Accueil Site Page 2686

Expertisons les experts

57

Quand j’étais enfant, « amoureux de cartes et d’estampes », le monde était simple et la carte de l’Europe aussi. Il y avait un côté tout bleu, à l’Ouest. C’était nous, les bons. On avait la démocratie, le plein emploi ou presque, la liberté d’expression, le multipartisme, la libre entreprise et tout le toutim.

A l’Est, c’était tout rouge. Les communistes, les mauvais, avec l’URSS gigantesque qui les surveillait de près. Eux, ils avaient des vraies dictatures. Ces hypocrites les appelaient républiques populaires ou démocratiques et elles étaient, il faut bien le dire, assez peu démocratiques et assez peu populaires.

Les communistes avaient aussi le plein emploi mais on nous expliquait que c’était pas du jeu, qu’ils étaient à trois à tondre la pelouse d’un jardin public. En plus, ils ne pouvaient pas dire ce qu’ils voulaient, lisaient un seul journal et ne votaient jamais. Comme le dit fort justement Jean Dujardin dans OSS 117 : Rio ne répond plus à une jolie agente du Mossad qui ose lui faire remarquer en 1967 que le Brésil est une dictature : « Une dictature, comme vous y allez ! Vous êtes bien sympathique, Dolorès, mais épargnez-moi vos analyses politiques… Savez-vous seulement ce qu’est une dictature ? Une dictature c’est quand les gens sont communistes, déjà. Qu’ils ont froid, avec des chapeaux gris et des chaussures à fermeture éclair. C’est ça, une dictature, Dolorès. »
Ce à quoi Dolorès répond : « – D’accord. Et comment vous appelez un pays qui a comme président un militaire avec les pleins pouvoirs, une police secrète et une seule chaîne de télévision dont toute l’information est contrôlée par l’État ?
– J’appelle ça la France, mademoiselle. Et pas n’importe laquelle ; la France du général de Gaulle. »

Passons sur ce scandaleux relativisme et arrivons à la chute du Mur. Elle fut une bénédiction, on nous convainquit même qu’elle marquait la fin de l’Histoire. La liste des capitales à apprendre par cœur augmenta alors que des pays disparaissaient du dictionnaire comme la Tchécoslovaquie, la Yougoslavie ou l’URSS en s’éparpillant façon puzzle de façon plus ou moins sanglante.

Aujourd’hui, quand on nous présente une carte de l’Union européenne dans les journaux, on se contente d’indiquer, après chaque élection chez l’un ou chez l’autre, le rapport de force droite/gauche sur le continent.
En bleu, les pays de droite. En rose les pays de gauche. Et des dégradés de bleu pour les pays gouvernant avec de grandes coalitions. Il n’y a évidemment aucune tâche rouge. Même la Grèce a rassuré tout le monde puisqu’elle a cédé à l’amicale pression des journaux, des télés, du FMI, de la Commission, de la BCE, de Berlin, de Londres, de Paris pour élire le Bon, le Beau, le Bien et la Raison réunis.
Les Echos ont ainsi, dans leur édition du 19 juin, publié une de ces cartes pour rassurer leurs lecteurs après la victoire totale et anxiogène du PS français aux législatives. La carte était titrée : La gauche, largement minoritaire en Europe. Ouf. Et effectivement, à part la France, la Belgique, la Slovénie, la Slovaquie, la Roumanie, le Danemark et Chypre, que du bleu plus ou moins foncé. Le moins foncé indiquait que si par hasard, il y avait des partageux au gouvernement, ils étaient bien contrôlés par les autres, qu’il ne fallait donc pas se faire de souci.

D’ailleurs, la légende de la carte expliquait très bien tout ça. Sauf qu’une nouvelle couleur était apparue. Une espèce de mauve qui n’existait pas auparavant, même avant la chute du Mur, et qui recouvrait la Grèce et l’Italie. Alors, quels sont ces pays ni de gauche ni de droite ? Figurez-vous qu’ils sont dirigés par « des gouvernements d’experts ». Eh, oui, des gouvernements d’experts…
Un expert n’est ni de droite, ni de gauche, il est un expert. Peu importe que ses analyses soient en général celles de la droite, son caractère d’expert lui confère une supériorité ontologique. Autrefois, un expert se contentait d’expertiser, maintenant il gouverne. Certes, il est moyennement élu par le peuple mais comme c’est un expert, on ne va pas l’embêter avec des broutilles qui prennent du temps et de l’argent. Alors qu’il suffit de mettre the right man in the right place. Comme Mario Monti en Italie ou Venizelos en Grèce qui furent experts chez Goldman Sachs. Banque dont on sait à quel point elle montra son excellence dans la gestion de la crise de 2008 et la création de produits financiers dérivés qui obligèrent le gouvernement US et la Fed à un renflouement financé par les milliards de dollars des contribuables. Mais foin de mauvaises querelles !

Cette carte des Echos est des plus encourageantes. A quoi bon continuer à diviser les Etats en droite et gauche alors qu’ils appliquent la politique des experts ? Pourquoi ne pas nommer directement des experts à la tête des Etats ? Et d’ailleurs, pourquoi des Etats, des nations, toutes ces antiquailles qui encombraient les cartes d’antan alors qu’on on pourrait les remplacer par des entités administratives et commerciales, sans racines, sans histoire, dans l’heureuse apesanteur d’un marché devenu l’horizon radieux et indépassable de l’humanité ? Oui, pourquoi ?

*Photo : edoardo.baraldi

Egypte : le non-coup d’Etat permanent

14

Le 17 Juin, le Conseil Suprême des Forces Armées (CSFA) égyptien promulguait unilatéralement  une série d’amendements constitutionnels. Aussi bien les commentateurs locaux que les journalistes étrangers ont-ils parlé de coup d’Etat. Anticipant l’élection du Frère Musulman Mohamed Morsi à la présidence de la République, l’armée aurait ainsi préalablement dépouillé la fonction présidentielle. Cependant, après revisionnage des épisodes du feuilleton égyptien et analyse des amendements constitutionnels, l’idée d’un coup d’Etat ne paraît pas valable.

Il s’agit plutôt d’un basculement : le pouvoir législatif se militarise alors que l’exécutif se civilise. Il n’est pas acquis que la clique du Maréchal Tantawi y gagne au change. Les pouvoirs du nouveau président déborderont en effet largement de la marge protocolaire : il nommera le Premier ministre, le gouvernement et les hauts fonctionnaires, représentera l’Etat à l’étranger et disposera d’un droit de veto sur les lois. Quant au gouvernement, en plus des classiques prérogatives ministérielles, il partagera l’initiative législative avec le CSFA. Dans la configuration politique précédente, c’est justement grâce à cette maîtrise de l’exécutif que l’armée était parvenue à anesthésier le parlement, bien aidée, il est vrai, par l’incompétence des Frères.

A la lecture du texte, les préoccupations des militaires semblent plus corporatistes et stratégiques qu’hégémoniques. L’armée verrouille le domaine de la Défense : elle s’accapare le Ministère et la nomination des hauts gradés, et s’arroge le dernier mot en cas de déclaration de guerre.

Concernant la rédaction de la constitution, l’armée s’attribue le droit de nommer la constituante, au cas où la Chambre ne parviendrait pas à un accord. En outre, si un article contrevient aux principes généraux des constitutions précédentes, les militaires peuvent suspendre le processus constituant. Toutefois, ces prérogatives sont contrebalancées par la nécessité de ratifier le document par référendum et le droit de suspension octroyé au président de la République.

Dans cette configuration, c’est à la Haute Cour Constitutionnelle qu’échoit la clé du processus constituant : elle tranchera les litiges soulevés par le président de la République et le CSFA. Certes, de sérieux doutent planent sur son impartialité après les arrêts du 14 Juin qui ont abouti à la dissolution du Parlement dominé par les Frères Musulmans, et à la confirmation de la participation au second tour de l’élection présidentielle du général Ahmed Chafiq, ultime Premier ministre de l’ère Moubarak. A cette époque, l’indépendance de la Cour avait été remarquée, avant qu’une purge la replace dans le giron du raïs en 2009.

Dans les prochaines heures, la Haute Commission électorale – dont la composition reproduit grosso modo celle de la juridiction constitutionnelle – rendra son avis sur les résultats de l’élection présidentielle. Déjà, les médias et l’équipe de campagne de Morsi annoncent le succès final de leur candidat tandis que la rumeur populaire et les partisans de Chafiq prédisent la victoire du général.

Les commentateurs verraient dans cette dernière hypothèse la confirmation du coup d’Etat militaire. Cela occulterait le fait que l’armée dirige le pays depuis la Révolution du 25 Janvier, l’élection de Chafik ne faisant que- brutalement- confirmer son emprise sur le sommet de l’Etat.

Mais si Morsi était proclamé président, on pourrait alors interpréter la dissolution du parlement et la promulgation des amendements constitutionnels comme un rééquilibrage musclé, destiné à prévenir la domination de la Confrérie sur la vie politique égyptienne et à protéger les plates-bandes de l’armée.

Un scénario plus fantaisiste verrait Moubarak revenir de sa fausse mort puis apparaître lévitant au-dessus de la Place Tahrir : il guérirait tous les maux de la société égyptienne grâce à l’émanation d’une lumière céleste. Au vu de la partouze médiatique actuelle, l’idée n’est plus si improbable au Caire…

*Photo : turtle5001tw

A poil avec Juppé

10

S’il y en a un que l’on n’imaginait pas avoir la verve d’Audiard, c’est bien Alain Juppé. Mais il faut croire que la défaite lui va bien au teint et lui donne soudain le sens de la formule. Et c’est Michel Rocard qui en a fait les frais. Le parangon de la deuxième gauche, aujourd’hui octogénaire charmant, continue en effet d’être sollicité par les médias qui confondent sagesse des grands anciens et gérontophilie.

Rocard a en effet cru bon de déclarer sur BFM qu’il fallait supprimer la dissuasion nucléaire qu’il a chiffrée de manière tout à fait fantaisiste à 16 milliards d’euros par an. Pourquoi ? Pour satisfaire aux exigences d’équilibre budgétaire, pardi ! C’est ça, un vrai européen social-libéral ou libéral tout court d’ailleurs. On n’aura plus de dette à la fin mais en même temps, on sera mort.

Juppé a donc tout de suite dégainé et fait remarque, pince sans rire : « Observez l’état du monde : il est paisible, il n’y a pas de menace, pas de risques de prolifération nucléaire…donc c’est bien le moment de se mettre à poil sur le plan de la défense »

Il a d’ailleurs été suivi dans sa réprobation par l’ensemble de la classe politique à l’exception, bien entendu, des Ecologistes qui, quand ils entendent le mot bombe atomique, sortent leur parapluie (pas nucléaire).

 

Causeur magazine n°48 est arrivé… sans se presser !

Après l’élection présidentielle, les législatives : en président « normal », François Hollande a surfé sur une vaguelette rose le 17 mai. Ainsi, depuis dimanche, loin de lanterner, nous n’avons pas chômé pour vous livrer sans (trop de) retard le dossier du tout nouveau Causeur magazine n°48. « Normal, trop normal », ce début de quinquennat s’ouvre sous des auspices contrastés.

Pour le géographe Christophe Guilluy – que j’ai eu l’honneur d’interviewer avec Gil Mihaely un an après son premier entretien chez nous – le nouveau président « a compris les revendications populaires » mais « reste prisonnier d’un électorat toujours largement acquis au multiculturalisme ». Le vote populaire, parlons-en : comme par enchantement, il est subitement devenu le dada de tous les grands partis avant et pendant les élections. Or, à ce petit jeu, malgré le résultat du 6 mai, la gauche est loin d’avoir raflé la mise, l’autoproclamé « candidat du peuple » Mélenchon arrivant derrière Marine Le Pen, Hollande et Sarkozy chez les ouvriers, électorat que Guilluy estime particulièrement sensible aux « discours identitaires ».

Le multiculturalisme contre les prolos ? Voilà qui défrise Michel Wieviorka, ce sociologue proche de Martine Aubry, qui nous fait le plaisir de nourrir le débat dans nos colonnes en plaidant pour un « multiculturalisme tempéré » par les valeurs universelles. A l’en croire, le discours anti-multikulti exprime avant tout une peur de l’islam et de l’immigration, alimenté par les gouvernements conservateurs européens. Qu’on partage ou non cette lecture du phénomène, beaucoup partageront avec Wieviorka la déconstruction des éloges hypocrites de la diversité, qui ethnicisent une réalité qu’ils refusent de nommer !
Pour compléter le plat de résistance de ce numéro, David Desgouilles revient sur la guéguerre Falorni/Royal à La Rochelle en prenant clairement le parti de Ségolène, lâchée en pleine jungle rochelaise par les éléphants socialistes. De la colère, vous en trouverez aussi chez Cyril Bennasar qui, désespéré de voir traiter de racistes les tenants de l’intégration républicaine pure et dure, a décidé de porter ses stigmates en étendard. Quant à l’économiste Jérôme Maucourant, que nous sommes heureux d’accueillir, il ne se montre guère plus optimiste en déplorant l’abandon de la laïcité par des gauches européennes aveugles face à la montée de l’islam politique.

Du lourd, donc. Une fois notre roboratif dossier achevé, vous pourrez voyager de l’Espagne à Washington en passant par la Libye version BHL revue et corrigée par mes soins. Grâce à Jean-Luc Gréau, vous disposerez des matériaux d’historiques indispensables pour comprendre les racines de la crise espagnole avant de vous pencher sur la grande élection présidentielle américaine avec Laurence Simon-Sulzer.
Comme tout bon repas a son dessert, notre volet culturel accueille deux grandes plumes de la république des lettres : François Taillandier et Paul Thibaud. Déjà chroniqueur multirécidiviste dans nos pages, le premier en appelle à la Chanson de Roland contre l’invasion du globish[1. Ce sabir anglo-saxon mondialisé qui n’a plus grand chose à voir avec la langue élisabéthaine.] sur nos terres francophones. Et si Paul Thibaud nous confie son émotion à la visite de l’exposition Monumenta de Paul Buren, c’est pour ne rien céder à la froideur des colonnes éponymes du Palais-Royal.

Mais Causeur magazine numéro 48, c’est aussi le centenaire de la toujours verte veuve Céline, Lucette Almanzor, un retour sur le dernier festival de Cannes signé Ludovic Maubreuil et un portrait attachant par Patrick Mandon des cinéphiles de la rive droite, qui tentèrent vainement, il y a cinquante ans, de contrer l’idéologie scolaire des Cahiers du cinéma.

Pour pouvoir profiter de tout cela, vous avez comme chaque mois le choix entre l’achat au numéro (papier ou numérique), la souscription à l’offre Découverte (le dernier n° + les deux prochains pour seulement 12,90 €) ou l’abonnement 1 an (papier ou numérique).

Bref, amis (a)normaux, l’essentiel est de nous lire !

Achat au numéro : 6,50 € ; Offre Découverte : 12,90 € (ce numéro + les 2 suivants) ; Abonnement 1 an : à partir de 34,90 €

Fête de la musique : la revanche de Monsieur Jack

Dimanche dernier, le ministre de la Culture à vie Jack Lang a échoué de justesse (49.11%) contre son adversaire UMP dans sa tentative de conquête de la deuxième circonscription des Vosges. Ne lui parlez pas de parachutage ; volontiers barrésien pour l’occasion, Lang extirpa ses racines lorraines de derrière les fagots, histoire de se ménager une chance d’élection après son désaveu par les militants de son précédent fief nordiste.

Plus d’une décennie après sa déroute municipale à Blois, Jack Lang subit une nouvelle fois les foudres du suffrage universel, non sans avoir été honteusement boycotté par les chefs de gouvernement successifs entre temps, trop replets de vulgaires certitudes pour lui offrir le ministère de la Beauté et de l’Intelligence auquel il concourt depuis si longtemps.

Ciblé par la liste des réprouvés de Marine Le Pen, ce héraut de l’antifascisme à paillettes a payé de son siège à l’Assemblée ses engagements courageux et désintéressés, à contre-flots de l’air du temps, qui va à la Réaction. Comme une bête blessée dont le sang coule encore sur les plaies, on l’imagine confier au Monde, des trémolos dans la voix : « J’ai été victime de la fatwa de Mme Le Pen dont j’ai sous-estimé la portée. Je suis tout ce que le FN abhorre, j’incarne l’ouverture au monde, un esprit de liberté, je me suis battu pour la cause des homosexuels. J’ai également été victime d’une campagne de bassesse de la part de mon adversaire UMP. »

Mais comme tout phénix, Jack Lang renaît de ses cendres. Animal mythologique et politique, il a choisi le solstice d’été (21 juin) pour refleurir tous les ans, à l’occasion de la Fête de la Musique dont il a été l’instigateur, le promoteur et l’infatigable animateur. Lorsque vous entendrez quelque barde inspiré reprendre un refrain de Diam’s à l’accordéon sous vos fenêtres, ou lorsque vous guetterez la mélopée subtile du djembé à la croisée d’une rue piétonne, vous penserez à Lui. A n’en pas douter, ce jeudi 21 juin, jusqu’à la tombée de la nuit, Monsieur Jack prend sa revanche. Et ce sera long, très long…

La diversité ou la mort

Entre les deux tours des élections législatives, le 14 juin à 19h, un « flash-mob » citoyen était organisé place de la Concorde par « le collectif des 577 » venu lancer un appel pour « une Assemblée nationale à l’image de la France » et inviter nos dirigeants à « travailler pour l’équité économique, pour plus d’humanité, pour une laïcité humaniste et jardinière de la diversité ». Ou si vous préférez : tandis qu’un Français sur cinq qui se lève tôt ou tard et qui vote FN retournait bosser après la présidentielle sans grand espoir d’être représenté à l’Assemblée et sans moufter, le braillomètre en chair et en os représenté pour l’occasion par une bande de jeunes et de moins jeunes issus de la diversité et de la contestation convoquait les médias en place publique pour revendiquer des revendications en langue de bois massif.

Les mots s’envolent mais les écrits restent et c’est une chance pour la France absente ce jour-là de cette place parisienne où naguère, une insatiable soif d’égalitarisme faisait tomber les têtes de ceux qui trop longtemps, avaient régné sans partage. Heureusement, les propos d’une militante ont été recueillis : « Je me refuse à contribuer à la reproduction inégalitaire et non représentative au sein des institutions françaises. Au sommet de l’Etat, c’est le BBA : c’est-à-dire le Blanc, Bourgeois, Apparatchik. Nos circonscriptions en sont remplies. Peut-on se réjouir quand le pays de la passion ardente pour l’égalitarisme abandonne sur le trottoir électoral des milliers de femmes ? Elles ne sont que 3 sur 10 à être promues à des circonscriptions gagnables », déclare-t-elle. Avant de conclure : « Non : ni mes origines culturelles, ni mes origines sociales ne font de moi la propriété d’un parti. Je voterai blanc tant que les partis pratiqueront le communautarisme politique et la ségrégation. »

Ne me demandez pas sur quels trottoirs des milliers de femmes furent abandonnées, je n’en sais rien et même si je le savais je ne le dirais pas. Je m’intéresse plutôt au pays de la passion ardente pour l’égalitarisme, cette France de gauche et je comprends mieux à présent pourquoi le PS cartonne à 93% dans ces quartiers populaires où le bon élève ne sert pas d’exemple mais d’épouvantail, voire de sparring par terre. En effet, c’est sans doute animés d’une volonté ardente d’égalitarisme que des jeunes défavorisés prennent leur part dans l’effort mené pour une plus juste répartition des portables ou des scooters, par le vol, avec ou sans violence. C’est sûrement dans les quartiers sensibles, où la virginité des filles est étroitement surveillée, que certains, non moins sensibles et privés de femmes, poussés par un désir ardent d’égalitarisme, violent celles des autres.
Les braillards de la Concorde déplorent qu’une bourgeoisie blanche pratique communautarisme politique et ségrégation. Je suppose que le prochain « flash-mob » prendra la forme d’une marche pour les droits civiques, mais pas aux cris de « un homme, une voix », d’abord parce que ce slogan est sexiste et ensuite parce qu’on voit bien que ce n’est pas dans les urnes que la société française se délivrera du communautarisme blanc. La militante annonce qu’elle votera blanc, enfin nul, tant que les partis, qui s’obstinent à présenter des candidats pour lesquels les gens votent, se rendront complices de cet apartheid. Ce n’est qu’une question de temps, car au rythme actuel de création de nouveaux Français, les appareils comprendront vite que pour emporter la victoire, ils devront accompagner le changement du corps électoral en présentant dans des circonscriptions gagnables des candidats assortis à leurs électeurs.

Mais les lendemains qui chantent, ça ne suffit pas. Si le changement, c’est maintenant, seule une politique de quotas peut mettre un coup d’arrêt instantané à cette discrimination électorale qui profite aux blancs. Mais attention, la Chambre des députés ne passera de l’ombre à la lumière arc-en-ciel que si on récuse les critères sociaux pour privilégier les appartenances de race ou de sexe car le peuple, malgré une politique migratoire active, est encore plein de « souchiens » qui ont du mal à voir où est le progrès.

On peut rire, mais pendant qu’on se moque, les minorités aboient et la gauche passe. J’ai décidé de réagir. J’organiserai bientôt du fond de mon lit et à pas d’heure un « flash-mob » mitoyen à deux ou trois pour interpeller les politiques sur les questions suivantes : comment se fait-il que la diversité, si bien représentée dans les lieux de privation de liberté (ou si vous préférez : les prisons), le soit moins dans le monde du travail ? Pourquoi le jeune sur deux qui, dit-on, est au chômage dans certaines cités, n’arrive-t-il pas à décrocher au moins une place d’éboueur, de plongeur ou de manœuvre ? Peut être est-ce le défaut d’une approche trop « humaniste et jardinière de la diversité ». J’y ai un peu réfléchi et j’ai ma solution. Je ne vote pas blanc, et pourtant, pour être représenté à l’Assemblée nationale, c’est pratiquement comme si je votais nul.

*Photo : dalbera

Islamisation de la Belgique : c’est arrivé près de chez nous

D’après La Libre Belgique, nos voisins d’outre-Quiévrain sont passés très près de nuits d’émeutes urbaines comme nous en avons connues à l’automne 2005, après la mort malheureuse de deux jeunes banlieusards fuyant la police dans un transformateur électrique. A Molenbeek, le 31 mai dernier, c’est le contrôle d’identité d’une jeune femme habillée en niqab qui a mis le feu aux poudres. Preuve que le port du voile intégral n’est pas toujours synonyme de soumission, la jeune voilée a non seulement refusé de se découvrir le visage – bien que contrôlée par des femmes policiers – mais a surtout essayé de fausser compagnie aux agents de police puis de leur asséner un coup de boule sur le chemin du commissariat. Son esclandre avec la maréchaussée a provoqué de violentes réactions de la population de ce faubourg à forte population arabo-musulmane. Arrivée dans les locaux de la police, après une ultime foucade, la jeune femme se révèlera être Stéphanie, une belgo-camerounaise convertie à l’islam.

Solidarité oblige, c’est un autre belge converti, fondateur du groupuscule Shariah for Belgium qui a fomenté des sit-in de jeunes musulmans devant le commissariat de Molenbeek, les barbus tentant d’assaillir le poste de police jusqu’à ce que des troupes anti-émeute soient déployées sur place. Après une seconde tentative d’envahissement le lendemain, une enquête du parquet a été ouverte. Selon La Libre Belgique, « les manifestants ne sont pas, dans une large majorité, originaires de la commune de Molenbeek, mais viendraient d’Anvers, la capitale flamande où existe une autre association « La Ligue arabe in Belgium », reconnue comme assez extrémiste, voire violente. ».
Originaires de Molenbeek ou non, les émeutiers se solidarisent en tout cas avec l’association Shariah for Belgium, qui ferait passer les partis islamistes proches des Frères Musulmans pour d’innocents clubs de macramé. Un coup d’œil au site, maintes fois fermé puis rouvert, de ce groupuscule révèle un étalage de slogans flamands dirigés contre les « Croisés », d’appels à « libérer la Palestine » signés cheikh Oussama Ben Laden, entre deux panégyriques de Omar Bakri Mohamed et d’Abou Hamza al-Masri, deux imams extradés hors d’Europe pour leur compagnonnage idéologique, sinon logistique, avec Al-Qaïda.

On pourrait croire l’incident de Molenbeek sporadique. Pourtant, devant la montée du radicalisme islamiste, le gouvernement belge, qui a d’autres dossiers brûlants à gérer, a décidé de légiférer. La ministre de l’Intérieur Joëlle Milquet, par ailleurs femme-lige du Centre Démocrate et Humaniste (CDH), a décidé de prendre le problème à bras le corps en proposant un projet de loi visant à interdire « toute milice privée ou toute autre organisation de particuliers dont l’objet est de recourir à la force ou de suppléer l’armée ou la police ou de s’immiscer dans leurs actions ou de se substituer à elles ou qui présentent, par leur forme et leur organisation militaires, le caractère de groupe de combat ».

Dans un pays aussi cuirassé contre les dangers sécessionnistes, on pourrait croire la manœuvre dirigée contre les immigrés, afin de détourner les yeux inquiets des électeurs des inégalités économiques, seules questions politiques qui vaillent. Or, cette vue-du-monde mélenchonienne, en plus d’être électoralement peu payante, achoppe sur la question identitaire, cruciale pour un nombre croissant de citoyens belges et européens. Inutile de spéculer sur l’extrémisme présumé de Joëlle Milquet : non contente de siéger dans un gouvernement d’union nationale, la vice-premier ministre est issue d’une tradition centriste héritière du personnalisme chrétien d’Emmanuel Mounier, loin, très loin de l’extrême droite rexiste ou flamande.
Hélas, le réel est têtu et n’a pas tardé de rattraper nos amis Belges. Samedi 9 juin, à peine sorti du Thalys, un français poignardait deux policiers dans le métro de Bruxelles, répondant ainsi à l’appel au meurtre lancé par les assaillants islamistes du commissariat de Molenbeek. Par voie de conséquence, le plan vigipirate local fut renforcé dans une vingtaine de communes bruxelloises, d’autant que la récente condamnation du porte-parole de Sharia4Belgium, un certain Fouad Belkacem, a allumé l’étincelle islamiste.

Ce faisceau de faits divers inquiétants devrait interpeller nos politiques. Des deux côtés de la frontière, poreuse à l’envi, Schengen oblige, les moyens de communication modernes favorisent la propagation des discours jihadistes de type takfiriste. Dans le sillage de l’égyptien Sayyid Qotb, que Nasser fit exécuter au début des années 1960, une mouvance islamiste mondialisée pratique le takfir (littéralement, excommunication) en déclarant impies les « mécréants » juifs et chrétiens, mais aussi les musulmans « apostats » qui ne se rallient pas à leur lecture du Coran. Ce petit courant mondialisé constitue en quelque sorte la branche idéologique d’Al-Qaïda et s’il ne passe pas toujours aux actes terroristes, son extension par le jeu des conversions frappe de plein fouet des sociétés européennes déjà ébranlées par des chocs migratoires. Certaines communes bruxelloises étant les bastions de « majorités relatives » marocaines ou turques, selon l’expression du géographe Christophe Guilluy, les « autochtones » n’ont parfois le choix qu’entre le repli, la fuite ou l’absorption culturelle. Ainsi, s’il ne faut pas confondre islam et immigration – certains immigrés maghrébins adoptent une pratique paisible de leur religion, voire l’abandonnent tandis que nombre de fondamentalistes sont en fait des « autochtones » convertis – l’irruption dans le débat public belge de la violence jihadiste perce un tabou.

Adressons une supplique aux politiques de droite comme de gauche : que l’articulation entre la politique migratoire et la vie en société ne se fasse plus sous l’angle exclusif de la sécurité et des laïus lénifiants autour du « vivre-ensemble ». Au milieu de toute cette hypocrisie, le plus inquiétant est peut-être la quasi omerta des médias français. A quelques exceptions près, les événements belges ont été largement sous-relayés dans l’hexagone, pourtant peu accaparé par la morne campagne des législatives. Ce « service minimum » de la presse traduit la réticence des grands médias à traiter de faits qui risquent d’apporter de l’eau à des moulins qu’ils voudraient assécher. Faute de lucidité, le retour du refoulé pourrait faire très mal dans l’hexagone, la Belgique préfigurant peut-être l’avenir de la France en matière de multiculturalisme.

*Photo : sharia4belgium.

Blondinet, pas Français ?

« Cachez ces blonds que je ne saurais voir » : ce sont les propos, à peine déguisés, des militants du Front de Gauche de la région de Bollène qui s’émeuvent qu’une petite fille à la chevelure trop claire figure sur le plan de la ville fabriqué par le conseil municipal (de la Ligue du Sud, bien sûr).

« Une honte pour notre ville et pour tous les enfants issus de l’immigration dont les parents sont venus construire le canal ou la centrale de Tricastin », a (vraiment) dénoncé Serge Fiori, représentant bollénois du PCF et du Front de Gauche, dans La Provence du 15 Juin 2012.
Cette chère tête blonde est, il est vrai, une insulte à tous les enfants d’immigrés qui, comme chacun sait, sont les seuls à avoir construit la ville et tout ce qui l’entoure. D’ailleurs, on se demande encore comment vivaient les Cro-Magnon au poil furfuracé avant l’arrivée de ces immigrés à la chevelure de jais il y a quarante ans. On note aussi du même coup cette vérité oubliée que l’immigré n’est par principe jamais blond.

J’avoue que je n’ai pas de chance : doué d’une couleur châtain relativement passe-partout, j’avais pris soin de choisir une femme très brune, et patatras : mes trois enfants sont nés blonds. Si leur génitrice ne jouissait de toute ma confiance, il faudrait certainement que j’ouvre une enquête en ADN. Mais surtout, après réflexion, il faudrait que je maudisse mes crapuleux aïeux qui ont eu le mauvais goût pour certains de naître en Bretagne et en Picardie où, mille fois hélas, on s’est longtemps abandonné à la perversion languide de la blondeur. La faute à l’absence de soleil, sans doute. Nous sommes des dégénérés, je l’avoue aussi, victimes complaisantes d’une dépigmentation progressive de la peau et de la pilosité. Nous plaidons coupable. Mais hélas, cela ne suffit pas : ce défi jeté à la face de la terre, cette morgue de la pâleur contente d’elle-même parce qu’exclusive, combien de générations devrons-nous encore en subir les funestes conséquences malgré nous ? Où cacherai-je mes enfants ? Quel boulot trouveront-ils à l’âge adulte ?

Pourquoi mon salaud de père est-il tombé amoureux d’une Corse qui avait les yeux pers et non très noirs, comme toute méditerranéenne qui se respecte ? Pourquoi moi-même n’ai-je pas convolé avec une Japonaise ou une aborigène aux allèles sombres dominants ? Hélas, trois hélas. Est-ce que cela aurait suffi ? Les traîtres kabyles, les séfarades aussi, sont parfois contaminés par les gènes bleus, verts, blonds et roux. Hélas encore, j’apprends que sainte Michelle Obama elle-même descendrait d’un bisaïeul propriétaire d’esclaves noirs : si je me reproduisais avec elle, la damnation aurait-elle aussi des chances de se reproduire, et le fruit de nos amours provoquerait une nouvelle fois l’ire de nos amis du Front de Gauche. Comment faut-il faire ? A qui se fier ? Je vous le demande.

J’entends encore le président du CRAN[1. Conseil représentatif des associations noires de France.], ce bon Louis-Georges Tin qui, si j’en crois mes yeux, et surtout si mon cerveau ose penser ce qu’il voit, n’est pas tout à fait un mélanoderme de souche mais plutôt un métis de bonne race, expliquer au majoritaire visible Ménard qu’il faut désormais décompter les élus de la République selon leur couleur de peau. Je me sens humilié : parce que Tin est un blond qui a réussi, il me renvoie sans vergogne à ma défaite. Une pensée perverse traverse un instant mon esprit : que Tin se cogne à son tour des enfants blonds, ou pire, aux yeux bleus. Une pensée que j’écarte rapidement quand je me souviens que Tin non content d’avoir remporté avec brio son permis de métissage, double sa chance en ayant choisi l’homosexualité. Trop facile pour lui, le cador : il lui suffira d’adopter un Nigérien cueilli dans un village perdu où jamais le blanc, le blond, le bleu n’ont mis les pieds, et la fatalité n’aura plus qu’à rentrer chez elle.

Je suis un vaincu, et Louis-Georges Tin ne se prive pas de me le faire sentir. Il ne me reste plus qu’à fonder avec quelques autres égarés le Comité Représentatif des Parents d’Enfants Blonds, ce qui malheureusement, en sus de tout, donnera un acronyme imprononçable.
Je suis un vaincu, vous le voyez bien.

Allemagne-Grèce : courir pour Dantzig ?

11

La Grèce s’est donc qualifiée à la surprise générale en battant la Russie dont un certain Marc C. d’Ivry-sur-Seine et du Café de Flore réunis avait prévu le destin funeste, ajoutant malicieusement qu’elle jouait trop bien au football pour aller loin dans la compétition.

En quart de finale, les joueurs grecs seront opposés à l’Allemagne, ce qui ne manque pas de sel compte tenu de l’amour que se portent les deux peuples depuis des lustres, oubliant de manière irraisonnée que l’Europe, c’est la Paix. Ce n’est certes pas la première fois que des compétitions sportives opposent des nations en bisbille sur le plan politique. On se souvient notamment du Angleterre-Argentine de la coupe du monde 1986 alors que les deux pays venaient d’en découdre à propos des Malouines. Maradona et sa main de Dieu avaient alors vengé l’Argentine de l’intransigeance de la Dame de Fer. Mais d’autres faits troublants entourent ce Grèce-Allemagne.

Ainsi aura t-il lieu à Gdansk qui, dans la langue de Goethe, s’appelle Dantzig. On conseillera donc aux joueurs grecs d’être vigilants dans les couloirs, qu’on appelait les ailes du temps de Thierry Roland. On note également que le match aura lieu le 22 juin soit la date anniversaire de l’opération Barbarossa. Des coïncidences qui, si l’on se laisse emporter par un pessimisme teinté de superstition, ne laisseront pas indifférent.

Ouf, Hollande n’a pas les 3/5

Tout compte fait, ceux qui considèrent la Vème comme la moins mauvaise des républiques ont au moins une bonne raison de se réjouir des résultats des élections législatives du 17 juin : le fait que ces résultats entraînent le blocage durable d’un mécanisme dont la droite au pouvoir avait usé et abusé de façon scandaleuse pendant des décennies – l’article 89 alinéa 3 de la Constitution, qui permet de la réviser entre soi, à la majorité des trois cinquièmes du Parlement réuni en congrès, sans en référer au peuple souverain.
Un scandale ? Incontestablement, si l’on considère l’esprit et même la lettre de la constitution de 1958, de même que l’intention maintes fois explicitée de ses rédacteurs. Le texte constitutionnel est clair. En vertu de l’article 89 al. 2, « Le projet ou la proposition de révision doit être (…) voté par les deux assemblées en termes identiques. La révision est définitive après avoir été approuvée par référendum. » Telle est donc, aux yeux des constituants, la voie normale pour réviser la constitution : le peuple, étant originairement l’auteur de celle-ci, est en principe compétent pour en approuver les modifications. Rien de très surprenant à cela : comme dans de très nombreux pays, c’est celui qui a fait la Constitution qui est normalement susceptible de la refaire.

En 1958, pourtant, par souci de pragmatisme et de souplesse, les constituants prévoient également une voie alternative, celle qui est inscrite dans l’article 89 al. 3 : « Toutefois, le projet de révision n’est pas présenté au référendum lorsque le Président de la République décide de le soumettre au Parlement convoqué en Congrès ; dans ce cas, le projet de révision n’est approuvé que s’il réunit la majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés. (…) » La rédaction est très significative : on a voulu distinguer la procédure de révision de droit commun, celle du référendum, d’une procédure évidemment subsidiaire, à laquelle on n’aura recours que lorsque la question sera trop minime, ou trop technique, pour justifier que l’on dérange le peuple. Comme l’explique alors l’un des interprètes les mieux informés de la Constitution, Georges Vedel, le référendum est obligatoire, sauf exception. Le congrès, déclare de son côté le Général, « c’est bon pour les réformettes ». Sous sa présidence, il ne sera réuni qu’une seule fois, le 20 décembre 1963, afin de modifier l’article 28 de la constitution en précisant que désormais, la session parlementaire d’automne ouvrirait le 2 octobre, celle de printemps le 2 avril, et que dans l’hypothèse où l’un de ces deux jours serait férié, la session ouvrirait le premier jour ouvrable qui suit.

Et pourtant, cette solution de facilité, exclusivement réservée aux révisions de second ordre, a fini par se substituer totalement à la voie normale : depuis les années 1970, une seule révision sur 21 – celle du 2 octobre 2000 relative au quinquennat – fut adoptée par référendum. Toutes les autres, y compris celles qui bouleversaient l’équilibre général des institutions ou qui, suivant l’expression du Conseil constitutionnel, mettaient en cause « les conditions essentielles d’exercice de la souveraineté nationale », ont été faites en douce, sans en référer à qui de droit.

Désormais, au moins pour un certain temps, tout ceci ne sera plus possible. Non pour des raisons d’ordre idéologique, ni par attachement du président Hollande au mécanisme référendaire, que Sa Normalité doit sans doute juger un peu trop plébiscitaire pour être honnête – mais pour une simple raison numérique : en dépit de ses victoires successives, et bien qu’elle soit majoritaire à l’Assemblée nationale comme au Sénat, la gauche n’aurait pas la majorité des 3/5e au Congrès, soit 555 parlementaires.

Cela ne signifie pas qu’il lui sera impossible de réviser la constitution, ou du moins, de tenter de le faire, dès lors qu’elle dispose d’une majorité dans les deux chambres : ce qui n’était pas le cas du temps de François Mitterrand, entre 1981 et 1995, où les révisions proposées par la gauche, y compris les plus séduisantes – comme celle permettant aux citoyens de saisir le Conseil constitutionnel, finalement adoptée par le Congrès en juillet 2008, malgré l’opposition unanime de la gauche – furent toutes bloquées par le Sénat. La gauche pourra donc se lancer dans l’aventure de la révision avec, pour la première fois dans l’histoire de la Ve république, de sérieuses chances de parvenir à ses fins.
Elle aura alors le choix. Bien entendu, elle pourra toujours tenter la voie du congrès – auquel cas, même en faisant le plein de ses propres voix, il lui faudra rameuter une bonne soixantaine de parlementaires de l’opposition. Ce qui, sauf dans l’hypothèse d’une réforme absolument consensuelle, pourrait s’avérer plus que délicat, la droite ayant de son côté tout intérêt à éviter ce genre de déperdition ou d’alliance, et conservant par ailleurs les moyens de faire respecter strictement la discipline partisane. En somme, ce mécanisme a de fortes chances de redevenir exceptionnel, ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être.

La voie du congrès se trouvant donc bouchée, la gauche, si elle tient absolument à réviser la constitution – c’est-à-dire, à respecter les promesses du candidat Hollande-, devra emprunter la voie normale, celle du référendum – mais en prenant alors un risque considérable, celui de se soumettre à la grande incertitude de la démocratie… Un risque qu’elle ne prendra certainement pas à la légère, vu la catastrophe morale et politique que représente en tout état de cause, pour le Président de la république, un échec au référendum.
Au total, ce petit exercice de numérologie politique nous promet donc deux choses. D’abord, que ne se reproduira pas de sitôt le prurit constitutionnel qui avait marqué les derniers mandats présidentiels, durant lesquels, s’appuyant sans retenue sur une majorité parlementaire docile, on poussa jusqu’à l’extrême l’art de la réforme pour la réforme. Pour une fois, on peut jouer les Cassandre, et annoncer qu’en matière constitutionnelle, notre nouveau président devrait se tenir plus tranquille que son programme ne le laissait craindre. Ce que l’on peut prédire ensuite, c’est que si révision il y a, c’est qu’elle aura été dûment approuvée par le peuple souverain qui, sur ce plan, a enfin quelque espoir de retrouver voix au chapitre. Et qui, en toute hypothèse, ne se laissera pas conduire à l’abattoir les yeux bandés.

*Image : réunion du Congrès à Versailles.

Expertisons les experts

57

Quand j’étais enfant, « amoureux de cartes et d’estampes », le monde était simple et la carte de l’Europe aussi. Il y avait un côté tout bleu, à l’Ouest. C’était nous, les bons. On avait la démocratie, le plein emploi ou presque, la liberté d’expression, le multipartisme, la libre entreprise et tout le toutim.

A l’Est, c’était tout rouge. Les communistes, les mauvais, avec l’URSS gigantesque qui les surveillait de près. Eux, ils avaient des vraies dictatures. Ces hypocrites les appelaient républiques populaires ou démocratiques et elles étaient, il faut bien le dire, assez peu démocratiques et assez peu populaires.

Les communistes avaient aussi le plein emploi mais on nous expliquait que c’était pas du jeu, qu’ils étaient à trois à tondre la pelouse d’un jardin public. En plus, ils ne pouvaient pas dire ce qu’ils voulaient, lisaient un seul journal et ne votaient jamais. Comme le dit fort justement Jean Dujardin dans OSS 117 : Rio ne répond plus à une jolie agente du Mossad qui ose lui faire remarquer en 1967 que le Brésil est une dictature : « Une dictature, comme vous y allez ! Vous êtes bien sympathique, Dolorès, mais épargnez-moi vos analyses politiques… Savez-vous seulement ce qu’est une dictature ? Une dictature c’est quand les gens sont communistes, déjà. Qu’ils ont froid, avec des chapeaux gris et des chaussures à fermeture éclair. C’est ça, une dictature, Dolorès. »
Ce à quoi Dolorès répond : « – D’accord. Et comment vous appelez un pays qui a comme président un militaire avec les pleins pouvoirs, une police secrète et une seule chaîne de télévision dont toute l’information est contrôlée par l’État ?
– J’appelle ça la France, mademoiselle. Et pas n’importe laquelle ; la France du général de Gaulle. »

Passons sur ce scandaleux relativisme et arrivons à la chute du Mur. Elle fut une bénédiction, on nous convainquit même qu’elle marquait la fin de l’Histoire. La liste des capitales à apprendre par cœur augmenta alors que des pays disparaissaient du dictionnaire comme la Tchécoslovaquie, la Yougoslavie ou l’URSS en s’éparpillant façon puzzle de façon plus ou moins sanglante.

Aujourd’hui, quand on nous présente une carte de l’Union européenne dans les journaux, on se contente d’indiquer, après chaque élection chez l’un ou chez l’autre, le rapport de force droite/gauche sur le continent.
En bleu, les pays de droite. En rose les pays de gauche. Et des dégradés de bleu pour les pays gouvernant avec de grandes coalitions. Il n’y a évidemment aucune tâche rouge. Même la Grèce a rassuré tout le monde puisqu’elle a cédé à l’amicale pression des journaux, des télés, du FMI, de la Commission, de la BCE, de Berlin, de Londres, de Paris pour élire le Bon, le Beau, le Bien et la Raison réunis.
Les Echos ont ainsi, dans leur édition du 19 juin, publié une de ces cartes pour rassurer leurs lecteurs après la victoire totale et anxiogène du PS français aux législatives. La carte était titrée : La gauche, largement minoritaire en Europe. Ouf. Et effectivement, à part la France, la Belgique, la Slovénie, la Slovaquie, la Roumanie, le Danemark et Chypre, que du bleu plus ou moins foncé. Le moins foncé indiquait que si par hasard, il y avait des partageux au gouvernement, ils étaient bien contrôlés par les autres, qu’il ne fallait donc pas se faire de souci.

D’ailleurs, la légende de la carte expliquait très bien tout ça. Sauf qu’une nouvelle couleur était apparue. Une espèce de mauve qui n’existait pas auparavant, même avant la chute du Mur, et qui recouvrait la Grèce et l’Italie. Alors, quels sont ces pays ni de gauche ni de droite ? Figurez-vous qu’ils sont dirigés par « des gouvernements d’experts ». Eh, oui, des gouvernements d’experts…
Un expert n’est ni de droite, ni de gauche, il est un expert. Peu importe que ses analyses soient en général celles de la droite, son caractère d’expert lui confère une supériorité ontologique. Autrefois, un expert se contentait d’expertiser, maintenant il gouverne. Certes, il est moyennement élu par le peuple mais comme c’est un expert, on ne va pas l’embêter avec des broutilles qui prennent du temps et de l’argent. Alors qu’il suffit de mettre the right man in the right place. Comme Mario Monti en Italie ou Venizelos en Grèce qui furent experts chez Goldman Sachs. Banque dont on sait à quel point elle montra son excellence dans la gestion de la crise de 2008 et la création de produits financiers dérivés qui obligèrent le gouvernement US et la Fed à un renflouement financé par les milliards de dollars des contribuables. Mais foin de mauvaises querelles !

Cette carte des Echos est des plus encourageantes. A quoi bon continuer à diviser les Etats en droite et gauche alors qu’ils appliquent la politique des experts ? Pourquoi ne pas nommer directement des experts à la tête des Etats ? Et d’ailleurs, pourquoi des Etats, des nations, toutes ces antiquailles qui encombraient les cartes d’antan alors qu’on on pourrait les remplacer par des entités administratives et commerciales, sans racines, sans histoire, dans l’heureuse apesanteur d’un marché devenu l’horizon radieux et indépassable de l’humanité ? Oui, pourquoi ?

*Photo : edoardo.baraldi

Egypte : le non-coup d’Etat permanent

14

Le 17 Juin, le Conseil Suprême des Forces Armées (CSFA) égyptien promulguait unilatéralement  une série d’amendements constitutionnels. Aussi bien les commentateurs locaux que les journalistes étrangers ont-ils parlé de coup d’Etat. Anticipant l’élection du Frère Musulman Mohamed Morsi à la présidence de la République, l’armée aurait ainsi préalablement dépouillé la fonction présidentielle. Cependant, après revisionnage des épisodes du feuilleton égyptien et analyse des amendements constitutionnels, l’idée d’un coup d’Etat ne paraît pas valable.

Il s’agit plutôt d’un basculement : le pouvoir législatif se militarise alors que l’exécutif se civilise. Il n’est pas acquis que la clique du Maréchal Tantawi y gagne au change. Les pouvoirs du nouveau président déborderont en effet largement de la marge protocolaire : il nommera le Premier ministre, le gouvernement et les hauts fonctionnaires, représentera l’Etat à l’étranger et disposera d’un droit de veto sur les lois. Quant au gouvernement, en plus des classiques prérogatives ministérielles, il partagera l’initiative législative avec le CSFA. Dans la configuration politique précédente, c’est justement grâce à cette maîtrise de l’exécutif que l’armée était parvenue à anesthésier le parlement, bien aidée, il est vrai, par l’incompétence des Frères.

A la lecture du texte, les préoccupations des militaires semblent plus corporatistes et stratégiques qu’hégémoniques. L’armée verrouille le domaine de la Défense : elle s’accapare le Ministère et la nomination des hauts gradés, et s’arroge le dernier mot en cas de déclaration de guerre.

Concernant la rédaction de la constitution, l’armée s’attribue le droit de nommer la constituante, au cas où la Chambre ne parviendrait pas à un accord. En outre, si un article contrevient aux principes généraux des constitutions précédentes, les militaires peuvent suspendre le processus constituant. Toutefois, ces prérogatives sont contrebalancées par la nécessité de ratifier le document par référendum et le droit de suspension octroyé au président de la République.

Dans cette configuration, c’est à la Haute Cour Constitutionnelle qu’échoit la clé du processus constituant : elle tranchera les litiges soulevés par le président de la République et le CSFA. Certes, de sérieux doutent planent sur son impartialité après les arrêts du 14 Juin qui ont abouti à la dissolution du Parlement dominé par les Frères Musulmans, et à la confirmation de la participation au second tour de l’élection présidentielle du général Ahmed Chafiq, ultime Premier ministre de l’ère Moubarak. A cette époque, l’indépendance de la Cour avait été remarquée, avant qu’une purge la replace dans le giron du raïs en 2009.

Dans les prochaines heures, la Haute Commission électorale – dont la composition reproduit grosso modo celle de la juridiction constitutionnelle – rendra son avis sur les résultats de l’élection présidentielle. Déjà, les médias et l’équipe de campagne de Morsi annoncent le succès final de leur candidat tandis que la rumeur populaire et les partisans de Chafiq prédisent la victoire du général.

Les commentateurs verraient dans cette dernière hypothèse la confirmation du coup d’Etat militaire. Cela occulterait le fait que l’armée dirige le pays depuis la Révolution du 25 Janvier, l’élection de Chafik ne faisant que- brutalement- confirmer son emprise sur le sommet de l’Etat.

Mais si Morsi était proclamé président, on pourrait alors interpréter la dissolution du parlement et la promulgation des amendements constitutionnels comme un rééquilibrage musclé, destiné à prévenir la domination de la Confrérie sur la vie politique égyptienne et à protéger les plates-bandes de l’armée.

Un scénario plus fantaisiste verrait Moubarak revenir de sa fausse mort puis apparaître lévitant au-dessus de la Place Tahrir : il guérirait tous les maux de la société égyptienne grâce à l’émanation d’une lumière céleste. Au vu de la partouze médiatique actuelle, l’idée n’est plus si improbable au Caire…

*Photo : turtle5001tw

A poil avec Juppé

10

S’il y en a un que l’on n’imaginait pas avoir la verve d’Audiard, c’est bien Alain Juppé. Mais il faut croire que la défaite lui va bien au teint et lui donne soudain le sens de la formule. Et c’est Michel Rocard qui en a fait les frais. Le parangon de la deuxième gauche, aujourd’hui octogénaire charmant, continue en effet d’être sollicité par les médias qui confondent sagesse des grands anciens et gérontophilie.

Rocard a en effet cru bon de déclarer sur BFM qu’il fallait supprimer la dissuasion nucléaire qu’il a chiffrée de manière tout à fait fantaisiste à 16 milliards d’euros par an. Pourquoi ? Pour satisfaire aux exigences d’équilibre budgétaire, pardi ! C’est ça, un vrai européen social-libéral ou libéral tout court d’ailleurs. On n’aura plus de dette à la fin mais en même temps, on sera mort.

Juppé a donc tout de suite dégainé et fait remarque, pince sans rire : « Observez l’état du monde : il est paisible, il n’y a pas de menace, pas de risques de prolifération nucléaire…donc c’est bien le moment de se mettre à poil sur le plan de la défense »

Il a d’ailleurs été suivi dans sa réprobation par l’ensemble de la classe politique à l’exception, bien entendu, des Ecologistes qui, quand ils entendent le mot bombe atomique, sortent leur parapluie (pas nucléaire).

 

Causeur magazine n°48 est arrivé… sans se presser !

3

Après l’élection présidentielle, les législatives : en président « normal », François Hollande a surfé sur une vaguelette rose le 17 mai. Ainsi, depuis dimanche, loin de lanterner, nous n’avons pas chômé pour vous livrer sans (trop de) retard le dossier du tout nouveau Causeur magazine n°48. « Normal, trop normal », ce début de quinquennat s’ouvre sous des auspices contrastés.

Pour le géographe Christophe Guilluy – que j’ai eu l’honneur d’interviewer avec Gil Mihaely un an après son premier entretien chez nous – le nouveau président « a compris les revendications populaires » mais « reste prisonnier d’un électorat toujours largement acquis au multiculturalisme ». Le vote populaire, parlons-en : comme par enchantement, il est subitement devenu le dada de tous les grands partis avant et pendant les élections. Or, à ce petit jeu, malgré le résultat du 6 mai, la gauche est loin d’avoir raflé la mise, l’autoproclamé « candidat du peuple » Mélenchon arrivant derrière Marine Le Pen, Hollande et Sarkozy chez les ouvriers, électorat que Guilluy estime particulièrement sensible aux « discours identitaires ».

Le multiculturalisme contre les prolos ? Voilà qui défrise Michel Wieviorka, ce sociologue proche de Martine Aubry, qui nous fait le plaisir de nourrir le débat dans nos colonnes en plaidant pour un « multiculturalisme tempéré » par les valeurs universelles. A l’en croire, le discours anti-multikulti exprime avant tout une peur de l’islam et de l’immigration, alimenté par les gouvernements conservateurs européens. Qu’on partage ou non cette lecture du phénomène, beaucoup partageront avec Wieviorka la déconstruction des éloges hypocrites de la diversité, qui ethnicisent une réalité qu’ils refusent de nommer !
Pour compléter le plat de résistance de ce numéro, David Desgouilles revient sur la guéguerre Falorni/Royal à La Rochelle en prenant clairement le parti de Ségolène, lâchée en pleine jungle rochelaise par les éléphants socialistes. De la colère, vous en trouverez aussi chez Cyril Bennasar qui, désespéré de voir traiter de racistes les tenants de l’intégration républicaine pure et dure, a décidé de porter ses stigmates en étendard. Quant à l’économiste Jérôme Maucourant, que nous sommes heureux d’accueillir, il ne se montre guère plus optimiste en déplorant l’abandon de la laïcité par des gauches européennes aveugles face à la montée de l’islam politique.

Du lourd, donc. Une fois notre roboratif dossier achevé, vous pourrez voyager de l’Espagne à Washington en passant par la Libye version BHL revue et corrigée par mes soins. Grâce à Jean-Luc Gréau, vous disposerez des matériaux d’historiques indispensables pour comprendre les racines de la crise espagnole avant de vous pencher sur la grande élection présidentielle américaine avec Laurence Simon-Sulzer.
Comme tout bon repas a son dessert, notre volet culturel accueille deux grandes plumes de la république des lettres : François Taillandier et Paul Thibaud. Déjà chroniqueur multirécidiviste dans nos pages, le premier en appelle à la Chanson de Roland contre l’invasion du globish[1. Ce sabir anglo-saxon mondialisé qui n’a plus grand chose à voir avec la langue élisabéthaine.] sur nos terres francophones. Et si Paul Thibaud nous confie son émotion à la visite de l’exposition Monumenta de Paul Buren, c’est pour ne rien céder à la froideur des colonnes éponymes du Palais-Royal.

Mais Causeur magazine numéro 48, c’est aussi le centenaire de la toujours verte veuve Céline, Lucette Almanzor, un retour sur le dernier festival de Cannes signé Ludovic Maubreuil et un portrait attachant par Patrick Mandon des cinéphiles de la rive droite, qui tentèrent vainement, il y a cinquante ans, de contrer l’idéologie scolaire des Cahiers du cinéma.

Pour pouvoir profiter de tout cela, vous avez comme chaque mois le choix entre l’achat au numéro (papier ou numérique), la souscription à l’offre Découverte (le dernier n° + les deux prochains pour seulement 12,90 €) ou l’abonnement 1 an (papier ou numérique).

Bref, amis (a)normaux, l’essentiel est de nous lire !

Achat au numéro : 6,50 € ; Offre Découverte : 12,90 € (ce numéro + les 2 suivants) ; Abonnement 1 an : à partir de 34,90 €

Fête de la musique : la revanche de Monsieur Jack

3

Dimanche dernier, le ministre de la Culture à vie Jack Lang a échoué de justesse (49.11%) contre son adversaire UMP dans sa tentative de conquête de la deuxième circonscription des Vosges. Ne lui parlez pas de parachutage ; volontiers barrésien pour l’occasion, Lang extirpa ses racines lorraines de derrière les fagots, histoire de se ménager une chance d’élection après son désaveu par les militants de son précédent fief nordiste.

Plus d’une décennie après sa déroute municipale à Blois, Jack Lang subit une nouvelle fois les foudres du suffrage universel, non sans avoir été honteusement boycotté par les chefs de gouvernement successifs entre temps, trop replets de vulgaires certitudes pour lui offrir le ministère de la Beauté et de l’Intelligence auquel il concourt depuis si longtemps.

Ciblé par la liste des réprouvés de Marine Le Pen, ce héraut de l’antifascisme à paillettes a payé de son siège à l’Assemblée ses engagements courageux et désintéressés, à contre-flots de l’air du temps, qui va à la Réaction. Comme une bête blessée dont le sang coule encore sur les plaies, on l’imagine confier au Monde, des trémolos dans la voix : « J’ai été victime de la fatwa de Mme Le Pen dont j’ai sous-estimé la portée. Je suis tout ce que le FN abhorre, j’incarne l’ouverture au monde, un esprit de liberté, je me suis battu pour la cause des homosexuels. J’ai également été victime d’une campagne de bassesse de la part de mon adversaire UMP. »

Mais comme tout phénix, Jack Lang renaît de ses cendres. Animal mythologique et politique, il a choisi le solstice d’été (21 juin) pour refleurir tous les ans, à l’occasion de la Fête de la Musique dont il a été l’instigateur, le promoteur et l’infatigable animateur. Lorsque vous entendrez quelque barde inspiré reprendre un refrain de Diam’s à l’accordéon sous vos fenêtres, ou lorsque vous guetterez la mélopée subtile du djembé à la croisée d’une rue piétonne, vous penserez à Lui. A n’en pas douter, ce jeudi 21 juin, jusqu’à la tombée de la nuit, Monsieur Jack prend sa revanche. Et ce sera long, très long…

La diversité ou la mort

162

Entre les deux tours des élections législatives, le 14 juin à 19h, un « flash-mob » citoyen était organisé place de la Concorde par « le collectif des 577 » venu lancer un appel pour « une Assemblée nationale à l’image de la France » et inviter nos dirigeants à « travailler pour l’équité économique, pour plus d’humanité, pour une laïcité humaniste et jardinière de la diversité ». Ou si vous préférez : tandis qu’un Français sur cinq qui se lève tôt ou tard et qui vote FN retournait bosser après la présidentielle sans grand espoir d’être représenté à l’Assemblée et sans moufter, le braillomètre en chair et en os représenté pour l’occasion par une bande de jeunes et de moins jeunes issus de la diversité et de la contestation convoquait les médias en place publique pour revendiquer des revendications en langue de bois massif.

Les mots s’envolent mais les écrits restent et c’est une chance pour la France absente ce jour-là de cette place parisienne où naguère, une insatiable soif d’égalitarisme faisait tomber les têtes de ceux qui trop longtemps, avaient régné sans partage. Heureusement, les propos d’une militante ont été recueillis : « Je me refuse à contribuer à la reproduction inégalitaire et non représentative au sein des institutions françaises. Au sommet de l’Etat, c’est le BBA : c’est-à-dire le Blanc, Bourgeois, Apparatchik. Nos circonscriptions en sont remplies. Peut-on se réjouir quand le pays de la passion ardente pour l’égalitarisme abandonne sur le trottoir électoral des milliers de femmes ? Elles ne sont que 3 sur 10 à être promues à des circonscriptions gagnables », déclare-t-elle. Avant de conclure : « Non : ni mes origines culturelles, ni mes origines sociales ne font de moi la propriété d’un parti. Je voterai blanc tant que les partis pratiqueront le communautarisme politique et la ségrégation. »

Ne me demandez pas sur quels trottoirs des milliers de femmes furent abandonnées, je n’en sais rien et même si je le savais je ne le dirais pas. Je m’intéresse plutôt au pays de la passion ardente pour l’égalitarisme, cette France de gauche et je comprends mieux à présent pourquoi le PS cartonne à 93% dans ces quartiers populaires où le bon élève ne sert pas d’exemple mais d’épouvantail, voire de sparring par terre. En effet, c’est sans doute animés d’une volonté ardente d’égalitarisme que des jeunes défavorisés prennent leur part dans l’effort mené pour une plus juste répartition des portables ou des scooters, par le vol, avec ou sans violence. C’est sûrement dans les quartiers sensibles, où la virginité des filles est étroitement surveillée, que certains, non moins sensibles et privés de femmes, poussés par un désir ardent d’égalitarisme, violent celles des autres.
Les braillards de la Concorde déplorent qu’une bourgeoisie blanche pratique communautarisme politique et ségrégation. Je suppose que le prochain « flash-mob » prendra la forme d’une marche pour les droits civiques, mais pas aux cris de « un homme, une voix », d’abord parce que ce slogan est sexiste et ensuite parce qu’on voit bien que ce n’est pas dans les urnes que la société française se délivrera du communautarisme blanc. La militante annonce qu’elle votera blanc, enfin nul, tant que les partis, qui s’obstinent à présenter des candidats pour lesquels les gens votent, se rendront complices de cet apartheid. Ce n’est qu’une question de temps, car au rythme actuel de création de nouveaux Français, les appareils comprendront vite que pour emporter la victoire, ils devront accompagner le changement du corps électoral en présentant dans des circonscriptions gagnables des candidats assortis à leurs électeurs.

Mais les lendemains qui chantent, ça ne suffit pas. Si le changement, c’est maintenant, seule une politique de quotas peut mettre un coup d’arrêt instantané à cette discrimination électorale qui profite aux blancs. Mais attention, la Chambre des députés ne passera de l’ombre à la lumière arc-en-ciel que si on récuse les critères sociaux pour privilégier les appartenances de race ou de sexe car le peuple, malgré une politique migratoire active, est encore plein de « souchiens » qui ont du mal à voir où est le progrès.

On peut rire, mais pendant qu’on se moque, les minorités aboient et la gauche passe. J’ai décidé de réagir. J’organiserai bientôt du fond de mon lit et à pas d’heure un « flash-mob » mitoyen à deux ou trois pour interpeller les politiques sur les questions suivantes : comment se fait-il que la diversité, si bien représentée dans les lieux de privation de liberté (ou si vous préférez : les prisons), le soit moins dans le monde du travail ? Pourquoi le jeune sur deux qui, dit-on, est au chômage dans certaines cités, n’arrive-t-il pas à décrocher au moins une place d’éboueur, de plongeur ou de manœuvre ? Peut être est-ce le défaut d’une approche trop « humaniste et jardinière de la diversité ». J’y ai un peu réfléchi et j’ai ma solution. Je ne vote pas blanc, et pourtant, pour être représenté à l’Assemblée nationale, c’est pratiquement comme si je votais nul.

*Photo : dalbera

Islamisation de la Belgique : c’est arrivé près de chez nous

34

D’après La Libre Belgique, nos voisins d’outre-Quiévrain sont passés très près de nuits d’émeutes urbaines comme nous en avons connues à l’automne 2005, après la mort malheureuse de deux jeunes banlieusards fuyant la police dans un transformateur électrique. A Molenbeek, le 31 mai dernier, c’est le contrôle d’identité d’une jeune femme habillée en niqab qui a mis le feu aux poudres. Preuve que le port du voile intégral n’est pas toujours synonyme de soumission, la jeune voilée a non seulement refusé de se découvrir le visage – bien que contrôlée par des femmes policiers – mais a surtout essayé de fausser compagnie aux agents de police puis de leur asséner un coup de boule sur le chemin du commissariat. Son esclandre avec la maréchaussée a provoqué de violentes réactions de la population de ce faubourg à forte population arabo-musulmane. Arrivée dans les locaux de la police, après une ultime foucade, la jeune femme se révèlera être Stéphanie, une belgo-camerounaise convertie à l’islam.

Solidarité oblige, c’est un autre belge converti, fondateur du groupuscule Shariah for Belgium qui a fomenté des sit-in de jeunes musulmans devant le commissariat de Molenbeek, les barbus tentant d’assaillir le poste de police jusqu’à ce que des troupes anti-émeute soient déployées sur place. Après une seconde tentative d’envahissement le lendemain, une enquête du parquet a été ouverte. Selon La Libre Belgique, « les manifestants ne sont pas, dans une large majorité, originaires de la commune de Molenbeek, mais viendraient d’Anvers, la capitale flamande où existe une autre association « La Ligue arabe in Belgium », reconnue comme assez extrémiste, voire violente. ».
Originaires de Molenbeek ou non, les émeutiers se solidarisent en tout cas avec l’association Shariah for Belgium, qui ferait passer les partis islamistes proches des Frères Musulmans pour d’innocents clubs de macramé. Un coup d’œil au site, maintes fois fermé puis rouvert, de ce groupuscule révèle un étalage de slogans flamands dirigés contre les « Croisés », d’appels à « libérer la Palestine » signés cheikh Oussama Ben Laden, entre deux panégyriques de Omar Bakri Mohamed et d’Abou Hamza al-Masri, deux imams extradés hors d’Europe pour leur compagnonnage idéologique, sinon logistique, avec Al-Qaïda.

On pourrait croire l’incident de Molenbeek sporadique. Pourtant, devant la montée du radicalisme islamiste, le gouvernement belge, qui a d’autres dossiers brûlants à gérer, a décidé de légiférer. La ministre de l’Intérieur Joëlle Milquet, par ailleurs femme-lige du Centre Démocrate et Humaniste (CDH), a décidé de prendre le problème à bras le corps en proposant un projet de loi visant à interdire « toute milice privée ou toute autre organisation de particuliers dont l’objet est de recourir à la force ou de suppléer l’armée ou la police ou de s’immiscer dans leurs actions ou de se substituer à elles ou qui présentent, par leur forme et leur organisation militaires, le caractère de groupe de combat ».

Dans un pays aussi cuirassé contre les dangers sécessionnistes, on pourrait croire la manœuvre dirigée contre les immigrés, afin de détourner les yeux inquiets des électeurs des inégalités économiques, seules questions politiques qui vaillent. Or, cette vue-du-monde mélenchonienne, en plus d’être électoralement peu payante, achoppe sur la question identitaire, cruciale pour un nombre croissant de citoyens belges et européens. Inutile de spéculer sur l’extrémisme présumé de Joëlle Milquet : non contente de siéger dans un gouvernement d’union nationale, la vice-premier ministre est issue d’une tradition centriste héritière du personnalisme chrétien d’Emmanuel Mounier, loin, très loin de l’extrême droite rexiste ou flamande.
Hélas, le réel est têtu et n’a pas tardé de rattraper nos amis Belges. Samedi 9 juin, à peine sorti du Thalys, un français poignardait deux policiers dans le métro de Bruxelles, répondant ainsi à l’appel au meurtre lancé par les assaillants islamistes du commissariat de Molenbeek. Par voie de conséquence, le plan vigipirate local fut renforcé dans une vingtaine de communes bruxelloises, d’autant que la récente condamnation du porte-parole de Sharia4Belgium, un certain Fouad Belkacem, a allumé l’étincelle islamiste.

Ce faisceau de faits divers inquiétants devrait interpeller nos politiques. Des deux côtés de la frontière, poreuse à l’envi, Schengen oblige, les moyens de communication modernes favorisent la propagation des discours jihadistes de type takfiriste. Dans le sillage de l’égyptien Sayyid Qotb, que Nasser fit exécuter au début des années 1960, une mouvance islamiste mondialisée pratique le takfir (littéralement, excommunication) en déclarant impies les « mécréants » juifs et chrétiens, mais aussi les musulmans « apostats » qui ne se rallient pas à leur lecture du Coran. Ce petit courant mondialisé constitue en quelque sorte la branche idéologique d’Al-Qaïda et s’il ne passe pas toujours aux actes terroristes, son extension par le jeu des conversions frappe de plein fouet des sociétés européennes déjà ébranlées par des chocs migratoires. Certaines communes bruxelloises étant les bastions de « majorités relatives » marocaines ou turques, selon l’expression du géographe Christophe Guilluy, les « autochtones » n’ont parfois le choix qu’entre le repli, la fuite ou l’absorption culturelle. Ainsi, s’il ne faut pas confondre islam et immigration – certains immigrés maghrébins adoptent une pratique paisible de leur religion, voire l’abandonnent tandis que nombre de fondamentalistes sont en fait des « autochtones » convertis – l’irruption dans le débat public belge de la violence jihadiste perce un tabou.

Adressons une supplique aux politiques de droite comme de gauche : que l’articulation entre la politique migratoire et la vie en société ne se fasse plus sous l’angle exclusif de la sécurité et des laïus lénifiants autour du « vivre-ensemble ». Au milieu de toute cette hypocrisie, le plus inquiétant est peut-être la quasi omerta des médias français. A quelques exceptions près, les événements belges ont été largement sous-relayés dans l’hexagone, pourtant peu accaparé par la morne campagne des législatives. Ce « service minimum » de la presse traduit la réticence des grands médias à traiter de faits qui risquent d’apporter de l’eau à des moulins qu’ils voudraient assécher. Faute de lucidité, le retour du refoulé pourrait faire très mal dans l’hexagone, la Belgique préfigurant peut-être l’avenir de la France en matière de multiculturalisme.

*Photo : sharia4belgium.

Blondinet, pas Français ?

84

« Cachez ces blonds que je ne saurais voir » : ce sont les propos, à peine déguisés, des militants du Front de Gauche de la région de Bollène qui s’émeuvent qu’une petite fille à la chevelure trop claire figure sur le plan de la ville fabriqué par le conseil municipal (de la Ligue du Sud, bien sûr).

« Une honte pour notre ville et pour tous les enfants issus de l’immigration dont les parents sont venus construire le canal ou la centrale de Tricastin », a (vraiment) dénoncé Serge Fiori, représentant bollénois du PCF et du Front de Gauche, dans La Provence du 15 Juin 2012.
Cette chère tête blonde est, il est vrai, une insulte à tous les enfants d’immigrés qui, comme chacun sait, sont les seuls à avoir construit la ville et tout ce qui l’entoure. D’ailleurs, on se demande encore comment vivaient les Cro-Magnon au poil furfuracé avant l’arrivée de ces immigrés à la chevelure de jais il y a quarante ans. On note aussi du même coup cette vérité oubliée que l’immigré n’est par principe jamais blond.

J’avoue que je n’ai pas de chance : doué d’une couleur châtain relativement passe-partout, j’avais pris soin de choisir une femme très brune, et patatras : mes trois enfants sont nés blonds. Si leur génitrice ne jouissait de toute ma confiance, il faudrait certainement que j’ouvre une enquête en ADN. Mais surtout, après réflexion, il faudrait que je maudisse mes crapuleux aïeux qui ont eu le mauvais goût pour certains de naître en Bretagne et en Picardie où, mille fois hélas, on s’est longtemps abandonné à la perversion languide de la blondeur. La faute à l’absence de soleil, sans doute. Nous sommes des dégénérés, je l’avoue aussi, victimes complaisantes d’une dépigmentation progressive de la peau et de la pilosité. Nous plaidons coupable. Mais hélas, cela ne suffit pas : ce défi jeté à la face de la terre, cette morgue de la pâleur contente d’elle-même parce qu’exclusive, combien de générations devrons-nous encore en subir les funestes conséquences malgré nous ? Où cacherai-je mes enfants ? Quel boulot trouveront-ils à l’âge adulte ?

Pourquoi mon salaud de père est-il tombé amoureux d’une Corse qui avait les yeux pers et non très noirs, comme toute méditerranéenne qui se respecte ? Pourquoi moi-même n’ai-je pas convolé avec une Japonaise ou une aborigène aux allèles sombres dominants ? Hélas, trois hélas. Est-ce que cela aurait suffi ? Les traîtres kabyles, les séfarades aussi, sont parfois contaminés par les gènes bleus, verts, blonds et roux. Hélas encore, j’apprends que sainte Michelle Obama elle-même descendrait d’un bisaïeul propriétaire d’esclaves noirs : si je me reproduisais avec elle, la damnation aurait-elle aussi des chances de se reproduire, et le fruit de nos amours provoquerait une nouvelle fois l’ire de nos amis du Front de Gauche. Comment faut-il faire ? A qui se fier ? Je vous le demande.

J’entends encore le président du CRAN[1. Conseil représentatif des associations noires de France.], ce bon Louis-Georges Tin qui, si j’en crois mes yeux, et surtout si mon cerveau ose penser ce qu’il voit, n’est pas tout à fait un mélanoderme de souche mais plutôt un métis de bonne race, expliquer au majoritaire visible Ménard qu’il faut désormais décompter les élus de la République selon leur couleur de peau. Je me sens humilié : parce que Tin est un blond qui a réussi, il me renvoie sans vergogne à ma défaite. Une pensée perverse traverse un instant mon esprit : que Tin se cogne à son tour des enfants blonds, ou pire, aux yeux bleus. Une pensée que j’écarte rapidement quand je me souviens que Tin non content d’avoir remporté avec brio son permis de métissage, double sa chance en ayant choisi l’homosexualité. Trop facile pour lui, le cador : il lui suffira d’adopter un Nigérien cueilli dans un village perdu où jamais le blanc, le blond, le bleu n’ont mis les pieds, et la fatalité n’aura plus qu’à rentrer chez elle.

Je suis un vaincu, et Louis-Georges Tin ne se prive pas de me le faire sentir. Il ne me reste plus qu’à fonder avec quelques autres égarés le Comité Représentatif des Parents d’Enfants Blonds, ce qui malheureusement, en sus de tout, donnera un acronyme imprononçable.
Je suis un vaincu, vous le voyez bien.

Allemagne-Grèce : courir pour Dantzig ?

11

La Grèce s’est donc qualifiée à la surprise générale en battant la Russie dont un certain Marc C. d’Ivry-sur-Seine et du Café de Flore réunis avait prévu le destin funeste, ajoutant malicieusement qu’elle jouait trop bien au football pour aller loin dans la compétition.

En quart de finale, les joueurs grecs seront opposés à l’Allemagne, ce qui ne manque pas de sel compte tenu de l’amour que se portent les deux peuples depuis des lustres, oubliant de manière irraisonnée que l’Europe, c’est la Paix. Ce n’est certes pas la première fois que des compétitions sportives opposent des nations en bisbille sur le plan politique. On se souvient notamment du Angleterre-Argentine de la coupe du monde 1986 alors que les deux pays venaient d’en découdre à propos des Malouines. Maradona et sa main de Dieu avaient alors vengé l’Argentine de l’intransigeance de la Dame de Fer. Mais d’autres faits troublants entourent ce Grèce-Allemagne.

Ainsi aura t-il lieu à Gdansk qui, dans la langue de Goethe, s’appelle Dantzig. On conseillera donc aux joueurs grecs d’être vigilants dans les couloirs, qu’on appelait les ailes du temps de Thierry Roland. On note également que le match aura lieu le 22 juin soit la date anniversaire de l’opération Barbarossa. Des coïncidences qui, si l’on se laisse emporter par un pessimisme teinté de superstition, ne laisseront pas indifférent.

Ouf, Hollande n’a pas les 3/5

114

Tout compte fait, ceux qui considèrent la Vème comme la moins mauvaise des républiques ont au moins une bonne raison de se réjouir des résultats des élections législatives du 17 juin : le fait que ces résultats entraînent le blocage durable d’un mécanisme dont la droite au pouvoir avait usé et abusé de façon scandaleuse pendant des décennies – l’article 89 alinéa 3 de la Constitution, qui permet de la réviser entre soi, à la majorité des trois cinquièmes du Parlement réuni en congrès, sans en référer au peuple souverain.
Un scandale ? Incontestablement, si l’on considère l’esprit et même la lettre de la constitution de 1958, de même que l’intention maintes fois explicitée de ses rédacteurs. Le texte constitutionnel est clair. En vertu de l’article 89 al. 2, « Le projet ou la proposition de révision doit être (…) voté par les deux assemblées en termes identiques. La révision est définitive après avoir été approuvée par référendum. » Telle est donc, aux yeux des constituants, la voie normale pour réviser la constitution : le peuple, étant originairement l’auteur de celle-ci, est en principe compétent pour en approuver les modifications. Rien de très surprenant à cela : comme dans de très nombreux pays, c’est celui qui a fait la Constitution qui est normalement susceptible de la refaire.

En 1958, pourtant, par souci de pragmatisme et de souplesse, les constituants prévoient également une voie alternative, celle qui est inscrite dans l’article 89 al. 3 : « Toutefois, le projet de révision n’est pas présenté au référendum lorsque le Président de la République décide de le soumettre au Parlement convoqué en Congrès ; dans ce cas, le projet de révision n’est approuvé que s’il réunit la majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés. (…) » La rédaction est très significative : on a voulu distinguer la procédure de révision de droit commun, celle du référendum, d’une procédure évidemment subsidiaire, à laquelle on n’aura recours que lorsque la question sera trop minime, ou trop technique, pour justifier que l’on dérange le peuple. Comme l’explique alors l’un des interprètes les mieux informés de la Constitution, Georges Vedel, le référendum est obligatoire, sauf exception. Le congrès, déclare de son côté le Général, « c’est bon pour les réformettes ». Sous sa présidence, il ne sera réuni qu’une seule fois, le 20 décembre 1963, afin de modifier l’article 28 de la constitution en précisant que désormais, la session parlementaire d’automne ouvrirait le 2 octobre, celle de printemps le 2 avril, et que dans l’hypothèse où l’un de ces deux jours serait férié, la session ouvrirait le premier jour ouvrable qui suit.

Et pourtant, cette solution de facilité, exclusivement réservée aux révisions de second ordre, a fini par se substituer totalement à la voie normale : depuis les années 1970, une seule révision sur 21 – celle du 2 octobre 2000 relative au quinquennat – fut adoptée par référendum. Toutes les autres, y compris celles qui bouleversaient l’équilibre général des institutions ou qui, suivant l’expression du Conseil constitutionnel, mettaient en cause « les conditions essentielles d’exercice de la souveraineté nationale », ont été faites en douce, sans en référer à qui de droit.

Désormais, au moins pour un certain temps, tout ceci ne sera plus possible. Non pour des raisons d’ordre idéologique, ni par attachement du président Hollande au mécanisme référendaire, que Sa Normalité doit sans doute juger un peu trop plébiscitaire pour être honnête – mais pour une simple raison numérique : en dépit de ses victoires successives, et bien qu’elle soit majoritaire à l’Assemblée nationale comme au Sénat, la gauche n’aurait pas la majorité des 3/5e au Congrès, soit 555 parlementaires.

Cela ne signifie pas qu’il lui sera impossible de réviser la constitution, ou du moins, de tenter de le faire, dès lors qu’elle dispose d’une majorité dans les deux chambres : ce qui n’était pas le cas du temps de François Mitterrand, entre 1981 et 1995, où les révisions proposées par la gauche, y compris les plus séduisantes – comme celle permettant aux citoyens de saisir le Conseil constitutionnel, finalement adoptée par le Congrès en juillet 2008, malgré l’opposition unanime de la gauche – furent toutes bloquées par le Sénat. La gauche pourra donc se lancer dans l’aventure de la révision avec, pour la première fois dans l’histoire de la Ve république, de sérieuses chances de parvenir à ses fins.
Elle aura alors le choix. Bien entendu, elle pourra toujours tenter la voie du congrès – auquel cas, même en faisant le plein de ses propres voix, il lui faudra rameuter une bonne soixantaine de parlementaires de l’opposition. Ce qui, sauf dans l’hypothèse d’une réforme absolument consensuelle, pourrait s’avérer plus que délicat, la droite ayant de son côté tout intérêt à éviter ce genre de déperdition ou d’alliance, et conservant par ailleurs les moyens de faire respecter strictement la discipline partisane. En somme, ce mécanisme a de fortes chances de redevenir exceptionnel, ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être.

La voie du congrès se trouvant donc bouchée, la gauche, si elle tient absolument à réviser la constitution – c’est-à-dire, à respecter les promesses du candidat Hollande-, devra emprunter la voie normale, celle du référendum – mais en prenant alors un risque considérable, celui de se soumettre à la grande incertitude de la démocratie… Un risque qu’elle ne prendra certainement pas à la légère, vu la catastrophe morale et politique que représente en tout état de cause, pour le Président de la république, un échec au référendum.
Au total, ce petit exercice de numérologie politique nous promet donc deux choses. D’abord, que ne se reproduira pas de sitôt le prurit constitutionnel qui avait marqué les derniers mandats présidentiels, durant lesquels, s’appuyant sans retenue sur une majorité parlementaire docile, on poussa jusqu’à l’extrême l’art de la réforme pour la réforme. Pour une fois, on peut jouer les Cassandre, et annoncer qu’en matière constitutionnelle, notre nouveau président devrait se tenir plus tranquille que son programme ne le laissait craindre. Ce que l’on peut prédire ensuite, c’est que si révision il y a, c’est qu’elle aura été dûment approuvée par le peuple souverain qui, sur ce plan, a enfin quelque espoir de retrouver voix au chapitre. Et qui, en toute hypothèse, ne se laissera pas conduire à l’abattoir les yeux bandés.

*Image : réunion du Congrès à Versailles.