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En Flandre, les garnements ont les boules

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Qui osera prétendre que nous vivons dans un monde de plus en plus dangereux ? Certes, depuis les accidents domestiques jusqu’aux propos homophobes, ce ne sont pas les menaces qui manquent, y compris, hélas, dans nos démocraties occidentales. 

Heureusement, face à cette inflation de risques polymorphes, nos élus veillent, et l’on peut compter sur eux pour nous protéger contre tout , contre tous et surtout contre nous-mêmes. C’est ainsi qu’on vient d’apprendre que les communes belges (jusqu’à l’heure où j’écris ces lignes, tout du moins) de Wingene et Lichtervelde, en Flandre occidentale, ont interdit tout lancer de boule de neige.

Et n’allez pas croire à un hoax : l’info émane du quotidien de référence anversois  De Standaard. Selon la même source, ces communes ne seraient pas les seules à avoir pris de tels types d’arrêtés, avec à la clef des amendes pouvant dépasser les 100 euros. En effet, les bourgmestres des villes concernées estiment qu’un lancer de boule de neige peut être assimilé à un jet de pierre. Honte à vous, Quick et Flupke!

On savait bien que les Belges n’étaient pas des Français comme les autres, on en reste pantois. S’agit-il, comme me le dit un ami de gauche, d’une mesure de dumping météorologique destinée à séduire les milliardaires français hérissés par les agressions infantilo-hivernales ? Ou bien, comme me le souffle un copain de droite, d’une énième loi liberticide votée sous la pression du lobby islamiste belge, le Coran n’autorisant formellement ni le Père Noël, ni les sapins, ni les jeux afférents ? Allez savoir…

Toujours est-il qu’avec la propension des Belges à déteindre sur leurs voisins et hôtes eurocrates, on ne serait pas très surpris qu’un de ces quatre matins, une directive de Bruxelles étende aux 27 pays de l’Union les mesures prises, pour le bien de tous, à Wingene et Lichtervelde. C’est ce qu’on appelle l’effet boule de neige.

 

 

 

Ben Laden et l’honneur d’une femme

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ben laden zero dark

Zero Dark Thirty est un film dont la perfection formelle sert une réflexion politique et morale à travers un thriller impitoyable. Sa réalisatrice Kathryn Bigelow prouve une nouvelle fois qu’elle fait partie du panthéon des grands cinéastes contemporains américains (Francis Ford Coppola, Michael Cimino, Brian de Palma, Clint Eastwood, Abel Ferrara, James Gray, Michael Mann…). Auteur des très musclés Blue Steel, Point Break, Strange Days, Démineurs, elle confirme avec ce nouvel opus son talent de metteur en scène, son sens du récit et de la direction d’acteurs.

Kathryn Bigelow a pris l’habitude de nous raconter avec une précision et une acuité particulièrement maîtrisées des récits traitant de l’Histoire récente des Etats-Unis (la guerre en Irak dans Démineurs) et, aujourd’hui, la lutte contre le terrorisme d’Al-Qaïda dans Zero Dark Thirty. Le film nous raconte les dix années d’enquête et de traque d’Oussama Ben Laden. Nous suivons pas à pas le travail d’une équipe de la CIA, localisée au Pakistan, et surtout le travail entêté de Maya, un agent spécial, jouée par Jessica Chastain, actrice qui s’impose de plus en plus dans le paysage hollywoodien.

Dès la séquence d’ouverture, une longue scène de torture d’un terroriste islamiste interprété par l’acteur français Reda Kateb, filmée avec une froideur clinique, nous met mal à l’aise mais c’est ainsi que nous entrons dans le vif du sujet, sans ménagement : jusqu’où peut-on aller pour trouver où se cache le terroriste des terroristes : Ben Laden ? Le personnage de Maya, lui, incarne toute l’ambiguïté de cette situation en cachant sous une impassibilité glacée la difficulté et  l’horreur que comportent sa mission.

Le film de Kathryn Bigelow est certes un brillantissime  thriller. Mais son sujet central se révèle l’abnégation d’une femme pour qui la traque de Ben Laden est un sacerdoce, au sens premier du terme : Maya est une femme sans amis, sans mari, ni amant. Maya accepte le risque de perdre son âme dans l’utilisation de la torture. D’une certaine manière, c’est une sainte paradoxale : elle accepte de combattre par le mal un mal plus grand encore.

Ces scènes de torture ont évidemment provoqué des polémiques dans la presse américaine et aussi chez les hommes politiques. Certains ont nié l’existence même de la torture tandis que d’autres ont expliqué que la fin justifiait les moyens. Les critiques les plus injustes sont celles qui font de Zero Dark Thirty une apologie de cette même torture. Le film est loin de cautionner la cruauté mais aussi l’horrible banalité, presque administrative des méthodes employées. Les agents de la CIA, dont aucun ne nous semble particulièrement antipathique ni monstrueux au départ, se décomposent pourtant au fil du film, subissant une sorte de processus de déshumanisation. En contrepoint, nous assistons dans des séquences d’une sécheresse et d’une grande maestria formelle aux nombreux actes commis par la nébuleuse Al-Qaïda, à Londres, au Pakistan, l’attentat de l’hôtel Marriott, en Arabie Saoudite. Et bien sûr en prologue – dans une scène noire et sans image où l’on entend la terrible détresse des personnes qui vont mourir – celui du 11 septembre 2001 à New-York.

Les quarante dernières minutes du film relatent en temps réel, l’expédition des Navy Seals, commando chargé de mener l’assaut sur la villa fortifiée de Ben Laden à Abbottabad. Kathryn Bigelow, experte en scènes d’action, raconte ce moment historique avec une efficacité redoutable et un regard froid.

Cette vision d’entomologiste accompagne tout le film, très documenté. La cinéaste et son scénariste Mark Boal ont reçu la coopération du Pentagone et de la CIA; ils ont visionné et lu de nombreux documents, rencontré d’anciens militaires. Ce travail ajoute beaucoup au côté documentaire du film et fait toute la réussite d’une œuvre qui est à la fois un film historique et une célébration de l’héroïsme calme de Maya, une femme qui ne déviera pas.

Zero Dark Thirty, un film de Kathryn Bigelow avec Jessica Chastain, Jason Clarke, Kyle Chandler, James Gandolfini, Jennifer Ehle, etc.

Wagner et le judaïsme : deux siècles ensemble

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richard wagner verdi

Les amateurs de musique peuvent se réjouir : cette année célèbre conjointement le bicentenaire de la naissance de Richard Wagner et de Giuseppe Verdi, deux des plus grands compositeurs d’opéra de tous les temps[1. L’Opéra national de Paris organise également des conférences : « Wagner et Verdi » le 11 février, « Wagner et les Français » le 5 mars et « Wagner et Nietzsche » le 10 avril.]. Nés à quelques mois d’intervalle, ces deux génies, qui jamais ne se rencontrèrent, incarnent à leur manière deux conceptions dramatiques de l’art lyrique. Si Verdi, figure emblématique du patriotisme italien, fut rapidement adulé par le public, le succès se fit attendre pour le maître allemand. Celui-ci connut la gloire tardivement grâce au soutien financier et amical que lui apporta, dès 1864, le jeune Louis II de Bavière. Un soutien frôlant d’ailleurs l’idolâtrie pour ne pas dire l’homosexualité, clairement exprimée dans la correspondance échangée entre les deux hommes : « Bien aimé, jamais je ne t’abandonnerai » écrivit notamment le roi au compositeur le 10 mai 1865.

Aujourd’hui, la mémoire de Richard Wagner demeure controversée en raison de l’admiration que lui portait Adolf Hitler, contribuant ainsi à faire ressortir les rapports pour le moins compliqués que le compositeur entretenait à son époque avec les Juifs. Pour autant, l’antijudaïsme de Wagner n’empêcha pas Théodore Herzl, père du sionisme, d’adorer son œuvre et de le considérer comme le plus grand musicien de son époque. Parmi les amis proches du compositeur allemand, se trouvaient également des personnalités juives comme le chef d’orchestre Hermann Lévi, créateur de l’opéra Parsifal. Wagner admirait par ailleurs Mendelssohn et rêvait, à ses débuts, d’obtenir le succès d’Halévy ou de Meyerbeer, deux grands compositeurs juifs. Selon le maître allemand, La Juive constituait l’un des plus beaux opéras de son temps et le Grand Opéra, illustré par Meyerbeer, représentait le modèle absolu. Lors d’un séjour désastreux passé à Paris (1839-1842), Wagner sollicita à plusieurs reprises l’appui de Meyerbeer. En 1861, après un nouvel échec parisien, lors de la création de Tannhäuser, c’est Charles Baudelaire, grand admirateur du maître allemand, qui saisit alors l’occasion de défendre son oeuvre en rédigeant une critique musicale passionnée.

Dix ans auparavant, en 1850, Wagner avait publié sous le pseudonyme de K. Freigedank, Le Judaïsme dans la musique. Ce libelle, dans lequel Wagner critiquait le monopole des Juifs dans la musique, fit alors peu de bruit même s’il suscita une certaine surprise puisque les Juifs allemands étaient relativement bien assimilés. Vingt ans plus tard, ce pamphlet fut signé de son vrai nom, la conjoncture politique étant plus favorable à la diffusion de ses idées.

Si Wagner énonçait ses pensées anti-juives dans ses écrits, on ne trouve rien de tout cela dans ses livrets d’opéra. Bien sûr, il est possible de voir dans le personnage des Maîtres chanteurs, Beckmesser, la caricature du Juif mais il convient aussitôt d’ajouter que Beckmesser représente un maître chanteur, certes caricaturé en Juif, mais dont les compétences musicales sont néanmoins reconnues. Quant à l’argument selon lequel ce personnage serait la caricature d’Eduard Hanslick, influent critique musical d’origine juive, il mérite d’être relativisé car Beckmesser fut esquissé dès 1845 c’est-à-dire avant la rupture entre Hanslick et Wagner[2. Dictionnaire encyclopédique Wagner, sous la direction de Timothée Picard, Editions Actes Sud/Cités de la musique, 2010.].

Quelles sont alors les causes des pensées anti-juives de Wagner ? Pour Jacob Katz, auteur de Wagner et la question juive[1. Dictionnaire encyclopédique Wagner, sous la direction de Timothée Picard, Editions Actes Sud/Cités de la musique, 2010.], ce compositeur ne cessa jamais de manifester une grande versatilité affective, brûlant tout au long de sa vie ce qu’il avait adoré. Il éprouvait une jalousie haineuse contre ceux qui réussissaient lorsque lui échouait : ainsi se révéla l’amertume d’un artiste pour lequel le succès tarda tant à venir ! Mais ne pourrait-on pas également y voir la réaction épidermique d’un homme qui, convaincu d’être le fils adultérin d’un acteur juif[4. Il s’agit de l’acteur, Ludwig Geyer, second mari de la mère de Wagner, qui donna au compositeur son nom durant les premières années de sa vie.  Guy de Pourtales rapporte à ce propos un fait intéressant : Mein Leben, biographie écrite par Wagner et publiée vingt-huit ans après sa mort, débutait initialement par cette phrase : « Je suis le fils de Ludwig Geyer ».], voyait son oeuvre critiquée par les compositeurs juifs qu’il admirait ? N’aurait-il pas alors ressenti ces attaques comme une forme de trahison ?

Ce ne sont pourtant pas ses écrits mais plutôt le culte immodéré que lui voua Adolf Hitler, un siècle plus tard, qui nuit le plus à sa mémoire, concourant à faire de sa musique comme de sa personne les symboles de la barbarie nazie. L’amitié ou, selon certains, les relations plus intimes liant sa belle-fille, Winifred Wagner, et Hitler lui portèrent également un coup fatal. D’aucuns avancent en outre le fait que Winifred Wagner apporta à Hitler le papier qui lui servit à la rédaction de Mein Kampf lorsqu’il fut emprisonné à la forteresse de Landsberg.

Mort à Venise en 1883, Richard Wagner peut-il être tenu pour responsable des crimes d’une époque qui lui fut postérieure ? D’après Jacob Katz, on ne peut aucunement considérer Wagner comme un « précurseur du nazisme ». Mêler la musique de Wagner au nazisme est une erreur, ajoute pour sa part Daniel Barenboim, premier chef d’orchestre à avoir interprété des extraits de l’œuvre wagnérienne en Israël à l’aube des années 2000. De plus, lorsque le compositeur découvrit les théories raciales d’Arthur Gobineau, il n’y adhéra pas. Si, comme tant d’autres, Wagner a été sensible à un climat d’antisémitisme ambiant, nul ne peut toutefois l’accuser d’être l’initiateur d’une époque aussi imprévisible qu’atroce.

Rappelons enfin qu’à la fin des années 1920, un chef d’orchestre juif avait brisé en France le « tabou Wagner ». Au lendemain de la Première Guerre mondiale, certaines œuvres musicales allemandes, dont celles de Wagner, avaient été interdites en Alsace et en Lorraine en raison de leur connotation jugée trop pangermanique. Mais le 28 novembre 1929, le chef d’orchestre Henri Benfredj eut l’audace d’interpréter Lohengrin à l’Opéra de Metz malgré les vives manifestations de rue et la campagne de presse, destinées à empêcher la représentation. Celle-ci rencontra finalement un réel succès qui permit aux œuvres de Wagner d’être rejouées dans ces régions redevenues françaises.

Comme celui qui fut son ami, Friedrich Nietzsche, a vu sa mémoire pervertie par sa propre sœur, Wagner pâtit et continue de pâtir de l’adoration que lui voua Hitler. On ne se méfie décidément jamais assez de la postérité…

*Photo : amanojaku_uk2001.

Mon Journal extime 2012 1/2

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brive hollande sarkozy

Janvier[1. Topor voyait dans le journal extime l’inverse du journal intime : un journal ouvert, tourné vers les autres.]

Donc, cette année doit être celle de la fin du monde ou celle du sarkozysme. On verra en mai ou en décembre.

En attendant, je passe le nouvel an chez mon ami René Rey, à Longjumeau. À la grande époque de la littérature populaire, dans les années 1970, il écrivait six romans par an, pour le Fleuve Noir ou la Série noire. Il faisait partie de ceux qu’on appelait « les forçats de l’Underwood ». Il avait plusieurs pseudos : Emmanuel Errer (les initiales de René Rey), Jean Mazarin (parce qu’il a habité à Chilly-Mazarin) ou Charles Nécrorian quand il a écrit pour la mythique collection Gore. Quand René a compris que la littérature de gare agonisait pour cause de multiplication des chaînes de télé, il est devenu scénariste, notamment pour la série Navarro.

Il faudra que je m’interroge un jour sur le fait que mes amis sont tous beaucoup plus âgés que moi. Je me prépare une vieillesse solitaire.

À chaque fois que je vais chez René, je pense à la nouvelle fantastique de Léon Bloy dans Histoires désobligeantes : « Les Captifs de Longjumeau ». Un couple veut déménager et quitter la ville : il n’y arrive jamais. Quand je pars de chez René, et que je me retrouve sur le périph’ le soir du 1er janvier, je me demande si Bloy n’avait pas raison. C’est impossible, parfois, de quitter Longjumeau.

Février

En février, je m’aperçois que je n’existe plus. C’est la faute à François Hollande, qui a déclaré au journal anglais The Guardian : « les communistes, en France, il n’y en a plus ».[access capability= »lire_inedits »]

C’est tout de même très ennuyeux de ne plus exister. On a un mal fou à se raser et à enfiler ses chaussettes. Essayez d’enfiler des chaussettes alors que vous n’existez plus et vous m’en donnerez des nouvelles. Le plus ennuyeux, c’est que je fais la campagne du Front de gauche. Et il va falloir expliquer à mes camarades que je n’existe plus. Ils vont encore dire que c’est un truc que j’ai inventé pour échapper au tractage sur les marchés.

Quand François Hollande s’aperçoit qu’il dit une bêtise, il corrige le tir. On ne sait pas encore, en février, que ce sera sa méthode de gouvernement. Il précise qu’il n’a pas dit qu’il n’y avait plus de communistes mais qu’il y en avait moins, nuance. Il a raison, c’est avec ce genre de nuance qu’un candidat socialiste obtient tout juste les reports de voix nécessaires pour gagner ric-rac au second tour.

Mars

J’arrive à Brive, pour trois mois. Une résidence d’écrivain. C’est une jolie petite maison du centre-ville avec un jardin. Il y a mon nom avec ma raison sociale sur la boîte aux lettres : « écrivain en résidence ». J’ai l’impression d’être au service militaire, c’est-à-dire loin de chez moi, libre et seul, comme un jeune homme. Ou si je me fais mon cinéma, j’imagine que je suis en exil intérieur à cause du pouvoir qui se durcit parce qu’il sent sa fin proche, genre Sakharov à Gorki. Je trouve mon rythme. Écriture le matin, promenade l’après-midi et la nuit, sommeil. Ça n’a l’air de rien, mais ça ne m’était pas arrivé depuis un temps fou, de dormir la nuit.

Je ne fais pas la campagne électorale avec les copains, dans le Nord. Légère frustration. Un peu plus que légère, la frustration. Ne pas être à la Bastille, le 18 mars, pour le meeting de Mélenchon, qui monte à 14 % dans les sondages. Les copains m’envoient des SMS pendant que je déjeune seul devant i-Télé avec mes emplettes du marché : confit de canard, tomates cœur de bœuf, cantal, fraises. Les journaux disent que la campagne n’intéresse personne. En ville, tout le monde ne parle que de ça, pourtant.

Avril

Beaucoup de trains. Cela tombe bien, j’aime ça. La France est un pays jacobin qui rend les trajets transversaux assez compliqués. Mais j’ai le temps. Une organisatrice du festival Quai du polar à Lyon, Briviste d’origine, a une jolie expression au téléphone : « Brive-Lyon, mais c’est la diagonale du vide ! »

Je me perds de vue, comme un personnage de Simenon : Brive-Paris Austerlitz-hôtel rue de la Roquette-Paris Gare de Lyon-Lyon Part-Dieu-Roanne-Centre de détention de Roanne-Médiathèque de Roanne-Hôtel Terminus de Roanne. Trains, gares, terrasses, prisons. Volets entrouverts sur la nuit de printemps trop chaude, avenue, voitures de loin en loin, les visages des détenues et des détenus, ce soir, qui reviennent et qu’on n’oubliera pas. Maison d’arrêt de Privas, Lyon encore. Et puis repartir à Brive, via Clermont-Ferrand.

Particule élémentaire, carte et territoire, visages.

Brive-Clermont-Ferrand, c’est quelque chose : la ligne traverse des paysages magnifiques entre Auvergne, Haute-Corrèze, Limousin. Elle longe des rivières au milieu de forêts qui ne s’interrompent que le temps d’une petite gare sur laquelle on peut voir une plaque dédiée aux cheminots résistants fusillés.

Sur cette ligne, les noms font à la fois penser au cœur frais de la France de ce cher Valery Larbaud, au Conscrit des cent villages d’Aragon et, bien sûr, à Ma France, de Jean Ferrat.

Je vous les donne, comme une guirlande géographique, comme un collier à mettre au cou de Marianne, comme autant de baisers sur les lèvres de vos amours : Royat-Chamalières, Durtol-Nohannent, Volvic, Charbonnières-les-Varennes, La Miouze-Rochefort, Laqueuille, Bourg-Lastic-Messeix, Eygurande, Ussel, Meymac, Maussac, Egletons, Rosiers d’Egletons, Montaignac, La Montagne, Corrèze, Tulle, Cornil, Aubazine-Saint-Hilaire, Malemort-sur-Corrèze, Brive.

On met un peu plus de quatre heures pour faire moins de 200 km, dans une micheline.

Je reviens à Lille voter pour le premier tour. Il y a longtemps que mon candidat n’avait pas fait un score à deux chiffres, même si c’est moins que prévu. Je me console en me disant qu’à ma manière, j’ai quand même fait un peu campagne car Le Monde, au début du mois, m’a demandé une tribune pour expliquer le soutien à Mélenchon d’une bonne partie des auteurs de romans noirs.

Mai

Je fais une liste des choses à ne pas oublier de faire à Brive avant de partir. Quand le temps passe trop vite, les listes me rassurent.

Voir l’exposition sur les imprimeries clandestines photographiées par Doisneau au musée de la Résistance Edmond-Michelet. Cette époque héroïque n’a fait que montrer de manière évidente ce qui existe pourtant de manière diffuse le reste du temps : écrire, imprimer, éditer sont des activités dangereuses et, finalement, toujours plus ou moins clandestines.

Voir enfin des films de Peter Watkins sur grand écran, lors du Festival du moyen-métrage. Il y a notamment La Bombe et Punishment Park. Se souvenir que Punishment Park pourrait très bien se passer aujourd’hui, dans les Disneylands pré-totalitaires qui nous servent de société. Comme 1984.

Écrire mon roman.

Finir Ada ou l’ardeur. Je freine à chaque page, tant ce roman total me rend parfaitement heureux. C’est à ça que l’on reconnaît les chefs-d’œuvre : ils irradient et agissent sur vous physiquement. Bonheur ou consolation. Je me suis totalement immergé de nouveau dans Proust à la mort de mon grand-père, en décembre 1994, et mon chagrin a pris une allure presque musicale.

Goûter l’esprit des terrasses, avec les beaux jours qui vont revenir. L’image que je me suis toujours faite de la liberté : boire un express en terrasse, le matin, avec un verre d’eau, dans une ville que je ne connais pas encore très bien. Lire le journal. Offrir mon cou au soleil, en m’étirant.[/access]

*Photo : sandrine magrin.

Psychoses au cinéma

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Actuellement sur les écrans, trois excellents films abordent la question de la maladie mentale et de son traitement. Augustine d’Alice Winocour, Au-delà des collines de Cristian Mungiu et The Master de Paul Thomas Anderson. Ces trois films mettent en scène trois manières différentes de faire face aux désordres mentaux.

Dans Augustine, on voit la médecine du 19e siècle confrontée à l’énigme de l’hystérie. Le spectateur assiste au désarroi du médecin qui s’appuie sur une clinique du regard : il photographie ses patientes, dessine la contorsion des corps, traque des signes. On comprend que la difficulté qu’il rencontre tient moins à la complexité de son objet d’étude qu’à ses propres résistances intérieures. Quelque chose en lui se refuse à écouter Augustine, la patiente qui le trouble. On mesure aussi l’avancée freudienne, laquelle mise sur une clinique de l’écoute, s’ouvre à la vérité des patients. Ce film met en scène les soins au 19e siècle, il montre comment le « regard médical » peut rendre sourd et entraver le traitement. Peut-être est-il aussi prophétique : il nous parle d’aujourd’hui où, à nouveau, avec l’invention de l’imagerie cérébrale et de l’IRM, une clinique du regard tend de plus en plus à s’imposer et à museler la vérité au profit du savoir.

Basé sur un fait divers tragique survenu en Roumanie il y a vingt ans, Au–delà des collines raconte l’histoire d’une communauté religieuse qui cherche à libérer l’un des siens de la folie. Armé d’une grille religieuse pour déchiffrer la maladie, la communauté pratique l’exorcisme, invoque Saint Basile, etc. Questionné sur la logique qui gouverne sa pratique, un prêtre explique que par le recours aux forces spirituelles, il ne s’attaque pas aux symptômes superficiels, mais vise les causes de la maladie. Plus modeste, au sujet de la schizophrénie, un médecin commente : « c’est une maladie dont on ne meurt pas, mais qui ne permet pas non plus de vivre ».

Quant à The Master, le film met en scène un rescapé de la Seconde Guerre mondiale. Traumatisé, le héros connaît une dérive alcoolique et une errance psychotique. Il trouvera un abri, un « refuge », une place où loger son étrangeté, dans une secte dirigée par « The Master », une figure charismatique librement inspirée de L. Ron Hubbard, le fondateur de la scientologie. En proie à des troubles voisins, le « maître » surmonte sa propre dérive en s’occupant du héros et en fondant un ordre où la vie, pour lui, redevient possible.

Face aux désordres mentaux, plusieurs types de réponses donc, mais, en définitive, une seule issue déclinée dans ces trois films : l’échec thérapeutique.

Sauvons le patrimoine qui roule !

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renault mairie paris

Hier, j’ai vu une Renault 5 qui traversait la Place d’Italie. Espiègle, mutine, pimpante quadra, resplendissante dans sa robe « orange andalou », elle traçait sa route. Indifférente à la circulation urbaine de fin de journée. Une vraie parigote, une fleur de bitume qui nous parle de nous, de notre histoire économique, sociale et culturelle, de notre pays en somme. La Renault 5, c’est la France dans ce qu’elle a de plus créatif, d’émouvant et de visionnaire. Elle nous rappelle que nos designers avaient, en ce temps-là, la grâce, le coup de crayon inspiré, que nos industriels voulaient le meilleur pour les ménages français, c’est-à-dire produire un véhicule simple, pratique, beau et qui allait, en plus, conquérir l’Europe entière. Et puis, à son volant, nos mères ressemblaient toutes à Annie Girardot. Elles étaient des femmes modernes, actives et désirables.

C’est à l’aune de ces souvenirs-là que notre déchéance nationale actuelle prend tout son sens tragique. Quand j’ai vu ce mirage des Trente Glorieuses, ce concentré de bonne humeur, mon cœur s’est serré. Qu’un nostalgique épidermique comme moi soit pris de bouffées mélancoliques, passe encore, mais je n’étais pas le seul à observer ce spectacle charmant avec un sourire attendrissant. Les taxis et les bus se faisaient des amabilités pour laisser passer cette icône des années 70. Les autres automobilistes se souvenaient de leurs premières vacances en Espagne à son bord ou de leurs premiers flirts…poussés. Cette R5 avait décidément le goût sucré de l’indépendance. Même les collégiens, habitués aux insipides monospaces et élevés dans le culte de la voiture low-cost, ont levé (un très court instant) les yeux de leur Smartphone pour scruter ce drôle d’engin. Ce miracle de cohésion nationale risque de prendre fin à partir de septembre 2014. La Mairie de Paris a émis en fin d’année dernière un projet d’interdiction de circulation qui « s’appliquerait aux véhicules particuliers et utilitaires de plus de 17 ans, conformément à la norme Euro 2 de 1997, et aux poids lourds de plus de 18 ans, selon la norme Euro 2 de 1996. Pour les deux roues motorisés, l’interdiction de circuler pourrait s’appliquer aux véhicules de plus de 10 ans,(avant 2004), qui sont les plus polluants et les plus bruyants ».

Clap de fin donc pour cette Renault de 40 ans d’âge qui n’a pourtant aucune intention de finir sa vie dans une sinistre casse de banlieue. Elle n’a pas d’envies suicidaires et elle rend certainement encore bien des services à son propriétaire. L’automobile de collection au garage et l’histoire vivante aux archives, est-ce bien là l’intention des édiles municipaux ? À la Mairie, on a pris soin de noter qu’il s’agissait, pour l’heure, de propositions qui devront s’adapter « en fonction des spécificités propres à chaque type de motorisation, notamment pour bien prendre en compte la dimension sociale du dispositif, ainsi que les émissions de gaz à effets de serre ». Les collectionneurs, les clubs, tous les amoureux des voitures anciennes ont pris les devants connaissant l’autophobie régnante dans les sphères dirigeantes. La FFVE (Fédération Française des Véhicules d’Epoque) a immédiatement réagi en demandant que les véhicules de collection de plus de 30 ans soient exemptés de cette mesure. La presse spécialisée a condamné en bloc « le plan antipollution Delanoë ».

Nos confrères de La Vie de la Moto, particulièrement soucieux du devenir de milliers de motards, ont quant à eux rencontré le 10 janvier Bertrand Delanoë qui leur a déclaré que « les véhicules liés au patrimoine ne seront pas négligés. Il n’est pas question de les interdire dans Paris. Que les collectionneurs, vos lecteurs, se rassurent, je vais prendre des mesures pour les apaiser ». Pourtant, les passionnés de belles mécaniques ne baissent pas la garde. Beaucoup de questions restent en suspens. Ils savent que le combat ne fait que commencer. Sous la bannière « les anciennes en ville, un patrimoine qui roule », ils défendent le droit de rouler différemment dans un pays qui n’a jamais vraiment reconnu l’extraordinaire richesse culturelle des automobiles du passé. Nous espérons voir encore longtemps des R5 dans les rues de Paris, mais aussi des DS, des 4CV, des 404, des Estafette, des Type H ou des Terrot afin que notre histoire de France des transports ne soit pas remisée au musée. Rendez-vous au salon Rétromobile qui se tiendra du 6 au 10 février à la Porte de Versailles, vous verrez que les autos et motos anciennes ont une âme.

*Photo : imcdb.org.

PS-UMP : Le renvoi d’ascenseur est en panne

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jack lang jouyet

La droite française vient de faire une découverte dont elle ne se remet pas vraiment et qui semble traumatiser certains de ses membres : la gauche, au pouvoir depuis l’élection de François Hollande, envisagerait de nommer prioritairement des hommes de gauche aux postes-clés du pouvoir !

L’insubmersible Jack Lang, que Nicolas Sarkozy avait pourtant envoyé comme « émissaire spécial du Président de la République » à Cuba et en Corée du Nord, et soutenu pour sa nomination comme « conseiller spécial pour les questions liées à la piraterie au large de la Somalie auprès du secrétaire général de l’ONU » va ainsi prendre la présidence de l’Institut du Monde Arabe. Anne Lauvergeon, ex sherpa de François Mitterrand, nommée à la tête du groupe COGEMA devenu AREVA par Dominique Strauss-Kahn, avait dit-on refusé le poste de ministre des Finances proposé par Sarkozy, se contentant de siéger dans la Commission Attali. Débarquée par le même Sarkozy en 2011, les relations s’étant tendues entre temps avec l’Elysée, elle obtiendra finalement EADS. Olivier Schrameck, ancien directeur de cabinet de Lionel Jospin, s’installe à la tête d’un CSA qui devrait nommer les présidents de l’audiovisuel public. Jean-Pierre Jouyet, l’ami de trente ans de François Hollande, dirigera la Banque Publique d’Investissement.

Mais l’offensive ne s’arrête pas là : 30 % des préfets auraient été changés, 50 % des recteurs d’académie remerciés. Certains hauts fonctionnaires ont été purement et simplement limogés, quand les nouvelles recrues de certains corps, recasées in extremis avant la défaite électorale, n’étaient carrément pas titularisées.

La politique de nomination actuelle va bel et bien à rebours de ce que l’on a pu connaître de manière caricaturale lors du dernier quinquennat, tout particulièrement à ses débuts. C’était la fameuse politique d’ouverture, avec les ministres de gauche qui clamaient haut et fort qu’ils voteraient Hollande. C’était les nominations au Conseil d’État de personnes dont on apprenait les compétences en même temps que la nomination. C’était aussi, bien souvent, le choix de personnalités neutres, dont les nominations ne pouvaient pas entraîner de critiques de la gauche. Et en ce sens, ce qui est révélateur, ce n’est pas que la gauche ait écarté 50% des recteurs nommés par la droite… c’est que 50% lui conviennent encore. Cette politique n’a non seulement pas rapporté une voix à Nicolas Sarkozy en 2012, mais, parce qu’elle avait laissé un sentiment profond de trahison au sein de son électorat, et malgré les louables efforts de Patrick Buisson dans la dernière ligne droite, elle lui en a certainement fait perdre.

Un jour peut-être la droite française comprendra-t-elle qu’elle ne gagne rien en s’alignant sur la gauche, et que la gauche ne renverra jamais l’ascenseur. Si la politique d’ouverture est censée avoir débuté par certaines nominations mitterrandiennes, elle concernait alors quelques individus isolés situés dans le meilleur des cas au centre, et s’arrêtait à ces rares individualités. On comprend certes la déception de ceux qui, année après année, ont tendu la main, cherchant à complaire à leurs opposants politiques, en se disant qu’un jour il en seraient récompensés. Mais il est rassurant de constater que la gauche, elle, cherche à mettre en oeuvre sa politique avec des gens de gauche. Elle fait ainsi preuve d’une cohérence qui, au niveau national comme au niveau local, dans les recrutements des hauts fonctionnaires comme dans ceux de la fonction publique territoriale, finit nécessairement par payer.

On ne peut pas reprocher à l’autre d’être lui-même, et encore moins lui reprocher sa propre incohérence.

*Photo : Alain Bachellier.

Pauvres riches !

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freud riches lacan

Quelques professeurs ont marqué mon passage à l’Université. Parmi eux figure Daniel Stern, un psychanalyste américain, ancien collaborateur de Brazelton, auteur du Journal d’un bébé. Dans son cours sur les psychothérapies, il nous décrivit le cadre de la cure analytique (durée des séances, paiement, etc.) et nous livra une anecdote savoureuse. Lorsqu’il pratiquait la psychanalyse à New York, il eut en traitement un industriel d’une cinquantaine d’années, patron d’un véritable empire, détenteur d’une fortune colossale. Ce patient hésitait à commencer une analyse. Son thérapeute ne lui inspirait guère confiance : comment prendrait-il au sérieux un homme qui ne gagnait que 150 dollars de l’heure ! N’était-il pas en train de confier son âme à un minus ? Ici, l’argent agissait comme un révélateur, comme l’expression d’une distorsion de l’amour de soi. Certains individus, le fait est connu, demandent à l’argent une réassurance : à défaut de pouvoir briller par ce qu’ils sont, ils brillent avec ce qu’ils ont. Selon Stern, dans ce cas, la compréhension des sentiments relatifs à l’argent permit de dénouer la situation et de faire débuter la cure.

Stern nous enseigna aussi que le rapport à l’argent reflétait souvent différentes manières de se positionner face à une dette inconsciente : pauvreté expiatoire, négation perverse de cette dette, etc.[access capability= »lire_inedits »] À un autre niveau, selon le psychanalyste Serge Viderman, l’accumulation d’argent peut constituer une protection imaginaire contre la mort. Il s’agit du « syndrome d’Harpagon ». Ici, comme ailleurs, les différentes manières de traiter l’angoisse dictent les opinions, gouvernent les vies, fabriquent des destins.

Pour Lacan, la possession d’une grosse fortune fait obstacle à la cure, rend caduques les tentatives de traitement par l’analyse. Avec les catholiques et les Japonais, les riches ressortissent à la catégorie des « inanalysables ». Les premiers bétonnent trop le réel par l’imaginaire. Les seconds, en raison des caractéristiques de leur langue, ne pourraient guère bénéficier de la psychanalyse. Quant aux personnes immensément riches, elles n’accéderaient pas au transfert, à la possibilité d’aimer, elles manqueraient de manque. Deux personnes se relient en effet par un troisième terme, constitué par ce qui fait défaut à chacun. Ce qui aimante deux êtres, c’est leur manque respectif et l’illusion féconde que l’autre pourrait suppléer à cette carence. Ainsi, aimer équivaudrait à donner son manque et chaque liaison reposerait sur le don à l’autre de ce qu’on n’a pas. Il en irait ainsi dans la cure, laquelle est sous-tendue par le même type de rapport figuré par le paiement. Mais pour le riche, ces équivalences sont impossibles : payer ne lui coûte rien… Étant encombré par un excès d’abondance, il n’a pas réellement accès au don, ne peut faire l’épreuve de l’enjeu véritable de l’amour. Conscient des arrière-plans théologiques de sa conception, Lacan complète : « Il y a chez le riche une grande difficulté d’aimer – ce dont un certain prêcheur de Galilée avait déjà fait une petite note en passant. Il vaut peut-être mieux le plaindre, le riche, sur ce point, plutôt que le haïr, à moins qu’après tout, le haïr ne soit un mode de l’aimer, ce qui est bien possible. »

Un des premiers collaborateurs puis dissident de Freud, Alfred Adler, militant socialiste, travaillait le matin dans un quartier huppé de Vienne avec des honoraires conséquents. L’après-midi, il pratiquait dans des quartiers populaires, gratuitement. À la différence de ce Robin des Bois de l’analyse, Freud soignait presque exclusivement des patients appartenant aux classes privilégiées. Cette caractéristique sociale n’était pas sans conséquences sur la forme prise par leurs névroses. Leur statut social pesait parfois lourdement, sous la forme de culpabilité, surtout chez les héritiers, entraînant toute une série de comportements expiatoires : masochisme, névrose d’échec, impuissance. À la fin de l’analyse d’un aristocrate russe, « l’homme aux loups », Freud discute les acquis du traitement et note : « Le patient, à qui la guerre avait ravi patrie, fortune et toutes relations familiales, s’est senti normal et s’est conduit de façon irréprochable. Peut-être justement sa misère a-t-elle, en satisfaisant son sentiment de culpabilité, contribué à consolider son rétablissement. »

À sa manière, Arthur Schopenhauer avancera lui aussi une théorie sur la « misère » de la richesse. Son analyse expose les prolongements sociaux de deux mouvements affectifs liés au désir : la souffrance et l’ennui. Pour lui, la société se divise en deux. La classe laborieuse qui souffre de ne pouvoir s’offrir des plaisirs ; la classe dominante qui s’ennuie en expérimentant leur vanité. Les pauvres vivent dans la frustration et la gêne, ils connaissent différents types de « faim » ; à l’opposé, les privilégiés connaissent la torpeur de la satiété, voire les inconvénients de l’indigestion. Aux premiers, la souffrance du manque et de l’envie ; aux seconds, l’ennui d’être repu. « L’existence, écrit Schopenhauer, se présente avant tout comme une tâche, celle de subsister, de « gagner sa vie ». Ce point une fois assuré, ce qu’on a acquis devient un fardeau, et alors impose une seconde tâche, celle d’en disposer, en vue d’éviter l’ennui qui s’abat comme un oiseau de proie aux aguets sur toute existence à l’abri du besoin. […]  Nous voyons la classe inférieure du peuple luttant incessamment contre le besoin, donc contre la douleur, et par contre la classe riche est élevée dans une lutte permanente, souvent désespérée, contre, l’ennui. » Ainsi, l’érosion du désir menace les riches ; la dépression les guette.

Quant à notre société dite de « consommation », véritable miroir aux alouettes, machinerie mimétique, ne correspond-elle pas plutôt à une « société de frustration » ? L’abondance qui y brille partout de mille feux, son injonction d’un « toujours plus » et d’un « toujours autre » n’installe-t-elle pas les citoyens dans une sorte de privation perpétuelle, de frustration inéluctable, de pénurie définitive ? Au vu des considérations qui précèdent, cela vaut peut-être mieux… Quoi qu’il en soit, nous emprunterons à Nietzsche une conclusion apaisante. Pour ce philosophe − qui, dans sa dernière lettre, se plaint de souliers percés −, ce qui compte vraiment n’est pas monnayable : « Ce qui a un prix n’a pas de valeur. »[/access]

*Photo : Ross Burton.

Sarkozy, victoire à retardement

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greve fonctionnaires sarkozy

Non sans une certaine arrogance qui faisait tout son charme, à l’été 2008, Nicolas Sarkozy, tout auréolé de sa récente victoire, avait le libéralisme désinhibé et désignait clairement l’ennemi : les syndicats, gardiens d’un temple en ruine dédié aux acquis sociaux (« des privilèges ») et au code du travail (« un archaïsme »).

Bien sûr, à l’automne de cette même année 2008, les prodromes de la crise financière dont nous vivons encore les répliques ont bien tempéré ses ardeurs et ont fait de lui un colbertiste comme un autre. Il se servit paradoxalement mais avec pragmatisme du vieux modèle français qu’il jugeait obsolète la veille encore pour amortir les chocs les plus terrifiants que le capitalisme avait provoqués depuis la crise de 1929 et sans doute, ainsi, en a-t-il atténué les effets les plus ravageurs.

Il n’empêche que le style, c’est l’homme et que l’homme prononça en juillet 2008 une des phrases les plus à droite socialement que l’on avait entendue depuis longtemps : « La France change beaucoup plus vite et beaucoup plus profondément qu’on ne le voit. Désormais, quand il y a une grève en France, personne ne s’en aperçoit ». La gauche s’était scandalisée, les syndicats aussi. Ils avaient raison.

Ce genre de phrase indiquait un total mépris  pour toute personne ayant encore le courage de s’engager et de se battre pour obtenir de meilleures conditions de vie dans une France où jamais le moindre progrès social ne fut historiquement obtenu autrement qu’à l’issue d’une lutte acharnée.

Il y avait aussi, de la part de Sarkozy, l’évaluation cynique d’un rapport de force entre lui et les milieux syndicaux : dans le monde du travail, depuis des décennies, sous la pression du chômage, de l’intérim et de la précarité, il est pratiquement impossible de se syndiquer dans les PME,  le taux de syndicalisation est ridiculement bas et il ne restait plus que la fonction publique (ne dites pas fonctionnaires, dites « salariés protégés qui se lèvent tard »), qui pouvait se lancer dans un mouvement de grève sans risquer des représailles définitives. Cela s’était vu d’ailleurs dans les grandes grèves de novembre-décembre 1995 contre le plan Juppé. La grève du secteur public pendant cette période a bénéficié d’une sympathie générale, notamment chez les travailleurs du privé qui, en quelque sorte, grâce aux fonctionnaires, faisaient grève par procuration. De fait, c’est ce phénomène qui fit reculer le pouvoir.

Mais pour aussi choquante que soit cette sentence sarkozyenne, elle est pourtant totalement vraie.

La preuve, il y a eu une grève le 31 janvier. Une grève de la fonction publique. Des dizaines de milliers d’agents sont descendus dans la rue et se sont rassemblés un peu partout en France. C’était à l’appel de la CGT, de la FSU et de Solidaires. C’était soutenu par le Front de Gauche. Il y avait des profs, des infirmières, des douaniers. Les revendications portaient sur les salaires, la CGT chiffrant à 13% la baisse du salaire des fonctionnaires depuis dix ans. On rappellera par exemple qu’un prof bac+5 débute avec 1,2 fois le smic contre 2 fois dans les années 70. Mais il y avait aussi la mise en cause de RGPP qui a un autre nom ; on appelle ça la MAP, Modernisation de l’Action Publique, et quand on a fait libéral de droite (ou de gauche) en première langue, on sait bien que « modernisation », ça veut dire « moins de monde pour faire plus de boulot. »

Alors, sincèrement, à part quelques images à la télé, qui s’est aperçu de cette grève ? Le Figaro, presque inquiet, signale que « les fonctionnaires ont très peu mobilisé ». On peut se demander pourquoi.

Toute une série de réponses sont aussi valables les unes que les autres. On pourrait parler du service minimum (une grève qui ne gêne pas n’est plus une grève), on pourrait aussi décrire le sentiment d’inutilité, de fatalisme qui suinte de tous les discours médiatiques, voire politiques, de résignation légèrement désespérée. On pourrait aussi dire que les Français ont encore le sentiment d’avoir quelque chose à perdre, que finalement les cauchemars espagnol, portugais, grec, voire italien sont bien pire, que ça ne va pas si mal au fond. Ils sont un peu comme ces personnages de Beckett dans Fin de partie ou Oh les beaux jours : ils sont dans une situation désespérante mais qui n’empêche pas de survivre. Vivre, évidemment, c’est une autre affaire.

Et puis quel intérêt une grève de la fonction publique, quand autant de passionnants sujets anthropologiques comme le mariage pour tous requièrent toute leur attention. Oubliés les plans sociaux de PSA, Renault, Goodyear quand on est quotidiennement sommé d’avoir un avis sur la GPA, la PMA, la nationalité des enfants nés d’une mère porteuse étrangère. Alors vous imaginez, des choses aussi insignifiantes que les hôpitaux débordés ou les classes surchargées, même sous un gouvernement qui se dit socialiste, il y a tellement de questions plus urgentes ! Pour les romanesques et les nostalgiques, on a repris Tombouctou, pour les footeux Beckham arrive au PSG et pour les amateurs de records non sportifs, encore que, l’UMP a déposé 5050 amendements pour ralentir le vote de la loi sur le mariage gay.

Oui, décidément, Nicolas Sarkozy avait été prophétique : « Désormais, quand il y a une grève en France, personne ne s’en aperçoit ». Personne, et surtout pas un gouvernement qui se dit de gauche. Et ça même Sarkozy n’aurait pas osé en rêver.

 

*Photo : aftershow.

Pierre Bergé, le CRIF et Manuel Valls

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N’étant qu’un petit juif de France, (1,57m including talons et bob) et pas une « institution juive », je ne sais si le CRIF a la prétention de me représenter. Je ne ferai donc pas de mauvais procès à l’organisme présidé par Richard Prasquier, d’autant plus qu’il fait en général du bon boulot, notamment face à la résurgence ici-bas d’un antisémitisme qui ressemble aussi peu à celui de grand-papa que Mohamed Merah à la comtesse Gyp.

Tout ça pour dire que j’attends depuis un certain temps, et manifestement en vain, que le CRIF rappelle à l’ordre tous ceux qui dans le débat autour du mariage gay, posent plus ou moins hypocritement l’équation antimariage = antisémite. Deux mentors de ce qu’on appelait jadis la gauche caviar  (au sens propre pour le second) se sont illustrés dans cet amalgame piteux.

Tout d’abord, l’idiot du village Jean-Michel Ribes, qui a pensé clore le débat en déclarant à ses contradicteurs « Hitler aussi est né d’un père et d’une mère ! ». Ensuite l’ineffable Pierre Bergé qui ne cesse de mettre en parallèle « l’humus antisémite et antigay ».

Il se trouve que ce sont ces deux amis qui ont organisé le grotesque after people de la manif de dimanche (Patrick Mandon a trouvé le mot parfait pour décrire l’ambiance : « patronage » )

J’ai entendu dire ce matin à la radio que Manuel Valls avait été l’hôte d’un dîner lyonnais du CRIF hier soir, et qu’il y avait annoncé de fortes et justes décisions quant à la lutte anti-djihad sur le net. Ça ne nous étonne pas de lui. On sait que ce combat lui tient à cœur, et pour de vrai. En revanche ce qu’on ne sait pas, c’est pourquoi il a tenu à honorer de sa présence la surboum dominicale de nos deux banalisateurs forcenés de l’antisémitisme. Si l’un des convives de ce dîner a eu la bonne idée de poser la question au ministre de l’Intérieur, qu’il n’hésite pas à nous faire part de sa réponse…

 

En Flandre, les garnements ont les boules

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Qui osera prétendre que nous vivons dans un monde de plus en plus dangereux ? Certes, depuis les accidents domestiques jusqu’aux propos homophobes, ce ne sont pas les menaces qui manquent, y compris, hélas, dans nos démocraties occidentales. 

Heureusement, face à cette inflation de risques polymorphes, nos élus veillent, et l’on peut compter sur eux pour nous protéger contre tout , contre tous et surtout contre nous-mêmes. C’est ainsi qu’on vient d’apprendre que les communes belges (jusqu’à l’heure où j’écris ces lignes, tout du moins) de Wingene et Lichtervelde, en Flandre occidentale, ont interdit tout lancer de boule de neige.

Et n’allez pas croire à un hoax : l’info émane du quotidien de référence anversois  De Standaard. Selon la même source, ces communes ne seraient pas les seules à avoir pris de tels types d’arrêtés, avec à la clef des amendes pouvant dépasser les 100 euros. En effet, les bourgmestres des villes concernées estiment qu’un lancer de boule de neige peut être assimilé à un jet de pierre. Honte à vous, Quick et Flupke!

On savait bien que les Belges n’étaient pas des Français comme les autres, on en reste pantois. S’agit-il, comme me le dit un ami de gauche, d’une mesure de dumping météorologique destinée à séduire les milliardaires français hérissés par les agressions infantilo-hivernales ? Ou bien, comme me le souffle un copain de droite, d’une énième loi liberticide votée sous la pression du lobby islamiste belge, le Coran n’autorisant formellement ni le Père Noël, ni les sapins, ni les jeux afférents ? Allez savoir…

Toujours est-il qu’avec la propension des Belges à déteindre sur leurs voisins et hôtes eurocrates, on ne serait pas très surpris qu’un de ces quatre matins, une directive de Bruxelles étende aux 27 pays de l’Union les mesures prises, pour le bien de tous, à Wingene et Lichtervelde. C’est ce qu’on appelle l’effet boule de neige.

 

 

 

Ben Laden et l’honneur d’une femme

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ben laden zero dark

ben laden zero dark

Zero Dark Thirty est un film dont la perfection formelle sert une réflexion politique et morale à travers un thriller impitoyable. Sa réalisatrice Kathryn Bigelow prouve une nouvelle fois qu’elle fait partie du panthéon des grands cinéastes contemporains américains (Francis Ford Coppola, Michael Cimino, Brian de Palma, Clint Eastwood, Abel Ferrara, James Gray, Michael Mann…). Auteur des très musclés Blue Steel, Point Break, Strange Days, Démineurs, elle confirme avec ce nouvel opus son talent de metteur en scène, son sens du récit et de la direction d’acteurs.

Kathryn Bigelow a pris l’habitude de nous raconter avec une précision et une acuité particulièrement maîtrisées des récits traitant de l’Histoire récente des Etats-Unis (la guerre en Irak dans Démineurs) et, aujourd’hui, la lutte contre le terrorisme d’Al-Qaïda dans Zero Dark Thirty. Le film nous raconte les dix années d’enquête et de traque d’Oussama Ben Laden. Nous suivons pas à pas le travail d’une équipe de la CIA, localisée au Pakistan, et surtout le travail entêté de Maya, un agent spécial, jouée par Jessica Chastain, actrice qui s’impose de plus en plus dans le paysage hollywoodien.

Dès la séquence d’ouverture, une longue scène de torture d’un terroriste islamiste interprété par l’acteur français Reda Kateb, filmée avec une froideur clinique, nous met mal à l’aise mais c’est ainsi que nous entrons dans le vif du sujet, sans ménagement : jusqu’où peut-on aller pour trouver où se cache le terroriste des terroristes : Ben Laden ? Le personnage de Maya, lui, incarne toute l’ambiguïté de cette situation en cachant sous une impassibilité glacée la difficulté et  l’horreur que comportent sa mission.

Le film de Kathryn Bigelow est certes un brillantissime  thriller. Mais son sujet central se révèle l’abnégation d’une femme pour qui la traque de Ben Laden est un sacerdoce, au sens premier du terme : Maya est une femme sans amis, sans mari, ni amant. Maya accepte le risque de perdre son âme dans l’utilisation de la torture. D’une certaine manière, c’est une sainte paradoxale : elle accepte de combattre par le mal un mal plus grand encore.

Ces scènes de torture ont évidemment provoqué des polémiques dans la presse américaine et aussi chez les hommes politiques. Certains ont nié l’existence même de la torture tandis que d’autres ont expliqué que la fin justifiait les moyens. Les critiques les plus injustes sont celles qui font de Zero Dark Thirty une apologie de cette même torture. Le film est loin de cautionner la cruauté mais aussi l’horrible banalité, presque administrative des méthodes employées. Les agents de la CIA, dont aucun ne nous semble particulièrement antipathique ni monstrueux au départ, se décomposent pourtant au fil du film, subissant une sorte de processus de déshumanisation. En contrepoint, nous assistons dans des séquences d’une sécheresse et d’une grande maestria formelle aux nombreux actes commis par la nébuleuse Al-Qaïda, à Londres, au Pakistan, l’attentat de l’hôtel Marriott, en Arabie Saoudite. Et bien sûr en prologue – dans une scène noire et sans image où l’on entend la terrible détresse des personnes qui vont mourir – celui du 11 septembre 2001 à New-York.

Les quarante dernières minutes du film relatent en temps réel, l’expédition des Navy Seals, commando chargé de mener l’assaut sur la villa fortifiée de Ben Laden à Abbottabad. Kathryn Bigelow, experte en scènes d’action, raconte ce moment historique avec une efficacité redoutable et un regard froid.

Cette vision d’entomologiste accompagne tout le film, très documenté. La cinéaste et son scénariste Mark Boal ont reçu la coopération du Pentagone et de la CIA; ils ont visionné et lu de nombreux documents, rencontré d’anciens militaires. Ce travail ajoute beaucoup au côté documentaire du film et fait toute la réussite d’une œuvre qui est à la fois un film historique et une célébration de l’héroïsme calme de Maya, une femme qui ne déviera pas.

Zero Dark Thirty, un film de Kathryn Bigelow avec Jessica Chastain, Jason Clarke, Kyle Chandler, James Gandolfini, Jennifer Ehle, etc.

Wagner et le judaïsme : deux siècles ensemble

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richard wagner verdi

richard wagner verdi

Les amateurs de musique peuvent se réjouir : cette année célèbre conjointement le bicentenaire de la naissance de Richard Wagner et de Giuseppe Verdi, deux des plus grands compositeurs d’opéra de tous les temps[1. L’Opéra national de Paris organise également des conférences : « Wagner et Verdi » le 11 février, « Wagner et les Français » le 5 mars et « Wagner et Nietzsche » le 10 avril.]. Nés à quelques mois d’intervalle, ces deux génies, qui jamais ne se rencontrèrent, incarnent à leur manière deux conceptions dramatiques de l’art lyrique. Si Verdi, figure emblématique du patriotisme italien, fut rapidement adulé par le public, le succès se fit attendre pour le maître allemand. Celui-ci connut la gloire tardivement grâce au soutien financier et amical que lui apporta, dès 1864, le jeune Louis II de Bavière. Un soutien frôlant d’ailleurs l’idolâtrie pour ne pas dire l’homosexualité, clairement exprimée dans la correspondance échangée entre les deux hommes : « Bien aimé, jamais je ne t’abandonnerai » écrivit notamment le roi au compositeur le 10 mai 1865.

Aujourd’hui, la mémoire de Richard Wagner demeure controversée en raison de l’admiration que lui portait Adolf Hitler, contribuant ainsi à faire ressortir les rapports pour le moins compliqués que le compositeur entretenait à son époque avec les Juifs. Pour autant, l’antijudaïsme de Wagner n’empêcha pas Théodore Herzl, père du sionisme, d’adorer son œuvre et de le considérer comme le plus grand musicien de son époque. Parmi les amis proches du compositeur allemand, se trouvaient également des personnalités juives comme le chef d’orchestre Hermann Lévi, créateur de l’opéra Parsifal. Wagner admirait par ailleurs Mendelssohn et rêvait, à ses débuts, d’obtenir le succès d’Halévy ou de Meyerbeer, deux grands compositeurs juifs. Selon le maître allemand, La Juive constituait l’un des plus beaux opéras de son temps et le Grand Opéra, illustré par Meyerbeer, représentait le modèle absolu. Lors d’un séjour désastreux passé à Paris (1839-1842), Wagner sollicita à plusieurs reprises l’appui de Meyerbeer. En 1861, après un nouvel échec parisien, lors de la création de Tannhäuser, c’est Charles Baudelaire, grand admirateur du maître allemand, qui saisit alors l’occasion de défendre son oeuvre en rédigeant une critique musicale passionnée.

Dix ans auparavant, en 1850, Wagner avait publié sous le pseudonyme de K. Freigedank, Le Judaïsme dans la musique. Ce libelle, dans lequel Wagner critiquait le monopole des Juifs dans la musique, fit alors peu de bruit même s’il suscita une certaine surprise puisque les Juifs allemands étaient relativement bien assimilés. Vingt ans plus tard, ce pamphlet fut signé de son vrai nom, la conjoncture politique étant plus favorable à la diffusion de ses idées.

Si Wagner énonçait ses pensées anti-juives dans ses écrits, on ne trouve rien de tout cela dans ses livrets d’opéra. Bien sûr, il est possible de voir dans le personnage des Maîtres chanteurs, Beckmesser, la caricature du Juif mais il convient aussitôt d’ajouter que Beckmesser représente un maître chanteur, certes caricaturé en Juif, mais dont les compétences musicales sont néanmoins reconnues. Quant à l’argument selon lequel ce personnage serait la caricature d’Eduard Hanslick, influent critique musical d’origine juive, il mérite d’être relativisé car Beckmesser fut esquissé dès 1845 c’est-à-dire avant la rupture entre Hanslick et Wagner[2. Dictionnaire encyclopédique Wagner, sous la direction de Timothée Picard, Editions Actes Sud/Cités de la musique, 2010.].

Quelles sont alors les causes des pensées anti-juives de Wagner ? Pour Jacob Katz, auteur de Wagner et la question juive[1. Dictionnaire encyclopédique Wagner, sous la direction de Timothée Picard, Editions Actes Sud/Cités de la musique, 2010.], ce compositeur ne cessa jamais de manifester une grande versatilité affective, brûlant tout au long de sa vie ce qu’il avait adoré. Il éprouvait une jalousie haineuse contre ceux qui réussissaient lorsque lui échouait : ainsi se révéla l’amertume d’un artiste pour lequel le succès tarda tant à venir ! Mais ne pourrait-on pas également y voir la réaction épidermique d’un homme qui, convaincu d’être le fils adultérin d’un acteur juif[4. Il s’agit de l’acteur, Ludwig Geyer, second mari de la mère de Wagner, qui donna au compositeur son nom durant les premières années de sa vie.  Guy de Pourtales rapporte à ce propos un fait intéressant : Mein Leben, biographie écrite par Wagner et publiée vingt-huit ans après sa mort, débutait initialement par cette phrase : « Je suis le fils de Ludwig Geyer ».], voyait son oeuvre critiquée par les compositeurs juifs qu’il admirait ? N’aurait-il pas alors ressenti ces attaques comme une forme de trahison ?

Ce ne sont pourtant pas ses écrits mais plutôt le culte immodéré que lui voua Adolf Hitler, un siècle plus tard, qui nuit le plus à sa mémoire, concourant à faire de sa musique comme de sa personne les symboles de la barbarie nazie. L’amitié ou, selon certains, les relations plus intimes liant sa belle-fille, Winifred Wagner, et Hitler lui portèrent également un coup fatal. D’aucuns avancent en outre le fait que Winifred Wagner apporta à Hitler le papier qui lui servit à la rédaction de Mein Kampf lorsqu’il fut emprisonné à la forteresse de Landsberg.

Mort à Venise en 1883, Richard Wagner peut-il être tenu pour responsable des crimes d’une époque qui lui fut postérieure ? D’après Jacob Katz, on ne peut aucunement considérer Wagner comme un « précurseur du nazisme ». Mêler la musique de Wagner au nazisme est une erreur, ajoute pour sa part Daniel Barenboim, premier chef d’orchestre à avoir interprété des extraits de l’œuvre wagnérienne en Israël à l’aube des années 2000. De plus, lorsque le compositeur découvrit les théories raciales d’Arthur Gobineau, il n’y adhéra pas. Si, comme tant d’autres, Wagner a été sensible à un climat d’antisémitisme ambiant, nul ne peut toutefois l’accuser d’être l’initiateur d’une époque aussi imprévisible qu’atroce.

Rappelons enfin qu’à la fin des années 1920, un chef d’orchestre juif avait brisé en France le « tabou Wagner ». Au lendemain de la Première Guerre mondiale, certaines œuvres musicales allemandes, dont celles de Wagner, avaient été interdites en Alsace et en Lorraine en raison de leur connotation jugée trop pangermanique. Mais le 28 novembre 1929, le chef d’orchestre Henri Benfredj eut l’audace d’interpréter Lohengrin à l’Opéra de Metz malgré les vives manifestations de rue et la campagne de presse, destinées à empêcher la représentation. Celle-ci rencontra finalement un réel succès qui permit aux œuvres de Wagner d’être rejouées dans ces régions redevenues françaises.

Comme celui qui fut son ami, Friedrich Nietzsche, a vu sa mémoire pervertie par sa propre sœur, Wagner pâtit et continue de pâtir de l’adoration que lui voua Hitler. On ne se méfie décidément jamais assez de la postérité…

*Photo : amanojaku_uk2001.

Mon Journal extime 2012 1/2

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brive hollande sarkozy

brive hollande sarkozy

Janvier[1. Topor voyait dans le journal extime l’inverse du journal intime : un journal ouvert, tourné vers les autres.]

Donc, cette année doit être celle de la fin du monde ou celle du sarkozysme. On verra en mai ou en décembre.

En attendant, je passe le nouvel an chez mon ami René Rey, à Longjumeau. À la grande époque de la littérature populaire, dans les années 1970, il écrivait six romans par an, pour le Fleuve Noir ou la Série noire. Il faisait partie de ceux qu’on appelait « les forçats de l’Underwood ». Il avait plusieurs pseudos : Emmanuel Errer (les initiales de René Rey), Jean Mazarin (parce qu’il a habité à Chilly-Mazarin) ou Charles Nécrorian quand il a écrit pour la mythique collection Gore. Quand René a compris que la littérature de gare agonisait pour cause de multiplication des chaînes de télé, il est devenu scénariste, notamment pour la série Navarro.

Il faudra que je m’interroge un jour sur le fait que mes amis sont tous beaucoup plus âgés que moi. Je me prépare une vieillesse solitaire.

À chaque fois que je vais chez René, je pense à la nouvelle fantastique de Léon Bloy dans Histoires désobligeantes : « Les Captifs de Longjumeau ». Un couple veut déménager et quitter la ville : il n’y arrive jamais. Quand je pars de chez René, et que je me retrouve sur le périph’ le soir du 1er janvier, je me demande si Bloy n’avait pas raison. C’est impossible, parfois, de quitter Longjumeau.

Février

En février, je m’aperçois que je n’existe plus. C’est la faute à François Hollande, qui a déclaré au journal anglais The Guardian : « les communistes, en France, il n’y en a plus ».[access capability= »lire_inedits »]

C’est tout de même très ennuyeux de ne plus exister. On a un mal fou à se raser et à enfiler ses chaussettes. Essayez d’enfiler des chaussettes alors que vous n’existez plus et vous m’en donnerez des nouvelles. Le plus ennuyeux, c’est que je fais la campagne du Front de gauche. Et il va falloir expliquer à mes camarades que je n’existe plus. Ils vont encore dire que c’est un truc que j’ai inventé pour échapper au tractage sur les marchés.

Quand François Hollande s’aperçoit qu’il dit une bêtise, il corrige le tir. On ne sait pas encore, en février, que ce sera sa méthode de gouvernement. Il précise qu’il n’a pas dit qu’il n’y avait plus de communistes mais qu’il y en avait moins, nuance. Il a raison, c’est avec ce genre de nuance qu’un candidat socialiste obtient tout juste les reports de voix nécessaires pour gagner ric-rac au second tour.

Mars

J’arrive à Brive, pour trois mois. Une résidence d’écrivain. C’est une jolie petite maison du centre-ville avec un jardin. Il y a mon nom avec ma raison sociale sur la boîte aux lettres : « écrivain en résidence ». J’ai l’impression d’être au service militaire, c’est-à-dire loin de chez moi, libre et seul, comme un jeune homme. Ou si je me fais mon cinéma, j’imagine que je suis en exil intérieur à cause du pouvoir qui se durcit parce qu’il sent sa fin proche, genre Sakharov à Gorki. Je trouve mon rythme. Écriture le matin, promenade l’après-midi et la nuit, sommeil. Ça n’a l’air de rien, mais ça ne m’était pas arrivé depuis un temps fou, de dormir la nuit.

Je ne fais pas la campagne électorale avec les copains, dans le Nord. Légère frustration. Un peu plus que légère, la frustration. Ne pas être à la Bastille, le 18 mars, pour le meeting de Mélenchon, qui monte à 14 % dans les sondages. Les copains m’envoient des SMS pendant que je déjeune seul devant i-Télé avec mes emplettes du marché : confit de canard, tomates cœur de bœuf, cantal, fraises. Les journaux disent que la campagne n’intéresse personne. En ville, tout le monde ne parle que de ça, pourtant.

Avril

Beaucoup de trains. Cela tombe bien, j’aime ça. La France est un pays jacobin qui rend les trajets transversaux assez compliqués. Mais j’ai le temps. Une organisatrice du festival Quai du polar à Lyon, Briviste d’origine, a une jolie expression au téléphone : « Brive-Lyon, mais c’est la diagonale du vide ! »

Je me perds de vue, comme un personnage de Simenon : Brive-Paris Austerlitz-hôtel rue de la Roquette-Paris Gare de Lyon-Lyon Part-Dieu-Roanne-Centre de détention de Roanne-Médiathèque de Roanne-Hôtel Terminus de Roanne. Trains, gares, terrasses, prisons. Volets entrouverts sur la nuit de printemps trop chaude, avenue, voitures de loin en loin, les visages des détenues et des détenus, ce soir, qui reviennent et qu’on n’oubliera pas. Maison d’arrêt de Privas, Lyon encore. Et puis repartir à Brive, via Clermont-Ferrand.

Particule élémentaire, carte et territoire, visages.

Brive-Clermont-Ferrand, c’est quelque chose : la ligne traverse des paysages magnifiques entre Auvergne, Haute-Corrèze, Limousin. Elle longe des rivières au milieu de forêts qui ne s’interrompent que le temps d’une petite gare sur laquelle on peut voir une plaque dédiée aux cheminots résistants fusillés.

Sur cette ligne, les noms font à la fois penser au cœur frais de la France de ce cher Valery Larbaud, au Conscrit des cent villages d’Aragon et, bien sûr, à Ma France, de Jean Ferrat.

Je vous les donne, comme une guirlande géographique, comme un collier à mettre au cou de Marianne, comme autant de baisers sur les lèvres de vos amours : Royat-Chamalières, Durtol-Nohannent, Volvic, Charbonnières-les-Varennes, La Miouze-Rochefort, Laqueuille, Bourg-Lastic-Messeix, Eygurande, Ussel, Meymac, Maussac, Egletons, Rosiers d’Egletons, Montaignac, La Montagne, Corrèze, Tulle, Cornil, Aubazine-Saint-Hilaire, Malemort-sur-Corrèze, Brive.

On met un peu plus de quatre heures pour faire moins de 200 km, dans une micheline.

Je reviens à Lille voter pour le premier tour. Il y a longtemps que mon candidat n’avait pas fait un score à deux chiffres, même si c’est moins que prévu. Je me console en me disant qu’à ma manière, j’ai quand même fait un peu campagne car Le Monde, au début du mois, m’a demandé une tribune pour expliquer le soutien à Mélenchon d’une bonne partie des auteurs de romans noirs.

Mai

Je fais une liste des choses à ne pas oublier de faire à Brive avant de partir. Quand le temps passe trop vite, les listes me rassurent.

Voir l’exposition sur les imprimeries clandestines photographiées par Doisneau au musée de la Résistance Edmond-Michelet. Cette époque héroïque n’a fait que montrer de manière évidente ce qui existe pourtant de manière diffuse le reste du temps : écrire, imprimer, éditer sont des activités dangereuses et, finalement, toujours plus ou moins clandestines.

Voir enfin des films de Peter Watkins sur grand écran, lors du Festival du moyen-métrage. Il y a notamment La Bombe et Punishment Park. Se souvenir que Punishment Park pourrait très bien se passer aujourd’hui, dans les Disneylands pré-totalitaires qui nous servent de société. Comme 1984.

Écrire mon roman.

Finir Ada ou l’ardeur. Je freine à chaque page, tant ce roman total me rend parfaitement heureux. C’est à ça que l’on reconnaît les chefs-d’œuvre : ils irradient et agissent sur vous physiquement. Bonheur ou consolation. Je me suis totalement immergé de nouveau dans Proust à la mort de mon grand-père, en décembre 1994, et mon chagrin a pris une allure presque musicale.

Goûter l’esprit des terrasses, avec les beaux jours qui vont revenir. L’image que je me suis toujours faite de la liberté : boire un express en terrasse, le matin, avec un verre d’eau, dans une ville que je ne connais pas encore très bien. Lire le journal. Offrir mon cou au soleil, en m’étirant.[/access]

*Photo : sandrine magrin.

Psychoses au cinéma

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Actuellement sur les écrans, trois excellents films abordent la question de la maladie mentale et de son traitement. Augustine d’Alice Winocour, Au-delà des collines de Cristian Mungiu et The Master de Paul Thomas Anderson. Ces trois films mettent en scène trois manières différentes de faire face aux désordres mentaux.

Dans Augustine, on voit la médecine du 19e siècle confrontée à l’énigme de l’hystérie. Le spectateur assiste au désarroi du médecin qui s’appuie sur une clinique du regard : il photographie ses patientes, dessine la contorsion des corps, traque des signes. On comprend que la difficulté qu’il rencontre tient moins à la complexité de son objet d’étude qu’à ses propres résistances intérieures. Quelque chose en lui se refuse à écouter Augustine, la patiente qui le trouble. On mesure aussi l’avancée freudienne, laquelle mise sur une clinique de l’écoute, s’ouvre à la vérité des patients. Ce film met en scène les soins au 19e siècle, il montre comment le « regard médical » peut rendre sourd et entraver le traitement. Peut-être est-il aussi prophétique : il nous parle d’aujourd’hui où, à nouveau, avec l’invention de l’imagerie cérébrale et de l’IRM, une clinique du regard tend de plus en plus à s’imposer et à museler la vérité au profit du savoir.

Basé sur un fait divers tragique survenu en Roumanie il y a vingt ans, Au–delà des collines raconte l’histoire d’une communauté religieuse qui cherche à libérer l’un des siens de la folie. Armé d’une grille religieuse pour déchiffrer la maladie, la communauté pratique l’exorcisme, invoque Saint Basile, etc. Questionné sur la logique qui gouverne sa pratique, un prêtre explique que par le recours aux forces spirituelles, il ne s’attaque pas aux symptômes superficiels, mais vise les causes de la maladie. Plus modeste, au sujet de la schizophrénie, un médecin commente : « c’est une maladie dont on ne meurt pas, mais qui ne permet pas non plus de vivre ».

Quant à The Master, le film met en scène un rescapé de la Seconde Guerre mondiale. Traumatisé, le héros connaît une dérive alcoolique et une errance psychotique. Il trouvera un abri, un « refuge », une place où loger son étrangeté, dans une secte dirigée par « The Master », une figure charismatique librement inspirée de L. Ron Hubbard, le fondateur de la scientologie. En proie à des troubles voisins, le « maître » surmonte sa propre dérive en s’occupant du héros et en fondant un ordre où la vie, pour lui, redevient possible.

Face aux désordres mentaux, plusieurs types de réponses donc, mais, en définitive, une seule issue déclinée dans ces trois films : l’échec thérapeutique.

Sauvons le patrimoine qui roule !

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renault mairie paris

renault mairie paris

Hier, j’ai vu une Renault 5 qui traversait la Place d’Italie. Espiègle, mutine, pimpante quadra, resplendissante dans sa robe « orange andalou », elle traçait sa route. Indifférente à la circulation urbaine de fin de journée. Une vraie parigote, une fleur de bitume qui nous parle de nous, de notre histoire économique, sociale et culturelle, de notre pays en somme. La Renault 5, c’est la France dans ce qu’elle a de plus créatif, d’émouvant et de visionnaire. Elle nous rappelle que nos designers avaient, en ce temps-là, la grâce, le coup de crayon inspiré, que nos industriels voulaient le meilleur pour les ménages français, c’est-à-dire produire un véhicule simple, pratique, beau et qui allait, en plus, conquérir l’Europe entière. Et puis, à son volant, nos mères ressemblaient toutes à Annie Girardot. Elles étaient des femmes modernes, actives et désirables.

C’est à l’aune de ces souvenirs-là que notre déchéance nationale actuelle prend tout son sens tragique. Quand j’ai vu ce mirage des Trente Glorieuses, ce concentré de bonne humeur, mon cœur s’est serré. Qu’un nostalgique épidermique comme moi soit pris de bouffées mélancoliques, passe encore, mais je n’étais pas le seul à observer ce spectacle charmant avec un sourire attendrissant. Les taxis et les bus se faisaient des amabilités pour laisser passer cette icône des années 70. Les autres automobilistes se souvenaient de leurs premières vacances en Espagne à son bord ou de leurs premiers flirts…poussés. Cette R5 avait décidément le goût sucré de l’indépendance. Même les collégiens, habitués aux insipides monospaces et élevés dans le culte de la voiture low-cost, ont levé (un très court instant) les yeux de leur Smartphone pour scruter ce drôle d’engin. Ce miracle de cohésion nationale risque de prendre fin à partir de septembre 2014. La Mairie de Paris a émis en fin d’année dernière un projet d’interdiction de circulation qui « s’appliquerait aux véhicules particuliers et utilitaires de plus de 17 ans, conformément à la norme Euro 2 de 1997, et aux poids lourds de plus de 18 ans, selon la norme Euro 2 de 1996. Pour les deux roues motorisés, l’interdiction de circuler pourrait s’appliquer aux véhicules de plus de 10 ans,(avant 2004), qui sont les plus polluants et les plus bruyants ».

Clap de fin donc pour cette Renault de 40 ans d’âge qui n’a pourtant aucune intention de finir sa vie dans une sinistre casse de banlieue. Elle n’a pas d’envies suicidaires et elle rend certainement encore bien des services à son propriétaire. L’automobile de collection au garage et l’histoire vivante aux archives, est-ce bien là l’intention des édiles municipaux ? À la Mairie, on a pris soin de noter qu’il s’agissait, pour l’heure, de propositions qui devront s’adapter « en fonction des spécificités propres à chaque type de motorisation, notamment pour bien prendre en compte la dimension sociale du dispositif, ainsi que les émissions de gaz à effets de serre ». Les collectionneurs, les clubs, tous les amoureux des voitures anciennes ont pris les devants connaissant l’autophobie régnante dans les sphères dirigeantes. La FFVE (Fédération Française des Véhicules d’Epoque) a immédiatement réagi en demandant que les véhicules de collection de plus de 30 ans soient exemptés de cette mesure. La presse spécialisée a condamné en bloc « le plan antipollution Delanoë ».

Nos confrères de La Vie de la Moto, particulièrement soucieux du devenir de milliers de motards, ont quant à eux rencontré le 10 janvier Bertrand Delanoë qui leur a déclaré que « les véhicules liés au patrimoine ne seront pas négligés. Il n’est pas question de les interdire dans Paris. Que les collectionneurs, vos lecteurs, se rassurent, je vais prendre des mesures pour les apaiser ». Pourtant, les passionnés de belles mécaniques ne baissent pas la garde. Beaucoup de questions restent en suspens. Ils savent que le combat ne fait que commencer. Sous la bannière « les anciennes en ville, un patrimoine qui roule », ils défendent le droit de rouler différemment dans un pays qui n’a jamais vraiment reconnu l’extraordinaire richesse culturelle des automobiles du passé. Nous espérons voir encore longtemps des R5 dans les rues de Paris, mais aussi des DS, des 4CV, des 404, des Estafette, des Type H ou des Terrot afin que notre histoire de France des transports ne soit pas remisée au musée. Rendez-vous au salon Rétromobile qui se tiendra du 6 au 10 février à la Porte de Versailles, vous verrez que les autos et motos anciennes ont une âme.

*Photo : imcdb.org.

PS-UMP : Le renvoi d’ascenseur est en panne

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jack lang jouyet

La droite française vient de faire une découverte dont elle ne se remet pas vraiment et qui semble traumatiser certains de ses membres : la gauche, au pouvoir depuis l’élection de François Hollande, envisagerait de nommer prioritairement des hommes de gauche aux postes-clés du pouvoir !

L’insubmersible Jack Lang, que Nicolas Sarkozy avait pourtant envoyé comme « émissaire spécial du Président de la République » à Cuba et en Corée du Nord, et soutenu pour sa nomination comme « conseiller spécial pour les questions liées à la piraterie au large de la Somalie auprès du secrétaire général de l’ONU » va ainsi prendre la présidence de l’Institut du Monde Arabe. Anne Lauvergeon, ex sherpa de François Mitterrand, nommée à la tête du groupe COGEMA devenu AREVA par Dominique Strauss-Kahn, avait dit-on refusé le poste de ministre des Finances proposé par Sarkozy, se contentant de siéger dans la Commission Attali. Débarquée par le même Sarkozy en 2011, les relations s’étant tendues entre temps avec l’Elysée, elle obtiendra finalement EADS. Olivier Schrameck, ancien directeur de cabinet de Lionel Jospin, s’installe à la tête d’un CSA qui devrait nommer les présidents de l’audiovisuel public. Jean-Pierre Jouyet, l’ami de trente ans de François Hollande, dirigera la Banque Publique d’Investissement.

Mais l’offensive ne s’arrête pas là : 30 % des préfets auraient été changés, 50 % des recteurs d’académie remerciés. Certains hauts fonctionnaires ont été purement et simplement limogés, quand les nouvelles recrues de certains corps, recasées in extremis avant la défaite électorale, n’étaient carrément pas titularisées.

La politique de nomination actuelle va bel et bien à rebours de ce que l’on a pu connaître de manière caricaturale lors du dernier quinquennat, tout particulièrement à ses débuts. C’était la fameuse politique d’ouverture, avec les ministres de gauche qui clamaient haut et fort qu’ils voteraient Hollande. C’était les nominations au Conseil d’État de personnes dont on apprenait les compétences en même temps que la nomination. C’était aussi, bien souvent, le choix de personnalités neutres, dont les nominations ne pouvaient pas entraîner de critiques de la gauche. Et en ce sens, ce qui est révélateur, ce n’est pas que la gauche ait écarté 50% des recteurs nommés par la droite… c’est que 50% lui conviennent encore. Cette politique n’a non seulement pas rapporté une voix à Nicolas Sarkozy en 2012, mais, parce qu’elle avait laissé un sentiment profond de trahison au sein de son électorat, et malgré les louables efforts de Patrick Buisson dans la dernière ligne droite, elle lui en a certainement fait perdre.

Un jour peut-être la droite française comprendra-t-elle qu’elle ne gagne rien en s’alignant sur la gauche, et que la gauche ne renverra jamais l’ascenseur. Si la politique d’ouverture est censée avoir débuté par certaines nominations mitterrandiennes, elle concernait alors quelques individus isolés situés dans le meilleur des cas au centre, et s’arrêtait à ces rares individualités. On comprend certes la déception de ceux qui, année après année, ont tendu la main, cherchant à complaire à leurs opposants politiques, en se disant qu’un jour il en seraient récompensés. Mais il est rassurant de constater que la gauche, elle, cherche à mettre en oeuvre sa politique avec des gens de gauche. Elle fait ainsi preuve d’une cohérence qui, au niveau national comme au niveau local, dans les recrutements des hauts fonctionnaires comme dans ceux de la fonction publique territoriale, finit nécessairement par payer.

On ne peut pas reprocher à l’autre d’être lui-même, et encore moins lui reprocher sa propre incohérence.

*Photo : Alain Bachellier.

Pauvres riches !

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freud riches lacan

freud riches lacan

Quelques professeurs ont marqué mon passage à l’Université. Parmi eux figure Daniel Stern, un psychanalyste américain, ancien collaborateur de Brazelton, auteur du Journal d’un bébé. Dans son cours sur les psychothérapies, il nous décrivit le cadre de la cure analytique (durée des séances, paiement, etc.) et nous livra une anecdote savoureuse. Lorsqu’il pratiquait la psychanalyse à New York, il eut en traitement un industriel d’une cinquantaine d’années, patron d’un véritable empire, détenteur d’une fortune colossale. Ce patient hésitait à commencer une analyse. Son thérapeute ne lui inspirait guère confiance : comment prendrait-il au sérieux un homme qui ne gagnait que 150 dollars de l’heure ! N’était-il pas en train de confier son âme à un minus ? Ici, l’argent agissait comme un révélateur, comme l’expression d’une distorsion de l’amour de soi. Certains individus, le fait est connu, demandent à l’argent une réassurance : à défaut de pouvoir briller par ce qu’ils sont, ils brillent avec ce qu’ils ont. Selon Stern, dans ce cas, la compréhension des sentiments relatifs à l’argent permit de dénouer la situation et de faire débuter la cure.

Stern nous enseigna aussi que le rapport à l’argent reflétait souvent différentes manières de se positionner face à une dette inconsciente : pauvreté expiatoire, négation perverse de cette dette, etc.[access capability= »lire_inedits »] À un autre niveau, selon le psychanalyste Serge Viderman, l’accumulation d’argent peut constituer une protection imaginaire contre la mort. Il s’agit du « syndrome d’Harpagon ». Ici, comme ailleurs, les différentes manières de traiter l’angoisse dictent les opinions, gouvernent les vies, fabriquent des destins.

Pour Lacan, la possession d’une grosse fortune fait obstacle à la cure, rend caduques les tentatives de traitement par l’analyse. Avec les catholiques et les Japonais, les riches ressortissent à la catégorie des « inanalysables ». Les premiers bétonnent trop le réel par l’imaginaire. Les seconds, en raison des caractéristiques de leur langue, ne pourraient guère bénéficier de la psychanalyse. Quant aux personnes immensément riches, elles n’accéderaient pas au transfert, à la possibilité d’aimer, elles manqueraient de manque. Deux personnes se relient en effet par un troisième terme, constitué par ce qui fait défaut à chacun. Ce qui aimante deux êtres, c’est leur manque respectif et l’illusion féconde que l’autre pourrait suppléer à cette carence. Ainsi, aimer équivaudrait à donner son manque et chaque liaison reposerait sur le don à l’autre de ce qu’on n’a pas. Il en irait ainsi dans la cure, laquelle est sous-tendue par le même type de rapport figuré par le paiement. Mais pour le riche, ces équivalences sont impossibles : payer ne lui coûte rien… Étant encombré par un excès d’abondance, il n’a pas réellement accès au don, ne peut faire l’épreuve de l’enjeu véritable de l’amour. Conscient des arrière-plans théologiques de sa conception, Lacan complète : « Il y a chez le riche une grande difficulté d’aimer – ce dont un certain prêcheur de Galilée avait déjà fait une petite note en passant. Il vaut peut-être mieux le plaindre, le riche, sur ce point, plutôt que le haïr, à moins qu’après tout, le haïr ne soit un mode de l’aimer, ce qui est bien possible. »

Un des premiers collaborateurs puis dissident de Freud, Alfred Adler, militant socialiste, travaillait le matin dans un quartier huppé de Vienne avec des honoraires conséquents. L’après-midi, il pratiquait dans des quartiers populaires, gratuitement. À la différence de ce Robin des Bois de l’analyse, Freud soignait presque exclusivement des patients appartenant aux classes privilégiées. Cette caractéristique sociale n’était pas sans conséquences sur la forme prise par leurs névroses. Leur statut social pesait parfois lourdement, sous la forme de culpabilité, surtout chez les héritiers, entraînant toute une série de comportements expiatoires : masochisme, névrose d’échec, impuissance. À la fin de l’analyse d’un aristocrate russe, « l’homme aux loups », Freud discute les acquis du traitement et note : « Le patient, à qui la guerre avait ravi patrie, fortune et toutes relations familiales, s’est senti normal et s’est conduit de façon irréprochable. Peut-être justement sa misère a-t-elle, en satisfaisant son sentiment de culpabilité, contribué à consolider son rétablissement. »

À sa manière, Arthur Schopenhauer avancera lui aussi une théorie sur la « misère » de la richesse. Son analyse expose les prolongements sociaux de deux mouvements affectifs liés au désir : la souffrance et l’ennui. Pour lui, la société se divise en deux. La classe laborieuse qui souffre de ne pouvoir s’offrir des plaisirs ; la classe dominante qui s’ennuie en expérimentant leur vanité. Les pauvres vivent dans la frustration et la gêne, ils connaissent différents types de « faim » ; à l’opposé, les privilégiés connaissent la torpeur de la satiété, voire les inconvénients de l’indigestion. Aux premiers, la souffrance du manque et de l’envie ; aux seconds, l’ennui d’être repu. « L’existence, écrit Schopenhauer, se présente avant tout comme une tâche, celle de subsister, de « gagner sa vie ». Ce point une fois assuré, ce qu’on a acquis devient un fardeau, et alors impose une seconde tâche, celle d’en disposer, en vue d’éviter l’ennui qui s’abat comme un oiseau de proie aux aguets sur toute existence à l’abri du besoin. […]  Nous voyons la classe inférieure du peuple luttant incessamment contre le besoin, donc contre la douleur, et par contre la classe riche est élevée dans une lutte permanente, souvent désespérée, contre, l’ennui. » Ainsi, l’érosion du désir menace les riches ; la dépression les guette.

Quant à notre société dite de « consommation », véritable miroir aux alouettes, machinerie mimétique, ne correspond-elle pas plutôt à une « société de frustration » ? L’abondance qui y brille partout de mille feux, son injonction d’un « toujours plus » et d’un « toujours autre » n’installe-t-elle pas les citoyens dans une sorte de privation perpétuelle, de frustration inéluctable, de pénurie définitive ? Au vu des considérations qui précèdent, cela vaut peut-être mieux… Quoi qu’il en soit, nous emprunterons à Nietzsche une conclusion apaisante. Pour ce philosophe − qui, dans sa dernière lettre, se plaint de souliers percés −, ce qui compte vraiment n’est pas monnayable : « Ce qui a un prix n’a pas de valeur. »[/access]

*Photo : Ross Burton.

Sarkozy, victoire à retardement

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greve fonctionnaires sarkozy

greve fonctionnaires sarkozy

Non sans une certaine arrogance qui faisait tout son charme, à l’été 2008, Nicolas Sarkozy, tout auréolé de sa récente victoire, avait le libéralisme désinhibé et désignait clairement l’ennemi : les syndicats, gardiens d’un temple en ruine dédié aux acquis sociaux (« des privilèges ») et au code du travail (« un archaïsme »).

Bien sûr, à l’automne de cette même année 2008, les prodromes de la crise financière dont nous vivons encore les répliques ont bien tempéré ses ardeurs et ont fait de lui un colbertiste comme un autre. Il se servit paradoxalement mais avec pragmatisme du vieux modèle français qu’il jugeait obsolète la veille encore pour amortir les chocs les plus terrifiants que le capitalisme avait provoqués depuis la crise de 1929 et sans doute, ainsi, en a-t-il atténué les effets les plus ravageurs.

Il n’empêche que le style, c’est l’homme et que l’homme prononça en juillet 2008 une des phrases les plus à droite socialement que l’on avait entendue depuis longtemps : « La France change beaucoup plus vite et beaucoup plus profondément qu’on ne le voit. Désormais, quand il y a une grève en France, personne ne s’en aperçoit ». La gauche s’était scandalisée, les syndicats aussi. Ils avaient raison.

Ce genre de phrase indiquait un total mépris  pour toute personne ayant encore le courage de s’engager et de se battre pour obtenir de meilleures conditions de vie dans une France où jamais le moindre progrès social ne fut historiquement obtenu autrement qu’à l’issue d’une lutte acharnée.

Il y avait aussi, de la part de Sarkozy, l’évaluation cynique d’un rapport de force entre lui et les milieux syndicaux : dans le monde du travail, depuis des décennies, sous la pression du chômage, de l’intérim et de la précarité, il est pratiquement impossible de se syndiquer dans les PME,  le taux de syndicalisation est ridiculement bas et il ne restait plus que la fonction publique (ne dites pas fonctionnaires, dites « salariés protégés qui se lèvent tard »), qui pouvait se lancer dans un mouvement de grève sans risquer des représailles définitives. Cela s’était vu d’ailleurs dans les grandes grèves de novembre-décembre 1995 contre le plan Juppé. La grève du secteur public pendant cette période a bénéficié d’une sympathie générale, notamment chez les travailleurs du privé qui, en quelque sorte, grâce aux fonctionnaires, faisaient grève par procuration. De fait, c’est ce phénomène qui fit reculer le pouvoir.

Mais pour aussi choquante que soit cette sentence sarkozyenne, elle est pourtant totalement vraie.

La preuve, il y a eu une grève le 31 janvier. Une grève de la fonction publique. Des dizaines de milliers d’agents sont descendus dans la rue et se sont rassemblés un peu partout en France. C’était à l’appel de la CGT, de la FSU et de Solidaires. C’était soutenu par le Front de Gauche. Il y avait des profs, des infirmières, des douaniers. Les revendications portaient sur les salaires, la CGT chiffrant à 13% la baisse du salaire des fonctionnaires depuis dix ans. On rappellera par exemple qu’un prof bac+5 débute avec 1,2 fois le smic contre 2 fois dans les années 70. Mais il y avait aussi la mise en cause de RGPP qui a un autre nom ; on appelle ça la MAP, Modernisation de l’Action Publique, et quand on a fait libéral de droite (ou de gauche) en première langue, on sait bien que « modernisation », ça veut dire « moins de monde pour faire plus de boulot. »

Alors, sincèrement, à part quelques images à la télé, qui s’est aperçu de cette grève ? Le Figaro, presque inquiet, signale que « les fonctionnaires ont très peu mobilisé ». On peut se demander pourquoi.

Toute une série de réponses sont aussi valables les unes que les autres. On pourrait parler du service minimum (une grève qui ne gêne pas n’est plus une grève), on pourrait aussi décrire le sentiment d’inutilité, de fatalisme qui suinte de tous les discours médiatiques, voire politiques, de résignation légèrement désespérée. On pourrait aussi dire que les Français ont encore le sentiment d’avoir quelque chose à perdre, que finalement les cauchemars espagnol, portugais, grec, voire italien sont bien pire, que ça ne va pas si mal au fond. Ils sont un peu comme ces personnages de Beckett dans Fin de partie ou Oh les beaux jours : ils sont dans une situation désespérante mais qui n’empêche pas de survivre. Vivre, évidemment, c’est une autre affaire.

Et puis quel intérêt une grève de la fonction publique, quand autant de passionnants sujets anthropologiques comme le mariage pour tous requièrent toute leur attention. Oubliés les plans sociaux de PSA, Renault, Goodyear quand on est quotidiennement sommé d’avoir un avis sur la GPA, la PMA, la nationalité des enfants nés d’une mère porteuse étrangère. Alors vous imaginez, des choses aussi insignifiantes que les hôpitaux débordés ou les classes surchargées, même sous un gouvernement qui se dit socialiste, il y a tellement de questions plus urgentes ! Pour les romanesques et les nostalgiques, on a repris Tombouctou, pour les footeux Beckham arrive au PSG et pour les amateurs de records non sportifs, encore que, l’UMP a déposé 5050 amendements pour ralentir le vote de la loi sur le mariage gay.

Oui, décidément, Nicolas Sarkozy avait été prophétique : « Désormais, quand il y a une grève en France, personne ne s’en aperçoit ». Personne, et surtout pas un gouvernement qui se dit de gauche. Et ça même Sarkozy n’aurait pas osé en rêver.

 

*Photo : aftershow.

Pierre Bergé, le CRIF et Manuel Valls

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N’étant qu’un petit juif de France, (1,57m including talons et bob) et pas une « institution juive », je ne sais si le CRIF a la prétention de me représenter. Je ne ferai donc pas de mauvais procès à l’organisme présidé par Richard Prasquier, d’autant plus qu’il fait en général du bon boulot, notamment face à la résurgence ici-bas d’un antisémitisme qui ressemble aussi peu à celui de grand-papa que Mohamed Merah à la comtesse Gyp.

Tout ça pour dire que j’attends depuis un certain temps, et manifestement en vain, que le CRIF rappelle à l’ordre tous ceux qui dans le débat autour du mariage gay, posent plus ou moins hypocritement l’équation antimariage = antisémite. Deux mentors de ce qu’on appelait jadis la gauche caviar  (au sens propre pour le second) se sont illustrés dans cet amalgame piteux.

Tout d’abord, l’idiot du village Jean-Michel Ribes, qui a pensé clore le débat en déclarant à ses contradicteurs « Hitler aussi est né d’un père et d’une mère ! ». Ensuite l’ineffable Pierre Bergé qui ne cesse de mettre en parallèle « l’humus antisémite et antigay ».

Il se trouve que ce sont ces deux amis qui ont organisé le grotesque after people de la manif de dimanche (Patrick Mandon a trouvé le mot parfait pour décrire l’ambiance : « patronage » )

J’ai entendu dire ce matin à la radio que Manuel Valls avait été l’hôte d’un dîner lyonnais du CRIF hier soir, et qu’il y avait annoncé de fortes et justes décisions quant à la lutte anti-djihad sur le net. Ça ne nous étonne pas de lui. On sait que ce combat lui tient à cœur, et pour de vrai. En revanche ce qu’on ne sait pas, c’est pourquoi il a tenu à honorer de sa présence la surboum dominicale de nos deux banalisateurs forcenés de l’antisémitisme. Si l’un des convives de ce dîner a eu la bonne idée de poser la question au ministre de l’Intérieur, qu’il n’hésite pas à nous faire part de sa réponse…