Accueil Site Page 2538

Rock’n’roll béatitudes

lemmy kilmister rock motorhead

Edwy avait raison !
Samedi 23 mars. Un lecteur attentif me le fait observer : au vu des récents développements de l’actualité, n’ai-je pas parlé un peu vite, le mois dernier, de « roman » à propos d’Edwy Plenel et de sa Mediapart de vérité ? Les aveux de Cahuzac n’ont-t-ils pas validé les résultats de son enquête ?
Sauf que je ne parlais pas de celle-là. Faute d’avoir été un proche de l’ex-ministre du Budget, ni même un collègue ou un supérieur, je n’ai jamais eu de lumières particulières sur le dossier. Mon sujet à moi, c’était l’ « article » consacré par ce site à Frigide et ma pomme : un tombereau de ragots diffamatoires recopiés de traviole sur un blog anonyme.
Je persiste et je signe, avec quand même une petite pointe de jalousie en prime : il semble bien que le commissaire Plenel ait mis tous ses hommes sur l’affaire Cahuzac, abandonnant la nôtre à un vulgaire moine-copiste.
« Les jeunes d’aujourd’hui sont les vieux de demain ! »
Dimanche 24 mars. Ce slogan fondateur de Jalons, nous l’avions scandé pour la première fois, dans les années 1980 et l’incompréhension générale, au milieu d’un cortège d’étudiants protestant contre je ne sais quelle loi forcément « scélérate ».
Trente ans plus tard, mais pas plus tard que cet après-midi, nous l’avons repris en chœur lors de la mini-manif spontanément organisée, en marge du bousin géant de Barjot, par Jalons Junior sur le thème : « Des parents, si je veux, quand je veux ! »
Mais revenons à notre aphorisme vintage. Une fois de plus, Jalons avait raison ! Jamais cette tautologie n’aura été aussi utile à rappeler qu’aujourd’hui : la jeunesse, comme la santé selon le bon Dr Knock, est un état précaire qui ne présage rien de bon.[access capability= »lire_inedits »]
Que les vrais jeunes, ceux qui n’ont jamais été autre chose, s’imaginent le contraire, passe encore : après tout, pourquoi leur état actuel ne serait-il pas éternel ?
Le problème c’est que trop souvent, cette charmante inconscience se change, les années aidant, en vaine obstination. Vous me direz : refuser de vieillir, après tout, pourquoi pas ? Et vous aurez mille fois raison – sauf que ça n’a pas le sens commun. À en croire mon ami le Pr Aldo Prisu – le « Monsieur Science » de Jalons − la destruction de nos cellules commencerait dès la naissance… Alors après, je ne vous raconte pas !
Mais il n’est pas interdit non plus de rêver : qui sait si, un de ces jours, nous ne pourrons pas régénérer nos cellules comme on recharge un iPad ?
Au-delà même de l’âge, avec les progrès de la recherche, une ambitieuse perspective s’offre désormais à l’humanité : s’émanciper de sa nature au nom de la culture. Encore faut-il bien sûr que celle-ci soit entre de bonnes mains, pour éviter les pénibles dérives du passé − genre Lebensborn ou tentatives d’hybridation homme-singe.
Au reste, il suffira d’un peu de volontarisme ! Que les avancées du génie génétique soient mises résolument au service de l’idéologie du Progrès ; et que celle-ci, quand même, se montre un peu moins timorée en matière d’homme que de maïs.
Un peu froide en entrant…
Lundi de Pâques, 1er avril. Quoi de mieux, en cette journée religieuse et festive, qu’une bonne blague antichrétienne mais pas trop, comme je les aime ?
Donc ce jour-là, comme à son habitude, Jésus marche sur les eaux du lac de Tibériade. L’apercevant, ses apôtres le rejoignent à la nage en criant : « Viens, t’es con, elle est bonne ! »
« I don’t want to grow up ! »
Samedi 6 avril. « When I see the price that you pay, I don’t want to grow up…» Vous, je ne sais pas, mais moi, chaque fois que j’entends ce refrain des Ramones − lui-même  repris de Tom Waits − ça me fait penser à James Matthew Barrie.
Mais si, voyons : l’auteur à succès, en 1904, d’une « autofiction », comme on ne disait pas encore, intitulée Peter Pan ou le garçon qui ne voulait pas grandir.
Autant le refus de vieillir, évoqué plus haut, est ontologiquement crétin, puisqu’il consiste à s’accrocher à ce qui se passe, autant le refus de grandir peut être une élégante manière de sauver l’essentiel.
S’il est un âge difficile dans la vie, nous dit René Girard, c’est bien l’âge adulte, confronté tout ensemble à ce qu’il appelle la « comédie sociale » et la « tragédie sexuelle » − auxquelles échappent ordinairement l’enfance et la vieillesse. Refuser de grandir, c’est éviter ces deux pièges en forme de « divertissements ». C’est enjamber l’abîme, en tâchant d’être sage avant l’âge et de conserver au-delà du raisonnable son âme d’enfant.
Avant même Girard, ce refus de grandir n’avait-il pas été prôné par les plus grands ? Prenez Jésus, au hasard : « Vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux si vous ne redevenez pas des enfants », disait-il selon Matthieu (mais faut-il croire tout ce que raconte Matthieu ? C’est un autre débat, à régler entre exégètes protestants).
Quant à l’ami Barrie, sans être lui-même tout à fait catholique (ce qui se conçoit, vu son île et son époque), il va suivre à sa façon brindezingue la recommandation du Christ. Au tournant de la cinquantaine, après une tentative ratée de vie adulte, le voilà qui retombe en enfance… Mais pas n’importe laquelle : celle de son alter ego Peter Pan, celle aussi qui lui fait écrire : « Chaque fois qu’un enfant dit : « Je ne crois pas aux fées », il y a quelque part une petite fée qui meurt. »
Certes, son « Royaume des Cieux » à lui ressemble plutôt au Royaume des Elfes – mais il n’y a rien de plus proche, demandez à Chesterton ! Alors, j’entends d’ici Élisabeth : « Décidément ce Chesterton, Basile nous le sert à toutes les sauces ! Il n’a rien d’autre en magasin ? » Mille pardons, boss, mais est-ce ma faute, à moi, si Gilbert Keith et James Matthew étaient potes dans la vie ?
Chesterton, donc, est le mieux placé pour nous l’expliquer : seuls le féérique et le surnaturel donnent les clés du réel ! « Les contes de fées n’apprennent pas aux enfants que les dragons existent. Les enfants le savent déjà. Les contes de fées apprennent aux enfants que les dragons peuvent être tués. »
Faudrait pas que ça grandisse… 
Vendredi 12 avril. À propos d’enfants, les nôtres sont déjà un peu blets (15 et 12 ans) mais, miracle du post-it, j’ai retrouvé trace du temps où ils vivaient dans le Neverland de J.-M. Barrie.
Les souffrances du jeune Bastien (2000)
–          Aïe, aïe, aïe !
–          Où est-ce que tu as mal ?
–          Là ! (Il montre l’autre bout de la pièce).

La piété grand-filiale selon Constance (2003)
–          On va appeler grand-mère Annick, d’accord ?
–          Oui, et aussi grand-père Guy !
–          Ah mais, il est mort ma chérie…
–          Ben c’est pas grave, on laisse un message sur son répondeur : « Grand-père Guy, je voudrais que tu ne sois pas mort. »
L’implacable logique de Bastien (2004)
–          Papa, on peut regarder Battle Royale ?
–          C’est interdit aux moins de 12 ans…
–          Oui, mais pas aux moins de 6 ans !
La troublante métaphysique de Constance (2006)
–          Est-ce qu’à l’intérieur de la tête, il y a aussi des yeux ?
À ces âges, on vit dans un monde sans limite – avant qu’il ne rapetisse sous l’influence des grands. C’est tout l’art de l’éducation que de freiner, autant que possible, cette morbide involution.
COMPTAGE
Mardi 16 avril. Tombé, en triant mes journaux au lieu de travailler, sur cette déclaration de Manuel Valls : « Il y a une centaine de Mohamed Merah en France… » OK, mais maintenant qu’on connaît les chiffres de la police, est-ce qu’on pourrait avoir ceux des organisateurs ?
Le speed, c’est cool !
Samedi 20 avril. Excellent « rockumentaire » consacré par Arte à Lemmy Kilmister, le chanteur destroy de Motörhead. À retenir notamment, entre mille images et anecdotes, ce souvenir d’adolescence raconté par Paul Kilmister, fils du père de la fusion punk-métal : un pur moment d’éducation rock’n roll ! « Le jour de mes seize ans, mon père m’a convoqué et il m’a dit solennellement : « Fils, jure-moi de ne jamais toucher à l’héro ou à la coke ! J’ai trop d’amis qui en sont morts… Et puis les amphèts, c’est vachement meilleur ! » »
Barjot et les crapauds 
Mardi 23 avril. À la sortie de l’Assemblée nationale, où elle assistait au vote final de la loi dite « Mariage pour tous », Frigide est violement bousculée et prise à parti par des militants LGBT : « Salope ! », « Facho ! », « Homophobe ! » Ils ont gagné et ils ont toujours la haine, ces partisans de l’amour.
Je ne sais vraiment pas comment Barjot fait pour supporter depuis si longtemps les torrents de boue déversés sur elle de tous les azimuts, y compris des plus proches.
« Pour faire de la politique, disait Clemenceau, il faut avoir le goût d’avaler un bol de crapauds vivants tous les matins ». Mais Frigide n’est qu’une néophyte, si tant est qu’elle veuille vraiment s’engager plus bas que la « poléthique » dont elle se réclame poétiquement.
Alors bien sûr, elle a eu tort de déclarer : « Hollande veut du sang, il en aura ! » C’était le 12 avril, sous le coup de l’émotion, en apprenant que la navette Taubira s’était brusquement changée en TGV. Ça n’en reste pas moins une grosse connerie, surtout de la part de quelqu’un qui passe son temps à dénoncer les provocateurs…
Cela dit, moi, à sa place, j’aurais sans doute pété les plombs bien avant et dit des horreurs bien pires – et vous aussi.[/access]

*Photo: Wikipedia commons.

Manif Pour Tous : Bilan méchamment positif

manif pour tous succes

1. En premier lieu : merci à Frigide Barjot. On peut la critiquer sur des milliers de sujets, on peut la trouver trop molle idéologiquement, trop histrion, trop tout-ce-que-vous-voulez, on peut ressortir des vieilles photos olé-olé et des vieux clips idiots, il n’empêche qu’elle a fait descendre la France entière dans la rue pour faire comprendre (très difficilement, mais tout de même) aux médias univoques que s’opposer au mariage homo ce n’est pas s’opposer au comportement homosexuel en général, ni s’opposer aux personnes homosexuelles en particulier, mais c’est s’opposer à une société de désir tout-puissant dont les enfants ne sont in fine que les objets. Il est hautement probable que sans cette figure, seules les caricatures de Civitas auraient battu le pavé sous des banderoles toutes plus consternantes les unes que les autres, et tout le monde aurait regardé ses chaussures en ronchonnant pas trop fort pour ne pas avoir l’air d’un homophobe.
2. La Manif Pour Tous a passé des mois et des mois à défiler avec des pancartes et des slogans expliquant que le mariage homosexuel ouvrait directement la porte à la PMA et la GPA, c’est-à-dire au commerce des ventres et des enfants, à la CDDisation de la grossesse, à la contractualisation de l’enfant comme d’un service délocalisé en Inde (avec des clauses compensatoires en cas de non conformité de l’enfant à naître), c’est-à-dire à la fabrication d’enfants dont le statut est programmé pour être celui ni plus ni moins d’orphelins adoptables. Les médias et les politiques n’ont répété qu’un seul mot : homophobie. Immense dégoût.
3. La Manif Pour Tous a passé des mois et des mois à expliquer que la meilleure place possible pour un enfant est entre son père et sa mère ; les médias, les politiques et tous les partisans du mariage homo ont passé des mois à vous parler de l’amour des couples adultes qui seul justifiait la fondation de la famille. Pour les uns la famille est une institution qui sert à protéger l’enfant qui naît de deux personnes, pour les autres la famille est une construction du Droit qui légitime l’envie d’avoir une descendance. Quand on ne parle pas de la même chose, on peut très difficilement se comprendre, dialoguer, trouver des points de réconciliation.
4. On a même entendu des partisans du mariage homo expliquer que « le mariage n’avait rien à voir avec la filiation ». Le réel va offrir une belle claque à cette assertion profondément et littéralement démente.
5. Gardez bien au chaud les centaines d’extraits audio et vidéo que nous avons entendus ces dernières semaines dans la bouche des belles âmes de gauche et qui disaient en chœur : « le président a été élu pour ça, c’est dans son programme donc toute critique est illégitime, irrecevable, et antidémocratique » ; ou encore « c’est la loi, donc il est interdit de la remettre en cause ». Ces enregistrements sont précieux, il faudra les ressortir du frigo dès que le pouvoir changera de camp et que les belles âmes de gauche critiqueront le moindre point de programme du prochain président élu démocratiquement.
6. Gardez bien au chaud également toutes les interventions des progressistes qui nous ont assurés que « Non non non non, cette loi ouvre des nouveaux droits à certains, SANS RIEN CHANGER DU TOUT pour les autres ». Elles vont bientôt resservir. Par exemple, la Russie va fermer l’adoption aux Français. À TOUS les Français. D’autres pays vont faire de même. Les nouveaux droits de quelques uns ont donc des répercussions sur tous les braves Français qui ont déjà un mal fou à voir leur dossier d’adoption « normal » aboutir. Autres exemples de modifications à venir POUR TOUS : le contenu du livret de famille, les droits de succession, les clauses médicales qui président jusqu’ici à l’accès de la PMA et qui n’ont plus lieu d’être puisque l’homosexualité n’est pas une maladie, l’accès à la GPA et le circuit financier qui va avec, les règles de nationalité des conjoints, l’attribution et la transmission du nom de famille, etc. On va encore se marrer pendant de longues années.
7. L’UMP a montré son vrai visage : c’est un parti qui n’est ni conservateur, ni du côté du peuple. Copé a joué l’opportuniste tel un misérable lierre de la 25ème heure s’agrippant à l’arbre qui a poussé devant lui à son corps défendant et dont il ne savait que faire. Les journalistes ont vu en ce pauvre Copé une vraie menace pour nos libertés. Je répondrais d’un seul mot : Lol ! La Manif Pour Tous a prouvé qu’il existait des mouvances au-delà des partis, des enjeux politiques au-delà de la politique, des valeurs au-delà des lois, des Institutions au-delà du Droit, des modèles civilisationnels au-delà des principes républicains positifs. Le problème, c’est que les braves gens vont retourner voter comme des cons pour l’UMP puisqu’il est le seul à être identifié « parti de droite respectable ». Mais l’UMP n’abrogera pas cette loi. Le FN ne le fera jamais. En fait, personne n’aura le courage de l’abroger par des canaux démocratiques ou constitutionnels. Personne, pas même une VIème république.
8. Dans nos familles, dans nos quartiers, dans nos villages, dans nos cercles d’amis, parmi nos collègues, nous avons tous vécu le passage d’une énorme faille qui a divisé la France en deux camps. Débats houleux à table, ou au contraire silences diplomatiques pesants pour ne pas se fâcher dans les réunions de famille ou de bureau, voilà notre quotidien depuis plusieurs mois. Nous avons tous vécu dans le « Ils en ont parlé » de Caran d’Ache.
Tous ? Non. Curieusement, là où tout le monde a senti un immense clivage, journalistes et politiques ont baigné dans une invraisemblable et irréelle unanimité. Ça en dit long. Ce qui se passait vraiment autour de la Manif pour Tous, eux, « Ils n’en ont pas parlé »
9. Hommens, Veilleurs, Mères Veilleuses, Antigones, Salopards, une incroyable profusion de petits groupes autonomes et inventifs a émergé. Que vont-ils devenir ? Mystère. C’est très amusant d’observer que la subversion a gagné massivement un camp de gens ordinairement « conventionnels » et « bien élevés ». Je trouve ça absolument réjouissant. Hosannah, Hosannah ! Les supposés ringues ont appris à jouer avec les codes de la communication, et à les niquer. À ce titre, les pancartes de la Manif Pour Tous méritent d’être saluées, elles étaient vraiment très très bien foutues, autant dans les slogans que dans les visuels. Je crois que c’est une première historique dans une manif cataloguée « de droite » !
10. Un immense, un gigantesque, un formidable sentiment d’injustice habite désormais le cœur de million de Français. Certes, quelques gudards casqués n’ont eu que ce qu’ils méritaient ; n’empêche, il y a eu mille fois plus de gardes à vues contre des militants pacifiques que contre des casseurs qui dévastent tout sur leur passage, façon Trocadéro. L’État déploie une force délirante à tabasser des gens qui chantent « l’Espérance » et offre aux vandales l’impunité ou presque. Un vent de scandale souffle tout doucement, et j’espère que ce vent deviendra tempête. L’État plie devant des groupuscules subventionnés mais bien-pensants qui ne représentent personne, le même État traite les plus grandes mobilisations populaires de ces dernières décennies comme si elles n’existaient simplement pas. Les ministères ont diffusé des images truquées, des chiffres inqualifiables de malhonnêteté, des discours d’une hénaurmité révoltante. À croire que la démocratie n’est pas de ce monde. En attendant, on va commander au bar.

*Photo : manif pour tous.

Nous ne sommes pas les vampires de Berlin!

angela merkel mes

En regardant, le soir à la télévision, des images venues de Grèce, Chypre, Espagne ou Portugal montrant des caricatures d’Angela Merkel affublée d’une moustache à la Hitler et des banderoles où l’on peut lire « Schäuble go home ! »[1. Wolfgang Schaüble est ministre des Finances du gouvernement Merkel.], nombreux sont les Allemands qui ne comprennent plus le monde. Et cela pour la bonne raison qu’on leur avait expliqué, lors des débats au Bundestag et dans la presse, que l’Allemagne s’était portée garante de sommes colossales – dépassant le montant d’un budget fédéral annuel – destinées à « sauver » d’autres pays de la faillite. Soit dit en passant, on se demande, chez nous, si le contribuable français est bien conscient qu’il contribue, lui aussi, à hauteur de centaines de milliards d’euros, à ces secours aux pays de l’UE en détresse… De plus, les Allemands sont persuadés que les conditions posées à l’octroi de cette aide – diminution du déficit des finances publiques, réduction du train de vie de l’État, baisse des salaires et des retraites et privatisation des entreprises nationalisées – sont le résultat de négociations des pays concernés avec la « Troïka » (FMI, Commission européenne, BCE), et non pas celui d’un « diktat » allemand. Pour faire bref, les Allemands se considèrent comme les sauveteurs d’États ruinés en butte à l’ingratitude de ceux qu’ils ont secourus.
Ils sont bien conscients, certes, que les mesures d’économie et les réformes de structure imposées (par exemple, la flexibilité du marché du travail et l’accroissement de la compétitivité de l’économie) sont dures à supporter par les citoyens des pays concernés. Mais ils se disent qu’après tout, c’est le prix à payer lorsque l’on a vécu trop longtemps au-dessus de ses moyens. Ils tentent alors d’expliquer aux Espagnols, aux Grecs, aux Portugais et aux Italiens qu’il y a dix ans, ils ont été soumis à un remède de cheval nommé « Agenda 2000 » par un chancelier social-démocrate, au prix d’une défaite électorale historique du SPD. Pendant dix ans, les salaires nominaux des Allemands ont stagné, ce qui signifie que le revenu réel des ménages a diminué d’un montant égal à celui de l’inflation, et nombreux sont ceux qui ont dû alors se serrer la ceinture. C’est seulement après cette pénible cure que l’Allemagne est passée du statut d’« homme malade » de l’Europe à celui de champion du monde de l’exportation, bien armée dans la concurrence mondialisée.[access capability= »lire_inedits »]
Et la solidarité avec les pays en crise ? L’Allemagne a déjà démontré, en garantissant les dettes de ces pays à hauteur de dizaines de milliards d’euros, qu’elle ne les laissait pas tomber. Mais la plupart des Allemands estiment que cela n’aurait aucun sens de jeter, sans conditions, tout cet argent dans un puits sans fond. À quoi servirait-il, en effet de payer la dette de la Grèce, ou de la mutualiser par des eurobonds, sans réformes de structure permettant de parvenir à une meilleure discipline budgétaire et à des gains substantiels de compétitivité ? Nous serions confrontés aux mêmes problèmes dans quelques années. Et qui peut sérieusement croire que des dirigeants politiques soucieux d’être réélus – cela vaut pour tous les pays – tiendraient leur promesse de gestion rigoureuse si on leur laissait la bride sur le cou ?
On sous-estime toujours, à l’étranger, le fait qu’au moment de l’introduction de l’euro, Helmut Kohl et son ministre des finances, Theo Waigel, avaient promis aux Allemands que la nouvelle Banque centrale européenne aurait strictement la même obligation de maintenir la stabilité monétaire que la bonne vieille Bundesbank. C’est pourquoi le traité d’Union économique et monétaire stipule explicitement qu’aucun État ne peut se porter garant de la dette d’un autre État. Aujourd’hui, on lit ce traité avec d’autres lunettes et de nombreux experts, pas seulement allemands, estiment que la décision de la BCE de racheter en quantité illimitée les obligations des États de l’UE constitue une sérieuse entorse au mandat qui lui a été confié.
Le Mécanisme européen de solidarité (MES) équivaut en fait à une garantie donnée par l’Europe à la dette de quelques États. Beaucoup d’Allemands, soucieux du respect de la lettre des traités, considèrent qu’il y a là une violation du droit. Un nouveau parti, « Alternative pour l’Allemagne », vient justement d’être fondé pour défendre ce point de vue dans la campagne pour les élections au Bundestag. On peut d’ailleurs considérer comme un miracle qu’en Allemagne, aucun parti important n’ait, à l’image du Front national et du Front de gauche en France (30 % des voix lors de la dernière élection présidentielle !), inscrit à son programme la sortie de l’Union monétaire.
On dit que l’Allemagne serait la principale bénéficiaire de l’Union monétaire. Les Allemands estiment, à juste titre, que si on achète à l’étranger une VW, une Audi, une BMW ou une Mercedes, ce n’est pas parce que ces voitures sont moins chères qu’une Peugeot, une Renault ou une Fiat. On les achète, bien qu’elles soient plus chères, parce qu’elles confèrent à leur propriétaire un statut symbolique supérieur, parce que leur qualité est meilleure et le service après-vente plus performant. De plus, depuis une décennie, la croissance des exportations allemandes est due aux marchés asiatiques plus qu’à la zone euro.
Dans ces conditions, lorsque les Allemands apprennent, par une statistique de la BCE, que le patrimoine moyen des ménages chypriotes, maltais, italiens, grecs, espagnols et français est notablement plus élevé que le leur, ils sont fondés à s’interroger : qu’avons-nous fait de mal ? Pourquoi toutes ces critiques contre nous ? Cela ne fait aucun doute : l’Allemagne possède l’économie la plus puissante au sein de l’UE. Cependant, les Allemands ont du mal à comprendre que cette suprématie soit perçue, hors de leurs frontières, comme une hégémonie, car ils ne sont nullement dans un état d’esprit dominateur. Ils se sentent au contraire abandonnés par les autres pays de l’UE qui ont participé, tout comme eux, aux décisions mettant en place les mesures de sauvetage des pays frappés par la crise. Ils se sentent surtout lâchés par un gouvernement français qui ne parvient pas à mettre sa maison en ordre, et qui est visiblement tenté de constituer avec l’Espagne et l’Italie un « front méditerranéen » contre le prétendu « diktat de Berlin ».
Les Allemands savent ce qu’ils doivent à l’Europe. Mais lorsque cette Europe, qu’ils ont contribué à bâtir, accueille leur chancelière avec des affiches la caricaturant en Hitler, ils sont blessés. Et des blessures, en Allemagne, en Grèce ou ailleurs, ne peut naître que le ressentiment.[/access]

*Photo : che1899.

Bernadette Chirac et Nicolas Sarkozy, quel est leur secret ?

chirac-sarkozy-nkmNicolas Sarkozy et Bernadette Chirac soutiennent NKM pour la primaire des municipales à Paris et le vibrionnesque et surestimé Guillaume Peltier a été désavoué par l’UMP. Rien que de très normal même si Jacques Chirac, paraît-il, n’appréciait pas du tout celle qui deviendra maire de Paris, je l’espère, pour répondre à l’attente de beaucoup de Parisiens.
Mais entre Bernadette Chirac et Nicolas Sarkozy, se déroule, depuis des années, un jeu plus subtil, plus étrange. Alors que le second a fait subir des avanies sentimentales et politiques à la famille Chirac et à certains de ses membres, la première, qui n’a jamais péché par naïveté ni par excès d’enthousiasme, à chacune de ses déclarations manie l’hyperbole et encense Nicolas Sarkozy. Lors de sa campagne calamiteuse contre François Hollande où il a fait perdre la droite et depuis qu’il nous joue l’effacement alors que tout son comportement montre qu’il piaffe, a oublié sa défaite et se croit désiré.
Il faut reconnaître que Bernadette Chirac est étonnante dans la démesure et on est bien obligé de se demander pourquoi. Elle, si pincée et sèche, avec une chaleur humaine parfois remarquablement fabriquée – à l’égard des citoyens encore presque perçus comme des manants – se laisse aller tout à coup à des élans pour ce perdant qu’elle veut voir revenir. Elle le qualifie « d’exceptionnel » (20 minutes). Que n’aurait-elle pas dit s’il avait vaincu !
Il y a forcément de la politique ou du mystère sous roche.
Pas seulement, à l’évidence, le désir naturel pour elle de voir la droite reprendre le pouvoir à la gauche.
Cette obsession constante et à la longue ridicule de se faire passer pour une groupie de Sarkozy a des touches délirantes. Ainsi, elle nous demande de « le laisser tranquille » alors que c’est lui qui ne nous laisse pas tranquilles en n’attendant pas sagement et dans la discrétion la primaire UMP de 2016 mais, à rebours, en s’agitant entre des conférences somptueusement payées et des entretiens avec des chefs d’Etat et des Premiers ministres étrangers sans qu’il puisse invoquer, à cet effet, mandat et légitimité (Le Monde). Que je sache, être ou avoir été au pouvoir représente plus qu’une nuance !
Je suis sans doute vieux jeu mais je continue à être surpris par l’entêtement qu’elle met à porter aux nues un homme qui n’a cessé subtilement ou ostensiblement de s’en prendre à son époux, de l’humilier ou de le contester. Dans sa démarche renouvelée de soutien à Sarkozy, il est clair qu’il y a autant de vengeance à l’égard de Jacques Chirac que de bienveillance pour son successeur en 2007. J’analyse les dithyrambes de Bernadette Chirac comme autant de provocations gratuites destinées à rendre, à un homme âgé qui ne peut plus les relever, la monnaie de sa pièce.
Au fond, de la part de Bernadette Chirac qui, il est vrai, n’a jamais paru indignée par le somptuaire, les accommodements financiers et les privilèges, nous aurions tout de même attendu réserve et retenue. Épouse d’un ancien chef de l’Etat élu puis réélu, elle aurait dû au moins intégrer le fait que cet homme, dont elle réclamait le retour, était au centre de quelques procédures qui permettaient de douter de sa parfaite éthique. J’avoue que Bernadette Chirac m’a choqué en faisant l’impasse sur la part d’ombre de cet être « exceptionnel ».
Quel est donc le secret qui lie Bernadette Chirac et Nicolas Sarkozy ? Quelles tractations et quels silences troubles, quels engagements et quelle récompense ?
Les pièces jaunes, du spectacle, des jeux, du bruit et du vent pour le menu peuple.

Russie : le changement, c’est Brejnev !

Il en va des mauvais sondages comme des emmerdements : ils descendent en escadrille lorsque vous êtes aux affaires. Ce n’est pas Jacques Chirac et l’actuel locataire de l’Elysée qui vous diront le contraire. À l’autre bout de l’Europe, où Vladimir Poutine règne sur une étendue politique blanche, l’impopularité n’est pas l’apanage du couple exécutif. De Saint-Petersbourg à Vladivostok, les élites issues de la Perestroïka sont en effet conspuées et le bon vieux temps soviétique regretté. Un sondage frais comme un gardon nous révèle ainsi quels sont les dirigeants politiques russes du XXe siècle plébiscités par les citoyens du XXIe. Tenez-vous bien, le grand gagnant est… Leonid Brejnev. Avec 56% d’opinions favorables, il devance d’un poil de chapka Lénine (55%) et l’horrible Staline, populaire auprès d’un Russe sur deux (ce qui fait tout de même 70 millions d’ignobles rouges-bruns à rééduquer…).  Gorbatchev, le sauveur du monde libre, le petit père des peuples… occidentaux arrive loin derrière avec 21% des suffrages exprimés. S’agissant d’Eltsine, qui a fait le bonheur des oligarques et autres bradeurs des services publics, une pudeur post-éthylique nous interdit de divulguer son score de cancre.
Bizarrerie de l’histoire, le retour en grâce de l’Eglise orthodoxe accompagne la réhabilitation des anciens apparatchiks chez toute une génération biberonnée au matérialisme historique du Komsomol. Mis sur un pied d’égalité par la grande faucheuse, Lénine et son lointain successeur aux sourcils bien garnis gagnent donc haut le poing leur match à distance avec les « libérateurs » du monde communiste. Si l’imagerie révolutionnaire sert abondamment la propagande post mortem du révolutionnaire d’Octobre n’ayant gouverné que sept ans, on se demande bien quelle mouche a piqué cette majorité de Russes acquise à Brejnev, tigre du Kremlin de 1964 à 1982. Bien des analyses psychanalysantes, culturalistes (ah, l’âme russe et son amour de la glaciation autoritaire !), économiques (le bon temps où on était logé sans factures d’électricité…) ou géopolitiques garniront les discussions animées des soviétologues de comptoir, entre deux concombres avalés sur le zinc. En bons dialecticiens, délivrons-nous des tentations scientifiques et convoquons l’esthétique. Qu’on se le dise en contemplant ce cliché de vacances : les Russes regrettent le port altier du vieux Leonid parce que « le style, c’est l’homme » (Jünger).

Laïcité, affaire Cahuzac, francophobie, mur des cons

alain finkielkraut papeÉLISABETH LÉVY . Le 19 mars, la Cour de cassation a annulé le licenciement d’une employée de la crèche associative Baby Loup, de Chanteloup-les-Vignes, qui refusait d’ôter son voile. On a pu lire dans Marianne : « La laïcité risque de subir un recul dramatique. » N’est-ce pas exagérer le danger ?
Alain Finkielkraut. En 1989, lorsque trois élèves qui refusaient d’enlever leur voile islamique en classe ont été exclues d’un collège de Creil, le MRAP, SOS Racisme et les représentants de toutes les grandes religions ont vivement protesté. Ceux qui ont soutenu cette décision étaient très minoritaires. Le climat a changé. Une grande majorité de Français et Harlem Désir lui-même sont favorables à une loi autorisant les établissements privés dont les employés sont en contact avec le public à faire respecter la laïcité. Et l’on imagine mal le ministre de l’Éducation actuel dire, comme Lionel Jospin à Élisabeth Schemla en 1989 : « Et qu’est-ce que vous voulez que ça me fasse que la France s’islamise ? » Jospin d’ailleurs ne s’exprimerait plus ainsi, même en off, même pour clore une conversation tendue. Mais une difficulté philosophique se présente. Les défenseurs du voile et celles qui le portent n’ont pas recours à un argumentaire communautariste : ils se réclament des libertés individuelles. Ils partagent l’idéal de la nouvelle génération Internet : I know what I want and I want it now. Le voile, comme l’écrit Hélé Béji, une intellectuelle tunisienne laïque, « s’enroule sur les têtes dans un geste où chacun brandit la bannière qui lui plaît pour exister ».
D’où le soutien de la plupart des autres sociétés démocratiques à cette revendication.
La France est seule ou presque seule. Cela ne veut pas dire qu’elle sait mieux que tout le monde ce qu’il en est de la liberté individuelle, mais qu’elle est attachée à une tradition de la mixité, à une « visibilité heureuse du féminin », comme l’écrit Claude Habib, antérieure même à la Déclaration des droits de l’homme. Ce règlement de la coexistence des sexes n’est pas universalisable. Soit. Mais il doit pouvoir rester le fait de notre civilisation.[access capability= »lire_inedits »]
Jérôme Cahuzac a avoué au juge que les informations publiées en décembre par Mediapart étaient exactes. La grande lessive a commencé. La République sera désormais transparente, vertueuse et irréprochable. Que vous inspire cette fièvre purificatrice ?
Avoir un compte secret à l’étranger, pour un ministre du Budget chargé de traquer la fraude fiscale, c’est inconvenant et même insupportable. L’émotion suscitée par cette révélation est une révolte de la décence commune. Mais cette émotion, hélas, a basculé dans l’hystérie et dans l’indécence. On en appelle à la transparence pour combattre la corruption des politiques, alors même que Jérôme Cahuzac s’est enrichi en tant que chirurgien capillaire et consultant de laboratoires pharmaceutiques. Quand il a commencé à faire de la politique, il a cessé de faire de l’argent. Et maintenant, les patrimoines des membres du gouvernement et de certains élus zélés s’affichent sur la Toile. L’opulence, comme au temps de Saint-Just et de Robespierre, redevient une infamie. On veut des ministres vertueux, c’est-à-dire impécunieux et l’on oublie ainsi, au profit d’un stupide exhibitionnisme moral, la véritable vertu politique, qui est l’amour du monde, le souci de le préserver, de l’améliorer, de le transformer, d’en faire un séjour plus humain. S’il y a un problème en France, ce n’est certainement pas la corruption des politiques, c’est la corruption de l’esprit public qui tend à délaisser le sérieux des affaires communes pour les affaires, pour les scandales, beaucoup plus croustillants, beaucoup plus excitants. Trois graves événements sont passés presque inaperçus pendant qu’on regardait Cahuzac tomber et qu’on admirait Edwy Plenel, l’artisan de sa chute.
Les gardiens du musée du Louvre ont fait grève pour protester contre l’impunité des pickpockets qui agissent sous leur nez et qui, après un très bref séjour au commissariat, reviennent les narguer. Au nom de ses ressortissants qui visitent la capitale, le gouvernement chinois s’en est très officiellement inquiété auprès du gouvernement français, comme si Paris était une ville du tiers-monde.
Les habitants d’un quartier de Sevran ont supplié le ministère de l’Intérieur d’installer des CRS à demeure au pied de leurs immeubles pour qu’ils puissent aller et venir tranquillement. Et le ministre a obtempéré.
La ministre de l’Enseignement supérieur est revenue en catimini sur l’ordonnance de Villers-Cotterêts qui a fait du français la langue officielle du royaume en annonçant que l’on pourrait désormais, en France, faire des cours et écrire les mémoires ou les thèses en anglais. Et allant beaucoup plus loin dans la déculturation que Nicolas Sarkozy quand il s’inquiétait de voir La Princesse de Clèves au programme de certains concours administratifs, elle a déclaré : « Si nous n’autorisons pas les cours en anglais, nous n’attirerons pas les étudiants de pays émergents comme la Corée du Sud et l’Inde. Et nous nous retrouverons à cinq à discuter de Proust autour d’une table, même si j’aime Proust. »
Est-ce ainsi que les hommes vivent ? Voilà la question, éminemment politique, qui surgit de chacun de ces événements. Mais cette question ne sera pas posée. Aiguillonnée par Mediapart et toujours obnubilée par le Watergate, la presse préfère démasquer les hypocrites, les corrompus et les méchants. Edwy Plenel aime à dire que, sur le modèle d’Albert Londres, il veut « porter la plume dans la plaie ». Mais il se raconte des histoires. Sa vraie devise est : surveiller et punir. La punition est toujours féroce et souvent injuste. Pierre Bérégovoy a payé très cher le prêt sans intérêt que lui avait consenti Roger-Patrice Pelat pour acheter son appartement parisien, et Dominique Baudis a connu des moments terribles après avoir été accusé de participer à des orgies sadiques par cet ancêtre de Mediapart qu’était, il y a quelques années, le journal Le Monde.
Des proches de Jean-François Lyotard ont découvert que, dans le livre du Grand rabbin de France, Gill es Bernheim, Quarante méditations juives, paru en 2011, figurent de longs passages empruntés à Jean-François Lyotard. Après avoir reconnu plusieurs plagiats et avoué avoir usurpé le titre d’agrégé de philosophie, il a fini par démissionner. Que vous inspire sa décision ?
Je sais gré à Gilles Bernheim d’avoir été un véritable rabbin dans la Cité. Le juif orthodoxe qu’il était ne défendait pas seulement les intérêts de l’orthodoxie, il pratiquait aussi l’ouverture. Je ne veux pas dire par là qu’il pliait devant l’esprit du temps. Au contraire : il en défiait les certitudes. Son ambition était noble : donner à penser à tous ceux, juifs, laïques ou non-juifs, qui ne vivaient ni ne pensaient comme lui. Et voici qu’on apprend qu’il s’est attribué des textes de Lyotard, de Jean-Marie Domenach ou de Jean Grosjean et qu’il disait ou laissait entendre qu’il était agrégé de philosophie. Il n’a pas menti sur son avoir comme Jérôme Cahuzac, il a menti sur son être. La révélation de cette imposture ébranle notre confiance et notre admiration pour sa rigueur intellectuelle. Pourtant, je n’ai pas de coeur à l’accabler et j’espère qu’il sortira de ce cauchemar. Il n’y a pas chez lui la moindre trace de cynisme ou de perversité. Ce qui l’a conduit à ces mensonges, c’est le doute, c’est l’angoisse de ne pas être à la hauteur, c’est la peur de décevoir.
Il s’est voulu plus grand que lui-même alors qu’il n’avait pas besoin de cela. Il est très bien comme il est. L’enthousiasme et la fidélité de ses élèves en témoignent.
Quand je lis, sous la plume de René Lévy, que « le judaïsme de bon aloi du rabbin Bernheim n’est qu’un christianisme de bon ton », puisque ceux qu’il a plagiés sont, pour la plupart, des auteurs catholiques, je me dis que l’occasion est trop belle pour certains juifs orthodoxes d’en finir avec l’ouverture et avec l’amitié judéo-chrétienne. René Lévy, qui oppose le mérite à l’imposture et qui dirige l’Institut d’études lévinassiennes parce qu’il est le fils de Benny Lévy, a oublié que Levinas citait, pour illustrer le thème de la responsabilité pour autrui, le chapitre XXV de Matthieu. C’est Jésus qui parle : « Vous m’avez chassé, vous m’avez poursuivi. – Quand t’avons-nous chassé, quand t’avons-nous poursuivi ? – Mais quand vous avez refusé de donner à manger aux pauvres, quand vous avez chassé le pauvre, quand vous étiez indifférents à son égard ! »
Entre chômage et rigueur, mariage gay et transparence, la défiance semble être la seule chose que nous ayons en commun. Et chacun y va de son parallèle historique : « Sommes-nous en 1789 ? », s’interroge Le Point, tandis que Le Nouvel Obs se demande si les années 1930 sont de retour. Ces deux « unes » ont été abondamment critiquées et moquées. Pourtant, la comparaison historique ne fait-elle pas partie de la boîte à outils du commentateur ?
Le déluge de comparaisons actuel n’est pas, à mes yeux, le signe d’une recherche de la vérité, mais le signe d’une panique devant la vérité. Plus les événements qui surviennent défient l’entendement et plus on mobilise des références historiques pour les faire rentrer au bercail. Certes, ce sont des références inquiétantes. Les années 1930 furent de sombres temps, mais elles ont eu lieu, elles sont passées, elles ont été explorées de part en part. Elles ont donc la clarté rassurante du savoir historique.
S’y référer aujourd’hui, c’est rabattre l’inconnu sur le connu, conjurer l’inédit par l’analogie.
Et sous prétexte d’élucidation, sortir du clair-obscur de notre condition. Nous invoquons les années 1930, nous en craignons le retour, mais quelle place faisons-nous alors à cet événement hélas symptomatique : le crime de l’autoroute A13 ? Une famille part en vacances, à l’entrée de l’autoroute, sa voiture est percutée par une autre voiture qui semble avoir voulu la doubler sur la droite. On s’arrête, le chauffeur percuté veut faire un constat, la conductrice adverse refuse. Le ton monte. Elle passe un coup de fil et, quelques minutes plus tard, arrivent des jeunes de la cité des Mureaux qui disent ceci : « Vous voulez faire les Français, vous êtes morts, on est chez nous ! » Ils passent aussitôt à l’action : ils massacrent Mohamed Laidouni sous les yeux de sa mère et de sa femme. Ils viennent d’être condamnés, justice a été rendue. Mais comme pour ajouter à l’horrible et à l’incomparable, les proches des accusés sont venus en nombre assister à l’audience, ils ont protesté à l’annonce du verdict, ils ont menacé des photographes et des journalistes. Un dispositif de sécurité a été mis en place, nous apprend le journal Le Monde, pour protéger la famille Laidouni de leur colère et pour permettre aux parties civiles de quitter le tribunal sans emprunter la porte principale.
Où est la concordance des temps ? Le passé est certes fertile aux événements monstrueux, mais dans quelles années de quel siècle va-t-on trouver un équivalent à cette barbarie-là et à cette solidarité-là ? Plutôt que de jouer avec les spectres et de dire, comme Enzo Traverso, que le portrait de l’Arabo-musulman brossé par la xénophobie contemporaine ne diffère pas beaucoup de celui du Juif construit par l’antisémitisme au début du XXe siècle, ne faut-il pas courageusement prendre acte de la nouveauté du présent et de la menace qu’une francophobie de plus en plus effrayante fait peser non seulement sur les Français de souche, mais aussi sur tous les Mohamed Laidouni qui choisissent la voie de l’intégration ? C’est cette nouveauté-là qu’on ne veut pas voir. Voilà pourquoi je parlais de panique.
Le site Atlantico a publié une vidéo du panneau d’affichage placardé dans les locaux parisiens du Syndicat de la magistrature. Y figurent une centaine de personnalités, principalement de droite, issues du monde politique, médiatique et judiciaire, mais aussi des parents de victimes, notamment Philippe Schmidt, dont la fille Anne-Lorraine a été assassinée dans le RER D. L’affaire a suscité un tollé, au point que Christiane Taubira, qui a encouragé les personnes épinglées à porter plainte, a annoncé qu’elle allait saisir le Conseil supérieur de la magistrature. Sachant que l’affiche figurait dans un local syndical privé, ne faut-il pas parler de gaminerie ?
Je ne suis pas un cavalier émérite, je vais à pied, je suis un fantassin, mais il y a certaines occasions où je monte sur mes grands chevaux et celle-ci en est une. Cette affaire est extrêmement sérieuse, d’autant plus sérieuse qu’elle e veut amusante. Si avoir de l’humour,
c’est prendre le « mur des cons » à la légère, alors tant pis pour l’humour. On me dit aussi qu’il s’agit d’une « blague de potache ». Les deux mots me font bondir. Péguy dénonçait déjà « un monde non seulement qui fait des blagues, mais qui ne fait que des blagues, et qui fait toutes les blagues, qui fait blague de tout. Et qui enfin ne se demande pas encore anxieusement si c’est grave, mais qui inquiet, vide, se demande déjà si c’est bien amusant ». Pour cette dérision généralisée, il avait forgé le concept de panmuflerie. Et en effet, rien n’y échappe : le Syndicat de la magistrature est devenu une annexe du « Grand Journal » deCanal +. « Potache », maintenant. S’il y a des hommes et des femmes dont on attend qu’ils ne soient pas des enfants, ce sont bien les magistrats. Ils ont sur le destin des hommes un pouvoir immense. Ce pouvoir requiert de la tenue. Au lieu de cela, ils se lâchent et ils épinglent sur leur mur tous ceux qui, avec Nicolas Sarkozy, ont osé critiquer le fonctionnement de la justice. Ces potaches-là se prennent pour des dieux. Ces gamins considèrent toute critique comme sacrilège, même celles des parents de victimes, traités de « cons » sans la moindre once d’humanité. Les juges du Syndicat de la magistrature pratiquent la dérision et ils demandent la vénération. Figurent aussi sur leur tableau de chasse certains intellectuels comme Alain Minc ou Alexandre Adler, coupables, à leurs yeux, d’être de droite. Ils abandonnent ainsi cette position du tiers impartial et désintéressé dont Kojève nous dit qu’elle constitue l’essence même de la justice. Si l’on en croit le « mur des cons », il n’y a pas de tiers, il n’y a que deux forces, deux blocs, deux subjectivités antagonistes : la gauche et la droite, le parti du Bien et le camp des « cons ». Ces magistrats chargés de faire respecter la loi ne croient pas au droit. C’est une très mauvaise nouvelle pour les justiciables.
Vincent Peillon on a annoncé que des cours de « morale laïque » seraient introduits dès le Cours préparatoire à partir de la rentrée 2015. Êtes-vous favorable à cette initiative ?
J’y suis très favorable, mais dans la société du « mur des cons », je ne donne pas cher de ses chances. L’initiative de Vincent Peillon répond à la dégradation du climat de l’École. Pour reprendre le titre du dernier livre de Mara Goyet, le collège est devenu brutal. C’est l’échec de l’espérance libertaire qui nous portait depuis les années soixante du XXe siècle. On se disait : ce qui rend l’homme tout ensemble méchant et malheureux, c’est la répression du désir. Levons la répression, le bonheur viendra. Sous les pavés, la plage. Et voici que, devant la montée des incivilités, nous découvrons à notre corps défendant les vertus de la politesse : s’effacer, s’empêcher, ne plus se répandre dans l’être sans égard pour les autres. Je vois aussi dans le retour de la morale laïque une remise en cause de l’idée de l’innocence originelle de l’homme. Non, le mal ne procède pas toujours de la domination.
Face à ce dogme de la critique sociale, on redécouvre le grand principe posé par le socialiste Orwell : il y a des choses qui ne se font pas, quelles que soient les circonstances. Et si le sens commun se rebelle aujourd’hui contre la sociologie commune, c’est parce que de plus en plus d’élèves se font eux-mêmes les sociologues de leurs propres turpitudes. Pour justifier la violence, l’insolence ou l’indolence dont ils font preuve, ils invoquent le racisme, l’exclusion, la précarité, le chômage, l’ascenseur social en panne. La morale laïque est l’apprentissage de l’autonomie. Être autonome, ce n’est pas faire ce qui vous plaît, c’est répondre de ce qu’on fait.[/access]

Cours en anglais : Procès d’intuition

genevieve fioraso anglais

L’article 2 de la loi Fioraso, qui porte atteinte à la loi Toubon en instituant des cours en anglais à l’université, fait l’objet d’un débat aussi vif que convenu. Nous assistons au spectacle d’une opposition caricaturale entre des défenseurs de la langue française et des soi-disant « modernes » qui expliquent que dans le monde d’aujourd’hui, l’anglais est indispensable. À longueur de colonnes, de radios et de télévision, on nous assaille de bavardages sur le chauvinisme face à l’ouverture, et d’interviews de députés en anglais au « Petit journal » pour prouver que la classe politique ne parle pas la langue de Shakespeare.
Sauf que la vraie question n’est pas là. Personne, y compris parmi les défenseurs de la loi Toubon, ne s’oppose à l’enseignement des langues étrangères.  D’ailleurs, la loi Fioraso n’a pas été présentée comme le moyen d’améliorer l’enseignement des langues à l’université.
Ce projet veut décréter que la seule langue internationale c’est l’anglais et acte un renoncement, une soumission symbolique. Si on doit partir à la conquête du monde, c’est seulement comme les bourgeois de Calais en imposant l’anglais comme modèle unique du primaire à l’université. Bizarrement, nul ne remarque que les contempteurs de notre piètre niveau en langues étrangères se trouvent être les principaux responsables de la perte de compétitivité linguistique des Français. Depuis vingt ans, l’anglais seul s’est généralisé dès le primaire comme langue unique et l’enseignement de l’allemand, du portugais, de l’italien, du russe, et de toutes les autres langues, abandonnées par l’Etat, a reculé dramatiquement dans le secondaire. Or la langue des affaires, ce n’est pas l’anglais, c’est la langue du client, du pays où on investit. Plus l’internationalisation s’intensifie, plus l’anglais devient la monnaie du pauvre et la différence se fait alors sur la maîtrise des autres langues.
De plus en plus d’entreprises doivent renoncer à des embauches, faute de compétences linguistiques. Ceux qui nous martèlent que l’avenir passe par l’anglais et croient qu’il suffit comme brevet d’adaptation au monde sont les véritables responsables de la perte de compétitivité de la France depuis vingt ans. À cause de cette idéologie, même les plus grands lycées parisiens n’offrent plus aujourd’hui qu’un choix de langues restreint aux futures élites.
Les vraies élites ne s’y trompent pas. Comme les jeunes gens ambitieux ou bien informés  qui prenaient l’allemand en première langue, aujourd’hui, ceux qui veulent conquérir le monde apprennent par eux-mêmes le mandarin. Les fausses élites, politiques, fonctionnaires, responsables de l’enseignement, responsables patronaux, qui ne comprennent rien au monde, essaient de donner des gages de modernité en proclamant urbi et orbi notre défaite culturelle et la suprématie de l’anglais.
Si Mme Fioraso souhaitait améliorer les performances linguistiques des Français dans la mondialisation et aider nos entreprises, elle doublerait les coefficients des langues dans tous les concours, imposerait que l’on parle au moins deux idiomes, instaurerait des notes éliminatoires, et exigerait par exemple que les grandes écoles imposent la maîtrise d’une voire deux langues autres que l’anglais ou l’espagnol correspondant à des zones économiques importantes (arabe, russe, chinois, japonais, portugais, hindi, italien) en proposant un plan piloté par Claude Hagège.
Croire que les élites étrangères iront dans nos universités parce qu’elles enseigneront en anglais est une sottise. Les véritables talents suivent les meilleurs professeurs, quelle que soit leur langue, et sont bien capables d’apprendre le français. Mme Fioraso ne veut donc attirer que les plus paresseux.
Une écrasante majorité de partisans de la loi ont expliqué leur position par une phrase du type « il faut admettre que le français a perdu la bataille et que l’anglais est la seule langue internationale ». Les fausses élites françaises veulent nous imposer une version provinciale du monde. Conscientes de leur médiocrité, elles se comportent avec la vanité du provincial qui veut montrer à son village qu’il est monté à Paris. Nos parvenus à l’esprit provincial confondent stratégie de réussite et réflexe de colonisé, à l’instar de Geneviève Fioraso, ancienne conseillère municipale de Grenoble.
Une telle capitulation encourage les francophones à abandonner notre langue, ce qui causera un préjudice direct à l’économie française car une langue commune aide forcément au commerce. Jusqu’à preuve du contraire, on achète plus français au Liban qu’en Jordanie, davantage en Wallonie qu’en Flandre.
Dans la compétition internationale, conquête rime avec orgueil et médiocrité avec vanité. Tous les pays conquérants sont fiers de leur culture. Le Japon a accompli un miracle économique et ne s’est jamais excusé d’utiliser si peu de caractères latins à Tokyo. Il est même probable que les pays nationalistes et conquérants méprisent ceux qui ont honte d’eux-mêmes. Ils respectent Yves Saint-Laurent, Boucheron  qui sonnent français. Ils méprisent les imbéciles dégoûtés des sonorités et du génie de leur propre langue qui ont rebaptisé  le groupe Pinault « Kering » pour sonner anglais.
Qu’il s’agisse d’Europe ou de mondialisation, nos élites usées n’entendent pas conquérir les espaces nouveaux qui s’ouvrent, elles disent toujours – de manière révélatrice – « s’adapter ». Un pays dont les dirigeants disent qu’il ne peut conquérir le monde qu’en renonçant à son identité, et en se soumettant, ne peut qu’échouer en tout. Intériorisation de l’infériorité, haine de soi, soulagement de s’effacer de la scène du monde : c’est cela qu’exprime au fond l’article 2 de la loi Fioraso.
Georges Pompidou, non pas le normalien, mais le productiviste et l’industriel, avait bel et bien raison de prédire  que « si nous reculons sur notre langue, nous serons emportés purement et simplement ».

*Photo : On The Road With Lau.

Romero et Mélenchon doivent réviser leur code!

romero melenchon homosexualite

Le jour même de l’adoption définitive du projet de loi Taubira instaurant le mariage et l’adoption pour tous, le conseiller régional d’Ile-de-France Jean-Luc Romero a accusé François Fillon de s’être opposé à la « dépénalisation de l’homosexualité » en 1982. Une fable devenue vérité incontestable et reprise mot pour mot par Jean- Luc Mélenchon dans son one man show du 25 avril sur France 2.
Armons-nous de notre Dalloz et rembobinons la cassette de l’Histoire. L’homosexualité n’est plus pénalisée en France depuis… 1791. Dès lors, si la répression des comportements sexuels minoritaires a pu s’exercer par des voies détournées (atteinte à la pudeur…), la justice française ne condamne plus l’homosexualité en tant que telle.[access capability= »lire_inedits »] Une loi de 1863 fixe ainsi la majorité sexuelle à 13 ans, sans distinction aucune.
À l’été 1942, le gouvernement de Vichy édicte une ordonnance discriminatoire qui pénalise les relations homosexuelles avec un mineur de 13 à 21 ans.
Si la majorité (hétéro)sexuelle est relevée à 15 ans à la Libération, le texte de Vichy se voit repris en 1945 par le Code pénal, dont l’article 331 sanctionne les « actes impudiques ou contre nature commis avec un mineur du même sexe ». De 1945 à 1982, la discrimination porte donc sur l’âge auquel les relations sexuelles ne relèvent plus de la loi pénale (15 ans pour les hétéros, 21 ans, puis 18 ans pour les homos).
Il faudra attendre l’arrivée de Mitterrand à l’Élysée pour que le législateur aligne la majorité sexuelle « homo » sur l’hétéro : 15 ans pour tous en juillet 1982[1. Pour un exposé exhaustif, lire Les Alinéas au
placard
, Antoine Idier, Cartouche, 2013. Que l’auteur et son éditeur Emmanuel Pierrat soient remerciés pour leur éclairage juridique.] ! Lorsque le député Fillon vota contre cette réforme (ce qui n’était ni très malin, ni très grave), son camarade Jean-Luc Romero, alors militant RPR dans la très droitière fédération gaulliste de Seine-Saint-Denis, ne cilla pas. Aujourd’hui passé avec armes et bagages au Parti radical de gauche, Romero reprend à son compte le mythe de la « dépénalisation de l’homosexualité en 1982 » : et cette contre-vérité apparaît jusque dans l’exposé des motifs de la loi Taubira !
À sa décharge, reconnaissons que JLR coche aujourd’hui toutes les bonnes cases progressistes : fervent partisan de la procréation médicalement assistée, avocat de la dépénalisation du cannabis et infatigable prêcheur du « droit à mourir dans la dignité », plus pudiquement appelé euthanasie. Pourquoi s’arrêterait-il en si bon chemin ? Le rétablissement du délit d’opinion pourrait être la prochaine avancée sociétale « pour tous ». On n’arrête pas l’homme de progrès ![/access]

*Photo : itélé.

Eric Woerth aurait-il dû couler ?

eric woerth justice

La naïveté serait-elle devenue mon fort pour paraphraser le génial Paul Valéry dont la bêtise en effet n’était pas la faiblesse fondamentale ?
Le 14 mai, j’ai publié un billet ayant pour titre « L’UMP coule, Woerth surnage ». Sans fatuité, il a été beaucoup lu. Sur sa première partie, il reste plus que jamais d’actualité. Sur la seconde, il mériterait d’être corrigé.
Je ne pensais jamais qu’un jour, dans le domaine judiciaire, je pécherais par une forme de sulpicianisme. Pourtant, prenant connaissance alors des réquisitions de non-lieu en faveur d’Eric Woerth et du communiqué du procureur, j’avais crédité le parquet bordelais d’une équité qu’il me semblait devoir saluer en ces temps où la politisation de tout est une menace. J’avais par ailleurs souligné la difficulté intrinsèque à l’établissement indiscutable de l’infraction de trafic d’influence.
Mais mon argumentation baignait, si j’ose dire, dans la certitude irénique que l’ensemble des magistrats, siège et parquet confondus, était heureux de pouvoir se sentir, enfin, les coudées franches et l’esprit libre. Je présumais ainsi que le procureur et le procureur général de Bordeaux avaient été évidemment à l’unisson de ceux qui avaient eu la charge de régler la procédure et que hiérarchie et base s’étaient accordées pour le bien de la justice et la manifestation de la vérité. Certes, j’avais émis un léger bémol, fait part d’un peu d’étonnement devant l’étrange communiqué du procureur, totalement inutile en l’occurrence, et je m’étais interrogé sur ses motivations sans soupçonner une seconde que derrière cette démarche peu banale, il y avait, d’une part, une obéissance hiérarchique et, d’autre part, une volonté de déstabiliser par anticipation les juges d’instruction.
On sait en effet, maintenant, qu’un réquisitoire de 70 pages renvoyant Eric Woerth et Patrice de Maistre devant le tribunal correctionnel pour trafic d’influence passif et actif avait été rédigé par la vice-procureur de la juridiction interrégionale spécialisée du tribunal de Bordeaux, Géraldine Bouzard, et que ce document argumenté a été transmis par le procureur Laplaud au procureur général Ride. On peut à la rigueur admettre la validité d’un tel processus : il faut bien que la structure hiérarchique donne l’impression de servir à quelque chose.
Ce qui, en revanche, devient choquant et contraire au code de procédure pénale tient à l’injonction de substituer au renvoi des deux susnommés devant la juridiction des réquisitions de non-lieu qu’à la demande du procureur général peu suspect de socialisme, le procureur devait faire accepter à sa collègue vice-procureur alors qu’il s’agissait d’un changement de fond. Elle a refusé et légitimement – un courage trop rare – elle a imposé à son chef d’assumer ses responsabilités.
Le procureur général n’avait, d’ailleurs, aucun titre pour exiger cette mansuétude quand en revanche il aurait eu toute latitude pour ordonner un renvoi (Le Monde, articles de Gérard Davet, Fabrice Lhomme et Franck Johannès).
Dénoncer ce processus est nécessaire alors que le seul acquis incontestablement positif de ce pouvoir était précisément la liberté laissée aux magistrats dans le traitement des dossiers sensibles.
Il n’y a aucune raison pour que le parquet, encore composé, ici ou là, de professionnels adeptes de la justice retenue ne s’adapte pas à cette nouvelle donne qui honore la démocratie quand l’ancienne y portait atteinte.
De surcroît, tolérer un tel impérialisme et une partialité aussi éclatante, qu’aucune tradition des parquets ne saurait valider, reviendrait aussi à faire perdre à Christiane Taubira, en face de son passif causé et occulté par son goût du verbe, l’actif indiscutable de sa non immixtion dans les instructions complexes et délicates.
Loin de moi l’idée de prôner une chasse aux sorcières mais il convient aussi que des deux côtés on fasse un effort : pour le Pouvoir, respecter les compétences, pour certains magistrats, s’habituer à l’indépendance. Ce n’est pas si simple. Sur Twitter, un avocat frénétique, parce que j’énonçais ces évidences en 140 signes, n’avait pour obsession que de me faire poursuivre par le garde des Sceaux pour outrages (sic !) à ce procureur et à ce procureur général de Bordeaux.
Je regrette de n’avoir plus le droit de faire l’impasse sur mon pessimisme d’hier, quand on percevait à quel point l’officiel de la justice était gangrené par l’officieux, la scène par les coulisses, le judiciaire par le partisan.
Qu’aujourd’hui, quelques magistrats encore décalés ne profitent pas de ce climat d’indépendance générale pour, dans leur coin, continuer « leur petite cuisine » et rendre encore plus coupable ma naïveté d’un billet !

*Photo : Ministère du Travail, de l’Emploi et de la santé.

Suspendons le pacte de stabilité !

marie noëlle liennemanDans votre projet  « Le tournant de la relance », vous préconisez un recours massif à la dépense publique pour relancer la consommation et  la croissance. En économie  ouverte, ne craignez-vous pas que ce chèque à la consommation ne se transforme en chèque à l’importation, comme  le plan de relance mitterrandien de 1981 ? 
Nos propositions de relance de la consommation sont très ciblées : amélioration des indemnisations du chômage, allongement de la durée d’indemnisation, facilitation du recours au chômage partiel, application effective du RSA activité, une augmentation exceptionnelle sous conditions de ressources des prestations sociales  pour les enfants, création d’une allocation autonomie pour les jeunes, ainsi qu’une hausse des salaires dans les secteurs peu soumis à la concurrence mondiale et qui vont profiter de la manne du crédit compétitivité-emploi sans contrepartie.
En clair, il s’agit essentiellement des couches populaires dont la consommation est majoritairement hexagonale. Plusieurs études montrent que la part des importations dans la consommation populaire avoisine les 12%, ce qui est finalement assez peu. En revanche, plus les catégories sociales sont élevées, plus cette part augmente et les cadeaux fiscaux faits aux plus riches ont eu pour conséquence soit un accroissement très fort de l’épargne, soit une consommation plus favorable à l’extérieur.
Nos propositions concernant la relance de l’investissement sont orientées vers des secteurs industriels français qui ont besoin d’être soutenus ou accompagnés dans leur mutation, en particulier au regard de la transition écologique.
Vous  proposez une  « baisse temporaire du niveau de la TVA ». Pourquoi ne pas plutôt mettre en place une  « TVA sociale » qui permettrait de favoriser la production locale en transférant une partie des cotisations sociales vers le consommateur ?
Non, nous estimons au contraire qu’une baisse temporaire de la TVA serait une fausse piste qui d’une part ne prendrait pas en compte les différences de revenus dans le bénéfice qui en serait retiré et qui d’autre part renforcerait les marges de la grande distribution. En revanche, nous n’approuvons pas les 7 milliards de hausse de TVA qui ont été votés pour financer le Crédit d’Impôt pour la Compétitivité et l’Emploi car cet impôt indirect est très injuste et pénalise les plus faibles.  En tout cas, la hausse de la TVA  ou la TVA dite sociale ne sont pas une bonne solution, elles touchent tous les produits donc massivement les produits français et peu de produits importés. Elles ne changent pas l’écart de prix entre les productions nationales et les autres, qui orientent le consommateur. Il existe d’autres mesures pour créer des protections que la France et l’Europe utilisent peu comme le recours aux normes : une taxation liée au bilan Carbone en prenant en compte les dépenses de transports en est un exemple. Enfin, nous sommes convaincus de la pertinence du discours tenu avant les élections et jugeons très dangereux pour la démocratie d’en changer maintenant.
Si vous admettez volontiers que « les pays qui connaissent les taux de croissance les plus élevés sont aussi les plus protectionnistes », on ne trouve dans votre projet ni leviers protectionnistes, ni mesures contre le dumping social à l’intérieur même de l’Union européenne. Pourquoi ce tabou ?
Pas du tout, ce sujet n’est pas un tabou, nous le considérons même comme essentiel et d’ailleurs avons déposé en ce sens un texte alternatif à la convention nationale du PS sur l’Europe avec des propositions concrètes susceptibles d’engager réellement une réorientation de la construction européenne. Nous demandons au gouvernement français de refuser l’ouverture des négociations transatlantiques qui visent à élargir encore la concurrence libre et non faussée. Nous exigeons la mise en place de convergences sociales vers le haut, en particulier en matière de  salaires. Chaque pays, en premier lieu l’Allemagne, doit avoir un salaire minimum et, à l’instar du serpent monétaire européen, il convient d’encadrer et réduire progressivement les écarts entre SMIC pour aller vers un SMIC européen. Il en va de même pour la fiscalité qui doit être harmonisée. D’ailleurs, nous avons signé un appel des gauches des partis socialistes et sociaux-démocrates européens pour que le Parti socialiste Européen s’engage avec force sur ce point.
Mais notre plan de relance a volontairement mis de côté l’enjeu européen qui fait l’objet d’autres prises de positions dans notre courant pour montrer qu’indépendamment des choix bruxellois, on peut agir en France. L’UE sert trop souvent de prétexte à l’inaction des Etats membres où à leurs concessions au libéralisme. Par ailleurs, pour faire bouger l’Europe et engager son indispensable réorientation, il faut poser des actes. Que la France assume qu’elle privilégie la croissance, l’emploi à une réduction des déficits publics à marche forcée serait un fait politique incontournable pour les autres partenaires et obligerait à rediscuter du cadre macro-économique en sortant du carcan absurde du pacte de stabilité. En cela, il peut aussi contribuer à une relance européenne.
Dans un entretien à Marianne, Emmanuel Todd a déclaré : « si nous restons dans la zone euro, toute prétention à l’action est une blague ».  Vous n’envisagez pas l’éventualité d’une sortie de la monnaie unique. Dans ce cas, au-delà des pétitions de principes, quelles sont vos solutions concrètes pour inventer une Europe plus sociale ?
Je ne crois pas au tout ou rien. Il est indispensable de modifier radicalement nos politiques européennes et singulièrement la politique monétaire de l’UE. On ne peut plus attendre, nous promettre pour demain des choix meilleurs, et finalement au nom de la stratégie des petits pas, de la nécessité de convaincre les 27, accepter d’acter tant de renoncements accumulés. C’est pourquoi nous estimons incontournable de créer un rapport de force, de poser des actes qui, au-delà même de notre pays, viendront en écho à l’aspiration de millions de citoyens Européens de tous les Etats.
Alors nous proposons la suspension du pacte de stabilité, véritable carcan anti-croissance. La France doit demander ce moratoire et décider, comme l’ont fait les néerlandais, qu’elle ne respectera pas ce couperet des 3%, ni n’acceptera les « contraintes » fixées par la commission européenne qui  visent à imposer des « réformes structurelles » qui démantèlent notre modèle social, républicain, et inscrit dans la durée une austérité suicidaire. Un changement de la pratique et du rôle de la BCE pour stimuler la croissance s’impose. Cela doit être inscrit dans ses missions. Il faut  arrêter ce système aberrant qui renforce l’endettement des pays, où la BCE prête aux banques qui elles même prêtent aux Etats, engrangeant au passage à travers des taux d’intérêt plus élevés, de substantiels profits. Dans l’immédiat, la BCE doit racheter les dettes et des obligations d’Etat.  Mais pour contraindre la BCE à changer sa politique, en particulier celle de l’Euro surévalué qui pénalise nos industries comme nos exportations, les traités donnent aux Etats membres un moyen d’action : ce sont les Etats membres et l’UE qui, selon les articles 119 et 219 du titre VIII du traité de fonctionnement de l’UE, sont responsables de la politique de change et qui peuvent donc contraindre la BCE en décidant de la parité entre l’Euro, le Dollar, le Yen ou encore le Huang. La France doit exiger qu’un sommet exceptionnel soit convoqué d’ici 2013 pour appliquer ces articles et changer la politique de l’Euro. Elle doit dès à présent déposer un mémorandum sur les décisions à prendre. Le temps des rapports de force  et des confrontations est venu. De Gaulle en son temps, comme hier Thatcher, ont su taper du poing sur la table et ont finalement été entendus pour ce qu’ils défendaient. La France doit passer des paroles sur l’Europe souhaitée aux actes pour la transformer. Il y a de grandes chances qu’avec la crise actuelle et l’impasse où la politique  actuelle de l’UE et de Mme Merkel nous conduit, elle soit mieux entendue, comprise et suivie.

Rock’n’roll béatitudes

12
lemmy kilmister rock motorhead

lemmy kilmister rock motorhead

Edwy avait raison !
Samedi 23 mars. Un lecteur attentif me le fait observer : au vu des récents développements de l’actualité, n’ai-je pas parlé un peu vite, le mois dernier, de « roman » à propos d’Edwy Plenel et de sa Mediapart de vérité ? Les aveux de Cahuzac n’ont-t-ils pas validé les résultats de son enquête ?
Sauf que je ne parlais pas de celle-là. Faute d’avoir été un proche de l’ex-ministre du Budget, ni même un collègue ou un supérieur, je n’ai jamais eu de lumières particulières sur le dossier. Mon sujet à moi, c’était l’ « article » consacré par ce site à Frigide et ma pomme : un tombereau de ragots diffamatoires recopiés de traviole sur un blog anonyme.
Je persiste et je signe, avec quand même une petite pointe de jalousie en prime : il semble bien que le commissaire Plenel ait mis tous ses hommes sur l’affaire Cahuzac, abandonnant la nôtre à un vulgaire moine-copiste.
« Les jeunes d’aujourd’hui sont les vieux de demain ! »
Dimanche 24 mars. Ce slogan fondateur de Jalons, nous l’avions scandé pour la première fois, dans les années 1980 et l’incompréhension générale, au milieu d’un cortège d’étudiants protestant contre je ne sais quelle loi forcément « scélérate ».
Trente ans plus tard, mais pas plus tard que cet après-midi, nous l’avons repris en chœur lors de la mini-manif spontanément organisée, en marge du bousin géant de Barjot, par Jalons Junior sur le thème : « Des parents, si je veux, quand je veux ! »
Mais revenons à notre aphorisme vintage. Une fois de plus, Jalons avait raison ! Jamais cette tautologie n’aura été aussi utile à rappeler qu’aujourd’hui : la jeunesse, comme la santé selon le bon Dr Knock, est un état précaire qui ne présage rien de bon.[access capability= »lire_inedits »]
Que les vrais jeunes, ceux qui n’ont jamais été autre chose, s’imaginent le contraire, passe encore : après tout, pourquoi leur état actuel ne serait-il pas éternel ?
Le problème c’est que trop souvent, cette charmante inconscience se change, les années aidant, en vaine obstination. Vous me direz : refuser de vieillir, après tout, pourquoi pas ? Et vous aurez mille fois raison – sauf que ça n’a pas le sens commun. À en croire mon ami le Pr Aldo Prisu – le « Monsieur Science » de Jalons − la destruction de nos cellules commencerait dès la naissance… Alors après, je ne vous raconte pas !
Mais il n’est pas interdit non plus de rêver : qui sait si, un de ces jours, nous ne pourrons pas régénérer nos cellules comme on recharge un iPad ?
Au-delà même de l’âge, avec les progrès de la recherche, une ambitieuse perspective s’offre désormais à l’humanité : s’émanciper de sa nature au nom de la culture. Encore faut-il bien sûr que celle-ci soit entre de bonnes mains, pour éviter les pénibles dérives du passé − genre Lebensborn ou tentatives d’hybridation homme-singe.
Au reste, il suffira d’un peu de volontarisme ! Que les avancées du génie génétique soient mises résolument au service de l’idéologie du Progrès ; et que celle-ci, quand même, se montre un peu moins timorée en matière d’homme que de maïs.
Un peu froide en entrant…
Lundi de Pâques, 1er avril. Quoi de mieux, en cette journée religieuse et festive, qu’une bonne blague antichrétienne mais pas trop, comme je les aime ?
Donc ce jour-là, comme à son habitude, Jésus marche sur les eaux du lac de Tibériade. L’apercevant, ses apôtres le rejoignent à la nage en criant : « Viens, t’es con, elle est bonne ! »
« I don’t want to grow up ! »
Samedi 6 avril. « When I see the price that you pay, I don’t want to grow up…» Vous, je ne sais pas, mais moi, chaque fois que j’entends ce refrain des Ramones − lui-même  repris de Tom Waits − ça me fait penser à James Matthew Barrie.
Mais si, voyons : l’auteur à succès, en 1904, d’une « autofiction », comme on ne disait pas encore, intitulée Peter Pan ou le garçon qui ne voulait pas grandir.
Autant le refus de vieillir, évoqué plus haut, est ontologiquement crétin, puisqu’il consiste à s’accrocher à ce qui se passe, autant le refus de grandir peut être une élégante manière de sauver l’essentiel.
S’il est un âge difficile dans la vie, nous dit René Girard, c’est bien l’âge adulte, confronté tout ensemble à ce qu’il appelle la « comédie sociale » et la « tragédie sexuelle » − auxquelles échappent ordinairement l’enfance et la vieillesse. Refuser de grandir, c’est éviter ces deux pièges en forme de « divertissements ». C’est enjamber l’abîme, en tâchant d’être sage avant l’âge et de conserver au-delà du raisonnable son âme d’enfant.
Avant même Girard, ce refus de grandir n’avait-il pas été prôné par les plus grands ? Prenez Jésus, au hasard : « Vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux si vous ne redevenez pas des enfants », disait-il selon Matthieu (mais faut-il croire tout ce que raconte Matthieu ? C’est un autre débat, à régler entre exégètes protestants).
Quant à l’ami Barrie, sans être lui-même tout à fait catholique (ce qui se conçoit, vu son île et son époque), il va suivre à sa façon brindezingue la recommandation du Christ. Au tournant de la cinquantaine, après une tentative ratée de vie adulte, le voilà qui retombe en enfance… Mais pas n’importe laquelle : celle de son alter ego Peter Pan, celle aussi qui lui fait écrire : « Chaque fois qu’un enfant dit : « Je ne crois pas aux fées », il y a quelque part une petite fée qui meurt. »
Certes, son « Royaume des Cieux » à lui ressemble plutôt au Royaume des Elfes – mais il n’y a rien de plus proche, demandez à Chesterton ! Alors, j’entends d’ici Élisabeth : « Décidément ce Chesterton, Basile nous le sert à toutes les sauces ! Il n’a rien d’autre en magasin ? » Mille pardons, boss, mais est-ce ma faute, à moi, si Gilbert Keith et James Matthew étaient potes dans la vie ?
Chesterton, donc, est le mieux placé pour nous l’expliquer : seuls le féérique et le surnaturel donnent les clés du réel ! « Les contes de fées n’apprennent pas aux enfants que les dragons existent. Les enfants le savent déjà. Les contes de fées apprennent aux enfants que les dragons peuvent être tués. »
Faudrait pas que ça grandisse… 
Vendredi 12 avril. À propos d’enfants, les nôtres sont déjà un peu blets (15 et 12 ans) mais, miracle du post-it, j’ai retrouvé trace du temps où ils vivaient dans le Neverland de J.-M. Barrie.
Les souffrances du jeune Bastien (2000)
–          Aïe, aïe, aïe !
–          Où est-ce que tu as mal ?
–          Là ! (Il montre l’autre bout de la pièce).

La piété grand-filiale selon Constance (2003)
–          On va appeler grand-mère Annick, d’accord ?
–          Oui, et aussi grand-père Guy !
–          Ah mais, il est mort ma chérie…
–          Ben c’est pas grave, on laisse un message sur son répondeur : « Grand-père Guy, je voudrais que tu ne sois pas mort. »
L’implacable logique de Bastien (2004)
–          Papa, on peut regarder Battle Royale ?
–          C’est interdit aux moins de 12 ans…
–          Oui, mais pas aux moins de 6 ans !
La troublante métaphysique de Constance (2006)
–          Est-ce qu’à l’intérieur de la tête, il y a aussi des yeux ?
À ces âges, on vit dans un monde sans limite – avant qu’il ne rapetisse sous l’influence des grands. C’est tout l’art de l’éducation que de freiner, autant que possible, cette morbide involution.
COMPTAGE
Mardi 16 avril. Tombé, en triant mes journaux au lieu de travailler, sur cette déclaration de Manuel Valls : « Il y a une centaine de Mohamed Merah en France… » OK, mais maintenant qu’on connaît les chiffres de la police, est-ce qu’on pourrait avoir ceux des organisateurs ?
Le speed, c’est cool !
Samedi 20 avril. Excellent « rockumentaire » consacré par Arte à Lemmy Kilmister, le chanteur destroy de Motörhead. À retenir notamment, entre mille images et anecdotes, ce souvenir d’adolescence raconté par Paul Kilmister, fils du père de la fusion punk-métal : un pur moment d’éducation rock’n roll ! « Le jour de mes seize ans, mon père m’a convoqué et il m’a dit solennellement : « Fils, jure-moi de ne jamais toucher à l’héro ou à la coke ! J’ai trop d’amis qui en sont morts… Et puis les amphèts, c’est vachement meilleur ! » »
Barjot et les crapauds 
Mardi 23 avril. À la sortie de l’Assemblée nationale, où elle assistait au vote final de la loi dite « Mariage pour tous », Frigide est violement bousculée et prise à parti par des militants LGBT : « Salope ! », « Facho ! », « Homophobe ! » Ils ont gagné et ils ont toujours la haine, ces partisans de l’amour.
Je ne sais vraiment pas comment Barjot fait pour supporter depuis si longtemps les torrents de boue déversés sur elle de tous les azimuts, y compris des plus proches.
« Pour faire de la politique, disait Clemenceau, il faut avoir le goût d’avaler un bol de crapauds vivants tous les matins ». Mais Frigide n’est qu’une néophyte, si tant est qu’elle veuille vraiment s’engager plus bas que la « poléthique » dont elle se réclame poétiquement.
Alors bien sûr, elle a eu tort de déclarer : « Hollande veut du sang, il en aura ! » C’était le 12 avril, sous le coup de l’émotion, en apprenant que la navette Taubira s’était brusquement changée en TGV. Ça n’en reste pas moins une grosse connerie, surtout de la part de quelqu’un qui passe son temps à dénoncer les provocateurs…
Cela dit, moi, à sa place, j’aurais sans doute pété les plombs bien avant et dit des horreurs bien pires – et vous aussi.[/access]

*Photo: Wikipedia commons.

Manif Pour Tous : Bilan méchamment positif

482
manif pour tous succes

manif pour tous succes

1. En premier lieu : merci à Frigide Barjot. On peut la critiquer sur des milliers de sujets, on peut la trouver trop molle idéologiquement, trop histrion, trop tout-ce-que-vous-voulez, on peut ressortir des vieilles photos olé-olé et des vieux clips idiots, il n’empêche qu’elle a fait descendre la France entière dans la rue pour faire comprendre (très difficilement, mais tout de même) aux médias univoques que s’opposer au mariage homo ce n’est pas s’opposer au comportement homosexuel en général, ni s’opposer aux personnes homosexuelles en particulier, mais c’est s’opposer à une société de désir tout-puissant dont les enfants ne sont in fine que les objets. Il est hautement probable que sans cette figure, seules les caricatures de Civitas auraient battu le pavé sous des banderoles toutes plus consternantes les unes que les autres, et tout le monde aurait regardé ses chaussures en ronchonnant pas trop fort pour ne pas avoir l’air d’un homophobe.
2. La Manif Pour Tous a passé des mois et des mois à défiler avec des pancartes et des slogans expliquant que le mariage homosexuel ouvrait directement la porte à la PMA et la GPA, c’est-à-dire au commerce des ventres et des enfants, à la CDDisation de la grossesse, à la contractualisation de l’enfant comme d’un service délocalisé en Inde (avec des clauses compensatoires en cas de non conformité de l’enfant à naître), c’est-à-dire à la fabrication d’enfants dont le statut est programmé pour être celui ni plus ni moins d’orphelins adoptables. Les médias et les politiques n’ont répété qu’un seul mot : homophobie. Immense dégoût.
3. La Manif Pour Tous a passé des mois et des mois à expliquer que la meilleure place possible pour un enfant est entre son père et sa mère ; les médias, les politiques et tous les partisans du mariage homo ont passé des mois à vous parler de l’amour des couples adultes qui seul justifiait la fondation de la famille. Pour les uns la famille est une institution qui sert à protéger l’enfant qui naît de deux personnes, pour les autres la famille est une construction du Droit qui légitime l’envie d’avoir une descendance. Quand on ne parle pas de la même chose, on peut très difficilement se comprendre, dialoguer, trouver des points de réconciliation.
4. On a même entendu des partisans du mariage homo expliquer que « le mariage n’avait rien à voir avec la filiation ». Le réel va offrir une belle claque à cette assertion profondément et littéralement démente.
5. Gardez bien au chaud les centaines d’extraits audio et vidéo que nous avons entendus ces dernières semaines dans la bouche des belles âmes de gauche et qui disaient en chœur : « le président a été élu pour ça, c’est dans son programme donc toute critique est illégitime, irrecevable, et antidémocratique » ; ou encore « c’est la loi, donc il est interdit de la remettre en cause ». Ces enregistrements sont précieux, il faudra les ressortir du frigo dès que le pouvoir changera de camp et que les belles âmes de gauche critiqueront le moindre point de programme du prochain président élu démocratiquement.
6. Gardez bien au chaud également toutes les interventions des progressistes qui nous ont assurés que « Non non non non, cette loi ouvre des nouveaux droits à certains, SANS RIEN CHANGER DU TOUT pour les autres ». Elles vont bientôt resservir. Par exemple, la Russie va fermer l’adoption aux Français. À TOUS les Français. D’autres pays vont faire de même. Les nouveaux droits de quelques uns ont donc des répercussions sur tous les braves Français qui ont déjà un mal fou à voir leur dossier d’adoption « normal » aboutir. Autres exemples de modifications à venir POUR TOUS : le contenu du livret de famille, les droits de succession, les clauses médicales qui président jusqu’ici à l’accès de la PMA et qui n’ont plus lieu d’être puisque l’homosexualité n’est pas une maladie, l’accès à la GPA et le circuit financier qui va avec, les règles de nationalité des conjoints, l’attribution et la transmission du nom de famille, etc. On va encore se marrer pendant de longues années.
7. L’UMP a montré son vrai visage : c’est un parti qui n’est ni conservateur, ni du côté du peuple. Copé a joué l’opportuniste tel un misérable lierre de la 25ème heure s’agrippant à l’arbre qui a poussé devant lui à son corps défendant et dont il ne savait que faire. Les journalistes ont vu en ce pauvre Copé une vraie menace pour nos libertés. Je répondrais d’un seul mot : Lol ! La Manif Pour Tous a prouvé qu’il existait des mouvances au-delà des partis, des enjeux politiques au-delà de la politique, des valeurs au-delà des lois, des Institutions au-delà du Droit, des modèles civilisationnels au-delà des principes républicains positifs. Le problème, c’est que les braves gens vont retourner voter comme des cons pour l’UMP puisqu’il est le seul à être identifié « parti de droite respectable ». Mais l’UMP n’abrogera pas cette loi. Le FN ne le fera jamais. En fait, personne n’aura le courage de l’abroger par des canaux démocratiques ou constitutionnels. Personne, pas même une VIème république.
8. Dans nos familles, dans nos quartiers, dans nos villages, dans nos cercles d’amis, parmi nos collègues, nous avons tous vécu le passage d’une énorme faille qui a divisé la France en deux camps. Débats houleux à table, ou au contraire silences diplomatiques pesants pour ne pas se fâcher dans les réunions de famille ou de bureau, voilà notre quotidien depuis plusieurs mois. Nous avons tous vécu dans le « Ils en ont parlé » de Caran d’Ache.
Tous ? Non. Curieusement, là où tout le monde a senti un immense clivage, journalistes et politiques ont baigné dans une invraisemblable et irréelle unanimité. Ça en dit long. Ce qui se passait vraiment autour de la Manif pour Tous, eux, « Ils n’en ont pas parlé »
9. Hommens, Veilleurs, Mères Veilleuses, Antigones, Salopards, une incroyable profusion de petits groupes autonomes et inventifs a émergé. Que vont-ils devenir ? Mystère. C’est très amusant d’observer que la subversion a gagné massivement un camp de gens ordinairement « conventionnels » et « bien élevés ». Je trouve ça absolument réjouissant. Hosannah, Hosannah ! Les supposés ringues ont appris à jouer avec les codes de la communication, et à les niquer. À ce titre, les pancartes de la Manif Pour Tous méritent d’être saluées, elles étaient vraiment très très bien foutues, autant dans les slogans que dans les visuels. Je crois que c’est une première historique dans une manif cataloguée « de droite » !
10. Un immense, un gigantesque, un formidable sentiment d’injustice habite désormais le cœur de million de Français. Certes, quelques gudards casqués n’ont eu que ce qu’ils méritaient ; n’empêche, il y a eu mille fois plus de gardes à vues contre des militants pacifiques que contre des casseurs qui dévastent tout sur leur passage, façon Trocadéro. L’État déploie une force délirante à tabasser des gens qui chantent « l’Espérance » et offre aux vandales l’impunité ou presque. Un vent de scandale souffle tout doucement, et j’espère que ce vent deviendra tempête. L’État plie devant des groupuscules subventionnés mais bien-pensants qui ne représentent personne, le même État traite les plus grandes mobilisations populaires de ces dernières décennies comme si elles n’existaient simplement pas. Les ministères ont diffusé des images truquées, des chiffres inqualifiables de malhonnêteté, des discours d’une hénaurmité révoltante. À croire que la démocratie n’est pas de ce monde. En attendant, on va commander au bar.

*Photo : manif pour tous.

Nous ne sommes pas les vampires de Berlin!

40
angela merkel mes

angela merkel mes

En regardant, le soir à la télévision, des images venues de Grèce, Chypre, Espagne ou Portugal montrant des caricatures d’Angela Merkel affublée d’une moustache à la Hitler et des banderoles où l’on peut lire « Schäuble go home ! »[1. Wolfgang Schaüble est ministre des Finances du gouvernement Merkel.], nombreux sont les Allemands qui ne comprennent plus le monde. Et cela pour la bonne raison qu’on leur avait expliqué, lors des débats au Bundestag et dans la presse, que l’Allemagne s’était portée garante de sommes colossales – dépassant le montant d’un budget fédéral annuel – destinées à « sauver » d’autres pays de la faillite. Soit dit en passant, on se demande, chez nous, si le contribuable français est bien conscient qu’il contribue, lui aussi, à hauteur de centaines de milliards d’euros, à ces secours aux pays de l’UE en détresse… De plus, les Allemands sont persuadés que les conditions posées à l’octroi de cette aide – diminution du déficit des finances publiques, réduction du train de vie de l’État, baisse des salaires et des retraites et privatisation des entreprises nationalisées – sont le résultat de négociations des pays concernés avec la « Troïka » (FMI, Commission européenne, BCE), et non pas celui d’un « diktat » allemand. Pour faire bref, les Allemands se considèrent comme les sauveteurs d’États ruinés en butte à l’ingratitude de ceux qu’ils ont secourus.
Ils sont bien conscients, certes, que les mesures d’économie et les réformes de structure imposées (par exemple, la flexibilité du marché du travail et l’accroissement de la compétitivité de l’économie) sont dures à supporter par les citoyens des pays concernés. Mais ils se disent qu’après tout, c’est le prix à payer lorsque l’on a vécu trop longtemps au-dessus de ses moyens. Ils tentent alors d’expliquer aux Espagnols, aux Grecs, aux Portugais et aux Italiens qu’il y a dix ans, ils ont été soumis à un remède de cheval nommé « Agenda 2000 » par un chancelier social-démocrate, au prix d’une défaite électorale historique du SPD. Pendant dix ans, les salaires nominaux des Allemands ont stagné, ce qui signifie que le revenu réel des ménages a diminué d’un montant égal à celui de l’inflation, et nombreux sont ceux qui ont dû alors se serrer la ceinture. C’est seulement après cette pénible cure que l’Allemagne est passée du statut d’« homme malade » de l’Europe à celui de champion du monde de l’exportation, bien armée dans la concurrence mondialisée.[access capability= »lire_inedits »]
Et la solidarité avec les pays en crise ? L’Allemagne a déjà démontré, en garantissant les dettes de ces pays à hauteur de dizaines de milliards d’euros, qu’elle ne les laissait pas tomber. Mais la plupart des Allemands estiment que cela n’aurait aucun sens de jeter, sans conditions, tout cet argent dans un puits sans fond. À quoi servirait-il, en effet de payer la dette de la Grèce, ou de la mutualiser par des eurobonds, sans réformes de structure permettant de parvenir à une meilleure discipline budgétaire et à des gains substantiels de compétitivité ? Nous serions confrontés aux mêmes problèmes dans quelques années. Et qui peut sérieusement croire que des dirigeants politiques soucieux d’être réélus – cela vaut pour tous les pays – tiendraient leur promesse de gestion rigoureuse si on leur laissait la bride sur le cou ?
On sous-estime toujours, à l’étranger, le fait qu’au moment de l’introduction de l’euro, Helmut Kohl et son ministre des finances, Theo Waigel, avaient promis aux Allemands que la nouvelle Banque centrale européenne aurait strictement la même obligation de maintenir la stabilité monétaire que la bonne vieille Bundesbank. C’est pourquoi le traité d’Union économique et monétaire stipule explicitement qu’aucun État ne peut se porter garant de la dette d’un autre État. Aujourd’hui, on lit ce traité avec d’autres lunettes et de nombreux experts, pas seulement allemands, estiment que la décision de la BCE de racheter en quantité illimitée les obligations des États de l’UE constitue une sérieuse entorse au mandat qui lui a été confié.
Le Mécanisme européen de solidarité (MES) équivaut en fait à une garantie donnée par l’Europe à la dette de quelques États. Beaucoup d’Allemands, soucieux du respect de la lettre des traités, considèrent qu’il y a là une violation du droit. Un nouveau parti, « Alternative pour l’Allemagne », vient justement d’être fondé pour défendre ce point de vue dans la campagne pour les élections au Bundestag. On peut d’ailleurs considérer comme un miracle qu’en Allemagne, aucun parti important n’ait, à l’image du Front national et du Front de gauche en France (30 % des voix lors de la dernière élection présidentielle !), inscrit à son programme la sortie de l’Union monétaire.
On dit que l’Allemagne serait la principale bénéficiaire de l’Union monétaire. Les Allemands estiment, à juste titre, que si on achète à l’étranger une VW, une Audi, une BMW ou une Mercedes, ce n’est pas parce que ces voitures sont moins chères qu’une Peugeot, une Renault ou une Fiat. On les achète, bien qu’elles soient plus chères, parce qu’elles confèrent à leur propriétaire un statut symbolique supérieur, parce que leur qualité est meilleure et le service après-vente plus performant. De plus, depuis une décennie, la croissance des exportations allemandes est due aux marchés asiatiques plus qu’à la zone euro.
Dans ces conditions, lorsque les Allemands apprennent, par une statistique de la BCE, que le patrimoine moyen des ménages chypriotes, maltais, italiens, grecs, espagnols et français est notablement plus élevé que le leur, ils sont fondés à s’interroger : qu’avons-nous fait de mal ? Pourquoi toutes ces critiques contre nous ? Cela ne fait aucun doute : l’Allemagne possède l’économie la plus puissante au sein de l’UE. Cependant, les Allemands ont du mal à comprendre que cette suprématie soit perçue, hors de leurs frontières, comme une hégémonie, car ils ne sont nullement dans un état d’esprit dominateur. Ils se sentent au contraire abandonnés par les autres pays de l’UE qui ont participé, tout comme eux, aux décisions mettant en place les mesures de sauvetage des pays frappés par la crise. Ils se sentent surtout lâchés par un gouvernement français qui ne parvient pas à mettre sa maison en ordre, et qui est visiblement tenté de constituer avec l’Espagne et l’Italie un « front méditerranéen » contre le prétendu « diktat de Berlin ».
Les Allemands savent ce qu’ils doivent à l’Europe. Mais lorsque cette Europe, qu’ils ont contribué à bâtir, accueille leur chancelière avec des affiches la caricaturant en Hitler, ils sont blessés. Et des blessures, en Allemagne, en Grèce ou ailleurs, ne peut naître que le ressentiment.[/access]

*Photo : che1899.

Bernadette Chirac et Nicolas Sarkozy, quel est leur secret ?

76
chirac-sarkozy-nkm

chirac-sarkozy-nkmNicolas Sarkozy et Bernadette Chirac soutiennent NKM pour la primaire des municipales à Paris et le vibrionnesque et surestimé Guillaume Peltier a été désavoué par l’UMP. Rien que de très normal même si Jacques Chirac, paraît-il, n’appréciait pas du tout celle qui deviendra maire de Paris, je l’espère, pour répondre à l’attente de beaucoup de Parisiens.
Mais entre Bernadette Chirac et Nicolas Sarkozy, se déroule, depuis des années, un jeu plus subtil, plus étrange. Alors que le second a fait subir des avanies sentimentales et politiques à la famille Chirac et à certains de ses membres, la première, qui n’a jamais péché par naïveté ni par excès d’enthousiasme, à chacune de ses déclarations manie l’hyperbole et encense Nicolas Sarkozy. Lors de sa campagne calamiteuse contre François Hollande où il a fait perdre la droite et depuis qu’il nous joue l’effacement alors que tout son comportement montre qu’il piaffe, a oublié sa défaite et se croit désiré.
Il faut reconnaître que Bernadette Chirac est étonnante dans la démesure et on est bien obligé de se demander pourquoi. Elle, si pincée et sèche, avec une chaleur humaine parfois remarquablement fabriquée – à l’égard des citoyens encore presque perçus comme des manants – se laisse aller tout à coup à des élans pour ce perdant qu’elle veut voir revenir. Elle le qualifie « d’exceptionnel » (20 minutes). Que n’aurait-elle pas dit s’il avait vaincu !
Il y a forcément de la politique ou du mystère sous roche.
Pas seulement, à l’évidence, le désir naturel pour elle de voir la droite reprendre le pouvoir à la gauche.
Cette obsession constante et à la longue ridicule de se faire passer pour une groupie de Sarkozy a des touches délirantes. Ainsi, elle nous demande de « le laisser tranquille » alors que c’est lui qui ne nous laisse pas tranquilles en n’attendant pas sagement et dans la discrétion la primaire UMP de 2016 mais, à rebours, en s’agitant entre des conférences somptueusement payées et des entretiens avec des chefs d’Etat et des Premiers ministres étrangers sans qu’il puisse invoquer, à cet effet, mandat et légitimité (Le Monde). Que je sache, être ou avoir été au pouvoir représente plus qu’une nuance !
Je suis sans doute vieux jeu mais je continue à être surpris par l’entêtement qu’elle met à porter aux nues un homme qui n’a cessé subtilement ou ostensiblement de s’en prendre à son époux, de l’humilier ou de le contester. Dans sa démarche renouvelée de soutien à Sarkozy, il est clair qu’il y a autant de vengeance à l’égard de Jacques Chirac que de bienveillance pour son successeur en 2007. J’analyse les dithyrambes de Bernadette Chirac comme autant de provocations gratuites destinées à rendre, à un homme âgé qui ne peut plus les relever, la monnaie de sa pièce.
Au fond, de la part de Bernadette Chirac qui, il est vrai, n’a jamais paru indignée par le somptuaire, les accommodements financiers et les privilèges, nous aurions tout de même attendu réserve et retenue. Épouse d’un ancien chef de l’Etat élu puis réélu, elle aurait dû au moins intégrer le fait que cet homme, dont elle réclamait le retour, était au centre de quelques procédures qui permettaient de douter de sa parfaite éthique. J’avoue que Bernadette Chirac m’a choqué en faisant l’impasse sur la part d’ombre de cet être « exceptionnel ».
Quel est donc le secret qui lie Bernadette Chirac et Nicolas Sarkozy ? Quelles tractations et quels silences troubles, quels engagements et quelle récompense ?
Les pièces jaunes, du spectacle, des jeux, du bruit et du vent pour le menu peuple.

Russie : le changement, c’est Brejnev !

27

Il en va des mauvais sondages comme des emmerdements : ils descendent en escadrille lorsque vous êtes aux affaires. Ce n’est pas Jacques Chirac et l’actuel locataire de l’Elysée qui vous diront le contraire. À l’autre bout de l’Europe, où Vladimir Poutine règne sur une étendue politique blanche, l’impopularité n’est pas l’apanage du couple exécutif. De Saint-Petersbourg à Vladivostok, les élites issues de la Perestroïka sont en effet conspuées et le bon vieux temps soviétique regretté. Un sondage frais comme un gardon nous révèle ainsi quels sont les dirigeants politiques russes du XXe siècle plébiscités par les citoyens du XXIe. Tenez-vous bien, le grand gagnant est… Leonid Brejnev. Avec 56% d’opinions favorables, il devance d’un poil de chapka Lénine (55%) et l’horrible Staline, populaire auprès d’un Russe sur deux (ce qui fait tout de même 70 millions d’ignobles rouges-bruns à rééduquer…).  Gorbatchev, le sauveur du monde libre, le petit père des peuples… occidentaux arrive loin derrière avec 21% des suffrages exprimés. S’agissant d’Eltsine, qui a fait le bonheur des oligarques et autres bradeurs des services publics, une pudeur post-éthylique nous interdit de divulguer son score de cancre.
Bizarrerie de l’histoire, le retour en grâce de l’Eglise orthodoxe accompagne la réhabilitation des anciens apparatchiks chez toute une génération biberonnée au matérialisme historique du Komsomol. Mis sur un pied d’égalité par la grande faucheuse, Lénine et son lointain successeur aux sourcils bien garnis gagnent donc haut le poing leur match à distance avec les « libérateurs » du monde communiste. Si l’imagerie révolutionnaire sert abondamment la propagande post mortem du révolutionnaire d’Octobre n’ayant gouverné que sept ans, on se demande bien quelle mouche a piqué cette majorité de Russes acquise à Brejnev, tigre du Kremlin de 1964 à 1982. Bien des analyses psychanalysantes, culturalistes (ah, l’âme russe et son amour de la glaciation autoritaire !), économiques (le bon temps où on était logé sans factures d’électricité…) ou géopolitiques garniront les discussions animées des soviétologues de comptoir, entre deux concombres avalés sur le zinc. En bons dialecticiens, délivrons-nous des tentations scientifiques et convoquons l’esthétique. Qu’on se le dise en contemplant ce cliché de vacances : les Russes regrettent le port altier du vieux Leonid parce que « le style, c’est l’homme » (Jünger).

Laïcité, affaire Cahuzac, francophobie, mur des cons

44
alain finkielkraut pape

alain finkielkraut papeÉLISABETH LÉVY . Le 19 mars, la Cour de cassation a annulé le licenciement d’une employée de la crèche associative Baby Loup, de Chanteloup-les-Vignes, qui refusait d’ôter son voile. On a pu lire dans Marianne : « La laïcité risque de subir un recul dramatique. » N’est-ce pas exagérer le danger ?
Alain Finkielkraut. En 1989, lorsque trois élèves qui refusaient d’enlever leur voile islamique en classe ont été exclues d’un collège de Creil, le MRAP, SOS Racisme et les représentants de toutes les grandes religions ont vivement protesté. Ceux qui ont soutenu cette décision étaient très minoritaires. Le climat a changé. Une grande majorité de Français et Harlem Désir lui-même sont favorables à une loi autorisant les établissements privés dont les employés sont en contact avec le public à faire respecter la laïcité. Et l’on imagine mal le ministre de l’Éducation actuel dire, comme Lionel Jospin à Élisabeth Schemla en 1989 : « Et qu’est-ce que vous voulez que ça me fasse que la France s’islamise ? » Jospin d’ailleurs ne s’exprimerait plus ainsi, même en off, même pour clore une conversation tendue. Mais une difficulté philosophique se présente. Les défenseurs du voile et celles qui le portent n’ont pas recours à un argumentaire communautariste : ils se réclament des libertés individuelles. Ils partagent l’idéal de la nouvelle génération Internet : I know what I want and I want it now. Le voile, comme l’écrit Hélé Béji, une intellectuelle tunisienne laïque, « s’enroule sur les têtes dans un geste où chacun brandit la bannière qui lui plaît pour exister ».
D’où le soutien de la plupart des autres sociétés démocratiques à cette revendication.
La France est seule ou presque seule. Cela ne veut pas dire qu’elle sait mieux que tout le monde ce qu’il en est de la liberté individuelle, mais qu’elle est attachée à une tradition de la mixité, à une « visibilité heureuse du féminin », comme l’écrit Claude Habib, antérieure même à la Déclaration des droits de l’homme. Ce règlement de la coexistence des sexes n’est pas universalisable. Soit. Mais il doit pouvoir rester le fait de notre civilisation.[access capability= »lire_inedits »]
Jérôme Cahuzac a avoué au juge que les informations publiées en décembre par Mediapart étaient exactes. La grande lessive a commencé. La République sera désormais transparente, vertueuse et irréprochable. Que vous inspire cette fièvre purificatrice ?
Avoir un compte secret à l’étranger, pour un ministre du Budget chargé de traquer la fraude fiscale, c’est inconvenant et même insupportable. L’émotion suscitée par cette révélation est une révolte de la décence commune. Mais cette émotion, hélas, a basculé dans l’hystérie et dans l’indécence. On en appelle à la transparence pour combattre la corruption des politiques, alors même que Jérôme Cahuzac s’est enrichi en tant que chirurgien capillaire et consultant de laboratoires pharmaceutiques. Quand il a commencé à faire de la politique, il a cessé de faire de l’argent. Et maintenant, les patrimoines des membres du gouvernement et de certains élus zélés s’affichent sur la Toile. L’opulence, comme au temps de Saint-Just et de Robespierre, redevient une infamie. On veut des ministres vertueux, c’est-à-dire impécunieux et l’on oublie ainsi, au profit d’un stupide exhibitionnisme moral, la véritable vertu politique, qui est l’amour du monde, le souci de le préserver, de l’améliorer, de le transformer, d’en faire un séjour plus humain. S’il y a un problème en France, ce n’est certainement pas la corruption des politiques, c’est la corruption de l’esprit public qui tend à délaisser le sérieux des affaires communes pour les affaires, pour les scandales, beaucoup plus croustillants, beaucoup plus excitants. Trois graves événements sont passés presque inaperçus pendant qu’on regardait Cahuzac tomber et qu’on admirait Edwy Plenel, l’artisan de sa chute.
Les gardiens du musée du Louvre ont fait grève pour protester contre l’impunité des pickpockets qui agissent sous leur nez et qui, après un très bref séjour au commissariat, reviennent les narguer. Au nom de ses ressortissants qui visitent la capitale, le gouvernement chinois s’en est très officiellement inquiété auprès du gouvernement français, comme si Paris était une ville du tiers-monde.
Les habitants d’un quartier de Sevran ont supplié le ministère de l’Intérieur d’installer des CRS à demeure au pied de leurs immeubles pour qu’ils puissent aller et venir tranquillement. Et le ministre a obtempéré.
La ministre de l’Enseignement supérieur est revenue en catimini sur l’ordonnance de Villers-Cotterêts qui a fait du français la langue officielle du royaume en annonçant que l’on pourrait désormais, en France, faire des cours et écrire les mémoires ou les thèses en anglais. Et allant beaucoup plus loin dans la déculturation que Nicolas Sarkozy quand il s’inquiétait de voir La Princesse de Clèves au programme de certains concours administratifs, elle a déclaré : « Si nous n’autorisons pas les cours en anglais, nous n’attirerons pas les étudiants de pays émergents comme la Corée du Sud et l’Inde. Et nous nous retrouverons à cinq à discuter de Proust autour d’une table, même si j’aime Proust. »
Est-ce ainsi que les hommes vivent ? Voilà la question, éminemment politique, qui surgit de chacun de ces événements. Mais cette question ne sera pas posée. Aiguillonnée par Mediapart et toujours obnubilée par le Watergate, la presse préfère démasquer les hypocrites, les corrompus et les méchants. Edwy Plenel aime à dire que, sur le modèle d’Albert Londres, il veut « porter la plume dans la plaie ». Mais il se raconte des histoires. Sa vraie devise est : surveiller et punir. La punition est toujours féroce et souvent injuste. Pierre Bérégovoy a payé très cher le prêt sans intérêt que lui avait consenti Roger-Patrice Pelat pour acheter son appartement parisien, et Dominique Baudis a connu des moments terribles après avoir été accusé de participer à des orgies sadiques par cet ancêtre de Mediapart qu’était, il y a quelques années, le journal Le Monde.
Des proches de Jean-François Lyotard ont découvert que, dans le livre du Grand rabbin de France, Gill es Bernheim, Quarante méditations juives, paru en 2011, figurent de longs passages empruntés à Jean-François Lyotard. Après avoir reconnu plusieurs plagiats et avoué avoir usurpé le titre d’agrégé de philosophie, il a fini par démissionner. Que vous inspire sa décision ?
Je sais gré à Gilles Bernheim d’avoir été un véritable rabbin dans la Cité. Le juif orthodoxe qu’il était ne défendait pas seulement les intérêts de l’orthodoxie, il pratiquait aussi l’ouverture. Je ne veux pas dire par là qu’il pliait devant l’esprit du temps. Au contraire : il en défiait les certitudes. Son ambition était noble : donner à penser à tous ceux, juifs, laïques ou non-juifs, qui ne vivaient ni ne pensaient comme lui. Et voici qu’on apprend qu’il s’est attribué des textes de Lyotard, de Jean-Marie Domenach ou de Jean Grosjean et qu’il disait ou laissait entendre qu’il était agrégé de philosophie. Il n’a pas menti sur son avoir comme Jérôme Cahuzac, il a menti sur son être. La révélation de cette imposture ébranle notre confiance et notre admiration pour sa rigueur intellectuelle. Pourtant, je n’ai pas de coeur à l’accabler et j’espère qu’il sortira de ce cauchemar. Il n’y a pas chez lui la moindre trace de cynisme ou de perversité. Ce qui l’a conduit à ces mensonges, c’est le doute, c’est l’angoisse de ne pas être à la hauteur, c’est la peur de décevoir.
Il s’est voulu plus grand que lui-même alors qu’il n’avait pas besoin de cela. Il est très bien comme il est. L’enthousiasme et la fidélité de ses élèves en témoignent.
Quand je lis, sous la plume de René Lévy, que « le judaïsme de bon aloi du rabbin Bernheim n’est qu’un christianisme de bon ton », puisque ceux qu’il a plagiés sont, pour la plupart, des auteurs catholiques, je me dis que l’occasion est trop belle pour certains juifs orthodoxes d’en finir avec l’ouverture et avec l’amitié judéo-chrétienne. René Lévy, qui oppose le mérite à l’imposture et qui dirige l’Institut d’études lévinassiennes parce qu’il est le fils de Benny Lévy, a oublié que Levinas citait, pour illustrer le thème de la responsabilité pour autrui, le chapitre XXV de Matthieu. C’est Jésus qui parle : « Vous m’avez chassé, vous m’avez poursuivi. – Quand t’avons-nous chassé, quand t’avons-nous poursuivi ? – Mais quand vous avez refusé de donner à manger aux pauvres, quand vous avez chassé le pauvre, quand vous étiez indifférents à son égard ! »
Entre chômage et rigueur, mariage gay et transparence, la défiance semble être la seule chose que nous ayons en commun. Et chacun y va de son parallèle historique : « Sommes-nous en 1789 ? », s’interroge Le Point, tandis que Le Nouvel Obs se demande si les années 1930 sont de retour. Ces deux « unes » ont été abondamment critiquées et moquées. Pourtant, la comparaison historique ne fait-elle pas partie de la boîte à outils du commentateur ?
Le déluge de comparaisons actuel n’est pas, à mes yeux, le signe d’une recherche de la vérité, mais le signe d’une panique devant la vérité. Plus les événements qui surviennent défient l’entendement et plus on mobilise des références historiques pour les faire rentrer au bercail. Certes, ce sont des références inquiétantes. Les années 1930 furent de sombres temps, mais elles ont eu lieu, elles sont passées, elles ont été explorées de part en part. Elles ont donc la clarté rassurante du savoir historique.
S’y référer aujourd’hui, c’est rabattre l’inconnu sur le connu, conjurer l’inédit par l’analogie.
Et sous prétexte d’élucidation, sortir du clair-obscur de notre condition. Nous invoquons les années 1930, nous en craignons le retour, mais quelle place faisons-nous alors à cet événement hélas symptomatique : le crime de l’autoroute A13 ? Une famille part en vacances, à l’entrée de l’autoroute, sa voiture est percutée par une autre voiture qui semble avoir voulu la doubler sur la droite. On s’arrête, le chauffeur percuté veut faire un constat, la conductrice adverse refuse. Le ton monte. Elle passe un coup de fil et, quelques minutes plus tard, arrivent des jeunes de la cité des Mureaux qui disent ceci : « Vous voulez faire les Français, vous êtes morts, on est chez nous ! » Ils passent aussitôt à l’action : ils massacrent Mohamed Laidouni sous les yeux de sa mère et de sa femme. Ils viennent d’être condamnés, justice a été rendue. Mais comme pour ajouter à l’horrible et à l’incomparable, les proches des accusés sont venus en nombre assister à l’audience, ils ont protesté à l’annonce du verdict, ils ont menacé des photographes et des journalistes. Un dispositif de sécurité a été mis en place, nous apprend le journal Le Monde, pour protéger la famille Laidouni de leur colère et pour permettre aux parties civiles de quitter le tribunal sans emprunter la porte principale.
Où est la concordance des temps ? Le passé est certes fertile aux événements monstrueux, mais dans quelles années de quel siècle va-t-on trouver un équivalent à cette barbarie-là et à cette solidarité-là ? Plutôt que de jouer avec les spectres et de dire, comme Enzo Traverso, que le portrait de l’Arabo-musulman brossé par la xénophobie contemporaine ne diffère pas beaucoup de celui du Juif construit par l’antisémitisme au début du XXe siècle, ne faut-il pas courageusement prendre acte de la nouveauté du présent et de la menace qu’une francophobie de plus en plus effrayante fait peser non seulement sur les Français de souche, mais aussi sur tous les Mohamed Laidouni qui choisissent la voie de l’intégration ? C’est cette nouveauté-là qu’on ne veut pas voir. Voilà pourquoi je parlais de panique.
Le site Atlantico a publié une vidéo du panneau d’affichage placardé dans les locaux parisiens du Syndicat de la magistrature. Y figurent une centaine de personnalités, principalement de droite, issues du monde politique, médiatique et judiciaire, mais aussi des parents de victimes, notamment Philippe Schmidt, dont la fille Anne-Lorraine a été assassinée dans le RER D. L’affaire a suscité un tollé, au point que Christiane Taubira, qui a encouragé les personnes épinglées à porter plainte, a annoncé qu’elle allait saisir le Conseil supérieur de la magistrature. Sachant que l’affiche figurait dans un local syndical privé, ne faut-il pas parler de gaminerie ?
Je ne suis pas un cavalier émérite, je vais à pied, je suis un fantassin, mais il y a certaines occasions où je monte sur mes grands chevaux et celle-ci en est une. Cette affaire est extrêmement sérieuse, d’autant plus sérieuse qu’elle e veut amusante. Si avoir de l’humour,
c’est prendre le « mur des cons » à la légère, alors tant pis pour l’humour. On me dit aussi qu’il s’agit d’une « blague de potache ». Les deux mots me font bondir. Péguy dénonçait déjà « un monde non seulement qui fait des blagues, mais qui ne fait que des blagues, et qui fait toutes les blagues, qui fait blague de tout. Et qui enfin ne se demande pas encore anxieusement si c’est grave, mais qui inquiet, vide, se demande déjà si c’est bien amusant ». Pour cette dérision généralisée, il avait forgé le concept de panmuflerie. Et en effet, rien n’y échappe : le Syndicat de la magistrature est devenu une annexe du « Grand Journal » deCanal +. « Potache », maintenant. S’il y a des hommes et des femmes dont on attend qu’ils ne soient pas des enfants, ce sont bien les magistrats. Ils ont sur le destin des hommes un pouvoir immense. Ce pouvoir requiert de la tenue. Au lieu de cela, ils se lâchent et ils épinglent sur leur mur tous ceux qui, avec Nicolas Sarkozy, ont osé critiquer le fonctionnement de la justice. Ces potaches-là se prennent pour des dieux. Ces gamins considèrent toute critique comme sacrilège, même celles des parents de victimes, traités de « cons » sans la moindre once d’humanité. Les juges du Syndicat de la magistrature pratiquent la dérision et ils demandent la vénération. Figurent aussi sur leur tableau de chasse certains intellectuels comme Alain Minc ou Alexandre Adler, coupables, à leurs yeux, d’être de droite. Ils abandonnent ainsi cette position du tiers impartial et désintéressé dont Kojève nous dit qu’elle constitue l’essence même de la justice. Si l’on en croit le « mur des cons », il n’y a pas de tiers, il n’y a que deux forces, deux blocs, deux subjectivités antagonistes : la gauche et la droite, le parti du Bien et le camp des « cons ». Ces magistrats chargés de faire respecter la loi ne croient pas au droit. C’est une très mauvaise nouvelle pour les justiciables.
Vincent Peillon on a annoncé que des cours de « morale laïque » seraient introduits dès le Cours préparatoire à partir de la rentrée 2015. Êtes-vous favorable à cette initiative ?
J’y suis très favorable, mais dans la société du « mur des cons », je ne donne pas cher de ses chances. L’initiative de Vincent Peillon répond à la dégradation du climat de l’École. Pour reprendre le titre du dernier livre de Mara Goyet, le collège est devenu brutal. C’est l’échec de l’espérance libertaire qui nous portait depuis les années soixante du XXe siècle. On se disait : ce qui rend l’homme tout ensemble méchant et malheureux, c’est la répression du désir. Levons la répression, le bonheur viendra. Sous les pavés, la plage. Et voici que, devant la montée des incivilités, nous découvrons à notre corps défendant les vertus de la politesse : s’effacer, s’empêcher, ne plus se répandre dans l’être sans égard pour les autres. Je vois aussi dans le retour de la morale laïque une remise en cause de l’idée de l’innocence originelle de l’homme. Non, le mal ne procède pas toujours de la domination.
Face à ce dogme de la critique sociale, on redécouvre le grand principe posé par le socialiste Orwell : il y a des choses qui ne se font pas, quelles que soient les circonstances. Et si le sens commun se rebelle aujourd’hui contre la sociologie commune, c’est parce que de plus en plus d’élèves se font eux-mêmes les sociologues de leurs propres turpitudes. Pour justifier la violence, l’insolence ou l’indolence dont ils font preuve, ils invoquent le racisme, l’exclusion, la précarité, le chômage, l’ascenseur social en panne. La morale laïque est l’apprentissage de l’autonomie. Être autonome, ce n’est pas faire ce qui vous plaît, c’est répondre de ce qu’on fait.[/access]

Cours en anglais : Procès d’intuition

108
genevieve fioraso anglais

genevieve fioraso anglais

L’article 2 de la loi Fioraso, qui porte atteinte à la loi Toubon en instituant des cours en anglais à l’université, fait l’objet d’un débat aussi vif que convenu. Nous assistons au spectacle d’une opposition caricaturale entre des défenseurs de la langue française et des soi-disant « modernes » qui expliquent que dans le monde d’aujourd’hui, l’anglais est indispensable. À longueur de colonnes, de radios et de télévision, on nous assaille de bavardages sur le chauvinisme face à l’ouverture, et d’interviews de députés en anglais au « Petit journal » pour prouver que la classe politique ne parle pas la langue de Shakespeare.
Sauf que la vraie question n’est pas là. Personne, y compris parmi les défenseurs de la loi Toubon, ne s’oppose à l’enseignement des langues étrangères.  D’ailleurs, la loi Fioraso n’a pas été présentée comme le moyen d’améliorer l’enseignement des langues à l’université.
Ce projet veut décréter que la seule langue internationale c’est l’anglais et acte un renoncement, une soumission symbolique. Si on doit partir à la conquête du monde, c’est seulement comme les bourgeois de Calais en imposant l’anglais comme modèle unique du primaire à l’université. Bizarrement, nul ne remarque que les contempteurs de notre piètre niveau en langues étrangères se trouvent être les principaux responsables de la perte de compétitivité linguistique des Français. Depuis vingt ans, l’anglais seul s’est généralisé dès le primaire comme langue unique et l’enseignement de l’allemand, du portugais, de l’italien, du russe, et de toutes les autres langues, abandonnées par l’Etat, a reculé dramatiquement dans le secondaire. Or la langue des affaires, ce n’est pas l’anglais, c’est la langue du client, du pays où on investit. Plus l’internationalisation s’intensifie, plus l’anglais devient la monnaie du pauvre et la différence se fait alors sur la maîtrise des autres langues.
De plus en plus d’entreprises doivent renoncer à des embauches, faute de compétences linguistiques. Ceux qui nous martèlent que l’avenir passe par l’anglais et croient qu’il suffit comme brevet d’adaptation au monde sont les véritables responsables de la perte de compétitivité de la France depuis vingt ans. À cause de cette idéologie, même les plus grands lycées parisiens n’offrent plus aujourd’hui qu’un choix de langues restreint aux futures élites.
Les vraies élites ne s’y trompent pas. Comme les jeunes gens ambitieux ou bien informés  qui prenaient l’allemand en première langue, aujourd’hui, ceux qui veulent conquérir le monde apprennent par eux-mêmes le mandarin. Les fausses élites, politiques, fonctionnaires, responsables de l’enseignement, responsables patronaux, qui ne comprennent rien au monde, essaient de donner des gages de modernité en proclamant urbi et orbi notre défaite culturelle et la suprématie de l’anglais.
Si Mme Fioraso souhaitait améliorer les performances linguistiques des Français dans la mondialisation et aider nos entreprises, elle doublerait les coefficients des langues dans tous les concours, imposerait que l’on parle au moins deux idiomes, instaurerait des notes éliminatoires, et exigerait par exemple que les grandes écoles imposent la maîtrise d’une voire deux langues autres que l’anglais ou l’espagnol correspondant à des zones économiques importantes (arabe, russe, chinois, japonais, portugais, hindi, italien) en proposant un plan piloté par Claude Hagège.
Croire que les élites étrangères iront dans nos universités parce qu’elles enseigneront en anglais est une sottise. Les véritables talents suivent les meilleurs professeurs, quelle que soit leur langue, et sont bien capables d’apprendre le français. Mme Fioraso ne veut donc attirer que les plus paresseux.
Une écrasante majorité de partisans de la loi ont expliqué leur position par une phrase du type « il faut admettre que le français a perdu la bataille et que l’anglais est la seule langue internationale ». Les fausses élites françaises veulent nous imposer une version provinciale du monde. Conscientes de leur médiocrité, elles se comportent avec la vanité du provincial qui veut montrer à son village qu’il est monté à Paris. Nos parvenus à l’esprit provincial confondent stratégie de réussite et réflexe de colonisé, à l’instar de Geneviève Fioraso, ancienne conseillère municipale de Grenoble.
Une telle capitulation encourage les francophones à abandonner notre langue, ce qui causera un préjudice direct à l’économie française car une langue commune aide forcément au commerce. Jusqu’à preuve du contraire, on achète plus français au Liban qu’en Jordanie, davantage en Wallonie qu’en Flandre.
Dans la compétition internationale, conquête rime avec orgueil et médiocrité avec vanité. Tous les pays conquérants sont fiers de leur culture. Le Japon a accompli un miracle économique et ne s’est jamais excusé d’utiliser si peu de caractères latins à Tokyo. Il est même probable que les pays nationalistes et conquérants méprisent ceux qui ont honte d’eux-mêmes. Ils respectent Yves Saint-Laurent, Boucheron  qui sonnent français. Ils méprisent les imbéciles dégoûtés des sonorités et du génie de leur propre langue qui ont rebaptisé  le groupe Pinault « Kering » pour sonner anglais.
Qu’il s’agisse d’Europe ou de mondialisation, nos élites usées n’entendent pas conquérir les espaces nouveaux qui s’ouvrent, elles disent toujours – de manière révélatrice – « s’adapter ». Un pays dont les dirigeants disent qu’il ne peut conquérir le monde qu’en renonçant à son identité, et en se soumettant, ne peut qu’échouer en tout. Intériorisation de l’infériorité, haine de soi, soulagement de s’effacer de la scène du monde : c’est cela qu’exprime au fond l’article 2 de la loi Fioraso.
Georges Pompidou, non pas le normalien, mais le productiviste et l’industriel, avait bel et bien raison de prédire  que « si nous reculons sur notre langue, nous serons emportés purement et simplement ».

*Photo : On The Road With Lau.

Romero et Mélenchon doivent réviser leur code!

214
romero melenchon homosexualite

romero melenchon homosexualite

Le jour même de l’adoption définitive du projet de loi Taubira instaurant le mariage et l’adoption pour tous, le conseiller régional d’Ile-de-France Jean-Luc Romero a accusé François Fillon de s’être opposé à la « dépénalisation de l’homosexualité » en 1982. Une fable devenue vérité incontestable et reprise mot pour mot par Jean- Luc Mélenchon dans son one man show du 25 avril sur France 2.
Armons-nous de notre Dalloz et rembobinons la cassette de l’Histoire. L’homosexualité n’est plus pénalisée en France depuis… 1791. Dès lors, si la répression des comportements sexuels minoritaires a pu s’exercer par des voies détournées (atteinte à la pudeur…), la justice française ne condamne plus l’homosexualité en tant que telle.[access capability= »lire_inedits »] Une loi de 1863 fixe ainsi la majorité sexuelle à 13 ans, sans distinction aucune.
À l’été 1942, le gouvernement de Vichy édicte une ordonnance discriminatoire qui pénalise les relations homosexuelles avec un mineur de 13 à 21 ans.
Si la majorité (hétéro)sexuelle est relevée à 15 ans à la Libération, le texte de Vichy se voit repris en 1945 par le Code pénal, dont l’article 331 sanctionne les « actes impudiques ou contre nature commis avec un mineur du même sexe ». De 1945 à 1982, la discrimination porte donc sur l’âge auquel les relations sexuelles ne relèvent plus de la loi pénale (15 ans pour les hétéros, 21 ans, puis 18 ans pour les homos).
Il faudra attendre l’arrivée de Mitterrand à l’Élysée pour que le législateur aligne la majorité sexuelle « homo » sur l’hétéro : 15 ans pour tous en juillet 1982[1. Pour un exposé exhaustif, lire Les Alinéas au
placard
, Antoine Idier, Cartouche, 2013. Que l’auteur et son éditeur Emmanuel Pierrat soient remerciés pour leur éclairage juridique.] ! Lorsque le député Fillon vota contre cette réforme (ce qui n’était ni très malin, ni très grave), son camarade Jean-Luc Romero, alors militant RPR dans la très droitière fédération gaulliste de Seine-Saint-Denis, ne cilla pas. Aujourd’hui passé avec armes et bagages au Parti radical de gauche, Romero reprend à son compte le mythe de la « dépénalisation de l’homosexualité en 1982 » : et cette contre-vérité apparaît jusque dans l’exposé des motifs de la loi Taubira !
À sa décharge, reconnaissons que JLR coche aujourd’hui toutes les bonnes cases progressistes : fervent partisan de la procréation médicalement assistée, avocat de la dépénalisation du cannabis et infatigable prêcheur du « droit à mourir dans la dignité », plus pudiquement appelé euthanasie. Pourquoi s’arrêterait-il en si bon chemin ? Le rétablissement du délit d’opinion pourrait être la prochaine avancée sociétale « pour tous ». On n’arrête pas l’homme de progrès ![/access]

*Photo : itélé.

Eric Woerth aurait-il dû couler ?

19
eric woerth justice

eric woerth justice

La naïveté serait-elle devenue mon fort pour paraphraser le génial Paul Valéry dont la bêtise en effet n’était pas la faiblesse fondamentale ?
Le 14 mai, j’ai publié un billet ayant pour titre « L’UMP coule, Woerth surnage ». Sans fatuité, il a été beaucoup lu. Sur sa première partie, il reste plus que jamais d’actualité. Sur la seconde, il mériterait d’être corrigé.
Je ne pensais jamais qu’un jour, dans le domaine judiciaire, je pécherais par une forme de sulpicianisme. Pourtant, prenant connaissance alors des réquisitions de non-lieu en faveur d’Eric Woerth et du communiqué du procureur, j’avais crédité le parquet bordelais d’une équité qu’il me semblait devoir saluer en ces temps où la politisation de tout est une menace. J’avais par ailleurs souligné la difficulté intrinsèque à l’établissement indiscutable de l’infraction de trafic d’influence.
Mais mon argumentation baignait, si j’ose dire, dans la certitude irénique que l’ensemble des magistrats, siège et parquet confondus, était heureux de pouvoir se sentir, enfin, les coudées franches et l’esprit libre. Je présumais ainsi que le procureur et le procureur général de Bordeaux avaient été évidemment à l’unisson de ceux qui avaient eu la charge de régler la procédure et que hiérarchie et base s’étaient accordées pour le bien de la justice et la manifestation de la vérité. Certes, j’avais émis un léger bémol, fait part d’un peu d’étonnement devant l’étrange communiqué du procureur, totalement inutile en l’occurrence, et je m’étais interrogé sur ses motivations sans soupçonner une seconde que derrière cette démarche peu banale, il y avait, d’une part, une obéissance hiérarchique et, d’autre part, une volonté de déstabiliser par anticipation les juges d’instruction.
On sait en effet, maintenant, qu’un réquisitoire de 70 pages renvoyant Eric Woerth et Patrice de Maistre devant le tribunal correctionnel pour trafic d’influence passif et actif avait été rédigé par la vice-procureur de la juridiction interrégionale spécialisée du tribunal de Bordeaux, Géraldine Bouzard, et que ce document argumenté a été transmis par le procureur Laplaud au procureur général Ride. On peut à la rigueur admettre la validité d’un tel processus : il faut bien que la structure hiérarchique donne l’impression de servir à quelque chose.
Ce qui, en revanche, devient choquant et contraire au code de procédure pénale tient à l’injonction de substituer au renvoi des deux susnommés devant la juridiction des réquisitions de non-lieu qu’à la demande du procureur général peu suspect de socialisme, le procureur devait faire accepter à sa collègue vice-procureur alors qu’il s’agissait d’un changement de fond. Elle a refusé et légitimement – un courage trop rare – elle a imposé à son chef d’assumer ses responsabilités.
Le procureur général n’avait, d’ailleurs, aucun titre pour exiger cette mansuétude quand en revanche il aurait eu toute latitude pour ordonner un renvoi (Le Monde, articles de Gérard Davet, Fabrice Lhomme et Franck Johannès).
Dénoncer ce processus est nécessaire alors que le seul acquis incontestablement positif de ce pouvoir était précisément la liberté laissée aux magistrats dans le traitement des dossiers sensibles.
Il n’y a aucune raison pour que le parquet, encore composé, ici ou là, de professionnels adeptes de la justice retenue ne s’adapte pas à cette nouvelle donne qui honore la démocratie quand l’ancienne y portait atteinte.
De surcroît, tolérer un tel impérialisme et une partialité aussi éclatante, qu’aucune tradition des parquets ne saurait valider, reviendrait aussi à faire perdre à Christiane Taubira, en face de son passif causé et occulté par son goût du verbe, l’actif indiscutable de sa non immixtion dans les instructions complexes et délicates.
Loin de moi l’idée de prôner une chasse aux sorcières mais il convient aussi que des deux côtés on fasse un effort : pour le Pouvoir, respecter les compétences, pour certains magistrats, s’habituer à l’indépendance. Ce n’est pas si simple. Sur Twitter, un avocat frénétique, parce que j’énonçais ces évidences en 140 signes, n’avait pour obsession que de me faire poursuivre par le garde des Sceaux pour outrages (sic !) à ce procureur et à ce procureur général de Bordeaux.
Je regrette de n’avoir plus le droit de faire l’impasse sur mon pessimisme d’hier, quand on percevait à quel point l’officiel de la justice était gangrené par l’officieux, la scène par les coulisses, le judiciaire par le partisan.
Qu’aujourd’hui, quelques magistrats encore décalés ne profitent pas de ce climat d’indépendance générale pour, dans leur coin, continuer « leur petite cuisine » et rendre encore plus coupable ma naïveté d’un billet !

*Photo : Ministère du Travail, de l’Emploi et de la santé.

Suspendons le pacte de stabilité !

14
marie noëlle lienneman

marie noëlle liennemanDans votre projet  « Le tournant de la relance », vous préconisez un recours massif à la dépense publique pour relancer la consommation et  la croissance. En économie  ouverte, ne craignez-vous pas que ce chèque à la consommation ne se transforme en chèque à l’importation, comme  le plan de relance mitterrandien de 1981 ? 
Nos propositions de relance de la consommation sont très ciblées : amélioration des indemnisations du chômage, allongement de la durée d’indemnisation, facilitation du recours au chômage partiel, application effective du RSA activité, une augmentation exceptionnelle sous conditions de ressources des prestations sociales  pour les enfants, création d’une allocation autonomie pour les jeunes, ainsi qu’une hausse des salaires dans les secteurs peu soumis à la concurrence mondiale et qui vont profiter de la manne du crédit compétitivité-emploi sans contrepartie.
En clair, il s’agit essentiellement des couches populaires dont la consommation est majoritairement hexagonale. Plusieurs études montrent que la part des importations dans la consommation populaire avoisine les 12%, ce qui est finalement assez peu. En revanche, plus les catégories sociales sont élevées, plus cette part augmente et les cadeaux fiscaux faits aux plus riches ont eu pour conséquence soit un accroissement très fort de l’épargne, soit une consommation plus favorable à l’extérieur.
Nos propositions concernant la relance de l’investissement sont orientées vers des secteurs industriels français qui ont besoin d’être soutenus ou accompagnés dans leur mutation, en particulier au regard de la transition écologique.
Vous  proposez une  « baisse temporaire du niveau de la TVA ». Pourquoi ne pas plutôt mettre en place une  « TVA sociale » qui permettrait de favoriser la production locale en transférant une partie des cotisations sociales vers le consommateur ?
Non, nous estimons au contraire qu’une baisse temporaire de la TVA serait une fausse piste qui d’une part ne prendrait pas en compte les différences de revenus dans le bénéfice qui en serait retiré et qui d’autre part renforcerait les marges de la grande distribution. En revanche, nous n’approuvons pas les 7 milliards de hausse de TVA qui ont été votés pour financer le Crédit d’Impôt pour la Compétitivité et l’Emploi car cet impôt indirect est très injuste et pénalise les plus faibles.  En tout cas, la hausse de la TVA  ou la TVA dite sociale ne sont pas une bonne solution, elles touchent tous les produits donc massivement les produits français et peu de produits importés. Elles ne changent pas l’écart de prix entre les productions nationales et les autres, qui orientent le consommateur. Il existe d’autres mesures pour créer des protections que la France et l’Europe utilisent peu comme le recours aux normes : une taxation liée au bilan Carbone en prenant en compte les dépenses de transports en est un exemple. Enfin, nous sommes convaincus de la pertinence du discours tenu avant les élections et jugeons très dangereux pour la démocratie d’en changer maintenant.
Si vous admettez volontiers que « les pays qui connaissent les taux de croissance les plus élevés sont aussi les plus protectionnistes », on ne trouve dans votre projet ni leviers protectionnistes, ni mesures contre le dumping social à l’intérieur même de l’Union européenne. Pourquoi ce tabou ?
Pas du tout, ce sujet n’est pas un tabou, nous le considérons même comme essentiel et d’ailleurs avons déposé en ce sens un texte alternatif à la convention nationale du PS sur l’Europe avec des propositions concrètes susceptibles d’engager réellement une réorientation de la construction européenne. Nous demandons au gouvernement français de refuser l’ouverture des négociations transatlantiques qui visent à élargir encore la concurrence libre et non faussée. Nous exigeons la mise en place de convergences sociales vers le haut, en particulier en matière de  salaires. Chaque pays, en premier lieu l’Allemagne, doit avoir un salaire minimum et, à l’instar du serpent monétaire européen, il convient d’encadrer et réduire progressivement les écarts entre SMIC pour aller vers un SMIC européen. Il en va de même pour la fiscalité qui doit être harmonisée. D’ailleurs, nous avons signé un appel des gauches des partis socialistes et sociaux-démocrates européens pour que le Parti socialiste Européen s’engage avec force sur ce point.
Mais notre plan de relance a volontairement mis de côté l’enjeu européen qui fait l’objet d’autres prises de positions dans notre courant pour montrer qu’indépendamment des choix bruxellois, on peut agir en France. L’UE sert trop souvent de prétexte à l’inaction des Etats membres où à leurs concessions au libéralisme. Par ailleurs, pour faire bouger l’Europe et engager son indispensable réorientation, il faut poser des actes. Que la France assume qu’elle privilégie la croissance, l’emploi à une réduction des déficits publics à marche forcée serait un fait politique incontournable pour les autres partenaires et obligerait à rediscuter du cadre macro-économique en sortant du carcan absurde du pacte de stabilité. En cela, il peut aussi contribuer à une relance européenne.
Dans un entretien à Marianne, Emmanuel Todd a déclaré : « si nous restons dans la zone euro, toute prétention à l’action est une blague ».  Vous n’envisagez pas l’éventualité d’une sortie de la monnaie unique. Dans ce cas, au-delà des pétitions de principes, quelles sont vos solutions concrètes pour inventer une Europe plus sociale ?
Je ne crois pas au tout ou rien. Il est indispensable de modifier radicalement nos politiques européennes et singulièrement la politique monétaire de l’UE. On ne peut plus attendre, nous promettre pour demain des choix meilleurs, et finalement au nom de la stratégie des petits pas, de la nécessité de convaincre les 27, accepter d’acter tant de renoncements accumulés. C’est pourquoi nous estimons incontournable de créer un rapport de force, de poser des actes qui, au-delà même de notre pays, viendront en écho à l’aspiration de millions de citoyens Européens de tous les Etats.
Alors nous proposons la suspension du pacte de stabilité, véritable carcan anti-croissance. La France doit demander ce moratoire et décider, comme l’ont fait les néerlandais, qu’elle ne respectera pas ce couperet des 3%, ni n’acceptera les « contraintes » fixées par la commission européenne qui  visent à imposer des « réformes structurelles » qui démantèlent notre modèle social, républicain, et inscrit dans la durée une austérité suicidaire. Un changement de la pratique et du rôle de la BCE pour stimuler la croissance s’impose. Cela doit être inscrit dans ses missions. Il faut  arrêter ce système aberrant qui renforce l’endettement des pays, où la BCE prête aux banques qui elles même prêtent aux Etats, engrangeant au passage à travers des taux d’intérêt plus élevés, de substantiels profits. Dans l’immédiat, la BCE doit racheter les dettes et des obligations d’Etat.  Mais pour contraindre la BCE à changer sa politique, en particulier celle de l’Euro surévalué qui pénalise nos industries comme nos exportations, les traités donnent aux Etats membres un moyen d’action : ce sont les Etats membres et l’UE qui, selon les articles 119 et 219 du titre VIII du traité de fonctionnement de l’UE, sont responsables de la politique de change et qui peuvent donc contraindre la BCE en décidant de la parité entre l’Euro, le Dollar, le Yen ou encore le Huang. La France doit exiger qu’un sommet exceptionnel soit convoqué d’ici 2013 pour appliquer ces articles et changer la politique de l’Euro. Elle doit dès à présent déposer un mémorandum sur les décisions à prendre. Le temps des rapports de force  et des confrontations est venu. De Gaulle en son temps, comme hier Thatcher, ont su taper du poing sur la table et ont finalement été entendus pour ce qu’ils défendaient. La France doit passer des paroles sur l’Europe souhaitée aux actes pour la transformer. Il y a de grandes chances qu’avec la crise actuelle et l’impasse où la politique  actuelle de l’UE et de Mme Merkel nous conduit, elle soit mieux entendue, comprise et suivie.