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Daech implanté en Ukraine?

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Au printemps 2014, quatorze miliciens tchétchènes pro-russes dépêchés par le président Kadyrov avaient été démasqués par Dimitri Iaroch, chef de Secteur Droit, une milice d’extrême droite qui se bat au côté de l’armée ukrainienne contre les séparatistes pro-russes. Cette information avait fait les gorges chaudes de la presse française, trop heureuse de révéler l’envoi de renforts russes aux séparatistes du Donbass. Depuis, Dimitri Iaroch, ancien mercenaire de la guerre en Tchétchénie contre l’armée russe, a vu sa tête mise à prix par le tyran de Grozny.

La rivalité est ancienne. Dans les années 90, des volontaires ukrainiens s’étaient joints aux combattants tchétchènes pour combattre la Russie. Ce groupe d’environ deux cents ukrainiens, appelé Viking, s’était battu sous les ordres de l’émir tchétchène Chamil Bassaïev.

L’année dernière, le magazine Newsweek s’était d’ailleurs étonné des similitudes entre la barbarie de Daech et les exactions des milices ukrainiennes. Aujourd’hui, c’est au tour du International New York Times de révéler que les séparatistes islamistes renforcent, en retour, Secteur droit sur le front de Marioupol. Quasi méconnaissable dans leurs uniformes, Kiev confirme discrètement que le bataillon cheikh Mansour, le nom d’une figure de la résistance tchétchène du XVIIIème siècle, ne combat pas au sein de l’armée ukrainienne car il est directement subordonné aux miliciens de Secteur Droit. Cette précision est importante car l’opinion américaine pourrait ne pas comprendre que le Pentagone forme des miliciens dont certains ont aussi combattu en Syrie face aux kurdes syriens, eux-mêmes appuyés par… le Pentagone.

Les islamistes tchétchènes ne sont pas les seuls à se battre contre les milices pro-russe du Donbass. Le bataillon Djokhar Doudaïev, qui porte le nom de l’ancien « président » séparatiste de Tchétchénie, est renforcé par des volontaires ouzbeks et balkares. La troisième unité, le bataillon Crimée regroupe des miliciens tatars. Fortement aguerris, ces unités sont placées aux avant-postes, où leurs assauts au cri de « Allahou akbar » sèmeraient la panique dans les rangs pro-russes. Le journal américain révèle également que la France détiendrait deux militants tchétchènes qui se prétendent du bataillon Mansour, soupçonnés de vouloir en réalité se battre au profit du groupe Etat islamique. Les échanges entre les mouvances syrienne et tchétchène se seraient faits par l’intermédiaire d’un certain Isa Musaïev, un séparatiste tchéchène, réfugié politique au Danemark, mort sur le front ukrainien en février dernier.

Ces éléments confirmeraient les menaces des responsables de l’Etat islamique envers la Russie. La haine anti-russe des islamistes tchétchènes est un bon moyen pour Daech de faire payer à Moscou son soutien au régime syrien et de le prendre à revers sur son flanc sud-ouest. Alors que les tensions au Donbass se réveillent ces derniers jours, et que l’armement lourd proscrit par le cessez-le-feu de Minsk II est de retour, le soutien occidental à la résistance ukrainienne mériterait sans doute un inventaire. Tout comme l’aide de l’Occident aux rebelles syriens.

*Photo : Mstyslav Chernov/AP/SIPA. AP21710818_000005.

L’insoutenable dette des Grecs

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Il faut reconnaître une chose : en matière de communication sur le mode victimaire, les petits gars de Syriza sont quand même très forts. Voilà maintenant des mois que les Tsipras, les Varoufakis et leurs innombrables relais médiatiquement exposés relaient à l’envi l’idée selon laquelle les « criminels » de la Troïka cherchent à « humilier le peuple grec » en le noyant sous le poids d’une dette forcément illégitime[1. Élément de langage : une dette est dite « légitime » lorsqu’on la contracte et « illégitime » dès lors qu’il faut la rembourser.], mais surtout inremboursable. L’histoire est belle et a ce petit je-ne-sais-quoi d’épique — le peuple qui se lève comme un seul homme pour abattre le tyran qui l’oppresse — qui fait rêver les jeunes aventuriers et pleurer les vieilles dames. L’ennui, c’est que c’est une vaste blague. Démonstration.

Officiellement, en 2014, la charge de la dette — c’est-à-dire les intérêts réclamés par les créanciers d’Athènes — représentaient environ 7.7 milliards d’euros soit 4.3% du PIB grec. C’est beaucoup, bien sûr, mais c’est nettement moins que l’Italie (4.7%) ou le Portugal (5%). Comment est-ce possible ? Eh bien c’est très simple : il se trouve que les conditions auxquelles l’infâme Troïka, et particulièrement les autres États membres de la zone euro, prêtent à la Grèce sont particulièrement généreuses. Pour vous donner une idée, les 52.9 milliards prêtés via la Greek Loan Facility (GLF) en 2010 coûtent aujourd’hui[2. C’est un taux variable égal à l’Euribor 3 mois plus 0.5%.] moins de 0.5% par an à la Grèce et les 130.9 milliards du Fonds Européen de Stabilité Financière (FESF) sont prêtés à prix coutant : le fonds finance Athènes au taux auquel il s’endette lui-même augmenté de moins de 0.01% à 0.1% afin de couvrir ses coûts de fonctionnement.

Et encore, ce sont des chiffres officiels qui ne tiennent pas compte de deux autres gracieusetés réservées par ces terroristes qui veulent humilier le peuple grec. La première est due à la Banque centrale européenne[3. Ou, pour être plus précis, l’Eurosystème c’est-à-dire la BCE et les banques centrales nationales de la zone euro.] qui, pour éviter une contagion du risque grec, a racheté pour 27 milliards d’obligations hellènes : figurez-vous que la Banque centrale reverse à Athènes les intérêts qu’elle reçoit au titre de ce portefeuille ; c’est-à-dire que ces 27 milliards ne coûtent en réalité absolument rien. Deuxième gâterie non prise en compte par les chiffres officiels : le FESF a offert à la Grèce une période grâce de 10 ans ; c’est-à-dire qu’il ne lui réclame pas un centime d’intérêt avant 2022. En cumulant ces deux effets, l’air de rien, la charge réelle de la dette grecque serait actuellement de l’ordre de 1,7% du PIB[4. Selon les calculs de Yannis Stournaras, gouverneur de la Banque de Grèce (2 juin 2015).] — c’est-à-dire qu’elle est comparable à celle de l’Allemagne, inférieure à la nôtre et très nettement inférieure au montant des transferts fiscaux dont bénéficie la Grèce depuis qu’elle a rejoint l’Union européenne.

Oui, vous avez bien lu. Attendez, ce n’est pas fini. Quand on s’endette, il faut payer des intérêts, certes, mais aussi rembourser le principal. Là encore, on peut difficilement dire que la Grèce n’a pas bénéficié d’un régime de faveur. Je rappelle à ceux — et ils sont nombreux — qui l’ont déjà oublié que la dette grecque a déjà fait l’objet de la plus gigantesque restructuration jamais menée. C’était en 2012 : les fameux marchés financiers — apatrides et mondialisés, comme dirait l’autre — on purement et simplement effacé une ardoise de l’ordre de 107 milliards d’euros ce qui, au passage, c’est traduit par une perte moyenne de plus 50% des montants prêtés. Une paille.

Mais ce n’est pas tout : non content de prêter aux Grecs à prix coutant et de leur laisser dix ans avant de réclamer des intérêts, les États-membres de la zone euro ont aussi rééchelonné les remboursements afin d’alléger au maximum les sommes que devra débourser la Grèce chaque année. Précisément, les remboursements dû au titre de la GLF s’échelonnent entre le 15 juin 2020 et le 15 mars 2041 et ceux du FESF commencent le 24 février 2023 et s’étalent jusqu’au 24 avril 2054. Au total, la vie moyenne de la dette grecque est aujourd’hui d’à peu près 16 ans ; juste pour vous donner un point de comparaison, celle de la dette publique française est légèrement inférieure à 7 ans.

En fin de compte, dire que la dette publique grecque pèse 170 ou 180% de son PIB n’a juste plus aucun sens. Mesurée à l’aune des coûts financiers réels à la charge des contribuables grec, la dette d’Athènes est désormais moins lourde que la nôtre même s’il est vrai qu’il leur faudra plus de temps pour l’éponger entièrement. Le coup de génie de Tsipras et de ses petits camarades aura finalement consisté à convaincre ceux qui ne demandaient qu’à l’être que les Grecs sont victimes de la Troïka, des marchés financiers, des Allemands… Bref, de tout le monde sauf de leurs propres choix.

*Photo : http://underclassrising.net/

Fumeurs, vos papiers!

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Depuis des décennies, nos gouvernants profitent du 1er juillet pour glisser en douce quelques vilenies genre hausse du prix du gaz ou baisse du remboursement du Xanax. En haut lieu, on considère que le Français devient encore un peu plus crétin dès qu’arrivent les congés payés. Exit de Gaulle, adieu Jaurès : le vrai maître à penser de l’élite politique, c’est l’impayable groupe de variétoche Elégance et son tube de 1982 : Vacances, j’oublie tout.

Cette année, on innove : ni hausses ni baisses, ce sera sans doute pour le 1er août. Mais ne croyez pas qu’on vous a oublié pour autant. À preuve la circulaire en vigueur dès le début du mois, qui bannit la cigarette électronique sur les lieux de travail. Elle est bien sûr signée par Marisol Touraine, dont on dit qu’elle déteste tellement la clope qu’aucun membre de son cabinet n’ose fumer au bureau, ce qui fait de son ministère une exception française.

Cette décision, nous dit toute la presse, a été prise dans le cadre du plan antitabac. Il aura donc échappé à la plupart de mes confrères que la spécificité d’une e-cigarette, c’est qu’elle contient environ 0,0 % de tabac. Et qu’elle est notamment utilisée par des gens qui veulent se désaccoutumer du tabac, ou encore par des fumeurs soucieux de protéger du tabagisme passif leurs conjoints, collègues ou passagers BlaBlaCar. Raison pour laquelle le professeur Bertrand Dautzenberg, pionnier du combat antitabac, est un infatigable défenseur de la cigarette électronique : « Un an de vapotage, dit-il, est moins dangereux qu’un seul jour de tabac. » J’aurais tendance à croire que ce pneumologue sait de quoi il parle. Certains semblent penser qu’il est incompétent.

Prohiber un produit antitabac dans le cadre d’un plan antitabac, voilà qui peut paraître étrange ? Eh bien ça, Marisol Touraine l’a expliqué cash sur France Inter : « La priorité pour moi, c’est d’éviter que le geste de fumer soit banalisé, considéré comme un geste de séduction, d’appartenance à un groupe. »

Je pourrais m’amuser de cette prétention pseudo-psychanalytique à vouloir légiférer sur le symbolique, oui, oui, je pourrais le faire, et avec brio, si seulement j’étais Philippe Muray. Je pourrais, plus prosaïquement, remarquer que le geste du vapoteur en action est abominablement pataud, et qu’il évoque plus le nourrisson en pleine tétée que Bogart dans Le Faucon maltais. Mais bon, qui suis-je pour juger des critères de séduction d’un ministre en exercice ?

En revanche je peux vous dire à quoi nous renvoie cette vision du monde : à l’époque de l’huile de foie de morue et des préceptes de grands-mères qui étaient convaincues que plus c’est mauvais, meilleur c’est pour la santé. Marisol s’est contentée d’extrémiser cet adage archaïque mais modernocompatible, car dénué de bon sens. Pour notre ministre, si c’est bon pour le moral, c’est forcément mauvais pour la santé. Voilà pourquoi vous ne vapoterez plus au bureau.

Voilà pourquoi, à partir du 1er juillet, vous aurez droit à une amende salée si un gendarme vous surprend en pleine commission d’un acte sexuel en voiture. La prohibition des gâteries automobiles n’a rien à voir avec le plan antitabac, quoi que puisse suggérer un jeu de mots trop facile. Non, cette interdiction a été décidée au titre des mesures pour la sécurité routière, et l’infraction vous coûtera 75 euros, même si votre auto était à l’arrêt. Streng verboten aussi l’acte inqualifiable qui consiste à se remaquiller lors de l’arrêt à un feu rouge, ou de profiter d’un bouchon sur l’autoroute pour croquer dans son sandwich.

Le 1er juillet, c’est comme le 1er avril, mais en vrai.

Cet article disponible en accès libre est extrait de Causeur n°26.

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Grèce: le moment Merkel?

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Angela Merkel Grèce euro

Mardi 7 juillet, Angela Merkel s’est écriée à Bruxelles, face au nouveau ministre des Finances grec, arrivé au sommet européen les mains dans les poches : « Il n’y a pas de base pour la négociation. Je dis que ce n’est pas une question de semaines mais de jours. »

La chancelière n’a nul besoin d’un référendum pour savoir que l’Allemagne fait bloc derrière elle face aux joueurs du gouvernement grec et à leur clientèle électorale. Les Allemands veulent mettre fin au vaudeville dans lequel ils sont obligés de jouer, à leur corps défendant, pour sauver la Grèce et l’euro, depuis plus de cinq ans. Dès lors, le champ des options se réduit pour Angela Merkel.

La première option était celle d’une capitulation non avouée consistant à accepter les propositions d’Athènes. Le gouvernement Tsipras a choisi de protéger les retraites, en surchargeant les classes moyennes et les entreprises[1. Au risque d’accélérer l’exode de ces classes moyennes et des petites entreprises dont plus d’un millier se sont déjà délocalisées en Bulgarie.]. Au grand dam du FMI qui y voit le plus sûr moyen de couler ce qui reste d’économie grecque. Mais la façon dont les Allemands ont réagi à « la victoire de la démocratie » lui interdit cette option. Sigmar Gabriel, ministre SPD de l’Economie, a illustré leur réaction en ces termes : « Les Grecs viennent de rompre les derniers ponts avec l’Europe ».

La deuxième option est celle consistant à imposer à la Grèce une sortie de l’euro, déjà à moitié acquise depuis que les banques grecques n’ont plus accès au financement de la banque centrale de Francfort. Avec un risque financier. Personne ne peut prétendre que le défaut grec, assorti d’un Grexit, n’entraînerait pas une déflagration sur les marchés du crédit. Ce risque financier est d’autant plus tangible que les taux d’intérêt pratiqués sur ces marchés sont extraordinairement bas, comme s’il existait une bulle du crédit[2. Bulle dont les banques centrales ont été les instigatrices par leur politique d’argent gratuit.]. Mais aussi un risque politique sous la forme d’un premier échec avoué de l’euro. Or, qui a dit « Un échec de l’euro serait un échec de l’Europe » sinon Angela Merkel ?

On peut alors spéculer sur une troisième option. La chancelière, consciente que la double expérience de l’euro et de l’Europe tourne à l’aventure, pourrait prendre les devants de nouvelles crises et de nouveaux conflits, en ouvrant la voie à une déconstruction méthodique de l’euro et de l’Europe. Elle incarnerait alors ce qu’a incarné en son temps Mikhaïl Gorbatchev, quand il a mis fin à l’Union soviétique et à l’expérience du socialisme réel. Angela Merkel entrerait dans l’Histoire par la grande porte.

La troisième option ne correspond guère à la personnalité de la chancelière. Chacun reconnaît en elle une politicienne avisée, volontaire et opiniâtre, qui suit deux principes : la défense des intérêts allemands et sa propre sauvegarde. On ne pariera pas pour cette troisième option qui remettrait en marche les peuples et les Etats en Europe. Et c’est bien dommage.

*Photo : Wikipedia.org

Paris: pas de rupture du jeûne pour les journalistes

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Nuit du Ramadan Hôtel de Ville Paris

La mairie de Paris communique sur tout ce qu’elle fait, même sur les sujets les plus insignifiants. Il y a quelques semaines, l’inauguration du poulailler de l’Hôtel de Ville avait donné lieu à une avalanche de tweets. Alors lundi matin, on pouvait s’étonner que l’organisation de la 14e nuit du Ramadan n’ait donné lieu à aucune communication officielle. Pas un mot sur le site de la mairie, pas un tweet d’Anne Hidalgo – pourtant très prolifique en général sur le réseau social –, pas un article plus long que celui du Parisien. Pour s’assurer que cette nuit aurait bien lieu, il fallait aller sur les sites de « défense de la laïcité » qui, eux, s’en donnaient à cœur joie. Sans Valeurs Actuelles, le Figaro et le Front National, lanceurs d’alertes d’un nouveau genre, on aurait pu passer à côté de l’événement.

Histoire de me faire une idée plus précise de cette fête de l’islam, que j’imaginais a priori sympathique et dont je souhaitais rendre compte à mes lecteurs, j’ai décidé de m’y rendre. Respectant le protocole habituel, j’ai appelé le service presse de la mairie de Paris qui m’a prié de faire une demande par mail. Quelques heures plus tard, sans réponse à ce courrier, j’ai décroché à nouveau mon téléphone. On m’a alors confirmé que ma demande était acceptée et que les organisateurs en étaient informés. Bien que le site de la mairie de Paris ne propose pas d’accréditation (alors qu’elle en propose aujourd’hui pour l’inauguration du « Cargo », nouveau fleuron des incubateurs, ou encore le lancement de l’appli Soundcity), on m’a fait comprendre que les journalistes étaient les bienvenus, et même autorisés à prendre des photos.

Le soir venu, arrivé devant l’Hôtel de Ville, je me suis donc présenté comme journaliste. L’attachée de presse, une jeune femme sympathique, est venue à ma rencontre et m’a demandé pour qui je travaillais. En entendant le nom Causeur, elle a fait une imperceptible grimace et m’a assuré qu’elle était « navrée » mais qu’aucune accréditation n’était disponible. Tentant d’obtenir des explications, je n’ai eu droit qu’à des réponses évasives avant d’être renvoyé sans méchanceté, mais sans la moindre justification non plus.

Hier matin, j’ai rappelé le service de presse pour avoir plus d’informations. On m’a expliqué que l’attachée détenait le dernier mot. On n’était pas en mesure de m’expliquer ce qu’était devenue ma demande, de me dire s’il y avait eu des accréditations, ni ce que faisait une attachée de presse devant l’Hôtel de Ville si les journalistes avaient interdiction d’y entrer. Le secrétariat n’était visiblement au courant de rien.

Quelques heures plus tard, mon chef a tenté à son tour d’obtenir des informations de la part du service de presse. L’homme qui lui a répondu a alors bafouillé qu’il n’était « qu’un simple secrétaire », qui ne faisait « que répondre au téléphone » et ne pouvait nous renseigner. Il nous a alors proposé de parler à l’attachée de presse mais, après deux minutes de musique d’attente, on nous a informés qu’elle n’était pas disponible. Le secrétaire a pris notre numéro de téléphone et promis de le transmettre à sa patronne qui rappellerait « d’ici ce soir ». Nous n’avons toujours pas eu de réponse.

Première explication à cette opacité : mon mail s’est perdu entre deux ordinateurs, comme ça arrive fréquemment. Deuxième explication (très saugrenue je vous l’accorde) : l’attachée de presse aurait été chargée d’organiser le silence autour de la Nuit du Ramadan.

Dans cette dernière hypothèse, on pourrait mettre au crédit de la mairie de Paris le fait que ce genre d’évènement devient immanquablement le défouloir de toute une frange de l’opinion. Des laïcards de circonstance à laquelle elle préfère prudemment fermer les portes, plutôt que de suivre la règle de la transparence qui est pourtant « au cœur du pacte républicain » selon Mme Anne Hidalgo.

L’ennui c’est que quelque chose dans ce plan a dû foirer. En voulant couper tout accès à un évènement qui devrait être public (quoi de plus convivial et fédérateur qu’une fête ?), on ne fait qu’encourager les fantasmagories de ses pires détracteurs. Et décourager, chez ses rares défenseurs, toute velléité de dédramatiser une soirée qui se résumait à un concert et un petit dîner. Les plus fermés ne sont pas toujours ceux que l’on s’imagine.

Quant à moi, qui espérais me régaler de pâtisseries orientales, je m’en suis retourné ce soir-là à la Chapelle où quelques restaurants vendent des baklavas pour un euro cinquante. A tous, même aux journalistes.

*Photo : Wikimedia Commons

Boutih sur le djihadisme: au Monde, ça décode à plein tube!

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Malek Boutih détonne au Parti socialiste et cela ne date pas d’hier. Jadis auteur d’un libelle au titre provocateur – Fier d’être français – qui disputait le monopole du patriotisme au Front national, l’ancien président de SOS Racisme n’en finit pas d’exaspérer ses petits camarades.

« Jean-Marie Boutih », tel que le surnomment les sites islamistes depuis des années, est aujourd’hui à la pointe de la guerre culturelle contre les prédicateurs salafistes, les maires de banlieue corrompus et tous les complices de ce qu’il appelle les « islamo-nazis ». Au lendemain des attentats de janvier, le député de l’Essonne avait poussé quelques sérieuses gueulantes dans les travées de l’Assemblée, se mettant dans la roue du Docteur Valls – le tribun qui fustige l’antisémitisme et la barbarie islamiste – sans adhérer aux imprécations victimaires de Mister Manuel – le travailleur social qui pourfend « l’apartheid territorial, social et ethnique » (sic) français.

Pour faire bonne mesure, le Premier ministre lui avait alors confié un rapport sur la radicalisation de la jeunesse censé faire la lumière sur les chemins qui mènent de la sécession culturelle au djihad sur les bords de l’Euphrate. La semaine dernière, son entreprise achevée, Boutih publiait sa précieuse étude et sonnait le tocsin : la génération Y n’est pas tout à fait perdue pour la France, mais il s’en faut de peu. Comble du mauvais goût, le roi Malek ose même blasphémer la déesse « padam, padam, padamalgam», dont Jean-Christophe Cambadélis fleurit l’autel chaque jour, en ne niant pas que la décapitation en territoire syro-irakien découle d’une certaine conception de l’islam. Comme Houellebecq, ainsi que s’en réjouit mon collègue Pascal Bories, Boutih décrit la pousse irréversible du chardon djihadiste sur le désert moral français, une façon d’expliquer que l’incantation républicaine ne résoudra rien, sinon les états d’âme de Solférino. Shocking !

Faute de pouvoir démentir le fond de son constat, les amis du «vivre-ensemble» contestent ses méthodes et le choix de certains interlocuteurs parmi les dizaines de personnalités qu’il a auditionnées. Les habituels fact-tchékistes du Monde ont ainsi commis un petit article où les accusations fusent. Premier grief : le conflit d’intérêt, Boutih ayant convoqué « une personne qu’il connaît bien : Pierre Bellanger, le directeur de Skyrock et auteur de plusieurs livres sur les évolutions du numérique. Longuement cité dans une sous-partie du rapport qui décrit le Web comme un nouveau « Far West », M. Bellanger est présenté dans le rapport comme un « spécialiste incontesté des enjeux du réseau, qui a théorisé le concept de souveraineté numérique » en omettant de « préciser que Pierre Bellanger est aussi… son patron » puisque « Malek Boutih est directeur des relations institutionnelles pour Skyrock. » Le salopiaud ! Débroussailler la jungle virtuelle qu’est le net, soit, mais en plus de citer ses sources, faut pas oublier de publier ses appointements, voire de raconter par le menu avec qui et dans quelles positions on plonge dans le stupre et la fornication. À croire que la jurisprudence Quatremer a essaimé loin de son bunker bruxellois… Passons sur quelques approximations virtuelles inaccessibles au sous-doué numérique qui écrit ces lignes. Nos décodeurs à plein tube reprochent à Boutih d’avoir cité un réseau social affilié à Skyrock… au beau milieu d’un rapport qui dénonce le rôle néfaste des Facebook et autres Instagram dans la propagation du djihadisme viral. Bon sang mais c’est bien sûr : pensant que ce dossier de 70 pages allait connaître la destinée du Petit Livre rouge, le député socialiste l’a agrémenté de pubs subliminales pour complaire à son patron radiophonique !

Mais les chefs d’accusation ne s’arrêtent pas là. Péché véniel, Boutih a auditionné le fanfaron Jean-Paul Ney, qui est à la géopolitique sérieuse ce que Stéphane Guillon est à l’humour, à la demande de l’intéressé, sans d’ailleurs que cela ne rejaillisse sur le sérieux de son rapport. Ouf ! Il y a plus grave : « Autre hic, le rapport commence par une citation du Petit prince qui n’en est en fait pas une. L’origine des lignes citées en préambule par M. Boutih, attribuées à tort à Antoine de Saint-Exupéry, est inconnue. » Ça, c’est du harcèlement textuel!

Venons-en au péché mortel qui devrait valoir l’excommunication, sinon le bûcher, à son auteur : « le rapport de Malek Boutih a attiré la ferveur des élus de droite ». Et les journalistes du Monde d’égrainer les noms des conjurés : « Bruno Le Maire, Christine Boutin ou encore Frédéric Lefebvre » auraient exprimé leur intérêt pour le travail de l’ancien cadre antiraciste. Me sentant pousser une vocation de procureur antifa, j’ajoute une circonstance aggravante : Marion Le Pen a récemment cité le rapport Boutih au cours de sa campagne régionale. Vite, du goudron et des plumes!

*Photo : ALAIN ROBERT/APERCU/SIPA. 00644029_000029.

Alain Finkielkraut réagit à la mobilisation en faveur des Guignols

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« Certes, autrefois, les rois avaient leur fou mais le fou restait en dehors de la cathédrale. Maintenant, le fou est dans la cathédrale et il revient aux hommes politiques même de le demander aujourd’hui » : c’est par ces mots qu’Alain Finkielkraut réagit à la sanctification des Guignols de l’Info, émission brièvement menacée par Vincent Bolloré et finalement… sauvée par le même fait du Prince.

Humiliés, salis et injuriés quotidiennement, les hommes politiques ne se sont pas moins mobilisés massivement en faveur des Guignols, ce qui fait dire à l’académicien qu’ils « prennent acte de ce que Baudrillard appelait la précession des simulacres : la marionnette précède aujourd’hui la personne ». Chaque soir, avant même le début du vrai journal de 20 heures, commence l’émission satirique de Canal + qui instaure le ricanement et la dérision comme maîtres de l’époque. Effrayant!

Causeur face à la terreur féministe!

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On y pensait depuis un bon bout de temps. C’est fait, et c’est parfait pour l’été. Causeur consacre enfin un dossier complet au néo-féminisme débridé qui, de manifestes vengeurs en pénalisation des dragueurs, semble avoir pour projet d’abolir toute différence et de punir les hommes coupables de pulsions sexuelles. Une perspective qui m’ennuie un peu, parce que comme le seul rockeur français digne de ce nom, Patrick Coutin, j’aime regarder les filles qui marchent sur la plage. Et notamment leur poitrine gonflée par le désir de vivre. Vous avez remarqué ? Quand elles se déshabillent, elles font semblant d’être sages…

Désormais, comme l’écrit en introduction du dossier notre chef aux ongles vernis, Elisabeth Lévy : « des journalistes politiques de sexe faible (je blague !) hurlent au sexisme parce que des hommes politiques les invitent à dîner ou louchent sur leur décolleté, autrement dit parce qu’on les désire – quel calvaire ! » Dans l’esprit de ces nouvelles portées de chiennes de garde, « il y a des choses avec lesquelles on ne rigole pas », car « aucun homme n’est innocent ». Pour la patronne au contraire, « le féminisme a accompli sa mission historique » mais « il est si doux de mener un combat déjà gagné » que les rentières de la cause des femmes ne lâchent rien : « Il faut maintenant faire régner la parité en tous lieux – sauf dans les couples évidemment. »

Dans l’interview qu’elle nous a accordée, l’animatrice vedette de RMC, Brigitte Lahaie, accuse quant à elle ces néo-féministes de tenir « exactement le même discours que les machos du début du XXe siècle ». En considérant que la femme ne saurait être autre chose qu’une victime, puisqu’on nous dit que « 100% des femmes ont été harcelées », elles lui contesteraient tout libre arbitre. Pour cette ancienne actrice X qui échange depuis des années avec ses milliers d’auditeurs sur les questions d’amour et de sexualité, « les féministes ne font que mettre de l’huile sur le feu dans les rapports hommes-femmes, qui n’ont pas besoin de ça ». Et la presse féminine est le bras armé de la terreur qu’elles font régner… Un constat confirmé par le journaliste Olivier Malnuit, qui témoigne de son expérience traumatisante dans la rédaction du magazine pas si fictif Ragazza. Quadra hétérosexuel cerné de femmes-bulldozer, il raconte comment il a survécu à la dictature matriarcale qui règne au sein d’un média pour filles à gros tirage, où faire la bise à une collaboratrice est sexiste, à moins d’être gay.

A l’inverse, un entretien instructif avec la militante historique Caroline Fourest m’a permis d’apprendre qu’elle se définissait désormais comme « moins libertaire ». Pour elle, les mesures coercitives qui se multiplient depuis plusieurs mois sont nécessaires, y compris celle qui vise à abolir la prostitution contre la volonté des premières intéressées. Motif : « C’est le rôle de la loi de protéger les gens contre les processus de domination, même s’ils y sont entrés de façon volontaire ». Fichtre ! Il faudra que j’en parle aux filles qui m’envoient des sextos, tiens.

Aucune femme n’a été maltraitée durant la réalisation de ce numéro. Ni aucun arbre arraché à la clôture de notre dossier sur la forêt, dont le parrain, Sylvain Tesson invoque Tolstoï pour décrire son amour de la taïga russe. « La forêt offre silence, paix et refuge. Elle peut être un lieu de repli et de « mort au monde », mais aussi celui d’expériences vitalistes comme celle de saint François d’Assise, qui avait avec la nature et les animaux une relation charnelle, organique, païenne ! », confie l’écrivain-voyageur résolument œcuménique.

C’est sur l’autre rive du fleuve Amour que nous emmène René Viénet. Cet ancien situ, antitotalitaire intégral, a réalisé les premiers films détournés anti-Mao et édité les essais de Simon Leys contre les crimes de la Révolution culturelle. Dans un entretien-fleuve, il part fleur au fusil contre les admirateurs de Robespierre, Lénine, Staline ou Pol Pot, revenant  au passage sur son expérience aux côtés de Guy Debord,  qu’il dépeint comme un grand « misogyne » (à la différence des journalistes de Causeur, on ne le répètera jamais assez…). Autre croisé d’une bonne cause, le Père Ponchaud nous rappelle l’aveuglement des élites parisiennes face au génocide khmer au Cambodge, durant ces années 1970 décidément riches en illusions lyriques…

Retour au pays natal. Notre guide suprême Elisabeth Lévy joue les filles de l’air à Béziers, histoire de démêler le vrai du faux dans tout ce qui se raconte sur la gestion municipale de Robert Ménard : comme le suggèrent les médias parisiens, est-il le Ceaușescu du Midi, ou le Mengele biterrois ? Et s’il s’agissait tout bonnement d’un maire pragmatique qui tâche de saisir la crise économique, sociale et identitaire à bras le corps ? Vous rayerez la mention inutile après avoir lu le carnet de voyage de dame Elisabeth, jamais avare d’une bonne barre de rire.

Et pour compléter la distribution – point de casting en ces lieux francophones – Alain Finkielkraut, Basile de Koch, Jérôme Leroy et Roland Jaccard vous comblent de leurs bienfaits. Faut dire qu’on sait recevoir, même par 40 degrés à l’ombre du transat…

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Les beaux gosses

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microbe gasoil michel gondry

Michel Gondry aime décidément brouiller les pistes et enchaîner des projets extrêmement différents, que ce soit en terme de genre ou d’économie. Après ses débuts placés sous la houlette du scénariste Charlie Kaufman (Human nature, Eternal sunshine of the spotless mind), il ne va cesser de naviguer entre la France et les États-Unis, de passer d’une superproduction (The green hornet) à un petit film indépendant (The we and the I), d’un documentaire sur sa tante institutrice (Une épine dans le cœur) à une adaptation luxueuse de Boris Vian (L’écume des jours).

Et pourtant, derrière le côté apparemment très disparate de sa filmographie (quel peut être le point commun entre un documentaire sur Chomsky et l’amusant bricolage de Soyez sympas, rembobinez?) se dessinent pourtant des motifs similaires, des obsessions discrètes et des thèmes fétiches. Dans ce jeu de yo-yo, Microbe et Gasoil appartient à la catégorie des « petits » films récréatifs du cinéaste. Aucune vedette à l’affiche si ce n’est Audrey Tautou qui apparaît ici en  guest-star  méconnaissable (elle incarne la mère assez déjantée de Daniel, alias Microbe) et un récit centré autour de deux gamins qui décident de construire une voiture et de partir sur les routes de France.

Le film se divise en deux parties. La première est une évocation drolatique du quotidien de deux adolescents rêveurs et un peu marginalisés par rapport au troupeau des collégiens. La deuxième est une espèce de « road-movie » où Gondry laisse davantage parler sa fantaisie et son goût pour la rêverie, le bricolage insolite. Microbe et Gasoil débute un peu à la manière des Beaux gosses de Riad Sattouf en s’intéressant à deux pré-ados et à leur quotidien. Tout ce qu’on peut attendre d’un film de collège sera dans le film : les premiers émois sexuels, la complicité amicale entre les deux garçons, les conflits familiaux, le goût pour le dessin et la musique, les premiers sentiments amoureux non partagés… Si la comparaison avec le film de Sattouf paraît évidente, c’est aussi parce que les deux cinéastes parviennent à filmer une jeunesse « actuelle » tout en introduisant ce léger décalage qui leur permet de parler également de la leur. Ainsi, chez Gondry, Théo (Gasoil) estime que le verlan et le « high five » sont complètement ringards et l’on préfère la bonne vieille carte routière au GPS des Iphone (dont le dernier modèle finira dans une fosse septique de fortune).

Cette première partie est très plaisante : rythmée, enlevée, elle permet également au cinéaste d’évoquer des thèmes qui lui sont chers : la place de l’individu au cœur de la communauté (Daniel regrette d’être trop « influençable » et est constamment tiraillé entre le désir d’appartenir au groupe tout en s’en détachant), le désir de créer pour élargir un horizon limité et les contingences de la vie (à la fin de L’écume des jours, c’est tout le décor qui semblait se rétrécir, noircir et emprisonner les personnages ; comme si la maladie était venue à bout de l’élan vital créatif) et le roman autobiographique. Gondry le confesse lui-même : il y a beaucoup de lui dans le jeune Daniel, cet ado rêveur et passionné de dessin qui décide avec son copain de construire une voiture de fortune pour aller en Auvergne.

La construction de cette voiture et le voyage entamé par les deux gamins donnent l’occasion à Gondry de renouer avec ses bricolages ludiques à base de matériaux « anciens ». La voiture de Microbe et Gasoil est un peu l’équivalent des films « suédés » de Soyez sympas, rembobinez : un procédé ingénieux pour un projet utopique. Sans pour autant renoncer aux gags de la première partie (je recommande particulièrement les astuces que trouvent les deux compères pour éviter la maréchaussée ou un séjour croquignolet chez un dentiste), Gondry verse davantage dans la fantaisie, allant même jusqu’à laisser penser que tout ce qui a été vécu par les deux personnages pourrait n’être que le pur fruit de leur imagination (un peu comme dans La science des rêves).

C’est également là que se situe la limite du film. Comme toujours chez Gondry, on peine parfois à dépasser le stade de l’astuce rigolote, de la saynète décalée, de la vignette « créative ». S’il a souvent des idées assez géniales et de l’imagination à revendre, il ne parvient jamais à tenir vraiment la distance et on a toujours (du moins, c’est mon cas) le sentiment d’un certain essoufflement, d’un univers un peu étriqué au bout du compte.

Dans Microbe et Gasoil, ça fonctionne parfois à merveille (la séquence très drôle où Daniel et Théo sont confrontés à de belliqueux gangsters coréens) et ça tombe parfois un peu à l’eau (le retour en avion, par exemple).

Cet éloge de la liberté n’a pas, pour prendre un exemple récent, la puissance et le souffle de Comme un avion et on a parfois le sentiment que le récit peine à donner de l’ampleur à une idée de départ excellente (une sorte d’Histoire vraie à la française, sauf qu’une maison roulante remplace la tondeuse à gazon du film de Lynch) et se contente de son aspect « gadget ».

Ces réserves posées, le film est très recommandable et fort plaisant. Il révèle également deux jeunes comédiens qui crèvent littéralement l’écran et qui incarnent à merveille cette jeunesse fantasmée et réinventée chère à Michel Gondry…

En salle le 8 juillet.

Grèce: Droit dans le mur de la dette

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grece dette euro

Après avoir reçu, de 2001 à 2013, pas moins de 57 milliards d’euros d’aides européennes nettes[1. Ce chiffre est déduit de la contribution grecque au budget de l’Union Européenne et ne tient pas compte des dépenses administratives.] et après avoir obtenu, en 2012, l’annulation pure et simple de 107 milliards d’euro de sa dette publique — la plus importante restructuration de dette jamais observée — l’État grec doit encore 312 milliards d’euros (174% de son produit intérieur brut en 2014) à ses créanciers. Sur ce total, 235 milliards (trois quarts de la dette publique grecque) ont été prêtés par la fameuse Troïka[2. Le Fonds Monétaire International, la Banque Centrale Européen et les États-membres de l’Union (directement ou via le Mécanisme de Stabilité Européen dont, je vous le rappelle, nous sommes tous garants).] qui, en contrepartie de taux d’intérêt et d’échéanciers de remboursement particulièrement accommodants, exige d’Athènes une remise en ordre à marche forcée de ses finances publiques et de son économie.

Quoi qu’on puisse en penser, c’était le deal : pour dire les choses simplement, la Troïka s’engageait à aider le gouvernement grec à éponger ses dettes à condition que ce dernier cesse d’en créer de nouvelles. Syriza puis, par voie référendaire, une très large majorité de Grecs ont très clairement rejeté ces conditions ; « ΟΧΙ, nous ont-ils dit en substance, nous voulons bien que vous continuiez à nous faire crédit mais nous refusons de vous donner les garanties que vous réclamez ».

Fort bien. Grâce à l’initiative de M. Tsipras, les choses sont maintenant tout à fait claires : le peuple grec entend poursuivre sur la voie qui a été la sienne depuis son adhésion à l’Union européenne et même, à vrai dire, depuis la création de l’Etat grec[3. Sur environ 190 années d’existence, l’État grec a été techniquement en défaut de paiement pendant 90 ans ; les curieux peuvent lire ce qu’en disait Edmond About en 1854.] — clientélisme, corruption, captation de subsides publics, évasion fiscale généralisée, administration aussi inefficace que surdéveloppée ; le tout financé par toujours plus de dettes. Très clairement, c’est leur droit le plus strict mais c’est aussi notre droit de refuser d’être les dindons de la farce.

Car ce qui se joue actuellement en Grèce n’est pas une tragédie mais une farce. Ce que tout le monde semble oublier, ces jours-ci, c’est que la stratégie de la politique de croissance à grands coups de déficits budgétaires que l’on nous vend comme une alternative à l’austérité prônée par la Troïka, c’est précisément ce que fait la Grèce depuis des décennies. Qu’on en juge : de son entrée dans la zone euro, le 1er janvier 2001, à la fin de l’année 2009, la dette publique grecque s’est accrue de 8,9% par an — soit 3,2% de plus que le PIB. Le résultat ? Eh bien, vous l’avez sous les yeux.

Très concrètement, Athènes ne remboursera pas. La question n’est pas de savoir si les Grecs le peuvent : de toute façon, ils ne veulent pas. Effacez leur ardoise et la première chose qu’ils feront, c’est créer de nouvelles dettes. Offrez-leur un troisième plan d’aide et vous pouvez être certains qu’il en faudra un quatrième dans deux ans. Timeo Danaos et dona ferentes[4. « Je crains les Grecs, même ceux qui apportent des cadeaux » — Virgile, L’Énéide.] et vous feriez bien d’en faire autant parce que les Danaïdes qui devront remplir le tonneau sans fond, ce sont les contribuables européens — les Allemands et les Français, certes, mais aussi les Bulgares, les Lettons, les Slovaques etc.

Ne vous méprenez pas : il n’est pas question ici de laisser entendre que les Grecs sont, par nature, des mauvais payeurs. La triste réalité est qu’au même titre que les pays producteurs de pétrole, les pays qui vivent sous perfusion d’aide internationale deviennent invariablement les proies des démagogues et ne se développent pas. Aussi paradoxal que ça puisse sembler, les mannes extraites du sous-sol (au Venezuela) ou tombées du ciel étoilé de l’UE (en Grèce) ont une fâcheuse tendance à se transformer en malédictions.

Alors quoi ? Eh bien, laissons la Grèce régler elle-même son problème. Qu’ils fassent défaut ou qu’ils décident de revenir à la drachme pour nous rembourser en monnaie de singe, les Grecs proposeront une solution de toute manière moins coûteuse que la stratégie adoptée par la Troïka depuis cinq ans. Mais surtout, il est sain qu’un peuple puisse décider lui-même de son sort et en assumer seul toutes les conséquences – aussi douloureuses soient-elles.

*Image : wikicommons.

Daech implanté en Ukraine?

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ukraine daech russie secteur droit

ukraine daech russie secteur droit

Au printemps 2014, quatorze miliciens tchétchènes pro-russes dépêchés par le président Kadyrov avaient été démasqués par Dimitri Iaroch, chef de Secteur Droit, une milice d’extrême droite qui se bat au côté de l’armée ukrainienne contre les séparatistes pro-russes. Cette information avait fait les gorges chaudes de la presse française, trop heureuse de révéler l’envoi de renforts russes aux séparatistes du Donbass. Depuis, Dimitri Iaroch, ancien mercenaire de la guerre en Tchétchénie contre l’armée russe, a vu sa tête mise à prix par le tyran de Grozny.

La rivalité est ancienne. Dans les années 90, des volontaires ukrainiens s’étaient joints aux combattants tchétchènes pour combattre la Russie. Ce groupe d’environ deux cents ukrainiens, appelé Viking, s’était battu sous les ordres de l’émir tchétchène Chamil Bassaïev.

L’année dernière, le magazine Newsweek s’était d’ailleurs étonné des similitudes entre la barbarie de Daech et les exactions des milices ukrainiennes. Aujourd’hui, c’est au tour du International New York Times de révéler que les séparatistes islamistes renforcent, en retour, Secteur droit sur le front de Marioupol. Quasi méconnaissable dans leurs uniformes, Kiev confirme discrètement que le bataillon cheikh Mansour, le nom d’une figure de la résistance tchétchène du XVIIIème siècle, ne combat pas au sein de l’armée ukrainienne car il est directement subordonné aux miliciens de Secteur Droit. Cette précision est importante car l’opinion américaine pourrait ne pas comprendre que le Pentagone forme des miliciens dont certains ont aussi combattu en Syrie face aux kurdes syriens, eux-mêmes appuyés par… le Pentagone.

Les islamistes tchétchènes ne sont pas les seuls à se battre contre les milices pro-russe du Donbass. Le bataillon Djokhar Doudaïev, qui porte le nom de l’ancien « président » séparatiste de Tchétchénie, est renforcé par des volontaires ouzbeks et balkares. La troisième unité, le bataillon Crimée regroupe des miliciens tatars. Fortement aguerris, ces unités sont placées aux avant-postes, où leurs assauts au cri de « Allahou akbar » sèmeraient la panique dans les rangs pro-russes. Le journal américain révèle également que la France détiendrait deux militants tchétchènes qui se prétendent du bataillon Mansour, soupçonnés de vouloir en réalité se battre au profit du groupe Etat islamique. Les échanges entre les mouvances syrienne et tchétchène se seraient faits par l’intermédiaire d’un certain Isa Musaïev, un séparatiste tchéchène, réfugié politique au Danemark, mort sur le front ukrainien en février dernier.

Ces éléments confirmeraient les menaces des responsables de l’Etat islamique envers la Russie. La haine anti-russe des islamistes tchétchènes est un bon moyen pour Daech de faire payer à Moscou son soutien au régime syrien et de le prendre à revers sur son flanc sud-ouest. Alors que les tensions au Donbass se réveillent ces derniers jours, et que l’armement lourd proscrit par le cessez-le-feu de Minsk II est de retour, le soutien occidental à la résistance ukrainienne mériterait sans doute un inventaire. Tout comme l’aide de l’Occident aux rebelles syriens.

*Photo : Mstyslav Chernov/AP/SIPA. AP21710818_000005.

L’insoutenable dette des Grecs

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grece dette bce ue

grece dette bce ue

Il faut reconnaître une chose : en matière de communication sur le mode victimaire, les petits gars de Syriza sont quand même très forts. Voilà maintenant des mois que les Tsipras, les Varoufakis et leurs innombrables relais médiatiquement exposés relaient à l’envi l’idée selon laquelle les « criminels » de la Troïka cherchent à « humilier le peuple grec » en le noyant sous le poids d’une dette forcément illégitime[1. Élément de langage : une dette est dite « légitime » lorsqu’on la contracte et « illégitime » dès lors qu’il faut la rembourser.], mais surtout inremboursable. L’histoire est belle et a ce petit je-ne-sais-quoi d’épique — le peuple qui se lève comme un seul homme pour abattre le tyran qui l’oppresse — qui fait rêver les jeunes aventuriers et pleurer les vieilles dames. L’ennui, c’est que c’est une vaste blague. Démonstration.

Officiellement, en 2014, la charge de la dette — c’est-à-dire les intérêts réclamés par les créanciers d’Athènes — représentaient environ 7.7 milliards d’euros soit 4.3% du PIB grec. C’est beaucoup, bien sûr, mais c’est nettement moins que l’Italie (4.7%) ou le Portugal (5%). Comment est-ce possible ? Eh bien c’est très simple : il se trouve que les conditions auxquelles l’infâme Troïka, et particulièrement les autres États membres de la zone euro, prêtent à la Grèce sont particulièrement généreuses. Pour vous donner une idée, les 52.9 milliards prêtés via la Greek Loan Facility (GLF) en 2010 coûtent aujourd’hui[2. C’est un taux variable égal à l’Euribor 3 mois plus 0.5%.] moins de 0.5% par an à la Grèce et les 130.9 milliards du Fonds Européen de Stabilité Financière (FESF) sont prêtés à prix coutant : le fonds finance Athènes au taux auquel il s’endette lui-même augmenté de moins de 0.01% à 0.1% afin de couvrir ses coûts de fonctionnement.

Et encore, ce sont des chiffres officiels qui ne tiennent pas compte de deux autres gracieusetés réservées par ces terroristes qui veulent humilier le peuple grec. La première est due à la Banque centrale européenne[3. Ou, pour être plus précis, l’Eurosystème c’est-à-dire la BCE et les banques centrales nationales de la zone euro.] qui, pour éviter une contagion du risque grec, a racheté pour 27 milliards d’obligations hellènes : figurez-vous que la Banque centrale reverse à Athènes les intérêts qu’elle reçoit au titre de ce portefeuille ; c’est-à-dire que ces 27 milliards ne coûtent en réalité absolument rien. Deuxième gâterie non prise en compte par les chiffres officiels : le FESF a offert à la Grèce une période grâce de 10 ans ; c’est-à-dire qu’il ne lui réclame pas un centime d’intérêt avant 2022. En cumulant ces deux effets, l’air de rien, la charge réelle de la dette grecque serait actuellement de l’ordre de 1,7% du PIB[4. Selon les calculs de Yannis Stournaras, gouverneur de la Banque de Grèce (2 juin 2015).] — c’est-à-dire qu’elle est comparable à celle de l’Allemagne, inférieure à la nôtre et très nettement inférieure au montant des transferts fiscaux dont bénéficie la Grèce depuis qu’elle a rejoint l’Union européenne.

Oui, vous avez bien lu. Attendez, ce n’est pas fini. Quand on s’endette, il faut payer des intérêts, certes, mais aussi rembourser le principal. Là encore, on peut difficilement dire que la Grèce n’a pas bénéficié d’un régime de faveur. Je rappelle à ceux — et ils sont nombreux — qui l’ont déjà oublié que la dette grecque a déjà fait l’objet de la plus gigantesque restructuration jamais menée. C’était en 2012 : les fameux marchés financiers — apatrides et mondialisés, comme dirait l’autre — on purement et simplement effacé une ardoise de l’ordre de 107 milliards d’euros ce qui, au passage, c’est traduit par une perte moyenne de plus 50% des montants prêtés. Une paille.

Mais ce n’est pas tout : non content de prêter aux Grecs à prix coutant et de leur laisser dix ans avant de réclamer des intérêts, les États-membres de la zone euro ont aussi rééchelonné les remboursements afin d’alléger au maximum les sommes que devra débourser la Grèce chaque année. Précisément, les remboursements dû au titre de la GLF s’échelonnent entre le 15 juin 2020 et le 15 mars 2041 et ceux du FESF commencent le 24 février 2023 et s’étalent jusqu’au 24 avril 2054. Au total, la vie moyenne de la dette grecque est aujourd’hui d’à peu près 16 ans ; juste pour vous donner un point de comparaison, celle de la dette publique française est légèrement inférieure à 7 ans.

En fin de compte, dire que la dette publique grecque pèse 170 ou 180% de son PIB n’a juste plus aucun sens. Mesurée à l’aune des coûts financiers réels à la charge des contribuables grec, la dette d’Athènes est désormais moins lourde que la nôtre même s’il est vrai qu’il leur faudra plus de temps pour l’éponger entièrement. Le coup de génie de Tsipras et de ses petits camarades aura finalement consisté à convaincre ceux qui ne demandaient qu’à l’être que les Grecs sont victimes de la Troïka, des marchés financiers, des Allemands… Bref, de tout le monde sauf de leurs propres choix.

*Photo : http://underclassrising.net/

Fumeurs, vos papiers!

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cigarette voiture touraine

cigarette voiture touraine

Depuis des décennies, nos gouvernants profitent du 1er juillet pour glisser en douce quelques vilenies genre hausse du prix du gaz ou baisse du remboursement du Xanax. En haut lieu, on considère que le Français devient encore un peu plus crétin dès qu’arrivent les congés payés. Exit de Gaulle, adieu Jaurès : le vrai maître à penser de l’élite politique, c’est l’impayable groupe de variétoche Elégance et son tube de 1982 : Vacances, j’oublie tout.

Cette année, on innove : ni hausses ni baisses, ce sera sans doute pour le 1er août. Mais ne croyez pas qu’on vous a oublié pour autant. À preuve la circulaire en vigueur dès le début du mois, qui bannit la cigarette électronique sur les lieux de travail. Elle est bien sûr signée par Marisol Touraine, dont on dit qu’elle déteste tellement la clope qu’aucun membre de son cabinet n’ose fumer au bureau, ce qui fait de son ministère une exception française.

Cette décision, nous dit toute la presse, a été prise dans le cadre du plan antitabac. Il aura donc échappé à la plupart de mes confrères que la spécificité d’une e-cigarette, c’est qu’elle contient environ 0,0 % de tabac. Et qu’elle est notamment utilisée par des gens qui veulent se désaccoutumer du tabac, ou encore par des fumeurs soucieux de protéger du tabagisme passif leurs conjoints, collègues ou passagers BlaBlaCar. Raison pour laquelle le professeur Bertrand Dautzenberg, pionnier du combat antitabac, est un infatigable défenseur de la cigarette électronique : « Un an de vapotage, dit-il, est moins dangereux qu’un seul jour de tabac. » J’aurais tendance à croire que ce pneumologue sait de quoi il parle. Certains semblent penser qu’il est incompétent.

Prohiber un produit antitabac dans le cadre d’un plan antitabac, voilà qui peut paraître étrange ? Eh bien ça, Marisol Touraine l’a expliqué cash sur France Inter : « La priorité pour moi, c’est d’éviter que le geste de fumer soit banalisé, considéré comme un geste de séduction, d’appartenance à un groupe. »

Je pourrais m’amuser de cette prétention pseudo-psychanalytique à vouloir légiférer sur le symbolique, oui, oui, je pourrais le faire, et avec brio, si seulement j’étais Philippe Muray. Je pourrais, plus prosaïquement, remarquer que le geste du vapoteur en action est abominablement pataud, et qu’il évoque plus le nourrisson en pleine tétée que Bogart dans Le Faucon maltais. Mais bon, qui suis-je pour juger des critères de séduction d’un ministre en exercice ?

En revanche je peux vous dire à quoi nous renvoie cette vision du monde : à l’époque de l’huile de foie de morue et des préceptes de grands-mères qui étaient convaincues que plus c’est mauvais, meilleur c’est pour la santé. Marisol s’est contentée d’extrémiser cet adage archaïque mais modernocompatible, car dénué de bon sens. Pour notre ministre, si c’est bon pour le moral, c’est forcément mauvais pour la santé. Voilà pourquoi vous ne vapoterez plus au bureau.

Voilà pourquoi, à partir du 1er juillet, vous aurez droit à une amende salée si un gendarme vous surprend en pleine commission d’un acte sexuel en voiture. La prohibition des gâteries automobiles n’a rien à voir avec le plan antitabac, quoi que puisse suggérer un jeu de mots trop facile. Non, cette interdiction a été décidée au titre des mesures pour la sécurité routière, et l’infraction vous coûtera 75 euros, même si votre auto était à l’arrêt. Streng verboten aussi l’acte inqualifiable qui consiste à se remaquiller lors de l’arrêt à un feu rouge, ou de profiter d’un bouchon sur l’autoroute pour croquer dans son sandwich.

Le 1er juillet, c’est comme le 1er avril, mais en vrai.

Cet article disponible en accès libre est extrait de Causeur n°26.

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Grèce: le moment Merkel?

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Angela Merkel Grèce euro

Angela Merkel Grèce euro

Mardi 7 juillet, Angela Merkel s’est écriée à Bruxelles, face au nouveau ministre des Finances grec, arrivé au sommet européen les mains dans les poches : « Il n’y a pas de base pour la négociation. Je dis que ce n’est pas une question de semaines mais de jours. »

La chancelière n’a nul besoin d’un référendum pour savoir que l’Allemagne fait bloc derrière elle face aux joueurs du gouvernement grec et à leur clientèle électorale. Les Allemands veulent mettre fin au vaudeville dans lequel ils sont obligés de jouer, à leur corps défendant, pour sauver la Grèce et l’euro, depuis plus de cinq ans. Dès lors, le champ des options se réduit pour Angela Merkel.

La première option était celle d’une capitulation non avouée consistant à accepter les propositions d’Athènes. Le gouvernement Tsipras a choisi de protéger les retraites, en surchargeant les classes moyennes et les entreprises[1. Au risque d’accélérer l’exode de ces classes moyennes et des petites entreprises dont plus d’un millier se sont déjà délocalisées en Bulgarie.]. Au grand dam du FMI qui y voit le plus sûr moyen de couler ce qui reste d’économie grecque. Mais la façon dont les Allemands ont réagi à « la victoire de la démocratie » lui interdit cette option. Sigmar Gabriel, ministre SPD de l’Economie, a illustré leur réaction en ces termes : « Les Grecs viennent de rompre les derniers ponts avec l’Europe ».

La deuxième option est celle consistant à imposer à la Grèce une sortie de l’euro, déjà à moitié acquise depuis que les banques grecques n’ont plus accès au financement de la banque centrale de Francfort. Avec un risque financier. Personne ne peut prétendre que le défaut grec, assorti d’un Grexit, n’entraînerait pas une déflagration sur les marchés du crédit. Ce risque financier est d’autant plus tangible que les taux d’intérêt pratiqués sur ces marchés sont extraordinairement bas, comme s’il existait une bulle du crédit[2. Bulle dont les banques centrales ont été les instigatrices par leur politique d’argent gratuit.]. Mais aussi un risque politique sous la forme d’un premier échec avoué de l’euro. Or, qui a dit « Un échec de l’euro serait un échec de l’Europe » sinon Angela Merkel ?

On peut alors spéculer sur une troisième option. La chancelière, consciente que la double expérience de l’euro et de l’Europe tourne à l’aventure, pourrait prendre les devants de nouvelles crises et de nouveaux conflits, en ouvrant la voie à une déconstruction méthodique de l’euro et de l’Europe. Elle incarnerait alors ce qu’a incarné en son temps Mikhaïl Gorbatchev, quand il a mis fin à l’Union soviétique et à l’expérience du socialisme réel. Angela Merkel entrerait dans l’Histoire par la grande porte.

La troisième option ne correspond guère à la personnalité de la chancelière. Chacun reconnaît en elle une politicienne avisée, volontaire et opiniâtre, qui suit deux principes : la défense des intérêts allemands et sa propre sauvegarde. On ne pariera pas pour cette troisième option qui remettrait en marche les peuples et les Etats en Europe. Et c’est bien dommage.

*Photo : Wikipedia.org

Paris: pas de rupture du jeûne pour les journalistes

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Nuit du Ramadan Hôtel de Ville Paris

Nuit du Ramadan Hôtel de Ville Paris

La mairie de Paris communique sur tout ce qu’elle fait, même sur les sujets les plus insignifiants. Il y a quelques semaines, l’inauguration du poulailler de l’Hôtel de Ville avait donné lieu à une avalanche de tweets. Alors lundi matin, on pouvait s’étonner que l’organisation de la 14e nuit du Ramadan n’ait donné lieu à aucune communication officielle. Pas un mot sur le site de la mairie, pas un tweet d’Anne Hidalgo – pourtant très prolifique en général sur le réseau social –, pas un article plus long que celui du Parisien. Pour s’assurer que cette nuit aurait bien lieu, il fallait aller sur les sites de « défense de la laïcité » qui, eux, s’en donnaient à cœur joie. Sans Valeurs Actuelles, le Figaro et le Front National, lanceurs d’alertes d’un nouveau genre, on aurait pu passer à côté de l’événement.

Histoire de me faire une idée plus précise de cette fête de l’islam, que j’imaginais a priori sympathique et dont je souhaitais rendre compte à mes lecteurs, j’ai décidé de m’y rendre. Respectant le protocole habituel, j’ai appelé le service presse de la mairie de Paris qui m’a prié de faire une demande par mail. Quelques heures plus tard, sans réponse à ce courrier, j’ai décroché à nouveau mon téléphone. On m’a alors confirmé que ma demande était acceptée et que les organisateurs en étaient informés. Bien que le site de la mairie de Paris ne propose pas d’accréditation (alors qu’elle en propose aujourd’hui pour l’inauguration du « Cargo », nouveau fleuron des incubateurs, ou encore le lancement de l’appli Soundcity), on m’a fait comprendre que les journalistes étaient les bienvenus, et même autorisés à prendre des photos.

Le soir venu, arrivé devant l’Hôtel de Ville, je me suis donc présenté comme journaliste. L’attachée de presse, une jeune femme sympathique, est venue à ma rencontre et m’a demandé pour qui je travaillais. En entendant le nom Causeur, elle a fait une imperceptible grimace et m’a assuré qu’elle était « navrée » mais qu’aucune accréditation n’était disponible. Tentant d’obtenir des explications, je n’ai eu droit qu’à des réponses évasives avant d’être renvoyé sans méchanceté, mais sans la moindre justification non plus.

Hier matin, j’ai rappelé le service de presse pour avoir plus d’informations. On m’a expliqué que l’attachée détenait le dernier mot. On n’était pas en mesure de m’expliquer ce qu’était devenue ma demande, de me dire s’il y avait eu des accréditations, ni ce que faisait une attachée de presse devant l’Hôtel de Ville si les journalistes avaient interdiction d’y entrer. Le secrétariat n’était visiblement au courant de rien.

Quelques heures plus tard, mon chef a tenté à son tour d’obtenir des informations de la part du service de presse. L’homme qui lui a répondu a alors bafouillé qu’il n’était « qu’un simple secrétaire », qui ne faisait « que répondre au téléphone » et ne pouvait nous renseigner. Il nous a alors proposé de parler à l’attachée de presse mais, après deux minutes de musique d’attente, on nous a informés qu’elle n’était pas disponible. Le secrétaire a pris notre numéro de téléphone et promis de le transmettre à sa patronne qui rappellerait « d’ici ce soir ». Nous n’avons toujours pas eu de réponse.

Première explication à cette opacité : mon mail s’est perdu entre deux ordinateurs, comme ça arrive fréquemment. Deuxième explication (très saugrenue je vous l’accorde) : l’attachée de presse aurait été chargée d’organiser le silence autour de la Nuit du Ramadan.

Dans cette dernière hypothèse, on pourrait mettre au crédit de la mairie de Paris le fait que ce genre d’évènement devient immanquablement le défouloir de toute une frange de l’opinion. Des laïcards de circonstance à laquelle elle préfère prudemment fermer les portes, plutôt que de suivre la règle de la transparence qui est pourtant « au cœur du pacte républicain » selon Mme Anne Hidalgo.

L’ennui c’est que quelque chose dans ce plan a dû foirer. En voulant couper tout accès à un évènement qui devrait être public (quoi de plus convivial et fédérateur qu’une fête ?), on ne fait qu’encourager les fantasmagories de ses pires détracteurs. Et décourager, chez ses rares défenseurs, toute velléité de dédramatiser une soirée qui se résumait à un concert et un petit dîner. Les plus fermés ne sont pas toujours ceux que l’on s’imagine.

Quant à moi, qui espérais me régaler de pâtisseries orientales, je m’en suis retourné ce soir-là à la Chapelle où quelques restaurants vendent des baklavas pour un euro cinquante. A tous, même aux journalistes.

*Photo : Wikimedia Commons

Boutih sur le djihadisme: au Monde, ça décode à plein tube!

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malek boutih djihad bellanger

malek boutih djihad bellanger

Malek Boutih détonne au Parti socialiste et cela ne date pas d’hier. Jadis auteur d’un libelle au titre provocateur – Fier d’être français – qui disputait le monopole du patriotisme au Front national, l’ancien président de SOS Racisme n’en finit pas d’exaspérer ses petits camarades.

« Jean-Marie Boutih », tel que le surnomment les sites islamistes depuis des années, est aujourd’hui à la pointe de la guerre culturelle contre les prédicateurs salafistes, les maires de banlieue corrompus et tous les complices de ce qu’il appelle les « islamo-nazis ». Au lendemain des attentats de janvier, le député de l’Essonne avait poussé quelques sérieuses gueulantes dans les travées de l’Assemblée, se mettant dans la roue du Docteur Valls – le tribun qui fustige l’antisémitisme et la barbarie islamiste – sans adhérer aux imprécations victimaires de Mister Manuel – le travailleur social qui pourfend « l’apartheid territorial, social et ethnique » (sic) français.

Pour faire bonne mesure, le Premier ministre lui avait alors confié un rapport sur la radicalisation de la jeunesse censé faire la lumière sur les chemins qui mènent de la sécession culturelle au djihad sur les bords de l’Euphrate. La semaine dernière, son entreprise achevée, Boutih publiait sa précieuse étude et sonnait le tocsin : la génération Y n’est pas tout à fait perdue pour la France, mais il s’en faut de peu. Comble du mauvais goût, le roi Malek ose même blasphémer la déesse « padam, padam, padamalgam», dont Jean-Christophe Cambadélis fleurit l’autel chaque jour, en ne niant pas que la décapitation en territoire syro-irakien découle d’une certaine conception de l’islam. Comme Houellebecq, ainsi que s’en réjouit mon collègue Pascal Bories, Boutih décrit la pousse irréversible du chardon djihadiste sur le désert moral français, une façon d’expliquer que l’incantation républicaine ne résoudra rien, sinon les états d’âme de Solférino. Shocking !

Faute de pouvoir démentir le fond de son constat, les amis du «vivre-ensemble» contestent ses méthodes et le choix de certains interlocuteurs parmi les dizaines de personnalités qu’il a auditionnées. Les habituels fact-tchékistes du Monde ont ainsi commis un petit article où les accusations fusent. Premier grief : le conflit d’intérêt, Boutih ayant convoqué « une personne qu’il connaît bien : Pierre Bellanger, le directeur de Skyrock et auteur de plusieurs livres sur les évolutions du numérique. Longuement cité dans une sous-partie du rapport qui décrit le Web comme un nouveau « Far West », M. Bellanger est présenté dans le rapport comme un « spécialiste incontesté des enjeux du réseau, qui a théorisé le concept de souveraineté numérique » en omettant de « préciser que Pierre Bellanger est aussi… son patron » puisque « Malek Boutih est directeur des relations institutionnelles pour Skyrock. » Le salopiaud ! Débroussailler la jungle virtuelle qu’est le net, soit, mais en plus de citer ses sources, faut pas oublier de publier ses appointements, voire de raconter par le menu avec qui et dans quelles positions on plonge dans le stupre et la fornication. À croire que la jurisprudence Quatremer a essaimé loin de son bunker bruxellois… Passons sur quelques approximations virtuelles inaccessibles au sous-doué numérique qui écrit ces lignes. Nos décodeurs à plein tube reprochent à Boutih d’avoir cité un réseau social affilié à Skyrock… au beau milieu d’un rapport qui dénonce le rôle néfaste des Facebook et autres Instagram dans la propagation du djihadisme viral. Bon sang mais c’est bien sûr : pensant que ce dossier de 70 pages allait connaître la destinée du Petit Livre rouge, le député socialiste l’a agrémenté de pubs subliminales pour complaire à son patron radiophonique !

Mais les chefs d’accusation ne s’arrêtent pas là. Péché véniel, Boutih a auditionné le fanfaron Jean-Paul Ney, qui est à la géopolitique sérieuse ce que Stéphane Guillon est à l’humour, à la demande de l’intéressé, sans d’ailleurs que cela ne rejaillisse sur le sérieux de son rapport. Ouf ! Il y a plus grave : « Autre hic, le rapport commence par une citation du Petit prince qui n’en est en fait pas une. L’origine des lignes citées en préambule par M. Boutih, attribuées à tort à Antoine de Saint-Exupéry, est inconnue. » Ça, c’est du harcèlement textuel!

Venons-en au péché mortel qui devrait valoir l’excommunication, sinon le bûcher, à son auteur : « le rapport de Malek Boutih a attiré la ferveur des élus de droite ». Et les journalistes du Monde d’égrainer les noms des conjurés : « Bruno Le Maire, Christine Boutin ou encore Frédéric Lefebvre » auraient exprimé leur intérêt pour le travail de l’ancien cadre antiraciste. Me sentant pousser une vocation de procureur antifa, j’ajoute une circonstance aggravante : Marion Le Pen a récemment cité le rapport Boutih au cours de sa campagne régionale. Vite, du goudron et des plumes!

*Photo : ALAIN ROBERT/APERCU/SIPA. 00644029_000029.

Alain Finkielkraut réagit à la mobilisation en faveur des Guignols

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alain finkielkraut academie

alain finkielkraut academie

« Certes, autrefois, les rois avaient leur fou mais le fou restait en dehors de la cathédrale. Maintenant, le fou est dans la cathédrale et il revient aux hommes politiques même de le demander aujourd’hui » : c’est par ces mots qu’Alain Finkielkraut réagit à la sanctification des Guignols de l’Info, émission brièvement menacée par Vincent Bolloré et finalement… sauvée par le même fait du Prince.

Humiliés, salis et injuriés quotidiennement, les hommes politiques ne se sont pas moins mobilisés massivement en faveur des Guignols, ce qui fait dire à l’académicien qu’ils « prennent acte de ce que Baudrillard appelait la précession des simulacres : la marionnette précède aujourd’hui la personne ». Chaque soir, avant même le début du vrai journal de 20 heures, commence l’émission satirique de Canal + qui instaure le ricanement et la dérision comme maîtres de l’époque. Effrayant!

Causeur face à la terreur féministe!

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feminisme fourest lahaie tesson vienet

feminisme fourest lahaie tesson vienet

On y pensait depuis un bon bout de temps. C’est fait, et c’est parfait pour l’été. Causeur consacre enfin un dossier complet au néo-féminisme débridé qui, de manifestes vengeurs en pénalisation des dragueurs, semble avoir pour projet d’abolir toute différence et de punir les hommes coupables de pulsions sexuelles. Une perspective qui m’ennuie un peu, parce que comme le seul rockeur français digne de ce nom, Patrick Coutin, j’aime regarder les filles qui marchent sur la plage. Et notamment leur poitrine gonflée par le désir de vivre. Vous avez remarqué ? Quand elles se déshabillent, elles font semblant d’être sages…

Désormais, comme l’écrit en introduction du dossier notre chef aux ongles vernis, Elisabeth Lévy : « des journalistes politiques de sexe faible (je blague !) hurlent au sexisme parce que des hommes politiques les invitent à dîner ou louchent sur leur décolleté, autrement dit parce qu’on les désire – quel calvaire ! » Dans l’esprit de ces nouvelles portées de chiennes de garde, « il y a des choses avec lesquelles on ne rigole pas », car « aucun homme n’est innocent ». Pour la patronne au contraire, « le féminisme a accompli sa mission historique » mais « il est si doux de mener un combat déjà gagné » que les rentières de la cause des femmes ne lâchent rien : « Il faut maintenant faire régner la parité en tous lieux – sauf dans les couples évidemment. »

Dans l’interview qu’elle nous a accordée, l’animatrice vedette de RMC, Brigitte Lahaie, accuse quant à elle ces néo-féministes de tenir « exactement le même discours que les machos du début du XXe siècle ». En considérant que la femme ne saurait être autre chose qu’une victime, puisqu’on nous dit que « 100% des femmes ont été harcelées », elles lui contesteraient tout libre arbitre. Pour cette ancienne actrice X qui échange depuis des années avec ses milliers d’auditeurs sur les questions d’amour et de sexualité, « les féministes ne font que mettre de l’huile sur le feu dans les rapports hommes-femmes, qui n’ont pas besoin de ça ». Et la presse féminine est le bras armé de la terreur qu’elles font régner… Un constat confirmé par le journaliste Olivier Malnuit, qui témoigne de son expérience traumatisante dans la rédaction du magazine pas si fictif Ragazza. Quadra hétérosexuel cerné de femmes-bulldozer, il raconte comment il a survécu à la dictature matriarcale qui règne au sein d’un média pour filles à gros tirage, où faire la bise à une collaboratrice est sexiste, à moins d’être gay.

A l’inverse, un entretien instructif avec la militante historique Caroline Fourest m’a permis d’apprendre qu’elle se définissait désormais comme « moins libertaire ». Pour elle, les mesures coercitives qui se multiplient depuis plusieurs mois sont nécessaires, y compris celle qui vise à abolir la prostitution contre la volonté des premières intéressées. Motif : « C’est le rôle de la loi de protéger les gens contre les processus de domination, même s’ils y sont entrés de façon volontaire ». Fichtre ! Il faudra que j’en parle aux filles qui m’envoient des sextos, tiens.

Aucune femme n’a été maltraitée durant la réalisation de ce numéro. Ni aucun arbre arraché à la clôture de notre dossier sur la forêt, dont le parrain, Sylvain Tesson invoque Tolstoï pour décrire son amour de la taïga russe. « La forêt offre silence, paix et refuge. Elle peut être un lieu de repli et de « mort au monde », mais aussi celui d’expériences vitalistes comme celle de saint François d’Assise, qui avait avec la nature et les animaux une relation charnelle, organique, païenne ! », confie l’écrivain-voyageur résolument œcuménique.

C’est sur l’autre rive du fleuve Amour que nous emmène René Viénet. Cet ancien situ, antitotalitaire intégral, a réalisé les premiers films détournés anti-Mao et édité les essais de Simon Leys contre les crimes de la Révolution culturelle. Dans un entretien-fleuve, il part fleur au fusil contre les admirateurs de Robespierre, Lénine, Staline ou Pol Pot, revenant  au passage sur son expérience aux côtés de Guy Debord,  qu’il dépeint comme un grand « misogyne » (à la différence des journalistes de Causeur, on ne le répètera jamais assez…). Autre croisé d’une bonne cause, le Père Ponchaud nous rappelle l’aveuglement des élites parisiennes face au génocide khmer au Cambodge, durant ces années 1970 décidément riches en illusions lyriques…

Retour au pays natal. Notre guide suprême Elisabeth Lévy joue les filles de l’air à Béziers, histoire de démêler le vrai du faux dans tout ce qui se raconte sur la gestion municipale de Robert Ménard : comme le suggèrent les médias parisiens, est-il le Ceaușescu du Midi, ou le Mengele biterrois ? Et s’il s’agissait tout bonnement d’un maire pragmatique qui tâche de saisir la crise économique, sociale et identitaire à bras le corps ? Vous rayerez la mention inutile après avoir lu le carnet de voyage de dame Elisabeth, jamais avare d’une bonne barre de rire.

Et pour compléter la distribution – point de casting en ces lieux francophones – Alain Finkielkraut, Basile de Koch, Jérôme Leroy et Roland Jaccard vous comblent de leurs bienfaits. Faut dire qu’on sait recevoir, même par 40 degrés à l’ombre du transat…

feminisme fourest lahaie

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Les beaux gosses

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microbe gasoil michel gondry

microbe gasoil michel gondry

Michel Gondry aime décidément brouiller les pistes et enchaîner des projets extrêmement différents, que ce soit en terme de genre ou d’économie. Après ses débuts placés sous la houlette du scénariste Charlie Kaufman (Human nature, Eternal sunshine of the spotless mind), il ne va cesser de naviguer entre la France et les États-Unis, de passer d’une superproduction (The green hornet) à un petit film indépendant (The we and the I), d’un documentaire sur sa tante institutrice (Une épine dans le cœur) à une adaptation luxueuse de Boris Vian (L’écume des jours).

Et pourtant, derrière le côté apparemment très disparate de sa filmographie (quel peut être le point commun entre un documentaire sur Chomsky et l’amusant bricolage de Soyez sympas, rembobinez?) se dessinent pourtant des motifs similaires, des obsessions discrètes et des thèmes fétiches. Dans ce jeu de yo-yo, Microbe et Gasoil appartient à la catégorie des « petits » films récréatifs du cinéaste. Aucune vedette à l’affiche si ce n’est Audrey Tautou qui apparaît ici en  guest-star  méconnaissable (elle incarne la mère assez déjantée de Daniel, alias Microbe) et un récit centré autour de deux gamins qui décident de construire une voiture et de partir sur les routes de France.

Le film se divise en deux parties. La première est une évocation drolatique du quotidien de deux adolescents rêveurs et un peu marginalisés par rapport au troupeau des collégiens. La deuxième est une espèce de « road-movie » où Gondry laisse davantage parler sa fantaisie et son goût pour la rêverie, le bricolage insolite. Microbe et Gasoil débute un peu à la manière des Beaux gosses de Riad Sattouf en s’intéressant à deux pré-ados et à leur quotidien. Tout ce qu’on peut attendre d’un film de collège sera dans le film : les premiers émois sexuels, la complicité amicale entre les deux garçons, les conflits familiaux, le goût pour le dessin et la musique, les premiers sentiments amoureux non partagés… Si la comparaison avec le film de Sattouf paraît évidente, c’est aussi parce que les deux cinéastes parviennent à filmer une jeunesse « actuelle » tout en introduisant ce léger décalage qui leur permet de parler également de la leur. Ainsi, chez Gondry, Théo (Gasoil) estime que le verlan et le « high five » sont complètement ringards et l’on préfère la bonne vieille carte routière au GPS des Iphone (dont le dernier modèle finira dans une fosse septique de fortune).

Cette première partie est très plaisante : rythmée, enlevée, elle permet également au cinéaste d’évoquer des thèmes qui lui sont chers : la place de l’individu au cœur de la communauté (Daniel regrette d’être trop « influençable » et est constamment tiraillé entre le désir d’appartenir au groupe tout en s’en détachant), le désir de créer pour élargir un horizon limité et les contingences de la vie (à la fin de L’écume des jours, c’est tout le décor qui semblait se rétrécir, noircir et emprisonner les personnages ; comme si la maladie était venue à bout de l’élan vital créatif) et le roman autobiographique. Gondry le confesse lui-même : il y a beaucoup de lui dans le jeune Daniel, cet ado rêveur et passionné de dessin qui décide avec son copain de construire une voiture de fortune pour aller en Auvergne.

La construction de cette voiture et le voyage entamé par les deux gamins donnent l’occasion à Gondry de renouer avec ses bricolages ludiques à base de matériaux « anciens ». La voiture de Microbe et Gasoil est un peu l’équivalent des films « suédés » de Soyez sympas, rembobinez : un procédé ingénieux pour un projet utopique. Sans pour autant renoncer aux gags de la première partie (je recommande particulièrement les astuces que trouvent les deux compères pour éviter la maréchaussée ou un séjour croquignolet chez un dentiste), Gondry verse davantage dans la fantaisie, allant même jusqu’à laisser penser que tout ce qui a été vécu par les deux personnages pourrait n’être que le pur fruit de leur imagination (un peu comme dans La science des rêves).

C’est également là que se situe la limite du film. Comme toujours chez Gondry, on peine parfois à dépasser le stade de l’astuce rigolote, de la saynète décalée, de la vignette « créative ». S’il a souvent des idées assez géniales et de l’imagination à revendre, il ne parvient jamais à tenir vraiment la distance et on a toujours (du moins, c’est mon cas) le sentiment d’un certain essoufflement, d’un univers un peu étriqué au bout du compte.

Dans Microbe et Gasoil, ça fonctionne parfois à merveille (la séquence très drôle où Daniel et Théo sont confrontés à de belliqueux gangsters coréens) et ça tombe parfois un peu à l’eau (le retour en avion, par exemple).

Cet éloge de la liberté n’a pas, pour prendre un exemple récent, la puissance et le souffle de Comme un avion et on a parfois le sentiment que le récit peine à donner de l’ampleur à une idée de départ excellente (une sorte d’Histoire vraie à la française, sauf qu’une maison roulante remplace la tondeuse à gazon du film de Lynch) et se contente de son aspect « gadget ».

Ces réserves posées, le film est très recommandable et fort plaisant. Il révèle également deux jeunes comédiens qui crèvent littéralement l’écran et qui incarnent à merveille cette jeunesse fantasmée et réinventée chère à Michel Gondry…

En salle le 8 juillet.

Grèce: Droit dans le mur de la dette

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grece dette euro

grece dette euro

Après avoir reçu, de 2001 à 2013, pas moins de 57 milliards d’euros d’aides européennes nettes[1. Ce chiffre est déduit de la contribution grecque au budget de l’Union Européenne et ne tient pas compte des dépenses administratives.] et après avoir obtenu, en 2012, l’annulation pure et simple de 107 milliards d’euro de sa dette publique — la plus importante restructuration de dette jamais observée — l’État grec doit encore 312 milliards d’euros (174% de son produit intérieur brut en 2014) à ses créanciers. Sur ce total, 235 milliards (trois quarts de la dette publique grecque) ont été prêtés par la fameuse Troïka[2. Le Fonds Monétaire International, la Banque Centrale Européen et les États-membres de l’Union (directement ou via le Mécanisme de Stabilité Européen dont, je vous le rappelle, nous sommes tous garants).] qui, en contrepartie de taux d’intérêt et d’échéanciers de remboursement particulièrement accommodants, exige d’Athènes une remise en ordre à marche forcée de ses finances publiques et de son économie.

Quoi qu’on puisse en penser, c’était le deal : pour dire les choses simplement, la Troïka s’engageait à aider le gouvernement grec à éponger ses dettes à condition que ce dernier cesse d’en créer de nouvelles. Syriza puis, par voie référendaire, une très large majorité de Grecs ont très clairement rejeté ces conditions ; « ΟΧΙ, nous ont-ils dit en substance, nous voulons bien que vous continuiez à nous faire crédit mais nous refusons de vous donner les garanties que vous réclamez ».

Fort bien. Grâce à l’initiative de M. Tsipras, les choses sont maintenant tout à fait claires : le peuple grec entend poursuivre sur la voie qui a été la sienne depuis son adhésion à l’Union européenne et même, à vrai dire, depuis la création de l’Etat grec[3. Sur environ 190 années d’existence, l’État grec a été techniquement en défaut de paiement pendant 90 ans ; les curieux peuvent lire ce qu’en disait Edmond About en 1854.] — clientélisme, corruption, captation de subsides publics, évasion fiscale généralisée, administration aussi inefficace que surdéveloppée ; le tout financé par toujours plus de dettes. Très clairement, c’est leur droit le plus strict mais c’est aussi notre droit de refuser d’être les dindons de la farce.

Car ce qui se joue actuellement en Grèce n’est pas une tragédie mais une farce. Ce que tout le monde semble oublier, ces jours-ci, c’est que la stratégie de la politique de croissance à grands coups de déficits budgétaires que l’on nous vend comme une alternative à l’austérité prônée par la Troïka, c’est précisément ce que fait la Grèce depuis des décennies. Qu’on en juge : de son entrée dans la zone euro, le 1er janvier 2001, à la fin de l’année 2009, la dette publique grecque s’est accrue de 8,9% par an — soit 3,2% de plus que le PIB. Le résultat ? Eh bien, vous l’avez sous les yeux.

Très concrètement, Athènes ne remboursera pas. La question n’est pas de savoir si les Grecs le peuvent : de toute façon, ils ne veulent pas. Effacez leur ardoise et la première chose qu’ils feront, c’est créer de nouvelles dettes. Offrez-leur un troisième plan d’aide et vous pouvez être certains qu’il en faudra un quatrième dans deux ans. Timeo Danaos et dona ferentes[4. « Je crains les Grecs, même ceux qui apportent des cadeaux » — Virgile, L’Énéide.] et vous feriez bien d’en faire autant parce que les Danaïdes qui devront remplir le tonneau sans fond, ce sont les contribuables européens — les Allemands et les Français, certes, mais aussi les Bulgares, les Lettons, les Slovaques etc.

Ne vous méprenez pas : il n’est pas question ici de laisser entendre que les Grecs sont, par nature, des mauvais payeurs. La triste réalité est qu’au même titre que les pays producteurs de pétrole, les pays qui vivent sous perfusion d’aide internationale deviennent invariablement les proies des démagogues et ne se développent pas. Aussi paradoxal que ça puisse sembler, les mannes extraites du sous-sol (au Venezuela) ou tombées du ciel étoilé de l’UE (en Grèce) ont une fâcheuse tendance à se transformer en malédictions.

Alors quoi ? Eh bien, laissons la Grèce régler elle-même son problème. Qu’ils fassent défaut ou qu’ils décident de revenir à la drachme pour nous rembourser en monnaie de singe, les Grecs proposeront une solution de toute manière moins coûteuse que la stratégie adoptée par la Troïka depuis cinq ans. Mais surtout, il est sain qu’un peuple puisse décider lui-même de son sort et en assumer seul toutes les conséquences – aussi douloureuses soient-elles.

*Image : wikicommons.