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Musique: entre Beach Party et les limbes du Pacifique

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musique été Beach Party Peace is the mission Vendredi ou les limbes du Pacifique

Quand elle a vu la prestation de Bonnie Tyler l’autre soir au Stade de France, lors du concert Stars 80, ma fille de 9 ans m’a dit : « Elle chante trop bien Marine Le Pen. » Certes, mais elle tient ça de son papa, lui ai-je répondu. Au-delà de ces approximations quasi journalistiques, j’ai tout de suite saisi la prophétie de cette sacrée soirée avec Gilbert Montagné : l’été serait placé sous le signe des sunlights des tropiques, au moins. La compilation Stars 80 culmine en tête des meilleures ventes d’albums depuis la diffusion télé de cette boum géante à ciel ouvert, notre Woodstock à nous. Parfait pour chauffer les salles donc, mais qui pour chauffer les plages, en cet été 2015 flamboyant ? Ne cherchez plus : Georges Lang s’occupe de tout et apporte avec lui les rafraîchissements. Amis plaisanciers, ne sortez pas sans votre coffret Beach Party si vous voulez rétablir la vraie canicule, celle contre laquelle Ségolène Royal ne pourra rien : la haute température de la nostalgie qui enflamme les cœurs, les esprits et les filles des bords de mer, avec leur consentement.

Avec le programme 100% incandescent des 4 CD (Beach Boys, Shadows, Animals, Aretha Franklin, Bee Gees, Elvis, Shirelles, Mamas & the Papas, Frankie Valli & the Four Seasons et une centaine d’autres surfeurs de la mélodie solaire), vous contribuerez à lutter efficacement contre le grand remplacement de la bonne musique, en œuvre depuis quelques années sans que cela ne saute aux oreilles de la population. Jean-Pierre Raffarin nous offrait une nouvelle raffarinade il y a quelques jours en proposant le plus naturellement du monde que les migrants soient logés dans les campagnes, afin de remédier au problème de la désertification de nos zones rurales. Cet homme convoite visiblement un poste de ministre de l’acculturation dans le prochain gouvernement Hollande. Qu’en pensent les campagnards ? En tout cas, pour lutter contre la désertification de l’espoir dans ce pays, en zone rurale comme en zone urbaine, commençons par y injecter un peu de feel good music authentique, issue des charts anglo-américains des années 50-60. Si les Ricains n’étaient pas là, nous serions tous en Germanie, mais pas que.

Beach Party, de Georges Lang (Warner Music)

Beach Party RTL Georges Lang - Coffret 4 CD

Prix: 20,00 €

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Le farniente est un art subtil qui exige une pratique experte en matière de sonorisation des mœurs estivales. Ainsi, il faudra prendre soin d’enchaîner sur du son qui tienne la route après pareils délices immémoriaux. L’esthète veillera à effectuer une transition en douceur vers les mers de l’intranquillité qui entourent l’île de Robinson Crusoé, avec Vendredi ou Les limbes du Pacifique, libre adaptation du roman de Michel Tournier mise en musique et chansons par Romain Humeau, chanteur-auteur-compositeur du groupe Eiffel et dernièrement bras droit pas manchot de Bernard Lavilliers. Les compositions passent de la nonchalance d’un Voulzy à l’impétuosité d’un Lennon, de l’animosité de New Model Army au programme « Ivresse et piano-bar existentiel » d’une rhumerie anarchiste. On ne peut que saluer ce genre d’initiative du service public (le projet émane de Radio France), qui assure là sa mission culturelle, avec un concept intelligent (oxymore ?) consistant en une adaptation pop d’une œuvre littéraire. La voix de Denis Lavant, dont la narration entrecoupe les chansons de Humeau, évoque La Jetée de Chris Marker, apportant un souffle énigmatique au récit. Ambiance L’homme à tête de chou en binôme donc, en à peine moins caustique (jeux de mots que n’aurait pas reniés Gainsbarre), pareillement tribale, et davantage English. Mention spéciale à « Robinson » et « Mille soleils rois ».

Vendredi ou Les limbes du Pacifique, de Romain Humeau (PIAS)

Vendredi Ou Les Limbes..

Prix: 6,49 €

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Dans la famille caniculaire, je demande enfin l’album de Major Lazer, Peace is the Mission, qui va ébranler les fondations dance de la planète cet été. De la « good vibes music » – complément nutritif de la feel good music – au niveau des productions actuelles du phénomène Mark Ronson. Comme il y a eu KLF et Gorillaz en d’autres temps, Mazor Lazer renoue avec le genre fusion electro-dance thermonucléaire. Ainsi, le single tout feu tout flamme « Lean On » pourrait embraser tout ce qui bouge cet été (N°13 du Billboard Hot 100 au 6 juillet). Et « Be Together », morceau d’ouverture en incursion dans les limbes de Lana Del Rey, sert de mèche d’allumage idéale pour le grand brasier.

Alors nageons dans notre époque mirage, celle de la nostalgie du temps révolu et de la dance globalisée : il y a de quoi s’échouer sur de beaux îlots de musique où le bon sauvage qui sommeille en nous n’a pas fini de rendre le monde meilleur.

Peace is the Mission, de Major Lazer (Because Music)

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Prix: 6,99 €

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*Photo : Pixabay.com

À Sarcelles, la reporter du Monde oublie l’antisémitisme

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Dans Le Monde du 7 juillet, un article intitulé « À Sarcelles, la rénovation urbaine oublie la culture » donne la parole à Nabil Koskossi, candidat divers gauche aux dernières municipales et opposant au maire actuel, François Pupponi.

Ce monsieur dit vouloir promouvoir la culture qui manque cruellement dans le grand ensemble en faisant revenir à Sarcelles tous les artistes qui y sont passés.

Par exemple, le rappeur Eric Aït Si Ahmed, connu comme le fondateur du groupe Minister Amer. Car oui, pour Nabil Koskossi la culture c’est le rap, on n’en est plus aux grandes heures de Sarcelles avec son ciné-club et ses rencontres d’auteurs, ne soyons pas passéistes, c’est ringard.

Mais jusque-là, rien de gênant.

Ce que l’article ne dit pas, c’est que Nabil Koskossi fut l’organisateur de la manif interdite du 20 juillet 2014, qui s’est transformée, comme prévu, en émeutes. Celle où l’on a crié « Mort aux juifs » dans les rues de Sarcelles.

Bien sûr, l’homme se défend d’être responsable des débordements de sa manif, sauf qu’il est toujours poursuivi par la justice. A croire que la journaliste du Monde, Sylvie Zappi ne s’est sans doute pas assez renseignée sur le personnage…

On ne peut pas croire en effet qu’elle ou son journal aient sciemment édulcoré la réalité des faits, décidément trop têtus, et choisi de travestir le sieur Nabil Koskossi en homme de culture et en démocrate sincère.

Les cités sont pleines de Nabil Koskossi. Pareils à des hommes sandwichs, ils portent une pancarte bisounours devant mais celle de derrière est souvent beaucoup plus sombre.

Δημοκρατία

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iep laicite republique

Au programme de l’Heptaconcours des IEP, l’année prochaine, l’Ecole et la Démocratie.

(Non, le «et» n’est pas inclusif. Il s’agit de deux thèmes différents. Dommage. Il faudra quand même s’interroger sur le caractère démocratique de l’Ecole, et sur ce qu’il reste d’Ecole dans ce qu’on appelle aujourd’hui une démocratie).
Sur l’Ecole, je dirai à mes loupiots ce que vous devinez. Ce ne sera pas forcément facile. Un mien collègue, avec lequel nous nous partageons les cours sur le programme, a décidé de commencer en leur projetant Entre les murs, la daube de Bégaudeau / Cantet. Bien, je leur donnerai à lire ce que j’écrivis jadis sur ce film nul tiré d’un bouquin nul écrit par un type…
Mais c’est Démocratie qui va poser des problèmes.

Il y a deux jours, en plein débat sur la Grèce, un copain qui n’a pas fait de grec m’a demandé comment les Grecs disaient «République».
Ma foi, ils disaient (et ils disent toujours) δημοκρατία. Le mot recouvre les deux concepts — à ceci près que la démocratie qui définissait la République athénienne n’était pas exactement le tronc pourri de nos modernes démocraties. Les Grecs avaient compris que le droit de vote universel, qui semble aller de soi aujourd’hui (mais va-t-il de soi ?) n’avait aucune chance de faire prospérer une vraie démocratie — enfin, une République.

Les esclaves, les femmes et les métèques (les étrangers, sans connotation péjorative) étaient donc privés d’élections. On gardait le vote des citoyens libres et susceptibles de défendre la Cité. Par ailleurs, à l’exception des dirigeants suprêmes, les magistratures étaient pour la plupart tirés au sort parmi les citoyens — des clubs de réflexion, en ce moment, pensent à instaurer ce système en France : personne ne niera l’intérêt d’éliminer les politiciens professionnels. Et j’aime particulièrement l’idée de voter à main levée — les révolutionnaires des années 1789 et sq. garderont le principe : c’est ainsi que ‘on sait exactement qui a voté ou non la mort du roi. L’Assemblée Nationale enregistre de même le vote des députés : la consultation de la liste de celles et ceux qui ont voté pour ou contre l’abolition de la peine de mort en septembre 1981 est fort instructive. Pourquoi des isoloirs dans les bureaux de vote ? Pourquoi ce secret autour de l’élection des minables qui nous gouvernent ?

Nos démocraties modernes, vote secret étendu à la totalité de la population, sont-elles encore des démocraties-républiques ? Tout le monde se gargarise de «démocratie» — jusqu’à promouvoir le référendum sur n’importe quel sujet (Le Figaro proposait hier un référendum pour savoir si la France devait consentir à une réduction de la dette grecque). Si tous les sujets étaient tranchés par référendum, nous vivrions dans une société absolument rétrograde. Ce qui s’exprime à la majorité absolue est presque toujours la position la plus réactionnaire. Il faut peu de dirigeants, bien formés, compétents et révocables. Et dont le destin ne dépende pas d’un mouvement d’humeur ou d’une campagne médiatique. Ni d’une majorité parlementaire acquise par vote : les majorités devraient se décider à chaque décision. Prendre parti (c’est le cas de le dire) en fonction d’une «ligne»… partisane est d’une bêtise absolue, qui nous fait passer à côté de toutes les urgences — voir l’Ecole.

Et c’est là que les deux sujets se rejoignent. L’Ecole crève de s’être voulue démocratique : elle doit être républicaine, elle doit former des citoyens décidés à faire avancer la Nation, pas des ventres mous qui votent en fonction de leurs «opinions», de leurs croyances et du dernier JT de TF1.

Je suis en train de mettre la dernière main à un livre sur la laïcité. Et franchement, je suis en train de me demander si continuer à accorder le droit de vote à des gens qui font passer la religion avant la République est une bonne chose. S’ils ont un agenda dicté par leurs superstitions, grand bien leur fasse — c’est un choix personnel, une attitude privée qui ne regarde pas l’Etat — et dont l’expression ne devrait pas dépasser les limites de leur domicile. Mais qu’ils puissent l’imposer à la Nation…

Harcèlement dans les transports: message de service

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Quiconque a déjà emprunté le métro parisien en été, ou autre saison touristique, a forcément entendu cet avertissement : « Pour ne pas tenter les pickpockets, fermez bien votre sac et surveillez vos objets personnels. »[1. Oui, je sais, j’ai déjà écrit ça, ou presque…] Autrement dit, brave touriste, on t’aura prévenu : dans l’éventualité où tu te ferais chouraver tes Ray-Ban ou ton iPhone, te voilà d’avance désigné comme coupable de « tentation de pickpocket ». A la longue, cette aberration ne nous choque même plus, pourtant elle mériterait qu’on s’y arrête une minute.

Alors que Pascale Boistard, secrétaire d’Etat chargée du droit des femmes, vient d’annoncer une série de mesures visant à lutter contre « le harcèlement dans les transports », la RATP pourrait imaginer un nouveau message de service : « Pour ne pas tenter les violeurs, serrez bien les jambes et surveillez vos arrières ». Elle appliquerait ainsi la même logique de « prévention » au harcèlement sexuel qu’au vol à l’arraché dans les transports. Et les jolies filles comprendraient enfin qu’elles sont coupables de « tentation » de porcs frustrés.

Las, pour l’heure, on prévoit seulement d’expurger le métro des affiches publicitaires représentant des femmes trop dévêtues. Parce qu’évidemment, si un salopard suintant se croit autorisé à coller sa main entre les fesses de sa voisine de strapontin, c’est qu’il vient d’apercevoir la pub avec une bombe en string de bain Calzedonia sur une plage de sable fin. Vous savez bien que tout homme est un chien, esclave de ses pulsions et inapte à la moindre retenue. Stimulus, réaction. Un chien de Pavlov, quoi.

harcèlement transports pickpockets

Mes nouvelles amies néo-féministes ont une expression pour insinuer que notre société autoriserait tacitement ces comportements dégueulasses. Elles parlent de « culture du viol », et la cherchent désespérément en France au lieu d’aller la trouver dans n’importe quel pays musulman. Mais pour les paraphraser, je ferai simplement remarquer que l’avertissement culpabilisant les touristes victimes de pickpockets est assimilable à une véritable « culture du vol ». Chez nous, c’est comme ça : si quelqu’un t’arrache ton sac à main, c’est que tu le surveillais mal.[2. De même que nous devons avoir une « culture du terrorisme » : si quelqu’un tire à la kalachnikov sur un dessinateur ou un juif, c’est qu’on l’avait soumis à une trop forte « tentation »…]

Alors entendons-nous bien : en matière de propriété comme d’intégrité physique, je ne vois pas une seconde ce qui justifierait qu’on culpabilise la victime. Après les images sexy, faudra-t-il interdire les minishorts, les dos nus, les décolletés, les bas ou les talons pour lutter contre le harcèlement sexuel dans les transports ? Burka pour tous dans les lieux publics ? En ce qui me concerne, je suis plutôt partisan de la pratique assidue d’un art martial, qui permet notamment de sauver son iPhone et de calmer les mal-élevés, pendant que nos ministres s’occupent – tels notre père qui est aux cieux – de ne plus nous soumettre à la « tentation »…

*Photo : Flickr.com

Saint Georges Frêche, priez pour nous

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georges freche montpellier

Saint Georges est une figure chrétienne impressionnante. On le représente volontiers en train de terrasser un dragon, symbole du démon ; c’est surtout un martyr du IVème siècle de notre ère, qui est devenu le Saint-Patron de la chevalerie. C’est pour cette raison que d’autres grandes figures religieuses se sont prénommées Georges au fil de la grande histoire de l’humanité : Brassens, Harrison, Bernanos, Marchais, Pompidou ou Simenon. Dans cette droite ligne un monument se dresse : Saint Georges Frêche.

L’ancien président du Conseil régional de Languedoc-Roussillon, né en 1938 (un an avant Claude François, coïncidence ? Je ne crois pas…), et disparu de manière parfaitement inexplicable en 2010, a été canonisé par l’Eglise officieuse de la Septimanie – et n’en finit plus de revenir hanter sa bonne ville de Montpellier. Le professeur de droit romain, baron local, potentat folklorique, ancien maoïste,  figure socialiste hors-format était bien connu pour ses débordements truculents : traitant pêle-mêle des harkis de « sous-hommes« , Jean-Paul II d’ « abruti« , qualifiant Sarkozy de « grand mamamouchi aux talons compensés« , et entreprenant l’érection (on dit comme ça) dans les jardins de Montpellier de statues géantes à l’effigie de ses idoles. De Gaulle, Churchill, Lénine… Mao devait suivre. Après la mort de Frêche, son successeur a préféré commander une statue du grand homme lui-même, en bronze massif.

Péripétie moins connue, dans les années 80, Frêche militait avec le plus grand sérieux du monde pour la construction d’un grand « cosmodrome » en Languedoc-Roussillon en remplacement de Kourou, afin de partir à la conquête de l’espace intersidéral, marcher sur Mars et donner son nom à des étoiles inconnues.

Au printemps, comme chaque année à la Saint Georges (le 23 avril) le petit peuple des fidèles de Georges Frêche s’est réuni pour une parade festive dans les rues de Montpellier… étudiants en droit, jeunes socialistes, militants d’extrême-gauche, comédiens, ont dit – sur la place des Beaux-Arts – leur attachement à la « République frêchiste » sous le grave regard et plein de bienveillance d’un sosie de leur cher leader charismatique (sosie de Georges Frêche, voilà un métier d’avenir). La manifestation s’est dispersée dans le calme. Ils étaient deux millions selon les autorités de la République frêchiste, quelques dizaines suivant les forces de l’ordre.

Espérons que Saint Georges Frêche saura protéger la Septimanie dans le cadre de la réforme territoriale en cours, où le Languedoc-Roussillon n’est plus qu’une portion de super-région, et où Montpellier s’est fait voler la vedette par Toulouse, l’éternelle rivale. Ce n’est pas Georges, avec son franc-parler et sa punk-attitude, qui aurait laissé faire une chose pareille. Amen.

*Photo : wikicommons.

Merkel a gagné, Tsipras ne doit pas perdre

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Grèce euro Tsipras

Le 26 juin dernier, le Premier ministre grec Alexis Tsipras avait rejeté avec fracas les propositions des créanciers de son pays (UE, BCE et FMI), annonçant dans la foulée la tenue d’un référendum huit jours plus tard. Moins d’une semaine après le « non » des électeurs grecs à ces propositions, Alexis Tsipras a envoyé hier soir aux créanciers ses contre-propositions. Le texte soumis à la troïka, un document de 13 pages intitulé « Actions prioritaires et engagements », propose le deal suivant : en échange d’un financement de quelque 50 milliards d’euros sur trois ans par le biais du MES (le Mécanisme européen de stabilité) déposé parallèlement par le gouvernement, celui-ci accepte presque la totalité de l’offre rejetée il y a quinze jours. C’est autour de ce « presque » que le prochain épisode va se jouer. Commençons par ce que les Grecs ont fini par avaler.

Le taux de la TVA sera relevé à 23% (y compris pour la restauration, imposée aujourd’hui à hauteur de 13%). Quant aux  produits de première nécessité et à l’électricité, le taux restera à son niveau actuel de 13%, ce qui est également le cas pour l’hôtellerie. Les médicaments et les produits culturels comme les livres jouiraient d’un taux réduit de 6%.

En ce qui concerne l’avantage fiscal dont bénéficient les îles (la réduction de 30% appliquée aux taux en vigueur sur le continent), le gouvernement propose de le supprimer d’abord pour les îles les plus touristiques et ensuite pour les autres. Ces positions sont très proches de celles avancées par les institutions le 26 juin.

En matière de fiscalité toujours, le gouvernement dirigé par Syriza propose une hausse de deux points de la taxe sur les sociétés (de 26% à 28%). Pour rappel, c’était exactement ce que proposait la troïka, alors que le gouvernement grec souhaitait fixer ce taux à 29%. A l’origine des différends sur ce point : la position du FMI, qui juge risqué de fragiliser les trésoreries des entreprises grecques, surtout les TPE et PME, quand la logique même du plan de redressement économique repose sur leur capacité à redémarrer rapidement, pour pouvoir exporter et surtout embaucher.

A Athènes, cette logique a probablement été validée car les nouvelles propositions concernant les dépenses publiques suivent le même principe : épargner le secteur privé, rationaliser et assainir le public. Ainsi, sur le dossier épineux des retraites, le gouvernement grec propose de fixer l’âge du départ à la retraite à 67 ans (où 62 ans avec 40 annuités). Le nouvel âge du départ à la retraite sera relevé progressivement sur sept ans.

Le budget militaire, quant à lui, sera réduit de 100 millions d’euros en 2015 cette année et de 200 millions en 2016. Au total, 300 millions d’euros d’économies sur la période, soit 100 millions de moins que la proposition faite par la troïka le 26 juin. Plus généralement, un vaste programme d’évaluation et une réorganisation des services publics sera lancée, avec pour objectifs une rationalisation et bien évidement des économies.

Sur le dossier des privatisations, le gouvernement grec s’engage à vendre ses parts dans le groupe de télécommunications grecques OTE, dont le principal actionnaire est… Deutsche Telekom ! Quant à la privatisation des deux grands ports (Pirée et Thessalonique), le processus, gelé par Syriza, sera relancé avant la fin de l’année.

Si jusqu’alors les Grecs semblent s’aligner plus ou moins sur les propositions rejetées le 26 juin, la situation est moins claire sur deux points importants. Concernant le budget hors service de la dette, Athènes accepte les propositions des créanciers (réaliser un excédent primaire de 1% en 2015, 2% en 2016 et 3% en 2017) avec un « mais », et pas des moindres. Le gouvernement grec signale en effet qu’il faudrait revoir ces objectifs à la lumière de la dégradation de la situation économique, depuis le rejet des propositions des créanciers, l’annonce du referendum et la mise en place du contrôle des capitaux. Autrement dit, Athènes demande à ses partenaires de la zone euro de partager la note du referendum…

Enfin, concernant la dette, les Grecs proposent un mécanisme fixant la dette publique « acceptable » à 180% du PIB, l’excédent étant de fait annulé. Là aussi, il est difficile d’y voir plus clair pour le moment car la négociation n’est pas encore terminée – un sommet européen extraordinaire est programmé dimanche – et il est évident que les deux parties gardent leurs ultimes cartes pour la dernière minute.

La stratégie grecque semble donc consister à faire un grand nombre de concessions importantes sur toutes les questions, sauf celle qui pour Syriza reste essentielle : après avoir lâché sur presque tout, il faut absolument que Tsipras puisse rentrer à Athènes avec un accord sur la dette. En clair : avec quelque chose qui sera vu par le grand public comme un effacement plus que symbolique.

Vu les concessions du Premier ministre grec, la ligne Merkel semble avoir gagné. La question est maintenant de savoir si les tenants de cette ligne laisseront le premier ministre grec sauver la face et donc la légitimité acquise dimanche dernier. Voilà l’enjeu des quelques jours à venir.

*Photo : © AFP Louisa Gouliamaki

La gauche a eu tort d’abandonner le débat sur l’immigration

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mona elthawy femmes

Née en Egypte en 1967, la journaliste et essayiste Mona Elthawy, a passé son enfance au Royaume-Uni et son adolescence en Arabie saoudite. Aujourd’hui, elle vit et travaille aux Etats-Unis.   Foulards et Hymens – Pourquoi le Moyen-Orient doit faire sa révolution sexuelle (Belfond, juin 2015) est son premier livre.

Gil Mihaely : Votre livre,  Foulards et Hymens – Pourquoi le Moyen-Orient doit faire sa révolution sexuelle, dresse un bilan sombre de la condition de la femme dans les sociétés arabes.  Ce livre reprend et développe les arguments que vous avez exposés dans un article retentissant de 2012 Pourquoi ils nous haïssent? Pensez-vous vraiment que les femmes arabes souffrent parce que les hommes arabes les haïssent?

Mona Eltahawy : Disons-le tout net : les crimes commis à l’encontre des femmes que j’ai recensés dans mon livre – mutilation d’organes sexuelles, mariage-viols[1. Dans certains pays arabes, un violeur n’est pas poursuivi si sa victime consent à l’épouser. Ces arrangements reflètent souvent les rapports de forces entre les deux familles impliquées.] – ne sont pas motivés par l’excès d’amour… Je sais que le terme de « haine » est fort et provocateur et tant mieux !  Si on veut briser la barrière du silence, de la honte et du tabou il faut secouer, ébranler les gens. En tant qu’écrivain, je dois mettre mon doigt là où ça fait mal, exprimer des choses qu’on ne veut pas entendre et qu’on a peur de dire.

Causeur : Derrière la haine, se cache souvent la peur. Il peut-être intéressant de se demander pourquoi   dans les sociétés arabes les hommes éprouvent aujourd’hui une telle peur panique de femmes, alors qu’ils exercent un contrôle sans équivalent sur elles…

C’est vrai ! Il s’agit d’un cercle vicieux : il faut un tel effort pour contrôler les femmes qu’au lieu d’atténuer la peur, cela l’exacerbe. Du coup, s’ils lâchent un peu de lest, les hommes craignent que les femmes ne se retournent contre eux. Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, ce principe est valable à tous les niveaux – dans les sphères publique et privée, politique et sociale. Cela me rappelle la peur que les esclavagistes éprouvaient à l’égard leurs esclaves, malgré le contrôle quasi-total qu’ils avaient sur eux.  L’idée du contrôle obsessif est primordiale dans mon argumentation.

La révolution politique que les Egyptiens ont lancée au début de la décennie a commencé par un constat : l’Etat opprime tout le monde, l’Etat a peur de ses citoyens car il sait quels efforts il faut déployer pour maintenir l’ordre. S’agissant des femmes, il s’agit d’un triple système de contrôle et d’oppression car à l’Etat il faut ajouter  la rue et la famille. Nous sommes tous tenus par la peur : l’Etat a peur de ses citoyens, les hommes ont peur des femmes et c’est pourquoi j’appelle à une triple révolution : politique, sociale et sexuelle.

Aussi longtemps qu’on se focalisera uniquement sur la dimension purement étatique et institutionnelle du problème, on ratera l’essentiel : la misogynie de la société et la famille, la rue et le foyer. Le plus gros problème est en fait le contrôle exercé par la famille et le poids du qu’en dira-t-on.  Un simple changement de régime ne résoudra rien. Car ce qui distingue les sociétés du Moyen Orient et d’Afrique du Nord des autres,  c’est l’étendue et la profondeur de la misogynie. C’est la matrice et la raison profonde de toutes les peurs, de tous les contrôles, de toutes les oppressions.

Dans votre inventaire des institutions de contrôle, vous ne mentionnez pas l’Islam, pourtant religion majoritaire et fait culturel de premier plan dans le monde et la culture arabes.

J’essaie – avec un succès très relatif je vous l’accorde – d’éviter des termes comme « monde arabe » ou « culture arabe » parce que j’englobe aussi des régions dont certaines populations certains ne se reconnaissent pas comme arabes. Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord – les termes que je préfère – il y a des berbères, des amazighes, des kabyles. De surcroît, dans un pays comme le Liban, souvent considéré comme une société très progressiste, des dirigeants chrétiens et musulmans se sont donné la main pour émousser la législation contre la violence domestique et perpétuer la pratique du mariage-viol.

Peut-être mais au-delà de la politique, que se passe-t-il au niveau anthropologique ? Les familles chrétiennes – au Liban, en Iraq, au Syrie ou en Egypte – exercent-elles le même contrôle sur les femmes que leurs voisins musulmans?   

La mutilation des organes génitaux est pratiquée chez les chrétiens aussi bien que chez les musulmans. Beaucoup de familles coptes sont, pour ce qui concerne les femmes, aussi conservatrices que les musulmanes. Dans beaucoup de pays de la région la législation sur la famille est abandonnée aux religieux. Concrètement, cela veut dire que les coptes n’ont pas le droit de divorcer.  Ce n’est donc pas l’Islam, mais la religion qui pose problème

Certains, comme l’anthropologue Lila Abu-Lughod, pensent qu’il faut prendre en compte les spécificités culturelles et historiques des sociétés quand on parle de la situation des femmes. Pensez-vous que les femmes devraient avoir le droit de vivre au Caire ou à Djeddah comme à Manhattan ou à Paris?   

Oui ! Et d’ailleurs, qui décide ce qu’est la “culture” locale ? Certainement pas les femmes ! Ce sont toujours les hommes qui décident ce que sont que la culture et la religion. Ces deux ingrédients des deux fourriers de misogynie. Les corps, les esprits et les pratiques des femmes sont façonnés par un cadre culturel et religieux déterminé par des hommes et au bénéfice des hommes.  Bref, je crois que, dans un monde idéal, les femmes devront avoir la même vie partout tout simplement parce qu’elles ont le droit d’être libres !

Mais justement, la définition et les contours de la liberté changent d’une culture à l’autre…

Si je pouvais parler avec votre grand-mère ou votre arrière-grand-mère elles m’auraient dressé un tableau bien différent que celui de la France de 2015. Cela veut dire que le poids du passé, de l’histoire et des spécificités culturelles n’est pas insurmontable, même si, comme cela fut le cas en Europe, il a fallu passer par des siècles de guerres de religions…

Prenons l’exemple concret du niqab et du foulard. En France, dans la sphère publique,  le premier est interdit le deuxième est réglementé, une situation dénoncée comme liberticide aux Etats-Unis et au Royaume-Uni. Or, ces trois pays aux vues divergentes sont des démocraties libérales…

Je reconnais le rôle de l’histoire tout en m’opposant à certains de ses pans. Les pionniers américains ont eu une vision très particulière de la religion. C’étaient des fondamentalistes , bien avant que ce terme soit quasiment réservé à certains musulmans. Or, je me bats contre les « Frères chrétiens » avec autant de vigueur que je combats les « Frères musulmans »…

Pour revenir sur le fond de la question, concevez-vous qu’une femme puisse librement choisir de porter le voile, ou même le niqab? En France, certaines musulmanes assurent se voiler de leur plein gré.

Le fait que des femmes choisissent de faire quelque chose ne veut pas dire qu’il faille les soutenir. Je reconnais qu’une femme puisse se croire libre en se voilant, mais je ne me sens pas obligée de la soutenir. Prenons l’exemple de la chirurgie esthétique. J’y suis personnellement opposée (sauf nécessité impérieuse) et c’est sur cette base que j’engagerai un dialogue avec une femme souhaitant y recourir.  Et je poserai la question que je me suis posée à moi-même concernant ma décision de jeune femme de porter le Hijab : pourquoi était-il beaucoup plus facile pour moi de choisir de le porter que de choisir de ne plus le porter ? Mais le problème aujourd’hui est qu’en Europe ce débat a été contaminé par des racistes et des xénophobes qui font semblant de se soucier des femmes musulmanes. Ceux-là ne font que profiter du vide laissé par la gauche européenne sur cette question.   Le silence de la gauche européenne est une grosse erreur et je la tiens pour responsable de la monopolisation de la question soit par la droite xénophobe.

Quelle a été exactement l’erreur de la gauche?

Son erreur a été de penser qu’en gardant le silence sur les questions concernant l’immigration et les femmes immigrées, elle aiderait ces populations. Victimes de relativisme culturel et du politiquement correct, la gauche a pensé que le silence serait la meilleure façon de combattre la droite xénophobe.  Mais, aujourd’hui, ces questions d’immigration, de culture et d’intégration sont devenues tellement importantes  qu’il faut absolument en parler ! Or, quand on n’en parle pas, quelqu’un d’autre le fait. Résultat : au lieu de prendre les devants, nous sommes contraints de réagir aux initiatives de la droite. Or, je rejette Jean-Marie Le Pen, Nicolas Sarkozy et Tariq Ramadan ainsi que toute voix masculine sur la question.

Comment la gauche pourrait-elle affronter ces questions épineuses sans renoncer à son identité?

La gauche doit appuyer et amplifier les discours des femmes qui racontent leur expérience de l’intérieur de leurs communautés. La meilleure façon se battre contre la tournure xénophobe qu’a pris le débat sur le foulard et le niqab en Europe, c’est d’écouter les voix des femmes musulmanes. J’encourage les féministes musulmanes à parler de leur hijab, de leur foulard, de la mutilation des organes sexuels, des mariages forcés et des crimes dits « d’honneur ». C’est la meilleure façon de combattre le racisme et la xénophobie.

*Photo : JOBARD/SIPA. 00606622_000006.

Foulards et hymens: Pourquoi le Moyen-Orient doit faire sa révolution sexuelle

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Grèce: le bal des faux-culs

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grece giscard barbier europe

J’ai ressenti la victoire du « Non » au référendum grec comme une petite victoire. « Petite » seulement, car les desseins de son initiateur, Alexis Tsípras, sont loin d’être clairs et il n’est pas exclu que l’on ait affaire à un jeune aventurier, un joueur de poker, un simple démagogue au sens où on l’entendait dans l’Attique de ses ancêtres. Certes, c’est une victoire quand même, un pied de nez à l’Eurogroupe, et les occasions de se réjouir ne sont pas légion. Cependant, et ce malgré le capital de sympathie que je réserve à la patrie de la philosophie, du théâtre et de la démocratie, j’ai quand même l’impression que la responsabilisation n’est pas l’aîné des soucis du côté grec.

On s’emploie à nous dire que les créanciers sont les premiers responsables du marasme. Je n’ai pas les compétences pour en juger et suis disposé à le croire sur parole. Mais on omet que la Grèce est entrée de bon cœur dans l’Union européenne, qu’elle avait plus à y gagner (au sens propre) qu’à y perdre, tout comme l’Espagne et le Portugal. On omet que tous les pays ayant rejoint la centrale d’achat européenne l’ont fait en tant que petites marques se rattachant à une plus grande marque afin, précisément, d’aguicher davantage les créanciers. On omet que les difficultés que la Grèce connaît actuellement découlent très largement de décisions prises par les représentants qu’elle s’est choisis. On omet surtout que cette dette, si elle n’est pas remboursée par la Grèce, le sera par les contribuables des États voisins qui, eux, n’y sont vraiment pour rien.

Alors quoi ? Effacer la dette grecque, purement et simplement ? La rogner substantiellement ? Soit, mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Pourquoi les autres pays de l’Union n’auraient-ils pas droit, eux aussi, à la même magnanimité ? Parce qu’ils sont un peu moins dans la mouise ? C’est vouloir faire du social avec un logiciel libéral dont tous les dirigeants européens connaissaient la logique, et qu’une bonne partie des peuples administrés ont longtemps soutenu dans l’espoir d’un retour sur investissement. Sans compter que chaque dette résorbée repartira de plus belle dans la logique marchande à laquelle nous consentons, toutes et tous, quotidiennement. Une réflexion crédible sur l’idée de dette ne peut aller sans s’interroger sur nos modes de vie, sur nos mentalités d’ayants droit et sur la façon dont les régimes politiques locaux s’en trouvent déréglés, avilis même, au bénéfice de structures boutiquières telles que l’Union européenne.

En politique, l’idée de dette n’a pas la même portée qu’en économie. En tant que citoyen français, je contracte dès ma naissance une dette inextinguible à l’égard de mes devanciers, dette qui se double d’une responsabilité à l’égard de mes successeurs. Une continuité culturelle, ancrée sur le territoire, magnifiquement résumée par la fameuse formule que Renan adressait à nos ancêtres : « nous sommes ce que vous fûtes, nous serons ce que vous êtes ». Ces égards sont hors de portée de la logique des droits de l’homme, sourde aussi bien aux droits des morts qu’aux droits des non-nés. Ils ne peuvent être que le fruit d’un sentiment d’appartenance que j’ai tenté de vivifier dans Le Miroir des peuples, et qui renvoie directement à l’idée de souveraineté. Notre communauté politique n’est pas l’Europe, c’est la France, de même que celle des Grecs est la Grèce. Et si chaque peuple peut se montrer fier de sa communauté politique – en d’autres termes de la nation qu’il cristallise momentanément – c’est parce qu’il a en partage des choses autrement plus profondes et valeureuses qu’une monnaie de singe.

Dans un sketch de quelques secondes, Christophe Barbier de L’Express, l’homme à l’écharpe rouge, venait ces jours-ci nous dire textuellement que quitter l’euro et le laisser mourir, c’est tuer l’Europe, et tuer l’Europe, c’est revenir à la nation, donc au nationalisme qui mène tout droit à la guerre. Au passage, il avoue que la monnaie est seul bien partagé, ce qui laisse à désirer. C’est avec ce genre de sophismes que des gens qui passent leur temps à voyager confortablement et à dîner grassement avec des notables aux mêmes idées qu’eux prospèrent sur les peurs suscitées. Le bouseux a une sainte horreur de Bruxelles, mais comme c’est à lui que l’on fera appel en premier en cas de guerre – et pas aux notables en question – on espère ainsi le voir courber l’échine et accepter sans broncher la standardisation de la tomate. En prime, Barbier nous gratine des conseils de Valéry Giscard d’Estaing, un homme qui fut président de la République au siècle dernier et qui n’a pas peu fait pour dissoudre, et sa fonction, et son pays. Que du beau monde dévoué à la cause européenne !

Tous ces gens nous parlent de l’urgence d’une « politique économique » au niveau européen. D’un point de vue sémantique, cela revient à admettre qu’il ne peut y avoir d’économie sans politique. Or, l’étymologie du terme nous révèle qu’il ne peut non plus y avoir de politique excédant les frontières d’une communauté de langue, relativement homogène. C’est au sein de celle-ci, et uniquement en son sein, que peut se déployer la possibilité démocratique ; on est loin de la Babel européenne. Les Grecs sont (historiquement) bien placés pour le savoir et il est légitime qu’ils pleurent leur souveraineté perdue. Mais sous la bannière de Syriza, ce n’est pas ce qu’ils font. Alexis Tsípras n’a rien contre l’Europe, bien au contraire, il compte plus que jamais sur elle. L’Europe a besoin des Grecs pour gonfler les contingents de producteurs-consommateurs à aligner face aux grandes puissances économiques mondiales. Tsípras négocie simplement l’appui des troupes grecques contre une action sociale que lui-même se sent incapable de mener à l’échelle nationale. Ce qui l’anime n’est pas la nécessaire reconquête de souveraineté, mais l’allergie générale à l’idée d’austérité, bémol à la société de consommation.

Après le récent référendum, le peuple grec passe pour la tête de pont du grand mouvement de libération des nations européennes du joug technocratique qui les enserre. Si cette initiative était forcément la bienvenue, a fortiori par la victoire du Non, elle ne doit pas cacher que la question posée était étrangère aux vœux conjoints de souveraineté et de responsabilité. C’est un camouflet infligé à Bruxelles, une mobilisation populaire qui fait chaud au cœur et à l’âme, mais un événement dénué, pour l’instant, de la moindre ambition politique. Attendons la suite.

*Photo: Giannis Papanikos/AP/SIPA. AP21762476_000052.

L’islam à la pointe du combat contre le réchauffement climatique!

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islam rechauffement climatique

Mercredi 1er juillet, les représentants du Conseil œcuménique des Eglises ont été reçus à l’Elysée. Cet organisme regroupe toutes les obédiences chrétiennes connues : catholiques, protestants, orthodoxes, syriaques, maronites, etc. En gros, un peu plus de 2 milliards d’individus. Conscient de leur poids, Hollande les a accueillis avec déférence.

Mais quand ils lui ont proposé de jeûner avec eux contre le réchauffement climatique, ses deux sourcils ont pris la forme d’accents circonflexes. Il a juste demandé : « Mais combien de temps ça dure ? » Il s’est bien gardé de répondre par oui ou par non à cette belle, et tellement verte, invitation. On imagine mal en effet le président de la République, habillé en Mahatma Gandhi, sillonnant les rues de Paris sur son scooter.

Saviez-vous que le 1er juillet était un jour de jeûne pour sauver la planète ? Non ? Et moi non plus. Nous n’avons donc pas jeûné. C’est à se demander si le Conseil œcuménique de l’Eglise possède quelques dircoms compétents. N’empêche que l’idée de jeûne pour faire baisser les émanations de CO2 est sympathique. Elle mérite notre respect et notre considération.

Jeûne pour jeûne, nul ne peut ignorer que nous sommes en plein mois de ramadan. Un peu plus d’un milliard et demi de musulmans s’abstiennent de manger et de boire du lever au coucher du soleil. Une belle ascèse qui nécessite un réel effort. Bien sûr, ils acceptent cette contrainte pendant 30 jours pour Allah et non pas contre le CO2.

Ne pinaillons pas sur leurs motivations ! Ils jeûnent, un point c’est tout. Tout comme les éminents membres du Conseil œcuménique des Eglises, dont on peut regretter que les voix ne portent pas plus. Tout jeûne est bon à prendre dès lors qu’il s’agit de voler au secours de la planète. Et il faudrait dans ce combat, qui ne connaît ni races ni religions, être un ayatollah islamophobe pour refuser de jeûner avec son frère musulman.

Les fidèles du Prophète sont, comme on l’a dit, un peu plus d’un milliard et demi. Multiplié par 30 (les 30 jours du ramadan), ça fait 45 milliards de journées jeûnées par an. Les chrétiens sont un peu plus de 2 milliards. A supposer qu’ils soient aussi observants que les fidèles de Mahomet, ce qui est loin d’être le cas, ils s’abstiendraient donc de boire et de manger seulement le 1er juillet. Petit calcul : ça donne un peu plus de 2 milliards de journées jeûnées.

Enfoncés, les chrétiens ! Relégués en deuxième division ! La supériorité intrinsèque de l’islam apparaît dans toute sa splendeur. Une religion qui n’est pas seulement de paix et d’amour mais également responsable, équitable et entièrement vouée au développement durable.

Rien d’étonnant à ce que de nombreux convertis viennent à elle. Certes il paraît que sur les drapeaux de Daech, il n’y a rien contre le CO2. Mais là non plus on ne va pas pinailler…

Dette grecque, l’éternel retour

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grece euro allemagne tsipras

Un économiste très introduit auprès du gouvernement grec[1. Jacques Sapir.] a vu en Alexis Tsipras un homme doué du courage d’Achille et de la ruse d’Ulysse qui avait réussi à prendre l’ascendant moral et politique sur les créanciers d’Athènes. C’était à la veille du round de négociations entamé le 22 juin pour trouver une issue à l’insolvabilité du pays que cinq années de plans de sauvetage successifs n’ont pas permis de surmonter. C’était sans compter avec la lassitude des interlocuteurs d’Athènes. La partie de poker menteur entre Athènes et ses créanciers a connu son instant de vérité les 27 et 28 juin, lorsque les deux parties ont dévoilé leurs ultimes cartes, Tsipras sous la forme d’un appel au peuple, convoqué pour un référendum le 5 juillet, afin d’approuver ou de rejeter les demandes des créanciers, ses interlocuteurs européens en excluant le ministre Varoufakis de l’eurogroupe convoqué à Bruxelles. Parallèlement, c’est assurément l’événement le plus lourd, la BCE a interrompu ses injections de monnaie dans les banques grecques rendues exsangues par les retraits sauvages de dépôts de leurs clients. Et puis, le 30 juin, la Grèce n’a pas respecté l’échéance d’un remboursement de son prêt auprès du FMI. L’invraisemblable, la sortie d’un membre de la zone euro, pourrait s’accomplir.[access capability= »lire_inedits »]

Avant d’envisager la suite des événements, il faut rappeler à partir de quelle décision cruciale, déjà oubliée, la Grèce et l’Europe ont abouti à cette impasse.

Le « coup de bonneteau » du 10 mai 2010

Trois mois après l’officialisation, en février 2010, du trucage des comptes publics grecs, la Commission européenne, la BCE et les États partenaires d’Athènes examinent les décisions à prendre sous le coup de l’urgence. Ils le font avec le concours technique et financier du FMI, appelé à l’aide entre-temps.

Il faut lever un préalable : la Grèce doit-elle sortir de l’euro pour recouvrer la compétitivité qui lui manque de façon criante ? Les économistes du FMI préconisent, de façon classique, de conjuguer dévaluation, impliquant une sortie de la Grèce de l’euro, et cure dosée d’austérité. Mais leur point de vue sera écarté sans débat. Il existe une face cachée de la catastrophe, tout du moins cachée au grand public. Les banques étrangères sont lourdement engagées sur les emprunts publics et privés du pays. Spécialement les banques françaises et allemandes, dont on découvrira qu’elles étaient surexposées sur la Grèce, l’Espagne et le Portugal, avec un total de 229 milliards d’euros pour les premières et 226 milliards d’euros pour les secondes. La dévaluation occasionnerait des pertes massives dans leurs comptes. Un nouveau Lehman Brothers pourrait s’ensuivre. C’est ce que disent sans ambages les banquiers concernés à leurs interlocuteurs publics dans les conciliabules secrets préalables au sommet du 10 mai 2010.

Ce sommet est dominé par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, dont le dévouement à la cause des banques ne saurait faire de doute. Il décide donc de sauver la Grèce au prix de prêts massifs qui viennent compenser les sommes qu’Athènes ne peut plus emprunter sur le marché. L’opération est claire : avec les sommes prêtées par les nouveaux créanciers publics, l’État grec va se libérer progressivement de ses dettes contractées auprès des créanciers privés. Elle est aujourd’hui menée à bien. L’essentiel des 317 milliards de dettes de l’État grec est logé dans les comptes des États partenaires, de la BCE et du FMI. Mission accomplie[2. Les créanciers étrangers se sont simultanément désengagés du marché de la dette privée.].

L’échec de la médecine appliquée depuis lors est avéré. En dépit d’un abandon d’un quart de la dette publique grecque, d’une baisse sensible des salaires des fonctionnaires (– 15 %) et des employés privés (– 30%), la Grèce n’est pas parvenue à se redresser. La chute vertigineuse de la production (– 26%) a démenti l’hypothèse d’un Greekovery, néologisme combinant « Greece » et « recovery ». Retenons l’essentiel : la dette de l’État grec est aujourd’hui supérieure, en proportion, à ce qu’elle était à la veille du sommet de 2010. Après cinq années d’odyssée économique et sociale, la Grèce était, en janvier dernier, au moment des législatives, plus loin que jamais de rentrer au port.

Les négociations ont capoté sur les retraites

Enfin Syriza vint. On pourrait résumer ainsi le sketch divertissant que les médias de gauche hexagonaux nous ont offert au lendemain du scrutin. L’Obs, Le Monde et Libé, tels les rois mages, se sont penchés alors sur le divin enfant incarné par Alexis Tsipras. Mais c’est là l’illustration de la schizophrénie de notre gauche qui cultive, toute honte bue, l’austérité néolibérale et la dépense keynésienne, qui est son contraire.

Les illusions se sont dissipées au fil des âpres négociations qui se sont poursuivies cinq mois durant jusqu’au clash de fin juin. Celles-ci ont achoppé sur différents points, dont celui de la réforme des retraites. La réforme des retraites résume l’inextricable situation dans laquelle Athènes s’est enfermé. Pendant la période bénie de croissance à crédit, les politiques ont accordé un régime dit de « pénibilité » à 600 professions permettant aux intéressés – taxis ou libraires par exemple – de partir à la retraite à 55 ans pour les hommes et 50 ans pour les femmes[3. Voir Michael Lewis, Boomerang, Éditions Sonatine, 2011.]. Ils ont accepté que les salariés du bas de l’échelle ne cotisent que quinze années durant. Pire encore : la réduction du nombre des fonctionnaires consentie par la Grèce à partir de 2012 a consisté pour l’essentiel à faire basculer nombre d’agents publics vers un régime de retraite anticipée, très favorable quand on sait que les salaires du public sont deux fois et demie égaux à ceux du privé ! Les régimes de retraite privés  pèsent ainsi de manière écrasante sur l’économie et les finances collectives. Comme il n’est pas question de remettre sur le marché du travail les centaines de milliers de retraités concernés, il ne restait plus qu’à prélever des taxes et des cotisations supplémentaires comme le gouvernement Tsipras le proposait, pour protéger sa base électorale composée de fonctionnaires et de retraités[4. Renouant ainsi avec la tradition clientéliste du pays.], ou à tailler dans le montant des pensions de retraite comme le demandait le FMI, alarmé par les effets négatifs des prélèvements envisagés par le gouvernement d’Athènes. Les ultimes négociations ont échoué sur ce point.

Que pourrait-il se passer maintenant que les acteurs ont dévoilé leur jeu[5. Observons au passage que la France a disparu du concert européen, la baudruche présidentielle qui siège à l’Élysée ayant abandonné les commandes à Angela Merkel.]?

Tsipras veut faire porter aux Européens la responsabilité du défaut de paiement et de la sortie la zone euro qui devrait s’ensuivre. Il adopte par voie de conséquence la posture morale du dirigeant démocratiquement élu qui refuse « l’humiliation de son peuple ». Avec l’appui d’un certain Vladimir Poutine qui tente de renvoyer aux Européens le boomerang qu’ils lui ont lancé en déclenchant des sanctions économiques à l’encontre de la Russie. Appliquant la théorie de « la discorde chez l’ennemi » chère au général de Gaulle, il a encouragé Tsipras à « résister », savourant à l’avance le désordre économique et financier qui pourrait résulter d’un défaut d’Athènes. C’est à Saint-Pétersbourg, dans le fief du président russe, que Tsipras a lancé son avant-dernière bravade : « Nous sommes un pays de marins accoutumés à affronter les tempêtes et n’avons pas peur de sillonner de lointains océans. »

Mais il veut aussi placer le système européen dans une situation de déni démocratique avoué. Le Premier ministre grec mène ainsi une bataille idéologique en plein cœur d’un imbroglio qui a atteint son paroxysme. Bataille idéologique dont il espère sans doute qu’elle aura des répercussions au-delà de la Grèce : au Portugal, en Espagne, en Italie.

Face à lui, Angela Merkel apparaît comme la seule qui pouvait concéder un compromis favorable à Athènes. Car la chancelière est déchirée entre deux impératifs politiques. Le premier est de ne pas ruiner son aura de grande dirigeante du Vieux Continent, en entérinant une faillite grecque synonyme d’échec de l’euro, voire du projet européen : elle cesserait d’incarner ce projet dont elle porte presque seule le poids depuis l’effacement de la France. Le second est de protéger son autre aura de défenseur intransigeant des intérêts de l’Allemagne auprès de son opinion publique. Or, c’est un point omis par les commentaires médiatiques, le Parlement allemand a demandé que la chancelière se range derrière le FMI ! Il lui aurait fallu outrepasser la volonté parlementaire, avec de grands risques politiques. Et Merkel a rejeté une ultime conciliation.

Une nouvelle odyssée pour la Grèce, une nouvelle ère d’incertitudes pour l’Europe

En attendant le référendum, le gouvernement d’Athènes et la Banque centrale de Grèce ont conjointement décidé une fermeture des banques jusqu’après le vote et un contrôle des capitaux. Arrêt du financement de la BCE d’un côté, contrôle des capitaux de l’autre, signifient pour les techniciens de la monnaie que la Grèce est sortie de facto de l’union monétaire et que le résultat du référendum n’importe plus.

S’il est vrai, il reste à savoir si le défaut grec, une fois acquis, exercera un effet de contagion sur les autres dettes sensibles de la zone euro, la portugaise, l’italienne ou l’espagnole. Les économistes qui ont voix au chapitre médiatique pensent que le risque systémique de 2010 est écarté. Mais ils n’en savent rien. Nous sommes entrés dans un territoire inexploré. Wait and see.[/access]

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Musique: entre Beach Party et les limbes du Pacifique

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musique été Beach Party Peace is the mission Vendredi ou les limbes du Pacifique

musique été Beach Party Peace is the mission Vendredi ou les limbes du Pacifique

Quand elle a vu la prestation de Bonnie Tyler l’autre soir au Stade de France, lors du concert Stars 80, ma fille de 9 ans m’a dit : « Elle chante trop bien Marine Le Pen. » Certes, mais elle tient ça de son papa, lui ai-je répondu. Au-delà de ces approximations quasi journalistiques, j’ai tout de suite saisi la prophétie de cette sacrée soirée avec Gilbert Montagné : l’été serait placé sous le signe des sunlights des tropiques, au moins. La compilation Stars 80 culmine en tête des meilleures ventes d’albums depuis la diffusion télé de cette boum géante à ciel ouvert, notre Woodstock à nous. Parfait pour chauffer les salles donc, mais qui pour chauffer les plages, en cet été 2015 flamboyant ? Ne cherchez plus : Georges Lang s’occupe de tout et apporte avec lui les rafraîchissements. Amis plaisanciers, ne sortez pas sans votre coffret Beach Party si vous voulez rétablir la vraie canicule, celle contre laquelle Ségolène Royal ne pourra rien : la haute température de la nostalgie qui enflamme les cœurs, les esprits et les filles des bords de mer, avec leur consentement.

Avec le programme 100% incandescent des 4 CD (Beach Boys, Shadows, Animals, Aretha Franklin, Bee Gees, Elvis, Shirelles, Mamas & the Papas, Frankie Valli & the Four Seasons et une centaine d’autres surfeurs de la mélodie solaire), vous contribuerez à lutter efficacement contre le grand remplacement de la bonne musique, en œuvre depuis quelques années sans que cela ne saute aux oreilles de la population. Jean-Pierre Raffarin nous offrait une nouvelle raffarinade il y a quelques jours en proposant le plus naturellement du monde que les migrants soient logés dans les campagnes, afin de remédier au problème de la désertification de nos zones rurales. Cet homme convoite visiblement un poste de ministre de l’acculturation dans le prochain gouvernement Hollande. Qu’en pensent les campagnards ? En tout cas, pour lutter contre la désertification de l’espoir dans ce pays, en zone rurale comme en zone urbaine, commençons par y injecter un peu de feel good music authentique, issue des charts anglo-américains des années 50-60. Si les Ricains n’étaient pas là, nous serions tous en Germanie, mais pas que.

Beach Party, de Georges Lang (Warner Music)

Beach Party RTL Georges Lang - Coffret 4 CD

Prix: 20,00 €

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Le farniente est un art subtil qui exige une pratique experte en matière de sonorisation des mœurs estivales. Ainsi, il faudra prendre soin d’enchaîner sur du son qui tienne la route après pareils délices immémoriaux. L’esthète veillera à effectuer une transition en douceur vers les mers de l’intranquillité qui entourent l’île de Robinson Crusoé, avec Vendredi ou Les limbes du Pacifique, libre adaptation du roman de Michel Tournier mise en musique et chansons par Romain Humeau, chanteur-auteur-compositeur du groupe Eiffel et dernièrement bras droit pas manchot de Bernard Lavilliers. Les compositions passent de la nonchalance d’un Voulzy à l’impétuosité d’un Lennon, de l’animosité de New Model Army au programme « Ivresse et piano-bar existentiel » d’une rhumerie anarchiste. On ne peut que saluer ce genre d’initiative du service public (le projet émane de Radio France), qui assure là sa mission culturelle, avec un concept intelligent (oxymore ?) consistant en une adaptation pop d’une œuvre littéraire. La voix de Denis Lavant, dont la narration entrecoupe les chansons de Humeau, évoque La Jetée de Chris Marker, apportant un souffle énigmatique au récit. Ambiance L’homme à tête de chou en binôme donc, en à peine moins caustique (jeux de mots que n’aurait pas reniés Gainsbarre), pareillement tribale, et davantage English. Mention spéciale à « Robinson » et « Mille soleils rois ».

Vendredi ou Les limbes du Pacifique, de Romain Humeau (PIAS)

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Dans la famille caniculaire, je demande enfin l’album de Major Lazer, Peace is the Mission, qui va ébranler les fondations dance de la planète cet été. De la « good vibes music » – complément nutritif de la feel good music – au niveau des productions actuelles du phénomène Mark Ronson. Comme il y a eu KLF et Gorillaz en d’autres temps, Mazor Lazer renoue avec le genre fusion electro-dance thermonucléaire. Ainsi, le single tout feu tout flamme « Lean On » pourrait embraser tout ce qui bouge cet été (N°13 du Billboard Hot 100 au 6 juillet). Et « Be Together », morceau d’ouverture en incursion dans les limbes de Lana Del Rey, sert de mèche d’allumage idéale pour le grand brasier.

Alors nageons dans notre époque mirage, celle de la nostalgie du temps révolu et de la dance globalisée : il y a de quoi s’échouer sur de beaux îlots de musique où le bon sauvage qui sommeille en nous n’a pas fini de rendre le monde meilleur.

Peace is the Mission, de Major Lazer (Because Music)

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Prix: 6,99 €

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*Photo : Pixabay.com

À Sarcelles, la reporter du Monde oublie l’antisémitisme

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Dans Le Monde du 7 juillet, un article intitulé « À Sarcelles, la rénovation urbaine oublie la culture » donne la parole à Nabil Koskossi, candidat divers gauche aux dernières municipales et opposant au maire actuel, François Pupponi.

Ce monsieur dit vouloir promouvoir la culture qui manque cruellement dans le grand ensemble en faisant revenir à Sarcelles tous les artistes qui y sont passés.

Par exemple, le rappeur Eric Aït Si Ahmed, connu comme le fondateur du groupe Minister Amer. Car oui, pour Nabil Koskossi la culture c’est le rap, on n’en est plus aux grandes heures de Sarcelles avec son ciné-club et ses rencontres d’auteurs, ne soyons pas passéistes, c’est ringard.

Mais jusque-là, rien de gênant.

Ce que l’article ne dit pas, c’est que Nabil Koskossi fut l’organisateur de la manif interdite du 20 juillet 2014, qui s’est transformée, comme prévu, en émeutes. Celle où l’on a crié « Mort aux juifs » dans les rues de Sarcelles.

Bien sûr, l’homme se défend d’être responsable des débordements de sa manif, sauf qu’il est toujours poursuivi par la justice. A croire que la journaliste du Monde, Sylvie Zappi ne s’est sans doute pas assez renseignée sur le personnage…

On ne peut pas croire en effet qu’elle ou son journal aient sciemment édulcoré la réalité des faits, décidément trop têtus, et choisi de travestir le sieur Nabil Koskossi en homme de culture et en démocrate sincère.

Les cités sont pleines de Nabil Koskossi. Pareils à des hommes sandwichs, ils portent une pancarte bisounours devant mais celle de derrière est souvent beaucoup plus sombre.

Δημοκρατία

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iep laicite republique

iep laicite republique

Au programme de l’Heptaconcours des IEP, l’année prochaine, l’Ecole et la Démocratie.

(Non, le «et» n’est pas inclusif. Il s’agit de deux thèmes différents. Dommage. Il faudra quand même s’interroger sur le caractère démocratique de l’Ecole, et sur ce qu’il reste d’Ecole dans ce qu’on appelle aujourd’hui une démocratie).
Sur l’Ecole, je dirai à mes loupiots ce que vous devinez. Ce ne sera pas forcément facile. Un mien collègue, avec lequel nous nous partageons les cours sur le programme, a décidé de commencer en leur projetant Entre les murs, la daube de Bégaudeau / Cantet. Bien, je leur donnerai à lire ce que j’écrivis jadis sur ce film nul tiré d’un bouquin nul écrit par un type…
Mais c’est Démocratie qui va poser des problèmes.

Il y a deux jours, en plein débat sur la Grèce, un copain qui n’a pas fait de grec m’a demandé comment les Grecs disaient «République».
Ma foi, ils disaient (et ils disent toujours) δημοκρατία. Le mot recouvre les deux concepts — à ceci près que la démocratie qui définissait la République athénienne n’était pas exactement le tronc pourri de nos modernes démocraties. Les Grecs avaient compris que le droit de vote universel, qui semble aller de soi aujourd’hui (mais va-t-il de soi ?) n’avait aucune chance de faire prospérer une vraie démocratie — enfin, une République.

Les esclaves, les femmes et les métèques (les étrangers, sans connotation péjorative) étaient donc privés d’élections. On gardait le vote des citoyens libres et susceptibles de défendre la Cité. Par ailleurs, à l’exception des dirigeants suprêmes, les magistratures étaient pour la plupart tirés au sort parmi les citoyens — des clubs de réflexion, en ce moment, pensent à instaurer ce système en France : personne ne niera l’intérêt d’éliminer les politiciens professionnels. Et j’aime particulièrement l’idée de voter à main levée — les révolutionnaires des années 1789 et sq. garderont le principe : c’est ainsi que ‘on sait exactement qui a voté ou non la mort du roi. L’Assemblée Nationale enregistre de même le vote des députés : la consultation de la liste de celles et ceux qui ont voté pour ou contre l’abolition de la peine de mort en septembre 1981 est fort instructive. Pourquoi des isoloirs dans les bureaux de vote ? Pourquoi ce secret autour de l’élection des minables qui nous gouvernent ?

Nos démocraties modernes, vote secret étendu à la totalité de la population, sont-elles encore des démocraties-républiques ? Tout le monde se gargarise de «démocratie» — jusqu’à promouvoir le référendum sur n’importe quel sujet (Le Figaro proposait hier un référendum pour savoir si la France devait consentir à une réduction de la dette grecque). Si tous les sujets étaient tranchés par référendum, nous vivrions dans une société absolument rétrograde. Ce qui s’exprime à la majorité absolue est presque toujours la position la plus réactionnaire. Il faut peu de dirigeants, bien formés, compétents et révocables. Et dont le destin ne dépende pas d’un mouvement d’humeur ou d’une campagne médiatique. Ni d’une majorité parlementaire acquise par vote : les majorités devraient se décider à chaque décision. Prendre parti (c’est le cas de le dire) en fonction d’une «ligne»… partisane est d’une bêtise absolue, qui nous fait passer à côté de toutes les urgences — voir l’Ecole.

Et c’est là que les deux sujets se rejoignent. L’Ecole crève de s’être voulue démocratique : elle doit être républicaine, elle doit former des citoyens décidés à faire avancer la Nation, pas des ventres mous qui votent en fonction de leurs «opinions», de leurs croyances et du dernier JT de TF1.

Je suis en train de mettre la dernière main à un livre sur la laïcité. Et franchement, je suis en train de me demander si continuer à accorder le droit de vote à des gens qui font passer la religion avant la République est une bonne chose. S’ils ont un agenda dicté par leurs superstitions, grand bien leur fasse — c’est un choix personnel, une attitude privée qui ne regarde pas l’Etat — et dont l’expression ne devrait pas dépasser les limites de leur domicile. Mais qu’ils puissent l’imposer à la Nation…

Harcèlement dans les transports: message de service

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Quiconque a déjà emprunté le métro parisien en été, ou autre saison touristique, a forcément entendu cet avertissement : « Pour ne pas tenter les pickpockets, fermez bien votre sac et surveillez vos objets personnels. »[1. Oui, je sais, j’ai déjà écrit ça, ou presque…] Autrement dit, brave touriste, on t’aura prévenu : dans l’éventualité où tu te ferais chouraver tes Ray-Ban ou ton iPhone, te voilà d’avance désigné comme coupable de « tentation de pickpocket ». A la longue, cette aberration ne nous choque même plus, pourtant elle mériterait qu’on s’y arrête une minute.

Alors que Pascale Boistard, secrétaire d’Etat chargée du droit des femmes, vient d’annoncer une série de mesures visant à lutter contre « le harcèlement dans les transports », la RATP pourrait imaginer un nouveau message de service : « Pour ne pas tenter les violeurs, serrez bien les jambes et surveillez vos arrières ». Elle appliquerait ainsi la même logique de « prévention » au harcèlement sexuel qu’au vol à l’arraché dans les transports. Et les jolies filles comprendraient enfin qu’elles sont coupables de « tentation » de porcs frustrés.

Las, pour l’heure, on prévoit seulement d’expurger le métro des affiches publicitaires représentant des femmes trop dévêtues. Parce qu’évidemment, si un salopard suintant se croit autorisé à coller sa main entre les fesses de sa voisine de strapontin, c’est qu’il vient d’apercevoir la pub avec une bombe en string de bain Calzedonia sur une plage de sable fin. Vous savez bien que tout homme est un chien, esclave de ses pulsions et inapte à la moindre retenue. Stimulus, réaction. Un chien de Pavlov, quoi.

harcèlement transports pickpockets

Mes nouvelles amies néo-féministes ont une expression pour insinuer que notre société autoriserait tacitement ces comportements dégueulasses. Elles parlent de « culture du viol », et la cherchent désespérément en France au lieu d’aller la trouver dans n’importe quel pays musulman. Mais pour les paraphraser, je ferai simplement remarquer que l’avertissement culpabilisant les touristes victimes de pickpockets est assimilable à une véritable « culture du vol ». Chez nous, c’est comme ça : si quelqu’un t’arrache ton sac à main, c’est que tu le surveillais mal.[2. De même que nous devons avoir une « culture du terrorisme » : si quelqu’un tire à la kalachnikov sur un dessinateur ou un juif, c’est qu’on l’avait soumis à une trop forte « tentation »…]

Alors entendons-nous bien : en matière de propriété comme d’intégrité physique, je ne vois pas une seconde ce qui justifierait qu’on culpabilise la victime. Après les images sexy, faudra-t-il interdire les minishorts, les dos nus, les décolletés, les bas ou les talons pour lutter contre le harcèlement sexuel dans les transports ? Burka pour tous dans les lieux publics ? En ce qui me concerne, je suis plutôt partisan de la pratique assidue d’un art martial, qui permet notamment de sauver son iPhone et de calmer les mal-élevés, pendant que nos ministres s’occupent – tels notre père qui est aux cieux – de ne plus nous soumettre à la « tentation »…

*Photo : Flickr.com

Saint Georges Frêche, priez pour nous

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georges freche montpellier

georges freche montpellier

Saint Georges est une figure chrétienne impressionnante. On le représente volontiers en train de terrasser un dragon, symbole du démon ; c’est surtout un martyr du IVème siècle de notre ère, qui est devenu le Saint-Patron de la chevalerie. C’est pour cette raison que d’autres grandes figures religieuses se sont prénommées Georges au fil de la grande histoire de l’humanité : Brassens, Harrison, Bernanos, Marchais, Pompidou ou Simenon. Dans cette droite ligne un monument se dresse : Saint Georges Frêche.

L’ancien président du Conseil régional de Languedoc-Roussillon, né en 1938 (un an avant Claude François, coïncidence ? Je ne crois pas…), et disparu de manière parfaitement inexplicable en 2010, a été canonisé par l’Eglise officieuse de la Septimanie – et n’en finit plus de revenir hanter sa bonne ville de Montpellier. Le professeur de droit romain, baron local, potentat folklorique, ancien maoïste,  figure socialiste hors-format était bien connu pour ses débordements truculents : traitant pêle-mêle des harkis de « sous-hommes« , Jean-Paul II d’ « abruti« , qualifiant Sarkozy de « grand mamamouchi aux talons compensés« , et entreprenant l’érection (on dit comme ça) dans les jardins de Montpellier de statues géantes à l’effigie de ses idoles. De Gaulle, Churchill, Lénine… Mao devait suivre. Après la mort de Frêche, son successeur a préféré commander une statue du grand homme lui-même, en bronze massif.

Péripétie moins connue, dans les années 80, Frêche militait avec le plus grand sérieux du monde pour la construction d’un grand « cosmodrome » en Languedoc-Roussillon en remplacement de Kourou, afin de partir à la conquête de l’espace intersidéral, marcher sur Mars et donner son nom à des étoiles inconnues.

Au printemps, comme chaque année à la Saint Georges (le 23 avril) le petit peuple des fidèles de Georges Frêche s’est réuni pour une parade festive dans les rues de Montpellier… étudiants en droit, jeunes socialistes, militants d’extrême-gauche, comédiens, ont dit – sur la place des Beaux-Arts – leur attachement à la « République frêchiste » sous le grave regard et plein de bienveillance d’un sosie de leur cher leader charismatique (sosie de Georges Frêche, voilà un métier d’avenir). La manifestation s’est dispersée dans le calme. Ils étaient deux millions selon les autorités de la République frêchiste, quelques dizaines suivant les forces de l’ordre.

Espérons que Saint Georges Frêche saura protéger la Septimanie dans le cadre de la réforme territoriale en cours, où le Languedoc-Roussillon n’est plus qu’une portion de super-région, et où Montpellier s’est fait voler la vedette par Toulouse, l’éternelle rivale. Ce n’est pas Georges, avec son franc-parler et sa punk-attitude, qui aurait laissé faire une chose pareille. Amen.

*Photo : wikicommons.

Merkel a gagné, Tsipras ne doit pas perdre

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Grèce euro Tsipras

Grèce euro Tsipras

Le 26 juin dernier, le Premier ministre grec Alexis Tsipras avait rejeté avec fracas les propositions des créanciers de son pays (UE, BCE et FMI), annonçant dans la foulée la tenue d’un référendum huit jours plus tard. Moins d’une semaine après le « non » des électeurs grecs à ces propositions, Alexis Tsipras a envoyé hier soir aux créanciers ses contre-propositions. Le texte soumis à la troïka, un document de 13 pages intitulé « Actions prioritaires et engagements », propose le deal suivant : en échange d’un financement de quelque 50 milliards d’euros sur trois ans par le biais du MES (le Mécanisme européen de stabilité) déposé parallèlement par le gouvernement, celui-ci accepte presque la totalité de l’offre rejetée il y a quinze jours. C’est autour de ce « presque » que le prochain épisode va se jouer. Commençons par ce que les Grecs ont fini par avaler.

Le taux de la TVA sera relevé à 23% (y compris pour la restauration, imposée aujourd’hui à hauteur de 13%). Quant aux  produits de première nécessité et à l’électricité, le taux restera à son niveau actuel de 13%, ce qui est également le cas pour l’hôtellerie. Les médicaments et les produits culturels comme les livres jouiraient d’un taux réduit de 6%.

En ce qui concerne l’avantage fiscal dont bénéficient les îles (la réduction de 30% appliquée aux taux en vigueur sur le continent), le gouvernement propose de le supprimer d’abord pour les îles les plus touristiques et ensuite pour les autres. Ces positions sont très proches de celles avancées par les institutions le 26 juin.

En matière de fiscalité toujours, le gouvernement dirigé par Syriza propose une hausse de deux points de la taxe sur les sociétés (de 26% à 28%). Pour rappel, c’était exactement ce que proposait la troïka, alors que le gouvernement grec souhaitait fixer ce taux à 29%. A l’origine des différends sur ce point : la position du FMI, qui juge risqué de fragiliser les trésoreries des entreprises grecques, surtout les TPE et PME, quand la logique même du plan de redressement économique repose sur leur capacité à redémarrer rapidement, pour pouvoir exporter et surtout embaucher.

A Athènes, cette logique a probablement été validée car les nouvelles propositions concernant les dépenses publiques suivent le même principe : épargner le secteur privé, rationaliser et assainir le public. Ainsi, sur le dossier épineux des retraites, le gouvernement grec propose de fixer l’âge du départ à la retraite à 67 ans (où 62 ans avec 40 annuités). Le nouvel âge du départ à la retraite sera relevé progressivement sur sept ans.

Le budget militaire, quant à lui, sera réduit de 100 millions d’euros en 2015 cette année et de 200 millions en 2016. Au total, 300 millions d’euros d’économies sur la période, soit 100 millions de moins que la proposition faite par la troïka le 26 juin. Plus généralement, un vaste programme d’évaluation et une réorganisation des services publics sera lancée, avec pour objectifs une rationalisation et bien évidement des économies.

Sur le dossier des privatisations, le gouvernement grec s’engage à vendre ses parts dans le groupe de télécommunications grecques OTE, dont le principal actionnaire est… Deutsche Telekom ! Quant à la privatisation des deux grands ports (Pirée et Thessalonique), le processus, gelé par Syriza, sera relancé avant la fin de l’année.

Si jusqu’alors les Grecs semblent s’aligner plus ou moins sur les propositions rejetées le 26 juin, la situation est moins claire sur deux points importants. Concernant le budget hors service de la dette, Athènes accepte les propositions des créanciers (réaliser un excédent primaire de 1% en 2015, 2% en 2016 et 3% en 2017) avec un « mais », et pas des moindres. Le gouvernement grec signale en effet qu’il faudrait revoir ces objectifs à la lumière de la dégradation de la situation économique, depuis le rejet des propositions des créanciers, l’annonce du referendum et la mise en place du contrôle des capitaux. Autrement dit, Athènes demande à ses partenaires de la zone euro de partager la note du referendum…

Enfin, concernant la dette, les Grecs proposent un mécanisme fixant la dette publique « acceptable » à 180% du PIB, l’excédent étant de fait annulé. Là aussi, il est difficile d’y voir plus clair pour le moment car la négociation n’est pas encore terminée – un sommet européen extraordinaire est programmé dimanche – et il est évident que les deux parties gardent leurs ultimes cartes pour la dernière minute.

La stratégie grecque semble donc consister à faire un grand nombre de concessions importantes sur toutes les questions, sauf celle qui pour Syriza reste essentielle : après avoir lâché sur presque tout, il faut absolument que Tsipras puisse rentrer à Athènes avec un accord sur la dette. En clair : avec quelque chose qui sera vu par le grand public comme un effacement plus que symbolique.

Vu les concessions du Premier ministre grec, la ligne Merkel semble avoir gagné. La question est maintenant de savoir si les tenants de cette ligne laisseront le premier ministre grec sauver la face et donc la légitimité acquise dimanche dernier. Voilà l’enjeu des quelques jours à venir.

*Photo : © AFP Louisa Gouliamaki

La gauche a eu tort d’abandonner le débat sur l’immigration

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mona elthawy femmes

mona elthawy femmes

Née en Egypte en 1967, la journaliste et essayiste Mona Elthawy, a passé son enfance au Royaume-Uni et son adolescence en Arabie saoudite. Aujourd’hui, elle vit et travaille aux Etats-Unis.   Foulards et Hymens – Pourquoi le Moyen-Orient doit faire sa révolution sexuelle (Belfond, juin 2015) est son premier livre.

Gil Mihaely : Votre livre,  Foulards et Hymens – Pourquoi le Moyen-Orient doit faire sa révolution sexuelle, dresse un bilan sombre de la condition de la femme dans les sociétés arabes.  Ce livre reprend et développe les arguments que vous avez exposés dans un article retentissant de 2012 Pourquoi ils nous haïssent? Pensez-vous vraiment que les femmes arabes souffrent parce que les hommes arabes les haïssent?

Mona Eltahawy : Disons-le tout net : les crimes commis à l’encontre des femmes que j’ai recensés dans mon livre – mutilation d’organes sexuelles, mariage-viols[1. Dans certains pays arabes, un violeur n’est pas poursuivi si sa victime consent à l’épouser. Ces arrangements reflètent souvent les rapports de forces entre les deux familles impliquées.] – ne sont pas motivés par l’excès d’amour… Je sais que le terme de « haine » est fort et provocateur et tant mieux !  Si on veut briser la barrière du silence, de la honte et du tabou il faut secouer, ébranler les gens. En tant qu’écrivain, je dois mettre mon doigt là où ça fait mal, exprimer des choses qu’on ne veut pas entendre et qu’on a peur de dire.

Causeur : Derrière la haine, se cache souvent la peur. Il peut-être intéressant de se demander pourquoi   dans les sociétés arabes les hommes éprouvent aujourd’hui une telle peur panique de femmes, alors qu’ils exercent un contrôle sans équivalent sur elles…

C’est vrai ! Il s’agit d’un cercle vicieux : il faut un tel effort pour contrôler les femmes qu’au lieu d’atténuer la peur, cela l’exacerbe. Du coup, s’ils lâchent un peu de lest, les hommes craignent que les femmes ne se retournent contre eux. Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, ce principe est valable à tous les niveaux – dans les sphères publique et privée, politique et sociale. Cela me rappelle la peur que les esclavagistes éprouvaient à l’égard leurs esclaves, malgré le contrôle quasi-total qu’ils avaient sur eux.  L’idée du contrôle obsessif est primordiale dans mon argumentation.

La révolution politique que les Egyptiens ont lancée au début de la décennie a commencé par un constat : l’Etat opprime tout le monde, l’Etat a peur de ses citoyens car il sait quels efforts il faut déployer pour maintenir l’ordre. S’agissant des femmes, il s’agit d’un triple système de contrôle et d’oppression car à l’Etat il faut ajouter  la rue et la famille. Nous sommes tous tenus par la peur : l’Etat a peur de ses citoyens, les hommes ont peur des femmes et c’est pourquoi j’appelle à une triple révolution : politique, sociale et sexuelle.

Aussi longtemps qu’on se focalisera uniquement sur la dimension purement étatique et institutionnelle du problème, on ratera l’essentiel : la misogynie de la société et la famille, la rue et le foyer. Le plus gros problème est en fait le contrôle exercé par la famille et le poids du qu’en dira-t-on.  Un simple changement de régime ne résoudra rien. Car ce qui distingue les sociétés du Moyen Orient et d’Afrique du Nord des autres,  c’est l’étendue et la profondeur de la misogynie. C’est la matrice et la raison profonde de toutes les peurs, de tous les contrôles, de toutes les oppressions.

Dans votre inventaire des institutions de contrôle, vous ne mentionnez pas l’Islam, pourtant religion majoritaire et fait culturel de premier plan dans le monde et la culture arabes.

J’essaie – avec un succès très relatif je vous l’accorde – d’éviter des termes comme « monde arabe » ou « culture arabe » parce que j’englobe aussi des régions dont certaines populations certains ne se reconnaissent pas comme arabes. Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord – les termes que je préfère – il y a des berbères, des amazighes, des kabyles. De surcroît, dans un pays comme le Liban, souvent considéré comme une société très progressiste, des dirigeants chrétiens et musulmans se sont donné la main pour émousser la législation contre la violence domestique et perpétuer la pratique du mariage-viol.

Peut-être mais au-delà de la politique, que se passe-t-il au niveau anthropologique ? Les familles chrétiennes – au Liban, en Iraq, au Syrie ou en Egypte – exercent-elles le même contrôle sur les femmes que leurs voisins musulmans?   

La mutilation des organes génitaux est pratiquée chez les chrétiens aussi bien que chez les musulmans. Beaucoup de familles coptes sont, pour ce qui concerne les femmes, aussi conservatrices que les musulmanes. Dans beaucoup de pays de la région la législation sur la famille est abandonnée aux religieux. Concrètement, cela veut dire que les coptes n’ont pas le droit de divorcer.  Ce n’est donc pas l’Islam, mais la religion qui pose problème

Certains, comme l’anthropologue Lila Abu-Lughod, pensent qu’il faut prendre en compte les spécificités culturelles et historiques des sociétés quand on parle de la situation des femmes. Pensez-vous que les femmes devraient avoir le droit de vivre au Caire ou à Djeddah comme à Manhattan ou à Paris?   

Oui ! Et d’ailleurs, qui décide ce qu’est la “culture” locale ? Certainement pas les femmes ! Ce sont toujours les hommes qui décident ce que sont que la culture et la religion. Ces deux ingrédients des deux fourriers de misogynie. Les corps, les esprits et les pratiques des femmes sont façonnés par un cadre culturel et religieux déterminé par des hommes et au bénéfice des hommes.  Bref, je crois que, dans un monde idéal, les femmes devront avoir la même vie partout tout simplement parce qu’elles ont le droit d’être libres !

Mais justement, la définition et les contours de la liberté changent d’une culture à l’autre…

Si je pouvais parler avec votre grand-mère ou votre arrière-grand-mère elles m’auraient dressé un tableau bien différent que celui de la France de 2015. Cela veut dire que le poids du passé, de l’histoire et des spécificités culturelles n’est pas insurmontable, même si, comme cela fut le cas en Europe, il a fallu passer par des siècles de guerres de religions…

Prenons l’exemple concret du niqab et du foulard. En France, dans la sphère publique,  le premier est interdit le deuxième est réglementé, une situation dénoncée comme liberticide aux Etats-Unis et au Royaume-Uni. Or, ces trois pays aux vues divergentes sont des démocraties libérales…

Je reconnais le rôle de l’histoire tout en m’opposant à certains de ses pans. Les pionniers américains ont eu une vision très particulière de la religion. C’étaient des fondamentalistes , bien avant que ce terme soit quasiment réservé à certains musulmans. Or, je me bats contre les « Frères chrétiens » avec autant de vigueur que je combats les « Frères musulmans »…

Pour revenir sur le fond de la question, concevez-vous qu’une femme puisse librement choisir de porter le voile, ou même le niqab? En France, certaines musulmanes assurent se voiler de leur plein gré.

Le fait que des femmes choisissent de faire quelque chose ne veut pas dire qu’il faille les soutenir. Je reconnais qu’une femme puisse se croire libre en se voilant, mais je ne me sens pas obligée de la soutenir. Prenons l’exemple de la chirurgie esthétique. J’y suis personnellement opposée (sauf nécessité impérieuse) et c’est sur cette base que j’engagerai un dialogue avec une femme souhaitant y recourir.  Et je poserai la question que je me suis posée à moi-même concernant ma décision de jeune femme de porter le Hijab : pourquoi était-il beaucoup plus facile pour moi de choisir de le porter que de choisir de ne plus le porter ? Mais le problème aujourd’hui est qu’en Europe ce débat a été contaminé par des racistes et des xénophobes qui font semblant de se soucier des femmes musulmanes. Ceux-là ne font que profiter du vide laissé par la gauche européenne sur cette question.   Le silence de la gauche européenne est une grosse erreur et je la tiens pour responsable de la monopolisation de la question soit par la droite xénophobe.

Quelle a été exactement l’erreur de la gauche?

Son erreur a été de penser qu’en gardant le silence sur les questions concernant l’immigration et les femmes immigrées, elle aiderait ces populations. Victimes de relativisme culturel et du politiquement correct, la gauche a pensé que le silence serait la meilleure façon de combattre la droite xénophobe.  Mais, aujourd’hui, ces questions d’immigration, de culture et d’intégration sont devenues tellement importantes  qu’il faut absolument en parler ! Or, quand on n’en parle pas, quelqu’un d’autre le fait. Résultat : au lieu de prendre les devants, nous sommes contraints de réagir aux initiatives de la droite. Or, je rejette Jean-Marie Le Pen, Nicolas Sarkozy et Tariq Ramadan ainsi que toute voix masculine sur la question.

Comment la gauche pourrait-elle affronter ces questions épineuses sans renoncer à son identité?

La gauche doit appuyer et amplifier les discours des femmes qui racontent leur expérience de l’intérieur de leurs communautés. La meilleure façon se battre contre la tournure xénophobe qu’a pris le débat sur le foulard et le niqab en Europe, c’est d’écouter les voix des femmes musulmanes. J’encourage les féministes musulmanes à parler de leur hijab, de leur foulard, de la mutilation des organes sexuels, des mariages forcés et des crimes dits « d’honneur ». C’est la meilleure façon de combattre le racisme et la xénophobie.

*Photo : JOBARD/SIPA. 00606622_000006.

Foulards et hymens: Pourquoi le Moyen-Orient doit faire sa révolution sexuelle

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Grèce: le bal des faux-culs

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grece giscard barbier europe

grece giscard barbier europe

J’ai ressenti la victoire du « Non » au référendum grec comme une petite victoire. « Petite » seulement, car les desseins de son initiateur, Alexis Tsípras, sont loin d’être clairs et il n’est pas exclu que l’on ait affaire à un jeune aventurier, un joueur de poker, un simple démagogue au sens où on l’entendait dans l’Attique de ses ancêtres. Certes, c’est une victoire quand même, un pied de nez à l’Eurogroupe, et les occasions de se réjouir ne sont pas légion. Cependant, et ce malgré le capital de sympathie que je réserve à la patrie de la philosophie, du théâtre et de la démocratie, j’ai quand même l’impression que la responsabilisation n’est pas l’aîné des soucis du côté grec.

On s’emploie à nous dire que les créanciers sont les premiers responsables du marasme. Je n’ai pas les compétences pour en juger et suis disposé à le croire sur parole. Mais on omet que la Grèce est entrée de bon cœur dans l’Union européenne, qu’elle avait plus à y gagner (au sens propre) qu’à y perdre, tout comme l’Espagne et le Portugal. On omet que tous les pays ayant rejoint la centrale d’achat européenne l’ont fait en tant que petites marques se rattachant à une plus grande marque afin, précisément, d’aguicher davantage les créanciers. On omet que les difficultés que la Grèce connaît actuellement découlent très largement de décisions prises par les représentants qu’elle s’est choisis. On omet surtout que cette dette, si elle n’est pas remboursée par la Grèce, le sera par les contribuables des États voisins qui, eux, n’y sont vraiment pour rien.

Alors quoi ? Effacer la dette grecque, purement et simplement ? La rogner substantiellement ? Soit, mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Pourquoi les autres pays de l’Union n’auraient-ils pas droit, eux aussi, à la même magnanimité ? Parce qu’ils sont un peu moins dans la mouise ? C’est vouloir faire du social avec un logiciel libéral dont tous les dirigeants européens connaissaient la logique, et qu’une bonne partie des peuples administrés ont longtemps soutenu dans l’espoir d’un retour sur investissement. Sans compter que chaque dette résorbée repartira de plus belle dans la logique marchande à laquelle nous consentons, toutes et tous, quotidiennement. Une réflexion crédible sur l’idée de dette ne peut aller sans s’interroger sur nos modes de vie, sur nos mentalités d’ayants droit et sur la façon dont les régimes politiques locaux s’en trouvent déréglés, avilis même, au bénéfice de structures boutiquières telles que l’Union européenne.

En politique, l’idée de dette n’a pas la même portée qu’en économie. En tant que citoyen français, je contracte dès ma naissance une dette inextinguible à l’égard de mes devanciers, dette qui se double d’une responsabilité à l’égard de mes successeurs. Une continuité culturelle, ancrée sur le territoire, magnifiquement résumée par la fameuse formule que Renan adressait à nos ancêtres : « nous sommes ce que vous fûtes, nous serons ce que vous êtes ». Ces égards sont hors de portée de la logique des droits de l’homme, sourde aussi bien aux droits des morts qu’aux droits des non-nés. Ils ne peuvent être que le fruit d’un sentiment d’appartenance que j’ai tenté de vivifier dans Le Miroir des peuples, et qui renvoie directement à l’idée de souveraineté. Notre communauté politique n’est pas l’Europe, c’est la France, de même que celle des Grecs est la Grèce. Et si chaque peuple peut se montrer fier de sa communauté politique – en d’autres termes de la nation qu’il cristallise momentanément – c’est parce qu’il a en partage des choses autrement plus profondes et valeureuses qu’une monnaie de singe.

Dans un sketch de quelques secondes, Christophe Barbier de L’Express, l’homme à l’écharpe rouge, venait ces jours-ci nous dire textuellement que quitter l’euro et le laisser mourir, c’est tuer l’Europe, et tuer l’Europe, c’est revenir à la nation, donc au nationalisme qui mène tout droit à la guerre. Au passage, il avoue que la monnaie est seul bien partagé, ce qui laisse à désirer. C’est avec ce genre de sophismes que des gens qui passent leur temps à voyager confortablement et à dîner grassement avec des notables aux mêmes idées qu’eux prospèrent sur les peurs suscitées. Le bouseux a une sainte horreur de Bruxelles, mais comme c’est à lui que l’on fera appel en premier en cas de guerre – et pas aux notables en question – on espère ainsi le voir courber l’échine et accepter sans broncher la standardisation de la tomate. En prime, Barbier nous gratine des conseils de Valéry Giscard d’Estaing, un homme qui fut président de la République au siècle dernier et qui n’a pas peu fait pour dissoudre, et sa fonction, et son pays. Que du beau monde dévoué à la cause européenne !

Tous ces gens nous parlent de l’urgence d’une « politique économique » au niveau européen. D’un point de vue sémantique, cela revient à admettre qu’il ne peut y avoir d’économie sans politique. Or, l’étymologie du terme nous révèle qu’il ne peut non plus y avoir de politique excédant les frontières d’une communauté de langue, relativement homogène. C’est au sein de celle-ci, et uniquement en son sein, que peut se déployer la possibilité démocratique ; on est loin de la Babel européenne. Les Grecs sont (historiquement) bien placés pour le savoir et il est légitime qu’ils pleurent leur souveraineté perdue. Mais sous la bannière de Syriza, ce n’est pas ce qu’ils font. Alexis Tsípras n’a rien contre l’Europe, bien au contraire, il compte plus que jamais sur elle. L’Europe a besoin des Grecs pour gonfler les contingents de producteurs-consommateurs à aligner face aux grandes puissances économiques mondiales. Tsípras négocie simplement l’appui des troupes grecques contre une action sociale que lui-même se sent incapable de mener à l’échelle nationale. Ce qui l’anime n’est pas la nécessaire reconquête de souveraineté, mais l’allergie générale à l’idée d’austérité, bémol à la société de consommation.

Après le récent référendum, le peuple grec passe pour la tête de pont du grand mouvement de libération des nations européennes du joug technocratique qui les enserre. Si cette initiative était forcément la bienvenue, a fortiori par la victoire du Non, elle ne doit pas cacher que la question posée était étrangère aux vœux conjoints de souveraineté et de responsabilité. C’est un camouflet infligé à Bruxelles, une mobilisation populaire qui fait chaud au cœur et à l’âme, mais un événement dénué, pour l’instant, de la moindre ambition politique. Attendons la suite.

*Photo: Giannis Papanikos/AP/SIPA. AP21762476_000052.

L’islam à la pointe du combat contre le réchauffement climatique!

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islam rechauffement climatique

islam rechauffement climatique

Mercredi 1er juillet, les représentants du Conseil œcuménique des Eglises ont été reçus à l’Elysée. Cet organisme regroupe toutes les obédiences chrétiennes connues : catholiques, protestants, orthodoxes, syriaques, maronites, etc. En gros, un peu plus de 2 milliards d’individus. Conscient de leur poids, Hollande les a accueillis avec déférence.

Mais quand ils lui ont proposé de jeûner avec eux contre le réchauffement climatique, ses deux sourcils ont pris la forme d’accents circonflexes. Il a juste demandé : « Mais combien de temps ça dure ? » Il s’est bien gardé de répondre par oui ou par non à cette belle, et tellement verte, invitation. On imagine mal en effet le président de la République, habillé en Mahatma Gandhi, sillonnant les rues de Paris sur son scooter.

Saviez-vous que le 1er juillet était un jour de jeûne pour sauver la planète ? Non ? Et moi non plus. Nous n’avons donc pas jeûné. C’est à se demander si le Conseil œcuménique de l’Eglise possède quelques dircoms compétents. N’empêche que l’idée de jeûne pour faire baisser les émanations de CO2 est sympathique. Elle mérite notre respect et notre considération.

Jeûne pour jeûne, nul ne peut ignorer que nous sommes en plein mois de ramadan. Un peu plus d’un milliard et demi de musulmans s’abstiennent de manger et de boire du lever au coucher du soleil. Une belle ascèse qui nécessite un réel effort. Bien sûr, ils acceptent cette contrainte pendant 30 jours pour Allah et non pas contre le CO2.

Ne pinaillons pas sur leurs motivations ! Ils jeûnent, un point c’est tout. Tout comme les éminents membres du Conseil œcuménique des Eglises, dont on peut regretter que les voix ne portent pas plus. Tout jeûne est bon à prendre dès lors qu’il s’agit de voler au secours de la planète. Et il faudrait dans ce combat, qui ne connaît ni races ni religions, être un ayatollah islamophobe pour refuser de jeûner avec son frère musulman.

Les fidèles du Prophète sont, comme on l’a dit, un peu plus d’un milliard et demi. Multiplié par 30 (les 30 jours du ramadan), ça fait 45 milliards de journées jeûnées par an. Les chrétiens sont un peu plus de 2 milliards. A supposer qu’ils soient aussi observants que les fidèles de Mahomet, ce qui est loin d’être le cas, ils s’abstiendraient donc de boire et de manger seulement le 1er juillet. Petit calcul : ça donne un peu plus de 2 milliards de journées jeûnées.

Enfoncés, les chrétiens ! Relégués en deuxième division ! La supériorité intrinsèque de l’islam apparaît dans toute sa splendeur. Une religion qui n’est pas seulement de paix et d’amour mais également responsable, équitable et entièrement vouée au développement durable.

Rien d’étonnant à ce que de nombreux convertis viennent à elle. Certes il paraît que sur les drapeaux de Daech, il n’y a rien contre le CO2. Mais là non plus on ne va pas pinailler…

Dette grecque, l’éternel retour

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grece euro allemagne tsipras

grece euro allemagne tsipras

Un économiste très introduit auprès du gouvernement grec[1. Jacques Sapir.] a vu en Alexis Tsipras un homme doué du courage d’Achille et de la ruse d’Ulysse qui avait réussi à prendre l’ascendant moral et politique sur les créanciers d’Athènes. C’était à la veille du round de négociations entamé le 22 juin pour trouver une issue à l’insolvabilité du pays que cinq années de plans de sauvetage successifs n’ont pas permis de surmonter. C’était sans compter avec la lassitude des interlocuteurs d’Athènes. La partie de poker menteur entre Athènes et ses créanciers a connu son instant de vérité les 27 et 28 juin, lorsque les deux parties ont dévoilé leurs ultimes cartes, Tsipras sous la forme d’un appel au peuple, convoqué pour un référendum le 5 juillet, afin d’approuver ou de rejeter les demandes des créanciers, ses interlocuteurs européens en excluant le ministre Varoufakis de l’eurogroupe convoqué à Bruxelles. Parallèlement, c’est assurément l’événement le plus lourd, la BCE a interrompu ses injections de monnaie dans les banques grecques rendues exsangues par les retraits sauvages de dépôts de leurs clients. Et puis, le 30 juin, la Grèce n’a pas respecté l’échéance d’un remboursement de son prêt auprès du FMI. L’invraisemblable, la sortie d’un membre de la zone euro, pourrait s’accomplir.[access capability= »lire_inedits »]

Avant d’envisager la suite des événements, il faut rappeler à partir de quelle décision cruciale, déjà oubliée, la Grèce et l’Europe ont abouti à cette impasse.

Le « coup de bonneteau » du 10 mai 2010

Trois mois après l’officialisation, en février 2010, du trucage des comptes publics grecs, la Commission européenne, la BCE et les États partenaires d’Athènes examinent les décisions à prendre sous le coup de l’urgence. Ils le font avec le concours technique et financier du FMI, appelé à l’aide entre-temps.

Il faut lever un préalable : la Grèce doit-elle sortir de l’euro pour recouvrer la compétitivité qui lui manque de façon criante ? Les économistes du FMI préconisent, de façon classique, de conjuguer dévaluation, impliquant une sortie de la Grèce de l’euro, et cure dosée d’austérité. Mais leur point de vue sera écarté sans débat. Il existe une face cachée de la catastrophe, tout du moins cachée au grand public. Les banques étrangères sont lourdement engagées sur les emprunts publics et privés du pays. Spécialement les banques françaises et allemandes, dont on découvrira qu’elles étaient surexposées sur la Grèce, l’Espagne et le Portugal, avec un total de 229 milliards d’euros pour les premières et 226 milliards d’euros pour les secondes. La dévaluation occasionnerait des pertes massives dans leurs comptes. Un nouveau Lehman Brothers pourrait s’ensuivre. C’est ce que disent sans ambages les banquiers concernés à leurs interlocuteurs publics dans les conciliabules secrets préalables au sommet du 10 mai 2010.

Ce sommet est dominé par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, dont le dévouement à la cause des banques ne saurait faire de doute. Il décide donc de sauver la Grèce au prix de prêts massifs qui viennent compenser les sommes qu’Athènes ne peut plus emprunter sur le marché. L’opération est claire : avec les sommes prêtées par les nouveaux créanciers publics, l’État grec va se libérer progressivement de ses dettes contractées auprès des créanciers privés. Elle est aujourd’hui menée à bien. L’essentiel des 317 milliards de dettes de l’État grec est logé dans les comptes des États partenaires, de la BCE et du FMI. Mission accomplie[2. Les créanciers étrangers se sont simultanément désengagés du marché de la dette privée.].

L’échec de la médecine appliquée depuis lors est avéré. En dépit d’un abandon d’un quart de la dette publique grecque, d’une baisse sensible des salaires des fonctionnaires (– 15 %) et des employés privés (– 30%), la Grèce n’est pas parvenue à se redresser. La chute vertigineuse de la production (– 26%) a démenti l’hypothèse d’un Greekovery, néologisme combinant « Greece » et « recovery ». Retenons l’essentiel : la dette de l’État grec est aujourd’hui supérieure, en proportion, à ce qu’elle était à la veille du sommet de 2010. Après cinq années d’odyssée économique et sociale, la Grèce était, en janvier dernier, au moment des législatives, plus loin que jamais de rentrer au port.

Les négociations ont capoté sur les retraites

Enfin Syriza vint. On pourrait résumer ainsi le sketch divertissant que les médias de gauche hexagonaux nous ont offert au lendemain du scrutin. L’Obs, Le Monde et Libé, tels les rois mages, se sont penchés alors sur le divin enfant incarné par Alexis Tsipras. Mais c’est là l’illustration de la schizophrénie de notre gauche qui cultive, toute honte bue, l’austérité néolibérale et la dépense keynésienne, qui est son contraire.

Les illusions se sont dissipées au fil des âpres négociations qui se sont poursuivies cinq mois durant jusqu’au clash de fin juin. Celles-ci ont achoppé sur différents points, dont celui de la réforme des retraites. La réforme des retraites résume l’inextricable situation dans laquelle Athènes s’est enfermé. Pendant la période bénie de croissance à crédit, les politiques ont accordé un régime dit de « pénibilité » à 600 professions permettant aux intéressés – taxis ou libraires par exemple – de partir à la retraite à 55 ans pour les hommes et 50 ans pour les femmes[3. Voir Michael Lewis, Boomerang, Éditions Sonatine, 2011.]. Ils ont accepté que les salariés du bas de l’échelle ne cotisent que quinze années durant. Pire encore : la réduction du nombre des fonctionnaires consentie par la Grèce à partir de 2012 a consisté pour l’essentiel à faire basculer nombre d’agents publics vers un régime de retraite anticipée, très favorable quand on sait que les salaires du public sont deux fois et demie égaux à ceux du privé ! Les régimes de retraite privés  pèsent ainsi de manière écrasante sur l’économie et les finances collectives. Comme il n’est pas question de remettre sur le marché du travail les centaines de milliers de retraités concernés, il ne restait plus qu’à prélever des taxes et des cotisations supplémentaires comme le gouvernement Tsipras le proposait, pour protéger sa base électorale composée de fonctionnaires et de retraités[4. Renouant ainsi avec la tradition clientéliste du pays.], ou à tailler dans le montant des pensions de retraite comme le demandait le FMI, alarmé par les effets négatifs des prélèvements envisagés par le gouvernement d’Athènes. Les ultimes négociations ont échoué sur ce point.

Que pourrait-il se passer maintenant que les acteurs ont dévoilé leur jeu[5. Observons au passage que la France a disparu du concert européen, la baudruche présidentielle qui siège à l’Élysée ayant abandonné les commandes à Angela Merkel.]?

Tsipras veut faire porter aux Européens la responsabilité du défaut de paiement et de la sortie la zone euro qui devrait s’ensuivre. Il adopte par voie de conséquence la posture morale du dirigeant démocratiquement élu qui refuse « l’humiliation de son peuple ». Avec l’appui d’un certain Vladimir Poutine qui tente de renvoyer aux Européens le boomerang qu’ils lui ont lancé en déclenchant des sanctions économiques à l’encontre de la Russie. Appliquant la théorie de « la discorde chez l’ennemi » chère au général de Gaulle, il a encouragé Tsipras à « résister », savourant à l’avance le désordre économique et financier qui pourrait résulter d’un défaut d’Athènes. C’est à Saint-Pétersbourg, dans le fief du président russe, que Tsipras a lancé son avant-dernière bravade : « Nous sommes un pays de marins accoutumés à affronter les tempêtes et n’avons pas peur de sillonner de lointains océans. »

Mais il veut aussi placer le système européen dans une situation de déni démocratique avoué. Le Premier ministre grec mène ainsi une bataille idéologique en plein cœur d’un imbroglio qui a atteint son paroxysme. Bataille idéologique dont il espère sans doute qu’elle aura des répercussions au-delà de la Grèce : au Portugal, en Espagne, en Italie.

Face à lui, Angela Merkel apparaît comme la seule qui pouvait concéder un compromis favorable à Athènes. Car la chancelière est déchirée entre deux impératifs politiques. Le premier est de ne pas ruiner son aura de grande dirigeante du Vieux Continent, en entérinant une faillite grecque synonyme d’échec de l’euro, voire du projet européen : elle cesserait d’incarner ce projet dont elle porte presque seule le poids depuis l’effacement de la France. Le second est de protéger son autre aura de défenseur intransigeant des intérêts de l’Allemagne auprès de son opinion publique. Or, c’est un point omis par les commentaires médiatiques, le Parlement allemand a demandé que la chancelière se range derrière le FMI ! Il lui aurait fallu outrepasser la volonté parlementaire, avec de grands risques politiques. Et Merkel a rejeté une ultime conciliation.

Une nouvelle odyssée pour la Grèce, une nouvelle ère d’incertitudes pour l’Europe

En attendant le référendum, le gouvernement d’Athènes et la Banque centrale de Grèce ont conjointement décidé une fermeture des banques jusqu’après le vote et un contrôle des capitaux. Arrêt du financement de la BCE d’un côté, contrôle des capitaux de l’autre, signifient pour les techniciens de la monnaie que la Grèce est sortie de facto de l’union monétaire et que le résultat du référendum n’importe plus.

S’il est vrai, il reste à savoir si le défaut grec, une fois acquis, exercera un effet de contagion sur les autres dettes sensibles de la zone euro, la portugaise, l’italienne ou l’espagnole. Les économistes qui ont voix au chapitre médiatique pensent que le risque systémique de 2010 est écarté. Mais ils n’en savent rien. Nous sommes entrés dans un territoire inexploré. Wait and see.[/access]

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