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SAS en Libye

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Une unité des forces spéciales britanniques (SAS – Special Air Service) composée d’au moins huit soldats, a été interceptée par des rebelles libyens dans l’est du pays, près de Benghazi. Interrogé sur cette arrestation, le Foreign Office a expliqué sans rire que les soldats escortaient un diplomate de Sa Gracieuse Majesté qui devait engager des contacts avec les opposants à Kadhafi. Nous vivons en république et vous êtes libre d’y croire.

Une thèse plus plausible pour expliquer la présence de nos supermen? Disons que depuis le début de la guerre civile, des équipes des forces spéciales opèrent un peu partout dans le pays, et –normalement- dans la plus grande discrétion. Les commandos d’élite sont en train de se positionner pour surveiller les installations stratégiques, recueillir des renseignements et se préparer à d’éventuelles frappes aériennes. Beaucoup de « bombes intelligentes » sont guidées vers leurs cibles par des rayons lasers et ce sont des commandos sur le terrain qui les « illuminent ».

Il faut dire aussi que pour le SAS, une mission en Libye est en quelque sorte un retour au bercail. C’est dans ce désert que l’unité a été créée en juillet 1941 par Sir David Stirling pour combattre, avec le succès qu’on sait, les troupes de Graziani puis celles de Rommel.

Retraité, Striling n’a pas perdu le goût de l’aventure et a fondé une boîte de mercenaires, KAS International. L’un des contrats le plus intéressant de KAS a été la tentative, en 1971, de se débarrasser de Kadhafi et de renverser son régime – alors presque neuf mais déjà voyou. Stirling a malheureusement échoué. Espérons que ses héritiers feront mieux aujourd’hui. Pour le moment, cela semble mal barré. En tout cas, pour expliquer officiellement leur ingérence en Libye, le Foreign Office pourrait simplement dire qu’il s’agit d’un pèlerinage. C’est d’autant plus crédible que l’hymne du SAS débute ainsi « Nous sommes les pèlerins »…

Galliano: Moix entend des voix

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Avec ses poses de pourfendeur germanopratin du racisme gallianoesque, Yann Moix se prend les pieds dans le tapis. Il ne s’est pas donné la peine de se livrer à la moindre vérification, préférant sur-interpréter ce qu’il s’attendait à entendre. Pour reprendre le titre d’un ouvrage consacré aux compagnons de route de l’URSS d’hier, Moix voit ce qu’il croit.

Dans une interview lénifiante datée du 3 mars et lisible sur le site de la Règle du Jeu de son pote BHL, Yann Moix, faisant référence à une fameuse vidéo diffusée par The Sun, analyse avec une rigueur tout botulienne les propos avinés de John Galliano – épouvantail malpensant du moment.
Et de pontifier : « On peut parfaitement entendre, sur le film, affirme Moix, que Galliano souhaite que les juifs soient gazés, mais on ne peut l’entendre dire qu’il souhaite que des « putain de juifs » soient gazés. »

On a donc tenté de « parfaitement entendre » ; manque de pot, sur la vidéo en question, à aucun moment le couturier ne prononce le mot « juifs ». Certes, il proclame pathétiquement son amour pour Hitler (avec lequel il partage un penchant suspect pour la petite moustache) et s’adresse d’une manière nauséabonde à ceux qui le filment en assurant qu’ils auraient dû être gazés. Mais jamais il n’exprime le souhait que « les juifs soient gazés ». Qu’il le pense très fort est une autre question, qui ne donne pas le droit à Moix d’élaborer une théorie qui d’ailleurs ferait pouffer Barthes et Lacan s’ils étaient abonnés à la Règle du jeu. Pauvre de Moix !

C’est un point de détail, comme dirait l’autre, car au fond, la seule attitude raisonnable serait de traiter par le mépris les divagations d’un ivrogne dépressif et maquillé sur Hitler, les juifs, le point de croix voire la météo, comme le développe avec justesse Marc Cohen dans ces colonnes. On peut en conclure que Yann Moix devrait soit écouter la bande-son des vidéos qu’il regarde (on n’ira pas jusqu’à lui demander de faire de même avec ses films, on n’est pas des bêtes), soit apprendre l’anglais : Galliano à Berlin, Moix chez Berlitz !

Malthus, fais-moi peur!

Dans un article publié dansLesEchos.fr, Jeffrey D. Sachs, directeur de l’Institut de la Terre à l’université de Columbia, estime que la combinaison de la croissance de la population mondiale et son gigantesque enrichissement au cours des dernières décennies avec le réchauffement climatique risquent d’entrainer une « grave crise politique, économique et sociale ». D’après monsieur Sachs, le pire peut encore être évité si « nous convertissons nos économies à des sources d’énergies renouvelables et à des méthodes de production agricole durable et adoptons une taxation raisonnable des riches ». Bref, si nous confions la gestion de la catastrophe à venir à nos États.

Il faut que je vous raconte une histoire : en 1968, Paul Ehrlich, biologiste américain de l’université de Stanford, publie The Population Bomb. La thèse développée par Ehrlich dans son best-seller est un condensé de pessimisme malthusien : pour lui, la croissance de la population mondiale engendrera des famines massives au cours des années 1970 et 1980. Ehrlich, un petit peu comme monsieur Sachs, en appelle aux gouvernements pour qu’ils mettent en place, le plus vite possible, des politiques coercitives destinées à éviter la catastrophe imminente. Après tout, quoi de plus logique ? Nous vivons dans un monde de ressources limitées et la population mondiale explose : l’idée selon laquelle nous devrions être confrontés à des pénuries de ressources naturelles et donc à une augmentation du prix desdites ressources semble tout ce qu’il y a de plus raisonnable.

En 1980, un professeur d’économie nommé Julian Simon lança un défi au biologiste : il s’agissait de parier sur le prix de 5 matières premières choisies par Ehrlich à la date que celui-ci voudrait. Si, à la date choisie, les prix (ajustés de l’inflation) des ressources naturelles sélectionnées étaient effectivement plus élevé qu’en 1980, l’économiste devait payer la différence et dans le cas contraire, c’est Ehrlich qui devrait payer Simon. Après avoir consulté John Harte et John Holdren, deux physiciens de l’université de Berkeley, Ehrlich accepta le pari et, le 29 septembre 1980, misa 1 000 dollars sur la croissance des prix du cuivre, du chrome, du nickel, de l’étain et du tungstène au cours de la décennie à venir.

De 1980 à 1990, la population mondiale augmenta de 800 millions d’individus, la plus forte augmentation jamais observée jusque-là, mais le 29 septembre 1990 – quand le pari arriva à son terme – les prix des cinq métaux sélectionnés par Ehrlich avaient baissé – tous, sans aucune exception. Ehrlich avait perdu son pari et – rendons lui cet honneur – honora son contrat en postant un chèque de $576.07 dollars à l’ordre de Simon. Il refusa en revanche de renouveler le pari.

Les thèses malthusiennes ont toujours eut cette particularité que de faire vendre énormément de livres et de rendre leurs auteurs célèbres tout en se révélant fausses a posteriori. Habituellement défendues par des biologistes, physiciens ou autres géologues parfaitement compétents dans leurs domaines respectifs mais qui ignorent tout du fonctionnement d’une économie, leurs prédictions apocalyptiques ont toujours été démenties par deux mécanismes très simples qui se mettent naturellement en branle quand une ressource se raréfie et que son prix monte : la hausse des cours incite les producteurs à produire plus ou à développer une alternative et les consommateurs à adapter leur consommation. Ce qui est nouveau cette fois, c’est que monsieur Sachs est aussi professeur d’économie.

Plutôt que de nous perdre dans de longues considérations théoriques et d’énumérer la longue liste des prédictions malthusiennes démenties par les faits, je propose un pari dont voici les termes : que monsieur Sachs choisisse cinq matières premières à sa convenance et une date distante d’au moins un an et nous miserons sur l’évolution future du prix de chacune de ces matières. Si, à la date choisie par monsieur Sachs, la valeur ajustée de l’inflation de ce panier a augmenté, je m’engage solennellement à lui payer la différence. Si, au contraire, la valeur du panier sélectionné par monsieur Sachs a diminué, il devra me payer la différence.

Monsieur Sachs, voulez-vous parier avec moi ?

What to dø ?

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Quand je fais une découverte, j’aime bien la partager ; après, « ça tombe où ça peut », comme disait à peu près Jésus.

En l’occurrence ce matin, après le turbin, je me suis enfin décidé à écouter sur Deezer The Dø, un groupe dont j’avais vaguement retenu une chanson : On my shoulders .

Passionnant ! direz-vous en retenant un bâillement poli. Eh bien, vous aurez tort. Rien que le nom de ce duo, déjà… D pour Dan le Français et O pour Olivia la Finlandaise, OK. Mais pourquoi ce o barré, qui n’existe même pas en finnois ? Tel est leur terrible secret : ces gens-là sont barrés et c’est ça qui fait leur prix.

Quant à la musique qu’ils produisent, elle ne laisse pas d’intriguer : «Entre folk intimiste et électro pop exaltée», dit la critique; bref, n’importe quoi (la critique, pas leur musique).

C’est seulement demain qu’on pourra découvrir leur nouvel album, et deux jours plus tard qu’ils seront au Trianon. Mais le mieux, puisqu’apparemment vous n’avez rien de mieux à faire de votre dimanche, c’est d’écouter déjà A Mouthful (2008) : vous verrez, The Dø met la barre très haut.

Hosni soit qui mal y pense

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Après s’être copieusement gaussés des déboires aéroportés de MAM en Tunisie, de sa gestion pour le moins originale de la révolution dite « du Jasmin », des ratés de la diplomatie française et des compromissions hautement suspectes de Paris avec Ben Ali, les Brits découvrent subitement les mérites de la discrétion et de la sobriété depuis que l’Égypte et Bahreïn sont entrés dans la danse. En attendant que tombent d’autres dominos…

Étrangement, le secrétaire d’État William Hague est aux abonnés absents ou d’une pudeur de jeune fille rougissante quand on lui demande la position du Royaume sur les « événements » qui secouent deux pays traditionnellement sous étroite influence britannique (Protectorat jusqu’en 1922 pour l’un, tutorat militaire jusqu’en 1971 pour l’autre). William n’a rien à dire, et son premier ministre invoque un retard de sommeil pour prendre la tangente. Difficile, certes, d’admettre publiquement que l’administration Obama oublie souvent, si ce n’est systématiquement, d’informer son ex-allié privilégié en Europe de ses choix au Proche-Orient. Comment s’en étonner, d’ailleurs ? David Cameron a axé toute sa politique étrangère sur le commerce international et transformé ses ambassadeurs en VRP de luxe. Chacun son métier : le représentant officiel des entreprises brits vend sa boutique mais, du coup, il n’est peut-être pas le mieux placé pour peser sur l’Histoire en marche.

Au-delà des choix stratégiques de la diplomatie du Royaume-Uni, cette inertie trahit surtout son très profond malaise. Et son impuissance, même s’il n’est pas le seul à avoir conclu un pacte faustien avec Moubarak et ses petits camarades de jeu, genre « je ferme les yeux et tu me tiens les mollahs ». L’Union européenne ne s’est jamais vraiment inquiétée de la situation des droits de l’homme quand elle signait des accords commerciaux avec l’Égypte ; nos présidents successifs, le FMI et la Banque mondiale ont regardé ailleurs au moment où Moubarak constituait son trésor de guerre en pillant méthodiquement son pays, et les fiches Wikileaks ont prouvé, si besoin était, que les scrupules démocratiques n’avaient pas vraiment cours quand il s’agissait de soutenir tous les dictateurs arabes qui donnaient des gages anti-islamistes… Hosni soit qui mal y pense !

Mais à l’image de Sir John Beddington, grand spécialiste de la « gestion durable des ressources naturelles » et conseiller scientifique officiel du gouvernement britannique, qui vient de pondre un très opportun rapport sur « le futur de l’alimentation et de l’agriculture » en Égypte commandé par l’ex-raïs, on marche sur des œufs à Londres dès qu’on pose un pied au Caire. Tout en déplorant « la faiblesse des infrastructures, les divergences d’intérêts entre pays riches et pauvres, la volatilité des prix ou les difficultés liées à la distribution mondiale » (sic), bref en enfonçant toutes les portes ouvertes disponibles, il s’est bien gardé de proposer la moindre solution concrète qui aurait pu sembler contrariante pour un système en partie responsable des troubles actuels.

Comment se sortir, sans perdre la face, du fichu pétrin où les manifestants de la place Al-Tahrir ont, à l’insu de leur plein gré, plongé le gouvernement de Sa très gracieuse Majesté, that is the question… Comment apporter un discret soutien moral à ces inconscients qui risquent de déstabiliser un de nos remparts les plus précieux contre l’expansionnisme iranien et pourraient s’opposer aux intérêts stratégiques des démocraties occidentales ? Quadrature du cercle et prise de tête assurée.

« Toute action engagée devra être pacifique », martèle William Hague, en niant vigoureusement que les événements puissent avoir la moindre coloration islamiste, comme pour se convaincre que tout changera miraculeusement pour que rien ne change. Et en priant pour qu’un régime démocratique mais stable, surtout très stable, succède à la dictature, que l’Égypte respecte ses engagements vis-à-vis d’Israël et du Fatah dans la lutte contre le Hamas, et que les excellentes relations avec les services secrets égyptiens ne soient pas affectées.

Avec les obscurs manifestants bahreiniens, le Royaume-Uni prend encore moins de gants. Circulez, y’a rien à voir… À quelques encablures de l’Iran, la famille Al-Khalifa, qui règne sur le pays depuis deux siècles avec l’amical appui des Brits et des Américains, est bien trop indispensable tactiquement. Le problème, c’est que la jeune génération, qui n’est pas marquée idéologiquement, est avide de droits politiques fondamentaux. Elle veut mettre à bas la tyrannie. Silence et attentisme risquent de la radicaliser. Est-ce si difficile à comprendre à Westminster et ailleurs ? Churchill, reviens, ils n’ont rien compris ! Que c’est loin El-Alamein…

Notre pain quotidien (9)

Les épiciers de Tarnac ont encore frappé ! Heureusement que je relis mes vieux journaux. Sans quoi j’aurais failli louper dans Le Monde de jeudi dernier une comique et délassante petite tribune des dandys anars en polystyrène expansé de la ferme de Tarnac, dénonçant – dans un sabir qui fait un peu « mal traduit de l’italien » – une sorte de fantasmatique internationale policière qui relirait Kadhafi et Sarkozy ! Ah les arrestations arbitraires ! Ah cette cruelle chasse aux « anarcho-autonomes » que l’on embastille pour des… tags ! Ah ces « rafles » ! Sans parler du drame des institutrices militantes que de sales « flics » à la solde du système capitaliste et impérialiste obligeraient à devenir des « indics »… Brrr… Un vent de panique traverse les salles des profs ! Signe des temps : l’article est signé par une série de prénoms : « Aria, Benjamin, Bertrand, Christophe, Elsa, Gabrielle, Julien, Manon, Matthieu et Yildune. » Ah ! Cela renvoie aux heures les plus glorieuses de la téléréalité, quand les patronymes étaient honnis, au profit des seuls prénoms… Ah ! Loana, Steevy, et Bourriquet… Vivement que l’insurrection arrive, les copains, on va bien s’amuser.

Coup de pompes funèbres. La presse régionale – vous le savez bien – est une inépuisable pourvoyeuse de faits divers croustillants qui sont autant d’hymnes déchirants à l’humain, dans toute la splendeur de sa bêtise touchante. Ainsi l’Est Républicain de mardi dernier publiait un article titré : « Cambriolage au funérarium : un corbillard dérobé ». Valdahon (Doubs) a été pour un moment – de par l’apparente concentration en son sein de délinquants idiots – la capitale du bon sens. Car oui, braquer une banque ou faire main basse sur la recette d’une superette ce n’est rien à côté du potentiel que représente le cambriolage d’un funérarium ! « Et encore, ça aurait pu être pire, car un défunt se trouvait dans une des salles mortuaires qui ont été fracturées. Est-ce que les cambrioleurs ont pris peur, toujours est-il qu’ils ne l’ont heureusement pas touché » commente le patron. L’histoire ne dit pas si les délinquants sont repartis avec le corbillard en roulant à tombeau ouvert, mais une chose est certaine : ils ne l’emporteront pas au paradis.

Il est défendu à un fonctionnaire de jeter l’argent par les fenêtres, autant qu’il est déconseillé à un homme bien éduqué de défenestrer sa copine. Voilà un adage qu’un certain Pascal G., haut-fonctionnaire au Ministère de l’économie, aurait du faire sien. Pourtant, ainsi que nous l’apprend le quotidien Aujourd’hui en France (qui, au passage, balance le nom de l’intéressé…), cet homme un peu rugueux a été mis en examen pour tentative de meurtre, après avoir commencé à défenestrer sa « compagne ». Alerté par les hurlements, un policier qui était posté devant l’hôtel Matignon, à proximité du logement du butor, a dû intervenir pour sauver la jeune femme. « Il s’agissait d’une dispute entre nous, a confié Pascal G. à nos confrères. Elle était en train de tout balancer chez moi. Je lui ai alors dit : Attention, je vais te jeter par la fenêtre pour te calmer ! Cette jeune femme est très impressionnable. » Le policier explique que les trois-quarts du corps de la victime étaient déjà dans le vide… Le journal précise que la jeune-femme ne portera pas plainte. Question : sa tolérance à la connerie ne la fera t-elle pas, un jour, tomber de vraiment vraiment haut ? Affaire à suivre…

Pour un débat national sur le christianisme

Comme le gouvernement, en organisant à brûle-pourpoint un nouveau débat national, semble ne pouvoir s’empêcher de régir les conversations de bistrot que nous tenons dorénavant sur Internet, j’ai envie de lui proposer un super sujet (à mon humble avis) : le christianisme. Puisque parler de l’islam est paraît-il stigmatisant pour les musulmans, « en tant que chrétien », et même en tant que catholique, assumons carrément, je m’offre en victime expiatoire du nouveau débat que le président a concocté pour piquer (ou donner, on ne sait plus) des voix au Front National. Parler de cette vieille chose obsolète que l’on appelle le christianisme et de ces gros ringards que l’on appelle les chrétiens, ça pourrait être sympa, non ? Super fun et top délire ? Stigmatisation ? Même pas peur. Laissez venir à moi les stigmatiseurs. Moi aussi, je veux être stigmatisé, histoire que l’on parle de moi et de ma religion à moi dont j’ai l’impression amère qu’elle quitte la scène nationale un peu trop discrètement, pour laisser la place à une autre, un peu trop m’as-tu-vu à mon goût malgré (ou grâce à) son goût à elle pour le voile. Mais n’est-ce pas le sort de tous les parvenus que d’afficher un peu trop ostensiblement leur réussite sur la place publique? Islam Pride, écrivait quelqu’un récemment. Certes, le succès des nouveaux riches a toujours irrité les gens en place, mais le problème cette fois-ci c’est que les gens en place ne le sont plus guère et qu’une nouvelle religion chasse l’ancienne, comme, serait-on tenté d’ajouter si l’on était d’humeur polémique, la mauvaise monnaie chasse la bonne. On a même entendu récemment Michel Godet, hypermédiatique de droite, chrétien de surcroît[1. je crois, je n’en suis pas sûr, le christianisme, contrairement à d’autres religions et sauf exception, tel votre serviteur, ne se portant plus guère en bandoulière dans l’espace public], proposer tranquillement, et sans guère créer de polémique, de transformer des églises en mosquées. Mais voilà que je me mets à faire dévier mon débat à moi sur l’islam, comme un Besson de base ! Revenons vite à nos ouailles.

Pour lancer le débat, rappelons certaines choses qui selon moi confinent au truisme. Certaines mauvaises langues, je pense par exemple à Marcel Gauchet ou Pierre Manent, sous-entendent parfois que la forme politique de la nation n’est pas tout à fait étrangère à la religion qui a dominé l’Occident pendant deux petits millénaires, avant qu’elle ne s’éclipse sur la pointe des pieds. Peut-être, pour comprendre où nous allons au moment où la nation et la religion chrétienne semblent disparaître de conserve de nos contrées, serait-il utile de comprendre les liens qui les unissent, et de constater que pendant que l’Europe post-nationale se construit cahin-caha, une autre religion, une religion « civilisationnelle », l’islam (zut, encore lui), tient de plus en plus le haut du pavée. On pourrait multiplier les sujets de débats à propos du christianisme, qui nous permettraient peut-être, si nous faisions preuve d’une ouverture d’esprit inédite sur ces sujets, de mieux nous comprendre. Existe-t-il un lien entre « les droits de l’Homme » et le souci des faibles et des persécutés, tel qu’il se manifeste dans la Bible en général et dans les Evangiles en particulier ? Si oui, de quel ordre ? L’universalisme chrétien, incarné par saint Paul, est-il la source de l’universalisme occidental en général et français en particulier? Le Christ en affirmant que son Royaume n’est pas de ce monde ou en proposant de rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu, a-t-il permis à ce que nous appelons en France la laïcité d’exister ? Toutes ces belles choses qu’a créées l’Occident, l’éducation obligatoire, l’hôpital, l’Etat providence, sont-elles des institutions chrétiennes devenues folles, pour reprendre les thèses de G.K. Chesterton et de Ivan Illich ? Le concept de « secondarité culturelle », cher à Rémi Brague, qui dans une interview récente, dont je ne saurais trop recommander la lecture, a tranquillement déclaré qu’en Europe aujourd’hui, d’une façon ou d’une autre, « nous sommes tous islamistes » (aïe, toujours l’islam), le concept de « secondarité culturelle », disais-je, propre à la romanité dont nous sommes les héritiers gâtés et indignes, n’est-il par un trésor spirituel dont la perte probable mériterait au moins quelques larmes qui ne seraient pas de crocodile ? On pourrait multiplier les questions de ce genre, qui nous permettraient de mieux mesurer ce que nous perdons. Un débat sur ce qui s’en va, sur ce que nous délaissons d’un cœur si léger, voilà mon rêve utopique et pénétrant. En terme festif : une petite catho pride, avant que nous ne débarrassions définitivement le plancher… Est-ce trop demander au chanoine du Latran ?

Session de rattrapage pour Gérard Longuet

Certains observateurs ont cru remarquer que Gérard Longuet arborait un sourire jusqu’aux oreilles depuis sa nomination au ministère de la Défense. C’est que cette fois-ci, il est vraiment ministre. Vraiment parce qu’en novembre, au moment du remaniement annoncé depuis six mois par le président de la République, et qui devait – si, si, rappelez-vous – signer l’arrivée de Jean Louis Borloo à Matignon, Longuet devait en être.

On lui avait promis un grand MITI à la française: un hyperministère chapeautant les transports, l’industrie et l’énergie, rapatrié pour l’occasion à Bercy. Autant de domaines récupérés sur la dépouille du ministère de l’Ecologie pour être redonnés à un fier nucléocrate. Borloo avait accepté le deal, ayant la certitude que ses acquis sur le Grenelle étaient sanctuarisés et se disant que, depuis Matignon, il pourrait toujours surfer politiquement sur les thématiques environnementales.

Bref, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Longuet qui commençait déjà à choisir le papier peint pour son nouveau ministère (il n’était pas revenu aux grandes affaires nationales depuis 1994) avait d’ailleurs – selon nos informations – été reçu à deux reprises à l’Elysée par Nicolas Sarkozy et Claude Guéant, alors Secrétaire général de l’Elysée pour de sérieuses réunions de travail en vue de définir sa mission. Un signe qui ne trompe pas, alors que le remaniement s’annonçait.

Evidemment, Longuet n’est pas devenu ministre en novembre, il est resté patron du groupe UMP du Sénat et traînait sa mauvaise humeur jusqu’à la semaine passée. Mais à mon avis, dimanche, il n’a pas du être trop tranquille quand même alors qu’on l’annonçait partout : lors du précédent remaniement, alors que tout semblait aller comme sur des roulettes, Longuet avait appris par la télé qu’il n’était pas ministre. Quand la liste finale a été établie, sans que son nom n’y figure, personne, à l’Elysée, n’avait jugé nécessaire de l’appeler pour le prévenir, que non finalement, le MITI ça n’était pas pour lui, ni quelque autre ministère. Le ressentiment, c’est simple comme un coup de fil, surtout si on a oublié de le passer…

Du coup, on comprend mieux pourquoi, juste après le remaniement, le Canard s‘était fait l’écho d’un Longuet disant à Sarko qu’il « avait envie de lui casser la gueule », ce que l’intéressé s’était empêché de démentir au micro de Fogiel, non sans humour et même une bonne dose d’autodérision « J’ai fait ce genre de choses à la fac, ça fait quarante ans, depuis je me suis calmé ! »

Certes on lui avait promis que ce malentendu serait réparé à la première occasion, mais vacciné quant à ce que valent certaines promesses, fussent-elles présidentielles, Gérard commençait à trouver le temps longuet…

Joschka Fischer : l’Europe doit favoriser l’immigration maghrebine

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En visite en Israël dans le cadre de la promotion de ses deux derniers livres[1. son autobiographie, I am not convinced et Das Amt und die Vergagenheit (sur les nazis demeurés au ministère des Affaires étrangères après 1945)], Joschka Fischer, ancien ministre des affaires étrangères allemand, a répondu aux questions du quotidien israélien Haaretz, notamment sur les événements dans la région, récents et moins récents.

Q. En tant qu’ancien ministre des Affaires étrangères, comment expliquez-vous les événements qui agitent le monde arabe ?

JF. Personne n’a rien vu venir, mais c’est arrivé ! Il s’agit d’un bouleversement énorme, mais la question est de savoir si c’est pour le meilleur ou pour le pire. Cela dépendra, entre autre, de la politique menée par l’Europe et les Etats-Unis. Je crois qu’ils peuvent jouer un rôle énorme, car l’intérêt commun est d’encourager les forces démocratiques. De toute façon, l’avenir ne sera pas stable et il faut juste peser dans la balance pour que les choses évoluent dans la bonne direction. J’appelle l’Europe à ne pas fermer ses portes mais au contraire à créer des possibilités d’immigration légales, comme par exemple pour les études et le travail. L’Europe est capable de le faire, c’est une question de volonté politique. Une telle politique encouragerait les forces démocratiques en Afrique du Nord.

Q. Votre cinquième femme, Minu Barati, est d’origine iranienne. Quel regard portez-vous sur la situation en Iran ?

JF. L’Iran – et cela n’a rien à voir avec mes liens de parenté – est un pays important au Moyen-Orient. Les Iraniens se sont félicités de la chute de Moubarak et de Ben Ali, qui étaient des dirigeants autoritaires pro-occidentaux, mais en même temps, le régime craint le « virus démocratique » qui risquerait d’encourager son opposition. Ce qui est sûr, c’est que ces événements et une contagion dans le monde arabe ne manqueront pas d’avoir de répercussions dans ce pays.

Q. Quelles leçons les dirigeants mondiaux devraient-ils tirer de la guerre en Irak en 2003 ?

JF : Cette guerre a bouleversé l’équilibre des forces dans la région en faveur de l’Iran. C’était prévisible, et je n’ai jamais compris pourquoi les Américains n’ont pas pris en compte cette conséquence si évidente. Quant à l’Iran, la situation est bien différente. Contrairement à l’Irak, le programme nucléaire iranien n’est pas le fruit de notre l’imagination mais une réalité.L’ Iran représente un véritable danger. Quand je me suis rendu dans la région, avant la guerre de 2003, je n’ai pas eu l’impression que les pays voisins se sentaient menacés. Saddam Hussein n’a pas été perçu comme une menace majeure. En revanche, pour ce qui concerne l’Iran, c’est complètement différent. Autre leçon : il faut comprendre qu’une attaque militaire a des conséquences non prévisibles qui se révèlent parfois plus graves que les effets escomptés. Je crois que le Mossad et la CIA ont trouvé les moyens d’intervenir en Iran sans avoir recours à une attaque militaire.

Q. Que pensez-vous de Wikileaks ?

JF : Je ne pense pas que cela représente une évolution majeure. Dans des sociétés libres comme l’Europe et les Etats-Unis, on pouvait déjà tout trouver sur Internet ou dans la presse. Les secrets mal gardés, c’est l’essence même d’une société démocratique…

 

Un végétarien applaudi dans un congrès de charcutiers

Imaginez un journaliste qui dénonce depuis vingt ans l’absorption de viande animale; qui profite de toutes ses tribunes, devenues petit à petit plus nombreuses, pour fustiger ceux qui aiment se nourrir de cadavres d’animaux et imaginez aussi que le côté fonceur, enthousiaste et parfois provocateur de ce garçon a même fini par le mener au tribunal. Imaginez qu’il soit néanmoins devenu très populaire dans le pays, que beaucoup de gens le voient comme un porte-parole, que sa condamnation ait même amplifié le phénomène.

Imaginez maintenant que le président d’une association de charcutiers – nous l’appellerons Hervé N. – très sensible à cette popularité l’invite à parler devant ses ouailles, que le patron national du syndicat des bouchers-charcutiers – Monsieur Jean-François C. – soit présent à la manifestation et que le journaliste végétarien, sans changer une ligne à son discours habituel, y fasse un triomphe !

A ce stade du récit, votre imagination disjoncte? Elle ne peut aller jusque là ? Pourtant, le passage d’Éric Zemmour au congrès des réformateurs, autrement dit la frange la plus libérale – en économie, s’entend – de l’UMP, ressemble comme deux gouttes de vin d’Arbois à ma parabole végétarienne.

Lorsqu’on écoute Éric Zemmour, lorsqu’on le lit, on sait ce qu’il désigne sans cesse comme responsable de la plupart de nos maux économiques : la liberté intégriste de circulation. Il dénonce celle des marchandises et préconise le protectionnisme ; celle des capitaux, qui met le pays à poil devant la haute finance ; celle des hommes qui permet à l’immigration de se développer, et offre au patronat une « armée de réserve industrielle », selon la vieille antienne marxiste. Il est d’autant plus piquant de constater que c’est la frange la plus libérale, et donc la plus hostile à ce discours, qui tente de récupérer le polémiste.

On me rétorquera à raison que là n’était pas le sujet et que le Club des réformateurs a moins invité Zemmour pour ses idées que comme symbole de la liberté d’expression. Soit. Le problème, c’est que lorsque le chroniqueur de France 2 et de RTL déclare à la tribune qu’il faut supprimer non seulement la HALDE mais aussi toutes les lois mémorielles -loi Gayssot, loi Taubira et aussi celle consacrant les « bienfaits » de la colonisation- comme nombre d’historiens le réclament, il doit être piquant pour lui de faire un malheur dans la salle. Il n’a pas dû non plus bouder son plaisir en voyant Copé et Novelli l’applaudir des deux mains, puisque la loi Taubira et la HALDE furent l’œuvre d’une majorité dont ils étaient des piliers, comme ministre pour l’un, comme législateur pour l’autre. Zemmour est trop intelligent et trop fin observateur de la vie politique pour avoir formulé cette proposition sans en connaître tout le piquant.

« Pendant que vous y êtes, supprimez les subventions aux associations antiracistes », a t-il conclu, se faisant au passage un dernier petit plaisir pour la route. S’il avait manqué de l’élémentaire politesse que l’invité doit à ses hôtes, il aurait pu ajouter, l’œil narquois: « Pendant que vous y êtes, quittez l’UMP ! »

SAS en Libye

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Une unité des forces spéciales britanniques (SAS – Special Air Service) composée d’au moins huit soldats, a été interceptée par des rebelles libyens dans l’est du pays, près de Benghazi. Interrogé sur cette arrestation, le Foreign Office a expliqué sans rire que les soldats escortaient un diplomate de Sa Gracieuse Majesté qui devait engager des contacts avec les opposants à Kadhafi. Nous vivons en république et vous êtes libre d’y croire.

Une thèse plus plausible pour expliquer la présence de nos supermen? Disons que depuis le début de la guerre civile, des équipes des forces spéciales opèrent un peu partout dans le pays, et –normalement- dans la plus grande discrétion. Les commandos d’élite sont en train de se positionner pour surveiller les installations stratégiques, recueillir des renseignements et se préparer à d’éventuelles frappes aériennes. Beaucoup de « bombes intelligentes » sont guidées vers leurs cibles par des rayons lasers et ce sont des commandos sur le terrain qui les « illuminent ».

Il faut dire aussi que pour le SAS, une mission en Libye est en quelque sorte un retour au bercail. C’est dans ce désert que l’unité a été créée en juillet 1941 par Sir David Stirling pour combattre, avec le succès qu’on sait, les troupes de Graziani puis celles de Rommel.

Retraité, Striling n’a pas perdu le goût de l’aventure et a fondé une boîte de mercenaires, KAS International. L’un des contrats le plus intéressant de KAS a été la tentative, en 1971, de se débarrasser de Kadhafi et de renverser son régime – alors presque neuf mais déjà voyou. Stirling a malheureusement échoué. Espérons que ses héritiers feront mieux aujourd’hui. Pour le moment, cela semble mal barré. En tout cas, pour expliquer officiellement leur ingérence en Libye, le Foreign Office pourrait simplement dire qu’il s’agit d’un pèlerinage. C’est d’autant plus crédible que l’hymne du SAS débute ainsi « Nous sommes les pèlerins »…

Galliano: Moix entend des voix

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Avec ses poses de pourfendeur germanopratin du racisme gallianoesque, Yann Moix se prend les pieds dans le tapis. Il ne s’est pas donné la peine de se livrer à la moindre vérification, préférant sur-interpréter ce qu’il s’attendait à entendre. Pour reprendre le titre d’un ouvrage consacré aux compagnons de route de l’URSS d’hier, Moix voit ce qu’il croit.

Dans une interview lénifiante datée du 3 mars et lisible sur le site de la Règle du Jeu de son pote BHL, Yann Moix, faisant référence à une fameuse vidéo diffusée par The Sun, analyse avec une rigueur tout botulienne les propos avinés de John Galliano – épouvantail malpensant du moment.
Et de pontifier : « On peut parfaitement entendre, sur le film, affirme Moix, que Galliano souhaite que les juifs soient gazés, mais on ne peut l’entendre dire qu’il souhaite que des « putain de juifs » soient gazés. »

On a donc tenté de « parfaitement entendre » ; manque de pot, sur la vidéo en question, à aucun moment le couturier ne prononce le mot « juifs ». Certes, il proclame pathétiquement son amour pour Hitler (avec lequel il partage un penchant suspect pour la petite moustache) et s’adresse d’une manière nauséabonde à ceux qui le filment en assurant qu’ils auraient dû être gazés. Mais jamais il n’exprime le souhait que « les juifs soient gazés ». Qu’il le pense très fort est une autre question, qui ne donne pas le droit à Moix d’élaborer une théorie qui d’ailleurs ferait pouffer Barthes et Lacan s’ils étaient abonnés à la Règle du jeu. Pauvre de Moix !

C’est un point de détail, comme dirait l’autre, car au fond, la seule attitude raisonnable serait de traiter par le mépris les divagations d’un ivrogne dépressif et maquillé sur Hitler, les juifs, le point de croix voire la météo, comme le développe avec justesse Marc Cohen dans ces colonnes. On peut en conclure que Yann Moix devrait soit écouter la bande-son des vidéos qu’il regarde (on n’ira pas jusqu’à lui demander de faire de même avec ses films, on n’est pas des bêtes), soit apprendre l’anglais : Galliano à Berlin, Moix chez Berlitz !

Malthus, fais-moi peur!

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Dans un article publié dansLesEchos.fr, Jeffrey D. Sachs, directeur de l’Institut de la Terre à l’université de Columbia, estime que la combinaison de la croissance de la population mondiale et son gigantesque enrichissement au cours des dernières décennies avec le réchauffement climatique risquent d’entrainer une « grave crise politique, économique et sociale ». D’après monsieur Sachs, le pire peut encore être évité si « nous convertissons nos économies à des sources d’énergies renouvelables et à des méthodes de production agricole durable et adoptons une taxation raisonnable des riches ». Bref, si nous confions la gestion de la catastrophe à venir à nos États.

Il faut que je vous raconte une histoire : en 1968, Paul Ehrlich, biologiste américain de l’université de Stanford, publie The Population Bomb. La thèse développée par Ehrlich dans son best-seller est un condensé de pessimisme malthusien : pour lui, la croissance de la population mondiale engendrera des famines massives au cours des années 1970 et 1980. Ehrlich, un petit peu comme monsieur Sachs, en appelle aux gouvernements pour qu’ils mettent en place, le plus vite possible, des politiques coercitives destinées à éviter la catastrophe imminente. Après tout, quoi de plus logique ? Nous vivons dans un monde de ressources limitées et la population mondiale explose : l’idée selon laquelle nous devrions être confrontés à des pénuries de ressources naturelles et donc à une augmentation du prix desdites ressources semble tout ce qu’il y a de plus raisonnable.

En 1980, un professeur d’économie nommé Julian Simon lança un défi au biologiste : il s’agissait de parier sur le prix de 5 matières premières choisies par Ehrlich à la date que celui-ci voudrait. Si, à la date choisie, les prix (ajustés de l’inflation) des ressources naturelles sélectionnées étaient effectivement plus élevé qu’en 1980, l’économiste devait payer la différence et dans le cas contraire, c’est Ehrlich qui devrait payer Simon. Après avoir consulté John Harte et John Holdren, deux physiciens de l’université de Berkeley, Ehrlich accepta le pari et, le 29 septembre 1980, misa 1 000 dollars sur la croissance des prix du cuivre, du chrome, du nickel, de l’étain et du tungstène au cours de la décennie à venir.

De 1980 à 1990, la population mondiale augmenta de 800 millions d’individus, la plus forte augmentation jamais observée jusque-là, mais le 29 septembre 1990 – quand le pari arriva à son terme – les prix des cinq métaux sélectionnés par Ehrlich avaient baissé – tous, sans aucune exception. Ehrlich avait perdu son pari et – rendons lui cet honneur – honora son contrat en postant un chèque de $576.07 dollars à l’ordre de Simon. Il refusa en revanche de renouveler le pari.

Les thèses malthusiennes ont toujours eut cette particularité que de faire vendre énormément de livres et de rendre leurs auteurs célèbres tout en se révélant fausses a posteriori. Habituellement défendues par des biologistes, physiciens ou autres géologues parfaitement compétents dans leurs domaines respectifs mais qui ignorent tout du fonctionnement d’une économie, leurs prédictions apocalyptiques ont toujours été démenties par deux mécanismes très simples qui se mettent naturellement en branle quand une ressource se raréfie et que son prix monte : la hausse des cours incite les producteurs à produire plus ou à développer une alternative et les consommateurs à adapter leur consommation. Ce qui est nouveau cette fois, c’est que monsieur Sachs est aussi professeur d’économie.

Plutôt que de nous perdre dans de longues considérations théoriques et d’énumérer la longue liste des prédictions malthusiennes démenties par les faits, je propose un pari dont voici les termes : que monsieur Sachs choisisse cinq matières premières à sa convenance et une date distante d’au moins un an et nous miserons sur l’évolution future du prix de chacune de ces matières. Si, à la date choisie par monsieur Sachs, la valeur ajustée de l’inflation de ce panier a augmenté, je m’engage solennellement à lui payer la différence. Si, au contraire, la valeur du panier sélectionné par monsieur Sachs a diminué, il devra me payer la différence.

Monsieur Sachs, voulez-vous parier avec moi ?

What to dø ?

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Quand je fais une découverte, j’aime bien la partager ; après, « ça tombe où ça peut », comme disait à peu près Jésus.

En l’occurrence ce matin, après le turbin, je me suis enfin décidé à écouter sur Deezer The Dø, un groupe dont j’avais vaguement retenu une chanson : On my shoulders .

Passionnant ! direz-vous en retenant un bâillement poli. Eh bien, vous aurez tort. Rien que le nom de ce duo, déjà… D pour Dan le Français et O pour Olivia la Finlandaise, OK. Mais pourquoi ce o barré, qui n’existe même pas en finnois ? Tel est leur terrible secret : ces gens-là sont barrés et c’est ça qui fait leur prix.

Quant à la musique qu’ils produisent, elle ne laisse pas d’intriguer : «Entre folk intimiste et électro pop exaltée», dit la critique; bref, n’importe quoi (la critique, pas leur musique).

C’est seulement demain qu’on pourra découvrir leur nouvel album, et deux jours plus tard qu’ils seront au Trianon. Mais le mieux, puisqu’apparemment vous n’avez rien de mieux à faire de votre dimanche, c’est d’écouter déjà A Mouthful (2008) : vous verrez, The Dø met la barre très haut.

Hosni soit qui mal y pense

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Après s’être copieusement gaussés des déboires aéroportés de MAM en Tunisie, de sa gestion pour le moins originale de la révolution dite « du Jasmin », des ratés de la diplomatie française et des compromissions hautement suspectes de Paris avec Ben Ali, les Brits découvrent subitement les mérites de la discrétion et de la sobriété depuis que l’Égypte et Bahreïn sont entrés dans la danse. En attendant que tombent d’autres dominos…

Étrangement, le secrétaire d’État William Hague est aux abonnés absents ou d’une pudeur de jeune fille rougissante quand on lui demande la position du Royaume sur les « événements » qui secouent deux pays traditionnellement sous étroite influence britannique (Protectorat jusqu’en 1922 pour l’un, tutorat militaire jusqu’en 1971 pour l’autre). William n’a rien à dire, et son premier ministre invoque un retard de sommeil pour prendre la tangente. Difficile, certes, d’admettre publiquement que l’administration Obama oublie souvent, si ce n’est systématiquement, d’informer son ex-allié privilégié en Europe de ses choix au Proche-Orient. Comment s’en étonner, d’ailleurs ? David Cameron a axé toute sa politique étrangère sur le commerce international et transformé ses ambassadeurs en VRP de luxe. Chacun son métier : le représentant officiel des entreprises brits vend sa boutique mais, du coup, il n’est peut-être pas le mieux placé pour peser sur l’Histoire en marche.

Au-delà des choix stratégiques de la diplomatie du Royaume-Uni, cette inertie trahit surtout son très profond malaise. Et son impuissance, même s’il n’est pas le seul à avoir conclu un pacte faustien avec Moubarak et ses petits camarades de jeu, genre « je ferme les yeux et tu me tiens les mollahs ». L’Union européenne ne s’est jamais vraiment inquiétée de la situation des droits de l’homme quand elle signait des accords commerciaux avec l’Égypte ; nos présidents successifs, le FMI et la Banque mondiale ont regardé ailleurs au moment où Moubarak constituait son trésor de guerre en pillant méthodiquement son pays, et les fiches Wikileaks ont prouvé, si besoin était, que les scrupules démocratiques n’avaient pas vraiment cours quand il s’agissait de soutenir tous les dictateurs arabes qui donnaient des gages anti-islamistes… Hosni soit qui mal y pense !

Mais à l’image de Sir John Beddington, grand spécialiste de la « gestion durable des ressources naturelles » et conseiller scientifique officiel du gouvernement britannique, qui vient de pondre un très opportun rapport sur « le futur de l’alimentation et de l’agriculture » en Égypte commandé par l’ex-raïs, on marche sur des œufs à Londres dès qu’on pose un pied au Caire. Tout en déplorant « la faiblesse des infrastructures, les divergences d’intérêts entre pays riches et pauvres, la volatilité des prix ou les difficultés liées à la distribution mondiale » (sic), bref en enfonçant toutes les portes ouvertes disponibles, il s’est bien gardé de proposer la moindre solution concrète qui aurait pu sembler contrariante pour un système en partie responsable des troubles actuels.

Comment se sortir, sans perdre la face, du fichu pétrin où les manifestants de la place Al-Tahrir ont, à l’insu de leur plein gré, plongé le gouvernement de Sa très gracieuse Majesté, that is the question… Comment apporter un discret soutien moral à ces inconscients qui risquent de déstabiliser un de nos remparts les plus précieux contre l’expansionnisme iranien et pourraient s’opposer aux intérêts stratégiques des démocraties occidentales ? Quadrature du cercle et prise de tête assurée.

« Toute action engagée devra être pacifique », martèle William Hague, en niant vigoureusement que les événements puissent avoir la moindre coloration islamiste, comme pour se convaincre que tout changera miraculeusement pour que rien ne change. Et en priant pour qu’un régime démocratique mais stable, surtout très stable, succède à la dictature, que l’Égypte respecte ses engagements vis-à-vis d’Israël et du Fatah dans la lutte contre le Hamas, et que les excellentes relations avec les services secrets égyptiens ne soient pas affectées.

Avec les obscurs manifestants bahreiniens, le Royaume-Uni prend encore moins de gants. Circulez, y’a rien à voir… À quelques encablures de l’Iran, la famille Al-Khalifa, qui règne sur le pays depuis deux siècles avec l’amical appui des Brits et des Américains, est bien trop indispensable tactiquement. Le problème, c’est que la jeune génération, qui n’est pas marquée idéologiquement, est avide de droits politiques fondamentaux. Elle veut mettre à bas la tyrannie. Silence et attentisme risquent de la radicaliser. Est-ce si difficile à comprendre à Westminster et ailleurs ? Churchill, reviens, ils n’ont rien compris ! Que c’est loin El-Alamein…

Notre pain quotidien (9)

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Les épiciers de Tarnac ont encore frappé ! Heureusement que je relis mes vieux journaux. Sans quoi j’aurais failli louper dans Le Monde de jeudi dernier une comique et délassante petite tribune des dandys anars en polystyrène expansé de la ferme de Tarnac, dénonçant – dans un sabir qui fait un peu « mal traduit de l’italien » – une sorte de fantasmatique internationale policière qui relirait Kadhafi et Sarkozy ! Ah les arrestations arbitraires ! Ah cette cruelle chasse aux « anarcho-autonomes » que l’on embastille pour des… tags ! Ah ces « rafles » ! Sans parler du drame des institutrices militantes que de sales « flics » à la solde du système capitaliste et impérialiste obligeraient à devenir des « indics »… Brrr… Un vent de panique traverse les salles des profs ! Signe des temps : l’article est signé par une série de prénoms : « Aria, Benjamin, Bertrand, Christophe, Elsa, Gabrielle, Julien, Manon, Matthieu et Yildune. » Ah ! Cela renvoie aux heures les plus glorieuses de la téléréalité, quand les patronymes étaient honnis, au profit des seuls prénoms… Ah ! Loana, Steevy, et Bourriquet… Vivement que l’insurrection arrive, les copains, on va bien s’amuser.

Coup de pompes funèbres. La presse régionale – vous le savez bien – est une inépuisable pourvoyeuse de faits divers croustillants qui sont autant d’hymnes déchirants à l’humain, dans toute la splendeur de sa bêtise touchante. Ainsi l’Est Républicain de mardi dernier publiait un article titré : « Cambriolage au funérarium : un corbillard dérobé ». Valdahon (Doubs) a été pour un moment – de par l’apparente concentration en son sein de délinquants idiots – la capitale du bon sens. Car oui, braquer une banque ou faire main basse sur la recette d’une superette ce n’est rien à côté du potentiel que représente le cambriolage d’un funérarium ! « Et encore, ça aurait pu être pire, car un défunt se trouvait dans une des salles mortuaires qui ont été fracturées. Est-ce que les cambrioleurs ont pris peur, toujours est-il qu’ils ne l’ont heureusement pas touché » commente le patron. L’histoire ne dit pas si les délinquants sont repartis avec le corbillard en roulant à tombeau ouvert, mais une chose est certaine : ils ne l’emporteront pas au paradis.

Il est défendu à un fonctionnaire de jeter l’argent par les fenêtres, autant qu’il est déconseillé à un homme bien éduqué de défenestrer sa copine. Voilà un adage qu’un certain Pascal G., haut-fonctionnaire au Ministère de l’économie, aurait du faire sien. Pourtant, ainsi que nous l’apprend le quotidien Aujourd’hui en France (qui, au passage, balance le nom de l’intéressé…), cet homme un peu rugueux a été mis en examen pour tentative de meurtre, après avoir commencé à défenestrer sa « compagne ». Alerté par les hurlements, un policier qui était posté devant l’hôtel Matignon, à proximité du logement du butor, a dû intervenir pour sauver la jeune femme. « Il s’agissait d’une dispute entre nous, a confié Pascal G. à nos confrères. Elle était en train de tout balancer chez moi. Je lui ai alors dit : Attention, je vais te jeter par la fenêtre pour te calmer ! Cette jeune femme est très impressionnable. » Le policier explique que les trois-quarts du corps de la victime étaient déjà dans le vide… Le journal précise que la jeune-femme ne portera pas plainte. Question : sa tolérance à la connerie ne la fera t-elle pas, un jour, tomber de vraiment vraiment haut ? Affaire à suivre…

Pour un débat national sur le christianisme

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Comme le gouvernement, en organisant à brûle-pourpoint un nouveau débat national, semble ne pouvoir s’empêcher de régir les conversations de bistrot que nous tenons dorénavant sur Internet, j’ai envie de lui proposer un super sujet (à mon humble avis) : le christianisme. Puisque parler de l’islam est paraît-il stigmatisant pour les musulmans, « en tant que chrétien », et même en tant que catholique, assumons carrément, je m’offre en victime expiatoire du nouveau débat que le président a concocté pour piquer (ou donner, on ne sait plus) des voix au Front National. Parler de cette vieille chose obsolète que l’on appelle le christianisme et de ces gros ringards que l’on appelle les chrétiens, ça pourrait être sympa, non ? Super fun et top délire ? Stigmatisation ? Même pas peur. Laissez venir à moi les stigmatiseurs. Moi aussi, je veux être stigmatisé, histoire que l’on parle de moi et de ma religion à moi dont j’ai l’impression amère qu’elle quitte la scène nationale un peu trop discrètement, pour laisser la place à une autre, un peu trop m’as-tu-vu à mon goût malgré (ou grâce à) son goût à elle pour le voile. Mais n’est-ce pas le sort de tous les parvenus que d’afficher un peu trop ostensiblement leur réussite sur la place publique? Islam Pride, écrivait quelqu’un récemment. Certes, le succès des nouveaux riches a toujours irrité les gens en place, mais le problème cette fois-ci c’est que les gens en place ne le sont plus guère et qu’une nouvelle religion chasse l’ancienne, comme, serait-on tenté d’ajouter si l’on était d’humeur polémique, la mauvaise monnaie chasse la bonne. On a même entendu récemment Michel Godet, hypermédiatique de droite, chrétien de surcroît[1. je crois, je n’en suis pas sûr, le christianisme, contrairement à d’autres religions et sauf exception, tel votre serviteur, ne se portant plus guère en bandoulière dans l’espace public], proposer tranquillement, et sans guère créer de polémique, de transformer des églises en mosquées. Mais voilà que je me mets à faire dévier mon débat à moi sur l’islam, comme un Besson de base ! Revenons vite à nos ouailles.

Pour lancer le débat, rappelons certaines choses qui selon moi confinent au truisme. Certaines mauvaises langues, je pense par exemple à Marcel Gauchet ou Pierre Manent, sous-entendent parfois que la forme politique de la nation n’est pas tout à fait étrangère à la religion qui a dominé l’Occident pendant deux petits millénaires, avant qu’elle ne s’éclipse sur la pointe des pieds. Peut-être, pour comprendre où nous allons au moment où la nation et la religion chrétienne semblent disparaître de conserve de nos contrées, serait-il utile de comprendre les liens qui les unissent, et de constater que pendant que l’Europe post-nationale se construit cahin-caha, une autre religion, une religion « civilisationnelle », l’islam (zut, encore lui), tient de plus en plus le haut du pavée. On pourrait multiplier les sujets de débats à propos du christianisme, qui nous permettraient peut-être, si nous faisions preuve d’une ouverture d’esprit inédite sur ces sujets, de mieux nous comprendre. Existe-t-il un lien entre « les droits de l’Homme » et le souci des faibles et des persécutés, tel qu’il se manifeste dans la Bible en général et dans les Evangiles en particulier ? Si oui, de quel ordre ? L’universalisme chrétien, incarné par saint Paul, est-il la source de l’universalisme occidental en général et français en particulier? Le Christ en affirmant que son Royaume n’est pas de ce monde ou en proposant de rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu, a-t-il permis à ce que nous appelons en France la laïcité d’exister ? Toutes ces belles choses qu’a créées l’Occident, l’éducation obligatoire, l’hôpital, l’Etat providence, sont-elles des institutions chrétiennes devenues folles, pour reprendre les thèses de G.K. Chesterton et de Ivan Illich ? Le concept de « secondarité culturelle », cher à Rémi Brague, qui dans une interview récente, dont je ne saurais trop recommander la lecture, a tranquillement déclaré qu’en Europe aujourd’hui, d’une façon ou d’une autre, « nous sommes tous islamistes » (aïe, toujours l’islam), le concept de « secondarité culturelle », disais-je, propre à la romanité dont nous sommes les héritiers gâtés et indignes, n’est-il par un trésor spirituel dont la perte probable mériterait au moins quelques larmes qui ne seraient pas de crocodile ? On pourrait multiplier les questions de ce genre, qui nous permettraient de mieux mesurer ce que nous perdons. Un débat sur ce qui s’en va, sur ce que nous délaissons d’un cœur si léger, voilà mon rêve utopique et pénétrant. En terme festif : une petite catho pride, avant que nous ne débarrassions définitivement le plancher… Est-ce trop demander au chanoine du Latran ?

Session de rattrapage pour Gérard Longuet

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Certains observateurs ont cru remarquer que Gérard Longuet arborait un sourire jusqu’aux oreilles depuis sa nomination au ministère de la Défense. C’est que cette fois-ci, il est vraiment ministre. Vraiment parce qu’en novembre, au moment du remaniement annoncé depuis six mois par le président de la République, et qui devait – si, si, rappelez-vous – signer l’arrivée de Jean Louis Borloo à Matignon, Longuet devait en être.

On lui avait promis un grand MITI à la française: un hyperministère chapeautant les transports, l’industrie et l’énergie, rapatrié pour l’occasion à Bercy. Autant de domaines récupérés sur la dépouille du ministère de l’Ecologie pour être redonnés à un fier nucléocrate. Borloo avait accepté le deal, ayant la certitude que ses acquis sur le Grenelle étaient sanctuarisés et se disant que, depuis Matignon, il pourrait toujours surfer politiquement sur les thématiques environnementales.

Bref, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Longuet qui commençait déjà à choisir le papier peint pour son nouveau ministère (il n’était pas revenu aux grandes affaires nationales depuis 1994) avait d’ailleurs – selon nos informations – été reçu à deux reprises à l’Elysée par Nicolas Sarkozy et Claude Guéant, alors Secrétaire général de l’Elysée pour de sérieuses réunions de travail en vue de définir sa mission. Un signe qui ne trompe pas, alors que le remaniement s’annonçait.

Evidemment, Longuet n’est pas devenu ministre en novembre, il est resté patron du groupe UMP du Sénat et traînait sa mauvaise humeur jusqu’à la semaine passée. Mais à mon avis, dimanche, il n’a pas du être trop tranquille quand même alors qu’on l’annonçait partout : lors du précédent remaniement, alors que tout semblait aller comme sur des roulettes, Longuet avait appris par la télé qu’il n’était pas ministre. Quand la liste finale a été établie, sans que son nom n’y figure, personne, à l’Elysée, n’avait jugé nécessaire de l’appeler pour le prévenir, que non finalement, le MITI ça n’était pas pour lui, ni quelque autre ministère. Le ressentiment, c’est simple comme un coup de fil, surtout si on a oublié de le passer…

Du coup, on comprend mieux pourquoi, juste après le remaniement, le Canard s‘était fait l’écho d’un Longuet disant à Sarko qu’il « avait envie de lui casser la gueule », ce que l’intéressé s’était empêché de démentir au micro de Fogiel, non sans humour et même une bonne dose d’autodérision « J’ai fait ce genre de choses à la fac, ça fait quarante ans, depuis je me suis calmé ! »

Certes on lui avait promis que ce malentendu serait réparé à la première occasion, mais vacciné quant à ce que valent certaines promesses, fussent-elles présidentielles, Gérard commençait à trouver le temps longuet…

Joschka Fischer : l’Europe doit favoriser l’immigration maghrebine

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En visite en Israël dans le cadre de la promotion de ses deux derniers livres[1. son autobiographie, I am not convinced et Das Amt und die Vergagenheit (sur les nazis demeurés au ministère des Affaires étrangères après 1945)], Joschka Fischer, ancien ministre des affaires étrangères allemand, a répondu aux questions du quotidien israélien Haaretz, notamment sur les événements dans la région, récents et moins récents.

Q. En tant qu’ancien ministre des Affaires étrangères, comment expliquez-vous les événements qui agitent le monde arabe ?

JF. Personne n’a rien vu venir, mais c’est arrivé ! Il s’agit d’un bouleversement énorme, mais la question est de savoir si c’est pour le meilleur ou pour le pire. Cela dépendra, entre autre, de la politique menée par l’Europe et les Etats-Unis. Je crois qu’ils peuvent jouer un rôle énorme, car l’intérêt commun est d’encourager les forces démocratiques. De toute façon, l’avenir ne sera pas stable et il faut juste peser dans la balance pour que les choses évoluent dans la bonne direction. J’appelle l’Europe à ne pas fermer ses portes mais au contraire à créer des possibilités d’immigration légales, comme par exemple pour les études et le travail. L’Europe est capable de le faire, c’est une question de volonté politique. Une telle politique encouragerait les forces démocratiques en Afrique du Nord.

Q. Votre cinquième femme, Minu Barati, est d’origine iranienne. Quel regard portez-vous sur la situation en Iran ?

JF. L’Iran – et cela n’a rien à voir avec mes liens de parenté – est un pays important au Moyen-Orient. Les Iraniens se sont félicités de la chute de Moubarak et de Ben Ali, qui étaient des dirigeants autoritaires pro-occidentaux, mais en même temps, le régime craint le « virus démocratique » qui risquerait d’encourager son opposition. Ce qui est sûr, c’est que ces événements et une contagion dans le monde arabe ne manqueront pas d’avoir de répercussions dans ce pays.

Q. Quelles leçons les dirigeants mondiaux devraient-ils tirer de la guerre en Irak en 2003 ?

JF : Cette guerre a bouleversé l’équilibre des forces dans la région en faveur de l’Iran. C’était prévisible, et je n’ai jamais compris pourquoi les Américains n’ont pas pris en compte cette conséquence si évidente. Quant à l’Iran, la situation est bien différente. Contrairement à l’Irak, le programme nucléaire iranien n’est pas le fruit de notre l’imagination mais une réalité.L’ Iran représente un véritable danger. Quand je me suis rendu dans la région, avant la guerre de 2003, je n’ai pas eu l’impression que les pays voisins se sentaient menacés. Saddam Hussein n’a pas été perçu comme une menace majeure. En revanche, pour ce qui concerne l’Iran, c’est complètement différent. Autre leçon : il faut comprendre qu’une attaque militaire a des conséquences non prévisibles qui se révèlent parfois plus graves que les effets escomptés. Je crois que le Mossad et la CIA ont trouvé les moyens d’intervenir en Iran sans avoir recours à une attaque militaire.

Q. Que pensez-vous de Wikileaks ?

JF : Je ne pense pas que cela représente une évolution majeure. Dans des sociétés libres comme l’Europe et les Etats-Unis, on pouvait déjà tout trouver sur Internet ou dans la presse. Les secrets mal gardés, c’est l’essence même d’une société démocratique…

 

Un végétarien applaudi dans un congrès de charcutiers

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Imaginez un journaliste qui dénonce depuis vingt ans l’absorption de viande animale; qui profite de toutes ses tribunes, devenues petit à petit plus nombreuses, pour fustiger ceux qui aiment se nourrir de cadavres d’animaux et imaginez aussi que le côté fonceur, enthousiaste et parfois provocateur de ce garçon a même fini par le mener au tribunal. Imaginez qu’il soit néanmoins devenu très populaire dans le pays, que beaucoup de gens le voient comme un porte-parole, que sa condamnation ait même amplifié le phénomène.

Imaginez maintenant que le président d’une association de charcutiers – nous l’appellerons Hervé N. – très sensible à cette popularité l’invite à parler devant ses ouailles, que le patron national du syndicat des bouchers-charcutiers – Monsieur Jean-François C. – soit présent à la manifestation et que le journaliste végétarien, sans changer une ligne à son discours habituel, y fasse un triomphe !

A ce stade du récit, votre imagination disjoncte? Elle ne peut aller jusque là ? Pourtant, le passage d’Éric Zemmour au congrès des réformateurs, autrement dit la frange la plus libérale – en économie, s’entend – de l’UMP, ressemble comme deux gouttes de vin d’Arbois à ma parabole végétarienne.

Lorsqu’on écoute Éric Zemmour, lorsqu’on le lit, on sait ce qu’il désigne sans cesse comme responsable de la plupart de nos maux économiques : la liberté intégriste de circulation. Il dénonce celle des marchandises et préconise le protectionnisme ; celle des capitaux, qui met le pays à poil devant la haute finance ; celle des hommes qui permet à l’immigration de se développer, et offre au patronat une « armée de réserve industrielle », selon la vieille antienne marxiste. Il est d’autant plus piquant de constater que c’est la frange la plus libérale, et donc la plus hostile à ce discours, qui tente de récupérer le polémiste.

On me rétorquera à raison que là n’était pas le sujet et que le Club des réformateurs a moins invité Zemmour pour ses idées que comme symbole de la liberté d’expression. Soit. Le problème, c’est que lorsque le chroniqueur de France 2 et de RTL déclare à la tribune qu’il faut supprimer non seulement la HALDE mais aussi toutes les lois mémorielles -loi Gayssot, loi Taubira et aussi celle consacrant les « bienfaits » de la colonisation- comme nombre d’historiens le réclament, il doit être piquant pour lui de faire un malheur dans la salle. Il n’a pas dû non plus bouder son plaisir en voyant Copé et Novelli l’applaudir des deux mains, puisque la loi Taubira et la HALDE furent l’œuvre d’une majorité dont ils étaient des piliers, comme ministre pour l’un, comme législateur pour l’autre. Zemmour est trop intelligent et trop fin observateur de la vie politique pour avoir formulé cette proposition sans en connaître tout le piquant.

« Pendant que vous y êtes, supprimez les subventions aux associations antiracistes », a t-il conclu, se faisant au passage un dernier petit plaisir pour la route. S’il avait manqué de l’élémentaire politesse que l’invité doit à ses hôtes, il aurait pu ajouter, l’œil narquois: « Pendant que vous y êtes, quittez l’UMP ! »