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Causeur magazine n°37 : La quadrature du sexe

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Vous n’aurez pas patienté en vain. Certes, comme chaque année en juillet, Causeur magazine arrive dans votre boite aux lettres un peu plus tard que les autres numéros de l’année, mais c’est un numéro double ! 64 pages 100% inédites, où l’on trouvera un dossier explosif : La quadrature du sexe.

Rassurez-vous, on ne va pas tartiner, comme les collègues, sur les bons plans drague pour l’été, ou les positions tendances du Kama Sutra. Mais néanmoins, on parlera sexe. Et pour être précis, on parlera tant de sexe que des sexes, et parfois même des deux à la fois. En ces affaires, de toute façon, il y a interpénétration. On a bien vu ce printemps comment on avait glissé progressivement, pour parler comme Robbe-Grillet, du procès de DSK à celui de tous les mâles blancs, et de celui-ci à l’exigence du partage des tâches ménagères puis à la promotion du clitoris libérateur, sans oublier la négation programmée de l’identité sexuelle dans les manuels scolaires.

Autant de thèmes sur lesquels nos auteurs, qu’ils soient hommes ou femmes, de droite ou de gauche, homos ou hétéros, s’en sont donnés à cœur joie, et semble-t-il, sans trop de compassion pour les intégristes de l’égalité sexuelle ou les penseurs militants en lutte contre l’hétérofascisme. Ce qui est sans doute, comme le dit Elisabeth Lévy dans son texte introductif, « le signe d’un attachement commun à la division, aux conflits, aux contradictions, aux ambiguïtés de l’existence ».

Pour pouvoir lire tout cela – ainsi que les articles verrouillés sur le site – il faudra bien sûr vous abonner ou, si besoin est, vous réabonner. Et si vous le faites d’ici samedi soir, nous nous engageons à ce que vous receviez Causeur magazine dès ce numéro 37 dans votre boîte aux lettres. Rappelons en outre qu’il est désormais possible de s’abonner uniquement à l’édition en ligne (avec bien sûr l’accès aux papiers verrouillés).

Pour les couples abonnés, nous rappellerons enfin que l’égalité dans le temps de lecture du magazine est un impératif moral, même si la violation de cette règle n’est pas encore punissable pénalement. Remarquez, rien n’interdit de souscrire à deux abonnements…

De quelle tendance de l’UMP êtes-vous ?

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1. Quand vous étiez petit [1. D’aucuns s’étonneront de ne voir aucune trace de Nicolas Sarkozy dans ce test. C’est fait exprès. C’est juste pour l’embêter. Des fois qu’il le lise…] :

◊ – Vous souhaitiez devenir comptable.

♣ – Vous vouliez devenir policier. Ou douanier.

♥ – N’importe quel métier, du moment qu’il y soit question de concorde nationale, d’union, et de lutte contre les ferments de la division.

♦ – Chef. De n’importe quoi, mais chef. Et célèbre aussi. Très célèbre.

ο – Fonctionnaire, pour servir l’Etat.

2. Chez vous, on trouve :

♦ – Tous les produits dérivés siglés UMP, et la photo officielle du Président trône dans votre salle à manger.

♥ – Les livres de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy. Alignés debout sur une étagère, à peu près 20 cm.

◊ – Une photo dédicacée de Jean-Michel Aphatie : « Contre la dette et les déficits, plaies de notre temps, amicalement, JMA ».

ο – Les bouquins de Zemmour.

♣ – L’intégrale des éditos d’Ivan Rioufol.

3. Vous assistez au mariage de votre nièce. La cousine du marié arrive au bras d’une demoiselle.

♣ – Vous trouvez rapidement les parents de la cousine en question et leur glissez la carte d’une clinique américaine où l’on soigne et rééduque les individus pourvus de cette tare contre-nature.

ο – Vous vous en fichez.

♥ – Vous saluez le couple en leur rappelant les combats successifs de Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy contre l’homophobie en particulier et tout ce qui divise les Français en général.

◊ – Vous allez leur dire mezzo voce que vous êtes de droite, certes, mais que les avancées sociétales ne vous font pas peur et que vous vous rendrez volontiers à leur mariage à elles aussi quand la gauche sera au pouvoir.

♦ – Vous allez d’abord plaindre les parents puis vous vous rendez auprès des deux filles pour leur vendre des cartes de l’UMP et leur promettre une investiture aux prochaines élections législatives afin de promouvoir leur communauté.

4. La délinquance routière

◊ – il faut lutter contre, multiplier le nombre de radars, enlever les panneaux annonçant ces derniers. Parce qu’elle coûte cher. Et que sa répression rapporte de quoi limiter légèrement les déficits.

♦ – Publiquement, vous dites votre horreur devant ses victimes. Mais vous écrivez à votre député pour le remercier d’avoir voté l’amendement limitant les retraits de points sur le permis de conduire.

ο – Il faut lutter contre elle, certes. Mais la politique du chiffre ne semble pas, ici comme sur les autres délinquances, porteuse de la meilleure efficacité.

♣ – Au lieu de lutter contre cette prétendue délinquance, la police serait mieux utilisée à réprimer le grand banditisme et les voyous qui empoisonnent la vie des braves gens dans les quartiers populaires.

♥ – Vous vous félicitez que le Président de la République poursuive le combat initié par Jacques Chirac contre ce fléau.

5. Votre petite dernière vous annonce que son petit ami est musulman et qu’il vient dîner ce soir

♦ – Vous accusez le coup. Puis, au cours du dîner, vous promettez au jeune homme une investiture de l’UMP aux prochaines élections législatives afin de promouvoir sa communauté.

◊ – Vous l’accueillez, plein de gravité, et vous excusez de tout ce qu’ont pu raconter certains membres de l’UMP si peu fidèles aux valeurs auxquelles vous croyez.

♥ – Vous lui rappelez, entre la poire et le fromage, le grand combat de Jacques Chirac contre l’extrême-droite et lui assurez que Nicolas Sarkozy s’inscrit dans la continuité de son prédécesseur.

♣ – L’air gourmand, vous vous hâtez de préparer l’apéritif. Vous servirez un Bourgogne accompagné de rondelles de saucisson de montagne.

ο – Qu’il soit musulman, catholique, mécréant ou écologiste, vous vous méfiez de tout ce qui approche votre fille.

6. Marine Le Pen :

◊ – Vous n’avez strictement rien à voir avec elle. Vous rappelez les heures les plus sombres de notre histoire et fustigez son programme économique absurde qui ne fera que creuser le déficit et augmenter la dette, déjà abyssale.

♣ – Cette gauchiste ?

♥ – Vous aimez rappeler le combat de Jacques Chirac et la digue qu’il avait édifiée face à l’extrême-droite. Vous avez toute confiance au Président de la République pour qu’il s’inscrive dans la continuité.

♦ – Vous tentez de la doubler sur la droite. En citant Eric Besson.

ο – Vous observez son discours économique qui vous rappelle Séguin de 1992 ou Pasqua de 1999. Et vous apercevez Gollnisch derrière elle… On passe à autre chose ?

Vous avez une majorité de ◊

Votre obsession, des comptes équilibrés. Votre idole, Jean-Michel Aphatie dont vous vous régalez des éditoriaux fustigeant dette et déficits. Très orthodoxe d’un point de vue économique, vous vous sentez plus proche du point de vue sociétal de DSK hier ou de François Hollande aujourd’hui que de l’aile dure de l’UMP[2. Sauf en cas de débat sur les défilés militaires et les binationaux franco-norvégiens. Si vous faites ce test un 14 juillet, reportez-vous donc à ♣.]. Vos champions : François Fillon et Alain Juppé. Votre petite faiblesse : Roselyne Bachelot.

Vous avez une majorité de ♣

Vous aimez la France éternelle, votre bagnole, le pinard et le saucisson sec. Vous dénoncez la droite molle qui nous amène le socialisme, le laxisme et l’islamisme. Vos champions : les élus de la Droite populaire. Votre petite faiblesse : Christian Vanneste.

Vous avez une majorité de ♥

Vous avez été nourri au sein du chiraquisme et vous avez fini par vous donner au nouveau maître. Afin de vous convaincre vous-même de la continuité entre les deux chefs d’Etat, vous n’arrêtez pas de tenter d’en convaincre vos interlocuteurs. Vos champions : Bruno Lemaire et François Baroin. Votre petite faiblesse : NKM.

Vous avez une majorité de ♦

Vous n’avez aucune ligne idéologique. Vous faites passer cela pour du pragmatisme alors que ce n’est que de l’opportunisme mâtiné d’incohérence. Vos champions : Jean-François Copé et Xavier Bertrand. Votre petite faiblesse : Benjamin Lancar.

Vous avez une majorité de ο

Mais que diantre faites-vous donc à l’UMP ?

Flavie Flament, prochain Goncourt ?

A chaque rentrée littéraire résonne immanquablement le sanglot long des violons des critiques : « Les éditeurs publient trop de livres ! On ne sait plus quoi lire ! ». Retentit aussi l’hallali du chœur des libraires endoloris : « Les auteurs écrivent trop ! On ne sait plus quoi vendre ! ». Ces cris de douleur, nous les entendrons assurément en septembre – d’autant que plus de 650 romans sont annoncés (chiffre conséquent, bien qu’en baisse par rapport aux années précédentes), mais cette perspective ne doit pas nous faire négliger les ouvrages récemment parus.

Ainsi, il n’a pu échapper à personne que l’animatrice de télévision Flavie Flament – Miss-Ok Normandie 1988 et ex-speakerine de TF1 – vient de publier son premier roman Les chardons (éditions Le Cherche Midi), dans lequel la jeune-femme « effleure des thèmes comme l’anorexie, la maternité et la violence conjugale » (dixit le Parisien). « C’est un livre féminin, mais pas revendicatif, précise Flavie Flament. L’histoire d’une Poupette (l’irritant nom de son personnage principal, ndlr…) qui avait plein de rêves, a été fauchée en pleine course… mais a quand même la force pour choisir. »

On lit, sous la plume de Flavie des phrases comme « Les hommes sont des salauds. Des lâches aussi. » Ou encore « Les pores de sa peau (de Poupette, suivez un peu !) ne sont plus que des clitoris béants en attente de la langue salvatrice ». Oui. Flavie, femme écrivain… c’est vraiment la palme absolue de la crédibilité.

Gabriel Zaïd, dans son ouvrage Bien trop de livres ? Lire et publier au temps de l’abondance nous apprend qu’à travers le monde, selon ses estimations, un nouveau livre est publié toutes les trente secondes. De là à dire que certains livres sont écrits en trente secondes…

L’ex-animatrice déclare : « J’ai été amoureuse de tous mes profs de français. Et à tous les Noël, je demandais des Pléiade ». Dont acte. Qui sait si, à la prochaine rentrée, la jolie Flavie sera encore les étals des libraires ? Il est sûr, en revanche, qu’on la retrouvera sur France 2 pour un nouveau magazine féminin, diffusé en access prime time.

Mais la télé, attention, c’est du sérieux, il ne faudrait pas confondre avec la littérature…

Bien trop de livres ?

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Les Chardons

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Et merci pour le cinéma !

C’est quand même très bien, finalement, cette vague de paupérisation sans précédent qui se précipite sur les peuples européens comme jadis la vérole sur le bas clergé, et ce grâce au capitalisme financiarisé qui se refait sur la bête. Comment, en effet, le cinéphile ne pourrait-t-il pas se réjouir d’apprendre que l’Italie, par exemple, compte désormais, alors que le plan d’austérité annoncé par Berlusconi n’est pas encore entré en vigueur, 8 millions de pauvres, soit 14% de la population ?

C’est leur INSEE à eux, l’Istat, qui le dit. Et il précise que dans ces huit millions, il y en a trois qui vivent dans un état de « pauvreté absolue » caractérisée par, nous citons, « l’impossibilité de payer les biens et les services considérés comme essentiels pour avoir un niveau de vie au minimum acceptable » .

En gros, le stade suivant, c’est la mort de faim.

Mais répétons-le, à toute chose malheur est bon. Le cinéma italien que Berlusconi avait fait mourir bien avant d’être Président du conseil avec son monopole sur les télévisions privées qui ne donnaient pas un rond pour autre chose que de la variétoche avec nibars à l’air et séries américaines, va forcément renaître.

Le pays se retrouvant peu ou prou dans la situation des années d’après guerre, assez logiquement on devrait voir réapparaitre un néo-néo réalisme italien. A nous les successeurs de Vittorio de Sica, de Rosselini ou de Giuseppe de Santis ! A nous les nouveaux voleurs de bicyclette et les nouveaux pigeons ! A nous les cuisses nues et inoubliables de nouvelles Sylviana Mangano dans des remake de Riz amer.

On plaisante ? Si peu. Il a fallu dix ans de thatcherisme et encore un peu de John Major derrière, c’est à dire de nettoyage par le vide de tout ce qui faisait de la société britannique celle d’une relative « common decency » telle que la définissait Orwell, pour redonner une vigueur au cinéma social anglais, celui du Ken Loach de Raining Stones ou du Mike Leigh de Naked, cinéma auparavant colonisé et même phagocyté par le cinéma américain et qui, de fait, était agonisant dans les années 70.

En France, on en arriverait presque à souhaiter un deuxième quinquennat Sarkozy, histoire d’en finir avec la Commission d’avances sur recettes, cette survivance bolcho-colbertiste qui sert surtout à filmer davantage la crise adultérine du trentenaire électeur d’Europe Ecologie-Les Verts rue Oberkampf qu’une fermeture d’usine du genre de celle des Conti à Clairoix.

L’inconvénient, bien sûr, c’est que pour voir tous ces bons films dont les mécènes très indirects, voire franchement involontaires, auront été les agences de notation, les banques, le FMI et l’UE, c’est qu’il faudra écarter la foule des mendiants qui pleureront devant les salles obscures en tendant la main.

Mais enfin, s’ils n’ont pas de pain, ces perdants, qu’ils fassent comme nous, qu’ils mangent des esquimaux !

Femmes pas fatales

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« Elles me trouveront seul et me parleront dans le noir »
James Ellroy, La malédiction Hilliker

James Ellroy, depuis qu’il est apparu au début des années 1980 avec Brown’s requiem, s’est imposé dans le paysage littéraire mondial comme un grand auteur de roman noir et un grand écrivain. Il y a même désormais un snobisme Ellroy qui consiste à ce que la moindre parution de ses textes soit l’occasion, notamment en France, de happening littéraires qui confinent, entre lectures publiques et interview complaisants, à un culte de la personnalité dont joue le principal intéressé, endossant parfaitement le rôle de l’ultra-réac type, du chrétien « rebirth » au mode de vie janséniste qui a renoncé à la came et à l’alcool, et tient sur la morale et la politique des discours qui feraient passer Bush Junior et Pat Buchanan pour des organisateurs de partouzes pédophiles avec messes noires à la fin. Il est toujours amusant, au demeurant, de voir comment une certaine presse française si vigilante avec tout ce qui peut ressembler de près ou de loin à un dérapage politiquement incorrect, notamment dans le polar qui se doit d’être antifasciste, forcément antifasciste, accepte et même célèbre la moindre saillie homophobe, anticommuniste voire cryptoraciste dans les déclarations d’Ellroy, qui s’amusent visiblement à instrumentaliser les médias en jouant à jusqu’où aller trop loin.

Heureusement, une fois ce brouillage levé, il reste une œuvre capitale qui, depuis la trilogie de Lloyd Hopkins jusqu’à celle d’ Underworld USA en passant par le Quatuor de Los Angeles, a su imposer un univers et un style radicalement nouveaux. Pour Ellroy, le roman noir est le moyen d’explorer l’histoire d’un pays, le sien, un pays finalement encore adolescent et qui a de l’adolescence à la fois la violence et ce mélange paradoxal de naïveté et de perversité. Sa peinture de Los Angeles comme ville symbole de cette violence-là lui a permis de repenser l’histoire récente des Etats-Unis, celle qui a vu Hollywood devenir une industrie clé, celle qui a permis les noces de la mafia et de la politique, celle qui a fait surgir des figures terrifiantes comme Hoover, le patron du FBI et Hugues, le milliardaire paranoïaque. Ou encore celle qui conduisit au maccarthysme, à la Baie des Cochons, à l’assassinat de Kennedy, à la grandeur et à la décadence de Richard Nixon, à l’activisme des Blacks Panthers et des commandos anticastristes. Ce mélange de personnages réels et de fiction qui traverse les romans polyphoniques et génialement hypertrophiés d’Ellroy donnent une force inoubliable à sa vision que l’on ne peut comparer aujourd’hui qu’à l’œuvre d’un Don DeLillo.

Ni fatales, ni éplorées

Mais pour le lecteur attentif ou sensible, au-delà de la débauche de violence et de cynisme, au-delà des manips sordides et des carnages programmés par la raison d’état qui font l’essentiel du roman national américain, il y a d’étranges personnages qui détonnent chez Ellroy. Comme les autres, ils sont violents, corrompus, désespérés mais ils ont une faiblesse : les femmes. Entendons-nous bien : il ne s’agit pas d’une quelconque obsession sexuelle, d’un donjuanisme où la testostérone viendrait un instant remplacer l’adrénaline.

Non, nous sommes davantage dans la passion, au sens premier, religieux, du terme. C’est cet inspecteur dans LA Confidential qui rentre le soir de Noël dans sa Studebaker et s’arrête devant une maison où il entend qu’on bat une femme : il descend, fracasse le mari cogneur et le laisserait pour mort si son collègue ne le retenait pas. Ou dans Underworld USA, c’est cet agent du FBI spécialisé dans la traque anticommuniste et fou amoureux de « la déesse rouge », une activiste juive pour l’égalité des droits civiques.
Cet amour fou pour les femmes qu’il voit toujours comme les cibles privilégiées de tous les prédateurs fait de James Ellroy une exception dans le roman noir. Elles ne sont chez lui ni fatales ni éplorées. Elles sont des présences vivantes, des figures fortes et vulnérables à la fois, capables de sacrifices dans un univers totalement corrompu qui a perdu jusqu’au sens de ce mot.

La clé de son œuvre est là. On le savait depuis son livre autobiographique, Ma part d’ombre. Il y raconte comment l’adolescent voyeur, voleur et toxicomane qu’il fut dans sa jeunesse est resté pour toujours hanté par la mort de sa mère, assassinée un jour de 1958 alors qu’il avait dix ans, sans que le coupable ne soit jamais retrouvé. Et comment cette mort lui a inspiré le roman qui allait le rendre célèbre, Le dahlia noir qui tourne autour d’un fait divers retentissant, l’assassinat en 1947 d’une starlette d’Hollywood, Elisabeth Short, lui aussi non élucidé.

Six résurrections aléatoires

Alors, pour comprendre son rapport désespéré aux femmes, Ellroy a publié cette année La malédiction Hilliker, du nom de jeune fille de sa mère. Ce n’est pas un roman noir mais ça y ressemble : ce sont des mémoires sensuels, poignants, somptueux. Ellroy y retrace son itinéraire d’écrivain rendu possible grâce à l’image fondatrice de la mère assassinée et de la culpabilité qui en a découlé, Ellroy ayant souhaité intérieurement sa mort dans un accès de rage enfantine. C’est aussi le récit de la poursuite d’une rédemption par les femmes, un hommage brutal et vibrant à ses amantes et à ses épouses comme l’écrivain et journaliste Helen Knode, épousée en 1991 mais dont le couple se détruit sous les poussées de panique d’un Ellroy sombrant dans la dépression.

Avec ses six chapitres qui sont six mouvements, six élans, six chutes et six résurrections aléatoires, La malédiction Hilliker est une autofiction à l’américaine, c’est à dire brutale, raffinée, obscène, mystique mais contrairement à celles qui sévissent chez nous, jamais, au grand jamais complaisantes : « Avec le recul, il se peut que mon emprise se résume à une caresse. Je découvrirai la réponse dans mes rêves et dans quelques éclairs de lucidité. Elles me trouveront seul et me parleront dans le noir ».

La fausse bonne idée, c’était l’euro !

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Il y a quelques temps, Coralie Delaume taquinait Nathalie Kosciusko-Morizet à la suite de son réquisitoire contre la sortie de l’euro et le retour aux monnaies nationales. Au vu des lacunes de notre ministre, par ailleurs brillante polytechnicienne, il semblerait que l’économie ne soit pas une matière obligatoire pour entrer à l’X…

Sur les plateaux de télévision, la ministre de l’Environnement s’était en effet bien imprudemment avancée en sous-entendant que le retour au franc multiplierait les prix par 6,5 et conduirait donc à une perte dramatique de pouvoir d’achat pour les Français. Dans l’émission de Laurent Ruquier, suivant l’exemple de Coralie, Eric Zemmour avait littéralement ridiculisé la bien faible argumentation économique de NKM en retournant contre elle l’exemple du prix de la baguette dont le passage d’un franc à un euro illustre l’inflation consécutive à l’abandon du franc. Sur causeur, le débat entre défenseurs acharnés de l’euro et tenants d’une autre politique a suscité une passe d’armes alimentée par la réponse de Georges Kaplan à Coralie.

Un nouveau franc pas si mini que ça…

Confirmant en cela les analyses de NKM, Georges Kaplan s’en prend aux partisans d’une sortie de la monnaie unique au profit d’une monnaie commune européenne qui combinerait un retour aux monnaies nationales à l’intérieur et une devise commune vis-à-vis du reste du monde. Pour disqualifier cette solution à la crise monétaire européenne, Kaplan affirme avec catastrophisme que le nouveau franc nous ferait perdre 25% de la valeur actuelle de l’euro.
On peut pourtant lui objecter qu’en cas de sortie de l’euro, le franc ne serait pas dévalué.

Miracle ? Tour de passe-passe médiatique ? Non, il s’agit simplement du scénario retenu par les études prospectives de la banque ING. Cette institution financière souligne que la France se trouve au centre de gravité de la monnaie unique, entre la fourmi allemande et les cigales du Sud. Et si l’euro éclatait, le mark serait réévalué tandis que les peseta, lire, escudo et drachme nouveaux s’en trouveraient dévalués. Au milieu de l’ancienne zone euro, notre nouveau franc devrait conserver sa parité avec l’ancienne monnaie unique européenne, devenue entre temps une monnaie commune extérieure composée des différentes monnaies nationales. En fin de compte, le franc ne serait dévalué que par rapport au mark et au florin…

Georges au pays des merveilles libéral

Kaplan poursuit son argumentation en nous expliquant que les déficits commerciaux, partiellement causés par la surévaluation de l’euro, sont sans aucune importance. Bizarre : lorsqu’en mai, la France achète 41,6 milliards d’euros de marchandises et en vend seulement 34,2 milliards, il faudrait en conclure que le déficit commercial de 7,4 milliards qui en résulte ne pose pas problème . Bien sûr, nous pouvons toujours nous endetter à l’extérieur ou vendre nos bijoux de famille pour combler ce trou. Autrement dit, continuer à nous appauvrir.

Après cet argument fantaisiste, Georges Kaplan rejette la proposition de révision de la loi du 3 janvier 1973 qui interdit à la Banque de France d’avancer de l’argent au Trésor Public, et donc de financer l’Etat en faisant tourner la planche à billets. Contre toute velléité de changement du statu quo, Kaplan agite le chiffon rouge de l’hyperinflation et de la spoliation des épargnants dont les économies perdraient l’essentiel de leur valeur.

Or, depuis une quinzaine d’années, c’est le système actuel qui a permis l’inflation ahurissante du prix de nombreux actifs, créant des krachs en série. En outre, une monétisation responsable- qui consiste à augmenter les liquidités mis à la disposition des banques, notamment en émettant une nouvelle monnaie en contrepartie de créances – pourra nous éviter une déflation mortifère en cas de baisse de la masse monétaire.

Pour conclure ce petit billet, je ne résiste pas à l’envie de mentionner la théorie des Zones Monétaires Optimales, régulièrement avancée par des économistes libéraux tels que Jean-Jacques Rosa, Alain Cotta ou Gérard Lafay. Selon celle-ci, il est absurde de vouloir maintenir une monnaie unique pour des pays aussi économiquement hétérogènes que ceux de la zone euro. Je serais bien curieux de savoir comment faire fonctionner l’euro compte tenu des travers de cette construction baroque et artificielle.

Au final, Kaplan a raison de dénoncer une fausse bonne idée. A la nuance près que celle-ci n’est pas le retour aux monnaies nationales mais la création de l’euro. Ceux qui nous promettaient monts et merveilles, traduisez : croissance et emploi, avec l’euro nous prédisent aujourd’hui l’apocalypse si d’aventure nous quittions la monnaie unique. Qui peut encore les croire ?

Eva Joly n’aime ni le défilé ni le 14 juillet

« Xénophobie » : le grand mot est lâché. Les Verts soutiennent la proposition d’Eva Joly qui était passée pour la bourde d’une gourde peu au fait de l’Histoire de France et de ses fêtes nationales. François Fillon est allé droit au but en disant que la candidate écologiste n’avait « pas une culture très ancienne des valeurs françaises ». Ce qui permet à Cécile Duflot et aux verts de rebondir sur le thème éculé du procès d’intention des connivences entre droite et extrême droite.

Europe Ecologie-Les Verts (EELV) s’indigne « des réactions aux relents xénophobes que des responsables de la majorité et du Front National » ont faites à la proposition d’Eva Joly. Imputée au modéré François Fillon la chose est risible. Cependant le premier ministre vient de donner le ton de la campagne présidentielle qui s’annonce. Une partie non négligeable du débat d’idées se fera sur la question des valeurs : multiculturalistes à gauche, nationales et républicaines, à droite.

Mais il serait naïf de ne pas voir que c’est Eva Joly qui a lancé les hostilités. Je ne cois pas à l’erreur d’une prétendue oie blanche. C’est elle qui par deux fois, en revendiquant la richesse que représentait sa bi-nationalité, lors de son investiture, puis, en proposant de supprimer la célébration des forces de défense nationale, lors de la fête du 14 juillet, a provoqué le débat sur les valeurs d’une société qu’elle souhaiterait changer radicalement.

Deux questions se posent quant à ce qu’il convient d’appeler les provocations politiques de madame Joly. Lorsqu’elle revendique fièrement ces origines étrangères: «C’est la première fois que se présente à la présidentielle une Française, qui est née et a grandi à l’étranger» ne milite-t-elle pas clairement pour une sorte de xénophilie politique? Et lorsqu’elle précise dans le même discours du 12 juillet : « Je représenterai … la France du XXIème siècle, dont l’identité n’est pas la nostalgie d’un âge d’or imaginaire, mais un projet … riche de ses différences …la France des régions souvent niées dans leurs traditions » n’exprime-t-elle pas un idéal proprement inverse aux valeurs républicaines françaises ?

Ce qu’elle dénonce comme « âge d’or imaginaire » n’est rien d’autre que l’héritage philosophique des Lumières qui, par la Révolution française a permis de réaliser l’égalité politique de tous les citoyens à partir précisément, du dépassement des différences régionales, culturelles ou raciales. Et sous prétexte de modernité, le programme d’EELV propose un retour aux valeurs d’ancien régime un genre de revival communautariste clairement anti-national voir contre-républicain.

Ce qu’Eva Joly rejette au fond c’est l’unité nationale de la République française, pour elle, c’est un vieux truc dépassé.

Le cinéma politique français en panne

Les cinéphiles qui rouspétaient contre l’absence de films politiques dans le cinéma français ont été servis. A quelques semaines d’intervalle, ils ont eu droit à une version caricaturale de l’ascension tonitruante de Nicolas Sarkozy avec La Conquête de Xavier Durringer ; puis, avec Pater, à la mise en scène puérile, narcissique et finalement horriblement ennuyeuse d’un réalisateur et de son acteur, l’un jouant à être le Président, l’autre, le Premier Ministre, sur une toile de fond dégoulinante de moraline.

D’un côté, la politique spectacle, version grand guignol avec la marche tambour battant vers les sommets, de l’autre, la politique morale et la justice sociale version démago. Devant cette alternative déconcertante, le spectateur est pris de doute. Le cinéma n’est-il pas en France, le genre artistique le moins capable de mettre en scène le pouvoir politique ? Quel écart entre nos réalisateurs trop pleutres et conformistes et les cinéastes américains qui ne cessent de s’interroger sur la fiabilité de leurs principes et de critiquer les dérives de leur système politique !

Pour l’aréopage des critiques, il n’y a pourtant pas de doute possible, Pater est un grand film sur la politique, la parole et la paternité. Rien que ça ! Tout le monde affiche un sourire béat d’admiration et personne ne bronche devant l’inquiétante équivalence entre le pouvoir politique et le pouvoir paternel.

De toute façon, la vision paternaliste d’Alain Cavalier importe peu. Pour la critique, il s’agit de trouver un film politique qui prenne le contre-pied de celui de Xavier Durringer, jugé trop complaisant à l’égard de Nicolas Sarkozy. Passionné, amoureux, ambitieux, Nicolas Sarkozy y était en effet montré comme le Rastignac de la République. Ce côté héros balzacien du « Président des riches » a donc dû en exaspérer plus d’un.

Avec Pater, la critique se réjouit. Dans un décor volontairement minimaliste, la politique ne se fait pas dans les lieux de pouvoir habituels, dans le faste du palais de l’Élysée, mais dans l’intimité du privé, autour d’une table, au coin du feu, dans l’embrasure d’une fenêtre. Les confidences du huis clos remplacent les plans com du think tank bavard et exalté du QG de l’UMP. Le calme olympien du Président chahuté par deux trois sautes d’humeur de son Premier ministre, qui ne peuvent être que sincères, s’inscrit en rupture avec le dynamisme fébrile de Nicolas Sarkozy.

Alain Cavalier incarnerait-il le Président normal version François Hollande ? Allez savoir…
Mais au-delà de la forme, c’est sur le fond que l’antagonisme entre les deux films est flagrant.

Ce n’est pas la politique conquérante, agressive, minée de pièges et de traîtrises qui est représentée dans Pater mais la politique morale, non pervertie par les affaires de fesses, de fric et de manipulations en tout genre, la politique telle qu’on voudrait qu’elle soit dans le monde des Bisounours.

Au slogan « Travailler plus pour gagner plus », Cavalier et Lindon répondent « Salaire maximum ». Le discours résonne évidemment avec le débat actuel et certaines propositions sur la fiscalité avancée par la gauche. Alain Cavalier joue sur les réflexes émotionnels de l’opinion sensible à l’indécence tapageuse des riches : « S’il y a un salaire minimum régi par la loi, pourquoi n’y aurait-il pas un salaire maximum aussi régi par la loi ? ». Applaudissements.

Cavalier ne rentre pas dans le détail. Il réalise un film politique juste pour s’amuser. Affronter l’éternel déchirement tragique entre les convictions et les responsabilités ne l’intéresse pas. Peu lui importe de savoir en quoi limiter le salaire de Carlos Ghosn va augmenter le pouvoir d’achat de l’ouvrier de chez Renault.

Avec ses relents de bolchevisme attardé, Cavalier encadre, surveille et punit. Tout au long du film, il prend le bâton de pèlerin du social tout en s’adonnant à l’hédonisme culinaire. Un conseil, n’allez surtout pas voir Pater le ventre vide, c’est une très mauvaise idée, surtout que vous ne pourrez pas compter ni sur le rythme du film, ni sur le scénario et encore moins sur le jeu des acteurs pour avoir quelque chose à vous mettre sous la dent. Cavalier, Président des pauvres et Lindon Premier ministre vertueux parlent d’indécence tout en savourant truffes, foies gras et grand crus. C’est à se demander si Cavalier ne voulait pas décomplexer la gauche caviar !

De toute façon, ce n’est pas tant de politique dont nous parle Alain Cavalier que de lui-même. La France ? Les Français ? Des pauvres gouvernés par des élites corrompues. Chouette, encore un film qui valide le « tous pourris » et donne des voix à Marine !

Alain Cavalier s’en fiche. Lui a pris un plaisir manifeste à jouer au Président, à donner des leçons de morale, à parler vrai et à filmer vrai. Les repères ont été brouillés, les frontières entre les genres effacées, les clivages ont sauté et tout s’est mélangé dans une zone indécise à mi-chemin entre la réalité objective du documentaire et la représentation subjective d’une fiction sur le pouvoir. Alain Cavalier est content de lui, son Pater a dépolitisé la politique et détruit l’illusion cinématographique. Bref, le seul personnage qui joue son rôle sans ambiguïté, c’est le chat qui suscite du coup une profonde et réelle sympathie.

Alors, on ne peut souhaiter qu’une chose pour 2012 : qu’Alain Cavalier réalise à nouveau des œuvres cinématographiques parce qu’à la sortie d’un film aussi génial que Chamade , le spectateur pouvait s’exclamer sans hésiter « Ça c’est du cinéma ! ».
Quant aux films politiques made in France, après Durringer et Cavalier, on les attend toujours.

Touche pas à mes fils

Ces soldats qui se font tuer, ce sont mes fils.

Chacun de ces soldats français qui se sont fait tuer en Afghanistan, c’est mon fils.

Ce sont mes fils, mes petits gamins qui tapaient dans un ballon, et à qui j’apprenais à faire du vélo.
Ils sont beaux. Ils sont mes fils.

Je dis que ce sont mes fils. Oui. Car je suis un bonhomme de 56 berges et donc, je ne suis plus bon pour le service.

Chacun de ces gars qui sont morts, c’était mon fils.
Ils laissent des jeunes femmes veuves à vingt –cinq ou trente ans.

Alors quand le président annonce qu’on se retirera d’ici 2014, je voudrais bien savoir ce que ça veut dire . Président, ces soldats ne sont pas votre propriété. Vous les vouez à la mort en disant qu’on se retirera !

S’ils ne servent à rien, qu’ils rentrent. Ou bien il s’agit de la France et de ses intérêts. En ce cas, on y va. Ou bien il s’agit d’une erreur et on rapatrie nos soldats. Le problème, c’est qu’on ne nous dit ni l’un, ni l’autre.

Et puis je voudrais bien savoir pourquoi la crétine dégénérée Eva Joly prétend que le défilé du 14 juillet ne lui convient pas ! Hier, je me trouvais près de Denfert-Rochereau ; nos soldats passaient par là, après le défilé.

On les saluait. Ils étaient beaux. Ils étaient notre France. Ils étaient mes enfants. Leurs camarades étaient morts.

Mes deux grand-pères, François Ducher et Marc Taillandier, se sont battus en 14-18 pour que je sois un libre citoyen de la République Française. Ils en sont revenus. Mais beaucoup de petits gars qui avaient une mère et une fiancée n’en sont pas revenus.

Président Sarkozy, je vous demande compte d’un seul des cheveux de nos fils. Madame Eva Joly, je vous interdis de dire quoi que ce soit contre notre fête nationale.

On ne touche pas à mes fils.

Afghanistan: Ségo en pleine déconnitude

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Dès qu’elle endosse les habits de candidate à la présidence de la République, Ségolène Royal se met à dire des bêtises. C’est plus fort qu’elle, elle ne peut pas plus s’en empêcher que DSK de sauter supposément sur tout ce qui bouge.

Ainsi, voici son commentaire à chaud sur la mort récente de six soldats français en Afghanistan: « Cette obstination à maintenir la présence de l’armée française dans un pays dans lequel elle n’avait pas de capacité d’action et dans laquelle nos soldats étaient gravement exposés à toutes les formes d’attentats aboutit aujourd’hui à un nouveau drame qui prouve, une fois de plus, que Nicolas Sarkozy s’est fourvoyé en décidant la présence de l’armée française en Afghanistan.».

Ceux qui ont cru percevoir que l’engagement de nos troupes dans ces contrées lointaines avait été décidé d’un commun accord en 2001 par MM. Jacques Chirac et Lionel Jospin sont priés de venir soigner leur mémoire dans les stations thermales picto-charentaises.

Mme Royal estime en outre que ces soldats sont « morts pour rien », ce qui est tout à fait réconfortant pour les familles et camarades des défunts. De nouvelles victimes sont à craindre : les morts de rire à l’écoute d’une telle oraison funèbre.

Causeur magazine n°37 : La quadrature du sexe

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Vous n’aurez pas patienté en vain. Certes, comme chaque année en juillet, Causeur magazine arrive dans votre boite aux lettres un peu plus tard que les autres numéros de l’année, mais c’est un numéro double ! 64 pages 100% inédites, où l’on trouvera un dossier explosif : La quadrature du sexe.

Rassurez-vous, on ne va pas tartiner, comme les collègues, sur les bons plans drague pour l’été, ou les positions tendances du Kama Sutra. Mais néanmoins, on parlera sexe. Et pour être précis, on parlera tant de sexe que des sexes, et parfois même des deux à la fois. En ces affaires, de toute façon, il y a interpénétration. On a bien vu ce printemps comment on avait glissé progressivement, pour parler comme Robbe-Grillet, du procès de DSK à celui de tous les mâles blancs, et de celui-ci à l’exigence du partage des tâches ménagères puis à la promotion du clitoris libérateur, sans oublier la négation programmée de l’identité sexuelle dans les manuels scolaires.

Autant de thèmes sur lesquels nos auteurs, qu’ils soient hommes ou femmes, de droite ou de gauche, homos ou hétéros, s’en sont donnés à cœur joie, et semble-t-il, sans trop de compassion pour les intégristes de l’égalité sexuelle ou les penseurs militants en lutte contre l’hétérofascisme. Ce qui est sans doute, comme le dit Elisabeth Lévy dans son texte introductif, « le signe d’un attachement commun à la division, aux conflits, aux contradictions, aux ambiguïtés de l’existence ».

Pour pouvoir lire tout cela – ainsi que les articles verrouillés sur le site – il faudra bien sûr vous abonner ou, si besoin est, vous réabonner. Et si vous le faites d’ici samedi soir, nous nous engageons à ce que vous receviez Causeur magazine dès ce numéro 37 dans votre boîte aux lettres. Rappelons en outre qu’il est désormais possible de s’abonner uniquement à l’édition en ligne (avec bien sûr l’accès aux papiers verrouillés).

Pour les couples abonnés, nous rappellerons enfin que l’égalité dans le temps de lecture du magazine est un impératif moral, même si la violation de cette règle n’est pas encore punissable pénalement. Remarquez, rien n’interdit de souscrire à deux abonnements…

De quelle tendance de l’UMP êtes-vous ?

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1. Quand vous étiez petit [1. D’aucuns s’étonneront de ne voir aucune trace de Nicolas Sarkozy dans ce test. C’est fait exprès. C’est juste pour l’embêter. Des fois qu’il le lise…] :

◊ – Vous souhaitiez devenir comptable.

♣ – Vous vouliez devenir policier. Ou douanier.

♥ – N’importe quel métier, du moment qu’il y soit question de concorde nationale, d’union, et de lutte contre les ferments de la division.

♦ – Chef. De n’importe quoi, mais chef. Et célèbre aussi. Très célèbre.

ο – Fonctionnaire, pour servir l’Etat.

2. Chez vous, on trouve :

♦ – Tous les produits dérivés siglés UMP, et la photo officielle du Président trône dans votre salle à manger.

♥ – Les livres de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy. Alignés debout sur une étagère, à peu près 20 cm.

◊ – Une photo dédicacée de Jean-Michel Aphatie : « Contre la dette et les déficits, plaies de notre temps, amicalement, JMA ».

ο – Les bouquins de Zemmour.

♣ – L’intégrale des éditos d’Ivan Rioufol.

3. Vous assistez au mariage de votre nièce. La cousine du marié arrive au bras d’une demoiselle.

♣ – Vous trouvez rapidement les parents de la cousine en question et leur glissez la carte d’une clinique américaine où l’on soigne et rééduque les individus pourvus de cette tare contre-nature.

ο – Vous vous en fichez.

♥ – Vous saluez le couple en leur rappelant les combats successifs de Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy contre l’homophobie en particulier et tout ce qui divise les Français en général.

◊ – Vous allez leur dire mezzo voce que vous êtes de droite, certes, mais que les avancées sociétales ne vous font pas peur et que vous vous rendrez volontiers à leur mariage à elles aussi quand la gauche sera au pouvoir.

♦ – Vous allez d’abord plaindre les parents puis vous vous rendez auprès des deux filles pour leur vendre des cartes de l’UMP et leur promettre une investiture aux prochaines élections législatives afin de promouvoir leur communauté.

4. La délinquance routière

◊ – il faut lutter contre, multiplier le nombre de radars, enlever les panneaux annonçant ces derniers. Parce qu’elle coûte cher. Et que sa répression rapporte de quoi limiter légèrement les déficits.

♦ – Publiquement, vous dites votre horreur devant ses victimes. Mais vous écrivez à votre député pour le remercier d’avoir voté l’amendement limitant les retraits de points sur le permis de conduire.

ο – Il faut lutter contre elle, certes. Mais la politique du chiffre ne semble pas, ici comme sur les autres délinquances, porteuse de la meilleure efficacité.

♣ – Au lieu de lutter contre cette prétendue délinquance, la police serait mieux utilisée à réprimer le grand banditisme et les voyous qui empoisonnent la vie des braves gens dans les quartiers populaires.

♥ – Vous vous félicitez que le Président de la République poursuive le combat initié par Jacques Chirac contre ce fléau.

5. Votre petite dernière vous annonce que son petit ami est musulman et qu’il vient dîner ce soir

♦ – Vous accusez le coup. Puis, au cours du dîner, vous promettez au jeune homme une investiture de l’UMP aux prochaines élections législatives afin de promouvoir sa communauté.

◊ – Vous l’accueillez, plein de gravité, et vous excusez de tout ce qu’ont pu raconter certains membres de l’UMP si peu fidèles aux valeurs auxquelles vous croyez.

♥ – Vous lui rappelez, entre la poire et le fromage, le grand combat de Jacques Chirac contre l’extrême-droite et lui assurez que Nicolas Sarkozy s’inscrit dans la continuité de son prédécesseur.

♣ – L’air gourmand, vous vous hâtez de préparer l’apéritif. Vous servirez un Bourgogne accompagné de rondelles de saucisson de montagne.

ο – Qu’il soit musulman, catholique, mécréant ou écologiste, vous vous méfiez de tout ce qui approche votre fille.

6. Marine Le Pen :

◊ – Vous n’avez strictement rien à voir avec elle. Vous rappelez les heures les plus sombres de notre histoire et fustigez son programme économique absurde qui ne fera que creuser le déficit et augmenter la dette, déjà abyssale.

♣ – Cette gauchiste ?

♥ – Vous aimez rappeler le combat de Jacques Chirac et la digue qu’il avait édifiée face à l’extrême-droite. Vous avez toute confiance au Président de la République pour qu’il s’inscrive dans la continuité.

♦ – Vous tentez de la doubler sur la droite. En citant Eric Besson.

ο – Vous observez son discours économique qui vous rappelle Séguin de 1992 ou Pasqua de 1999. Et vous apercevez Gollnisch derrière elle… On passe à autre chose ?

Vous avez une majorité de ◊

Votre obsession, des comptes équilibrés. Votre idole, Jean-Michel Aphatie dont vous vous régalez des éditoriaux fustigeant dette et déficits. Très orthodoxe d’un point de vue économique, vous vous sentez plus proche du point de vue sociétal de DSK hier ou de François Hollande aujourd’hui que de l’aile dure de l’UMP[2. Sauf en cas de débat sur les défilés militaires et les binationaux franco-norvégiens. Si vous faites ce test un 14 juillet, reportez-vous donc à ♣.]. Vos champions : François Fillon et Alain Juppé. Votre petite faiblesse : Roselyne Bachelot.

Vous avez une majorité de ♣

Vous aimez la France éternelle, votre bagnole, le pinard et le saucisson sec. Vous dénoncez la droite molle qui nous amène le socialisme, le laxisme et l’islamisme. Vos champions : les élus de la Droite populaire. Votre petite faiblesse : Christian Vanneste.

Vous avez une majorité de ♥

Vous avez été nourri au sein du chiraquisme et vous avez fini par vous donner au nouveau maître. Afin de vous convaincre vous-même de la continuité entre les deux chefs d’Etat, vous n’arrêtez pas de tenter d’en convaincre vos interlocuteurs. Vos champions : Bruno Lemaire et François Baroin. Votre petite faiblesse : NKM.

Vous avez une majorité de ♦

Vous n’avez aucune ligne idéologique. Vous faites passer cela pour du pragmatisme alors que ce n’est que de l’opportunisme mâtiné d’incohérence. Vos champions : Jean-François Copé et Xavier Bertrand. Votre petite faiblesse : Benjamin Lancar.

Vous avez une majorité de ο

Mais que diantre faites-vous donc à l’UMP ?

Flavie Flament, prochain Goncourt ?

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A chaque rentrée littéraire résonne immanquablement le sanglot long des violons des critiques : « Les éditeurs publient trop de livres ! On ne sait plus quoi lire ! ». Retentit aussi l’hallali du chœur des libraires endoloris : « Les auteurs écrivent trop ! On ne sait plus quoi vendre ! ». Ces cris de douleur, nous les entendrons assurément en septembre – d’autant que plus de 650 romans sont annoncés (chiffre conséquent, bien qu’en baisse par rapport aux années précédentes), mais cette perspective ne doit pas nous faire négliger les ouvrages récemment parus.

Ainsi, il n’a pu échapper à personne que l’animatrice de télévision Flavie Flament – Miss-Ok Normandie 1988 et ex-speakerine de TF1 – vient de publier son premier roman Les chardons (éditions Le Cherche Midi), dans lequel la jeune-femme « effleure des thèmes comme l’anorexie, la maternité et la violence conjugale » (dixit le Parisien). « C’est un livre féminin, mais pas revendicatif, précise Flavie Flament. L’histoire d’une Poupette (l’irritant nom de son personnage principal, ndlr…) qui avait plein de rêves, a été fauchée en pleine course… mais a quand même la force pour choisir. »

On lit, sous la plume de Flavie des phrases comme « Les hommes sont des salauds. Des lâches aussi. » Ou encore « Les pores de sa peau (de Poupette, suivez un peu !) ne sont plus que des clitoris béants en attente de la langue salvatrice ». Oui. Flavie, femme écrivain… c’est vraiment la palme absolue de la crédibilité.

Gabriel Zaïd, dans son ouvrage Bien trop de livres ? Lire et publier au temps de l’abondance nous apprend qu’à travers le monde, selon ses estimations, un nouveau livre est publié toutes les trente secondes. De là à dire que certains livres sont écrits en trente secondes…

L’ex-animatrice déclare : « J’ai été amoureuse de tous mes profs de français. Et à tous les Noël, je demandais des Pléiade ». Dont acte. Qui sait si, à la prochaine rentrée, la jolie Flavie sera encore les étals des libraires ? Il est sûr, en revanche, qu’on la retrouvera sur France 2 pour un nouveau magazine féminin, diffusé en access prime time.

Mais la télé, attention, c’est du sérieux, il ne faudrait pas confondre avec la littérature…

Bien trop de livres ?

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Les Chardons

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Et merci pour le cinéma !

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C’est quand même très bien, finalement, cette vague de paupérisation sans précédent qui se précipite sur les peuples européens comme jadis la vérole sur le bas clergé, et ce grâce au capitalisme financiarisé qui se refait sur la bête. Comment, en effet, le cinéphile ne pourrait-t-il pas se réjouir d’apprendre que l’Italie, par exemple, compte désormais, alors que le plan d’austérité annoncé par Berlusconi n’est pas encore entré en vigueur, 8 millions de pauvres, soit 14% de la population ?

C’est leur INSEE à eux, l’Istat, qui le dit. Et il précise que dans ces huit millions, il y en a trois qui vivent dans un état de « pauvreté absolue » caractérisée par, nous citons, « l’impossibilité de payer les biens et les services considérés comme essentiels pour avoir un niveau de vie au minimum acceptable » .

En gros, le stade suivant, c’est la mort de faim.

Mais répétons-le, à toute chose malheur est bon. Le cinéma italien que Berlusconi avait fait mourir bien avant d’être Président du conseil avec son monopole sur les télévisions privées qui ne donnaient pas un rond pour autre chose que de la variétoche avec nibars à l’air et séries américaines, va forcément renaître.

Le pays se retrouvant peu ou prou dans la situation des années d’après guerre, assez logiquement on devrait voir réapparaitre un néo-néo réalisme italien. A nous les successeurs de Vittorio de Sica, de Rosselini ou de Giuseppe de Santis ! A nous les nouveaux voleurs de bicyclette et les nouveaux pigeons ! A nous les cuisses nues et inoubliables de nouvelles Sylviana Mangano dans des remake de Riz amer.

On plaisante ? Si peu. Il a fallu dix ans de thatcherisme et encore un peu de John Major derrière, c’est à dire de nettoyage par le vide de tout ce qui faisait de la société britannique celle d’une relative « common decency » telle que la définissait Orwell, pour redonner une vigueur au cinéma social anglais, celui du Ken Loach de Raining Stones ou du Mike Leigh de Naked, cinéma auparavant colonisé et même phagocyté par le cinéma américain et qui, de fait, était agonisant dans les années 70.

En France, on en arriverait presque à souhaiter un deuxième quinquennat Sarkozy, histoire d’en finir avec la Commission d’avances sur recettes, cette survivance bolcho-colbertiste qui sert surtout à filmer davantage la crise adultérine du trentenaire électeur d’Europe Ecologie-Les Verts rue Oberkampf qu’une fermeture d’usine du genre de celle des Conti à Clairoix.

L’inconvénient, bien sûr, c’est que pour voir tous ces bons films dont les mécènes très indirects, voire franchement involontaires, auront été les agences de notation, les banques, le FMI et l’UE, c’est qu’il faudra écarter la foule des mendiants qui pleureront devant les salles obscures en tendant la main.

Mais enfin, s’ils n’ont pas de pain, ces perdants, qu’ils fassent comme nous, qu’ils mangent des esquimaux !

Femmes pas fatales

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« Elles me trouveront seul et me parleront dans le noir »
James Ellroy, La malédiction Hilliker

James Ellroy, depuis qu’il est apparu au début des années 1980 avec Brown’s requiem, s’est imposé dans le paysage littéraire mondial comme un grand auteur de roman noir et un grand écrivain. Il y a même désormais un snobisme Ellroy qui consiste à ce que la moindre parution de ses textes soit l’occasion, notamment en France, de happening littéraires qui confinent, entre lectures publiques et interview complaisants, à un culte de la personnalité dont joue le principal intéressé, endossant parfaitement le rôle de l’ultra-réac type, du chrétien « rebirth » au mode de vie janséniste qui a renoncé à la came et à l’alcool, et tient sur la morale et la politique des discours qui feraient passer Bush Junior et Pat Buchanan pour des organisateurs de partouzes pédophiles avec messes noires à la fin. Il est toujours amusant, au demeurant, de voir comment une certaine presse française si vigilante avec tout ce qui peut ressembler de près ou de loin à un dérapage politiquement incorrect, notamment dans le polar qui se doit d’être antifasciste, forcément antifasciste, accepte et même célèbre la moindre saillie homophobe, anticommuniste voire cryptoraciste dans les déclarations d’Ellroy, qui s’amusent visiblement à instrumentaliser les médias en jouant à jusqu’où aller trop loin.

Heureusement, une fois ce brouillage levé, il reste une œuvre capitale qui, depuis la trilogie de Lloyd Hopkins jusqu’à celle d’ Underworld USA en passant par le Quatuor de Los Angeles, a su imposer un univers et un style radicalement nouveaux. Pour Ellroy, le roman noir est le moyen d’explorer l’histoire d’un pays, le sien, un pays finalement encore adolescent et qui a de l’adolescence à la fois la violence et ce mélange paradoxal de naïveté et de perversité. Sa peinture de Los Angeles comme ville symbole de cette violence-là lui a permis de repenser l’histoire récente des Etats-Unis, celle qui a vu Hollywood devenir une industrie clé, celle qui a permis les noces de la mafia et de la politique, celle qui a fait surgir des figures terrifiantes comme Hoover, le patron du FBI et Hugues, le milliardaire paranoïaque. Ou encore celle qui conduisit au maccarthysme, à la Baie des Cochons, à l’assassinat de Kennedy, à la grandeur et à la décadence de Richard Nixon, à l’activisme des Blacks Panthers et des commandos anticastristes. Ce mélange de personnages réels et de fiction qui traverse les romans polyphoniques et génialement hypertrophiés d’Ellroy donnent une force inoubliable à sa vision que l’on ne peut comparer aujourd’hui qu’à l’œuvre d’un Don DeLillo.

Ni fatales, ni éplorées

Mais pour le lecteur attentif ou sensible, au-delà de la débauche de violence et de cynisme, au-delà des manips sordides et des carnages programmés par la raison d’état qui font l’essentiel du roman national américain, il y a d’étranges personnages qui détonnent chez Ellroy. Comme les autres, ils sont violents, corrompus, désespérés mais ils ont une faiblesse : les femmes. Entendons-nous bien : il ne s’agit pas d’une quelconque obsession sexuelle, d’un donjuanisme où la testostérone viendrait un instant remplacer l’adrénaline.

Non, nous sommes davantage dans la passion, au sens premier, religieux, du terme. C’est cet inspecteur dans LA Confidential qui rentre le soir de Noël dans sa Studebaker et s’arrête devant une maison où il entend qu’on bat une femme : il descend, fracasse le mari cogneur et le laisserait pour mort si son collègue ne le retenait pas. Ou dans Underworld USA, c’est cet agent du FBI spécialisé dans la traque anticommuniste et fou amoureux de « la déesse rouge », une activiste juive pour l’égalité des droits civiques.
Cet amour fou pour les femmes qu’il voit toujours comme les cibles privilégiées de tous les prédateurs fait de James Ellroy une exception dans le roman noir. Elles ne sont chez lui ni fatales ni éplorées. Elles sont des présences vivantes, des figures fortes et vulnérables à la fois, capables de sacrifices dans un univers totalement corrompu qui a perdu jusqu’au sens de ce mot.

La clé de son œuvre est là. On le savait depuis son livre autobiographique, Ma part d’ombre. Il y raconte comment l’adolescent voyeur, voleur et toxicomane qu’il fut dans sa jeunesse est resté pour toujours hanté par la mort de sa mère, assassinée un jour de 1958 alors qu’il avait dix ans, sans que le coupable ne soit jamais retrouvé. Et comment cette mort lui a inspiré le roman qui allait le rendre célèbre, Le dahlia noir qui tourne autour d’un fait divers retentissant, l’assassinat en 1947 d’une starlette d’Hollywood, Elisabeth Short, lui aussi non élucidé.

Six résurrections aléatoires

Alors, pour comprendre son rapport désespéré aux femmes, Ellroy a publié cette année La malédiction Hilliker, du nom de jeune fille de sa mère. Ce n’est pas un roman noir mais ça y ressemble : ce sont des mémoires sensuels, poignants, somptueux. Ellroy y retrace son itinéraire d’écrivain rendu possible grâce à l’image fondatrice de la mère assassinée et de la culpabilité qui en a découlé, Ellroy ayant souhaité intérieurement sa mort dans un accès de rage enfantine. C’est aussi le récit de la poursuite d’une rédemption par les femmes, un hommage brutal et vibrant à ses amantes et à ses épouses comme l’écrivain et journaliste Helen Knode, épousée en 1991 mais dont le couple se détruit sous les poussées de panique d’un Ellroy sombrant dans la dépression.

Avec ses six chapitres qui sont six mouvements, six élans, six chutes et six résurrections aléatoires, La malédiction Hilliker est une autofiction à l’américaine, c’est à dire brutale, raffinée, obscène, mystique mais contrairement à celles qui sévissent chez nous, jamais, au grand jamais complaisantes : « Avec le recul, il se peut que mon emprise se résume à une caresse. Je découvrirai la réponse dans mes rêves et dans quelques éclairs de lucidité. Elles me trouveront seul et me parleront dans le noir ».

La Malédiction Hilliker

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La fausse bonne idée, c’était l’euro !

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Il y a quelques temps, Coralie Delaume taquinait Nathalie Kosciusko-Morizet à la suite de son réquisitoire contre la sortie de l’euro et le retour aux monnaies nationales. Au vu des lacunes de notre ministre, par ailleurs brillante polytechnicienne, il semblerait que l’économie ne soit pas une matière obligatoire pour entrer à l’X…

Sur les plateaux de télévision, la ministre de l’Environnement s’était en effet bien imprudemment avancée en sous-entendant que le retour au franc multiplierait les prix par 6,5 et conduirait donc à une perte dramatique de pouvoir d’achat pour les Français. Dans l’émission de Laurent Ruquier, suivant l’exemple de Coralie, Eric Zemmour avait littéralement ridiculisé la bien faible argumentation économique de NKM en retournant contre elle l’exemple du prix de la baguette dont le passage d’un franc à un euro illustre l’inflation consécutive à l’abandon du franc. Sur causeur, le débat entre défenseurs acharnés de l’euro et tenants d’une autre politique a suscité une passe d’armes alimentée par la réponse de Georges Kaplan à Coralie.

Un nouveau franc pas si mini que ça…

Confirmant en cela les analyses de NKM, Georges Kaplan s’en prend aux partisans d’une sortie de la monnaie unique au profit d’une monnaie commune européenne qui combinerait un retour aux monnaies nationales à l’intérieur et une devise commune vis-à-vis du reste du monde. Pour disqualifier cette solution à la crise monétaire européenne, Kaplan affirme avec catastrophisme que le nouveau franc nous ferait perdre 25% de la valeur actuelle de l’euro.
On peut pourtant lui objecter qu’en cas de sortie de l’euro, le franc ne serait pas dévalué.

Miracle ? Tour de passe-passe médiatique ? Non, il s’agit simplement du scénario retenu par les études prospectives de la banque ING. Cette institution financière souligne que la France se trouve au centre de gravité de la monnaie unique, entre la fourmi allemande et les cigales du Sud. Et si l’euro éclatait, le mark serait réévalué tandis que les peseta, lire, escudo et drachme nouveaux s’en trouveraient dévalués. Au milieu de l’ancienne zone euro, notre nouveau franc devrait conserver sa parité avec l’ancienne monnaie unique européenne, devenue entre temps une monnaie commune extérieure composée des différentes monnaies nationales. En fin de compte, le franc ne serait dévalué que par rapport au mark et au florin…

Georges au pays des merveilles libéral

Kaplan poursuit son argumentation en nous expliquant que les déficits commerciaux, partiellement causés par la surévaluation de l’euro, sont sans aucune importance. Bizarre : lorsqu’en mai, la France achète 41,6 milliards d’euros de marchandises et en vend seulement 34,2 milliards, il faudrait en conclure que le déficit commercial de 7,4 milliards qui en résulte ne pose pas problème . Bien sûr, nous pouvons toujours nous endetter à l’extérieur ou vendre nos bijoux de famille pour combler ce trou. Autrement dit, continuer à nous appauvrir.

Après cet argument fantaisiste, Georges Kaplan rejette la proposition de révision de la loi du 3 janvier 1973 qui interdit à la Banque de France d’avancer de l’argent au Trésor Public, et donc de financer l’Etat en faisant tourner la planche à billets. Contre toute velléité de changement du statu quo, Kaplan agite le chiffon rouge de l’hyperinflation et de la spoliation des épargnants dont les économies perdraient l’essentiel de leur valeur.

Or, depuis une quinzaine d’années, c’est le système actuel qui a permis l’inflation ahurissante du prix de nombreux actifs, créant des krachs en série. En outre, une monétisation responsable- qui consiste à augmenter les liquidités mis à la disposition des banques, notamment en émettant une nouvelle monnaie en contrepartie de créances – pourra nous éviter une déflation mortifère en cas de baisse de la masse monétaire.

Pour conclure ce petit billet, je ne résiste pas à l’envie de mentionner la théorie des Zones Monétaires Optimales, régulièrement avancée par des économistes libéraux tels que Jean-Jacques Rosa, Alain Cotta ou Gérard Lafay. Selon celle-ci, il est absurde de vouloir maintenir une monnaie unique pour des pays aussi économiquement hétérogènes que ceux de la zone euro. Je serais bien curieux de savoir comment faire fonctionner l’euro compte tenu des travers de cette construction baroque et artificielle.

Au final, Kaplan a raison de dénoncer une fausse bonne idée. A la nuance près que celle-ci n’est pas le retour aux monnaies nationales mais la création de l’euro. Ceux qui nous promettaient monts et merveilles, traduisez : croissance et emploi, avec l’euro nous prédisent aujourd’hui l’apocalypse si d’aventure nous quittions la monnaie unique. Qui peut encore les croire ?

Eva Joly n’aime ni le défilé ni le 14 juillet

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« Xénophobie » : le grand mot est lâché. Les Verts soutiennent la proposition d’Eva Joly qui était passée pour la bourde d’une gourde peu au fait de l’Histoire de France et de ses fêtes nationales. François Fillon est allé droit au but en disant que la candidate écologiste n’avait « pas une culture très ancienne des valeurs françaises ». Ce qui permet à Cécile Duflot et aux verts de rebondir sur le thème éculé du procès d’intention des connivences entre droite et extrême droite.

Europe Ecologie-Les Verts (EELV) s’indigne « des réactions aux relents xénophobes que des responsables de la majorité et du Front National » ont faites à la proposition d’Eva Joly. Imputée au modéré François Fillon la chose est risible. Cependant le premier ministre vient de donner le ton de la campagne présidentielle qui s’annonce. Une partie non négligeable du débat d’idées se fera sur la question des valeurs : multiculturalistes à gauche, nationales et républicaines, à droite.

Mais il serait naïf de ne pas voir que c’est Eva Joly qui a lancé les hostilités. Je ne cois pas à l’erreur d’une prétendue oie blanche. C’est elle qui par deux fois, en revendiquant la richesse que représentait sa bi-nationalité, lors de son investiture, puis, en proposant de supprimer la célébration des forces de défense nationale, lors de la fête du 14 juillet, a provoqué le débat sur les valeurs d’une société qu’elle souhaiterait changer radicalement.

Deux questions se posent quant à ce qu’il convient d’appeler les provocations politiques de madame Joly. Lorsqu’elle revendique fièrement ces origines étrangères: «C’est la première fois que se présente à la présidentielle une Française, qui est née et a grandi à l’étranger» ne milite-t-elle pas clairement pour une sorte de xénophilie politique? Et lorsqu’elle précise dans le même discours du 12 juillet : « Je représenterai … la France du XXIème siècle, dont l’identité n’est pas la nostalgie d’un âge d’or imaginaire, mais un projet … riche de ses différences …la France des régions souvent niées dans leurs traditions » n’exprime-t-elle pas un idéal proprement inverse aux valeurs républicaines françaises ?

Ce qu’elle dénonce comme « âge d’or imaginaire » n’est rien d’autre que l’héritage philosophique des Lumières qui, par la Révolution française a permis de réaliser l’égalité politique de tous les citoyens à partir précisément, du dépassement des différences régionales, culturelles ou raciales. Et sous prétexte de modernité, le programme d’EELV propose un retour aux valeurs d’ancien régime un genre de revival communautariste clairement anti-national voir contre-républicain.

Ce qu’Eva Joly rejette au fond c’est l’unité nationale de la République française, pour elle, c’est un vieux truc dépassé.

Le cinéma politique français en panne

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Les cinéphiles qui rouspétaient contre l’absence de films politiques dans le cinéma français ont été servis. A quelques semaines d’intervalle, ils ont eu droit à une version caricaturale de l’ascension tonitruante de Nicolas Sarkozy avec La Conquête de Xavier Durringer ; puis, avec Pater, à la mise en scène puérile, narcissique et finalement horriblement ennuyeuse d’un réalisateur et de son acteur, l’un jouant à être le Président, l’autre, le Premier Ministre, sur une toile de fond dégoulinante de moraline.

D’un côté, la politique spectacle, version grand guignol avec la marche tambour battant vers les sommets, de l’autre, la politique morale et la justice sociale version démago. Devant cette alternative déconcertante, le spectateur est pris de doute. Le cinéma n’est-il pas en France, le genre artistique le moins capable de mettre en scène le pouvoir politique ? Quel écart entre nos réalisateurs trop pleutres et conformistes et les cinéastes américains qui ne cessent de s’interroger sur la fiabilité de leurs principes et de critiquer les dérives de leur système politique !

Pour l’aréopage des critiques, il n’y a pourtant pas de doute possible, Pater est un grand film sur la politique, la parole et la paternité. Rien que ça ! Tout le monde affiche un sourire béat d’admiration et personne ne bronche devant l’inquiétante équivalence entre le pouvoir politique et le pouvoir paternel.

De toute façon, la vision paternaliste d’Alain Cavalier importe peu. Pour la critique, il s’agit de trouver un film politique qui prenne le contre-pied de celui de Xavier Durringer, jugé trop complaisant à l’égard de Nicolas Sarkozy. Passionné, amoureux, ambitieux, Nicolas Sarkozy y était en effet montré comme le Rastignac de la République. Ce côté héros balzacien du « Président des riches » a donc dû en exaspérer plus d’un.

Avec Pater, la critique se réjouit. Dans un décor volontairement minimaliste, la politique ne se fait pas dans les lieux de pouvoir habituels, dans le faste du palais de l’Élysée, mais dans l’intimité du privé, autour d’une table, au coin du feu, dans l’embrasure d’une fenêtre. Les confidences du huis clos remplacent les plans com du think tank bavard et exalté du QG de l’UMP. Le calme olympien du Président chahuté par deux trois sautes d’humeur de son Premier ministre, qui ne peuvent être que sincères, s’inscrit en rupture avec le dynamisme fébrile de Nicolas Sarkozy.

Alain Cavalier incarnerait-il le Président normal version François Hollande ? Allez savoir…
Mais au-delà de la forme, c’est sur le fond que l’antagonisme entre les deux films est flagrant.

Ce n’est pas la politique conquérante, agressive, minée de pièges et de traîtrises qui est représentée dans Pater mais la politique morale, non pervertie par les affaires de fesses, de fric et de manipulations en tout genre, la politique telle qu’on voudrait qu’elle soit dans le monde des Bisounours.

Au slogan « Travailler plus pour gagner plus », Cavalier et Lindon répondent « Salaire maximum ». Le discours résonne évidemment avec le débat actuel et certaines propositions sur la fiscalité avancée par la gauche. Alain Cavalier joue sur les réflexes émotionnels de l’opinion sensible à l’indécence tapageuse des riches : « S’il y a un salaire minimum régi par la loi, pourquoi n’y aurait-il pas un salaire maximum aussi régi par la loi ? ». Applaudissements.

Cavalier ne rentre pas dans le détail. Il réalise un film politique juste pour s’amuser. Affronter l’éternel déchirement tragique entre les convictions et les responsabilités ne l’intéresse pas. Peu lui importe de savoir en quoi limiter le salaire de Carlos Ghosn va augmenter le pouvoir d’achat de l’ouvrier de chez Renault.

Avec ses relents de bolchevisme attardé, Cavalier encadre, surveille et punit. Tout au long du film, il prend le bâton de pèlerin du social tout en s’adonnant à l’hédonisme culinaire. Un conseil, n’allez surtout pas voir Pater le ventre vide, c’est une très mauvaise idée, surtout que vous ne pourrez pas compter ni sur le rythme du film, ni sur le scénario et encore moins sur le jeu des acteurs pour avoir quelque chose à vous mettre sous la dent. Cavalier, Président des pauvres et Lindon Premier ministre vertueux parlent d’indécence tout en savourant truffes, foies gras et grand crus. C’est à se demander si Cavalier ne voulait pas décomplexer la gauche caviar !

De toute façon, ce n’est pas tant de politique dont nous parle Alain Cavalier que de lui-même. La France ? Les Français ? Des pauvres gouvernés par des élites corrompues. Chouette, encore un film qui valide le « tous pourris » et donne des voix à Marine !

Alain Cavalier s’en fiche. Lui a pris un plaisir manifeste à jouer au Président, à donner des leçons de morale, à parler vrai et à filmer vrai. Les repères ont été brouillés, les frontières entre les genres effacées, les clivages ont sauté et tout s’est mélangé dans une zone indécise à mi-chemin entre la réalité objective du documentaire et la représentation subjective d’une fiction sur le pouvoir. Alain Cavalier est content de lui, son Pater a dépolitisé la politique et détruit l’illusion cinématographique. Bref, le seul personnage qui joue son rôle sans ambiguïté, c’est le chat qui suscite du coup une profonde et réelle sympathie.

Alors, on ne peut souhaiter qu’une chose pour 2012 : qu’Alain Cavalier réalise à nouveau des œuvres cinématographiques parce qu’à la sortie d’un film aussi génial que Chamade , le spectateur pouvait s’exclamer sans hésiter « Ça c’est du cinéma ! ».
Quant aux films politiques made in France, après Durringer et Cavalier, on les attend toujours.

Touche pas à mes fils

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Ces soldats qui se font tuer, ce sont mes fils.

Chacun de ces soldats français qui se sont fait tuer en Afghanistan, c’est mon fils.

Ce sont mes fils, mes petits gamins qui tapaient dans un ballon, et à qui j’apprenais à faire du vélo.
Ils sont beaux. Ils sont mes fils.

Je dis que ce sont mes fils. Oui. Car je suis un bonhomme de 56 berges et donc, je ne suis plus bon pour le service.

Chacun de ces gars qui sont morts, c’était mon fils.
Ils laissent des jeunes femmes veuves à vingt –cinq ou trente ans.

Alors quand le président annonce qu’on se retirera d’ici 2014, je voudrais bien savoir ce que ça veut dire . Président, ces soldats ne sont pas votre propriété. Vous les vouez à la mort en disant qu’on se retirera !

S’ils ne servent à rien, qu’ils rentrent. Ou bien il s’agit de la France et de ses intérêts. En ce cas, on y va. Ou bien il s’agit d’une erreur et on rapatrie nos soldats. Le problème, c’est qu’on ne nous dit ni l’un, ni l’autre.

Et puis je voudrais bien savoir pourquoi la crétine dégénérée Eva Joly prétend que le défilé du 14 juillet ne lui convient pas ! Hier, je me trouvais près de Denfert-Rochereau ; nos soldats passaient par là, après le défilé.

On les saluait. Ils étaient beaux. Ils étaient notre France. Ils étaient mes enfants. Leurs camarades étaient morts.

Mes deux grand-pères, François Ducher et Marc Taillandier, se sont battus en 14-18 pour que je sois un libre citoyen de la République Française. Ils en sont revenus. Mais beaucoup de petits gars qui avaient une mère et une fiancée n’en sont pas revenus.

Président Sarkozy, je vous demande compte d’un seul des cheveux de nos fils. Madame Eva Joly, je vous interdis de dire quoi que ce soit contre notre fête nationale.

On ne touche pas à mes fils.

Afghanistan: Ségo en pleine déconnitude

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Dès qu’elle endosse les habits de candidate à la présidence de la République, Ségolène Royal se met à dire des bêtises. C’est plus fort qu’elle, elle ne peut pas plus s’en empêcher que DSK de sauter supposément sur tout ce qui bouge.

Ainsi, voici son commentaire à chaud sur la mort récente de six soldats français en Afghanistan: « Cette obstination à maintenir la présence de l’armée française dans un pays dans lequel elle n’avait pas de capacité d’action et dans laquelle nos soldats étaient gravement exposés à toutes les formes d’attentats aboutit aujourd’hui à un nouveau drame qui prouve, une fois de plus, que Nicolas Sarkozy s’est fourvoyé en décidant la présence de l’armée française en Afghanistan.».

Ceux qui ont cru percevoir que l’engagement de nos troupes dans ces contrées lointaines avait été décidé d’un commun accord en 2001 par MM. Jacques Chirac et Lionel Jospin sont priés de venir soigner leur mémoire dans les stations thermales picto-charentaises.

Mme Royal estime en outre que ces soldats sont « morts pour rien », ce qui est tout à fait réconfortant pour les familles et camarades des défunts. De nouvelles victimes sont à craindre : les morts de rire à l’écoute d’une telle oraison funèbre.