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Législatives : le blues du second tour

J’ai voté radical de gauche pour ce second tour des élections législatives. Décidément, je vieillis. J’aurais tellement préféré voter gauche radicale que radical de gauche, comme les Grecs qui ont voté, apparemment pas en assez grand nombre, pour Syriza. Mais je n’avais plus trop le choix. Je suis inscrit dans la 9ème circonscription du Nord. Elle couvre la ville de Marcq-en-Baroeul, qui est une sorte de Neuilly de la métropole lilloise, à laquelle s’ajoutent quelques quartiers populaires de Tourcoing et deux ou trois rues de Lille plus mixtes socialement. Une circonscription toute neuve, retaillée par le rusé sarkozyste Alain Marleix pour couvrir en partie ce qu’on appelle chez nous le triangle BMW (Bondues-Marcq-Wasquehal) où l’on trouve un des records de France d’habitants assujettis à l’ISF et de piscines couvertes dans les maisons particulières. Autant dire que même en cas de vraie vague rose, rouge ou verte, s’il restait dix ou douze députés de droite, comme il y en a ce matin dix du FDG malgré les 11% de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle et les 7% obtenus au premier tour des législatives[1. Oui, je sais, c’est encore pire pour le FN.], la neuvième circonscription du Nord resterait indéfectiblement UMP.
La première surprise, dans cette circonscription, c’est qu’il y ait eu besoin d’un deuxième tour pour faire réélire Bernard Gérard, le maire de Marcq. Ce qui indique bien que la droite n’était vraiment pas en grande forme. Second motif d’étonnement, le FDG a réussi à dépasser de quelques décimales les 5%, histoire de pouvoir se faire rembourser la campagne.

Pour ce second tour inattendu, les copains du FDG se divisaient d’ailleurs en trois tendances : il y avait ceux qui ne voulaient pas se déranger, ceux qui voulaient voter blanc et ceux qui souhaitaient voter pour le radical de gauche, Jacques Mutez. Pas spécialement par discipline républicaine mais pour influer sur les estimations nationales du rapport de force global des voix de gauche et des voix de droite. Vous aurez compris que je faisais partie de la troisième tendance. Tout de même, voter radical de gauche, moi … Ça me rappelait mes premiers souvenirs politiques. Le programme commun qui explose en 1977 après des réunions houleuses entre Mitterrand, Marchais et l’élégant Robert Fabre, le « pharmacien de Villefranche de Rouergue ». Je n’avais que treize ans mais à la maison on parlait tout le temps politique. Je me souviens même qu’à l’époque, les radicaux de gauche, c’était le MRG. On les tenait pour les grands responsables de l’échec aux législatives de 78. Le PCF y décrocherait le meilleur score de son histoire sous la Vème république[2. 86 députés… Sic transit gloria mundi.] mais la droite resterait majoritaire. A cause des radicaux de gauche qui s’étaient dégonflés au dernier moment, rapport aux nationalisations. Ils trouvaient qu’il y en avait trop de prévues. C’est fou de se dire qu’il y eut une époque où la gauche discutait de ce qu’il fallait nationaliser ou pas.

Maintenant, elle discute plutôt de ce qu’il faut privatiser ou pas. C’est qu’elle est devenue tellement responsable et gestionnaire, la gauche. Décidément, je me demande pourquoi la droite a peur de cette gauche « avec tous les pouvoirs » puisque le seul vrai pouvoir, en Europe, c’est celui de la troïka qui dicte sa loi aux Grecs, aux Italiens, aux Portugais et aux Espagnols. La gauche française (enfin le PS) fera ce qu’on lui dira de faire et j’attends toujours que l’on m’explique la différence entre une austérité de droite et une austérité de gauche. La une du Monde, datée de dimanche-lundi ne s’y trompe pas, avec sa question merveilleusement fermée : « Et maintenant, quelle rigueur prépare la gauche ? »

Mais bon, j’ai voté radical de gauche. Juste avant, j’ai tout de même regardé les deux professions de foi. Ce qui va suivre ne va pas plaire à mes amis néoréacs mais les deux candidats se ressemblaient physiquement de manière étrange. La soixantaine et une légère surcharge pondérale. A croire qu’il vaut mieux être blanc, homme, CSP+ et probablement hétérosexuel pour entrer à l’Assemblée nationale. Je n’ai pas le culte du jeunisme ou de la diversité, mais tout de même, là, c’était flagrant. A moins que finalement, ces candidats ressemblent à la France de 2012 et me ressemblent aussi, par la même occasion. Jusque dans la légère surcharge pondérale. Ca m’a fichu un coup de vieux, pour tout dire.

Pour finir le tableau, ils avaient chacun une suppléante BCBG, histoire de respecter la parité. Elles étaient légèrement en retrait sur la photo. « Comment dit-on femme en politique ? On dit suppléante. » La formule n’est pas de moi mais de Cécile Duflot qui aura eu au moins un bon mot dans sa carrière politique et qui, hier soir, était toute heureuse d’annoncer que pour la première fois, les Verts auraient un groupe à l’Assemblée Nationale. Nous on n’a peut-être que dix députés mais on ne les doit qu’à nous-mêmes. Tandis que les écolos seraient bien incapables d’en faire élire un sans un accord avec le PS qui ne présente personne en face d’eux.

Un peu comme les radicaux de gauche. Pour qui j’ai voté. Comme quoi, parfois, c’est dur d’être de gauche. Même quand la gauche gagne.

*Photo : Dunechaser


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Jérôme Leroy est écrivain et membre de la rédaction de Causeur. Dernier roman publié: Vivonne (La Table Ronde, 2021)

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