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À la recherche de Virginie Des Rieux

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eric dussert foret

À la question « Pourquoi écrivez-vous ? », Beckett répondait : « bon qu’à ça ». Quelques-uns, adeptes des gros tirages, parlent du bien-être des lecteurs. D’autres apprécient de voir leur livre sur la plus raffinée des courbes d’une demoiselle en bikini, paressant sur le bord de la piscine d’un palace du sud-ouest de la France. On imagine enfin qu’il est délicat d’être épinglé, papillon éphémère,  par Eric Dussert dans Une forêt cachée, un recueil dont le sous-titre dit tout : 156 portraits d’écrivains oubliés.
On aime beaucoup ces livres-là. On dirait des herbiers, pleins de trouvailles et de raretés. On se souvient de La liberté de blâmer de Renaud Matignon, Mon histoire de la littérature française contemporaine de Jacques Brenner,  Solderie de Patrick Besson ou, dernièrement, de Premier bilan après l’apocalypse de Frédéric Beigbeder.
Dussert, lui, s’intéresse à ceux qu’on ne trouve plus, ou peu, en librairie. Dans ses mots, les écrivains sont entre eux, chez eux. Ça les change à l’heure où, dans l’esprit des éditeurs ou des acheteurs de Musso et Delacourt, ils ne comptent pour rien. De Bernard de Bluet d’Arbères (1566-1606) au pataphysicien Michel Ohl, Dussert trace à travers le temps, le suspend pour nous offrir des phrases perdues, des silhouettes, des destins chaotiques.
Au hasard des pages, on croise ainsi un De Beauvoir, qui ne se prénomme pas Simone mais Roger. « Un mondain brillant et un aimable chroniqueur » qui a publié en 1860, chez Lévy frères, Les soirées du Lido. On a envie, tout à coup, d’aller flâner du côté des étals des bouquinistes, de chercher sous les piles et la poussière. Avec de la chance, on tombera sur des poèmes de Tristan Derême, l’ami de Paul-Jean Toulet. Cités par Dussert, ses vers à la grâce enfantine nous enchantent : « Goûte à l’heure qui sonne … / Et souris à la vie avec des yeux contents. » Maurice Dekobra, surnommé « Le Paul Morand des midinettes » dans l’entre-deux guerres, serait en droit de s’énerver. Lui, un « oublié » ? Tous ses ouvrages étaient des best-sellers. Des bandeaux ornaient ses couvertures : « Vous avez aimé Madame, le nouveau roman de Maurice Dekobra, savez-vous qu’il a été vendu, à travers le monde, plus de 1 500 000 exemplaires de ses ouvrages précédents ? » Son honneur de jetsetteur oldscoule est sauf, toutefois : La Madone des sleepings a reparu dans une collection de poche en 2010.
À la suite de Dussert, guide de haute lignée littéraire, on relit les Nouvelles en trois lignes de Félix Fénéon. On tchine avec Remy de Gourmont, auquel Charles Dantzig a consacré son premier et meilleur livre, en 1990, aux éditions du Rocher. Des demoiselles passent : Marie de la Hire, Irène Hillel-Erlanger, Valentine de Saint-Point. Attention, ne pas chercher querelle à Valentine, qui écrivait : « Femmes, trop longtemps dévoyées dans les morales et les préjugés, retournez à votre sublime instinct, à la violence, à la cruauté. » Avec Pierre Bost, on parle de Jean Aurenche et Claude Autant-Lara. Lointaine époque où les films français étaient écrits avant d’être tournés. On fait attendre André de Richaud et Pierre Frondaie pour une bonne raison : Virginie Des Rieux, le portrait le plus touchant de Dussert.
Blonde comme France Gall chantant Laisse tomber les filles, miss Des Rieux fut la starlette des lettres à la fin de l’été 1965. Son roman, La Satyre, mettait en scène une jeune aristo qui n’a pas froid aux yeux. Virginie, non plus, n’avait pas peur de grand-chose. Marchande de chemises à Saint-Tropez, elle voulut attaquer en reconnaissance de paternité Johnny Hallyday. Peut-être n’avait-il pas lu Chandeleur et Dorothée, second roman de Virginie ? En 1972, elle posa en maillot de bain rouge dans les pages de Playboy. On est, depuis, sans nouvelles d’elle.
À la question « Pourquoi écrivez-vous ? », finalement, Dussert donne envie de répondre : pour être oublié et se glisser dans Une Forêt cachée, à la recherche de Virginie Des Rieux.

Eric Dussert, Une forêt cachée, La Table Ronde, 2013

Photo : DigitalParadox.

La contre-culture, tout contre

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contre culture barbey debord

Ouvrons d’abord L’Ensorcelée de Barbey d’Aurevilly, écrivain dandy, catholique et réactionnaire, dont les Romans reparaissent en Quarto dans la remarquable édition de Judith Lyon-Caen. On tombe, dès la première page, sur une description de la lande de Lessay. Pour Barbey, ce paysage fait partie des « haillons sacrés qui disparaîtront au premier jour sous le souffle de l’industrialisme moderne ; car notre époque, grossièrement matérialiste et utilitaire, a pour prétention de faire disparaître toute espèce de friche et de broussailles aussi bien du globe que de l’âme humaine ».
Intéressons-nous ensuite à ce que dit Guy Debord, le critique de la « société du spectacle », dont il est souvent question dans Contre-cultures !, un collectif sous la direction de Christophe Bourseiller et Olivier Penot-Lacassagne. Debord, dans In girum imus nocte et consumimur igni, note, à propos de ses contemporains : « Ils sont transplantés loin de leurs provinces ou de leurs quartiers, dans un paysage nouveau et hostile, suivant les convenances concentrationnaires de l’industrie présente. Ils ne sont que des chiffres dans des graphiques que dressent des imbéciles. »
Tout de même, cet air de famille a quelque chose de troublant qui ne pouvait que stimuler le mauvais esprit de Causeur. Voici Barbey et Debord communiant dans la même détestation de leur époque respective. Est-ce à dire que Barbey d’Aurevilly le monarchiste était un « situ » ? Et Debord le révolutionnaire, un antimoderne ? Léon Daudet et Philippe Muray ont bien montré qu’une certaine bêtise mortifère propre au « stupide XIXe  siècle » avait su se métastaser jusqu’à nos jours. Et si la contre-culture, selon Bourseiller et Penot-Lacassagne, a bien été cette protestation protéiforme contre un temps béatement persuadé de son excellence, alors pourquoi ne pas considérer Barbey, écrivain marginal à la postérité tardive, comme son pionnier involontaire et paradoxal ? Cette filiation paradoxale n’efface pas les différences entre le situationniste et le réactionnaire, mais elle devrait au moins troubler les amateurs de représentation binaire du monde.[access capability= »lire_inedits »] Au risque de devoir faire le deuil de quelques illusions progressistes, ils devraient aussi se demander si, à une époque où la rébellion est une profession et Rimbaud un logo, l’idée même de contre-culture a encore un sens. Il est certes bel et bon d’être « contre ». L’ennui, c’est qu’on ne sait plus très bien contre quoi.
Finalement, c’est la même et belle histoire depuis le  romantisme et le surréalisme. Aux marges de sociétés étouffantes, des jeunes gens rêvent de changer la vie par l’art, un art total qui s’exprimera simultanément dans le roman, la poésie, la peinture, la musique, le théâtre et, plus tard, le cinéma. Dans la fraîcheur lustrale de leurs commencements, ces cœurs rebelles chassent en meute les académismes de leur temps avant de devenir à leur tour, en vieillissant, des classiques. C’est la loi du genre : la subversion, comme la jeunesse, est éphémère et la plupart des avant-gardes, à force de se répéter, finissent tristement dans l’histrionisme officiel et subventionné. C’est en ce sens, par exemple, que Guy Debord disait des colonnes de Buren qu’elles étaient le symbole d’un « néo-dadaïsme d’État ».
« Enfant, certains ciels ont affiné mon optique », peut-on lire chez Rimbaud. Ce désir de transformer le monde par une nouvelle façon de le dire, de le voir, de le chanter, s’est incarné après la Seconde Guerre mondiale dans un phénomène analysé dès 1968 par l’universitaire américain Théodore Roszak sous le nom de « contre-culture ». Roszak limitait son analyse à la jeunesse américaine de l’époque, qui combattait par tous les moyens esthétiques et politiques une nation qui perdait ses restes d’innocence au Vietnam. C’était le temps des hippies, du « flower power » et du « summer of love ». On écoutait Grateful Dead en lisant Marcuse, et tout était merveilleusement possible.
Dans Contre-cultures !, Bourseiller et Penot-Lacassagne montrent le caractère pluriel du phénomène à travers des contributions consacrées à tous les mouvements qui peuvent, peu ou prou, s’y apparenter. Cela donne à cette somme universitaire une allure plutôt plaisamment baroque : Timothy Leary, inventeur du LSD et des trips psychédéliques, côtoie l’Internationale situationniste et ses dérives psycho-géographiques tandis que les errances des grands maîtres de la « Beat Generation » comme Kerouac, Burroughs et Ginsberg font écho au cinéma expérimental de Chris Marker et de Peter Watkins. 
Aujourd’hui, impossible de l’ignorer, « le rêve a fraîchi » – Rimbaud encore. De l’art contemporain à l’« esprit Canal+ » en passant par le mouvement Femen, on voit partout, exposés en pleine lumière médiatique, les signes de la contre-culture, mais certainement pas la contreculture elle-même. Et ce barnum n’est visiblement plus animé par des artistes maudits mais plutôt par ceux que Muray appelait les « mutins de Panurge » et Debord les « petits agents spécialisés de la pseudo-critique ».
Le problème n’est donc plus seulement celui de la récupération de la contre-culture, ce qui a toujours existé. C’est de savoir si la notion même de contreculture a encore une pertinence. Jean-François Bizot, le patron d’Actuel, titre phare de la « free press » à la française, pouvait encore dire, en 2001 : « C’est en secret que tout repousse. » Une décennie plus tard, ce secret, cette ombre, éléments indispensables à l’écosystème de la subversion, semblent bel et bien avoir disparu. Et avec eux, logiquement, la contre-culture tout entière.[/access]

Contre-cultures !, sous la direction de Christophe Bourseiller et Olivier Penot-Lacassagne, CNRS, 2013.

Fario : le style contre le spectacle

Si vous estimez l’exposition Debord de la Bibliothèque nationale trop officielle pour être honnête et que vous avez d’ores et déjà épuisé l’œuvre intégrale d’Annie Le Brun, il vous reste un dernier refuge de papier pour résister à  l’emprise du Spectacle. Cette thébaïde s’appelle Fario. Quitte à publier des traductions de Rosa Luxembourg, la revue dirigée par Vincent Pélissier se veut résolument artistique. Dostoïevski aurait dit de ses auteurs qu’ils vivent leur présent littéraire en fonction d’un passé sensible qui ne reviendra plus. Son douzième numéro confirme sa vocation initiale : au milieu de l’abondance de biens culturels, exprimer « la singularité d’un ton, d’une vision, d’une présence, s’opposant à tout ce que le monde fabrique d’uniforme et de choses mort-nées » contre « le flux du spectacle ». Fario nous offre notamment « Au fond de la couche gazeuse », un superbe texte en prose de Baudouin de Bodinat, auteur de La Vie sur Terre. Ses autres contributeurs alternent inspiration poétique et méditations mélancoliques en se maintenant à distance des froideurs de l’idéologie comme du formalisme creux, ces deux irréductibles ennemis de l’art. Les plus curieux y trouveront de belles réflexions sur la culture populaire qu’Horkheimer, Anders et Brecht tenaient en pleine seconde guerre mondiale dans leur refuge universitaire américain.
Et si la résistance « d’un petit bloc imprimé et assemblé dignement » était le meilleur antidote à l’acédie ?

Fario n°12, printemps deux mille treize, Les Belles Lettres.

 

Et les Juifs quittèrent l’Egypte…

juifs egypte mourad

Le pays des pyramides sort de la première semaine d’exploitation commerciale du documentaire Juifs d’Egypte.  Il ne reste officiellement que quelques dizaines de juifs dans cette contrée où les tensions vont croissant entre Coptes et Musulmans. Les Juifs auraient été plus de 80 000 à vivre en Egypte dans les années 1940. Le sujet est sensible, aussi la sortie du film a a été d’abord empêchée tant la Sécurité d’Etat s’inquiétait du mot « juif ».
« Pour la Sécurité, le mot juif renvoie immédiatement à toute une imagerie d’espionnage pour Israël, de guerre froide, de paranoïa», explique Amir Ramses, le réalisateur.
Quand on dit « juif », en Egypte, on risque de susciter des réactions un brin surprenantes, comme l’illustre le micro-trottoir qui ouvre le documentaire. L’un des Cairotes interrogés répond ainsi qu’il aime beaucoup la célèbre chanteuse égyptienne Leïla Mourad, égérie de la révolution de 1952. Mais lorsque le cameraman lui apprend qu’elle était juive, le fan déçu répond qu’elle ne vaut plus rien.
Dans ces conditions, on comprend mieux pourquoi Amir Ramses, issu d’une famille égyptienne chrétienne, veut « se battre contre les stéréotypes ». Dans son documentaire, il interroge des témoins, anciens Egyptiens juifs expatriés, membres de la police dans les années 1950 et narre les histoires les plus rocambolesques des juifs d’Egypte, principalement du Caire et d’Alexandrie, dans les années 1940 et 1950.
On y retrouve des personnages émigrés (de force) en France, avec des figures aussi fascinantes qu’Henri Curiel. Fils de banquier, anticolonialiste internationaliste, biberonné à la langue française mais vrai patriote égyptien, ce dernier marque le film de son empreinte. Tout comme son fils naturel Alain Gresh et la comédienne Isabelle de Botton. Amir Ramses explique pourquoi il s’est polarisé sur des juifs égyptiens vivant en France : « J’y ai trouvé les deux communautés, ceux qui ont dû fuir juste parce qu’il étaient juifs, et ceux qui ont été persécutés en plus pour leur appartenance politique. J’ai pensé à la Suisse, mais ceux que j’ai retrouvés souffraient déjà d’Alzheimer. Et aux Etats-Unis, j’avais peu de chances de trouver des militants de gauche… » Le documentaire passe plus de temps avec les militants qu’avec les juifs « lambda » car ils avaient un vrai poids politique dans l’Egypte du siècle dernier – les créateurs des trois mouvements communistes de l’époque étaient tous juifs. Ces juifs de gauche antisionistes démontent plus d’un préjugé de leurs compatriotes restés au pays : « Vraiment, ils ont été emprisonnés parce qu’ils étaient communistes ? Ou parce qu’ils ne voulaient pas quitter l’Egypte ? Non, je ne crois pas ce que raconte le film, je pense plutôt que c’étaient des espions israéliens » entend-on dans la bouche de certains spectateurs dubitatifs à la fin de la projection.
Remontons le cours du temps. Après l’attaque franco-israélo-britannique contre l’Egypte en 1956, les juifs locaux ont été massivement expulsés ou déchus de leur nationalité. La propagande et la paranoïa alimentées par les quelques affaires d’espionnage pour Israël ont fait le reste.
Amir Ramses rapporte que « dans un journal culturel financé par le ministère de la Culture, on lit que mon documentaire essaie d’embellir l’image des juifs d’Egypte. Ce même critique avait dit en 1999 des cinéastes qui s’attaquaient au problème de l’excision qu’ils étaient financés par l’étranger pour détruire les coutumes égyptiennes ».
Pourtant, tous les témoins interrogés se souviennent avec nostalgie de cette époque d’avant la création de l’Etat d’Israël. Apparurent les premières agressions envers la communauté juive avant que l’arrivée au pouvoir des Officiers libres en 1952 ne pousse à l’exil nombre de riches propriétaires, banquiers et bourgeois, juifs ou non. Peu d’Égyptiens israélites choisirent alors Israël, beaucoup goûtant assez peu l’idée d’aller travailler dans un kibboutz. D’une manière générale, toutes les confessions cohabitaient paisiblement et célébraient leurs fêtes conjointement.
À la sortie de la projection, un Égyptien musulman m’a confié : « Je regrette que le documentaire n’ait pas davantage montré à quel point les juifs étaient partie intégrante de la société, à quel point leur départ a fait drôle à tous leurs voisins qui subitement se sont retrouvés avec leurs commerçants, leurs voisins de palier, chassés, partis. »
C’est sous la pression des médias et du Syndicat des cinéastes que le film a finalement pu obtenir l’autorisation de diffusion et sortir dans trois salles en Egypte. Le Ministère de la Culture a tout de même demandé à ce que le documentaire soit précédé d’une présentation pince-sans-rire, précisant que le documentaire n’est qu’« une création de l’imagination du cinéaste ». Sic transit gloria mundi.

Les Cités d’or brillent encore !

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Les mystérieuses Cités d’or reviennent pour une nouvelle saison inédite à partir du 7 avril chaque dimanche et mercredi sur TFOU, l’émission jeunesse de TF1. Ce dessin-animé franco-japonais des années 80 n’a rien à voir avec l’actualité politico-juridico-fiscalo-impudique de ces derniers jours. Même si le générique parlait déjà « des hommes à la recherche de  fortune » ou de « richesse soudaine » et que les premiers épisodes furent diffusés au moment où François Mitterrand opérait son tournant de la rigueur. À cette époque-là, les enfants nés dans les années 70 ne pensaient pas que la France serait, un jour, plombée par la faillite de ses élites et que l’indécence de sa classe politique lui donnerait la nausée. Et pourtant, ils auraient dû être plus attentifs aux messages subliminaux de cette série devenue culte. Car derrière le cadre historique, le XVIe siècle et ces grands voiliers qui partaient à la conquête du Nouveau Monde, il était bien question de l’âpreté au gain, inhérente à toute activité humaine. Nous étions alors trop jeunes, trop naïfs, captivés par cette musique hypnotique et fascinés par les mystères de la Cordillère des Andes.
Les Cités d’or, c’est la Madeleine de Proust des (à peine) quadras, le temps béni de RecréA2, de Groquik, d’Ulysse 31, des Majorette, des Big Jim, de Super Jamie, de Steve Austin, d’Albator et du Videopac. Les moins de 30 ans n’ont pas connu cette bulle spatio-temporelle où les aventures d’Esteban, Zia et Tao réchauffaient les foyers français dans les premières brumes de la mondialisation. Les plus vieux ne comprenaient pas pourquoi des gamins restaient collés des heures devant leur poste de télévision. Ces japoniaiseries commençaient tout juste à exciter nos « intellectuels ». Quand on a perdu sur le terrain des idées, qu’on a été incapable de « changer la vie », il est facile de s’attaquer aux dérives de la télévision. C’est à l’aune de ces combats d’arrière-garde que l’on a, très tôt, jugé notre Intelligentsia médiatique. Pathétique et dérisoire.
Aujourd’hui, ces discours enflammés contre la violence des dessins animés feraient sourire tant la télévision commerciale a enfanté bien d’autres monstres. Nous étions encore inconscients et heureux. Nous étions même devenus incollables sur la civilisation Inca, le Grand Condor, le peuple Mu, cette autre Atlantide engloutie dont Tao était le dernier descendant. Et puis ces noms Pichu, Mendoza, Pedro, Sancho ou l’inquiétant Pizarro, étaient aussi déroutants à nos chastes oreilles que la parution de Spinoza encule Hegel de Jean-Bernard Pouy. Mine de rien, Esteban, le fils du soleil nous ouvrait au monde et à l’histoire. Ce n’est pas donné à tous les professeurs, reconnaissons-lui au moins ça. Chaque épisode était suivi par un documentaire assez bien construit afin que nous nous intéressions à autre chose dans la vie que la création récente des TUC (Travaux d’Utilité Collective). Le succès du dessin animé n’aurait pas été aussi fort sans la voix caverneuse de Jean Topart qui en assurait les commentaires.
Quelques années plus tard, en allant voir Poulet au vinaigre de Claude Chabrol au cinéma, nous pûmes mettre un visage sur lui. Nous sommes donc un peu fébriles à l’idée de voir cette suite comme si nous devions retrouver, trente ans après, un amour de jeunesse. Les désillusions peuvent être terribles de part et d’autre. Pour Jean-Luc François, le réalisateur de ces nouvelles Mystérieuses Cités d’or, l’objectif était de « moderniser sans trahir ». On retrouvera demain, avec angoisse et beaucoup de plaisir, nos fidèles compagnons d’enfance dans une taverne de Barcelone. Ils ont décidé, cette fois-ci, de partir en Chine, à la découverte de ce nouvel eldorado. Suivons-les, ils ont toujours été de bons guides visionnaires.

Des chiffres, mais aussi des lettres

alain finkielkraut anglais

Revenant sur vingt-cinq années d’enseignement de la philosophie et de l’histoire des idées à l’École polytechnique, Alain Finkielkraut déclarait récemment[1. Le Monde, 14 mars 2013.] à propos de ses étudiants : « Comme ils n’ont pas l’habitude de la parole, il faut parfois les bousculer un peu. Cela tient peut-être à l’enseignement exclusivement scientifique qu’ils ont reçu. » Et d’insister sur la nécessité, dans le secondaire, de la lecture et de la récitation, qui apprennent « à poser la voix, à aimer la langue et à placer leur propre parole sous la surveillance de la langue littéraire ».
« Placer leur propre parole sous la surveillance de la langue littéraire. » C’est cette formulation qui m’a frappé. On se doute bien que Finkielkraut, en employant le mot de « surveillance », n’en appelle pas à un effet d’intimidation (et il n’est pas douteux que cela ait pu être vécu comme tel dans une certaine façon d’enseigner les humanités classiques), mais bien plutôt à une confrontation, à un défi, à une forme peut-être de ce que Rémi Brague, évoquant la fascination de la Renaissance pour les lettres gréco-latines, appelait un « dénivelé fondateur ».[access capability= »lire_inedits »] Finkielkraut le dit de la littérature ; on n’en dira pas moins de la langue des philosophes. Il pèse aujourd’hui non seulement sur la langue française, mais sur le fait même de la parole (écrite ou orale), un sentiment diffus de menace et de désagrégation. Les symptômes en sont multiples. Je n’en évoquerai que deux, délibérément disparates. On peut évoquer tout ce qui – des affiches publicitaires à l’enseignement supérieur, au monde des affaires et de la technique, sans parler de la haute administration et maintenant du cours préparatoire – vise à tout soumettre à l’anglais ; comme si l’on voulait à tout prix déporter les divers peuples européens hors des langues dont ils sont héritiers. Or, si l’apprentissage d’une autre langue est en principe enrichissant, l’adoption (plus ou moins contrainte, plus ou moins acceptée) d’une langue imposée joue à l’inverse. Un autre terrain de réflexion concerne les évolutions de la parole publique. Nul ne s’étonne plus que les politiques de tous bords se soient mis à twitter avec un bel ensemble et une belle docilité ; ils semblent même en être fiers. Personne ne se demande ce que cette forme d’expression, par définition sommaire et par réflexe hâtive (donc irréfléchie), déforme ou amoindrit, dans ce qu’on pourrait appeler un véritable « devenir basse-cour de l’agora ». Ce ne sont là que deux exemples, je le redis, de ce qui affecte aujourd’hui non pas tant la « belle langue française » que le rapport de chacun avec la langue et l’expression, et leur réduction à l’efficience immédiate et pratique.  
Je me souviens d’une réflexion faite en 2007 par celui qui était alors le candidat Sarkozy à propos de l’étude des littératures anciennes : « Le plaisir de la connaissance est formidable, mais l’État doit se préoccuper d’abord de la réussite professionnelle des jeunes », disait-il ; et d’insister sur les crédits prioritairement alloués à l’informatique, aux mathématiques, aux sciences économiques. C’est dans la même logique qu’on parla ensuite, pour simplifier les concours de l’administration, d’« employés ajustés au poste ».
Alors oui : « Placer sa propre parole sous la surveillance de la langue littéraire », ou, pour élargir l’expression de Finkielkraut, de la langue en ses plus hautes élaborations. La fréquentation des grands textes n’est pas un luxe d’érudit, n’est pas une fuite hors de l’actuel, elle n’est même pas seulement l’acquisition d’un savoir : elle est l’expérience d’une langue séparée (par les siècles, par la forme), d’un autre ordre du dire, d’une distance appelant à un parcours, d’une prise de conscience de ce qu’on met en jeu. Rien n’est plus actuel ; et rien probablement, malgré les apparences, n’est plus urgent.[/access]

*Photo : Brave Heart.

Sahib teri bandi

Qu’on me suive ou qu’on me zappe : cette fois-ci, j’ai décidé de sauter du coq à l’âne. Commençons par le coq. Dans l’Ancien Testament, le succès en ce bas monde est signe de bénédiction divine. Celui qui possède beaucoup de bétail et un puits d’eau claire est aimé de Yahvé. Rien n’a changé depuis : Freysinger triomphe et soudain l’élu est lu et son catogan sanctifié, les journalistes envahissent sa cuisine et il se découvre des légions d’amis de toujours.
Il n’en a pas toujours été ainsi et c’est ici qu’on passe à l’âne. Lorsque j’ai eu l’idée saugrenue – pour l’époque – de consacrer un essai au seul phénomène politique intéressant en Suisse romande (Oskar et les minarets, éd. Favre, 2010), la presse offusquée l’a tout bonnement ignoré. À la TSR, tout de même, je fus convié à une émission de débats où chacun devait présenter son nouvel ouvrage. En arrivant sur le plateau, je m’aperçus – ô surprise! – que les autres invités avaient tous un exemplaire, annoté, de mon livre ! Le guet-apens pour le mal-pensant, qui plus est en direct. Que faire à un contre cinq ? La meilleure défense étant l’attaque, je demandai d’emblée à ces belles âmes de me dire ce qui était imprimé sur le t-shirt que je portais, par chance, ce soir-là. « Euh… — Ben… — C’est du russe ?  » Non. C’était l’alphabet cyrillique serbe de trente lettres, l’écriture d’une des grandes communautés immigrées de ce pays. Ils ignoraient sans doute que les Serbes eussent un alphabet propre. Comme ils ignorent l’histoire et les mœurs des Albanais ou des Tamouls. Tout ce qu’ils savent, c’est qu’ils sont « pour ». Et contre l’obscurantisme UDC. Cette petite gêne remit la balle au milieu du terrain et l’on put causer.
L’adhésion rationnelle à des principes masque souvent une insensibilité intérieure à ce qu’ils impliquent. Le sectarisme interne se double en Occident d’un aveuglement plus grave encore face au reste du monde. Nous courons au conflit terminal en réduisant (délibérément) tout le monde musulman à des régimes de fadas sanguinaires, la Russie à une dictature kagébiste et la Chine à une dévorante termitière. À quand remontent les dernières approches nuancées de ces univers-là ? Cela vous semble abstrait ? Voyez Chypre. Des Grecs mal rasés lessivant le butin de Russes adipeux, c’est plus aisé à détrousser que des Allemands proprets. Mais les Boches y passeront à leur tour, justement à cause de leur morgue et de leur indifférence à l’autre.
Le coq et l’âne baignent tous deux dans la lumière égale du Créateur. Notre rationalisme dissèque au lieu d’unir et la morale est son scalpel. D’où notre bêtise qui étonne les voyageurs persans.
Au fait : cherchez *Sahib teri bandi* sur YouTube. Vous trouverez un chant traditionnel de Nusrat Fateh Ali Khan (« Seigneur, je suis ta servante ») et sa version électrique par le génial guitariste Derek Trucks. Et dites-moi, entre la joie du soufi pakistanais et la concentration monacale du jeune sudiste blond, ce qui vous parle le plus. La seule vraie connaissance est là.

De Cahuzac à Houellebecq

houellebecq jerome cahuzac

La France fait beaucoup d’efforts pour se faire détester et se détester, ce qui revient finalement au même. Mais elle reste, au moins, une nation littéraire. C’est ce qui la sauvera toujours à nos yeux.
Avec le délai de décence qui s’impose, il sera intéressant de voir quel parti pourront tirer les romanciers de l’affaire Cahuzac ou plutôt de ce moment assez étrange où l’homme inflexible mentait aux autres autant qu’à lui-même. « Je n’ai jamais eu de compte en Suisse » était une vérité pour Jérôme Cahuzac au moment où il l’énonçait devant le président, le premier ministre, la représentation nationale, les médias. Ce déni de la réalité, quel  filon pour le romancier épris de psychologie des profondeurs !
Il faut imaginer Jérôme Cahuzac se mentant à lui-même, d’abord et avant tout, se conformant à l’image publique de l’homme inflexible, champion de la rigueur de gauche, terrorisant ses collègues avec ses arbitrages tombant de toutes les hauteurs de Bercy, le vrai lieu de ce qu’il reste du pouvoir aujourd’hui. Jérôme Cahuzac a craqué, comme on dit, mais vu la psychorigidité si manifeste du personnage, il a plutôt cassé dans un effondrement d’autant plus spectaculaire (ses proches disent qu’ils craignent de sa part « une bêtise ») que son attitude avait jusque-là gardé cette sérénité froide, presque hautaine. Une sérénité qui n’avait rien à voir avec un quelconque sentiment d’impunité et tout avec, encore une fois, cette certitude schizophrène que génère l’exercice de hautes responsabilités. On est tellement habitué à créer et modifier la réalité par ses décisions que décider que l’on n’est pas coupable suffit pour un temps, mais au prix de quels refoulements, à penser que vraiment, on n’est pas coupable.
Jérôme Cahuzac, héros de roman, n’est pas Raskolnikov, le sentiment de culpabilité ne l’a pas habité pendant des centaines de pages. Il est plutôt du côté des romans de l’ère du soupçon, en proie au solipsisme. Le solipsiste, celui pour qui le réel est une projection de sa conscience et dont Schopenhauer disait qu’il était « un fou enfermé dans un bunker ».
Cahuzac intéresserait-il Houellebecq ? Sans doute. Si nous citons ici l’auteur d’Extension du domaine de la lutte, c’est que lorsque que les gazettes ne parlent pas de Cahuzac, elles parlent de Houellebecq ! Oui, la France est ce pays où la parole d’un écrivain peut encore avoir une importance telle qu’elle fait la Une d’un quotidien et emplit de bruissements les news magazines, et pas seulement dans les pages culture ! Alors, Houellebecq, ancien exilé fiscal irlandais, de retour en France, serait-il l’objet d’un obscur scandale ?
Pas du tout, il va juste sortir le 17 avril… un recueil de poésie, Configuration du dernier rivage. Oui, vous avez bien entendu, un recueil de poésie ! La poésie contemporaine, en France, n’intéresse plus, même quand elle est écrite par de grands vivants qui ont déjà leur place dans les manuels, comme Jacques Réda ou Philippe Jaccottet, que quelques centaines de lecteurs. Là, Houellebecq va nous refaire le coup de Victor Hugo publiant Les Contemplations en 1856 et épuisant le tirage en une journée. On l’interroge sur tout, l’islam, la politique, le prix du mètre carré, le guide Michelin, et même… la poésie. Et c’est tant mieux pour la poésie qui est la raison du monde.
Décidément, il est bien étrange ce pays fragile qui est le nôtre où les ministres du Budget pourraient devenir des personnages de roman et où un poète fait la Une.
J’y vois, pour ma part, en ces temps assez inquiétants, un signe d’espérer. Mais il est vrai que l’image que je me fais du Paradis est une bibliothèque…

*Photo : Riverside Agency.

Taddeï au pilori

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patrick cohen taddei

Le 12 mars, sur le plateau de « C à vous », sur France 5, Patrick Cohen s’est livré en direct à un violent réquisitoire contre Frédéric Taddeï. Son propos portait principalement sur les invités de « Ce soir (ou jamais !) », certains d’entre eux n’étant pas suffisamment démocrates à ses yeux. L’animateur de « CSOJ » lui a répondu qu’animant une émission de service public, il s’interdisait de censurer un courant de pensée pour peu qu’il soit légal.
La vidéo de l’échange a connu un franc succès sur la Toile, et Taddeï a été déclaré vainqueur par une écrasante majorité des internautes.
Il s’est heureusement trouvé quelques voix éclairées pour résister à ce populisme cathodique, en particulier celle de Bruno Roger-Petit qui a courageusement volé au secours de Cohen (ce n’est pas trop le genre de « BRP » de chasser seul, ni le premier, il est plutôt : « Je fais comme les copains »).[access capability= »lire_inedits »] Trois jours plus tard, il s’étranglait sur « Le Plus-Nouvel Obs » à cause de l’invitation, la veille, d’Anne-Marie Le Pourhiet. Pour donner plus de poids à son absence d’argumentation, il travestissait à l’envi les propos de ce professeur de droit public et amie de la maison en faisant croire qu’elle avait « assimilé les gays à des singes » sur Causeur.fr[1. Il faut dire que pour « BRP », Causeur (et la patronne) semblent faire office d’objet transitionnel (de « doudou » quoi), bien qu’il semble avoir élargi sa liste de suspects.] ! – bien sûr, pourquoi se priver de deux calomnies pour le prix d’une ? « BRP » tient ses livres à jour : « La gauche socialiste et social-démocrate, la gauche socialiste et républicaine, la gauche libérale et sociale, n’est jamais la mieux représentée et incarnée chez Taddeï. » Un comptable et un flic dans la même personne, ça ne se rencontre pas tous les jours.
La conclusion de l’adjudant Bruno est un appel au secours – et aux autorités compétentes : « La question qui se pose aujourd’hui est limpide : en son état actuel, “Ce soir (ou jamais !)” assure-t-elle une représentativité des débats et des idées propres à notre société contemporaine, digne de ce que l’on peut attendre du service public ? » Sur Twitter, cette saine démarche régulatrice a promptement reçu le renfort de deux autres amis du pluralisme, Sylvain Bourmeau, directeur adjoint de Libération, et Josyane Savigneau, ex-directrice du Monde des livres.
À « question limpide », réponse lumineuse : la juste place de Taddeï est à Pôle Emploi. Ce que réclament la vox populi et la morale publique, c’est une grande émission culturelle de service public animée par Bruno Roger-Petit avec plein de chroniqueurs de toutes les opinions de gauche dedans, genre Cohen (eh, pas Marco, hein !), Bourmeau et Savigneau. Peu importe que le bon peuple (qui est en fait très mauvais) leur préfère Zemmour et Taddéï. Vous avez médiatiquement raison puisque vous êtes politiquement minoritaire.[/access]

*Photo : Ce soir ou jamais.

Marine Le Pen est-elle un caniche ? Jean-Luc Mélenchon est-il sartrien ?

Après le volet financier, le volet politique, le volet métaphysique, voilà que s’ouvre sous nos yeux ébahis un volet vétérinaire de l’affaire Cahuzac, grâce à l’amusant Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon. « Les aboiements de Marine Le Pen sont bien ceux d’un caniche fidèle », écrit en effet le Parti ce jeudi, dans un communiqué solennel intitulé « À la niche ! »
Toutes les pensées mélenchoniennes méritant commentaire circonstancié, je dégagerai de cette prise de position burnée deux questionnements concomitants : Marine Le Pen est-elle un caniche ? Jean-Luc Mélenchon est-il sartrien ?
À la première de ces deux questions, nous nous garderons bien de répondre. Je suis trop vieux pour parler des choses que je connais peu ou mal – ce qui, by the way, me disqualifie pour l’exercice de la profession de journaliste, mais bon.
Je ne sais pas grand chose sur les chiens, et donc sur les caniches – que je confonds d’ailleurs régulièrement avec les bichons. Le seul chien que j’ai un peu fréquenté ces dernières années s’appelle Gamo, c’est le bondissant puli d’une amie, qu’elle met un point d’honneur à ne jamais tenir en laisse dans Saint-Germain-des-Prés, au grand effroi des commerçants du quartier (sauf au Flore et chez Louboutin, c’est pas si difficile de reconnaître une bonne maison).
Si vous avez la flemme d’aller voir chez wiki à quoi ressemble un puli, ce que je vous  pardonne volontiers – tout ce qui est cossard est nôtre – sachez qu’on dirait une sorte de gros caniche jamaïcain, sauf qu’il est beaucoup trop cocasse, intelligent et énergique pour être sous l’emprise du cannabis et qu’en plus il n’est pas d’origine caribéenne mais de race 100% magyare, dixit Viktor Orban, qui s’y connaît.


Comme Marine n’a pas de dreadlocks et que ses ancêtres n’ont pas gardé les moutons dans les steppes de Hongrie, je peux donc assurer qu’elle n’est pas un puli. Mais un caniche, je ne sais pas. Faudrait poser la question à Didier Super, qui est expert.

Après cet intermède musical, revenons à nos questions d’actu et tâchons de répondre à la seconde : Jean-Luc Mélenchon est-il sartrien ? Et là je vous réponds sans digression inutile : un peu mon neveu ! Procédons par syllogisme, comme le faisaient les Grecs d’avant la BCE et le FMI.
Marine est anticommuniste
Jean-Paul Sartre a écrit que tout anticommuniste est un chien
Donc Marine est un chien.
Les moins endormis d’entre vous l’auront remarqué, ce raisonnement n’atteste pas de la caninitude de la présidente du FN. En revanche, il prouve, sans contestation possible, l’imprégnation sartrienne de la pensée mélenchoniste. CQFD.
Cela dit, Jean-Luc et ses amis devraient faire attention à leurs comparaisons animalières, dont je ne suis pas si sûr qu’elles dégradent, in fine, la cote de popularité de Marine Le Pen : en l’état actuel de l’Etat, les Français ont une bien meilleure opinion de leurs chiens que de leurs politiciens.

À la recherche de Virginie Des Rieux

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eric dussert foret

eric dussert foret

À la question « Pourquoi écrivez-vous ? », Beckett répondait : « bon qu’à ça ». Quelques-uns, adeptes des gros tirages, parlent du bien-être des lecteurs. D’autres apprécient de voir leur livre sur la plus raffinée des courbes d’une demoiselle en bikini, paressant sur le bord de la piscine d’un palace du sud-ouest de la France. On imagine enfin qu’il est délicat d’être épinglé, papillon éphémère,  par Eric Dussert dans Une forêt cachée, un recueil dont le sous-titre dit tout : 156 portraits d’écrivains oubliés.
On aime beaucoup ces livres-là. On dirait des herbiers, pleins de trouvailles et de raretés. On se souvient de La liberté de blâmer de Renaud Matignon, Mon histoire de la littérature française contemporaine de Jacques Brenner,  Solderie de Patrick Besson ou, dernièrement, de Premier bilan après l’apocalypse de Frédéric Beigbeder.
Dussert, lui, s’intéresse à ceux qu’on ne trouve plus, ou peu, en librairie. Dans ses mots, les écrivains sont entre eux, chez eux. Ça les change à l’heure où, dans l’esprit des éditeurs ou des acheteurs de Musso et Delacourt, ils ne comptent pour rien. De Bernard de Bluet d’Arbères (1566-1606) au pataphysicien Michel Ohl, Dussert trace à travers le temps, le suspend pour nous offrir des phrases perdues, des silhouettes, des destins chaotiques.
Au hasard des pages, on croise ainsi un De Beauvoir, qui ne se prénomme pas Simone mais Roger. « Un mondain brillant et un aimable chroniqueur » qui a publié en 1860, chez Lévy frères, Les soirées du Lido. On a envie, tout à coup, d’aller flâner du côté des étals des bouquinistes, de chercher sous les piles et la poussière. Avec de la chance, on tombera sur des poèmes de Tristan Derême, l’ami de Paul-Jean Toulet. Cités par Dussert, ses vers à la grâce enfantine nous enchantent : « Goûte à l’heure qui sonne … / Et souris à la vie avec des yeux contents. » Maurice Dekobra, surnommé « Le Paul Morand des midinettes » dans l’entre-deux guerres, serait en droit de s’énerver. Lui, un « oublié » ? Tous ses ouvrages étaient des best-sellers. Des bandeaux ornaient ses couvertures : « Vous avez aimé Madame, le nouveau roman de Maurice Dekobra, savez-vous qu’il a été vendu, à travers le monde, plus de 1 500 000 exemplaires de ses ouvrages précédents ? » Son honneur de jetsetteur oldscoule est sauf, toutefois : La Madone des sleepings a reparu dans une collection de poche en 2010.
À la suite de Dussert, guide de haute lignée littéraire, on relit les Nouvelles en trois lignes de Félix Fénéon. On tchine avec Remy de Gourmont, auquel Charles Dantzig a consacré son premier et meilleur livre, en 1990, aux éditions du Rocher. Des demoiselles passent : Marie de la Hire, Irène Hillel-Erlanger, Valentine de Saint-Point. Attention, ne pas chercher querelle à Valentine, qui écrivait : « Femmes, trop longtemps dévoyées dans les morales et les préjugés, retournez à votre sublime instinct, à la violence, à la cruauté. » Avec Pierre Bost, on parle de Jean Aurenche et Claude Autant-Lara. Lointaine époque où les films français étaient écrits avant d’être tournés. On fait attendre André de Richaud et Pierre Frondaie pour une bonne raison : Virginie Des Rieux, le portrait le plus touchant de Dussert.
Blonde comme France Gall chantant Laisse tomber les filles, miss Des Rieux fut la starlette des lettres à la fin de l’été 1965. Son roman, La Satyre, mettait en scène une jeune aristo qui n’a pas froid aux yeux. Virginie, non plus, n’avait pas peur de grand-chose. Marchande de chemises à Saint-Tropez, elle voulut attaquer en reconnaissance de paternité Johnny Hallyday. Peut-être n’avait-il pas lu Chandeleur et Dorothée, second roman de Virginie ? En 1972, elle posa en maillot de bain rouge dans les pages de Playboy. On est, depuis, sans nouvelles d’elle.
À la question « Pourquoi écrivez-vous ? », finalement, Dussert donne envie de répondre : pour être oublié et se glisser dans Une Forêt cachée, à la recherche de Virginie Des Rieux.

Eric Dussert, Une forêt cachée, La Table Ronde, 2013

Photo : DigitalParadox.

La contre-culture, tout contre

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contre culture barbey debord

contre culture barbey debord

Ouvrons d’abord L’Ensorcelée de Barbey d’Aurevilly, écrivain dandy, catholique et réactionnaire, dont les Romans reparaissent en Quarto dans la remarquable édition de Judith Lyon-Caen. On tombe, dès la première page, sur une description de la lande de Lessay. Pour Barbey, ce paysage fait partie des « haillons sacrés qui disparaîtront au premier jour sous le souffle de l’industrialisme moderne ; car notre époque, grossièrement matérialiste et utilitaire, a pour prétention de faire disparaître toute espèce de friche et de broussailles aussi bien du globe que de l’âme humaine ».
Intéressons-nous ensuite à ce que dit Guy Debord, le critique de la « société du spectacle », dont il est souvent question dans Contre-cultures !, un collectif sous la direction de Christophe Bourseiller et Olivier Penot-Lacassagne. Debord, dans In girum imus nocte et consumimur igni, note, à propos de ses contemporains : « Ils sont transplantés loin de leurs provinces ou de leurs quartiers, dans un paysage nouveau et hostile, suivant les convenances concentrationnaires de l’industrie présente. Ils ne sont que des chiffres dans des graphiques que dressent des imbéciles. »
Tout de même, cet air de famille a quelque chose de troublant qui ne pouvait que stimuler le mauvais esprit de Causeur. Voici Barbey et Debord communiant dans la même détestation de leur époque respective. Est-ce à dire que Barbey d’Aurevilly le monarchiste était un « situ » ? Et Debord le révolutionnaire, un antimoderne ? Léon Daudet et Philippe Muray ont bien montré qu’une certaine bêtise mortifère propre au « stupide XIXe  siècle » avait su se métastaser jusqu’à nos jours. Et si la contre-culture, selon Bourseiller et Penot-Lacassagne, a bien été cette protestation protéiforme contre un temps béatement persuadé de son excellence, alors pourquoi ne pas considérer Barbey, écrivain marginal à la postérité tardive, comme son pionnier involontaire et paradoxal ? Cette filiation paradoxale n’efface pas les différences entre le situationniste et le réactionnaire, mais elle devrait au moins troubler les amateurs de représentation binaire du monde.[access capability= »lire_inedits »] Au risque de devoir faire le deuil de quelques illusions progressistes, ils devraient aussi se demander si, à une époque où la rébellion est une profession et Rimbaud un logo, l’idée même de contre-culture a encore un sens. Il est certes bel et bon d’être « contre ». L’ennui, c’est qu’on ne sait plus très bien contre quoi.
Finalement, c’est la même et belle histoire depuis le  romantisme et le surréalisme. Aux marges de sociétés étouffantes, des jeunes gens rêvent de changer la vie par l’art, un art total qui s’exprimera simultanément dans le roman, la poésie, la peinture, la musique, le théâtre et, plus tard, le cinéma. Dans la fraîcheur lustrale de leurs commencements, ces cœurs rebelles chassent en meute les académismes de leur temps avant de devenir à leur tour, en vieillissant, des classiques. C’est la loi du genre : la subversion, comme la jeunesse, est éphémère et la plupart des avant-gardes, à force de se répéter, finissent tristement dans l’histrionisme officiel et subventionné. C’est en ce sens, par exemple, que Guy Debord disait des colonnes de Buren qu’elles étaient le symbole d’un « néo-dadaïsme d’État ».
« Enfant, certains ciels ont affiné mon optique », peut-on lire chez Rimbaud. Ce désir de transformer le monde par une nouvelle façon de le dire, de le voir, de le chanter, s’est incarné après la Seconde Guerre mondiale dans un phénomène analysé dès 1968 par l’universitaire américain Théodore Roszak sous le nom de « contre-culture ». Roszak limitait son analyse à la jeunesse américaine de l’époque, qui combattait par tous les moyens esthétiques et politiques une nation qui perdait ses restes d’innocence au Vietnam. C’était le temps des hippies, du « flower power » et du « summer of love ». On écoutait Grateful Dead en lisant Marcuse, et tout était merveilleusement possible.
Dans Contre-cultures !, Bourseiller et Penot-Lacassagne montrent le caractère pluriel du phénomène à travers des contributions consacrées à tous les mouvements qui peuvent, peu ou prou, s’y apparenter. Cela donne à cette somme universitaire une allure plutôt plaisamment baroque : Timothy Leary, inventeur du LSD et des trips psychédéliques, côtoie l’Internationale situationniste et ses dérives psycho-géographiques tandis que les errances des grands maîtres de la « Beat Generation » comme Kerouac, Burroughs et Ginsberg font écho au cinéma expérimental de Chris Marker et de Peter Watkins. 
Aujourd’hui, impossible de l’ignorer, « le rêve a fraîchi » – Rimbaud encore. De l’art contemporain à l’« esprit Canal+ » en passant par le mouvement Femen, on voit partout, exposés en pleine lumière médiatique, les signes de la contre-culture, mais certainement pas la contreculture elle-même. Et ce barnum n’est visiblement plus animé par des artistes maudits mais plutôt par ceux que Muray appelait les « mutins de Panurge » et Debord les « petits agents spécialisés de la pseudo-critique ».
Le problème n’est donc plus seulement celui de la récupération de la contre-culture, ce qui a toujours existé. C’est de savoir si la notion même de contreculture a encore une pertinence. Jean-François Bizot, le patron d’Actuel, titre phare de la « free press » à la française, pouvait encore dire, en 2001 : « C’est en secret que tout repousse. » Une décennie plus tard, ce secret, cette ombre, éléments indispensables à l’écosystème de la subversion, semblent bel et bien avoir disparu. Et avec eux, logiquement, la contre-culture tout entière.[/access]

Contre-cultures !, sous la direction de Christophe Bourseiller et Olivier Penot-Lacassagne, CNRS, 2013.

Fario : le style contre le spectacle

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Si vous estimez l’exposition Debord de la Bibliothèque nationale trop officielle pour être honnête et que vous avez d’ores et déjà épuisé l’œuvre intégrale d’Annie Le Brun, il vous reste un dernier refuge de papier pour résister à  l’emprise du Spectacle. Cette thébaïde s’appelle Fario. Quitte à publier des traductions de Rosa Luxembourg, la revue dirigée par Vincent Pélissier se veut résolument artistique. Dostoïevski aurait dit de ses auteurs qu’ils vivent leur présent littéraire en fonction d’un passé sensible qui ne reviendra plus. Son douzième numéro confirme sa vocation initiale : au milieu de l’abondance de biens culturels, exprimer « la singularité d’un ton, d’une vision, d’une présence, s’opposant à tout ce que le monde fabrique d’uniforme et de choses mort-nées » contre « le flux du spectacle ». Fario nous offre notamment « Au fond de la couche gazeuse », un superbe texte en prose de Baudouin de Bodinat, auteur de La Vie sur Terre. Ses autres contributeurs alternent inspiration poétique et méditations mélancoliques en se maintenant à distance des froideurs de l’idéologie comme du formalisme creux, ces deux irréductibles ennemis de l’art. Les plus curieux y trouveront de belles réflexions sur la culture populaire qu’Horkheimer, Anders et Brecht tenaient en pleine seconde guerre mondiale dans leur refuge universitaire américain.
Et si la résistance « d’un petit bloc imprimé et assemblé dignement » était le meilleur antidote à l’acédie ?

Fario n°12, printemps deux mille treize, Les Belles Lettres.

 

Et les Juifs quittèrent l’Egypte…

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juifs egypte mourad

juifs egypte mourad

Le pays des pyramides sort de la première semaine d’exploitation commerciale du documentaire Juifs d’Egypte.  Il ne reste officiellement que quelques dizaines de juifs dans cette contrée où les tensions vont croissant entre Coptes et Musulmans. Les Juifs auraient été plus de 80 000 à vivre en Egypte dans les années 1940. Le sujet est sensible, aussi la sortie du film a a été d’abord empêchée tant la Sécurité d’Etat s’inquiétait du mot « juif ».
« Pour la Sécurité, le mot juif renvoie immédiatement à toute une imagerie d’espionnage pour Israël, de guerre froide, de paranoïa», explique Amir Ramses, le réalisateur.
Quand on dit « juif », en Egypte, on risque de susciter des réactions un brin surprenantes, comme l’illustre le micro-trottoir qui ouvre le documentaire. L’un des Cairotes interrogés répond ainsi qu’il aime beaucoup la célèbre chanteuse égyptienne Leïla Mourad, égérie de la révolution de 1952. Mais lorsque le cameraman lui apprend qu’elle était juive, le fan déçu répond qu’elle ne vaut plus rien.
Dans ces conditions, on comprend mieux pourquoi Amir Ramses, issu d’une famille égyptienne chrétienne, veut « se battre contre les stéréotypes ». Dans son documentaire, il interroge des témoins, anciens Egyptiens juifs expatriés, membres de la police dans les années 1950 et narre les histoires les plus rocambolesques des juifs d’Egypte, principalement du Caire et d’Alexandrie, dans les années 1940 et 1950.
On y retrouve des personnages émigrés (de force) en France, avec des figures aussi fascinantes qu’Henri Curiel. Fils de banquier, anticolonialiste internationaliste, biberonné à la langue française mais vrai patriote égyptien, ce dernier marque le film de son empreinte. Tout comme son fils naturel Alain Gresh et la comédienne Isabelle de Botton. Amir Ramses explique pourquoi il s’est polarisé sur des juifs égyptiens vivant en France : « J’y ai trouvé les deux communautés, ceux qui ont dû fuir juste parce qu’il étaient juifs, et ceux qui ont été persécutés en plus pour leur appartenance politique. J’ai pensé à la Suisse, mais ceux que j’ai retrouvés souffraient déjà d’Alzheimer. Et aux Etats-Unis, j’avais peu de chances de trouver des militants de gauche… » Le documentaire passe plus de temps avec les militants qu’avec les juifs « lambda » car ils avaient un vrai poids politique dans l’Egypte du siècle dernier – les créateurs des trois mouvements communistes de l’époque étaient tous juifs. Ces juifs de gauche antisionistes démontent plus d’un préjugé de leurs compatriotes restés au pays : « Vraiment, ils ont été emprisonnés parce qu’ils étaient communistes ? Ou parce qu’ils ne voulaient pas quitter l’Egypte ? Non, je ne crois pas ce que raconte le film, je pense plutôt que c’étaient des espions israéliens » entend-on dans la bouche de certains spectateurs dubitatifs à la fin de la projection.
Remontons le cours du temps. Après l’attaque franco-israélo-britannique contre l’Egypte en 1956, les juifs locaux ont été massivement expulsés ou déchus de leur nationalité. La propagande et la paranoïa alimentées par les quelques affaires d’espionnage pour Israël ont fait le reste.
Amir Ramses rapporte que « dans un journal culturel financé par le ministère de la Culture, on lit que mon documentaire essaie d’embellir l’image des juifs d’Egypte. Ce même critique avait dit en 1999 des cinéastes qui s’attaquaient au problème de l’excision qu’ils étaient financés par l’étranger pour détruire les coutumes égyptiennes ».
Pourtant, tous les témoins interrogés se souviennent avec nostalgie de cette époque d’avant la création de l’Etat d’Israël. Apparurent les premières agressions envers la communauté juive avant que l’arrivée au pouvoir des Officiers libres en 1952 ne pousse à l’exil nombre de riches propriétaires, banquiers et bourgeois, juifs ou non. Peu d’Égyptiens israélites choisirent alors Israël, beaucoup goûtant assez peu l’idée d’aller travailler dans un kibboutz. D’une manière générale, toutes les confessions cohabitaient paisiblement et célébraient leurs fêtes conjointement.
À la sortie de la projection, un Égyptien musulman m’a confié : « Je regrette que le documentaire n’ait pas davantage montré à quel point les juifs étaient partie intégrante de la société, à quel point leur départ a fait drôle à tous leurs voisins qui subitement se sont retrouvés avec leurs commerçants, leurs voisins de palier, chassés, partis. »
C’est sous la pression des médias et du Syndicat des cinéastes que le film a finalement pu obtenir l’autorisation de diffusion et sortir dans trois salles en Egypte. Le Ministère de la Culture a tout de même demandé à ce que le documentaire soit précédé d’une présentation pince-sans-rire, précisant que le documentaire n’est qu’« une création de l’imagination du cinéaste ». Sic transit gloria mundi.

Les Cités d’or brillent encore !

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mysterieuses cites or

mysterieuses cites or

Les mystérieuses Cités d’or reviennent pour une nouvelle saison inédite à partir du 7 avril chaque dimanche et mercredi sur TFOU, l’émission jeunesse de TF1. Ce dessin-animé franco-japonais des années 80 n’a rien à voir avec l’actualité politico-juridico-fiscalo-impudique de ces derniers jours. Même si le générique parlait déjà « des hommes à la recherche de  fortune » ou de « richesse soudaine » et que les premiers épisodes furent diffusés au moment où François Mitterrand opérait son tournant de la rigueur. À cette époque-là, les enfants nés dans les années 70 ne pensaient pas que la France serait, un jour, plombée par la faillite de ses élites et que l’indécence de sa classe politique lui donnerait la nausée. Et pourtant, ils auraient dû être plus attentifs aux messages subliminaux de cette série devenue culte. Car derrière le cadre historique, le XVIe siècle et ces grands voiliers qui partaient à la conquête du Nouveau Monde, il était bien question de l’âpreté au gain, inhérente à toute activité humaine. Nous étions alors trop jeunes, trop naïfs, captivés par cette musique hypnotique et fascinés par les mystères de la Cordillère des Andes.
Les Cités d’or, c’est la Madeleine de Proust des (à peine) quadras, le temps béni de RecréA2, de Groquik, d’Ulysse 31, des Majorette, des Big Jim, de Super Jamie, de Steve Austin, d’Albator et du Videopac. Les moins de 30 ans n’ont pas connu cette bulle spatio-temporelle où les aventures d’Esteban, Zia et Tao réchauffaient les foyers français dans les premières brumes de la mondialisation. Les plus vieux ne comprenaient pas pourquoi des gamins restaient collés des heures devant leur poste de télévision. Ces japoniaiseries commençaient tout juste à exciter nos « intellectuels ». Quand on a perdu sur le terrain des idées, qu’on a été incapable de « changer la vie », il est facile de s’attaquer aux dérives de la télévision. C’est à l’aune de ces combats d’arrière-garde que l’on a, très tôt, jugé notre Intelligentsia médiatique. Pathétique et dérisoire.
Aujourd’hui, ces discours enflammés contre la violence des dessins animés feraient sourire tant la télévision commerciale a enfanté bien d’autres monstres. Nous étions encore inconscients et heureux. Nous étions même devenus incollables sur la civilisation Inca, le Grand Condor, le peuple Mu, cette autre Atlantide engloutie dont Tao était le dernier descendant. Et puis ces noms Pichu, Mendoza, Pedro, Sancho ou l’inquiétant Pizarro, étaient aussi déroutants à nos chastes oreilles que la parution de Spinoza encule Hegel de Jean-Bernard Pouy. Mine de rien, Esteban, le fils du soleil nous ouvrait au monde et à l’histoire. Ce n’est pas donné à tous les professeurs, reconnaissons-lui au moins ça. Chaque épisode était suivi par un documentaire assez bien construit afin que nous nous intéressions à autre chose dans la vie que la création récente des TUC (Travaux d’Utilité Collective). Le succès du dessin animé n’aurait pas été aussi fort sans la voix caverneuse de Jean Topart qui en assurait les commentaires.
Quelques années plus tard, en allant voir Poulet au vinaigre de Claude Chabrol au cinéma, nous pûmes mettre un visage sur lui. Nous sommes donc un peu fébriles à l’idée de voir cette suite comme si nous devions retrouver, trente ans après, un amour de jeunesse. Les désillusions peuvent être terribles de part et d’autre. Pour Jean-Luc François, le réalisateur de ces nouvelles Mystérieuses Cités d’or, l’objectif était de « moderniser sans trahir ». On retrouvera demain, avec angoisse et beaucoup de plaisir, nos fidèles compagnons d’enfance dans une taverne de Barcelone. Ils ont décidé, cette fois-ci, de partir en Chine, à la découverte de ce nouvel eldorado. Suivons-les, ils ont toujours été de bons guides visionnaires.

Des chiffres, mais aussi des lettres

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alain finkielkraut anglais

alain finkielkraut anglais

Revenant sur vingt-cinq années d’enseignement de la philosophie et de l’histoire des idées à l’École polytechnique, Alain Finkielkraut déclarait récemment[1. Le Monde, 14 mars 2013.] à propos de ses étudiants : « Comme ils n’ont pas l’habitude de la parole, il faut parfois les bousculer un peu. Cela tient peut-être à l’enseignement exclusivement scientifique qu’ils ont reçu. » Et d’insister sur la nécessité, dans le secondaire, de la lecture et de la récitation, qui apprennent « à poser la voix, à aimer la langue et à placer leur propre parole sous la surveillance de la langue littéraire ».
« Placer leur propre parole sous la surveillance de la langue littéraire. » C’est cette formulation qui m’a frappé. On se doute bien que Finkielkraut, en employant le mot de « surveillance », n’en appelle pas à un effet d’intimidation (et il n’est pas douteux que cela ait pu être vécu comme tel dans une certaine façon d’enseigner les humanités classiques), mais bien plutôt à une confrontation, à un défi, à une forme peut-être de ce que Rémi Brague, évoquant la fascination de la Renaissance pour les lettres gréco-latines, appelait un « dénivelé fondateur ».[access capability= »lire_inedits »] Finkielkraut le dit de la littérature ; on n’en dira pas moins de la langue des philosophes. Il pèse aujourd’hui non seulement sur la langue française, mais sur le fait même de la parole (écrite ou orale), un sentiment diffus de menace et de désagrégation. Les symptômes en sont multiples. Je n’en évoquerai que deux, délibérément disparates. On peut évoquer tout ce qui – des affiches publicitaires à l’enseignement supérieur, au monde des affaires et de la technique, sans parler de la haute administration et maintenant du cours préparatoire – vise à tout soumettre à l’anglais ; comme si l’on voulait à tout prix déporter les divers peuples européens hors des langues dont ils sont héritiers. Or, si l’apprentissage d’une autre langue est en principe enrichissant, l’adoption (plus ou moins contrainte, plus ou moins acceptée) d’une langue imposée joue à l’inverse. Un autre terrain de réflexion concerne les évolutions de la parole publique. Nul ne s’étonne plus que les politiques de tous bords se soient mis à twitter avec un bel ensemble et une belle docilité ; ils semblent même en être fiers. Personne ne se demande ce que cette forme d’expression, par définition sommaire et par réflexe hâtive (donc irréfléchie), déforme ou amoindrit, dans ce qu’on pourrait appeler un véritable « devenir basse-cour de l’agora ». Ce ne sont là que deux exemples, je le redis, de ce qui affecte aujourd’hui non pas tant la « belle langue française » que le rapport de chacun avec la langue et l’expression, et leur réduction à l’efficience immédiate et pratique.  
Je me souviens d’une réflexion faite en 2007 par celui qui était alors le candidat Sarkozy à propos de l’étude des littératures anciennes : « Le plaisir de la connaissance est formidable, mais l’État doit se préoccuper d’abord de la réussite professionnelle des jeunes », disait-il ; et d’insister sur les crédits prioritairement alloués à l’informatique, aux mathématiques, aux sciences économiques. C’est dans la même logique qu’on parla ensuite, pour simplifier les concours de l’administration, d’« employés ajustés au poste ».
Alors oui : « Placer sa propre parole sous la surveillance de la langue littéraire », ou, pour élargir l’expression de Finkielkraut, de la langue en ses plus hautes élaborations. La fréquentation des grands textes n’est pas un luxe d’érudit, n’est pas une fuite hors de l’actuel, elle n’est même pas seulement l’acquisition d’un savoir : elle est l’expérience d’une langue séparée (par les siècles, par la forme), d’un autre ordre du dire, d’une distance appelant à un parcours, d’une prise de conscience de ce qu’on met en jeu. Rien n’est plus actuel ; et rien probablement, malgré les apparences, n’est plus urgent.[/access]

*Photo : Brave Heart.

Sahib teri bandi

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Qu’on me suive ou qu’on me zappe : cette fois-ci, j’ai décidé de sauter du coq à l’âne. Commençons par le coq. Dans l’Ancien Testament, le succès en ce bas monde est signe de bénédiction divine. Celui qui possède beaucoup de bétail et un puits d’eau claire est aimé de Yahvé. Rien n’a changé depuis : Freysinger triomphe et soudain l’élu est lu et son catogan sanctifié, les journalistes envahissent sa cuisine et il se découvre des légions d’amis de toujours.
Il n’en a pas toujours été ainsi et c’est ici qu’on passe à l’âne. Lorsque j’ai eu l’idée saugrenue – pour l’époque – de consacrer un essai au seul phénomène politique intéressant en Suisse romande (Oskar et les minarets, éd. Favre, 2010), la presse offusquée l’a tout bonnement ignoré. À la TSR, tout de même, je fus convié à une émission de débats où chacun devait présenter son nouvel ouvrage. En arrivant sur le plateau, je m’aperçus – ô surprise! – que les autres invités avaient tous un exemplaire, annoté, de mon livre ! Le guet-apens pour le mal-pensant, qui plus est en direct. Que faire à un contre cinq ? La meilleure défense étant l’attaque, je demandai d’emblée à ces belles âmes de me dire ce qui était imprimé sur le t-shirt que je portais, par chance, ce soir-là. « Euh… — Ben… — C’est du russe ?  » Non. C’était l’alphabet cyrillique serbe de trente lettres, l’écriture d’une des grandes communautés immigrées de ce pays. Ils ignoraient sans doute que les Serbes eussent un alphabet propre. Comme ils ignorent l’histoire et les mœurs des Albanais ou des Tamouls. Tout ce qu’ils savent, c’est qu’ils sont « pour ». Et contre l’obscurantisme UDC. Cette petite gêne remit la balle au milieu du terrain et l’on put causer.
L’adhésion rationnelle à des principes masque souvent une insensibilité intérieure à ce qu’ils impliquent. Le sectarisme interne se double en Occident d’un aveuglement plus grave encore face au reste du monde. Nous courons au conflit terminal en réduisant (délibérément) tout le monde musulman à des régimes de fadas sanguinaires, la Russie à une dictature kagébiste et la Chine à une dévorante termitière. À quand remontent les dernières approches nuancées de ces univers-là ? Cela vous semble abstrait ? Voyez Chypre. Des Grecs mal rasés lessivant le butin de Russes adipeux, c’est plus aisé à détrousser que des Allemands proprets. Mais les Boches y passeront à leur tour, justement à cause de leur morgue et de leur indifférence à l’autre.
Le coq et l’âne baignent tous deux dans la lumière égale du Créateur. Notre rationalisme dissèque au lieu d’unir et la morale est son scalpel. D’où notre bêtise qui étonne les voyageurs persans.
Au fait : cherchez *Sahib teri bandi* sur YouTube. Vous trouverez un chant traditionnel de Nusrat Fateh Ali Khan (« Seigneur, je suis ta servante ») et sa version électrique par le génial guitariste Derek Trucks. Et dites-moi, entre la joie du soufi pakistanais et la concentration monacale du jeune sudiste blond, ce qui vous parle le plus. La seule vraie connaissance est là.

De Cahuzac à Houellebecq

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houellebecq jerome cahuzac

houellebecq jerome cahuzac

La France fait beaucoup d’efforts pour se faire détester et se détester, ce qui revient finalement au même. Mais elle reste, au moins, une nation littéraire. C’est ce qui la sauvera toujours à nos yeux.
Avec le délai de décence qui s’impose, il sera intéressant de voir quel parti pourront tirer les romanciers de l’affaire Cahuzac ou plutôt de ce moment assez étrange où l’homme inflexible mentait aux autres autant qu’à lui-même. « Je n’ai jamais eu de compte en Suisse » était une vérité pour Jérôme Cahuzac au moment où il l’énonçait devant le président, le premier ministre, la représentation nationale, les médias. Ce déni de la réalité, quel  filon pour le romancier épris de psychologie des profondeurs !
Il faut imaginer Jérôme Cahuzac se mentant à lui-même, d’abord et avant tout, se conformant à l’image publique de l’homme inflexible, champion de la rigueur de gauche, terrorisant ses collègues avec ses arbitrages tombant de toutes les hauteurs de Bercy, le vrai lieu de ce qu’il reste du pouvoir aujourd’hui. Jérôme Cahuzac a craqué, comme on dit, mais vu la psychorigidité si manifeste du personnage, il a plutôt cassé dans un effondrement d’autant plus spectaculaire (ses proches disent qu’ils craignent de sa part « une bêtise ») que son attitude avait jusque-là gardé cette sérénité froide, presque hautaine. Une sérénité qui n’avait rien à voir avec un quelconque sentiment d’impunité et tout avec, encore une fois, cette certitude schizophrène que génère l’exercice de hautes responsabilités. On est tellement habitué à créer et modifier la réalité par ses décisions que décider que l’on n’est pas coupable suffit pour un temps, mais au prix de quels refoulements, à penser que vraiment, on n’est pas coupable.
Jérôme Cahuzac, héros de roman, n’est pas Raskolnikov, le sentiment de culpabilité ne l’a pas habité pendant des centaines de pages. Il est plutôt du côté des romans de l’ère du soupçon, en proie au solipsisme. Le solipsiste, celui pour qui le réel est une projection de sa conscience et dont Schopenhauer disait qu’il était « un fou enfermé dans un bunker ».
Cahuzac intéresserait-il Houellebecq ? Sans doute. Si nous citons ici l’auteur d’Extension du domaine de la lutte, c’est que lorsque que les gazettes ne parlent pas de Cahuzac, elles parlent de Houellebecq ! Oui, la France est ce pays où la parole d’un écrivain peut encore avoir une importance telle qu’elle fait la Une d’un quotidien et emplit de bruissements les news magazines, et pas seulement dans les pages culture ! Alors, Houellebecq, ancien exilé fiscal irlandais, de retour en France, serait-il l’objet d’un obscur scandale ?
Pas du tout, il va juste sortir le 17 avril… un recueil de poésie, Configuration du dernier rivage. Oui, vous avez bien entendu, un recueil de poésie ! La poésie contemporaine, en France, n’intéresse plus, même quand elle est écrite par de grands vivants qui ont déjà leur place dans les manuels, comme Jacques Réda ou Philippe Jaccottet, que quelques centaines de lecteurs. Là, Houellebecq va nous refaire le coup de Victor Hugo publiant Les Contemplations en 1856 et épuisant le tirage en une journée. On l’interroge sur tout, l’islam, la politique, le prix du mètre carré, le guide Michelin, et même… la poésie. Et c’est tant mieux pour la poésie qui est la raison du monde.
Décidément, il est bien étrange ce pays fragile qui est le nôtre où les ministres du Budget pourraient devenir des personnages de roman et où un poète fait la Une.
J’y vois, pour ma part, en ces temps assez inquiétants, un signe d’espérer. Mais il est vrai que l’image que je me fais du Paradis est une bibliothèque…

*Photo : Riverside Agency.

Taddeï au pilori

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patrick cohen taddei

patrick cohen taddei

Le 12 mars, sur le plateau de « C à vous », sur France 5, Patrick Cohen s’est livré en direct à un violent réquisitoire contre Frédéric Taddeï. Son propos portait principalement sur les invités de « Ce soir (ou jamais !) », certains d’entre eux n’étant pas suffisamment démocrates à ses yeux. L’animateur de « CSOJ » lui a répondu qu’animant une émission de service public, il s’interdisait de censurer un courant de pensée pour peu qu’il soit légal.
La vidéo de l’échange a connu un franc succès sur la Toile, et Taddeï a été déclaré vainqueur par une écrasante majorité des internautes.
Il s’est heureusement trouvé quelques voix éclairées pour résister à ce populisme cathodique, en particulier celle de Bruno Roger-Petit qui a courageusement volé au secours de Cohen (ce n’est pas trop le genre de « BRP » de chasser seul, ni le premier, il est plutôt : « Je fais comme les copains »).[access capability= »lire_inedits »] Trois jours plus tard, il s’étranglait sur « Le Plus-Nouvel Obs » à cause de l’invitation, la veille, d’Anne-Marie Le Pourhiet. Pour donner plus de poids à son absence d’argumentation, il travestissait à l’envi les propos de ce professeur de droit public et amie de la maison en faisant croire qu’elle avait « assimilé les gays à des singes » sur Causeur.fr[1. Il faut dire que pour « BRP », Causeur (et la patronne) semblent faire office d’objet transitionnel (de « doudou » quoi), bien qu’il semble avoir élargi sa liste de suspects.] ! – bien sûr, pourquoi se priver de deux calomnies pour le prix d’une ? « BRP » tient ses livres à jour : « La gauche socialiste et social-démocrate, la gauche socialiste et républicaine, la gauche libérale et sociale, n’est jamais la mieux représentée et incarnée chez Taddeï. » Un comptable et un flic dans la même personne, ça ne se rencontre pas tous les jours.
La conclusion de l’adjudant Bruno est un appel au secours – et aux autorités compétentes : « La question qui se pose aujourd’hui est limpide : en son état actuel, “Ce soir (ou jamais !)” assure-t-elle une représentativité des débats et des idées propres à notre société contemporaine, digne de ce que l’on peut attendre du service public ? » Sur Twitter, cette saine démarche régulatrice a promptement reçu le renfort de deux autres amis du pluralisme, Sylvain Bourmeau, directeur adjoint de Libération, et Josyane Savigneau, ex-directrice du Monde des livres.
À « question limpide », réponse lumineuse : la juste place de Taddeï est à Pôle Emploi. Ce que réclament la vox populi et la morale publique, c’est une grande émission culturelle de service public animée par Bruno Roger-Petit avec plein de chroniqueurs de toutes les opinions de gauche dedans, genre Cohen (eh, pas Marco, hein !), Bourmeau et Savigneau. Peu importe que le bon peuple (qui est en fait très mauvais) leur préfère Zemmour et Taddéï. Vous avez médiatiquement raison puisque vous êtes politiquement minoritaire.[/access]

*Photo : Ce soir ou jamais.

Marine Le Pen est-elle un caniche ? Jean-Luc Mélenchon est-il sartrien ?

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Après le volet financier, le volet politique, le volet métaphysique, voilà que s’ouvre sous nos yeux ébahis un volet vétérinaire de l’affaire Cahuzac, grâce à l’amusant Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon. « Les aboiements de Marine Le Pen sont bien ceux d’un caniche fidèle », écrit en effet le Parti ce jeudi, dans un communiqué solennel intitulé « À la niche ! »
Toutes les pensées mélenchoniennes méritant commentaire circonstancié, je dégagerai de cette prise de position burnée deux questionnements concomitants : Marine Le Pen est-elle un caniche ? Jean-Luc Mélenchon est-il sartrien ?
À la première de ces deux questions, nous nous garderons bien de répondre. Je suis trop vieux pour parler des choses que je connais peu ou mal – ce qui, by the way, me disqualifie pour l’exercice de la profession de journaliste, mais bon.
Je ne sais pas grand chose sur les chiens, et donc sur les caniches – que je confonds d’ailleurs régulièrement avec les bichons. Le seul chien que j’ai un peu fréquenté ces dernières années s’appelle Gamo, c’est le bondissant puli d’une amie, qu’elle met un point d’honneur à ne jamais tenir en laisse dans Saint-Germain-des-Prés, au grand effroi des commerçants du quartier (sauf au Flore et chez Louboutin, c’est pas si difficile de reconnaître une bonne maison).
Si vous avez la flemme d’aller voir chez wiki à quoi ressemble un puli, ce que je vous  pardonne volontiers – tout ce qui est cossard est nôtre – sachez qu’on dirait une sorte de gros caniche jamaïcain, sauf qu’il est beaucoup trop cocasse, intelligent et énergique pour être sous l’emprise du cannabis et qu’en plus il n’est pas d’origine caribéenne mais de race 100% magyare, dixit Viktor Orban, qui s’y connaît.


Comme Marine n’a pas de dreadlocks et que ses ancêtres n’ont pas gardé les moutons dans les steppes de Hongrie, je peux donc assurer qu’elle n’est pas un puli. Mais un caniche, je ne sais pas. Faudrait poser la question à Didier Super, qui est expert.

Après cet intermède musical, revenons à nos questions d’actu et tâchons de répondre à la seconde : Jean-Luc Mélenchon est-il sartrien ? Et là je vous réponds sans digression inutile : un peu mon neveu ! Procédons par syllogisme, comme le faisaient les Grecs d’avant la BCE et le FMI.
Marine est anticommuniste
Jean-Paul Sartre a écrit que tout anticommuniste est un chien
Donc Marine est un chien.
Les moins endormis d’entre vous l’auront remarqué, ce raisonnement n’atteste pas de la caninitude de la présidente du FN. En revanche, il prouve, sans contestation possible, l’imprégnation sartrienne de la pensée mélenchoniste. CQFD.
Cela dit, Jean-Luc et ses amis devraient faire attention à leurs comparaisons animalières, dont je ne suis pas si sûr qu’elles dégradent, in fine, la cote de popularité de Marine Le Pen : en l’état actuel de l’Etat, les Français ont une bien meilleure opinion de leurs chiens que de leurs politiciens.