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Et si la France gagnait la Coupe du monde?

Et si la France gagnait la Coupe du monde?

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Pour ceux qui n’ont pas pris le latin au bac, Panem et circenses pourrait se traduire en français d’aujourd’hui  par « du foot et des soldes… », sans que le sens en soit changé le moins du monde.

Car le maniement politique de la diversion ne date pas d’hier : l’expression latine dénonçait déjà, dans la Rome antique, l’usage délibéré par les empereurs romains de distribution de pain et d’organisation de jeux, dans le but de flatter le peuple et de s’attirer sa bienveillance… Comme quoi l’opinion populaire était déjà une préoccupation bien avant l’invention des instituts de sondages !

Selon le bon principe impérial qui a fait ses preuves, pour faire oublier l’impuissance publique et l’aboulie du Président, il faut organiser le bonheur de ses administrés. Et dans leur mauvaise passe, les élites sont vernies : comme elles ont le soleil pour elles, la moitié du boulot est fait.  Car le bonheur c’est simple comme un coup de pied dans un ballon ou comme un marathon de la fringue.

Même si l’éventualité d’une victoire française en Coupe du Monde de football donne quelques sueurs froides au ministère de l’Intérieur, on organise savamment le teasing d’un coup d’éclat des bleus. Et après seulement deux matches, le coq français retrouve sa superbe qui l’avait un peu déserté ces derniers temps… On anticipe, on calcule, on projette et surtout on y croit… on est d’ailleurs prié d’y croire !

C’est pourtant un casse-tête qui se profile pour le préfet de police de Paris. Un déferlement « populaire » sur les Champs-Elysées serait problématique à la veille du défilé du 14 juillet. On a déjà vu comme la maîtrise d’enragés du foot est compliquée et à quels débordements incontrôlables elle peut donner lieu. Or le défilé de cette année est dédié aux commémorations du centenaire de la première guerre mondiale, et à ce titre,  la cérémonie doit réunir plusieurs dizaines de chefs d’Etat.

Aïe, aïe, aïe : se pourrait-il qu’il faille décider quelque chose… interdire, même ? Une victoire en coupe du monde serait un coup d’éclat susceptible de redorer un peu l’image française. Mais si la fête est gâchée à la barbe des dirigeants du monde… quel en serait alors le bénéfice ? Pour ménager la chèvre et le chou et laisser le Président à sa sieste, mieux vaudrait une élimination en demi-finale. Le 8 ou 9 juillet, ça fait quand même durer le rêve et ça laisse un peu de temps pour ranger les Champs et réparer quelques boutiques au cas où…

Les boutiques d’ailleurs, parlons-en. Car l’autre recette du bonheur, ce sont les soldes. Et voici que par un heureux hasard, elles tombent en même temps que le foot. L’aubaine ! C’est une affaire d’intérêt national que de renouveler son lot de fripes au meilleur prix, de se donner l’impression d’en faire, justement, des affaires. En témoignent les images ressorties d’années en années de hordes de cochons de payeurs, attendant le coup d’envoi devant les grilles encore fermées des magasins. Qui a dit que c’était la crise ?

Cela permet d’oublier justement que les temps sont durs et que, malheureusement, les boutiques ne sont pas les seules à « solder ». Ici, la grande braderie a lieu quotidiennement sous nos yeux impuissants. En pompier débordé, le gouvernement lâche du lest et rase gratis pour éteindre une grogne toujours plus gourmande. Petite ristourne fiscale aux bas salaires – malencontreusement assujettis à l’impôt par le même gouvernement quelques mois auparavant-, rabais sur écotaxe, recul programmé sur les intermittents, négociations avec les cheminots, le tout annoncé avec des mines de croque-morts sensées rappeler l’austérité de façade promise et rabâchées sous la formule magique et mensongère des  « 50 milliards d’économies ».

Pour divertir ses concitoyens désabusés, le Président rêve sans doute à « l’effet Coupe du monde » auquel avait eu droit Jacques Chirac en 1998. Las,  l’histoire repasse rarement les plats : c’était un 12 juillet, et non le 13 ! Et ce n’était pas non plus le centenaire de 1914…

*Photo : JULES MOTTE/SIPA. 00530657_000012.


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