries sur tous les tons. Certes, ce n’est pas gagné d’avance – sauf si l’athlète en question concoure en handisport et qu’un esprit bien intentionné a pris soin de lui enlever les roues de son fauteuil. Et de l’attacher solidement, on n’est jamais trop prudent. J’ai une vraie passion pour les athlètes. Une passion d’esthète[1. Je ne me fais pas d’illusion : les athlètes sont tous gays.]. Mais de là à m’inquiéter des résultats, voire de la présumée existence de « championnats du monde d’athlétisme », faut pas courir ! Enfin si, justement, il faut courir, mais ne m’interrompez pas !

Or, voilà que j’apprends que des Français auraient participé à une telle compétition et que – ô miracle – ils en auraient rapporté des médailles : 18 en tout, dont 8 en or. Et le pays tout entier célèbre ses champions.

Primo, il faudrait apporter la preuve incontestable que des « championnats du monde d’athlétisme » existent réellement. Deuxio, que lesdits championnats se soient bien déroulés à Barcelone. Tertio, que des Français aient pu avoir été admis à y participer, après l’effroyable pâtée que leur équipe nationale s’est prise en Afrique du Sud : c’est la première fois, depuis 1940, qu’un aussi grand nombre de Français ont demandé la nationalité allemande, rien que pour faire partie du grand pays qui a remporté la petite finale, lui.

Barcelone : l’Equipe de France victorieuse

Admettons que tous ces doutes soient levés – ça m’étonnerait, quand même, qu’il y ait des gens assez cinglés pour organiser un meeting international où des types courent en short –, il n’en demeure pas moins qu’autant de victoires françaises laisseraient songeur plus d’un honnête homme. La présumée victoire de l’équipe nationale de France d’athlétisme à Barcelone nous invitent donc à quelques menues réflexions :

1. La France court vite, merci la Police. Si le Français est aussi bon à la course à pied, c’est qu’il est entraîné : il a appris à se déplacer très vite du lieu de son larcin vers le transformateur EDF le plus proche. Pour la prochaine coupe du monde de foot (le seul sport qui vaille de vider des bières devant une télé), il faudrait que les forces de l’ordre adoptent une autre tactique d’entrainement avec les jeunes délinquants, afin qu’ils maîtrisent autre chose que la course.

2. Les Français sont des coureurs. Le problème est qu’ils ne savent faire que cela : Franck Ribery l’a montré avec une incomparable maestria.

3. Les Français ont tout dans les jambes. Rien dans la tête. Pour courir, c’est sûr, il vaut mieux avoir les mollets musclés. Pour jouer au foot, un peu de « mental » est requis. D’ailleurs, il faut être sacrément con pour aller à Barcelone et s’y enfermer des journées entières dans un stade. Il y a tellement de choses plus saines à faire dans cette ville exceptionnelle : visiter la Fondation Miró, prendre une ligne de coke, aller baiser des putes, jouer à la corrida avec des nationalistes catalans, se refaire une ligne de coke.

Bien entendu, aucune de ces questions essentielles ne trouvera de réponse. La France ne veut pas savoir. Elle ne veut pas entendre que l’athlétisme, franchement, tout le monde s’en fout. On lui souhaite néanmoins de remporter d’autres victoires mondiales. Ping-pong, curling, fléchettes, lancer de nains : les Français n’ont, pour exceller, que l’embarras du choix.


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Née à Stuttgart en 1947, Trudi Kohl est traductrice, journaliste et romancière. Elle partage sa vie entre Paris et le Bade-Wurtemberg.

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