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Hosni soit qui mal y pense

Hosni soit qui mal y pense

Après s’être copieusement gaussés des déboires aéroportés de MAM en Tunisie, de sa gestion pour le moins originale de la révolution dite « du Jasmin », des ratés de la diplomatie française et des compromissions hautement suspectes de Paris avec Ben Ali, les Brits découvrent subitement les mérites de la discrétion et de la sobriété depuis que l’Égypte et Bahreïn sont entrés dans la danse. En attendant que tombent d’autres dominos…

Étrangement, le secrétaire d’État William Hague est aux abonnés absents ou d’une pudeur de jeune fille rougissante quand on lui demande la position du Royaume sur les « événements » qui secouent deux pays traditionnellement sous étroite influence britannique (Protectorat jusqu’en 1922 pour l’un, tutorat militaire jusqu’en 1971 pour l’autre). William n’a rien à dire, et son premier ministre invoque un retard de sommeil pour prendre la tangente. Difficile, certes, d’admettre publiquement que l’administration Obama oublie souvent, si ce n’est systématiquement, d’informer son ex-allié privilégié en Europe de ses choix au Proche-Orient. Comment s’en étonner, d’ailleurs ? David Cameron a axé toute sa politique étrangère sur le commerce international et transformé ses ambassadeurs en VRP de luxe. Chacun son métier : le représentant officiel des entreprises brits vend sa boutique mais, du coup, il n’est peut-être pas le mieux placé pour peser sur l’Histoire en marche.

Au-delà des choix stratégiques de la diplomatie du Royaume-Uni, cette inertie trahit surtout son très profond malaise. Et son impuissance, même s’il n’est pas le seul à avoir conclu un pacte faustien avec Moubarak et ses petits camarades de jeu, genre « je ferme les yeux et tu me tiens les mollahs ». L’Union européenne ne s’est jamais vraiment inquiétée de la situation des droits de l’homme quand elle signait des accords commerciaux avec l’Égypte ; nos présidents successifs, le FMI et la Banque mondiale ont regardé ailleurs au moment où Moubarak constituait son trésor de guerre en pillant méthodiquement son pays, et les fiches Wikileaks ont prouvé, si besoin était, que les scrupules démocratiques n’avaient pas vraiment cours quand il s’agissait de soutenir tous les dictateurs arabes qui donnaient des gages anti-islamistes… Hosni soit qui mal y pense !

Mais à l’image de Sir John Beddington, grand spécialiste de la « gestion durable des ressources naturelles » et conseiller scientifique officiel du gouvernement britannique, qui vient de pondre un très opportun rapport sur « le futur de l’alimentation et de l’agriculture » en Égypte commandé par l’ex-raïs, on marche sur des œufs à Londres dès qu’on pose un pied au Caire. Tout en déplorant « la faiblesse des infrastructures, les divergences d’intérêts entre pays riches et pauvres, la volatilité des prix ou les difficultés liées à la distribution mondiale » (sic), bref en enfonçant toutes les portes ouvertes disponibles, il s’est bien gardé de proposer la moindre solution concrète qui aurait pu sembler contrariante pour un système en partie responsable des troubles actuels.

Comment se sortir, sans perdre la face, du fichu pétrin où les manifestants de la place Al-Tahrir ont, à l’insu de leur plein gré, plongé le gouvernement de Sa très gracieuse Majesté, that is the question… Comment apporter un discret soutien moral à ces inconscients qui risquent de déstabiliser un de nos remparts les plus précieux contre l’expansionnisme iranien et pourraient s’opposer aux intérêts stratégiques des démocraties occidentales ? Quadrature du cercle et prise de tête assurée.

« Toute action engagée devra être pacifique », martèle William Hague, en niant vigoureusement que les événements puissent avoir la moindre coloration islamiste, comme pour se convaincre que tout changera miraculeusement pour que rien ne change. Et en priant pour qu’un régime démocratique mais stable, surtout très stable, succède à la dictature, que l’Égypte respecte ses engagements vis-à-vis d’Israël et du Fatah dans la lutte contre le Hamas, et que les excellentes relations avec les services secrets égyptiens ne soient pas affectées.

Avec les obscurs manifestants bahreiniens, le Royaume-Uni prend encore moins de gants. Circulez, y’a rien à voir… À quelques encablures de l’Iran, la famille Al-Khalifa, qui règne sur le pays depuis deux siècles avec l’amical appui des Brits et des Américains, est bien trop indispensable tactiquement. Le problème, c’est que la jeune génération, qui n’est pas marquée idéologiquement, est avide de droits politiques fondamentaux. Elle veut mettre à bas la tyrannie. Silence et attentisme risquent de la radicaliser. Est-ce si difficile à comprendre à Westminster et ailleurs ? Churchill, reviens, ils n’ont rien compris ! Que c’est loin El-Alamein…


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Agnes Wickfield est correspondante permanente à Londres.

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