Accueil Site Page 2717

Mélenchon : la chute finale

On sait à peu près ce qu’il adviendrait si – pardon, on sait ce qu’il adviendra lorsque que Jean-Luc Mélenchon arrivera au pouvoir, comme il l’a annoncé dans son discours du Prado, où il affirma fièrement que « le gouvernement du Front de gauche viendra ».

Ce qui arrivera, il nous l’a dit : lors d’un récent entretien accordé aux Inrocks (son cœur de cible), il déclarait que son ambition était « de faire des choses à la hauteur de (ses) rêves de jeunesse et de ceux de (ses) contemporains. Il y a des gens comme moi qui n’ont jamais cessé de croire qu’on pouvait construire un paradis, ici et maintenant. ». Le paradis terrestre, voilà donc ce que propose Méluche, non sans assurer qu’au préalable, sa « tâche consiste à refonder le socialisme historique régénéré par l’intelligence de l’écologie politique. Le pain noir de la gauche, c’est fini ! » Car notre nouveau Marx est aussi un nouveau prophète, qui annonce la venue de l’Aube nouvelle et des lendemains qui chantent : « A partir d’aujourd’hui, il y a chaque jour un peu plus de lumière. » Des formules qui ont dû impressionner les lecteurs bien-pensants du magazine de Matthieu Pigasse, mais qui manquent un peu de précision. Par bonheur, Méluche n’est pas chien, et il n’hésite ni à détailler ce que sera ce paradis terrestre (cf L’Humain d’abord, comme dans les publicités de la GMF), ni à se trouver des références époustouflantes : le Cuba de Castro, par exemple, décrit comme « le foyer qui maintient l’idée, le rêve éveillé de pouvoir construire quelque chose de différent, et qui continue à avancer, malgré tous les problèmes matériels auquel elle est confrontée ».

Voilà pour le grand soir : « un printemps ininterrompu», promettait Mélenchon au Prado en citant Jean Ferrat. Mais en attendant ? Là, c’est le mystère, et les commentateurs, jusqu’aux docteurs es-Méluchisme les plus affutés, se bornent à avancer – en cas de victoire de François Hollande -, deux ou trois hypothèses, également possibles, mais pareillement incertaines.
Première hypothèse, Mélenchon se range et accepte, toute honte bue, quelques jolis maroquins pour lui et pour ses proches, en échange de son ralliement « républicain » au Capitaine de pédalo. Comme de juste, le tribun des plages a déclaré à qui voulait l’entendre que jamais, au grand jamais, il n’accepterait d’entrer dans un gouvernement qui ne serait pas le sien. Dans son entretien aux Inrocks, Il affirmait d’ailleurs que son « ambition » n’était « pas le pouvoir (…) Je suis dans un autre degré d’ambition ». Mais on a déjà vu des politiciens ne pas respecter strictement leurs promesses – de même que l’on a déjà vu Mélenchon siéger dans un gouvernement qu’il ne dirigeait pas. Il est vrai que le premier ministre de l’époque, Lionel Jospin, venait lui aussi de la mouvance lambertiste, ce qui n’est pas sans créer des liens. Bref, l’hypothèse n’est pas tout à fait absurde, d’autant que Méluche est resté suffisamment longtemps dans les Palais de la république – dont vingt ans au Sénat – pour y prendre certaines habitudes. Et qu’en outre, tel serait pour lui le meilleur moyen de peser de façon significative sur les orientations politiques de la gauche.

Deuxième hypothèse : Mélenchon décide de tenir sa promesse, et de se la jouer chef de bande. Mais pour le faire de façon sérieuse, pour pouvoir influencer en profondeur le jeu politique, il lui faudrait bénéficier d’outils suffisamment puissants, efficaces et rôdés : parti, groupe parlementaire, relais locaux, etc. Et pour cela – Mélenchon étant un homme pressé qui n’a ni le temps ni le goût d’attendre-, une seule solution : phagocyter le PCF au sein du Parti de Gauche, sinon destiné à rester un groupuscule sans impact, un costume beaucoup trop étroit pour la nouvelle carrure de son homme fort. La tâche serait évidemment délicate – mais ô combien exaltante pour un ex-trotskiste, qui a dû longtemps rêver de venger les purges staliniennes, le martyre du POUM et le pic à glace meurtrier de Ramon Mercader. En somme, quoi de plus tentant que de faire disparaître le vieux PCF héritier du stalinisme en l’absorbant dans une structure conduite par un ancien de la IVème Internationale ? Une tentation que semblent confirmer les relations plutôt ambiguës entre le leader du Front de gauche et le parti du peu charismatique Pierre Laurent – malgré la volonté acharnée de sauvegarder les apparences… Ou encore, l’appel aux syndicats pour le 1er mai formulé dans le discours du Prado, Mélenchon se déclarant disponible, si les syndicats le veulent, pour participer à un « 1er Mai stupéfiant d’unité et de puissance ».

Troisième et dernière hypothèse, la voie étroite du Bayrouïsme. Elle consisterait, après avoir frôlé les 20 % au premier tour des présidentielles sans pour autant accéder au second tour, à se croiser les bras et à se dire que la prochaine fois sera la bonne – laissant le jeu politique se dérouler sans y intervenir directement, et sa base électorale s’effilocher au fil des années. Gageons que Mélenchon est trop matois, trop gourmand et trop ambitieux pour se laisser aller à cette tentation-là.
D’où l’on peut supposer qu’il hésitera plutôt entre les deux précédentes solutions, le retour au bercail et un titre de ministre d’État, ou l’OPA sur le Parti communiste. Ce qui veut dire qu’avant le Grand soir, Méluche aura l’occasion de se salir les mains. Même s’il n’a pas de mains.

La crise chez Périclès

2

Quand les « intentions d’abstention » battent des records, quand la morne et plate campagne électorale donne un nouveau sens au mot célèbre de Lamartine « la France s’ennuie », parler de démocratie n’est a priori pas une mauvaise idée. Depuis janvier, la chaîne Arte consacre en effet une série de films documentaires (I love democracy), au « pire régime politique au monde, à l’exception de tous les autres ».
Pour la chaine que tout le monde dit regarder, 2012 est l’année de la démocratie. D’un côté, dans plus de vingt pays – y compris le nôtre – les citoyens devront aller aux urnes. De l’autre, le printemps arabe passe à vitesse grand V de la phase « envolée lyrique », célébrant la marche irrésistible des peuples vers la liberté, à la phase « analyse cynique » marquée par la dénonciation des manipulations et autres collusions économico-stratégiques entre officines et ONG américaines.

Le contexte international offre donc deux bonnes raisons à Daniel Leconte, le producteur de la série, de visiter quelques pays emblématiques. Après la Tunisie et la Russie et avant les Etats-Unis l’Inde et le Maroc, l’équipe a braqué ses caméras sur la Grèce qui à défaut d’être le véritable berceau de la démocratie libérale contemporaine – il y a fort à parier que Périclès et ses amis auraient peu apprécié le principe de représentativité qui caractérise nos démocraties – nous a légué des catégories essentielles telles que « politique », « tyrannie », « démagogie » et bien entendu, « crise » !

Mais la Grèce est un cas intéressant pour des raisons qui n’ont pas forcément trait à l’histoire et à l’étymologie. Le « cas grec » pose surtout la question fondamentale de la responsabilité en démocratie. En principe, dans un tel régime, il n’y pas de séparation entre les « sujets » et le « souverain ». Les citoyens sont intégrés au pouvoir « souverain » et en sont des acteurs à part entière, même si leur action se limite à l’expression ponctuelle de leur opinion en période d’élections. Effectivement, dès le début de ce documentaire fascinant, la seule et unique question traitée est celle de la responsabilité. Personne ne débat des solutions ni propose des alternatives et la seule chose qui préoccupe les gens est de désigner les responsables et les coupables pour exiger qu’ils paient.

Pendant la première partie du film le metteur en scène Emmanuel Leconte va à la rencontre de la « Grèce profonde » où l’union nationale semble parfaite : tout le monde convient que la classe politique a ruiné le pays en s’en mettant plein les poches. Certains, comme le berger Costas de l’île de Lemnos emploie un vocabulaire très riche pour exprimer leur colère et leur frustration. Au passage, le téléspectateur attentif reconnaît les premières syllabes d’un autre terme d’origine grecque : « cleptomanie ». Avec un vocabulaire plus choisi, un fleuriste athénien installé place de la Constitution, la voix sanglotante, compare la surveillance de la Troïka à l’occupation allemande.

Le fleuriste – diplômé d’une grande université américaine -, aussi bien que le berger, le fonctionnaire municipal et leurs compatriotes interviewés se montrent d’ailleurs d’une parfaite dignité et affichent une intelligence et un niveau de culture qui suscitent la sympathie. Les réponses des enfants de Lemnos questionnés sur leurs projets d’avenir sont poignantes de sincérité et de lucidité tandis que l’humour subtil de l’agent municipal de la ville de Drama encourageant les immigrés chômeurs à quitter le pays et à l’avertir si jamais ils en trouvent, résume parfaitement la tonalité des propos recueillis par Leconte.

Mais, après un premier mouvement d’empathie, ces mêmes qualités attachantes finissent par créer un malaise. Comment est-il possible que des gens aussi cultivés et intelligents n’aient pas soupçonné l’impasse de leur modèle socio-économique? Comment se fait-il qu’ils ne se soient pas posé la question suivante : qui paie ? D’où vient l’argent qui finance tous ces postes si tout le monde triche sur les impôts ? C’est à ce moment précis qu’on regrette que le metteur en scène n’ait pas posé quelques questions dérangeantes à ses interlocuteurs, sur leur comportement fiscal par exemple. Leconte laisse parler ses interlocuteurs sans essayer de le mettre en difficulté. C’est un choix assumé, une véritable stratégie narrative. L’argument s’articule et se déploie lentement et c’est par d’autres point de vu que la position critique des créateurs du film se dévoile.

Ainsi, après les derniers propos recueillis auprès de « simples citoyens », la seconde partie du documentaire est consacrée à cette classe dirigeante tant décriée. C’est dans les entretiens avec d’éminents hommes politiques comme George Papandreou, toujours premier ministre au moment du tournage, qu’on aperçoit pour la première fois l’esquisse d’une autocritique. Tout en reconnaissant leur part de responsabilité dans la faillite de la Grèce, ses dirigeants dénoncent un système mis en place à partir des années 1970, financé par l’argent européen et dont tout le monde ou presque a profité. Si les politiciens entretenaient des clientèles pour se faire élire et se maintenir au pouvoir, les votes ont été achetés contre des emplois publics. Ce principe de « gagnant-gagnant », où seule l’Europe perdait, a longtemps arrangé nombre de Grecs. Comme le souligne avec une certaine amertume Theodoros Pangalos, un ancien « poids lourd » du PASOC, tous ceux qui réclamaient avec véhémence et raison que les élus du peuple baissent leurs salaires de 50% (de 8000 à 4000 euros mensuels) n’ont même pas songé à exiger une facture à leurs plombiers, électriciens ou médecins qui rognaient parfois leurs prix moyennant un paiement en espèces !

L’une des clés du mystère grec nous a été livrée par l’historien Nicolas Bloudanis, spécialiste de la Grèce contemporaine. Selon lui, l’intégration précoce de la Grèce au marché commun et à la communauté européenne à la fin des années 1970 avait déjà des visées politiques et géostratégiques. La question de l’adaptation des institutions, de l’Etat et de la société grecs aux normes européennes n’aurait guère lourd dans la décision d’entrer dans la CEE. Pour enterrer à bon compte un passé douloureux (dictature, guerre civile) la société grecque aurait été mise sous perfusion financière. Comme tous les accros, elle aurait sacrifié son avenir pour satisfaire des besoins du présent. A cette explication, Bloudanis ajoute une autre dimension : le rôle de l’Etat qui rappelle à l’historien les anciennes démocraties populaires de l’Europe de l’Est. Paradoxalement, malgré la générosité de l’Etat envers ses citoyens, ceux-ci n’ont jamais cessé de voir en lui un corps étranger à la société au rôle mal défini. Un peu comme l’Europe pour nous Français. Aux yeux des Grecs, il est tout à fait légitime – bien qu’illégal – d’en profiter sans vergogne. Ce divorce entre la société et l’Etat explique l’étrangeté de la situation grecque : les citoyens cultivés et politisés d’un côté, des institutions défaillantes de l’autre. C’est peut-être par-là qu’il faut chercher la solution.

I love democracy : la Grèce, mardi 17 avril, 20h40 sur ARTE
Documentaire d’Emmanuel Leconte et Daniel Leconte (France, 2012, 1h30mn)
Coproduction : ARTE France, Doc en Stock

Hollande vs Hardy : Les Français préféreront Françoise à François

18

Les bienfaits que Françoise Hardy a procurés à mon pays me sembleront toujours plus précieux que ce que M. Hollande, qui se prépare à faire don de sa personne à la France, lui apportera.

M. Hollande a tort de moquer Françoise Hardy. Celle-ci est connue dans le monde entier ; à Londres, par exemple, elle demeure une icône, sa photographie y couvrait naguère les murs des boutiques de mode et des disquaires. Bob Dylan a fait son siège pendant plus d’une semaine, pour n’obtenir d’elle qu’un vague sourire : elle était follement éprise d’un autre. M. Hollande n’est salué qu’en France, et je lui prédis bien des difficultés pour se faire reconnaître ailleurs.

Récemment, Françoise Hardy a déclaré qu’elle redoutait les mesures de M. Hollande, s’il était élu à la présidence de la république, en matière de fiscalité sur les grandes fortunes. Elle a assuré qu’elle payait 40 000 Euros au titre de l’ISF, et qu’elle déclarait 150 000 Euros de revenus les bonnes années. Elle a prétendu que l’augmentation « hollandaise » de sa part imposable la mettrait dans une situation matérielle difficile : “Je serais forcée, à pas loin de soixante-dix ans et malade, de vendre et de déménager.”. Elle a cédé, voici quelques années, la charmante maison qu’elle possédait dans le XIVe arrondissement parisien, et acquis un appartement, dans un immeuble modeste, près de l’Étoile. Elle n’a volé ni exploité personne ; l’argent qu’elle a gagné est celui que son talent, immense et reconnu, lui a mérité.

Françoise Hardy n’a jamais songé à quitter la France pour vivre un exil fiscal en Suisse ou ailleurs. Elle n’aurait sans doute pas supporté d’être loin de son terroir parisien. Par ailleurs, elle est si franche, si sincère que frauder le fisc ne lui viendrait pas à l’esprit. Le Parti Socialiste ne compte-t-il dans ses rangs que des personnes aussi irréprochables ?
M. Hollande, qui n’a démontré jusqu’à présent que les qualités d’un apparatchik, a eu tort d’ironiser : “ […] si les personnes qui sont à la rue, et il y en a aujourd’hui, payaient 40 000 euros d’ISF, elles seraient heureuses […]. Il y a des gens qui couchent dehors, des gens qui sont dans les tentes, des roulottes, des caravanes. Ce sont eux qui couchent dans la rue ! ”. Françoise Hardy n’est en rien responsable des malheurs qui accablent nos compatriotes, au contraire, par ses chansons, elle concourt à leur rendre la vie un peu moins pénible.

J’ai eu le plaisir d’offrir, récemment, un CD des chansons anciennes de Françoise à une SDF, qui m’en avait exprimé le vœu. « Les gens qui couchent dehors » s’endorment parfois sur la voix de Françoise, je ne sache pas que François puisse prétendre à ce privilège. Enfin, je parierais volontiers que Françoise Hardy a rapporté beaucoup d’argent à la communauté, par ses impôts et par ses ventes à l’étranger, c’est à dire par son métier, par sa voix, par ses textes. En revanche, M. Hollande porte sa part de responsabilité dans l’appauvrissement général des Français. Son parti a défendu avec le zèle des nouveaux convertis la soumission aux marchés, à l’argent facile, à la vulgarité brutale et cynique des dépeceurs d’entreprise.

Au contraire de Françoise Hardy, je crois pouvoir assurer que M. Hollande n’aura pas conquis le cœur des français par ses seules qualités, mais, en quelque sorte, par défaut…

Mélenchon, homme de droite ?

6

C’est Jean-Jacques Bourdin qui, hier, sur BFM, a levé le lièvre. Le truc de sa vie. Il était face à face à Jean-Luc Mélenchon quand il lui a posé la question qui tue : « Avez-vous participé, oui ou non, à la remise de la légion d’Honneur à Patrick Buisson par Nicolas Sarkozy ? » Et notre méluche national, pardon international, de répondre : « Oui, j’y étais. Il m’avait invité. »

Depuis, les commentaires vont bon train : quoi, Mélenchon, chantre de l’universalisme à la française parader sous les ors de la République en compagnie de Buisson, l’auteur de sinistre mémoire du virage à droite du sarkozysme – comme si virer à droite quand on est déjà à droite ne correspondait pas en réalité à un virage à gauche ou, pour le moins à un retour au point initial ? Un homme de gauche fréquentant un homme de droite ? Il y a nécessairement anguille sous roche et je vous le donne en mille, les plus brillants de nos journalistes politiques en ont conclu que Jean-Luc Mélenchon n’était qu’un vulgaire sous-marin de poche piloté par l’Elysée pour grappiller des voix à François Hollande. Bref, ce que François Mitterrand était parvenu à faire pour la droite avec le Front national, Nicolas Sarkozy l’aurait essayé avec la gauche : faire monter les extrêmes, leur faire la courte échelle.

Sur ce point, on ne peut que donner raison aux commentateurs : une candidature unique de François Hollande aurait grandement facilité son accession prévue à la magistrature suprême. Tout démocrate devrait, par nature, quand il est de gauche, se rallier au principe de la candidature unique : Staline n’était pas du genre à voir d’un bon œil d’autres candidats se présenter contre lui à d’hypothétiques élections. Quand l’un ou l’autre était en mesure de le faire, Gorki lui taillait un costard sur mesure et, si ça ne suffisait pas, Beria prenait ses mensurations pour le cercueil. Oui, la candidature unique épargne bien des peines, des chagrins et des déboires.

Des gens comme Philippe Poutou, Nathalie Arthaud, Eva Joly et Jean-Luc Mélenchon sont franchement des rabat-joie et des empêcheurs de tourner en rond. Sans eux, François Hollande aurait fait un 102 % voire un 103 % – mais, faut pas exagérer, nous ne sommes pas dans une république bananière – dès le premier tour de la présidentielle. Et puis voilà, ils sont là, compliquent la mise et obligent le candidat plébiscité à aller vers un second tour. Et pourquoi pas un troisième, pendant que vous y êtes ?

Le sujet n’en demeure pas moins que cette collusion entre Jean-Luc Mélenchon et Patrick Buisson – le premier ayant assisté à la remise de décoration du second – met en péril la République. Et la démocratie. Et la gauche. Et les droits de l’homme. Et ta sœur ?

Je serais à la place de mes confrères éditorialistes – je n’y suis pas – je réclamerais pour Jean-Luc Mélenchon les peines que lui-même requiert. Il est social-traitre ? Qu’il s’en aille ! Et puisqu’il ne veut pas partir, qu’on l’envoie au goulag et qu’on adresse à sa famille, le jour venu, la facture de la balle que la Gauche éternelle, parfois social-démocrate, mais toujours immaculée de toute étreinte avec le réel, lui collera dans la nuque pour l’absoudre de ses fautes.

Ce n’est pas moi qui parle. Ce sont eux qui le font. Ils réclament sa tête, ici et maintenant. Puissent les dieux immortels avoir pitié de sa caboche !

Et si tout simplement – horrible hypothèse –, le petit père (des peuples) Mélenchon n’était qu’un homme de bonne volonté ? Un idéaliste, un utopiste, un âne buté, mais pas un sectaire. Un simple Français qui a mûrement médité les leçons de la France : aux obsèques de Barrès, c’est Léon Blum qui pleurait le plus. Et alors ?

Nous vivons dans un même pays. Nous sommes Français et nous pouvons nous causer, et même nous respecter, d’un bord à l’autre de la République, sans être suspectés de succomber aux alliances rouges et brunes. Nous respecter, les uns et les autres, et même nous aimer, tandis que nous communions en ce que Péguy appelait « la République, une et indivisible, notre royaume de France ».

Dès lors, pourquoi certains commentateurs reprochent-ils à Mélenchon d’être, d’une manière ou d’une autre, lié à Buisson ? C’est bien simple. Ils ont, chevillée à l’esprit, la sotte idée que la politique est tout, que les adversaires sont des ennemis à mort et que l’opposition est une lutte sans merci. Cette idée-là, selon laquelle il y a la politique et rien d’autre, on l’appelle le totalitarisme.

Sarkozy : comme un vent de révolte à la Concorde

Contrairement à ce qu’on ne cesse d’entendre depuis 24 heures, ce n’est pas le découragement qui animait les nombreux militants et sympathisants présents à la Concorde dimanche après-midi, mais plutôt la persévérance et l’espérance mêlées à une sourde et tenace colère. Je sais de quoi je parle, j’y étais, et pas sur la tribune de presse à lire les tweets des confrères, mais au beau milieu des anonymes du peuple de droite.

Pour moi c’était une première : il y avait eu la manif contre Mai 68 lancée après le retour du Général De Gaulle de Baden-Baden, puis celle de 84 pour défendre l’enseignement libre mis en péril par la loi Savary sous Mitterrand. Et puis c’est tout. L’électeur de droite n’a pas l’habitude de descendre dans la rue et occuper l’espace public pour se montrer et se faire entendre.

Pourtant « si c’est Hollande qui passe, il va bien falloir qu’on apprenne » me déclare avec résolution un militant. Chauffeur routier à la retraite, il est venu avec sa femme au rendez-vous de la Concorde. « C’était dur ce matin. On s’est levé à 4h et on a pris le train tôt mais ça vaut le coup. On veut être entendu et montrer qu’on est bien là pour soutenir Sarko. Y’ en a marre de la pensée unique de gauche des médias, des syndicats, des professeurs, des juges. » Ce coup de gueule fait suite aux cris du cœur. « Vous êtes l’armée des braves » lance Jean-François Copé en reprenant les propos de Napoléon adressés à ses troupes le soir de la victoire d’Austerlitz. Les drapeaux tricolores s’agitent, les âmes vibrent et les voix scandent « Nicolas », « Hollande en Corrèze !» ou encore « On va gagner !».

La foule de la Concorde n’était là pour s’amuser mais pour retrouver le dynamisme que Nicolas Sarkozy avait su insuffler lors de la campagne de 2007 et surtout pour démentir ceux qui soutiennent que la gauche a déjà gagné. Certes, le peuple de droite a répondu à l’appel du Président et a fait sien son discours sur la noblesse du courage qui redresse le pays et qui rallie les volontés disparates en les orientant dans un même sens vers l’avenir. Mais l’ombre de la défaite ne cesse de planer. Et avec une sage gravité, ma voisine de gauche (au sens topographique seulement) se sent déjà prête à riposter : « Si Hollande passe, l’indignation sera à droite pour une fois. Le petit peuple se soulèvera et on entendra alors sa fureur ! »

Breivik : la faute à Marine Le Pen et à Charlie Hebdo ?

A amalgameur, amalgameur et demi, semble-t-il. On se souvient qu’après la tuerie perpétrée par l’ignoble Merah, un cri unanime s’est élevé parmi les diseurs d’opinion pour rappeler le Français impulsif – avant même qu’il ait énoncé quelque déduction paralogique que ce soit – au calme et à la discrimination intellectuelle : si l’abominable Merah avait le malheur d’être né musulman, rien dans l’affaire ne pouvait emporter la conviction qu’il était le symptôme de quelque dérèglement interne à l’islam. Car cela va sans dire, toutes les religions sont de paix et d’amour. Surtout dans ces moments-là.

Mais quand c’est le procès Breivik qui s’ouvre, la même prudence n’est étonnamment plus de mise. L’antique quotidien vespéral français dépêche immédiatement ses Albert Londres jusqu’aux antipodes pour enquêter sur les ramifications innombrables de ce qui se nomme, paraît-il, le « counterjihad » : tout y passe, de l’extrême droite américaine à Bat Ye’or, des partis populistes scandinaves à Riposte laïque, de Louis Aliot à Israël. Tous coupables du geste abominable de Breivik : le colon juif comme l’électeur du Front national, le défenseur des Serbes comme l’agitateur de la blogosphère.
Le mot d’ordre est très clair, dans l’affaire Merah comme dans l’affaire Breivik : il est interdit d’avoir quelque avis critique que ce soit sur la présence neuve de l’islam.

C’est bien normal, il ne se passe rien, sinon quelques fantasmes de croisés et d’Européens assiégés qui se croient revenus au Moyen Âge. Leur détestable lutte contre le Sarrasin nouveau n’est entée sur aucune réalité. Merah, les assassinats de Theo Van Gogh et de Pim Fortuyn, les caricatures de Mahomet, les divers terroristes à chaussures, l’incendie des locaux de Charlie Hebdo, les débats sur le voile, les piscines, la nourriture hallal, la polygamie, la lapidation, les mariages forcés, tout cela ne seraient que billevesées. L’islam n’est pas du tout un sujet en Europe, qu’on se le dise.

Seulement un sujet pour les fous qui trouvent dans le premier bouc émissaire venu l’occasion de décharger leur haine congénitale. Etrangement, parfois on nous dit que la France et l’Europe changent et qu’il faut bien admettre le nouveau paradigme multiculturel. Parfois, dès le lendemain, comme dans cet article du Monde, on nous explique que l’immigration et son corollaire, la présence de l’islam, n’ont qu’une incidence marginale sur le destin de notre civilisation. Dans tous les cas, il ne faudrait pas avoir peur. Sauf des fascistes. Mais quand il s’agit de savoir pourquoi ces mouvements fascistes prennent de l’ampleur, nous sommes seulement renvoyés à l’éternelle présence du mal en nous, à la question sioniste et à la question raciste.

A cette question que l’on voudrait sans réponse, Breivik apporte la sienne. Comme à l’autre question sans réponse – pourquoi est-il si difficile d’intégrer l’islam ici et maintenant ? – Merah apporte la sienne. Encore une fois, ceux qui attisent la haine et créent un climat de suspicion, de peur et de folie ne sont pas ceux qui posent les vraies questions. Ce sont ceux qui, comme les journalistes du Monde, refusent de les poser.

Attentat du Caire : Nicolas Sarkozy accélère

A peine Causeur a-t-il révélé que les époux Vannier, dont la fille Cécile a perdu la vie à 17 ans dans un attentat perpétré par Al-Qaïda au Caire le 22 février 2009, avaient été reçus à l’Elysée le 10 avril, que les choses s’accélèrent.

Jean-Pierre Picca, conseiller « Justice » au Château a rendu compte de cet entretien à Nicolas Sarkozy, lequel semble décidé à taper fort. Trois ans après les faits, le décès de Cécile et ses 24 camarades blessés, l’enquête est toujours au point mort. Pourtant, plusieurs suspects dont une Française ont été identifiés et appréhendés avant d’être relâchés. Tous sont membres ou proches du groupe Jaysh al-Islam (L’Armée de l’Islam), basé à Gaza, qui se revendique d’Al-Qaïda.

« Président jusqu’au bout », ainsi qu’il s’y est engagé, Nicolas Sarkozy va prochainement envoyer une lettre officielle aux autorités égyptiennes. Malgré le ton diplomatique de rigueur, les demandes y seront précises et fermes afin de mettre le Conseil suprême des forces armées, qui assure la transition post-Moubarak, devant ses responsabilités. Exigeant une coopération judiciaire totale , Nicolas Sarkozy va d’abord s’enquérir du devenir de la commission rogatoire internationale émise par le juge antiterroriste Yves Jannier. Sans s’immiscer dans une affaire en cours, l’Elysée entend qu’il soit ainsi donné suite aux demandes du magistrat français.

La missive élyséenne devrait aussi s’enquérir du sort des deux commanditaires présumés de l’attentat et plus particulièrement d’un dénommé Khaled Moustafa, tenu pour être l’un des chefs de l’Armée de l’Islam. Il avait été arrêté en Egypte avec plusieurs de ses acolytes, tous relâchés malgré les charges pesant sur eux.

Enfin, la lettre circonstanciée devrait exiger que soient communiqués à la justice française les résultats complets de l’enquête technique réalisée par la police égyptienne. Pour l’heure, des questions restent en suspens quant aux modalités de l’attentat et à l’explosif utilisé. Les seules données dont dispose le juge proviennent des analyses pratiquées par les services français, notamment sur les victimes. Un peu mince comme indice.

Du côté des parties civiles[1. Les parents de Cécile, Catherine et Jean-Luc, mais aussi ses camarades blessés], la démarche du Président suscite un mélange d’attentes et d’espoir. Jusqu’alors, ils avaient le sentiment d’être quelque peu oubliés. « Dommage, tout de même, qu’il ait fallu attendre si longtemps et le contexte de l’élection présidentielle pour que les choses bougent au plus haut niveau de l’Etat, . Que de temps perdu ! » déplore l’un d’eux.

Reste à savoir quel sera l’impact sur les autorités militaires cairotes de la lettre de Nicolas Sarkozy. En Egypte, des élections présidentielles devraient se dérouler au mois de juin, au plus tard en septembre. A ce moment là, le président français nouvellement élu – ou réélu – devra peut-être reprendre la plume pour une piqûre de rappel…

Humoristes pour de rire

26

La France aime la rigolade. Elle aime se poiler et les humoristes y sont bien vus. De là à faire d’eux les maîtres-penseurs de la République, il n’y avait qu’un pas qui est désormais franchi. Voilà pourquoi il faut se réjouir de la publication du pamphlet de François L’Yvonnet. Ce prof de philo, proche de Jean Baudrillard, y pique une colère salutaire contre la gondolade généralisée qui s’est abattue sur notre pays.

Orchestrée par ceux qu’il appelle les néo-humoristes, celle-ci inflige le rire dès l’aube, à la radio, à la télé, le rend obligatoire : « Qui ne rit pas est moralement coupable et se voit aussitôt soupçonné de complaisance à l’endroit des puissants, car les humoristes du jour élèvent une incroyable prétention à la subversion. »[access capability= »lire_inedits »] En vérité, l’homo comicus prêche une morale tout ce qu’il y a de consensuelle – à gauche toute, évidemment ! − qui le place d’emblée sur l’axe du Bien où il forme avec ses congénères un chœur assourdissant de conformisme, la manécanterie d’un prêchi-prêcha articulé sur trois ou quatre mots-clés : « Ils sont anti-racistes, anti-fascistes, anti-antisémites, anti-méchants.

Ils célèbrent le Bien et luttent contre le Mal. » Ils n’argumentent pas, ils tonnent ; tonnent contre la dictature qui nous gouverne. On n’a rien à leur rétorquer : le rire qu’ils assènent pèse comme une censure. Leur ton furibard et indigné est le garant de leur sincérité. Quant à leurs propos blessants, leurs attaques ad hominem et au physique, ils ne leur coûteront rien, placés qu’ils sont sous la haute protection de la liberté d’expression. Car s’il fut un temps où l’impertinence condamnait à quelques tracas (ce qui lui donnait du prix), aujourd’hui nos guérilleros de la marrade sont assurés tous risques. La dérision pépère, l’outrage en charentaises !

Mais attention, quand l’assurance vient à faillir, il faut écouter un Guillon, viré de France-Inter : c’est Voltaire qu’on bâillonne, rien de moins (son éviction de cette radio du service public eut pour effet de nous priver de cinq minutes de haine quotidienne et à sens unique dont on se passe assez facilement). Mais bref, le grand rire subversif est mort, déplore L’Yvonnet, assassiné par une basse-cour de bouffons qui caquettent leur couplet politiquement correct. Avec leurs airs importants de philosophes moralistes, ces petits professeurs de maintien ramenards et suffisants nous débitent les lieux communs d’une doxa qu’hélas nous connaissons trop bien.[/access]
 

Homo comicus ou l’intégrisme de la rigolade, par François L’Yvonnet (Mille et une nuits).

Sarkozy, Hugo et les pauvres gens

24

Hier, place de la Concorde, notre président et néanmoins candidat Nicolas Sarkozy a cité Victor Hugo lors de sa démonstration de force en plein air – une nouvelle mode lancée par Mélenchon que François Hollande reprenait le même jour à Vincennes. En fait, le candidat « sortant », comme l’appelle improprement son principal rival, a repris la profession de foi qu’Hugo avait rédigée en vue des élections complémentaires du 4 juin 1848.

On y lit notamment : « deux républiques sont possibles. L’une abattra le drapeau tricolore sous le drapeau rouge, fera des gros sous avec la colonne, jettera bas la statue de Napoléon et dressera la statue de Marat, détruira l’Institut, l’École polytechnique et la Légion d’honneur, ajoutera à l’auguste devise : Liberté, Égalité, Fraternité, l’option sinistre : ou la Mort ; fera banqueroute, ruinera les riches sans enrichir les pauvres, anéantira le crédit, qui est la fortune de tous, et le travail, qui est le pain de chacun, abolira la propriété et la famille, promènera des têtes sur des piques (…) L’autre sera la sainte communion de tous les Français (…) dans le principe démocratique ; fondera une liberté sans usurpations et sans violences, une égalité qui admettra la croissance naturelle de chacun (…) De ces deux républiques, celle-ci s’appelle la civilisation, celle-là s’appelle la terreur. Je suis prêt à dévouer ma vie pour établir l’une et empêcher l’autre. »

Le message est clair : François Hollande est un dangereux rouge qui, sitôt élu, sortira le couteau entre les dents spolier tout ce qui compte de producteurs de richesses numéraires en France. La preuve, ce sont les bonnes âmes degôche Jamel Debbouze et Patrick Bruel qui le disent ! Petite parenthèse, que le fossoyeur du non à la Constitution européenne grand architecte du traité de Lisbonne se fasse le chantre de la souveraineté populaire régalera les nostalgiques de Pierre Dac. La paille, la poutre, etc…

Mais en décontextualisant le propos d’Hugo, Sarkozy a commis une faute non moins pardonnable. Evidemment, il n‘y a guère plus de socialistes antidémocrates en France – et certainement pas dans ce parti d‘élus locaux qu’on appelle le PS ! Surtout, le candidat l’UMP a fait l’impasse sur un autre Hugo, celui de La légende des siècles. Ainsi du magnifique poème Les braves gens, récemment adapté au cinéma par Robert Guédiguian (Les neiges du Kilimanjdaro).

Cette ode au petit peuple est un hymne à la générosité des humbles, une histoire de partage digne d’une parabole christique. Espérons donc qu’un quidam anticapitaliste inspiré par les flots hugoliens psalmodie un jour en meeting :

« Il est nuit. La cabane est pauvre, mais bien close. 
Le logis est plein d’ombre et l’on sent quelque chose 
Qui rayonne à travers ce crépuscule obscur. 
Des filets de pêcheur sont accrochés au mur. 
(…) 
L’homme est en mer. Depuis l’enfance matelot, 
il livre au hasard sombre une rude bataille.
Pluie ou bourrasque, il faut qu’il sorte, il faut qu’il aille,
 Car les petits enfants ont faim. (…) Si petits ! on ne peut leur dire : Travaillez. 
Femme, va les chercher. S’ils se sont réveillés, 
Ils doivent avoir peur tout seuls avec la morte. 
C’est la mère, vois-tu, qui frappe à notre porte ; 
Ouvrons aux deux enfants. Nous les mêlerons tous, 
Cela nous grimpera le soir sur les genoux. 
Ils vivront, ils seront frère et sœur des cinq autres.
 Quand il verra qu’il faut nourrir avec les nôtres 
Cette petite fille et ce petit garçon, 
Le bon Dieu nous fera prendre plus de poisson. 
Moi, je boirai de l’eau, je ferai double tâche, 
C’est dit. Va les chercher. Mais qu’as-tu ? Ça te fâche ? 
D’ordinaire, tu cours plus vite que cela.
- Tiens, dit-elle en ouvrant les rideaux, les voilà ! »

Jurassic Park socialiste II, le retour

3

L’an dernier, avec mon excellente camarade Muriel Gremillet, nous vous expliquions l’état pitoyable d’une fédération socialiste, celle du Jura, où régnait une atmosphère digne de Dallas, et qui se préparait à porter à l’Hôtel du Département son JR Ewing, l’impitoyable Christophe Perny. Les Cantonales remportées, JR est effectivement devenu président du Conseil Général et fait la pluie et le beau temps dans le Jurassic Park socialiste. Mais la conquête d’une seigneurie ne permet pas forcément de redonner des couleurs plus saines à la fédé PS même dans un contexte de conquête de l’Elysée par François Hollande.

Car depuis quelques jours, on assiste à un spectacle unique en France, et sans doute en Europe. Figurez-vous que le Parti Socialiste a l’intention de présenter aux élections législatives deux candidates qui seront sans doute frappées d’inéligibilité en cas d’élection. Danielle Brulebois et Sylvie Laroche ont été investies par le PS il y a quelques mois, respectivement dans les première (Lons-le-Saunier) et troisième (Dole) circonscriptions du 3-9, la deuxième (Saint-Claude) ayant été réservée au PRG. Actuellement, toutes les circos sont détenues par l’UMP, celles qui nous intéressent l’étant par Jacques Pélissard, par ailleurs président de l’association des maires de France, et Jean-Marie Sermier.

Pendant le mois de mars, des encarts publicitaires ont été publiés dans la presse locale annonçant des réunions pour chacune des deux candidates aux élections législatives. Pour Danielle Brulebois, ils ont été publiés dans l’édition jurassienne du Progrès du 4 mars et du 25 mars 2012 ainsi que dans La Voix du Jura (hebdomadaire) du 1er mars 2012. Pour Mme Laroche, le même type d’encart apparaissait dans l’édition jurassienne du Progrès du 11 mars et du 25 mars 2012. Il semble bien que le code électoral ait échappé à nos inexpérimentées candidates puisque cette pratique contrevient à son article L 52-1 : « Pendant les six mois précédant le premier jour du mois d’une élection et jusqu’à la date du tour de scrutin où celle-ci est acquise, l’utilisation à des fins de propagande électorale de tout procédé de publicité commerciale par la voie de la presse ou par tout moyen de communication audiovisuelle est interdite ». Quant à l’article L 90-1, il ajoute, impitoyable : « Toute infraction aux dispositions de l’article L. 52-1 sera punie d’une amende de 75 000 euros ». Certes, les effets juridiques de la méconnaissance de l’article L. 52-1 du Code électoral n’apparaissent qu’après le scrutin, une fois le juge de l’élection saisi (selon les élections, par un électeur, un candidat ou le préfet). La violation des interdictions électorales peut entraîner la réformation ou l’annulation de l’élection suivant l’objet de la protestation par laquelle il a été saisi. Le juge de l’élection peut alors prononcer l’inéligibilité du candidat[1. En outre, elles pourraient avoir à payer de leur poche la campagne dont les comptes auraient été ainsi invalidés.]. Pour que le juge n’invalide pas l’élection dans ces conditions, il faudrait que les candidates gagnent avec une marge très importante. Or, ce scénario paraît assez improbable, surtout dans la circonscription détenue par Jacques Pélissard, où seule une victoire au raccroc peut éventuellement être espérée.

Il sera d’autant plus difficile d’obtenir une large victoire que cette histoire, désormais publique puisqu’elle a fait l’objet de plusieurs articles dans la presse locale, va être utilisée à fond par les sortants UMP, qui auront beau jeu de dénoncer pendant la campagne des candidates PS incapables de respecter la loi électorale. De même, les autres candidats de gauche argueront de l’inutilité de voter pour une candidate ne pouvant être élue. Toute la campagne législative de Brulebois et Laroche sera pourrie par cette boulette mémorable, à l’instar du sparadrap du Capitaine Haddock. Dès lors, la solution la plus simple serait, pour le Parti Socialiste, de changer de candidat(e)s. Pour la circonscription de Dole, le futur score de Mélenchon pourrait régler l’affaire : elle figure parmi les cibles du Front de Gauche pour l’après-présidentielle. Solférino et Perny se résoudront certainement à sacrifier Sylvie Laroche et à laisser le terrain libre à Patrick Viverge (Parti de gauche). Reste la première circonscription où Danielle Brulebois n’est pas décidée à laisser la place à qui que ce soit. Ne se sentant pas responsable de la bêtise, elle veut aller jusqu’au bout, quitte à payer une amende de 75000 euros et de devoir payer sa campagne, non remboursée par l’Etat. Vous avez dit, « kamikaze » ?

Ce n’est pourtant pas Christophe Perny qui la décourage dans cette intrépide intention. C’est à se demander si le Président du Conseil Général souhaite la victoire d’un député socialiste dans son département. Mais je suis sans doute mauvaise langue.

Mélenchon : la chute finale

22

On sait à peu près ce qu’il adviendrait si – pardon, on sait ce qu’il adviendra lorsque que Jean-Luc Mélenchon arrivera au pouvoir, comme il l’a annoncé dans son discours du Prado, où il affirma fièrement que « le gouvernement du Front de gauche viendra ».

Ce qui arrivera, il nous l’a dit : lors d’un récent entretien accordé aux Inrocks (son cœur de cible), il déclarait que son ambition était « de faire des choses à la hauteur de (ses) rêves de jeunesse et de ceux de (ses) contemporains. Il y a des gens comme moi qui n’ont jamais cessé de croire qu’on pouvait construire un paradis, ici et maintenant. ». Le paradis terrestre, voilà donc ce que propose Méluche, non sans assurer qu’au préalable, sa « tâche consiste à refonder le socialisme historique régénéré par l’intelligence de l’écologie politique. Le pain noir de la gauche, c’est fini ! » Car notre nouveau Marx est aussi un nouveau prophète, qui annonce la venue de l’Aube nouvelle et des lendemains qui chantent : « A partir d’aujourd’hui, il y a chaque jour un peu plus de lumière. » Des formules qui ont dû impressionner les lecteurs bien-pensants du magazine de Matthieu Pigasse, mais qui manquent un peu de précision. Par bonheur, Méluche n’est pas chien, et il n’hésite ni à détailler ce que sera ce paradis terrestre (cf L’Humain d’abord, comme dans les publicités de la GMF), ni à se trouver des références époustouflantes : le Cuba de Castro, par exemple, décrit comme « le foyer qui maintient l’idée, le rêve éveillé de pouvoir construire quelque chose de différent, et qui continue à avancer, malgré tous les problèmes matériels auquel elle est confrontée ».

Voilà pour le grand soir : « un printemps ininterrompu», promettait Mélenchon au Prado en citant Jean Ferrat. Mais en attendant ? Là, c’est le mystère, et les commentateurs, jusqu’aux docteurs es-Méluchisme les plus affutés, se bornent à avancer – en cas de victoire de François Hollande -, deux ou trois hypothèses, également possibles, mais pareillement incertaines.
Première hypothèse, Mélenchon se range et accepte, toute honte bue, quelques jolis maroquins pour lui et pour ses proches, en échange de son ralliement « républicain » au Capitaine de pédalo. Comme de juste, le tribun des plages a déclaré à qui voulait l’entendre que jamais, au grand jamais, il n’accepterait d’entrer dans un gouvernement qui ne serait pas le sien. Dans son entretien aux Inrocks, Il affirmait d’ailleurs que son « ambition » n’était « pas le pouvoir (…) Je suis dans un autre degré d’ambition ». Mais on a déjà vu des politiciens ne pas respecter strictement leurs promesses – de même que l’on a déjà vu Mélenchon siéger dans un gouvernement qu’il ne dirigeait pas. Il est vrai que le premier ministre de l’époque, Lionel Jospin, venait lui aussi de la mouvance lambertiste, ce qui n’est pas sans créer des liens. Bref, l’hypothèse n’est pas tout à fait absurde, d’autant que Méluche est resté suffisamment longtemps dans les Palais de la république – dont vingt ans au Sénat – pour y prendre certaines habitudes. Et qu’en outre, tel serait pour lui le meilleur moyen de peser de façon significative sur les orientations politiques de la gauche.

Deuxième hypothèse : Mélenchon décide de tenir sa promesse, et de se la jouer chef de bande. Mais pour le faire de façon sérieuse, pour pouvoir influencer en profondeur le jeu politique, il lui faudrait bénéficier d’outils suffisamment puissants, efficaces et rôdés : parti, groupe parlementaire, relais locaux, etc. Et pour cela – Mélenchon étant un homme pressé qui n’a ni le temps ni le goût d’attendre-, une seule solution : phagocyter le PCF au sein du Parti de Gauche, sinon destiné à rester un groupuscule sans impact, un costume beaucoup trop étroit pour la nouvelle carrure de son homme fort. La tâche serait évidemment délicate – mais ô combien exaltante pour un ex-trotskiste, qui a dû longtemps rêver de venger les purges staliniennes, le martyre du POUM et le pic à glace meurtrier de Ramon Mercader. En somme, quoi de plus tentant que de faire disparaître le vieux PCF héritier du stalinisme en l’absorbant dans une structure conduite par un ancien de la IVème Internationale ? Une tentation que semblent confirmer les relations plutôt ambiguës entre le leader du Front de gauche et le parti du peu charismatique Pierre Laurent – malgré la volonté acharnée de sauvegarder les apparences… Ou encore, l’appel aux syndicats pour le 1er mai formulé dans le discours du Prado, Mélenchon se déclarant disponible, si les syndicats le veulent, pour participer à un « 1er Mai stupéfiant d’unité et de puissance ».

Troisième et dernière hypothèse, la voie étroite du Bayrouïsme. Elle consisterait, après avoir frôlé les 20 % au premier tour des présidentielles sans pour autant accéder au second tour, à se croiser les bras et à se dire que la prochaine fois sera la bonne – laissant le jeu politique se dérouler sans y intervenir directement, et sa base électorale s’effilocher au fil des années. Gageons que Mélenchon est trop matois, trop gourmand et trop ambitieux pour se laisser aller à cette tentation-là.
D’où l’on peut supposer qu’il hésitera plutôt entre les deux précédentes solutions, le retour au bercail et un titre de ministre d’État, ou l’OPA sur le Parti communiste. Ce qui veut dire qu’avant le Grand soir, Méluche aura l’occasion de se salir les mains. Même s’il n’a pas de mains.

La crise chez Périclès

2

Quand les « intentions d’abstention » battent des records, quand la morne et plate campagne électorale donne un nouveau sens au mot célèbre de Lamartine « la France s’ennuie », parler de démocratie n’est a priori pas une mauvaise idée. Depuis janvier, la chaîne Arte consacre en effet une série de films documentaires (I love democracy), au « pire régime politique au monde, à l’exception de tous les autres ».
Pour la chaine que tout le monde dit regarder, 2012 est l’année de la démocratie. D’un côté, dans plus de vingt pays – y compris le nôtre – les citoyens devront aller aux urnes. De l’autre, le printemps arabe passe à vitesse grand V de la phase « envolée lyrique », célébrant la marche irrésistible des peuples vers la liberté, à la phase « analyse cynique » marquée par la dénonciation des manipulations et autres collusions économico-stratégiques entre officines et ONG américaines.

Le contexte international offre donc deux bonnes raisons à Daniel Leconte, le producteur de la série, de visiter quelques pays emblématiques. Après la Tunisie et la Russie et avant les Etats-Unis l’Inde et le Maroc, l’équipe a braqué ses caméras sur la Grèce qui à défaut d’être le véritable berceau de la démocratie libérale contemporaine – il y a fort à parier que Périclès et ses amis auraient peu apprécié le principe de représentativité qui caractérise nos démocraties – nous a légué des catégories essentielles telles que « politique », « tyrannie », « démagogie » et bien entendu, « crise » !

Mais la Grèce est un cas intéressant pour des raisons qui n’ont pas forcément trait à l’histoire et à l’étymologie. Le « cas grec » pose surtout la question fondamentale de la responsabilité en démocratie. En principe, dans un tel régime, il n’y pas de séparation entre les « sujets » et le « souverain ». Les citoyens sont intégrés au pouvoir « souverain » et en sont des acteurs à part entière, même si leur action se limite à l’expression ponctuelle de leur opinion en période d’élections. Effectivement, dès le début de ce documentaire fascinant, la seule et unique question traitée est celle de la responsabilité. Personne ne débat des solutions ni propose des alternatives et la seule chose qui préoccupe les gens est de désigner les responsables et les coupables pour exiger qu’ils paient.

Pendant la première partie du film le metteur en scène Emmanuel Leconte va à la rencontre de la « Grèce profonde » où l’union nationale semble parfaite : tout le monde convient que la classe politique a ruiné le pays en s’en mettant plein les poches. Certains, comme le berger Costas de l’île de Lemnos emploie un vocabulaire très riche pour exprimer leur colère et leur frustration. Au passage, le téléspectateur attentif reconnaît les premières syllabes d’un autre terme d’origine grecque : « cleptomanie ». Avec un vocabulaire plus choisi, un fleuriste athénien installé place de la Constitution, la voix sanglotante, compare la surveillance de la Troïka à l’occupation allemande.

Le fleuriste – diplômé d’une grande université américaine -, aussi bien que le berger, le fonctionnaire municipal et leurs compatriotes interviewés se montrent d’ailleurs d’une parfaite dignité et affichent une intelligence et un niveau de culture qui suscitent la sympathie. Les réponses des enfants de Lemnos questionnés sur leurs projets d’avenir sont poignantes de sincérité et de lucidité tandis que l’humour subtil de l’agent municipal de la ville de Drama encourageant les immigrés chômeurs à quitter le pays et à l’avertir si jamais ils en trouvent, résume parfaitement la tonalité des propos recueillis par Leconte.

Mais, après un premier mouvement d’empathie, ces mêmes qualités attachantes finissent par créer un malaise. Comment est-il possible que des gens aussi cultivés et intelligents n’aient pas soupçonné l’impasse de leur modèle socio-économique? Comment se fait-il qu’ils ne se soient pas posé la question suivante : qui paie ? D’où vient l’argent qui finance tous ces postes si tout le monde triche sur les impôts ? C’est à ce moment précis qu’on regrette que le metteur en scène n’ait pas posé quelques questions dérangeantes à ses interlocuteurs, sur leur comportement fiscal par exemple. Leconte laisse parler ses interlocuteurs sans essayer de le mettre en difficulté. C’est un choix assumé, une véritable stratégie narrative. L’argument s’articule et se déploie lentement et c’est par d’autres point de vu que la position critique des créateurs du film se dévoile.

Ainsi, après les derniers propos recueillis auprès de « simples citoyens », la seconde partie du documentaire est consacrée à cette classe dirigeante tant décriée. C’est dans les entretiens avec d’éminents hommes politiques comme George Papandreou, toujours premier ministre au moment du tournage, qu’on aperçoit pour la première fois l’esquisse d’une autocritique. Tout en reconnaissant leur part de responsabilité dans la faillite de la Grèce, ses dirigeants dénoncent un système mis en place à partir des années 1970, financé par l’argent européen et dont tout le monde ou presque a profité. Si les politiciens entretenaient des clientèles pour se faire élire et se maintenir au pouvoir, les votes ont été achetés contre des emplois publics. Ce principe de « gagnant-gagnant », où seule l’Europe perdait, a longtemps arrangé nombre de Grecs. Comme le souligne avec une certaine amertume Theodoros Pangalos, un ancien « poids lourd » du PASOC, tous ceux qui réclamaient avec véhémence et raison que les élus du peuple baissent leurs salaires de 50% (de 8000 à 4000 euros mensuels) n’ont même pas songé à exiger une facture à leurs plombiers, électriciens ou médecins qui rognaient parfois leurs prix moyennant un paiement en espèces !

L’une des clés du mystère grec nous a été livrée par l’historien Nicolas Bloudanis, spécialiste de la Grèce contemporaine. Selon lui, l’intégration précoce de la Grèce au marché commun et à la communauté européenne à la fin des années 1970 avait déjà des visées politiques et géostratégiques. La question de l’adaptation des institutions, de l’Etat et de la société grecs aux normes européennes n’aurait guère lourd dans la décision d’entrer dans la CEE. Pour enterrer à bon compte un passé douloureux (dictature, guerre civile) la société grecque aurait été mise sous perfusion financière. Comme tous les accros, elle aurait sacrifié son avenir pour satisfaire des besoins du présent. A cette explication, Bloudanis ajoute une autre dimension : le rôle de l’Etat qui rappelle à l’historien les anciennes démocraties populaires de l’Europe de l’Est. Paradoxalement, malgré la générosité de l’Etat envers ses citoyens, ceux-ci n’ont jamais cessé de voir en lui un corps étranger à la société au rôle mal défini. Un peu comme l’Europe pour nous Français. Aux yeux des Grecs, il est tout à fait légitime – bien qu’illégal – d’en profiter sans vergogne. Ce divorce entre la société et l’Etat explique l’étrangeté de la situation grecque : les citoyens cultivés et politisés d’un côté, des institutions défaillantes de l’autre. C’est peut-être par-là qu’il faut chercher la solution.

I love democracy : la Grèce, mardi 17 avril, 20h40 sur ARTE
Documentaire d’Emmanuel Leconte et Daniel Leconte (France, 2012, 1h30mn)
Coproduction : ARTE France, Doc en Stock

Hollande vs Hardy : Les Français préféreront Françoise à François

18

Les bienfaits que Françoise Hardy a procurés à mon pays me sembleront toujours plus précieux que ce que M. Hollande, qui se prépare à faire don de sa personne à la France, lui apportera.

M. Hollande a tort de moquer Françoise Hardy. Celle-ci est connue dans le monde entier ; à Londres, par exemple, elle demeure une icône, sa photographie y couvrait naguère les murs des boutiques de mode et des disquaires. Bob Dylan a fait son siège pendant plus d’une semaine, pour n’obtenir d’elle qu’un vague sourire : elle était follement éprise d’un autre. M. Hollande n’est salué qu’en France, et je lui prédis bien des difficultés pour se faire reconnaître ailleurs.

Récemment, Françoise Hardy a déclaré qu’elle redoutait les mesures de M. Hollande, s’il était élu à la présidence de la république, en matière de fiscalité sur les grandes fortunes. Elle a assuré qu’elle payait 40 000 Euros au titre de l’ISF, et qu’elle déclarait 150 000 Euros de revenus les bonnes années. Elle a prétendu que l’augmentation « hollandaise » de sa part imposable la mettrait dans une situation matérielle difficile : “Je serais forcée, à pas loin de soixante-dix ans et malade, de vendre et de déménager.”. Elle a cédé, voici quelques années, la charmante maison qu’elle possédait dans le XIVe arrondissement parisien, et acquis un appartement, dans un immeuble modeste, près de l’Étoile. Elle n’a volé ni exploité personne ; l’argent qu’elle a gagné est celui que son talent, immense et reconnu, lui a mérité.

Françoise Hardy n’a jamais songé à quitter la France pour vivre un exil fiscal en Suisse ou ailleurs. Elle n’aurait sans doute pas supporté d’être loin de son terroir parisien. Par ailleurs, elle est si franche, si sincère que frauder le fisc ne lui viendrait pas à l’esprit. Le Parti Socialiste ne compte-t-il dans ses rangs que des personnes aussi irréprochables ?
M. Hollande, qui n’a démontré jusqu’à présent que les qualités d’un apparatchik, a eu tort d’ironiser : “ […] si les personnes qui sont à la rue, et il y en a aujourd’hui, payaient 40 000 euros d’ISF, elles seraient heureuses […]. Il y a des gens qui couchent dehors, des gens qui sont dans les tentes, des roulottes, des caravanes. Ce sont eux qui couchent dans la rue ! ”. Françoise Hardy n’est en rien responsable des malheurs qui accablent nos compatriotes, au contraire, par ses chansons, elle concourt à leur rendre la vie un peu moins pénible.

J’ai eu le plaisir d’offrir, récemment, un CD des chansons anciennes de Françoise à une SDF, qui m’en avait exprimé le vœu. « Les gens qui couchent dehors » s’endorment parfois sur la voix de Françoise, je ne sache pas que François puisse prétendre à ce privilège. Enfin, je parierais volontiers que Françoise Hardy a rapporté beaucoup d’argent à la communauté, par ses impôts et par ses ventes à l’étranger, c’est à dire par son métier, par sa voix, par ses textes. En revanche, M. Hollande porte sa part de responsabilité dans l’appauvrissement général des Français. Son parti a défendu avec le zèle des nouveaux convertis la soumission aux marchés, à l’argent facile, à la vulgarité brutale et cynique des dépeceurs d’entreprise.

Au contraire de Françoise Hardy, je crois pouvoir assurer que M. Hollande n’aura pas conquis le cœur des français par ses seules qualités, mais, en quelque sorte, par défaut…

Mélenchon, homme de droite ?

6

C’est Jean-Jacques Bourdin qui, hier, sur BFM, a levé le lièvre. Le truc de sa vie. Il était face à face à Jean-Luc Mélenchon quand il lui a posé la question qui tue : « Avez-vous participé, oui ou non, à la remise de la légion d’Honneur à Patrick Buisson par Nicolas Sarkozy ? » Et notre méluche national, pardon international, de répondre : « Oui, j’y étais. Il m’avait invité. »

Depuis, les commentaires vont bon train : quoi, Mélenchon, chantre de l’universalisme à la française parader sous les ors de la République en compagnie de Buisson, l’auteur de sinistre mémoire du virage à droite du sarkozysme – comme si virer à droite quand on est déjà à droite ne correspondait pas en réalité à un virage à gauche ou, pour le moins à un retour au point initial ? Un homme de gauche fréquentant un homme de droite ? Il y a nécessairement anguille sous roche et je vous le donne en mille, les plus brillants de nos journalistes politiques en ont conclu que Jean-Luc Mélenchon n’était qu’un vulgaire sous-marin de poche piloté par l’Elysée pour grappiller des voix à François Hollande. Bref, ce que François Mitterrand était parvenu à faire pour la droite avec le Front national, Nicolas Sarkozy l’aurait essayé avec la gauche : faire monter les extrêmes, leur faire la courte échelle.

Sur ce point, on ne peut que donner raison aux commentateurs : une candidature unique de François Hollande aurait grandement facilité son accession prévue à la magistrature suprême. Tout démocrate devrait, par nature, quand il est de gauche, se rallier au principe de la candidature unique : Staline n’était pas du genre à voir d’un bon œil d’autres candidats se présenter contre lui à d’hypothétiques élections. Quand l’un ou l’autre était en mesure de le faire, Gorki lui taillait un costard sur mesure et, si ça ne suffisait pas, Beria prenait ses mensurations pour le cercueil. Oui, la candidature unique épargne bien des peines, des chagrins et des déboires.

Des gens comme Philippe Poutou, Nathalie Arthaud, Eva Joly et Jean-Luc Mélenchon sont franchement des rabat-joie et des empêcheurs de tourner en rond. Sans eux, François Hollande aurait fait un 102 % voire un 103 % – mais, faut pas exagérer, nous ne sommes pas dans une république bananière – dès le premier tour de la présidentielle. Et puis voilà, ils sont là, compliquent la mise et obligent le candidat plébiscité à aller vers un second tour. Et pourquoi pas un troisième, pendant que vous y êtes ?

Le sujet n’en demeure pas moins que cette collusion entre Jean-Luc Mélenchon et Patrick Buisson – le premier ayant assisté à la remise de décoration du second – met en péril la République. Et la démocratie. Et la gauche. Et les droits de l’homme. Et ta sœur ?

Je serais à la place de mes confrères éditorialistes – je n’y suis pas – je réclamerais pour Jean-Luc Mélenchon les peines que lui-même requiert. Il est social-traitre ? Qu’il s’en aille ! Et puisqu’il ne veut pas partir, qu’on l’envoie au goulag et qu’on adresse à sa famille, le jour venu, la facture de la balle que la Gauche éternelle, parfois social-démocrate, mais toujours immaculée de toute étreinte avec le réel, lui collera dans la nuque pour l’absoudre de ses fautes.

Ce n’est pas moi qui parle. Ce sont eux qui le font. Ils réclament sa tête, ici et maintenant. Puissent les dieux immortels avoir pitié de sa caboche !

Et si tout simplement – horrible hypothèse –, le petit père (des peuples) Mélenchon n’était qu’un homme de bonne volonté ? Un idéaliste, un utopiste, un âne buté, mais pas un sectaire. Un simple Français qui a mûrement médité les leçons de la France : aux obsèques de Barrès, c’est Léon Blum qui pleurait le plus. Et alors ?

Nous vivons dans un même pays. Nous sommes Français et nous pouvons nous causer, et même nous respecter, d’un bord à l’autre de la République, sans être suspectés de succomber aux alliances rouges et brunes. Nous respecter, les uns et les autres, et même nous aimer, tandis que nous communions en ce que Péguy appelait « la République, une et indivisible, notre royaume de France ».

Dès lors, pourquoi certains commentateurs reprochent-ils à Mélenchon d’être, d’une manière ou d’une autre, lié à Buisson ? C’est bien simple. Ils ont, chevillée à l’esprit, la sotte idée que la politique est tout, que les adversaires sont des ennemis à mort et que l’opposition est une lutte sans merci. Cette idée-là, selon laquelle il y a la politique et rien d’autre, on l’appelle le totalitarisme.

Sarkozy : comme un vent de révolte à la Concorde

62

Contrairement à ce qu’on ne cesse d’entendre depuis 24 heures, ce n’est pas le découragement qui animait les nombreux militants et sympathisants présents à la Concorde dimanche après-midi, mais plutôt la persévérance et l’espérance mêlées à une sourde et tenace colère. Je sais de quoi je parle, j’y étais, et pas sur la tribune de presse à lire les tweets des confrères, mais au beau milieu des anonymes du peuple de droite.

Pour moi c’était une première : il y avait eu la manif contre Mai 68 lancée après le retour du Général De Gaulle de Baden-Baden, puis celle de 84 pour défendre l’enseignement libre mis en péril par la loi Savary sous Mitterrand. Et puis c’est tout. L’électeur de droite n’a pas l’habitude de descendre dans la rue et occuper l’espace public pour se montrer et se faire entendre.

Pourtant « si c’est Hollande qui passe, il va bien falloir qu’on apprenne » me déclare avec résolution un militant. Chauffeur routier à la retraite, il est venu avec sa femme au rendez-vous de la Concorde. « C’était dur ce matin. On s’est levé à 4h et on a pris le train tôt mais ça vaut le coup. On veut être entendu et montrer qu’on est bien là pour soutenir Sarko. Y’ en a marre de la pensée unique de gauche des médias, des syndicats, des professeurs, des juges. » Ce coup de gueule fait suite aux cris du cœur. « Vous êtes l’armée des braves » lance Jean-François Copé en reprenant les propos de Napoléon adressés à ses troupes le soir de la victoire d’Austerlitz. Les drapeaux tricolores s’agitent, les âmes vibrent et les voix scandent « Nicolas », « Hollande en Corrèze !» ou encore « On va gagner !».

La foule de la Concorde n’était là pour s’amuser mais pour retrouver le dynamisme que Nicolas Sarkozy avait su insuffler lors de la campagne de 2007 et surtout pour démentir ceux qui soutiennent que la gauche a déjà gagné. Certes, le peuple de droite a répondu à l’appel du Président et a fait sien son discours sur la noblesse du courage qui redresse le pays et qui rallie les volontés disparates en les orientant dans un même sens vers l’avenir. Mais l’ombre de la défaite ne cesse de planer. Et avec une sage gravité, ma voisine de gauche (au sens topographique seulement) se sent déjà prête à riposter : « Si Hollande passe, l’indignation sera à droite pour une fois. Le petit peuple se soulèvera et on entendra alors sa fureur ! »

Breivik : la faute à Marine Le Pen et à Charlie Hebdo ?

18

A amalgameur, amalgameur et demi, semble-t-il. On se souvient qu’après la tuerie perpétrée par l’ignoble Merah, un cri unanime s’est élevé parmi les diseurs d’opinion pour rappeler le Français impulsif – avant même qu’il ait énoncé quelque déduction paralogique que ce soit – au calme et à la discrimination intellectuelle : si l’abominable Merah avait le malheur d’être né musulman, rien dans l’affaire ne pouvait emporter la conviction qu’il était le symptôme de quelque dérèglement interne à l’islam. Car cela va sans dire, toutes les religions sont de paix et d’amour. Surtout dans ces moments-là.

Mais quand c’est le procès Breivik qui s’ouvre, la même prudence n’est étonnamment plus de mise. L’antique quotidien vespéral français dépêche immédiatement ses Albert Londres jusqu’aux antipodes pour enquêter sur les ramifications innombrables de ce qui se nomme, paraît-il, le « counterjihad » : tout y passe, de l’extrême droite américaine à Bat Ye’or, des partis populistes scandinaves à Riposte laïque, de Louis Aliot à Israël. Tous coupables du geste abominable de Breivik : le colon juif comme l’électeur du Front national, le défenseur des Serbes comme l’agitateur de la blogosphère.
Le mot d’ordre est très clair, dans l’affaire Merah comme dans l’affaire Breivik : il est interdit d’avoir quelque avis critique que ce soit sur la présence neuve de l’islam.

C’est bien normal, il ne se passe rien, sinon quelques fantasmes de croisés et d’Européens assiégés qui se croient revenus au Moyen Âge. Leur détestable lutte contre le Sarrasin nouveau n’est entée sur aucune réalité. Merah, les assassinats de Theo Van Gogh et de Pim Fortuyn, les caricatures de Mahomet, les divers terroristes à chaussures, l’incendie des locaux de Charlie Hebdo, les débats sur le voile, les piscines, la nourriture hallal, la polygamie, la lapidation, les mariages forcés, tout cela ne seraient que billevesées. L’islam n’est pas du tout un sujet en Europe, qu’on se le dise.

Seulement un sujet pour les fous qui trouvent dans le premier bouc émissaire venu l’occasion de décharger leur haine congénitale. Etrangement, parfois on nous dit que la France et l’Europe changent et qu’il faut bien admettre le nouveau paradigme multiculturel. Parfois, dès le lendemain, comme dans cet article du Monde, on nous explique que l’immigration et son corollaire, la présence de l’islam, n’ont qu’une incidence marginale sur le destin de notre civilisation. Dans tous les cas, il ne faudrait pas avoir peur. Sauf des fascistes. Mais quand il s’agit de savoir pourquoi ces mouvements fascistes prennent de l’ampleur, nous sommes seulement renvoyés à l’éternelle présence du mal en nous, à la question sioniste et à la question raciste.

A cette question que l’on voudrait sans réponse, Breivik apporte la sienne. Comme à l’autre question sans réponse – pourquoi est-il si difficile d’intégrer l’islam ici et maintenant ? – Merah apporte la sienne. Encore une fois, ceux qui attisent la haine et créent un climat de suspicion, de peur et de folie ne sont pas ceux qui posent les vraies questions. Ce sont ceux qui, comme les journalistes du Monde, refusent de les poser.

Attentat du Caire : Nicolas Sarkozy accélère

0

A peine Causeur a-t-il révélé que les époux Vannier, dont la fille Cécile a perdu la vie à 17 ans dans un attentat perpétré par Al-Qaïda au Caire le 22 février 2009, avaient été reçus à l’Elysée le 10 avril, que les choses s’accélèrent.

Jean-Pierre Picca, conseiller « Justice » au Château a rendu compte de cet entretien à Nicolas Sarkozy, lequel semble décidé à taper fort. Trois ans après les faits, le décès de Cécile et ses 24 camarades blessés, l’enquête est toujours au point mort. Pourtant, plusieurs suspects dont une Française ont été identifiés et appréhendés avant d’être relâchés. Tous sont membres ou proches du groupe Jaysh al-Islam (L’Armée de l’Islam), basé à Gaza, qui se revendique d’Al-Qaïda.

« Président jusqu’au bout », ainsi qu’il s’y est engagé, Nicolas Sarkozy va prochainement envoyer une lettre officielle aux autorités égyptiennes. Malgré le ton diplomatique de rigueur, les demandes y seront précises et fermes afin de mettre le Conseil suprême des forces armées, qui assure la transition post-Moubarak, devant ses responsabilités. Exigeant une coopération judiciaire totale , Nicolas Sarkozy va d’abord s’enquérir du devenir de la commission rogatoire internationale émise par le juge antiterroriste Yves Jannier. Sans s’immiscer dans une affaire en cours, l’Elysée entend qu’il soit ainsi donné suite aux demandes du magistrat français.

La missive élyséenne devrait aussi s’enquérir du sort des deux commanditaires présumés de l’attentat et plus particulièrement d’un dénommé Khaled Moustafa, tenu pour être l’un des chefs de l’Armée de l’Islam. Il avait été arrêté en Egypte avec plusieurs de ses acolytes, tous relâchés malgré les charges pesant sur eux.

Enfin, la lettre circonstanciée devrait exiger que soient communiqués à la justice française les résultats complets de l’enquête technique réalisée par la police égyptienne. Pour l’heure, des questions restent en suspens quant aux modalités de l’attentat et à l’explosif utilisé. Les seules données dont dispose le juge proviennent des analyses pratiquées par les services français, notamment sur les victimes. Un peu mince comme indice.

Du côté des parties civiles[1. Les parents de Cécile, Catherine et Jean-Luc, mais aussi ses camarades blessés], la démarche du Président suscite un mélange d’attentes et d’espoir. Jusqu’alors, ils avaient le sentiment d’être quelque peu oubliés. « Dommage, tout de même, qu’il ait fallu attendre si longtemps et le contexte de l’élection présidentielle pour que les choses bougent au plus haut niveau de l’Etat, . Que de temps perdu ! » déplore l’un d’eux.

Reste à savoir quel sera l’impact sur les autorités militaires cairotes de la lettre de Nicolas Sarkozy. En Egypte, des élections présidentielles devraient se dérouler au mois de juin, au plus tard en septembre. A ce moment là, le président français nouvellement élu – ou réélu – devra peut-être reprendre la plume pour une piqûre de rappel…

Humoristes pour de rire

26

La France aime la rigolade. Elle aime se poiler et les humoristes y sont bien vus. De là à faire d’eux les maîtres-penseurs de la République, il n’y avait qu’un pas qui est désormais franchi. Voilà pourquoi il faut se réjouir de la publication du pamphlet de François L’Yvonnet. Ce prof de philo, proche de Jean Baudrillard, y pique une colère salutaire contre la gondolade généralisée qui s’est abattue sur notre pays.

Orchestrée par ceux qu’il appelle les néo-humoristes, celle-ci inflige le rire dès l’aube, à la radio, à la télé, le rend obligatoire : « Qui ne rit pas est moralement coupable et se voit aussitôt soupçonné de complaisance à l’endroit des puissants, car les humoristes du jour élèvent une incroyable prétention à la subversion. »[access capability= »lire_inedits »] En vérité, l’homo comicus prêche une morale tout ce qu’il y a de consensuelle – à gauche toute, évidemment ! − qui le place d’emblée sur l’axe du Bien où il forme avec ses congénères un chœur assourdissant de conformisme, la manécanterie d’un prêchi-prêcha articulé sur trois ou quatre mots-clés : « Ils sont anti-racistes, anti-fascistes, anti-antisémites, anti-méchants.

Ils célèbrent le Bien et luttent contre le Mal. » Ils n’argumentent pas, ils tonnent ; tonnent contre la dictature qui nous gouverne. On n’a rien à leur rétorquer : le rire qu’ils assènent pèse comme une censure. Leur ton furibard et indigné est le garant de leur sincérité. Quant à leurs propos blessants, leurs attaques ad hominem et au physique, ils ne leur coûteront rien, placés qu’ils sont sous la haute protection de la liberté d’expression. Car s’il fut un temps où l’impertinence condamnait à quelques tracas (ce qui lui donnait du prix), aujourd’hui nos guérilleros de la marrade sont assurés tous risques. La dérision pépère, l’outrage en charentaises !

Mais attention, quand l’assurance vient à faillir, il faut écouter un Guillon, viré de France-Inter : c’est Voltaire qu’on bâillonne, rien de moins (son éviction de cette radio du service public eut pour effet de nous priver de cinq minutes de haine quotidienne et à sens unique dont on se passe assez facilement). Mais bref, le grand rire subversif est mort, déplore L’Yvonnet, assassiné par une basse-cour de bouffons qui caquettent leur couplet politiquement correct. Avec leurs airs importants de philosophes moralistes, ces petits professeurs de maintien ramenards et suffisants nous débitent les lieux communs d’une doxa qu’hélas nous connaissons trop bien.[/access]
 

Homo comicus ou l’intégrisme de la rigolade, par François L’Yvonnet (Mille et une nuits).

Sarkozy, Hugo et les pauvres gens

24

Hier, place de la Concorde, notre président et néanmoins candidat Nicolas Sarkozy a cité Victor Hugo lors de sa démonstration de force en plein air – une nouvelle mode lancée par Mélenchon que François Hollande reprenait le même jour à Vincennes. En fait, le candidat « sortant », comme l’appelle improprement son principal rival, a repris la profession de foi qu’Hugo avait rédigée en vue des élections complémentaires du 4 juin 1848.

On y lit notamment : « deux républiques sont possibles. L’une abattra le drapeau tricolore sous le drapeau rouge, fera des gros sous avec la colonne, jettera bas la statue de Napoléon et dressera la statue de Marat, détruira l’Institut, l’École polytechnique et la Légion d’honneur, ajoutera à l’auguste devise : Liberté, Égalité, Fraternité, l’option sinistre : ou la Mort ; fera banqueroute, ruinera les riches sans enrichir les pauvres, anéantira le crédit, qui est la fortune de tous, et le travail, qui est le pain de chacun, abolira la propriété et la famille, promènera des têtes sur des piques (…) L’autre sera la sainte communion de tous les Français (…) dans le principe démocratique ; fondera une liberté sans usurpations et sans violences, une égalité qui admettra la croissance naturelle de chacun (…) De ces deux républiques, celle-ci s’appelle la civilisation, celle-là s’appelle la terreur. Je suis prêt à dévouer ma vie pour établir l’une et empêcher l’autre. »

Le message est clair : François Hollande est un dangereux rouge qui, sitôt élu, sortira le couteau entre les dents spolier tout ce qui compte de producteurs de richesses numéraires en France. La preuve, ce sont les bonnes âmes degôche Jamel Debbouze et Patrick Bruel qui le disent ! Petite parenthèse, que le fossoyeur du non à la Constitution européenne grand architecte du traité de Lisbonne se fasse le chantre de la souveraineté populaire régalera les nostalgiques de Pierre Dac. La paille, la poutre, etc…

Mais en décontextualisant le propos d’Hugo, Sarkozy a commis une faute non moins pardonnable. Evidemment, il n‘y a guère plus de socialistes antidémocrates en France – et certainement pas dans ce parti d‘élus locaux qu’on appelle le PS ! Surtout, le candidat l’UMP a fait l’impasse sur un autre Hugo, celui de La légende des siècles. Ainsi du magnifique poème Les braves gens, récemment adapté au cinéma par Robert Guédiguian (Les neiges du Kilimanjdaro).

Cette ode au petit peuple est un hymne à la générosité des humbles, une histoire de partage digne d’une parabole christique. Espérons donc qu’un quidam anticapitaliste inspiré par les flots hugoliens psalmodie un jour en meeting :

« Il est nuit. La cabane est pauvre, mais bien close. 
Le logis est plein d’ombre et l’on sent quelque chose 
Qui rayonne à travers ce crépuscule obscur. 
Des filets de pêcheur sont accrochés au mur. 
(…) 
L’homme est en mer. Depuis l’enfance matelot, 
il livre au hasard sombre une rude bataille.
Pluie ou bourrasque, il faut qu’il sorte, il faut qu’il aille,
 Car les petits enfants ont faim. (…) Si petits ! on ne peut leur dire : Travaillez. 
Femme, va les chercher. S’ils se sont réveillés, 
Ils doivent avoir peur tout seuls avec la morte. 
C’est la mère, vois-tu, qui frappe à notre porte ; 
Ouvrons aux deux enfants. Nous les mêlerons tous, 
Cela nous grimpera le soir sur les genoux. 
Ils vivront, ils seront frère et sœur des cinq autres.
 Quand il verra qu’il faut nourrir avec les nôtres 
Cette petite fille et ce petit garçon, 
Le bon Dieu nous fera prendre plus de poisson. 
Moi, je boirai de l’eau, je ferai double tâche, 
C’est dit. Va les chercher. Mais qu’as-tu ? Ça te fâche ? 
D’ordinaire, tu cours plus vite que cela.
- Tiens, dit-elle en ouvrant les rideaux, les voilà ! »

Jurassic Park socialiste II, le retour

3

L’an dernier, avec mon excellente camarade Muriel Gremillet, nous vous expliquions l’état pitoyable d’une fédération socialiste, celle du Jura, où régnait une atmosphère digne de Dallas, et qui se préparait à porter à l’Hôtel du Département son JR Ewing, l’impitoyable Christophe Perny. Les Cantonales remportées, JR est effectivement devenu président du Conseil Général et fait la pluie et le beau temps dans le Jurassic Park socialiste. Mais la conquête d’une seigneurie ne permet pas forcément de redonner des couleurs plus saines à la fédé PS même dans un contexte de conquête de l’Elysée par François Hollande.

Car depuis quelques jours, on assiste à un spectacle unique en France, et sans doute en Europe. Figurez-vous que le Parti Socialiste a l’intention de présenter aux élections législatives deux candidates qui seront sans doute frappées d’inéligibilité en cas d’élection. Danielle Brulebois et Sylvie Laroche ont été investies par le PS il y a quelques mois, respectivement dans les première (Lons-le-Saunier) et troisième (Dole) circonscriptions du 3-9, la deuxième (Saint-Claude) ayant été réservée au PRG. Actuellement, toutes les circos sont détenues par l’UMP, celles qui nous intéressent l’étant par Jacques Pélissard, par ailleurs président de l’association des maires de France, et Jean-Marie Sermier.

Pendant le mois de mars, des encarts publicitaires ont été publiés dans la presse locale annonçant des réunions pour chacune des deux candidates aux élections législatives. Pour Danielle Brulebois, ils ont été publiés dans l’édition jurassienne du Progrès du 4 mars et du 25 mars 2012 ainsi que dans La Voix du Jura (hebdomadaire) du 1er mars 2012. Pour Mme Laroche, le même type d’encart apparaissait dans l’édition jurassienne du Progrès du 11 mars et du 25 mars 2012. Il semble bien que le code électoral ait échappé à nos inexpérimentées candidates puisque cette pratique contrevient à son article L 52-1 : « Pendant les six mois précédant le premier jour du mois d’une élection et jusqu’à la date du tour de scrutin où celle-ci est acquise, l’utilisation à des fins de propagande électorale de tout procédé de publicité commerciale par la voie de la presse ou par tout moyen de communication audiovisuelle est interdite ». Quant à l’article L 90-1, il ajoute, impitoyable : « Toute infraction aux dispositions de l’article L. 52-1 sera punie d’une amende de 75 000 euros ». Certes, les effets juridiques de la méconnaissance de l’article L. 52-1 du Code électoral n’apparaissent qu’après le scrutin, une fois le juge de l’élection saisi (selon les élections, par un électeur, un candidat ou le préfet). La violation des interdictions électorales peut entraîner la réformation ou l’annulation de l’élection suivant l’objet de la protestation par laquelle il a été saisi. Le juge de l’élection peut alors prononcer l’inéligibilité du candidat[1. En outre, elles pourraient avoir à payer de leur poche la campagne dont les comptes auraient été ainsi invalidés.]. Pour que le juge n’invalide pas l’élection dans ces conditions, il faudrait que les candidates gagnent avec une marge très importante. Or, ce scénario paraît assez improbable, surtout dans la circonscription détenue par Jacques Pélissard, où seule une victoire au raccroc peut éventuellement être espérée.

Il sera d’autant plus difficile d’obtenir une large victoire que cette histoire, désormais publique puisqu’elle a fait l’objet de plusieurs articles dans la presse locale, va être utilisée à fond par les sortants UMP, qui auront beau jeu de dénoncer pendant la campagne des candidates PS incapables de respecter la loi électorale. De même, les autres candidats de gauche argueront de l’inutilité de voter pour une candidate ne pouvant être élue. Toute la campagne législative de Brulebois et Laroche sera pourrie par cette boulette mémorable, à l’instar du sparadrap du Capitaine Haddock. Dès lors, la solution la plus simple serait, pour le Parti Socialiste, de changer de candidat(e)s. Pour la circonscription de Dole, le futur score de Mélenchon pourrait régler l’affaire : elle figure parmi les cibles du Front de Gauche pour l’après-présidentielle. Solférino et Perny se résoudront certainement à sacrifier Sylvie Laroche et à laisser le terrain libre à Patrick Viverge (Parti de gauche). Reste la première circonscription où Danielle Brulebois n’est pas décidée à laisser la place à qui que ce soit. Ne se sentant pas responsable de la bêtise, elle veut aller jusqu’au bout, quitte à payer une amende de 75000 euros et de devoir payer sa campagne, non remboursée par l’Etat. Vous avez dit, « kamikaze » ?

Ce n’est pourtant pas Christophe Perny qui la décourage dans cette intrépide intention. C’est à se demander si le Président du Conseil Général souhaite la victoire d’un député socialiste dans son département. Mais je suis sans doute mauvaise langue.