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Pour le permis de tuer, prière de s’adresser à la mairie

Pour s’être libérée, elle s’est libérée, la parole. L’éloge de l’autodéfense qui a suivi l’exploit balistique du gentil bijoutier niçois qui a tué un type de dix-huit ans a inspiré un magnifique élan de solidarité dans le pays…pour le tueur. Et il n’y a pas de raison de s’arrêter en si bon chemin. Après tout, dans un pays où l’ignoble Christine Taubira prépare en ricanant l’invasion de nos centres-villes par des criminels qui viendront jusque dans nos bras égorger nos fils et nos compagnes, pourquoi ne pas se défendre soi-même (ayons l’esprit d’initiative, que diable !).

Le maire de Croix, banlieue résidentielle de Roubaix où se trouvent quelques unes des plus grandes fortunes de France, des gens qui sont quotidiennement exposés comme chacun le sait aux nuisances des Roms, se prépare désormais à délivrer des permis de tuer à ses administrés. Le brave homme qui s’appelle Régis Cauche et porte l’étiquette de l’UMP, a déclaré tout de go : « Et si un Croisien commet l’irréparable, je le soutiendrai. » Interrogé ce lundi pour savoir s’il maintenait ses propos, Cauche a confirmé « Les Roms n’ont rien à faire à Croix. Oui, s’il y a un dérapage, j’apporterai mon soutien. La population en a assez. » Mais c’est sans doute nous qui voyons le mal partout. Dans le Nord, où on aime la fête, les carnavals, les braderies et les ducasses, le maire de Croix a sans doute voulu simplement proposer une nouvelle attraction avec la forme modernisée du tir aux pigeons.

France en 2050 : c’était pire demain

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Chroniques d’un  ours bipolaire

Je n’ai pas les idées assez larges pour appréhender mon époque dans sa totalité, le monde dans sa globalité et le réel dans toute sa complexité. Comme un journaliste de France Inter, un militant du Front de gauche ou, pour élargir un peu le spectre, un électeur du Front national, j’ai mes œillères. Je vois, comme tout le monde, la vie à travers les grilles de mon identité, de ma position, de mon histoire et de mes préjugés. Même si je ne les vois pas, je les sens, ces œillères, et parce que je suis trop curieux pour me contenter d’un angle de vue réduit, n’étant ni Finkielkraut ni un caméléon, j’ai un truc : je tourne la tête, un coup à droite, un coup à gauche. Quand un fil dépasse de la pelote que mes méninges ne cessent jamais d’enrouler et de dérouler, je le vois, comme un arbre qui rend trouble la forêt de mon paysage mental. Alors, c’est plus fort que moi parce que plus vrai, je tire dessus pour voir ce qu’il cache.

Je passe mon temps à voir s’écrouler les châteaux de cartes de mes idées et de mes idéaux, mais je m’en fous tant que j’ai l’impression que mes pieds touchent le territoire, et je suis désespérément lunatique mais pas tout le temps dans la lune. Je suis plus souvent partagé, tiraillé ou carrément dispersé que fermement convaincu et, comme je trouve toujours un petit bout de raison chez le dernier qui a parlé, je reconstitue comme je peux le puzzle en trente-six dimensions de mon environnement. Ça n’aide pas à trouver de solutions globales aux problèmes de mon temps, et encore moins finales, et c’est peut-être mieux comme ça, mais j’en ai de partielles et de provisoires qui feraient du bien à mon pays, et au-delà. Enfin bref, je suis du genre clivé.

Voilà pourquoi, quand j’entends Malek Boutih, j’ai honte de voter Front national et pourquoi la racaille de Grigny me donnerait presque envie d’appeler le Ku Klux Klan. Voilà pourquoi, face à la réalité de Chanteloup-les-Vignes et de Trappes, je ne sais plus s’il faut donner aux cités des coups de main ou des coups de bâton. Voilà pourquoi j’écris des articles comme ci et d’autres comme ça.

La France en 2050

Si j’avais une machine à voyager dans le temps, je commencerais par faire un tour dans le passé. J’irais, la mort dans l’âme et rempli de honte, raconter Villiers-le-Bel et Clichy-sous-Bois aux Français qui nous ont précédés. Je parlerais de Trappes à Geneviève et de Grigny à Godefroy de Bouillon, je décrirais Saint-Denis aux Mérovingiens et Montreuil aux Carolingiens. J’esquisserais une peinture de Nice, Marseille ou Toulouse et je ferais remonter le trait jusqu’à Poitiers pour Charles Martel. Mais je ne m’attarderais pas. Meurtri de fendre le cœur à ceux de nos glorieux ancêtres qui croiraient mes paroles, eux qui savaient défendre par l’épée et jusque dans la mort, par amour et pour l’honneur, tout ce et ceux qu’ils chérissaient, je m’éclipserais sur la pointe des pieds et la queue entre les jambes. Las de passer pour un prophète de malheur et un oiseau de mauvais augure aux yeux des autres, les incrédules qui ne supporteraient pas d’avoir vécu et d’être morts pour entendre ça, je finirais par rentrer dans mon époque, pas fier.

De retour en 2013, j’allumerais ma radio ou ma télé pour entendre les autorités et les journalistes autorisés, installés et respectables, nous inviter à éviter les amalgames et nous conseiller vivement de combattre le racisme et l’islamophobie car ce sont les maux qui menacent notre civilisation, sans oublier de nous rappeler que leur expression est punie par la loi. J’ouvrirais ensuite un de ces médias, que la police de la pensée ou de l’arrière-pensée rêvait de réduire au silence, pour voir un peu ce que cachent les rumeurs de pillages, pour apprécier la dimension ethnique des émeutes et le caractère religieux des violences. Puis je remonterais dans mon engin et mettrais lecap sur le futur.

Dès mon arrivée autour de l’an 2500, je découvrirais sans surprise que le niveau de la mer ne s’est pas plus élevé que les scores électoraux des écologistes, ce qui ne les empêcherait pas de pérorer comme au bon vieux temps qui est le nôtre. Je verrais bien que les plages sont restées à leur place, en revanche, je n’y verrais plus le moindre bikini mais une foule de burkinis, tous plus seyants les uns que les autres. Comprenant que l’islamisation n’est plus, comme dans la France de 2013, un fantasme raciste mais une réalité amère, je tenterais alors de rencontrer des historiens pour essayer de leur faire comprendre comment tout cela a pu arriver. [access capability= »lire_inedits »]Non sans mal car je m’apercevrais vite que l’Académie Houria Bouteldja et l’Institut Jean-Louis Bianco, en charge de diffuser l’histoire officielle et de réprimer les autres, présenteraient l’âge pré-islamique comme une époque de débauche où les hommes, et surtout les femmes, vivaient dans le plus grand malheur par leur habitude d’offenser Dieu, jusqu’au jour béni entre tous, celui de la « grande libération des territoires impies », où la félicité islamiste (qui avait lentement écrasé la masse des musulmans sans provoquer autant de cris qu’une manifestation pro-palestinienne ni rencontrer autant de résistance qu’une loi sur le port du voile) leur était tombée sur la gueule manu militari pour leur révéler les joies infinies de la vie halal et l’avènement d’une ère de paix et de tolérance. Toute recherche remettant en cause cette thèse étant interdite d’étude sous peine de pendaison, je trouverais peut-être au fond d’une forêt ou d’une cave une bande d’illuminés rassemblés autour des restes d’un Cahier de l’Innocence ou d’un numéro de Causeur rescapés des grands bûchers de 2154, occupés à s’interroger sur la formule : « L’islamophobie n’est pas un racisme, c’est un humanisme. »

Je raconterais alors, comme Charlton Heston dans La Planète des singes, à mon auditoire téméraire et ébahi, par quels incroyables processus la France, l’Europe et l’Occident sont retournés à l’âge de la pierre noire autour de laquelle le monde s’est mis à tourner en rond, comment nous avons laissé les plus fanatiques de nos compatriotes, aidés par leurs frères étrangers qui avaient obtenu le droit de vote (pour mieux s’intégrer) prendre lentement le contrôle de ces pauvres d’esprit que nos libertés effrayaient et que nos lumières éblouissaient, et qui étaient, en quelques générations, retournés à leur obscurantisme, comment les résultats d’élections locales puis nationales puis européennes, auxquels tout démocrate ne pouvait que se soumettre, avaient amené les partis islamistes au pouvoir, aussitôt devenu absolu et de droit divin.

Conscient de passer pour un pauvre con du xxie siècle qui a permis cela, j’expliquerais les effets combinés du regroupement familial et des allocations familiales qui ont organisé et financé l’installation et la multiplication des nouveaux maîtres. Devant leurs mines incrédules, je tenterais de les convaincre, en parfait imbécile préhistorique ou post-historique, que nous n’avons perdu aucune guerre sinon celle des idées contre l’immigrationnisme de droite et de gauche, ni fait péter aucune bombe sinon celle de la démographie des peuples du Sud sur les terres du Nord.

Face à une hostilité montante à l’endroit du crétin venu du fond des temps qui aurait creusé sa tombe et la leur, je me défendrais en répétant les arguments que les esprits les plus altruistes de mon époque avançaient alors sur l’histoire coloniale, les inégalités sociales, la nocivité des frontières qui séparaient les gars du monde qui ne demandaient qu’à se donner la main, et le droit des peuples à disposer de la terre des autres. Sur la tête de ma mère.

Je leur apprendrais que nous étions si confiants dans les pouvoirs de séduction de nos modes de vie que nous étions prêts à accueillir n’importe qui, sans prier les arrivants de laisser à la porte les pratiques culturelles qui avaient contribué à transformer l’héritage des colonisations finissantes du xxe siècle en enfers invivables qu’ils chercheraient très vite à fuir pour se presser aux frontières de nos pays pourtant dénoncés comme racistes et islamophobes. Je préciserais que l’immigration massive, qui inquiétait pourtant les vieux immigrés, était alors vendue par les imbéciles et achetée par les cons comme un enrichissement pour les paysd’accueil. Si je vous le dis.

Adieu Homère, Elvis et minijupe

Comprenant que j’aurais du mal à me faire comprendre, je leur expliquerais que, si nous n’avions pas entendu les premières mises en garde, c’est qu’elles venaient de gens clairement racistes, qui avaient toujours rejeté toute possibilité d’intégration, même à une époque plus reculée où la République arrivait encore à faire des Français, et qui, si on les avait laissé faire, auraient mis dans le même charter Malek Boutih et Mohamed Merah (dont le nom s’affichait désormais au fronton de nombreuses écoles coraniques et spatioports pour garçons).

Je leur raconterais comment, en défendant sur ce front-là, contre ces gens-là, les valeurs de la civilisation de Churchill, nous n’avions pas vu qu’elle se désagrégeait sur un autre front, que nos chers pays d’Europe se tiers-mondisaient en recevant massivement le tiers-monde et s’islamisaient en accueillant des musulmans. En quelques générations, l’intégration était devenue une illusion, et c’est nous qui étions intégrés, digérés dans des sociétés démocratiques et multiculturelles où la loi du plus nombreux et la tyrannie de la majorité s’étaient vite imposées à tous.

Devant les grimaces adressées au connard antédiluvien qui avait laissé s’éteindre le phare du monde qu’était alors l’Occident pour sauver son image de citoyen du monde généreux jusqu’à la mort, j’avancerais que les peuples étaient impuissants à enrayer ou à inverser les flux migratoires faute d’avoir su remettre en cause une construction politique appelée « Union européenne » parce qu’elle soutenait l’euro – monnaie qui, croyaient-ils, garantissait leur épargne et leur pouvoir d’achat. Ma bite à couper.

De plus en plus mal à l’aise dans le rôle du fossoyeur de trente siècles de civilisation qui avaient vu naître Homère et Chateaubriand, Bach et Elvis Presley, l’amour courtois et la minijupe, la cathédrale de Reims et la gare de « Perrrrpignian », je risquerais peut-être une défense de mes contemporains en évoquant l’épineux problème du financement des retraites que la fécondité tiers-mondiste devait régler comme une horloge. Au prix de gros efforts, je m’efforcerais de persuader mes hôtes cachés et menacés que la propagande de mon temps parvenait à convaincre le bon peuple que des familles de dix enfants dont seules deux filles avaient réussi à échapper au chômage ou à la prison parviendraient à subvenir aux besoins des cadressupérieurs retraités.

Je ne pousserais peut-être pas la leçon jusqu’à leur parler des signes avant-coureurs qui nous crevaient les yeux au xxie siècle, de l’histoire d’un islam dévastateur dans les siècles qui avaient précédé la « grande libération des territoires impies », de ces conquérants qui, partout où ils passaient, éteignaient les lumières, des violences et des régressions à l’œuvre sur les terres acquises et conquises par l’oumma, du sort réservé aux peuples qui n’embrassaient pas la foi dominante. D’abord, parce que je veux bien passer pour un idiot aveugle et irresponsable mais dans certaines limites, ensuite parce que mes descendants pourraient bien juger et condamner mon époque pour haute trahison, et moi avec. Et après quelques siècles d’islamisation, je craindrais que même les délicats habitants de la vieille Europe aient fait leurs les mœurs des mahométans. Alors, redoutant un lynchage digne des foules violeuses de la place Tahrir, suivi d’une lapidation spontanée, je remonterais dare-dare dans mon bidule spatio-temporel pour revenir vers une époque plus sûre où l’on peut presque tout dire même si presque personne ne vous entend.[/access]

*Photo: Red Frame OmaQ.org

La corde au cou de l’UMP

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Le légalisme a ses idiots utiles. Le moralisme aussi qui n’a rien à voir avec la morale authentique.

On croirait, à entendre certaines personnalités de l’UMP, que François Fillon, en tenant ses propos sur le sectarisme, confirmés par la suite, a mis en péril non seulement ce parti mais porté atteinte au pacte républicain, franchi une ligne rouge, détruit les digues et les barrages, insulté l’avenir, créé un séisme en se déshonorant par surcroît. L’UMP gagnée par la panique, titre Le Monde. La Syrie n’est rien à côté !

Que lui-même ait dit et rappelé son opposition totale au FN n’a rien changé à cette effervescence grotesque qui fait de plus en plus douter de la lucidité collective de l’UMP et explique mécaniquement l’accroissement du FN.

Je ne suis pas sûr que le bureau politique de l’UMP, malgré son inventivité, parvienne à restaurer le bon sens au sein de la majorité d’un aréopage plus épris de bons sentiments que d’idées pertinentes. De se faire plaisir que de vérité. Mais tout le monde est satisfait puisque tous ont signé, y compris Fillon, sur cette avancée bouleversante : l’UMP s’oppose au pouvoir socialiste et s’élève contre « tous les extrémismes et sectarismes ». Ouf! On craignait l’inverse.

Le FN n’est pas seulement favorisé par une politique du pouvoir qui, sur les plans fondamentaux qui mobilisent l’électorat de ce parti extrême, n’apporte aucune réponse ni la moindre solution fiable. Mais des frustrations de plus en plus exacerbées.

Il l’est paradoxalement aussi par l’UMP avec les beaux esprits qui parlent en son nom et qui pratiquement tous, dans un consensus qui serait émouvant s’il n’était pas suicidaire, sont venus apporter au Premier ministre Ayrault, avant même qu’il ait eu le front de les demander, les explications et les justifications tenant à la position de François Fillon.

Depuis quelques jours, encore plus qu’avant, Marine Le Pen, à cause de ces réactions absurdes, se trouve au centre obsédant de notre vie politique, qu’on adhère à tous ses rejets ou qu’on les dénonce.

Et c’est la gauche socialiste qui se permet d’être une sorte de juge de paix de la pureté éthique et démocratique des démarches partisanes, comme si elle était en surplomb et non pas en plein dans la mêlée et probablement désireuse d’en exploiter la confusion pour en définitive en bénéficier.

Mais n’est pas Mitterrand qui veut. François Hollande me donne l’impression de laisser venir les orages, notamment de sécurité et de justice, pour rendre la droite classique exsangue face à un FN férocement opposant et, à l’extérieur, d’y aspirer pour montrer de quoi il est capable. Le président ne met pas d’huile sur le feu, pour les délits et les crimes, mais il minimise le feu pour rassurer. Sans convaincre (Le Monde).

En dehors de François Baroin qui avec élégance a soutenu François Fillon (LCI) et de Valérie Pécresse qui s’en est distanciée mais sans mélodrame, il n’est personne qui à l’UMP se soit questionné sur la formidable ouverture que François Fillon, d’un coup, leur avait permise.

Pour les réactions médiatiques, à vrai dire, elles n’ont pas été de meilleur niveau à l’exception d’un article lumineux de François Bazin et d’une analyse infiniment réaliste de Guillaume Tabard (Le Figaro).

L’UMP au fond est confrontée à l’alternative suivante : dépérir en jouant une comédie vertueuse par rapport au FN (il faut vite le dire, s’agissant du parti de Jean-François Copé, notamment lors du quinquennat précédent et ensuite !) ou se rendre libre dans le choix de ses tactiques et de sa stratégie.

On raisonne trop souvent comme si l’UMP avait devant elle, malgré le FN de plus en plus lourd et dont l’ensemble des solutions ne se résument pas à « la haine », n’en déplaise à Vincent Peillon, un immense espace politique dans lequel elle pourrait s’ébattre à loisir. C’est le contraire. Quand Renaud Dély évoque le désastre que serait pour l’UMP la ligne Fillon, il oublie de souligner qu’aujourd’hui, le déclin, la chute sont déjà là parce que le FN engrange quand elle perd et que la gauche lui met de l’éthique de bazar dans les roues.

François Fillon, avec du courage, n’a certes pas brisé de tabous ni violé des fondamentaux. Pas d’alliance nationale avec le FN. Les programmes sont clairement incompatibles. Il n’avait pas la prétention ni le désir de bouleverser l’UMP ou l’UDI auxquelles il en faut si peu pour faire d’une aubaine une catastrophe.

François Fillon a voulu simplement desserrer le licou qui étrangle l’UMP. Donner du jeu. Elargir les virtualités. Rendre médiatiquement moins contraignant le lien imposé par l’adversaire. Non pas faire voter FN évidemment mais refuser le diktat de l’ostracisme obligatoire. Soulever la chape de plomb. Constituer le FN comme une banalité partisane qui le privera de son aura sulfureuse s’il en a, de son influence d’autant plus impressionnante qu’elle est à la fois constatée et répudiée sur tout et pour tout et combattre cette étrange anomalie d’une extrême gauche démocratiquement honorée et d’une extrême droite systématiquement honnie. A proportion des adhésions qu’elle suscite.

Que demain la gauche de gouvernement s’allie avec le Front de gauche si Jean-Luc Mélenchon l’accepte, il n’y aurait aucun problème et la droite n’aurait qu’à constater cette solidarité. Pour ma part, il n’y avait que le communisme français stalinien et internationaliste qui m’inquiétait même si le génie trouble de Mitterrand a su le réduire en définitive.

François Fillon tire les conclusions de cet équilibre et on pourrait interpréter son constat aussi comme la reconnaissance, dans notre espace républicain, de la validité des extrêmes dès lors qu’ils sont autorisés et respectent les règles de l’Etat républicain.

La gauche a passé depuis trop longtemps la corde au cou de l’UMP.

Les Juppé, Copé, Chatel, Wauquiez, Le Maire, Bertrand, Raffarin et autres Borloo sont bien sages, bien polis. S’ils ont compris la leçon pour le FN : on lâche un peu du lest et le licou fait moins mal. S’ils renâclent sur ce plan et osent s’émanciper : la corde les tiendra terriblement serrés. On en est là aujourd’hui.

L’UMP n’a pas saisi l’occasion de liberté, au moins intellectuelle et civique, que François Fillon lui a présentée. Au lieu de le soupçonner du pire – ce qui est absurde car il n’a pas changé d’un iota -, elle aurait mieux fait de le féliciter même si le FN ne veut pas de l’UMP et qu’heureusement l’ancien Premier ministre pense aussi à ce qu’il espère être son destin présidentiel.

Les caciques vertueux de l’UMP auraient quitté leur prison et se seraient seulement donné le droit et l’avantage de trancher symboliquement le nœud gordien.

*Photo : UMP.

Insupportables supporters

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« Allez Paris, où tu es nous sommes là, tu ne seras jamais seul car nous deux, c’est pour la vie ! » Touché par la grâce des dollars qataris, le PSG est champion de France. Je plaide coupable : cette victoire, annoncée comme celle du plus riche, je l’ai désirée. Et célébrée. Et pourtant, pour la première fois, je m’interroge sur mon attachement à ce club, mon club. Qui  n’est plus tout à fait le même. Que l’on puisse être supporter, cela peut déjà sembler mystérieux. Mais supporter de cette équipe-là, avec ses joueurs-people achetés au prix d’un Airbus par un prince capricieux, cela dépasse parfois mon propre entendement. Cela veut sans doute bien dire qu’entre PSG et moi, peut-être bien que « c’est pour la vie ».

J’avais 6 ans lors de mon premier match au Parc. De ce PSG/Toulouse de 1994, je n’ai que de vagues souvenirs – le stade, le bruit rugissant des tribunes et puis la liesse, car ce soir-là le PSG fêtait son deuxième titre de champion de France. Je n’ai jamais cessé d’y aller ensuite, irrégulièrement le reste de mon enfance, avec acharnement à partir de l’adolescence. Le Parc est un stade particulier, une cuvette de béton qui résonne et impressionne. Soyons honnête : ce n’est pas juste le beau football qu’on va y chercher. Tout le monde sait qu’avant l’arrivée du Qatar, le PSG était souvent médiocre. Le frisson n’était pas souvent sur le terrain, mais toujours dans les tribunes. Pour moi, celles du Parc avaient quelque chose de grandiose. Pour les médias, elles étaient plutôt inquiétantes.

Des dizaines de milliers d’hommes beuglant à gorge déployée de chaque côté d’un terrain de foot, ça fait peur – et c’est normal. Il y a quelque chose de primitif et de barbare dans une foule de supporters qui, osons le dire, peut rappeler les « sombres heures de notre histoire », surtout avec le folklore skinhead et parfois carrément nazi de quelques excités du « kop » Boulogne. Une voix en moi me susurrait qu’un être humain aurait dû faire preuve de plus de  décence, une autre répliquait qu’il n’y avait aucun mal à vivre ces intenses moments de communion folklorique. Non, je n’arrivais et n’arrive toujours pas à y voir un rabaissement de mon être.

Pour l’adolescent que j’étais, les tribunes du Parc constituaient  une zone de non-droit formidable. Chanter en cœur,  fumer des joints, secouer son voisin après un but, traiter l’adversaire de « paysan » ou bien pire : tout ce qui, dans la vraie vie, aurait été incongru, de très mauvais goût, stupide ou carrément interdit devenait, à l’intérieur du stade, le signe distinctif d’une fraternité presque invisible à l’extérieur. Aujourd’hui encore, ce ne sont que de bons souvenirs.

Tout change avec le « plan Leproux » : en 2010, après une tragique bagarre entre deux groupes de supporters parisiens qui se solde par la mort de l’un d’eux, Robin Leproux, alors président du PSG, décide de frapper fort en s’attaquant à l’une des plus anciennes traditions du club : pour mettre fin à la rivalité historique entre Auteuil et Boulogne, il instaure un placement aléatoire dans ces deux tribunes, interdisant ainsi tout regroupement « identitaire » [1. Les « kops » Auteuil et Boulogne désignaient les tribunes situées derrière les buts, où se regroupaient les principales associations de supporters. Les premières, créées dans les années 1980 à Boulogne, accueillent déjà quelques skinheads. En réaction, des associations rivales fleurissent de l’autre côté du terrain au début des années 1990. Les deux tribunes, qui revendiquaient des héritages différents en matière de sport, traduisaient aussi des différences « identitaires »: Boulogne était aussi blanche qu’Auteuil était multi-ethnique.]. Quelque 13 000 fidèles se voient interdits de renouveler leur abonnement sans ménagement ni compensation. Parallèlement, l’État décrète la dissolution de toutes les associations de supporters du PSG. Tout le monde s’accorde pourtant à dire que les fauteurs de troubles représentent moins de 5 % de leurs membres. Les protestations contre cette mesure injuste paraissent assez légitimes. Mais le haut-le-cœur général soulevé par la « violence dans les stades », qui occupe régulièrement la « une » de l’actualité, l’est tout autant. Si mon cœur de supporter ne balance pas très longtemps, je ne peux pas trop en vouloir à tous ceux qui applaudissent Leproux en affirmant qu’il était temps de taper du poing sur la table.[access capability= »lire_inedits »]

L’interminable débat qui a alors enflammé la communauté des supporters est désormais obsolète. Beaucoup d’abonnés historiques, qui n’avaient pas vu le changement arriver avec le Qatar et ses millions, ont choisi de boycotter le stade. Ils y ont été remplacés par d’autres, sans doute plus amateurs de foot que de la camaraderie virile qui faisait autrefois l’esprit du Parc. Le public se dit que l’esprit sportif y a gagné. Peut-être. Je ne peux pas m’empêcher de penser que j’ai perdu quelque chose de magique, un plaisir vaguement honteux mais qui, après tout, ne faisait de mal à personne (et me permettait peut-être, le reste du temps, de « bien me tenir »). Non pas que ces sympathisants de la dernière heure n’aient pas le droit d’exister, ou qu’ils ne soient pas animés par d’excellents sentiments. Mais voilà, ils ne sont pas supporters : c’est même pour ça qu’ils ont été préférés aux anciens. Beaucoup pourraient sans doute le devenir mais la direction qatarie, peu sensible à la liberté d’expression, a maintenu les dispositions du supposé transitoire plan Leproux, rendant ainsi impossible la création de nouvelles associations. Le résultat est déprimant : fini les tambours qui donnent le rythme, les mégaphones qui haranguent, les fumigènes qui colorent la foule, les banderoles à l’humour potache, les drapeaux faits main et les « tifos » [2. Animation visuelle concoctée par les supporters et déployée juste avant le coup d’envoi.]spectaculaires. Or, le sport n’est pas un jeu, ou pas seulement. Ou alors un jeu qui imite la guerre. Un match, avant, ne mettait pas seulement aux prises deux équipes. Deux heures durant, leurs partisans s’affrontaient à coups de cris et de chants comme autant de soudards déchaînés. Bien sûr, cela existe toujours, mais en interdisant toute organisation, donc toute mise en scène, de cette rivalité, le PSG n’en a conservé que le grotesque : les seuls couplets que le stade entier connaît encore sont les plus insultants envers l’adversaire. Toute continuité a disparu. Alors qu’auparavant, les chants se succédaient les uns aux autres, un silence de cathédrale s’abat désormais régulièrement sur le Parc, et il ne faut rien de moins qu’un but pour qu’il se lève.

Le plus désolant, dans ce nouvel avatar de la folie sécuritaire qui s’est emparée des sociétés occidentales, c’est la facilité avec laquelle il se marie avec les préoccupations mercantiles. Cette année, le prix des places a atteint des niveaux ahurissants : comptez 40 euros pour le moindre match de championnat. Cette inflation sans précédent est d’autant plus curieuse que, si l’on en croit ce qu’on lit partout, en rachetant le PSG, le Qatar cherchait à renforcer son soft power. Il s’agissait de faire de la com’, pas des profits.

En réalité, s’il faut désormais se ruiner pour aller au Parc, ce n’est pas seulement aux Qataris qu’on le doit, mais aussi à Michel Platini, le patron de l’UEFA, et à sa merveilleuse invention : le fair-play financier. Voilà encore une idée pétrie de bonnes intentions. Qui s’insurgerait que l’on veuille rétablir un peu d’égalité, et avec elle un peu de « glorieuse incertitude » dans le sport ? Qui refuserait que l’on permette au plus pauvre de gagner contre le plus riche ? Qui préférerait la hiérarchie de l’argent à celle du talent ?

Platini a été entendu : à partir de 2014, aucun club ne devra dépenser plus qu’il ne gagne. Curieux fair-play, qui entérine en réalité la marchandisation du football. Il faut être aveugle pour ne pas voir que la conséquence de cette noble ambition est que le foot va devenir, de plus en plus, un sport réservé aux riches, et pas seulement au stade. Quelle famille de la classe populaire pourra débourser 100 euros pour payer à son fils le maillot de son joueur préféré ? S’il veut maintenir son club au plus haut niveau, l’actionnaire richissime du PSG se voit en effet contraint, comme les autres, de partir à la chasse aux revenus, ce qui signifie augmenter au maximum le prix des places et des produits dérivés. Pour espérer gagner ce qu’il veut dépenser, il n’a d’autre choix que de plumer ses « fans ».

Pour la direction, en effet, il n’y a plus de supporters mais des « fans ». Ce changement sémantique a son importance : le « fan » n’est plus parisien d’adresse ou de cœur, il peut être dans le monde entier. Il ne va pas, ou exceptionnellement, au Parc, il s’enthousiasme sur Facebook. Démarche parfaitement assumée par Jean-Claude Blanc, le directeur général, qui explique à longueur d’interview qu’il faut « rêver plus grand » et faire du PSG « une marque mondiale du sport ». Le supporter d’antan, qui passait des heures à confectionner des drapeaux et à concocter des chants, avant de traverser l’Europe en autocar avec sandwiches et bière pour encourager son équipe, n’intéresse pas vraiment les dirigeants du club.

Pour séduire le « fan » mondialisé, en revanche, rien n’est trop beau ni trop cher : Beckham peut venir jouer trois mois, des DJ réputés sont recrutés pour distraire le public avant les matchs. Et le PSG peut, chaque été, dépenser des centaines de millions d’euros pour attirer des stars, laissant Platini et les médias dénoncer le pouvoir de l’argent et vanter les valeurs du sport. Je dois bien admettre que mon rêve de gosse a mauvaise mine.

En ce cas, je dois être fou. Comment puis-je me encore me sentir lié au destin de ce club dont l’actionnaire principal est un autocrate et les joueurs des mercenaires venus à Paris pour gagner un peu plus d’argent, de ce club qui a oublié son histoire, donc la mienne ? Suffirait-il du frisson de la victoire pour m’acheter ? La jubilation que j’éprouve à l’idée de voir mon club rivaliser enfin avec les plus grands d’Europe aurait-elle fait taire toute conviction en moi ? Même pas. Rien ne me plaît dans cette équipe. Quand le match commence sur mon écran, je me dis que, bon, je regarde, mais par pure curiosité, sans passion particulière. Mais rien à faire, dès que le jeu démarre, impossible de détourner le regard, je me crispe à chaque action, enrage à chaque occasion manquée et hurle de bonheur à chaque but. Je fais chaque semaine l’expérience de mon irrationalité incurable. Peut-être que supporter, c’est pour la vie…[/access]

*Photo: Nassim S

La France s’ennuie

Monsieur « petites blagues » et le falot professeur d’allemand qui maîtrise si mal la langue de Goethe qu’Outre-Rhin certains se demandent quelles compétences il faut avoir pour être soit enseignant en France soit premier ministre, ne font plus rire personne. Un Président, par principe, met un peu de « Stimmung » (d’ambiance… à l’intention de H. et de A.) dans son pays : il ne le plonge pas dans une profonde léthargie. Il n’incite pas non plus, involontairement certes, ses compatriotes les plus inventifs à s’exiler (« l’exil n’est plus un droit pour les Français, mais un devoir « , titrent ironiquement des journaux étrangers) par une forme de sida fiscal qui mine le moral de chacun et laisse perplexe même ses rares partisans, surpris qu’on puisse donner tant de leçons de morale sans en respecter aucune.

La France s’ennuie aussi de voir à la tête d’une opposition qui n’en est pas une, des hommes de si peu d’envergure. L’un, François Fillon, à force d’être dans l’ombre du swingueur Sarkozy, a des allures de croque-mort. L’autre, Jean-François Copé, mais oui « le décomplexé « , court après les voix du Front National, tout en donnant la fâcheuse impression de mépriser les sentiments et les revendications de l’unique parti qui gagne en puissance.

La France s’ennuie parce qu’elle perçoit confusément que le rêve européen est devenu un cauchemar quotidien : des fonctionnaires dix fois mieux payés qu’ils ne le seraient dans leur pays d’origine prennent des décisions dix fois plus stupides sans avoir à les justifier. Un exemple parmi cent : plus de deux millions de Français prenaient un antalgique, efficace et sans effets secondaires, le Diantalvic. Parce que trois jeunes Suédois ont tenté de se suicider en abusant des doses, il est maintenant interdit dans toute l’Europe. Consternation générale chez les médecins et les pharmaciens.

Mais si la France s’ennuie, ce n’est pas uniquement parce que le président Hollande n’a pas plus de charisme qu’une carpe, que l’Europe politique est un mirage et que l’opposition d’une droite extrême et d’un Front de Gauche est systématiquement présentée dans les média comme un « poison » (c’est ainsi que Libération désigne le FN) mais aussi parce qu’on nous ressasse qu’il n’y a pas d’alternative politique crédible. Une fatalité amènerait les Français à voir leur pouvoir d’achat fondre, leur compétitivité reculer, leurs cités à être délaissées et les miséreux de la planète s’emparer en toute impunité des derniers bijoux de famille planqués ici ou là. Quant aux plus riches, comme le Qatar, libres à eux de se servir avec ostentation de nos palais et palaces. Ils auraient tort de s’en priver.

Accepter le spectacle de sa déchéance sans réagir… les Français y sont tellement habitués qu’ils détournent la tête, regardent des émissions aussi conformistes que « On n’est pas couché » où même les animateurs, pourtant dopés à la controverse, s’ennuient. Tous ceux qui rêvaient d’une France paisible dans une Europe forte ont la gueule de bois. Mais quand les Français s’ennuient, ce n’est jamais bon signe. Il y a des réveils qui sont des sursauts parfois inattendus. Pierre Viansson-Ponté, peu avant Mai 68, avait déjà écrit : « La France s’ennuie ». Il était certainement plus fin politologue et plus visionnaire que ne le suis. Mais sait-on jamais…

Le vrai problème de Marseille, c’est une monumentale corruption

marseille insecurité valls

Eugénie Bastié : Violences et insécurités quotidienne, grand banditisme, affairisme, drogues et mafia… Marseille semble cumuler toutes les tares. Quelles sont les raisons structurelles de la crise qui agite la ville ? Selon vous, est-ce un problème typiquement marseillais, ou bien français, ou même européen ?

Xavier Raufer : La situation marseillaise est grave et particulière.  Il ne s’agit pas d’un simple phénomène médiatique. La région PACA plus la Corse détiennent le record des homicides pour toute l’Union européenne. Cela dit, quoi de neuf à Marseille ? Hormis les visites ministérielles, les parlottes, conférences de presse et tables rondes – rien. Dans le Midi, une sagesse instinctive conduit les criminels à éviter un appareil répressif qu’ils savent puissant, mais vacillant, privé de persistance ou d’acharnement. D’où un calme temporaire lorsque les ministres tonnent et qu’il y a du « bleu » dans les rues. Les médias repartis et le bon peuple, distrait, le business reprend de plus belle. Toute la Sicile connaît le proverbe mafieux « Courbe-toi jonc, la crue passe ». Eh bien, c’est pareil à Marseille : la crue passée, le jonc relève la tête. Et les assassinats reprennent.

Mais pourquoi les bandits s’entretuent-ils ? L’ethnologie criminelle nous renseigne : hors-la-loi, les malfaiteurs n’accèdent pas à la justice des honnêtes gens. Un bandit ne peut infliger une amende à un «collègue», ni l’envoyer en prison. Le différend est mineur ? Il casse la figure du gêneur. Si c’est grave, il le tue ou le fait tuer. Ce n’est donc pas par plaisir que les bandits s’entretuent, mais par exigence territoriale. Le fief est la source de tout business illicite et qui empiète sur celui d’un gang est bon pour l’hôpital ou la morgue.

Si je vous suis, les règlements de compte sont le problème numéro 1  de Marseille…

Non, ces homicides ne sont pas LE problème de Marseille – c’en est juste un symptôme spectaculaire. Le vrai problème de Marseille, c’est une monumentale corruption. D’abord, un maire bien fatigué, largué entre dénégation puérile du réel – « Marseille n’est pas Chicago » – et tentatives d’apaiser les bandits par travail social interposé.

Surtout, une « politique de la ville » à la napolitaine, un système de contrôle des quartiers chauds, et des votes qui en émanent, par des nervis, voire des gangsters, qu’arrosent les crédits de la politique de la ville. Oh, les motifs sont nobles : « antiracisme »… «diversité»… et autres bienséances à la mode. Mais en réalité ? Un des caïds en cause, Abderrazak Z. parle de la députée chargée de la Politique de la Ville au Conseil général : «J’ai trouvé une dinde pour nous subventionner» (Libération, 11 mars 2013). Et qu’arrive-t-il à qui tient tête au caïd ? « Je n’étais pas content mais il m’a montré qu’il était armé. Je me suis calmé». (idem). Vous ne vous calmez pas ? Passage au stade kalachnikov.

Telle est en 2013 la  «politique de la ville», terreau fertile pour le milieu marseillais : «Dans les quartiers, si tu veux avoir un minibus, un scooter et de l’argent, tu montes une association(idem). De l’argent – et beaucoup. Toujours Libé : « Des associations fictives» ont reçu «800 000 euros en trois ans». De quoi attendre à l’aise une grosse livraison de haschisch, ou qu’un transport de fonds passe dans votre ligne de mire…

Ajoutons-y une police souvent corrompue. Le mal ronge de longue date l’appareil policier régional – et pas les seuls  «ripoux» de la BAC nord : en cas d’affaire criminelle grave, pourquoi les magistrats locaux se concertent-ils à Paris et surtout pas à Marseille ? Et par quel miracle de gros voyous – quatre selon nos sources, en 2012 – ont-ils pu s’enfuir précipitamment, à l’aube, de leur cachette, les policiers investissant une planque juste désertée, n’y palpant qu’un lit encore chaud ? Un flic de base peut-il « arranger » de telles manigances ?

Face à toutes ces difficultés, pour être efficace à long terme, ne faut-il pas privilégier une réponse sociale plutôt que sécuritaire ?  

La réponse sociale est une fausse bonne idée, qui est souvent le paravent d’une culture de l’excuse. Car, comment parler de réponse quand Mme Taubira et sa cour d’idéologues vident les prisons ? Pour faire sympa, le gouvernement a inextricablement associé en son sein l’eau et le feu.

Mais, dans l’autre sens, de telles écuries d’Augias ne se nettoient pas avec une compagnie de CRS en plus. Il faut sur place un véritable outil de renseignement criminel, posant pour toute l’aire marseillaise un diagnostic précis : qui sont les voyous ? Que font-ils ? Où sont-ils ? Seul ce renseignement criminel donne aux forces de l’ordre une connaissance intime et prédictive des bandes. Connaissance qui à son tour, permet les embuscades, donc les flagrants délits : capturer les gangsters lors de grosses livraisons de drogue, ou lorsqu’ils ont les armes en main. Non pas de se borner à compter sur le terrain les cadavres criblés de balles, comme on le fait encore trop souvent.  Voilà la vraie réponse à apporter.

Selon un sondage publié par le Huffington Post, 57% des français seraient favorables à une intervention de l’armée à Marseille, pour désarmer les dealers et rétablir un semblant d’autorité. Une opération de reconquête militaire qui n’est pas sans rappeler le nettoyage opéré par l’armée brésilienne dans les favelas de Rio en 2011… La situation mérite-t-elle vraiment de tels moyens ? L’armée pourrait-elle vraiment réussir là où la police échoue depuis des années ?

Pour répondre à cette question, il faut d’abord savoir qui sont les malfaiteurs opérant dans les Bouches-du-Rhône. D’abord, le « milieu »  italo-corse n’est pas une mafia, terme qui a un sens très précis. Une mafia, c’est une « aristocratie criminelle », une société secrète plus qu’une bande, avec sa loi du silence, son code d’honneur, sa légende et sa capacité à se faire obéir sur « son » territoire.  En Europe, deux pays connaissent de vraies mafias : l’Italie (Cosa Nostra, Camorra, Ndrangheta, etc.) et l’Albanie.

À Marseille, il s’agit plutôt d’un milieu criminel qui ressemble à un gâteau, avec deux couches superposées.

La couche la plus basse, la plus profondément enfouie, la plus ancienne aussi est celle du crime organisé italo-corse. On en entend peu parler et, depuis quelques temps, les arrestations s’y font rares. Connivences parfois haut placées, mansuétude médiatique locale : ces gangsters très dangereux savent se faire « respecter » et travailler en silence. Il y a certes des règlements de comptes dans le milieu italo-corse, mais ils sont rares et « chirurgicaux ».

La couche supérieure du gâteau, ce sont des bandes de cités, lancées dans une lutte à mort pour conquérir ou défendre « leurs » territoires, sur lequel ils exigent le monopole du trafic des stupéfiants.

À l’origine, ce sont de petites bandes rassemblées aux pieds des tours, souvent composées de jeunes issus de l’immigration maghrébine – il suffit de lire les noms de la plupart des victimes des règlements de comptes. Au début des années 2000, certaines de ces bandes juvéniles se professionnalisent et passent au trafic de drogue, cannabis surtout, à grande échelle. Ayant conquis un territoire, il leur faut ensuite le défendre – désormais, armes de guerre à la main. Ce qu’elles font aujourd’hui, en s’entretuant si besoin est.

Faut-il alors « envoyer l’armée » à Marseille ? Surtout pas. Pour être gentil, cette lubie locale relève de l’affolement ; plus sévèrement, du showbiz. Nulle part ni jamais, une armée en uniforme n’est efficace contre des criminels noyés dans une population complice (l’économie souterraine) ou apeurée (la loi du silence). Il ne s’agit pas à Marseille de la bataille d’Alger, mais de démanteler de fort classiques bandes criminelles, face auxquelles une police vite et bien informée est efficace. Et qu’elle soit efficace est un problème politique, de gouvernement, puisqu’en France la police est nationale.

Emplois d’avenir : la perfusion, mais pas pour tous

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emplois d'avenir chomage jeunes

Après ses études, faire son entrée sur le marché du travail relève du parcours du combattant. Selon l’AFIJ, (Association pour Faciliter l’Insertion des Jeunes diplômés) qui publie une enquête sur le devenir des jeunes après l’université, 57% d’entre eux, diplômés en 2011, étaient sans emploi en avril 2012. Huit contrats sur dix sont désormais des CDD, un chiffre jamais égalé jusqu’ici. Ces statistiques sont éloquentes quant à la précarisation généralisée de la jeunesse en France. Qu’est-ce que faire ses études aujourd’hui ? C’est vivre sous perfusion. La plupart des 20-25 ans sont des Tanguy malgré eux. Comment faire face à la hausse des factures de gaz, d’électricité et à celle qui vous guette à la sortie du Monop’? L’eldorado, pour les lycéens fraîchement diplômés, ce n’est plus d’être accepté dans une grande école mais c’est d’atteindre le barème 6 du CROUS. Avec 469,70 euros pendant dix mois, c’est chiche, mais on peut vivoter. Malheureusement, peu nombreux sont les élus aux chambres universitaires exiguës et parfois miteuses. Il reste l’aide des parents, bien inégale selon les familles. Et au terme de ce long périple, c’est une traversée du désert qui attend l’étudiant à la sortie de l’université. S’il n’a ni réseaux, ni relations, ni expérience, les petits boulots entrecoupés de périodes de chômage plus ou moins longues deviennent son quotidien. Les mieux lotis arrivent alors à jongler entre les APL, le RSA ou les indemnités chômages.

Conscient du problème, le gouvernement Ayrault a lancé récemment « les emplois d’avenir ». D’ici 2014, ces 150 000 contrats aidés par des finances publiques exsangues seront prioritairement réservés à la jeunesse qui vit dans ce que l’on appelle pudiquement « les quartiers sensibles ». Non seulement, cette goutte d’eau symbolique ne modifiera pas la spirale inquiétante du chômage mais encore elle représentera les prémisses de ce que la gauche bien intentionnée veut mettre en place : la discrimination positive. Mais alors quid de ceux qui n’auront pas l’opportunité de profiter de « ce plan Marshall » pour l’emploi ? De ceux que Jamel Debbouze, égérie de « nos quartiers », appelle plaisamment « les moches »[1. Allusion à la polémique suscitée par le spectacle « Tout sur Jamel » lors de sa diffusion le 20 décembre dernier sur M6 retransmis en direct du Zénith de Paris. Voici la « saillie » de Jamel Debbouze : « Ils sont moches les gens à Montbéliard. Là, ils me regardent en direct. Quand j’y ai été, je me suis dit le nuage de Fukushima, il s’est arrêté au centre-ville. Il s’est passé quoi là-bas ? J’y ai de la famille en plus. Montbéliard, si vous m’écoutez, j’ai rien à vous dire ».]? C’est que ces autres « jeunes » n’intéressent pas grand monde. Silencieux, perdus au fond de leur vallée ou de leur campagne parce qu’ils ne pouvaient plus payer leur loyer dans la grande ville, ces arriérés, comme on sait par nature « feignasses », sont inemployables. Heureusement que l’Etat prend la peine de leur donner une piécette de temps à autre, cela contient la fronde et la révolte. Comme on sait, du moment que cette gueuserie française peut encore se payer une boulette de shit, une connexion internet et un paquet de chips, elle est comblée ! Cette sécession à l’intérieur de la jeunesse est récurrente, elle s’inscrit dans le tabou médiatique qui désigne délicatement par le terme générique « jeunes », les responsables des incidents dans «  les quartiers populaires ». Apparemment, c’est dans ces lieux que les forces de la nation se trouvent. Pourtant, inondés de subventions dans le cadre du renouvellement de l’habitat urbain, quelles ont été les avancées significatives ?

Pendant que micros et caméras sont braqués sur cette jeunesse-là, à compter le nombre de voitures brûlées le soir de la Saint-Sylvestre, la jeunesse de l’ombre se meurt à petit feu. Comme elle est polie elle ne gratifie personne de ses geignements. Accablée et vieillissante avant l’heure, on pense qu’elle ne souffre pas. Cette autre jeunesse fait des rêves de vieux. Obtenir un concours pour être fonctionnaire, tel est son nouveau graal. En France, ce qui est gravissime, c’est que l’on néglige cette lente agonie. Ce grand gaspillage des talents est patent. Alors que Gérard Depardieu fait la Une, combien de Paul et de Jacques partent tenter leur chance à l’étranger ? Si l’on parle beaucoup de la jeunesse européenne, espagnole, italienne ou grecque, qui apparemment se dirigerait en masse vers Berlin, on parle moins des cerveaux qui fuient aussi la France, car les carrières et les perspectives sont bien plus intéressantes pour les chercheurs, les ingénieurs et les docteurs à l’étranger. C’est le « sauve qui peut » général qui se poursuit en silence. Le pays sclérosé freine l’élan et les ambitions de sa jeunesse. On aura beau psalmodier des appels à l’innovation et à la recherche, force est de constater que l’ascenseur social est bloqué pour tout le monde, jeunes des champs comme jeunes des quartiers. Comment faire redémarrer l’élan d’un pays lorsqu’on ne donne pas de première chance à la relève ? Dans ce sens, les jeunes loups qui ne peuvent faire le deuil de leur illusion s’exilent. Les autres attendent seulement « le coup de bol », nouveau miracle du XXIème siècle, c’est-à-dire le CDD prolongé, ou pourquoi pas gagner à euro-millions. Entreprendre en France, voilà un mot qui tend à devenir tabou.

*Photo: Campagne emplois d’avenir

La preuve par Trappes

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trappes emeutes france

Les récentes émeutes de Trappes ont révélé au grand jour l’existence, dans certains territoires, d’une solidarité basée sur la religion, qui prévaut sur toutes les autres. Même Le Monde doit admettre, au terme d’une enquête sur les « événements des 19 et 20 juillet »,  que le « facteur religieux a beaucoup pesé » [1. « Trappes, radiographie d’une émeute », Élise Vincent, Le Monde, 17 août 2013.]. Pourtant, si la presse semble découvrir la lune, Trappes ne constitue pas une première en la matière. Simplement, les événements de Trappes sont si limpides qu’il devient impossible de travestir la réalité ou de la taire aux Français.

Dans les deux livres[2. Banlieue de la République et Quatre-vingt-treize, Gallimard, février 2012.]qu’il a consacrés, début 2012, aux « banlieues », à l’emprise grandissante de l’islam en France et à son hégémonie dans un certain nombre des quartiers bénéficiant de la « politique de la ville », le politologue Gilles Kepel souligne que le principal ressort des émeutes de 2005 était, déjà, la solidarité religieuse. Il insiste sur le fait que ce n’est pas la mort de deux adolescents entrés dans un transformateur EDF qui avait déclenché les émeutes, mais la rumeur selon laquelle des policiers avaient lancé une bombe lacrymogène dans la mosquée Bilal de Clichy-sous-Bois. C’est donc sur la base d’une rumeur infondée que des populations se sont dressées comme un seul homme contre les institutions de la République. Chaque jour ou presque, et ce depuis des années, une forme de solidarité religieuse s’exprime par un discours de rejet d’une partie des principes et valeurs qui incarnent la France, jugés avilissants. Il suffisait de recenser ses multiples manifestations pour prendre la pleine mesure du phénomène.

Aujourd’hui, les regards se tournent vers l’Égypte ou la Syrie comme ils se sont tournés vers l’Algérie lors de la guerre civile qui en fragmenta, il n’y a pas si longtemps, le corps social, dressant les Algériens les uns contre les autres. C’est la religion, et plus précisément le degré de respect des rites et commandements religieux exigés des citoyens qui fut le ferment de la division. La question centrale était bien l’assujettissement du temporel au spirituel, ou plutôt la volonté des uns de la respecter et plus encore de l’imposer à leur voisinage. Les vecteurs du malheur furent une cohorte d’enseignants arabisants, arrivés d’Égypte et du Moyen-Orient du jour au lendemain pour remplacer, au sein du corps professoral, les coopérants techniques français – anticipant de plusieurs années la loi d’arabisation votée en décembre 1990. Dans la foulée, l’administration recruta en masse des agents qui possédaient souvent pour seule compétence la maîtrise de la langue arabe. Comme le souligne une nouvelle fois Gilles Kepel, en France, la stratégie de ré-enracinement culturel et religieux des jeunes générations de l’immigration musulmane s’opère par la transmission de la langue arabe.[access capability= »lire_inedits »] L’arabe est bien le véhicule de l’islamisation. S’il fallait en donner encore une illustration, je soumettrais à la réflexion ce passage de l’émission « Empreintes »[3. « Empreintes », France 5, février 2010.] dans lequel l’écrivain Tahar Ben Jelloun évoque le début des années 1970 au royaume chérifien : « Le ministère de l’intérieur décide d’arabiser la philosophie dans l’esprit et le but d’empêcher que les Marocains apprennent à penser, à douter et à réfléchir. Donc on va arabiser, on va enseigner la pensée islamique. » Contredisant dans les faits la volonté d’intégration qu’ils proclamaient bruyamment, les gouvernements français qui se sont succédé sont restés sourds, une fois de plus, aux mises en garde réitérées du Haut-Conseil à l’intégration, qui recommandait la suppression, au sein de nos écoles, des modules d’enseignement des langues et cultures d’origine – ELCO. À l’inverse, de nombreux responsables politiques affirmaient, contre toute évidence, que la « réappropriation de leur langue et de leur culture » était la meilleure façon, pour les jeunes issus de l’immigration, de s’intégrer en France.

Ce qu’il y a de plus effrayant, c’est le fait que tant de gens persistent dans leur refus de voir la réalité telle qu’elle est, contribuant de ce fait à l’aggravation de la situation. En particulier, nos dirigeants, qui continuent à se (et nous) payer de discours anesthésiants alors que la maison a déjà commencé à s’effondrer. Toutes les étapes de la radicalisation des discours et des comportements qui a accompagné une certaine islamisation de l’Algérie, avant de conduire à la guerre civile, s’observent aujourd’hui en France, et plus généralement dans tous les pays européens qui ont accueilli de forts flux d’immigration de culture musulmane. Il ne s’agit pas ici de l’islam du temps de Gamal Abdel Nasser, lequel faisait se tordre de rire une salle entière en racontant que les Frères musulmans voulaient que les femmes portent le voile. Il s’agit d’un islam qui ne supporte ni la critique, ni le voisinage d’autrui. En témoignent l’atrophie de la liberté d’expression à laquelle nous assistons en France, pays de Voltaire, et la conversion affichée d’élèves de souche européenne au sein d’établissements scolaires que leurs parents n’ont pas eu les moyens de fuir. Cette conversion – réelle ou simulée – devient pour eux le moyen d’échapper aux brimades et de se faire accepter dans le groupe.

Aucun pays, certes, n’a trouvé de formule magique pour organiser la coexistence pacifique de populations issues de cultures et de religions différentes. Nous, nous avons tout fait pour la rendre impossible. Il aurait suffi d’un peu de bon sens pour comprendre que cette intégration culturelle (que l’on n’osait plus nommer « assimilation ») était incompatible avec les flux migratoires massifs et le regroupement familial, principal vecteur du ré-enracinement religieux. Comment expliquer cet acharnement dans l’erreur, alors que ses conséquences funestes n’ont jamais cessé de se déployer sous nos yeux ? Il faut évoquer la raison mère de cet aveuglement, à savoir l’indifférence d’une élite politique qui nous a abandonnés, nous Français de toutes origines respectueux de l’identité républicaine, cette forme unique de l’idée nationale. Nous qui aurions pu faire la démonstration qu’une vie harmonieuse était possible ensemble.[/access]

*Photo : noodlepie.

Libé et le FN : quarante ans d’héroïque exception culturelle française

Tout fout le camp. Mercredi dernier, Vladimir Poutine publiait une tribune dans le New York Times pour s’opposer à une intervention armée en Syrie. Quelques jours plus tard, en réponse à une pochade du sénateur républicain John Mc Cain, La Pravda annonçait qu’elle allait bientôt ouvrir ses colonnes au rival malheureux d’Obama à l’élection présidentielle de 2008. Un antirusse obsessionnel dans l’ancien journal officiel du socialisme réel : on croit rêver !

Heureusement, une poignée d’irréductibles journalistes résistent encore et toujours au confusionnisme idéologique. Pour ces héros du XXIe siècle, le fascisme n’est pas près de passer dans leur manchette. Que ceux qui s’inquiétaient de l’éviction de Nicolas Demorand se rassurent : Fabrice Rousselot, son successeur à la tête de la rédaction de Libé ne transigera pas avec la Haine. Contrairement aux séides droitisés de TF1, que Rousselot tance dans un édito d’anthologie,  le quotidien de la gauche libérale a « toujours refusé d’interviewer Le Pen père et Le Pen fille ».  Pourquoi, demanderont les ingénus ?

Tout simplement parce que « Le FN ne sera jamais un parti comme les autres ». Une phrase définitive qui fera office de démonstration pour les sourds-muets. Deuxième service : « On ne peut pas interviewer Marine Le Pen comme on interviewe n’importe quel autre dirigeant politique. » Tautologique, l’explication ? N’ayez crainte, Rousselot nous livre un troisième service : « Le danger serait alors de banaliser une extrême droite qui reste un danger pour la démocratie ». Manquent l’évocation des heures les plus sombres, quelques effluves nauséabondes, une référence bien sentie au vivre-ensemble et les narines de la gauche olfactive seront bien mouchées.

Les mauvaises langues pourront bien jaser, l’ostracisme est un antifascisme. La preuve par l’Histoire.  Le Front national est né en 1972, Libération l’année suivante. En quarante ans de cohabitation houleuse, qui peut nier que le second a terrassé le premier ?

 

Fillon a lancé la primaire

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En juin dernier, nous nous interrogions sur les raisons qui conduisaient François Fillon à laisser le parti à son rival Copé après que ce dernier lui avait volé la victoire huit mois plus tôt devant la France entière. Nous nous montrions sévères à son égard, jugeant sa stratégie complètement illisible  car il remettait ainsi son rival en lice. Il nous manquait une pièce au puzzle. Cette pièce, l’ancien premier ministre l’a posée sur le jeu dimanche dernier en dévoilant sa feuille de route jusqu’à l’automne 2016, date de la primaire que l’UMP doit organiser pour désigner son candidat à la prochaine élection présidentielle.

En fait, François Fillon fait l’analyse suivante : l’organisation de la primaire étant actée, il ne lui sert plus à rien de perdre son temps à diriger un appareil. Il lui suffit d’entrer en campagne dès maintenant et d’entamer un dialogue avec tous ceux qui pourraient participer à cette élection d’un nouveau genre à droite. Il fait le pari d’une participation aussi forte que celle organisée par le PS et allant bien au-delà des élus, adhérents et même sympathisants de l’UMP. Parler à tout le « peuple de droite », est donc devenu sa préoccupation première, afin d’en devenir le champion incontestable et – soyons fous ! – incontesté. Sa campagne pour la primaire 2016 a débuté sur les chapeaux de roue cet été avec des opérations de com tous azimuts. Elle a continué dimanche avec cette volte-face qui a surpris Jean-François Copé et certainement aussi Nicolas Sarkozy, sur l’attitude à avoir en cas de duel FN-PS. Alors qu’il préconisait lors des élections cantonales de 2011 de préférer le candidat du Parti Socialiste, il explique désormais qu’il faut appeler à voter pour le candidat le moins sectaire, ajoutant, relancé par le journaliste qui l’interrogeait, que ce ne serait pas forcément celui du PS.

Alors que certains de ses soutiens, comme Valérie Pécresse, disaient ne pas comprendre ce que pouvait signifier cette phrase, il a donc persisté et signé vendredi soir. En une semaine, en brisant un tabou qui fait hurler de rage Harlem Désir[1. Dont on se demande, au passage, pourquoi il a si peu de foi dans le non-sectarisme des futurs candidats présentés par le parti qu’il dirige… ], il a ainsi semé le trouble parmi les caciques de l’UMP, tels Alain Juppé ou Jean-Pierre Raffarin, lequel a lancé samedi une « alerte rouge » sur Twitter. C’est dire si l’affaire est grave ! Quant à Copé, meurtri de voir ainsi son pain au chocolat jeté aux oubliettes médiatiques, il a rappelé la règle officielle au sein de l’UMP : en cas de duel FN-PS, c’est ni-ni. Fillon s’en fiche. En une semaine, il a piqué à Copé et à Sarkozy le marché de la fameuse droite décomplexée, sans même utiliser le mot. Les électeurs de droite sont en effet majoritairement favorables à une telle stratégie surtout parmi les plus politisés et mobilisés, c’est-à-dire ceux qui se pourraient se déplacer pour voter à la primaire de 2016.

Cette stratégie, pour lisible qu’elle soit devenue, convainc définitivement de la détermination de François Fillon d’aller jusqu’au bout de son ambition présidentielle. Le velléitaire qui était en lui est mort et enterré. On ne voit pas en effet pourquoi il aurait brisé le tabou suprême aux yeux des médias, et choqué ses proches, pour renoncer à être candidat dans trois ans. Mais la tactique n’est pas sans risque. Tout repose en effet sur le succès de la primaire de 2016. Et rien ne dit, pour l’instant, qu’elle en connaîtra un de même ampleur que celui de l’automne 2011 où Hollande avait battu la première secrétaire du Parti socialiste. Plus récemment, l’expérience de la primaire UMP parisienne – un vrai flop en terme de participation- montre que l’électeur de droite ne se déplace pas aussi bien que celui de gauche dans ce genre de grande messe démocratique. Si la primaire ne mobilise que le noyau dur des sympathisants UMP, Copé aurait un avantage certain, d’autant qu’il aurait placé des pions importants dans les batailles électorales locales de 2014 et 2015. Et si Copé  (ou un autre) était finalement battu par Fillon dans un contexte de participation faible, Nicolas Sarkozy pourrait profiter du flop de la primaire pour se présenter directement devant les Français, arguant de la très faible légitimité de la victoire de Fillon, poussant le vice d’en appeler à l’esprit originel des institutions créées par le général de Gaulle, ce qui ne manquerait pas de sel, avouons-le.

Le pari de Fillon est risqué mais au moins a-t-il -enfin !- commencé à jouer. Ses proches, au lieu de se lamenter, devraient s’en féliciter.

 

Pour le permis de tuer, prière de s’adresser à la mairie

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Pour s’être libérée, elle s’est libérée, la parole. L’éloge de l’autodéfense qui a suivi l’exploit balistique du gentil bijoutier niçois qui a tué un type de dix-huit ans a inspiré un magnifique élan de solidarité dans le pays…pour le tueur. Et il n’y a pas de raison de s’arrêter en si bon chemin. Après tout, dans un pays où l’ignoble Christine Taubira prépare en ricanant l’invasion de nos centres-villes par des criminels qui viendront jusque dans nos bras égorger nos fils et nos compagnes, pourquoi ne pas se défendre soi-même (ayons l’esprit d’initiative, que diable !).

Le maire de Croix, banlieue résidentielle de Roubaix où se trouvent quelques unes des plus grandes fortunes de France, des gens qui sont quotidiennement exposés comme chacun le sait aux nuisances des Roms, se prépare désormais à délivrer des permis de tuer à ses administrés. Le brave homme qui s’appelle Régis Cauche et porte l’étiquette de l’UMP, a déclaré tout de go : « Et si un Croisien commet l’irréparable, je le soutiendrai. » Interrogé ce lundi pour savoir s’il maintenait ses propos, Cauche a confirmé « Les Roms n’ont rien à faire à Croix. Oui, s’il y a un dérapage, j’apporterai mon soutien. La population en a assez. » Mais c’est sans doute nous qui voyons le mal partout. Dans le Nord, où on aime la fête, les carnavals, les braderies et les ducasses, le maire de Croix a sans doute voulu simplement proposer une nouvelle attraction avec la forme modernisée du tir aux pigeons.

France en 2050 : c’était pire demain

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islam france islamophobie

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Chroniques d’un  ours bipolaire

Je n’ai pas les idées assez larges pour appréhender mon époque dans sa totalité, le monde dans sa globalité et le réel dans toute sa complexité. Comme un journaliste de France Inter, un militant du Front de gauche ou, pour élargir un peu le spectre, un électeur du Front national, j’ai mes œillères. Je vois, comme tout le monde, la vie à travers les grilles de mon identité, de ma position, de mon histoire et de mes préjugés. Même si je ne les vois pas, je les sens, ces œillères, et parce que je suis trop curieux pour me contenter d’un angle de vue réduit, n’étant ni Finkielkraut ni un caméléon, j’ai un truc : je tourne la tête, un coup à droite, un coup à gauche. Quand un fil dépasse de la pelote que mes méninges ne cessent jamais d’enrouler et de dérouler, je le vois, comme un arbre qui rend trouble la forêt de mon paysage mental. Alors, c’est plus fort que moi parce que plus vrai, je tire dessus pour voir ce qu’il cache.

Je passe mon temps à voir s’écrouler les châteaux de cartes de mes idées et de mes idéaux, mais je m’en fous tant que j’ai l’impression que mes pieds touchent le territoire, et je suis désespérément lunatique mais pas tout le temps dans la lune. Je suis plus souvent partagé, tiraillé ou carrément dispersé que fermement convaincu et, comme je trouve toujours un petit bout de raison chez le dernier qui a parlé, je reconstitue comme je peux le puzzle en trente-six dimensions de mon environnement. Ça n’aide pas à trouver de solutions globales aux problèmes de mon temps, et encore moins finales, et c’est peut-être mieux comme ça, mais j’en ai de partielles et de provisoires qui feraient du bien à mon pays, et au-delà. Enfin bref, je suis du genre clivé.

Voilà pourquoi, quand j’entends Malek Boutih, j’ai honte de voter Front national et pourquoi la racaille de Grigny me donnerait presque envie d’appeler le Ku Klux Klan. Voilà pourquoi, face à la réalité de Chanteloup-les-Vignes et de Trappes, je ne sais plus s’il faut donner aux cités des coups de main ou des coups de bâton. Voilà pourquoi j’écris des articles comme ci et d’autres comme ça.

La France en 2050

Si j’avais une machine à voyager dans le temps, je commencerais par faire un tour dans le passé. J’irais, la mort dans l’âme et rempli de honte, raconter Villiers-le-Bel et Clichy-sous-Bois aux Français qui nous ont précédés. Je parlerais de Trappes à Geneviève et de Grigny à Godefroy de Bouillon, je décrirais Saint-Denis aux Mérovingiens et Montreuil aux Carolingiens. J’esquisserais une peinture de Nice, Marseille ou Toulouse et je ferais remonter le trait jusqu’à Poitiers pour Charles Martel. Mais je ne m’attarderais pas. Meurtri de fendre le cœur à ceux de nos glorieux ancêtres qui croiraient mes paroles, eux qui savaient défendre par l’épée et jusque dans la mort, par amour et pour l’honneur, tout ce et ceux qu’ils chérissaient, je m’éclipserais sur la pointe des pieds et la queue entre les jambes. Las de passer pour un prophète de malheur et un oiseau de mauvais augure aux yeux des autres, les incrédules qui ne supporteraient pas d’avoir vécu et d’être morts pour entendre ça, je finirais par rentrer dans mon époque, pas fier.

De retour en 2013, j’allumerais ma radio ou ma télé pour entendre les autorités et les journalistes autorisés, installés et respectables, nous inviter à éviter les amalgames et nous conseiller vivement de combattre le racisme et l’islamophobie car ce sont les maux qui menacent notre civilisation, sans oublier de nous rappeler que leur expression est punie par la loi. J’ouvrirais ensuite un de ces médias, que la police de la pensée ou de l’arrière-pensée rêvait de réduire au silence, pour voir un peu ce que cachent les rumeurs de pillages, pour apprécier la dimension ethnique des émeutes et le caractère religieux des violences. Puis je remonterais dans mon engin et mettrais lecap sur le futur.

Dès mon arrivée autour de l’an 2500, je découvrirais sans surprise que le niveau de la mer ne s’est pas plus élevé que les scores électoraux des écologistes, ce qui ne les empêcherait pas de pérorer comme au bon vieux temps qui est le nôtre. Je verrais bien que les plages sont restées à leur place, en revanche, je n’y verrais plus le moindre bikini mais une foule de burkinis, tous plus seyants les uns que les autres. Comprenant que l’islamisation n’est plus, comme dans la France de 2013, un fantasme raciste mais une réalité amère, je tenterais alors de rencontrer des historiens pour essayer de leur faire comprendre comment tout cela a pu arriver. [access capability= »lire_inedits »]Non sans mal car je m’apercevrais vite que l’Académie Houria Bouteldja et l’Institut Jean-Louis Bianco, en charge de diffuser l’histoire officielle et de réprimer les autres, présenteraient l’âge pré-islamique comme une époque de débauche où les hommes, et surtout les femmes, vivaient dans le plus grand malheur par leur habitude d’offenser Dieu, jusqu’au jour béni entre tous, celui de la « grande libération des territoires impies », où la félicité islamiste (qui avait lentement écrasé la masse des musulmans sans provoquer autant de cris qu’une manifestation pro-palestinienne ni rencontrer autant de résistance qu’une loi sur le port du voile) leur était tombée sur la gueule manu militari pour leur révéler les joies infinies de la vie halal et l’avènement d’une ère de paix et de tolérance. Toute recherche remettant en cause cette thèse étant interdite d’étude sous peine de pendaison, je trouverais peut-être au fond d’une forêt ou d’une cave une bande d’illuminés rassemblés autour des restes d’un Cahier de l’Innocence ou d’un numéro de Causeur rescapés des grands bûchers de 2154, occupés à s’interroger sur la formule : « L’islamophobie n’est pas un racisme, c’est un humanisme. »

Je raconterais alors, comme Charlton Heston dans La Planète des singes, à mon auditoire téméraire et ébahi, par quels incroyables processus la France, l’Europe et l’Occident sont retournés à l’âge de la pierre noire autour de laquelle le monde s’est mis à tourner en rond, comment nous avons laissé les plus fanatiques de nos compatriotes, aidés par leurs frères étrangers qui avaient obtenu le droit de vote (pour mieux s’intégrer) prendre lentement le contrôle de ces pauvres d’esprit que nos libertés effrayaient et que nos lumières éblouissaient, et qui étaient, en quelques générations, retournés à leur obscurantisme, comment les résultats d’élections locales puis nationales puis européennes, auxquels tout démocrate ne pouvait que se soumettre, avaient amené les partis islamistes au pouvoir, aussitôt devenu absolu et de droit divin.

Conscient de passer pour un pauvre con du xxie siècle qui a permis cela, j’expliquerais les effets combinés du regroupement familial et des allocations familiales qui ont organisé et financé l’installation et la multiplication des nouveaux maîtres. Devant leurs mines incrédules, je tenterais de les convaincre, en parfait imbécile préhistorique ou post-historique, que nous n’avons perdu aucune guerre sinon celle des idées contre l’immigrationnisme de droite et de gauche, ni fait péter aucune bombe sinon celle de la démographie des peuples du Sud sur les terres du Nord.

Face à une hostilité montante à l’endroit du crétin venu du fond des temps qui aurait creusé sa tombe et la leur, je me défendrais en répétant les arguments que les esprits les plus altruistes de mon époque avançaient alors sur l’histoire coloniale, les inégalités sociales, la nocivité des frontières qui séparaient les gars du monde qui ne demandaient qu’à se donner la main, et le droit des peuples à disposer de la terre des autres. Sur la tête de ma mère.

Je leur apprendrais que nous étions si confiants dans les pouvoirs de séduction de nos modes de vie que nous étions prêts à accueillir n’importe qui, sans prier les arrivants de laisser à la porte les pratiques culturelles qui avaient contribué à transformer l’héritage des colonisations finissantes du xxe siècle en enfers invivables qu’ils chercheraient très vite à fuir pour se presser aux frontières de nos pays pourtant dénoncés comme racistes et islamophobes. Je préciserais que l’immigration massive, qui inquiétait pourtant les vieux immigrés, était alors vendue par les imbéciles et achetée par les cons comme un enrichissement pour les paysd’accueil. Si je vous le dis.

Adieu Homère, Elvis et minijupe

Comprenant que j’aurais du mal à me faire comprendre, je leur expliquerais que, si nous n’avions pas entendu les premières mises en garde, c’est qu’elles venaient de gens clairement racistes, qui avaient toujours rejeté toute possibilité d’intégration, même à une époque plus reculée où la République arrivait encore à faire des Français, et qui, si on les avait laissé faire, auraient mis dans le même charter Malek Boutih et Mohamed Merah (dont le nom s’affichait désormais au fronton de nombreuses écoles coraniques et spatioports pour garçons).

Je leur raconterais comment, en défendant sur ce front-là, contre ces gens-là, les valeurs de la civilisation de Churchill, nous n’avions pas vu qu’elle se désagrégeait sur un autre front, que nos chers pays d’Europe se tiers-mondisaient en recevant massivement le tiers-monde et s’islamisaient en accueillant des musulmans. En quelques générations, l’intégration était devenue une illusion, et c’est nous qui étions intégrés, digérés dans des sociétés démocratiques et multiculturelles où la loi du plus nombreux et la tyrannie de la majorité s’étaient vite imposées à tous.

Devant les grimaces adressées au connard antédiluvien qui avait laissé s’éteindre le phare du monde qu’était alors l’Occident pour sauver son image de citoyen du monde généreux jusqu’à la mort, j’avancerais que les peuples étaient impuissants à enrayer ou à inverser les flux migratoires faute d’avoir su remettre en cause une construction politique appelée « Union européenne » parce qu’elle soutenait l’euro – monnaie qui, croyaient-ils, garantissait leur épargne et leur pouvoir d’achat. Ma bite à couper.

De plus en plus mal à l’aise dans le rôle du fossoyeur de trente siècles de civilisation qui avaient vu naître Homère et Chateaubriand, Bach et Elvis Presley, l’amour courtois et la minijupe, la cathédrale de Reims et la gare de « Perrrrpignian », je risquerais peut-être une défense de mes contemporains en évoquant l’épineux problème du financement des retraites que la fécondité tiers-mondiste devait régler comme une horloge. Au prix de gros efforts, je m’efforcerais de persuader mes hôtes cachés et menacés que la propagande de mon temps parvenait à convaincre le bon peuple que des familles de dix enfants dont seules deux filles avaient réussi à échapper au chômage ou à la prison parviendraient à subvenir aux besoins des cadressupérieurs retraités.

Je ne pousserais peut-être pas la leçon jusqu’à leur parler des signes avant-coureurs qui nous crevaient les yeux au xxie siècle, de l’histoire d’un islam dévastateur dans les siècles qui avaient précédé la « grande libération des territoires impies », de ces conquérants qui, partout où ils passaient, éteignaient les lumières, des violences et des régressions à l’œuvre sur les terres acquises et conquises par l’oumma, du sort réservé aux peuples qui n’embrassaient pas la foi dominante. D’abord, parce que je veux bien passer pour un idiot aveugle et irresponsable mais dans certaines limites, ensuite parce que mes descendants pourraient bien juger et condamner mon époque pour haute trahison, et moi avec. Et après quelques siècles d’islamisation, je craindrais que même les délicats habitants de la vieille Europe aient fait leurs les mœurs des mahométans. Alors, redoutant un lynchage digne des foules violeuses de la place Tahrir, suivi d’une lapidation spontanée, je remonterais dare-dare dans mon bidule spatio-temporel pour revenir vers une époque plus sûre où l’on peut presque tout dire même si presque personne ne vous entend.[/access]

*Photo: Red Frame OmaQ.org

La corde au cou de l’UMP

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Le légalisme a ses idiots utiles. Le moralisme aussi qui n’a rien à voir avec la morale authentique.

On croirait, à entendre certaines personnalités de l’UMP, que François Fillon, en tenant ses propos sur le sectarisme, confirmés par la suite, a mis en péril non seulement ce parti mais porté atteinte au pacte républicain, franchi une ligne rouge, détruit les digues et les barrages, insulté l’avenir, créé un séisme en se déshonorant par surcroît. L’UMP gagnée par la panique, titre Le Monde. La Syrie n’est rien à côté !

Que lui-même ait dit et rappelé son opposition totale au FN n’a rien changé à cette effervescence grotesque qui fait de plus en plus douter de la lucidité collective de l’UMP et explique mécaniquement l’accroissement du FN.

Je ne suis pas sûr que le bureau politique de l’UMP, malgré son inventivité, parvienne à restaurer le bon sens au sein de la majorité d’un aréopage plus épris de bons sentiments que d’idées pertinentes. De se faire plaisir que de vérité. Mais tout le monde est satisfait puisque tous ont signé, y compris Fillon, sur cette avancée bouleversante : l’UMP s’oppose au pouvoir socialiste et s’élève contre « tous les extrémismes et sectarismes ». Ouf! On craignait l’inverse.

Le FN n’est pas seulement favorisé par une politique du pouvoir qui, sur les plans fondamentaux qui mobilisent l’électorat de ce parti extrême, n’apporte aucune réponse ni la moindre solution fiable. Mais des frustrations de plus en plus exacerbées.

Il l’est paradoxalement aussi par l’UMP avec les beaux esprits qui parlent en son nom et qui pratiquement tous, dans un consensus qui serait émouvant s’il n’était pas suicidaire, sont venus apporter au Premier ministre Ayrault, avant même qu’il ait eu le front de les demander, les explications et les justifications tenant à la position de François Fillon.

Depuis quelques jours, encore plus qu’avant, Marine Le Pen, à cause de ces réactions absurdes, se trouve au centre obsédant de notre vie politique, qu’on adhère à tous ses rejets ou qu’on les dénonce.

Et c’est la gauche socialiste qui se permet d’être une sorte de juge de paix de la pureté éthique et démocratique des démarches partisanes, comme si elle était en surplomb et non pas en plein dans la mêlée et probablement désireuse d’en exploiter la confusion pour en définitive en bénéficier.

Mais n’est pas Mitterrand qui veut. François Hollande me donne l’impression de laisser venir les orages, notamment de sécurité et de justice, pour rendre la droite classique exsangue face à un FN férocement opposant et, à l’extérieur, d’y aspirer pour montrer de quoi il est capable. Le président ne met pas d’huile sur le feu, pour les délits et les crimes, mais il minimise le feu pour rassurer. Sans convaincre (Le Monde).

En dehors de François Baroin qui avec élégance a soutenu François Fillon (LCI) et de Valérie Pécresse qui s’en est distanciée mais sans mélodrame, il n’est personne qui à l’UMP se soit questionné sur la formidable ouverture que François Fillon, d’un coup, leur avait permise.

Pour les réactions médiatiques, à vrai dire, elles n’ont pas été de meilleur niveau à l’exception d’un article lumineux de François Bazin et d’une analyse infiniment réaliste de Guillaume Tabard (Le Figaro).

L’UMP au fond est confrontée à l’alternative suivante : dépérir en jouant une comédie vertueuse par rapport au FN (il faut vite le dire, s’agissant du parti de Jean-François Copé, notamment lors du quinquennat précédent et ensuite !) ou se rendre libre dans le choix de ses tactiques et de sa stratégie.

On raisonne trop souvent comme si l’UMP avait devant elle, malgré le FN de plus en plus lourd et dont l’ensemble des solutions ne se résument pas à « la haine », n’en déplaise à Vincent Peillon, un immense espace politique dans lequel elle pourrait s’ébattre à loisir. C’est le contraire. Quand Renaud Dély évoque le désastre que serait pour l’UMP la ligne Fillon, il oublie de souligner qu’aujourd’hui, le déclin, la chute sont déjà là parce que le FN engrange quand elle perd et que la gauche lui met de l’éthique de bazar dans les roues.

François Fillon, avec du courage, n’a certes pas brisé de tabous ni violé des fondamentaux. Pas d’alliance nationale avec le FN. Les programmes sont clairement incompatibles. Il n’avait pas la prétention ni le désir de bouleverser l’UMP ou l’UDI auxquelles il en faut si peu pour faire d’une aubaine une catastrophe.

François Fillon a voulu simplement desserrer le licou qui étrangle l’UMP. Donner du jeu. Elargir les virtualités. Rendre médiatiquement moins contraignant le lien imposé par l’adversaire. Non pas faire voter FN évidemment mais refuser le diktat de l’ostracisme obligatoire. Soulever la chape de plomb. Constituer le FN comme une banalité partisane qui le privera de son aura sulfureuse s’il en a, de son influence d’autant plus impressionnante qu’elle est à la fois constatée et répudiée sur tout et pour tout et combattre cette étrange anomalie d’une extrême gauche démocratiquement honorée et d’une extrême droite systématiquement honnie. A proportion des adhésions qu’elle suscite.

Que demain la gauche de gouvernement s’allie avec le Front de gauche si Jean-Luc Mélenchon l’accepte, il n’y aurait aucun problème et la droite n’aurait qu’à constater cette solidarité. Pour ma part, il n’y avait que le communisme français stalinien et internationaliste qui m’inquiétait même si le génie trouble de Mitterrand a su le réduire en définitive.

François Fillon tire les conclusions de cet équilibre et on pourrait interpréter son constat aussi comme la reconnaissance, dans notre espace républicain, de la validité des extrêmes dès lors qu’ils sont autorisés et respectent les règles de l’Etat républicain.

La gauche a passé depuis trop longtemps la corde au cou de l’UMP.

Les Juppé, Copé, Chatel, Wauquiez, Le Maire, Bertrand, Raffarin et autres Borloo sont bien sages, bien polis. S’ils ont compris la leçon pour le FN : on lâche un peu du lest et le licou fait moins mal. S’ils renâclent sur ce plan et osent s’émanciper : la corde les tiendra terriblement serrés. On en est là aujourd’hui.

L’UMP n’a pas saisi l’occasion de liberté, au moins intellectuelle et civique, que François Fillon lui a présentée. Au lieu de le soupçonner du pire – ce qui est absurde car il n’a pas changé d’un iota -, elle aurait mieux fait de le féliciter même si le FN ne veut pas de l’UMP et qu’heureusement l’ancien Premier ministre pense aussi à ce qu’il espère être son destin présidentiel.

Les caciques vertueux de l’UMP auraient quitté leur prison et se seraient seulement donné le droit et l’avantage de trancher symboliquement le nœud gordien.

*Photo : UMP.

Insupportables supporters

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« Allez Paris, où tu es nous sommes là, tu ne seras jamais seul car nous deux, c’est pour la vie ! » Touché par la grâce des dollars qataris, le PSG est champion de France. Je plaide coupable : cette victoire, annoncée comme celle du plus riche, je l’ai désirée. Et célébrée. Et pourtant, pour la première fois, je m’interroge sur mon attachement à ce club, mon club. Qui  n’est plus tout à fait le même. Que l’on puisse être supporter, cela peut déjà sembler mystérieux. Mais supporter de cette équipe-là, avec ses joueurs-people achetés au prix d’un Airbus par un prince capricieux, cela dépasse parfois mon propre entendement. Cela veut sans doute bien dire qu’entre PSG et moi, peut-être bien que « c’est pour la vie ».

J’avais 6 ans lors de mon premier match au Parc. De ce PSG/Toulouse de 1994, je n’ai que de vagues souvenirs – le stade, le bruit rugissant des tribunes et puis la liesse, car ce soir-là le PSG fêtait son deuxième titre de champion de France. Je n’ai jamais cessé d’y aller ensuite, irrégulièrement le reste de mon enfance, avec acharnement à partir de l’adolescence. Le Parc est un stade particulier, une cuvette de béton qui résonne et impressionne. Soyons honnête : ce n’est pas juste le beau football qu’on va y chercher. Tout le monde sait qu’avant l’arrivée du Qatar, le PSG était souvent médiocre. Le frisson n’était pas souvent sur le terrain, mais toujours dans les tribunes. Pour moi, celles du Parc avaient quelque chose de grandiose. Pour les médias, elles étaient plutôt inquiétantes.

Des dizaines de milliers d’hommes beuglant à gorge déployée de chaque côté d’un terrain de foot, ça fait peur – et c’est normal. Il y a quelque chose de primitif et de barbare dans une foule de supporters qui, osons le dire, peut rappeler les « sombres heures de notre histoire », surtout avec le folklore skinhead et parfois carrément nazi de quelques excités du « kop » Boulogne. Une voix en moi me susurrait qu’un être humain aurait dû faire preuve de plus de  décence, une autre répliquait qu’il n’y avait aucun mal à vivre ces intenses moments de communion folklorique. Non, je n’arrivais et n’arrive toujours pas à y voir un rabaissement de mon être.

Pour l’adolescent que j’étais, les tribunes du Parc constituaient  une zone de non-droit formidable. Chanter en cœur,  fumer des joints, secouer son voisin après un but, traiter l’adversaire de « paysan » ou bien pire : tout ce qui, dans la vraie vie, aurait été incongru, de très mauvais goût, stupide ou carrément interdit devenait, à l’intérieur du stade, le signe distinctif d’une fraternité presque invisible à l’extérieur. Aujourd’hui encore, ce ne sont que de bons souvenirs.

Tout change avec le « plan Leproux » : en 2010, après une tragique bagarre entre deux groupes de supporters parisiens qui se solde par la mort de l’un d’eux, Robin Leproux, alors président du PSG, décide de frapper fort en s’attaquant à l’une des plus anciennes traditions du club : pour mettre fin à la rivalité historique entre Auteuil et Boulogne, il instaure un placement aléatoire dans ces deux tribunes, interdisant ainsi tout regroupement « identitaire » [1. Les « kops » Auteuil et Boulogne désignaient les tribunes situées derrière les buts, où se regroupaient les principales associations de supporters. Les premières, créées dans les années 1980 à Boulogne, accueillent déjà quelques skinheads. En réaction, des associations rivales fleurissent de l’autre côté du terrain au début des années 1990. Les deux tribunes, qui revendiquaient des héritages différents en matière de sport, traduisaient aussi des différences « identitaires »: Boulogne était aussi blanche qu’Auteuil était multi-ethnique.]. Quelque 13 000 fidèles se voient interdits de renouveler leur abonnement sans ménagement ni compensation. Parallèlement, l’État décrète la dissolution de toutes les associations de supporters du PSG. Tout le monde s’accorde pourtant à dire que les fauteurs de troubles représentent moins de 5 % de leurs membres. Les protestations contre cette mesure injuste paraissent assez légitimes. Mais le haut-le-cœur général soulevé par la « violence dans les stades », qui occupe régulièrement la « une » de l’actualité, l’est tout autant. Si mon cœur de supporter ne balance pas très longtemps, je ne peux pas trop en vouloir à tous ceux qui applaudissent Leproux en affirmant qu’il était temps de taper du poing sur la table.[access capability= »lire_inedits »]

L’interminable débat qui a alors enflammé la communauté des supporters est désormais obsolète. Beaucoup d’abonnés historiques, qui n’avaient pas vu le changement arriver avec le Qatar et ses millions, ont choisi de boycotter le stade. Ils y ont été remplacés par d’autres, sans doute plus amateurs de foot que de la camaraderie virile qui faisait autrefois l’esprit du Parc. Le public se dit que l’esprit sportif y a gagné. Peut-être. Je ne peux pas m’empêcher de penser que j’ai perdu quelque chose de magique, un plaisir vaguement honteux mais qui, après tout, ne faisait de mal à personne (et me permettait peut-être, le reste du temps, de « bien me tenir »). Non pas que ces sympathisants de la dernière heure n’aient pas le droit d’exister, ou qu’ils ne soient pas animés par d’excellents sentiments. Mais voilà, ils ne sont pas supporters : c’est même pour ça qu’ils ont été préférés aux anciens. Beaucoup pourraient sans doute le devenir mais la direction qatarie, peu sensible à la liberté d’expression, a maintenu les dispositions du supposé transitoire plan Leproux, rendant ainsi impossible la création de nouvelles associations. Le résultat est déprimant : fini les tambours qui donnent le rythme, les mégaphones qui haranguent, les fumigènes qui colorent la foule, les banderoles à l’humour potache, les drapeaux faits main et les « tifos » [2. Animation visuelle concoctée par les supporters et déployée juste avant le coup d’envoi.]spectaculaires. Or, le sport n’est pas un jeu, ou pas seulement. Ou alors un jeu qui imite la guerre. Un match, avant, ne mettait pas seulement aux prises deux équipes. Deux heures durant, leurs partisans s’affrontaient à coups de cris et de chants comme autant de soudards déchaînés. Bien sûr, cela existe toujours, mais en interdisant toute organisation, donc toute mise en scène, de cette rivalité, le PSG n’en a conservé que le grotesque : les seuls couplets que le stade entier connaît encore sont les plus insultants envers l’adversaire. Toute continuité a disparu. Alors qu’auparavant, les chants se succédaient les uns aux autres, un silence de cathédrale s’abat désormais régulièrement sur le Parc, et il ne faut rien de moins qu’un but pour qu’il se lève.

Le plus désolant, dans ce nouvel avatar de la folie sécuritaire qui s’est emparée des sociétés occidentales, c’est la facilité avec laquelle il se marie avec les préoccupations mercantiles. Cette année, le prix des places a atteint des niveaux ahurissants : comptez 40 euros pour le moindre match de championnat. Cette inflation sans précédent est d’autant plus curieuse que, si l’on en croit ce qu’on lit partout, en rachetant le PSG, le Qatar cherchait à renforcer son soft power. Il s’agissait de faire de la com’, pas des profits.

En réalité, s’il faut désormais se ruiner pour aller au Parc, ce n’est pas seulement aux Qataris qu’on le doit, mais aussi à Michel Platini, le patron de l’UEFA, et à sa merveilleuse invention : le fair-play financier. Voilà encore une idée pétrie de bonnes intentions. Qui s’insurgerait que l’on veuille rétablir un peu d’égalité, et avec elle un peu de « glorieuse incertitude » dans le sport ? Qui refuserait que l’on permette au plus pauvre de gagner contre le plus riche ? Qui préférerait la hiérarchie de l’argent à celle du talent ?

Platini a été entendu : à partir de 2014, aucun club ne devra dépenser plus qu’il ne gagne. Curieux fair-play, qui entérine en réalité la marchandisation du football. Il faut être aveugle pour ne pas voir que la conséquence de cette noble ambition est que le foot va devenir, de plus en plus, un sport réservé aux riches, et pas seulement au stade. Quelle famille de la classe populaire pourra débourser 100 euros pour payer à son fils le maillot de son joueur préféré ? S’il veut maintenir son club au plus haut niveau, l’actionnaire richissime du PSG se voit en effet contraint, comme les autres, de partir à la chasse aux revenus, ce qui signifie augmenter au maximum le prix des places et des produits dérivés. Pour espérer gagner ce qu’il veut dépenser, il n’a d’autre choix que de plumer ses « fans ».

Pour la direction, en effet, il n’y a plus de supporters mais des « fans ». Ce changement sémantique a son importance : le « fan » n’est plus parisien d’adresse ou de cœur, il peut être dans le monde entier. Il ne va pas, ou exceptionnellement, au Parc, il s’enthousiasme sur Facebook. Démarche parfaitement assumée par Jean-Claude Blanc, le directeur général, qui explique à longueur d’interview qu’il faut « rêver plus grand » et faire du PSG « une marque mondiale du sport ». Le supporter d’antan, qui passait des heures à confectionner des drapeaux et à concocter des chants, avant de traverser l’Europe en autocar avec sandwiches et bière pour encourager son équipe, n’intéresse pas vraiment les dirigeants du club.

Pour séduire le « fan » mondialisé, en revanche, rien n’est trop beau ni trop cher : Beckham peut venir jouer trois mois, des DJ réputés sont recrutés pour distraire le public avant les matchs. Et le PSG peut, chaque été, dépenser des centaines de millions d’euros pour attirer des stars, laissant Platini et les médias dénoncer le pouvoir de l’argent et vanter les valeurs du sport. Je dois bien admettre que mon rêve de gosse a mauvaise mine.

En ce cas, je dois être fou. Comment puis-je me encore me sentir lié au destin de ce club dont l’actionnaire principal est un autocrate et les joueurs des mercenaires venus à Paris pour gagner un peu plus d’argent, de ce club qui a oublié son histoire, donc la mienne ? Suffirait-il du frisson de la victoire pour m’acheter ? La jubilation que j’éprouve à l’idée de voir mon club rivaliser enfin avec les plus grands d’Europe aurait-elle fait taire toute conviction en moi ? Même pas. Rien ne me plaît dans cette équipe. Quand le match commence sur mon écran, je me dis que, bon, je regarde, mais par pure curiosité, sans passion particulière. Mais rien à faire, dès que le jeu démarre, impossible de détourner le regard, je me crispe à chaque action, enrage à chaque occasion manquée et hurle de bonheur à chaque but. Je fais chaque semaine l’expérience de mon irrationalité incurable. Peut-être que supporter, c’est pour la vie…[/access]

*Photo: Nassim S

La France s’ennuie

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Monsieur « petites blagues » et le falot professeur d’allemand qui maîtrise si mal la langue de Goethe qu’Outre-Rhin certains se demandent quelles compétences il faut avoir pour être soit enseignant en France soit premier ministre, ne font plus rire personne. Un Président, par principe, met un peu de « Stimmung » (d’ambiance… à l’intention de H. et de A.) dans son pays : il ne le plonge pas dans une profonde léthargie. Il n’incite pas non plus, involontairement certes, ses compatriotes les plus inventifs à s’exiler (« l’exil n’est plus un droit pour les Français, mais un devoir « , titrent ironiquement des journaux étrangers) par une forme de sida fiscal qui mine le moral de chacun et laisse perplexe même ses rares partisans, surpris qu’on puisse donner tant de leçons de morale sans en respecter aucune.

La France s’ennuie aussi de voir à la tête d’une opposition qui n’en est pas une, des hommes de si peu d’envergure. L’un, François Fillon, à force d’être dans l’ombre du swingueur Sarkozy, a des allures de croque-mort. L’autre, Jean-François Copé, mais oui « le décomplexé « , court après les voix du Front National, tout en donnant la fâcheuse impression de mépriser les sentiments et les revendications de l’unique parti qui gagne en puissance.

La France s’ennuie parce qu’elle perçoit confusément que le rêve européen est devenu un cauchemar quotidien : des fonctionnaires dix fois mieux payés qu’ils ne le seraient dans leur pays d’origine prennent des décisions dix fois plus stupides sans avoir à les justifier. Un exemple parmi cent : plus de deux millions de Français prenaient un antalgique, efficace et sans effets secondaires, le Diantalvic. Parce que trois jeunes Suédois ont tenté de se suicider en abusant des doses, il est maintenant interdit dans toute l’Europe. Consternation générale chez les médecins et les pharmaciens.

Mais si la France s’ennuie, ce n’est pas uniquement parce que le président Hollande n’a pas plus de charisme qu’une carpe, que l’Europe politique est un mirage et que l’opposition d’une droite extrême et d’un Front de Gauche est systématiquement présentée dans les média comme un « poison » (c’est ainsi que Libération désigne le FN) mais aussi parce qu’on nous ressasse qu’il n’y a pas d’alternative politique crédible. Une fatalité amènerait les Français à voir leur pouvoir d’achat fondre, leur compétitivité reculer, leurs cités à être délaissées et les miséreux de la planète s’emparer en toute impunité des derniers bijoux de famille planqués ici ou là. Quant aux plus riches, comme le Qatar, libres à eux de se servir avec ostentation de nos palais et palaces. Ils auraient tort de s’en priver.

Accepter le spectacle de sa déchéance sans réagir… les Français y sont tellement habitués qu’ils détournent la tête, regardent des émissions aussi conformistes que « On n’est pas couché » où même les animateurs, pourtant dopés à la controverse, s’ennuient. Tous ceux qui rêvaient d’une France paisible dans une Europe forte ont la gueule de bois. Mais quand les Français s’ennuient, ce n’est jamais bon signe. Il y a des réveils qui sont des sursauts parfois inattendus. Pierre Viansson-Ponté, peu avant Mai 68, avait déjà écrit : « La France s’ennuie ». Il était certainement plus fin politologue et plus visionnaire que ne le suis. Mais sait-on jamais…

Le vrai problème de Marseille, c’est une monumentale corruption

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marseille insecurité valls

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Eugénie Bastié : Violences et insécurités quotidienne, grand banditisme, affairisme, drogues et mafia… Marseille semble cumuler toutes les tares. Quelles sont les raisons structurelles de la crise qui agite la ville ? Selon vous, est-ce un problème typiquement marseillais, ou bien français, ou même européen ?

Xavier Raufer : La situation marseillaise est grave et particulière.  Il ne s’agit pas d’un simple phénomène médiatique. La région PACA plus la Corse détiennent le record des homicides pour toute l’Union européenne. Cela dit, quoi de neuf à Marseille ? Hormis les visites ministérielles, les parlottes, conférences de presse et tables rondes – rien. Dans le Midi, une sagesse instinctive conduit les criminels à éviter un appareil répressif qu’ils savent puissant, mais vacillant, privé de persistance ou d’acharnement. D’où un calme temporaire lorsque les ministres tonnent et qu’il y a du « bleu » dans les rues. Les médias repartis et le bon peuple, distrait, le business reprend de plus belle. Toute la Sicile connaît le proverbe mafieux « Courbe-toi jonc, la crue passe ». Eh bien, c’est pareil à Marseille : la crue passée, le jonc relève la tête. Et les assassinats reprennent.

Mais pourquoi les bandits s’entretuent-ils ? L’ethnologie criminelle nous renseigne : hors-la-loi, les malfaiteurs n’accèdent pas à la justice des honnêtes gens. Un bandit ne peut infliger une amende à un «collègue», ni l’envoyer en prison. Le différend est mineur ? Il casse la figure du gêneur. Si c’est grave, il le tue ou le fait tuer. Ce n’est donc pas par plaisir que les bandits s’entretuent, mais par exigence territoriale. Le fief est la source de tout business illicite et qui empiète sur celui d’un gang est bon pour l’hôpital ou la morgue.

Si je vous suis, les règlements de compte sont le problème numéro 1  de Marseille…

Non, ces homicides ne sont pas LE problème de Marseille – c’en est juste un symptôme spectaculaire. Le vrai problème de Marseille, c’est une monumentale corruption. D’abord, un maire bien fatigué, largué entre dénégation puérile du réel – « Marseille n’est pas Chicago » – et tentatives d’apaiser les bandits par travail social interposé.

Surtout, une « politique de la ville » à la napolitaine, un système de contrôle des quartiers chauds, et des votes qui en émanent, par des nervis, voire des gangsters, qu’arrosent les crédits de la politique de la ville. Oh, les motifs sont nobles : « antiracisme »… «diversité»… et autres bienséances à la mode. Mais en réalité ? Un des caïds en cause, Abderrazak Z. parle de la députée chargée de la Politique de la Ville au Conseil général : «J’ai trouvé une dinde pour nous subventionner» (Libération, 11 mars 2013). Et qu’arrive-t-il à qui tient tête au caïd ? « Je n’étais pas content mais il m’a montré qu’il était armé. Je me suis calmé». (idem). Vous ne vous calmez pas ? Passage au stade kalachnikov.

Telle est en 2013 la  «politique de la ville», terreau fertile pour le milieu marseillais : «Dans les quartiers, si tu veux avoir un minibus, un scooter et de l’argent, tu montes une association(idem). De l’argent – et beaucoup. Toujours Libé : « Des associations fictives» ont reçu «800 000 euros en trois ans». De quoi attendre à l’aise une grosse livraison de haschisch, ou qu’un transport de fonds passe dans votre ligne de mire…

Ajoutons-y une police souvent corrompue. Le mal ronge de longue date l’appareil policier régional – et pas les seuls  «ripoux» de la BAC nord : en cas d’affaire criminelle grave, pourquoi les magistrats locaux se concertent-ils à Paris et surtout pas à Marseille ? Et par quel miracle de gros voyous – quatre selon nos sources, en 2012 – ont-ils pu s’enfuir précipitamment, à l’aube, de leur cachette, les policiers investissant une planque juste désertée, n’y palpant qu’un lit encore chaud ? Un flic de base peut-il « arranger » de telles manigances ?

Face à toutes ces difficultés, pour être efficace à long terme, ne faut-il pas privilégier une réponse sociale plutôt que sécuritaire ?  

La réponse sociale est une fausse bonne idée, qui est souvent le paravent d’une culture de l’excuse. Car, comment parler de réponse quand Mme Taubira et sa cour d’idéologues vident les prisons ? Pour faire sympa, le gouvernement a inextricablement associé en son sein l’eau et le feu.

Mais, dans l’autre sens, de telles écuries d’Augias ne se nettoient pas avec une compagnie de CRS en plus. Il faut sur place un véritable outil de renseignement criminel, posant pour toute l’aire marseillaise un diagnostic précis : qui sont les voyous ? Que font-ils ? Où sont-ils ? Seul ce renseignement criminel donne aux forces de l’ordre une connaissance intime et prédictive des bandes. Connaissance qui à son tour, permet les embuscades, donc les flagrants délits : capturer les gangsters lors de grosses livraisons de drogue, ou lorsqu’ils ont les armes en main. Non pas de se borner à compter sur le terrain les cadavres criblés de balles, comme on le fait encore trop souvent.  Voilà la vraie réponse à apporter.

Selon un sondage publié par le Huffington Post, 57% des français seraient favorables à une intervention de l’armée à Marseille, pour désarmer les dealers et rétablir un semblant d’autorité. Une opération de reconquête militaire qui n’est pas sans rappeler le nettoyage opéré par l’armée brésilienne dans les favelas de Rio en 2011… La situation mérite-t-elle vraiment de tels moyens ? L’armée pourrait-elle vraiment réussir là où la police échoue depuis des années ?

Pour répondre à cette question, il faut d’abord savoir qui sont les malfaiteurs opérant dans les Bouches-du-Rhône. D’abord, le « milieu »  italo-corse n’est pas une mafia, terme qui a un sens très précis. Une mafia, c’est une « aristocratie criminelle », une société secrète plus qu’une bande, avec sa loi du silence, son code d’honneur, sa légende et sa capacité à se faire obéir sur « son » territoire.  En Europe, deux pays connaissent de vraies mafias : l’Italie (Cosa Nostra, Camorra, Ndrangheta, etc.) et l’Albanie.

À Marseille, il s’agit plutôt d’un milieu criminel qui ressemble à un gâteau, avec deux couches superposées.

La couche la plus basse, la plus profondément enfouie, la plus ancienne aussi est celle du crime organisé italo-corse. On en entend peu parler et, depuis quelques temps, les arrestations s’y font rares. Connivences parfois haut placées, mansuétude médiatique locale : ces gangsters très dangereux savent se faire « respecter » et travailler en silence. Il y a certes des règlements de comptes dans le milieu italo-corse, mais ils sont rares et « chirurgicaux ».

La couche supérieure du gâteau, ce sont des bandes de cités, lancées dans une lutte à mort pour conquérir ou défendre « leurs » territoires, sur lequel ils exigent le monopole du trafic des stupéfiants.

À l’origine, ce sont de petites bandes rassemblées aux pieds des tours, souvent composées de jeunes issus de l’immigration maghrébine – il suffit de lire les noms de la plupart des victimes des règlements de comptes. Au début des années 2000, certaines de ces bandes juvéniles se professionnalisent et passent au trafic de drogue, cannabis surtout, à grande échelle. Ayant conquis un territoire, il leur faut ensuite le défendre – désormais, armes de guerre à la main. Ce qu’elles font aujourd’hui, en s’entretuant si besoin est.

Faut-il alors « envoyer l’armée » à Marseille ? Surtout pas. Pour être gentil, cette lubie locale relève de l’affolement ; plus sévèrement, du showbiz. Nulle part ni jamais, une armée en uniforme n’est efficace contre des criminels noyés dans une population complice (l’économie souterraine) ou apeurée (la loi du silence). Il ne s’agit pas à Marseille de la bataille d’Alger, mais de démanteler de fort classiques bandes criminelles, face auxquelles une police vite et bien informée est efficace. Et qu’elle soit efficace est un problème politique, de gouvernement, puisqu’en France la police est nationale.

Emplois d’avenir : la perfusion, mais pas pour tous

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emplois d'avenir chomage jeunes

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Après ses études, faire son entrée sur le marché du travail relève du parcours du combattant. Selon l’AFIJ, (Association pour Faciliter l’Insertion des Jeunes diplômés) qui publie une enquête sur le devenir des jeunes après l’université, 57% d’entre eux, diplômés en 2011, étaient sans emploi en avril 2012. Huit contrats sur dix sont désormais des CDD, un chiffre jamais égalé jusqu’ici. Ces statistiques sont éloquentes quant à la précarisation généralisée de la jeunesse en France. Qu’est-ce que faire ses études aujourd’hui ? C’est vivre sous perfusion. La plupart des 20-25 ans sont des Tanguy malgré eux. Comment faire face à la hausse des factures de gaz, d’électricité et à celle qui vous guette à la sortie du Monop’? L’eldorado, pour les lycéens fraîchement diplômés, ce n’est plus d’être accepté dans une grande école mais c’est d’atteindre le barème 6 du CROUS. Avec 469,70 euros pendant dix mois, c’est chiche, mais on peut vivoter. Malheureusement, peu nombreux sont les élus aux chambres universitaires exiguës et parfois miteuses. Il reste l’aide des parents, bien inégale selon les familles. Et au terme de ce long périple, c’est une traversée du désert qui attend l’étudiant à la sortie de l’université. S’il n’a ni réseaux, ni relations, ni expérience, les petits boulots entrecoupés de périodes de chômage plus ou moins longues deviennent son quotidien. Les mieux lotis arrivent alors à jongler entre les APL, le RSA ou les indemnités chômages.

Conscient du problème, le gouvernement Ayrault a lancé récemment « les emplois d’avenir ». D’ici 2014, ces 150 000 contrats aidés par des finances publiques exsangues seront prioritairement réservés à la jeunesse qui vit dans ce que l’on appelle pudiquement « les quartiers sensibles ». Non seulement, cette goutte d’eau symbolique ne modifiera pas la spirale inquiétante du chômage mais encore elle représentera les prémisses de ce que la gauche bien intentionnée veut mettre en place : la discrimination positive. Mais alors quid de ceux qui n’auront pas l’opportunité de profiter de « ce plan Marshall » pour l’emploi ? De ceux que Jamel Debbouze, égérie de « nos quartiers », appelle plaisamment « les moches »[1. Allusion à la polémique suscitée par le spectacle « Tout sur Jamel » lors de sa diffusion le 20 décembre dernier sur M6 retransmis en direct du Zénith de Paris. Voici la « saillie » de Jamel Debbouze : « Ils sont moches les gens à Montbéliard. Là, ils me regardent en direct. Quand j’y ai été, je me suis dit le nuage de Fukushima, il s’est arrêté au centre-ville. Il s’est passé quoi là-bas ? J’y ai de la famille en plus. Montbéliard, si vous m’écoutez, j’ai rien à vous dire ».]? C’est que ces autres « jeunes » n’intéressent pas grand monde. Silencieux, perdus au fond de leur vallée ou de leur campagne parce qu’ils ne pouvaient plus payer leur loyer dans la grande ville, ces arriérés, comme on sait par nature « feignasses », sont inemployables. Heureusement que l’Etat prend la peine de leur donner une piécette de temps à autre, cela contient la fronde et la révolte. Comme on sait, du moment que cette gueuserie française peut encore se payer une boulette de shit, une connexion internet et un paquet de chips, elle est comblée ! Cette sécession à l’intérieur de la jeunesse est récurrente, elle s’inscrit dans le tabou médiatique qui désigne délicatement par le terme générique « jeunes », les responsables des incidents dans «  les quartiers populaires ». Apparemment, c’est dans ces lieux que les forces de la nation se trouvent. Pourtant, inondés de subventions dans le cadre du renouvellement de l’habitat urbain, quelles ont été les avancées significatives ?

Pendant que micros et caméras sont braqués sur cette jeunesse-là, à compter le nombre de voitures brûlées le soir de la Saint-Sylvestre, la jeunesse de l’ombre se meurt à petit feu. Comme elle est polie elle ne gratifie personne de ses geignements. Accablée et vieillissante avant l’heure, on pense qu’elle ne souffre pas. Cette autre jeunesse fait des rêves de vieux. Obtenir un concours pour être fonctionnaire, tel est son nouveau graal. En France, ce qui est gravissime, c’est que l’on néglige cette lente agonie. Ce grand gaspillage des talents est patent. Alors que Gérard Depardieu fait la Une, combien de Paul et de Jacques partent tenter leur chance à l’étranger ? Si l’on parle beaucoup de la jeunesse européenne, espagnole, italienne ou grecque, qui apparemment se dirigerait en masse vers Berlin, on parle moins des cerveaux qui fuient aussi la France, car les carrières et les perspectives sont bien plus intéressantes pour les chercheurs, les ingénieurs et les docteurs à l’étranger. C’est le « sauve qui peut » général qui se poursuit en silence. Le pays sclérosé freine l’élan et les ambitions de sa jeunesse. On aura beau psalmodier des appels à l’innovation et à la recherche, force est de constater que l’ascenseur social est bloqué pour tout le monde, jeunes des champs comme jeunes des quartiers. Comment faire redémarrer l’élan d’un pays lorsqu’on ne donne pas de première chance à la relève ? Dans ce sens, les jeunes loups qui ne peuvent faire le deuil de leur illusion s’exilent. Les autres attendent seulement « le coup de bol », nouveau miracle du XXIème siècle, c’est-à-dire le CDD prolongé, ou pourquoi pas gagner à euro-millions. Entreprendre en France, voilà un mot qui tend à devenir tabou.

*Photo: Campagne emplois d’avenir

La preuve par Trappes

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trappes emeutes france

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Les récentes émeutes de Trappes ont révélé au grand jour l’existence, dans certains territoires, d’une solidarité basée sur la religion, qui prévaut sur toutes les autres. Même Le Monde doit admettre, au terme d’une enquête sur les « événements des 19 et 20 juillet »,  que le « facteur religieux a beaucoup pesé » [1. « Trappes, radiographie d’une émeute », Élise Vincent, Le Monde, 17 août 2013.]. Pourtant, si la presse semble découvrir la lune, Trappes ne constitue pas une première en la matière. Simplement, les événements de Trappes sont si limpides qu’il devient impossible de travestir la réalité ou de la taire aux Français.

Dans les deux livres[2. Banlieue de la République et Quatre-vingt-treize, Gallimard, février 2012.]qu’il a consacrés, début 2012, aux « banlieues », à l’emprise grandissante de l’islam en France et à son hégémonie dans un certain nombre des quartiers bénéficiant de la « politique de la ville », le politologue Gilles Kepel souligne que le principal ressort des émeutes de 2005 était, déjà, la solidarité religieuse. Il insiste sur le fait que ce n’est pas la mort de deux adolescents entrés dans un transformateur EDF qui avait déclenché les émeutes, mais la rumeur selon laquelle des policiers avaient lancé une bombe lacrymogène dans la mosquée Bilal de Clichy-sous-Bois. C’est donc sur la base d’une rumeur infondée que des populations se sont dressées comme un seul homme contre les institutions de la République. Chaque jour ou presque, et ce depuis des années, une forme de solidarité religieuse s’exprime par un discours de rejet d’une partie des principes et valeurs qui incarnent la France, jugés avilissants. Il suffisait de recenser ses multiples manifestations pour prendre la pleine mesure du phénomène.

Aujourd’hui, les regards se tournent vers l’Égypte ou la Syrie comme ils se sont tournés vers l’Algérie lors de la guerre civile qui en fragmenta, il n’y a pas si longtemps, le corps social, dressant les Algériens les uns contre les autres. C’est la religion, et plus précisément le degré de respect des rites et commandements religieux exigés des citoyens qui fut le ferment de la division. La question centrale était bien l’assujettissement du temporel au spirituel, ou plutôt la volonté des uns de la respecter et plus encore de l’imposer à leur voisinage. Les vecteurs du malheur furent une cohorte d’enseignants arabisants, arrivés d’Égypte et du Moyen-Orient du jour au lendemain pour remplacer, au sein du corps professoral, les coopérants techniques français – anticipant de plusieurs années la loi d’arabisation votée en décembre 1990. Dans la foulée, l’administration recruta en masse des agents qui possédaient souvent pour seule compétence la maîtrise de la langue arabe. Comme le souligne une nouvelle fois Gilles Kepel, en France, la stratégie de ré-enracinement culturel et religieux des jeunes générations de l’immigration musulmane s’opère par la transmission de la langue arabe.[access capability= »lire_inedits »] L’arabe est bien le véhicule de l’islamisation. S’il fallait en donner encore une illustration, je soumettrais à la réflexion ce passage de l’émission « Empreintes »[3. « Empreintes », France 5, février 2010.] dans lequel l’écrivain Tahar Ben Jelloun évoque le début des années 1970 au royaume chérifien : « Le ministère de l’intérieur décide d’arabiser la philosophie dans l’esprit et le but d’empêcher que les Marocains apprennent à penser, à douter et à réfléchir. Donc on va arabiser, on va enseigner la pensée islamique. » Contredisant dans les faits la volonté d’intégration qu’ils proclamaient bruyamment, les gouvernements français qui se sont succédé sont restés sourds, une fois de plus, aux mises en garde réitérées du Haut-Conseil à l’intégration, qui recommandait la suppression, au sein de nos écoles, des modules d’enseignement des langues et cultures d’origine – ELCO. À l’inverse, de nombreux responsables politiques affirmaient, contre toute évidence, que la « réappropriation de leur langue et de leur culture » était la meilleure façon, pour les jeunes issus de l’immigration, de s’intégrer en France.

Ce qu’il y a de plus effrayant, c’est le fait que tant de gens persistent dans leur refus de voir la réalité telle qu’elle est, contribuant de ce fait à l’aggravation de la situation. En particulier, nos dirigeants, qui continuent à se (et nous) payer de discours anesthésiants alors que la maison a déjà commencé à s’effondrer. Toutes les étapes de la radicalisation des discours et des comportements qui a accompagné une certaine islamisation de l’Algérie, avant de conduire à la guerre civile, s’observent aujourd’hui en France, et plus généralement dans tous les pays européens qui ont accueilli de forts flux d’immigration de culture musulmane. Il ne s’agit pas ici de l’islam du temps de Gamal Abdel Nasser, lequel faisait se tordre de rire une salle entière en racontant que les Frères musulmans voulaient que les femmes portent le voile. Il s’agit d’un islam qui ne supporte ni la critique, ni le voisinage d’autrui. En témoignent l’atrophie de la liberté d’expression à laquelle nous assistons en France, pays de Voltaire, et la conversion affichée d’élèves de souche européenne au sein d’établissements scolaires que leurs parents n’ont pas eu les moyens de fuir. Cette conversion – réelle ou simulée – devient pour eux le moyen d’échapper aux brimades et de se faire accepter dans le groupe.

Aucun pays, certes, n’a trouvé de formule magique pour organiser la coexistence pacifique de populations issues de cultures et de religions différentes. Nous, nous avons tout fait pour la rendre impossible. Il aurait suffi d’un peu de bon sens pour comprendre que cette intégration culturelle (que l’on n’osait plus nommer « assimilation ») était incompatible avec les flux migratoires massifs et le regroupement familial, principal vecteur du ré-enracinement religieux. Comment expliquer cet acharnement dans l’erreur, alors que ses conséquences funestes n’ont jamais cessé de se déployer sous nos yeux ? Il faut évoquer la raison mère de cet aveuglement, à savoir l’indifférence d’une élite politique qui nous a abandonnés, nous Français de toutes origines respectueux de l’identité républicaine, cette forme unique de l’idée nationale. Nous qui aurions pu faire la démonstration qu’une vie harmonieuse était possible ensemble.[/access]

*Photo : noodlepie.

Libé et le FN : quarante ans d’héroïque exception culturelle française

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Tout fout le camp. Mercredi dernier, Vladimir Poutine publiait une tribune dans le New York Times pour s’opposer à une intervention armée en Syrie. Quelques jours plus tard, en réponse à une pochade du sénateur républicain John Mc Cain, La Pravda annonçait qu’elle allait bientôt ouvrir ses colonnes au rival malheureux d’Obama à l’élection présidentielle de 2008. Un antirusse obsessionnel dans l’ancien journal officiel du socialisme réel : on croit rêver !

Heureusement, une poignée d’irréductibles journalistes résistent encore et toujours au confusionnisme idéologique. Pour ces héros du XXIe siècle, le fascisme n’est pas près de passer dans leur manchette. Que ceux qui s’inquiétaient de l’éviction de Nicolas Demorand se rassurent : Fabrice Rousselot, son successeur à la tête de la rédaction de Libé ne transigera pas avec la Haine. Contrairement aux séides droitisés de TF1, que Rousselot tance dans un édito d’anthologie,  le quotidien de la gauche libérale a « toujours refusé d’interviewer Le Pen père et Le Pen fille ».  Pourquoi, demanderont les ingénus ?

Tout simplement parce que « Le FN ne sera jamais un parti comme les autres ». Une phrase définitive qui fera office de démonstration pour les sourds-muets. Deuxième service : « On ne peut pas interviewer Marine Le Pen comme on interviewe n’importe quel autre dirigeant politique. » Tautologique, l’explication ? N’ayez crainte, Rousselot nous livre un troisième service : « Le danger serait alors de banaliser une extrême droite qui reste un danger pour la démocratie ». Manquent l’évocation des heures les plus sombres, quelques effluves nauséabondes, une référence bien sentie au vivre-ensemble et les narines de la gauche olfactive seront bien mouchées.

Les mauvaises langues pourront bien jaser, l’ostracisme est un antifascisme. La preuve par l’Histoire.  Le Front national est né en 1972, Libération l’année suivante. En quarante ans de cohabitation houleuse, qui peut nier que le second a terrassé le premier ?

 

Fillon a lancé la primaire

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fillon ump fn

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En juin dernier, nous nous interrogions sur les raisons qui conduisaient François Fillon à laisser le parti à son rival Copé après que ce dernier lui avait volé la victoire huit mois plus tôt devant la France entière. Nous nous montrions sévères à son égard, jugeant sa stratégie complètement illisible  car il remettait ainsi son rival en lice. Il nous manquait une pièce au puzzle. Cette pièce, l’ancien premier ministre l’a posée sur le jeu dimanche dernier en dévoilant sa feuille de route jusqu’à l’automne 2016, date de la primaire que l’UMP doit organiser pour désigner son candidat à la prochaine élection présidentielle.

En fait, François Fillon fait l’analyse suivante : l’organisation de la primaire étant actée, il ne lui sert plus à rien de perdre son temps à diriger un appareil. Il lui suffit d’entrer en campagne dès maintenant et d’entamer un dialogue avec tous ceux qui pourraient participer à cette élection d’un nouveau genre à droite. Il fait le pari d’une participation aussi forte que celle organisée par le PS et allant bien au-delà des élus, adhérents et même sympathisants de l’UMP. Parler à tout le « peuple de droite », est donc devenu sa préoccupation première, afin d’en devenir le champion incontestable et – soyons fous ! – incontesté. Sa campagne pour la primaire 2016 a débuté sur les chapeaux de roue cet été avec des opérations de com tous azimuts. Elle a continué dimanche avec cette volte-face qui a surpris Jean-François Copé et certainement aussi Nicolas Sarkozy, sur l’attitude à avoir en cas de duel FN-PS. Alors qu’il préconisait lors des élections cantonales de 2011 de préférer le candidat du Parti Socialiste, il explique désormais qu’il faut appeler à voter pour le candidat le moins sectaire, ajoutant, relancé par le journaliste qui l’interrogeait, que ce ne serait pas forcément celui du PS.

Alors que certains de ses soutiens, comme Valérie Pécresse, disaient ne pas comprendre ce que pouvait signifier cette phrase, il a donc persisté et signé vendredi soir. En une semaine, en brisant un tabou qui fait hurler de rage Harlem Désir[1. Dont on se demande, au passage, pourquoi il a si peu de foi dans le non-sectarisme des futurs candidats présentés par le parti qu’il dirige… ], il a ainsi semé le trouble parmi les caciques de l’UMP, tels Alain Juppé ou Jean-Pierre Raffarin, lequel a lancé samedi une « alerte rouge » sur Twitter. C’est dire si l’affaire est grave ! Quant à Copé, meurtri de voir ainsi son pain au chocolat jeté aux oubliettes médiatiques, il a rappelé la règle officielle au sein de l’UMP : en cas de duel FN-PS, c’est ni-ni. Fillon s’en fiche. En une semaine, il a piqué à Copé et à Sarkozy le marché de la fameuse droite décomplexée, sans même utiliser le mot. Les électeurs de droite sont en effet majoritairement favorables à une telle stratégie surtout parmi les plus politisés et mobilisés, c’est-à-dire ceux qui se pourraient se déplacer pour voter à la primaire de 2016.

Cette stratégie, pour lisible qu’elle soit devenue, convainc définitivement de la détermination de François Fillon d’aller jusqu’au bout de son ambition présidentielle. Le velléitaire qui était en lui est mort et enterré. On ne voit pas en effet pourquoi il aurait brisé le tabou suprême aux yeux des médias, et choqué ses proches, pour renoncer à être candidat dans trois ans. Mais la tactique n’est pas sans risque. Tout repose en effet sur le succès de la primaire de 2016. Et rien ne dit, pour l’instant, qu’elle en connaîtra un de même ampleur que celui de l’automne 2011 où Hollande avait battu la première secrétaire du Parti socialiste. Plus récemment, l’expérience de la primaire UMP parisienne – un vrai flop en terme de participation- montre que l’électeur de droite ne se déplace pas aussi bien que celui de gauche dans ce genre de grande messe démocratique. Si la primaire ne mobilise que le noyau dur des sympathisants UMP, Copé aurait un avantage certain, d’autant qu’il aurait placé des pions importants dans les batailles électorales locales de 2014 et 2015. Et si Copé  (ou un autre) était finalement battu par Fillon dans un contexte de participation faible, Nicolas Sarkozy pourrait profiter du flop de la primaire pour se présenter directement devant les Français, arguant de la très faible légitimité de la victoire de Fillon, poussant le vice d’en appeler à l’esprit originel des institutions créées par le général de Gaulle, ce qui ne manquerait pas de sel, avouons-le.

Le pari de Fillon est risqué mais au moins a-t-il -enfin !- commencé à jouer. Ses proches, au lieu de se lamenter, devraient s’en féliciter.