Monsieur « petites blagues » et le falot professeur d’allemand qui maîtrise si mal la langue de Goethe qu’Outre-Rhin certains se demandent quelles compétences il faut avoir pour être soit enseignant en France soit premier ministre, ne font plus rire personne. Un Président, par principe, met un peu de « Stimmung » (d’ambiance… à l’intention de H. et de A.) dans son pays : il ne le plonge pas dans une profonde léthargie. Il n’incite pas non plus, involontairement certes, ses compatriotes les plus inventifs à s’exiler (« l’exil n’est plus un droit pour les Français, mais un devoir « , titrent ironiquement des journaux étrangers) par une forme de sida fiscal qui mine le moral de chacun et laisse perplexe même ses rares partisans, surpris qu’on puisse donner tant de leçons de morale sans en respecter aucune.

La France s’ennuie aussi de voir à la tête d’une opposition qui n’en est pas une, des hommes de si peu d’envergure. L’un, François Fillon, à force d’être dans l’ombre du swingueur Sarkozy, a des allures de croque-mort. L’autre, Jean-François Copé, mais oui « le décomplexé « , court après les voix du Front National, tout en donnant la fâcheuse impression de mépriser les sentiments et les revendications de l’unique parti qui gagne en puissance.

La France s’ennuie parce qu’elle perçoit confusément que le rêve européen est devenu un cauchemar quotidien : des fonctionnaires dix fois mieux payés qu’ils ne le seraient dans leur pays d’origine prennent des décisions dix fois plus stupides sans avoir à les justifier. Un exemple parmi cent : plus de deux millions de Français prenaient un antalgique, efficace et sans effets secondaires, le Diantalvic. Parce que trois jeunes Suédois ont tenté de se suicider en abusant des doses, il est maintenant interdit dans toute l’Europe. Consternation générale chez les médecins et les pharmaciens.

Mais si la France s’ennuie, ce n’est pas uniquement parce que le président Hollande n’a pas plus de charisme qu’une carpe, que l’Europe politique est un mirage et que l’opposition d’une droite extrême et d’un Front de Gauche est systématiquement présentée dans les média comme un « poison » (c’est ainsi que Libération désigne le FN) mais aussi parce qu’on nous ressasse qu’il n’y a pas d’alternative politique crédible. Une fatalité amènerait les Français à voir leur pouvoir d’achat fondre, leur compétitivité reculer, leurs cités à être délaissées et les miséreux de la planète s’emparer en toute impunité des derniers bijoux de famille planqués ici ou là. Quant aux plus riches, comme le Qatar, libres à eux de se servir avec ostentation de nos palais et palaces. Ils auraient tort de s’en priver.

Accepter le spectacle de sa déchéance sans réagir… les Français y sont tellement habitués qu’ils détournent la tête, regardent des émissions aussi conformistes que « On n’est pas couché » où même les animateurs, pourtant dopés à la controverse, s’ennuient. Tous ceux qui rêvaient d’une France paisible dans une Europe forte ont la gueule de bois. Mais quand les Français s’ennuient, ce n’est jamais bon signe. Il y a des réveils qui sont des sursauts parfois inattendus. Pierre Viansson-Ponté, peu avant Mai 68, avait déjà écrit : « La France s’ennuie ». Il était certainement plus fin politologue et plus visionnaire que ne le suis. Mais sait-on jamais…

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