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Sans passeurs, pas de migrants?

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Les Guignols, institution morte et ressuscitée par la grâce des politiques, ont dernièrement pris position sur les problèmes des « migrants » venus d’Afrique. Dans le sketch « La croisière abuse », peu en phase avec leur discours habituel, les Guignols nous montrent ces nouveaux immigrés venus d’Erythrée ou de Syrie sur un bateau de « passeurs » qui les traitent comme du bétail. En clair, ce ne sont pas les guerres civiles, les dictatures et la misère qui forcent au départ et causent la mort de milliers de personnes par an. Les responsables, les seuls, ce sont ces infâmes trafiquants d’humains (anonymes, et dont on ne sait rien, c’est plus pratique).

Mais comment être surpris que les très dociles Guignols tiennent ce discours réducteur ? Leur raisonnement est en effet parfaitement conforme à la ligne officielle des institutions internationales et du gouvernement français face à la crise migratoire que traverse l’Europe depuis quelques mois. Un rapport de l’Onu l’affirme notamment : « Le trafic de migrants touche presque tous les pays du monde. Il sape l’intégrité des Etats et des communautés, et coûte la vie à plusieurs milliers d’individus tous les ans. » Les coupables de cette catastrophe humanitaire seraient donc les dirigeants de filières organisant la traversée du sud de la Méditerranée vers l’Europe dans des conditions inhumaines.

Bernard Cazeneuve, lui aussi, a beaucoup insisté sur la nécessité de mettre fin aux « filières d’immigration illégale ». Le 8 avril, lors d’un séminaire de la Police aux Frontières, le ministre de l’Intérieur a affirmé qu’il fallait « continuer à lutter de façon absolue contre ces filières », pour mieux insister sur la hausse continue du nombre de réseaux démantelés (+14% entre 2012 et 2013, et +11% entre 2013 et 2014). Autrement dit, notre politique migratoire doit se concentrer sur le maillon faible de la chaîne de l’immigration illégale, le plus facile à casser à court terme. Des rapports parlementaires sur le sujet ont donc été rédigés pour produire les éléments de langage ad hoc.

Dans un rapport du Sénat, on peut notamment lire ceci : « La région de Calais souffre d’une insuffisance d’ambition de la politique pénale concernant la détection et la poursuite des réseaux et  filières. Ces dernières exercent une influence considérable sur la vie quotidienne des migrants et tentent souvent avec succès de priver les personnes les plus vulnérables, notamment les mineurs isolés, des protections qui leur sont destinées ». Et pour noircir encore le tableau, un rapport de l’Assemblée Nationale nous explique les liens forts qu’entretiennent trafic d’êtres humains et réseaux criminels : « Les trafiquants utilisent les  ressources que leur procure l’exploitation du « filon » des clandestins pour financer et étendre leurs autres activités telles que le trafic d’armes et de stupéfiants, et le blanchiment de l’argent ».

Or, le Secours Catholique éclaire, dans une enquête de terrain, la question des filières d’immigration illégale, en faisant entendre un autre son de cloche. On y note que si certains de ces trafiquants sont effectivement d’une extrême violence, le phénomène de la criminalité organisée reste à relativiser en France où se déroule l’action du ministère de l’Intérieur : « La manière dont les exilés évoquent les choix successifs de leur destination fait ainsi s’évanouir une idée reçue : le rôle prétendument majeur des « filières criminelles » qui exploitent les migrants et les conduisent au Royaume-Uni : De fait, au cours des 54 entretiens réalisés [par l’association caritative, Ndlr], aucun des exilés n’a parlé de filières et de passeurs en Europe. ». Quand M. Cazeneuve nous parle de 226 filières démantelées en 2014, il englobe donc les réseaux abusant violemment des migrants et les organismes fournissant à des personnes en détresse des moyens illégaux de rester en Europe. Le rapport du Sénat précise d’ailleurs que « certaines officines se contentent de fournir de faux documents ».

Certes, ces procédures demeurent illégales mais il faut noter, comme le rapporte le Secours Catholique, que la plupart de ces immigrés illégaux sont potentiellement éligibles au statut de réfugiés politiques car menacés de mort dans leurs pays d’origine. En faisant du passeur la racine du mal et du migrant une victime dépourvue de libre-arbitre, on légitime une politique répressive en la faisant passer pour une politique protectrice de la dignité humaine. S’il est évident que laisser prospérer les trafiquants nous rendrait complices de leurs exactions, les neutraliser ne réglera que notre problème et certainement pas ceux – autrement plus sérieux – des candidats à l’émigration à tout prix. Pour ces derniers, le recours à des passeurs n’est pas une alternative, mais le seul choix possible.

*Photo: Sipa. N° de reportage : 00720096_000001.

Nina sans questions

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nina simone netflix

«What happened Miss Simone?», documentaire réalisé par Liz Garbus et produit par Netflix est sorti le 26 juin sur la plateforme de vidéos à la demande. Ce film arrive aussi comme un contrepoint au biopic controversé Nina de Cynthia Mort que sa fille Lisa Simone Kelly avait rejeté en raison de son scénario improbable (la supposée liaison de Nina Simone avec son manager Clifton Henderson) et le choix de l’actrice portoricaine Zoe Saldana, dont le teint fut assombri et le visage affublé d’une prothèse nasale. Le film avait même fait l’objet d’un boycott sur Internet en protestation contre l’atteinte portée à la communauté afro-américaine. On ne touche pas si facilement à l’image de la « sainte patronne de la rébellion » selon une expression de son guitariste de toujours, Al Schackman.

Le film s’ouvre sur un live à Montreux en 1976 rendant hommage à la présence scénique de Nina Simone. C’était une interprète et musicienne exceptionnelle qui avait aussi la capacité de fournir autre chose que ce que l’on appellerait banalement un message politique, mais bien plutôt une adresse personnelle à l’auditoire.

L’exercice périlleux du documentaire consiste à relater une vie sans bafouer les thématiques principales, tout en essayant de ne pas faire un enfant monstrueux dans le dos du personnage que l’on essaie de dépeindre. Mais surtout, et c’est ce qui constitue peut-être l’ultime geste artistique, à faire émerger une poétique rendant justice à la vie qui se cache derrière le portrait. Ebaucher le portrait de Nina Simone en une heure et demie, c’était faire le pari de dompter dans quelques traits biographiques l’histoire d’une insoumission.

« What happened Miss Simone ? » a une structure des plus basiques, narrant le fil d’une vie et ses phases successives : la petite Eunice Waymon de Caroline du Nord qui dans la ville de Tryon rêvait d’être une pianiste classique ; la protégée de « Miss Mazzy » qui lui apprendra le piano et placera tous ses espoirs en elle ; l’école de musique Julliard School où elle perfectionnera sa pratique de la musique, et l’échec du Curtis Institute à cause de sa couleur de peau (aucun doute n’est émis sur cette thèse dans le documentaire, au contraire de Madame Nina Simone, La  légende, en 1992). Et puis, la voix vient accompagner le piano, non pas par passion, mais pas nécessité matérielle, pour pouvoir continuer à se produire et ainsi survivre dans les pianos bars du New Jersey. Cette voix si particulière qui sera un aperçu de son âme. Son premier mari, Andrew Stroud, flic de profession et manager en puissance, introduira dans le couple violence physique et hyper-productivité. Mais il y a un contexte inoubliable pour celle qui questionne droit dans les yeux le rôle des artistes : « Comment être une artiste sans refléter son époque ? » L’affaire du meurtre des enfants dans une église de Birmingham, en 1963, provoque la prise de conscience politique de Simone, notamment avec la chanson Mississipi Goddam. Désormais, la scène de concert devient une scène politique, avec l’ambition de toucher les gens mais aussi de redonner une dignité au peuple afro-américain qui, faute d’avoir hérité d’une histoire officielle, peut se rallier à l’identité du « black power »,  ce qu’atteste Ain’t Got No… I’ve Got Life. Il y a son départ pour la Libye, son retour à Montreux avec la magnifique composition Stars de Janis Ian au sujet de l’industrie musicale. Il y a la disgrâce de Paris et le désenchantement politique où elle assume ces mots : « Il n’y a pas de droits civiques, ça ne sert plus à rien de chanter des chansons. Il n’y a plus de mouvement, tout le monde a disparu. 

Mais la déchirure d’une vie marquée par l’engagement et l’utopie du changement propre aux années 70 ne s’arrête pas à une série de distinctions qui se déroulent comme le rideau final du documentaire. Et ce n’est peut-être pas admissible pour son pays d’origine, auquel elle a consacré son art, d’admettre que Nina Simone mourut dans le sud de la France à Carry-le-Rouet dans les bouches du Rhône, loin de sa patrie, des « United Snakes of America » comme elle le disait. Sont passés sous silence les dilemmes juridiques et financiers, et les royalties qui lui ont été confisqués depuis ses débuts (le million de dollars du succès de My baby just cares for me qu’elle ne touchera pas, ayant vendu ses droits pour 3000 dollars). Enfin, la bipolarité et la déchéance physique des dernières années ainsi que le discours bienséant sur la prise d’antidépresseurs participent à l’élaboration d’un portrait douloureux. On est amer à la fin du visionnage, car la puissance des archives et la vérité qui en émane rendent les commentaires et le montage, propres à l’exercice du documentaire, superficiels.

Ces libertés prises quant à la construction d’un portrait « psychologique » nous présentent le récit d’une triste destinée dans laquelle il faut pourtant puiser une actualité dont les événements de Charleston sont les insupportables échos. Le film n’a pas caché les démons qui ont décidé du destin de Nina Simone, sans pour autant essayer de comprendre ses réels et extérieurs détracteurs. Quant à l’élément poétique, il n’est pas présent dans la réalisation du documentaire, peut-être parce que la morale a tranché à sa place en oubliant quelque chose de ce que disait Rilke concernant le processus créatif : « Ne m’enlevez pas mes démons, vous emporteriez aussi mes anges. »

*Photo: Netflix.

Un Déon pour l’été

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On réédite un Michel Déon pour l’été. C’est toujours une bonne idée de rééditer un Déon, surtout avec un joli bandeau de Loustal. Déon nous rappelle l’époque, pas si lointaine, où le succès public n’était pas forcément contradictoire avec la qualité littéraire. Et comme tout allait ensemble, cela donnait de très bons films quand on adaptait au cinéma un  roman de Déon: Un taxi mauve de Boisset avec Noiret, Rampling, Fred Astaire et l’Irlande dans le rôle principal, vous vous souvenez? En plus, il y avait quelque chose de plaisant à voir un cinéaste de gauche adapter un écrivain de droite. Si vous voulez trouver l’équivalent aujourd’hui, vous pouvez toujours chercher. Le goût vécu comme manière de dépasser les clivages politiques, c’est une idée qui a dû mourir à l’orée des années 80, la décennie où tout le monde est devenu très moral tout en choisissant le  pognon et la réussite comme valeurs cardinales.

Les gens de la nuit, à l’origine, est un roman de 1958. Longtemps, sa première phrase nous a hantés, nous qui sommes insomniaques comme pas deux: «Cette année-là, je cessai de dormir. » C’est ce qui donne ce caractère d’hallucination précise au livre qui se déroule pour l’essentiel entre le coucher du soleil et l’aube ; dans le périmètre de Saint-Germain-des-Prés, celui que continuent à rechercher les touristes des années 2010 alors qu’il est devenu un continent disparu aussi improbable que l’Atlantide.

Le narrateur des Gens de la Nuit a trente ans. c’est un fils de bonne famille: la preuve, son père va être élu à l’Académie Française. Cela fait un peu ricaner le fils. Michel Déon, dans la préface qu’il donne pour l’occasion, se moque gentiment de son propre revirement sous l’habit vert.

Le fils sort de trois ans de Légion et pour s’occuper fait un métier tout neuf. Avec deux amis, il a monté ce qu’on pourrait appeler aujourd’hui une agence de com’. Dans les années 50, on disait relations publiques. Son activité consiste surtout à promener des clients étrangers dans le « gay paris ». C’est ennuyeux mais ça le distrait d’un chagrin d’amour, un vrai chagrin d’amour, celui qui vous dévaste et vous transforme en fantôme de vous-même.

Comme chez tous les gens pudiques, le narrateur en souffre d’autant plus qu’il en parle peu et seulement à lui-même. On retrouve là, si vous voulez, cette esthétique éminemment française de la retenue qui commence avec Madame de Lafayette et s’arrête avec les Hussards dont Michel Déon fut un éminent représentant. Depuis, on hurle, on pleure, on éructe, on se lamente, dans le roman comme ailleurs, ce qui est encore plus fatigant, à la longue, que de passer ses nuits de bar en bar et de manger des pieds de porcs à l’aube du côté des Halles.

Pour s’occuper le narrateur fait des rencontres dans les caves de jazz et les bistrots ouverts très tard. Il a une liaison avec Gisèle qui est comme lui un oiseau de nuit, mais du genre bohème. Elle vit à l’hôtel avec Maggy, elle porte des pantalons fuseaux, elle aime faire l’amour et à l’occasion, quand elle n’a pas de papier pour prendre une adresse, elle remonte son chandail pour qu’on écrive sur sa peau nue.

On n’est pas très loin de l’Occupation, non plus. Le narrateur devient l’ami d’un peintre très doué qui ne veut plus peindre et qui est un ancien de la Légion Charlemagne puis il sauve de la bastonnade une étudiante communiste, Noire de surcroît. Il se débarrasse avec l’aide du peintre du buste de son aïeul qu’il trouve aussi pompeux que son père dans le bois de Boulogne et il découvre que le peintre  et l’étudiante sont amants.

Bref, il fait un peu n’importe quoi, ses amis aussi, mais ce n’importe quoi enchante. Extrait d’un dialogue avec l’étudiante communiste:

«  -C’est merveilleux, dit-elle, je ne pensais pas que nous étions si bien organisés. Il y a longtemps que tu surveilles le coin?

-J’y arrivais à la minute. Et pourquoi me tutoyez vous?

 – Tu n’es pas un camarade?

Elle s’était rejetée contre la portière, le regard soudain dur.

-Non.

-Alors pourquoi m’avoir tirée de là?

-Pour rien. Pour le plaisir. Pour l’honneur. »

La dernière réplique pourrait faire une belle devise, comme celle du Prince de Ligne

qui avait répondu, quand on lui demandait les raisons de son exil au moment de  l’Empire: « L’honneur. L’humeur. L’horreur. »

Ce qui est amusant, en plus, avec le recul, c’est que l’on s’aperçoit que dans ces années-là, et dans les mêmes parages bistrotiers,  les personnages des Gens de la Nuit auraient pu croiser la bande de Debord et des premiers situs qui dérivaient sur le mode « psychogéographique » afin de réenchanter la ville. Ainsi, cette scène où le peintre fait découvrir au narrateur à l’aube le ballet purement gratuit des arroseuses municipales devant l’Hôtel de Ville avant qu’elles ne se mettent au travail.

Pour le reste, est-il utile de savoir que le narrateur guérira de son chagrin d’amour un peu à la manière de Swann ou de Frédéric Moreau, que le comportement erratique et angoissé de nombre de personnages est dû à la « poudre » qui fait son apparition dans Paris et qu’il y a du roman noir dans Les gens de la nuit ?

Sans doute, mais le plaisir donné par ce roman est ailleurs, dans quelque chose qui ne vieillit pas, qui ne vieillira jamais et qui s’appelle la mélancolie : « Nous ne sommes pas nombreux à connaître ses secrets, pas nombreux mais inguérissables. »

Les gens de la nuit de Michel Déon (édition revue et corrigée, La Table Ronde)

*Photo : SIPA. N°de reportage: 00589331_000003.

La Fuego met le feu à la Pampa!

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fuego renault antoine gregoire

Il fallait oser ! Braver la doxa anti-Fuego, se mettre à dos tous les tenants du bon goût automobile et bousculer les idées préconçues. Antoine Grégoire, auteur prolixe et historien avisé, a relevé ce défi dans La Renault Fuego de mon père aux Editions ETAI. Il fallait un homme sans œillères pour s’attaquer à cet objet roulant non identifié, conspué par les esthètes et moqué par les humoristes. Un homme solide et cultivé, prêt à affronter les foudres du politiquement correct.

Antoine Grégoire, comme tous les authentiques passionnés, aime toutes les voitures sans distinction de marques et de puissance. Sa connaissance livresque ne se limite pas aux belles italiennes cabrées ou aux royales anglaises. Il a déjà écrit de nombreux ouvrages sur les Triumph, les Mercedes ou les utilitaires Citroën et Saviem. Il varie les plaisirs au gré de ses humeurs vagabondes. Il alterne les sujets : « Estafette » et « 300 SL papillon », « Type H » et « Jaguar MKII » chahutant ainsi toutes les hiérarchies et les convenances. L’ostracisme est une vilaine maladie qui range trop souvent les collectionneurs par ordre social. C’est mal connaître la psychologie de l’amateur éclairé qui ne se laisse dicter aucun choix et fuit les évidences. On peut apprécier l’irrésistible ligne d’une Maserati Ghibli et, pour autant, être ému, par le charme populaire d’une 4CV. L’automobiliste amoureux est plein de paradoxes, il s’imagine à la fois, en Maurice Ronet dans « La Piscine » et en Bourvil au volant d’une 2CV. Corniaud ou vieux beau, même combat ! La lutte des classes a encore du chemin à parcourir dans ce bas monde automobile.

La Fuego semblait pourtant une cause perdue. Un sujet trop brûlant. Un de ces mauvais souvenirs du début des années 80 comme les films de Max Pécas, les tubes de Karen Cheryl ou l’arrivée des « Rouges » au gouvernement. Les chars soviétiques n’ont pas défilé sur les Champs-Elysées, la Fuego oui ! Un modèle inclassable aussi étrange que Jean Carmet en smoking et Roger Moore en bleu de travail. « Elle est d’ailleurs » comme le chantait Pierre Bachelet. De quelle planète exactement ? Lorsqu’on sait que son lancement en 1980 a précédé la sortie d’E.T sur les écrans. Le signe annonciateur d’un changement de civilisation. Antoine Grégoire rappelle la genèse de ce grand coupé 4 places, héritier des Caravelle et R15/R17 qui lorgnait du côté de la Porsche 924 tout en empruntant sa structure à la R18. Cette incomprise des parkings ne manquait pourtant pas d’atouts pour réussir son pari industriel : un hayon bulle audacieux, un bel agrément de conduite, des motorisations Turbo et Turbo diesel ainsi qu’une allure sportive. Son objectif commercial : équiper les classes moyennes d’une voiture différente et s’émanciper de l’hégémonique berline tricorps. Bien sûr, elle manquait de punch pour rivaliser avec les productions d’outre-Rhin et le losange n’avait pas l’éclat de l’étoile.

Mais qui a tué la Fuego ? La faute aux mauvais coucheurs, aux râleurs qui oublient que Renault avec le compagnonnage notamment de Matra, a souvent fait figure de visionnaire. Les précurseurs Rancho, Bagheera et autres Espace prouvent qu’en France, on n’a pas de pétrole mais des idées. Si la Fuego n’a pas rencontré un immense succès chez nous, elle a découvert son eldorado en Amérique du Sud.  Audiard avait raison d’écrire que « L’homme de la Pampa, parfois rude, reste toujours courtois » surtout avec cette voiture « française ». Construite entre 1982 et 1992 en Argentine, la Fuego connut plusieurs évolutions et s’illustra en compétition. Délaissée dans l’hexagone, elle assura une « Reconquista » flamboyante sous l’Equateur. Trente ans après, en pleine mode vintage, la Fuego fait un retour en force chez les hipsters et autres gauchos à barbiche des villes. Elle n’a pas dit son dernier mot. Alors, Don’t Cry for Me Argentina !

La Renault Fuego de mon père de Antoine Grégoire – Editions ETAI.

La fessée, c’est rock, mais seulement pour les Inrocks

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Dénoncer, il y a longtemps que le journaliste de gauche y a pris goût, on le sait au moins depuis Debord, et dans cet embranchement hélas encore proliférant, la sous-espèce qui officie aux Inrocks décroche régulièrement la palme. C’est bien simple : sinon stigmatiser l’extrême droite qui pour lui commence à peu près à Manuel Valls, l’hebdo ringard des socialistes années 90 ne sait qu’une autre chose, recenser les perversions sexuelles qu’il croit à la mode. C’est là que le bât le blesse, quand ses deux amours s’emboutissent.

Par exemple, lorsque le journal municipal de Béziers (important organe qui fait assez notoirement l’opinion en France pour mériter un épluchage en règle, surtout au cœur de l’été) titre « Fessée judiciaire : visiblement, la LDH y prend goût ! », et agrémente sa page d’un photogramme datant du muet où l’on voit un homme administrer une chaste correction à une femme (tout habillée), les Inrocks rotent de rage. C’est Olympe de Gouges qu’on assassine. Le machisme en habit de maire. Ménard = Babar. Et tout ça. Pourtant le magazine déclinant de Mathieu Pigasse (-12% de diffusion payante d’une année sur l’autre) aurait dû jouir et se réjouir que cet art de la fessée qu’il chérit tant ait enfin franchi les barrières du périphérique et soit offert aux regards encore un peu terreux des Biterrois (c’est comme ça qu’on dit dans les journaux). Il n’y a pas un an, en effet, ils s’émouvaient que le Premier ministre anglais veuille interdire « certaines pratiques sexuelles » dans la pornographie de son pays, au premier rang desquelles la fessée. Et dans leur critique du navet 50 nuances de machin, ils se plaignaient encore d’« une toile de fond psy qui tend à faire du sado-masochisme une pathologie, et surtout pas un acte de transcendance ou de liberté ». Enfin, il n’hésite pas pour gonfler ses ventes à mettre en Une, cette semaine même, une jeune femme nue, certainement à peine majeure, sous le doux titre concis « Sexe 2015 ».

Malheureusement, ce n’est pas ainsi que ça se passe. Si vous dites du mal de la fessée entre adultes, les Inrocks dénonceront ; si par contre vous en dites du bien, les Inrocks dénonceront. Comme les grands moralistes antisexistes de Canal Plus font présenter depuis vingt ans la météo par des jeunes femmes réduites à l’état de pétasses. Je ne sais pas pourquoi, mais eux ils ont le droit.

Enfin, je suppose que les Inrocks eussent, grands princes, passé outre la beauferie du journal de la Ménardie si l’on avait vu la scène inverse, une femme représentant Robert Ménard fessant un homme, allégorie de la LDH. C’eût été une puissante manifestation de la libération des femmes. C’est-à-dire que, comme souvent, cela n’aurait eu aucun sens et n’aurait amusé personne.

Jo Nesbö, sang et glace

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nesbo sang glace

C’est une bonne nouvelle pour les amateurs de romans noir et de thrillers: Jo Nesbö sait faire court. Du sang sur la glace se lit en une soirée et a plutôt la taille d’une novela que celle de ces pavés monumentaux auxquels nous a habitués la star planétaire du polar norvégien. On sait que d’habitude, avec dix aventures au compteur qui sont autant de best-sellers traduits en quarante langues, l’inspecteur Harry Hole nous a souvent entrainés loin d’Oslo pour nous plonger dans les bas-fonds de Bangkok ou chez des Sud-Africains sadiques.

Bien sûr, tout partait toujours de Norvège mais Nesbö avait fini par faire du « world polar » comme il y a une « world music ». Il l’a fait certes bien mieux que d’autres mais au fur et à mesure que ces romans gonflaient en volume, ils perdaient en originalité. On pouvait saluer la virtuosité du maître mais les deux derniers, Fantôme et Police, avaient quelque chose d’inflationniste dans les péripéties et on y perdait en route ce qui faisait la force des premières enquêtes de Harry Hole comme dans l’indépassable Bonhomme de neige. C’est aussi le problème d’avoir un personnage récurrent. On peut admettre que dans la vie d’une personne, même un flic, il puisse arriver une demi-douzaine d’événements personnels ou d’affaires particulièrement tragiques. Au-delà, le personnage auquel on croyait quitte son statut purement humain pour devenir un archétype, façon Tintin. Et ce qui est bon pour la bande dessinée le devient beaucoup moins quand on a voulu construire un personnage réaliste avec lequel on partage ses amours ratées, ses deuils, ses addictions, ses doutes. A la fin, on n’y croit plus, ou beaucoup moins.

Est-ce en  se rendant compte de cette dilution qui aseptise que Nesbö a décidé de faire une pause avec Du sang sur la glace qui ne met plus en scène Harry Hole mais un tueur à gage au service d’un parrain du milieu dans l’Oslo de la fin des années 70, dans les jours qui précèdent Noël ? On apprend d’ailleurs au passage comment à cette époque l’héroïne a envahi Oslo à partir de la très septentrionale île minière du Svalbard, partagée entre URSS et Norvège, là où pouvait passer dans des températures polaires la came venue d’Afghanistan. Toujours est-il que dans Du sang sur la glace, Nesbö se recentre sur les codes du roman noir, tueurs, truands, affrontement entre mafias locales, femmes fatales, pour les réinventer sans les dénaturer, un peu comme un tragédien du dix-septième siècle qui accepte la règle des trois unités pour mieux jouir de la contrainte qui lui permettra de renouveler son inspiration.

C’est le tueur qui a la parole. Il est très attachant, en fait. Au début, on le voit exécuter un homme de main du Pêcheur, le grand rival de son patron.  Il le fait sans sadisme excessif et prend bien soin de préciser à sa victime qu’il ne faut « rien voir de personnel » là-dedans. Notre tueur est, en outre, dyslexique. Il n’empêche qu’il ne cesse de vouloir écrire son histoire ou plus exactement une lettre à une fille sourde et muette dont il a dû « expédier » le petit copain. La fille sourde et muette ne le sait pas, évidemment, et le tueur qui est un peu amoureux d’elle, la protège de loin et s’arrange pour prendre le même train de banlieue qu’elle et lui murmurer tout son amour en s’asseyant derrière elle.

Murmurer son amour à quelqu’un qui n’entend pas, voilà une bien belle définition de l’écriture. Outre l’intrigue très bien menée- le tueur doit tuer la femme infidèle de son patron- et quelques scènes de bravoure comme la fusillade dans la crypte d’une église où  il s’est introduit dans un cercueil, on comprendra que Nesbö a aussi fait de ce conte de Noël noir une réflexion sur son travail d’écrivain, sur la nécessité de raconter des histoires pour comprendre la vie ou, comme le dit le tueur lui-même, de trouver « la narration adéquate »: à la fois celle qui lui permettra de saisir les mobiles cachés de son patron mais aussi et surtout de trouver un sens à ce qui se présente devant nous comme un désordre tour à tour mélancolique et violent, désordre qu’on appelle la vie, faute de mieux

Et cela est bien plus difficile que d’échapper aux balles qui sifflent un peu partout dans Du sang sur la glace.

*Photo: Pixabay.

Du sang sur la glace, Jo Nesbö (Gallimard, Série noire).

Confessions d’un électeur juif du FN

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fn marine lepen juifs islam

Tout en restant faible, le vote juif en faveur du parti de Marine Le Pen progresse. Et ce n’est pas les récentes déclarations de Roger Cukierman mardi 4 août au micro de RTL qui pourront changer la donne. Le Président du CRIF a dit regretter que des Juifs puissent être séduits par le mouvement frontiste : « Je pense qu’ils ont un peu la mémoire courte. » Selon une étude de l’Ifop publiée en septembre dernier, Marine Le Pen récoltait 13,5% du vote juif quand son père ne recueillait en 2007 que 4,4%. Un juif français d’origine polonaise a accepté de se confier anonymement sur les raisons de son choix.

Denis est juif et il vote FN. Veste de cuir un peu élimée, un bon gros pull over sur un pantalon de toile, Denis, la soixantaine, est cadre et père de deux enfants. Il est aussi le fils de parents communistes qui ont pris leurs distances lorsqu’ils ont découvert les exactions soviétiques commises par Staline.

Denis s’excuse, il est un peu souffrant. Mais l’occasion qui lui est donnée de pouvoir dire ce qu’il a sur le cœur l’emporte. D’ailleurs, c’est lui qui lance la conversation : « Vous êtes quoi, je veux dire, vous votez quoi ? » Volonté d’être rassuré sur son interlocuteur ou simple curiosité ? Toujours est-il qu’une fois passées les présentations ce juif d’origine polonaise est un bavard, il est même intarissable dès qu’il est question de politique française.

La première fois qu’il a voté Front national, c’était aux dernières élections présidentielles. Il précise : « C’était la première fois que je votais. » Denis explique s’être intéressé à la politique française « il y a quinze ou vingt ans, avec l’islamisation ». Il justifie son vote tardif par un manque de motivation, l’absence de carte électorale, « au niveau administratif je suis un peu naze vous savez ! Et puis là, j’avais envie de voter, c’est tout. »

Voter FN reste encore tabou pour beaucoup, surtout au sein de la communauté juive.

Ce qui l’a poussé à voter pour le Front en 2012 ? D’abord la question de l’immigration et les constats dressés par le FN qui rejoignaient ses propres analyses, et ensuite « la position du parti sur l’Europe actuelle, la défense de la souveraineté nationale ». Jeune, Denis a manifesté contre Jean-Marie Le Pen. « Je suis descendu dans la rue lors de l’affaire de la profanation du cimetière juif de Carpentras en 1990, jusqu’à ce qu’on apprenne que le FN n’était pas responsable. Même aujourd’hui on se sert de cette affaire pour dénigrer Le Pen. » Et d’ajouter : « Ce qui m’a aussi radicalisé, c’est le dévoiement dans les médias de la pensée de Marine Le Pen, par exemple, en un discours qui n’est pas celui qu’elle tient, le spectacle de l’acharnement médiatique scandaleux contre le Front national auquel j’ai assisté. »

Denis se méfie des médias. Ces derniers sont coupables du délit de mauvaise foi à l’égard du parti frontiste et portent aussi à l’entendre la responsabilité du cas Dieudonné : « Dieudonné est le fruit de l’AFP. Il utilise les arguments fournis par l’AFP concernant Israël. » En effet, ce sioniste regrette la couverture médiatique française anti-Israël, l’affaire Al-Dura étant d’après lui l’illustration parfaite de cette obsession. Plus largement, « l’antisémitisme arabo-musulman » présent en France est en partie implanté par la presse française qu’il estime antisémite. Le Front National n’est pas exempt de tout reproche sur le sujet : « Je m’interroge sur le traitement du conflit israélo-palestinien fait par le FN, traitement que je trouve pour le moins stupide et au pire malveillant ». La comparaison de Gaza avec un camp de concentration effectuée par Jean-Marie Le Pen n’a pas plu à beaucoup de Juifs.

Si les attentats de janvier l’ont choqué, Denis explique ne pas avoir été vraiment surpris dans le fond : « Je m’attends au pire en ce moment, et en permanence. Pour tout vous dire, je suis même surpris qu’il n’y ait pas davantage d’attentats antisémites tel que celui de l’Hyper Cacher en France.» Tout comme le Front national, Denis voit un lien très fort entre insécurité et immigration. Il considère qu’il est quasiment impossible d’intégrer des populations aux mœurs et habitudes si différentes de la culture française, « en particulier du fait du nombre d’individus étrangers ou d’origine étrangère. » Ce juif ne cache pas avoir été marqué il y a une dizaine d’années par l’affaire du professeur d’histoire au collège, Louis Chagnon, poursuivi par des parents d’élèves pour avoir qualifié  « d’assassin et de voleur » le prophète Mahomet. « En fait la question de l’Islam en France est arrivée petit à petit » précise-t-il. Zemmour est une des rares figures médiatiques qu’il apprécie, dont il rejoint notamment le constat sur la surreprésentation des noirs et des arabes en matière de délinquance. Le concept de préférence nationale ne le scandalise pas, bien au contraire. Denis considère que les Français doivent être, « naturellement », prioritaires devant les étrangers concernant l’accès au logement ou à l’emploi.

Autour du cou, l’étoile de David ayant appartenu à sa mère. Quand on la lui fait remarquer, il s’empresse de la cacher : « Je ne voulais pas qu’on la voie. » Denis n’est pas pratiquant mais comme le parti qu’il soutient, il est très attaché à la laïcité. D’ailleurs, les propositions du FN concernant l’interdiction de l’abattage religieux ou du port de la kippa dans l’espace public ne le dérangent pas.

Denis tient à être clair ou en tout cas fait tout pour le laisser croire : « Je ne dirai pas que j’ai les idées de Le Pen, c’est Le Pen qui exprime parfois mes idées. Après, que ce soit lui ou un autre, je m’en fous. Évidemment je ne suis pas d’accord avec tout. De toute façon, on n’a pas toujours toutes les idées de quelqu’un. » Revenant sur le fameux « point de détail » cher à l’ancien président du parti, ce juif n’est pas sûr de l’antisémitisme de son auteur : « A mon avis, Jean-Marie Le Pen est un provocateur souhaitant s’exprimer comme il l’entend. » Denis n’est pas totalement convaincu par le « nettoyage » de Marine Le Pen au sein du parti, les relents antisémites d’une extrême droite traditionaliste seraient toujours présents. Sans en attendre grand chose. « Le FN pense qu’il va pouvoir agir s’il est élu en 2017, personnellement je n’y crois pas trop. Plein de paramètres entre en jeu… Des forces étrangères extérieures peuvent s’y opposer, et puis je ne suis pas certain qu’elle ait les cadres suffisants pour diriger le pays. »

Ce fidèle auditeur de Radio Courtoisie ne manque pas de faire remarquer que Marine Le Pen a été l’une des premières de la classe politique à dénoncer la venue de Youssef al-Qaradawi au congrès de l’UOIF 2012. Ce prêcheur sunnite comptant d’innombrables fans des deux côtés de la Méditerranée et qui fait passer Hitler pour ‘exécuteur du « châtiment divin » infligé aux Juifs. Ses convictions, Denis les paye du prix du silence. Celui qu’il s’impose en compagnie de certains de ses coreligionnaires, même les plus proches. Son frère, confie t-il, le « traite de facho » lorsqu’ils parlent d’islam ou d’immigration et ses enfants ne sont pas plus séduits par le Front. Mais cet ashkénaze est plus bavard qu’un séfarade et il n’abandonne pas pour autant l’idée de rompre des lances avec eux.

Depuis peu, Denis est délégué CFDT, une fonction qu’il est fier d’assurer. Il préfère être discret sur ses opinions politiques, craignant que la CFDT ne le mette au ban de la sphère syndicale si elle avait connaissance de son vote.

Aux élections départementales, il a voté FN même s’il reconnaît ne pas s’être penché sur le programme. En attendant la prochaine présidentielle, il garde le cap : « Sûrement Marine. »

*Photo: Sipa. N° de reportage: AP21714128_000001.

Francfort: un parking pour tout-e-s

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Le parking de l’aéroport de Francfort est pavé de bonnes intentions. Des places réservées aux femmes y ont été aménagées pour assurer à celles-ci une plus grande sécurité. Mais le zèle des dirigeants de l’aéroport a été jugé peu conforme aux standards d’une politique dépassant les « stéréotypes de genre ». Et les critiques ont tôt fait de fuser à l’encontre de ses dirigeants.

En Allemagne, la loi exige que des places de parking soient exclusivement assignées aux femmes. Cette obligation a été mise en place par le ministère de l’Egalité des sexes en 1998. À l’origine, il s’agissait de protéger les femmes seules et d’éviter agressions et harcèlement. Ces places doivent donc être bien éclairées et filmées par des caméras de surveillance. La loi définit un ratio d’emplacements dédiées aux femmes et les Lander ont la charge de déterminer la juste proportion de ces places sécurisées.  À Francfort, le Land de la Hesse a fixé ce ratio à 5% des places de parking.

Les communicants de l’aéroport de Francfort pensaient donc faire d’une pierre deux coups en créant de jolis emplacements pour les clientes. Et une campagne de promotion a été lancée : « Vous voulez vous garer dans un parking plus spacieux, plus mignon et plus près du terminal ? Oui, alors, nous vous avons réservé une place dans l’un de nos parkings pour dames ! ». Ces places de parking sont en effet très « mignonnes », un panneau affichant une fleur sur fond bleu indique l’emplacement tandis qu’un marquage au sol rose bonbon attire l’œil. Rien que cela, c’est déjà suspect, et nos camarades internautes luttant sans relâche contre les amalgames entre les femmes et le rose, s’en offusquent.

Mais ce qui ne passe vraiment pas, c’est la largeur de ces places de parking. D’aucuns y voient un ignoble sous-entendu sexiste. Une journaliste irlandaise, directrice du magazine automobile Women Wheels le dit bien sur Twitter : « Cela renforce les stéréotypes selon lesquels une femme ne sait pas conduire ou se garer ». « Parce que oui, comme chacun sait grâce aux poncifs sexistes perpétués générations après générations, les femmes et les créneaux ce n’est pas vraiment ça… » abonde dans le même sens une journaliste de Terra Femina.

C’est donc raté pour l’aéroport de Francfort, ses dirigeants, qui pensaient bien faire, n’ont pas encore réussi à se débarrasser des horreurs machistes et phallocrates qui errent dans leurs cerveaux. Pourtant, nous dit le porte-parole de l’aéroport : « les clients, hommes et femmes, attendaient un tel service ».

Il y a un an, alors qu’une polémique similaire battait son plein en Chine, la cliente d’un centre commercial avait naïvement déclaré à l’AFP : « ce n’est pas sexiste, c’est juste plus pratique. Les femmes ne conduisent pas mal, elles ont juste plus de mal à estimer les distances quand elles se garent ». Mais il n’est plus tolérable que l’on colporte de tels stéréotypes. Et les femmes doivent apprendre à savoir qu’elles conduisent aussi bien que les hommes. Quoi qu’elles en pensent.

Contre les féministes, osons le marquis de Sade!

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feminisme sade re

En 1993, j’étais peinard. Je cultivais mon jardin, c’est-à-dire que je m’occupais de mes gosses, de mes articles, et aussi des représentantes du sexe féminin dont certaines me voulaient du bien. En 1993, je regardais encore la télé, surtout à cause des enfants. Certes, je n’aimais pas les pubs. Mais, pour l’une d’elles, j’aurais donné tout l’or du monde. On y voyait un homme, genre jeune cadre élégant et moderne au volant d’une superbe automobile, une Audi je crois. Il roulait très lentement. Une fille regardait la voiture. Puis l’homme. Puis encore la voiture. Puis encore l’homme. Et, en fond sonore, il y avait une voix enveloppée dans un velours comminatoire : « Il a le pouvoir, il a l’argent, il a la voiture, il aura la femme ! » Fascinée, obéissante et soumise, la fille répétait en écho : « Il aura la femme ! » Et, conquise, elle montait dans la voiture.

La fille était bouleversante. Un mélange d’Anouk Aimée et de Fanny Ardant telles que les ont gardées Lola et La Femme d’à côté, jeunes et belles pour l’éternité. La pub fit aboyer les Chiennes de garde. Elle fut retirée. Jamais, moi qui ne demandais rien à personne, je n’avais été agressé avec une telle violence. Elles avaient tué la beauté d’Anouk Aimée et de Fanny Ardant, victimes expiatoires de la haine de féministes laides et repoussantes : laides et repoussantes dans leur tête, car pour le corps je ne sais pas, et je n’ai pas la moindre envie d’aller voir.[access capability= »lire_inedits »]

Oui, pour moi, le péché originel du féminisme date de 1993, annus horribilis. Depuis, c’est la guerre. Et ce n’est pas moi qui ai commencé. J’aime les filles, pas trop les femmes (ce mot est anxiogène) et pas du tout les féministes. J’aime Anouk Aimée et Fanny Ardant. Encore plus depuis qu’on les a assassinées. J’aime Vinca, 15 ans, jeune-fille en herbe, et aussi la Dame blanche, plus âgée et plus experte, qui aida Phil à faire ses premiers pas d’homme dans la vie. J’aime Yvonne de Galais, fragile comme un rêve, qui se donna au Grand Meaulnes avant de mourir. J’aime, je le répète, les filles et pas trop les femmes. Ce n’est pas une question d’âge. Il y en a qui à 18 ans portent toute la lourdeur accablante des femmes et d’autres qui, à 60 ans, ont la grâce juvénile des jeunes-filles.

Vous, les féministes, je ne vous aime pas du tout. D’Éros et Thanatos, vous n’avez gardé que Thanatos. Vous êtes de gauche. Il y a une gauche bien élevée et cultivée parfaitement fréquentable, mais minoritaire et timide. On ne l’entend jamais. C’est la gauche vulgaire, arrogante, obtuse et douillettement emmitouflée dans sa bêtise triomphante qui occupe le devant de la scène. C’est ainsi que vous êtes.

Vous êtes de gauche, et, bien naturellement, vous vous intéressez aux deux révolutions qui ont changé la face du monde. De 1789 et de 1917, vous avez pris ce qui vous a paru le meilleur. Le rasoir national, la guillotine des enragés hébertistes. La balle dans la nuque des tchékistes, vos amants virtuels. Vous détestez le catholicisme, et vous lui avez pris ce qu’il avait de pire : l’Inquisition et ses bûchers. Les Torquemada et les Savonarole en jupon sont chez vous légion.

À la guerre comme à la guerre. Par tous les moyens qui excluent tout respect de la Convention de Genève. Par tous les moyens, car vous le valez bien. Pourquoi vous ménagerait-on ? Vous avez ajouté à votre sinistre aigreur une hypocrisie sans nom qui vous disqualifie à jamais et qui autorise contre vous tous les procédés, même immoraux.

Vous a-t-on entendues quand Pierre Bergé a déclaré que « les femmes pouvaient bien louer leur ventre, puisqu’elles louaient déjà leurs bras » ? Rien. Pas un cri. Même pas un petit murmure de désapprobation. Parce que Pierre Bergé est millionnaire, de gauche et homosexuel. L’homme moderne, « in », « hype », comme vous l’aimez.

Quand on a inauguré dans les jardins du château de Versailles une structure (ça évite de dire sculpture) baptisée par son auteur « Le Vagin de la reine », vous vous êtes tues. Et pourtant le machin en question avait de quoi vous faire vomir. Un énorme entonnoir. Un gigantesque sonotone à l’ancienne. Un monstrueux schofar à rendre sourd Yahvé (si vous ne savez pas ce que c’est, demandez à un ami juif). Et vous n’avez rien dit. Pourquoi ? Parce que ladite structure a reçu la bénédiction de Fleur Pellerin et de tous les « artistes subversifs » qui sont de la même tribu politique que le bien-aimé Pierre Bergé.

Vous comprendrez donc que vous ne pouvez en aucun cas bénéficier de la protection des lois de la guerre. Contre vous tout est permis. Y compris les armes de destruction massive, y compris la plus redoutable, imparable effaceuse de conneries : « Français, encore un effort si vous voulez être républicains » est un chapitre d’un texte aussi fondamental à mes yeux que les deux Testaments ou le Manifeste du Parti communiste, La Philosophie dans le boudoir. Son auteur, le marquis de Sade, est un grand visionnaire méconnu (comme visionnaire, mais très connu par ailleurs).

Féministes, encore un effort si vous voulez être républicaines ! Écoutez le divin Marquis et baissez enfin la tête sous ce feu de napalm : « S’il devient donc incontestable que nous avons reçu de la nature le droit d’exprimer nos vœux indifféremment à toutes les femmes, il le devient de même que nous avons celui de l’obliger de se soumettre à nos vœux, non pas exclusivement, je me contrarierais, mais momentanément. Il est incontestable que nous avons le droit d’établir des lois qui la contraignent de céder aux feux de celui qui la désire ; la violence même étant un des effets de ce droit, nous pouvons l’employer légalement. Eh ! la nature n’a-t-elle pas prouvé que nous avions ce droit, en nous donnant la force nécessaire à les soumettre à nos désirs ? »

Le napalm ne vous suffit pas ? Voilà le vitriol ! « Tous les hommes ont donc un droit de jouissance égal sur toutes les femmes ; il n’est donc aucun homme qui, d’après les lois de la nature, puisse s’ériger sur une femme un droit unique et personnel. La loi qui les obligera de se prostituer, tant que nous le voudrons, aux maisons de débauche dont il vient d’être question, et qui les y contraindra si elles s’y refusent, qui les punira si elles y manquent, est donc une loi des plus équitables, et contre laquelle aucun motif légitime ou juste ne saurait réclamer. »

Et pour conclure, un peu d’huile bouillante comme au bon vieux temps du Moyen Âge : « Un homme qui voudra jouir d’une femme ou d’une fille quelconque pourra donc, si les lois que vous promulguez sont justes, la faire sommer de se trouver dans l’une des maisons dont j’ai parlé ; et là, sous la sauvegarde des matrones de ce temple de Vénus, elle lui sera livrée pour satisfaire, avec autant d’humilité que de soumission, tous les caprices qu’il lui plaira de se passer avec elle, de quelque bizarrerie ou de quelque irrégularité qu’ils puissent être, parce qu’il n’en est aucun qui ne soit dans la nature, aucun qui ne soit avoué par elle. »

Vous voyez ? Enfoncé !, ce pauvre timoré de Zemmour avec sa misogynie tiède comme un cataplasme. Sade, lui, avait une vision du monde. D’un monde meilleur, fait pour le bonheur de tous, et aussi, selon lui, de toutes. Un prophète mais, hélas ! pas un messie. Cette société de rêve qu’il appelait de ses vœux n’a pas vu le jour. Et le divin Marquis a fini enfermé à Charenton par Robespierre – un incorruptible, un pur, un puritain asexué. Vous êtes comme lui en pire. Lui coupait des têtes. Vous, vous voulez couper tout ce qui dépasse ! Et là, en tant qu’homme, je me sens concerné. Je ne veux pas être mutilé. Vous êtes des casse-couilles, vu l’ennui soporifique qui se dégage de vos litanies. Mais vous êtes aussi, pour les plus conséquentes et logiques d’entre vous, des coupe-couilles ! Et le marquis de Sade n’est pas de trop pour vous faire enfin plier.

Comme tout condamné à mort vous avez droit à un dernier mot. Sade, dites-vous, est vulgairement outrancier ? Certes. Mais, à tout prendre, je préfère ses outrances aux vôtres. Lui, au moins, il les fait avec la langue – une langue superbe et ambiguë dont vous ignorez décidément les délices.[/access]

feminisme fourest lahaie

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*Photo : Rue des Archives

Sans passeurs, pas de migrants?

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migrants passeurs cazeneuve

migrants passeurs cazeneuve

Les Guignols, institution morte et ressuscitée par la grâce des politiques, ont dernièrement pris position sur les problèmes des « migrants » venus d’Afrique. Dans le sketch « La croisière abuse », peu en phase avec leur discours habituel, les Guignols nous montrent ces nouveaux immigrés venus d’Erythrée ou de Syrie sur un bateau de « passeurs » qui les traitent comme du bétail. En clair, ce ne sont pas les guerres civiles, les dictatures et la misère qui forcent au départ et causent la mort de milliers de personnes par an. Les responsables, les seuls, ce sont ces infâmes trafiquants d’humains (anonymes, et dont on ne sait rien, c’est plus pratique).

Mais comment être surpris que les très dociles Guignols tiennent ce discours réducteur ? Leur raisonnement est en effet parfaitement conforme à la ligne officielle des institutions internationales et du gouvernement français face à la crise migratoire que traverse l’Europe depuis quelques mois. Un rapport de l’Onu l’affirme notamment : « Le trafic de migrants touche presque tous les pays du monde. Il sape l’intégrité des Etats et des communautés, et coûte la vie à plusieurs milliers d’individus tous les ans. » Les coupables de cette catastrophe humanitaire seraient donc les dirigeants de filières organisant la traversée du sud de la Méditerranée vers l’Europe dans des conditions inhumaines.

Bernard Cazeneuve, lui aussi, a beaucoup insisté sur la nécessité de mettre fin aux « filières d’immigration illégale ». Le 8 avril, lors d’un séminaire de la Police aux Frontières, le ministre de l’Intérieur a affirmé qu’il fallait « continuer à lutter de façon absolue contre ces filières », pour mieux insister sur la hausse continue du nombre de réseaux démantelés (+14% entre 2012 et 2013, et +11% entre 2013 et 2014). Autrement dit, notre politique migratoire doit se concentrer sur le maillon faible de la chaîne de l’immigration illégale, le plus facile à casser à court terme. Des rapports parlementaires sur le sujet ont donc été rédigés pour produire les éléments de langage ad hoc.

Dans un rapport du Sénat, on peut notamment lire ceci : « La région de Calais souffre d’une insuffisance d’ambition de la politique pénale concernant la détection et la poursuite des réseaux et  filières. Ces dernières exercent une influence considérable sur la vie quotidienne des migrants et tentent souvent avec succès de priver les personnes les plus vulnérables, notamment les mineurs isolés, des protections qui leur sont destinées ». Et pour noircir encore le tableau, un rapport de l’Assemblée Nationale nous explique les liens forts qu’entretiennent trafic d’êtres humains et réseaux criminels : « Les trafiquants utilisent les  ressources que leur procure l’exploitation du « filon » des clandestins pour financer et étendre leurs autres activités telles que le trafic d’armes et de stupéfiants, et le blanchiment de l’argent ».

Or, le Secours Catholique éclaire, dans une enquête de terrain, la question des filières d’immigration illégale, en faisant entendre un autre son de cloche. On y note que si certains de ces trafiquants sont effectivement d’une extrême violence, le phénomène de la criminalité organisée reste à relativiser en France où se déroule l’action du ministère de l’Intérieur : « La manière dont les exilés évoquent les choix successifs de leur destination fait ainsi s’évanouir une idée reçue : le rôle prétendument majeur des « filières criminelles » qui exploitent les migrants et les conduisent au Royaume-Uni : De fait, au cours des 54 entretiens réalisés [par l’association caritative, Ndlr], aucun des exilés n’a parlé de filières et de passeurs en Europe. ». Quand M. Cazeneuve nous parle de 226 filières démantelées en 2014, il englobe donc les réseaux abusant violemment des migrants et les organismes fournissant à des personnes en détresse des moyens illégaux de rester en Europe. Le rapport du Sénat précise d’ailleurs que « certaines officines se contentent de fournir de faux documents ».

Certes, ces procédures demeurent illégales mais il faut noter, comme le rapporte le Secours Catholique, que la plupart de ces immigrés illégaux sont potentiellement éligibles au statut de réfugiés politiques car menacés de mort dans leurs pays d’origine. En faisant du passeur la racine du mal et du migrant une victime dépourvue de libre-arbitre, on légitime une politique répressive en la faisant passer pour une politique protectrice de la dignité humaine. S’il est évident que laisser prospérer les trafiquants nous rendrait complices de leurs exactions, les neutraliser ne réglera que notre problème et certainement pas ceux – autrement plus sérieux – des candidats à l’émigration à tout prix. Pour ces derniers, le recours à des passeurs n’est pas une alternative, mais le seul choix possible.

*Photo: Sipa. N° de reportage : 00720096_000001.

Nina sans questions

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nina simone netflix

nina simone netflix

«What happened Miss Simone?», documentaire réalisé par Liz Garbus et produit par Netflix est sorti le 26 juin sur la plateforme de vidéos à la demande. Ce film arrive aussi comme un contrepoint au biopic controversé Nina de Cynthia Mort que sa fille Lisa Simone Kelly avait rejeté en raison de son scénario improbable (la supposée liaison de Nina Simone avec son manager Clifton Henderson) et le choix de l’actrice portoricaine Zoe Saldana, dont le teint fut assombri et le visage affublé d’une prothèse nasale. Le film avait même fait l’objet d’un boycott sur Internet en protestation contre l’atteinte portée à la communauté afro-américaine. On ne touche pas si facilement à l’image de la « sainte patronne de la rébellion » selon une expression de son guitariste de toujours, Al Schackman.

Le film s’ouvre sur un live à Montreux en 1976 rendant hommage à la présence scénique de Nina Simone. C’était une interprète et musicienne exceptionnelle qui avait aussi la capacité de fournir autre chose que ce que l’on appellerait banalement un message politique, mais bien plutôt une adresse personnelle à l’auditoire.

L’exercice périlleux du documentaire consiste à relater une vie sans bafouer les thématiques principales, tout en essayant de ne pas faire un enfant monstrueux dans le dos du personnage que l’on essaie de dépeindre. Mais surtout, et c’est ce qui constitue peut-être l’ultime geste artistique, à faire émerger une poétique rendant justice à la vie qui se cache derrière le portrait. Ebaucher le portrait de Nina Simone en une heure et demie, c’était faire le pari de dompter dans quelques traits biographiques l’histoire d’une insoumission.

« What happened Miss Simone ? » a une structure des plus basiques, narrant le fil d’une vie et ses phases successives : la petite Eunice Waymon de Caroline du Nord qui dans la ville de Tryon rêvait d’être une pianiste classique ; la protégée de « Miss Mazzy » qui lui apprendra le piano et placera tous ses espoirs en elle ; l’école de musique Julliard School où elle perfectionnera sa pratique de la musique, et l’échec du Curtis Institute à cause de sa couleur de peau (aucun doute n’est émis sur cette thèse dans le documentaire, au contraire de Madame Nina Simone, La  légende, en 1992). Et puis, la voix vient accompagner le piano, non pas par passion, mais pas nécessité matérielle, pour pouvoir continuer à se produire et ainsi survivre dans les pianos bars du New Jersey. Cette voix si particulière qui sera un aperçu de son âme. Son premier mari, Andrew Stroud, flic de profession et manager en puissance, introduira dans le couple violence physique et hyper-productivité. Mais il y a un contexte inoubliable pour celle qui questionne droit dans les yeux le rôle des artistes : « Comment être une artiste sans refléter son époque ? » L’affaire du meurtre des enfants dans une église de Birmingham, en 1963, provoque la prise de conscience politique de Simone, notamment avec la chanson Mississipi Goddam. Désormais, la scène de concert devient une scène politique, avec l’ambition de toucher les gens mais aussi de redonner une dignité au peuple afro-américain qui, faute d’avoir hérité d’une histoire officielle, peut se rallier à l’identité du « black power »,  ce qu’atteste Ain’t Got No… I’ve Got Life. Il y a son départ pour la Libye, son retour à Montreux avec la magnifique composition Stars de Janis Ian au sujet de l’industrie musicale. Il y a la disgrâce de Paris et le désenchantement politique où elle assume ces mots : « Il n’y a pas de droits civiques, ça ne sert plus à rien de chanter des chansons. Il n’y a plus de mouvement, tout le monde a disparu. 

Mais la déchirure d’une vie marquée par l’engagement et l’utopie du changement propre aux années 70 ne s’arrête pas à une série de distinctions qui se déroulent comme le rideau final du documentaire. Et ce n’est peut-être pas admissible pour son pays d’origine, auquel elle a consacré son art, d’admettre que Nina Simone mourut dans le sud de la France à Carry-le-Rouet dans les bouches du Rhône, loin de sa patrie, des « United Snakes of America » comme elle le disait. Sont passés sous silence les dilemmes juridiques et financiers, et les royalties qui lui ont été confisqués depuis ses débuts (le million de dollars du succès de My baby just cares for me qu’elle ne touchera pas, ayant vendu ses droits pour 3000 dollars). Enfin, la bipolarité et la déchéance physique des dernières années ainsi que le discours bienséant sur la prise d’antidépresseurs participent à l’élaboration d’un portrait douloureux. On est amer à la fin du visionnage, car la puissance des archives et la vérité qui en émane rendent les commentaires et le montage, propres à l’exercice du documentaire, superficiels.

Ces libertés prises quant à la construction d’un portrait « psychologique » nous présentent le récit d’une triste destinée dans laquelle il faut pourtant puiser une actualité dont les événements de Charleston sont les insupportables échos. Le film n’a pas caché les démons qui ont décidé du destin de Nina Simone, sans pour autant essayer de comprendre ses réels et extérieurs détracteurs. Quant à l’élément poétique, il n’est pas présent dans la réalisation du documentaire, peut-être parce que la morale a tranché à sa place en oubliant quelque chose de ce que disait Rilke concernant le processus créatif : « Ne m’enlevez pas mes démons, vous emporteriez aussi mes anges. »

*Photo: Netflix.

Un Déon pour l’été

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michel deon gens nuit

michel deon gens nuit

On réédite un Michel Déon pour l’été. C’est toujours une bonne idée de rééditer un Déon, surtout avec un joli bandeau de Loustal. Déon nous rappelle l’époque, pas si lointaine, où le succès public n’était pas forcément contradictoire avec la qualité littéraire. Et comme tout allait ensemble, cela donnait de très bons films quand on adaptait au cinéma un  roman de Déon: Un taxi mauve de Boisset avec Noiret, Rampling, Fred Astaire et l’Irlande dans le rôle principal, vous vous souvenez? En plus, il y avait quelque chose de plaisant à voir un cinéaste de gauche adapter un écrivain de droite. Si vous voulez trouver l’équivalent aujourd’hui, vous pouvez toujours chercher. Le goût vécu comme manière de dépasser les clivages politiques, c’est une idée qui a dû mourir à l’orée des années 80, la décennie où tout le monde est devenu très moral tout en choisissant le  pognon et la réussite comme valeurs cardinales.

Les gens de la nuit, à l’origine, est un roman de 1958. Longtemps, sa première phrase nous a hantés, nous qui sommes insomniaques comme pas deux: «Cette année-là, je cessai de dormir. » C’est ce qui donne ce caractère d’hallucination précise au livre qui se déroule pour l’essentiel entre le coucher du soleil et l’aube ; dans le périmètre de Saint-Germain-des-Prés, celui que continuent à rechercher les touristes des années 2010 alors qu’il est devenu un continent disparu aussi improbable que l’Atlantide.

Le narrateur des Gens de la Nuit a trente ans. c’est un fils de bonne famille: la preuve, son père va être élu à l’Académie Française. Cela fait un peu ricaner le fils. Michel Déon, dans la préface qu’il donne pour l’occasion, se moque gentiment de son propre revirement sous l’habit vert.

Le fils sort de trois ans de Légion et pour s’occuper fait un métier tout neuf. Avec deux amis, il a monté ce qu’on pourrait appeler aujourd’hui une agence de com’. Dans les années 50, on disait relations publiques. Son activité consiste surtout à promener des clients étrangers dans le « gay paris ». C’est ennuyeux mais ça le distrait d’un chagrin d’amour, un vrai chagrin d’amour, celui qui vous dévaste et vous transforme en fantôme de vous-même.

Comme chez tous les gens pudiques, le narrateur en souffre d’autant plus qu’il en parle peu et seulement à lui-même. On retrouve là, si vous voulez, cette esthétique éminemment française de la retenue qui commence avec Madame de Lafayette et s’arrête avec les Hussards dont Michel Déon fut un éminent représentant. Depuis, on hurle, on pleure, on éructe, on se lamente, dans le roman comme ailleurs, ce qui est encore plus fatigant, à la longue, que de passer ses nuits de bar en bar et de manger des pieds de porcs à l’aube du côté des Halles.

Pour s’occuper le narrateur fait des rencontres dans les caves de jazz et les bistrots ouverts très tard. Il a une liaison avec Gisèle qui est comme lui un oiseau de nuit, mais du genre bohème. Elle vit à l’hôtel avec Maggy, elle porte des pantalons fuseaux, elle aime faire l’amour et à l’occasion, quand elle n’a pas de papier pour prendre une adresse, elle remonte son chandail pour qu’on écrive sur sa peau nue.

On n’est pas très loin de l’Occupation, non plus. Le narrateur devient l’ami d’un peintre très doué qui ne veut plus peindre et qui est un ancien de la Légion Charlemagne puis il sauve de la bastonnade une étudiante communiste, Noire de surcroît. Il se débarrasse avec l’aide du peintre du buste de son aïeul qu’il trouve aussi pompeux que son père dans le bois de Boulogne et il découvre que le peintre  et l’étudiante sont amants.

Bref, il fait un peu n’importe quoi, ses amis aussi, mais ce n’importe quoi enchante. Extrait d’un dialogue avec l’étudiante communiste:

«  -C’est merveilleux, dit-elle, je ne pensais pas que nous étions si bien organisés. Il y a longtemps que tu surveilles le coin?

-J’y arrivais à la minute. Et pourquoi me tutoyez vous?

 – Tu n’es pas un camarade?

Elle s’était rejetée contre la portière, le regard soudain dur.

-Non.

-Alors pourquoi m’avoir tirée de là?

-Pour rien. Pour le plaisir. Pour l’honneur. »

La dernière réplique pourrait faire une belle devise, comme celle du Prince de Ligne

qui avait répondu, quand on lui demandait les raisons de son exil au moment de  l’Empire: « L’honneur. L’humeur. L’horreur. »

Ce qui est amusant, en plus, avec le recul, c’est que l’on s’aperçoit que dans ces années-là, et dans les mêmes parages bistrotiers,  les personnages des Gens de la Nuit auraient pu croiser la bande de Debord et des premiers situs qui dérivaient sur le mode « psychogéographique » afin de réenchanter la ville. Ainsi, cette scène où le peintre fait découvrir au narrateur à l’aube le ballet purement gratuit des arroseuses municipales devant l’Hôtel de Ville avant qu’elles ne se mettent au travail.

Pour le reste, est-il utile de savoir que le narrateur guérira de son chagrin d’amour un peu à la manière de Swann ou de Frédéric Moreau, que le comportement erratique et angoissé de nombre de personnages est dû à la « poudre » qui fait son apparition dans Paris et qu’il y a du roman noir dans Les gens de la nuit ?

Sans doute, mais le plaisir donné par ce roman est ailleurs, dans quelque chose qui ne vieillit pas, qui ne vieillira jamais et qui s’appelle la mélancolie : « Nous ne sommes pas nombreux à connaître ses secrets, pas nombreux mais inguérissables. »

Les gens de la nuit de Michel Déon (édition revue et corrigée, La Table Ronde)

*Photo : SIPA. N°de reportage: 00589331_000003.

La Fuego met le feu à la Pampa!

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fuego renault antoine gregoire

fuego renault antoine gregoire

Il fallait oser ! Braver la doxa anti-Fuego, se mettre à dos tous les tenants du bon goût automobile et bousculer les idées préconçues. Antoine Grégoire, auteur prolixe et historien avisé, a relevé ce défi dans La Renault Fuego de mon père aux Editions ETAI. Il fallait un homme sans œillères pour s’attaquer à cet objet roulant non identifié, conspué par les esthètes et moqué par les humoristes. Un homme solide et cultivé, prêt à affronter les foudres du politiquement correct.

Antoine Grégoire, comme tous les authentiques passionnés, aime toutes les voitures sans distinction de marques et de puissance. Sa connaissance livresque ne se limite pas aux belles italiennes cabrées ou aux royales anglaises. Il a déjà écrit de nombreux ouvrages sur les Triumph, les Mercedes ou les utilitaires Citroën et Saviem. Il varie les plaisirs au gré de ses humeurs vagabondes. Il alterne les sujets : « Estafette » et « 300 SL papillon », « Type H » et « Jaguar MKII » chahutant ainsi toutes les hiérarchies et les convenances. L’ostracisme est une vilaine maladie qui range trop souvent les collectionneurs par ordre social. C’est mal connaître la psychologie de l’amateur éclairé qui ne se laisse dicter aucun choix et fuit les évidences. On peut apprécier l’irrésistible ligne d’une Maserati Ghibli et, pour autant, être ému, par le charme populaire d’une 4CV. L’automobiliste amoureux est plein de paradoxes, il s’imagine à la fois, en Maurice Ronet dans « La Piscine » et en Bourvil au volant d’une 2CV. Corniaud ou vieux beau, même combat ! La lutte des classes a encore du chemin à parcourir dans ce bas monde automobile.

La Fuego semblait pourtant une cause perdue. Un sujet trop brûlant. Un de ces mauvais souvenirs du début des années 80 comme les films de Max Pécas, les tubes de Karen Cheryl ou l’arrivée des « Rouges » au gouvernement. Les chars soviétiques n’ont pas défilé sur les Champs-Elysées, la Fuego oui ! Un modèle inclassable aussi étrange que Jean Carmet en smoking et Roger Moore en bleu de travail. « Elle est d’ailleurs » comme le chantait Pierre Bachelet. De quelle planète exactement ? Lorsqu’on sait que son lancement en 1980 a précédé la sortie d’E.T sur les écrans. Le signe annonciateur d’un changement de civilisation. Antoine Grégoire rappelle la genèse de ce grand coupé 4 places, héritier des Caravelle et R15/R17 qui lorgnait du côté de la Porsche 924 tout en empruntant sa structure à la R18. Cette incomprise des parkings ne manquait pourtant pas d’atouts pour réussir son pari industriel : un hayon bulle audacieux, un bel agrément de conduite, des motorisations Turbo et Turbo diesel ainsi qu’une allure sportive. Son objectif commercial : équiper les classes moyennes d’une voiture différente et s’émanciper de l’hégémonique berline tricorps. Bien sûr, elle manquait de punch pour rivaliser avec les productions d’outre-Rhin et le losange n’avait pas l’éclat de l’étoile.

Mais qui a tué la Fuego ? La faute aux mauvais coucheurs, aux râleurs qui oublient que Renault avec le compagnonnage notamment de Matra, a souvent fait figure de visionnaire. Les précurseurs Rancho, Bagheera et autres Espace prouvent qu’en France, on n’a pas de pétrole mais des idées. Si la Fuego n’a pas rencontré un immense succès chez nous, elle a découvert son eldorado en Amérique du Sud.  Audiard avait raison d’écrire que « L’homme de la Pampa, parfois rude, reste toujours courtois » surtout avec cette voiture « française ». Construite entre 1982 et 1992 en Argentine, la Fuego connut plusieurs évolutions et s’illustra en compétition. Délaissée dans l’hexagone, elle assura une « Reconquista » flamboyante sous l’Equateur. Trente ans après, en pleine mode vintage, la Fuego fait un retour en force chez les hipsters et autres gauchos à barbiche des villes. Elle n’a pas dit son dernier mot. Alors, Don’t Cry for Me Argentina !

La Renault Fuego de mon père de Antoine Grégoire – Editions ETAI.

La fessée, c’est rock, mais seulement pour les Inrocks

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Dénoncer, il y a longtemps que le journaliste de gauche y a pris goût, on le sait au moins depuis Debord, et dans cet embranchement hélas encore proliférant, la sous-espèce qui officie aux Inrocks décroche régulièrement la palme. C’est bien simple : sinon stigmatiser l’extrême droite qui pour lui commence à peu près à Manuel Valls, l’hebdo ringard des socialistes années 90 ne sait qu’une autre chose, recenser les perversions sexuelles qu’il croit à la mode. C’est là que le bât le blesse, quand ses deux amours s’emboutissent.

Par exemple, lorsque le journal municipal de Béziers (important organe qui fait assez notoirement l’opinion en France pour mériter un épluchage en règle, surtout au cœur de l’été) titre « Fessée judiciaire : visiblement, la LDH y prend goût ! », et agrémente sa page d’un photogramme datant du muet où l’on voit un homme administrer une chaste correction à une femme (tout habillée), les Inrocks rotent de rage. C’est Olympe de Gouges qu’on assassine. Le machisme en habit de maire. Ménard = Babar. Et tout ça. Pourtant le magazine déclinant de Mathieu Pigasse (-12% de diffusion payante d’une année sur l’autre) aurait dû jouir et se réjouir que cet art de la fessée qu’il chérit tant ait enfin franchi les barrières du périphérique et soit offert aux regards encore un peu terreux des Biterrois (c’est comme ça qu’on dit dans les journaux). Il n’y a pas un an, en effet, ils s’émouvaient que le Premier ministre anglais veuille interdire « certaines pratiques sexuelles » dans la pornographie de son pays, au premier rang desquelles la fessée. Et dans leur critique du navet 50 nuances de machin, ils se plaignaient encore d’« une toile de fond psy qui tend à faire du sado-masochisme une pathologie, et surtout pas un acte de transcendance ou de liberté ». Enfin, il n’hésite pas pour gonfler ses ventes à mettre en Une, cette semaine même, une jeune femme nue, certainement à peine majeure, sous le doux titre concis « Sexe 2015 ».

Malheureusement, ce n’est pas ainsi que ça se passe. Si vous dites du mal de la fessée entre adultes, les Inrocks dénonceront ; si par contre vous en dites du bien, les Inrocks dénonceront. Comme les grands moralistes antisexistes de Canal Plus font présenter depuis vingt ans la météo par des jeunes femmes réduites à l’état de pétasses. Je ne sais pas pourquoi, mais eux ils ont le droit.

Enfin, je suppose que les Inrocks eussent, grands princes, passé outre la beauferie du journal de la Ménardie si l’on avait vu la scène inverse, une femme représentant Robert Ménard fessant un homme, allégorie de la LDH. C’eût été une puissante manifestation de la libération des femmes. C’est-à-dire que, comme souvent, cela n’aurait eu aucun sens et n’aurait amusé personne.

Jo Nesbö, sang et glace

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nesbo sang glace

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C’est une bonne nouvelle pour les amateurs de romans noir et de thrillers: Jo Nesbö sait faire court. Du sang sur la glace se lit en une soirée et a plutôt la taille d’une novela que celle de ces pavés monumentaux auxquels nous a habitués la star planétaire du polar norvégien. On sait que d’habitude, avec dix aventures au compteur qui sont autant de best-sellers traduits en quarante langues, l’inspecteur Harry Hole nous a souvent entrainés loin d’Oslo pour nous plonger dans les bas-fonds de Bangkok ou chez des Sud-Africains sadiques.

Bien sûr, tout partait toujours de Norvège mais Nesbö avait fini par faire du « world polar » comme il y a une « world music ». Il l’a fait certes bien mieux que d’autres mais au fur et à mesure que ces romans gonflaient en volume, ils perdaient en originalité. On pouvait saluer la virtuosité du maître mais les deux derniers, Fantôme et Police, avaient quelque chose d’inflationniste dans les péripéties et on y perdait en route ce qui faisait la force des premières enquêtes de Harry Hole comme dans l’indépassable Bonhomme de neige. C’est aussi le problème d’avoir un personnage récurrent. On peut admettre que dans la vie d’une personne, même un flic, il puisse arriver une demi-douzaine d’événements personnels ou d’affaires particulièrement tragiques. Au-delà, le personnage auquel on croyait quitte son statut purement humain pour devenir un archétype, façon Tintin. Et ce qui est bon pour la bande dessinée le devient beaucoup moins quand on a voulu construire un personnage réaliste avec lequel on partage ses amours ratées, ses deuils, ses addictions, ses doutes. A la fin, on n’y croit plus, ou beaucoup moins.

Est-ce en  se rendant compte de cette dilution qui aseptise que Nesbö a décidé de faire une pause avec Du sang sur la glace qui ne met plus en scène Harry Hole mais un tueur à gage au service d’un parrain du milieu dans l’Oslo de la fin des années 70, dans les jours qui précèdent Noël ? On apprend d’ailleurs au passage comment à cette époque l’héroïne a envahi Oslo à partir de la très septentrionale île minière du Svalbard, partagée entre URSS et Norvège, là où pouvait passer dans des températures polaires la came venue d’Afghanistan. Toujours est-il que dans Du sang sur la glace, Nesbö se recentre sur les codes du roman noir, tueurs, truands, affrontement entre mafias locales, femmes fatales, pour les réinventer sans les dénaturer, un peu comme un tragédien du dix-septième siècle qui accepte la règle des trois unités pour mieux jouir de la contrainte qui lui permettra de renouveler son inspiration.

C’est le tueur qui a la parole. Il est très attachant, en fait. Au début, on le voit exécuter un homme de main du Pêcheur, le grand rival de son patron.  Il le fait sans sadisme excessif et prend bien soin de préciser à sa victime qu’il ne faut « rien voir de personnel » là-dedans. Notre tueur est, en outre, dyslexique. Il n’empêche qu’il ne cesse de vouloir écrire son histoire ou plus exactement une lettre à une fille sourde et muette dont il a dû « expédier » le petit copain. La fille sourde et muette ne le sait pas, évidemment, et le tueur qui est un peu amoureux d’elle, la protège de loin et s’arrange pour prendre le même train de banlieue qu’elle et lui murmurer tout son amour en s’asseyant derrière elle.

Murmurer son amour à quelqu’un qui n’entend pas, voilà une bien belle définition de l’écriture. Outre l’intrigue très bien menée- le tueur doit tuer la femme infidèle de son patron- et quelques scènes de bravoure comme la fusillade dans la crypte d’une église où  il s’est introduit dans un cercueil, on comprendra que Nesbö a aussi fait de ce conte de Noël noir une réflexion sur son travail d’écrivain, sur la nécessité de raconter des histoires pour comprendre la vie ou, comme le dit le tueur lui-même, de trouver « la narration adéquate »: à la fois celle qui lui permettra de saisir les mobiles cachés de son patron mais aussi et surtout de trouver un sens à ce qui se présente devant nous comme un désordre tour à tour mélancolique et violent, désordre qu’on appelle la vie, faute de mieux

Et cela est bien plus difficile que d’échapper aux balles qui sifflent un peu partout dans Du sang sur la glace.

*Photo: Pixabay.

Du sang sur la glace, Jo Nesbö (Gallimard, Série noire).

Confessions d’un électeur juif du FN

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fn marine lepen juifs islam

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Tout en restant faible, le vote juif en faveur du parti de Marine Le Pen progresse. Et ce n’est pas les récentes déclarations de Roger Cukierman mardi 4 août au micro de RTL qui pourront changer la donne. Le Président du CRIF a dit regretter que des Juifs puissent être séduits par le mouvement frontiste : « Je pense qu’ils ont un peu la mémoire courte. » Selon une étude de l’Ifop publiée en septembre dernier, Marine Le Pen récoltait 13,5% du vote juif quand son père ne recueillait en 2007 que 4,4%. Un juif français d’origine polonaise a accepté de se confier anonymement sur les raisons de son choix.

Denis est juif et il vote FN. Veste de cuir un peu élimée, un bon gros pull over sur un pantalon de toile, Denis, la soixantaine, est cadre et père de deux enfants. Il est aussi le fils de parents communistes qui ont pris leurs distances lorsqu’ils ont découvert les exactions soviétiques commises par Staline.

Denis s’excuse, il est un peu souffrant. Mais l’occasion qui lui est donnée de pouvoir dire ce qu’il a sur le cœur l’emporte. D’ailleurs, c’est lui qui lance la conversation : « Vous êtes quoi, je veux dire, vous votez quoi ? » Volonté d’être rassuré sur son interlocuteur ou simple curiosité ? Toujours est-il qu’une fois passées les présentations ce juif d’origine polonaise est un bavard, il est même intarissable dès qu’il est question de politique française.

La première fois qu’il a voté Front national, c’était aux dernières élections présidentielles. Il précise : « C’était la première fois que je votais. » Denis explique s’être intéressé à la politique française « il y a quinze ou vingt ans, avec l’islamisation ». Il justifie son vote tardif par un manque de motivation, l’absence de carte électorale, « au niveau administratif je suis un peu naze vous savez ! Et puis là, j’avais envie de voter, c’est tout. »

Voter FN reste encore tabou pour beaucoup, surtout au sein de la communauté juive.

Ce qui l’a poussé à voter pour le Front en 2012 ? D’abord la question de l’immigration et les constats dressés par le FN qui rejoignaient ses propres analyses, et ensuite « la position du parti sur l’Europe actuelle, la défense de la souveraineté nationale ». Jeune, Denis a manifesté contre Jean-Marie Le Pen. « Je suis descendu dans la rue lors de l’affaire de la profanation du cimetière juif de Carpentras en 1990, jusqu’à ce qu’on apprenne que le FN n’était pas responsable. Même aujourd’hui on se sert de cette affaire pour dénigrer Le Pen. » Et d’ajouter : « Ce qui m’a aussi radicalisé, c’est le dévoiement dans les médias de la pensée de Marine Le Pen, par exemple, en un discours qui n’est pas celui qu’elle tient, le spectacle de l’acharnement médiatique scandaleux contre le Front national auquel j’ai assisté. »

Denis se méfie des médias. Ces derniers sont coupables du délit de mauvaise foi à l’égard du parti frontiste et portent aussi à l’entendre la responsabilité du cas Dieudonné : « Dieudonné est le fruit de l’AFP. Il utilise les arguments fournis par l’AFP concernant Israël. » En effet, ce sioniste regrette la couverture médiatique française anti-Israël, l’affaire Al-Dura étant d’après lui l’illustration parfaite de cette obsession. Plus largement, « l’antisémitisme arabo-musulman » présent en France est en partie implanté par la presse française qu’il estime antisémite. Le Front National n’est pas exempt de tout reproche sur le sujet : « Je m’interroge sur le traitement du conflit israélo-palestinien fait par le FN, traitement que je trouve pour le moins stupide et au pire malveillant ». La comparaison de Gaza avec un camp de concentration effectuée par Jean-Marie Le Pen n’a pas plu à beaucoup de Juifs.

Si les attentats de janvier l’ont choqué, Denis explique ne pas avoir été vraiment surpris dans le fond : « Je m’attends au pire en ce moment, et en permanence. Pour tout vous dire, je suis même surpris qu’il n’y ait pas davantage d’attentats antisémites tel que celui de l’Hyper Cacher en France.» Tout comme le Front national, Denis voit un lien très fort entre insécurité et immigration. Il considère qu’il est quasiment impossible d’intégrer des populations aux mœurs et habitudes si différentes de la culture française, « en particulier du fait du nombre d’individus étrangers ou d’origine étrangère. » Ce juif ne cache pas avoir été marqué il y a une dizaine d’années par l’affaire du professeur d’histoire au collège, Louis Chagnon, poursuivi par des parents d’élèves pour avoir qualifié  « d’assassin et de voleur » le prophète Mahomet. « En fait la question de l’Islam en France est arrivée petit à petit » précise-t-il. Zemmour est une des rares figures médiatiques qu’il apprécie, dont il rejoint notamment le constat sur la surreprésentation des noirs et des arabes en matière de délinquance. Le concept de préférence nationale ne le scandalise pas, bien au contraire. Denis considère que les Français doivent être, « naturellement », prioritaires devant les étrangers concernant l’accès au logement ou à l’emploi.

Autour du cou, l’étoile de David ayant appartenu à sa mère. Quand on la lui fait remarquer, il s’empresse de la cacher : « Je ne voulais pas qu’on la voie. » Denis n’est pas pratiquant mais comme le parti qu’il soutient, il est très attaché à la laïcité. D’ailleurs, les propositions du FN concernant l’interdiction de l’abattage religieux ou du port de la kippa dans l’espace public ne le dérangent pas.

Denis tient à être clair ou en tout cas fait tout pour le laisser croire : « Je ne dirai pas que j’ai les idées de Le Pen, c’est Le Pen qui exprime parfois mes idées. Après, que ce soit lui ou un autre, je m’en fous. Évidemment je ne suis pas d’accord avec tout. De toute façon, on n’a pas toujours toutes les idées de quelqu’un. » Revenant sur le fameux « point de détail » cher à l’ancien président du parti, ce juif n’est pas sûr de l’antisémitisme de son auteur : « A mon avis, Jean-Marie Le Pen est un provocateur souhaitant s’exprimer comme il l’entend. » Denis n’est pas totalement convaincu par le « nettoyage » de Marine Le Pen au sein du parti, les relents antisémites d’une extrême droite traditionaliste seraient toujours présents. Sans en attendre grand chose. « Le FN pense qu’il va pouvoir agir s’il est élu en 2017, personnellement je n’y crois pas trop. Plein de paramètres entre en jeu… Des forces étrangères extérieures peuvent s’y opposer, et puis je ne suis pas certain qu’elle ait les cadres suffisants pour diriger le pays. »

Ce fidèle auditeur de Radio Courtoisie ne manque pas de faire remarquer que Marine Le Pen a été l’une des premières de la classe politique à dénoncer la venue de Youssef al-Qaradawi au congrès de l’UOIF 2012. Ce prêcheur sunnite comptant d’innombrables fans des deux côtés de la Méditerranée et qui fait passer Hitler pour ‘exécuteur du « châtiment divin » infligé aux Juifs. Ses convictions, Denis les paye du prix du silence. Celui qu’il s’impose en compagnie de certains de ses coreligionnaires, même les plus proches. Son frère, confie t-il, le « traite de facho » lorsqu’ils parlent d’islam ou d’immigration et ses enfants ne sont pas plus séduits par le Front. Mais cet ashkénaze est plus bavard qu’un séfarade et il n’abandonne pas pour autant l’idée de rompre des lances avec eux.

Depuis peu, Denis est délégué CFDT, une fonction qu’il est fier d’assurer. Il préfère être discret sur ses opinions politiques, craignant que la CFDT ne le mette au ban de la sphère syndicale si elle avait connaissance de son vote.

Aux élections départementales, il a voté FN même s’il reconnaît ne pas s’être penché sur le programme. En attendant la prochaine présidentielle, il garde le cap : « Sûrement Marine. »

*Photo: Sipa. N° de reportage: AP21714128_000001.

Francfort: un parking pour tout-e-s

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Le parking de l’aéroport de Francfort est pavé de bonnes intentions. Des places réservées aux femmes y ont été aménagées pour assurer à celles-ci une plus grande sécurité. Mais le zèle des dirigeants de l’aéroport a été jugé peu conforme aux standards d’une politique dépassant les « stéréotypes de genre ». Et les critiques ont tôt fait de fuser à l’encontre de ses dirigeants.

En Allemagne, la loi exige que des places de parking soient exclusivement assignées aux femmes. Cette obligation a été mise en place par le ministère de l’Egalité des sexes en 1998. À l’origine, il s’agissait de protéger les femmes seules et d’éviter agressions et harcèlement. Ces places doivent donc être bien éclairées et filmées par des caméras de surveillance. La loi définit un ratio d’emplacements dédiées aux femmes et les Lander ont la charge de déterminer la juste proportion de ces places sécurisées.  À Francfort, le Land de la Hesse a fixé ce ratio à 5% des places de parking.

Les communicants de l’aéroport de Francfort pensaient donc faire d’une pierre deux coups en créant de jolis emplacements pour les clientes. Et une campagne de promotion a été lancée : « Vous voulez vous garer dans un parking plus spacieux, plus mignon et plus près du terminal ? Oui, alors, nous vous avons réservé une place dans l’un de nos parkings pour dames ! ». Ces places de parking sont en effet très « mignonnes », un panneau affichant une fleur sur fond bleu indique l’emplacement tandis qu’un marquage au sol rose bonbon attire l’œil. Rien que cela, c’est déjà suspect, et nos camarades internautes luttant sans relâche contre les amalgames entre les femmes et le rose, s’en offusquent.

Mais ce qui ne passe vraiment pas, c’est la largeur de ces places de parking. D’aucuns y voient un ignoble sous-entendu sexiste. Une journaliste irlandaise, directrice du magazine automobile Women Wheels le dit bien sur Twitter : « Cela renforce les stéréotypes selon lesquels une femme ne sait pas conduire ou se garer ». « Parce que oui, comme chacun sait grâce aux poncifs sexistes perpétués générations après générations, les femmes et les créneaux ce n’est pas vraiment ça… » abonde dans le même sens une journaliste de Terra Femina.

C’est donc raté pour l’aéroport de Francfort, ses dirigeants, qui pensaient bien faire, n’ont pas encore réussi à se débarrasser des horreurs machistes et phallocrates qui errent dans leurs cerveaux. Pourtant, nous dit le porte-parole de l’aéroport : « les clients, hommes et femmes, attendaient un tel service ».

Il y a un an, alors qu’une polémique similaire battait son plein en Chine, la cliente d’un centre commercial avait naïvement déclaré à l’AFP : « ce n’est pas sexiste, c’est juste plus pratique. Les femmes ne conduisent pas mal, elles ont juste plus de mal à estimer les distances quand elles se garent ». Mais il n’est plus tolérable que l’on colporte de tels stéréotypes. Et les femmes doivent apprendre à savoir qu’elles conduisent aussi bien que les hommes. Quoi qu’elles en pensent.

Contre les féministes, osons le marquis de Sade!

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En 1993, j’étais peinard. Je cultivais mon jardin, c’est-à-dire que je m’occupais de mes gosses, de mes articles, et aussi des représentantes du sexe féminin dont certaines me voulaient du bien. En 1993, je regardais encore la télé, surtout à cause des enfants. Certes, je n’aimais pas les pubs. Mais, pour l’une d’elles, j’aurais donné tout l’or du monde. On y voyait un homme, genre jeune cadre élégant et moderne au volant d’une superbe automobile, une Audi je crois. Il roulait très lentement. Une fille regardait la voiture. Puis l’homme. Puis encore la voiture. Puis encore l’homme. Et, en fond sonore, il y avait une voix enveloppée dans un velours comminatoire : « Il a le pouvoir, il a l’argent, il a la voiture, il aura la femme ! » Fascinée, obéissante et soumise, la fille répétait en écho : « Il aura la femme ! » Et, conquise, elle montait dans la voiture.

La fille était bouleversante. Un mélange d’Anouk Aimée et de Fanny Ardant telles que les ont gardées Lola et La Femme d’à côté, jeunes et belles pour l’éternité. La pub fit aboyer les Chiennes de garde. Elle fut retirée. Jamais, moi qui ne demandais rien à personne, je n’avais été agressé avec une telle violence. Elles avaient tué la beauté d’Anouk Aimée et de Fanny Ardant, victimes expiatoires de la haine de féministes laides et repoussantes : laides et repoussantes dans leur tête, car pour le corps je ne sais pas, et je n’ai pas la moindre envie d’aller voir.[access capability= »lire_inedits »]

Oui, pour moi, le péché originel du féminisme date de 1993, annus horribilis. Depuis, c’est la guerre. Et ce n’est pas moi qui ai commencé. J’aime les filles, pas trop les femmes (ce mot est anxiogène) et pas du tout les féministes. J’aime Anouk Aimée et Fanny Ardant. Encore plus depuis qu’on les a assassinées. J’aime Vinca, 15 ans, jeune-fille en herbe, et aussi la Dame blanche, plus âgée et plus experte, qui aida Phil à faire ses premiers pas d’homme dans la vie. J’aime Yvonne de Galais, fragile comme un rêve, qui se donna au Grand Meaulnes avant de mourir. J’aime, je le répète, les filles et pas trop les femmes. Ce n’est pas une question d’âge. Il y en a qui à 18 ans portent toute la lourdeur accablante des femmes et d’autres qui, à 60 ans, ont la grâce juvénile des jeunes-filles.

Vous, les féministes, je ne vous aime pas du tout. D’Éros et Thanatos, vous n’avez gardé que Thanatos. Vous êtes de gauche. Il y a une gauche bien élevée et cultivée parfaitement fréquentable, mais minoritaire et timide. On ne l’entend jamais. C’est la gauche vulgaire, arrogante, obtuse et douillettement emmitouflée dans sa bêtise triomphante qui occupe le devant de la scène. C’est ainsi que vous êtes.

Vous êtes de gauche, et, bien naturellement, vous vous intéressez aux deux révolutions qui ont changé la face du monde. De 1789 et de 1917, vous avez pris ce qui vous a paru le meilleur. Le rasoir national, la guillotine des enragés hébertistes. La balle dans la nuque des tchékistes, vos amants virtuels. Vous détestez le catholicisme, et vous lui avez pris ce qu’il avait de pire : l’Inquisition et ses bûchers. Les Torquemada et les Savonarole en jupon sont chez vous légion.

À la guerre comme à la guerre. Par tous les moyens qui excluent tout respect de la Convention de Genève. Par tous les moyens, car vous le valez bien. Pourquoi vous ménagerait-on ? Vous avez ajouté à votre sinistre aigreur une hypocrisie sans nom qui vous disqualifie à jamais et qui autorise contre vous tous les procédés, même immoraux.

Vous a-t-on entendues quand Pierre Bergé a déclaré que « les femmes pouvaient bien louer leur ventre, puisqu’elles louaient déjà leurs bras » ? Rien. Pas un cri. Même pas un petit murmure de désapprobation. Parce que Pierre Bergé est millionnaire, de gauche et homosexuel. L’homme moderne, « in », « hype », comme vous l’aimez.

Quand on a inauguré dans les jardins du château de Versailles une structure (ça évite de dire sculpture) baptisée par son auteur « Le Vagin de la reine », vous vous êtes tues. Et pourtant le machin en question avait de quoi vous faire vomir. Un énorme entonnoir. Un gigantesque sonotone à l’ancienne. Un monstrueux schofar à rendre sourd Yahvé (si vous ne savez pas ce que c’est, demandez à un ami juif). Et vous n’avez rien dit. Pourquoi ? Parce que ladite structure a reçu la bénédiction de Fleur Pellerin et de tous les « artistes subversifs » qui sont de la même tribu politique que le bien-aimé Pierre Bergé.

Vous comprendrez donc que vous ne pouvez en aucun cas bénéficier de la protection des lois de la guerre. Contre vous tout est permis. Y compris les armes de destruction massive, y compris la plus redoutable, imparable effaceuse de conneries : « Français, encore un effort si vous voulez être républicains » est un chapitre d’un texte aussi fondamental à mes yeux que les deux Testaments ou le Manifeste du Parti communiste, La Philosophie dans le boudoir. Son auteur, le marquis de Sade, est un grand visionnaire méconnu (comme visionnaire, mais très connu par ailleurs).

Féministes, encore un effort si vous voulez être républicaines ! Écoutez le divin Marquis et baissez enfin la tête sous ce feu de napalm : « S’il devient donc incontestable que nous avons reçu de la nature le droit d’exprimer nos vœux indifféremment à toutes les femmes, il le devient de même que nous avons celui de l’obliger de se soumettre à nos vœux, non pas exclusivement, je me contrarierais, mais momentanément. Il est incontestable que nous avons le droit d’établir des lois qui la contraignent de céder aux feux de celui qui la désire ; la violence même étant un des effets de ce droit, nous pouvons l’employer légalement. Eh ! la nature n’a-t-elle pas prouvé que nous avions ce droit, en nous donnant la force nécessaire à les soumettre à nos désirs ? »

Le napalm ne vous suffit pas ? Voilà le vitriol ! « Tous les hommes ont donc un droit de jouissance égal sur toutes les femmes ; il n’est donc aucun homme qui, d’après les lois de la nature, puisse s’ériger sur une femme un droit unique et personnel. La loi qui les obligera de se prostituer, tant que nous le voudrons, aux maisons de débauche dont il vient d’être question, et qui les y contraindra si elles s’y refusent, qui les punira si elles y manquent, est donc une loi des plus équitables, et contre laquelle aucun motif légitime ou juste ne saurait réclamer. »

Et pour conclure, un peu d’huile bouillante comme au bon vieux temps du Moyen Âge : « Un homme qui voudra jouir d’une femme ou d’une fille quelconque pourra donc, si les lois que vous promulguez sont justes, la faire sommer de se trouver dans l’une des maisons dont j’ai parlé ; et là, sous la sauvegarde des matrones de ce temple de Vénus, elle lui sera livrée pour satisfaire, avec autant d’humilité que de soumission, tous les caprices qu’il lui plaira de se passer avec elle, de quelque bizarrerie ou de quelque irrégularité qu’ils puissent être, parce qu’il n’en est aucun qui ne soit dans la nature, aucun qui ne soit avoué par elle. »

Vous voyez ? Enfoncé !, ce pauvre timoré de Zemmour avec sa misogynie tiède comme un cataplasme. Sade, lui, avait une vision du monde. D’un monde meilleur, fait pour le bonheur de tous, et aussi, selon lui, de toutes. Un prophète mais, hélas ! pas un messie. Cette société de rêve qu’il appelait de ses vœux n’a pas vu le jour. Et le divin Marquis a fini enfermé à Charenton par Robespierre – un incorruptible, un pur, un puritain asexué. Vous êtes comme lui en pire. Lui coupait des têtes. Vous, vous voulez couper tout ce qui dépasse ! Et là, en tant qu’homme, je me sens concerné. Je ne veux pas être mutilé. Vous êtes des casse-couilles, vu l’ennui soporifique qui se dégage de vos litanies. Mais vous êtes aussi, pour les plus conséquentes et logiques d’entre vous, des coupe-couilles ! Et le marquis de Sade n’est pas de trop pour vous faire enfin plier.

Comme tout condamné à mort vous avez droit à un dernier mot. Sade, dites-vous, est vulgairement outrancier ? Certes. Mais, à tout prendre, je préfère ses outrances aux vôtres. Lui, au moins, il les fait avec la langue – une langue superbe et ambiguë dont vous ignorez décidément les délices.[/access]

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*Photo : Rue des Archives