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Les Verts dans le fromage

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On ne voit, on n’entend qu’elle : d’ailleurs, est-ce elle ou sa réplique, son double, sa copie qu’on aperçoit ici, qui s’exprime là, apostrophe un peu plus loin, avec toujours ce même air de béatitude, ce sourire de ministre satisfait ? Cécile Duflot est douée d’ubiquité. Comme son parti, EELV, elle croît peu, mais elle se multiplie.

Alors, les Verts, combien de divisions ? En pourcentage de voix populaires, 2,31% à l’élection présidentielle, 3,60% au second tour des législatives, mais, grâce à Mme Aubry (qui feignait d’être profondément affectée par la défaite de Ségolène Royal) et à l’habileté manœuvrière de M. Placé, dix-huit élus !

On comprend l’air réjoui de Mme Duflot, et la mine ravie de l’ineffable Denis Baupin (l’amer Vert) sur tous les plateaux où, hier, ils manifestaient leur petit contentement. Les amis de Cécile et de Denis formeront un groupe, avec tous les avantages que cela implique : des bureaux, des salles de réunion, des chargés de mission, des postes d’influence au bureau de l’Assemblée, dans les commissions… Bref, une « visibilité » et des moyens considérablement accrus pour ces chlorophylliens procéduriers, auquel je ne reconnais, pour ma part, que la capacité de nuire à la vie quotidienne des Parisiens.

C’est tout de même inespéré pour un parti de politiciens d’anecdote, dont l’électorat tiendrait dans une bergerie !

Aux portes du Guantanamo afghan

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Nous sommes une vingtaine dans le container. Et nous attendons. Sur la table, il ne reste que quelques miettes de gâteaux secs et un thermos de thé froid depuis longtemps. Grignoter fait passer le temps. Or, à presque 11 heures, il n’y a toujours pas eu d’appel de Bagram et personne ne sait quand le téléphone sonnera. Transformé en salle d’attente, le container occupe un coin de l’arrière-cour du vaste complexe du CICR (Comité de la Croix-Rouge internationale) à Kaboul. Certains jours, des hommes s’y pressent. Parmi eux, certains ont voyagé depuis plusieurs jours pour venir et sont impatients de rentrer. Les sièges du CICR à Kaboul et à Kandahar sont en effet les seuls endroits où les familles peuvent entrer en contact avec leurs proches, détenus par les Américains dans la prison de Bagram.[access capability= »lire_inedits »]

Le très jeune traducteur gracieusement mis à ma disposition par les responsables du programme fait une brève présentation : « Voici une journaliste qui vient de France. » Les hommes échangent des regards en silence et s’efforcent de m’ignorer. Il faut plusieurs minutes avant que le premier ne se décide à répondre à mes questions. Vêtu de la tunique traditionnelle bleu pâle, il se dit inquiet pour ses proches restés au village. Il vient de Nangarhar, province frontalière du Pakistan, célèbre pour ses oranges amères, la douceur de son climat ainsi que ses tournois de cricket. C’est également dans cette province qu’une bavure de l’armée américaine a coûté la vie à 47 civils quand, en 2008, trois bombes se sont abattues sur un cortège nuptial tuant femmes − dont la future mariée − et enfants. L’homme s’est débrouillé pour mettre sa famille en sécurité, mais peut-on encore faire confiance à quiconque dans ce pays ? Ainsi, chaque fois qu’il part pour Kaboul, il est tiraillé entre la joie et l’angoisse, entre l’espoir d’avoir des nouvelles rassurantes de son frère emprisonné depuis quatorze mois et la crainte de retrouver la maison pillée à son retour.

Située dans la province de Parwan, à une soixantaine de kilomètres au nord de Kaboul, à proximité de la base militaire de Bagram, la prison a été aménagée par les Américains dans des hangars construits par les Soviétiques. Aujourd’hui, quelques 3000 détenus y croupissent, accusés d’actes terroristes contre les forces de l’OTAN, de participation aux réseaux d’Al-Qaida ou d’aide aux insurgés. Le CICR, seul organisme autorisé par les Américains à avoir accès aux prisonniers, assure et gère également les contacts entre eux et leurs familles, éparpillées dans tout l’Afghanistan. Convention de Genève oblige, les Américains accordent aux détenus un appel et une visite de vingt minutes tous les quatre ou cinq mois. Quatre fois par semaine, cent familles sont ainsi emmenées par bus spéciaux de Kaboul à Bagram pour voir leurs proches. « Notre objectif est d’augmenter la fréquence des visites à une tous les deux mois, explique Jessica Barry, responsable de la communication du CICR en Afghanistan. Nous avons mené des négociations avec les Américains. Ils nous connaissent d’Irak et de Guantanamo. Ils nous font confiance. » En revanche, pas question d’autoriser les journalistes dans le convoi et encore moins de les laisser assister aux tête-à-tête dans l’enceinte de la prison. Le sujet est trop sensible. Tout ce que je suis parvenue à obtenir, c’est de partager l’attente des proches avant qu’ils n’aient les prisonniers au bout du fil.

Surnommée le « Guantanamo afghan », la prison de Bagram est une source permanente de tensions entre les autorités militaires américaines et le président Karzaï. Le 5 janvier, évoquant notamment des violations des droits de l’homme, celui-ci a fini par ordonner qu’elle passe sous le contrôle de son gouvernement. Impossible de savoir ce qu’en pense le CICR, Jessica Barry se refusant à tout commentaire à ce propos : « Si nous sommes les seuls à pouvoir y aller, c’est justement en raison du fait que nos rapports sur la situation dans la prison restent confidentiels. » C’est ce donnant-donnant qui permet au CICR de travailler sous tous les régimes : ses membres ont accès aux prisonniers, moyennant quoi ils ne divulguent aucune information sur les conditions de détention. L’homme à la tunique bleu pâle n’a même pas abordé le sujet avec son frère. « Il n’en parle jamais. Probablement qu’il ne peut pas en parler », résume-t-il. Son frère enseignait les mathématiques. Lorsque les Américains ont trouvé des IED[1. IED (Improvised Explosive Device) : engin explosif improvisé.] aux abords de la route qui traversait son village, ils l’ont embarqué avec tous les habitants masculins en âge de porter une arme. Les autres occupants du container s’invitent dans la conversation. « Il n’y a pas de tribunal, là-bas ! Et pas d’interrogatoires non plus ! Dès qu’il y a un attentat quelque part, les Américains arrêtent tout le monde sans se poser de questions. Mon frère était un simple étudiant en religion. Ils l’ont emmené uniquement à cause de ça ! », vocifère un gros à la barbe rousse, originaire de la province de Khost.

J’ai dit « Welcome ! » aux Américains

Le 9 mars, le ministère des Affaires étrangères afghan a convié tous les journalistes présents à Kaboul à la cérémonie de signature du « Memorandum of Understanding », qui scelle l’accord prévoyant une « passation de pouvoir » à Bagram dans les six mois. Toutefois, aussi longtemps que des soldats américains se trouveront sur le sol afghan, les Américains conserveront un droit de regard sur la libération des détenus. Le commandant de la force de l’OTAN (ISAF) et des troupes américaines en Afghanistan, le général John Allen, a serré la main au ministre afghan de la Défense, le général Abdul Rahim Wardak qui, pour sa part, a salué « un pas important dans le renforcement de la souveraineté nationale afghane ». La suite des événements se passe de commentaires.

À Bagram, des soldats américains ont brûlé des exemplaires du Coran, suspectant qu’ils auraient servi à transmettre des messages entre les prisonniers. À Kaboul, deux Américains travaillant au ministère de l’Intérieur y ont été tués et, dans tout le pays, des manifestations ont éclaté, faisant plusieurs morts. « Il vaut mieux que les étrangers s’en aillent », dit l’homme à la barbe rousse. Pour lui, comme pour beaucoup d’Afghans qui n’ont profité d’aucune aide des forces coalisées, la situation sécuritaire du pays est bien pire qu’au début de l’intervention de l’OTAN. « D’un côté il y a les talibans et de l’autre les soldats américains. Pour nous, les simples gens, c’est du pareil au même ! », conclut-il. Son voisin lève le doigt avant de l’interrompre: « Les étrangers n’ont construit les routes que là où ils passent fréquemment, entre une base et une autre. Ailleurs, rien n’a changé. Il faut qu’on se débrouille. Eh bien, on va se débrouiller ! On a battu les Soviétiques sans l’aide de quiconque. Et à l’époque il n’y avait même pas l’ANA[2. ANA (Afghan National Army) : Armée nationale afghane.] ! Maintenant on a notre propre armée ! » L’apparition d’un employé de la Croix-Rouge interrompt la discussion. Bagram a appelé. Deux hommes sont invités à entrer dans les cabines isolées d’où ils communiqueront avec leurs proches. Qui, sinon les « étrangers », aurait financé la formation et l’équipement de l’ANA ? La question restera sans réponse.

L’accord sur Bagram est présenté comme une étape importante dans le partenariat stratégique qui doit définir les termes de la présence américaine en Afghanistan après 2014. Les Américains auraient bien aimé conclure l’affaire avant le sommet de l’OTAN prévu en mai à Chicago. Les Afghans n’y voient pas d’inconvénient à la condition qu’une autre demande du président Karzaï soit satisfaite : la fin des raids nocturnes dans les habitations. Dénoncée depuis des années, cette pratique, en plus d’être traumatisante pour la population civile, paraît surtout contre-productive. « Quand les Américains sont entrés dans la maison pour chercher mon frère, je leur ai dit le seul mot que je connaissais en anglais : « Welcome ! », raconte l’homme en tunique bleu pâle. Mais ils ont tout détruit, tout cassé. Ce sont eux qui nous haïssent, et non pas nous qui les haïssons. Leur traducteur était quelqu’un de bien. Il a arrangé les choses de sorte que les femmes puissent rester dans une pièce à part pendant la fouille. » L’homme est appelé à entrer dans la cabine pour prendre la communication avec son frère. Un autre, très mince et habillé d’une veste à l’occidentale, intervient dans la discussion: « Les Soviétiques savaient se battre. Ils étaient très durs. Mais ils n’entraient pas dans les maisons durant la nuit comme les Américains. » Venu de Jalalabad, une ville de l’Est afghan à écrasante majorité pachtoune, il ne voit pas en quoi les arrangements signés pourraient améliorer la situation : « Dès que les Américains tuent quelqu’un, c’est tout un village ou tout une ville qui est contre eux. C’est comme ça. Les gens en ont marre ! » Quelque 90 000 soldats américains restent toujours déployés en Afghanistan. Leur nombre sera progressivement réduit après le retrait des forces coalisées d’Afghanistan en 2014.

L’homme à la tunique bleu pâle s’apprête à rentrer chez lui. Dieu merci, son frère va bien. Il a un avocat et, bientôt, il sera transféré vers une autre prison. « Le plus dur, c’était d’attendre à chaque fois quatre ou cinq mois pour avoir de ses nouvelles », dit-il. Cependant, il ignore encore de quelle manière sera dorénavant assuré leur contact, à supposer qu’il le sera. Ah oui ! Il y a encore quelque chose… Il s’appelle Saïd Q. En dari, son nom signifie « celui qui connaît le saint Coran par cœur ». Mais serait-il possible de ne pas le publier ? Les gens, au village, n’aimeraient pas apprendre que Saïd a parlé à des étrangers. À supposer qu’on s’arrache Causeur dans le Nangarhar…[/access]
 
*Photo : jeromestarkey. Prison de Tirin Kot (Afghanistan)

Roger Garaudy est mort ?

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Cet intellectuel communiste empreint de spiritualité s’est éteint le 13 juin à l’âge de 98 ans, si l’on en croit ce que dit la presse, après une vie bien remplie à essayer toutes sortes d’églises, catholiques, protestantes ou marxistes pour finir musulman converti et négationniste modéré. Sa thèse ne remet pas en cause la destruction des juifs d’Europe mais son ampleur et les moyens employés.

Sur la fin, dans une dérive antisioniste radicale que l’on a pu observer chez d’autres, Roger Garaudy connaît en publiant aux audacieuses éditions de la Vieille Taupe en 1996, Les mythes fondateurs de la politique israélienne, un succès qui le mènera lors d’une tournée triomphale en terre d’islam à se rapprocher des grands démocrates au pouvoir en Iran, en Syrie ou au Qatar. Séduit par la révolution iranienne et par son guide, il sut incarner cet esprit de paix et de tolérance que partagent les communistes, les musulmans et tous ceux qui savent se rassembler pour haïr la social-démocratie.

Les circonstances de sa mort sont inconnues mais ce ne sont que détails de cette histoire. Son décès est-il d’ailleurs avéré, confirmé et certifié ? Ce fait peut-il seulement être discuté ou doit-il être accepté comme une « vérité » révélée ? L’exigence d’honnêteté qui nous anime à Causeur nous interdit d’en rester là mais le respect dû aux morts supposés nous oblige à attendre quelques jours avant de demander à la famille de rouvrir le cercueil, au cas où son trépas, avec la complicité du lobby négationniste international (qui a la diabolique perversité de faire croire qu’il n’existe pas) n’aurait pas été un peu exagéré.

La burqa, ce sera sans moi !

Tout le monde n’a pas la chance d’être Français ou Grec et de pouvoir donner son avis sur le cours des choses au moyen d’un bulletin de vote.
Le Mali va mal, comme un excellent éditorial du Monde le rappelait le 4 juin. Au nord, des alliances entre indépendantistes touareg et islamistes menacent la cohésion nationale. Mais quand les femmes de Kidal manifestent pour leur liberté, les barbus n’ont qu’à bien se tenir.

Selon Le Républicain, quotidien malien, environ trois cents femmes qui souhaitaient rejoindre plusieurs centaines de jeunes manifestant contre les djihadistes d’Aqmi et les salafistes d’Ansar-Eddine ont failli en être dissuadées par une « police islamique » s’imaginant que leur mâle courroux et leur pratique du coup de bâton les intimiderait. Mal en prit aux barbus de les frapper : telles des David contre Goliath, elles les ont lardés de coups de pierres et ne s’en sont pas tenues à ces faits de bravoure : dénonçant les violences, les voiles et les burqas, elles se sont prononcées contre la charia.

« Ils nous demandent de nous voiler, de porter leur truc-là ; on ne va pas baisser la tête pour eux », a témoigné l’une d’entre elles.
« Les femmes manifestent pour leur liberté ; elles sont fatiguées », a déclaré Nina Wallet, figure du Mouvement national de libération de l’Azawad, « Elles ne peuvent plus marcher dehors ; elles ne peuvent plus travailler ; elles ne peuvent plus se rencontrer et faire la fête ».

Faire la fête aux gendarmes coraniques, à la façon des mégères de Brive-la-Gaillarde immortalisées par Brassens, à ceci près qu’elles ont risqué leur vie, ça s’arrose ! Yes, les courageuses touareg they can : les tortionnaires ont pris la poudre d’escampette. En signe de victoire, les jeunes ont transgressé la loi islamique en fumant des clopes dans les rues et les femmes ont tombé le voile.

Les « féministes » françaises qui défendent la tenue intégrale islamiquement correcte au nom des libertés feraient bien de s’en inspirer.
 
*Photo : Newtown grafitti

Le projet secret de Bercy de tuer le mécénat

Qui a, comme ces courageux lycéens qui affrontent l’impitoyable semaine du baccalauréat, tenté de comprendre le mécanisme philosophique qui oppose nature et culture se souviendra de la classique citation d’Édouard Herriot qu’il fait bon de mentionner en début de devoir : « La culture, c’est ce qui reste quand on a tout oublié ». Mais si la culture générale subsiste à l’amnésie, il en va tout autrement de la culture patrimoniale. Et beaucoup de nos joyaux seraient condamnés à l’amnésie générale, s’il n’y avait quelques généreux mécènes pour leur offrir des promesses d’éternité malgré l’effroyable poursuite du temps.

Longtemps, l’Etat fut aux commandes de la culture et arrosait cet héritage de ses liquidités, tant celle-ci a donné à la France le rayonnement international qu’on lui connaît. Dans un pays marqué par le colbertisme, quoi de plus normal que de faire de la culture une prérogative régalienne mais surtout un instrument d’hégémonie– selon la théorie développée par Antonio Gramsci selon laquelle la culture constitue l’emprise idéale sur l’idéologie – pour asseoir la domination de tel ou tel parti politique ? Mais à l’heure de la crise, avec des finances publiques en berne, il est devenu difficile, voire impossible pour l’Etat de persévérer dans son rôle de vache à lait des arts, des lettres, des systèmes de valeurs et des traditions.

Cette désaffection de l’Etat serait regrettable si aucun système de financement alternatif ne pouvait y suppléer. Or, les entreprises ont repris le flambeau allumé bien des siècles plus tôt par Caius Cilnius Mæcenas, ce romain qui fut l’un des premiers à se poser en protecteur privé des arts et des lettres. Et c’est soutenues par l’octroi d’un régime fiscal avantageux qu’elles se sont retrouvées à financer ce qui relevait originellement d’une responsabilité quasi-étatique. S’il ne faut pas nier les avantages pécuniaires et honorifiques qu’en retirent lesdites sociétés, il reste que sans leur providentiel appui, la culture se réduirait comme une peau de chagrin.

Dernièrement, le groupe Wendel est venu soutenir le projet du Centre Pompidou à Metz en déboursant un million et demi d’euros sur cinq ans. En 2003, la galerie des glaces du château de Versailles refaisait peau neuve grâce à une convention de dix millions d’euros sur cinq ans signée avec le groupe Vinci. Ce mécénat avait l’originalité de privilégier la compétence en accordant la conduite des travaux de restauration aux ouvriers et artisans du groupe Vinci.

Il y a une semaine, le journal Libération dévoilait pourtant le plan de rabotage des avantages fiscaux pour la culture et le monde associatif préparé par Bercy, qui prévoit notamment de réduire de moitié l’abattement fiscal proposé aux entreprises pour leur action de mécénat (de 60 à 30 % du montant du don).

Or, cet avantage fiscal créé en 2003 a permis de multiplier le mécénat par cinq avec 40 000 entreprises mécènes en France en 2011 pour un budget d’environ 1,9 milliard d’euros. La ministre de la culture Aurélie Filippetti n’a d’ailleurs pas manqué de marquer son opposition au projet de Bercy, arguant que l’Etat ne pouvait se passer de l’apport du mécénat. Toujours dans Libération, elle affirmait : « Je souscris pleinement à l’engagement de François Hollande de réformer notre système fiscal pour le rendre plus juste. En revanche, je trouve que la réforme proposée du mécénat n’est pas, en soi, un vecteur d’équité. A travers les dons de leurs entreprises, les salariés aussi s’engagent pour le patrimoine et la création, comme ils le font, souvent, par des dons individuels. C’est une forme de citoyenneté culturelle à laquelle je suis très attachée. »

La décision de priver l’art du soutien des mécènes en rabotant les niches fiscales doit évidemment être débattue. Et pas seulement entre Bercy et la rue de Valois. La survie de la culture est bel et bien en jeu. Car jamais elle ne s’hérite, ainsi que le scandait le grand Malraux dans son… Hommage à la Grèce !
 
*Photo : Fensismensi

Olivier Ferrand : le patron de Terra Nova élu grâce au Front National ?

Comme je l’écrivais ce matin, Olivier Ferrand, la tête pensante de Terra Nova, a remporté de haute lutte la triangulaire qui l’opposait à l’UMP Nicolas Isnard (40.5% des votants contre 39.9% soit 318 voix d’écart)… et au FN Gérald Gérin (19.6%).

Autrement dit, le total des voix dites de droite frisant les 60%, Olivier Ferrand ne doit son élection dans la 8e circonscription des Bouches-du-Rhône qu’au maintien du candidat frontiste aux dépens de son rival UMP arrivé en seconde position.

Voilà qui invalide durement, au moins à l’échelle locale, la dernière note de Terra Nova, glose laïque sur la constitution d’un grand « parti patriote UMPFN » contre lequel le progressisme degauche devrait se lever. Avec comme intellectuels organiques Michel Houellebecq, Alain Finkielkraut, Elisabeth Lévy ou Eric Zemmour, ce nouvel axe dextriste rappellerait de sinistre mémoire la convergence UDF-RPR-FN prônée par le Club de l’Horloge dans les années 1980.

Pour le plaisir, citons en vrac quelques pépites de ladite note :

« D’autres liens humains se tissent, dans le sud-est de la France, autour de la « Nostalgérie ». Les électeurs FN d’origine pied-noire (sic) y sont « fixés » politiquement par des maires de droite qui ont entretenu le souvenir de l’Algérie française : Jacques Médecin à Nice, Paul Alduy à Perpignan, Maurice Arreckx à Toulon… Cette réalité politique explique d’ailleurs l’insistance de la droite sur les politiques mémorielles, autour du passé colonial français et, singulièrement, de l’histoire des rapatriés. »

Où l’on apprend que le regretté Georges Frêche réélu président de la région Languedoc-Roussillon en 2010, au son du Chant des Africains, émargeait donc à l’UMP ou au FN, alors même qu’il plaidait jusqu’à sa mort pour une alliance PS-MoDem… à l’instar d’un certain Olivier Ferrand.

Manque de pot, alors que le chef de la Droite Populaire Thierry Mariani – pourtant occupé par sa campagne en Asie- s’était déplacé en personne pour venir soutenir son poulain Nicolas Isnard contre le FN, Terra Nova désigne la DP comme l’un des « ponts institutionnels vers le parti patriote » épousant de vilaines valeurs droitières.

Last but not least, un ensemble de recommandations constitue le vademecum terra-noviste : « Sortir de la crise économique ; garantir la pérennité de la sécurité sociale, en y incluant la sécurité des biens et des personnes ; promouvoir la République exemplaire : telles sont les voies progressistes pour repousser la nouvelle droite UMPFN. Et éviter la gangrène de la République par des valeurs de haine. »

Sur le terrain, ces belles intentions que, soyez-en sûrs, Olivier Ferrand ne manquera pas de défendre ces cinq prochaines années à l’Assemblée, ont surtout prospéré grâce à l’explosion de l’hydre bicéphale UMPFN que Terra Nova comptait affronter la fleur au fusil. Bref, Ferrand dit ce qu’il fait, mais ne fait pas toujours ce qu’il dit…

Ségolène Royal et Claude Guéant, destins croisés

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On pourrait croire que tout sépare la volcanique Ségolène Royal et l’arctique Claude Guéant. Sauf que comme disait, selon James Ellroy, Thelma « Pat » Ryan, épouse Nixon, « La politique vous donne d’étranges compagnons de lit »[1. Très populaire aux USA, cette citation (Politics makes strange bedfellows) y est attribuée à un nombre incalculable d’auteurs. Il va de soi que chez Marc Cohen, seule la version de James Ellroy fait autorité.].

Et on ne pourra qu’être épaté par le destin commun de Claude et Ségolène, tous deux autoparachutés sur des dropzones imperdables pour leurs camps et tous deux éliminés par des dissidents issus de leurs propres partis.

Mais ce parallélisme intégral ne s’arrête pas ici : les déclarations d’après scrutin de l’écrabouillée de La Rochelle et du battu-de-justesse de Boulogne-Billancourt pourraient laisser croire que leur speechs rageurs ont été écrits par le même conseiller en communication (traduisez nègre », of course, mais évitez de le faire en public, les lois volent bas, ces temps-ci).

Pas besoin d’avoir rédigé une thèse d’état en linguistique comparée pour se fendre la poire, l’exercice relève plutôt du jeu des 7 erreurs dans Pif-Gadget.

Voilà ce qu’a déclaré Ségolène à 19h50 (Hou, hou, la tricheuse !) : « Le candidat qui vient d’être élu avec le soutien de l’UMP a permis à la droite de réussir son tir de barrage contre la candidate de la gauche et ce soir c’est un député de droite qui est élu puisqu’il recueille 75% des voix de la droite et 25% des voix de la gauche.» Pour elle, « ce résultat est le résultat d’une trahison politique ». Heureusement que la campagne n’a pas duré un jour de plus, sans quoi Ségo aurait sans doute accusé Olivier Falorni d’avoir partie liée avec Bachar Al-Assad et Marc Dutroux.

Quant à l’ancien ministre de l’Intérieur, il s’est, lui, déclaré « déçu » sur BFMTV, avant de dénoncer aussitôt son ex-camarade de l’UMP Thierry Solère pour avoir utilisé dans ce combat « un certain nombre de procédés peu républicains ». Avant de conclure à la mode rochelaise : « Je déplore également qu’il se satisfasse si aisément d’être élu ce soir avec les voix de la gauche…puisque le potentiel de gauche au premier tour était de 28 % et que Martine Even (PS) n’a que 21 % ce soir ». Heureusement pour M. Solère que Claude Guéant n’est plus ministre, on en a envoyé à Cayenne pour moins que ça.

Pour les amateurs extrémistes de points communs tirés par les cheveux, on pourra noter qu’aucun de nos deux battus n’a pleuré en public hier soir et que ni l’une ni l’autre n’a attribué la responsabilité de sa défaite à Gérald Dahan[2. Qui par ailleurs, il faut que ce soit dit, est vraiment un très gros… (mettez ici votre insulte favorite)].

*Photo : Mathieu Barbot

Législatives : le blues du second tour

J’ai voté radical de gauche pour ce second tour des élections législatives. Décidément, je vieillis. J’aurais tellement préféré voter gauche radicale que radical de gauche, comme les Grecs qui ont voté, apparemment pas en assez grand nombre, pour Syriza. Mais je n’avais plus trop le choix. Je suis inscrit dans la 9ème circonscription du Nord. Elle couvre la ville de Marcq-en-Baroeul, qui est une sorte de Neuilly de la métropole lilloise, à laquelle s’ajoutent quelques quartiers populaires de Tourcoing et deux ou trois rues de Lille plus mixtes socialement. Une circonscription toute neuve, retaillée par le rusé sarkozyste Alain Marleix pour couvrir en partie ce qu’on appelle chez nous le triangle BMW (Bondues-Marcq-Wasquehal) où l’on trouve un des records de France d’habitants assujettis à l’ISF et de piscines couvertes dans les maisons particulières. Autant dire que même en cas de vraie vague rose, rouge ou verte, s’il restait dix ou douze députés de droite, comme il y en a ce matin dix du FDG malgré les 11% de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle et les 7% obtenus au premier tour des législatives[1. Oui, je sais, c’est encore pire pour le FN.], la neuvième circonscription du Nord resterait indéfectiblement UMP.
La première surprise, dans cette circonscription, c’est qu’il y ait eu besoin d’un deuxième tour pour faire réélire Bernard Gérard, le maire de Marcq. Ce qui indique bien que la droite n’était vraiment pas en grande forme. Second motif d’étonnement, le FDG a réussi à dépasser de quelques décimales les 5%, histoire de pouvoir se faire rembourser la campagne.

Pour ce second tour inattendu, les copains du FDG se divisaient d’ailleurs en trois tendances : il y avait ceux qui ne voulaient pas se déranger, ceux qui voulaient voter blanc et ceux qui souhaitaient voter pour le radical de gauche, Jacques Mutez. Pas spécialement par discipline républicaine mais pour influer sur les estimations nationales du rapport de force global des voix de gauche et des voix de droite. Vous aurez compris que je faisais partie de la troisième tendance. Tout de même, voter radical de gauche, moi … Ça me rappelait mes premiers souvenirs politiques. Le programme commun qui explose en 1977 après des réunions houleuses entre Mitterrand, Marchais et l’élégant Robert Fabre, le « pharmacien de Villefranche de Rouergue ». Je n’avais que treize ans mais à la maison on parlait tout le temps politique. Je me souviens même qu’à l’époque, les radicaux de gauche, c’était le MRG. On les tenait pour les grands responsables de l’échec aux législatives de 78. Le PCF y décrocherait le meilleur score de son histoire sous la Vème république[2. 86 députés… Sic transit gloria mundi.] mais la droite resterait majoritaire. A cause des radicaux de gauche qui s’étaient dégonflés au dernier moment, rapport aux nationalisations. Ils trouvaient qu’il y en avait trop de prévues. C’est fou de se dire qu’il y eut une époque où la gauche discutait de ce qu’il fallait nationaliser ou pas.

Maintenant, elle discute plutôt de ce qu’il faut privatiser ou pas. C’est qu’elle est devenue tellement responsable et gestionnaire, la gauche. Décidément, je me demande pourquoi la droite a peur de cette gauche « avec tous les pouvoirs » puisque le seul vrai pouvoir, en Europe, c’est celui de la troïka qui dicte sa loi aux Grecs, aux Italiens, aux Portugais et aux Espagnols. La gauche française (enfin le PS) fera ce qu’on lui dira de faire et j’attends toujours que l’on m’explique la différence entre une austérité de droite et une austérité de gauche. La une du Monde, datée de dimanche-lundi ne s’y trompe pas, avec sa question merveilleusement fermée : « Et maintenant, quelle rigueur prépare la gauche ? »

Mais bon, j’ai voté radical de gauche. Juste avant, j’ai tout de même regardé les deux professions de foi. Ce qui va suivre ne va pas plaire à mes amis néoréacs mais les deux candidats se ressemblaient physiquement de manière étrange. La soixantaine et une légère surcharge pondérale. A croire qu’il vaut mieux être blanc, homme, CSP+ et probablement hétérosexuel pour entrer à l’Assemblée nationale. Je n’ai pas le culte du jeunisme ou de la diversité, mais tout de même, là, c’était flagrant. A moins que finalement, ces candidats ressemblent à la France de 2012 et me ressemblent aussi, par la même occasion. Jusque dans la légère surcharge pondérale. Ca m’a fichu un coup de vieux, pour tout dire.

Pour finir le tableau, ils avaient chacun une suppléante BCBG, histoire de respecter la parité. Elles étaient légèrement en retrait sur la photo. « Comment dit-on femme en politique ? On dit suppléante. » La formule n’est pas de moi mais de Cécile Duflot qui aura eu au moins un bon mot dans sa carrière politique et qui, hier soir, était toute heureuse d’annoncer que pour la première fois, les Verts auraient un groupe à l’Assemblée Nationale. Nous on n’a peut-être que dix députés mais on ne les doit qu’à nous-mêmes. Tandis que les écolos seraient bien incapables d’en faire élire un sans un accord avec le PS qui ne présente personne en face d’eux.

Un peu comme les radicaux de gauche. Pour qui j’ai voté. Comme quoi, parfois, c’est dur d’être de gauche. Même quand la gauche gagne.

*Photo : Dunechaser

Des législatives sans le peuple

D’abord, les grands blessés – on ne meurt jamais en politique. A droite, Nadine Morano, Valérie Rosso-Debord, Claude Guéant, ou encore Michèle Alliot-Marie paient le fait majoritaire qui a normalement suivi l’élection de François Hollande.
Au centre, c’est-à-dire au milieu de nulle part, François Bayrou paie cash son vote du second tour de la présidentielle, étant de toute évidence la victime collatérale de la guéguerre Hollande-Aubry qui vient de commencer au PS. L’appareil socialiste dominé par les aubrystes ne lui a fait aucun cadeau, là où les Moscovici et consorts appelaient au retour d’ascenseur dans sa circonscription du Béarn.
A gauche, Ségolène Royal se prend les pieds dans son parachute rochelais (37% contre 63% à Olivier Falorni, son adversaire socialiste désigné par les militants locaux et officiellement promis à la vindicte de Solferino) et inaugure une liste des pendus qui va de Jack Lang – malencontreusement passé de la place des Vosges aux Vosges[1. Rendons la paternité de ce trait d’esprit à François Miclo.] à la moitié des élus Front de gauche.

Du côté du FN, à une centaine de voix près, Hénin-Beaumont a frôlé le ras-de-Marine tandis que Marion Le Pen-Maréchal profite du maintien de la candidate socialiste – contre l’avis de son propre parti- pour remporter haut la main la circonscription vauclusienne de Carpentras. En devenant à seulement 22 ans la plus jeune députée de la République, la petite-fille du pater familias frontiste s’expose aux jeux de mots nauséabonds sur son nom (« la voilà »…) dont se repaissent les antifas peu inspirés, voire aux allusions carrément machistes à son physique avantageux. Non loin de là, dans le Gard, l’avocat pasquaïen Gilbert Collard se réjouit déjà de pouvoir jouer les « casse-couilles » (sic) à l’Assemblée. Au-delà de ces vétilles, si l’on ajoute l’élection triomphale de l’ancien frontiste Jacques Bompard dans le Vaucluse, cela fait trois représentants de la droite nationale au Palais Bourbon, tous élus dans un pré carré méridional en décalage avec le nouvel épicentre nordiste du FN.

Mais laissons là les contingences personnelles. Certes, les gazettes « peoples » se gausseront des mésaventures de Ségolène Royal et les journaux plus sérieux noteront que tous les membres du gouvernement ont été élus à une large majorité, y compris dans des circonscriptions historiquement acquises à la droite (Filippetti en Moselle, Hamon dans les Yvelines, Carlotti à Marseille, Le Foll dans l’ancien fief sarthois de Fillon…). Toujours est-il que le Parti Socialiste a conquis la majorité absolue des sièges dans un contexte d’abstention massive, que les Verts obtiennent 19 fauteuils en validant la stratégie de poisson-pilote du PS brillamment élaborée par Jean-Vincent Placé et que les radicaux de gauche confirment leur survie à l’état de vieillerie parlementaire en atteignant le seuil minimal de 15 élus nécessaire à la constitution d’un groupe.

Avant de conjecturer sur le pourquoi du comment du sort des uns et des autres, retenons ce chiffre que nous n’entendrons – hélas – pas à longueur de J.T : l’abstention concerne 60% des personnes vivant dans un foyer dont le revenu est inférieur à 1200 € par mois mais seulement 39% des familles aux revenus dépassant les 4500 euros mensuels[2. Sondage Ipsos.]. Pas besoin de s’appeler Pierre Bourdieu pour comprendre de quoi il en retourne : les pauvres boudent très massivement les urnes tandis que les nantis, que François Hollande est censé vouer aux gémonies, ont garanti un plébiscite factice au PS. Cet état de fait médiatiquement occulté ne paraît pas gêner outre mesure les pontes socialistes qui paradaient hier soir sur toutes les chaînes d’information, Harlem Désir décrochant d’ailleurs la palme de la fausse modestie teintée d’arrogance.

Il est sans doute prématuré de conclure quoi que ce soit de ce scrutin. A ceux qui accusent la fameuse stratégie Buisson d’inefficacité en se félicitant de la réélection ric-rac de NKM à Longjumeau, on rétorquera que nous sommes bel et bien dans un cas d’espèce terra-novien. J’en veux pour preuve le combat héroïque d’Olivier Ferrand dans les Bouches-du-Rhône, qui sort vivant et vainqueur de sa triangulaire avec l’UMP et le Front National après avoir appelé les masses multiculturelles au sursaut républicain. A l’autre extrémité du TGV Méditerranée, la déroute de Claude Guéant à Boulogne-Billancourt au bénéfice du local de l’étape Thierry Solère n’a que peu à voir avec les admonestations de RESF…et c’est exagérer les talents comiques de Gérald Dahan que de lui attribuer la responsabilité du revers de Nadine Morano à Toul, ses propos « off » n’ayant pas de quoi fouetter un chat, même à Beyrouth. Un cas d’école terra-novien que ces législatives donc, puisque le niveau inégalé d’abstention surdétermine le poids des votants, souvent socialement et économiquement « intégrés », autant dire naturellement ouverts à la mondialisation. Force est ainsi de constater que ces élections se firent formellement par et pour le peuple… mais sans lui.

Campagne dernière

Ah ça, il y a des moments où l’on est fier d’être démocrate. C’est vrai, quoi : souvent on se prend à douter – est-ce que le suffrage universel est bien un mode de gouvernement à hauteur des enjeux de l’heure, est-ce que nos élus, si brillants soient-ils, sont bien armés pour affronter la mondialisation, la récession, la déferlante migratoire, le déclin démographique, la crise identitaire de l’Occident, la perte de la transmission, la montée d’un islam rétif à notre bonne vieille laïcité ? Est-ce que la République est bonne à autre chose qu’à nourrir des déclarations incantatoires de préau d’école laïque, gratuite et plus ou moins obligatoire ?

Et puis, arrive le moment décisif, l’heure de vérité, le temps béni de la démocratie : la période électorale. Alors, enfin, cessent les doutes pour laisser place à l’irremplaçable évidence : oui, la démocratie est bien cet espace béni où les vraies questions sont abordées à bras le corps par des élus compétents et dévoués, pétris de cette éthique de responsabilité sans laquelle il n’est point de chose publique, le temps privilégié où les vaines querelles s’effacent devant la féconde confrontation des idées, au service exclusif du bien commun.

Cette campagne législative qui vient de s’achever n’a pas failli à la règle, et spécialement cet entre-deux tours si nourrissant pour la philosophie politique. Pendant une semaine entière, en effet, le débat démocratique le plus élevé a empli les moindres gazettes, et l’électeur le plus blasé, le cynique le plus affermi, l’abstentionniste le plus crasse n’auront pas manqué d’être saisis de vertige métaphysique par les trois sujets cruciaux qui ont dominé l’actualité politique : le tweet d’une concubine jalouse, le canular téléphonique d’un amuseur public, une affichette collée sur la porte d’un domicile privé, auront, sept jours durant, nourri toutes les joutes verbales, monopolisé tous les commentaires, retenu l’attention des plus fins analystes.

Le peuple peut continuer à dormir tranquille, la République et ses élus s’occupent bel et bien de son destin, et de quelle éclatante manière…

Les Verts dans le fromage

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On ne voit, on n’entend qu’elle : d’ailleurs, est-ce elle ou sa réplique, son double, sa copie qu’on aperçoit ici, qui s’exprime là, apostrophe un peu plus loin, avec toujours ce même air de béatitude, ce sourire de ministre satisfait ? Cécile Duflot est douée d’ubiquité. Comme son parti, EELV, elle croît peu, mais elle se multiplie.

Alors, les Verts, combien de divisions ? En pourcentage de voix populaires, 2,31% à l’élection présidentielle, 3,60% au second tour des législatives, mais, grâce à Mme Aubry (qui feignait d’être profondément affectée par la défaite de Ségolène Royal) et à l’habileté manœuvrière de M. Placé, dix-huit élus !

On comprend l’air réjoui de Mme Duflot, et la mine ravie de l’ineffable Denis Baupin (l’amer Vert) sur tous les plateaux où, hier, ils manifestaient leur petit contentement. Les amis de Cécile et de Denis formeront un groupe, avec tous les avantages que cela implique : des bureaux, des salles de réunion, des chargés de mission, des postes d’influence au bureau de l’Assemblée, dans les commissions… Bref, une « visibilité » et des moyens considérablement accrus pour ces chlorophylliens procéduriers, auquel je ne reconnais, pour ma part, que la capacité de nuire à la vie quotidienne des Parisiens.

C’est tout de même inespéré pour un parti de politiciens d’anecdote, dont l’électorat tiendrait dans une bergerie !

Aux portes du Guantanamo afghan

1

Nous sommes une vingtaine dans le container. Et nous attendons. Sur la table, il ne reste que quelques miettes de gâteaux secs et un thermos de thé froid depuis longtemps. Grignoter fait passer le temps. Or, à presque 11 heures, il n’y a toujours pas eu d’appel de Bagram et personne ne sait quand le téléphone sonnera. Transformé en salle d’attente, le container occupe un coin de l’arrière-cour du vaste complexe du CICR (Comité de la Croix-Rouge internationale) à Kaboul. Certains jours, des hommes s’y pressent. Parmi eux, certains ont voyagé depuis plusieurs jours pour venir et sont impatients de rentrer. Les sièges du CICR à Kaboul et à Kandahar sont en effet les seuls endroits où les familles peuvent entrer en contact avec leurs proches, détenus par les Américains dans la prison de Bagram.[access capability= »lire_inedits »]

Le très jeune traducteur gracieusement mis à ma disposition par les responsables du programme fait une brève présentation : « Voici une journaliste qui vient de France. » Les hommes échangent des regards en silence et s’efforcent de m’ignorer. Il faut plusieurs minutes avant que le premier ne se décide à répondre à mes questions. Vêtu de la tunique traditionnelle bleu pâle, il se dit inquiet pour ses proches restés au village. Il vient de Nangarhar, province frontalière du Pakistan, célèbre pour ses oranges amères, la douceur de son climat ainsi que ses tournois de cricket. C’est également dans cette province qu’une bavure de l’armée américaine a coûté la vie à 47 civils quand, en 2008, trois bombes se sont abattues sur un cortège nuptial tuant femmes − dont la future mariée − et enfants. L’homme s’est débrouillé pour mettre sa famille en sécurité, mais peut-on encore faire confiance à quiconque dans ce pays ? Ainsi, chaque fois qu’il part pour Kaboul, il est tiraillé entre la joie et l’angoisse, entre l’espoir d’avoir des nouvelles rassurantes de son frère emprisonné depuis quatorze mois et la crainte de retrouver la maison pillée à son retour.

Située dans la province de Parwan, à une soixantaine de kilomètres au nord de Kaboul, à proximité de la base militaire de Bagram, la prison a été aménagée par les Américains dans des hangars construits par les Soviétiques. Aujourd’hui, quelques 3000 détenus y croupissent, accusés d’actes terroristes contre les forces de l’OTAN, de participation aux réseaux d’Al-Qaida ou d’aide aux insurgés. Le CICR, seul organisme autorisé par les Américains à avoir accès aux prisonniers, assure et gère également les contacts entre eux et leurs familles, éparpillées dans tout l’Afghanistan. Convention de Genève oblige, les Américains accordent aux détenus un appel et une visite de vingt minutes tous les quatre ou cinq mois. Quatre fois par semaine, cent familles sont ainsi emmenées par bus spéciaux de Kaboul à Bagram pour voir leurs proches. « Notre objectif est d’augmenter la fréquence des visites à une tous les deux mois, explique Jessica Barry, responsable de la communication du CICR en Afghanistan. Nous avons mené des négociations avec les Américains. Ils nous connaissent d’Irak et de Guantanamo. Ils nous font confiance. » En revanche, pas question d’autoriser les journalistes dans le convoi et encore moins de les laisser assister aux tête-à-tête dans l’enceinte de la prison. Le sujet est trop sensible. Tout ce que je suis parvenue à obtenir, c’est de partager l’attente des proches avant qu’ils n’aient les prisonniers au bout du fil.

Surnommée le « Guantanamo afghan », la prison de Bagram est une source permanente de tensions entre les autorités militaires américaines et le président Karzaï. Le 5 janvier, évoquant notamment des violations des droits de l’homme, celui-ci a fini par ordonner qu’elle passe sous le contrôle de son gouvernement. Impossible de savoir ce qu’en pense le CICR, Jessica Barry se refusant à tout commentaire à ce propos : « Si nous sommes les seuls à pouvoir y aller, c’est justement en raison du fait que nos rapports sur la situation dans la prison restent confidentiels. » C’est ce donnant-donnant qui permet au CICR de travailler sous tous les régimes : ses membres ont accès aux prisonniers, moyennant quoi ils ne divulguent aucune information sur les conditions de détention. L’homme à la tunique bleu pâle n’a même pas abordé le sujet avec son frère. « Il n’en parle jamais. Probablement qu’il ne peut pas en parler », résume-t-il. Son frère enseignait les mathématiques. Lorsque les Américains ont trouvé des IED[1. IED (Improvised Explosive Device) : engin explosif improvisé.] aux abords de la route qui traversait son village, ils l’ont embarqué avec tous les habitants masculins en âge de porter une arme. Les autres occupants du container s’invitent dans la conversation. « Il n’y a pas de tribunal, là-bas ! Et pas d’interrogatoires non plus ! Dès qu’il y a un attentat quelque part, les Américains arrêtent tout le monde sans se poser de questions. Mon frère était un simple étudiant en religion. Ils l’ont emmené uniquement à cause de ça ! », vocifère un gros à la barbe rousse, originaire de la province de Khost.

J’ai dit « Welcome ! » aux Américains

Le 9 mars, le ministère des Affaires étrangères afghan a convié tous les journalistes présents à Kaboul à la cérémonie de signature du « Memorandum of Understanding », qui scelle l’accord prévoyant une « passation de pouvoir » à Bagram dans les six mois. Toutefois, aussi longtemps que des soldats américains se trouveront sur le sol afghan, les Américains conserveront un droit de regard sur la libération des détenus. Le commandant de la force de l’OTAN (ISAF) et des troupes américaines en Afghanistan, le général John Allen, a serré la main au ministre afghan de la Défense, le général Abdul Rahim Wardak qui, pour sa part, a salué « un pas important dans le renforcement de la souveraineté nationale afghane ». La suite des événements se passe de commentaires.

À Bagram, des soldats américains ont brûlé des exemplaires du Coran, suspectant qu’ils auraient servi à transmettre des messages entre les prisonniers. À Kaboul, deux Américains travaillant au ministère de l’Intérieur y ont été tués et, dans tout le pays, des manifestations ont éclaté, faisant plusieurs morts. « Il vaut mieux que les étrangers s’en aillent », dit l’homme à la barbe rousse. Pour lui, comme pour beaucoup d’Afghans qui n’ont profité d’aucune aide des forces coalisées, la situation sécuritaire du pays est bien pire qu’au début de l’intervention de l’OTAN. « D’un côté il y a les talibans et de l’autre les soldats américains. Pour nous, les simples gens, c’est du pareil au même ! », conclut-il. Son voisin lève le doigt avant de l’interrompre: « Les étrangers n’ont construit les routes que là où ils passent fréquemment, entre une base et une autre. Ailleurs, rien n’a changé. Il faut qu’on se débrouille. Eh bien, on va se débrouiller ! On a battu les Soviétiques sans l’aide de quiconque. Et à l’époque il n’y avait même pas l’ANA[2. ANA (Afghan National Army) : Armée nationale afghane.] ! Maintenant on a notre propre armée ! » L’apparition d’un employé de la Croix-Rouge interrompt la discussion. Bagram a appelé. Deux hommes sont invités à entrer dans les cabines isolées d’où ils communiqueront avec leurs proches. Qui, sinon les « étrangers », aurait financé la formation et l’équipement de l’ANA ? La question restera sans réponse.

L’accord sur Bagram est présenté comme une étape importante dans le partenariat stratégique qui doit définir les termes de la présence américaine en Afghanistan après 2014. Les Américains auraient bien aimé conclure l’affaire avant le sommet de l’OTAN prévu en mai à Chicago. Les Afghans n’y voient pas d’inconvénient à la condition qu’une autre demande du président Karzaï soit satisfaite : la fin des raids nocturnes dans les habitations. Dénoncée depuis des années, cette pratique, en plus d’être traumatisante pour la population civile, paraît surtout contre-productive. « Quand les Américains sont entrés dans la maison pour chercher mon frère, je leur ai dit le seul mot que je connaissais en anglais : « Welcome ! », raconte l’homme en tunique bleu pâle. Mais ils ont tout détruit, tout cassé. Ce sont eux qui nous haïssent, et non pas nous qui les haïssons. Leur traducteur était quelqu’un de bien. Il a arrangé les choses de sorte que les femmes puissent rester dans une pièce à part pendant la fouille. » L’homme est appelé à entrer dans la cabine pour prendre la communication avec son frère. Un autre, très mince et habillé d’une veste à l’occidentale, intervient dans la discussion: « Les Soviétiques savaient se battre. Ils étaient très durs. Mais ils n’entraient pas dans les maisons durant la nuit comme les Américains. » Venu de Jalalabad, une ville de l’Est afghan à écrasante majorité pachtoune, il ne voit pas en quoi les arrangements signés pourraient améliorer la situation : « Dès que les Américains tuent quelqu’un, c’est tout un village ou tout une ville qui est contre eux. C’est comme ça. Les gens en ont marre ! » Quelque 90 000 soldats américains restent toujours déployés en Afghanistan. Leur nombre sera progressivement réduit après le retrait des forces coalisées d’Afghanistan en 2014.

L’homme à la tunique bleu pâle s’apprête à rentrer chez lui. Dieu merci, son frère va bien. Il a un avocat et, bientôt, il sera transféré vers une autre prison. « Le plus dur, c’était d’attendre à chaque fois quatre ou cinq mois pour avoir de ses nouvelles », dit-il. Cependant, il ignore encore de quelle manière sera dorénavant assuré leur contact, à supposer qu’il le sera. Ah oui ! Il y a encore quelque chose… Il s’appelle Saïd Q. En dari, son nom signifie « celui qui connaît le saint Coran par cœur ». Mais serait-il possible de ne pas le publier ? Les gens, au village, n’aimeraient pas apprendre que Saïd a parlé à des étrangers. À supposer qu’on s’arrache Causeur dans le Nangarhar…[/access]
 
*Photo : jeromestarkey. Prison de Tirin Kot (Afghanistan)

Roger Garaudy est mort ?

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Cet intellectuel communiste empreint de spiritualité s’est éteint le 13 juin à l’âge de 98 ans, si l’on en croit ce que dit la presse, après une vie bien remplie à essayer toutes sortes d’églises, catholiques, protestantes ou marxistes pour finir musulman converti et négationniste modéré. Sa thèse ne remet pas en cause la destruction des juifs d’Europe mais son ampleur et les moyens employés.

Sur la fin, dans une dérive antisioniste radicale que l’on a pu observer chez d’autres, Roger Garaudy connaît en publiant aux audacieuses éditions de la Vieille Taupe en 1996, Les mythes fondateurs de la politique israélienne, un succès qui le mènera lors d’une tournée triomphale en terre d’islam à se rapprocher des grands démocrates au pouvoir en Iran, en Syrie ou au Qatar. Séduit par la révolution iranienne et par son guide, il sut incarner cet esprit de paix et de tolérance que partagent les communistes, les musulmans et tous ceux qui savent se rassembler pour haïr la social-démocratie.

Les circonstances de sa mort sont inconnues mais ce ne sont que détails de cette histoire. Son décès est-il d’ailleurs avéré, confirmé et certifié ? Ce fait peut-il seulement être discuté ou doit-il être accepté comme une « vérité » révélée ? L’exigence d’honnêteté qui nous anime à Causeur nous interdit d’en rester là mais le respect dû aux morts supposés nous oblige à attendre quelques jours avant de demander à la famille de rouvrir le cercueil, au cas où son trépas, avec la complicité du lobby négationniste international (qui a la diabolique perversité de faire croire qu’il n’existe pas) n’aurait pas été un peu exagéré.

La burqa, ce sera sans moi !

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Tout le monde n’a pas la chance d’être Français ou Grec et de pouvoir donner son avis sur le cours des choses au moyen d’un bulletin de vote.
Le Mali va mal, comme un excellent éditorial du Monde le rappelait le 4 juin. Au nord, des alliances entre indépendantistes touareg et islamistes menacent la cohésion nationale. Mais quand les femmes de Kidal manifestent pour leur liberté, les barbus n’ont qu’à bien se tenir.

Selon Le Républicain, quotidien malien, environ trois cents femmes qui souhaitaient rejoindre plusieurs centaines de jeunes manifestant contre les djihadistes d’Aqmi et les salafistes d’Ansar-Eddine ont failli en être dissuadées par une « police islamique » s’imaginant que leur mâle courroux et leur pratique du coup de bâton les intimiderait. Mal en prit aux barbus de les frapper : telles des David contre Goliath, elles les ont lardés de coups de pierres et ne s’en sont pas tenues à ces faits de bravoure : dénonçant les violences, les voiles et les burqas, elles se sont prononcées contre la charia.

« Ils nous demandent de nous voiler, de porter leur truc-là ; on ne va pas baisser la tête pour eux », a témoigné l’une d’entre elles.
« Les femmes manifestent pour leur liberté ; elles sont fatiguées », a déclaré Nina Wallet, figure du Mouvement national de libération de l’Azawad, « Elles ne peuvent plus marcher dehors ; elles ne peuvent plus travailler ; elles ne peuvent plus se rencontrer et faire la fête ».

Faire la fête aux gendarmes coraniques, à la façon des mégères de Brive-la-Gaillarde immortalisées par Brassens, à ceci près qu’elles ont risqué leur vie, ça s’arrose ! Yes, les courageuses touareg they can : les tortionnaires ont pris la poudre d’escampette. En signe de victoire, les jeunes ont transgressé la loi islamique en fumant des clopes dans les rues et les femmes ont tombé le voile.

Les « féministes » françaises qui défendent la tenue intégrale islamiquement correcte au nom des libertés feraient bien de s’en inspirer.
 
*Photo : Newtown grafitti

Le projet secret de Bercy de tuer le mécénat

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Qui a, comme ces courageux lycéens qui affrontent l’impitoyable semaine du baccalauréat, tenté de comprendre le mécanisme philosophique qui oppose nature et culture se souviendra de la classique citation d’Édouard Herriot qu’il fait bon de mentionner en début de devoir : « La culture, c’est ce qui reste quand on a tout oublié ». Mais si la culture générale subsiste à l’amnésie, il en va tout autrement de la culture patrimoniale. Et beaucoup de nos joyaux seraient condamnés à l’amnésie générale, s’il n’y avait quelques généreux mécènes pour leur offrir des promesses d’éternité malgré l’effroyable poursuite du temps.

Longtemps, l’Etat fut aux commandes de la culture et arrosait cet héritage de ses liquidités, tant celle-ci a donné à la France le rayonnement international qu’on lui connaît. Dans un pays marqué par le colbertisme, quoi de plus normal que de faire de la culture une prérogative régalienne mais surtout un instrument d’hégémonie– selon la théorie développée par Antonio Gramsci selon laquelle la culture constitue l’emprise idéale sur l’idéologie – pour asseoir la domination de tel ou tel parti politique ? Mais à l’heure de la crise, avec des finances publiques en berne, il est devenu difficile, voire impossible pour l’Etat de persévérer dans son rôle de vache à lait des arts, des lettres, des systèmes de valeurs et des traditions.

Cette désaffection de l’Etat serait regrettable si aucun système de financement alternatif ne pouvait y suppléer. Or, les entreprises ont repris le flambeau allumé bien des siècles plus tôt par Caius Cilnius Mæcenas, ce romain qui fut l’un des premiers à se poser en protecteur privé des arts et des lettres. Et c’est soutenues par l’octroi d’un régime fiscal avantageux qu’elles se sont retrouvées à financer ce qui relevait originellement d’une responsabilité quasi-étatique. S’il ne faut pas nier les avantages pécuniaires et honorifiques qu’en retirent lesdites sociétés, il reste que sans leur providentiel appui, la culture se réduirait comme une peau de chagrin.

Dernièrement, le groupe Wendel est venu soutenir le projet du Centre Pompidou à Metz en déboursant un million et demi d’euros sur cinq ans. En 2003, la galerie des glaces du château de Versailles refaisait peau neuve grâce à une convention de dix millions d’euros sur cinq ans signée avec le groupe Vinci. Ce mécénat avait l’originalité de privilégier la compétence en accordant la conduite des travaux de restauration aux ouvriers et artisans du groupe Vinci.

Il y a une semaine, le journal Libération dévoilait pourtant le plan de rabotage des avantages fiscaux pour la culture et le monde associatif préparé par Bercy, qui prévoit notamment de réduire de moitié l’abattement fiscal proposé aux entreprises pour leur action de mécénat (de 60 à 30 % du montant du don).

Or, cet avantage fiscal créé en 2003 a permis de multiplier le mécénat par cinq avec 40 000 entreprises mécènes en France en 2011 pour un budget d’environ 1,9 milliard d’euros. La ministre de la culture Aurélie Filippetti n’a d’ailleurs pas manqué de marquer son opposition au projet de Bercy, arguant que l’Etat ne pouvait se passer de l’apport du mécénat. Toujours dans Libération, elle affirmait : « Je souscris pleinement à l’engagement de François Hollande de réformer notre système fiscal pour le rendre plus juste. En revanche, je trouve que la réforme proposée du mécénat n’est pas, en soi, un vecteur d’équité. A travers les dons de leurs entreprises, les salariés aussi s’engagent pour le patrimoine et la création, comme ils le font, souvent, par des dons individuels. C’est une forme de citoyenneté culturelle à laquelle je suis très attachée. »

La décision de priver l’art du soutien des mécènes en rabotant les niches fiscales doit évidemment être débattue. Et pas seulement entre Bercy et la rue de Valois. La survie de la culture est bel et bien en jeu. Car jamais elle ne s’hérite, ainsi que le scandait le grand Malraux dans son… Hommage à la Grèce !
 
*Photo : Fensismensi

Olivier Ferrand : le patron de Terra Nova élu grâce au Front National ?

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Comme je l’écrivais ce matin, Olivier Ferrand, la tête pensante de Terra Nova, a remporté de haute lutte la triangulaire qui l’opposait à l’UMP Nicolas Isnard (40.5% des votants contre 39.9% soit 318 voix d’écart)… et au FN Gérald Gérin (19.6%).

Autrement dit, le total des voix dites de droite frisant les 60%, Olivier Ferrand ne doit son élection dans la 8e circonscription des Bouches-du-Rhône qu’au maintien du candidat frontiste aux dépens de son rival UMP arrivé en seconde position.

Voilà qui invalide durement, au moins à l’échelle locale, la dernière note de Terra Nova, glose laïque sur la constitution d’un grand « parti patriote UMPFN » contre lequel le progressisme degauche devrait se lever. Avec comme intellectuels organiques Michel Houellebecq, Alain Finkielkraut, Elisabeth Lévy ou Eric Zemmour, ce nouvel axe dextriste rappellerait de sinistre mémoire la convergence UDF-RPR-FN prônée par le Club de l’Horloge dans les années 1980.

Pour le plaisir, citons en vrac quelques pépites de ladite note :

« D’autres liens humains se tissent, dans le sud-est de la France, autour de la « Nostalgérie ». Les électeurs FN d’origine pied-noire (sic) y sont « fixés » politiquement par des maires de droite qui ont entretenu le souvenir de l’Algérie française : Jacques Médecin à Nice, Paul Alduy à Perpignan, Maurice Arreckx à Toulon… Cette réalité politique explique d’ailleurs l’insistance de la droite sur les politiques mémorielles, autour du passé colonial français et, singulièrement, de l’histoire des rapatriés. »

Où l’on apprend que le regretté Georges Frêche réélu président de la région Languedoc-Roussillon en 2010, au son du Chant des Africains, émargeait donc à l’UMP ou au FN, alors même qu’il plaidait jusqu’à sa mort pour une alliance PS-MoDem… à l’instar d’un certain Olivier Ferrand.

Manque de pot, alors que le chef de la Droite Populaire Thierry Mariani – pourtant occupé par sa campagne en Asie- s’était déplacé en personne pour venir soutenir son poulain Nicolas Isnard contre le FN, Terra Nova désigne la DP comme l’un des « ponts institutionnels vers le parti patriote » épousant de vilaines valeurs droitières.

Last but not least, un ensemble de recommandations constitue le vademecum terra-noviste : « Sortir de la crise économique ; garantir la pérennité de la sécurité sociale, en y incluant la sécurité des biens et des personnes ; promouvoir la République exemplaire : telles sont les voies progressistes pour repousser la nouvelle droite UMPFN. Et éviter la gangrène de la République par des valeurs de haine. »

Sur le terrain, ces belles intentions que, soyez-en sûrs, Olivier Ferrand ne manquera pas de défendre ces cinq prochaines années à l’Assemblée, ont surtout prospéré grâce à l’explosion de l’hydre bicéphale UMPFN que Terra Nova comptait affronter la fleur au fusil. Bref, Ferrand dit ce qu’il fait, mais ne fait pas toujours ce qu’il dit…

Ségolène Royal et Claude Guéant, destins croisés

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On pourrait croire que tout sépare la volcanique Ségolène Royal et l’arctique Claude Guéant. Sauf que comme disait, selon James Ellroy, Thelma « Pat » Ryan, épouse Nixon, « La politique vous donne d’étranges compagnons de lit »[1. Très populaire aux USA, cette citation (Politics makes strange bedfellows) y est attribuée à un nombre incalculable d’auteurs. Il va de soi que chez Marc Cohen, seule la version de James Ellroy fait autorité.].

Et on ne pourra qu’être épaté par le destin commun de Claude et Ségolène, tous deux autoparachutés sur des dropzones imperdables pour leurs camps et tous deux éliminés par des dissidents issus de leurs propres partis.

Mais ce parallélisme intégral ne s’arrête pas ici : les déclarations d’après scrutin de l’écrabouillée de La Rochelle et du battu-de-justesse de Boulogne-Billancourt pourraient laisser croire que leur speechs rageurs ont été écrits par le même conseiller en communication (traduisez nègre », of course, mais évitez de le faire en public, les lois volent bas, ces temps-ci).

Pas besoin d’avoir rédigé une thèse d’état en linguistique comparée pour se fendre la poire, l’exercice relève plutôt du jeu des 7 erreurs dans Pif-Gadget.

Voilà ce qu’a déclaré Ségolène à 19h50 (Hou, hou, la tricheuse !) : « Le candidat qui vient d’être élu avec le soutien de l’UMP a permis à la droite de réussir son tir de barrage contre la candidate de la gauche et ce soir c’est un député de droite qui est élu puisqu’il recueille 75% des voix de la droite et 25% des voix de la gauche.» Pour elle, « ce résultat est le résultat d’une trahison politique ». Heureusement que la campagne n’a pas duré un jour de plus, sans quoi Ségo aurait sans doute accusé Olivier Falorni d’avoir partie liée avec Bachar Al-Assad et Marc Dutroux.

Quant à l’ancien ministre de l’Intérieur, il s’est, lui, déclaré « déçu » sur BFMTV, avant de dénoncer aussitôt son ex-camarade de l’UMP Thierry Solère pour avoir utilisé dans ce combat « un certain nombre de procédés peu républicains ». Avant de conclure à la mode rochelaise : « Je déplore également qu’il se satisfasse si aisément d’être élu ce soir avec les voix de la gauche…puisque le potentiel de gauche au premier tour était de 28 % et que Martine Even (PS) n’a que 21 % ce soir ». Heureusement pour M. Solère que Claude Guéant n’est plus ministre, on en a envoyé à Cayenne pour moins que ça.

Pour les amateurs extrémistes de points communs tirés par les cheveux, on pourra noter qu’aucun de nos deux battus n’a pleuré en public hier soir et que ni l’une ni l’autre n’a attribué la responsabilité de sa défaite à Gérald Dahan[2. Qui par ailleurs, il faut que ce soit dit, est vraiment un très gros… (mettez ici votre insulte favorite)].

*Photo : Mathieu Barbot

Législatives : le blues du second tour

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J’ai voté radical de gauche pour ce second tour des élections législatives. Décidément, je vieillis. J’aurais tellement préféré voter gauche radicale que radical de gauche, comme les Grecs qui ont voté, apparemment pas en assez grand nombre, pour Syriza. Mais je n’avais plus trop le choix. Je suis inscrit dans la 9ème circonscription du Nord. Elle couvre la ville de Marcq-en-Baroeul, qui est une sorte de Neuilly de la métropole lilloise, à laquelle s’ajoutent quelques quartiers populaires de Tourcoing et deux ou trois rues de Lille plus mixtes socialement. Une circonscription toute neuve, retaillée par le rusé sarkozyste Alain Marleix pour couvrir en partie ce qu’on appelle chez nous le triangle BMW (Bondues-Marcq-Wasquehal) où l’on trouve un des records de France d’habitants assujettis à l’ISF et de piscines couvertes dans les maisons particulières. Autant dire que même en cas de vraie vague rose, rouge ou verte, s’il restait dix ou douze députés de droite, comme il y en a ce matin dix du FDG malgré les 11% de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle et les 7% obtenus au premier tour des législatives[1. Oui, je sais, c’est encore pire pour le FN.], la neuvième circonscription du Nord resterait indéfectiblement UMP.
La première surprise, dans cette circonscription, c’est qu’il y ait eu besoin d’un deuxième tour pour faire réélire Bernard Gérard, le maire de Marcq. Ce qui indique bien que la droite n’était vraiment pas en grande forme. Second motif d’étonnement, le FDG a réussi à dépasser de quelques décimales les 5%, histoire de pouvoir se faire rembourser la campagne.

Pour ce second tour inattendu, les copains du FDG se divisaient d’ailleurs en trois tendances : il y avait ceux qui ne voulaient pas se déranger, ceux qui voulaient voter blanc et ceux qui souhaitaient voter pour le radical de gauche, Jacques Mutez. Pas spécialement par discipline républicaine mais pour influer sur les estimations nationales du rapport de force global des voix de gauche et des voix de droite. Vous aurez compris que je faisais partie de la troisième tendance. Tout de même, voter radical de gauche, moi … Ça me rappelait mes premiers souvenirs politiques. Le programme commun qui explose en 1977 après des réunions houleuses entre Mitterrand, Marchais et l’élégant Robert Fabre, le « pharmacien de Villefranche de Rouergue ». Je n’avais que treize ans mais à la maison on parlait tout le temps politique. Je me souviens même qu’à l’époque, les radicaux de gauche, c’était le MRG. On les tenait pour les grands responsables de l’échec aux législatives de 78. Le PCF y décrocherait le meilleur score de son histoire sous la Vème république[2. 86 députés… Sic transit gloria mundi.] mais la droite resterait majoritaire. A cause des radicaux de gauche qui s’étaient dégonflés au dernier moment, rapport aux nationalisations. Ils trouvaient qu’il y en avait trop de prévues. C’est fou de se dire qu’il y eut une époque où la gauche discutait de ce qu’il fallait nationaliser ou pas.

Maintenant, elle discute plutôt de ce qu’il faut privatiser ou pas. C’est qu’elle est devenue tellement responsable et gestionnaire, la gauche. Décidément, je me demande pourquoi la droite a peur de cette gauche « avec tous les pouvoirs » puisque le seul vrai pouvoir, en Europe, c’est celui de la troïka qui dicte sa loi aux Grecs, aux Italiens, aux Portugais et aux Espagnols. La gauche française (enfin le PS) fera ce qu’on lui dira de faire et j’attends toujours que l’on m’explique la différence entre une austérité de droite et une austérité de gauche. La une du Monde, datée de dimanche-lundi ne s’y trompe pas, avec sa question merveilleusement fermée : « Et maintenant, quelle rigueur prépare la gauche ? »

Mais bon, j’ai voté radical de gauche. Juste avant, j’ai tout de même regardé les deux professions de foi. Ce qui va suivre ne va pas plaire à mes amis néoréacs mais les deux candidats se ressemblaient physiquement de manière étrange. La soixantaine et une légère surcharge pondérale. A croire qu’il vaut mieux être blanc, homme, CSP+ et probablement hétérosexuel pour entrer à l’Assemblée nationale. Je n’ai pas le culte du jeunisme ou de la diversité, mais tout de même, là, c’était flagrant. A moins que finalement, ces candidats ressemblent à la France de 2012 et me ressemblent aussi, par la même occasion. Jusque dans la légère surcharge pondérale. Ca m’a fichu un coup de vieux, pour tout dire.

Pour finir le tableau, ils avaient chacun une suppléante BCBG, histoire de respecter la parité. Elles étaient légèrement en retrait sur la photo. « Comment dit-on femme en politique ? On dit suppléante. » La formule n’est pas de moi mais de Cécile Duflot qui aura eu au moins un bon mot dans sa carrière politique et qui, hier soir, était toute heureuse d’annoncer que pour la première fois, les Verts auraient un groupe à l’Assemblée Nationale. Nous on n’a peut-être que dix députés mais on ne les doit qu’à nous-mêmes. Tandis que les écolos seraient bien incapables d’en faire élire un sans un accord avec le PS qui ne présente personne en face d’eux.

Un peu comme les radicaux de gauche. Pour qui j’ai voté. Comme quoi, parfois, c’est dur d’être de gauche. Même quand la gauche gagne.

*Photo : Dunechaser

Des législatives sans le peuple

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D’abord, les grands blessés – on ne meurt jamais en politique. A droite, Nadine Morano, Valérie Rosso-Debord, Claude Guéant, ou encore Michèle Alliot-Marie paient le fait majoritaire qui a normalement suivi l’élection de François Hollande.
Au centre, c’est-à-dire au milieu de nulle part, François Bayrou paie cash son vote du second tour de la présidentielle, étant de toute évidence la victime collatérale de la guéguerre Hollande-Aubry qui vient de commencer au PS. L’appareil socialiste dominé par les aubrystes ne lui a fait aucun cadeau, là où les Moscovici et consorts appelaient au retour d’ascenseur dans sa circonscription du Béarn.
A gauche, Ségolène Royal se prend les pieds dans son parachute rochelais (37% contre 63% à Olivier Falorni, son adversaire socialiste désigné par les militants locaux et officiellement promis à la vindicte de Solferino) et inaugure une liste des pendus qui va de Jack Lang – malencontreusement passé de la place des Vosges aux Vosges[1. Rendons la paternité de ce trait d’esprit à François Miclo.] à la moitié des élus Front de gauche.

Du côté du FN, à une centaine de voix près, Hénin-Beaumont a frôlé le ras-de-Marine tandis que Marion Le Pen-Maréchal profite du maintien de la candidate socialiste – contre l’avis de son propre parti- pour remporter haut la main la circonscription vauclusienne de Carpentras. En devenant à seulement 22 ans la plus jeune députée de la République, la petite-fille du pater familias frontiste s’expose aux jeux de mots nauséabonds sur son nom (« la voilà »…) dont se repaissent les antifas peu inspirés, voire aux allusions carrément machistes à son physique avantageux. Non loin de là, dans le Gard, l’avocat pasquaïen Gilbert Collard se réjouit déjà de pouvoir jouer les « casse-couilles » (sic) à l’Assemblée. Au-delà de ces vétilles, si l’on ajoute l’élection triomphale de l’ancien frontiste Jacques Bompard dans le Vaucluse, cela fait trois représentants de la droite nationale au Palais Bourbon, tous élus dans un pré carré méridional en décalage avec le nouvel épicentre nordiste du FN.

Mais laissons là les contingences personnelles. Certes, les gazettes « peoples » se gausseront des mésaventures de Ségolène Royal et les journaux plus sérieux noteront que tous les membres du gouvernement ont été élus à une large majorité, y compris dans des circonscriptions historiquement acquises à la droite (Filippetti en Moselle, Hamon dans les Yvelines, Carlotti à Marseille, Le Foll dans l’ancien fief sarthois de Fillon…). Toujours est-il que le Parti Socialiste a conquis la majorité absolue des sièges dans un contexte d’abstention massive, que les Verts obtiennent 19 fauteuils en validant la stratégie de poisson-pilote du PS brillamment élaborée par Jean-Vincent Placé et que les radicaux de gauche confirment leur survie à l’état de vieillerie parlementaire en atteignant le seuil minimal de 15 élus nécessaire à la constitution d’un groupe.

Avant de conjecturer sur le pourquoi du comment du sort des uns et des autres, retenons ce chiffre que nous n’entendrons – hélas – pas à longueur de J.T : l’abstention concerne 60% des personnes vivant dans un foyer dont le revenu est inférieur à 1200 € par mois mais seulement 39% des familles aux revenus dépassant les 4500 euros mensuels[2. Sondage Ipsos.]. Pas besoin de s’appeler Pierre Bourdieu pour comprendre de quoi il en retourne : les pauvres boudent très massivement les urnes tandis que les nantis, que François Hollande est censé vouer aux gémonies, ont garanti un plébiscite factice au PS. Cet état de fait médiatiquement occulté ne paraît pas gêner outre mesure les pontes socialistes qui paradaient hier soir sur toutes les chaînes d’information, Harlem Désir décrochant d’ailleurs la palme de la fausse modestie teintée d’arrogance.

Il est sans doute prématuré de conclure quoi que ce soit de ce scrutin. A ceux qui accusent la fameuse stratégie Buisson d’inefficacité en se félicitant de la réélection ric-rac de NKM à Longjumeau, on rétorquera que nous sommes bel et bien dans un cas d’espèce terra-novien. J’en veux pour preuve le combat héroïque d’Olivier Ferrand dans les Bouches-du-Rhône, qui sort vivant et vainqueur de sa triangulaire avec l’UMP et le Front National après avoir appelé les masses multiculturelles au sursaut républicain. A l’autre extrémité du TGV Méditerranée, la déroute de Claude Guéant à Boulogne-Billancourt au bénéfice du local de l’étape Thierry Solère n’a que peu à voir avec les admonestations de RESF…et c’est exagérer les talents comiques de Gérald Dahan que de lui attribuer la responsabilité du revers de Nadine Morano à Toul, ses propos « off » n’ayant pas de quoi fouetter un chat, même à Beyrouth. Un cas d’école terra-novien que ces législatives donc, puisque le niveau inégalé d’abstention surdétermine le poids des votants, souvent socialement et économiquement « intégrés », autant dire naturellement ouverts à la mondialisation. Force est ainsi de constater que ces élections se firent formellement par et pour le peuple… mais sans lui.

Campagne dernière

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Ah ça, il y a des moments où l’on est fier d’être démocrate. C’est vrai, quoi : souvent on se prend à douter – est-ce que le suffrage universel est bien un mode de gouvernement à hauteur des enjeux de l’heure, est-ce que nos élus, si brillants soient-ils, sont bien armés pour affronter la mondialisation, la récession, la déferlante migratoire, le déclin démographique, la crise identitaire de l’Occident, la perte de la transmission, la montée d’un islam rétif à notre bonne vieille laïcité ? Est-ce que la République est bonne à autre chose qu’à nourrir des déclarations incantatoires de préau d’école laïque, gratuite et plus ou moins obligatoire ?

Et puis, arrive le moment décisif, l’heure de vérité, le temps béni de la démocratie : la période électorale. Alors, enfin, cessent les doutes pour laisser place à l’irremplaçable évidence : oui, la démocratie est bien cet espace béni où les vraies questions sont abordées à bras le corps par des élus compétents et dévoués, pétris de cette éthique de responsabilité sans laquelle il n’est point de chose publique, le temps privilégié où les vaines querelles s’effacent devant la féconde confrontation des idées, au service exclusif du bien commun.

Cette campagne législative qui vient de s’achever n’a pas failli à la règle, et spécialement cet entre-deux tours si nourrissant pour la philosophie politique. Pendant une semaine entière, en effet, le débat démocratique le plus élevé a empli les moindres gazettes, et l’électeur le plus blasé, le cynique le plus affermi, l’abstentionniste le plus crasse n’auront pas manqué d’être saisis de vertige métaphysique par les trois sujets cruciaux qui ont dominé l’actualité politique : le tweet d’une concubine jalouse, le canular téléphonique d’un amuseur public, une affichette collée sur la porte d’un domicile privé, auront, sept jours durant, nourri toutes les joutes verbales, monopolisé tous les commentaires, retenu l’attention des plus fins analystes.

Le peuple peut continuer à dormir tranquille, la République et ses élus s’occupent bel et bien de son destin, et de quelle éclatante manière…