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Libre échange : USA vs Europe, un accord gagnant-perdant

Au diapason de toute la gauche, notre souverainiste national, le vigilant Nicolas-« Vent Debout »-Aignan, s’est insurgé sur Twitter contre le président de la Commission européenne, José Manuel  Barroso. Le mécréant a osé traiter la France de vilaine « réactionnaire » (insulte suprême dans la bouche d’un néolibéral), à cause de sa volonté de maintenir l’exception culturelle dans le cadre de l’accord de libre-échange transatlantique. « Être qualifié de réactionnaire par M. Barroso qui est un vendu est un honneur pour la France ! » a vibré le président de Debout la République. S’il est toujours bon de saluer les élans gaullo-malruciens, intéressons-nous à ce qui se cache derrière ces cocoricos soulagés (après la mise sous cloche de l’exception culturelle) puis mortifiés (par les insultes de Manolo): que sont concrètement ces accords de libre-échange transatlantiques ?
Il y a en effet matière à s’inquiéter, voire à s’indigner pour ceux qui aiment ça- ou qui ne savent pas faire autrement – car cet accord de libre-échange, désigné par ses artisans comme le « plus important contrat commercial bilatéral jamais négocié« , et qui concerne un tiers du commerce mondial, risque fort d’être un pas de plus vers la dérégulation et le capitalisme illimité qui menacent déjà la survie de l’industrie européenne.
La faiblesse des droits de douane étant acquise depuis longtemps (moyenne de 5.2% pour l’Union européenne et 3,5% pour les Etats-Unis), le contrat de mariage  portera en réalité sur l’harmonisation des réglementations et la suppression des « obstacles non quantitatifs » à la libre circulation. En clair, il s’agit d’aligner  les normes européennes, jugées trop contraignantes, sur les normes américaines – beaucoup plus « pures et parfaites ».  Les normes environnementales, sanitaires et les standards de sécurité seront américanisés, pour pouvoir ouvrir le marché intérieur de l’UE à des produits autrefois interdits.
Si tout fonctionne comme Oncle Sam l’a prévu, la liberté de marché permettra au consommateur européen de goûter aux joies du bœuf aux hormones ou du poulet à la chlorine, tandis que la PAC, archaïsme protectionniste qui fausse la concurrence sera abolie, et qu’outre-Atlantique on pourra consommer du parmesan texan ou du camembert californien (les normes d’origine géographiques étant dans le viseur des Etats-Unis). Voilà donc les « perspectives fantastiques »  dont parle Jean-François Copé !
Mais alors, qu’avons-nous à gagner dans ce tope-là-ça-roule avec les Yankees ?
D’abord,  nous argue-t-on, des gains économiques: la Commission estime qu’une libéralisation totale des échanges permettra de dégager un surplus de croissance pour l’Union de 0,5% du PIB.
Ensuite, un objectif « idéologique » : d’après Bruce Stokes, du German Marshall Fund of the United States, il s’agit de  « S’assurer que le capitalisme version occidentale reste la norme mondiale et pas le capitalisme d’Etat chinois », bref d’assurer l’hégémonie globale du dogme libre-échangiste contre les velléités colbertistes de l’empire du Milieu. Toute forme d’économie dirigée ou de capitalisme régulé étant autant d’obstacles à l’extension du Far-West global.
D’après les experts de Bruxelles et de la Maison Blanche, pour sortir le monde occidental de la crise, il suffit donc  de sauter sur son transat comme un cabri en disant « Libre-échange ! Libre échange ! »
Et puis… et puis c’est tout. On a beau chercher, on a du mal à comprendre ce que l’Europe et la France vont gagner dans ce pacte qui ressemble fort, comme l’écrit Jean Quatremer  à un accord « gagnant-perdant » ( comme quoi le représentant de Libé à Bruxelles- à moins que ce soit l’inverse – ne peut pas se tromper sur tout tout le temps).
On a plutôt l’impression que les Etats-Unis profitent de la faiblesse de l’Europe, dévorée par les politiques austéritaires et la crise de l’euro pour standardiser le Vieux Continent et agrandir leur marché, tout en sachant très bien qu’à ce petit jeu, l’Europe et ses « préférences collectives » trop protectrices ne pourront pas suivre. Il n’y a qu’en perfide Albion qu’on se réjouit dans les grands médias de ce saut atlantiste qui permettrait de sauver l’Europe en peine. Pour expliquer cette inexplicable reddition, les mauvaises langues susurrent que Barroso la jouerait perso : il viserait après son mandat à la Commission qui s’achève le secrétariat général de l’ONU ou celui de l’OTAN, poste dont l’attribution se décide en grande partie dans le bureau ovale…
D’aucuns pourront encore espérer que le mandat que donnent demain les ministres européens à la Commission saura tracer les contours d’un cadre efficace pour protéger, faute de mieux, l’industrie européenne, les services publics, le domaine de la défense et l’agro-alimentaire.
D’autres, comme moi, se contenterons de paraphraser ce bon vieux Churchill : entre l’Europe et le Grand large, nous choisirons… ni l’un ni l’autre.

*Photo: Dennoir.

Carton rouge pour le multicu au Québec !

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sikh quebec canada

À en croire la presse canadienne anglophone, le Québec serait une société intolérante, voire raciste. Ni plus, ni moins ! La raison : la Fédération de soccer (le football) du Québec (FSQ) a refusé de laisser un joueur porter so turban sikh pendant ses activités sportives. Si cette décision est fortement critiquée par l’Association canadienne de soccer, la FSQ explique que son choix est en conformité avec les règles de la Fédération internationale de football (FIFA). Des leaders de la communauté sikhe ont par ailleurs tenu à soutenir la décision de la FSQ : la demande du port du turban leur semble venir de « groupes extrémistes ». L’affaire dite du turban serait-elle le symptôme d’une société quebecquoise xénophobe ?
En réalité, la décision motivée de la FSQ et les critiques incisives qu’elle suscite coté Canada font ressortir le fossé culturel et idéologique qui sépare francophones et anglophones. Si le Canada – majoritairement anglophone – est officiellement une société multiculturelle depuis l’adoption de la Charte des droits et libertés de 1982, le Québec a, pour sa part, refusé de la signer : ouverte à la diversité culturelle, la Belle Province s’est positionnée contre le multiculturalisme.
Le multiculturalisme est une doctrine politique assurant un statut social égal aux membres de diverses cultures et favorisant l’expression de leurs particularités culturelles au sein d’un État. L’article 27 de la Charte des droits et libertés s’engage ainsi à promouvoir « le maintien et la valorisation du patrimoine multiculturel des Canadiens ». C’est pourquoi un recours judiciaire devant une instance fédérale donnerait vraisemblablement tort à la FSQ puisqu’au regard du multiculturalisme, le port du turban sur un terrain de sport est un droit.
Mais il existe pour autant une diversité culturelle au Québec qui témoigne de son ouverture à l’immigration et de sa tolérance à l’égard de ses multiples communautés. Pas moins d’une centaine de pays sont représentés à Montréal. En revanche, le Québec ne reconnaît pas l’égalité des statuts aux membres des diverses cultures. Mais cela n’est pas le signe d’une intolérance, que seuls des terroristes intellectuels peuvent pointer du doigt. L’immigration est en hausse constante : chaque année, le Québec ouvre ses portes à des dizaines de milliers d’immigrants. La seule contrainte qu’il leur est demandé d’accepter est d’assimiler les règles culturelles de leur nouvelle société d’accueil. La première de celles-ci étant : Ici, on jase en français !
C’est parfois au détriment de sa propre culture que la Belle Province accepte une immigration issue du monde entier. Il est donc compréhensible, sinon légitime, qu’elle s’oppose alors avec plus ou moins de fermeté (voir la crise des accommodements raisonnables en 2007) à la doctrine multiculturaliste. Le Québec est le dernier vestige d’une Amérique jadis française. C’est une petite nation au sens où l’entendait Milan Kundera[1. Dans L’Occident kidnappé ou la tragédie de l’Europe centrale.], c’est-à-dire une nation « dont l’existence peut être à n’importe quel moment remise en question, qui peut disparaître et qui le sait ». Le Canada anglais n’étant pas menacé puisqu’il constitue la société majoritaire, il a dès lors pu mettre en place un tel modèle que le Québec considère dangereux pour sa survie en tant que société minoritaire en Amérique du Nord.
Ironie de l’histoire, c’est le Québécois Pierre Elliott Trudeau, ancien Premier ministre du Canada, qui a été l’architecte du multiculturalisme. L’histoire canadienne n’en est d’ailleurs pas à une ironie près. Ainsi, les symboles nationaux de l’actuelle Fédération canadienne ont été repris aux francophones. C’est Jacques Cartier qui baptisa ce nouveau monde : le Canada ; c’est le chant Ô Canada, composé par le Canadien français Calixa Lavallée qui, après avoir été traduit en anglais, sert d’hymne national ; c’est enfin la feuille d’érable, symbole par excellence de la Belle Province, qui apparaît sur le drapeau canadien.
Ceux qui ont gagné la guerre (les Britanniques) se sont appropriés les symboles culturels de ceux qui l’ont perdu (les Français) pour bâtir un nouveau pays.

*Photo : Alexandra Guerson.

Pas de dragées pour les gays polonais

pologne mariage gay walesa

Heureux comme un homosexuel en France : c’est peut-être ce dont rêvent les gays polonais. Pour eux, ça n’a pas marché : à l’heure qu’il est, la Diète polonaise est sans doute en train de discuter à nouveau du projet de loi sur l’union civile. C’est que nous, les Polonais, nous aimerions nous donner, comme aurait dit Gombrowicz, la gueule d’un pays civilisé. Autrement dit, nous souhaiterions rester catholiques à 99%, mais avec un zeste d’ouverture d’esprit, de tolérance, de modernité. Au lieu de quoi le Financial Times nous qualifie de « pays de l’Est » – autant dire barbare. Quand il fallait combattre le communisme, nous étions de l’Ouest. Là, un mot de travers et nous revoilà « de l’Est » ! Voilà une belle récompense ! Ah, si nous avions su à quoi ressemble la démocratie, nous n’aurions pas levé le petit doigt. On verrait alors les mauviettes du « FT » donner des leçons de morale aux camarades du Soviet suprême ! Mais bon, les choses sont comme elles sont. Impossible de revenir en arrière. Qu’on le veuille ou non, nous avons une démocratie en Pologne et il faut qu’on se débrouille avec.
Le scandale est parti d’un rien. Interrogé sur ladite union civile, Lech Walesa a simplement conseillé à la minorité homosexuelle de rester à sa place de minorité. Sur un plateau de télévision, à une heure de grande écoute, le Prix Nobel de la paix a suggéré que les députés homosexuels occupent les derniers rangs du Parlement polonais, voire qu’ils soient séparés de leurs collègues par un mur. Rien que ça. Non pas que ces idées d’un autre âge n’aient pas cours dans la société. Mais Walesa, le héros de Solidarnosc… Pour paraître moins slave et plus civilisé, Walesa aurait pu formuler cette proposition de façon moins abrupte. Enfin, l’essentiel, c’est que les homos ne se soient pas vexés. Un activiste LGBT a même déclaré : « Je ne voudrais pas faire de Walesa l’ennemi numéro un de la communauté gay de ce pays. Tout au plus, l’ex-président a verbalisé l’opinion de beaucoup de Polonais. Je ne serais pas surpris d’apprendre que la majorité de mes concitoyens partage ses sentiments. »[access capability= »lire_inedits »]
Pour autant, il ne faut pas désespérer de la Pologne : à en croire les sondages, 12% des Polonais considèrent l’homosexualité comme « quelque chose de normal ». Certes, plus de la moitié pense le contraire, estimant néanmoins qu’il faut tolérer le phénomène. Mais bon, 12% de citoyens éclairés, ce n’est pas rien pour une grande démocratie. L’humeur de l’opinion au sujet de l’union civile est à l’avenant : plus de 90% des personnes interrogées s’y déclarent favorables pour deux personnes de sexe opposé. S’agissant des couples homos, la proportion de réponses positives tombe à un tiers. Et, croyez-le ou pas, ce résultat révèle une nette progression de la gay-friendly attitude : nous en étions loin deux ans plus tôt ! Certes, deux tiers des Polonais, Lech Walesa en tête, continuent à juger malvenue la moindre manifestation publique d’homosexualité. Mais on se gardera de jugements expéditifs. Considéré à froid, le point de vue de l’ex-leader de Solidarnosc se révèle moins barbare. Voilà qu’il l’explique dans une interview, cette fois-ci, de presse : « Je ne suis pas homophobe. Dieu m’en préserve ! Je me bats juste pour que la démocratie reflète la composition de la société.  […] Et si la majorité des gens avait viré homo, qui paierait des impôts ? Après tout, les gens vivent pour procréer et payer des impôts ! » Qui aurait cru que la Pologne allait enseigner aux autres nations le sens de la vie ?
Soyons positifs : après tout, les Polonais tolèrent pas mal de choses. Cas unique en Europe, le Parlement compte un élu transsexuel. Sans parler de cet autre député qui a fait son coming out et invité ses collègues à l’imiter. Bon, jusqu’à présent, son appel n’a pas rencontré un grand succès. Et la minorité homosexuelle (estimée à 4 % de la population) a réussi à faire présenter devant la Diète des projets de loi instaurant l’union civile – droits au domicile familial, à la succession, à l’accès au dossier médical du partenaire (légal en Pologne pour les couples mariés) et tout et tout. Bien que rejeté en première lecture, en janvier 2013, le texte a suscité un vif débat. Et qui dit « débat », dit « démocratie ». Alors, où est le problème ?
Certains considèrent qu’il réside dans la Constitution polonaise, l’une de plus traditionnalistes du Vieux Continent concernant le droit de la famille ; d’autres assurent qu’il résulte des divisions au sein du parti au pouvoir, la Plate-forme civique (PO). L’article 18 de la Constitution stipule en effet que le mariage est une union de deux personnes de sexe opposé, protégé comme tel par les institutions de l’État. L’union civile serait donc anticonstitutionnelle, selon ses détracteurs, puisque les deux partenaires pourraient être du même sexe. « Faux ! », rétorquent ses partisans. Primo, l’union civile ne remplacera pas le mariage. Secundo, les couples mariés bénéficieront toujours de droits uniques comme celui d’adopter des enfants. « Un législateur qui se veut démocratique a le droit de promouvoir un modèle de famille qu’il considère comme optimal, mais il ne peut pas priver les citoyens du droit à régulariser le mode de vie qu’ils ont choisi tant que ce mode de vie respecte la loi », a déclaré un spécialiste du droit constitutionnel. Pour résumer, la Constitution polonaise ne pose pas de problème. Pas plus, d’ailleurs, que les affrontements entre les conservateurs et les libéraux dans les rangs de la PO.
Certes, faire émerger une position commune, alors que le premier ministre se dérobe à sa responsabilité de discipliner le parti qu’il préside en affirmant qu’il n’a l’intention ni d’accélérer ni de ralentir les changements sociétaux, relève du vœu pieux. D’un côté, son  ministre de la Justice, membre du même parti, exclut toute institutionnalisation de l’union civile, concédant seulement quelques amendements aux lois en vigueur. De l’autre, l’aile libérale de la PO défend le principe d’une nouvelle loi, en arguant que moins la définition légale d’une union civile sera précise, plus les risques d’abus seront grands. Le ministre de la Justice menace de s’en aller en cas de victoire des libéraux : « Je serais tenté d’accorder certaines prérogatives aux personnes qui vivent dans une relation durable mais pas forcément érotique. Par exemple, deux voisines d’un âge avancé qui s’occupent l’une de l’autre auraient une facilité d’accès au dossier médical de l’autre. » Les libéraux ripostent par l’intermédiaire d’un membre du Conseil d’État dont ils ont obtenu le soutien : « Si quelqu’un craint que l’union civile de quelqu’un d’autre dégrade son propre mariage, il ne reste qu’à le plaindre ! » Tout cela vire parfois au pugilat mais en vérité, ces dissensions au sein de la PO sont un détail. Au final, le calcul électoral l’emportera et le parti au pouvoir devra prendre en compte le fait que les Polonais, aussi attachés qu’ils soient au mariage traditionnel, ne sont pas insensibles aux avantages de l’union civile, à commencer par la possibilité de la rompre facilement. Déjà une majorité (63%) accepte sans broncher que les jeunes décident de se marier plus tardivement ou pas du tout, c’est dire.
Et pourtant, il y a un problème. Et ce problème, c’est que la démocratie est incompatible avec la culture politique des Polonais. Tôt ou tard, la Diète votera une loi sur l’union civile, reconnaissant ainsi à tous le « droit au bonheur », pour reprendre la formulation employée par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Cela fera-t-il de la Pologne un pays civilisé ? Sans doute, du moins aux yeux des éditorialistes du « FT ». Il est en revanche peu probable que Walesa cesse de parler le « langage des troglodytes », dixit un député social-démocrate. En attendant le « FT » n’a rien trouvé à redire à la procédure d’interpellation engagée par le chef de file des radicaux de gauche au sujet de la catéchèse qui, selon lui, enfreint la loi sur l’éducation à la sobriété : la transformation de l’eau en vin relève de la production d’alcool. Un pays civilisé, vous dit-on…[/access]

*Photo : lifebeginsat50mm.

Le Bac – et après

ecole bac profs

Le Bac est devenu un rite vide, la conclusion dépourvue de sens d’une scolarité largement vidée de tout contenu réel. Un rite onéreux, aussi — près de 100 millions d’euros, estime le magazine Challenges. Et on a eu beau le simplifier, exiger des examinateurs la plus grande mansuétude, on ne parvient plus à monter au-dessus de 85% de reçus — c’est à la fois trop et pas assez. Trop, si l’on voulait que le Bac conserve un semblant de crédibilité. Pas assez si on pense que 15% d’échecs, c’est près de 100 000 candidats qui repiquent, soit pour l’Education nationale un coût de 1 200 000 000 € (à 12 000 € par an et par élève). Et c’est largement inutile, si l’on pense que près de 40% des formations post-Bac (BTS, IUT, prépas…) recrutent aux mois de mai-juin sur livret scolaire sans un regard pour un Bac qui n’est pas encore passé, mais que l’on tient désormais pour une formalité désuète.
Tout a été fait ces dernières décennies pour vider de son sens ce premier titre universitaire — pour me pousser, en quelque sorte, à écrire que le Bac est désormais inutile, et qu’il est temps de laisser tout le Supérieur recruter comme il l’entend. Décidons d’un titre qui sanctionnerait désormais un niveau d’études, et laissons les universitaires décider de qui ils ont envie d’avoir en face d’eux dans les amphis. Cela éviterait à des gamins qui croient tenir en main un sésame de s’engager dans des impasses, et d’aller, à près de 50%, se fracasser en Licence.
Inutile de se demander comment revivifier le Bac : on ne ressuscitera jamais le cadavre de ce qui fut jadis l’un des meilleurs systèmes d’enseignement et d’évaluation au monde. Noter les élèves au Bac en fonction de leurs capacités réelles reviendrait à les condamner sans rémission — parce qu’ils sont les produits, et les victimes, d’une Ecole primaire qui tient encore parce que de brillantes personnalités s’y dévouent sans compter leurs heures ou leurs efforts, sous les quolibets de leurs Inspecteurs ; produits aussi d’un Collège unique qui partait peut-être d’une idée généreuse, qui a démontré depuis longtemps sa nocivité ; produits souvent de ces Zones d’Education Prioritaires qui ont greffé le ghetto culturel sur le ghetto social ; produits enfin d’un lycée où la part du disciplinaire s’étiole chaque année, minée par les restrictions budgétaires des uns et la pédagogonigologie des autres. Inutile de s’abîmer en nostalgies inutiles : restaurer le Bac, ce serait condamner à l’échec une génération élevée dans l’optique du bonheur immédiat — ne rien faire, sans le faire très bien. Bien sûr qu’aucun des postulants au Bac 2013 ne résoudrait les questions posées au Certificat d’Etudes de jadis — mais ils ne vivent pas dans le même monde, nous dit-on. Certes — mais ils ne sont pas préparés non plus ni au monde d’aujourd’hui, ni à celui de demain. Que la refondation de l’Ecole se préoccupe de temps scolaires (le lobby des pédopsys — malgré les protestations fondées des instits) ou de réaménagement des vacances (le lobby des hôteliers, malgré les remarques de bon sens des profs) donne la mesure de ce qui reste à faire — tout. À commencer par un apprentissage systématique du français, langue, culture et histoire, et des sciences : les deux passeports sans lesquels on est condamné, dès l’école, à la précarité intellectuelle et économique. Le désespoir frappe à la porte — il pourrait bien frapper tout court.
Mais peut-être est-ce cela l’objectif — des jeunes sans repères ni mémoire, taillables et corvéables à merci grâce aux brillantes intelligences qui aujourd’hui conseillent la Gauche après avoir si bien géré la Droite. Des jeunes qui n’ont même plus les mots pour se plaindre. Combien de vrais enseignants de terrain autour de Vincent Peillon ? Il s’acharne à ne pas voir que le problème actuel de l’Ecole, c’est ce qu’on y apprend — pas l’allongement du temps de présence des maîtres, un sujet familier aux cafés du Commerce et aux syndicalistes professionnels. On nous assène en permanence un « modèle allemand » largement fantasmatique : le lecteur sait-il que les enseignants d’Outre-Rhin sont deux fois mieux payés que les Français, pour un travail largement équivalent ? Combien d’universitaires réels autour de Geneviève Fioraso ? Elle veut à toute force noyer les classes prépas, dernier village gaulois qui résiste encore et toujours à la débâcle pédagogique, dans des universités dont la fonction essentielle semble être de retarder l’arrivée des étudiants dans les queues de Pôle-Emploi.
Vous trouvez que l’éducation coûte cher ? Essayez l’ignorance, comme l’a suggéré un bon esprit. La rue de Grenelle, comme la rue Descartes, commence et finit à Bercy. Géographie et politique de gribouilles. Tenez, supprimons le Bac, ce sera toujours ça d’économisé, et redonnons le pouvoir à ceux qui se soucient vraiment de l’avenir des élèves et des étudiants, et qui espèrent encore, alors même qu’ils n’espèrent plus rien.

*Photo : Les Profs

L’heure de d’Artagnan

artagnan manif pour tous

Lorsque d’Artagnan part pour Paris, il a 15 écus en poche, un vieux cheval jaune ridicule, une lettre de recommandation pour M. de Tréville, capitaine des mousquetaires, et son épée. À Meung, il se bat contre un gentilhomme arrogant qui raille son cheval, se fait délester de son argent et de sa précieuse lettre ; son épée est brisée, il est roué de coups. En arrivant à Paris, il vend son cheval bouton d’or pour louer une mauvaise chambre.
« Après quoi, nous dit Alexandre Dumas, content de la façon dont il s’était conduit, sans remords dans le passé, confiant dans le présent et plein d’espérance dans l’avenir, il se coucha et s’endormit du sommeil du brave. »
Vous ne trouvez pas que cela ressemble à ce que nous voyons tous les jours de cette année 2013 ? Ce jeune homme qui nous plaît se promène par milliers le long des allées du pouvoir, lequel s’en irrite fort. On le reconnaît à sa bonne humeur et à son agilité. Il trouve toujours la parade astucieuse et la riposte spirituelle.[access capability= »lire_inedits »]
Le pouvoir prétend qu’il n’existe pas. Il envahit le pavé. On assure qu’il ne compte pas. Il se multiplie. On le répute violent et provocateur. Il marche tranquillement nez au vent, sans même une épée. On refuse d’entendre sa voix. Il prend la plume. On vole ses lettres. Il submerge la Poste. On fait donner la garde. Il réapparaît le lendemain, impavide et souriant. On accélère. Il accélère. Il est à Lyon, à Nantes, à Bordeaux, insaisissable et harcelant.
Le gros rhinocéros politico-médiatique, avec sa lourdeur idéologique, ne comprend rien à cette souplesse et à cette vivacité. Il continue à marteler ses mots d’ordre massifs : « modernité », « égalité ».
Il n’a pas vu venir l’heure des mousquetaires. Ces deux mots n’ont pas de sens pour eux. Avec sa jument bouton d’or et son pourpoint défraîchi, d’Artagnan ne risque pas d’être à la mode. Comment ose-t-on discuter, dans un tel appareil ? ricane le gros rhinocéros, qui a tort de ne pas remarquer son œil fier. Quant à l’égalité… Personne n’est moins égal que d’Artagnan, un contre cent et sans le sou. Et qui revendiquerait l’égalité avec un ringard aussi démuni de fortune et de relations?
De tout cela, d’Artagnan ne se soucie pas. C’est là le véritable esprit d’anarchie. Pas plus qu’il n’envie les gens à la mode, il ne délègue sa bravoure et son art de vivre à des représentants politiques. Cordonniers, pas plus haut que la chaussure… Leur court mandat électoral comporte peut-être le pouvoir de ruiner le pays, certainement pas celui de penser à notre place, ne serait-ce que parce que c’est une chose intéressante et amusante, comme le montre plaisamment ce temps mousquetaire.
Le gros rhinocéros s’étonne : pourquoi s’opposer à une loi « qui ne vous enlève rien », répètent Luc Ferry et Laurent Joffrin. L’argument est un aveu : le rhinocéros ne peut pas comprendre qu’on bronche pour autre chose que pour ses intérêts particuliers. L’idée qu’on puisse se battre pour une cause plus vaste et plus profonde, les enfants à venir, la beauté du monde, les fleurs, les étoiles ou le service du roi, lui est étrangère.
On a beaucoup dit, de Depardieu à Houellebecq en passant par divers sondages, que la France était triste et dépressive. Mais quelle France ? Si c’était, justement, celle qui souffre, plus ou moins consciemment, d’être étouffée, massifiée, sclérosée, par le rhinocéros de Ionesco? Dès qu’elle retrouve un peu d’espace pour s’ébrouer, elle retrouve aussi cet allant qui va avec l’indépendance d’esprit, cette joie de vivre qui va avec la générosité de cœur. D’Artagnan n’a rien, n’est rien, et ne s’en inquiète pas.
« C’est par son courage seul qu’un gentilhomme fait son chemin aujourd’hui », lui a dit son père.
Ce mot de passe circule sans se dire de manifestations familiales en comités d’accueil chahuteurs, de pétitions en gardes à vue, de sweat-shirts « indécents » en blogs inventifs, de marcheurs en veilleurs. Le rhinocéros ne voit pas que c’est lui qui est ridicule, devant ces voltigeurs « élégants comme Céladon, agiles comme Scaramouche », comme l’a dit un autre mousquetaire. Qui concluait, rappelez-vous : « À la fin de l’envoi, je touche ! » [/access]

*Photo: Soleil

Burgalat, l’Alpha et l’Omega du show

On a entendu bien des sanglots longs, ces dernières semaines, pour déplorer l’arrêt de plusieurs émissions musicales sur le service public hexagonal de télévision. Au bout du rouleau, exsangues, des programmes tels que Taratata ou CD’aujourd’hui ne seront plus à l’antenne à la rentrée. Écouter de la musique à la télévision, dans de bonnes conditions, n’est pas une sinécure… Entre les tristes chaînes spécialisées « robinets à clips », les plateaux lugubres où règne en maître le playback, et les chanteurs à obsolescence intégrée nés dans les télé-crochets et qui disparaîtront dans les nouveaux cimetières de la télé-réalité, le paysage n’est pas très réjouissant…

show burgalat paris premiere

Devons-nous attendre un renouveau de la variété télévisée par le service public ? (rires enregistrés) Non. Assurément pas… C’est du privé que nous vient une initiative singulièrement ambitieuse, le « Ben & Bertie Show » – conçu et animé par le réalisateur Benoît Forgeard et le chanteur, producteur, compositeur Bertrand Burgalat.  Paris Première (groupe M6) diffusera demain à 23h30 la seconde édition de ce show archéo-futuriste, qui semble venir tout droit des années 70, mais avec une fraîcheur inédite à la télévision française ces dernières années. Le précédent show, diffusé en janvier, s’appelait « L’année bisexuelle »; celui qui sera diffusé ce soir « Ceux de Port-Alpha ». Chacune des émissions propose une série de séquences musicales incluses dans une fiction dont Forgeard et Burgalat sont les héros. Cette fois-ci nous voilà transportés dans la station balnéaire de Port-Alpha, dont le maire (Burgalat) entend monter un grand festival d’été. « Nous voulions raconter une province envoûtante et mégalomane, pas celle archi-rebattue des traditions pittoresques et des guerres de clochers » explique Forgeard. Port-Alpha vit à l’ombre d’une centrale nucléaire, dont elle est très fière, et entend célébrer cette présence en musique par un grand festival : « Une sorte de Woodstock de l’uranium 235 ». Intégralement tourné en studio, usant avec sobriété d’effets vidéos assez basiques (tel le fond vert permettant l’incrustation de personnages dans des paysages divers)  le « Ben & Bertie Show » n’est pas sans évoquer la télé de papa… les émissions de Maritie et Gilbert Carpentier qui étaient souvent construites autour d’une thématique, ou les grandes débauches esthétiques de Jean-Christophe Averty. Les séquences musicales sont évidemment enregistrées dans les conditions du direct, et une affiche à la fois complètement loufoque et très qualitative est proposée, pour ce festival de Port Alpha… mêlant entre autres les BB Brunes et la douce April March, La Grande Sophie et… Elie Semoun, Charles Dumont (l’homme qui a écrit Non je ne regrette rien à Piaf) et les jeunes toulousains d’Hypnolove. Le tout avec en fil-rouge les musiciens d’A.S Dragon, qui ont souvent accompagné Burgalat, notamment sur scène…

L’émission est présentée malicieusement comme une « œuvre de service public idéalisé ». On se délectera donc de ce show espiègle, diffusé astucieusement un jour avant le début de l’été, et son corolaire terrifiant… la Fête de la musique ! On goûtera surtout sans réserve la saveur de son esthétique globale, qui n’est pas celle d’une émission de variété industrielle formatée mais d’une œuvre à part entière…

Un nouveau dogme au PCF : l’euro

euro pcf

Au moment de l’organisation de la manifestation « pour la VIe République » j’avais eu la curiosité de faire un petit tour sur le site du Parti de gauche pour comprendre sa démarche institutionnelle. Ces colonnes ont accueilli l’expression de ma consternation . Amateurisme et incompétence semblant être les outils utilisés pour la mise en avant du mot d’ordre. Une visite sur le site d’« Economie et politique » revue marxiste d’économie très proche du PCF, pour consulter un article intitulé «Contre l’austérité, luttons pour un autre euro», a provoqué la même surprise accablée. Sauf que cette fois-ci, compte tenu de la personnalité des signataires, et de leur compétence universitaire reconnue,  il semble difficile d’invoquer l’amateurisme et l’incompétence. On se rabattra sur la mauvaise foi et l’aveuglement. Si l’on comprend les auteurs, il faudrait « exiger » la mise en place d’un « bon » euro à la place de l’actuel. Les moyens d’y arriver, relèvent, de façon assez habituelle, de l’incantation floue. Mais en fait, la cible de cet article, ce sont ceux qui préconisent de renoncer à la monnaie unique. Et, les armes du débat sont étonnamment le mensonge et la mauvaise foi. Le but étant d’effrayer le chaland, pour venir,  de façon incompréhensible, au secours d’un euro chancelant.
« Face à ces blocages, certains agitent l’idée de sortir de l’euro. Cela reviendrait à fuir devant la lutte décisive pour une autre utilisation de celui-ci et de la BCE. » Bigre, ça commence bien, tous ces économistes, banquiers, savants, hommes politiques qui se prononcent ou s’interrogent sur cette voie, ce sont des agitateurs et des couards. Ils apprécieront.
Retenons pour faire court deux extraits particulièrement significatifs.
« Le commerce extérieur de la France, souffre d’un déficit annuel de 60 à 70 milliards d’euros. Le retour au Franc, qui se ferait alors au prix d’une dévaluation de l’ordre de 25 % par rapport à l’euro, entraînerait automatiquement un enchérissement du même ordre du coût de nos importations. »
C’est tout simplement faux. Les auteurs feignent de ne pas savoir que la dévaluation est une forme de protectionnisme. Un certain nombre de produits auparavant importés devenant plus chers, les consommateurs se tourneront vers des produits locaux. Seuls les produits dont nous ne disposons pas (les carburants par exemple) devront donc toujours être importés. Ils représentent 30 % de nos importations. Quel est le but de cette présentation biaisée, sinon de faire peur ?
Autre exemple :
« Notre dette publique a été très internationalisée depuis les années 1980. Aujourd’hui elle est détenue à 60 % par des opérateurs non résidents, banques, sociétés d’assurances, fonds de pension… Le retour au Franc dévalué entraînerait automatiquement un enchérissement de 25 % sur les quelques 1140 milliards d’euros de titres de dette détenus hors de France ». Mais qu’est-ce que c’est que cette énormité ? Les économistes entretiennent parfois des rapports élastiques avec la rigueur juridique, on se trouvera donc obligé de rappeler quelques éléments. Ce sont des contrats de droit français qui régissent l’essentiel de la dette de notre pays (85 %). Ces contrats prévoient  qu’elle sera remboursée dans la monnaie ayant cours dans celui-ci. En cas de sortie de l’euro, la dette sera recalculée en francs, et pour les mêmes montants qu’en euros. La nationalité du créancier est absolument sans effet au contraire de ce que nous raconte les éminents camarades.
Le reste de l’article est à l’avenant, inutile de s’encombrer. La question qui se pose est de savoir quel est l’objectif de ce genre de prise de position, qui rend service à un François Hollande soi-disant engagé dans une partie de bras de fer avec l’Allemagne. C’est peut-être le but ? François Hollande pourrait très bien signer ce qui constitue la conclusion de l’article : «La raison la plus importante c’est qu’en sortant de l’euro, on déserterait le terrain de la bataille pour un autre euro et pour une construction solidaire de l’Union européenne, au mépris d’une nouvelle croissance fondée sur le développement des peuples et, notamment, sur l’aide aux pays d’Europe du sud. »
La « section économique » du parti, respectée pour son sérieux et sa rigueur, bénéficiait dans les années 70 d’un grand prestige, bien au-delà de ses frontières naturelles. Il semble qu’il n’en reste plus grand-chose aujourd’hui : on n’y réfléchit et innove guère plus que dans le reste de la maison-mère. Et en plus on se permet d’y diffamer –sans les citer- les collègues hérétiques façon Sapir ou Lordon à grand coups d’arguments barrosocompatibles. Bizarre, bizarre…
Camarades, vous qui avez voté non à Maastricht, non au TCE, qui vous êtes opposés à la création de cette monnaie unique dont l’échec économique politique social est aujourd’hui aveuglant, comment pouvez-vous croire une seconde à la possibilité de faire advenir « un autre euro » ?
Le seul bon euro est un euro mort.

Campagne anti-gifles : on s’en tape!

Décidément, les droits des enfants déchaînent les passions : tandis que certains se battent pour leur donner « un papa, une maman », d’autres promeuvent l’abolition de la GPA (Gifle Parentale Autoritaire). La Fondation pour l’Enfance a ainsi réalisé une campagne publicitaire contre « les violences éducatives ordinaires », c’est-à-dire l’usage domestique de claques, fessées, taloches et autres torgnoles pour faire taire la marmaille. Dans le clip –qui sera diffusé sur toutes les grandes chaines pour culpabiliser sensibiliser les géniteurs sanguinaires- on peut voir la scène banale brutale d’une mère excédée par un marmot mutin, qui finit après plusieurs sommations par lui donner une gifle salutaire. « Une petite claque pour vous » clame l’invisible Tartuffe sur fond de musique tragique. Puis on revoit la scène au ralenti, et l’enfant défiguré par la main maternelle, voyant sa vie défiler devant ses yeux avant de s’enfermer dans un silence meurtri et prostré, probablement devenu déficient mental à la suite du châtiment corporel infamant. « Une grosse claque pour lui ». Silence. Méditation. La sentence tombe, lapidaire : « il n’y a pas de petite claque ».  Cet aphorisme relativiste laisse songeur : il n’y  aurait donc pas de différence entre le tabassage aviné à coup de ceinture, l’usage pédagogique du martinet et la petite tape sur les doigts.
Les auteurs de cette parabole s’appuient sur une étude de chercheurs canadiens, publiée en juillet 2012 dans la revue américaine Pediatrics qui démontre que les enfants ayant reçu des fessées ont plus de risques de devenir des cas sociaux une fois adultes, de tomber dans la drogue, la dépression et les troubles obsessionnels compulsifs.
La propagande bambinophile va son chemin, et on a même pu voir l’actrice Claudia Cardinale, le prince Felipe de Bourbon, Mikhaïl Gorbatchev, et la reine Silvia de Suède apposer conjointement leurs signatures sur une pétition anti-fessée initiée par le Conseil de l’Europe à l’occasion du trentième anniversaire de l’abolition de la gifle en Suède.
On se prend à rêver d’un monde réconcilié, où adultes de tous bords feraient la farandole ensemble dans un combat commun, la lutte contre la claque infanticide, et où la famille deviendrait un lieu aussi pacifique qu’une unité de soins palliatifs ou qu’un épisode de Bonne nuit les petits.
J’sais pas vous, mais moi, j’ai les poings qui me démangent.

Minorité morale

barjot vallaud belkacem

« Pétainistes, vichystes, fascistes » : au lendemain de la dernière « Manif pour tous » contre le mariage gay, Nicolas Demorand a sorti toute la panoplie des mots qui diabolisent. Le patron de Libération a également décrété que ce mouvement n’était pas « populaire » mais « radicalisé » – termes qui ne s’opposent que dans l’imaginaire sommaire de cette partie de la gauche à qui le mot « progressisme » tient lieu de pensée. Bref, tout ça, c’est rien qu’un ramassis de fachos et de réacs.
Or, des fachos, il y en a dans ce mouvement et, quoique minoritaires, ils semblent déterminés et peut-être – mais c’est une impression – de plus en plus organisés. Par ailleurs, la frange la plus entêtée, celle qui a défilé le 26 mai, compte sans doute une majorité d’authentiques réacs. Ils pensent qu’il y a des lois au-dessus de celles de la République (comme tout croyant conséquent, me semble-t-il, sauf qu’eux en tirent des conclusions politiques). L’avortement leur fait horreur. L’homosexualité, mieux vaut ne pas en parler. Je dois bien admettre que, culturellement, je me sens fort éloignée du conservatisme assumé de cette minorité morale. De Mai-68, j’entends bien garder la liberté des moeurs. Qui, d’ailleurs, n’est nullement menacée.
Pour la gauche Demorand, c’est inespéré. Aussi incrédule qu’un jésuite trouvant la preuve de l’existence de Dieu, elle ne retient pas sa joie. Je les tiens ! Ils existent ! Eh bien oui, ils existent. Ils voient disparaître ou changer, généralement pour le pire, tout ce qui était stable dans le monde qu’ils aimaient. Cela les rend-il méprisables ? En vrai, ils se battent pour quelque chose qui a déjà disparu. Enfin, ce que j’en dis…
De toute façon, on leur cause pas, à ces résidus du passé. Qu’ils retournent dans leurs provinces. Nous, on va jouer à se faire peur, en appliquant la jurisprudence Le Pen – aux résultats éprouvés. Face à cette France inconnue de ses services, la gauche gramophone repasse ses disques usés. Elle dénonce l’ordre moral qui s’avance. Elle ne sait même pas que l’ordre moral, c’est elle. L’essentiel, c’est de ne rien comprendre.

*Photo: manif pour tous

Cet article en accès libre est issu de Causeur magazine n°3 (nouvelle série) de juin 2013. Pour lire tous les articles de ce numéro, rendez-vous chez votre marchand de journaux le plus proche ou sur notre kiosque en ligne : 4,90 € le numéro.

Retraites : l’occasion manquée

retraites commission moreau

Installée par le premier ministre le 27 février dernier, la Commission Moreau (du nom de sa présidente) pour l’avenir des retraites vient de rendre son rapport. Le moins qu’on puisse dire, c’est que le compte n’y est pas et que les propositions faites tiennent bien davantage d’une énième réformette que de la réforme systémique et ambitieuse qu’attendent le pays comme Bruxelles.
Dès sa désignation,  la Commission souffrait d’un dangereux déficit de démocratie. En tout et pour tout, elle comprend dix représentants du secteur public, pour la plupart hauts fonctionnaires : conseillers d’Etat, membres du Conseil d’Orientation des Retraites ou cadres de l’INSEE. Bien entendu, aucun représentant du secteur privé, bien qu’il constitue plus des trois quarts de la population active et des retraités. La commission ne compte qu’un seul retraité, presque par raccroc : en réalité l’un des cadres de l’INSEE qui vient  tout juste de prendre sa retraite. Au passage, notons qu’en ces temps de transparence, un problème juridique semble avoir complètement échappé à ce vénérable cénacle : la moyenne d’âge (environ 55 ans) et la consanguinité de ses membres les mettent inévitablement en position de conflit d’intérêt, puisque l’alignement de leurs régimes publics sur le régime de droit commun constitue une mesure de justice incontournable. Comme on pouvait le craindre, l’arbre est bien tombé du côté vers lequel il penchait. Son rapport de 172 pages recommande notamment le matraquage fiscal des retraités avec  un allongement inévitable des durées de cotisation. Mais venons-en à l’essentiel.
On sait qu’une très nette majorité de Français réclament plus de justice et d’égalité. Ils dénoncent sans cesse les  avantages de la fonction publique et les privilèges des régimes spéciaux. Qu’importe, avec un sens politique très sûr, la Commission Moreau évite soigneusement tous les sujets qui fâchent:  rien sur les régimes parlementaires, rien sur les régimes spéciaux des services publics, rien sur la révision du périmètre des fonctions dites « actives » qui permet – parfois depuis 1853 – à un petit tiers de fonctionnaires de partir en retraite bien avant les autres, rien non plus sur l’amplitude pour une large part dissimulée des déficits des régimes  publics, qui mettent en péril l’ensemble du système français…
Pour donner le change, le texte prévoit la prise en compte pour  les fonctionnaires  des toutes dernières années de service (3 ou 10?), au lieu des 6 derniers mois actuellement (une dérive fréquente consistant à promouvoir l’agent environ un an avant son départ). Cette proposition irait incontestablement  dans le (bon) sens d’un rapprochement entre public et privé – 25 meilleures années pour la retraite Sécu  – si elle n’était matériellement assortie de l’intégration dans la base de calcul des pensions publiques d’une partie des primes qui ont longtemps échappé  à toute cotisation et prise en compte, avant de rentrer (partiellement) depuis 2005  dans  une retraite additionnelle de la fonction publique. Or, ce nouveau calcul risque dans certains cas de renchérir sensiblement le coût déjà excessif des retraites publiques. En outre, il confirme le sentiment qu’aucune réforme sérieuse ne peut se faire dans le secteur public sans présenter en contrepartie un substantiel bakchich aux salariés de ce secteur.
Autre piste des plus dangereuses : pour rééquilibrer le système, la Commission Moreau propose une désindexation générale des pensions et  des cotisations, le pouvoir d’achat des pensions étant déconnecté de l’indice des prix, cependant que les cotisations salariales ne seraient plus désormais prises en compte que pour une partie variable de leur montant. Certes, cette déconnection ne serait que provisoire et elle serait attentivement pilotée par un comité ad hoc dont on ignore la composition, les règles de décision et les garanties éventuelles qu’il offrirait contre une manipulation des chiffres. Avec la fixation du taux du livret A, l’Etat a parfaitement montré que ce type de contraintes ne le gênait aucunement.
Enfin, la pénibilité n’est évoquée qu’a minima. Pour être vraiment prise en compte dans le privé (elle l’est parfaitement  dans le public, par le jeu très large des fonctions dites « actives »), encore faut-il qu’elle soit liée à un travail de nuit ou à une exposition prolongée à des substances cancérigènes. Sinon, il faudra se contenter d’un compte-temps individuel, valant crédit de formation, de salaire ou d’activité et dont l’efficacité réelle et le rendement quasi-insignifiant risquent de ne pas être à la hauteur des espérances suscitées.
Pour clore le tout, on trouve une nouvelle proposition de hausse des cotisations (0,4% en 4 ans) partagée entre salariés et entreprises. Cette disposition va directement à l’encontre des préconisations de Bruxelles, puisque les autorités européennes n’entendent  pas voir le poids des retraites grever davantage encore le PIB du pays.
En somme, le rapport Moreau préconise une réforme de fonctionnaires, étroitement conçue par des fonctionnaires et pour des fonctionnaires. Une proposition injuste, partielle, étriquée, discriminatoire, plus importante par ses non-dits (retraites parlementaires, services publics, dissimulation du déficit abyssal des retraites de la fonction publique) que  par ses propositions effectives. Pour terminer, osons poser la question qui tue : pourquoi donc aucun gouvernement n’a-t-il jamais eu le courage de demander au secteur privé de constituer une commission pour se pencher sur les réformes à mettre en place dans les régimes publics ?
Force est de reconnaître qu’après tant d’instances publiques crispées sur leurs privilèges, la Commission Moreau s’inscrit comme une nouvelle occasion manquée, dans un pays qui sait désormais qu’une véritable négociation avec les retraités eux-mêmes, tout comme la véritable égalité public-privé, ne sont  décidément pas pour demain.

*Photo : jyc1.

Libre échange : USA vs Europe, un accord gagnant-perdant

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Au diapason de toute la gauche, notre souverainiste national, le vigilant Nicolas-« Vent Debout »-Aignan, s’est insurgé sur Twitter contre le président de la Commission européenne, José Manuel  Barroso. Le mécréant a osé traiter la France de vilaine « réactionnaire » (insulte suprême dans la bouche d’un néolibéral), à cause de sa volonté de maintenir l’exception culturelle dans le cadre de l’accord de libre-échange transatlantique. « Être qualifié de réactionnaire par M. Barroso qui est un vendu est un honneur pour la France ! » a vibré le président de Debout la République. S’il est toujours bon de saluer les élans gaullo-malruciens, intéressons-nous à ce qui se cache derrière ces cocoricos soulagés (après la mise sous cloche de l’exception culturelle) puis mortifiés (par les insultes de Manolo): que sont concrètement ces accords de libre-échange transatlantiques ?
Il y a en effet matière à s’inquiéter, voire à s’indigner pour ceux qui aiment ça- ou qui ne savent pas faire autrement – car cet accord de libre-échange, désigné par ses artisans comme le « plus important contrat commercial bilatéral jamais négocié« , et qui concerne un tiers du commerce mondial, risque fort d’être un pas de plus vers la dérégulation et le capitalisme illimité qui menacent déjà la survie de l’industrie européenne.
La faiblesse des droits de douane étant acquise depuis longtemps (moyenne de 5.2% pour l’Union européenne et 3,5% pour les Etats-Unis), le contrat de mariage  portera en réalité sur l’harmonisation des réglementations et la suppression des « obstacles non quantitatifs » à la libre circulation. En clair, il s’agit d’aligner  les normes européennes, jugées trop contraignantes, sur les normes américaines – beaucoup plus « pures et parfaites ».  Les normes environnementales, sanitaires et les standards de sécurité seront américanisés, pour pouvoir ouvrir le marché intérieur de l’UE à des produits autrefois interdits.
Si tout fonctionne comme Oncle Sam l’a prévu, la liberté de marché permettra au consommateur européen de goûter aux joies du bœuf aux hormones ou du poulet à la chlorine, tandis que la PAC, archaïsme protectionniste qui fausse la concurrence sera abolie, et qu’outre-Atlantique on pourra consommer du parmesan texan ou du camembert californien (les normes d’origine géographiques étant dans le viseur des Etats-Unis). Voilà donc les « perspectives fantastiques »  dont parle Jean-François Copé !
Mais alors, qu’avons-nous à gagner dans ce tope-là-ça-roule avec les Yankees ?
D’abord,  nous argue-t-on, des gains économiques: la Commission estime qu’une libéralisation totale des échanges permettra de dégager un surplus de croissance pour l’Union de 0,5% du PIB.
Ensuite, un objectif « idéologique » : d’après Bruce Stokes, du German Marshall Fund of the United States, il s’agit de  « S’assurer que le capitalisme version occidentale reste la norme mondiale et pas le capitalisme d’Etat chinois », bref d’assurer l’hégémonie globale du dogme libre-échangiste contre les velléités colbertistes de l’empire du Milieu. Toute forme d’économie dirigée ou de capitalisme régulé étant autant d’obstacles à l’extension du Far-West global.
D’après les experts de Bruxelles et de la Maison Blanche, pour sortir le monde occidental de la crise, il suffit donc  de sauter sur son transat comme un cabri en disant « Libre-échange ! Libre échange ! »
Et puis… et puis c’est tout. On a beau chercher, on a du mal à comprendre ce que l’Europe et la France vont gagner dans ce pacte qui ressemble fort, comme l’écrit Jean Quatremer  à un accord « gagnant-perdant » ( comme quoi le représentant de Libé à Bruxelles- à moins que ce soit l’inverse – ne peut pas se tromper sur tout tout le temps).
On a plutôt l’impression que les Etats-Unis profitent de la faiblesse de l’Europe, dévorée par les politiques austéritaires et la crise de l’euro pour standardiser le Vieux Continent et agrandir leur marché, tout en sachant très bien qu’à ce petit jeu, l’Europe et ses « préférences collectives » trop protectrices ne pourront pas suivre. Il n’y a qu’en perfide Albion qu’on se réjouit dans les grands médias de ce saut atlantiste qui permettrait de sauver l’Europe en peine. Pour expliquer cette inexplicable reddition, les mauvaises langues susurrent que Barroso la jouerait perso : il viserait après son mandat à la Commission qui s’achève le secrétariat général de l’ONU ou celui de l’OTAN, poste dont l’attribution se décide en grande partie dans le bureau ovale…
D’aucuns pourront encore espérer que le mandat que donnent demain les ministres européens à la Commission saura tracer les contours d’un cadre efficace pour protéger, faute de mieux, l’industrie européenne, les services publics, le domaine de la défense et l’agro-alimentaire.
D’autres, comme moi, se contenterons de paraphraser ce bon vieux Churchill : entre l’Europe et le Grand large, nous choisirons… ni l’un ni l’autre.

*Photo: Dennoir.

Carton rouge pour le multicu au Québec !

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sikh quebec canada

sikh quebec canada

À en croire la presse canadienne anglophone, le Québec serait une société intolérante, voire raciste. Ni plus, ni moins ! La raison : la Fédération de soccer (le football) du Québec (FSQ) a refusé de laisser un joueur porter so turban sikh pendant ses activités sportives. Si cette décision est fortement critiquée par l’Association canadienne de soccer, la FSQ explique que son choix est en conformité avec les règles de la Fédération internationale de football (FIFA). Des leaders de la communauté sikhe ont par ailleurs tenu à soutenir la décision de la FSQ : la demande du port du turban leur semble venir de « groupes extrémistes ». L’affaire dite du turban serait-elle le symptôme d’une société quebecquoise xénophobe ?
En réalité, la décision motivée de la FSQ et les critiques incisives qu’elle suscite coté Canada font ressortir le fossé culturel et idéologique qui sépare francophones et anglophones. Si le Canada – majoritairement anglophone – est officiellement une société multiculturelle depuis l’adoption de la Charte des droits et libertés de 1982, le Québec a, pour sa part, refusé de la signer : ouverte à la diversité culturelle, la Belle Province s’est positionnée contre le multiculturalisme.
Le multiculturalisme est une doctrine politique assurant un statut social égal aux membres de diverses cultures et favorisant l’expression de leurs particularités culturelles au sein d’un État. L’article 27 de la Charte des droits et libertés s’engage ainsi à promouvoir « le maintien et la valorisation du patrimoine multiculturel des Canadiens ». C’est pourquoi un recours judiciaire devant une instance fédérale donnerait vraisemblablement tort à la FSQ puisqu’au regard du multiculturalisme, le port du turban sur un terrain de sport est un droit.
Mais il existe pour autant une diversité culturelle au Québec qui témoigne de son ouverture à l’immigration et de sa tolérance à l’égard de ses multiples communautés. Pas moins d’une centaine de pays sont représentés à Montréal. En revanche, le Québec ne reconnaît pas l’égalité des statuts aux membres des diverses cultures. Mais cela n’est pas le signe d’une intolérance, que seuls des terroristes intellectuels peuvent pointer du doigt. L’immigration est en hausse constante : chaque année, le Québec ouvre ses portes à des dizaines de milliers d’immigrants. La seule contrainte qu’il leur est demandé d’accepter est d’assimiler les règles culturelles de leur nouvelle société d’accueil. La première de celles-ci étant : Ici, on jase en français !
C’est parfois au détriment de sa propre culture que la Belle Province accepte une immigration issue du monde entier. Il est donc compréhensible, sinon légitime, qu’elle s’oppose alors avec plus ou moins de fermeté (voir la crise des accommodements raisonnables en 2007) à la doctrine multiculturaliste. Le Québec est le dernier vestige d’une Amérique jadis française. C’est une petite nation au sens où l’entendait Milan Kundera[1. Dans L’Occident kidnappé ou la tragédie de l’Europe centrale.], c’est-à-dire une nation « dont l’existence peut être à n’importe quel moment remise en question, qui peut disparaître et qui le sait ». Le Canada anglais n’étant pas menacé puisqu’il constitue la société majoritaire, il a dès lors pu mettre en place un tel modèle que le Québec considère dangereux pour sa survie en tant que société minoritaire en Amérique du Nord.
Ironie de l’histoire, c’est le Québécois Pierre Elliott Trudeau, ancien Premier ministre du Canada, qui a été l’architecte du multiculturalisme. L’histoire canadienne n’en est d’ailleurs pas à une ironie près. Ainsi, les symboles nationaux de l’actuelle Fédération canadienne ont été repris aux francophones. C’est Jacques Cartier qui baptisa ce nouveau monde : le Canada ; c’est le chant Ô Canada, composé par le Canadien français Calixa Lavallée qui, après avoir été traduit en anglais, sert d’hymne national ; c’est enfin la feuille d’érable, symbole par excellence de la Belle Province, qui apparaît sur le drapeau canadien.
Ceux qui ont gagné la guerre (les Britanniques) se sont appropriés les symboles culturels de ceux qui l’ont perdu (les Français) pour bâtir un nouveau pays.

*Photo : Alexandra Guerson.

Pas de dragées pour les gays polonais

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pologne mariage gay walesa

pologne mariage gay walesa

Heureux comme un homosexuel en France : c’est peut-être ce dont rêvent les gays polonais. Pour eux, ça n’a pas marché : à l’heure qu’il est, la Diète polonaise est sans doute en train de discuter à nouveau du projet de loi sur l’union civile. C’est que nous, les Polonais, nous aimerions nous donner, comme aurait dit Gombrowicz, la gueule d’un pays civilisé. Autrement dit, nous souhaiterions rester catholiques à 99%, mais avec un zeste d’ouverture d’esprit, de tolérance, de modernité. Au lieu de quoi le Financial Times nous qualifie de « pays de l’Est » – autant dire barbare. Quand il fallait combattre le communisme, nous étions de l’Ouest. Là, un mot de travers et nous revoilà « de l’Est » ! Voilà une belle récompense ! Ah, si nous avions su à quoi ressemble la démocratie, nous n’aurions pas levé le petit doigt. On verrait alors les mauviettes du « FT » donner des leçons de morale aux camarades du Soviet suprême ! Mais bon, les choses sont comme elles sont. Impossible de revenir en arrière. Qu’on le veuille ou non, nous avons une démocratie en Pologne et il faut qu’on se débrouille avec.
Le scandale est parti d’un rien. Interrogé sur ladite union civile, Lech Walesa a simplement conseillé à la minorité homosexuelle de rester à sa place de minorité. Sur un plateau de télévision, à une heure de grande écoute, le Prix Nobel de la paix a suggéré que les députés homosexuels occupent les derniers rangs du Parlement polonais, voire qu’ils soient séparés de leurs collègues par un mur. Rien que ça. Non pas que ces idées d’un autre âge n’aient pas cours dans la société. Mais Walesa, le héros de Solidarnosc… Pour paraître moins slave et plus civilisé, Walesa aurait pu formuler cette proposition de façon moins abrupte. Enfin, l’essentiel, c’est que les homos ne se soient pas vexés. Un activiste LGBT a même déclaré : « Je ne voudrais pas faire de Walesa l’ennemi numéro un de la communauté gay de ce pays. Tout au plus, l’ex-président a verbalisé l’opinion de beaucoup de Polonais. Je ne serais pas surpris d’apprendre que la majorité de mes concitoyens partage ses sentiments. »[access capability= »lire_inedits »]
Pour autant, il ne faut pas désespérer de la Pologne : à en croire les sondages, 12% des Polonais considèrent l’homosexualité comme « quelque chose de normal ». Certes, plus de la moitié pense le contraire, estimant néanmoins qu’il faut tolérer le phénomène. Mais bon, 12% de citoyens éclairés, ce n’est pas rien pour une grande démocratie. L’humeur de l’opinion au sujet de l’union civile est à l’avenant : plus de 90% des personnes interrogées s’y déclarent favorables pour deux personnes de sexe opposé. S’agissant des couples homos, la proportion de réponses positives tombe à un tiers. Et, croyez-le ou pas, ce résultat révèle une nette progression de la gay-friendly attitude : nous en étions loin deux ans plus tôt ! Certes, deux tiers des Polonais, Lech Walesa en tête, continuent à juger malvenue la moindre manifestation publique d’homosexualité. Mais on se gardera de jugements expéditifs. Considéré à froid, le point de vue de l’ex-leader de Solidarnosc se révèle moins barbare. Voilà qu’il l’explique dans une interview, cette fois-ci, de presse : « Je ne suis pas homophobe. Dieu m’en préserve ! Je me bats juste pour que la démocratie reflète la composition de la société.  […] Et si la majorité des gens avait viré homo, qui paierait des impôts ? Après tout, les gens vivent pour procréer et payer des impôts ! » Qui aurait cru que la Pologne allait enseigner aux autres nations le sens de la vie ?
Soyons positifs : après tout, les Polonais tolèrent pas mal de choses. Cas unique en Europe, le Parlement compte un élu transsexuel. Sans parler de cet autre député qui a fait son coming out et invité ses collègues à l’imiter. Bon, jusqu’à présent, son appel n’a pas rencontré un grand succès. Et la minorité homosexuelle (estimée à 4 % de la population) a réussi à faire présenter devant la Diète des projets de loi instaurant l’union civile – droits au domicile familial, à la succession, à l’accès au dossier médical du partenaire (légal en Pologne pour les couples mariés) et tout et tout. Bien que rejeté en première lecture, en janvier 2013, le texte a suscité un vif débat. Et qui dit « débat », dit « démocratie ». Alors, où est le problème ?
Certains considèrent qu’il réside dans la Constitution polonaise, l’une de plus traditionnalistes du Vieux Continent concernant le droit de la famille ; d’autres assurent qu’il résulte des divisions au sein du parti au pouvoir, la Plate-forme civique (PO). L’article 18 de la Constitution stipule en effet que le mariage est une union de deux personnes de sexe opposé, protégé comme tel par les institutions de l’État. L’union civile serait donc anticonstitutionnelle, selon ses détracteurs, puisque les deux partenaires pourraient être du même sexe. « Faux ! », rétorquent ses partisans. Primo, l’union civile ne remplacera pas le mariage. Secundo, les couples mariés bénéficieront toujours de droits uniques comme celui d’adopter des enfants. « Un législateur qui se veut démocratique a le droit de promouvoir un modèle de famille qu’il considère comme optimal, mais il ne peut pas priver les citoyens du droit à régulariser le mode de vie qu’ils ont choisi tant que ce mode de vie respecte la loi », a déclaré un spécialiste du droit constitutionnel. Pour résumer, la Constitution polonaise ne pose pas de problème. Pas plus, d’ailleurs, que les affrontements entre les conservateurs et les libéraux dans les rangs de la PO.
Certes, faire émerger une position commune, alors que le premier ministre se dérobe à sa responsabilité de discipliner le parti qu’il préside en affirmant qu’il n’a l’intention ni d’accélérer ni de ralentir les changements sociétaux, relève du vœu pieux. D’un côté, son  ministre de la Justice, membre du même parti, exclut toute institutionnalisation de l’union civile, concédant seulement quelques amendements aux lois en vigueur. De l’autre, l’aile libérale de la PO défend le principe d’une nouvelle loi, en arguant que moins la définition légale d’une union civile sera précise, plus les risques d’abus seront grands. Le ministre de la Justice menace de s’en aller en cas de victoire des libéraux : « Je serais tenté d’accorder certaines prérogatives aux personnes qui vivent dans une relation durable mais pas forcément érotique. Par exemple, deux voisines d’un âge avancé qui s’occupent l’une de l’autre auraient une facilité d’accès au dossier médical de l’autre. » Les libéraux ripostent par l’intermédiaire d’un membre du Conseil d’État dont ils ont obtenu le soutien : « Si quelqu’un craint que l’union civile de quelqu’un d’autre dégrade son propre mariage, il ne reste qu’à le plaindre ! » Tout cela vire parfois au pugilat mais en vérité, ces dissensions au sein de la PO sont un détail. Au final, le calcul électoral l’emportera et le parti au pouvoir devra prendre en compte le fait que les Polonais, aussi attachés qu’ils soient au mariage traditionnel, ne sont pas insensibles aux avantages de l’union civile, à commencer par la possibilité de la rompre facilement. Déjà une majorité (63%) accepte sans broncher que les jeunes décident de se marier plus tardivement ou pas du tout, c’est dire.
Et pourtant, il y a un problème. Et ce problème, c’est que la démocratie est incompatible avec la culture politique des Polonais. Tôt ou tard, la Diète votera une loi sur l’union civile, reconnaissant ainsi à tous le « droit au bonheur », pour reprendre la formulation employée par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Cela fera-t-il de la Pologne un pays civilisé ? Sans doute, du moins aux yeux des éditorialistes du « FT ». Il est en revanche peu probable que Walesa cesse de parler le « langage des troglodytes », dixit un député social-démocrate. En attendant le « FT » n’a rien trouvé à redire à la procédure d’interpellation engagée par le chef de file des radicaux de gauche au sujet de la catéchèse qui, selon lui, enfreint la loi sur l’éducation à la sobriété : la transformation de l’eau en vin relève de la production d’alcool. Un pays civilisé, vous dit-on…[/access]

*Photo : lifebeginsat50mm.

Le Bac – et après

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ecole bac profs

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Le Bac est devenu un rite vide, la conclusion dépourvue de sens d’une scolarité largement vidée de tout contenu réel. Un rite onéreux, aussi — près de 100 millions d’euros, estime le magazine Challenges. Et on a eu beau le simplifier, exiger des examinateurs la plus grande mansuétude, on ne parvient plus à monter au-dessus de 85% de reçus — c’est à la fois trop et pas assez. Trop, si l’on voulait que le Bac conserve un semblant de crédibilité. Pas assez si on pense que 15% d’échecs, c’est près de 100 000 candidats qui repiquent, soit pour l’Education nationale un coût de 1 200 000 000 € (à 12 000 € par an et par élève). Et c’est largement inutile, si l’on pense que près de 40% des formations post-Bac (BTS, IUT, prépas…) recrutent aux mois de mai-juin sur livret scolaire sans un regard pour un Bac qui n’est pas encore passé, mais que l’on tient désormais pour une formalité désuète.
Tout a été fait ces dernières décennies pour vider de son sens ce premier titre universitaire — pour me pousser, en quelque sorte, à écrire que le Bac est désormais inutile, et qu’il est temps de laisser tout le Supérieur recruter comme il l’entend. Décidons d’un titre qui sanctionnerait désormais un niveau d’études, et laissons les universitaires décider de qui ils ont envie d’avoir en face d’eux dans les amphis. Cela éviterait à des gamins qui croient tenir en main un sésame de s’engager dans des impasses, et d’aller, à près de 50%, se fracasser en Licence.
Inutile de se demander comment revivifier le Bac : on ne ressuscitera jamais le cadavre de ce qui fut jadis l’un des meilleurs systèmes d’enseignement et d’évaluation au monde. Noter les élèves au Bac en fonction de leurs capacités réelles reviendrait à les condamner sans rémission — parce qu’ils sont les produits, et les victimes, d’une Ecole primaire qui tient encore parce que de brillantes personnalités s’y dévouent sans compter leurs heures ou leurs efforts, sous les quolibets de leurs Inspecteurs ; produits aussi d’un Collège unique qui partait peut-être d’une idée généreuse, qui a démontré depuis longtemps sa nocivité ; produits souvent de ces Zones d’Education Prioritaires qui ont greffé le ghetto culturel sur le ghetto social ; produits enfin d’un lycée où la part du disciplinaire s’étiole chaque année, minée par les restrictions budgétaires des uns et la pédagogonigologie des autres. Inutile de s’abîmer en nostalgies inutiles : restaurer le Bac, ce serait condamner à l’échec une génération élevée dans l’optique du bonheur immédiat — ne rien faire, sans le faire très bien. Bien sûr qu’aucun des postulants au Bac 2013 ne résoudrait les questions posées au Certificat d’Etudes de jadis — mais ils ne vivent pas dans le même monde, nous dit-on. Certes — mais ils ne sont pas préparés non plus ni au monde d’aujourd’hui, ni à celui de demain. Que la refondation de l’Ecole se préoccupe de temps scolaires (le lobby des pédopsys — malgré les protestations fondées des instits) ou de réaménagement des vacances (le lobby des hôteliers, malgré les remarques de bon sens des profs) donne la mesure de ce qui reste à faire — tout. À commencer par un apprentissage systématique du français, langue, culture et histoire, et des sciences : les deux passeports sans lesquels on est condamné, dès l’école, à la précarité intellectuelle et économique. Le désespoir frappe à la porte — il pourrait bien frapper tout court.
Mais peut-être est-ce cela l’objectif — des jeunes sans repères ni mémoire, taillables et corvéables à merci grâce aux brillantes intelligences qui aujourd’hui conseillent la Gauche après avoir si bien géré la Droite. Des jeunes qui n’ont même plus les mots pour se plaindre. Combien de vrais enseignants de terrain autour de Vincent Peillon ? Il s’acharne à ne pas voir que le problème actuel de l’Ecole, c’est ce qu’on y apprend — pas l’allongement du temps de présence des maîtres, un sujet familier aux cafés du Commerce et aux syndicalistes professionnels. On nous assène en permanence un « modèle allemand » largement fantasmatique : le lecteur sait-il que les enseignants d’Outre-Rhin sont deux fois mieux payés que les Français, pour un travail largement équivalent ? Combien d’universitaires réels autour de Geneviève Fioraso ? Elle veut à toute force noyer les classes prépas, dernier village gaulois qui résiste encore et toujours à la débâcle pédagogique, dans des universités dont la fonction essentielle semble être de retarder l’arrivée des étudiants dans les queues de Pôle-Emploi.
Vous trouvez que l’éducation coûte cher ? Essayez l’ignorance, comme l’a suggéré un bon esprit. La rue de Grenelle, comme la rue Descartes, commence et finit à Bercy. Géographie et politique de gribouilles. Tenez, supprimons le Bac, ce sera toujours ça d’économisé, et redonnons le pouvoir à ceux qui se soucient vraiment de l’avenir des élèves et des étudiants, et qui espèrent encore, alors même qu’ils n’espèrent plus rien.

*Photo : Les Profs

L’heure de d’Artagnan

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artagnan manif pour tous

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Lorsque d’Artagnan part pour Paris, il a 15 écus en poche, un vieux cheval jaune ridicule, une lettre de recommandation pour M. de Tréville, capitaine des mousquetaires, et son épée. À Meung, il se bat contre un gentilhomme arrogant qui raille son cheval, se fait délester de son argent et de sa précieuse lettre ; son épée est brisée, il est roué de coups. En arrivant à Paris, il vend son cheval bouton d’or pour louer une mauvaise chambre.
« Après quoi, nous dit Alexandre Dumas, content de la façon dont il s’était conduit, sans remords dans le passé, confiant dans le présent et plein d’espérance dans l’avenir, il se coucha et s’endormit du sommeil du brave. »
Vous ne trouvez pas que cela ressemble à ce que nous voyons tous les jours de cette année 2013 ? Ce jeune homme qui nous plaît se promène par milliers le long des allées du pouvoir, lequel s’en irrite fort. On le reconnaît à sa bonne humeur et à son agilité. Il trouve toujours la parade astucieuse et la riposte spirituelle.[access capability= »lire_inedits »]
Le pouvoir prétend qu’il n’existe pas. Il envahit le pavé. On assure qu’il ne compte pas. Il se multiplie. On le répute violent et provocateur. Il marche tranquillement nez au vent, sans même une épée. On refuse d’entendre sa voix. Il prend la plume. On vole ses lettres. Il submerge la Poste. On fait donner la garde. Il réapparaît le lendemain, impavide et souriant. On accélère. Il accélère. Il est à Lyon, à Nantes, à Bordeaux, insaisissable et harcelant.
Le gros rhinocéros politico-médiatique, avec sa lourdeur idéologique, ne comprend rien à cette souplesse et à cette vivacité. Il continue à marteler ses mots d’ordre massifs : « modernité », « égalité ».
Il n’a pas vu venir l’heure des mousquetaires. Ces deux mots n’ont pas de sens pour eux. Avec sa jument bouton d’or et son pourpoint défraîchi, d’Artagnan ne risque pas d’être à la mode. Comment ose-t-on discuter, dans un tel appareil ? ricane le gros rhinocéros, qui a tort de ne pas remarquer son œil fier. Quant à l’égalité… Personne n’est moins égal que d’Artagnan, un contre cent et sans le sou. Et qui revendiquerait l’égalité avec un ringard aussi démuni de fortune et de relations?
De tout cela, d’Artagnan ne se soucie pas. C’est là le véritable esprit d’anarchie. Pas plus qu’il n’envie les gens à la mode, il ne délègue sa bravoure et son art de vivre à des représentants politiques. Cordonniers, pas plus haut que la chaussure… Leur court mandat électoral comporte peut-être le pouvoir de ruiner le pays, certainement pas celui de penser à notre place, ne serait-ce que parce que c’est une chose intéressante et amusante, comme le montre plaisamment ce temps mousquetaire.
Le gros rhinocéros s’étonne : pourquoi s’opposer à une loi « qui ne vous enlève rien », répètent Luc Ferry et Laurent Joffrin. L’argument est un aveu : le rhinocéros ne peut pas comprendre qu’on bronche pour autre chose que pour ses intérêts particuliers. L’idée qu’on puisse se battre pour une cause plus vaste et plus profonde, les enfants à venir, la beauté du monde, les fleurs, les étoiles ou le service du roi, lui est étrangère.
On a beaucoup dit, de Depardieu à Houellebecq en passant par divers sondages, que la France était triste et dépressive. Mais quelle France ? Si c’était, justement, celle qui souffre, plus ou moins consciemment, d’être étouffée, massifiée, sclérosée, par le rhinocéros de Ionesco? Dès qu’elle retrouve un peu d’espace pour s’ébrouer, elle retrouve aussi cet allant qui va avec l’indépendance d’esprit, cette joie de vivre qui va avec la générosité de cœur. D’Artagnan n’a rien, n’est rien, et ne s’en inquiète pas.
« C’est par son courage seul qu’un gentilhomme fait son chemin aujourd’hui », lui a dit son père.
Ce mot de passe circule sans se dire de manifestations familiales en comités d’accueil chahuteurs, de pétitions en gardes à vue, de sweat-shirts « indécents » en blogs inventifs, de marcheurs en veilleurs. Le rhinocéros ne voit pas que c’est lui qui est ridicule, devant ces voltigeurs « élégants comme Céladon, agiles comme Scaramouche », comme l’a dit un autre mousquetaire. Qui concluait, rappelez-vous : « À la fin de l’envoi, je touche ! » [/access]

*Photo: Soleil

Burgalat, l’Alpha et l’Omega du show

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On a entendu bien des sanglots longs, ces dernières semaines, pour déplorer l’arrêt de plusieurs émissions musicales sur le service public hexagonal de télévision. Au bout du rouleau, exsangues, des programmes tels que Taratata ou CD’aujourd’hui ne seront plus à l’antenne à la rentrée. Écouter de la musique à la télévision, dans de bonnes conditions, n’est pas une sinécure… Entre les tristes chaînes spécialisées « robinets à clips », les plateaux lugubres où règne en maître le playback, et les chanteurs à obsolescence intégrée nés dans les télé-crochets et qui disparaîtront dans les nouveaux cimetières de la télé-réalité, le paysage n’est pas très réjouissant…

show burgalat paris premiere

Devons-nous attendre un renouveau de la variété télévisée par le service public ? (rires enregistrés) Non. Assurément pas… C’est du privé que nous vient une initiative singulièrement ambitieuse, le « Ben & Bertie Show » – conçu et animé par le réalisateur Benoît Forgeard et le chanteur, producteur, compositeur Bertrand Burgalat.  Paris Première (groupe M6) diffusera demain à 23h30 la seconde édition de ce show archéo-futuriste, qui semble venir tout droit des années 70, mais avec une fraîcheur inédite à la télévision française ces dernières années. Le précédent show, diffusé en janvier, s’appelait « L’année bisexuelle »; celui qui sera diffusé ce soir « Ceux de Port-Alpha ». Chacune des émissions propose une série de séquences musicales incluses dans une fiction dont Forgeard et Burgalat sont les héros. Cette fois-ci nous voilà transportés dans la station balnéaire de Port-Alpha, dont le maire (Burgalat) entend monter un grand festival d’été. « Nous voulions raconter une province envoûtante et mégalomane, pas celle archi-rebattue des traditions pittoresques et des guerres de clochers » explique Forgeard. Port-Alpha vit à l’ombre d’une centrale nucléaire, dont elle est très fière, et entend célébrer cette présence en musique par un grand festival : « Une sorte de Woodstock de l’uranium 235 ». Intégralement tourné en studio, usant avec sobriété d’effets vidéos assez basiques (tel le fond vert permettant l’incrustation de personnages dans des paysages divers)  le « Ben & Bertie Show » n’est pas sans évoquer la télé de papa… les émissions de Maritie et Gilbert Carpentier qui étaient souvent construites autour d’une thématique, ou les grandes débauches esthétiques de Jean-Christophe Averty. Les séquences musicales sont évidemment enregistrées dans les conditions du direct, et une affiche à la fois complètement loufoque et très qualitative est proposée, pour ce festival de Port Alpha… mêlant entre autres les BB Brunes et la douce April March, La Grande Sophie et… Elie Semoun, Charles Dumont (l’homme qui a écrit Non je ne regrette rien à Piaf) et les jeunes toulousains d’Hypnolove. Le tout avec en fil-rouge les musiciens d’A.S Dragon, qui ont souvent accompagné Burgalat, notamment sur scène…

L’émission est présentée malicieusement comme une « œuvre de service public idéalisé ». On se délectera donc de ce show espiègle, diffusé astucieusement un jour avant le début de l’été, et son corolaire terrifiant… la Fête de la musique ! On goûtera surtout sans réserve la saveur de son esthétique globale, qui n’est pas celle d’une émission de variété industrielle formatée mais d’une œuvre à part entière…

Un nouveau dogme au PCF : l’euro

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euro pcf

euro pcf

Au moment de l’organisation de la manifestation « pour la VIe République » j’avais eu la curiosité de faire un petit tour sur le site du Parti de gauche pour comprendre sa démarche institutionnelle. Ces colonnes ont accueilli l’expression de ma consternation . Amateurisme et incompétence semblant être les outils utilisés pour la mise en avant du mot d’ordre. Une visite sur le site d’« Economie et politique » revue marxiste d’économie très proche du PCF, pour consulter un article intitulé «Contre l’austérité, luttons pour un autre euro», a provoqué la même surprise accablée. Sauf que cette fois-ci, compte tenu de la personnalité des signataires, et de leur compétence universitaire reconnue,  il semble difficile d’invoquer l’amateurisme et l’incompétence. On se rabattra sur la mauvaise foi et l’aveuglement. Si l’on comprend les auteurs, il faudrait « exiger » la mise en place d’un « bon » euro à la place de l’actuel. Les moyens d’y arriver, relèvent, de façon assez habituelle, de l’incantation floue. Mais en fait, la cible de cet article, ce sont ceux qui préconisent de renoncer à la monnaie unique. Et, les armes du débat sont étonnamment le mensonge et la mauvaise foi. Le but étant d’effrayer le chaland, pour venir,  de façon incompréhensible, au secours d’un euro chancelant.
« Face à ces blocages, certains agitent l’idée de sortir de l’euro. Cela reviendrait à fuir devant la lutte décisive pour une autre utilisation de celui-ci et de la BCE. » Bigre, ça commence bien, tous ces économistes, banquiers, savants, hommes politiques qui se prononcent ou s’interrogent sur cette voie, ce sont des agitateurs et des couards. Ils apprécieront.
Retenons pour faire court deux extraits particulièrement significatifs.
« Le commerce extérieur de la France, souffre d’un déficit annuel de 60 à 70 milliards d’euros. Le retour au Franc, qui se ferait alors au prix d’une dévaluation de l’ordre de 25 % par rapport à l’euro, entraînerait automatiquement un enchérissement du même ordre du coût de nos importations. »
C’est tout simplement faux. Les auteurs feignent de ne pas savoir que la dévaluation est une forme de protectionnisme. Un certain nombre de produits auparavant importés devenant plus chers, les consommateurs se tourneront vers des produits locaux. Seuls les produits dont nous ne disposons pas (les carburants par exemple) devront donc toujours être importés. Ils représentent 30 % de nos importations. Quel est le but de cette présentation biaisée, sinon de faire peur ?
Autre exemple :
« Notre dette publique a été très internationalisée depuis les années 1980. Aujourd’hui elle est détenue à 60 % par des opérateurs non résidents, banques, sociétés d’assurances, fonds de pension… Le retour au Franc dévalué entraînerait automatiquement un enchérissement de 25 % sur les quelques 1140 milliards d’euros de titres de dette détenus hors de France ». Mais qu’est-ce que c’est que cette énormité ? Les économistes entretiennent parfois des rapports élastiques avec la rigueur juridique, on se trouvera donc obligé de rappeler quelques éléments. Ce sont des contrats de droit français qui régissent l’essentiel de la dette de notre pays (85 %). Ces contrats prévoient  qu’elle sera remboursée dans la monnaie ayant cours dans celui-ci. En cas de sortie de l’euro, la dette sera recalculée en francs, et pour les mêmes montants qu’en euros. La nationalité du créancier est absolument sans effet au contraire de ce que nous raconte les éminents camarades.
Le reste de l’article est à l’avenant, inutile de s’encombrer. La question qui se pose est de savoir quel est l’objectif de ce genre de prise de position, qui rend service à un François Hollande soi-disant engagé dans une partie de bras de fer avec l’Allemagne. C’est peut-être le but ? François Hollande pourrait très bien signer ce qui constitue la conclusion de l’article : «La raison la plus importante c’est qu’en sortant de l’euro, on déserterait le terrain de la bataille pour un autre euro et pour une construction solidaire de l’Union européenne, au mépris d’une nouvelle croissance fondée sur le développement des peuples et, notamment, sur l’aide aux pays d’Europe du sud. »
La « section économique » du parti, respectée pour son sérieux et sa rigueur, bénéficiait dans les années 70 d’un grand prestige, bien au-delà de ses frontières naturelles. Il semble qu’il n’en reste plus grand-chose aujourd’hui : on n’y réfléchit et innove guère plus que dans le reste de la maison-mère. Et en plus on se permet d’y diffamer –sans les citer- les collègues hérétiques façon Sapir ou Lordon à grand coups d’arguments barrosocompatibles. Bizarre, bizarre…
Camarades, vous qui avez voté non à Maastricht, non au TCE, qui vous êtes opposés à la création de cette monnaie unique dont l’échec économique politique social est aujourd’hui aveuglant, comment pouvez-vous croire une seconde à la possibilité de faire advenir « un autre euro » ?
Le seul bon euro est un euro mort.

Campagne anti-gifles : on s’en tape!

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Décidément, les droits des enfants déchaînent les passions : tandis que certains se battent pour leur donner « un papa, une maman », d’autres promeuvent l’abolition de la GPA (Gifle Parentale Autoritaire). La Fondation pour l’Enfance a ainsi réalisé une campagne publicitaire contre « les violences éducatives ordinaires », c’est-à-dire l’usage domestique de claques, fessées, taloches et autres torgnoles pour faire taire la marmaille. Dans le clip –qui sera diffusé sur toutes les grandes chaines pour culpabiliser sensibiliser les géniteurs sanguinaires- on peut voir la scène banale brutale d’une mère excédée par un marmot mutin, qui finit après plusieurs sommations par lui donner une gifle salutaire. « Une petite claque pour vous » clame l’invisible Tartuffe sur fond de musique tragique. Puis on revoit la scène au ralenti, et l’enfant défiguré par la main maternelle, voyant sa vie défiler devant ses yeux avant de s’enfermer dans un silence meurtri et prostré, probablement devenu déficient mental à la suite du châtiment corporel infamant. « Une grosse claque pour lui ». Silence. Méditation. La sentence tombe, lapidaire : « il n’y a pas de petite claque ».  Cet aphorisme relativiste laisse songeur : il n’y  aurait donc pas de différence entre le tabassage aviné à coup de ceinture, l’usage pédagogique du martinet et la petite tape sur les doigts.
Les auteurs de cette parabole s’appuient sur une étude de chercheurs canadiens, publiée en juillet 2012 dans la revue américaine Pediatrics qui démontre que les enfants ayant reçu des fessées ont plus de risques de devenir des cas sociaux une fois adultes, de tomber dans la drogue, la dépression et les troubles obsessionnels compulsifs.
La propagande bambinophile va son chemin, et on a même pu voir l’actrice Claudia Cardinale, le prince Felipe de Bourbon, Mikhaïl Gorbatchev, et la reine Silvia de Suède apposer conjointement leurs signatures sur une pétition anti-fessée initiée par le Conseil de l’Europe à l’occasion du trentième anniversaire de l’abolition de la gifle en Suède.
On se prend à rêver d’un monde réconcilié, où adultes de tous bords feraient la farandole ensemble dans un combat commun, la lutte contre la claque infanticide, et où la famille deviendrait un lieu aussi pacifique qu’une unité de soins palliatifs ou qu’un épisode de Bonne nuit les petits.
J’sais pas vous, mais moi, j’ai les poings qui me démangent.

Minorité morale

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barjot vallaud belkacem

barjot vallaud belkacem

« Pétainistes, vichystes, fascistes » : au lendemain de la dernière « Manif pour tous » contre le mariage gay, Nicolas Demorand a sorti toute la panoplie des mots qui diabolisent. Le patron de Libération a également décrété que ce mouvement n’était pas « populaire » mais « radicalisé » – termes qui ne s’opposent que dans l’imaginaire sommaire de cette partie de la gauche à qui le mot « progressisme » tient lieu de pensée. Bref, tout ça, c’est rien qu’un ramassis de fachos et de réacs.
Or, des fachos, il y en a dans ce mouvement et, quoique minoritaires, ils semblent déterminés et peut-être – mais c’est une impression – de plus en plus organisés. Par ailleurs, la frange la plus entêtée, celle qui a défilé le 26 mai, compte sans doute une majorité d’authentiques réacs. Ils pensent qu’il y a des lois au-dessus de celles de la République (comme tout croyant conséquent, me semble-t-il, sauf qu’eux en tirent des conclusions politiques). L’avortement leur fait horreur. L’homosexualité, mieux vaut ne pas en parler. Je dois bien admettre que, culturellement, je me sens fort éloignée du conservatisme assumé de cette minorité morale. De Mai-68, j’entends bien garder la liberté des moeurs. Qui, d’ailleurs, n’est nullement menacée.
Pour la gauche Demorand, c’est inespéré. Aussi incrédule qu’un jésuite trouvant la preuve de l’existence de Dieu, elle ne retient pas sa joie. Je les tiens ! Ils existent ! Eh bien oui, ils existent. Ils voient disparaître ou changer, généralement pour le pire, tout ce qui était stable dans le monde qu’ils aimaient. Cela les rend-il méprisables ? En vrai, ils se battent pour quelque chose qui a déjà disparu. Enfin, ce que j’en dis…
De toute façon, on leur cause pas, à ces résidus du passé. Qu’ils retournent dans leurs provinces. Nous, on va jouer à se faire peur, en appliquant la jurisprudence Le Pen – aux résultats éprouvés. Face à cette France inconnue de ses services, la gauche gramophone repasse ses disques usés. Elle dénonce l’ordre moral qui s’avance. Elle ne sait même pas que l’ordre moral, c’est elle. L’essentiel, c’est de ne rien comprendre.

*Photo: manif pour tous

Cet article en accès libre est issu de Causeur magazine n°3 (nouvelle série) de juin 2013. Pour lire tous les articles de ce numéro, rendez-vous chez votre marchand de journaux le plus proche ou sur notre kiosque en ligne : 4,90 € le numéro.

Retraites : l’occasion manquée

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retraites commission moreau

retraites commission moreau

Installée par le premier ministre le 27 février dernier, la Commission Moreau (du nom de sa présidente) pour l’avenir des retraites vient de rendre son rapport. Le moins qu’on puisse dire, c’est que le compte n’y est pas et que les propositions faites tiennent bien davantage d’une énième réformette que de la réforme systémique et ambitieuse qu’attendent le pays comme Bruxelles.
Dès sa désignation,  la Commission souffrait d’un dangereux déficit de démocratie. En tout et pour tout, elle comprend dix représentants du secteur public, pour la plupart hauts fonctionnaires : conseillers d’Etat, membres du Conseil d’Orientation des Retraites ou cadres de l’INSEE. Bien entendu, aucun représentant du secteur privé, bien qu’il constitue plus des trois quarts de la population active et des retraités. La commission ne compte qu’un seul retraité, presque par raccroc : en réalité l’un des cadres de l’INSEE qui vient  tout juste de prendre sa retraite. Au passage, notons qu’en ces temps de transparence, un problème juridique semble avoir complètement échappé à ce vénérable cénacle : la moyenne d’âge (environ 55 ans) et la consanguinité de ses membres les mettent inévitablement en position de conflit d’intérêt, puisque l’alignement de leurs régimes publics sur le régime de droit commun constitue une mesure de justice incontournable. Comme on pouvait le craindre, l’arbre est bien tombé du côté vers lequel il penchait. Son rapport de 172 pages recommande notamment le matraquage fiscal des retraités avec  un allongement inévitable des durées de cotisation. Mais venons-en à l’essentiel.
On sait qu’une très nette majorité de Français réclament plus de justice et d’égalité. Ils dénoncent sans cesse les  avantages de la fonction publique et les privilèges des régimes spéciaux. Qu’importe, avec un sens politique très sûr, la Commission Moreau évite soigneusement tous les sujets qui fâchent:  rien sur les régimes parlementaires, rien sur les régimes spéciaux des services publics, rien sur la révision du périmètre des fonctions dites « actives » qui permet – parfois depuis 1853 – à un petit tiers de fonctionnaires de partir en retraite bien avant les autres, rien non plus sur l’amplitude pour une large part dissimulée des déficits des régimes  publics, qui mettent en péril l’ensemble du système français…
Pour donner le change, le texte prévoit la prise en compte pour  les fonctionnaires  des toutes dernières années de service (3 ou 10?), au lieu des 6 derniers mois actuellement (une dérive fréquente consistant à promouvoir l’agent environ un an avant son départ). Cette proposition irait incontestablement  dans le (bon) sens d’un rapprochement entre public et privé – 25 meilleures années pour la retraite Sécu  – si elle n’était matériellement assortie de l’intégration dans la base de calcul des pensions publiques d’une partie des primes qui ont longtemps échappé  à toute cotisation et prise en compte, avant de rentrer (partiellement) depuis 2005  dans  une retraite additionnelle de la fonction publique. Or, ce nouveau calcul risque dans certains cas de renchérir sensiblement le coût déjà excessif des retraites publiques. En outre, il confirme le sentiment qu’aucune réforme sérieuse ne peut se faire dans le secteur public sans présenter en contrepartie un substantiel bakchich aux salariés de ce secteur.
Autre piste des plus dangereuses : pour rééquilibrer le système, la Commission Moreau propose une désindexation générale des pensions et  des cotisations, le pouvoir d’achat des pensions étant déconnecté de l’indice des prix, cependant que les cotisations salariales ne seraient plus désormais prises en compte que pour une partie variable de leur montant. Certes, cette déconnection ne serait que provisoire et elle serait attentivement pilotée par un comité ad hoc dont on ignore la composition, les règles de décision et les garanties éventuelles qu’il offrirait contre une manipulation des chiffres. Avec la fixation du taux du livret A, l’Etat a parfaitement montré que ce type de contraintes ne le gênait aucunement.
Enfin, la pénibilité n’est évoquée qu’a minima. Pour être vraiment prise en compte dans le privé (elle l’est parfaitement  dans le public, par le jeu très large des fonctions dites « actives »), encore faut-il qu’elle soit liée à un travail de nuit ou à une exposition prolongée à des substances cancérigènes. Sinon, il faudra se contenter d’un compte-temps individuel, valant crédit de formation, de salaire ou d’activité et dont l’efficacité réelle et le rendement quasi-insignifiant risquent de ne pas être à la hauteur des espérances suscitées.
Pour clore le tout, on trouve une nouvelle proposition de hausse des cotisations (0,4% en 4 ans) partagée entre salariés et entreprises. Cette disposition va directement à l’encontre des préconisations de Bruxelles, puisque les autorités européennes n’entendent  pas voir le poids des retraites grever davantage encore le PIB du pays.
En somme, le rapport Moreau préconise une réforme de fonctionnaires, étroitement conçue par des fonctionnaires et pour des fonctionnaires. Une proposition injuste, partielle, étriquée, discriminatoire, plus importante par ses non-dits (retraites parlementaires, services publics, dissimulation du déficit abyssal des retraites de la fonction publique) que  par ses propositions effectives. Pour terminer, osons poser la question qui tue : pourquoi donc aucun gouvernement n’a-t-il jamais eu le courage de demander au secteur privé de constituer une commission pour se pencher sur les réformes à mettre en place dans les régimes publics ?
Force est de reconnaître qu’après tant d’instances publiques crispées sur leurs privilèges, la Commission Moreau s’inscrit comme une nouvelle occasion manquée, dans un pays qui sait désormais qu’une véritable négociation avec les retraités eux-mêmes, tout comme la véritable égalité public-privé, ne sont  décidément pas pour demain.

*Photo : jyc1.