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Surveillance de la NSA: Rien de personnel!

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S’il est un moment où nos princes se seront tous retrouvés nus, c’est bien l’été 2013, quand Edward Snowden a révélé que la NSA interceptait quotidiennement plus de 16 millions de télécommunications en Allemagne. La ziggourat de Berlin n’a eu de cesse de minimiser le phénomène, déclarant qu’elle faisait entièrement confiance aux Américains « qui ont tout de même libéré l’Allemagne » – sans préciser cependant si elle avait à l’esprit la libération de 1945 ou celle de 1989. Son ministre de l’Intérieur, Hans-Peter Friedrich, clama que la sécurité était « un super-droit fondamental au moins aussi important que la liberté » ; et le ministre de la Chancellerie, Ronald Pofalla, affirma que la NSA lui avait assuré « avoir toujours respecté le droit allemand sur le sol allemand » (sur le sol, peut-être, mais apparemment pas dans l’espace), avant d’informer le Bundestag que « l’affaire était classée ».[access capability= »lire_inedits »]

Dès l’automne, cependant, et après que des journalistes de Der Spiegel eurent découvert dans les documents diffusés par Snowden que les Américains avaient placé le téléphone de la Chancelière sur écoute, tout ce beau monde a dû manger son chapeau (tyrolien, évidemment). On ne pouvait plus dire que « l’affaire était classée » ; et la Chancelière offusquée finit par appeler le Président américain – de son téléphone écouté sans doute.

Comment Angela Merkel, qui avait accueilli avec indifférence la nouvelle que des millions de ses concitoyens étaient espionnés par une puissance amie, a-t-elle pu manifester son indignation en apprenant qu’elle avait elle-même été placée sur écoute ? Comment nos princes peuvent-ils penser que ce qui s’applique désormais à tous pourrait ne pas s’appliquer à eux ? Cela tient à leur incompréhension de la vraie nature de la cyber-guerre. Pour eux, elle n’est jamais qu’un simple affrontement entre systèmes informatisés et automatisés, par machines et logiciels interposés. Elle est pourtant bien plus que cela.

Pour bien comprendre ce qu’il en est, il faut se rappeler que « cyber » nous vient du mot « cybernétique », du grec kubernêtikê qui signifie l’« art de gouverner ». En 1948, le mathématicien Norbert Wiener avait défini la cybernétique comme l’étude du contrôle et de la communication,  dans les machines comme chez les êtres vivants. Science des systèmes complexes, la cybernétique s’intéresse moins à leurs composantes qu’à leurs interactions. Ce qu’elle prend en compte, ce n’est pas la nature ou l’identité des différents éléments, mais leur comportement global.

En conséquence, la vérité n’est plus ce qui peut être prouvé mais, comme l’expliquait Michel Savage, ce qui est pertinent, c’est-à-dire ce qui fonctionne et remplit son rôle indépendamment de tout rapport à la vérité. Ainsi, si je surveille mon poids, que m’importe que ma balance soit faussée, qu’elle ne dise pas vrai, tant qu’elle me donne, jour après jour, le même poids de référence.  C’est sur cette base qu’opèrent les systèmes de surveillance par caméras en circuit fermé, dont les logiciels sophistiqués ne cherchent pas à repérer dans la foule quelqu’un en particulier comme un individu identifié et fiché, mais à y détecter un comportement hors norme : par exemple quelqu’un qui court quand tout le monde flâne, ou quelqu’un qui s’attarde quand tout le monde se presse.

On ne s’étonnera pas, après cela, que les « grandes oreilles », la NSA en tête, passent le plus clair (ou devrais-je dire le plus obscur) de leur temps, à écouter et à observer urbi et orbi, en vision et en écoute périphériques, cherchant à établir des relations entre une multitude d’éléments observés sans qu’au départ leur attention ait nécessairement été retenue par un faciès particulier, une voix familière ou un nom suspect.

Ce glissement d’une pensée scientifique fondée sur la recherche de la vérité par la preuve objective à une pensée systémique fondée sur la pertinence comportementale et relationnelle a mis ou remis au goût du jour l’adage : « Dis-moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es ». Pendant la guerre de Cent ans, les Français et Anglais combattaient un ennemi ;  de même les communistes et les fascistes en Espagne. Pour les puissances cybernétiques, il n’y a pas d’ennemi, mais la menace est partout. Donc tout le monde est un coupable en puissance. Ecoutons la conversation entre Angela Merkel et Barack Obama : elle parle de pratiques inacceptables entre amis. Encouragé par un spin-doctor, il répond: « Mais ma chère, s’il n’y a pas d’ennemis, comment voulez-vous qu’il y ait encore des amis ? » Elle : « Tout de même ! Mon téléphone personnel ! »  Obama, toujours assisté de son souffleur : « Surtout, n’y voyez rien de personnel ! »

Il y a de fait dans la cyber-guerre un basculement qui porte sur la personne : sur l’indivisibilité de l’individu, sur sa spécificité, et plus encore sur la centralité dans l’ordre des choses. La Renaissance avait expulsé Dieu du centre de l’univers pour y placer l’homme, et voilà que celui-ci, devenu individu, est chassé par le système. Dans ces nouvelles coordonnées, le secret et la vie privée, que l’homme avait longtemps tenus pour sacrés, cessent de compter – c’est-à-dire d’être pertinents. Car c’est bien cela, la transparence : non pas la quête de la vérité mais celle de la pertinence. L’impératif de pertinence s’impose même aux princes, contraints d’habiter des palais de verre.

De tout cela, cependant, nos princes entrepreneurs et entreprenants ne semblent guère conscients. Ils passent par des périodes où leurs chevilles gonflent sur leurs pieds d’argile et d’autres où la peur de ne point être reconduits dans leurs fonctions les prend violemment au ventre. Accaparés par leurs objectifs – la croissance économique, l’avancée technologique, le risque zéro, la sécurité, la suprématie –, ils ne voient pas que le système cybernétique qu’ils ont placé au centre de l’univers pour les servir les asservit, faisant d’eux des éléments aussi indifférenciés et remplaçables que le plus humble de leurs sujets. Le pourpre dont ils sont si fiers n’est qu’un cache-misère.

Peut-être qu’un jour, prenant conscience de leur affligeante nudité, ils en viendront à regretter le temps où Dieu trônait encore au centre de l’univers, quand, comme le dit si poétiquement Ishâq Ibn Zubayr, le mathématicien et cosmographe médiéval mis en scène par André Miquel dans ses Entretiens de Bagdad, « la Terre et ses habitants étaient encore au centre de l’infinie tendresse divine ».[/access]

*Photo: markus schreiber/AP/SIPA.AP21485347_000002

Acheter nazi, une honte ou une liberté?

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Vendre des objets nazis aux enchères n’est pas un délit. Et, donc, les acheter non plus. Dans une démocratie et un état de droit se flattant d’être à la hauteur, on pourrait penser que c’est le point crucial, décisif. Apparemment non.

En effet, une partie de la vente aux enchères prévue pour le 26 avril, intitulée « Prises de guerre de la 2ème DB au Berghof le 5 mai 1945 », a été annulée le 14 avril. Elle se serait rapportée notamment à des passeports de Göring et de sa femme, à un coffre en bois d’Adolf Hitler incrusté de croix gammées et à un napperon en dentelle orné d’un aigle (Le Parisien).

Les objets mis en vente provenaient de quatre vendeurs dont un sergent de la compagnie du génie de la 2e DB, âgé de 93 ans aujourd’hui.

Le catalogue de la vente, sous l’égide du commissaire-priseur Nathalie Vermot, énonçait qu’une partie des bénéfices serait reversée à l’Union des déportés d’Auschwitz.

Yves Salmon, l’expert de la vente, s’est étonné de cette annulation alors que le Conseil des ventes volontaires (CVV) avait donné son aval et qu’au mois de novembre 2013, quatre livres pris lors de la même opération à Berchtesgaden avaient été vendus à l’initiative d’un ancien de la 2ème division blindée.

Comment cette interdiction pour le 26 avril a-t-elle été décidée ?

Dès le 11 avril, le CRIF s’était « indigné du commerce » de ces pièces nazies et le Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA), qui avait jugé la vente « obscène », s’est félicité de l’annulation.

Les associations juives, durant le week-end, ont exigé l’interdiction de la vente et la saisie des objets, car, selon elles, il s’agissait « d’une atteinte à la mémoire des victimes de la barbarie nazie ».

Leur démarche a été appuyée par le ministre de la Culture Aurélie Filippetti. Sous la pression de celle-ci, une réunion de crise a été organisée au CVV, « les gendarmes du marché de l’art ».

Face à une telle situation qui avait pour but de lui faire subir une éprouvante tension, Nathalie Vermot, qui initialement avait résisté à la volonté d’interdiction au nom de la liberté, a cédé et pris les devants alors qu’elle était convoquée par le CVV le 15 avril.

Elle a obtempéré aux injonctions non pas du droit mais de la morale si l’on en croit la ministre qui a salué « une décision nécessaire au regard de l’histoire et de la morale ».

Qu’ai-je donc besoin de me mêler de cela puisqu’apparemment tout est bien qui finit bien dans le meilleur des mondes où l’éthique serait évidente, éclatante et la liberté, pourtant étayée sur le droit, infiniment secondaire ? Je mesure le danger intellectuel qu’il y a à ne pas prendre pour vérité acquise et décret incontestable une interdiction résultant de la pression d’associations juives conjuguée avec un soutien ministériel fort.

Pourtant, il me semble que si personne jamais ne s’émeut au prétexte que la cause serait à la fois dérisoire et réglée et qu’elle concerne des amateurs jugés d’emblée scandaleux de souvenirs historiques frappés d’opprobre, un jour on perdra tout sens de la liberté. Au fil du temps, au jour le jour. La morale ou prétendue telle finira par trôner victorieuse sur un champ de ruines – nos libertés fondamentales détruites et surtout la liberté d’action et d’expression.

Au risque de me faire agonir sur ce sujet périlleux, je ne vois pas au nom de quoi les désirs des associations juives, à considérer certes avec attention et respect, devraient être forcément perçus comme des ordres par l’autorité politique. Je ne la qualifie pas idéologiquement parce que je suis persuadé malheureusement que la droite aurait eu la même attitude soumise que la gauche à propos de cette vente aux enchères.

La malfaisance de l’Histoire est une épouvantable réalité au regard de l’Holocauste. Il n’y a que quelques malades qui en discutent l’ampleur et l’horrible singularité. Mais prétendre sans cesse expulser la malfaisance de nos têtes en feignant d’abolir, de mettre entre parenthèses l’Histoire est une absurdité. Qu’on le veuille ou non, Hitler, Göring et leurs objets relèvent d’aujourd’hui parce qu’ils ont existé hier et que leur condamnation sans appel n’interdit pas à qui que ce soit, s’il en a envie, d’acheter des choses reliées à leur environnement.

Dans notre espace démocratique il y a aussi, à force, quelque chose d’insupportable à voir traités les citoyens que nous sommes comme des enfants éduquer et à protéger. Comme s’il nous fallait à tout instant rendre compte de nos paroles, de nos écrits, de nos goûts, de nos plaisirs et même de nos achats, aussi étranges ou surprenants qu’ils puissent apparaître pour le sens commun.

Décidément le fait que des souffrances particulières, aussi légitimes qu’elles soient, fondées sur une mémoire douloureuse et impérieuse, puissent justifier l’annulation d’un droit fondamental, d’une liberté essentielle ne cessera pas de me stupéfier dans notre République. Celle-ci se pique d’universel mais elle est de plus en plus battue en brèche par la domination des corporations du coeur et de la morale.

Acheter nazi, alors, une honte ou une liberté ? Un choix tout simplement qui, licite, n’aurait pas eu à se justifier.

*Photo : Phil Yeomans/ Rex Feat/REX/SIPA. REX40130432_000002.

Prison pas si con

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La prison, non. Privilégions les méthodes alternatives. C’est vrai, la prison coûte trop cher. Il n’y a plus de place. Le condamné se réinsère plus facilement dans la société s’il n’en a pas été  exclu pendant plusieurs années.  Encore faut-il se donner les moyens d’une méthode alternative efficace. Or, le bracelet électronique, très en vogue aux Etats-Unis, a encore montré ces faiblesses. Le Huffington Post décrit dans un article judiciaire comment deux condamnés qui portaient des bracelets électroniques ont pu récidiver, violer et tuer leurs victime, sans être inquiétés le moins du monde.

Ils devaient pointer tous les mois au commissariat, ils avaient pointé. Même un peu en avance.

Deux premières filles disparaissent. Mais on pense encore disparition et pas meurtre. Les meurtriers-violeurs ne sont pas filés.

Aucune obligation de suivre les condamnés dans leur liberté sous condition. Et sûrement pas les moyens aussi.  On ne va pas mettre un homme derrière chaque délinquant ou meurtrier en puissance.  Ce serait un coup à exploser les tarifs d’une prison haut de gammede capitale.

Un  point positif malgré tout.  Grâce aux bracelets, on les a retrouvés, les meurtriers. Mais un peu tard, déjà  cinq meurtres à leur actif et peut-être d’autres pas encore découverts.

Alors, les méthodes alternatives, d’accord. La théorie fonctionne, mais les outils, pas toujours.

 

Affaire Sarkozy : Méfions-nous des Saint-Just!

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dupont moretti avocat

Avocat pénaliste de renom, Me Éric Dupond-Moretti, membre du barreau de Lille, a notamment plaidé dans l’affaire d’Outreau.

 Causeur. Toute la gauche et une bonne partie des médias ont bruyamment salué la divulgation par Mediapart, de retranscriptions des écoutes téléphoniques de Nicolas Sarkozy. Pourquoi Thierry Herzog et vous-même avez-vous pris la tête de la fronde des avocats. Nos libertés seraient-elles menacées ? Faut-il avoir peur ?

 Éric Dupond-Moretti. Il faut avoir peur, mais cela ne suffit pas : il faut être vigilant ! Nous vivons dans une époque de transparence absolue, que j’appelle la « transperçance », où le secret devient suspect. Pensons par exemple aux émissions de télé-réalité, où il faut étaler par le menu sa filiation, sa sexualité, ses revenus… sous le regard introspectif de millions de téléspectateurs. Et dans le domaine judiciaire, on assiste à une véritable dérive qui concerne tout autant certains juges que certains journalistes.

Voulez-vous dire que c’est le placement sur écoute de Nicolas Sarkozy, et non pas seulement la publicité, est problématique ? On nous a répété sur tous les tons qu’il était parfaitement légal…

 En écoutant Nicolas Sarkozy, on a indirectement écouté son avocat, Thierry Herzog, qui possède un téléphone uniquement dédié à ses communications avec l’ancien président.

Certes, la loi autorise d’écouter un avocat. Mais à la condition qu’on ait préalablement des éléments permettant de penser qu’il a commis une infraction punie d’une certaine peine. Or, en l’occurrence, on écoute Thierry Herzog à un moment où rien ne permet d’établir une infraction. Cette nouvelle jurisprudence est en train de vider de sa substance la loi qui protège le secret des échanges entre un avocat et son client. Or, qu’on le veuille ou non, les avocats ne peuvent pas être des justiciables comme les autres, dès lors qu’ils sont dépositaires du secret professionnel.[access capability= »lire_inedits »]

Comment la mise sur écoute d’un justiciable est-elle encadrée ?

 Un juge peut aujourd’hui placer sur écoute n’importe quel individu suspecté d’une infraction punie de plus de deux ans d’emprisonnement. En dehors de cette clause, il n’existe aucun encadrement légal. Cette procédure extrêmement légère fait que le magistrat agit selon son bon vouloir et permet un certain nombre d’abus. En théorie, l’écoute doit être limitée dans le temps, mais on peut la renouveler ad libitum et l’on ne s’en prive pas ! Dans ces conditions, ne nous étonnons pas qu’il y ait de plus en plus d’écoutes judiciaires.

Soyez clair ! Les écoutes de Nicolas Sarkozy sont-elles abusives ?

 Évidemment ! Sarkozy n’est même pas mis en examen dans l’affaire du financement libyen présumé de sa campagne de 2007, ce qui signifie que les juges n’ont pas d’indices graves et concordants. Le dossier de l’affaire libyenne  ne contient qu’un document brandi par Mediapart qui, selon Le Monde, est un faux. Nicolas Sarkozy ayant d’ailleurs déposé plainte pour faux, les journalistes de Mediapart Arfi, Mauduit et Laske sont témoins assistés dans cette procédure.

Au-delà des questions légales, ces écoutes sont-elles politiquement problématiques ?

 Ne tournons pas autour du pot : écouter pendant des mois le chef de l’opposition, c’est quand même extraordinaire ! La séparation des pouvoirs, ça ne marche pas que dans un sens ! De surcroît, en saisissant les agendas que tenait le président de la République à l’époque où il était encore en exercice et qui, donc, sont théoriquement couverts par l’immunité présidentielle, les juges risquent de tomber sur des informations classées « Secret défense » qui ne les regardent pas. C’est parce que la situation est grave que 5000 avocats de toutes obédiences politiques ont manifesté leur soutien à Thierry Herzog.

Votre confrère Jean-Pierre Mignard n’est pas de votre avis. Fustigeant ce « corporatisme malvenu », il a lancé une contre-pétition…tout en admettant qu’il faudrait sans doute mieux protéger le secret professionnel des avocats

 Ça me bouleverse toujours lorsque des avocats, comme Mes Bourdon et Mignard, cautionnent le travail de juges qui ont violé le secret des relations avocat-client. Je me demande s’ils sont plus socialistes qu’avocats ou plus avocats que socialistes… Moi, je suis de gauche et je soutiens totalement Thierry Herzog car je trouve scandaleux le sort qui lui est réservé. Une sommité comme Henri Leclerc est obligée de demander un entretien au Figaro Magazine, parce qu’à Libé, on ne veut pas avoir l’air de défendre Sarkozy et que cette affaire d’avocat écouté serait un mauvais procès ! Pourquoi ? Parce que Me Herzog serait sarkozyste ?  Dans cette histoire, il y a un petit parfum de délit d’opinion. Car lorsqu’un journaliste est placé en garde à vue pour violation du secret de l’instruction, toute la presse s’émeut, à juste titre d’ailleurs.

Ah bon, pourquoi « à juste titre » ? Les journalistes sont-ils au-dessus des lois ?

  Non, mais ils doivent, comme les avocats bénéficier d’une protection particulière, en l’occurrence, pour les journalistes le secret des sources Avocats et journalistes sont deux piliers essentiels d’une société démocratique.

 En maquillant leur ligne téléphonique au nom de « Paul Bismuth », Sarkozy et Herzog ne se sont-ils pas comportés comme des coupables, voire, comme on l’a dit, comme de petits dealers ?

 C’est plutôt la Justice qui les traque comme des vendeurs de shit ! Ils n’avaient pas d’autre choix pour pouvoir parler librement. Sur les deux documents brandis par Mme Taubira en conférence de presse, dont Le Monde prétend avoir eu connaissance en agrandissant les images, l’avocat général Lagauche et le procureur général Houlette mentionnent les écoutes et leur caractère contestable. Autrement dit, ils savent parfaitement que c’est un bricolage et qu’il sera contesté.

Le tableau que vous dressez est terrifiant. Dois-je avoir peur de la Justice de mon pays ?

 Évidemment ! Casamayor,  un des fondateurs du Syndicat de la magistrature, disait : « La Justice est une erreur millénaire qui veut qu’on ait attribué à une administration le nom d’une vertu. » Quand on a compris ça, on a tout compris. Le problème de la Justice, c’est qu’il n’y a aucune responsabilité du juge.

En somme, le problème n’est pas que la Justice soit aux ordres, mais qu’elle soit totalement indépendante ?

 L’indépendance, c’est d’abord dans la tête ! Elle peut être constitutionnellement garantie, mais il y a la réalité, les comportements… L’institution judiciaire a du mal à se contrôler.  Et le corporatisme fait le reste. Quand l’ancien président de la chambre d’instruction de Douai, qui était censé contrôler le travail du juge Burgaud[1.   Fabrice Burgaud est le magistrat qui a instruit l’affaire d’Outreau dans les années 2001-2004, quand il était  juge d’instruction au tribunal de grande instance de Boulogne-sur-Mer. À la suite du  scandale, le Conseil de la magistrature lui a infligé une « réprimande avec inscription au dossier »] , obtient une promotion, on se dit qu’il y a un gros problème. Pour lutter contre ce corporatisme, il faudrait démanteler l’École nationale de la magistrature, car elle « encaste » les futurs magistrats dans cette espèce de groupe singulier et replié sur lui-même qu’est devenue la magistrature.

Selon Edwy Plenel, le pauvre citoyen dispose de deux contre-pouvoirs : la presse et la Justice. Raison pour laquelle on voudrait, selon lui, une Justice soumise et une presse muselée. Mais, aujourd’hui, ces deux contre-pouvoirs – que personne n’a élus – ne sont-ils pas devenus des pouvoirs autonomes et tout-puissants ?


Edwy Plenel m’a ému pendant des années lorsqu’à longueur d’interviews, il nous parlait de sa mise sur écoute à l’époque de François Mitterrand. Mais, aujourd’hui, le même M. Plenel n’hésite pas à diffuser ensuite des enregistrements illégaux qu’un majordome a réalisés dans le dos de Mme Bettencourt. Et ces enregistrements sont d’autant plus illégaux qu’ils comportent des conversations entre Liliane Bettencourt et son avocat, Me Georges Kiejman[2.  Contrairement à la chambre civile de la Cour de cassation, qui les a invalidés, la chambre criminelle a pourtant estimé que ces enregistrements étaient licites.…]
Je n’ai pas envie d’une société dirigée par le gardien du temple qu’est Edwy Plenel. Il me flanque la trouille avec son intégrisme ! J’aimerais bien savoir, moi, ce que MM. Plenel, Arfi et Mauduit peuvent se raconter en privé… dommage que le respect dû à leur intimité me l’interdise ! (Contrairement à la chambre civile de la Cour de cassation, qui les a invalidés, la chambre criminelle a pourtant estimé que ces enregistrements étaient licites)

Plenel est déjà au pouvoir ! Ainsi peut-il aller à la télé et sommer la Justice d’ouvrir telle ou telle enquête : bientôt, il ordonnera lui-même des écoutes !

 M. Plenel a oublié un petit document,  la charte de 1907, qui indique que les journalistes ne doivent pas se comporter comme des flics. Franchement, je préfère Zola défendant Dreyfus à Plenel balançant Cahuzac… Ce n’est pas son boulot ! Il y a des magistrats, au parquet, dont c’est le métier. Écrire au procureur de la République pour demander l’ouverture d’une information, c’est monstrueux ! Il existe une telle proximité entre certains juges et certains pseudo-journalistes devenus procureurs que ces derniers font partie intégrante de la stratégie judiciaire ! Ils sont des collaborateurs de la police et de la Justice, ce qui est à des années-lumière de ce que doit être le journalisme ! Méfions-nous des Saint-Just !

Mais même quand les médias ne prétendent pas dicter leur conduite aux juges, ils divulguent en direct des éléments (à charge) du dossier d’instruction…

 Oui et j’ajoute que, comble de l’ironie, dans les perquisitions menées chez Thierry Herzog,  l’une des justifications évoquées est… la violation du secret de l’instruction ! Or, le lendemain, Nice-Matin bafouait ce secret de l’instruction en rapportant la perquisition qui venait d’avoir lieu. Le champ des possibles auteurs de cette fuite est quand même extrêmement réduit… Il serait donc logique que des policiers ou des juges, perquisitionnent les domiciles de leurs confrères pour trouver l’auteur des violations…

Ne jouez pas les naïfs ! Vous-même, n’avez-vous jamais parlé d’une affaire en cours à des journalistes quand cela pouvait être utile à votre client ?

 Il m’est arrivé, à de très nombreuses reprises, de violer le secret de l’instruction. Mais pas pour bousiller l’honneur d’un homme ! Que font tous les grands moralisateurs médiatiques de la présomption d’innocence ? Quand ces Torquemada se retrouvent devant la Justice, ils en appellent à un principe qu’ils violent allègrement. Ainsi, Plenel, Arfi et Laske essaient d’obtenir l’annulation de leur statut de témoins assistés.

Justement, à partir du moment où aucun tribunal ne condamne un journaliste ou un magistrat pour une fuite, que reste-il du secret de l’instruction, donc de la présomption d’innocence, donc de la Justice elle-même ?

L’œil ne se regarde pas voir….

 Comme disait Lénine, que faire ?

 Je ne veux pas limiter la liberté des journalistes, mais peut-être doivent-ils organiser leur profession en énonçant un certain nombre de règles dans une charte.

Au-delà de la responsabilité des journalistes, certains veulent nous faire entrer dans un monde entièrement transparent. Benoît Hamon a déclaré : « Il n’y a aucun problème à être écouté si l’on n’a rien à cacher. » N’est-ce pas effrayant ?

 Il y a aussi des raisons d’être optimiste. Les Français préfèrent raconter leurs histoires à un Thierry Herzog, qui leur garantit la confidentialité, qu’à un Edwy Plenel qui va tout balancer. Le règne de Plenel et consorts ne peut pas perdurer longtemps, il va y avoir un sursaut. J’étais avec Thierry Herzog ce week-end, et il fallait voir  le nombre de gens qui l’ont arrêté pour le soutenir en disant : « On n’est pas sarkozystes, on est de gauche… Mais on trouve scandaleux que vous ayez été écouté. »

Je ne partage pas votre optimisme. Au nom de la démocratie, un mouvement de fond entend contrôler les « puissants », les empêcher de commettre des turpitudes. Et en même temps, il est vrai que, malgré la nécessaire dimension de secret que recèle le pouvoir, certaines révélations peuvent représenter un progrès démocratique.

 Je ne suis pas d’accord. Quelle différence y a-t-il entre Closer qui diffuse des photos du président de la République qui sort de chez sa copine et Mediapart qui raconte un certain nombre de choses couvertes par le secret professionnel ? Moi, ça m’inspire le même dégoût !

On peut vous rétorquer que, sans des journalistes qui emploient ces méthodes-là, on n’aurait pas su que le ministre du Budget avait un compte en Suisse… 

 Ce n’est pas la révélation du compte en Suisse qui me gêne que la démarche consistant à demander au Procureur de la République d’ouvrir une instruction.

N’empêche, si Mediapart n’avait pas révélé l’existence de ce compte, Cahuzac n’aurait pas été poursuivi…

 Sur les trois « informations » qui ont été livrées par Mediapart concernant Cahuzac, il y en a deux qui sont complètement bidon !

Que les journalistes qui détiennent des informations sur les puissants susceptibles d’intéresser le fonctionnement démocratique fassent leur métier. Mais ils ne doivent pas puiser ces révélations de manière illégale. Il y a des limites à ne pas franchir : la vie privée ou le secret de la correspondance. On ne se rend pas compte du caractère liberticide de certaines méthodes journalistiques !

En somme, vous préférez ne pas savoir que savoir grâce à de telles méthodes ?

 La fin  ne justifie pas tous les moyens.

 Revenons à l’affaire des écoutes Sarkozy. Pour dire les choses clairement, le pouvoir politique instrumentalise-t-il la Justice ?

 Bien sûr, et c’est vieux comme le monde !

Voulez-vous dire que les écoutes auraient pu être ordonnées en haut lieu ?

Ce qui est extrêmement troublant, ce sont les prises de position des juges : l’« appel des 82[3.  En juin 2012, 82 magistrats signent une tribune dans Le Monde où ils dénoncent, à mots à peine couverts, la politique de la droite (2002-2012) en matière de lutte contre la corruption.] » pose un problème en termes de procès équitable. Le « mur des cons », cela vaut bien les « bâtards de Bordeaux » de Thierry Herzog ! Les  juges qui ont eu à intervenir dans les dossiers qui mettent prétendument en cause l’ancien chef de l’État – Thépaut, Daïeff, Tournaire, Gentil –, s’étaient tous exprimés contre lui. C’est quand même stupéfiant !

Donc, le problème n’est pas que le pouvoir instrumentalise les juges mais qu’eux-mêmes aient des opinions politiques ?

 Oui, mais ce n’est même pas l’essentiel. Certains juges rêvent tout simplement d’en découdre avec des personnages importants, ce qui ne peut que servir leur propre notoriété… C’est le fantasme du tableau de chasse. Demain, si François Hollande a des emmerdements, il se retrouvera confronté aux mêmes juges.[/access]

*Photo: Hannah

Qu’est-ce qu’on a fait au cinéma français ?

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clavier lauby bon dieu

On ne dira jamais assez combien Youtube est utile au cinéphile. 95% des films français se résumant à leur bande-annonce, une petite visite sur les sites de vidéo vous épargne un temps et un argent précieux.

Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ?, qui sort aujourd’hui dans toutes les mauvaises salles de cinéma, n’échappe pas à la règle. Comme les meilleurs critiques de cinéma, je me suis contenté de regarder la bande-annonce pour en faire l’exégèse. Je ne vous raconterai donc pas ce que ce film dit, mais ce qu’il veut dire.

‎Ça tombe bien, le « pitch » de cette œuvre oubliable tient à l’aise sur un confetti : un couple de vieux cathos, joués par Christian Clavier et Chantal Lauby (qu’on préférait en Barbara Gourde ou Pénélope Solète…) est poursuivi par une étrange malédiction : toutes ses filles épousent qui un musulman, qui un juif, qui un chinois, qui un noir. Désespérés par leur progéniture, les deux époux font grise mine à chaque mariage, pour le plus grand bonheur des scénaristes qui enfilent les gags éculés comme les grains d’un chapelet. « Les Français sont mauvais et bêtes », entend-on dans la bouche du beau-père africain dit « Amin Dada » (quelle trouvaille humoristique !). Cela va sans dire, toute autre catégorie ethno-raciale aurait crié à la stigmatisation mais comme l’axiome « catholique = français = cible gratuite et sans danger » semble faire l’unanimité, aucune ligue de vertu antiraciste ne portera plainte à l’énoncé de cette réplique un peu raide. Si d’ordinaire vous envisagiez d’adapter les mêmes vannes qui tachent en visant une autre communauté, fût-ce pour faire rire, je vous conseille de vider votre P.E.L et vous souhaite bien du bonheur à la 17e chambre.

Le catho, une cible trop facile ? Il est évidemment bien plus aisé de taper sur la majorité opprimée qui consent à marier ses filles avec des « étrangers », sans pousser à la conversion. Imaginez le même scénario avec un juif ou un musulman, cela eût exigé un peu plus de courage, de celui dont fit preuve Roschdy Zem lorsqu’il écrivit et mit en scène Mauvaise foi, l’histoire toute simple d’un musulman qui épouse une juive, avec les complications familiales que l’aventure comporte. Cela ne donna pas le film du siècle mais une gentille comédie romantique bien plus digeste que les facéties lourdingues du Jamel Comedy Club filmées par l’équipe de Neuilly sa mère.

Espérant décrocher le jackpot, Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? reproduit la bonne vieille recette terra-noviste d’Intouchables : de manière subliminale, chaque scène suggère que le salut de la vieille tranche passe par l’enfant d’immigré. Ici, les vieux cathos réacs et fachos – rayer la mention inutile – sont tout juste bons à engendrer de sublimes jeunes filles fuyant le carcan familial dans les bras de la France multiculti. Par l’alliance de la droite Neuilly (Clavier) et de la gauche Montreuil (l’ex-« Nuls » Lauby), la production compte certainement drainer toutes les classes sociales. Encore une grosse ficelle pour attraper le spectateur comme un gardon affamé et faire un carton en salles !

Attention, ne me faites pas dire ce que je n’ai ni écrit ni pensé. En tant qu’enfant de couple mixte, avec un pied corrézien et l’autre tunisien (ce qui fait certes beaucoup de défauts pour un seul homme…), le métissage ne me hérisse pas pour deux sous. Mais, contrairement à ses croyants zélés, le pratiquant que je suis se fatigue des prosélytes…

Aymeric Caron, citoyen modèle

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aymeric caron ruquier

À l’issue des municipales, l’alternance reprend ses droits et, alors que le printemps fait son apparition et que les chaises au gouvernement deviennent musicales, nous nous sommes demandés ce qu’il pouvait advenir du vaillant Aymeric Caron, qui aurait certainement mérité une place de ministre.

Il était une fois, dans un royaume fort fort déprimé, un preux chevalier du nom d’Aymeric Caron. De fort belle allure, tenant toujours le verbe haut, le preux Galaad du politiquement vertueux pourfendait avec l’étincelante épée de la rhétorique les malfaisants suppôts de la réaction et les zélés zélotes du traditionalisme passéiste. Chaque samedi soir, devant un auditoire gagné à sa cause et sous l’œil reconnaissant et complice de son mentor, Aymeric ferraillait avec les démons ennemis du Bien, avec leurs robes grises, leurs bonnets carrés, leurs faces terreuses et leurs propos haineux. Roide, tranchant et impitoyable, il renvoyait à leurs accointances nauséabondes les alliés des tyrans, les ennemis de la grande fraternité des peuples, les partisans de la discrimination et les serviteurs de la Bête Immonde. Audacieux jusqu’à l’inconscience, enfonçant avec rage toutes les portes ouvertes, même celles des plus petits cagibis de l’évidence, chambellan de l’ordre de la moraline et grand simplificateur de procès en intention, Saint Aymeric Caron tançait quotidiennement le pays gagné par la sinistrose et la haine de l’autre et levait haut son écu, frappé du blason de l’amour, pour rallier à lui dans sa glorieuse croisade tou-s-t(es) les citoyen-s-nes du Ier au XXe arrondissement, de Montreuil au Marais, des Ami(e)s de la Terre à Terra Nova, tou(s)-tes les défenseur-s-seuses-suze de la communion des cultures, de la déconstruction des stéréotypes identitaires et de l’interopérabilité des transgressions de genre. Bref, Aymeric Caron commençait à taper sur les nerfs d’un peu tout le monde.

Le salut est venu des élections municipales. Au soir du deuxième tour, le peuple assemblé, et ingrat, comme d’habitude, en dépit de tout ce que l’on fait pour lui, a adressé un démenti cinglant à Aymeric Caron. « La Gifle » titrait entre les deux tours un magazine, montrant en couverture un François Hollande faisant la moue, mais cette gifle n’a que très éphémèrement agité les micro-particules du chef de l’Etat décomposé en minces volutes de velléités incertaines et elle est passée également à travers la forme éthérée du spectral premier ministre pour atteindre en plein visage Aymeric Caron. Pauvre Aymeric Caron ! Natacha Polony lui fait déjà bien des misères et le voilà maintenant prisonnier d’une France chassée du paradis sociétal à cause du manque de savoir-vivre d’une province mal embouchée.

Heureusement, il reste Paris, ville-lumière où le FN fait encore sourire et où Anne Hidalgo est à peine menacée par NKM, sorte de Ségolène de droite. Mais si les loups ne sont pas encore entrés dans Paris, ils sont aux portes. Ils occupent le sud de la France, campent en banlieue et lancent même à l’ouest une vaste reconquête. Partout le compteur Geiger de la droitisation des esprits s’affole et le fervent végétarien qu’est Aymeric Caron doit se sentir bien seul dans ce pays qui a mangé de la vache enragée à chaque tour des élections et dédaigne désormais l’onctuosité douceâtre du socialisme saumoné pour les saveurs plus fortes de l’entrecôte au bleu. Le raz-de-marée du mécontentement a tout englouti et il va désormais falloir se montrer bon nageur car quand tout va à l’eau et que les illusions sont détruites, il faut savoir pagayer ferme pour remonter le courant avec elles.

Depuis son arrivée en Ruquierie, Aymeric Caron s’est imposé, au fil de ses interventions, comme le symbole médiatique et cathodique de l’ère Hollande. Le président normal et le chroniqueur nordiste ont accédé aux plus hautes fonctions, chacun dans son domaine, à quatre mois d’intervalle. Et ils ont tous les deux en commun d’être arrivés trop tard. François Hollande a s’est cru en Mitterrandie, dans la France des années 80, de SOS Racisme, du virage libéral de Fabius, des premières envolées du FN et des premières apparitions du beauf de Cabu. Quant à Aymeric Caron, question de génération sans doute, il se croit visiblement encore dans les années 90, avec leur cortège de manifestations antiracistes et d’artistes conscientisés répétant à l’unisson les mêmes slogans et déclinant sur tous les modes et à tout propos les mêmes poses de résistants de pacotille, celles qu’affectait  la jeunesse des années 90 qui ne cessera pas, avec sérieux et bonne conscience, de scander jusqu’à l’aube de la quarantaine assagie qu’elle emmerde le Front national.  Chacun des deux a donc rejoué sa partition comme il pouvait, François Hollande transformant la force tranquille en immobilisme placide et Aymeric Caron passant aléatoirement de la rhétorique « Touche pas à mon pote » aux engueulades  avec Naulleau dans Touche pas à mon poste, des portrait-procès d’On n’est pas couché aux polémiques avec Natacha dont la sensibilité apollinienne semble provoquer en réaction chez le chroniqueur une dérive de plus en plus a-polonyenne.

Les résultats catastrophiques enregistrés dimanche par la gauche ne délivreront sans doute pas tout de suite le pauvre François Hollande de l’exercice bien compliqué du pouvoir mais elles auront peut-être pour effet de nous délivrer, au moins un peu, d’Aymeric Caron. Non pas que Laurent Ruquier, prenant acte du démenti infligé par les électeurs se risque, dans son équipe, à un remaniement de l’ampleur de celui qui guette l’actuel gouvernement, mais parce qu’elle va peut-être amener son chroniqueur vedette à réaliser qu’il ne sert décidément pas à grand-chose d’accuser à tort et à travers ses contradicteurs de banaliser les idées du Front national dans un pays dont une partie de la population supporte de moins en moins qu’on banalise tout simplement le fait de la mépriser.

Le gaz de schiste n’est pas une énergie rentable

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Engagées dans le combat contre l’exploitation du gaz de schiste, Doris Buttignol et Carole Menduni ont réalisé le documentaire No Gazaran en salles depuis la semaine dernière.

Daoud Boughezala : Fruit d’une enquête de trois ans, No Gazaran nous alerte sur les dangers des gaz de schiste. Mais si nous mettions au point une technique d’extraction sûre, pourquoi la France se priverait-elle d’une ressource énergétique domestique?

Doris Buttignol et Carole Menduni  : Il n’existe pas de technique d’exploitation sûre des gaz et huiles de schiste. À partir du moment où on fracture la roche mère, on fait remonter des éléments (métaux lourds, particules radioactives…) du sous-sol profond à la surface en contaminant les couches intermédiaires.

Aux Etats-Unis, l’exploitation s’est faite dans un  cadre de dérégulation (Halliburton loophole) mis en place en 2005 par Dick Cheney lorsqu’il était vice-président sous George W. Bush qui exempte les gaziers pratiquant la fracturation hydraulique de la loi sur l’eau potable. Depuis 2009 plusieurs membres du Congrès tentent de faire invalider cette loi qui explique que la fracturation hydraulique chimique est pratiquée à si grande échelle sans que les dégâts environnementaux et sanitaires soient imputables aux industriels. Exploiter le gaz de schiste en France n’entraînerait pas de gains économiques pour la population, notamment parce que l’expérience américaine n’est pas transposable. Thomas Porcher, auteur du Mirage du gaz de schiste, rappelle que la production de gaz ne crée que très peu d’emplois c’est pour cela que les spécialistes la qualifient de « rente gazière ». Pour créer des emplois, il faut forer massivement et en continu, comme le font les Etats Unis. L’exploitation du gaz de schiste ne ferait pas baisser les prix du gaz en Europe car le marché du gaz européen ne fonctionne pas comme le marché du gaz américain, c’est un marché plus rigide. Pour que le prix baisse, il faudrait produire une part de marché suffisamment forte pour être en position de renégocier les contrats avec nos fournisseurs traditionnels.

La fracturation hydraulique est-elle une technique incontournable? Pourquoi ne gêne-t-elle pas la Pologne alors que la loi française interdit toute expérimentation en la matière?

Pour l’instant, il n’existe pas d’autre technique opérationnelle que la fracturation hydraulique. Celle récemment défendue par Arnaud Montebourg par fracturation au fluoropropane est de la bouche même des pétroliers dangereuse pour l’environnement, aléatoire et très coûteuse.

« La fracturation hydraulique à base d’eau est selon nous la technique fiable et éprouvée », explique Bruno Courme, directeur de Total Shale Gaz Europe. « Il n’y a pas véritablement d’alternatives », acquiesce Pascal Baylocq, président du club de réflexion sur les hydrocarbures de roche mère. « Pour les gaz de schistes, aucune autre technologie n’est disponible, à notre connaissance », renchérit Gilles Pijaudier-Cabot, directeur du laboratoire des fluides complexes et leurs réservoirs. Des avis qui traduisent le message des industriels : la fracturation hydraulique reste incontournable.

De surcroît, une récente étude de l’Office américain de géologie démontre que l’usage de la fracturation hydraulique peut générer des tremblements de terre pouvant atteindre 5,7 sur l’échelle de Richter. Au même moment, la production de gaz issu de la fracturation hydraulique vient d’être stoppée dans le Queensland en Australie après la découverte d’amiante dans les fluides de forage résultant de l’utilisation de la fracturation hydraulique.

Vous vous référez fréquemment à l’exploitation du schiste aux Etats-Unis. Contrairement à une idée reçue, cette industrie n’est plus très florissante. Pourquoi?

La soi-disante “révolution du gaz de schiste” aux Etats Unis se révèle être un échec. L’extraction de gaz de schiste est en train d’être abandonnée par des compagnies comme Shell et BP en raison de sa non-rentabilité. Il faut comprendre que les industriels ont gagné de l’argent sur la spéculation liée au mirage du gaz de schiste et non sur l’exploitation (le gaz est vendu à moitié de son prix de revient).

Différents articles dans la presse américaine sonnent l’alerte. C’est en particulier le cas de William Engdhal dans un texte de NSBC international en date du 9 avril dernier. Il rappelle que les prévisions d’exploitation du gaz de schiste en Amérique sont de plus en plus pessimistes. La fin de la bulle d’exploitation de ces dernières années est désormais en vue. Elle avait fait croire un moment que la dépendance en pétrole d’importation allait cesser. Or les grandes compagnies pétrolières renoncent désormais à investir . Dans quelques années, on peut prévoir que les territoires dévastés par l’exploitation sauvage du « shale gaz » ne comporteront plus que des puits rouillés.

Par ailleurs, l’exportation d’hydrocarbures non conventionnels vers l’Europe pour suppléer au gaz russe nécessiterait des infrastructures très coûteuses qui devraient être amorties sur un demi siècle. Cette solution est donc totalement irréaliste !

 

Y a-t-il un Président à l’Elysée?

De mémoire de République française on n’avait jamais vu ça depuis que les sondages d’opinion existent. Un président comptabilisant seulement 18% de satisfaits ! Circonstance aggravante, son premier ministre, à peine nommé, obtient 40 points de popularité de plus que lui.

Au-delà de ce fossé abyssal, une question simple mériterait d’être posée : si  58% des sondés sont satisfaits de Manuel Valls, pourquoi n’expriment-ils pas un satisfecit au chef de l’Etat qui a su faire le bon choix pour Matignon? On peut raisonnablement penser que c’est parce que les Français plébiscitent à travers Manuel Valls la perspective d’un tournant politique et surtout économique dans la gestion des affaires de l’Etat. Mais pas n’importe quel changement : leur vote aux municipales prouve amplement qu’ils veulent un virage à droite.

Ce qui n’a pas empêché mélenchonistes trotskystes et communistes de réclamer dans la rue, samedi dernier, une inflexion exactement inverse de la politique gouvernementale.

Aux cris de «contre l’austérité la vraie gauche est dans la rue», ils entendaient dire leur colère contre les premières mesures de la politique de l’offre à laquelle l’Assemblée nationale a voté sa confiance. C’est à ces signes de fureur envoyés par une bonne partie de sa base politique que François Hollande devra répondre, tout comme à la gifle que lui a donnée le suffrage universel. Le Président est aujourd’hui comme en lévitation au-dessus d’une mêlée qu’il a lui même provoquée entre une gauche molle à laquelle il a confié la tête du gouvernement et une gauche dure vent debout contre lui.

Quand François Hollande, suivant son penchant naturel, décide de ne rien décider comme il l’a fait pendant deux ans, ça ne marche pas. Quand il choisit enfin de faire des choix, ça ne passe toujours pas. Ni à sa droite, ni à sa gauche. Avouez qu’on a connu des situations plus confortables.

Objectif Sarko

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sarkozy-kadhafi-affaires

Ça y est ! Cette fois-ci, il est fait aux pattes. Il ne s’en relèvera pas. Nicolas Sarkozy, même pas encore revenu en politique, serait-il déjà hors-jeu ? Comme au bon vieux temps de Clearstream, des sous-marins de Karachi ou de l’affaire Bettencourt, le buzz politico-médiatique ne laisse aucun doute : les écoutes téléphoniques vont inévitablement conduire à la mise en examen de l’ex-président pour « violation du secret de l’instruction » et « trafic d’influence ». La violation du secret de l’instruction, c’est – soit dit en passant – exactement le délit commis par les journaux qui ont publié lesdites écoutes. Oui mais, quand la presse viole le secret de l’instruction, c’est parce que « le droit à l’information est une exigence démocratique », rappelle Edwy Plenel, le patron de Mediapart. Quand Sarko fait la même chose, c’est pour servir ses intérêts. En l’occurrence, essayer de savoir si la Cour de cassation va ou non lui rendre ses agendas saisis par la justice, et pouvant contenir des renseignements explosifs sur ses diverses casseroles judiciaires. L’autre incrimination est plus infamante : « Trafic d’influence ». Mais qui est visé ? Est-ce l’ancien président qui, en échange de renseignements sur son affaire, aurait promis à Gilbert Azibert, avocat général à la Cour de cassation, d’appuyer sa candidature à la sinécure de conseiller d’État à Monaco ? Est-ce au contraire Azibert qui est dans le collimateur pour avoir pris contact avec trois conseillers de la Cour afin de tenter d’infléchir leur décision ?[access capability= »lire_inedits »]

Difficile d’y voir clair. Les éléments publiés sont en effet des morceaux choisis d’une synthèse policière de sept écoutes pratiquées depuis septembre 2013 à la demande des juges Serge Tournaire et René Grouman, mais qui ne sont pas encore versées au dossier d’instruction. Seule en dispose officiellement la police judicaire qui les a réalisées. Et il n’est pas interdit de penser que le bon citoyen qui les a fait fuiter a soigneusement sélectionné ce qu’il convenait de révéler dans le cadre de l’« exigence démocratique ».

Mais au fait, comment les deux juges qui enquêtent sur un éventuel financement de la campagne présidentielle de 2007 par la Libye en sont-ils arrivés à la Cour de cassation ? Comment est née cette affaire qui leur donne le droit de farfouiller dans la vie politique et privée du futur adversaire de Hollande en 2017 ?

Tout commence avec un document publié par Mediapart le 28 avril 2012 − à huit jours du second tour de l’élection présidentielle. Selon ce bout de papier écrit en arabe, Mouammar Kadhafi a financé, à hauteur de 50 millions d’euros, la campagne de Sarko en 2007. L’accusation est explosive. Mais deux ans plus tard, elle a fait long feu. L’enquête des juges René Cros et Emmanuelle Legrand, saisis à la suite d’une plainte de Sarkozy, a en effet quasiment établi qu’il s’agissait d’un faux. Ce que pense aussi le parquet de Paris.

C’est dans ce contexte qu’arrive le deuxième événement, qui va formellement déclencher l’ouverture de l’information judiciaire pour « corruption » qui a donné lieu aux écoutes. Il s’agit des déclarations « spontanées » d’un menteur pathologique : Ziad Takieddine. Mis en examen un nombre incalculable de fois dans l’« affaire de Karachi », notamment pour « faux témoignage ». Un beau jour de décembre 2012, il lui prend l’envie pressante de faire des confidences au juge Renaud van Ruymbeke, son juge d’instruction, qu’il traitait jusqu’alors de « malade mental », affirmant qu’il le « ferait condamner en justice » pour ses errements procéduraux. Alors qu’il avait affirmé aux enquêteurs, peu après la publication de la note de Mediapart, que celle-ci était « clairement un faux », il change de tactique et raconte au magistrat ce que celui-ci rêvait d’entendre : « Je peux vous fournir les éléments existants sur le financement de la campagne de Nicolas Sarkozy » par la Libye. Et ce, précise-t-il, « au-delà de 50 millions d’euros ». Pressé par Van Ruymbeke de donner des preuves, Takieddine se défile. Comme il le fera début 2013, alors qu’il avait promis ces fameuses preuves à au moins trois journalistes. Qui attendent toujours. Des accusations sans le moindre élément de preuve ? Il en faut plus pour dissuader le parquet d’ouvrir une information judiciaire, confiée aux juges Grouman et Tournaire, en avril 2013.

Les juges plastronnent puis battent en retraite Les juges ne traînent pas. Perquisitions, et surtout écoutes téléphoniques de Sarkozy pendant plusieurs mois. Des fois qu’il aurait une conversation compromettante avec Kadhafi (mort depuis plus de deux ans) sur des événements censés s’être produits il y a sept ans ? Qu’importe ! Les éléments recueillis à cette occasion vont permettre d’ouvrir d’autres fronts judiciaires, comme – aujourd’hui – la violation du secret de l’instruction et le trafic d’in- fluence. Et cette instruction-gigogne connaîtra sans doute d’autres rebondissements.

Ce n’est pas la première fois qu’est mis en œuvre cet infernal système à deux temps : recueillir un élément – même non étayé – et, à partir de là, ouvrir une information judiciaire. Qui s’avérera, selon le mot d’un des protagonistes du dossier Tapie, une « machine à faire surgir des délits ». Réels ou imaginaires ? Qu’importe, s’ils font le buzz ! Rappelons-nous, par exemple, de l’« affaire Clearstream », dans laquelle Sarkozy était accusé de posséder un compte bancaire occulte à l’étranger. Ouverte sur la base de faux listings qui ne résistent pas à des vérifications élémentaires, elle éclate au printemps 2004. Ça tombe bien, six mois plus tard, l’UMP doit choisir son président – c’est-à-dire son candidat à l’élection présidentielle de 2007 – entre Villepin et Sarkozy. Les médias s’emparent de l’affaire, Le Point titrant le 8 juillet sur « L’affaire d’État qui fait trembler toute la classe politique ». De quoi dissuader les militants de choisir un président-candidat qui aurait toutes les chances de se retrouver en cabane à brève échéance. Mais le juge Van Ruymbeke garde son sang-froid, et la manip avorte. En 2010, ce sera l’« affaire Karachi ». Un curieux reçu bancaire arrive en mars sur le bureau d’Olivier Morice, l’un des avocats des victimes. Ce document griffonné à la main – qui a bien pu le conserver depuis quinze ans, et dans quel but ? – indique qu’Édouard Balladur a versé plus de 10 millions en liquide sur son compte de campagne en 1995. C’est clair, il s’agit de rétrocommissions provenant notamment de la vente de trois sous-marins au Pakistan. Balladur n’intéressant plus grand monde, c’est évidemment Sarkozy qui est visé. La presse ne s’y trompe pas : « Karachi : l’affaire qui fait peur au président », titre L’Express (6 mai). Un an plus tard, Le Monde note que « l’enquête sur l’affaire Karachi se rapproche de M. Sarkozy ». Six mois encore et, le 25 septembre, en pleine période pré-électorale, Mediapart pose la vraie question : « Sarkozy peut-il encore être candidat ? » Les juges Van Ruymbeke et Roger Le Loir y répondront en 2014 en refusant de renvoyer Sarkozy devant la Cour de justice de la République, faute d’avoir réuni contre lui des « indices graves et concordants ».

Pareil dans l’affaire Bettencourt. En juin 2010, Mediapart publie des enregistrements pirates réalisés au domicile de la milliardaire. On y parle fraude fiscale. La comptable (plus tard mise en examen pour « faux témoignage ») et le majordome de Mme Bettencourt, témoins directs de rien mais lourdement accusateurs, font monter les enchères : financement illégal de la campagne présidentielle de 2007, trafic d’influence, etc. Coup de tonnerre final : l’ex-président est mis en examen en mars 2013 par le juge Jean-Michel Gentil pour « abus de faiblesse ». Contraint, six mois plus tard, de battre en retraite et de prononcer un non-lieu.

Mais une instruction judiciaire qui fait chou blanc n’est pas perdue pour tout le monde ! Évoquant les récentes écoutes de Sarkozy, le Journal du dimanche a rapporté des propos prémonitoires tenus le 17 février par François Hollande à des députés socialistes : « Sarkozy ? Ne vous inquiétez pas, je le surveille. Je sais exactement ce qu’il fait. » Le 13 mars, sur Europe 1, Michel Sapin confirme la déclaration présidentielle avec un désarmant lapsus : « On va continuer à s’occuper des enquêtes de Nicolas Sarkozy… Enfin, les juges vont continuer à s’occuper des enquêtes de Nicolas Sarkozy. » T’as le bonjour d’Alfreud ![/access]

*Photo: STEVENS FREDERIC/SIPA.00553345_000001

Hollande, prof réac?

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Il charrie le proviseur, enfin le Président de la République. C’est vrai quoi, il est pas cool François Hollande : figurez-vous qu’il vient d’interdire l’usage du portable pendant le Conseil des ministres. Non, ça c’est trop dur. Et même, je pèse mes mots, réactionnaire ! On ne lui a pas dit que l’école de papa c’était fini ? Oui, vous savez dans ce passé obscur, on avait des punitions quand on lisait en loucedé pendant les cours de maths. Et voilà que le chef de l’Etat prétend imposer ces règles d’un autre âge à ses pauvres ministres – alors que, franchement, c’est pas leur genre de bouquiner pendant que le Président cause, non leur truc, c’est plutôt de twitter, surfer et chatter. On ne va tout de même pas leur reprocher d’être de leur temps. Et pourquoi pas, tant qu’on y est, le retour des châtiments corporels ou des heures de colle pour ceux qui n’auront pas de bons résultats ? Et pour ceux qui se seront fait pincer en train de s’en griller une dans leur bureau, on fait quoi, l’exclusion temporaire ?

Fini de rire ! Ce sera la devise de cette nouvelle phase du quinquennat, une phase de combat, a dit le patron. Avec cette mesure de choc, annoncée en grande pompe par le porte-parole du gouvernement, le bon peuple sait qu’il y a un capitaine à la barre du bateau France. Espérons qu’on ne verra pas un récalcitrant excédé brûler un vélib dans la cour de l’Elysée ou taguer la façade.

Les plus charitables assurent que cette révolution vise à assurer la confidentialité des débats. Alors que les enregistrements réalisés clandestinement par Patrick Buisson à l’époque de Nicolas Sarkozy viennent opportunément d’atterrir sur le bureau d’un juge, il ne faudrait pas que les murs de l’Elysée deviennent des passoires. Le pire, c’est que si on assistait en direct à leurs petites réunions du mercredi, on découvrirait peut-être qu’il ne s’y dit rien qui vaille la peine d’être caché. Non, je n’ose penser une pareille chose. Et puis, ça c’est les méthodes des fachos, à gauche on ne mange pas de ce pain-là. Sauf pour la bonne cause. En 2007, juste après la primaire remportée après une blitzkrieg par Ségolène Royal, un journaliste du Monde avait pu suivre en direct le Bureau national du PS grâce à un téléphone aimablement laissé dans un coin. Mais il s’agissait d’informer les citoyens.

Je ne crois pas que François Hollande cherche à protéger les secrets de l’Etat. Non, la triste vérité, c’est que nos ministres sont aussi dissipés que de vulgaires députés braillards. Après tout, ce sont des gens comme nous : ils ont bien le droit de rappeler à leur conjoint que les Dugland viennent dîner ce soir et qu’il faut acheter le pain, d’envoyer à leur copine la photo de la paire de chaussures qu’ils enfin qu’elles viennent d’acheter en soldes ou de regarder la fin du dernier épisode de Game of Thrones. Et puis, si Montebourg et Sapin s’envoient des blagues par SMS, ça prouve la cohésion de l’équipe gouvernementale, non ?

Finalement, il faut applaudir à cette restauration de l’autorité de l’Etat. Bon, il y a bien cette plaisantine de Valérie Trierweiler qui s’amuse à lancer des boules puantes. Alors que François Hollande était en visite officielle au Mexique, elle a les pieds dans le plat en s’invitant dans le délicat dossier diplomatico-conjugal d’une Française divorcée d’un haut personnage mexicain. Alors moi je ne vois qu’une solution : si le Président veut neutraliser son ex, il n’a qu’à la faire entrer au gouvernement. Et là, je vous garantis qu’avec ou sans portable, il y aura de l’ambiance au Conseil des ministres.

 

*Photo : VILLARD/PDN/SIPA. 00681195_000010. 

Surveillance de la NSA: Rien de personnel!

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S’il est un moment où nos princes se seront tous retrouvés nus, c’est bien l’été 2013, quand Edward Snowden a révélé que la NSA interceptait quotidiennement plus de 16 millions de télécommunications en Allemagne. La ziggourat de Berlin n’a eu de cesse de minimiser le phénomène, déclarant qu’elle faisait entièrement confiance aux Américains « qui ont tout de même libéré l’Allemagne » – sans préciser cependant si elle avait à l’esprit la libération de 1945 ou celle de 1989. Son ministre de l’Intérieur, Hans-Peter Friedrich, clama que la sécurité était « un super-droit fondamental au moins aussi important que la liberté » ; et le ministre de la Chancellerie, Ronald Pofalla, affirma que la NSA lui avait assuré « avoir toujours respecté le droit allemand sur le sol allemand » (sur le sol, peut-être, mais apparemment pas dans l’espace), avant d’informer le Bundestag que « l’affaire était classée ».[access capability= »lire_inedits »]

Dès l’automne, cependant, et après que des journalistes de Der Spiegel eurent découvert dans les documents diffusés par Snowden que les Américains avaient placé le téléphone de la Chancelière sur écoute, tout ce beau monde a dû manger son chapeau (tyrolien, évidemment). On ne pouvait plus dire que « l’affaire était classée » ; et la Chancelière offusquée finit par appeler le Président américain – de son téléphone écouté sans doute.

Comment Angela Merkel, qui avait accueilli avec indifférence la nouvelle que des millions de ses concitoyens étaient espionnés par une puissance amie, a-t-elle pu manifester son indignation en apprenant qu’elle avait elle-même été placée sur écoute ? Comment nos princes peuvent-ils penser que ce qui s’applique désormais à tous pourrait ne pas s’appliquer à eux ? Cela tient à leur incompréhension de la vraie nature de la cyber-guerre. Pour eux, elle n’est jamais qu’un simple affrontement entre systèmes informatisés et automatisés, par machines et logiciels interposés. Elle est pourtant bien plus que cela.

Pour bien comprendre ce qu’il en est, il faut se rappeler que « cyber » nous vient du mot « cybernétique », du grec kubernêtikê qui signifie l’« art de gouverner ». En 1948, le mathématicien Norbert Wiener avait défini la cybernétique comme l’étude du contrôle et de la communication,  dans les machines comme chez les êtres vivants. Science des systèmes complexes, la cybernétique s’intéresse moins à leurs composantes qu’à leurs interactions. Ce qu’elle prend en compte, ce n’est pas la nature ou l’identité des différents éléments, mais leur comportement global.

En conséquence, la vérité n’est plus ce qui peut être prouvé mais, comme l’expliquait Michel Savage, ce qui est pertinent, c’est-à-dire ce qui fonctionne et remplit son rôle indépendamment de tout rapport à la vérité. Ainsi, si je surveille mon poids, que m’importe que ma balance soit faussée, qu’elle ne dise pas vrai, tant qu’elle me donne, jour après jour, le même poids de référence.  C’est sur cette base qu’opèrent les systèmes de surveillance par caméras en circuit fermé, dont les logiciels sophistiqués ne cherchent pas à repérer dans la foule quelqu’un en particulier comme un individu identifié et fiché, mais à y détecter un comportement hors norme : par exemple quelqu’un qui court quand tout le monde flâne, ou quelqu’un qui s’attarde quand tout le monde se presse.

On ne s’étonnera pas, après cela, que les « grandes oreilles », la NSA en tête, passent le plus clair (ou devrais-je dire le plus obscur) de leur temps, à écouter et à observer urbi et orbi, en vision et en écoute périphériques, cherchant à établir des relations entre une multitude d’éléments observés sans qu’au départ leur attention ait nécessairement été retenue par un faciès particulier, une voix familière ou un nom suspect.

Ce glissement d’une pensée scientifique fondée sur la recherche de la vérité par la preuve objective à une pensée systémique fondée sur la pertinence comportementale et relationnelle a mis ou remis au goût du jour l’adage : « Dis-moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es ». Pendant la guerre de Cent ans, les Français et Anglais combattaient un ennemi ;  de même les communistes et les fascistes en Espagne. Pour les puissances cybernétiques, il n’y a pas d’ennemi, mais la menace est partout. Donc tout le monde est un coupable en puissance. Ecoutons la conversation entre Angela Merkel et Barack Obama : elle parle de pratiques inacceptables entre amis. Encouragé par un spin-doctor, il répond: « Mais ma chère, s’il n’y a pas d’ennemis, comment voulez-vous qu’il y ait encore des amis ? » Elle : « Tout de même ! Mon téléphone personnel ! »  Obama, toujours assisté de son souffleur : « Surtout, n’y voyez rien de personnel ! »

Il y a de fait dans la cyber-guerre un basculement qui porte sur la personne : sur l’indivisibilité de l’individu, sur sa spécificité, et plus encore sur la centralité dans l’ordre des choses. La Renaissance avait expulsé Dieu du centre de l’univers pour y placer l’homme, et voilà que celui-ci, devenu individu, est chassé par le système. Dans ces nouvelles coordonnées, le secret et la vie privée, que l’homme avait longtemps tenus pour sacrés, cessent de compter – c’est-à-dire d’être pertinents. Car c’est bien cela, la transparence : non pas la quête de la vérité mais celle de la pertinence. L’impératif de pertinence s’impose même aux princes, contraints d’habiter des palais de verre.

De tout cela, cependant, nos princes entrepreneurs et entreprenants ne semblent guère conscients. Ils passent par des périodes où leurs chevilles gonflent sur leurs pieds d’argile et d’autres où la peur de ne point être reconduits dans leurs fonctions les prend violemment au ventre. Accaparés par leurs objectifs – la croissance économique, l’avancée technologique, le risque zéro, la sécurité, la suprématie –, ils ne voient pas que le système cybernétique qu’ils ont placé au centre de l’univers pour les servir les asservit, faisant d’eux des éléments aussi indifférenciés et remplaçables que le plus humble de leurs sujets. Le pourpre dont ils sont si fiers n’est qu’un cache-misère.

Peut-être qu’un jour, prenant conscience de leur affligeante nudité, ils en viendront à regretter le temps où Dieu trônait encore au centre de l’univers, quand, comme le dit si poétiquement Ishâq Ibn Zubayr, le mathématicien et cosmographe médiéval mis en scène par André Miquel dans ses Entretiens de Bagdad, « la Terre et ses habitants étaient encore au centre de l’infinie tendresse divine ».[/access]

*Photo: markus schreiber/AP/SIPA.AP21485347_000002

Acheter nazi, une honte ou une liberté?

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vente encheres objets nazis

vente encheres objets nazis

Vendre des objets nazis aux enchères n’est pas un délit. Et, donc, les acheter non plus. Dans une démocratie et un état de droit se flattant d’être à la hauteur, on pourrait penser que c’est le point crucial, décisif. Apparemment non.

En effet, une partie de la vente aux enchères prévue pour le 26 avril, intitulée « Prises de guerre de la 2ème DB au Berghof le 5 mai 1945 », a été annulée le 14 avril. Elle se serait rapportée notamment à des passeports de Göring et de sa femme, à un coffre en bois d’Adolf Hitler incrusté de croix gammées et à un napperon en dentelle orné d’un aigle (Le Parisien).

Les objets mis en vente provenaient de quatre vendeurs dont un sergent de la compagnie du génie de la 2e DB, âgé de 93 ans aujourd’hui.

Le catalogue de la vente, sous l’égide du commissaire-priseur Nathalie Vermot, énonçait qu’une partie des bénéfices serait reversée à l’Union des déportés d’Auschwitz.

Yves Salmon, l’expert de la vente, s’est étonné de cette annulation alors que le Conseil des ventes volontaires (CVV) avait donné son aval et qu’au mois de novembre 2013, quatre livres pris lors de la même opération à Berchtesgaden avaient été vendus à l’initiative d’un ancien de la 2ème division blindée.

Comment cette interdiction pour le 26 avril a-t-elle été décidée ?

Dès le 11 avril, le CRIF s’était « indigné du commerce » de ces pièces nazies et le Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA), qui avait jugé la vente « obscène », s’est félicité de l’annulation.

Les associations juives, durant le week-end, ont exigé l’interdiction de la vente et la saisie des objets, car, selon elles, il s’agissait « d’une atteinte à la mémoire des victimes de la barbarie nazie ».

Leur démarche a été appuyée par le ministre de la Culture Aurélie Filippetti. Sous la pression de celle-ci, une réunion de crise a été organisée au CVV, « les gendarmes du marché de l’art ».

Face à une telle situation qui avait pour but de lui faire subir une éprouvante tension, Nathalie Vermot, qui initialement avait résisté à la volonté d’interdiction au nom de la liberté, a cédé et pris les devants alors qu’elle était convoquée par le CVV le 15 avril.

Elle a obtempéré aux injonctions non pas du droit mais de la morale si l’on en croit la ministre qui a salué « une décision nécessaire au regard de l’histoire et de la morale ».

Qu’ai-je donc besoin de me mêler de cela puisqu’apparemment tout est bien qui finit bien dans le meilleur des mondes où l’éthique serait évidente, éclatante et la liberté, pourtant étayée sur le droit, infiniment secondaire ? Je mesure le danger intellectuel qu’il y a à ne pas prendre pour vérité acquise et décret incontestable une interdiction résultant de la pression d’associations juives conjuguée avec un soutien ministériel fort.

Pourtant, il me semble que si personne jamais ne s’émeut au prétexte que la cause serait à la fois dérisoire et réglée et qu’elle concerne des amateurs jugés d’emblée scandaleux de souvenirs historiques frappés d’opprobre, un jour on perdra tout sens de la liberté. Au fil du temps, au jour le jour. La morale ou prétendue telle finira par trôner victorieuse sur un champ de ruines – nos libertés fondamentales détruites et surtout la liberté d’action et d’expression.

Au risque de me faire agonir sur ce sujet périlleux, je ne vois pas au nom de quoi les désirs des associations juives, à considérer certes avec attention et respect, devraient être forcément perçus comme des ordres par l’autorité politique. Je ne la qualifie pas idéologiquement parce que je suis persuadé malheureusement que la droite aurait eu la même attitude soumise que la gauche à propos de cette vente aux enchères.

La malfaisance de l’Histoire est une épouvantable réalité au regard de l’Holocauste. Il n’y a que quelques malades qui en discutent l’ampleur et l’horrible singularité. Mais prétendre sans cesse expulser la malfaisance de nos têtes en feignant d’abolir, de mettre entre parenthèses l’Histoire est une absurdité. Qu’on le veuille ou non, Hitler, Göring et leurs objets relèvent d’aujourd’hui parce qu’ils ont existé hier et que leur condamnation sans appel n’interdit pas à qui que ce soit, s’il en a envie, d’acheter des choses reliées à leur environnement.

Dans notre espace démocratique il y a aussi, à force, quelque chose d’insupportable à voir traités les citoyens que nous sommes comme des enfants éduquer et à protéger. Comme s’il nous fallait à tout instant rendre compte de nos paroles, de nos écrits, de nos goûts, de nos plaisirs et même de nos achats, aussi étranges ou surprenants qu’ils puissent apparaître pour le sens commun.

Décidément le fait que des souffrances particulières, aussi légitimes qu’elles soient, fondées sur une mémoire douloureuse et impérieuse, puissent justifier l’annulation d’un droit fondamental, d’une liberté essentielle ne cessera pas de me stupéfier dans notre République. Celle-ci se pique d’universel mais elle est de plus en plus battue en brèche par la domination des corporations du coeur et de la morale.

Acheter nazi, alors, une honte ou une liberté ? Un choix tout simplement qui, licite, n’aurait pas eu à se justifier.

*Photo : Phil Yeomans/ Rex Feat/REX/SIPA. REX40130432_000002.

Prison pas si con

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La prison, non. Privilégions les méthodes alternatives. C’est vrai, la prison coûte trop cher. Il n’y a plus de place. Le condamné se réinsère plus facilement dans la société s’il n’en a pas été  exclu pendant plusieurs années.  Encore faut-il se donner les moyens d’une méthode alternative efficace. Or, le bracelet électronique, très en vogue aux Etats-Unis, a encore montré ces faiblesses. Le Huffington Post décrit dans un article judiciaire comment deux condamnés qui portaient des bracelets électroniques ont pu récidiver, violer et tuer leurs victime, sans être inquiétés le moins du monde.

Ils devaient pointer tous les mois au commissariat, ils avaient pointé. Même un peu en avance.

Deux premières filles disparaissent. Mais on pense encore disparition et pas meurtre. Les meurtriers-violeurs ne sont pas filés.

Aucune obligation de suivre les condamnés dans leur liberté sous condition. Et sûrement pas les moyens aussi.  On ne va pas mettre un homme derrière chaque délinquant ou meurtrier en puissance.  Ce serait un coup à exploser les tarifs d’une prison haut de gammede capitale.

Un  point positif malgré tout.  Grâce aux bracelets, on les a retrouvés, les meurtriers. Mais un peu tard, déjà  cinq meurtres à leur actif et peut-être d’autres pas encore découverts.

Alors, les méthodes alternatives, d’accord. La théorie fonctionne, mais les outils, pas toujours.

 

Affaire Sarkozy : Méfions-nous des Saint-Just!

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dupont moretti avocat

dupont moretti avocat

Avocat pénaliste de renom, Me Éric Dupond-Moretti, membre du barreau de Lille, a notamment plaidé dans l’affaire d’Outreau.

 Causeur. Toute la gauche et une bonne partie des médias ont bruyamment salué la divulgation par Mediapart, de retranscriptions des écoutes téléphoniques de Nicolas Sarkozy. Pourquoi Thierry Herzog et vous-même avez-vous pris la tête de la fronde des avocats. Nos libertés seraient-elles menacées ? Faut-il avoir peur ?

 Éric Dupond-Moretti. Il faut avoir peur, mais cela ne suffit pas : il faut être vigilant ! Nous vivons dans une époque de transparence absolue, que j’appelle la « transperçance », où le secret devient suspect. Pensons par exemple aux émissions de télé-réalité, où il faut étaler par le menu sa filiation, sa sexualité, ses revenus… sous le regard introspectif de millions de téléspectateurs. Et dans le domaine judiciaire, on assiste à une véritable dérive qui concerne tout autant certains juges que certains journalistes.

Voulez-vous dire que c’est le placement sur écoute de Nicolas Sarkozy, et non pas seulement la publicité, est problématique ? On nous a répété sur tous les tons qu’il était parfaitement légal…

 En écoutant Nicolas Sarkozy, on a indirectement écouté son avocat, Thierry Herzog, qui possède un téléphone uniquement dédié à ses communications avec l’ancien président.

Certes, la loi autorise d’écouter un avocat. Mais à la condition qu’on ait préalablement des éléments permettant de penser qu’il a commis une infraction punie d’une certaine peine. Or, en l’occurrence, on écoute Thierry Herzog à un moment où rien ne permet d’établir une infraction. Cette nouvelle jurisprudence est en train de vider de sa substance la loi qui protège le secret des échanges entre un avocat et son client. Or, qu’on le veuille ou non, les avocats ne peuvent pas être des justiciables comme les autres, dès lors qu’ils sont dépositaires du secret professionnel.[access capability= »lire_inedits »]

Comment la mise sur écoute d’un justiciable est-elle encadrée ?

 Un juge peut aujourd’hui placer sur écoute n’importe quel individu suspecté d’une infraction punie de plus de deux ans d’emprisonnement. En dehors de cette clause, il n’existe aucun encadrement légal. Cette procédure extrêmement légère fait que le magistrat agit selon son bon vouloir et permet un certain nombre d’abus. En théorie, l’écoute doit être limitée dans le temps, mais on peut la renouveler ad libitum et l’on ne s’en prive pas ! Dans ces conditions, ne nous étonnons pas qu’il y ait de plus en plus d’écoutes judiciaires.

Soyez clair ! Les écoutes de Nicolas Sarkozy sont-elles abusives ?

 Évidemment ! Sarkozy n’est même pas mis en examen dans l’affaire du financement libyen présumé de sa campagne de 2007, ce qui signifie que les juges n’ont pas d’indices graves et concordants. Le dossier de l’affaire libyenne  ne contient qu’un document brandi par Mediapart qui, selon Le Monde, est un faux. Nicolas Sarkozy ayant d’ailleurs déposé plainte pour faux, les journalistes de Mediapart Arfi, Mauduit et Laske sont témoins assistés dans cette procédure.

Au-delà des questions légales, ces écoutes sont-elles politiquement problématiques ?

 Ne tournons pas autour du pot : écouter pendant des mois le chef de l’opposition, c’est quand même extraordinaire ! La séparation des pouvoirs, ça ne marche pas que dans un sens ! De surcroît, en saisissant les agendas que tenait le président de la République à l’époque où il était encore en exercice et qui, donc, sont théoriquement couverts par l’immunité présidentielle, les juges risquent de tomber sur des informations classées « Secret défense » qui ne les regardent pas. C’est parce que la situation est grave que 5000 avocats de toutes obédiences politiques ont manifesté leur soutien à Thierry Herzog.

Votre confrère Jean-Pierre Mignard n’est pas de votre avis. Fustigeant ce « corporatisme malvenu », il a lancé une contre-pétition…tout en admettant qu’il faudrait sans doute mieux protéger le secret professionnel des avocats

 Ça me bouleverse toujours lorsque des avocats, comme Mes Bourdon et Mignard, cautionnent le travail de juges qui ont violé le secret des relations avocat-client. Je me demande s’ils sont plus socialistes qu’avocats ou plus avocats que socialistes… Moi, je suis de gauche et je soutiens totalement Thierry Herzog car je trouve scandaleux le sort qui lui est réservé. Une sommité comme Henri Leclerc est obligée de demander un entretien au Figaro Magazine, parce qu’à Libé, on ne veut pas avoir l’air de défendre Sarkozy et que cette affaire d’avocat écouté serait un mauvais procès ! Pourquoi ? Parce que Me Herzog serait sarkozyste ?  Dans cette histoire, il y a un petit parfum de délit d’opinion. Car lorsqu’un journaliste est placé en garde à vue pour violation du secret de l’instruction, toute la presse s’émeut, à juste titre d’ailleurs.

Ah bon, pourquoi « à juste titre » ? Les journalistes sont-ils au-dessus des lois ?

  Non, mais ils doivent, comme les avocats bénéficier d’une protection particulière, en l’occurrence, pour les journalistes le secret des sources Avocats et journalistes sont deux piliers essentiels d’une société démocratique.

 En maquillant leur ligne téléphonique au nom de « Paul Bismuth », Sarkozy et Herzog ne se sont-ils pas comportés comme des coupables, voire, comme on l’a dit, comme de petits dealers ?

 C’est plutôt la Justice qui les traque comme des vendeurs de shit ! Ils n’avaient pas d’autre choix pour pouvoir parler librement. Sur les deux documents brandis par Mme Taubira en conférence de presse, dont Le Monde prétend avoir eu connaissance en agrandissant les images, l’avocat général Lagauche et le procureur général Houlette mentionnent les écoutes et leur caractère contestable. Autrement dit, ils savent parfaitement que c’est un bricolage et qu’il sera contesté.

Le tableau que vous dressez est terrifiant. Dois-je avoir peur de la Justice de mon pays ?

 Évidemment ! Casamayor,  un des fondateurs du Syndicat de la magistrature, disait : « La Justice est une erreur millénaire qui veut qu’on ait attribué à une administration le nom d’une vertu. » Quand on a compris ça, on a tout compris. Le problème de la Justice, c’est qu’il n’y a aucune responsabilité du juge.

En somme, le problème n’est pas que la Justice soit aux ordres, mais qu’elle soit totalement indépendante ?

 L’indépendance, c’est d’abord dans la tête ! Elle peut être constitutionnellement garantie, mais il y a la réalité, les comportements… L’institution judiciaire a du mal à se contrôler.  Et le corporatisme fait le reste. Quand l’ancien président de la chambre d’instruction de Douai, qui était censé contrôler le travail du juge Burgaud[1.   Fabrice Burgaud est le magistrat qui a instruit l’affaire d’Outreau dans les années 2001-2004, quand il était  juge d’instruction au tribunal de grande instance de Boulogne-sur-Mer. À la suite du  scandale, le Conseil de la magistrature lui a infligé une « réprimande avec inscription au dossier »] , obtient une promotion, on se dit qu’il y a un gros problème. Pour lutter contre ce corporatisme, il faudrait démanteler l’École nationale de la magistrature, car elle « encaste » les futurs magistrats dans cette espèce de groupe singulier et replié sur lui-même qu’est devenue la magistrature.

Selon Edwy Plenel, le pauvre citoyen dispose de deux contre-pouvoirs : la presse et la Justice. Raison pour laquelle on voudrait, selon lui, une Justice soumise et une presse muselée. Mais, aujourd’hui, ces deux contre-pouvoirs – que personne n’a élus – ne sont-ils pas devenus des pouvoirs autonomes et tout-puissants ?


Edwy Plenel m’a ému pendant des années lorsqu’à longueur d’interviews, il nous parlait de sa mise sur écoute à l’époque de François Mitterrand. Mais, aujourd’hui, le même M. Plenel n’hésite pas à diffuser ensuite des enregistrements illégaux qu’un majordome a réalisés dans le dos de Mme Bettencourt. Et ces enregistrements sont d’autant plus illégaux qu’ils comportent des conversations entre Liliane Bettencourt et son avocat, Me Georges Kiejman[2.  Contrairement à la chambre civile de la Cour de cassation, qui les a invalidés, la chambre criminelle a pourtant estimé que ces enregistrements étaient licites.…]
Je n’ai pas envie d’une société dirigée par le gardien du temple qu’est Edwy Plenel. Il me flanque la trouille avec son intégrisme ! J’aimerais bien savoir, moi, ce que MM. Plenel, Arfi et Mauduit peuvent se raconter en privé… dommage que le respect dû à leur intimité me l’interdise ! (Contrairement à la chambre civile de la Cour de cassation, qui les a invalidés, la chambre criminelle a pourtant estimé que ces enregistrements étaient licites)

Plenel est déjà au pouvoir ! Ainsi peut-il aller à la télé et sommer la Justice d’ouvrir telle ou telle enquête : bientôt, il ordonnera lui-même des écoutes !

 M. Plenel a oublié un petit document,  la charte de 1907, qui indique que les journalistes ne doivent pas se comporter comme des flics. Franchement, je préfère Zola défendant Dreyfus à Plenel balançant Cahuzac… Ce n’est pas son boulot ! Il y a des magistrats, au parquet, dont c’est le métier. Écrire au procureur de la République pour demander l’ouverture d’une information, c’est monstrueux ! Il existe une telle proximité entre certains juges et certains pseudo-journalistes devenus procureurs que ces derniers font partie intégrante de la stratégie judiciaire ! Ils sont des collaborateurs de la police et de la Justice, ce qui est à des années-lumière de ce que doit être le journalisme ! Méfions-nous des Saint-Just !

Mais même quand les médias ne prétendent pas dicter leur conduite aux juges, ils divulguent en direct des éléments (à charge) du dossier d’instruction…

 Oui et j’ajoute que, comble de l’ironie, dans les perquisitions menées chez Thierry Herzog,  l’une des justifications évoquées est… la violation du secret de l’instruction ! Or, le lendemain, Nice-Matin bafouait ce secret de l’instruction en rapportant la perquisition qui venait d’avoir lieu. Le champ des possibles auteurs de cette fuite est quand même extrêmement réduit… Il serait donc logique que des policiers ou des juges, perquisitionnent les domiciles de leurs confrères pour trouver l’auteur des violations…

Ne jouez pas les naïfs ! Vous-même, n’avez-vous jamais parlé d’une affaire en cours à des journalistes quand cela pouvait être utile à votre client ?

 Il m’est arrivé, à de très nombreuses reprises, de violer le secret de l’instruction. Mais pas pour bousiller l’honneur d’un homme ! Que font tous les grands moralisateurs médiatiques de la présomption d’innocence ? Quand ces Torquemada se retrouvent devant la Justice, ils en appellent à un principe qu’ils violent allègrement. Ainsi, Plenel, Arfi et Laske essaient d’obtenir l’annulation de leur statut de témoins assistés.

Justement, à partir du moment où aucun tribunal ne condamne un journaliste ou un magistrat pour une fuite, que reste-il du secret de l’instruction, donc de la présomption d’innocence, donc de la Justice elle-même ?

L’œil ne se regarde pas voir….

 Comme disait Lénine, que faire ?

 Je ne veux pas limiter la liberté des journalistes, mais peut-être doivent-ils organiser leur profession en énonçant un certain nombre de règles dans une charte.

Au-delà de la responsabilité des journalistes, certains veulent nous faire entrer dans un monde entièrement transparent. Benoît Hamon a déclaré : « Il n’y a aucun problème à être écouté si l’on n’a rien à cacher. » N’est-ce pas effrayant ?

 Il y a aussi des raisons d’être optimiste. Les Français préfèrent raconter leurs histoires à un Thierry Herzog, qui leur garantit la confidentialité, qu’à un Edwy Plenel qui va tout balancer. Le règne de Plenel et consorts ne peut pas perdurer longtemps, il va y avoir un sursaut. J’étais avec Thierry Herzog ce week-end, et il fallait voir  le nombre de gens qui l’ont arrêté pour le soutenir en disant : « On n’est pas sarkozystes, on est de gauche… Mais on trouve scandaleux que vous ayez été écouté. »

Je ne partage pas votre optimisme. Au nom de la démocratie, un mouvement de fond entend contrôler les « puissants », les empêcher de commettre des turpitudes. Et en même temps, il est vrai que, malgré la nécessaire dimension de secret que recèle le pouvoir, certaines révélations peuvent représenter un progrès démocratique.

 Je ne suis pas d’accord. Quelle différence y a-t-il entre Closer qui diffuse des photos du président de la République qui sort de chez sa copine et Mediapart qui raconte un certain nombre de choses couvertes par le secret professionnel ? Moi, ça m’inspire le même dégoût !

On peut vous rétorquer que, sans des journalistes qui emploient ces méthodes-là, on n’aurait pas su que le ministre du Budget avait un compte en Suisse… 

 Ce n’est pas la révélation du compte en Suisse qui me gêne que la démarche consistant à demander au Procureur de la République d’ouvrir une instruction.

N’empêche, si Mediapart n’avait pas révélé l’existence de ce compte, Cahuzac n’aurait pas été poursuivi…

 Sur les trois « informations » qui ont été livrées par Mediapart concernant Cahuzac, il y en a deux qui sont complètement bidon !

Que les journalistes qui détiennent des informations sur les puissants susceptibles d’intéresser le fonctionnement démocratique fassent leur métier. Mais ils ne doivent pas puiser ces révélations de manière illégale. Il y a des limites à ne pas franchir : la vie privée ou le secret de la correspondance. On ne se rend pas compte du caractère liberticide de certaines méthodes journalistiques !

En somme, vous préférez ne pas savoir que savoir grâce à de telles méthodes ?

 La fin  ne justifie pas tous les moyens.

 Revenons à l’affaire des écoutes Sarkozy. Pour dire les choses clairement, le pouvoir politique instrumentalise-t-il la Justice ?

 Bien sûr, et c’est vieux comme le monde !

Voulez-vous dire que les écoutes auraient pu être ordonnées en haut lieu ?

Ce qui est extrêmement troublant, ce sont les prises de position des juges : l’« appel des 82[3.  En juin 2012, 82 magistrats signent une tribune dans Le Monde où ils dénoncent, à mots à peine couverts, la politique de la droite (2002-2012) en matière de lutte contre la corruption.] » pose un problème en termes de procès équitable. Le « mur des cons », cela vaut bien les « bâtards de Bordeaux » de Thierry Herzog ! Les  juges qui ont eu à intervenir dans les dossiers qui mettent prétendument en cause l’ancien chef de l’État – Thépaut, Daïeff, Tournaire, Gentil –, s’étaient tous exprimés contre lui. C’est quand même stupéfiant !

Donc, le problème n’est pas que le pouvoir instrumentalise les juges mais qu’eux-mêmes aient des opinions politiques ?

 Oui, mais ce n’est même pas l’essentiel. Certains juges rêvent tout simplement d’en découdre avec des personnages importants, ce qui ne peut que servir leur propre notoriété… C’est le fantasme du tableau de chasse. Demain, si François Hollande a des emmerdements, il se retrouvera confronté aux mêmes juges.[/access]

*Photo: Hannah

Qu’est-ce qu’on a fait au cinéma français ?

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clavier lauby bon dieu

On ne dira jamais assez combien Youtube est utile au cinéphile. 95% des films français se résumant à leur bande-annonce, une petite visite sur les sites de vidéo vous épargne un temps et un argent précieux.

Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ?, qui sort aujourd’hui dans toutes les mauvaises salles de cinéma, n’échappe pas à la règle. Comme les meilleurs critiques de cinéma, je me suis contenté de regarder la bande-annonce pour en faire l’exégèse. Je ne vous raconterai donc pas ce que ce film dit, mais ce qu’il veut dire.

‎Ça tombe bien, le « pitch » de cette œuvre oubliable tient à l’aise sur un confetti : un couple de vieux cathos, joués par Christian Clavier et Chantal Lauby (qu’on préférait en Barbara Gourde ou Pénélope Solète…) est poursuivi par une étrange malédiction : toutes ses filles épousent qui un musulman, qui un juif, qui un chinois, qui un noir. Désespérés par leur progéniture, les deux époux font grise mine à chaque mariage, pour le plus grand bonheur des scénaristes qui enfilent les gags éculés comme les grains d’un chapelet. « Les Français sont mauvais et bêtes », entend-on dans la bouche du beau-père africain dit « Amin Dada » (quelle trouvaille humoristique !). Cela va sans dire, toute autre catégorie ethno-raciale aurait crié à la stigmatisation mais comme l’axiome « catholique = français = cible gratuite et sans danger » semble faire l’unanimité, aucune ligue de vertu antiraciste ne portera plainte à l’énoncé de cette réplique un peu raide. Si d’ordinaire vous envisagiez d’adapter les mêmes vannes qui tachent en visant une autre communauté, fût-ce pour faire rire, je vous conseille de vider votre P.E.L et vous souhaite bien du bonheur à la 17e chambre.

Le catho, une cible trop facile ? Il est évidemment bien plus aisé de taper sur la majorité opprimée qui consent à marier ses filles avec des « étrangers », sans pousser à la conversion. Imaginez le même scénario avec un juif ou un musulman, cela eût exigé un peu plus de courage, de celui dont fit preuve Roschdy Zem lorsqu’il écrivit et mit en scène Mauvaise foi, l’histoire toute simple d’un musulman qui épouse une juive, avec les complications familiales que l’aventure comporte. Cela ne donna pas le film du siècle mais une gentille comédie romantique bien plus digeste que les facéties lourdingues du Jamel Comedy Club filmées par l’équipe de Neuilly sa mère.

Espérant décrocher le jackpot, Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? reproduit la bonne vieille recette terra-noviste d’Intouchables : de manière subliminale, chaque scène suggère que le salut de la vieille tranche passe par l’enfant d’immigré. Ici, les vieux cathos réacs et fachos – rayer la mention inutile – sont tout juste bons à engendrer de sublimes jeunes filles fuyant le carcan familial dans les bras de la France multiculti. Par l’alliance de la droite Neuilly (Clavier) et de la gauche Montreuil (l’ex-« Nuls » Lauby), la production compte certainement drainer toutes les classes sociales. Encore une grosse ficelle pour attraper le spectateur comme un gardon affamé et faire un carton en salles !

Attention, ne me faites pas dire ce que je n’ai ni écrit ni pensé. En tant qu’enfant de couple mixte, avec un pied corrézien et l’autre tunisien (ce qui fait certes beaucoup de défauts pour un seul homme…), le métissage ne me hérisse pas pour deux sous. Mais, contrairement à ses croyants zélés, le pratiquant que je suis se fatigue des prosélytes…

Aymeric Caron, citoyen modèle

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aymeric caron ruquier

aymeric caron ruquier

À l’issue des municipales, l’alternance reprend ses droits et, alors que le printemps fait son apparition et que les chaises au gouvernement deviennent musicales, nous nous sommes demandés ce qu’il pouvait advenir du vaillant Aymeric Caron, qui aurait certainement mérité une place de ministre.

Il était une fois, dans un royaume fort fort déprimé, un preux chevalier du nom d’Aymeric Caron. De fort belle allure, tenant toujours le verbe haut, le preux Galaad du politiquement vertueux pourfendait avec l’étincelante épée de la rhétorique les malfaisants suppôts de la réaction et les zélés zélotes du traditionalisme passéiste. Chaque samedi soir, devant un auditoire gagné à sa cause et sous l’œil reconnaissant et complice de son mentor, Aymeric ferraillait avec les démons ennemis du Bien, avec leurs robes grises, leurs bonnets carrés, leurs faces terreuses et leurs propos haineux. Roide, tranchant et impitoyable, il renvoyait à leurs accointances nauséabondes les alliés des tyrans, les ennemis de la grande fraternité des peuples, les partisans de la discrimination et les serviteurs de la Bête Immonde. Audacieux jusqu’à l’inconscience, enfonçant avec rage toutes les portes ouvertes, même celles des plus petits cagibis de l’évidence, chambellan de l’ordre de la moraline et grand simplificateur de procès en intention, Saint Aymeric Caron tançait quotidiennement le pays gagné par la sinistrose et la haine de l’autre et levait haut son écu, frappé du blason de l’amour, pour rallier à lui dans sa glorieuse croisade tou-s-t(es) les citoyen-s-nes du Ier au XXe arrondissement, de Montreuil au Marais, des Ami(e)s de la Terre à Terra Nova, tou(s)-tes les défenseur-s-seuses-suze de la communion des cultures, de la déconstruction des stéréotypes identitaires et de l’interopérabilité des transgressions de genre. Bref, Aymeric Caron commençait à taper sur les nerfs d’un peu tout le monde.

Le salut est venu des élections municipales. Au soir du deuxième tour, le peuple assemblé, et ingrat, comme d’habitude, en dépit de tout ce que l’on fait pour lui, a adressé un démenti cinglant à Aymeric Caron. « La Gifle » titrait entre les deux tours un magazine, montrant en couverture un François Hollande faisant la moue, mais cette gifle n’a que très éphémèrement agité les micro-particules du chef de l’Etat décomposé en minces volutes de velléités incertaines et elle est passée également à travers la forme éthérée du spectral premier ministre pour atteindre en plein visage Aymeric Caron. Pauvre Aymeric Caron ! Natacha Polony lui fait déjà bien des misères et le voilà maintenant prisonnier d’une France chassée du paradis sociétal à cause du manque de savoir-vivre d’une province mal embouchée.

Heureusement, il reste Paris, ville-lumière où le FN fait encore sourire et où Anne Hidalgo est à peine menacée par NKM, sorte de Ségolène de droite. Mais si les loups ne sont pas encore entrés dans Paris, ils sont aux portes. Ils occupent le sud de la France, campent en banlieue et lancent même à l’ouest une vaste reconquête. Partout le compteur Geiger de la droitisation des esprits s’affole et le fervent végétarien qu’est Aymeric Caron doit se sentir bien seul dans ce pays qui a mangé de la vache enragée à chaque tour des élections et dédaigne désormais l’onctuosité douceâtre du socialisme saumoné pour les saveurs plus fortes de l’entrecôte au bleu. Le raz-de-marée du mécontentement a tout englouti et il va désormais falloir se montrer bon nageur car quand tout va à l’eau et que les illusions sont détruites, il faut savoir pagayer ferme pour remonter le courant avec elles.

Depuis son arrivée en Ruquierie, Aymeric Caron s’est imposé, au fil de ses interventions, comme le symbole médiatique et cathodique de l’ère Hollande. Le président normal et le chroniqueur nordiste ont accédé aux plus hautes fonctions, chacun dans son domaine, à quatre mois d’intervalle. Et ils ont tous les deux en commun d’être arrivés trop tard. François Hollande a s’est cru en Mitterrandie, dans la France des années 80, de SOS Racisme, du virage libéral de Fabius, des premières envolées du FN et des premières apparitions du beauf de Cabu. Quant à Aymeric Caron, question de génération sans doute, il se croit visiblement encore dans les années 90, avec leur cortège de manifestations antiracistes et d’artistes conscientisés répétant à l’unisson les mêmes slogans et déclinant sur tous les modes et à tout propos les mêmes poses de résistants de pacotille, celles qu’affectait  la jeunesse des années 90 qui ne cessera pas, avec sérieux et bonne conscience, de scander jusqu’à l’aube de la quarantaine assagie qu’elle emmerde le Front national.  Chacun des deux a donc rejoué sa partition comme il pouvait, François Hollande transformant la force tranquille en immobilisme placide et Aymeric Caron passant aléatoirement de la rhétorique « Touche pas à mon pote » aux engueulades  avec Naulleau dans Touche pas à mon poste, des portrait-procès d’On n’est pas couché aux polémiques avec Natacha dont la sensibilité apollinienne semble provoquer en réaction chez le chroniqueur une dérive de plus en plus a-polonyenne.

Les résultats catastrophiques enregistrés dimanche par la gauche ne délivreront sans doute pas tout de suite le pauvre François Hollande de l’exercice bien compliqué du pouvoir mais elles auront peut-être pour effet de nous délivrer, au moins un peu, d’Aymeric Caron. Non pas que Laurent Ruquier, prenant acte du démenti infligé par les électeurs se risque, dans son équipe, à un remaniement de l’ampleur de celui qui guette l’actuel gouvernement, mais parce qu’elle va peut-être amener son chroniqueur vedette à réaliser qu’il ne sert décidément pas à grand-chose d’accuser à tort et à travers ses contradicteurs de banaliser les idées du Front national dans un pays dont une partie de la population supporte de moins en moins qu’on banalise tout simplement le fait de la mépriser.

Le gaz de schiste n’est pas une énergie rentable

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no gazaran schiste

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Engagées dans le combat contre l’exploitation du gaz de schiste, Doris Buttignol et Carole Menduni ont réalisé le documentaire No Gazaran en salles depuis la semaine dernière.

Daoud Boughezala : Fruit d’une enquête de trois ans, No Gazaran nous alerte sur les dangers des gaz de schiste. Mais si nous mettions au point une technique d’extraction sûre, pourquoi la France se priverait-elle d’une ressource énergétique domestique?

Doris Buttignol et Carole Menduni  : Il n’existe pas de technique d’exploitation sûre des gaz et huiles de schiste. À partir du moment où on fracture la roche mère, on fait remonter des éléments (métaux lourds, particules radioactives…) du sous-sol profond à la surface en contaminant les couches intermédiaires.

Aux Etats-Unis, l’exploitation s’est faite dans un  cadre de dérégulation (Halliburton loophole) mis en place en 2005 par Dick Cheney lorsqu’il était vice-président sous George W. Bush qui exempte les gaziers pratiquant la fracturation hydraulique de la loi sur l’eau potable. Depuis 2009 plusieurs membres du Congrès tentent de faire invalider cette loi qui explique que la fracturation hydraulique chimique est pratiquée à si grande échelle sans que les dégâts environnementaux et sanitaires soient imputables aux industriels. Exploiter le gaz de schiste en France n’entraînerait pas de gains économiques pour la population, notamment parce que l’expérience américaine n’est pas transposable. Thomas Porcher, auteur du Mirage du gaz de schiste, rappelle que la production de gaz ne crée que très peu d’emplois c’est pour cela que les spécialistes la qualifient de « rente gazière ». Pour créer des emplois, il faut forer massivement et en continu, comme le font les Etats Unis. L’exploitation du gaz de schiste ne ferait pas baisser les prix du gaz en Europe car le marché du gaz européen ne fonctionne pas comme le marché du gaz américain, c’est un marché plus rigide. Pour que le prix baisse, il faudrait produire une part de marché suffisamment forte pour être en position de renégocier les contrats avec nos fournisseurs traditionnels.

La fracturation hydraulique est-elle une technique incontournable? Pourquoi ne gêne-t-elle pas la Pologne alors que la loi française interdit toute expérimentation en la matière?

Pour l’instant, il n’existe pas d’autre technique opérationnelle que la fracturation hydraulique. Celle récemment défendue par Arnaud Montebourg par fracturation au fluoropropane est de la bouche même des pétroliers dangereuse pour l’environnement, aléatoire et très coûteuse.

« La fracturation hydraulique à base d’eau est selon nous la technique fiable et éprouvée », explique Bruno Courme, directeur de Total Shale Gaz Europe. « Il n’y a pas véritablement d’alternatives », acquiesce Pascal Baylocq, président du club de réflexion sur les hydrocarbures de roche mère. « Pour les gaz de schistes, aucune autre technologie n’est disponible, à notre connaissance », renchérit Gilles Pijaudier-Cabot, directeur du laboratoire des fluides complexes et leurs réservoirs. Des avis qui traduisent le message des industriels : la fracturation hydraulique reste incontournable.

De surcroît, une récente étude de l’Office américain de géologie démontre que l’usage de la fracturation hydraulique peut générer des tremblements de terre pouvant atteindre 5,7 sur l’échelle de Richter. Au même moment, la production de gaz issu de la fracturation hydraulique vient d’être stoppée dans le Queensland en Australie après la découverte d’amiante dans les fluides de forage résultant de l’utilisation de la fracturation hydraulique.

Vous vous référez fréquemment à l’exploitation du schiste aux Etats-Unis. Contrairement à une idée reçue, cette industrie n’est plus très florissante. Pourquoi?

La soi-disante “révolution du gaz de schiste” aux Etats Unis se révèle être un échec. L’extraction de gaz de schiste est en train d’être abandonnée par des compagnies comme Shell et BP en raison de sa non-rentabilité. Il faut comprendre que les industriels ont gagné de l’argent sur la spéculation liée au mirage du gaz de schiste et non sur l’exploitation (le gaz est vendu à moitié de son prix de revient).

Différents articles dans la presse américaine sonnent l’alerte. C’est en particulier le cas de William Engdhal dans un texte de NSBC international en date du 9 avril dernier. Il rappelle que les prévisions d’exploitation du gaz de schiste en Amérique sont de plus en plus pessimistes. La fin de la bulle d’exploitation de ces dernières années est désormais en vue. Elle avait fait croire un moment que la dépendance en pétrole d’importation allait cesser. Or les grandes compagnies pétrolières renoncent désormais à investir . Dans quelques années, on peut prévoir que les territoires dévastés par l’exploitation sauvage du « shale gaz » ne comporteront plus que des puits rouillés.

Par ailleurs, l’exportation d’hydrocarbures non conventionnels vers l’Europe pour suppléer au gaz russe nécessiterait des infrastructures très coûteuses qui devraient être amorties sur un demi siècle. Cette solution est donc totalement irréaliste !

 

Y a-t-il un Président à l’Elysée?

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De mémoire de République française on n’avait jamais vu ça depuis que les sondages d’opinion existent. Un président comptabilisant seulement 18% de satisfaits ! Circonstance aggravante, son premier ministre, à peine nommé, obtient 40 points de popularité de plus que lui.

Au-delà de ce fossé abyssal, une question simple mériterait d’être posée : si  58% des sondés sont satisfaits de Manuel Valls, pourquoi n’expriment-ils pas un satisfecit au chef de l’Etat qui a su faire le bon choix pour Matignon? On peut raisonnablement penser que c’est parce que les Français plébiscitent à travers Manuel Valls la perspective d’un tournant politique et surtout économique dans la gestion des affaires de l’Etat. Mais pas n’importe quel changement : leur vote aux municipales prouve amplement qu’ils veulent un virage à droite.

Ce qui n’a pas empêché mélenchonistes trotskystes et communistes de réclamer dans la rue, samedi dernier, une inflexion exactement inverse de la politique gouvernementale.

Aux cris de «contre l’austérité la vraie gauche est dans la rue», ils entendaient dire leur colère contre les premières mesures de la politique de l’offre à laquelle l’Assemblée nationale a voté sa confiance. C’est à ces signes de fureur envoyés par une bonne partie de sa base politique que François Hollande devra répondre, tout comme à la gifle que lui a donnée le suffrage universel. Le Président est aujourd’hui comme en lévitation au-dessus d’une mêlée qu’il a lui même provoquée entre une gauche molle à laquelle il a confié la tête du gouvernement et une gauche dure vent debout contre lui.

Quand François Hollande, suivant son penchant naturel, décide de ne rien décider comme il l’a fait pendant deux ans, ça ne marche pas. Quand il choisit enfin de faire des choix, ça ne passe toujours pas. Ni à sa droite, ni à sa gauche. Avouez qu’on a connu des situations plus confortables.

Objectif Sarko

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sarkozy-kadhafi-affaires

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Ça y est ! Cette fois-ci, il est fait aux pattes. Il ne s’en relèvera pas. Nicolas Sarkozy, même pas encore revenu en politique, serait-il déjà hors-jeu ? Comme au bon vieux temps de Clearstream, des sous-marins de Karachi ou de l’affaire Bettencourt, le buzz politico-médiatique ne laisse aucun doute : les écoutes téléphoniques vont inévitablement conduire à la mise en examen de l’ex-président pour « violation du secret de l’instruction » et « trafic d’influence ». La violation du secret de l’instruction, c’est – soit dit en passant – exactement le délit commis par les journaux qui ont publié lesdites écoutes. Oui mais, quand la presse viole le secret de l’instruction, c’est parce que « le droit à l’information est une exigence démocratique », rappelle Edwy Plenel, le patron de Mediapart. Quand Sarko fait la même chose, c’est pour servir ses intérêts. En l’occurrence, essayer de savoir si la Cour de cassation va ou non lui rendre ses agendas saisis par la justice, et pouvant contenir des renseignements explosifs sur ses diverses casseroles judiciaires. L’autre incrimination est plus infamante : « Trafic d’influence ». Mais qui est visé ? Est-ce l’ancien président qui, en échange de renseignements sur son affaire, aurait promis à Gilbert Azibert, avocat général à la Cour de cassation, d’appuyer sa candidature à la sinécure de conseiller d’État à Monaco ? Est-ce au contraire Azibert qui est dans le collimateur pour avoir pris contact avec trois conseillers de la Cour afin de tenter d’infléchir leur décision ?[access capability= »lire_inedits »]

Difficile d’y voir clair. Les éléments publiés sont en effet des morceaux choisis d’une synthèse policière de sept écoutes pratiquées depuis septembre 2013 à la demande des juges Serge Tournaire et René Grouman, mais qui ne sont pas encore versées au dossier d’instruction. Seule en dispose officiellement la police judicaire qui les a réalisées. Et il n’est pas interdit de penser que le bon citoyen qui les a fait fuiter a soigneusement sélectionné ce qu’il convenait de révéler dans le cadre de l’« exigence démocratique ».

Mais au fait, comment les deux juges qui enquêtent sur un éventuel financement de la campagne présidentielle de 2007 par la Libye en sont-ils arrivés à la Cour de cassation ? Comment est née cette affaire qui leur donne le droit de farfouiller dans la vie politique et privée du futur adversaire de Hollande en 2017 ?

Tout commence avec un document publié par Mediapart le 28 avril 2012 − à huit jours du second tour de l’élection présidentielle. Selon ce bout de papier écrit en arabe, Mouammar Kadhafi a financé, à hauteur de 50 millions d’euros, la campagne de Sarko en 2007. L’accusation est explosive. Mais deux ans plus tard, elle a fait long feu. L’enquête des juges René Cros et Emmanuelle Legrand, saisis à la suite d’une plainte de Sarkozy, a en effet quasiment établi qu’il s’agissait d’un faux. Ce que pense aussi le parquet de Paris.

C’est dans ce contexte qu’arrive le deuxième événement, qui va formellement déclencher l’ouverture de l’information judiciaire pour « corruption » qui a donné lieu aux écoutes. Il s’agit des déclarations « spontanées » d’un menteur pathologique : Ziad Takieddine. Mis en examen un nombre incalculable de fois dans l’« affaire de Karachi », notamment pour « faux témoignage ». Un beau jour de décembre 2012, il lui prend l’envie pressante de faire des confidences au juge Renaud van Ruymbeke, son juge d’instruction, qu’il traitait jusqu’alors de « malade mental », affirmant qu’il le « ferait condamner en justice » pour ses errements procéduraux. Alors qu’il avait affirmé aux enquêteurs, peu après la publication de la note de Mediapart, que celle-ci était « clairement un faux », il change de tactique et raconte au magistrat ce que celui-ci rêvait d’entendre : « Je peux vous fournir les éléments existants sur le financement de la campagne de Nicolas Sarkozy » par la Libye. Et ce, précise-t-il, « au-delà de 50 millions d’euros ». Pressé par Van Ruymbeke de donner des preuves, Takieddine se défile. Comme il le fera début 2013, alors qu’il avait promis ces fameuses preuves à au moins trois journalistes. Qui attendent toujours. Des accusations sans le moindre élément de preuve ? Il en faut plus pour dissuader le parquet d’ouvrir une information judiciaire, confiée aux juges Grouman et Tournaire, en avril 2013.

Les juges plastronnent puis battent en retraite Les juges ne traînent pas. Perquisitions, et surtout écoutes téléphoniques de Sarkozy pendant plusieurs mois. Des fois qu’il aurait une conversation compromettante avec Kadhafi (mort depuis plus de deux ans) sur des événements censés s’être produits il y a sept ans ? Qu’importe ! Les éléments recueillis à cette occasion vont permettre d’ouvrir d’autres fronts judiciaires, comme – aujourd’hui – la violation du secret de l’instruction et le trafic d’in- fluence. Et cette instruction-gigogne connaîtra sans doute d’autres rebondissements.

Ce n’est pas la première fois qu’est mis en œuvre cet infernal système à deux temps : recueillir un élément – même non étayé – et, à partir de là, ouvrir une information judiciaire. Qui s’avérera, selon le mot d’un des protagonistes du dossier Tapie, une « machine à faire surgir des délits ». Réels ou imaginaires ? Qu’importe, s’ils font le buzz ! Rappelons-nous, par exemple, de l’« affaire Clearstream », dans laquelle Sarkozy était accusé de posséder un compte bancaire occulte à l’étranger. Ouverte sur la base de faux listings qui ne résistent pas à des vérifications élémentaires, elle éclate au printemps 2004. Ça tombe bien, six mois plus tard, l’UMP doit choisir son président – c’est-à-dire son candidat à l’élection présidentielle de 2007 – entre Villepin et Sarkozy. Les médias s’emparent de l’affaire, Le Point titrant le 8 juillet sur « L’affaire d’État qui fait trembler toute la classe politique ». De quoi dissuader les militants de choisir un président-candidat qui aurait toutes les chances de se retrouver en cabane à brève échéance. Mais le juge Van Ruymbeke garde son sang-froid, et la manip avorte. En 2010, ce sera l’« affaire Karachi ». Un curieux reçu bancaire arrive en mars sur le bureau d’Olivier Morice, l’un des avocats des victimes. Ce document griffonné à la main – qui a bien pu le conserver depuis quinze ans, et dans quel but ? – indique qu’Édouard Balladur a versé plus de 10 millions en liquide sur son compte de campagne en 1995. C’est clair, il s’agit de rétrocommissions provenant notamment de la vente de trois sous-marins au Pakistan. Balladur n’intéressant plus grand monde, c’est évidemment Sarkozy qui est visé. La presse ne s’y trompe pas : « Karachi : l’affaire qui fait peur au président », titre L’Express (6 mai). Un an plus tard, Le Monde note que « l’enquête sur l’affaire Karachi se rapproche de M. Sarkozy ». Six mois encore et, le 25 septembre, en pleine période pré-électorale, Mediapart pose la vraie question : « Sarkozy peut-il encore être candidat ? » Les juges Van Ruymbeke et Roger Le Loir y répondront en 2014 en refusant de renvoyer Sarkozy devant la Cour de justice de la République, faute d’avoir réuni contre lui des « indices graves et concordants ».

Pareil dans l’affaire Bettencourt. En juin 2010, Mediapart publie des enregistrements pirates réalisés au domicile de la milliardaire. On y parle fraude fiscale. La comptable (plus tard mise en examen pour « faux témoignage ») et le majordome de Mme Bettencourt, témoins directs de rien mais lourdement accusateurs, font monter les enchères : financement illégal de la campagne présidentielle de 2007, trafic d’influence, etc. Coup de tonnerre final : l’ex-président est mis en examen en mars 2013 par le juge Jean-Michel Gentil pour « abus de faiblesse ». Contraint, six mois plus tard, de battre en retraite et de prononcer un non-lieu.

Mais une instruction judiciaire qui fait chou blanc n’est pas perdue pour tout le monde ! Évoquant les récentes écoutes de Sarkozy, le Journal du dimanche a rapporté des propos prémonitoires tenus le 17 février par François Hollande à des députés socialistes : « Sarkozy ? Ne vous inquiétez pas, je le surveille. Je sais exactement ce qu’il fait. » Le 13 mars, sur Europe 1, Michel Sapin confirme la déclaration présidentielle avec un désarmant lapsus : « On va continuer à s’occuper des enquêtes de Nicolas Sarkozy… Enfin, les juges vont continuer à s’occuper des enquêtes de Nicolas Sarkozy. » T’as le bonjour d’Alfreud ![/access]

*Photo: STEVENS FREDERIC/SIPA.00553345_000001

Hollande, prof réac?

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hollande portable ministres

hollande portable ministres

Il charrie le proviseur, enfin le Président de la République. C’est vrai quoi, il est pas cool François Hollande : figurez-vous qu’il vient d’interdire l’usage du portable pendant le Conseil des ministres. Non, ça c’est trop dur. Et même, je pèse mes mots, réactionnaire ! On ne lui a pas dit que l’école de papa c’était fini ? Oui, vous savez dans ce passé obscur, on avait des punitions quand on lisait en loucedé pendant les cours de maths. Et voilà que le chef de l’Etat prétend imposer ces règles d’un autre âge à ses pauvres ministres – alors que, franchement, c’est pas leur genre de bouquiner pendant que le Président cause, non leur truc, c’est plutôt de twitter, surfer et chatter. On ne va tout de même pas leur reprocher d’être de leur temps. Et pourquoi pas, tant qu’on y est, le retour des châtiments corporels ou des heures de colle pour ceux qui n’auront pas de bons résultats ? Et pour ceux qui se seront fait pincer en train de s’en griller une dans leur bureau, on fait quoi, l’exclusion temporaire ?

Fini de rire ! Ce sera la devise de cette nouvelle phase du quinquennat, une phase de combat, a dit le patron. Avec cette mesure de choc, annoncée en grande pompe par le porte-parole du gouvernement, le bon peuple sait qu’il y a un capitaine à la barre du bateau France. Espérons qu’on ne verra pas un récalcitrant excédé brûler un vélib dans la cour de l’Elysée ou taguer la façade.

Les plus charitables assurent que cette révolution vise à assurer la confidentialité des débats. Alors que les enregistrements réalisés clandestinement par Patrick Buisson à l’époque de Nicolas Sarkozy viennent opportunément d’atterrir sur le bureau d’un juge, il ne faudrait pas que les murs de l’Elysée deviennent des passoires. Le pire, c’est que si on assistait en direct à leurs petites réunions du mercredi, on découvrirait peut-être qu’il ne s’y dit rien qui vaille la peine d’être caché. Non, je n’ose penser une pareille chose. Et puis, ça c’est les méthodes des fachos, à gauche on ne mange pas de ce pain-là. Sauf pour la bonne cause. En 2007, juste après la primaire remportée après une blitzkrieg par Ségolène Royal, un journaliste du Monde avait pu suivre en direct le Bureau national du PS grâce à un téléphone aimablement laissé dans un coin. Mais il s’agissait d’informer les citoyens.

Je ne crois pas que François Hollande cherche à protéger les secrets de l’Etat. Non, la triste vérité, c’est que nos ministres sont aussi dissipés que de vulgaires députés braillards. Après tout, ce sont des gens comme nous : ils ont bien le droit de rappeler à leur conjoint que les Dugland viennent dîner ce soir et qu’il faut acheter le pain, d’envoyer à leur copine la photo de la paire de chaussures qu’ils enfin qu’elles viennent d’acheter en soldes ou de regarder la fin du dernier épisode de Game of Thrones. Et puis, si Montebourg et Sapin s’envoient des blagues par SMS, ça prouve la cohésion de l’équipe gouvernementale, non ?

Finalement, il faut applaudir à cette restauration de l’autorité de l’Etat. Bon, il y a bien cette plaisantine de Valérie Trierweiler qui s’amuse à lancer des boules puantes. Alors que François Hollande était en visite officielle au Mexique, elle a les pieds dans le plat en s’invitant dans le délicat dossier diplomatico-conjugal d’une Française divorcée d’un haut personnage mexicain. Alors moi je ne vois qu’une solution : si le Président veut neutraliser son ex, il n’a qu’à la faire entrer au gouvernement. Et là, je vous garantis qu’avec ou sans portable, il y aura de l’ambiance au Conseil des ministres.

 

*Photo : VILLARD/PDN/SIPA. 00681195_000010.