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Tourisme à la Puerta del Sol

Madrid, Puerta del Sol

Ma quête effrénée de chupitos gratis por favor se heurte à une cohorte immense. Ils sont fatiguant ces espagnols avec leurs fêtes patronales permanentes. Il faut que j’attende que revienne la conscience de mon ignorance abyssale de l’actualité espagnole, les seuls imprimés retenant mon attention depuis le début du séjour étant les flyers distribués par ces chers Relaciones Publicas. On me jette un journal que je ne rattrape pas, Liberate. Je percute. Les voilà, ces indignés espagnols, ces autochtones qui ferment leur commerce entre 14h et 15h et qui ont encore la générosité d’inviter Belena Estaban et ses seins sur leurs plateaux télévisés.

Alors comme ça, ils s’indignent. Contre la corruption, contre la prime à risque, l’omnipotence des banques et le chorizo (qui signifie aussi « voleur », ne jamais oublier d’être drôle en plus d’être indigné). C’est en vain qu’on essaye de les contourner pour réhydrater nos gosiers comme il se doit. Parce que s’indigner c’est bien mais comme dit mon copain Freysinger ça fait du bien l’indignation, quand elle est arrosée au pastis.
« Francès ? » « Yes,oui, si » « Viva la revolucion ! » me hurle d’allégresse un chef indien dans son tipi Quechua sur lequel on peut admirer la parfaite reproduction au feutre du drapeau français sous lequel se lit « 1789 Ahora ! ». Tandis que mon ami déjà bien épris de Bacchus se fait interviewer par TVE, l’absurdité du moment se dissipe rapidement, je me sens envahie d’une énergie nouvelle.
Dans les prémices de mon hallucination, je perçois avec une fraiche ardeur la pertinence de mon ami plus imbibé que je ne l’aurais cru : « Je suis indigné. Toi, moi, tout le monde ! L’indignation est à son comble. Je m’indigne, tu t’indignes, il s’indigne, nous nous … » Le journaliste nous quitte.

Indignons-nous ! Des ailes me poussent, la rage sous toutes ses formes gratouille mon bas ventre, ma prise d’inconscience est totale. Cette masse, ces corps hurlants, ces pancartes multicolores, ces slogans jetés sur les tee-shirts : Indignez-moi ! Ce soir, je suis l’Histoire, je veux être indignée, la plus indignée des indignés. Plus que tout autre, je veux brandir dans la lourdeur de l’air le drapeau pirate. Pays imaginaire me voilà !
Je veux sentir vibrer ma glotte des mots si parfumés de Revolucion, Libertad y basta ! Devant l’excitant guindage de mon milieu social je veux que claque l’arc-en-ciel des homosexuels. Je suis contre l’impérialisme des banques allemandes, contre la Grande Alliance, je m’élève et je bois : UE=Alemania, NO !

Bras tatoués, crêtes et écarteurs, vous êtes mes seules valeurs ! Anarchie, prends-moi. Quel visionnaire ce diplomate de Hessel ! Alors il faudrait une voix mielleuse, un passé de résistant et une canne pour réveiller une planète anesthésiée par tout ce qui fait mal. L’homme a été déporté ; l’œuvre, elle, s’est exportée comme des petits pains (pas de brioche ce coup-ci, on n’est pas sous le règne de l’autrichienne) pour rassasier le peuple du monde affamé par l’histoire de sa propre souffrance. Et sans violence s’il vous plait. Car le vieillard est un pacifiste. Tout juste trouvera-t-on quelques représentations de l’invention du docteur Guillotin mais rien qui ne fasse appel à l’obscurantisme car ces instruments de tortures sont républicains et ce qui est républicain est bien (en plus ça rime). « Avec ma machine, je vous fais sauter la tête en un clin d’œil, et vous ne souffrez point» disait le bon Joseph Ignace. La souffrance, on y est, il faut l’éradiquer cette putain.
Plus indigné qu’indigné, excité comme après une première corrida, je veux que la Reina Sofia présente Froilán de Todos los Santos de Marichalar y Borbón au balcon du Palacio Real. Democracia Real, Ya ! Ma tête me trahit et cette masse grouillante me rappelle la scène finale du Parfum. Je veux l’amour. Je nique la police et me sens d’une liberté nouvelle et infinie. Je veux redéfinir l’humain. Je veux cracher l’hymne espagnol, je veux voir les 20 000 mayores espagnoles avaler du cyanure, je suis pour la dignité, je transpire d’indignation.

Certains de mes frères (parce qu’on est tous frères dans la souffrance) commencent à poser sur moi des yeux condescendants. Je me fais traiter de « ninato ». L’indignation serait réservée aux adultes ? Horreur. Pas vous! Mes frères ?
Je ramasse mon pote par terre : « Viens, on part, c’est des fachos en fait ! » Comme dit Oskar (toujours lui) : « Les Fachos, on sait qu’ils ne sont pas vraiment fachos, mais on les appelle fachos quand-même, parce que ça les énerve »

*Photo : calafellvalo

Il n’y aura pas de Gay Pride en Azerbaïdjan…

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Après la crise de l’euro, la crise de l’Eurovision… Rien ne va plus entre l’Azerbaïdjan, pays hôte de l’édition 2012 du concours, et l’Iran, son aimable voisin, qui l’accuse de profiter de l’occasion pour collaborer honteusement avec Israël.

La tension, déjà vive, vient d’être attisée par certaines rumeurs, véhiculées par des sites internet iraniens, affirmant qu’à l’occasion de l’Eurovision, Bakou allait organiser une Gay Pride !

A peine arrivée aux oreilles des autorités azerbaïdjanaises, cette accusation a été prise très au sérieux. Lors d’une conférence de presse spécialement consacrée à cette question, Ali Hasanov, un haut responsable de l’administration présidentielle, a formellement accusé l’Iran de calomnie. « Ils font des déclarations sur quelque chose qui n’existe pas. Nous accueillons l’Eurovision, pas une marche gay » a précisé l’officiel azerbaïdjanais, ajoutant comme preuve irréfutable de la bonne foi de son gouvernement, que, contrairement au persan, il n’existe pas en langue azerbaïdjanaise de mot pour dire « marche gay ».

M. Hasanov a conclu ainsi son analyse géostratégique : « Les Iraniens cherchent à ternir l’image du pays à l’approche du concours, parce qu’ils sont jaloux de notre succès économique ». Rien à dire, même Borat n’aurait pas trouvé mieux ! 


Cécile Duflot, chlorophyllienne à maroquin

Ah le parti des Verts (EELV) ! Passés maîtres dans les parades d’ambition et les médiocres contorsions politiciennes, ses principaux représentants affectent en public un laisser-aller vestimentaire de baba-cool post-modernes. Dans les couloirs, ils manifestent l’âpreté, la ruse agressive, le goût des alliances et des combinaisons retorses, augmenté d’un appétit de pouvoir, qui les placent à égalité avec les ambitieux banals et les politiciens bedonnants à veste croisée de la IVe république, heureusement défunte.

Prenons Mme Duflot, par exemple : enfin, elle est ministre ! Au cours de la récente campagne électorale, elle demeura prudemment dans la coulisse, abandonnant l’infortunée Eva Joly à son sort de figurante pathétique. Jeune éléphant de son parti, elle a trouvé en Mme Voynet un cornac attentionné, auquel ses épaules donne un aspect impressionnant, presque menaçant, souligné encore par ses propos : « J’ai souhaité qu’elle devienne ministre […], J’ai mordu ceux qui pensaient qu’une femme si jeune, qui portait des jeans et qui élevait ses quatre enfants tambour battant, ne pouvait pas accéder à [ce poste] ». Quelqu’un se serait dressé contre la nomination de Cécile Duflot, sous le prétexte qu’elle était jeune et mère de famille ?

Cécile Duflot, sa voix, son assurance inébranlable, sa diction de mitrailleuse, sa conviction d’être indispensable à la marche du monde, sa bonne conscience démonstrative de dame du catéchisme, dispersant à la volée des postillons d’eau bénite mêlés de chlorophylle ! Elle traîne après elle un cortège tintinnabulant de clochettes désaccordées, revenues à la hâte de Rome, afin de prendre les meilleures places à la grand-messe. Avec cela, femme « concernée-intransigeante-copine-mère », furieusement moralisatrice : une cheftaine rompue à l’exercice de la communication. Cécile voulait un ministère, elle l’exigeait presque, sans doute au nom des superbes résultats électoraux de sa formation (2,31 %). Il n’est pas interdit d’avoir de l’ambition, mais il est recommandé d’en dissimuler l’excès. Faibles dans les urnes, prompts à la plainte et à la récrimination, toujours entre la pose et le fromage, les Verts, qui ne sont rien, veulent tout, et cela n’est jamais trop !

Leur puissant allié socialiste, qui les fait princes, alors qu’ils ne l’ont jamais fait roi, paraît ignorer les menaces et les anathèmes dont ils l’accablent pourtant (hors période de nomination aux honneurs ministériels évidemment). Cécile Duflot elle-même, dans un entretien télévisé, après avoir prétendu « qu’il fallait arrêter avec l’expression France, patrie des droit de l’homme », se risqua naguère à un développement politique d’une grande sérénité : « Une alliance avec le Parti Socialiste, c’est pas automatique, mais ça pourrait être, pendant cinq ans, sur une mandature, sur un certain nombre de points très clairs, pour dire : « Voilà ! avec des députés socialistes, avec des députés communistes, avec des députés écologistes, on pourrait s’engager pour travailler à un projet commun qui réparerait les erreurs commises par le gouvernement de Nicolas Sarkozy, mais surtout qui se positionnerait pour répondre à la crise, et pour anticiper avec de nouvelles solutions, sans reproduire les erreurs du passé »..

Quelle projection volontariste, quel ton d’autorité pour la réactivation de la gauche plurielle ! Cette femme-là, à n’en pas douter, ne s’en laisserait pas compter, assumerait ses choix et ceux de ses amis ! Justement, voici ce que disait l’un d’eux, Philippe Meirieu, célèbre pour ses initiatives pédagogiques en faveur des crétins, des cancres et des paresseux, accueillant à Lyon le congrès d’Europe Ecologie : « Nous ne croyons pas que la social-démocratie ait fait ses preuves. Nous ne croyons pas qu’elle ait fait la preuve de sa capacité à reconstruire le politique autour du bien commun ! ». Se gardant bien de revenir sur ses verbeuses lubies pédagogistes (« l’apprenant, muni d’un outil scripteur, est au centre du système éducatif »), frais, rose, cossu et glabre, M. Meirieu, démontrant une véhémence tribunicienne digne d’un Lénine rhodanien, vitupérait le système et tous ceux qui n’aspiraient qu’à le réformer.

Or, M. Hollande ne se présente-t-il pas comme l’incarnation la plus aboutie de la social-démocratie, et Mme Duflot n’est-elle pas l’un de ses ministres ? Certes, mais, depuis cet épisode « révolutionnaire », elle n’est plus un élément perturbateur, erratique, en quête de soutiens et de suffrages. Voici donc ce qu’elle récitait dans le jardin du ministère de l’Égalité des territoires et du logement : « Je veux dire ici que je ne suis pas une ministre écologiste. Je suis une femme, écologiste, convaincue, devenue ministre de la République, pour agir pour le plus grand nombre, en essayant de mettre ses convictions et son expérience propre au service d’une certaine idée du bien commun. ». Le bien commun, vous dit-on !

La fausse bourde de Vincent Peillon

Et si certains socialistes avaient retenu les bonnes leçons du sarkozysme, en matière de communication et d’annonces gouvernementales ? Prenez Vincent Peillon, look de prof Troisième République dit la grande presse, air modeste, travailleur, prof de philo, promis à la rue de Grenelle depuis qu’il s’est engagé auprès de François Hollande : eh bien, à mon humble avis, on le crédite un peu vite de la première bourde gouvernementale.

Tout à sa hâte d’être ministre, il a annoncé que la semaine des enfants du primaire allait passer de 4 à 5 jours dès la rentrée 2013. Annoncé comme si c’était fait, hop, réglé évident ! Et aussi sec, l’élève Peillon s’est fait recadrer non par son Premier ministre mais par Ségolène Royal, expliquant que un ça ne se faisait pas comme ça, sans « concertation ». Et surtout que c’est le Premier ministre qui arbitre, tranche et annonce une mesure d’une telle importance, qui va foutre en l’air les grasses mat ‘de week-end de millions de Français qui si ça trouve, sont appelés à voter dans trois semaines. Ségolène qui se voit bien présidente de l’Assemblée a clairement fait comprendre à ses amis socialistes qu’elle a déjà été ministre, et qu’elle sait, elle, comment on se comporte dans un gouvernement. Mais passons sur ses méthodes de maitresse d’école.

Et surtout demandons nous si Peillon a simplement commis une bourde ou bien tenté un coup à la Sarkozy-Guéant-Dati. Du genre, j’annonce du lourd (une loi contre ceci, la sévérité contre cela, une réflexion et des actions contre ce truc) je regarde comment ça réagit et éventuellement, si ça ne produit rien dans les sondages ou chez les syndicats je retire, j’embourbe ou j’agis. Une méthode d’agit-prop qui a fait courir la presse pendant 5 ans derrière des annonces plus ou moins bidons, occupait le terrain du débat et coinçait l’opposition sur des thèmes qu’elle ne maitrisait pas. Sans oublier, pour parfaire le tableau, un François Fillon qui ne tranchait à la fin rien du tout, n’avait jamais son mot à dire et y trouvait parfaitement son compte.

Revenons à nos jours supplémentaires de classe. C’est un fait : la mesure fait partie des 60 propositions de François Hollande. La gauche, Martine Aubry en tête, considère que les gosses doivent travailler plus pour s’en sortir mieux, surtout les plus mal lotis. Et que du coup, les profs aussi doivent faire des efforts.

Or, même si tout le monde a l’air officiellement d’accord là-dessus, du côté des syndicats, on commence à traîner un peu la patte. Depuis quand on travaille plus sans gagner plus ? Alors on minaude, oui ça serait super, mais si ça se trouve les besoins ne sont pas les mêmes partout. Les collectivités locales, elles aussi, trainent un peu la patte: si les gosses sortent de l’école tous les jours à 15h30 au lieu de 16h30 il faudra bien les occuper. On ne va pas demander aux mères de sortir plus tôt pour récupérer les mioches alors qu’on nous vend la parité et l’émancipation de la femme à tour de bras. Alors les mairies vont devoir trouver des locaux, des animateurs, des gymnases des activités, tout ça pour pas trop cher, histoire d’occuper les enfants au moins jusqu’à 16 h30, voire 18h. Je ne parle pas de la corporation des hôteliers et des stations de ski qui hurle au sabotage dans la mesure où les week end des bobos seraient sacrifiés et leur chiffre d’affaires avec.
Autant dire que sur le papier, travailler plus pour être plus intelligent c’est chouette. Dans la vraie vie, c’est une autre affaire.

Alors Peillon tente. J’annonce que je fais. Je mets les gens sérieux et les parents qui flippent trouvant que les mioches ne bossent pas assez de mon côté, je mesure les résistances, la force des opposants. Et si ça ne va pas, j’annonce qu’on le fera en 2019. En expliquant que les profs et la FCPE sont des vilains. Les affaiblir c’est toujours ça de pris, mais il faut dire que Luc Chatel lui a bien mâché le travail de ce côté-là. Je prends même le pari que l’habile ministre de l’Education remettra le couvert à d’autres reprises. Sur d’autres sujets sur lesquels de toutes façons il n’y a jamais de consensus.

Tous les Français, qu’ils aient un enfant à l’école ou pas ont un avis sur la question, alors la concertation… L’opposition montera au créneau, les journalistes aussi, et on passera d’un sujet à l’autre en occupant le terrain médiatique. Vu les difficultés qui s’annoncent je la jouerai comme ça. Le sarkozysme n’a pas eu que du mauvais, somme toute.

*Photo : Parti socialiste

On n’arrête pas la régression

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De notre envoyé à Londres

Cette fois, c’est officiel. La dépêche est tombée ce matin. L’entreprenant David Cameron vient de l’annoncer en personne : l’Etat s’occupera désormais d’enseigner aux parents comment changer les couches (nappies). L’Etat les aidera également à mieux interpréter le babil souvent incompréhensible des tout-petits (agheu agheu, en français). La mesure porte un nom : « The Can Parent initiative ». Les mères ont l’air ravies, mais les politologues s’étonnent.

Enfin voyons, David Cameron n’est-il pas de droite ? N’est-il pas un farouche partisan du moins d’Etat et de la responsabilité individuelle ? A quoi bon investir dans ce secteur-là ? Si les avocats de l’austérité refusent de creuser les déficits publics, s’ils ne craignent pas de jeter les pauvres dans la rue et de ruiner l’Europe au nom de la réduction des dépenses, ils font tout de même une exception devant les couches Pampers. Et pourquoi ça ? Parce que les moutards sont la richesse de demain. « Les parents sont des bâtisseurs de la nation, apprend-on de source officielle. C’est avec des gestes d’amour que l’on élèvera la prochaine génération ». La mesure prévoit donc de montrer aux parents comment choisir la bonne tétine.

Nous savions, grâce à Michel Foucault, que le pouvoir n’interdit pas. Il fait bien autre chose : il vous assiste dans la réalisation supposée de votre désir. L’affaire a commencé au XVIIIème siècle, mais ce que nous ignorions jusqu’à aujourd’hui, c’est qu’il irait jusqu’à vous conseiller la bonne tétine.

G8, mon amour

Je regarde une photo de famille, comme on dit, du dernier G8 à Camp David. François Hollande, encore une chose à mettre au passif de son bilan catastrophique, forcément catastrophique, a commis une énorme faute de goût. Cette année, le protocole avait demandé que les chefs d’état soient habillés « casual ». Evidemment, il est arrivé en costume et a dû retirer en catastrophe sa cravate. Il se croyait où, ce ballot ? Encore sur le marché de Tulle à distribuer des tracts socialistes ? Décidément, il n’est pas rompu aux exercices d’hypocrisie, notre nouveau président. Quand le gouvernement mondial s’apprête à accroître la pression sur les peuples, quand il va mener une politique encore plus dure, il doit se montrer résolument et définitivement cool. L’équivalent sur le plan vestimentaire, si vous voulez, de cette figure rhétorique que l’on appelle l’antiphrase.

J’espère que Hollande n’a pas oublié de tutoyer ses homologues, en plus. Il ne manquerait plus qu’il ait voulu la jouer solennel, mettre des formes comme dans les sommets internationaux du monde d’avant. Non, un G8, c’est comme une start-up, une entreprise jeune et sympathique où tout le monde se dit tu, se passe la main dans le dos, est super-pote, où l’on adopte là aussi le casual friday, où l’on se souhaite de manière sympatoche les anniversaires. Ce coup-ci, d’après ce que j’ai compris, c’était celui du premier ministre japonais, Yoshihiko Noda. Il a eu le droit à un beau gâteau au chocolat garanti non irradié et comme il a vite eu la bouche pleine, il n’a pas pu répondre au véritable bilan humain et écologique de Fukushima. D’ailleurs, personne n’aurait eu le mauvais goût de lui poser la question. Il y avait des sujets autrement plus urgents à débattre. Une vraie ligne de fracture idéologique entre croissance et austérité, plus exactement entre austérité libérale et croissance libérale.

La différence ? Ah, mais elle est essentielle, la différence… Par exemple, une politique d’austérité libérale vise à l’équilibre budgétaire, restreint le crédit, augmente la durée du travail et les impôts tout en baissant les salaires. En revanche, une politique de croissance libérale, celle souhaitée par Hollande, le SPD allemand ou même par Obama qui angoisse légèrement à l’idée de voir l’Europe devenir un marché atone pour ses exportations et des pays comme la Grèce ou l’Espagne menacer de faire imploser le système en se clochardisant, c’est tout le contraire.
La croissance libérale utilise les fonds publics, comme les fonds de stabilité de l’UE ou ceux de la Banque Européenne d’investissement, pour doper l’investissement privé et améliorer la compétitivité. Evidemment, cela suppose que l’on baisse les salaires et que l’on augmente les impôts.

Si vous ne voyez pas de différence, c’est que vous êtes un salarié. Un salarié de mauvaise foi, probablement syndiqué de surcroît. Ou alors, par un regrettable malentendu, vous avez cru que la croissance libérale correspondait à un genre de néo-New-Deal rooseveltien. Auquel cas, on vous répondra qu’il ne faut pas prendre les enfants du bon dieu pour des keynésiens sauvages et que l’espoir de voir la génération suivante vivre mieux que vous, ou même simplement moins mal que vous, est terminé. Et ce ne sont pas les petits voyous d’étudiants québécois auxquels on répond par des lois d’exception, les indignés espagnols qui font leur retour sur les plaza, le terrorisme de la « jambisation » qui reprend en Italie ou les manifestations endémiques en Grèce qui vont changer quoi que ce soit à la saine gestion du capitalisme planétaire.

Je regarde encore la photo du G8. Quelque chose me gêne, mais quoi ? Ah, ça y est j’y suis. Autour de la tablée des chouettes copains, il y en a de moins en moins qui tiennent leur pouvoir d’une quelconque légitimité populaire alors que je pensais naïvement que le libéralisme économique supposait le libéralisme politique. Par exemple, Barroso, pour la Commission Européenne, cet ancien maoïste de la révolution des Œillets qui ferait désormais passer Alain Madelin pour Lénine, il est élu par qui, en fait ? Et Mario Monti, l’ancien employé du mois de Goldman Sachs, l’éminent membre du groupe Bilderberg, à la tête de son gouvernement technique, il a gagné quoi comme élections ?

Mélenchon, avec sa sale tête, a parlé du G8 comme d’ « une institution détestable ». Je trouve aussi. Mais je me rends bien compte de la stérilité de mon attitude. Et je sais qu’un jour, après un long travail, on pourra dire de moi ce qu’Orwell dit de Winston à la fin de 1984 : « Il aimait Big Brother. » Euh, pardon, « Il aimait le G8. »

Voltaire et la crise monétaire

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N’étant pas économiste, bien qu’économe, je me demande si ces derniers ont médité sur cette réflexion de Voltaire et, le cas échéant, ce qu’ils en ont retiré:  » Toute monnaie de papier retrouve un jour inexorablement sa valeur intrinsèque : rien « . Les Grecs se disent que ce Voltaire avait anticipé bien des choses.

Ils se demandent également pourquoi leurs dirigeants n’ont pas lu les historiens de l’économie qui n’ont cessé de répéter que toutes les expériences d’union monétaire ou de monnaie unique ont jusqu’ici échoué parce qu’elles supposent la destruction préalable des souverainetés nationales, que les peuples finissent toujours par refuser.

Les Grecs ne sont pas les seuls à se poser ces questions, mais avec l’optimisme inébranlable – et la stupidité qui va de pair – qui leur est coutumier, économistes et politiciens continuent à penser qu’il faut plus d’Europe et plus de liquidités pour apaiser les marchés financiers et faciliter l’endettement étatique. C’est ce qui pourrait être perçu comme une course à l’abîme, une forme de folie, monétaire en l’occurrence, qui est extrêmement contagieuse….

Ne nous restera bientôt plus qu’à relire Voltaire. Lui, au moins, ne se démonétisera jamais.

« Hollande sera un Sarkozy de gauche »

Élisabeth Lévy. Hollande élu, Sarkozy battu : vous êtes satisfaite ?

Marine Le Pen. Je n’ai pas à être satisfaite. Mais Hollande devrait remercier Sarkozy, car il n’a été élu que par défaut.

ÉL. Il a été élu parce qu’une partie de vos électeurs ont fait les pieds au mur !

MLP. Nicolas Sarkozy n’a cessé de s’en prendre au Front national qu’il appelle la « PME familiale ». Il a répété sur tous les tons qu’il écartait tout accord avec nous. S’il avait voulu que mes électeurs le renvoient dans ses buts, il n’aurait pas agi autrement. Il est le seul responsable de sa défaite, qui s’explique autant par ses promesses non tenues et sa personnalité que par sa politique. Les électeurs ont compris que l’UMP était incapable de mener le combat contre la mondialisation, l’ultra-libéralisme et la gauche. Je rappelle que pas une seule fois au cours de la campagne, Sarkozy n’a été donné gagnant.

ÉL. En Europe, aucun gouvernement sortant n’est donné gagnant !

MLP. Sauf que la France n’est pas dans la situation de l’Espagne et de l’Italie… pour l’instant.[access capability= »lire_inedits »] Les 10 milliards d’économies réalisées sont une goutte d’eau par rapport aux efforts demandés à d’autres pays. On va voir arriver les plans sociaux d’Areva, de la FNAC, d’Air France, qui ont été repoussés pour la campagne. En clair, la crise a été mise entre parenthèses à coups de milliards.

ÉL. Faites-vous plus confiance à François Hollande pour la gérer ?

MLP. Ça ne changera rien. Les Français comprendront vite que Hollande est un Sarkozy de gauche. Ils ont les mêmes amis, les mêmes conseillers, partagent les mêmes fondamentaux économiques et mettent en oeuvre la même stratégie électoraliste. Là où Sarkozy faisait les yeux doux à mes électeurs en leur parlant d’immigration, la gauche défend le droit de vote des étrangers pour compenser par le vote immigré son déficit chez les ouvriers.

ÉL. Elle est notablement remontée sur ce terrain, mais passons. Et maintenant, feu sur le quartier général ? Vous ne cachez pas que votre prochain objectif est de faire exploser l’UMP et d’avaler son aile droite. François Bayrou se verrait bien prendre la tête du pôle libéral-centriste. Un allié objectif ?

MLP. Disons que nos stratégies ont en commun de placer l’UMP face à ses divergences idéologiques.

ÉL. On reviendra sur votre stratégie. Mais parlons « valeurs ». Vos adversaires, de droite et degauche, disent que votre France n’est pas la leur. Alors, essayons de comprendre ce qu’est la France de Marine Le Pen. À la fin de la campagne, on a entendu vos partisans scander : « On est chez nous ! » Qui est ce « on » ? Qui est ce « nous » ?

MLP. Ce slogan est une variation, en plus sympathique, de la vieille formule « Les Français d’abord ! » C’est une profession de foi nationale qui signifie que, si les Français sont accueillants et hospitaliers, on doit respecter leurs valeurs, justement, et leur mode de vie. Quand on invite des gens à dîner, on n’a pas envie qu’ils réclament un autre menu, qu’ils refassent la décoration et que certains partent avec votre portefeuille.

ÉL. « Qu’ils partent avec votre portefeuille » ? C’est comme ça que vous voyez les immigrés qui espèrent – à raison ou à tort, c’est une autre affaire – trouver une vie meilleure en France ? Comme des voleurs ?

MLP. Curieusement, vous avez omis le mot « certains »avant « partent avec votre portefeuille ». Je ne fais aucun amalgame, mais il faut être conscient que se glissent dans le flux migratoire des voyous qui, après avoir été condamnés, devraient être illico renvoyés dans leur pays. Ce qui serait le cas si Nicolas Sarkozy n’avait pas supprimé la double peine.

ÉL. Si on vous suit, ce « On est chez nous ! » signifie : « Respectez-nous ! » Reste une ambiguïté : à qui s’adresse-t-il ? Aux étrangers ou aux Français d’origine étrangère récente ? Le fils ou le petitfils d’immigré algérien est aussi français que vous et moi, même s’il n’a pas la même idée que vous sur la décoration ou le menu. Lui aussi pourrait crier : « On est chez nous ! »

MLP. Certes, mais ce pays où il est chez lui existait avant qu’il arrive et n’a pas à changer pour lui faire plaisir. Ce slogan exprime une fidélité à une culture, à un mode de vie, à des moeurs et à des codes immuables, qui ne se laisseront pas altérer par les revendications des uns et des autres. Il est une déclaration d’amour à ce beau et merveilleux pays de France. Notre civilisation a engendré un certain type de sociabilité dont beaucoup de gens ont aujourd’hui l’impression qu’elle régresse. Et ils en souffrent. Il ne s’agit pas seulement de la laïcité. Les succès de films comme Les Choristes, Les Chtis, Amélie Poulain, témoignent d’une nostalgie pour une France joyeuse et fraternelle.

ÉL. Une France blanche ?

MLP. Cela n’a rien à voir avec l’origine ou la couleur de la peau. Ce qui est en jeu, c’est la disparition de valeurs comme la droiture, le respect, le courage ou l’honnêteté, qui ne sont plus reconnues ni valorisées comme utiles à la société, parce que les élites ont tendance à les mépriser. Mais le peuple, lui, continue à y croire.

Gil Mihaely. Celui qui reçoit ne doit-il pas faire un pas vers celui qui arrive ? Autrement dit, ne doit-il pas y avoir un compromis entre la culture d’accueil et la culture d’origine ?

MLP. Non ! Je l’ai déjà dit dans vos colonnes : je suis favorable à l’assimilation, qui n’a rien à voir avec l’intégration. L’assimilation exige d’abandonner une partie de soi pour être adopté par une famille, une nation, un peuple, différents des siens. En échange du sacrifice consenti pour l’accueillir, l’étranger doit accepter de se fondre dans le moule majoritaire. Encore faut-il qu’il ait conscience de ce sacrifice. Cela dit, je conçois très bien que l’assimilation soit vécue comme une violence. Quitter son pays n’est jamais simple. On a tendance à mythifier les premières vagues d’immigration en oubliant qu’elles ont aussi généré beaucoup de difficultés. Mais pendant des années, le système a fonctionné tant bien que mal. En une génération, les « Polacks », « Ritals » et autres étaient assimilés. On n’a jamais parlé de « Français d’origine italienne ».

ÉL. Ce qui nous amène à la question de l’islam. De fait, nombre des débats que vous avez lancés concernent les musulmans de France : ne devriez vous pas leur parler, à eux, au lieu de parler d’eux ?

MLP. Voulez-vous dire que j’aurais dû me faire inviter au rassemblement de l’UOIF ? En tout cas, ça aurait fait du buzz. Blague à part, je refuse de pratiquer le communautarisme politique.

ÉL. Très bien, mais quand vous rappelez les exigences de la République, c’est bien aux musulmans que vous pensez, non ?

MLP. Je ne voudrais pas être désobligeante, mais là, c’est vous qui faites du communautarisme ! En tout cas, vous confondez les musulmans et les fondamentalistes qui n’ont pas une démarche politique, mais religieuse. Ceci étant, je refuse de réduire les musulmans à leur religion. Un Français musulman se plaint de l’augmentation des prix, râle contre l’essence trop chère, doit économiser toute l’année pour partir en vacances l’été et en a assez de l’insécurité, exactement comme un Français païen, catholique, juif, protestant, bouddhiste, agnostique…

ÉL. N’empêche qu’à force de vous entendre évoquer ces problèmes, beaucoup de nos concitoyens musulmans vous considèrent comme leur ennemie. Croyez-vous que, dans votre discours, la distinction entre la critique de pratiques et de comportements et la détestation des individus est assez claire ?

MLP. Je n’éprouve aucune animosité envers les musulmans et, si certains se sentent stigmatisés par mes propos, je le regrette sincèrement. Si hostilité il y a, elle concerne des comportements, pas des gens. Et elle n’est pas plus répandue dans mon parti que dans les autres. La seule façon de la combattre, c’est que tout le monde se plie à la règle commune : « À Rome, fais comme les Romains ! » Seul le rouleau compresseur républicain peut faire triompher l’islam laïque sur l’islam radical.

ÉL. En clair, ce ne sont pas les musulmans qui vous posent un problème, mais l’islam ?

MLP. Oui, à condition de préciser que l’islam comme pratique religieuse ne me gêne nullement. Quand l’islam véhicule une démarche politique visant à donner la primauté aux règles religieuses sur les lois de la République française, alors oui, il pose un problème.

ÉL. Au cours de cette campagne, vous avez beaucoup parlé de la France et du peuple français. Pourquoi ne rappelez-vous pas explicitement que ce peuple, chacun peut en faire partie indépendamment de son origine ou de sa religion ?

MLP. Je ne vois pas pourquoi je rappellerais cela. En tant que républicaine, je n’ai pas à faire de différence entre les hommes et les femmes, ni entre les Français de souche et les Français d’origine étrangère. Le peuple français est le peuple français. Je ne vous cache pas que si j’avais été au pouvoir il y a trente ans, des millions de Français n’auraient pas la nationalité française. Aujourd’hui, ils l’ont. Il faut faire avec.

ÉL. En somme, vous vous y résignez. Mais en affirmant qu’ils n’auraient pas dû devenir français, vous créez chez beaucoup d’entre eux un sentiment d’insécurité. La République peut-elle remettre en cause la citoyenneté qu’elle a accordée ?

MLP. Quand m’avez-vous entendue dire une chose pareille ? La loi prévoit la déchéance de la nationalité pour les actes de terrorisme et les atteintes à la sûreté de l’État. Si j’arrive au pouvoir, j’étendrai cette possibilité à certains crimes. Et ceux qui ont commis des délits ne deviendront jamais français. En dehors de ces cas, les Français n’ont aucune raison de croire qu’on va les priver de leur nationalité. Ceux qui aiment la France n’ont rien à craindre de nous.

ÉL. Mais la loi ne peut pas obliger les Français à aimer la France ! Et je ne veux pas vous faire de peine, mais je connais pas mal de Français tout ce qu’il y a plus « de souche » qui se fichent de la France, voire qui la détestent ! L’amour de la patrie ne relève pas du droit !

MLP. Ne vous emballez pas ! Il existe deux cas de figure : certains sont français par héritage, d’autres parce qu’ils ont demandé à l’être. Je ne vois pas ce qu’il y a de choquant à exiger d’eux qu’ils respectent nos lois, nos valeurs et nos moeurs. Je trouve étonnant que l’on s’en étonne ! Il faut refuser la nationalité à tous ceux qui ont commis des délits. Ce sera un excellent moyen de choisir, parmi les candidats à l’immigration, ceux qui ont quelque chose à apporter à la France. C’est une question de bon sens et je m’étonne qu’on s’en étonne.

ÉL. Être français par héritage est une chance, pas un mérite…

MLP. Ah bon ?

ÉL. Qu’avez-vous fait pour mériter d’être née là où vous êtes née ?

MLP. J’ai un père, un grand-père, un arrière-grand-père qui ont labouré la terre, bravé la mer et se sont battus pour défendre la liberté et l’honneur de la France. Oui, le peuple français a le mérite d’avoir fait de la France ce qu’elle est.

ÉL. Vous confondez mérite collectif et mérite individuel ! Et à l’inverse, vous imputez aux individus les dynamiques collectives dans lesquelles ils sont pris. De même qu’on peut critiquer un certain islam sans éprouver la moindre hostilité envers les musulmans, on peut souhaiter l’arrêt ou la réduction de l’immigration sans s’en prendre aux immigrés. Quand vous vous demandez « combien de Mohamed Merah » se trouvent dans les bateaux arrivant en France, vous jetez le discrédit sur des millions de malheureux fuyant la misère, la guerre ou la dictature. Peut-être ne pouvons-nous pas accueillir le Malien qui rêve de la France… Mais en quoi serait-il moralement fautif ?

MLP. Élisabeth Lévy en militante de SOS Racisme, il faut le voir pour le croire ! Après l’affaire Merah, j’ai été la première à rejeter tout amalgame entre les musulmans et les fondamentalistes. Mais si on laisse les musulmans laïques seuls face à l’islamisme, on ne fera qu’accroître la confusion. Je ne céderai pas au terrorisme intellectuel qui prétend m’interdire de voir la réalité. Je vous rappelle que parmi les personnes expulsées après l’affaire Merah, figurait un terroriste qui a commis des attentats sur le sol marocain. Que faisait-il sur le territoire français ? Combien de gens profitent de l’absence totale de contrôle à nos frontières pour venir frapper sur notre sol ? Terroristes, réseaux de prostitution, de trafic d’armes, de drogues et de contrebande, tout cela passe avec votre Malien ! Chaque année, 200 000 immigrés légaux, auxquels il faut ajouter probablement autant d’illégaux, rentrent en France. On le voit à chaque rentrée scolaire : le nombre d’étrangers dans notre pays est bien supérieur à ce que disent les statistiques. Parmi eux, il y a des prédicateurs qui recrutent dans les banlieues de jeunes désoeuvrés qui ont exactement le profil de Merah. Et ce n’est pas Marine Le Pen qui le dit, mais le ministère de l’Intérieur ! Dire que l’ouverture des frontières met notre pays en danger, ce n’est pas porter un jugement moral, mais faire preuve de responsabilité. Je comprends qu’un clandestin préfère venir vivre en France et gagner, parfois sans travailler, cent fois ce qu’il gagnerait s’il travaillait chez lui. C’est humain. Mais est-ce humain de leur laisser croire que c’est possible ?

ÉL. Mais plus personne ne le laisse croire ! Les socialistes reprochent à Sarkozy de ne pas avoir réduit l’immigration. Et lors du débat d’entre deux-tours, c’est François Hollande qui a soulevé la question du halal en disant qu’il l’interdirait à la cantine. En cinq ans, les lignes ont bougé…

MLP. Si vous tentez de me convaincre que je ne suis pas totalement inutile, j’en suis d’accord ! Reste que, si le débat n’est pas censuré, il est au minimum biaisé par la vulgate angélique. Il suffit de critiquer l’immigration pour être accusé de racisme, de dénoncer le fondamentalisme islamique pour être traité d’islamophobe. Le résultat, c’est que les musulmans croient que le Front national est leur ennemi alors qu’il lutte pour le droit de ne pas porter le voile, de s’habiller ou non en jupe, de se marier ou non avec un musulman. S’ils sont victimes, c’est des belles âmes donneuses de leçons. Moi, je veux les protéger des fondamentalistes. Il est vrai qu’aujourd’hui, on parle des problèmes à l’hôpital ou à l’École et on oublie les entreprises où les conflits se multiplient. Les patrons sont quotidiennement confrontés à des revendications religieuses, mais ils n’ont pas de loi sur laquelle s’appuyer pour répondre. C’est pourquoi je veux inscrire dans la Constitution que la République ne reconnaît aucune communauté.

GM. Qu’est-ce qui constitue pour vous le socle intangible de la nation ? Quelles sont les composantes de l’identité française qui ne sont pas négociables, même par des procédures démocratiques ?

MLP. Ni la loi ni la négociation ne peuvent modifier ce que nous sommes. Qu’on le veuille ou pas, la France est un pays imprégné de culture chrétienne. Cette dimension est tellement ancrée que nous n’avons même pas conscience de son poids, alors qu’elle structure notre vie sociale, du calendrier à la langue, mais aussi à travers l’idée d’un homme doté d’un libre arbitre, alors que le musulman est déterminé par un tout qui le dépasse. Ce passé chrétien nous est si familier que nous n’avons jamais pris la peine de le défendre.

GM. Nous avons quand même dû assigner des limites à son influence : la laïcité fait aussi partie de notre héritage, non ? Et avant d’être une valeur, elle a été le fruit d’un compromis politique. Est-il inconcevable, selon vous, de le renégocier ?

MLP. À mon sens, cela fait partie du non-négociable. Pourtant, je ne dirais pas que la laïcité est une valeur. Elle est un principe de fonctionnement de notre société. Et si nous touchons à ce principe, la France deviendra un pays musulman. Il serait temps que tout le monde comprenne que l’expansionnisme du fondamentalisme islamiste est une menace sérieuse.

GM. Peut-être. Quoi qu’il en soit, aussi importantes soient les racines chrétiennes de la France, elles ne suffisent pas plus aujourd’hui qu’hier à la définir. Par exemple, l’homme doté d’un libre arbitre est, au minimum une coproduction du judéo-christianisme (de la Bible, si vous voulez) et des Lumières… Bref, n’avez-vous pas de l’identité française une vision trop simple et trop figée ?

MLP. Les valeurs chrétiennes laïcisées par les Lumières, nous y sommes car la France n’est pas morte en 1789, mais elle ne pas née non plus en 1789. Défendre la République sans reconnaître nos racines chrétiennes, c’est être hémiplégique.

ÉL. Quoi qu’il en soit, que pouvez-vous faire contre le séparatisme qui est à l’oeuvre dans l’ensemble de la société ?

MLP. C’est bien la preuve que la société multiculturelle ne fonctionne pas !

ÉL. Peut-être, mais que faire ? La France est multi-ethnique et multiconfessionnelle, c’est un fait. Et il ne suffit pas de prononcer le mot « assimilation » pour que les difficultés disparaissent.

MLP. En ce cas, où est la solution ? Faut-il accepter la balkanisation de nos quartiers ?

ÉL. Si les Chinois veulent vivre entre eux, prétendez-vous les en empêcher ?

MLP. Cet exemple est intéressant, car il montre les différences de démarches. Dans la communauté chinoise, les enfants portent des prénoms français et sont souvent d’excellents élèves parce que leurs parents accordent une grande importance à la réussite scolaire. Autrement dit, l’assimilation républicaine fonctionne dès la deuxième génération. Du coup, le regroupement ethnique pose moins de problèmes. Que les gens arrivés récemment aient tendance à se regrouper, c’est compréhensible. Encore une fois, ce qui est inacceptable, c’est de céder à la pression de groupes politico-religieux. Or, on ne combattra pas cette pression communautaire en laissant rentrer 400 000 nouvelles personnes par an.

GM. Même si elles viennent d’Argentine ?

MLP. Avez-vous entendu parler des déficits de nos comptes publics ?

GM. D’accord, mais imaginez que la France connaisse une croissance annuelle de 4 %. Faudrait-il, selon vous, privilégier une immigration non musulmane ?

MLP. Mettre en place une politique nataliste française est donc la seule option dont on ne parle jamais ! Et puis, croyez-vous que c’est le moment de faire de la politique-fiction avec un taux de chômage qui ne cesse de croître depuis quarante ans ? Je ne m’oppose pas par principe à une immigration musulmane, même si je pense qu’elle est plus problématique qu’une immigration catholique pour les raisons de mode de vie et de rites que j’ai évoquées plus haut. Reste qu’avec 8 millions de pauvres, 6 millions de chômeurs et 1,2 million de foyers en attente d’un logement social, il serait absurde de stopper l’immigration musulmane pour autoriser l’immigration polonaise. Accueillir des gens en sachant que les conditions de vie que nous pouvons leur offrir favorisent le repli et la délinquance est suicidaire.

ÉL. Qui est responsable de cette situation ? Les étrangers eux-mêmes, la société raciste, le laxisme des dirigeants ?

MLP. Le problème, c’est le nombre. Je vous assure qu’un enfant du Sahel qui se retrouve dans une classe de 25 petits Français est un Français comme vous et moi en quelques mois. S’il arrive dans une classe où il y a quinze nationalités, on se demande qui va s’assimiler à qui. L’immigration massive rend impossible l’assimilation. Elle crée le désordre, donc le ressentiment.

ÉL. À en croire les sondages, les Français sont avant tout préoccupés par le chômage et le pouvoir d’achat et beaucoup moins par les questions identitaires et culturelles qui sont les principaux ressorts du vote en votre faveur. Comment expliquez-vous ce décalage ?

MLP. Ce qui fausse les résultats, c’est la culpabilisation permanente de toute inquiétude liée à l’immigration. Or, l’immigration est au carrefour de problématiques très diverses qui touchent à la sécurité, àla défense de la culture et de l’identité françaises,
mais aussi aux problèmes économiques et sociaux. Les gens comprennent bien qu’en période de stagnation ou de récession, notre système de protection sociale n’est pas extensible. Pour accueillir chaque année 300 000 personnes de plus, soit une fois et demi la population de Rennes, il faut plus d’hôpitaux, plus d’écoles… et plus d’impôts. Dans tous les pays européens, mais aussi aux États-Unis ou en Russie, on s’interroge sur l’utilité ou sur l’absurdité de la poursuite de l’immigration alors que le chômage explose. Il est vrai que, pour certains, elle est très utile puisqu’elle est instrumentalisée pour peser sur les salaires.

ÉL. L’« armée de réserve »… Vous voilà farouchement marxiste !

MLP. En tout cas, sur ce point, Marx avait vu juste.

ÉL. Vous déplorez que, pendant trente ans, toute discussion sur la politique migratoire ait été presque impossible. Mais peut-être en êtes-vous en partie responsable, dans la mesure où c’était votre sujet et que, je le répète, votre discours – en tout cas celui de vos militants – ne distinguait pas fermement entre la critique d’un phénomène et l’hostilité aux personnes. En clair, n’avez-vous pas contribué à instaurer l’idée d’une équivalence entre refus de l’immigration et racisme ?

MLP. Celle-là, elle est excellente ! C’est de la faute du Front, maintenant ! Les responsables ne se trouvent-ils pas plutôt au sein notre classe politique ? Pourquoi nos dirigeants ont-ils refusé de traiter cette question ? Parce que leur laxisme habillé de considérations pseudo-morales cachait leur soumission aux puissances de l’argent. Dans une vidéo qui a fait un tabac sur You Tube, Francis Bouygues explique très bien la position du patronat dans les années 1970. Le père de Laurence Parisot, qui faisait venir des Marocains par charters pour travailler dans son entreprise de fabrication de meubles, et les autres grands patrons, ont utilisé cette main-d’œuvre immigrée non syndiquée pour peser à la baisse sur les salaires. Quant au prétendu
« racisme » du Front, je suis étonnée que vous gobiez cette légende bien commode. Mon père et moi n’avons cessé de le répéter : nous n’en voulons pas aux étrangers mais aux responsables politiques qui les ont fait venir.

ÉL. Admettons, mais ne faites pas la naïve ! Ne nous dites pas qu’on n’a jamais entendu de propos déplaisants dans les réunions du Front. Vous savez bien qu’il y a parmi vos partisans des gens qui « n’aiment pas les Arabes »…

MLP. Ce que je sais, c’est que les gens ne sont pas tous des bobos ou des journalistes distingués qui vivent dans des endroits chics et donnent des leçons de morale à la Terre entière. Les Français qui vivent dans des quartiers où se déploie une délinquance souvent issue de l’immigration ont peur. Et cette peur n’a rien à voir avec la couleur de la peau ou la religion et tout à voir avec le climat d’insécurité. Si demain, des blondes en blouson de cuir sèment la terreur dans votre quartier, vous aurez peur à chaque fois que vous en croiserez une. Qui sera responsable, la blonde en cuir ou les élus qui n’auront pas su faire respecter la loi et protéger leurs concitoyens du comportement violent de petits voyous ?
Ce n’est pas un problème de racisme. Le peuple français est le moins raciste du monde. Pas un seul pays ne tolérerait ce que nous acceptons dans certains quartiers, y compris le racisme anti-français : essayez de traverser la cité des « 4000 » avec un
drapeau tricolore, et vous comprendrez ce qu’est la vraie vie de certains Français.

ÉL. Après le premier tour, les médias ont interrogé certains de vos électeurs, notamment dans les fameuses zones rurales soudainement revenues dans les écrans-radars. Beaucoup expliquaient leur vote en disant : « Il n’y en a que pour les étrangers ! » Que vous inspire cette réaction ?

MLP. Mettez-vous deux secondes à leur place : ces jeunes qui subissent le chômage de plein fouet voient que la classe politique est sans cesse au chevet des banlieues à qui l’on promet je ne sais quel « plan Marshall ». Alors, quand ils entendent qu’un bus a été brûlé alors que, chez eux, les bus ne passent plus, que des maternités et des postes ferment, ils se sentent abandonnés. Voilà les effets de l’idéologie antiraciste : le montant des aides publiques par habitant est cent fois plus élevé dans les banlieues que dans les départements ruraux. N’est-ce pas profondément injuste ?

ÉL. Comment expliquez-vous que Jean-Luc Mélenchon ait cru vous piquer une partie de votre électorat ouvrier en prônant la régularisation de tous les sans-papiers ?

MLP. J’avoue que sa stratégie m’échappe, encore qu’elle révèle son incapacité à sortir du système. L’européisme et l’immigrationnisme sont les deux critères qui permettent de savoir si un responsable politique est « dans le système » ou pas. S’il refuse la pensée dominante au moins sur l’un des deux, il est sur la bonne voie. Mélenchon a tout faux sur les deux. Il peut jouer les révolutionnaires, il est complètement « dans le système ».

ÉL. À en juger par la mine impatiente de la personne qui vient de passer sa tête dans le bureau pour la troisième fois, nous n’aurons pas le temps de discuter cette notion de « système » que, pour ma part, je ne trouve guère opérante. En tout cas, s’il se définit par l’adhésion enthousiaste à l’Europe et à l’immigration, vous risquez de perdre votre spécificité idéologique. Nous avons déjà évoqué le déplacement des lignes sur les flux migratoires ; quant à l’Europe, elle a cessé d’être un horizon glorieux. La religion européiste est morte.

MLP. Vous croyez ça ! Amusez-vous à dire qu’il faut sortir de l’euro sur un plateau de télévision et regardez la tête du journaliste ! L’euro est une religion et le critiquer est aussi grave que de critiquer Mahomet. Il est vrai que le système est sur le point d’imploser. Mais ses défenseurs sont toujours aussi acharnés. Regardez la CGT et le patronat, ce sont les meilleurs ennemis du monde. Au-delà de leurs divergences, par exemple sur la BCE et les eurobonds, ils sont tous les deux favorables à l’immigration et au fédéralisme européen parce qu’ils pensent que la nation est dépassée. Ils ne croient plus en la France.

ÉL. Revenons à votre meilleur ennemi à vous : Mélenchon et vous êtes en passe de devenir un vieux couple puisqu’il vient vous défier à Hénin-Beaumont. Est-ce un duel ou un duo ?

MLP. Je n’ai jamais désigné Jean-Luc Mélenchon comme un ennemi, mais l’inverse est vrai. Il s’agit là d’une vieille méthode trotskiste : se présenter comme le meilleur ennemi de celui qui a le vent en poupe afin de tenter de profiter de son ascension.
Il va tomber de haut en découvrant qu’il n’a pas été parachuté dans un bassin minier mais dans un bassin miné où socialistes, communistes et verts l’attendent la dague à la main.

GM. Et vous avec un bouquet de fleurs… Vous aimez l’odeur de la poudre, ce qui n’est nullement répréhensible. Ne craignez-vous pas une embuscade ? Même si vous faites un meilleur score que lui au premier tour, la logique du « front républicain » (renforcée par le tam-tam médiatique) jouera à fond pour lui au second. Et s’il vous bat, c’est cela que les gens retiendront.

MLP. Mon adversaire n’est pas Monsieur Mélenchon. Désolé, Jean-Luc, mais c’est une circonscription socialo-communiste depuis 80 ans et mon adversaire est le candidat socialiste ! Ce sont les socialistes que je combats, eux, leurs méthodes, leur corruption, leur clientélisme, leur féodalité et leurs idées folles. Et c’est leur système mafieux que je vais faire tomber.

GM. Votre bon score au premier tour n’est-il pas une victoire sans lendemain, dans un paysage bipolaire qui, faute d’alliances, vous interdit d’accéder au pouvoir ?

MLP. Je suis convaincue que cette fausse bipolarité jette ses derniers feux, parce que de plus en plus de gens comprennent que la droite et la gauche sont les deux têtes d’un même corps, et que c’est pour défendre leur pouvoir qu’elles s’accrochent à un
clivage qui n’a plus aucun sens. Le véritable combat politique oppose les défenseurs de la nation, qui pensent qu’elle seule peut assurer la survie des peuples et la prospérité, aux partisans du mondialisme, ce totalitarisme du tout-commerce qui encourage l’effacement des frontières, le lissage universel des modes de consommation et la domination de la loi du marché. Cette fracture traverse aujourd’hui toute l’Europe, et les commentateurs n’ont pas changé de ritournelle : tout europhobe est renvoyé à l’extrême droite. Affirmer que Geert Wilders est d’extrême droite est une aberration. C’est un patriote libertaire.

GM. On peut donc être contre l’Europe et pour l’IVG. Qu’en est-il au sein du Front ?

MLP. Sur ces questions sociétales, les avis sont partagés car ce qui nous importe, c’est plus la souveraineté, l’indépendance de la nation, l’État fort. C’est l’adhésion à cette ligne nationale qui fait notre cohérence idéologique.

GM. Comment comptez-vous transformer cette cohérence idéologique en victoire politique ? À la veille de législatives difficiles pour la droite, vous avez commencé à faire subir à l’UMP un supplice chinois, maniant le froid un jour et le chaud le lendemain… Avez-vous en tête un scénario pour faire advenir la fameuse recomposition annoncée de toutes parts ?

MLP. Je n’ai pas besoin d’un scénario, elle se fera toute seule par la base. L’UMP implosera parce qu’il lui est devenu impossible de cacher qu’elle n’est qu’un syndicat d’intérêts électoraux. Les chevènementistes, les patriotes de gauche, et les villiéristes nous rejoindront dans un vaste pôle des nationaux. Au sein de l’UMP, beaucoup sont plus proches de nous que de Nathalie Kosciusko-Morizet. Ils ont compris que les Juppé, Gueant et autre Bertrand sont les dignes héritiers de Chirac. Le résultat, c’est que 68 % des électeurs de l’UMP souhaitent un accord avec le FN.

ÉL. En attendant, plus de 51 % des Français ont voté pour François Hollande, qui a notamment recueilli une proportion notable du vote ouvrier…

MLP. Une élection par défaut, sans élan, sans envie, essentiellement fondée sur l’anti-sarkozysme. Mais ils découvriront vite que le PS n’est qu’une autre version de l’UMP. La gauche qui croit à la nation ne tardera pas à déchanter quand François Hollande déroulera le tapis rouge aux marchés financiers exactement comme l’a fait Nicolas Sarkozy. Les mots seront différents, la politique sera la même, et la désillusion encore plus cruelle. C’est alors que l’autre moitié du peuple, dont j’ai besoin pour mener mon oeuvre de redressement, me rejoindra.

ÉL. Pensez-vous que la gauche renoncera si facilement à la diabolisation qui, depuis des années, a eu pour conséquence de désactiver une partie des voix de la droite ?

MLP. La diabolisation a déjà échoué. Sous Chirac, seuls 30 % des électeurs de l’UMP voulaient un accord avec le Front ; aujourd’hui, je vous l’ai dit, ils sont 68 %. L’intimidation ne marche plus. D’après le dernier sondage sur « l’imprégnation des idées du FN », 37 % des Français sont peu ou prou d’accord avec nos propositions. Cela montre bien que le FN est considéré comme faisant partie intégralement de la vie politique française. Un certain nombre de socialistes hurleurs ont eu beau se scandaliser du score du premier tour et appeler au « cordon sanitaire », il n’y a pas eu de « quinzaine anti-Le Pen ». Les invectives et calomnies qui nous décrivent comme d’affreux fascistes n’ont pas disparu, mais elles visent moins ma personne et mon parti que Sarkozy et l’UMP.

ÉL. Apparemment, cela n’a pas suscité une solidarité de réprouvés. Puisque, selon vous, c’est le souhait des électeurs, êtes-vous prête à faire des alliances ?

MLP. Non. Pas avec des appareils politiques qui sont responsables et coupables. C’est à la base que le rassemblement se fera.

ÉL. En cas de triangulaires, si des candidats UMP arrivés en tête se fendent de gracieusetés à votre endroit – puisqu’ils n’auront rien d’autre à vous offrir –, accepterez-vous ces mains tendues en retirant vos candidats contre cet apport en légitimité ?

MLP Je verrai en fonction de la sincérité de ces candidats, et ceux-ci ne seront crédibles que s’ils prennent leurs distances avec l’UMP.

ÉL. En clair, vous pariez sur le ralliement d’élus UMP avec armes et bagages ?

MLP. Évidemment ! Si Jean-François Copé n’avait pas anticipé la défaite de Sarkozy et la débâcle du parti, il n’aurait pas, dès avant le second tour, déclaré que l’UMP avait vocation à être un groupe de divers mouvements politiques.

ÉL. Reste qu’à l’intérieur de l’UMP, les plus proches de vous idéologiquement sont aussi les plus hostiles. Avez-vous des contacts avec la Droite populaire ?

MLP Certainement pas ! La Droite populaire a déclaré elle-même qu’elle n’était pas « un pont vers le Front national mais une digue » ! De toute façon, on ne discute pas avec une brouette, on la pousse ![/access]

Un ministre doit-il être député ?

La question du statut des ministres était de celles auxquelles le général De Gaulle tenait le plus. A ses yeux, membres du gouvernement et parlementaires relevaient de logiques opposées, les premiers étant voués à l’intérêt général, les autres ayant à défendre des intérêts particuliers, ceux de leur parti, de leurs électeurs ou de leur circonscription. C’est pourquoi De Gaulle considérait comme essentielle la stricte séparation organique entre ministres et parlementaires qu’il avait fait inscrire dans la constitution de 1958, et qui mettait fin à la confusion des genres qui caractérisait les républiques précédentes.

Sur ce point, François Fillon n’hésita pourtant pas à rompre, dès le mois de mai 2007, avec l’esprit de la Vème république. A peine arrivé à Matignon, il déclare, d’abord, que tout ministre devra se présenter aux élections législatives, et ensuite, qu’il devra l’emporter sous peine de se voir chassé du gouvernement. Pourquoi cette exigence inédite ? Tout simplement, explique-t-il lors d’un déplacement électoral dans la Sarthe, parce que l’ « on ne peut pas avoir la responsabilité de conduire un ministère, et ne pas avoir la confiance des habitants de son territoire ». Voilà pourquoi les membres du gouvernement, devant avoir « la légitimité non seulement de la nomination, mais de l’élection », « doivent être des élus du peuple ». Et voilà aussi pourquoi il faut exclure du gouvernement ceux qui, n’ayant pas réussi à se faire élire, ne bénéficient point, par conséquent, de la légitimité nécessaire. « En démocratie, on choisit des hommes et des femmes, on les envoie siéger au parlement pour représenter le peuple, et parmi ceux qui siègent au parlement, on choisit des ministres ».

A l’époque, cette « jurisprudence Fillon » suscita, chez les observateurs attachés à la logique de la Ve république, quelques toussotements dubitatifs. Une telle déclaration se rattache en effet à une certaine vision du régime parlementaire, celle qui prévalait en France sous les IIIème et IVème républiques. En revanche, elle jette aux orties l’une des principales innovations de la constitution de 1958, dans laquelle, on l’a dit, le ministre est l’homme de l’Etat et pas celui de « son territoire », le serviteur de l’intérêt général et non le représentant de son parti au sein du gouvernement. La simple idée que l’on soit ministre en vertu de la légitimité démocratique conférée par l’élection, et non en vertu de la décision du Premier ministre ratifiée par le Président de la République, suffit à dynamiter la vision gaullienne de gouvernement. Du reste, le seul fait qu’il puisse y avoir des exceptions (comme ce fut cas en juin 2007, notamment pour Madame Dati) invalide le principe – dès lors que cela implique que certains ministres (ceux qui n’ont pas bénéficié d’une élection) pourraient être moins légitimes que les autres… Et ne parlons pas de ceux qui siègent au Sénat, ou ont été élus sur des circonscriptions gagnées d’avance, ou nommés en dehors des périodes électorales. Sous la IIIème et la IVème république, il n’y avait d’ailleurs pas d’exception à la règle, et il ne pouvait y en avoir. Dans le système Fillon, en revanche, tout était possible – sauf peut-être le respect du principe de non contradiction.

Voilà pourquoi son successeur était attendu au tournant, les observateurs précités ayant commencé par craindre qu’il ne se coule, en tant qu’ancien député et partisan affiché d’une tradition nettement parlementariste, dans la fameuse « jurisprudence » : certains ne le présentaient-ils pas comme un « Fillon de gauche » ? Et voilà pourquoi ils ont été soulagés après son intervention télévisée sur France 2, le 16 mai. Soulagés, et tout étonnés de constater que contrairement à ce qu’ils pensaient, le pire n’est pas toujours sûr.

Qu’a donc dit le nouveau premier ministre ? Qu’un membre du gouvernement qui choisirait de se présenter aux élections législatives, et qui serait battu, aurait par conséquent l’obligation de démissionner. « Il y a l’esprit de responsabilité, c’est-à-dire que tout ministre qui se présente aux élections législatives et qui ne sera pas élu ne pourra pas rester au gouvernement ». Ce qui, on en conviendra, n’est pas du tout la même chose, les ministres ayant en effet toute liberté pour se présenter ou non aux élections, sans qu’on puisse leur reprocher de ne pas y aller. Et sans qu’ils aient besoin pour cela de s’inventer des alibis invraisemblables, comme le fit pourtant Madame Vallaud-Belkacem, plissant de toutes ses forces son front virginal devant les caméras pour prendre un air grave, et expliquer que l’énorme masse de travail qui s’abattait sur elle en tant que ministre des droits de la femme, l’urgente préparation d’une loi sur le harcèlement sexuel, le « porte-parolat » (sic) du gouvernement, etc., etc., l’empêchait, hélas, trois fois hélas, de se présenter dans la terrible « Quatrième du Rhône », alors qu’elle aurait tant aimé en découdre. Il est vrai qu’il serait un peu râlant de ne rester ministre que quelques semaines. Madame Taubira n’aura pas de ces pudeurs de jeune fille, à raison, d’ailleurs. Elle connait la vie, et sait que ni Robert Badinter, son plus illustre prédécesseur, ni Françoise Giroud, celle de Madame Vallaud-Belkacem, ne se présentèrent aux élections pour obtenir leurs maroquins.

Et c’est ainsi que ceux dont on pouvait tout attendre, sauf cela, se montrent, volontairement ou non, plus fidèles à l’esprit de la Ve république que ceux qui, il y a cinq ans, s’empressèrent de brûler ce qu’ils avaient promis de défendre.

Hollande, Obama et Jean de La Fontaine

Si fausse note il y a eu, aucun risque qu’elle vienne du fond puisque la règle d’or de ce G8 était de ne pas aborder les questions qui fâchent.

En effet, ce ne sont pas des divergences sur le sens du mot « croissance » qui ont entaché la première grande séquence diplomatique de l’ère hollandaise, mais des bourdes bien regrettables sur la forme. Le numéro 2 du gouvernement, celui dont on a vanté l’expérience ministérielle, Laurent Fabius, n’a pas été le coach parfait pour son normal de président.

Outre l’impair protocolaire commis par le port de la cravate le seul soir où il ne fallait pas, – à croire que la fiche détaillée sur le dress code du vendredi soir a été un peu bâclée et que le proberbe diplomatique « A Rome, fais comme les Romains » a été un peu oublié – François Hollande a été pris en flagrant délit d’orgueil confortant ainsi l’opinion des étrangers sur l’arrogance imbuvable des frenchies tout en démythifiant sa normalité lumineuse par d’ombrageux défauts. « Quand on est président de la France on n’est impressionné par rien. » telle est en effet la déclaration bien méprisante prononcée par François Hollande, à l’issue du tête-à-tête avec Barack Obama.

Au lieu d’exprimer de l’estime et de la reconnaissance pour son homologue américain qui lui a témoigné intérêt et prestige en lui accordant un entretien plus long que les rencontres bilatérales ordinaires, notre Président s’est comporté comme n’importe quel Français moyen gonflé d’une irrespirable suffisance. On suppose aisément qu’il visait à couper l’herbe sous le pied de l’opposition umpiste qui, toute fulminante d’impatience, n’aurait pas raté une occasion pour se livrer à un florilège de sarcasmes sur la mollesse ou l’inexpérience diplomatique de François Hollande.

Mais en voulant à tout prix prouver que le soufflé hollandais ne s’effondre pas devant l’aigle américain, il s’est défini non plus comme le président normal d’un pays normal mais comme un président exceptionnel d’un pays exceptionnel parce que seuls un être et un pays d’exception restent de marbre devant le pays qui reste, en dépit des tempêtes économiques, la plus grande puissance mondiale.

Alors pendant ce séjour américain, la normalité hollandaise s’est enflée de son exceptionnelle perfection. On aurait eu besoin d’un La Fontaine pour la faire dégonfler.

Tourisme à la Puerta del Sol

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Madrid, Puerta del Sol

Ma quête effrénée de chupitos gratis por favor se heurte à une cohorte immense. Ils sont fatiguant ces espagnols avec leurs fêtes patronales permanentes. Il faut que j’attende que revienne la conscience de mon ignorance abyssale de l’actualité espagnole, les seuls imprimés retenant mon attention depuis le début du séjour étant les flyers distribués par ces chers Relaciones Publicas. On me jette un journal que je ne rattrape pas, Liberate. Je percute. Les voilà, ces indignés espagnols, ces autochtones qui ferment leur commerce entre 14h et 15h et qui ont encore la générosité d’inviter Belena Estaban et ses seins sur leurs plateaux télévisés.

Alors comme ça, ils s’indignent. Contre la corruption, contre la prime à risque, l’omnipotence des banques et le chorizo (qui signifie aussi « voleur », ne jamais oublier d’être drôle en plus d’être indigné). C’est en vain qu’on essaye de les contourner pour réhydrater nos gosiers comme il se doit. Parce que s’indigner c’est bien mais comme dit mon copain Freysinger ça fait du bien l’indignation, quand elle est arrosée au pastis.
« Francès ? » « Yes,oui, si » « Viva la revolucion ! » me hurle d’allégresse un chef indien dans son tipi Quechua sur lequel on peut admirer la parfaite reproduction au feutre du drapeau français sous lequel se lit « 1789 Ahora ! ». Tandis que mon ami déjà bien épris de Bacchus se fait interviewer par TVE, l’absurdité du moment se dissipe rapidement, je me sens envahie d’une énergie nouvelle.
Dans les prémices de mon hallucination, je perçois avec une fraiche ardeur la pertinence de mon ami plus imbibé que je ne l’aurais cru : « Je suis indigné. Toi, moi, tout le monde ! L’indignation est à son comble. Je m’indigne, tu t’indignes, il s’indigne, nous nous … » Le journaliste nous quitte.

Indignons-nous ! Des ailes me poussent, la rage sous toutes ses formes gratouille mon bas ventre, ma prise d’inconscience est totale. Cette masse, ces corps hurlants, ces pancartes multicolores, ces slogans jetés sur les tee-shirts : Indignez-moi ! Ce soir, je suis l’Histoire, je veux être indignée, la plus indignée des indignés. Plus que tout autre, je veux brandir dans la lourdeur de l’air le drapeau pirate. Pays imaginaire me voilà !
Je veux sentir vibrer ma glotte des mots si parfumés de Revolucion, Libertad y basta ! Devant l’excitant guindage de mon milieu social je veux que claque l’arc-en-ciel des homosexuels. Je suis contre l’impérialisme des banques allemandes, contre la Grande Alliance, je m’élève et je bois : UE=Alemania, NO !

Bras tatoués, crêtes et écarteurs, vous êtes mes seules valeurs ! Anarchie, prends-moi. Quel visionnaire ce diplomate de Hessel ! Alors il faudrait une voix mielleuse, un passé de résistant et une canne pour réveiller une planète anesthésiée par tout ce qui fait mal. L’homme a été déporté ; l’œuvre, elle, s’est exportée comme des petits pains (pas de brioche ce coup-ci, on n’est pas sous le règne de l’autrichienne) pour rassasier le peuple du monde affamé par l’histoire de sa propre souffrance. Et sans violence s’il vous plait. Car le vieillard est un pacifiste. Tout juste trouvera-t-on quelques représentations de l’invention du docteur Guillotin mais rien qui ne fasse appel à l’obscurantisme car ces instruments de tortures sont républicains et ce qui est républicain est bien (en plus ça rime). « Avec ma machine, je vous fais sauter la tête en un clin d’œil, et vous ne souffrez point» disait le bon Joseph Ignace. La souffrance, on y est, il faut l’éradiquer cette putain.
Plus indigné qu’indigné, excité comme après une première corrida, je veux que la Reina Sofia présente Froilán de Todos los Santos de Marichalar y Borbón au balcon du Palacio Real. Democracia Real, Ya ! Ma tête me trahit et cette masse grouillante me rappelle la scène finale du Parfum. Je veux l’amour. Je nique la police et me sens d’une liberté nouvelle et infinie. Je veux redéfinir l’humain. Je veux cracher l’hymne espagnol, je veux voir les 20 000 mayores espagnoles avaler du cyanure, je suis pour la dignité, je transpire d’indignation.

Certains de mes frères (parce qu’on est tous frères dans la souffrance) commencent à poser sur moi des yeux condescendants. Je me fais traiter de « ninato ». L’indignation serait réservée aux adultes ? Horreur. Pas vous! Mes frères ?
Je ramasse mon pote par terre : « Viens, on part, c’est des fachos en fait ! » Comme dit Oskar (toujours lui) : « Les Fachos, on sait qu’ils ne sont pas vraiment fachos, mais on les appelle fachos quand-même, parce que ça les énerve »

*Photo : calafellvalo

Il n’y aura pas de Gay Pride en Azerbaïdjan…

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Après la crise de l’euro, la crise de l’Eurovision… Rien ne va plus entre l’Azerbaïdjan, pays hôte de l’édition 2012 du concours, et l’Iran, son aimable voisin, qui l’accuse de profiter de l’occasion pour collaborer honteusement avec Israël.

La tension, déjà vive, vient d’être attisée par certaines rumeurs, véhiculées par des sites internet iraniens, affirmant qu’à l’occasion de l’Eurovision, Bakou allait organiser une Gay Pride !

A peine arrivée aux oreilles des autorités azerbaïdjanaises, cette accusation a été prise très au sérieux. Lors d’une conférence de presse spécialement consacrée à cette question, Ali Hasanov, un haut responsable de l’administration présidentielle, a formellement accusé l’Iran de calomnie. « Ils font des déclarations sur quelque chose qui n’existe pas. Nous accueillons l’Eurovision, pas une marche gay » a précisé l’officiel azerbaïdjanais, ajoutant comme preuve irréfutable de la bonne foi de son gouvernement, que, contrairement au persan, il n’existe pas en langue azerbaïdjanaise de mot pour dire « marche gay ».

M. Hasanov a conclu ainsi son analyse géostratégique : « Les Iraniens cherchent à ternir l’image du pays à l’approche du concours, parce qu’ils sont jaloux de notre succès économique ». Rien à dire, même Borat n’aurait pas trouvé mieux ! 


Cécile Duflot, chlorophyllienne à maroquin

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Ah le parti des Verts (EELV) ! Passés maîtres dans les parades d’ambition et les médiocres contorsions politiciennes, ses principaux représentants affectent en public un laisser-aller vestimentaire de baba-cool post-modernes. Dans les couloirs, ils manifestent l’âpreté, la ruse agressive, le goût des alliances et des combinaisons retorses, augmenté d’un appétit de pouvoir, qui les placent à égalité avec les ambitieux banals et les politiciens bedonnants à veste croisée de la IVe république, heureusement défunte.

Prenons Mme Duflot, par exemple : enfin, elle est ministre ! Au cours de la récente campagne électorale, elle demeura prudemment dans la coulisse, abandonnant l’infortunée Eva Joly à son sort de figurante pathétique. Jeune éléphant de son parti, elle a trouvé en Mme Voynet un cornac attentionné, auquel ses épaules donne un aspect impressionnant, presque menaçant, souligné encore par ses propos : « J’ai souhaité qu’elle devienne ministre […], J’ai mordu ceux qui pensaient qu’une femme si jeune, qui portait des jeans et qui élevait ses quatre enfants tambour battant, ne pouvait pas accéder à [ce poste] ». Quelqu’un se serait dressé contre la nomination de Cécile Duflot, sous le prétexte qu’elle était jeune et mère de famille ?

Cécile Duflot, sa voix, son assurance inébranlable, sa diction de mitrailleuse, sa conviction d’être indispensable à la marche du monde, sa bonne conscience démonstrative de dame du catéchisme, dispersant à la volée des postillons d’eau bénite mêlés de chlorophylle ! Elle traîne après elle un cortège tintinnabulant de clochettes désaccordées, revenues à la hâte de Rome, afin de prendre les meilleures places à la grand-messe. Avec cela, femme « concernée-intransigeante-copine-mère », furieusement moralisatrice : une cheftaine rompue à l’exercice de la communication. Cécile voulait un ministère, elle l’exigeait presque, sans doute au nom des superbes résultats électoraux de sa formation (2,31 %). Il n’est pas interdit d’avoir de l’ambition, mais il est recommandé d’en dissimuler l’excès. Faibles dans les urnes, prompts à la plainte et à la récrimination, toujours entre la pose et le fromage, les Verts, qui ne sont rien, veulent tout, et cela n’est jamais trop !

Leur puissant allié socialiste, qui les fait princes, alors qu’ils ne l’ont jamais fait roi, paraît ignorer les menaces et les anathèmes dont ils l’accablent pourtant (hors période de nomination aux honneurs ministériels évidemment). Cécile Duflot elle-même, dans un entretien télévisé, après avoir prétendu « qu’il fallait arrêter avec l’expression France, patrie des droit de l’homme », se risqua naguère à un développement politique d’une grande sérénité : « Une alliance avec le Parti Socialiste, c’est pas automatique, mais ça pourrait être, pendant cinq ans, sur une mandature, sur un certain nombre de points très clairs, pour dire : « Voilà ! avec des députés socialistes, avec des députés communistes, avec des députés écologistes, on pourrait s’engager pour travailler à un projet commun qui réparerait les erreurs commises par le gouvernement de Nicolas Sarkozy, mais surtout qui se positionnerait pour répondre à la crise, et pour anticiper avec de nouvelles solutions, sans reproduire les erreurs du passé »..

Quelle projection volontariste, quel ton d’autorité pour la réactivation de la gauche plurielle ! Cette femme-là, à n’en pas douter, ne s’en laisserait pas compter, assumerait ses choix et ceux de ses amis ! Justement, voici ce que disait l’un d’eux, Philippe Meirieu, célèbre pour ses initiatives pédagogiques en faveur des crétins, des cancres et des paresseux, accueillant à Lyon le congrès d’Europe Ecologie : « Nous ne croyons pas que la social-démocratie ait fait ses preuves. Nous ne croyons pas qu’elle ait fait la preuve de sa capacité à reconstruire le politique autour du bien commun ! ». Se gardant bien de revenir sur ses verbeuses lubies pédagogistes (« l’apprenant, muni d’un outil scripteur, est au centre du système éducatif »), frais, rose, cossu et glabre, M. Meirieu, démontrant une véhémence tribunicienne digne d’un Lénine rhodanien, vitupérait le système et tous ceux qui n’aspiraient qu’à le réformer.

Or, M. Hollande ne se présente-t-il pas comme l’incarnation la plus aboutie de la social-démocratie, et Mme Duflot n’est-elle pas l’un de ses ministres ? Certes, mais, depuis cet épisode « révolutionnaire », elle n’est plus un élément perturbateur, erratique, en quête de soutiens et de suffrages. Voici donc ce qu’elle récitait dans le jardin du ministère de l’Égalité des territoires et du logement : « Je veux dire ici que je ne suis pas une ministre écologiste. Je suis une femme, écologiste, convaincue, devenue ministre de la République, pour agir pour le plus grand nombre, en essayant de mettre ses convictions et son expérience propre au service d’une certaine idée du bien commun. ». Le bien commun, vous dit-on !

La fausse bourde de Vincent Peillon

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Et si certains socialistes avaient retenu les bonnes leçons du sarkozysme, en matière de communication et d’annonces gouvernementales ? Prenez Vincent Peillon, look de prof Troisième République dit la grande presse, air modeste, travailleur, prof de philo, promis à la rue de Grenelle depuis qu’il s’est engagé auprès de François Hollande : eh bien, à mon humble avis, on le crédite un peu vite de la première bourde gouvernementale.

Tout à sa hâte d’être ministre, il a annoncé que la semaine des enfants du primaire allait passer de 4 à 5 jours dès la rentrée 2013. Annoncé comme si c’était fait, hop, réglé évident ! Et aussi sec, l’élève Peillon s’est fait recadrer non par son Premier ministre mais par Ségolène Royal, expliquant que un ça ne se faisait pas comme ça, sans « concertation ». Et surtout que c’est le Premier ministre qui arbitre, tranche et annonce une mesure d’une telle importance, qui va foutre en l’air les grasses mat ‘de week-end de millions de Français qui si ça trouve, sont appelés à voter dans trois semaines. Ségolène qui se voit bien présidente de l’Assemblée a clairement fait comprendre à ses amis socialistes qu’elle a déjà été ministre, et qu’elle sait, elle, comment on se comporte dans un gouvernement. Mais passons sur ses méthodes de maitresse d’école.

Et surtout demandons nous si Peillon a simplement commis une bourde ou bien tenté un coup à la Sarkozy-Guéant-Dati. Du genre, j’annonce du lourd (une loi contre ceci, la sévérité contre cela, une réflexion et des actions contre ce truc) je regarde comment ça réagit et éventuellement, si ça ne produit rien dans les sondages ou chez les syndicats je retire, j’embourbe ou j’agis. Une méthode d’agit-prop qui a fait courir la presse pendant 5 ans derrière des annonces plus ou moins bidons, occupait le terrain du débat et coinçait l’opposition sur des thèmes qu’elle ne maitrisait pas. Sans oublier, pour parfaire le tableau, un François Fillon qui ne tranchait à la fin rien du tout, n’avait jamais son mot à dire et y trouvait parfaitement son compte.

Revenons à nos jours supplémentaires de classe. C’est un fait : la mesure fait partie des 60 propositions de François Hollande. La gauche, Martine Aubry en tête, considère que les gosses doivent travailler plus pour s’en sortir mieux, surtout les plus mal lotis. Et que du coup, les profs aussi doivent faire des efforts.

Or, même si tout le monde a l’air officiellement d’accord là-dessus, du côté des syndicats, on commence à traîner un peu la patte. Depuis quand on travaille plus sans gagner plus ? Alors on minaude, oui ça serait super, mais si ça se trouve les besoins ne sont pas les mêmes partout. Les collectivités locales, elles aussi, trainent un peu la patte: si les gosses sortent de l’école tous les jours à 15h30 au lieu de 16h30 il faudra bien les occuper. On ne va pas demander aux mères de sortir plus tôt pour récupérer les mioches alors qu’on nous vend la parité et l’émancipation de la femme à tour de bras. Alors les mairies vont devoir trouver des locaux, des animateurs, des gymnases des activités, tout ça pour pas trop cher, histoire d’occuper les enfants au moins jusqu’à 16 h30, voire 18h. Je ne parle pas de la corporation des hôteliers et des stations de ski qui hurle au sabotage dans la mesure où les week end des bobos seraient sacrifiés et leur chiffre d’affaires avec.
Autant dire que sur le papier, travailler plus pour être plus intelligent c’est chouette. Dans la vraie vie, c’est une autre affaire.

Alors Peillon tente. J’annonce que je fais. Je mets les gens sérieux et les parents qui flippent trouvant que les mioches ne bossent pas assez de mon côté, je mesure les résistances, la force des opposants. Et si ça ne va pas, j’annonce qu’on le fera en 2019. En expliquant que les profs et la FCPE sont des vilains. Les affaiblir c’est toujours ça de pris, mais il faut dire que Luc Chatel lui a bien mâché le travail de ce côté-là. Je prends même le pari que l’habile ministre de l’Education remettra le couvert à d’autres reprises. Sur d’autres sujets sur lesquels de toutes façons il n’y a jamais de consensus.

Tous les Français, qu’ils aient un enfant à l’école ou pas ont un avis sur la question, alors la concertation… L’opposition montera au créneau, les journalistes aussi, et on passera d’un sujet à l’autre en occupant le terrain médiatique. Vu les difficultés qui s’annoncent je la jouerai comme ça. Le sarkozysme n’a pas eu que du mauvais, somme toute.

*Photo : Parti socialiste

On n’arrête pas la régression

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De notre envoyé à Londres

Cette fois, c’est officiel. La dépêche est tombée ce matin. L’entreprenant David Cameron vient de l’annoncer en personne : l’Etat s’occupera désormais d’enseigner aux parents comment changer les couches (nappies). L’Etat les aidera également à mieux interpréter le babil souvent incompréhensible des tout-petits (agheu agheu, en français). La mesure porte un nom : « The Can Parent initiative ». Les mères ont l’air ravies, mais les politologues s’étonnent.

Enfin voyons, David Cameron n’est-il pas de droite ? N’est-il pas un farouche partisan du moins d’Etat et de la responsabilité individuelle ? A quoi bon investir dans ce secteur-là ? Si les avocats de l’austérité refusent de creuser les déficits publics, s’ils ne craignent pas de jeter les pauvres dans la rue et de ruiner l’Europe au nom de la réduction des dépenses, ils font tout de même une exception devant les couches Pampers. Et pourquoi ça ? Parce que les moutards sont la richesse de demain. « Les parents sont des bâtisseurs de la nation, apprend-on de source officielle. C’est avec des gestes d’amour que l’on élèvera la prochaine génération ». La mesure prévoit donc de montrer aux parents comment choisir la bonne tétine.

Nous savions, grâce à Michel Foucault, que le pouvoir n’interdit pas. Il fait bien autre chose : il vous assiste dans la réalisation supposée de votre désir. L’affaire a commencé au XVIIIème siècle, mais ce que nous ignorions jusqu’à aujourd’hui, c’est qu’il irait jusqu’à vous conseiller la bonne tétine.

G8, mon amour

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Je regarde une photo de famille, comme on dit, du dernier G8 à Camp David. François Hollande, encore une chose à mettre au passif de son bilan catastrophique, forcément catastrophique, a commis une énorme faute de goût. Cette année, le protocole avait demandé que les chefs d’état soient habillés « casual ». Evidemment, il est arrivé en costume et a dû retirer en catastrophe sa cravate. Il se croyait où, ce ballot ? Encore sur le marché de Tulle à distribuer des tracts socialistes ? Décidément, il n’est pas rompu aux exercices d’hypocrisie, notre nouveau président. Quand le gouvernement mondial s’apprête à accroître la pression sur les peuples, quand il va mener une politique encore plus dure, il doit se montrer résolument et définitivement cool. L’équivalent sur le plan vestimentaire, si vous voulez, de cette figure rhétorique que l’on appelle l’antiphrase.

J’espère que Hollande n’a pas oublié de tutoyer ses homologues, en plus. Il ne manquerait plus qu’il ait voulu la jouer solennel, mettre des formes comme dans les sommets internationaux du monde d’avant. Non, un G8, c’est comme une start-up, une entreprise jeune et sympathique où tout le monde se dit tu, se passe la main dans le dos, est super-pote, où l’on adopte là aussi le casual friday, où l’on se souhaite de manière sympatoche les anniversaires. Ce coup-ci, d’après ce que j’ai compris, c’était celui du premier ministre japonais, Yoshihiko Noda. Il a eu le droit à un beau gâteau au chocolat garanti non irradié et comme il a vite eu la bouche pleine, il n’a pas pu répondre au véritable bilan humain et écologique de Fukushima. D’ailleurs, personne n’aurait eu le mauvais goût de lui poser la question. Il y avait des sujets autrement plus urgents à débattre. Une vraie ligne de fracture idéologique entre croissance et austérité, plus exactement entre austérité libérale et croissance libérale.

La différence ? Ah, mais elle est essentielle, la différence… Par exemple, une politique d’austérité libérale vise à l’équilibre budgétaire, restreint le crédit, augmente la durée du travail et les impôts tout en baissant les salaires. En revanche, une politique de croissance libérale, celle souhaitée par Hollande, le SPD allemand ou même par Obama qui angoisse légèrement à l’idée de voir l’Europe devenir un marché atone pour ses exportations et des pays comme la Grèce ou l’Espagne menacer de faire imploser le système en se clochardisant, c’est tout le contraire.
La croissance libérale utilise les fonds publics, comme les fonds de stabilité de l’UE ou ceux de la Banque Européenne d’investissement, pour doper l’investissement privé et améliorer la compétitivité. Evidemment, cela suppose que l’on baisse les salaires et que l’on augmente les impôts.

Si vous ne voyez pas de différence, c’est que vous êtes un salarié. Un salarié de mauvaise foi, probablement syndiqué de surcroît. Ou alors, par un regrettable malentendu, vous avez cru que la croissance libérale correspondait à un genre de néo-New-Deal rooseveltien. Auquel cas, on vous répondra qu’il ne faut pas prendre les enfants du bon dieu pour des keynésiens sauvages et que l’espoir de voir la génération suivante vivre mieux que vous, ou même simplement moins mal que vous, est terminé. Et ce ne sont pas les petits voyous d’étudiants québécois auxquels on répond par des lois d’exception, les indignés espagnols qui font leur retour sur les plaza, le terrorisme de la « jambisation » qui reprend en Italie ou les manifestations endémiques en Grèce qui vont changer quoi que ce soit à la saine gestion du capitalisme planétaire.

Je regarde encore la photo du G8. Quelque chose me gêne, mais quoi ? Ah, ça y est j’y suis. Autour de la tablée des chouettes copains, il y en a de moins en moins qui tiennent leur pouvoir d’une quelconque légitimité populaire alors que je pensais naïvement que le libéralisme économique supposait le libéralisme politique. Par exemple, Barroso, pour la Commission Européenne, cet ancien maoïste de la révolution des Œillets qui ferait désormais passer Alain Madelin pour Lénine, il est élu par qui, en fait ? Et Mario Monti, l’ancien employé du mois de Goldman Sachs, l’éminent membre du groupe Bilderberg, à la tête de son gouvernement technique, il a gagné quoi comme élections ?

Mélenchon, avec sa sale tête, a parlé du G8 comme d’ « une institution détestable ». Je trouve aussi. Mais je me rends bien compte de la stérilité de mon attitude. Et je sais qu’un jour, après un long travail, on pourra dire de moi ce qu’Orwell dit de Winston à la fin de 1984 : « Il aimait Big Brother. » Euh, pardon, « Il aimait le G8. »

Voltaire et la crise monétaire

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N’étant pas économiste, bien qu’économe, je me demande si ces derniers ont médité sur cette réflexion de Voltaire et, le cas échéant, ce qu’ils en ont retiré:  » Toute monnaie de papier retrouve un jour inexorablement sa valeur intrinsèque : rien « . Les Grecs se disent que ce Voltaire avait anticipé bien des choses.

Ils se demandent également pourquoi leurs dirigeants n’ont pas lu les historiens de l’économie qui n’ont cessé de répéter que toutes les expériences d’union monétaire ou de monnaie unique ont jusqu’ici échoué parce qu’elles supposent la destruction préalable des souverainetés nationales, que les peuples finissent toujours par refuser.

Les Grecs ne sont pas les seuls à se poser ces questions, mais avec l’optimisme inébranlable – et la stupidité qui va de pair – qui leur est coutumier, économistes et politiciens continuent à penser qu’il faut plus d’Europe et plus de liquidités pour apaiser les marchés financiers et faciliter l’endettement étatique. C’est ce qui pourrait être perçu comme une course à l’abîme, une forme de folie, monétaire en l’occurrence, qui est extrêmement contagieuse….

Ne nous restera bientôt plus qu’à relire Voltaire. Lui, au moins, ne se démonétisera jamais.

« Hollande sera un Sarkozy de gauche »

Élisabeth Lévy. Hollande élu, Sarkozy battu : vous êtes satisfaite ?

Marine Le Pen. Je n’ai pas à être satisfaite. Mais Hollande devrait remercier Sarkozy, car il n’a été élu que par défaut.

ÉL. Il a été élu parce qu’une partie de vos électeurs ont fait les pieds au mur !

MLP. Nicolas Sarkozy n’a cessé de s’en prendre au Front national qu’il appelle la « PME familiale ». Il a répété sur tous les tons qu’il écartait tout accord avec nous. S’il avait voulu que mes électeurs le renvoient dans ses buts, il n’aurait pas agi autrement. Il est le seul responsable de sa défaite, qui s’explique autant par ses promesses non tenues et sa personnalité que par sa politique. Les électeurs ont compris que l’UMP était incapable de mener le combat contre la mondialisation, l’ultra-libéralisme et la gauche. Je rappelle que pas une seule fois au cours de la campagne, Sarkozy n’a été donné gagnant.

ÉL. En Europe, aucun gouvernement sortant n’est donné gagnant !

MLP. Sauf que la France n’est pas dans la situation de l’Espagne et de l’Italie… pour l’instant.[access capability= »lire_inedits »] Les 10 milliards d’économies réalisées sont une goutte d’eau par rapport aux efforts demandés à d’autres pays. On va voir arriver les plans sociaux d’Areva, de la FNAC, d’Air France, qui ont été repoussés pour la campagne. En clair, la crise a été mise entre parenthèses à coups de milliards.

ÉL. Faites-vous plus confiance à François Hollande pour la gérer ?

MLP. Ça ne changera rien. Les Français comprendront vite que Hollande est un Sarkozy de gauche. Ils ont les mêmes amis, les mêmes conseillers, partagent les mêmes fondamentaux économiques et mettent en oeuvre la même stratégie électoraliste. Là où Sarkozy faisait les yeux doux à mes électeurs en leur parlant d’immigration, la gauche défend le droit de vote des étrangers pour compenser par le vote immigré son déficit chez les ouvriers.

ÉL. Elle est notablement remontée sur ce terrain, mais passons. Et maintenant, feu sur le quartier général ? Vous ne cachez pas que votre prochain objectif est de faire exploser l’UMP et d’avaler son aile droite. François Bayrou se verrait bien prendre la tête du pôle libéral-centriste. Un allié objectif ?

MLP. Disons que nos stratégies ont en commun de placer l’UMP face à ses divergences idéologiques.

ÉL. On reviendra sur votre stratégie. Mais parlons « valeurs ». Vos adversaires, de droite et degauche, disent que votre France n’est pas la leur. Alors, essayons de comprendre ce qu’est la France de Marine Le Pen. À la fin de la campagne, on a entendu vos partisans scander : « On est chez nous ! » Qui est ce « on » ? Qui est ce « nous » ?

MLP. Ce slogan est une variation, en plus sympathique, de la vieille formule « Les Français d’abord ! » C’est une profession de foi nationale qui signifie que, si les Français sont accueillants et hospitaliers, on doit respecter leurs valeurs, justement, et leur mode de vie. Quand on invite des gens à dîner, on n’a pas envie qu’ils réclament un autre menu, qu’ils refassent la décoration et que certains partent avec votre portefeuille.

ÉL. « Qu’ils partent avec votre portefeuille » ? C’est comme ça que vous voyez les immigrés qui espèrent – à raison ou à tort, c’est une autre affaire – trouver une vie meilleure en France ? Comme des voleurs ?

MLP. Curieusement, vous avez omis le mot « certains »avant « partent avec votre portefeuille ». Je ne fais aucun amalgame, mais il faut être conscient que se glissent dans le flux migratoire des voyous qui, après avoir été condamnés, devraient être illico renvoyés dans leur pays. Ce qui serait le cas si Nicolas Sarkozy n’avait pas supprimé la double peine.

ÉL. Si on vous suit, ce « On est chez nous ! » signifie : « Respectez-nous ! » Reste une ambiguïté : à qui s’adresse-t-il ? Aux étrangers ou aux Français d’origine étrangère récente ? Le fils ou le petitfils d’immigré algérien est aussi français que vous et moi, même s’il n’a pas la même idée que vous sur la décoration ou le menu. Lui aussi pourrait crier : « On est chez nous ! »

MLP. Certes, mais ce pays où il est chez lui existait avant qu’il arrive et n’a pas à changer pour lui faire plaisir. Ce slogan exprime une fidélité à une culture, à un mode de vie, à des moeurs et à des codes immuables, qui ne se laisseront pas altérer par les revendications des uns et des autres. Il est une déclaration d’amour à ce beau et merveilleux pays de France. Notre civilisation a engendré un certain type de sociabilité dont beaucoup de gens ont aujourd’hui l’impression qu’elle régresse. Et ils en souffrent. Il ne s’agit pas seulement de la laïcité. Les succès de films comme Les Choristes, Les Chtis, Amélie Poulain, témoignent d’une nostalgie pour une France joyeuse et fraternelle.

ÉL. Une France blanche ?

MLP. Cela n’a rien à voir avec l’origine ou la couleur de la peau. Ce qui est en jeu, c’est la disparition de valeurs comme la droiture, le respect, le courage ou l’honnêteté, qui ne sont plus reconnues ni valorisées comme utiles à la société, parce que les élites ont tendance à les mépriser. Mais le peuple, lui, continue à y croire.

Gil Mihaely. Celui qui reçoit ne doit-il pas faire un pas vers celui qui arrive ? Autrement dit, ne doit-il pas y avoir un compromis entre la culture d’accueil et la culture d’origine ?

MLP. Non ! Je l’ai déjà dit dans vos colonnes : je suis favorable à l’assimilation, qui n’a rien à voir avec l’intégration. L’assimilation exige d’abandonner une partie de soi pour être adopté par une famille, une nation, un peuple, différents des siens. En échange du sacrifice consenti pour l’accueillir, l’étranger doit accepter de se fondre dans le moule majoritaire. Encore faut-il qu’il ait conscience de ce sacrifice. Cela dit, je conçois très bien que l’assimilation soit vécue comme une violence. Quitter son pays n’est jamais simple. On a tendance à mythifier les premières vagues d’immigration en oubliant qu’elles ont aussi généré beaucoup de difficultés. Mais pendant des années, le système a fonctionné tant bien que mal. En une génération, les « Polacks », « Ritals » et autres étaient assimilés. On n’a jamais parlé de « Français d’origine italienne ».

ÉL. Ce qui nous amène à la question de l’islam. De fait, nombre des débats que vous avez lancés concernent les musulmans de France : ne devriez vous pas leur parler, à eux, au lieu de parler d’eux ?

MLP. Voulez-vous dire que j’aurais dû me faire inviter au rassemblement de l’UOIF ? En tout cas, ça aurait fait du buzz. Blague à part, je refuse de pratiquer le communautarisme politique.

ÉL. Très bien, mais quand vous rappelez les exigences de la République, c’est bien aux musulmans que vous pensez, non ?

MLP. Je ne voudrais pas être désobligeante, mais là, c’est vous qui faites du communautarisme ! En tout cas, vous confondez les musulmans et les fondamentalistes qui n’ont pas une démarche politique, mais religieuse. Ceci étant, je refuse de réduire les musulmans à leur religion. Un Français musulman se plaint de l’augmentation des prix, râle contre l’essence trop chère, doit économiser toute l’année pour partir en vacances l’été et en a assez de l’insécurité, exactement comme un Français païen, catholique, juif, protestant, bouddhiste, agnostique…

ÉL. N’empêche qu’à force de vous entendre évoquer ces problèmes, beaucoup de nos concitoyens musulmans vous considèrent comme leur ennemie. Croyez-vous que, dans votre discours, la distinction entre la critique de pratiques et de comportements et la détestation des individus est assez claire ?

MLP. Je n’éprouve aucune animosité envers les musulmans et, si certains se sentent stigmatisés par mes propos, je le regrette sincèrement. Si hostilité il y a, elle concerne des comportements, pas des gens. Et elle n’est pas plus répandue dans mon parti que dans les autres. La seule façon de la combattre, c’est que tout le monde se plie à la règle commune : « À Rome, fais comme les Romains ! » Seul le rouleau compresseur républicain peut faire triompher l’islam laïque sur l’islam radical.

ÉL. En clair, ce ne sont pas les musulmans qui vous posent un problème, mais l’islam ?

MLP. Oui, à condition de préciser que l’islam comme pratique religieuse ne me gêne nullement. Quand l’islam véhicule une démarche politique visant à donner la primauté aux règles religieuses sur les lois de la République française, alors oui, il pose un problème.

ÉL. Au cours de cette campagne, vous avez beaucoup parlé de la France et du peuple français. Pourquoi ne rappelez-vous pas explicitement que ce peuple, chacun peut en faire partie indépendamment de son origine ou de sa religion ?

MLP. Je ne vois pas pourquoi je rappellerais cela. En tant que républicaine, je n’ai pas à faire de différence entre les hommes et les femmes, ni entre les Français de souche et les Français d’origine étrangère. Le peuple français est le peuple français. Je ne vous cache pas que si j’avais été au pouvoir il y a trente ans, des millions de Français n’auraient pas la nationalité française. Aujourd’hui, ils l’ont. Il faut faire avec.

ÉL. En somme, vous vous y résignez. Mais en affirmant qu’ils n’auraient pas dû devenir français, vous créez chez beaucoup d’entre eux un sentiment d’insécurité. La République peut-elle remettre en cause la citoyenneté qu’elle a accordée ?

MLP. Quand m’avez-vous entendue dire une chose pareille ? La loi prévoit la déchéance de la nationalité pour les actes de terrorisme et les atteintes à la sûreté de l’État. Si j’arrive au pouvoir, j’étendrai cette possibilité à certains crimes. Et ceux qui ont commis des délits ne deviendront jamais français. En dehors de ces cas, les Français n’ont aucune raison de croire qu’on va les priver de leur nationalité. Ceux qui aiment la France n’ont rien à craindre de nous.

ÉL. Mais la loi ne peut pas obliger les Français à aimer la France ! Et je ne veux pas vous faire de peine, mais je connais pas mal de Français tout ce qu’il y a plus « de souche » qui se fichent de la France, voire qui la détestent ! L’amour de la patrie ne relève pas du droit !

MLP. Ne vous emballez pas ! Il existe deux cas de figure : certains sont français par héritage, d’autres parce qu’ils ont demandé à l’être. Je ne vois pas ce qu’il y a de choquant à exiger d’eux qu’ils respectent nos lois, nos valeurs et nos moeurs. Je trouve étonnant que l’on s’en étonne ! Il faut refuser la nationalité à tous ceux qui ont commis des délits. Ce sera un excellent moyen de choisir, parmi les candidats à l’immigration, ceux qui ont quelque chose à apporter à la France. C’est une question de bon sens et je m’étonne qu’on s’en étonne.

ÉL. Être français par héritage est une chance, pas un mérite…

MLP. Ah bon ?

ÉL. Qu’avez-vous fait pour mériter d’être née là où vous êtes née ?

MLP. J’ai un père, un grand-père, un arrière-grand-père qui ont labouré la terre, bravé la mer et se sont battus pour défendre la liberté et l’honneur de la France. Oui, le peuple français a le mérite d’avoir fait de la France ce qu’elle est.

ÉL. Vous confondez mérite collectif et mérite individuel ! Et à l’inverse, vous imputez aux individus les dynamiques collectives dans lesquelles ils sont pris. De même qu’on peut critiquer un certain islam sans éprouver la moindre hostilité envers les musulmans, on peut souhaiter l’arrêt ou la réduction de l’immigration sans s’en prendre aux immigrés. Quand vous vous demandez « combien de Mohamed Merah » se trouvent dans les bateaux arrivant en France, vous jetez le discrédit sur des millions de malheureux fuyant la misère, la guerre ou la dictature. Peut-être ne pouvons-nous pas accueillir le Malien qui rêve de la France… Mais en quoi serait-il moralement fautif ?

MLP. Élisabeth Lévy en militante de SOS Racisme, il faut le voir pour le croire ! Après l’affaire Merah, j’ai été la première à rejeter tout amalgame entre les musulmans et les fondamentalistes. Mais si on laisse les musulmans laïques seuls face à l’islamisme, on ne fera qu’accroître la confusion. Je ne céderai pas au terrorisme intellectuel qui prétend m’interdire de voir la réalité. Je vous rappelle que parmi les personnes expulsées après l’affaire Merah, figurait un terroriste qui a commis des attentats sur le sol marocain. Que faisait-il sur le territoire français ? Combien de gens profitent de l’absence totale de contrôle à nos frontières pour venir frapper sur notre sol ? Terroristes, réseaux de prostitution, de trafic d’armes, de drogues et de contrebande, tout cela passe avec votre Malien ! Chaque année, 200 000 immigrés légaux, auxquels il faut ajouter probablement autant d’illégaux, rentrent en France. On le voit à chaque rentrée scolaire : le nombre d’étrangers dans notre pays est bien supérieur à ce que disent les statistiques. Parmi eux, il y a des prédicateurs qui recrutent dans les banlieues de jeunes désoeuvrés qui ont exactement le profil de Merah. Et ce n’est pas Marine Le Pen qui le dit, mais le ministère de l’Intérieur ! Dire que l’ouverture des frontières met notre pays en danger, ce n’est pas porter un jugement moral, mais faire preuve de responsabilité. Je comprends qu’un clandestin préfère venir vivre en France et gagner, parfois sans travailler, cent fois ce qu’il gagnerait s’il travaillait chez lui. C’est humain. Mais est-ce humain de leur laisser croire que c’est possible ?

ÉL. Mais plus personne ne le laisse croire ! Les socialistes reprochent à Sarkozy de ne pas avoir réduit l’immigration. Et lors du débat d’entre deux-tours, c’est François Hollande qui a soulevé la question du halal en disant qu’il l’interdirait à la cantine. En cinq ans, les lignes ont bougé…

MLP. Si vous tentez de me convaincre que je ne suis pas totalement inutile, j’en suis d’accord ! Reste que, si le débat n’est pas censuré, il est au minimum biaisé par la vulgate angélique. Il suffit de critiquer l’immigration pour être accusé de racisme, de dénoncer le fondamentalisme islamique pour être traité d’islamophobe. Le résultat, c’est que les musulmans croient que le Front national est leur ennemi alors qu’il lutte pour le droit de ne pas porter le voile, de s’habiller ou non en jupe, de se marier ou non avec un musulman. S’ils sont victimes, c’est des belles âmes donneuses de leçons. Moi, je veux les protéger des fondamentalistes. Il est vrai qu’aujourd’hui, on parle des problèmes à l’hôpital ou à l’École et on oublie les entreprises où les conflits se multiplient. Les patrons sont quotidiennement confrontés à des revendications religieuses, mais ils n’ont pas de loi sur laquelle s’appuyer pour répondre. C’est pourquoi je veux inscrire dans la Constitution que la République ne reconnaît aucune communauté.

GM. Qu’est-ce qui constitue pour vous le socle intangible de la nation ? Quelles sont les composantes de l’identité française qui ne sont pas négociables, même par des procédures démocratiques ?

MLP. Ni la loi ni la négociation ne peuvent modifier ce que nous sommes. Qu’on le veuille ou pas, la France est un pays imprégné de culture chrétienne. Cette dimension est tellement ancrée que nous n’avons même pas conscience de son poids, alors qu’elle structure notre vie sociale, du calendrier à la langue, mais aussi à travers l’idée d’un homme doté d’un libre arbitre, alors que le musulman est déterminé par un tout qui le dépasse. Ce passé chrétien nous est si familier que nous n’avons jamais pris la peine de le défendre.

GM. Nous avons quand même dû assigner des limites à son influence : la laïcité fait aussi partie de notre héritage, non ? Et avant d’être une valeur, elle a été le fruit d’un compromis politique. Est-il inconcevable, selon vous, de le renégocier ?

MLP. À mon sens, cela fait partie du non-négociable. Pourtant, je ne dirais pas que la laïcité est une valeur. Elle est un principe de fonctionnement de notre société. Et si nous touchons à ce principe, la France deviendra un pays musulman. Il serait temps que tout le monde comprenne que l’expansionnisme du fondamentalisme islamiste est une menace sérieuse.

GM. Peut-être. Quoi qu’il en soit, aussi importantes soient les racines chrétiennes de la France, elles ne suffisent pas plus aujourd’hui qu’hier à la définir. Par exemple, l’homme doté d’un libre arbitre est, au minimum une coproduction du judéo-christianisme (de la Bible, si vous voulez) et des Lumières… Bref, n’avez-vous pas de l’identité française une vision trop simple et trop figée ?

MLP. Les valeurs chrétiennes laïcisées par les Lumières, nous y sommes car la France n’est pas morte en 1789, mais elle ne pas née non plus en 1789. Défendre la République sans reconnaître nos racines chrétiennes, c’est être hémiplégique.

ÉL. Quoi qu’il en soit, que pouvez-vous faire contre le séparatisme qui est à l’oeuvre dans l’ensemble de la société ?

MLP. C’est bien la preuve que la société multiculturelle ne fonctionne pas !

ÉL. Peut-être, mais que faire ? La France est multi-ethnique et multiconfessionnelle, c’est un fait. Et il ne suffit pas de prononcer le mot « assimilation » pour que les difficultés disparaissent.

MLP. En ce cas, où est la solution ? Faut-il accepter la balkanisation de nos quartiers ?

ÉL. Si les Chinois veulent vivre entre eux, prétendez-vous les en empêcher ?

MLP. Cet exemple est intéressant, car il montre les différences de démarches. Dans la communauté chinoise, les enfants portent des prénoms français et sont souvent d’excellents élèves parce que leurs parents accordent une grande importance à la réussite scolaire. Autrement dit, l’assimilation républicaine fonctionne dès la deuxième génération. Du coup, le regroupement ethnique pose moins de problèmes. Que les gens arrivés récemment aient tendance à se regrouper, c’est compréhensible. Encore une fois, ce qui est inacceptable, c’est de céder à la pression de groupes politico-religieux. Or, on ne combattra pas cette pression communautaire en laissant rentrer 400 000 nouvelles personnes par an.

GM. Même si elles viennent d’Argentine ?

MLP. Avez-vous entendu parler des déficits de nos comptes publics ?

GM. D’accord, mais imaginez que la France connaisse une croissance annuelle de 4 %. Faudrait-il, selon vous, privilégier une immigration non musulmane ?

MLP. Mettre en place une politique nataliste française est donc la seule option dont on ne parle jamais ! Et puis, croyez-vous que c’est le moment de faire de la politique-fiction avec un taux de chômage qui ne cesse de croître depuis quarante ans ? Je ne m’oppose pas par principe à une immigration musulmane, même si je pense qu’elle est plus problématique qu’une immigration catholique pour les raisons de mode de vie et de rites que j’ai évoquées plus haut. Reste qu’avec 8 millions de pauvres, 6 millions de chômeurs et 1,2 million de foyers en attente d’un logement social, il serait absurde de stopper l’immigration musulmane pour autoriser l’immigration polonaise. Accueillir des gens en sachant que les conditions de vie que nous pouvons leur offrir favorisent le repli et la délinquance est suicidaire.

ÉL. Qui est responsable de cette situation ? Les étrangers eux-mêmes, la société raciste, le laxisme des dirigeants ?

MLP. Le problème, c’est le nombre. Je vous assure qu’un enfant du Sahel qui se retrouve dans une classe de 25 petits Français est un Français comme vous et moi en quelques mois. S’il arrive dans une classe où il y a quinze nationalités, on se demande qui va s’assimiler à qui. L’immigration massive rend impossible l’assimilation. Elle crée le désordre, donc le ressentiment.

ÉL. À en croire les sondages, les Français sont avant tout préoccupés par le chômage et le pouvoir d’achat et beaucoup moins par les questions identitaires et culturelles qui sont les principaux ressorts du vote en votre faveur. Comment expliquez-vous ce décalage ?

MLP. Ce qui fausse les résultats, c’est la culpabilisation permanente de toute inquiétude liée à l’immigration. Or, l’immigration est au carrefour de problématiques très diverses qui touchent à la sécurité, àla défense de la culture et de l’identité françaises,
mais aussi aux problèmes économiques et sociaux. Les gens comprennent bien qu’en période de stagnation ou de récession, notre système de protection sociale n’est pas extensible. Pour accueillir chaque année 300 000 personnes de plus, soit une fois et demi la population de Rennes, il faut plus d’hôpitaux, plus d’écoles… et plus d’impôts. Dans tous les pays européens, mais aussi aux États-Unis ou en Russie, on s’interroge sur l’utilité ou sur l’absurdité de la poursuite de l’immigration alors que le chômage explose. Il est vrai que, pour certains, elle est très utile puisqu’elle est instrumentalisée pour peser sur les salaires.

ÉL. L’« armée de réserve »… Vous voilà farouchement marxiste !

MLP. En tout cas, sur ce point, Marx avait vu juste.

ÉL. Vous déplorez que, pendant trente ans, toute discussion sur la politique migratoire ait été presque impossible. Mais peut-être en êtes-vous en partie responsable, dans la mesure où c’était votre sujet et que, je le répète, votre discours – en tout cas celui de vos militants – ne distinguait pas fermement entre la critique d’un phénomène et l’hostilité aux personnes. En clair, n’avez-vous pas contribué à instaurer l’idée d’une équivalence entre refus de l’immigration et racisme ?

MLP. Celle-là, elle est excellente ! C’est de la faute du Front, maintenant ! Les responsables ne se trouvent-ils pas plutôt au sein notre classe politique ? Pourquoi nos dirigeants ont-ils refusé de traiter cette question ? Parce que leur laxisme habillé de considérations pseudo-morales cachait leur soumission aux puissances de l’argent. Dans une vidéo qui a fait un tabac sur You Tube, Francis Bouygues explique très bien la position du patronat dans les années 1970. Le père de Laurence Parisot, qui faisait venir des Marocains par charters pour travailler dans son entreprise de fabrication de meubles, et les autres grands patrons, ont utilisé cette main-d’œuvre immigrée non syndiquée pour peser à la baisse sur les salaires. Quant au prétendu
« racisme » du Front, je suis étonnée que vous gobiez cette légende bien commode. Mon père et moi n’avons cessé de le répéter : nous n’en voulons pas aux étrangers mais aux responsables politiques qui les ont fait venir.

ÉL. Admettons, mais ne faites pas la naïve ! Ne nous dites pas qu’on n’a jamais entendu de propos déplaisants dans les réunions du Front. Vous savez bien qu’il y a parmi vos partisans des gens qui « n’aiment pas les Arabes »…

MLP. Ce que je sais, c’est que les gens ne sont pas tous des bobos ou des journalistes distingués qui vivent dans des endroits chics et donnent des leçons de morale à la Terre entière. Les Français qui vivent dans des quartiers où se déploie une délinquance souvent issue de l’immigration ont peur. Et cette peur n’a rien à voir avec la couleur de la peau ou la religion et tout à voir avec le climat d’insécurité. Si demain, des blondes en blouson de cuir sèment la terreur dans votre quartier, vous aurez peur à chaque fois que vous en croiserez une. Qui sera responsable, la blonde en cuir ou les élus qui n’auront pas su faire respecter la loi et protéger leurs concitoyens du comportement violent de petits voyous ?
Ce n’est pas un problème de racisme. Le peuple français est le moins raciste du monde. Pas un seul pays ne tolérerait ce que nous acceptons dans certains quartiers, y compris le racisme anti-français : essayez de traverser la cité des « 4000 » avec un
drapeau tricolore, et vous comprendrez ce qu’est la vraie vie de certains Français.

ÉL. Après le premier tour, les médias ont interrogé certains de vos électeurs, notamment dans les fameuses zones rurales soudainement revenues dans les écrans-radars. Beaucoup expliquaient leur vote en disant : « Il n’y en a que pour les étrangers ! » Que vous inspire cette réaction ?

MLP. Mettez-vous deux secondes à leur place : ces jeunes qui subissent le chômage de plein fouet voient que la classe politique est sans cesse au chevet des banlieues à qui l’on promet je ne sais quel « plan Marshall ». Alors, quand ils entendent qu’un bus a été brûlé alors que, chez eux, les bus ne passent plus, que des maternités et des postes ferment, ils se sentent abandonnés. Voilà les effets de l’idéologie antiraciste : le montant des aides publiques par habitant est cent fois plus élevé dans les banlieues que dans les départements ruraux. N’est-ce pas profondément injuste ?

ÉL. Comment expliquez-vous que Jean-Luc Mélenchon ait cru vous piquer une partie de votre électorat ouvrier en prônant la régularisation de tous les sans-papiers ?

MLP. J’avoue que sa stratégie m’échappe, encore qu’elle révèle son incapacité à sortir du système. L’européisme et l’immigrationnisme sont les deux critères qui permettent de savoir si un responsable politique est « dans le système » ou pas. S’il refuse la pensée dominante au moins sur l’un des deux, il est sur la bonne voie. Mélenchon a tout faux sur les deux. Il peut jouer les révolutionnaires, il est complètement « dans le système ».

ÉL. À en juger par la mine impatiente de la personne qui vient de passer sa tête dans le bureau pour la troisième fois, nous n’aurons pas le temps de discuter cette notion de « système » que, pour ma part, je ne trouve guère opérante. En tout cas, s’il se définit par l’adhésion enthousiaste à l’Europe et à l’immigration, vous risquez de perdre votre spécificité idéologique. Nous avons déjà évoqué le déplacement des lignes sur les flux migratoires ; quant à l’Europe, elle a cessé d’être un horizon glorieux. La religion européiste est morte.

MLP. Vous croyez ça ! Amusez-vous à dire qu’il faut sortir de l’euro sur un plateau de télévision et regardez la tête du journaliste ! L’euro est une religion et le critiquer est aussi grave que de critiquer Mahomet. Il est vrai que le système est sur le point d’imploser. Mais ses défenseurs sont toujours aussi acharnés. Regardez la CGT et le patronat, ce sont les meilleurs ennemis du monde. Au-delà de leurs divergences, par exemple sur la BCE et les eurobonds, ils sont tous les deux favorables à l’immigration et au fédéralisme européen parce qu’ils pensent que la nation est dépassée. Ils ne croient plus en la France.

ÉL. Revenons à votre meilleur ennemi à vous : Mélenchon et vous êtes en passe de devenir un vieux couple puisqu’il vient vous défier à Hénin-Beaumont. Est-ce un duel ou un duo ?

MLP. Je n’ai jamais désigné Jean-Luc Mélenchon comme un ennemi, mais l’inverse est vrai. Il s’agit là d’une vieille méthode trotskiste : se présenter comme le meilleur ennemi de celui qui a le vent en poupe afin de tenter de profiter de son ascension.
Il va tomber de haut en découvrant qu’il n’a pas été parachuté dans un bassin minier mais dans un bassin miné où socialistes, communistes et verts l’attendent la dague à la main.

GM. Et vous avec un bouquet de fleurs… Vous aimez l’odeur de la poudre, ce qui n’est nullement répréhensible. Ne craignez-vous pas une embuscade ? Même si vous faites un meilleur score que lui au premier tour, la logique du « front républicain » (renforcée par le tam-tam médiatique) jouera à fond pour lui au second. Et s’il vous bat, c’est cela que les gens retiendront.

MLP. Mon adversaire n’est pas Monsieur Mélenchon. Désolé, Jean-Luc, mais c’est une circonscription socialo-communiste depuis 80 ans et mon adversaire est le candidat socialiste ! Ce sont les socialistes que je combats, eux, leurs méthodes, leur corruption, leur clientélisme, leur féodalité et leurs idées folles. Et c’est leur système mafieux que je vais faire tomber.

GM. Votre bon score au premier tour n’est-il pas une victoire sans lendemain, dans un paysage bipolaire qui, faute d’alliances, vous interdit d’accéder au pouvoir ?

MLP. Je suis convaincue que cette fausse bipolarité jette ses derniers feux, parce que de plus en plus de gens comprennent que la droite et la gauche sont les deux têtes d’un même corps, et que c’est pour défendre leur pouvoir qu’elles s’accrochent à un
clivage qui n’a plus aucun sens. Le véritable combat politique oppose les défenseurs de la nation, qui pensent qu’elle seule peut assurer la survie des peuples et la prospérité, aux partisans du mondialisme, ce totalitarisme du tout-commerce qui encourage l’effacement des frontières, le lissage universel des modes de consommation et la domination de la loi du marché. Cette fracture traverse aujourd’hui toute l’Europe, et les commentateurs n’ont pas changé de ritournelle : tout europhobe est renvoyé à l’extrême droite. Affirmer que Geert Wilders est d’extrême droite est une aberration. C’est un patriote libertaire.

GM. On peut donc être contre l’Europe et pour l’IVG. Qu’en est-il au sein du Front ?

MLP. Sur ces questions sociétales, les avis sont partagés car ce qui nous importe, c’est plus la souveraineté, l’indépendance de la nation, l’État fort. C’est l’adhésion à cette ligne nationale qui fait notre cohérence idéologique.

GM. Comment comptez-vous transformer cette cohérence idéologique en victoire politique ? À la veille de législatives difficiles pour la droite, vous avez commencé à faire subir à l’UMP un supplice chinois, maniant le froid un jour et le chaud le lendemain… Avez-vous en tête un scénario pour faire advenir la fameuse recomposition annoncée de toutes parts ?

MLP. Je n’ai pas besoin d’un scénario, elle se fera toute seule par la base. L’UMP implosera parce qu’il lui est devenu impossible de cacher qu’elle n’est qu’un syndicat d’intérêts électoraux. Les chevènementistes, les patriotes de gauche, et les villiéristes nous rejoindront dans un vaste pôle des nationaux. Au sein de l’UMP, beaucoup sont plus proches de nous que de Nathalie Kosciusko-Morizet. Ils ont compris que les Juppé, Gueant et autre Bertrand sont les dignes héritiers de Chirac. Le résultat, c’est que 68 % des électeurs de l’UMP souhaitent un accord avec le FN.

ÉL. En attendant, plus de 51 % des Français ont voté pour François Hollande, qui a notamment recueilli une proportion notable du vote ouvrier…

MLP. Une élection par défaut, sans élan, sans envie, essentiellement fondée sur l’anti-sarkozysme. Mais ils découvriront vite que le PS n’est qu’une autre version de l’UMP. La gauche qui croit à la nation ne tardera pas à déchanter quand François Hollande déroulera le tapis rouge aux marchés financiers exactement comme l’a fait Nicolas Sarkozy. Les mots seront différents, la politique sera la même, et la désillusion encore plus cruelle. C’est alors que l’autre moitié du peuple, dont j’ai besoin pour mener mon oeuvre de redressement, me rejoindra.

ÉL. Pensez-vous que la gauche renoncera si facilement à la diabolisation qui, depuis des années, a eu pour conséquence de désactiver une partie des voix de la droite ?

MLP. La diabolisation a déjà échoué. Sous Chirac, seuls 30 % des électeurs de l’UMP voulaient un accord avec le Front ; aujourd’hui, je vous l’ai dit, ils sont 68 %. L’intimidation ne marche plus. D’après le dernier sondage sur « l’imprégnation des idées du FN », 37 % des Français sont peu ou prou d’accord avec nos propositions. Cela montre bien que le FN est considéré comme faisant partie intégralement de la vie politique française. Un certain nombre de socialistes hurleurs ont eu beau se scandaliser du score du premier tour et appeler au « cordon sanitaire », il n’y a pas eu de « quinzaine anti-Le Pen ». Les invectives et calomnies qui nous décrivent comme d’affreux fascistes n’ont pas disparu, mais elles visent moins ma personne et mon parti que Sarkozy et l’UMP.

ÉL. Apparemment, cela n’a pas suscité une solidarité de réprouvés. Puisque, selon vous, c’est le souhait des électeurs, êtes-vous prête à faire des alliances ?

MLP. Non. Pas avec des appareils politiques qui sont responsables et coupables. C’est à la base que le rassemblement se fera.

ÉL. En cas de triangulaires, si des candidats UMP arrivés en tête se fendent de gracieusetés à votre endroit – puisqu’ils n’auront rien d’autre à vous offrir –, accepterez-vous ces mains tendues en retirant vos candidats contre cet apport en légitimité ?

MLP Je verrai en fonction de la sincérité de ces candidats, et ceux-ci ne seront crédibles que s’ils prennent leurs distances avec l’UMP.

ÉL. En clair, vous pariez sur le ralliement d’élus UMP avec armes et bagages ?

MLP. Évidemment ! Si Jean-François Copé n’avait pas anticipé la défaite de Sarkozy et la débâcle du parti, il n’aurait pas, dès avant le second tour, déclaré que l’UMP avait vocation à être un groupe de divers mouvements politiques.

ÉL. Reste qu’à l’intérieur de l’UMP, les plus proches de vous idéologiquement sont aussi les plus hostiles. Avez-vous des contacts avec la Droite populaire ?

MLP Certainement pas ! La Droite populaire a déclaré elle-même qu’elle n’était pas « un pont vers le Front national mais une digue » ! De toute façon, on ne discute pas avec une brouette, on la pousse ![/access]

Un ministre doit-il être député ?

5

La question du statut des ministres était de celles auxquelles le général De Gaulle tenait le plus. A ses yeux, membres du gouvernement et parlementaires relevaient de logiques opposées, les premiers étant voués à l’intérêt général, les autres ayant à défendre des intérêts particuliers, ceux de leur parti, de leurs électeurs ou de leur circonscription. C’est pourquoi De Gaulle considérait comme essentielle la stricte séparation organique entre ministres et parlementaires qu’il avait fait inscrire dans la constitution de 1958, et qui mettait fin à la confusion des genres qui caractérisait les républiques précédentes.

Sur ce point, François Fillon n’hésita pourtant pas à rompre, dès le mois de mai 2007, avec l’esprit de la Vème république. A peine arrivé à Matignon, il déclare, d’abord, que tout ministre devra se présenter aux élections législatives, et ensuite, qu’il devra l’emporter sous peine de se voir chassé du gouvernement. Pourquoi cette exigence inédite ? Tout simplement, explique-t-il lors d’un déplacement électoral dans la Sarthe, parce que l’ « on ne peut pas avoir la responsabilité de conduire un ministère, et ne pas avoir la confiance des habitants de son territoire ». Voilà pourquoi les membres du gouvernement, devant avoir « la légitimité non seulement de la nomination, mais de l’élection », « doivent être des élus du peuple ». Et voilà aussi pourquoi il faut exclure du gouvernement ceux qui, n’ayant pas réussi à se faire élire, ne bénéficient point, par conséquent, de la légitimité nécessaire. « En démocratie, on choisit des hommes et des femmes, on les envoie siéger au parlement pour représenter le peuple, et parmi ceux qui siègent au parlement, on choisit des ministres ».

A l’époque, cette « jurisprudence Fillon » suscita, chez les observateurs attachés à la logique de la Ve république, quelques toussotements dubitatifs. Une telle déclaration se rattache en effet à une certaine vision du régime parlementaire, celle qui prévalait en France sous les IIIème et IVème républiques. En revanche, elle jette aux orties l’une des principales innovations de la constitution de 1958, dans laquelle, on l’a dit, le ministre est l’homme de l’Etat et pas celui de « son territoire », le serviteur de l’intérêt général et non le représentant de son parti au sein du gouvernement. La simple idée que l’on soit ministre en vertu de la légitimité démocratique conférée par l’élection, et non en vertu de la décision du Premier ministre ratifiée par le Président de la République, suffit à dynamiter la vision gaullienne de gouvernement. Du reste, le seul fait qu’il puisse y avoir des exceptions (comme ce fut cas en juin 2007, notamment pour Madame Dati) invalide le principe – dès lors que cela implique que certains ministres (ceux qui n’ont pas bénéficié d’une élection) pourraient être moins légitimes que les autres… Et ne parlons pas de ceux qui siègent au Sénat, ou ont été élus sur des circonscriptions gagnées d’avance, ou nommés en dehors des périodes électorales. Sous la IIIème et la IVème république, il n’y avait d’ailleurs pas d’exception à la règle, et il ne pouvait y en avoir. Dans le système Fillon, en revanche, tout était possible – sauf peut-être le respect du principe de non contradiction.

Voilà pourquoi son successeur était attendu au tournant, les observateurs précités ayant commencé par craindre qu’il ne se coule, en tant qu’ancien député et partisan affiché d’une tradition nettement parlementariste, dans la fameuse « jurisprudence » : certains ne le présentaient-ils pas comme un « Fillon de gauche » ? Et voilà pourquoi ils ont été soulagés après son intervention télévisée sur France 2, le 16 mai. Soulagés, et tout étonnés de constater que contrairement à ce qu’ils pensaient, le pire n’est pas toujours sûr.

Qu’a donc dit le nouveau premier ministre ? Qu’un membre du gouvernement qui choisirait de se présenter aux élections législatives, et qui serait battu, aurait par conséquent l’obligation de démissionner. « Il y a l’esprit de responsabilité, c’est-à-dire que tout ministre qui se présente aux élections législatives et qui ne sera pas élu ne pourra pas rester au gouvernement ». Ce qui, on en conviendra, n’est pas du tout la même chose, les ministres ayant en effet toute liberté pour se présenter ou non aux élections, sans qu’on puisse leur reprocher de ne pas y aller. Et sans qu’ils aient besoin pour cela de s’inventer des alibis invraisemblables, comme le fit pourtant Madame Vallaud-Belkacem, plissant de toutes ses forces son front virginal devant les caméras pour prendre un air grave, et expliquer que l’énorme masse de travail qui s’abattait sur elle en tant que ministre des droits de la femme, l’urgente préparation d’une loi sur le harcèlement sexuel, le « porte-parolat » (sic) du gouvernement, etc., etc., l’empêchait, hélas, trois fois hélas, de se présenter dans la terrible « Quatrième du Rhône », alors qu’elle aurait tant aimé en découdre. Il est vrai qu’il serait un peu râlant de ne rester ministre que quelques semaines. Madame Taubira n’aura pas de ces pudeurs de jeune fille, à raison, d’ailleurs. Elle connait la vie, et sait que ni Robert Badinter, son plus illustre prédécesseur, ni Françoise Giroud, celle de Madame Vallaud-Belkacem, ne se présentèrent aux élections pour obtenir leurs maroquins.

Et c’est ainsi que ceux dont on pouvait tout attendre, sauf cela, se montrent, volontairement ou non, plus fidèles à l’esprit de la Ve république que ceux qui, il y a cinq ans, s’empressèrent de brûler ce qu’ils avaient promis de défendre.

Hollande, Obama et Jean de La Fontaine

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Si fausse note il y a eu, aucun risque qu’elle vienne du fond puisque la règle d’or de ce G8 était de ne pas aborder les questions qui fâchent.

En effet, ce ne sont pas des divergences sur le sens du mot « croissance » qui ont entaché la première grande séquence diplomatique de l’ère hollandaise, mais des bourdes bien regrettables sur la forme. Le numéro 2 du gouvernement, celui dont on a vanté l’expérience ministérielle, Laurent Fabius, n’a pas été le coach parfait pour son normal de président.

Outre l’impair protocolaire commis par le port de la cravate le seul soir où il ne fallait pas, – à croire que la fiche détaillée sur le dress code du vendredi soir a été un peu bâclée et que le proberbe diplomatique « A Rome, fais comme les Romains » a été un peu oublié – François Hollande a été pris en flagrant délit d’orgueil confortant ainsi l’opinion des étrangers sur l’arrogance imbuvable des frenchies tout en démythifiant sa normalité lumineuse par d’ombrageux défauts. « Quand on est président de la France on n’est impressionné par rien. » telle est en effet la déclaration bien méprisante prononcée par François Hollande, à l’issue du tête-à-tête avec Barack Obama.

Au lieu d’exprimer de l’estime et de la reconnaissance pour son homologue américain qui lui a témoigné intérêt et prestige en lui accordant un entretien plus long que les rencontres bilatérales ordinaires, notre Président s’est comporté comme n’importe quel Français moyen gonflé d’une irrespirable suffisance. On suppose aisément qu’il visait à couper l’herbe sous le pied de l’opposition umpiste qui, toute fulminante d’impatience, n’aurait pas raté une occasion pour se livrer à un florilège de sarcasmes sur la mollesse ou l’inexpérience diplomatique de François Hollande.

Mais en voulant à tout prix prouver que le soufflé hollandais ne s’effondre pas devant l’aigle américain, il s’est défini non plus comme le président normal d’un pays normal mais comme un président exceptionnel d’un pays exceptionnel parce que seuls un être et un pays d’exception restent de marbre devant le pays qui reste, en dépit des tempêtes économiques, la plus grande puissance mondiale.

Alors pendant ce séjour américain, la normalité hollandaise s’est enflée de son exceptionnelle perfection. On aurait eu besoin d’un La Fontaine pour la faire dégonfler.