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Sécurité : quand Sarkozy récidive

Sécurité : quand Sarkozy récidive

Pauvre Laetitia. La malheureuse jeune fille assassinée par un récidiviste en Loire-Atlantique n’est pas seulement la victime d’un crime atroce. Elle n’est pas encore en terre que la droite se dispute déjà les morceaux de cadavre pour faire de la politique. En enfourchant le thème du récidiviste criminel que par laxisme, gauchisme, absence de zèle et fonctionnarisme, les magistrats, les juges d’application des peines, les conseillers de probation et même les flics ont laissé gambader dans la nature jusqu’à ce qu’il commette le crime de trop. L’histoire permet donc au président de la République d’enfourcher son vieux cheval électoral de 2007, la délinquance et les récidivistes qu’il faut mettre hors d’état de nuire.

À gauche et chez les magistrats (tous syndicats confondus), on fustige cette tendance lourde présidentielle à utiliser le fait divers atroce. Juste quinze jours après s’être félicité de chiffres de la délinquance en baisse. Personne n’ira dire qu’il n’y a pas eu de « dysfonctionnements », comme on dit dans l’administration quand quelqu’un ou plusieurs ont merdé grave. Mais si ça se trouve, le « problème » (comme en dit chez les politiques) de la récidive est insoluble.

Reprenons les dysfonctionnements : un juge d’application des peines qui n’est pas remplacé à Nantes et, faute d’effectifs, le suivi de Tony Meilhon, comme celui de plus de 800 autres détenus, avait été abandonné, avec l’accord écrit des autorités. Le suspect avait purgé ses peines et devait se conformer à ce suivi pour une banale histoire d’injure à magistrat. Autant dire que son dossier avait été glissé sous la pile. La gestion de la misère, on dit. Bizarrement, le remplacement tant attendu à Nantes a été débloqué cette semaine…

Chez les policiers, leur mise en cause par le chef de l’Etat -qui pour une fois n’a pas fait de détail- passe mal aussi. On leur reproche de ne pas avoir transmis fin décembre 2010 une plainte de l’ancienne compagne du suspect pour des faits de violence. Selon certains enquêteurs elle aurait parlé de « rapports sexuels non consentis » à la fin de sa déposition, mais n’aurait pas souhaité déposer une plainte pour viol. Laquelle aurait été transmise au Parquet. Une mission d’inspection de l’IGPN (la police des polices) est en train de passer au crible la chaîne des événements pour voir si c’est du côté du commissariat qu’il faut chercher les responsables.

Mais qui est responsable ? Et hormis l’assassin de Laetitia, y’en a-t-il vraiment un ? On peut comprendre que les familles, les amis, les proches cherchent des raisons à ce crime atroce. Des coupables, au moins par négligence, qui auraient pu éviter un tel drame. Mais que le président de la République –qui à ma connaissance n’est pas un proche de la défunte-, mobilise toute ses forces dans cette affaire est déjà plus dérangeant. Qu’il fasse preuve de compassion, oui. Qu’il en fasse le sujet qui mobilise toute son énergie, et celle de sa majorité affaiblie est juste dégoûtant.

Ne revenons pas sur la multiplication des lois supposées encadrer et limiter la récidive dans ce pays, sur les 8 dernières années et notons juste que certaines n’ont toujours pas reçu les décrets qui devaient leur permettre de s’appliquer. Ne faisons pas, parce que c’est mal, de politique politicienne, en se disant, si ça se trouve, le Président Sarkozy cherche à faire ressusciter feu le candidat Sarkozy, si à l’aise avec la délinquance et la chasse aux monstres qui nous menacent à peine libérés de taule.

Mais au fait, qu’est ce que la récidive ? C’est l’action de « retomber dans la même faute, le même délit, le même crime. » En France, qu’on le veuille ou non, un criminel condamné, purge sa peine et au bout, il est libre. Voilà l’idée, on fait confiance, on s’imagine que même le pire des monstres peut être racheté après avoir été éloigné du corps social. Le suspect avait purgé ses peines, était sous le coup d’un délit mineur et a commis un crime atroce. Mais si ça se trouve, contrairement à ce qu’on essaie de nous faire croire (il y a des responsables, on pouvait deviner qu’il allait agir, on pouvait l’empêcher) on ne peut rien faire contre la « récidive », contre cette action du mal, du crime sans motif.

Ce mal-là n’a pas de logique, n’a pas de sens (même si on se doute que pour les victimes, les familles il faut en donner un. On ne meurt pas à 18 ans de façon atroce pour rien.) Si le mal avait une logique, on pourrait la suivre et essayer de la contrecarrer. Mais il n’en a pas. Alors imposer un contrôle social strict, ou une emprise étatique plus forte sur les faits et gestes de 99,9% de la population juste pour faire croire que ça permettra d’éviter d’autres affaires Laetitia comme l’imaginent ces députés UMP qui proposent de « géolocaliser les récidivistes », est une monstruosité. Pour les victimes, les familles et la société.

Qu’on fasse marcher la justice, qu’on fasse marcher la gendarmerie et la police (c’est aussi affaire de moyens). C’est le boulot des politiques. Qu’on arrête d’imaginer que des hordes de gauchistes relâchent dans la nature des fous sanguinaires, des ogres, prêts à tout pour obtenir leur ration de chair fraîche. Ça n’enlève rien à l’émotion, à la monstruosité du crime, à l’effarement devant les manquements, les loupés. Le plus dur est de s’en remettre à la justice humaine (qui arrive toujours trop tard) et d’accepter que la loi ne peut pas faire grand-chose. À plus forte raison quand elle sert d’inavouables pulsions électoralistes.


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