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Quand Sollers coache Stendhal

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Philippe Sollers est un gros malin, en plus d’être écrivain. Ça fait des mois que j’achète le JDD juste quand je suis sûre de lire sa chronique du mois, où il parle invariablement du pape et de ses propres livres. Mais je m’en fous. J’aime qu’il se moque de moi, y compris dans son dernier livre, Trésor d’Amour. Évidemment, un titre pareil, on ricane : « Vous imaginez, écrit-il, aujourd’hui un roman ayant pour titre Trésor d’Amour ? Ça paraîtrait grotesque, on ne l’ouvrirait qu’en cachette. »[access capability= »lire_inedits »]

De quoi parle-t-il ? D’une Minna. Fiancée vénitienne divorcée avec enfant, beaucoup plus jeune que lui, avec qui il n’a pas besoin de parler. Il passe du temps au lit avec elle, dîne, regarde la lagune et cause de Stendhal. Le vrai objet du livre. Stendhal dont il nous raconte les liaisons, les obsessions, l’embonpoint, les campagnes napoléoniennes, les histoires d’amour foireuses et les livres.

On y revient toujours. Ce Stendhal, il en fait une espèce de double, rendu malheureux par la tournure des choses qui massacre son époque. Jamais aigre mais triste d’une époque moisie, comme qui dirait… « Cet homme ne redoutait au monde que deux choses : les ennuyeux et l’air humide. » Sollers s’offre d’ailleurs le luxe de corriger, à un siècle et demi de distance, les râteaux que Stendhal prend avec un certain nombre de femmes, lui expliquant ce qu’il fallait écrire dans ses billets pour s’assurer de les retrouver dans son lit.

Il brode habilement sur ses obsessions, la disparition, la liberté, la discrétion, l’amour : « La province, c’est la platitude des désirs, les prétentions puériles et, plus que tout, la gauche hypocrisie… La politesse empressée, incommode, empreinte de fausseté, puante de mensonge. » Evidemment, il ne faut pas espérer trouver dans Trésor d’Amour un vademecum pour le bonheur et la félicité urbaine au XXIe siècle. Il fait mine de ne parler que de lui, de sa vie extraordinaire d’écrivain qui se planque derrière d’autres (procédé déjà vu dans son précédent Discours parfait), avec pour unique visée « la préparation d’une Renaissance à laquelle, sauf de très rares exceptions, plus personne ne croit ». Dans le fond, en terminant Trésor d’Amour, je ne sais toujours pas ce que Philippe Sollers veut dire à ses lecteurs : allez lire Stendhal, dont l’inachevé Le Rose et le Vert ? Trop simple. Installez-vous à Venise, chassez le bonheur de manière « sensuelle et spirituelle », lisez mes livres jusqu’à plus soif.

Reste un truc, la langue elle-même, la brutalité, la beauté des formules en passant : « On sort, on marche un peu dans la nuit, on prend le bateau, l’eau nous enveloppe, tout est velours, tout est gratuit. » Rien que pour cette phrase, Trésor d’Amour vaut d’être lu en douce.[/access]

Trésor d'Amour

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Discours Parfait

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Le Rose et le vert

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Le printemps arabe nous rendrait-il frileux ?

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« C’est une Révolution française ! », s’exclame le manifestant tunisien béat sur l’écran d’Élisabeth Lévy, qui en sourit encore. Eh bien oui ! Quand on a montré l’exemple, et d’aussi belle manière, il serait vexant de n’être point suivi.

« On a envie d’y croire », commente notre cheftaine, avec l’enthousiasme d’un Burke en 89. Deux paragraphes plus loin, elle précise même ce qu’elle pense vraiment de cette révolution arabe : « Peut-être, sans que nous le sachions, le feu couve ailleurs ». On n’est pas plus enthousiaste.

Quel feu, donc ? Sans doute celui dont est faite la flamme qui devrait servir de corde pour lapider Sakineh, coin-coin. Voilà l’idée : au fin fond de cette « ruée arabe » que vante inconsidérément Libé, ce qui nous guette, selon Elisabeth, c’est la « théocratie iranienne ». Je caricature ? Peut être, mais c’est pas moi qui ai commencé !

Foin de Terreur, de goulags, d’Holocauste et de Révo. Cul ! Qu’importent les dictatures qui peuplent encore le monde, l’ONU et son Conseil de sécurité. Le danger principal pour les Droits de l’Homme, qu’on se le dise, c’est l’impérialisme chiito-persan.

Sur la base de ce diagnostic, que prescrire donc à nos amis arabes, toujours hibernants mais en voie de décongélation ? « Une dictature laïque, ou une démocratie islamiste », s’interroge le Dr Lévy. Ce n’est pas à nous de trancher !, tranche finalement Ms Lévy.

Pour tout dire, ça m’arrange : dans cet échiquier à deux cases, je n’aurais pas su où placer ni le Roi saoudien, ni le Cavalier turc.

Démission impossible

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Selon Le JDD, la secrétaire d’Etat à la jeunesse, Jeannette Bougrab, blessée d’avoir été grondée pour ses propos appelant au départ d’Hosni Moubarak, a envoyé à François Fillon et à Nicolas Sarkozy sa lettre de démission.

Le bizutage organisé par Fillon pour encadrer Jeannette Bougrab a été particulièrement humiliant. Convoquée à Matignon, elle a été sermonné par François Fillon qui lui a remonté les bretelles en présence de son ministre de tutelle Luc Chatel. Les fuites organisées par Matignon pour relayer l’info n’ont pas arrangé les choses. On peut comprendre que Fillon ait anticipé les problèmes et décidé de mater préventivement la jeune secrétaire d’Etat issue de vous savez quoi pour ne pas se retrouver dans quelques mois avec des Rama bis et Rachida ter sur les bras. On peut également comprendre Madame Bougrab confrontée à un exercice périlleux : sauver et l’honneur et le job ! Donc, comme l’avait fait Bernard Kouchner cet été dans l’affaire des Roms, on fait le nécessaire à huis-clos pour garder le poste et on fait répandre le bruit qu’on était à deux doigts, que dis-je, même pas à un doigt de démissionner.

Si on peut juger par le passé, la secrétaire d’Etat à la jeunesse a bien joué la partie. Ce qui restera dans les esprits sera son appel à la démission du dirigeant égyptien. Après les déboires tunisiens de MAM, qui peut imaginer Fillon ou Sarkozy licenciant un ministre dont le seul tort est d’avoir publiquement critiqué Moubarak?

Vestige de l’amour

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J’ai longtemps cru que la féminisation de la société française annoncée par Alain Soral et décrite par Éric Zemmour était un épiphénomène, une mode curieuse et innocente, une impasse risible. Dans le bâtiment, je ne l’ai jamais rencontrée mais il faut reconnaître que, sur les chantiers où je menuise, je suis souvent le seul à parler français. Ailleurs non plus, je n’avais pas remarqué que les hommes devinssent de moins en moins mâles, mais il est vrai que je ne vais jamais chez le coiffeur et qu’en général, je prête moins d’attention aux hommes qu’à leurs femmes. J’avais entendu parler, comme tout le monde, des « métrosexuels » qui prennent rendez-vous pour une épilation ou se tartinent la tronche de crème avant de se coucher, mais que m’importe ! S’ils laissent sur leur faim les femmes qui ont du goût pour leur contraire, c’est tant mieux, j’adore passer pour le dessert.[access capability= »lire_inedits »]

Les hommes sont sommés de se soumettre aux croyances féminines

En réalité, cette fameuse féminisation en marche ne pousse pas seulement les hommes à baisser les armes pour s’emparer des miroirs, elle les somme de se soumettre aux croyances féminines sous peine d’être ringardisés et impose à tous, comme valeur suprême, la plus vieille des recettes de bonne femme : l’amour. En Occident, l’amour est devenu la religion comme le Père Noël est le dieu des enfants et, si l’on peut encore pratiquer sans être croyant, les plus fanatiques ont tendance à prendre ses commandements au pied de la lettre. Les rares mécréants, athées ou infidèles, généralement considérés comme des brebis égarées, assistent consternés à cet aveuglement collectif. Partout, le cœur claironne sa suprématie sur la raison et répand le règne totalitaire du sentiment. On ne s’étonne plus de vivre dans un monde où l’armée pacifie, où les flics ne tirent plus, où les juges sont pleins de compassion et où, pour finir, les directeurs de prison tombent amoureux. Ainsi, le responsable de la maison d’arrêt de Versailles qui accordait des avantages contre des faveurs à sa prisonnière a déclaré avec le plus grand sérieux, aux gendarmes qui l’interrogeaient, être tombé fou amoureux d’Emma − c’est le nom de la jeune femme qui servit d’appât dans l’affaire Ilan Halimi. Alors qu’il est tout à fait capable de tenir en respect des criminels endurcis, des terroristes, des psychopathes ou des mafieux, le maton d’aujourd’hui n’est pas armé pour garder une femme. Le gilet pare-balles du gardien de l’ordre n’arrête pas les flèches de Cupidon et on peut toujours rire du nigaud qui mord à un aussi gros hameçon… mais que celui qui n’a jamais été pêché lui jette la première pierre !

Il faut aimer ! Voilà ce que clame le monde féminisé et civilisé

L’histoire malheureuse de ce geôlier en chef mérite qu’on s’y attarde parce qu’elle nous raconte notre époque. La reine Margot se meurt pour Boniface de la Mole, Mathilde et Madame de Rénal se compromettent et se perdent pour Julien Sorel emprisonné, Edith Piaf chante l’Hymne à l’amour : « Je renierais ma patrie, Je renierais mes amis, Si tu me le demandais… » Aujourd’hui, des femmes épousent en prison les pires ordures, de Carlos à Guy Georges. Mais c’est ici un homme qui reprend ces rôles jadis exclusivement réservés au « sexe faible ». Aucun chanteur contemporain de Piaf n’aurait interprété ces mots-là : c’eût été simplement contre nature. Vous imaginez Gabin ou Maurice Chevalier… Depuis, Brel a chanté : « Je veux être l’ombre de ton chien… », et Julien Clerc ou Michel Jonasz sont à genoux, voire à plat ventre quand ils chantent l’amour. Depuis, tous les branleurs en cuir et aux poses rebelles qui font la joie des Inrocks rampent à leur tour et reprennent Iggy Pop qui chante : « I wanna be your dog. » Dans notre culture classique, la littérature, l’opéra ou le théâtre de Molière sont pleins de vieux barbons qui usent de leur position pour abuser ou épouser des jeunettes, mais ce n’est pas ce rôle que notre imbécile carcéral a voulu endosser. Il a préféré au caractère du mâle dominant celui de l’amoureux éperdu, esclave consentant. Dans son esprit qui ne voit pas plus loin que le bout de son demi-siècle, c’est bien, c’est moral, c’est normal. Voilà où est la norme pour le mâle occidental en 2010.

Emma n’a pas déclaré qu’elle avait agi par amour. Je suppose qu’elle est prête à passer des années en prison mais pas à passer pour une idiote devant la France entière ou au moins devant sa « France à elle », comme dirait Diam’s. Née d’un mariage forcé en Iran, violée par son oncle, victime d’une tournante, l’amour n’était pas au programme dans la vie de cette victime devenue tentatrice. Comme ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort, la jeune femme était armée pour agir en redoutable prédatrice quand elle a croisé le chemin de notre benêt pénitentiaire, et les barreaux de la cellule qui auraient pu le protéger n’ont rien changé à l’issue d’un combat joué d’avance. Il eût fallu d’autres défenses pour qu’il ne finît chair appâtée.

Il faut aimer ! Voilà ce que clame le monde civilisé et féminisé comme on chante sur le pont du Titanic, incapable de voir qu’on abuse de lui et encore moins de se défendre, car l’amour rend aveugle. Voilà ce que nous dit le monde chrétien par le martyre des moines de Tibhirine, morts en laissant le monde et leur village désemparés et désarmés, ce qui nous fait un beau film et une belle jambe. Il est temps de prendre les faiblesses du cœur pour ce qu’elles sont, de prendre au sérieux les dangers auxquels elles nous exposent et d’œuvrer au redressement raisonnable, responsable, masculin des esprits qui sera notre salut. On pourrait commencer par remettre au programme Rousseau, qui nous dit que : « L’amour a été inventé par les femmes pour renverser le rapport de forces dans le couple. » Davantage que l’étude de Madame de Lafayette, même et surtout dans les concours administratifs, ça peut servir.[/access]

Attentat contre la vie d’Omar Suleiman ?

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Selon la chaine américaine Fox News, le convoi du tout nouveau vice-président égyptien – qui est en même temps le tout ancien chef du renseignement égyptien et bras droit de Moubarak – aurait été attaqué le 29 janvier. Cet attentat se serait soldé par la mort de ses deux gardes du corps. Selon la chaine de Rupert Murdoch, une source anonyme à la Maison Blanche aurait confirmé l’information.

Interrogé par un reporter de Fox News, Robert Gibbs, porte parole de la Maison Blanche a affiché un embarras visible et balbutié quelques mots qui valent confirmation du genre « je ne veux pas entrer dans ce sujet ».

On connaît Fox News et son propriétaire, et on peut aussi s’étonner que Moubarak et Suleiman n’aient pas profité de cet événement – s’il s’est réellement produit – pour serrer encore plus la vis aux opposants. Reste qu’il est en même temps légitime de se demander pourquoi cette info –démentie depuis par les Egyptiens -, dûment expliquée et mise en contexte, n’a pas encore été relayée en France, quelques heures après avoir été annoncée aux Etats-Unis.

Elisabeth Lévy est-elle une machine?

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« Elisabeth Lévy, ne réagissez pas mécaniquement ! » C’est Edwy Plenel qui a lancé cette supplique, il y a quelques jours, sur le plateau de « Ce soir ou jamais ». L’émission de télévision de Frédéric Taddei est, à ma connaissance, celle qui a connu le plus grand nombre de moments de grâce ou de pensée depuis l’invention de ce répugnant média. Elle s’apparentait, ce soir-là, à un dialogue de sourds chaotique et assez peu fécond, dans lequel Elisabeth était bien loin d’avoir le monopole des réactions mécaniques. Pourtant, une sorte de curieuse douceur se mêlait au chaos.

À plusieurs reprises, Edwy Plenel, l’antique adversaire, regardait notre vaillante et bouillonnante cheftaine avec une sorte de bienveillant attendrissement, en remuant imperceptiblement son visage de chouette mystérieusement et perpétuellement effrayée. Elisabeth était prise dans une étrange brochette, assise entre Philippe Sollers et Alain Bauer. L’étroit voisinage de Sollers et Lévy, tous deux gesticulateurs invétérés, débordant sans cesse physiquement l’un sur l’autre, donnait lieu à une pure merveille burlesque. Le corps d’Elisabeth, aussi fluet que batailleur, aussi menu qu’impavide, repoussait pugnacement, avec une patience inépuisable, le corps gigantesque, massif de Sollers, qui la surplombait tel un titan, un colosse au bout du bras duquel tous les invités semblaient craindre à chaque seconde qu’elle ne demeure définitivement suspendue, ses bottines battant désespérément dans les airs comme les pattes de Gregor Samsa.

« Elisabeth Lévy, ne réagissez pas mécaniquement ! » Si la menace de l’automatisme s’était retirée tout entière dans la seule personne d’Elisabeth Lévy, l’humanité pourrait dormir tranquille. Mais ce n’est à l’évidence pas le cas. L’exhortation d’Edwy Plenel et l’ambiance irréelle de ce plateau télévisé m’ont plongé peu un peu dans une rêverie lointaine. Et je me suis soudain souvenu d’Amsel. Grâce à ce personnage, Günter Grass a exploré mieux que personne, dans Les années de chien, le mystère du possible devenir-mécanique de l’homme. Marchons à la rencontre d’Amsel. Amsel, c’est-à-dire le merle en allemand. « Sa vocation consista d’emblée à inventer des épouvantails. Pourtant il n’avait pas de haine à l’endroit des oiseaux ; en revanche, les oiseaux, de quelque volée et de quelque plumage qu’ils fussent, avaient quelque chose contre lui et son esprit fertile en épouvantails. »

L’épouvantail, le grand amour d’Amsel depuis sa jeunesse, devient dans Les années de chien un motif envoûtant, à la fois concret et d’une richesse métaphorique inépuisable. Il accompagne fidèlement Amsel tout au long de son terrible destin. Suivant Amsel pas à pas, Günter Grass nous révèle comment un seul et même homme peut être successivement un stalinien enflammé, puis un nazi exalté, avant de devenir après-guerre enfin un adorateur enfiévré de la démocratie et un chasseur de nazi intraitable. De métamorphose en métamorphose, Amsel reste toujours effroyablement identique à lui-même, animé par une passion idéologique aveugle à l’existence concrète. Amsel a beau revêtir ses épouvantails bien-aimés d’uniformes à chaque fois différents, il s’agit toujours d’uniformes et ceux-ci sont toujours portés par des épouvantails, par des êtres effrayants dont l’ardeur destructrice semble être à l’aune de leur peu de substance. L’âme d’Amsel, rétive à toute expérience, est affamée. Elle est affamée de pureté, d’épurations et de persécutions. « Les oiseaux, de quelque volée et de quelque plumage qu’ils fussent » ont bien raison de craindre Amsel, car il change de victimes émissaires comme de chemises.

Amsel l’inconstant ne trahit jamais sa jeunesse. Il ne trahit jamais l’épouvante et ses épouvantails. Il demeure fidèle à son innocence meurtrière comme à sa passion des uniformes et du mimétisme. Pourtant, et c’est là le miracle des Années de chien, Amsel n’est pas un monstre. Il est au contraire d’une profonde, douloureuse et bouleversante humanité. Amsel constitue une possibilité humaine qui peut s’emparer de l’âme de n’importe quel homme, comme Grass le souligne avec humour : « Assurément on peut dire : de chaque homme on peut tirer un épouvantail ; car enfin, il ne faut pas l’oublier, l’épouvantail a été créé à l’image de l’homme. »

Amsel est notre frère. Nous sommes tous susceptibles de transformer notre chair en machine, de devenir les doubles mécaniques de nous-mêmes et d’accoucher d’épouvantails. Dans L’ère des neutralisations, le tragique épouvantail de génie Carl Schmitt note : « L’antithèse facile qui oppose l’organique [le vivant] au technique est elle-même d’un mécanisme primitif. » Cette remarque me semble rejoindre en profondeur le mystère d’Amsel : la tortueuse complicité qui lie le mécanique et le vivant, l’humain et l’inhumain. Amsel et nous-mêmes.

Notre pain quotidien (2)

Paris, rue de Verneuil. Gainsbourg n’est pas mort ! Le Parisien nous apprend que France Télévisions rendra prochainement hommage à l’auteur de la Javanaise, à travers deux shows animés respectivement par Michel Drucker sur France 2 et Nagui sur France 4. Au programme, entre autre, des reprises de chansons de Serge par d’irremplaçables artistes modernes en matière plastique tels que Bénabar, Kad Merad, Nolwenn Leroy ou Raphaël (qui reprendra la chanson « Elisa »). Apprenant les modalités de cette sombre célébration posthume, le grand Serge aurait recommencé à boire.

Besançon. Une dent contre le « vivre ensemble ». Le quotidien régional L’Alsace nous régalait le week-end dernier d’un compte-rendu d’audience croustillant qui mettait en évidence la tendance naturelle de l’homme à vivre en paix avec son prochain. L’article titré « Scène de pugilat dans la salle d’attente du dentiste » détaillait les différentes phases récréatives d’une véritable tragédie antique : « (les protagonistes) venaient faire soigner leurs maux de dents. Ils repartent avec des plaies et des bosses après une rixe pour l’ordre de passage sur le siège du dentiste. » Une belle victoire de l’intelligence, toute à la gloire de la Franche-Comté : « L’un est arrivé le premier, mais l’autre a son rendez-vous avant lui. Chacun s’estime prioritaire et le fait savoir. » Toute une belle humanité touchante de maturité, réunie dans l’immense et insoutenable huis-clos dramatique d’une salle d’attente de dentiste. Le procès est renvoyé au 23 février.

France. Une dent contre les parlementaires et les journalistes ! Sans transition : une récente enquête de l’IFOP commandée par nos confrères de France Soir au sujet des « métiers préférés des français » met en évidence, contre toute attente, que les dentistes ont une bonne image au sein de la population. 90% des sondés trouvent, en effet, que cette activité cupide qui consiste à arracher un maximum de dents afin de s’acheter des Range Roger option cuir et bois précieux – est une profession respectable. A contrario, une large majorité désavoue les députés, agents immobiliers, banquiers et journalistes. Pourtant mieux vaut mentir comme un arracheur de dent, que faire peur aux enfants avec une fraise en carbure de tungstène.

Sécurité : quand Sarkozy récidive

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Pauvre Laetitia. La malheureuse jeune fille assassinée par un récidiviste en Loire-Atlantique n’est pas seulement la victime d’un crime atroce. Elle n’est pas encore en terre que la droite se dispute déjà les morceaux de cadavre pour faire de la politique. En enfourchant le thème du récidiviste criminel que par laxisme, gauchisme, absence de zèle et fonctionnarisme, les magistrats, les juges d’application des peines, les conseillers de probation et même les flics ont laissé gambader dans la nature jusqu’à ce qu’il commette le crime de trop. L’histoire permet donc au président de la République d’enfourcher son vieux cheval électoral de 2007, la délinquance et les récidivistes qu’il faut mettre hors d’état de nuire.

À gauche et chez les magistrats (tous syndicats confondus), on fustige cette tendance lourde présidentielle à utiliser le fait divers atroce. Juste quinze jours après s’être félicité de chiffres de la délinquance en baisse. Personne n’ira dire qu’il n’y a pas eu de « dysfonctionnements », comme on dit dans l’administration quand quelqu’un ou plusieurs ont merdé grave. Mais si ça se trouve, le « problème » (comme en dit chez les politiques) de la récidive est insoluble.

Reprenons les dysfonctionnements : un juge d’application des peines qui n’est pas remplacé à Nantes et, faute d’effectifs, le suivi de Tony Meilhon, comme celui de plus de 800 autres détenus, avait été abandonné, avec l’accord écrit des autorités. Le suspect avait purgé ses peines et devait se conformer à ce suivi pour une banale histoire d’injure à magistrat. Autant dire que son dossier avait été glissé sous la pile. La gestion de la misère, on dit. Bizarrement, le remplacement tant attendu à Nantes a été débloqué cette semaine…

Chez les policiers, leur mise en cause par le chef de l’Etat -qui pour une fois n’a pas fait de détail- passe mal aussi. On leur reproche de ne pas avoir transmis fin décembre 2010 une plainte de l’ancienne compagne du suspect pour des faits de violence. Selon certains enquêteurs elle aurait parlé de « rapports sexuels non consentis » à la fin de sa déposition, mais n’aurait pas souhaité déposer une plainte pour viol. Laquelle aurait été transmise au Parquet. Une mission d’inspection de l’IGPN (la police des polices) est en train de passer au crible la chaîne des événements pour voir si c’est du côté du commissariat qu’il faut chercher les responsables.

Mais qui est responsable ? Et hormis l’assassin de Laetitia, y’en a-t-il vraiment un ? On peut comprendre que les familles, les amis, les proches cherchent des raisons à ce crime atroce. Des coupables, au moins par négligence, qui auraient pu éviter un tel drame. Mais que le président de la République –qui à ma connaissance n’est pas un proche de la défunte-, mobilise toute ses forces dans cette affaire est déjà plus dérangeant. Qu’il fasse preuve de compassion, oui. Qu’il en fasse le sujet qui mobilise toute son énergie, et celle de sa majorité affaiblie est juste dégoûtant.

Ne revenons pas sur la multiplication des lois supposées encadrer et limiter la récidive dans ce pays, sur les 8 dernières années et notons juste que certaines n’ont toujours pas reçu les décrets qui devaient leur permettre de s’appliquer. Ne faisons pas, parce que c’est mal, de politique politicienne, en se disant, si ça se trouve, le Président Sarkozy cherche à faire ressusciter feu le candidat Sarkozy, si à l’aise avec la délinquance et la chasse aux monstres qui nous menacent à peine libérés de taule.

Mais au fait, qu’est ce que la récidive ? C’est l’action de « retomber dans la même faute, le même délit, le même crime. » En France, qu’on le veuille ou non, un criminel condamné, purge sa peine et au bout, il est libre. Voilà l’idée, on fait confiance, on s’imagine que même le pire des monstres peut être racheté après avoir été éloigné du corps social. Le suspect avait purgé ses peines, était sous le coup d’un délit mineur et a commis un crime atroce. Mais si ça se trouve, contrairement à ce qu’on essaie de nous faire croire (il y a des responsables, on pouvait deviner qu’il allait agir, on pouvait l’empêcher) on ne peut rien faire contre la « récidive », contre cette action du mal, du crime sans motif.

Ce mal-là n’a pas de logique, n’a pas de sens (même si on se doute que pour les victimes, les familles il faut en donner un. On ne meurt pas à 18 ans de façon atroce pour rien.) Si le mal avait une logique, on pourrait la suivre et essayer de la contrecarrer. Mais il n’en a pas. Alors imposer un contrôle social strict, ou une emprise étatique plus forte sur les faits et gestes de 99,9% de la population juste pour faire croire que ça permettra d’éviter d’autres affaires Laetitia comme l’imaginent ces députés UMP qui proposent de « géolocaliser les récidivistes », est une monstruosité. Pour les victimes, les familles et la société.

Qu’on fasse marcher la justice, qu’on fasse marcher la gendarmerie et la police (c’est aussi affaire de moyens). C’est le boulot des politiques. Qu’on arrête d’imaginer que des hordes de gauchistes relâchent dans la nature des fous sanguinaires, des ogres, prêts à tout pour obtenir leur ration de chair fraîche. Ça n’enlève rien à l’émotion, à la monstruosité du crime, à l’effarement devant les manquements, les loupés. Le plus dur est de s’en remettre à la justice humaine (qui arrive toujours trop tard) et d’accepter que la loi ne peut pas faire grand-chose. À plus forte raison quand elle sert d’inavouables pulsions électoralistes.

Maria Schneider, l’actrice qu’on enterra de son vivant…

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Maria Schneider est morte. Nous ne croiserons plus son beau regard sombre et triste.

Elle fut la jeune femme lumineuse, qui paraît se soumettre au désir brutal de Marlon Brando, dans Le dernier tango à Paris (1972). La scène de la sodomie est demeurée fameuse, où l’on voit l’acteur maintenir Maria au sol, tout en amenant à lui un paquet de beurre. Elle reviendra tout de même dans l’appartement démeublé, où s’accomplissent les cérémonies de leur plaisir. Mais, au final, quand il vient solliciter un pauvre bonheur conjugal, elle le tue, pour se débarrasser de son encombrante sentimentalité ; et l’on voit le mâle, naguère triomphant, dominateur, se recroqueviller, prendre, sur le balcon où s’achève son agonie, la position d’un grand fœtus au visage apaisé…

Le film connut un succès à la mesure du scandale qu’il provoqua. Le Vatican s’émut, les ligues féministes américaines protestèrent avec véhémence, arborant des pancartes vengeresses devant les salles. Brando comprit que Bernardo Bertolucci, le metteur en scène, lui avait volé un peu de son propre personnage. Il se sentit trahi, floué. Mais sa carrière, loin de souffrir de ce rôle soufré, fut relancée au contraire. En revanche, nul ne se soucia plus de Maria Schneider. La « grande famille » du cinématographe, si généreuse, si folle, si libérale, l’ignora ; ses représentants, quand ils la croisaient, regardaient ailleurs, l’air gêné. Elle évoquait, avec une mine navrée, mais sans amertume, le sourire entendu que lui adressaient les garçons de café, quand elle leur commandait un jambon-beurre…

L’hiver des peuples arabes fera-t-il un printemps ?

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On a envie d’y croire. On aimerait « vibrer » avec le peuple tunisien libéré de son joug, se laisser éblouir, avec Laurent Joffrin par la « grande lumière (qui) vient soudain d’Orient », s’enthousiasmer pour la « révolution d’Egypte » – à laquelle on n’a pas eu le temps de trouver un nom ridicule, comme ce « jasmin » si odeur locale qui a tant énervé les Tunisiens -, participer à l’illusion lyrique et se contenter de récits iréniques dans lesquels des peuples non pas en armes mais en marche se sont débarrassé de leurs tyrans. On pense à ce Tunisien qui, sur nos écrans, déclarait, heureux : « C’est une révolution française ! ». Et on voudrait être aussi sûr que Joffrin qu’en Egypte, « le raz-de-marée de la liberté » ne sera pas à son tour noyé par d’autres déferlantes.[access capability= »lire_inedits »]

Il ne s’agit pas de jouer les goguenards ou les sceptiques. Les peuples savent désormais qu’ils peuvent faire reculer les pouvoirs parce qu’ils l’ont vu à la télé. Comment ne s’en réjouirait-on pas ?[1. Au passage, on apprend que malgré les efforts déployés par les régimes pour détourner la colère populaire vers l’ennemi historique, la « rue arabe » ne partage pas l’obsession israélo-palestinienne de Stéphane Hessel, et c’est une excellente nouvelle] Imaginer qu’à Damas et Alger – et peut-être Ryad et Sanaa – ceux qui, depuis des décennies, oppriment leurs populations, accaparent la richesse et maintiennent les citoyens dans l’ignorance passent de sales nuits, cela fait sacrément plaisir (même si ce n’est pas un plaisir très glorieux). Comment ne rêverait-on pas d’un monde arabe apaisé, modernisé, sécularisé où, conformément aux prévisions d’Emmanuel Todd, la baisse de la fécondité et les progrès de l’éducation accoucheraient de sociétés démocratiques ?

On s’en voudrait, donc, de casser l’ambiance de ce « lever de soleil » avec de « lugubres prophéties » – Joffrin, toujours. Ça tombe bien parce que je n’ai pas de prophétie en rayon. Alors que la partie est en cours en Tunisie et en Egypte et que peut-être, sans que nous le sachions, le feu couve ailleurs, l’heure n’est pas aux réponses mais aux questions.

Assistons-nous en direct à des révolutions comme l’a proclamé Olivier Besancenot qui avait provisoirement quitté les plateaux de Canal + pour prendre part à la lutte de ses camarades tunisiens et qui a désormais la conviction que « c’est possible » ? La vérité, c’est que nous n’en savons rien. Que s’est-il passé en coulisses dans les journées qui ont précédé la fuite de Ben Ali et de sa cupide épouse ? On apprendra dans les semaines, les mois ou les années qui viennent quelle a été la part des révolutions de Palais dans les évènements de Tunis et du Caire. Mais on peut difficilement croire que trente jours de manifestations auraient fait tomber une dictature si celle-ci n’avait pas été en bout de course, épuisée de l’intérieur.

Les peuples qui se battent pour leur liberté peuvent y renoncer librement

Sommes-nous coupables des turpitudes de ces régimes jusque-là « amis » ? Avons-nous, au contraire, joué un rôle dans leur chute ? Là encore, la prudence s’impose tant que les archives ne se sont pas ouvertes et les langues déliées. On peut cependant observer que depuis deux ou trois décennies « l’Occident » se contente de s’adapter aux réalités politiques. On pourra gloser à l’infini sur le retard à l’allumage des diplomates français incapables de voir ce qui se passait sous leur nez. L’eussent-ils vu que cela n’aurait pas changé grand-chose.

Reste une question, la plus antipathique de toutes celles qui viennent à l’esprit : est-ce que c’est bon pour nous ? Le premier réflexe, c’est de se dire que la liberté des peuples ne peut être porteuse que de bienfaits. Et puis on pense à la révolution iranienne accouchant d’une théocratie assez peu inspirée par la Déclaration des Droits de l’Homme. Et on se rappelle que les « masses » ne sont pas ontologiquement bonnes et que les peuples qui se battent pour leur liberté peuvent aussi y renoncer librement. Il est vrai que ces spéculations, pour passionnantes qu’elles puissent être, sont parfaitement inopérantes. On peut discuter à l’infini pour savoir si on préfère une dictature laïque ou une démocratie islamiste. À supposer qu’un tel choix existe ce n’est pas à nous de le faire. Cette histoire-là s’écrit largement sans nous et c’est très bien comme ça.[/access]

Quand Sollers coache Stendhal

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Philippe Sollers est un gros malin, en plus d’être écrivain. Ça fait des mois que j’achète le JDD juste quand je suis sûre de lire sa chronique du mois, où il parle invariablement du pape et de ses propres livres. Mais je m’en fous. J’aime qu’il se moque de moi, y compris dans son dernier livre, Trésor d’Amour. Évidemment, un titre pareil, on ricane : « Vous imaginez, écrit-il, aujourd’hui un roman ayant pour titre Trésor d’Amour ? Ça paraîtrait grotesque, on ne l’ouvrirait qu’en cachette. »[access capability= »lire_inedits »]

De quoi parle-t-il ? D’une Minna. Fiancée vénitienne divorcée avec enfant, beaucoup plus jeune que lui, avec qui il n’a pas besoin de parler. Il passe du temps au lit avec elle, dîne, regarde la lagune et cause de Stendhal. Le vrai objet du livre. Stendhal dont il nous raconte les liaisons, les obsessions, l’embonpoint, les campagnes napoléoniennes, les histoires d’amour foireuses et les livres.

On y revient toujours. Ce Stendhal, il en fait une espèce de double, rendu malheureux par la tournure des choses qui massacre son époque. Jamais aigre mais triste d’une époque moisie, comme qui dirait… « Cet homme ne redoutait au monde que deux choses : les ennuyeux et l’air humide. » Sollers s’offre d’ailleurs le luxe de corriger, à un siècle et demi de distance, les râteaux que Stendhal prend avec un certain nombre de femmes, lui expliquant ce qu’il fallait écrire dans ses billets pour s’assurer de les retrouver dans son lit.

Il brode habilement sur ses obsessions, la disparition, la liberté, la discrétion, l’amour : « La province, c’est la platitude des désirs, les prétentions puériles et, plus que tout, la gauche hypocrisie… La politesse empressée, incommode, empreinte de fausseté, puante de mensonge. » Evidemment, il ne faut pas espérer trouver dans Trésor d’Amour un vademecum pour le bonheur et la félicité urbaine au XXIe siècle. Il fait mine de ne parler que de lui, de sa vie extraordinaire d’écrivain qui se planque derrière d’autres (procédé déjà vu dans son précédent Discours parfait), avec pour unique visée « la préparation d’une Renaissance à laquelle, sauf de très rares exceptions, plus personne ne croit ». Dans le fond, en terminant Trésor d’Amour, je ne sais toujours pas ce que Philippe Sollers veut dire à ses lecteurs : allez lire Stendhal, dont l’inachevé Le Rose et le Vert ? Trop simple. Installez-vous à Venise, chassez le bonheur de manière « sensuelle et spirituelle », lisez mes livres jusqu’à plus soif.

Reste un truc, la langue elle-même, la brutalité, la beauté des formules en passant : « On sort, on marche un peu dans la nuit, on prend le bateau, l’eau nous enveloppe, tout est velours, tout est gratuit. » Rien que pour cette phrase, Trésor d’Amour vaut d’être lu en douce.[/access]

Trésor d'Amour

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Discours Parfait

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Le Rose et le vert

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Le printemps arabe nous rendrait-il frileux ?

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« C’est une Révolution française ! », s’exclame le manifestant tunisien béat sur l’écran d’Élisabeth Lévy, qui en sourit encore. Eh bien oui ! Quand on a montré l’exemple, et d’aussi belle manière, il serait vexant de n’être point suivi.

« On a envie d’y croire », commente notre cheftaine, avec l’enthousiasme d’un Burke en 89. Deux paragraphes plus loin, elle précise même ce qu’elle pense vraiment de cette révolution arabe : « Peut-être, sans que nous le sachions, le feu couve ailleurs ». On n’est pas plus enthousiaste.

Quel feu, donc ? Sans doute celui dont est faite la flamme qui devrait servir de corde pour lapider Sakineh, coin-coin. Voilà l’idée : au fin fond de cette « ruée arabe » que vante inconsidérément Libé, ce qui nous guette, selon Elisabeth, c’est la « théocratie iranienne ». Je caricature ? Peut être, mais c’est pas moi qui ai commencé !

Foin de Terreur, de goulags, d’Holocauste et de Révo. Cul ! Qu’importent les dictatures qui peuplent encore le monde, l’ONU et son Conseil de sécurité. Le danger principal pour les Droits de l’Homme, qu’on se le dise, c’est l’impérialisme chiito-persan.

Sur la base de ce diagnostic, que prescrire donc à nos amis arabes, toujours hibernants mais en voie de décongélation ? « Une dictature laïque, ou une démocratie islamiste », s’interroge le Dr Lévy. Ce n’est pas à nous de trancher !, tranche finalement Ms Lévy.

Pour tout dire, ça m’arrange : dans cet échiquier à deux cases, je n’aurais pas su où placer ni le Roi saoudien, ni le Cavalier turc.

Démission impossible

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Selon Le JDD, la secrétaire d’Etat à la jeunesse, Jeannette Bougrab, blessée d’avoir été grondée pour ses propos appelant au départ d’Hosni Moubarak, a envoyé à François Fillon et à Nicolas Sarkozy sa lettre de démission.

Le bizutage organisé par Fillon pour encadrer Jeannette Bougrab a été particulièrement humiliant. Convoquée à Matignon, elle a été sermonné par François Fillon qui lui a remonté les bretelles en présence de son ministre de tutelle Luc Chatel. Les fuites organisées par Matignon pour relayer l’info n’ont pas arrangé les choses. On peut comprendre que Fillon ait anticipé les problèmes et décidé de mater préventivement la jeune secrétaire d’Etat issue de vous savez quoi pour ne pas se retrouver dans quelques mois avec des Rama bis et Rachida ter sur les bras. On peut également comprendre Madame Bougrab confrontée à un exercice périlleux : sauver et l’honneur et le job ! Donc, comme l’avait fait Bernard Kouchner cet été dans l’affaire des Roms, on fait le nécessaire à huis-clos pour garder le poste et on fait répandre le bruit qu’on était à deux doigts, que dis-je, même pas à un doigt de démissionner.

Si on peut juger par le passé, la secrétaire d’Etat à la jeunesse a bien joué la partie. Ce qui restera dans les esprits sera son appel à la démission du dirigeant égyptien. Après les déboires tunisiens de MAM, qui peut imaginer Fillon ou Sarkozy licenciant un ministre dont le seul tort est d’avoir publiquement critiqué Moubarak?

Vestige de l’amour

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photo : capture d'écran France3

J’ai longtemps cru que la féminisation de la société française annoncée par Alain Soral et décrite par Éric Zemmour était un épiphénomène, une mode curieuse et innocente, une impasse risible. Dans le bâtiment, je ne l’ai jamais rencontrée mais il faut reconnaître que, sur les chantiers où je menuise, je suis souvent le seul à parler français. Ailleurs non plus, je n’avais pas remarqué que les hommes devinssent de moins en moins mâles, mais il est vrai que je ne vais jamais chez le coiffeur et qu’en général, je prête moins d’attention aux hommes qu’à leurs femmes. J’avais entendu parler, comme tout le monde, des « métrosexuels » qui prennent rendez-vous pour une épilation ou se tartinent la tronche de crème avant de se coucher, mais que m’importe ! S’ils laissent sur leur faim les femmes qui ont du goût pour leur contraire, c’est tant mieux, j’adore passer pour le dessert.[access capability= »lire_inedits »]

Les hommes sont sommés de se soumettre aux croyances féminines

En réalité, cette fameuse féminisation en marche ne pousse pas seulement les hommes à baisser les armes pour s’emparer des miroirs, elle les somme de se soumettre aux croyances féminines sous peine d’être ringardisés et impose à tous, comme valeur suprême, la plus vieille des recettes de bonne femme : l’amour. En Occident, l’amour est devenu la religion comme le Père Noël est le dieu des enfants et, si l’on peut encore pratiquer sans être croyant, les plus fanatiques ont tendance à prendre ses commandements au pied de la lettre. Les rares mécréants, athées ou infidèles, généralement considérés comme des brebis égarées, assistent consternés à cet aveuglement collectif. Partout, le cœur claironne sa suprématie sur la raison et répand le règne totalitaire du sentiment. On ne s’étonne plus de vivre dans un monde où l’armée pacifie, où les flics ne tirent plus, où les juges sont pleins de compassion et où, pour finir, les directeurs de prison tombent amoureux. Ainsi, le responsable de la maison d’arrêt de Versailles qui accordait des avantages contre des faveurs à sa prisonnière a déclaré avec le plus grand sérieux, aux gendarmes qui l’interrogeaient, être tombé fou amoureux d’Emma − c’est le nom de la jeune femme qui servit d’appât dans l’affaire Ilan Halimi. Alors qu’il est tout à fait capable de tenir en respect des criminels endurcis, des terroristes, des psychopathes ou des mafieux, le maton d’aujourd’hui n’est pas armé pour garder une femme. Le gilet pare-balles du gardien de l’ordre n’arrête pas les flèches de Cupidon et on peut toujours rire du nigaud qui mord à un aussi gros hameçon… mais que celui qui n’a jamais été pêché lui jette la première pierre !

Il faut aimer ! Voilà ce que clame le monde féminisé et civilisé

L’histoire malheureuse de ce geôlier en chef mérite qu’on s’y attarde parce qu’elle nous raconte notre époque. La reine Margot se meurt pour Boniface de la Mole, Mathilde et Madame de Rénal se compromettent et se perdent pour Julien Sorel emprisonné, Edith Piaf chante l’Hymne à l’amour : « Je renierais ma patrie, Je renierais mes amis, Si tu me le demandais… » Aujourd’hui, des femmes épousent en prison les pires ordures, de Carlos à Guy Georges. Mais c’est ici un homme qui reprend ces rôles jadis exclusivement réservés au « sexe faible ». Aucun chanteur contemporain de Piaf n’aurait interprété ces mots-là : c’eût été simplement contre nature. Vous imaginez Gabin ou Maurice Chevalier… Depuis, Brel a chanté : « Je veux être l’ombre de ton chien… », et Julien Clerc ou Michel Jonasz sont à genoux, voire à plat ventre quand ils chantent l’amour. Depuis, tous les branleurs en cuir et aux poses rebelles qui font la joie des Inrocks rampent à leur tour et reprennent Iggy Pop qui chante : « I wanna be your dog. » Dans notre culture classique, la littérature, l’opéra ou le théâtre de Molière sont pleins de vieux barbons qui usent de leur position pour abuser ou épouser des jeunettes, mais ce n’est pas ce rôle que notre imbécile carcéral a voulu endosser. Il a préféré au caractère du mâle dominant celui de l’amoureux éperdu, esclave consentant. Dans son esprit qui ne voit pas plus loin que le bout de son demi-siècle, c’est bien, c’est moral, c’est normal. Voilà où est la norme pour le mâle occidental en 2010.

Emma n’a pas déclaré qu’elle avait agi par amour. Je suppose qu’elle est prête à passer des années en prison mais pas à passer pour une idiote devant la France entière ou au moins devant sa « France à elle », comme dirait Diam’s. Née d’un mariage forcé en Iran, violée par son oncle, victime d’une tournante, l’amour n’était pas au programme dans la vie de cette victime devenue tentatrice. Comme ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort, la jeune femme était armée pour agir en redoutable prédatrice quand elle a croisé le chemin de notre benêt pénitentiaire, et les barreaux de la cellule qui auraient pu le protéger n’ont rien changé à l’issue d’un combat joué d’avance. Il eût fallu d’autres défenses pour qu’il ne finît chair appâtée.

Il faut aimer ! Voilà ce que clame le monde civilisé et féminisé comme on chante sur le pont du Titanic, incapable de voir qu’on abuse de lui et encore moins de se défendre, car l’amour rend aveugle. Voilà ce que nous dit le monde chrétien par le martyre des moines de Tibhirine, morts en laissant le monde et leur village désemparés et désarmés, ce qui nous fait un beau film et une belle jambe. Il est temps de prendre les faiblesses du cœur pour ce qu’elles sont, de prendre au sérieux les dangers auxquels elles nous exposent et d’œuvrer au redressement raisonnable, responsable, masculin des esprits qui sera notre salut. On pourrait commencer par remettre au programme Rousseau, qui nous dit que : « L’amour a été inventé par les femmes pour renverser le rapport de forces dans le couple. » Davantage que l’étude de Madame de Lafayette, même et surtout dans les concours administratifs, ça peut servir.[/access]

Attentat contre la vie d’Omar Suleiman ?

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Selon la chaine américaine Fox News, le convoi du tout nouveau vice-président égyptien – qui est en même temps le tout ancien chef du renseignement égyptien et bras droit de Moubarak – aurait été attaqué le 29 janvier. Cet attentat se serait soldé par la mort de ses deux gardes du corps. Selon la chaine de Rupert Murdoch, une source anonyme à la Maison Blanche aurait confirmé l’information.

Interrogé par un reporter de Fox News, Robert Gibbs, porte parole de la Maison Blanche a affiché un embarras visible et balbutié quelques mots qui valent confirmation du genre « je ne veux pas entrer dans ce sujet ».

On connaît Fox News et son propriétaire, et on peut aussi s’étonner que Moubarak et Suleiman n’aient pas profité de cet événement – s’il s’est réellement produit – pour serrer encore plus la vis aux opposants. Reste qu’il est en même temps légitime de se demander pourquoi cette info –démentie depuis par les Egyptiens -, dûment expliquée et mise en contexte, n’a pas encore été relayée en France, quelques heures après avoir été annoncée aux Etats-Unis.

Elisabeth Lévy est-elle une machine?

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« Elisabeth Lévy, ne réagissez pas mécaniquement ! » C’est Edwy Plenel qui a lancé cette supplique, il y a quelques jours, sur le plateau de « Ce soir ou jamais ». L’émission de télévision de Frédéric Taddei est, à ma connaissance, celle qui a connu le plus grand nombre de moments de grâce ou de pensée depuis l’invention de ce répugnant média. Elle s’apparentait, ce soir-là, à un dialogue de sourds chaotique et assez peu fécond, dans lequel Elisabeth était bien loin d’avoir le monopole des réactions mécaniques. Pourtant, une sorte de curieuse douceur se mêlait au chaos.

À plusieurs reprises, Edwy Plenel, l’antique adversaire, regardait notre vaillante et bouillonnante cheftaine avec une sorte de bienveillant attendrissement, en remuant imperceptiblement son visage de chouette mystérieusement et perpétuellement effrayée. Elisabeth était prise dans une étrange brochette, assise entre Philippe Sollers et Alain Bauer. L’étroit voisinage de Sollers et Lévy, tous deux gesticulateurs invétérés, débordant sans cesse physiquement l’un sur l’autre, donnait lieu à une pure merveille burlesque. Le corps d’Elisabeth, aussi fluet que batailleur, aussi menu qu’impavide, repoussait pugnacement, avec une patience inépuisable, le corps gigantesque, massif de Sollers, qui la surplombait tel un titan, un colosse au bout du bras duquel tous les invités semblaient craindre à chaque seconde qu’elle ne demeure définitivement suspendue, ses bottines battant désespérément dans les airs comme les pattes de Gregor Samsa.

« Elisabeth Lévy, ne réagissez pas mécaniquement ! » Si la menace de l’automatisme s’était retirée tout entière dans la seule personne d’Elisabeth Lévy, l’humanité pourrait dormir tranquille. Mais ce n’est à l’évidence pas le cas. L’exhortation d’Edwy Plenel et l’ambiance irréelle de ce plateau télévisé m’ont plongé peu un peu dans une rêverie lointaine. Et je me suis soudain souvenu d’Amsel. Grâce à ce personnage, Günter Grass a exploré mieux que personne, dans Les années de chien, le mystère du possible devenir-mécanique de l’homme. Marchons à la rencontre d’Amsel. Amsel, c’est-à-dire le merle en allemand. « Sa vocation consista d’emblée à inventer des épouvantails. Pourtant il n’avait pas de haine à l’endroit des oiseaux ; en revanche, les oiseaux, de quelque volée et de quelque plumage qu’ils fussent, avaient quelque chose contre lui et son esprit fertile en épouvantails. »

L’épouvantail, le grand amour d’Amsel depuis sa jeunesse, devient dans Les années de chien un motif envoûtant, à la fois concret et d’une richesse métaphorique inépuisable. Il accompagne fidèlement Amsel tout au long de son terrible destin. Suivant Amsel pas à pas, Günter Grass nous révèle comment un seul et même homme peut être successivement un stalinien enflammé, puis un nazi exalté, avant de devenir après-guerre enfin un adorateur enfiévré de la démocratie et un chasseur de nazi intraitable. De métamorphose en métamorphose, Amsel reste toujours effroyablement identique à lui-même, animé par une passion idéologique aveugle à l’existence concrète. Amsel a beau revêtir ses épouvantails bien-aimés d’uniformes à chaque fois différents, il s’agit toujours d’uniformes et ceux-ci sont toujours portés par des épouvantails, par des êtres effrayants dont l’ardeur destructrice semble être à l’aune de leur peu de substance. L’âme d’Amsel, rétive à toute expérience, est affamée. Elle est affamée de pureté, d’épurations et de persécutions. « Les oiseaux, de quelque volée et de quelque plumage qu’ils fussent » ont bien raison de craindre Amsel, car il change de victimes émissaires comme de chemises.

Amsel l’inconstant ne trahit jamais sa jeunesse. Il ne trahit jamais l’épouvante et ses épouvantails. Il demeure fidèle à son innocence meurtrière comme à sa passion des uniformes et du mimétisme. Pourtant, et c’est là le miracle des Années de chien, Amsel n’est pas un monstre. Il est au contraire d’une profonde, douloureuse et bouleversante humanité. Amsel constitue une possibilité humaine qui peut s’emparer de l’âme de n’importe quel homme, comme Grass le souligne avec humour : « Assurément on peut dire : de chaque homme on peut tirer un épouvantail ; car enfin, il ne faut pas l’oublier, l’épouvantail a été créé à l’image de l’homme. »

Amsel est notre frère. Nous sommes tous susceptibles de transformer notre chair en machine, de devenir les doubles mécaniques de nous-mêmes et d’accoucher d’épouvantails. Dans L’ère des neutralisations, le tragique épouvantail de génie Carl Schmitt note : « L’antithèse facile qui oppose l’organique [le vivant] au technique est elle-même d’un mécanisme primitif. » Cette remarque me semble rejoindre en profondeur le mystère d’Amsel : la tortueuse complicité qui lie le mécanique et le vivant, l’humain et l’inhumain. Amsel et nous-mêmes.

Les Années de chien

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Notre pain quotidien (2)

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Paris, rue de Verneuil. Gainsbourg n’est pas mort ! Le Parisien nous apprend que France Télévisions rendra prochainement hommage à l’auteur de la Javanaise, à travers deux shows animés respectivement par Michel Drucker sur France 2 et Nagui sur France 4. Au programme, entre autre, des reprises de chansons de Serge par d’irremplaçables artistes modernes en matière plastique tels que Bénabar, Kad Merad, Nolwenn Leroy ou Raphaël (qui reprendra la chanson « Elisa »). Apprenant les modalités de cette sombre célébration posthume, le grand Serge aurait recommencé à boire.

Besançon. Une dent contre le « vivre ensemble ». Le quotidien régional L’Alsace nous régalait le week-end dernier d’un compte-rendu d’audience croustillant qui mettait en évidence la tendance naturelle de l’homme à vivre en paix avec son prochain. L’article titré « Scène de pugilat dans la salle d’attente du dentiste » détaillait les différentes phases récréatives d’une véritable tragédie antique : « (les protagonistes) venaient faire soigner leurs maux de dents. Ils repartent avec des plaies et des bosses après une rixe pour l’ordre de passage sur le siège du dentiste. » Une belle victoire de l’intelligence, toute à la gloire de la Franche-Comté : « L’un est arrivé le premier, mais l’autre a son rendez-vous avant lui. Chacun s’estime prioritaire et le fait savoir. » Toute une belle humanité touchante de maturité, réunie dans l’immense et insoutenable huis-clos dramatique d’une salle d’attente de dentiste. Le procès est renvoyé au 23 février.

France. Une dent contre les parlementaires et les journalistes ! Sans transition : une récente enquête de l’IFOP commandée par nos confrères de France Soir au sujet des « métiers préférés des français » met en évidence, contre toute attente, que les dentistes ont une bonne image au sein de la population. 90% des sondés trouvent, en effet, que cette activité cupide qui consiste à arracher un maximum de dents afin de s’acheter des Range Roger option cuir et bois précieux – est une profession respectable. A contrario, une large majorité désavoue les députés, agents immobiliers, banquiers et journalistes. Pourtant mieux vaut mentir comme un arracheur de dent, que faire peur aux enfants avec une fraise en carbure de tungstène.

Sécurité : quand Sarkozy récidive

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Pauvre Laetitia. La malheureuse jeune fille assassinée par un récidiviste en Loire-Atlantique n’est pas seulement la victime d’un crime atroce. Elle n’est pas encore en terre que la droite se dispute déjà les morceaux de cadavre pour faire de la politique. En enfourchant le thème du récidiviste criminel que par laxisme, gauchisme, absence de zèle et fonctionnarisme, les magistrats, les juges d’application des peines, les conseillers de probation et même les flics ont laissé gambader dans la nature jusqu’à ce qu’il commette le crime de trop. L’histoire permet donc au président de la République d’enfourcher son vieux cheval électoral de 2007, la délinquance et les récidivistes qu’il faut mettre hors d’état de nuire.

À gauche et chez les magistrats (tous syndicats confondus), on fustige cette tendance lourde présidentielle à utiliser le fait divers atroce. Juste quinze jours après s’être félicité de chiffres de la délinquance en baisse. Personne n’ira dire qu’il n’y a pas eu de « dysfonctionnements », comme on dit dans l’administration quand quelqu’un ou plusieurs ont merdé grave. Mais si ça se trouve, le « problème » (comme en dit chez les politiques) de la récidive est insoluble.

Reprenons les dysfonctionnements : un juge d’application des peines qui n’est pas remplacé à Nantes et, faute d’effectifs, le suivi de Tony Meilhon, comme celui de plus de 800 autres détenus, avait été abandonné, avec l’accord écrit des autorités. Le suspect avait purgé ses peines et devait se conformer à ce suivi pour une banale histoire d’injure à magistrat. Autant dire que son dossier avait été glissé sous la pile. La gestion de la misère, on dit. Bizarrement, le remplacement tant attendu à Nantes a été débloqué cette semaine…

Chez les policiers, leur mise en cause par le chef de l’Etat -qui pour une fois n’a pas fait de détail- passe mal aussi. On leur reproche de ne pas avoir transmis fin décembre 2010 une plainte de l’ancienne compagne du suspect pour des faits de violence. Selon certains enquêteurs elle aurait parlé de « rapports sexuels non consentis » à la fin de sa déposition, mais n’aurait pas souhaité déposer une plainte pour viol. Laquelle aurait été transmise au Parquet. Une mission d’inspection de l’IGPN (la police des polices) est en train de passer au crible la chaîne des événements pour voir si c’est du côté du commissariat qu’il faut chercher les responsables.

Mais qui est responsable ? Et hormis l’assassin de Laetitia, y’en a-t-il vraiment un ? On peut comprendre que les familles, les amis, les proches cherchent des raisons à ce crime atroce. Des coupables, au moins par négligence, qui auraient pu éviter un tel drame. Mais que le président de la République –qui à ma connaissance n’est pas un proche de la défunte-, mobilise toute ses forces dans cette affaire est déjà plus dérangeant. Qu’il fasse preuve de compassion, oui. Qu’il en fasse le sujet qui mobilise toute son énergie, et celle de sa majorité affaiblie est juste dégoûtant.

Ne revenons pas sur la multiplication des lois supposées encadrer et limiter la récidive dans ce pays, sur les 8 dernières années et notons juste que certaines n’ont toujours pas reçu les décrets qui devaient leur permettre de s’appliquer. Ne faisons pas, parce que c’est mal, de politique politicienne, en se disant, si ça se trouve, le Président Sarkozy cherche à faire ressusciter feu le candidat Sarkozy, si à l’aise avec la délinquance et la chasse aux monstres qui nous menacent à peine libérés de taule.

Mais au fait, qu’est ce que la récidive ? C’est l’action de « retomber dans la même faute, le même délit, le même crime. » En France, qu’on le veuille ou non, un criminel condamné, purge sa peine et au bout, il est libre. Voilà l’idée, on fait confiance, on s’imagine que même le pire des monstres peut être racheté après avoir été éloigné du corps social. Le suspect avait purgé ses peines, était sous le coup d’un délit mineur et a commis un crime atroce. Mais si ça se trouve, contrairement à ce qu’on essaie de nous faire croire (il y a des responsables, on pouvait deviner qu’il allait agir, on pouvait l’empêcher) on ne peut rien faire contre la « récidive », contre cette action du mal, du crime sans motif.

Ce mal-là n’a pas de logique, n’a pas de sens (même si on se doute que pour les victimes, les familles il faut en donner un. On ne meurt pas à 18 ans de façon atroce pour rien.) Si le mal avait une logique, on pourrait la suivre et essayer de la contrecarrer. Mais il n’en a pas. Alors imposer un contrôle social strict, ou une emprise étatique plus forte sur les faits et gestes de 99,9% de la population juste pour faire croire que ça permettra d’éviter d’autres affaires Laetitia comme l’imaginent ces députés UMP qui proposent de « géolocaliser les récidivistes », est une monstruosité. Pour les victimes, les familles et la société.

Qu’on fasse marcher la justice, qu’on fasse marcher la gendarmerie et la police (c’est aussi affaire de moyens). C’est le boulot des politiques. Qu’on arrête d’imaginer que des hordes de gauchistes relâchent dans la nature des fous sanguinaires, des ogres, prêts à tout pour obtenir leur ration de chair fraîche. Ça n’enlève rien à l’émotion, à la monstruosité du crime, à l’effarement devant les manquements, les loupés. Le plus dur est de s’en remettre à la justice humaine (qui arrive toujours trop tard) et d’accepter que la loi ne peut pas faire grand-chose. À plus forte raison quand elle sert d’inavouables pulsions électoralistes.

Maria Schneider, l’actrice qu’on enterra de son vivant…

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Maria Schneider est morte. Nous ne croiserons plus son beau regard sombre et triste.

Elle fut la jeune femme lumineuse, qui paraît se soumettre au désir brutal de Marlon Brando, dans Le dernier tango à Paris (1972). La scène de la sodomie est demeurée fameuse, où l’on voit l’acteur maintenir Maria au sol, tout en amenant à lui un paquet de beurre. Elle reviendra tout de même dans l’appartement démeublé, où s’accomplissent les cérémonies de leur plaisir. Mais, au final, quand il vient solliciter un pauvre bonheur conjugal, elle le tue, pour se débarrasser de son encombrante sentimentalité ; et l’on voit le mâle, naguère triomphant, dominateur, se recroqueviller, prendre, sur le balcon où s’achève son agonie, la position d’un grand fœtus au visage apaisé…

Le film connut un succès à la mesure du scandale qu’il provoqua. Le Vatican s’émut, les ligues féministes américaines protestèrent avec véhémence, arborant des pancartes vengeresses devant les salles. Brando comprit que Bernardo Bertolucci, le metteur en scène, lui avait volé un peu de son propre personnage. Il se sentit trahi, floué. Mais sa carrière, loin de souffrir de ce rôle soufré, fut relancée au contraire. En revanche, nul ne se soucia plus de Maria Schneider. La « grande famille » du cinématographe, si généreuse, si folle, si libérale, l’ignora ; ses représentants, quand ils la croisaient, regardaient ailleurs, l’air gêné. Elle évoquait, avec une mine navrée, mais sans amertume, le sourire entendu que lui adressaient les garçons de café, quand elle leur commandait un jambon-beurre…

L’hiver des peuples arabes fera-t-il un printemps ?

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On a envie d’y croire. On aimerait « vibrer » avec le peuple tunisien libéré de son joug, se laisser éblouir, avec Laurent Joffrin par la « grande lumière (qui) vient soudain d’Orient », s’enthousiasmer pour la « révolution d’Egypte » – à laquelle on n’a pas eu le temps de trouver un nom ridicule, comme ce « jasmin » si odeur locale qui a tant énervé les Tunisiens -, participer à l’illusion lyrique et se contenter de récits iréniques dans lesquels des peuples non pas en armes mais en marche se sont débarrassé de leurs tyrans. On pense à ce Tunisien qui, sur nos écrans, déclarait, heureux : « C’est une révolution française ! ». Et on voudrait être aussi sûr que Joffrin qu’en Egypte, « le raz-de-marée de la liberté » ne sera pas à son tour noyé par d’autres déferlantes.[access capability= »lire_inedits »]

Il ne s’agit pas de jouer les goguenards ou les sceptiques. Les peuples savent désormais qu’ils peuvent faire reculer les pouvoirs parce qu’ils l’ont vu à la télé. Comment ne s’en réjouirait-on pas ?[1. Au passage, on apprend que malgré les efforts déployés par les régimes pour détourner la colère populaire vers l’ennemi historique, la « rue arabe » ne partage pas l’obsession israélo-palestinienne de Stéphane Hessel, et c’est une excellente nouvelle] Imaginer qu’à Damas et Alger – et peut-être Ryad et Sanaa – ceux qui, depuis des décennies, oppriment leurs populations, accaparent la richesse et maintiennent les citoyens dans l’ignorance passent de sales nuits, cela fait sacrément plaisir (même si ce n’est pas un plaisir très glorieux). Comment ne rêverait-on pas d’un monde arabe apaisé, modernisé, sécularisé où, conformément aux prévisions d’Emmanuel Todd, la baisse de la fécondité et les progrès de l’éducation accoucheraient de sociétés démocratiques ?

On s’en voudrait, donc, de casser l’ambiance de ce « lever de soleil » avec de « lugubres prophéties » – Joffrin, toujours. Ça tombe bien parce que je n’ai pas de prophétie en rayon. Alors que la partie est en cours en Tunisie et en Egypte et que peut-être, sans que nous le sachions, le feu couve ailleurs, l’heure n’est pas aux réponses mais aux questions.

Assistons-nous en direct à des révolutions comme l’a proclamé Olivier Besancenot qui avait provisoirement quitté les plateaux de Canal + pour prendre part à la lutte de ses camarades tunisiens et qui a désormais la conviction que « c’est possible » ? La vérité, c’est que nous n’en savons rien. Que s’est-il passé en coulisses dans les journées qui ont précédé la fuite de Ben Ali et de sa cupide épouse ? On apprendra dans les semaines, les mois ou les années qui viennent quelle a été la part des révolutions de Palais dans les évènements de Tunis et du Caire. Mais on peut difficilement croire que trente jours de manifestations auraient fait tomber une dictature si celle-ci n’avait pas été en bout de course, épuisée de l’intérieur.

Les peuples qui se battent pour leur liberté peuvent y renoncer librement

Sommes-nous coupables des turpitudes de ces régimes jusque-là « amis » ? Avons-nous, au contraire, joué un rôle dans leur chute ? Là encore, la prudence s’impose tant que les archives ne se sont pas ouvertes et les langues déliées. On peut cependant observer que depuis deux ou trois décennies « l’Occident » se contente de s’adapter aux réalités politiques. On pourra gloser à l’infini sur le retard à l’allumage des diplomates français incapables de voir ce qui se passait sous leur nez. L’eussent-ils vu que cela n’aurait pas changé grand-chose.

Reste une question, la plus antipathique de toutes celles qui viennent à l’esprit : est-ce que c’est bon pour nous ? Le premier réflexe, c’est de se dire que la liberté des peuples ne peut être porteuse que de bienfaits. Et puis on pense à la révolution iranienne accouchant d’une théocratie assez peu inspirée par la Déclaration des Droits de l’Homme. Et on se rappelle que les « masses » ne sont pas ontologiquement bonnes et que les peuples qui se battent pour leur liberté peuvent aussi y renoncer librement. Il est vrai que ces spéculations, pour passionnantes qu’elles puissent être, sont parfaitement inopérantes. On peut discuter à l’infini pour savoir si on préfère une dictature laïque ou une démocratie islamiste. À supposer qu’un tel choix existe ce n’est pas à nous de le faire. Cette histoire-là s’écrit largement sans nous et c’est très bien comme ça.[/access]