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Plenel donne une leçon de déontologie… dans Closer

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edwy plenel closer philippot

 « Vous travaillez pour Closer ? », « Non, Causeur ». La scène s’est répétée mille fois et ne laisse pas d’amuser l’à-quoi-boniste qui écrit ces lignes. Bon, avouons-le, dans ces cas-là, j’ai tendance à rectifier le tir en précisant derechef  à mon interlocuteur que nous ne partageons ni la ligne éditoriale, ni le tirage, ni – hélas – les émoluments de nos confrères.

J’ignore si Edwy Plenel, en pleine promotion de son livre sur le Rainbow warrior, a sursauté lorsque Closer lui a demandé un entretien. Avec son art du faux contre-pied, le PDG de Mediapart vomit votre magazine préféré mais adresse un satisfecit en règle à son quasi-homonyme boulevardier. L’interview publiée il y a maintenant un mois (désolé pour le retard, il me reste une pile de Voici à feuilleter) a de quoi laisser pantois. Laurence Pieau et Maëlle Brun y passent le célèbre moustachu à la question, avec une impertinence qui a dû la lui défriser : « La vraie mission de la presse est de révéler ce que les pouvoirs voudraient garder caché. Hors Mediapart, qui le fait aujourd’hui ? ». Plus brave et irrévérencieux que la bande à Plenel-Arfi, tu meurs ! La preuve, « un de vos journalistes (…) est le seul à ne pas se lever lors d’une conférence de presse à l’arrivée du Président » : on n’avait pas admiré pareil courage depuis les provocations antibolchéviques de Boulgakov sous Staline…

Grâce à cette tribune, l’ancien patron du Monde pavoise son domaine aux couleurs de l’indépendance, partant du principe qu’« en France, le journalisme est trop souvent compromis avec les pouvoirs, politiques ou économiques ». Fort bien, mais quid du pouvoir des juges, de la brigade financière et des médias qui s’en font le relais, notamment au cours de ces coups de Jarnac dans lesquels Mediapart n’a, bien entendu, jamais trempé ? On aurait apprécié une question de relance mais ne rêvons pas, pour Plenel, l’occasion était trop belle de pourfendre le monarchisme français, comme si l’Elysée détenait autre chose que l’autorité, laquelle a de moins en moins à voir avec le (vrai) pouvoir.

Mais je suis mauvaise langue. Lorsqu’ils entrent dans le vif du sujet, nos deux Closer osent une pointe d’audace : « Où placez-vous le curseur entre privé et public ? »  En v’là une question qu’elle est bonne, et pas seulement parce que Mitterrand et Chirac ont longtemps caché leurs petits et gros bobos de santé. À cette interrogation essentielle, Edwy Plenel répond par une sentence aussi floue que définitive : « Tout ce qui est d’intérêt public doit être public. C’est notre loi fondamentale [Ndr : Qui l’a votée, en dehors du comité de rédaction de Mediapart ?] ». Sa sophistique fait rimer déontologie et tautologie (« la frontière est parfois brouillée, notamment quand on a du pouvoir, et que le pouvoir est utilisé au profit de la sphère privée ») mais souffre heureusement quelques exceptions, comme Mazarine, dont Plenel a tu l’existence du fait de son jeune âge. « Aujourd’hui encore, j’agirais de la même façon », jure-t-il. Ouf, on respire !

Logiquement, s’agissant des histoires de fesses, les mêmes causes devraient entraîner les mêmes effets. Peut-être doit-on imputer à l’extrême courtoisie de Plenel, qui n’aime rien tant qu’abonder dans le sens de son hôte – vilains réacs exceptés – la mansuétude dont il gratifie Closer. Car, reçu au cœur du temple de la paparazzade, le guide suprême de la République transparente creuse une nouvelle brèche dans sa morale : « Je cite souvent l’exemple de ce politique au discours officiel très homophobe [Ndr : Lequel ? des noms ! Les ratonneurs de folles ne courent pas la salle des quatre colonnes] » qui s’est avéré en être. « Que faire ? Jusqu’à récemment, je me disais que je ne le révélerais pas, car c’est sa part de contradiction intime. » Rassurez-vous, le vengeur démasqué a « évolué grâce à l’équipe de Mediapart, dont l’un des membres est cofondateur de l’association des journalistes LGBT : ils ont jugé légitimes vos révélations [Ndr : sur Florian Philippot, car les membres du Front national devraient être moins égaux que les autres.], s’étonnant que l’homosexualité soit automatiquement reléguée à la sphère privée, quand l’hétérosexualité, elle, est toujours publique » En cauchemar, un cheikh saoudien me faisait récemment la même remarque : pourquoi se priver d’une police des braguettes ? Sortons tous les homos de droite du placard. Cela mettrait Mediapart, Act up, Closer et Rivarol d’accord. Un petit miracle signé Plenel!

P.S : Vous vous demandez peut-être ce que je pense de Closer – le comité de salut public baptisé Mediapart, Causeur en disserte depuis belle lurette… Inutile d’épiloguer, notre ami Jean-Louis Murat a déjà tout dit, et fort éloquemment, il y a une dizaine d’années face à Laurence Pieau. Celle-ci semble avoir enfin trouvé son « signifiant » en la personne de Plenel. Loué soit-il.


Jean Louis MURAT (france2) par guillaume-s

*Photo: Sipa. N° reportage : 00708759_000106.

Nous ne sommes pas égaux devant la climatisation

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feminisme sante climatisation

On a beau avoir traîné ses guêtres dans les classes de biologie, une petite piqûre de rappel ne peut pas faire de mal. Une étude sur la climatisation publiée lundi par deux chercheurs néerlandais nous rappelle une évidence que la société contemporaine a tendance à oublier : l’homme et la femme sont différents et ne supportent pas aussi bien le froid.  Les chanceux qui disposent de la climatisation au bureau peuvent en faire quotidiennement le constat. La ventilation est normalement réglée à 21 degrés. Température pensée pour convenir à un homme de quarante ans pesant 70 kilos.

Logiquement, le métabolisme féminin, moins important, réclame trois degrés de plus pour son bien-être. Ce qui explique beaucoup de frissons et la perpétuelle guerre des sexes autour du niveau de l’air conditionné. Eh oui, n’en déplaise aux tenants du gender, notre corps a un sexe, un seul, différent ce celui de son alter ego.

Lorsqu’elle a été créée dans les années 1960, la climatisation faisait fi de l’écart entre les deux sexes. Tous étaient rangés à la même enseigne, l’enseigne masculine. « Invention misogyne ! » hurlent déjà les réseaux sociaux. Mais la réalité est plus complexe. Une observation que l’on peut faire à propos de la médecine en général.

La recherche médicale a longtemps considéré l’homme comme un standard de la physiologie humaine. Pas forcément par sexisme, mais tout simplement parce que le corps masculin n’est pas sujet aux troubles hormonaux que connaît la femme, ce qui facilite son étude. Résultat, la médecine générale n’est pas adaptée au gabarit féminin et peut même se révéler dangereuse pour les patientes (voir à ce sujet le livre de Peggy Sastre, Le sexe des maladies). Certains pays tels que les Etats-Unis ou Israël, développent déjà une médecine sexuée, adaptée aux besoins de chacun. Par égalitarisme, la France reste à la traîne alors que, d’un point de vue sanitaire, il est urgent de prendre en compte les différences entre les hommes et les femmes.

Amies féministes, vous vous évertuez à mettre l’homme et la femme sur un pied d’égalité et en oubliez l’essentiel. À force de vouloir à tout prix faire disparaître les caractéristiques propres à chaque sexe, vous passez à côté de la vraie bataille.

Vous feriez mieux de rappeler notre inégalité physiologique. L’homme est supérieur à la femme physiquement et musculairement ? Tenons-en compte pour les soins médicaux (c’est vital), pour les services quotidiens (histoire de moins frissonner au bureau), et pourquoi pas, pour un zeste de courtoisie (sinon, qui porterait les valises ?).

*Photo: wikicommons.

Communiqué de Valérie Pécresse

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Nous publions ce communiqué de Valérie Pécresse démentant les propos repris par Causeur dans cet article.

Valérie Pécresse dément catégoriquement les propos qui lui ont été prêtés dans Le Canard Enchaîné du 29 juillet, selon lequel elle aurait distingué ses compatriotes juifs et musulmans des autres au cours d’une réunion publique qui s’est tenue à la salle des fêtes du Blanc-Mesnil en présence de nombreux élus et personnalités le 8 juillet dernier.

Elle y avait réaffirmé, au contraire, que toutes les religions doivent s’inscrire dans les lois de la République. Voici les propos qu’elles a tenus : « c’est évident, ce que l’on a demandé aux catholiques et aux juifs par le passé, on doit pouvoir le demander aux musulmans de France. Mais ce qu’on a donné aux catholiques et aux juifs par le passé, on doit aussi pouvoir le donner aux musulmans de France, dès lors qu’ils s’intègrent dans les principes de la République. Tout ça, c’est des sujets dont il faut que nous parlions. Tout ça, c’est des sujets de discussion. »

L’enregistrement intégral de cette réunion publique a été réalisé par la télévision « La Locale » et a été déposé chez Maître Stéphane Emery, huissier de justice, et sera utilisé pour toutes les procédures judiciaires nécessaires à rétablir son honneur attaqué.

2017: Qui tuera qui?

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2017 hollande sarkozy juppe wauquiez

Il y aura du sang sur les murs. Dans un mois, dans un an, au plus tard dans dix-huit mois, dans le monde darwinien de la politique française, quelques-uns des grands fauves qui paradent aujourd’hui dans la jungle auront été éliminés par leurs congénères, à l’issue de combats sans merci. On en voit les prémices en observant à la loupe la cuisine interne des grands et petits partis qui se mettent en ordre de bataille pour les ultimes affrontements de ce quinquennat : élections régionales en décembre 2015, primaires de la droite en novembre 2016, élections présidentielle et législatives de mai 2017.

La défaite de Martine Aubry, incapable de faire élire son féal Gilles Pargneaux à la tête de la puissante fédération du Nord du PS, en dépit de son ralliement à la motion majoritaire du congrès de Poitiers, est la première manifestation spectaculaire de l’agonie du parti d’Épinay. Elle n’est pas la seule : sur tout le territoire, des embuscades au coin d’un bois se soldent par l’élimination d’apparatchiks apparemment indéboulonnables. Défaits à Poitiers, les « frondeurs » de Benoît Hamon, experts en coups de vice bureaucratiques, récupèrent des sections et des fédérations désertées par les militants. Les proches de Manuel Valls ne sont pas les derniers pour verrouiller à leur profit les instances décisionnaires du parti, mettant à mal l’unité de façade laborieusement construite par Jean-Christophe Cambadélis. Dans le petit monde des socialistes français, les passions tristes (haine, mépris, pulsions meurtrières) se déploient sans entraves.[access capability= »lire_inedits »]

Tous ceux qui ambitionnent de jouer les premiers rôles dans les décennies à venir ont intégré dans leur stratégie l’inéluctable : la défaite programmée de François Hollande en 2017, que seul un miracle pourrait conjurer. Le principal intéressé, le président de la République, partage bien entendu cette analyse, et tente frénétiquement d’éviter les poubelles de l’Histoire en cherchant à marquer des points sur la scène internationale, avec l’aide de son ancien rival Laurent Fabius, qui vise également une sortie honorable, sinon glorieuse, de la politique active. Objectif 2022, voire 2027 pour les quinquas et quadras de la gauche, chacun d’entre eux affûtant ses armes pour s’imposer après Waterloo. Martine Aubry passée à la trappe, Claude Bartolone fait banco sur le sauvetage, par la gauche, de la région Île-deFrance pour éliminer Manuel Valls avec l’aide de la maire de Paris Anne Hidalgo.

D’autres, comme Arnaud Montebourg, participeraient bien, de l’extérieur, à une entreprise de « pasokisation »[1. La « pasokisation » est le sort funeste d’un Parti socialiste dominateur à gauche, balayé électoralement, comme le Pasok grec, par une vague d’extrême gauche.] du PS, avec l’aide des amis de Mélenchon, et de quelques écolos plus rouges que verts, si d’aventure quelques mouvements sociaux de l’espèce indignée venaient à éclater dans les prochains mois. Manuel Valls, enfin, dont l’objectif de substituer au vieux parti d’Épinay une formation sociale-libérale s’affirme chaque jour davantage, n’est pas du genre à laisser passer sa chance.

Ceux qui croiraient que je noircis outrageusement le tableau n’auront qu’à méditer l’exemple de la situation de la gauche dans la nouvelle région Rhône-Alpes-Auvergne, à six mois des élections régionales. Le président sortant, Jean-Jack Queyranne (PS), pouvait nourrir quelques (maigres) espoirs de se voir reconduit à la tête d’un fief élargi : son adversaire désigné par Les Républicains, Laurent Wauquiez, est fortement marqué à droite, ce qui est un handicap certain dans une région où la sensibilité centriste et démocrate-chrétienne pèse encore dans les urnes. L’Auvergnat Wauquiez, avec le soutien de Nicolas Sarkozy, a brutalement éjecté son concurrent savoyard Michel Barnier, ci-devant vice-président de la Commission européenne, personnalité consensuelle, rassemblant largement au-delà des gaullistes purs et durs, et favori des milieux économiques rhônalpins.

Mais, pour avoir une petite chance de l’emporter, Queyranne devrait, dès le premier tour, présenter une liste d’union allant des communistes aux « centristes de progrès » (en fait des bayrouistes allergiques à Sarko). Au lieu de quoi il pourrait se retrouver sous les feux croisés de ses « amis » : appartenant, avec Jean-Louis Bianco, au dernier carré des « ségolénistes », Queyranne, 69 ans, est la cible rêvée de la gauche comme de la droite du parti. Les « frondeurs » éliminent ses amis de la liste des régionales dans les départements qu’ils contrôlent, comme la Loire, et Gérard Collomb, satrape vieillissant et ennemi juré de Jean-Jack, impose sa jeune épouse comme n° 2 de la liste du Rhône.

Les Verts rêvent de refaire, à la région, le coup de Grenoble aux municipales, où ils sont parvenus à déboulonner les socialistes. Pour faire bonne mesure, les communistes et leurs alliés mélenchonistes seront également présents au premier tour… La débâcle, qui verrait les socialistes arriver en troisième position, loin derrière la droite et au coude-à-coude avec le FN, se dessine inexorablement.

À droite c’est l’inverse, mais en fait cela revient au même : la perspective d’un Austerlitz électoral contraint à maintenir, pour la galerie, une unité de façade, mais cela n’empêche pas la guerre de tous contre tous. De plus, la présence électorale massive, dans tous les scénarios, de Marine Le Pen, interdit la présence de deux candidats, se réclamant de la droite modérée et du centre, au premier tour de la présidentielle. La bataille décisive se produira donc lors des primaires de cette famille politique en novembre 2016. Trois crocodiles occupent le principal marigot de la droite dite républicaine : Nicolas Sarkozy, Alain Juppé et François Fillon. Chacun d’entre eux sait que s’il ne décroche pas la timbale de la candidature en 2017, cela signifie sa mort politique. François Fillon semblant assez mal en point, l’affaire devrait donc se jouer entre Alain Juppé et Nicolas Sarkozy.

Alain Juppé a fort bien exposé la situation de départ : « Il [Nicolas Sarkozy] a le parti, moi j’ai l’opinion. » Avec sa PME politique, le maire de Bordeaux, qui bénéficie par ailleurs de la bienveillance des grands médias, entend bien démontrer que la vox populi aura raison des « appareils », devenus, selon lui, inefficients à l’heure de l’Internet, des réseaux sociaux et de la victoire culturelle de l’individualisme. De son côté, Nicolas Sarkozy se souvient de l’expérience balladurienne de 1995, dont il fut un protagoniste. La leçon qu’il en a tirée est que le chouchou des sondages et des éditorialistes n’est pas celui qui gagne l’élection. Il construit donc sa machine à tuer ses rivaux, avec ou sans primaire, en suivant une stratégie de jeu de go visant à occuper le terrain en plaçant ses pions aux bons endroits, comme on peut le constater en prenant connaissance des nominations au sein des instances dirigeantes des Républicains. Le territoire est quadrillé, les forces concentrées aux endroits clés, les alliances solidement scellées, notamment avec Bruno Le Maire. Son armée est positionnée, croit en la victoire, et ne fera pas de quartier. Vae victis ![/access]

feminisme fourest lahaie

Également en version numérique avec notre application :

*Photo: wikicommons.

Russie: Faites l’amour, c’est la guerre!

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Alors que le climat entre la Russie et l’Europe ne s’améliore pas, que les mesures de rétorsion occidentales ne ralentissent pas, le Kremlin rétorque par un signal qu’on croirait, à première vue, tout droit sorti de Woodstock : « Au diable les préservatifs ! Faites des bébés ! »

Lundi dernier, le ministère de l’Industrie et du Commerce russe a annoncé qu’il souhaitait limiter l’importation de produits paramédicaux venus de l’ouest, dont les préservatifs. Ne l’oublions pas, les Russes subissent tous les jours les sanctions que les dirigeants européens ont instaurées contre Poutine. Le rouble a subi une baisse record de sa valeur. Le prix des produits de consommation courante, souvent d’origine étrangère, ont doublé. Il était clair que la Russie ne se laisserait pas faire.

En bon Russe, Poutine a un coup d’avance. Qui aurait pensé que la vente des préservatifs en Russie était un enjeu commercial et politique ? Et son interdiction une revanche sur l’Occident ? Le Kremlin doit détenir des chiffres étonnants pour considérer que le bât blesse en dessous de la ceinture.  Certes, la population russe atteint les 144,3 millions mais encore faut-il que ces clients potentiels consomment. « Nous allons revaloriser notre production nationale », déclare le directeur du service de la consommation, Guennadi Onishenko. Non content de taper là où ça fait vraiment mal, le gouvernement en profite pour faire coup double : « C’est l’occasion de relancer la natalité » s’enthousiasme encore Onishenko. Vaste programme.

Dans cette partie d’échecs, le fou du Kremlin, c’est l’agence sanitaire Rosselkhoznadzor. Pour des « raisons sanitaires », le fou a déjà eu la peau des vins géorgiens en 2006 et des bonbons ukrainiens Roshen en 2014, propriété du président Porochenko. Mardi dernier, l’agence a relevé des irrégularités dans la viande vendue par Auchan. Sanctions contre la France ? Affaire à suivre.

Mais les Russes devront aussi faire sans appareils de radiologie, prothèses, cannes, ni défibrillateurs cardiaques aux étiquettes étrangères. Et s’ils ne sont pas contents, ils savent ce qu’il leur reste à faire. Pas la guerre.

Amnesty International dit «Touche pas à ma pute!»

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Amnesty International dépénalisation prostitution

On avance. Lentement, mais sûrement. 2015 ans après Jesus Christ[1. Luc 7, 36-50.], 53 ans après Georges Brassens[2. « La complainte des filles de joie », 1962.] et 2 ans après Causeur[3. « Touche pas à ma pute ! », 2013.], c’est au tour d’Amnesty International de monter au créneau pour la dignité des personnes prostituées. Un document de travail de la célèbre organisation de défense des Droits de l’Homme, qui compte 7 millions de membres dans 150 pays,  prévoit en effet d’appeler à une dépénalisation universelle de la prostitution.

Rappelons que, chez nous, le gouvernement poursuit toujours la chimère d’une « abolition » du plus vieux métier du monde, et prétend y parvenir en pénalisant les clients de prostituées. Bien que 98% des personnes qui font commerce de leurs charmes s’opposent à cette mesure aussi hypocrite que liberticide, nos dirigeants n’en démordent pas : il faut en finir avec cette activité, au motif qu’elle ne serait jamais pleinement consentie. Pourtant, la dernière étude sérieuse sur le sujet démontre qu’en France, à peine 7% des personnes prostituées ne l’ont pas librement décidé. Mais Najat Vallaud-Belkacem et ses amies ont leurs raisons que la raison ne connaît pas : les fameux « Droits des femmes », puisque chacun sait que toute personne prostituée est une victime de l’oppression masculine…

En attendant, plus on réprime leur activité, plus leur situation est précaire. « Elles sont bousculées par les flics et menacées de la vérole », compatissait déjà Brassens. L’ONG confirme, presque mot pour mot : « Les éléments dont on dispose prouvent que la pénalisation du travail sexuel a tendance à renforcer plutôt qu’à réduire les discriminations envers ceux qui proposent du sexe tarifé, en les exposant à un risque supérieur de harcèlement et de violences, y compris policières. Cela attente par ricochet au droit des travailleurs du sexe à la santé et aux soins, en particulier la prévention du Sida, et constitue un facteur contribuant à leur dénier l’accès à la justice, à la protection de la police et de la loi, ainsi qu’à les exclure de protections sociales telles que les services de santé, le logement, l’éducation et les titres de séjour. »

Amnesty International, qui se fonde sur des recherches effectuées par des agences des Nations Unies, des ONG et les sciences sociales, l’écrit donc noir sur blanc : « La pénalisation, sous ses diverses formes, expose les travailleurs sexuels à un risque accru d’atteintes aux Droits de l’homme. » Pour les en protéger, l’organisation s’apprête donc à ratifier un document définitif sur le sujet lors de sa conférence qui aura lieu ce week-end à Dublin et réunira 500 délégués de plus de 80 pays. Celui-ci n’aura pas d’autre effet que de graver dans le marbre la nouvelle ligne officielle d’Amnesty, mais la fuite du document préparatoire divise déjà violemment.

Il faut dire que le texte, dans sa version non définitive, n’hésite pas à faire état de réalités qu’on croyait aujourd’hui impossible à rappeler. Il part notamment du principe que le désir sexuel est un besoin fondamental et que pénaliser les clients « pourrait conduire à une violation du droit à la vie privée, attenter à la liberté d’expression et à la santé » des individus. Et il souligne le fait que des personnes ayant un handicap physique ou psychologique trouvent dans la prostitution un moyen de « se sentir en sécurité pour exprimer leur sexualité » et de « développer une plus forte confiance en soi ». Précisément ce qu’une prostituée parisienne nous expliquait dans un récent article, consciente de jouer « un rôle sanitaire et social »…

Mais du côté des ligues de vertu, globales ou locales, il demeure inconcevable qu’un rapport sexuel entre adultes consentants puisse donner lieu à une transaction. Comme de juste, un appel de 400 personnalités, dont quelques stars d’Hollywood, exige que l’organisation change son fusil d’épaule. Les équipes scandinaves d’Amnesty, elles aussi, sont vent debout contre cette prise de position qui va à l’encontre du très répressif « modèle suédois ». Et bien que l’organisation insiste évidemment sur la nécessité de continuer à combattre tous les trafics d’êtres humains, comme l’exploitation sexuelle de femmes ou d’enfants, des féministes du monde entier sont déjà en ébullition

Autrement dit, pas d’affolement : la liberté de disposer de son sexe, ce n’est peut-être pas encore pour ce week-end.

Salmane d’Arabie: Cachez cette CRS que je ne saurais voir

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salman arabie saoudite daech

Comme le souligne Frédéric Ploquin sur l’un des blogs de Marianne, le roi Salmane d’Arabie Saoudite, non content de pousser l’administration centrale (c’est une décision du préfet, pas de la municipalité) à privatiser « sa » plage, a protesté, par la voix de l’un de ses sbires, contre la présence d’une femme parmi la demi-compagnie de CRS (la n°3) chargée de sa sécurité. « À l’extrême limite, elle pouvait bien continuer à surveiller la villa si elle le souhaitait, mais devait s’éloigner de la plage à l’heure du bain », précise le journaliste.
Ladite CRS a très mal pris cette discrimination. Elle a tort. Les femmes sont des créatures inférieures pour le wahhabisme. Elle n’a qu’à surveiller la villa vêtue d’une burqa, come toutes les honnêtes femmes. Roulure, va !
C’est du moins ce que je me suis dit dans un premier temps. Puis une seconde demande m’a fait réinterpréter cet oukase. En effet, le monarque a également exigé que les hommes en maillot de bain (CRS itou, puisque toute autre présence a été interdite par le représentant local de l’Etat, qui doit être content d’avoir passé l’ENA, ou équivalent, pour édicter de telles règles) soient eux aussi privés de plage. Ils surveilleront en tenue. Ça doit être agréable, un gilet pare-balles, par 40° au soleil. Le roi a décidé de les faire suer.

Le souverain aurait-il un complexe ? La comparaison avec des flics sur-équipés en puissance de feu serait-elle à son désavantage ? Et l’exclusion demandée de la madame CRS ne correspondrait-elle pas à une hantise : confronter une femme occidentale à l’exiguité du maillot de bain (synecdoque ou métonymie, le contenant pour le contenu, Bonnetdane est un site pédagogique) du potentat, elle qui, en Françaikse normalement délurée, a dû en voir des vertes et des très mûres ?
Réfléchissons du coup un instant sur ce mot, « potentat ». Cela vient d’un verbe bas-latin potere, forme populaire de posse, pouvoir. Bien avant son arrivée, Salmane a fait la preuve de son pouvoir. Une fois-là, il cherche encore à l’exercer en répudiant la présence de telle ou telle personne. Les gens — cela arrive dans le milieu professionnel, mais aussi sur la route, où je me suis toujours défié, sexuellement parlant, des amateurs de 4×4 vrombissants — qui exhibent à tous propos leur pouvoir n’auraient-ils pas un problème de puissance ? Ou d’impuissance ?
Plus on collectionne les symboles de pouvoir — grosses voitures, grosses maisons (la villa du roi Salmane est en fait un palais, ne jouons pas sur les mots), ou armes à feu (ah, quelle superbe preuve de virilité de la part de Walter Palmer que d’avoir abattu presque à bout portant un lion apprivoisé !), plus on manifeste je-ne-sais-quel sentiment d’impuissance.

Ce qui me ramène au voile islamique (ou islamiste, puisque l’islam ne l’a jamais rendu obligatoire, et que celles qui le portent obéissent à d’obscurs diktats non religieux). Ces femmes grillagées, enveloppées, abolies en quelque sorte, et gardées dans les harems par des eunuques, manifestent avant tout la trouille bleue de leurs « grands frères » : être confrontés à la puissance de séduction des Occidentaux ; être concurrencés par des roumis. Et si au fond toute cette puissance de feu de l’Etat islamique n’était que le symptôme d’un effrayant complexe d’infériorité ?

Non, il ne faut pas tout ramener au sexuel. C’est très mal. Le projet de l’Etat islamique est avant tout d’assujettir l’Occident…
N’empêche. Cette manie de couper… des têtes me paraît quasi freudienne. Sans compter que cela se fait toujours, le « sourire kabyle » avec sexe tranché et inséré entre les dents. On ne s’attaque au fond qu’à ce que l’on craint.
Et je suis bien sûr que parmi les alertes contributeurs de ce blog, aucun n’aurait l’idée saugrenu de trancher dans le vif l’aimable Salmane — sauf à faire collection de petits radis roses.

*Photo: SIPA. Reportage n°00702662_000007.

Climat: Hollande tire la couverture de survie à lui

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obama royal cop21 hollande

En se tournant vers la politique internationale, un président regagne facilement de la popularité. Barack Obama et François Hollande l’ont bien compris puisqu’en faisant de la diplomatie leur priorité numéro un, ils remontent dans les sondages. En juillet, grâce notamment aux accords avec Cuba et l’Iran, Obama a vu sa cote de popularité repasser au-dessus des 50%. Dans une (bien) moindre mesure, Hollande a profité de la crise grecque pour remonter à 26% d’opinions favorables, score faible mais inespéré pour le seul président français à avoir plongé jusqu’à 13% de popularité. Afin de continuer sur cette lancée, les deux présidents cherchent à s’emparer du nouveau sujet brûlant du moment : le réchauffement climatique.

Le président américain Barack Obama a lancé lundi son plan contre la « grande menace » que fait peser le changement climatique sur la planète, insistant sur l’urgence d’agir immédiatement et annonçant une restriction inédite sur les centrales électriques.

Il s’agit de l’un des « défis clés » de notre époque, a estimé M. Obama depuis la Maison Blanche, d’où il a annoncé le Plan américain pour une énergie propre (« America’s Clean Power Plan »). Ce dispositif rassemble une série de réglementations qui imposeront pour la première fois aux centrales électriques de réduire de 32% d’ici 2030 leurs émissions de carbone, par rapport à leur niveau de 2005.

Les centrales électriques sont en effet responsables de 40% des émissions américaines de dioxyde de carbone, le gaz le plus répandu parmi ceux contribuant au changement climatique. Pour appuyer ses propos, Barack Obama a tenu à souligner l’urgence d’agir et le caractère historique de sa proposition : « Aucun défi ne représente une plus grande menace pour notre avenir et pour les générations futures qu’un climat qui change. »

Continuant dans la même veine, le président américain a tenu à montrer qu’il se plaçait au-dessus des contingences politiciennes, l’un des fondamentaux de la communication d’un président choisissant la diplomatie : « La plupart du temps, les problèmes auxquels nous sommes confrontés sont temporaires et nous pouvons nous attendre à ce que les choses s’améliorent si nous nous y attelons, même progressivement. Mais voilà l’un des rares problèmes – de par son ampleur, de par sa portée – que nous pourrions ne plus être en mesure de régler si nous ne le traitons pas. Et auquel nous ne pourrions sans doute pas nous adapter suffisamment », a-t-il martelé.

Enfin, il n’a pas hésité à rappeler que sa prise de position était historique, en décrivant les restrictions imposées aux centrales électrique comme « l’étape la plus importance dans la lutte de l’Amérique » contre le changement climatique.

En s’emparant de ce sujet six mois avant la COP21, Barack Obama se met donc en bonne position pour jouer un rôle majeur dans cette conférence et profiter de son rayonnement. Celle-ci réunira 195 pays qui devraient s’engager à limiter à 2 degrés Celsius la hausse de la température mondiale générée par les émissions de gaz à effet de serre.

D’ici là, le président américain est attendu dans les prochains mois en Alaska pour y constater l’impact du réchauffement climatique. Il recevra également le très populaire pape François à la Maison Blanche, où les deux hommes devraient lancer un appel commun à l’action.

Mais face à cette offensive écologique, François Hollande ne compte surtout pas être en reste. Un communiqué de l’Elysée nous apprend qu’il a donc « salué le courage du Président Obama », dont le plan « constitue une contribution majeure au succès de la Conférence de Paris sur le changement climatique » organisée en fin d’année, a-t-il ajouté.

Le président américain doit être très touché par ces félicitations, qui ressemblent davantage à une grossière tentative hollandesque de récupération. Car François Hollande tient absolument à ce que la France préside aux futures négociations écologiques mondiales. Et il doit d’autant plus enrager que, lors des précédentes conférences de ce type, l’Amérique était restée en retrait, comme ce fût le cas lors de la ratification du Protocole de Kyoto.

Dans le communiqué de l’Elysée, cette volonté du président Hollande d’être le maître de cérémonie de la COP21 est palpable : « La France va continuer de fédérer toutes les initiatives pour que les nations notamment les plus développées prennent leurs responsabilités. » Tout esbaudi par l’éclaircie sondagière ou paniqué à l’idée de rater la dernière occasion de laisser une trace dans l’histoire, notre président ? Quoi qu’il en soit, il ne compte visiblement pas se laisser voler la vedette.

François Hollande a donc mobilisé ses troupes pour rappeler à Barack Obama que la France est en pointe sur les questions écologiques. D’abord, c’est la « vice-présidente » et ministre de l’écologie Ségolène Royal qui en a remis une couche sur Twitter. Son gazouillis, rédigé dans un franglais que M. Obama aura peut-être du mal à comprendre (s’il prend la peine de le lire) rappelle que notre pays a d’ores et déjà adopté la loi de transition énergétique, modèle pour tous les gouvernements du monde. Puis c’est l’inénarrable Jean-Christophe Cambadélis qui a salué, grand seigneur, « un signe encourageant pour la COP21 ».

Amen, ils vous le disent : la bonne parole a été portée par-delà les mers, sur tous les continents de la terre. À moins que Barack Obama n’ait tout simplement préféré couper l’herbe sous le pied de notre Saint François national, et s’assurer que le combat du siècle, dont dépend nous dit-on le sort de l’humanité, soit encore une victoire pour l’Amérique.

Turquie-Daech : la fin du pacte de non-agression?

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turquie daech pkk erdogan

Les accords entre des entités ennemies sont monnaie courante dans l’histoire des relations internationales. Ces accords peuvent être écrits, comme le pacte de non-agression germano-soviétique signé le 23 août 1939 entre l’Allemagne nazie et l’URSS ; ils peuvent aussi être tacites, ce qui est le cas du pacte de non agression en cours entre la Turquie et l’organisation « État islamique ». Cependant, le bombardement de positions de l’EI par l’armée turque le 24 juillet 2015 pourrait bien signer la fin de ce pacte. À moins qu’il ne s’agisse d’une simple ruse de la part de la Turquie pour redorer son image internationale.

Depuis le début de ses opérations armées, l’EI a toujours fait preuve de neutralité vis-à-vis des intérêts turcs. En juin 2014, lorsque l’EI s’empare de Mossoul, deuxième ville d’Irak, le personnel du consulat turc devient otage de l’organisation. L’EI, pourtant prompte à exécuter tout ressortissant d’un Etat étranger, épargne les 46 otages turcs dans un surprenant acte d’humanité. Les otages rentreront tous sains et saufs en Turquie après trois mois de détention. Quelques mois plus tard, dans la nuit du 21 au 22 février 2015, l’armée turque mène une opération à l’intérieur de la Syrie (35 kilomètres de profondeur) afin de rapatrier la dépouille de Suleyman Pasha, grand-père d’Osman Ier, fondateur de l’Empire ottoman[1. Le site du mausolée est considéré comme territoire turc en vertu d’un accord international.]. Lorsque l’EI encercle la zone en février 2015, le destin du mausolée semble scellé, la destruction ne fait aucun doute. Or, de manière tout à fait inédite, les djihadistes de l’EI se maintiennent à une distance raisonnable du mausolée en attendant que l’armée turque évacue la dépouille ainsi que la quarantaine de soldats turcs chargés de sa garde. Le Premier ministre turc se félicitera de la réussite de cette opération éclair qui s’est déroulée sans coup férir en plein territoire djihadiste. Il faut aussi noter l’absence totale d’attentats de l’EI en Turquie jusqu’à une date récente alors que d’autres pays beaucoup plus lointains (Tunisie, France) sont régulièrement la cible de terroristes se revendiquant de l’EI.

Cette neutralité de l’EI vis-à-vis de la Turquie n’est que l’illustration d’un accord mutuellement avantageux.  D’une part, la Turquie ferme les yeux sur le passage par son territoire des djihadistes venus du monde entier pour rejoindre les rangs de l’EI. D’autre part, elle tolère la contrebande de pétrole qui permet à Daech de se financer et de payer ses fonctionnaires en territoire conquis. En échange de ces avantages, l’EI est supposé combattre et vaincre le régime de Bachar Al-Assad ainsi que les Kurdes désireux d’exercer une souveraineté sur leur territoire, au nord-est de la Syrie.

Un tel accord vaut tant que les deux parties sont en mesure de remplir leur part du contrat. Or, depuis le début de l’année 2015, l’EI est devenue la partie défaillante. D’abord, l’organisation n’est pas parvenue à renverser le régime d’Assad. Ce dernier pourrait même revenir dans le jeu diplomatique mondial dans le sillage de l’Iran. D’autre part, l’EI n’a pas pu s’emparer du Kurdistan syrien. Depuis la défaite des djihadistes à Kobané, les Kurdes, aidés par les frappes de la coalition, n’ont cessé d’infliger des revers à l’EI. La prise de Tal Abyad, fin mai 2015, constitue vue un tournant. Par cette victoire, non seulement les Kurdes ont pris le contrôle d’un des principaux axes d’approvisionnement de l’EI en hommes et en argent (candidats au djihad passant par la Turquie et contrebande de pétrole) mais ils sont dangereusement rapprochés de Raqqa, capitale du Califat autoproclamé (Raqqa est à quelque 40 kilomètres de Tal Abyad).

En gris, territoires détenus par l’organisation Etat islamique en décembre 2014.

Source : Commons Wikimedia

En gris, territoires détenus par l’organisation Etat islamique en juin 2015. Le long de la frontière turque, l’EI, pris en étau par les forces kurdes (en jaune), ne détient plus qu’une bande de territoire de cent kilomètres.

Source : Commons Wikimedia

En juin 2015, Daech ne possède donc plus qu’une seule porte d’accès vers la Turquie. Les Kurdes affichent leur intention de s’emparer de cette zone afin de couper définitivement le ravitaillement de l’organisation en hommes et en fonds. C’est à ce moment précis, alors que la présence de l’EI n’a jamais été aussi faible à sa frontière, que la Turquie envisage une intervention armée afin de « sécuriser sa frontière ».

En réalité, consciente de la disparition prochaine de sa carte maîtresse (l’EI) dans le conflit syrien, la Turquie cherche à reprendre la main. Ainsi, l’attentat de Suruç, le 20 juillet 2015, attribué à l’EI, arrive à point nommé : c’est le premier attentat en territoire turc et le prétexte idéal pour officialiser un « changement de stratégie ».

Or, l’attentat de Suruç pose question. L’EI n’a aucun intérêt à attaquer la Turquie, son meilleur soutien depuis le début du conflit. D’ailleurs, l’attaque a visé et tué 32 jeunes Kurdes proches du PKK (organisation combattue par la Turquie) et désireux de rejoindre les combattants kurdes de Syrie. L’EI ne peut ignorer qu’une exportation du conflit en Turquie peut être instrumentalisée par son puissant voisin afin de renégocier son soutien ou le supprimer. Dans ces conditions, seul un djihadiste incontrôlé aurait pu commettre une telle attaque, à moins qu’elle ne soit l’œuvre de la Turquie elle-même. En effet, les coups fourrés et le recours à des barbouzes sont des méthodes largement employés par la Turquie. Ainsi, en mars 2014, un enregistrement pirate publié sur Youtube révélait un projet d’attaque syrienne contre la Turquie afin de provoquer une intervention de l’armée turque. Dans cet enregistrement, le chef du renseignement turc proposait à Ahmet Davutoglu, alors ministre des Affaires étrangères d’envoyer « quatre hommes [en Syrie] pour lancer huit missiles dans un terrain vague » en Turquie. Autre exemple : en novembre 2005, un attentat  tuait une personne dans une librairie du Kurdistan turc. Le propriétaire de la librairie et des habitants parvenaient cependant à appréhender l’auteur et ses deux complices qui l’attendaient dans une voiture. Les trois hommes, tous membres des services de sécurité turcs, possédaient une liste d’opposants à éliminer, dont les assassinats devaient être imputés au PKK. Toujours dans les années 2000, un vaste réseau criminel (appelé Ergenekon), composé de militants d’extrême droite, de la gauche républicaine, d’officiers de l’armée et de la gendarmerie, de magistrats, de mafieux, d’universitaires et de journalistes projetait des attentats dans toute la Turquie afin de provoquer un coup d’Etat militaire[2. Le réseau, actif dans les années 2000, planifiait des attentats en Turquie. Les attentats devaient être attribués au PKK afin d’amplifier la guerre et afin de replacer l’armée au centre du jeu politique et évincer l’AKP au pouvoir. Le réseau sera finalement démantelé par le gouvernement islamo-conservateur de Recep Tayip Erdogan conduisant à l’arrestation de nombreux hauts gradés de l’armée dont un ancien chef d’Etat-major.].

Quelle que soit l’origine de l’attaque de Suruç le 20 juillet, la réponse turque vise avant tout à stopper la progression des Kurdes de Syrie. Cette attaque n’est qu’un élément visant à légitimer l’envoi de l’armée en Syrie. Pour freiner la progression des Kurdes, la Turquie doit en effet s’implanter sur la dernière bande de territoire qu’occupe l’EI le long de sa frontière (une bande de cent kilomètre) avant qu’elle ne tombe entre les mains des Kurdes, empêchant ainsi la jonction entre les territoires et les forces kurdes. Contrairement à ce que prétend le Premier ministre turc, l’intervention de l’armée turque ne changera pas le cours du conflit. Il est peu probable que la Turquie se lance dans des frappes d’envergure contre l’EI. Tout au plus, Ankara pourrait réaliser quelques bombardements sur des cibles non stratégiques afin de prouver son engagement contre l’EI. D’ailleurs, les bombardements du 24 juillet contre l’EI, censés marquer le « changement stratégique » turc, ont pris fin dès le lendemain. D’après un commandant de l’EI, ces attaques, limitées, auraient visé des entrepôts désaffectés. Il est même probable qu’en cas d’invasion turque, l’EI quitte cette zone frontalière sans livrer bataille.

Il est  préférable pour l’organisation terroriste de céder ce territoire à la Turquie plutôt qu’aux Kurdes, seule force locale efficace sur le terrain contre ses troupes. Si la Turquie et l’EI agissent de concert pour affaiblir les Kurdes, le revirement turc ne peut être considéré comme un « changement de stratégie . Il s’agit plutôt d’un approfondissement de la stratégie initiale consistant à instrumentaliser l’EI contre les Kurdes de Syrie.

*Photo: SIPA. Reportage n°AP21772056_000002.

Croatie: la parade désertée

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croatie krajina serbie

Ce 4 août, la Croatie fête le vingtième anniversaire de la plus grande victoire militaire de son histoire: l’écrasement de la République de Krajina serbe, cette « sécession dans la sécession » qui avait décidé de rejeter l’indépendance de la Croatie en 1991 et de s’adosser à ce qu’il restait de la fédération yougoslave, c’est-à-dire à la Serbie.

En seulement quatre jours, du 4 au 8 août 1995, pratiquement tout le peuplement de ces vieux confins militaires de l’Empire autrichien, qui avaient héroïquement résisté aux Ottomans pendant des siècles, fut éradiqué. Quelque 250 000 personnes furent expulsées de leurs foyers sous un feu d’artillerie indiscriminé. L’opération fit environ 10 000 morts et disparus. La Serbie de Milošević resta passive. L’armée de Krajina elle-même, qui avait tenu en échec les troupes croates depuis quatre ans, se débanda en quelques heures sans opposer de résistance. La rumeur a couru par la suite que les services spéciaux de Belgrade s’étaient chargés de dissuader les commandants locaux de tout acte de bravoure. La Krajina, trop coûteuse à défendre, avait été sacrifiée et l’amputation devait être nette. La Croatie, de son côté, jouissait du soutien sans failles de ses alliés occidentaux: Allemagne, Etats-Unis et OTAN.

L’ampleur du désastre, toutefois, surprit tout le monde, à commencer par ses commanditaires. Contrairement aux spéculations naïves ou cyniques des Occidentaux, la minorité serbe tout entière suivit ses chefs dans l’exil plutôt que de tendre les bras à la « jeune démocratie » croate. Le 10 août, alors que toutes les routes entre Croatie et Serbie étaient engorgées de réfugiés à bout de forces, la secrétaire d’Etat américaine Madeleine Albright convoquait la presse pour dénoncer un crime de guerre… ailleurs! La prise de l’enclave musulmane de Srebrenica en Bosnie orientale par l’armée serbe de Bosnie était alors déjà vieille d’un mois et n’avait pas encore suscité de réactions notables. Mais les disparus musulmans de Srebrenica tombaient à pic pour occulter les disparus serbes de Krajina. Parmi les raisons de la focalisation stricte des Occidentaux sur le massacre de Srebrenica, la nécessité de détourner l’attention de leur propre crime en Krajina n’est pas la plus anodine.

L’éradication de la Krajina serbe fut objectivement le plus grand drame humain de la guerre civile yougoslave et le plus vaste nettoyage ethnique en Europe depuis 1945. Elle surpasse de trois fois l’ampleur supposée de l’opération « Fer à cheval » des forces serbes au Kosovo, en 1999, dénoncée à grand fracas par les médias occidentaux durant l’agression de l’OTAN — et qui s’avéra être une pure invention des services secrets allemands!

Aussi impressionnant que sa magnitude est l’escamotage dont cet événement majeur a fait l’objet dans les médias et la conscience du monde contemporain. La Serbie elle-même, par la suite, l’a traité sur un mode honteux, n’assurant pratiquement aucune assistance organisée aux malheureux qui s’étaient réfugiés sur son territoire. Ailleurs en Europe, ce crime fut atténué à l’aide de la même casuistique qu’on a déployée pour justifier, depuis l’an dernier, les exactions du régime de Kiev face à sa propre population dans le Donbass. Le gouvernement de Zagreb était notre allié, nous l’avions reconnu (du reste hâtivement) dans ses frontières (du reste arbitraires) de 1991, il avait donc carte blanche pour récupérer par tous les moyens disponibles l’intégralité de son territoire. La souveraineté de l’Etat primait toute considération humanitaire.

Quatre ans plus tard, en 1999, la volonté de la Serbie de rétablir l’ordre dans sa propre province méridionale du Kosovo agitée par le terrorisme de l’UÇK fut contrecarrée par l’argument diamétralement opposé: ici, l’urgence humanitaire (largement manipulée) primait toute souveraineté. La Serbie fut donc bombardée pendant 78 jours pour avoir voulu faire respecter sa loi sur son territoire, puis amputée de sa province.

L’hypocrisie et l’injustice de l’opération « Tempête » en Krajina — terre d’origine de ma famille paternelle — étaient telles que j’en ai été obsédé des années durant. Citoyen et soldat suisse, je ne savais comment réagir, comment exprimer face à un monde indifférent, car désinformé, la révolte que j’éprouvais face à cette perversion qui n’annihilait pas seulement la tribu de mes origines mais l’humanité en général. Quelques années plus tard, j’ai consigné et développé le conte qui allait devenir mon roman Le Miel. L’exode des Krajichniks n’y apparaît qu’à l’arrière-plan: toute évocation descriptive eût été choquante — et même de mauvais goût — pour un public occidental conditionné à n’associer à l’identité « serbe » que la notion de bourreau et jamais celle de victime. Je résumai donc cette véritable extermination par une synecdoque: ce fut « le plus grand embouteillage de tous les temps », puisque la file des automobiles, des tracteurs et des marcheurs en fuite s’étendait sur des centaines de kilomètres.

Mais voici que, vingt ans plus tard, l’interprétation officielle de ces temps troublés se lézarde et s’effrite comme un pâté de sable. Ironiquement, c’est le gouvernement croate lui-même qui, dans sa suffisance, a suscité le mouvement en organisant une parade commémorative et en y invitant ses voisins et alliés. Il s’attendait à recevoir une caresse sur la tête, le voici évincé comme un chien galeux. Les uns après les autres, les gouvernements se sont débinés, des Etats-Unis et de l’Allemagne jusqu’à la Slovénie voisine. Plutôt que de susciter les congratulations attendues, le jubilé n’aura fait que révéler les cicatrices hideuses de cette agression: une province fantôme au cœur de l’Europe, dont les habitants, d’abord expulsés puis dépossédés de leurs biens, n’ont ni la possibilité ni l’intention de revenir. Quand aux colons croates que le gouvernement Tudjman appelait à venir repeupler le désert, ils demeurent un vœu pieux.

On peut expliquer la réserve des Occidentaux par des raisons diplomatiques. C’est l’argument diplomatique qui ne mange pas de pain: il s’agirait, écrivent les médias, de ne pas « froisser » la Serbie qui oscille entre l’UE et l’alliance russe. Voyons! Qui s’est soucié, ce dernier quart de siècle, de ne pas froisser la Serbie?

Cet alibi dissimule une gêne et une contradiction abyssales. Pourquoi les chancelleries n’iraient-elles pas célébrer le vingtième anniversaire d’un événement qu’elles ont unanimement approuvé? En fin de compte, personne n’a été formellement condamné pour la conduite de l’opération Tempête en 1995. Ni son initiateur, feu le président Tudjman. Ni les responsables exécutifs, les généraux Gotovina et Markač, acquittés par le TPI en 2012. Si l’opération Tempête est manifestement un crime de guerre, aucun de ses participants n’a été jugé criminel. Miracles de la casuistique!

Dans la Croatie moderne, jeune membre de l’Union Européenne, les protagonistes de cet événement sont considérés comme des héros. Le premier d’entre eux, Franjo Tudjman, par ailleurs ancien général communiste et historien révisionniste, chef du parti ultranationaliste HDZ, a son monument dans des dizaines de villes et localités. Son mérite est indéniable dans la création d’une Croatie partiellement souveraine et (presque) ethniquement pure. Lors de la réunion préparatoire à l’opération « Tempête », le 31 juillet 1995 à Brioni, en présence de son état-major au complet, il avait clairement défini le but de l’attaque, qui était le nettoyage ethnique : « Nous devons frapper si fort que les Serbes vont pratiquement disparaître ». Intentions cachées? Nullement. On a appris depuis, mais l’on savait même alors, que la reconquête croate était étroitement encadrée par les services américains. « Le réarmement et l’entraînement des forces croates en vue de la présente offensive font partie d’une opération classique de la CIA: probablement l’opération la plus ambitieuse en son genre depuis la fin de la guerre du Vietnam », écrivait The Independent de Londres le 6 août 1995 sans indignation excessive. Un peu plus tard, leWashington Times dévoilait l’implication directe du Pentagone au travers, notamment, d’une armée privée[1. « Pentagon played role in U.S. help for Croatia », The Washington Times, 30.10.1995]

Il est évident que l’opération Tempête n’aurait jamais été déclenchée sans ces appuis diplomatiques et militaires. Cette désaffection a suscité un profond désarroi en Croatie, où certains ont fini par se demander s’il était bien opportun de parader. On entendait ces derniers jours à la radio nationale des vétérans de 1995 dénoncer pathétiquement ce qu’ils perçoivent comme une trahison.

Pourquoi donc les Occidentaux se détournent-ils aujourd’hui de ce qui est en grande partie leur oeuvre?

L’alliance américaine n’a rien d’une assurance vie. Au contraire. Nombre de régimes douteux de par le monde l’ont appris à leurs dépens, mais le malheur des autres nous sert rarement de leçon. Au cours de l’après-guerre froide, les Etats-Unis ont mis en place une stratégie de déstabilisation et de recolonisation globale dont les extrémistes jetables et les nazis de circonstance sont des pièces centrales. La guerre civile yougoslave aura été le laboratoire et le modèle des interventions ultérieures.

En Yougoslavie, comme plus tard en Ukraine, les Etats-Unis et l’Allemagne ont sciemment appuyé les mouvements les plus aptes à instaurer une haine durable entre des peuples vivant jusqu’alors dans une paix relative[3. Sur le modus operandi allemand, le livre d’Erich Schmidt-Eenboom est fondamental — mais n’existe hélas qu’en allemand. Der Schattenkrieger, Klaus Kinkel und der BND, ECON Verlag, Berlin 1995.] La réhabilitation ouverte de la Croatie nazie de 1941, à laquelle on a assisté depuis la fin des années 1980, n’a inquiété personne, sinon les populations qui, un demi-siècle plutôt, avaient subi un génocide sous le même drapeau. Sur le moment, ces énergies ténébreuses étaient utiles pour repousser et disloquer le « serbocommunisme » et, avec lui, toute tentative de maintien de l’unité yougoslave. Elles en étaient même les seules capables, puisqu’en plus de combattre l’ennemi, elles imposaient la terreur sur le plan interne et évitaient ainsi toute contestation. Pour que la story servie aux opinions soit simple, les protagonistes doivent parler d’une seule voix.

Scénario identique en Ukraine : sitôt que le président élu s’est détourné de l’UE (en novembre 2013), on a vu se déchaîner contre lui des forces qu’on croyait exorcisées depuis Nuremberg et qui, à la faveur de l’Euromaïdan, ont repris pignon sur rue. Secteur droit aura été le fer de lance décisif dans le renversement violent de Ianoukovitch: tant qu’il servait, on s’est abstenu de trop décortiquer ses racines idéologiques. Le fait que l’unité de choc de l’Ukraine « européenne » arbore les insignes et l’idéologie d’une division SS ne suscite aucune réaction concrète en Occident, où les sympathisants de la même idéologie sont, pourtant,réprimés et surveillés. En déclarant qu’il n’avait rien vu de tel à Maïdan, malgré les preuves photographiques, Bernard-Henri Lévy a parfaitement résumé la stratégie de l’aveuglement ciblé du bloc occidental.

On ne le remarque guère, mais Ukraine et Krajina sont deux variantes d’un même nom, signifiant « les confins ». Les parallèles entre le cas ukrainien et le précédent croate sont saisissants et trop nombreux pour être détaillés ici[2. Voir Diana Johnstone, « Ukraine and Yugoslavia », Counterpunch.org]. Des parallèles tout aussi éclairants sont à établir entre la stratégie islamique des Etats-Unis en Bosnie et leurs louvoiements ultérieurs au Moyen-Orient. On se souvient (ou non) que l’Occident a soutenu en Bosnie musulmane le courant le plus fondamentaliste, emmené par l’auteur de la Déclaration islamique, Alija Izetbegović, tout en ignorant les forces concurrentes au sein même de la société musulmane bosniaque. Jürgen Elsässer, dans son enquête Comment le Djihad est arrivé en Europe, démontre que le terrorisme islamique n’aurait pu prendre pied sur notre continent si les services ne l’y avaient pas aidé. Par la suite, l’élimination officielle de Ben Laden en 2011 a ouvert la porte à une alliance ambiguë, mais effective, des Américains avec les courants les plus fanatiques de l’islam sunnite.

En contemplant, tout seuls, leur encombrant défilé militaire, les dirigeants de Zagreb auront peut-être l’occasion de méditer sur la signification réelle de l’événement qu’ils glorifient tant. Ils comprendront peut-être que, comme Noriega, comme Ben Laden en Afghanistan, comme Izetbegović et Thaçi, comme Porochenko, Iatseniouk et leurs cyborgs primaires, la Croatie dont ils héritent, celle de Tudjman et Gotovina ornée de chemises noires et de croix gammées, aura servi d’extrémiste jetable et de nazi de circonstance. Même si, aujourd’hui encore, on y voit des svastikas sur les pelouses des stades, ceux qui ont tisonné cet extrémisme voici un quart de siècle savaient parfaitement jusqu’où il pouvait s’étendre et qui il pouvait menacer. Comme l’avait répondu Churchill aux objections de MacLean lorsqu’il avait décidé de livrer la Yougoslavie aux communistes de Tito: « Allez-vous vivre là-bas? — Non. — Moi non plus. » Depuis quand les maîtres partagent-ils la gamelle de leurs chiens?

Le 4 août 1995, je me suis senti anéanti dans ma part d’âme et de sang serbe. Ce 4 août 2015, je me sens humilié dans l’autre moitié de mon origine, ma part d’âme et de sang croate.

*Photo: SIPA. Reportage n°AP20332520_000005.

Plenel donne une leçon de déontologie… dans Closer

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edwy plenel closer philippot

edwy plenel closer philippot

 « Vous travaillez pour Closer ? », « Non, Causeur ». La scène s’est répétée mille fois et ne laisse pas d’amuser l’à-quoi-boniste qui écrit ces lignes. Bon, avouons-le, dans ces cas-là, j’ai tendance à rectifier le tir en précisant derechef  à mon interlocuteur que nous ne partageons ni la ligne éditoriale, ni le tirage, ni – hélas – les émoluments de nos confrères.

J’ignore si Edwy Plenel, en pleine promotion de son livre sur le Rainbow warrior, a sursauté lorsque Closer lui a demandé un entretien. Avec son art du faux contre-pied, le PDG de Mediapart vomit votre magazine préféré mais adresse un satisfecit en règle à son quasi-homonyme boulevardier. L’interview publiée il y a maintenant un mois (désolé pour le retard, il me reste une pile de Voici à feuilleter) a de quoi laisser pantois. Laurence Pieau et Maëlle Brun y passent le célèbre moustachu à la question, avec une impertinence qui a dû la lui défriser : « La vraie mission de la presse est de révéler ce que les pouvoirs voudraient garder caché. Hors Mediapart, qui le fait aujourd’hui ? ». Plus brave et irrévérencieux que la bande à Plenel-Arfi, tu meurs ! La preuve, « un de vos journalistes (…) est le seul à ne pas se lever lors d’une conférence de presse à l’arrivée du Président » : on n’avait pas admiré pareil courage depuis les provocations antibolchéviques de Boulgakov sous Staline…

Grâce à cette tribune, l’ancien patron du Monde pavoise son domaine aux couleurs de l’indépendance, partant du principe qu’« en France, le journalisme est trop souvent compromis avec les pouvoirs, politiques ou économiques ». Fort bien, mais quid du pouvoir des juges, de la brigade financière et des médias qui s’en font le relais, notamment au cours de ces coups de Jarnac dans lesquels Mediapart n’a, bien entendu, jamais trempé ? On aurait apprécié une question de relance mais ne rêvons pas, pour Plenel, l’occasion était trop belle de pourfendre le monarchisme français, comme si l’Elysée détenait autre chose que l’autorité, laquelle a de moins en moins à voir avec le (vrai) pouvoir.

Mais je suis mauvaise langue. Lorsqu’ils entrent dans le vif du sujet, nos deux Closer osent une pointe d’audace : « Où placez-vous le curseur entre privé et public ? »  En v’là une question qu’elle est bonne, et pas seulement parce que Mitterrand et Chirac ont longtemps caché leurs petits et gros bobos de santé. À cette interrogation essentielle, Edwy Plenel répond par une sentence aussi floue que définitive : « Tout ce qui est d’intérêt public doit être public. C’est notre loi fondamentale [Ndr : Qui l’a votée, en dehors du comité de rédaction de Mediapart ?] ». Sa sophistique fait rimer déontologie et tautologie (« la frontière est parfois brouillée, notamment quand on a du pouvoir, et que le pouvoir est utilisé au profit de la sphère privée ») mais souffre heureusement quelques exceptions, comme Mazarine, dont Plenel a tu l’existence du fait de son jeune âge. « Aujourd’hui encore, j’agirais de la même façon », jure-t-il. Ouf, on respire !

Logiquement, s’agissant des histoires de fesses, les mêmes causes devraient entraîner les mêmes effets. Peut-être doit-on imputer à l’extrême courtoisie de Plenel, qui n’aime rien tant qu’abonder dans le sens de son hôte – vilains réacs exceptés – la mansuétude dont il gratifie Closer. Car, reçu au cœur du temple de la paparazzade, le guide suprême de la République transparente creuse une nouvelle brèche dans sa morale : « Je cite souvent l’exemple de ce politique au discours officiel très homophobe [Ndr : Lequel ? des noms ! Les ratonneurs de folles ne courent pas la salle des quatre colonnes] » qui s’est avéré en être. « Que faire ? Jusqu’à récemment, je me disais que je ne le révélerais pas, car c’est sa part de contradiction intime. » Rassurez-vous, le vengeur démasqué a « évolué grâce à l’équipe de Mediapart, dont l’un des membres est cofondateur de l’association des journalistes LGBT : ils ont jugé légitimes vos révélations [Ndr : sur Florian Philippot, car les membres du Front national devraient être moins égaux que les autres.], s’étonnant que l’homosexualité soit automatiquement reléguée à la sphère privée, quand l’hétérosexualité, elle, est toujours publique » En cauchemar, un cheikh saoudien me faisait récemment la même remarque : pourquoi se priver d’une police des braguettes ? Sortons tous les homos de droite du placard. Cela mettrait Mediapart, Act up, Closer et Rivarol d’accord. Un petit miracle signé Plenel!

P.S : Vous vous demandez peut-être ce que je pense de Closer – le comité de salut public baptisé Mediapart, Causeur en disserte depuis belle lurette… Inutile d’épiloguer, notre ami Jean-Louis Murat a déjà tout dit, et fort éloquemment, il y a une dizaine d’années face à Laurence Pieau. Celle-ci semble avoir enfin trouvé son « signifiant » en la personne de Plenel. Loué soit-il.


Jean Louis MURAT (france2) par guillaume-s

*Photo: Sipa. N° reportage : 00708759_000106.

Nous ne sommes pas égaux devant la climatisation

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feminisme sante climatisation

feminisme sante climatisation

On a beau avoir traîné ses guêtres dans les classes de biologie, une petite piqûre de rappel ne peut pas faire de mal. Une étude sur la climatisation publiée lundi par deux chercheurs néerlandais nous rappelle une évidence que la société contemporaine a tendance à oublier : l’homme et la femme sont différents et ne supportent pas aussi bien le froid.  Les chanceux qui disposent de la climatisation au bureau peuvent en faire quotidiennement le constat. La ventilation est normalement réglée à 21 degrés. Température pensée pour convenir à un homme de quarante ans pesant 70 kilos.

Logiquement, le métabolisme féminin, moins important, réclame trois degrés de plus pour son bien-être. Ce qui explique beaucoup de frissons et la perpétuelle guerre des sexes autour du niveau de l’air conditionné. Eh oui, n’en déplaise aux tenants du gender, notre corps a un sexe, un seul, différent ce celui de son alter ego.

Lorsqu’elle a été créée dans les années 1960, la climatisation faisait fi de l’écart entre les deux sexes. Tous étaient rangés à la même enseigne, l’enseigne masculine. « Invention misogyne ! » hurlent déjà les réseaux sociaux. Mais la réalité est plus complexe. Une observation que l’on peut faire à propos de la médecine en général.

La recherche médicale a longtemps considéré l’homme comme un standard de la physiologie humaine. Pas forcément par sexisme, mais tout simplement parce que le corps masculin n’est pas sujet aux troubles hormonaux que connaît la femme, ce qui facilite son étude. Résultat, la médecine générale n’est pas adaptée au gabarit féminin et peut même se révéler dangereuse pour les patientes (voir à ce sujet le livre de Peggy Sastre, Le sexe des maladies). Certains pays tels que les Etats-Unis ou Israël, développent déjà une médecine sexuée, adaptée aux besoins de chacun. Par égalitarisme, la France reste à la traîne alors que, d’un point de vue sanitaire, il est urgent de prendre en compte les différences entre les hommes et les femmes.

Amies féministes, vous vous évertuez à mettre l’homme et la femme sur un pied d’égalité et en oubliez l’essentiel. À force de vouloir à tout prix faire disparaître les caractéristiques propres à chaque sexe, vous passez à côté de la vraie bataille.

Vous feriez mieux de rappeler notre inégalité physiologique. L’homme est supérieur à la femme physiquement et musculairement ? Tenons-en compte pour les soins médicaux (c’est vital), pour les services quotidiens (histoire de moins frissonner au bureau), et pourquoi pas, pour un zeste de courtoisie (sinon, qui porterait les valises ?).

*Photo: wikicommons.

Communiqué de Valérie Pécresse

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Nous publions ce communiqué de Valérie Pécresse démentant les propos repris par Causeur dans cet article.

Valérie Pécresse dément catégoriquement les propos qui lui ont été prêtés dans Le Canard Enchaîné du 29 juillet, selon lequel elle aurait distingué ses compatriotes juifs et musulmans des autres au cours d’une réunion publique qui s’est tenue à la salle des fêtes du Blanc-Mesnil en présence de nombreux élus et personnalités le 8 juillet dernier.

Elle y avait réaffirmé, au contraire, que toutes les religions doivent s’inscrire dans les lois de la République. Voici les propos qu’elles a tenus : « c’est évident, ce que l’on a demandé aux catholiques et aux juifs par le passé, on doit pouvoir le demander aux musulmans de France. Mais ce qu’on a donné aux catholiques et aux juifs par le passé, on doit aussi pouvoir le donner aux musulmans de France, dès lors qu’ils s’intègrent dans les principes de la République. Tout ça, c’est des sujets dont il faut que nous parlions. Tout ça, c’est des sujets de discussion. »

L’enregistrement intégral de cette réunion publique a été réalisé par la télévision « La Locale » et a été déposé chez Maître Stéphane Emery, huissier de justice, et sera utilisé pour toutes les procédures judiciaires nécessaires à rétablir son honneur attaqué.

2017: Qui tuera qui?

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2017 hollande sarkozy juppe wauquiez

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Il y aura du sang sur les murs. Dans un mois, dans un an, au plus tard dans dix-huit mois, dans le monde darwinien de la politique française, quelques-uns des grands fauves qui paradent aujourd’hui dans la jungle auront été éliminés par leurs congénères, à l’issue de combats sans merci. On en voit les prémices en observant à la loupe la cuisine interne des grands et petits partis qui se mettent en ordre de bataille pour les ultimes affrontements de ce quinquennat : élections régionales en décembre 2015, primaires de la droite en novembre 2016, élections présidentielle et législatives de mai 2017.

La défaite de Martine Aubry, incapable de faire élire son féal Gilles Pargneaux à la tête de la puissante fédération du Nord du PS, en dépit de son ralliement à la motion majoritaire du congrès de Poitiers, est la première manifestation spectaculaire de l’agonie du parti d’Épinay. Elle n’est pas la seule : sur tout le territoire, des embuscades au coin d’un bois se soldent par l’élimination d’apparatchiks apparemment indéboulonnables. Défaits à Poitiers, les « frondeurs » de Benoît Hamon, experts en coups de vice bureaucratiques, récupèrent des sections et des fédérations désertées par les militants. Les proches de Manuel Valls ne sont pas les derniers pour verrouiller à leur profit les instances décisionnaires du parti, mettant à mal l’unité de façade laborieusement construite par Jean-Christophe Cambadélis. Dans le petit monde des socialistes français, les passions tristes (haine, mépris, pulsions meurtrières) se déploient sans entraves.[access capability= »lire_inedits »]

Tous ceux qui ambitionnent de jouer les premiers rôles dans les décennies à venir ont intégré dans leur stratégie l’inéluctable : la défaite programmée de François Hollande en 2017, que seul un miracle pourrait conjurer. Le principal intéressé, le président de la République, partage bien entendu cette analyse, et tente frénétiquement d’éviter les poubelles de l’Histoire en cherchant à marquer des points sur la scène internationale, avec l’aide de son ancien rival Laurent Fabius, qui vise également une sortie honorable, sinon glorieuse, de la politique active. Objectif 2022, voire 2027 pour les quinquas et quadras de la gauche, chacun d’entre eux affûtant ses armes pour s’imposer après Waterloo. Martine Aubry passée à la trappe, Claude Bartolone fait banco sur le sauvetage, par la gauche, de la région Île-deFrance pour éliminer Manuel Valls avec l’aide de la maire de Paris Anne Hidalgo.

D’autres, comme Arnaud Montebourg, participeraient bien, de l’extérieur, à une entreprise de « pasokisation »[1. La « pasokisation » est le sort funeste d’un Parti socialiste dominateur à gauche, balayé électoralement, comme le Pasok grec, par une vague d’extrême gauche.] du PS, avec l’aide des amis de Mélenchon, et de quelques écolos plus rouges que verts, si d’aventure quelques mouvements sociaux de l’espèce indignée venaient à éclater dans les prochains mois. Manuel Valls, enfin, dont l’objectif de substituer au vieux parti d’Épinay une formation sociale-libérale s’affirme chaque jour davantage, n’est pas du genre à laisser passer sa chance.

Ceux qui croiraient que je noircis outrageusement le tableau n’auront qu’à méditer l’exemple de la situation de la gauche dans la nouvelle région Rhône-Alpes-Auvergne, à six mois des élections régionales. Le président sortant, Jean-Jack Queyranne (PS), pouvait nourrir quelques (maigres) espoirs de se voir reconduit à la tête d’un fief élargi : son adversaire désigné par Les Républicains, Laurent Wauquiez, est fortement marqué à droite, ce qui est un handicap certain dans une région où la sensibilité centriste et démocrate-chrétienne pèse encore dans les urnes. L’Auvergnat Wauquiez, avec le soutien de Nicolas Sarkozy, a brutalement éjecté son concurrent savoyard Michel Barnier, ci-devant vice-président de la Commission européenne, personnalité consensuelle, rassemblant largement au-delà des gaullistes purs et durs, et favori des milieux économiques rhônalpins.

Mais, pour avoir une petite chance de l’emporter, Queyranne devrait, dès le premier tour, présenter une liste d’union allant des communistes aux « centristes de progrès » (en fait des bayrouistes allergiques à Sarko). Au lieu de quoi il pourrait se retrouver sous les feux croisés de ses « amis » : appartenant, avec Jean-Louis Bianco, au dernier carré des « ségolénistes », Queyranne, 69 ans, est la cible rêvée de la gauche comme de la droite du parti. Les « frondeurs » éliminent ses amis de la liste des régionales dans les départements qu’ils contrôlent, comme la Loire, et Gérard Collomb, satrape vieillissant et ennemi juré de Jean-Jack, impose sa jeune épouse comme n° 2 de la liste du Rhône.

Les Verts rêvent de refaire, à la région, le coup de Grenoble aux municipales, où ils sont parvenus à déboulonner les socialistes. Pour faire bonne mesure, les communistes et leurs alliés mélenchonistes seront également présents au premier tour… La débâcle, qui verrait les socialistes arriver en troisième position, loin derrière la droite et au coude-à-coude avec le FN, se dessine inexorablement.

À droite c’est l’inverse, mais en fait cela revient au même : la perspective d’un Austerlitz électoral contraint à maintenir, pour la galerie, une unité de façade, mais cela n’empêche pas la guerre de tous contre tous. De plus, la présence électorale massive, dans tous les scénarios, de Marine Le Pen, interdit la présence de deux candidats, se réclamant de la droite modérée et du centre, au premier tour de la présidentielle. La bataille décisive se produira donc lors des primaires de cette famille politique en novembre 2016. Trois crocodiles occupent le principal marigot de la droite dite républicaine : Nicolas Sarkozy, Alain Juppé et François Fillon. Chacun d’entre eux sait que s’il ne décroche pas la timbale de la candidature en 2017, cela signifie sa mort politique. François Fillon semblant assez mal en point, l’affaire devrait donc se jouer entre Alain Juppé et Nicolas Sarkozy.

Alain Juppé a fort bien exposé la situation de départ : « Il [Nicolas Sarkozy] a le parti, moi j’ai l’opinion. » Avec sa PME politique, le maire de Bordeaux, qui bénéficie par ailleurs de la bienveillance des grands médias, entend bien démontrer que la vox populi aura raison des « appareils », devenus, selon lui, inefficients à l’heure de l’Internet, des réseaux sociaux et de la victoire culturelle de l’individualisme. De son côté, Nicolas Sarkozy se souvient de l’expérience balladurienne de 1995, dont il fut un protagoniste. La leçon qu’il en a tirée est que le chouchou des sondages et des éditorialistes n’est pas celui qui gagne l’élection. Il construit donc sa machine à tuer ses rivaux, avec ou sans primaire, en suivant une stratégie de jeu de go visant à occuper le terrain en plaçant ses pions aux bons endroits, comme on peut le constater en prenant connaissance des nominations au sein des instances dirigeantes des Républicains. Le territoire est quadrillé, les forces concentrées aux endroits clés, les alliances solidement scellées, notamment avec Bruno Le Maire. Son armée est positionnée, croit en la victoire, et ne fera pas de quartier. Vae victis ![/access]

feminisme fourest lahaie

Également en version numérique avec notre application :

*Photo: wikicommons.

Russie: Faites l’amour, c’est la guerre!

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Alors que le climat entre la Russie et l’Europe ne s’améliore pas, que les mesures de rétorsion occidentales ne ralentissent pas, le Kremlin rétorque par un signal qu’on croirait, à première vue, tout droit sorti de Woodstock : « Au diable les préservatifs ! Faites des bébés ! »

Lundi dernier, le ministère de l’Industrie et du Commerce russe a annoncé qu’il souhaitait limiter l’importation de produits paramédicaux venus de l’ouest, dont les préservatifs. Ne l’oublions pas, les Russes subissent tous les jours les sanctions que les dirigeants européens ont instaurées contre Poutine. Le rouble a subi une baisse record de sa valeur. Le prix des produits de consommation courante, souvent d’origine étrangère, ont doublé. Il était clair que la Russie ne se laisserait pas faire.

En bon Russe, Poutine a un coup d’avance. Qui aurait pensé que la vente des préservatifs en Russie était un enjeu commercial et politique ? Et son interdiction une revanche sur l’Occident ? Le Kremlin doit détenir des chiffres étonnants pour considérer que le bât blesse en dessous de la ceinture.  Certes, la population russe atteint les 144,3 millions mais encore faut-il que ces clients potentiels consomment. « Nous allons revaloriser notre production nationale », déclare le directeur du service de la consommation, Guennadi Onishenko. Non content de taper là où ça fait vraiment mal, le gouvernement en profite pour faire coup double : « C’est l’occasion de relancer la natalité » s’enthousiasme encore Onishenko. Vaste programme.

Dans cette partie d’échecs, le fou du Kremlin, c’est l’agence sanitaire Rosselkhoznadzor. Pour des « raisons sanitaires », le fou a déjà eu la peau des vins géorgiens en 2006 et des bonbons ukrainiens Roshen en 2014, propriété du président Porochenko. Mardi dernier, l’agence a relevé des irrégularités dans la viande vendue par Auchan. Sanctions contre la France ? Affaire à suivre.

Mais les Russes devront aussi faire sans appareils de radiologie, prothèses, cannes, ni défibrillateurs cardiaques aux étiquettes étrangères. Et s’ils ne sont pas contents, ils savent ce qu’il leur reste à faire. Pas la guerre.

Amnesty International dit «Touche pas à ma pute!»

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Amnesty International dépénalisation prostitution

Amnesty International dépénalisation prostitution

On avance. Lentement, mais sûrement. 2015 ans après Jesus Christ[1. Luc 7, 36-50.], 53 ans après Georges Brassens[2. « La complainte des filles de joie », 1962.] et 2 ans après Causeur[3. « Touche pas à ma pute ! », 2013.], c’est au tour d’Amnesty International de monter au créneau pour la dignité des personnes prostituées. Un document de travail de la célèbre organisation de défense des Droits de l’Homme, qui compte 7 millions de membres dans 150 pays,  prévoit en effet d’appeler à une dépénalisation universelle de la prostitution.

Rappelons que, chez nous, le gouvernement poursuit toujours la chimère d’une « abolition » du plus vieux métier du monde, et prétend y parvenir en pénalisant les clients de prostituées. Bien que 98% des personnes qui font commerce de leurs charmes s’opposent à cette mesure aussi hypocrite que liberticide, nos dirigeants n’en démordent pas : il faut en finir avec cette activité, au motif qu’elle ne serait jamais pleinement consentie. Pourtant, la dernière étude sérieuse sur le sujet démontre qu’en France, à peine 7% des personnes prostituées ne l’ont pas librement décidé. Mais Najat Vallaud-Belkacem et ses amies ont leurs raisons que la raison ne connaît pas : les fameux « Droits des femmes », puisque chacun sait que toute personne prostituée est une victime de l’oppression masculine…

En attendant, plus on réprime leur activité, plus leur situation est précaire. « Elles sont bousculées par les flics et menacées de la vérole », compatissait déjà Brassens. L’ONG confirme, presque mot pour mot : « Les éléments dont on dispose prouvent que la pénalisation du travail sexuel a tendance à renforcer plutôt qu’à réduire les discriminations envers ceux qui proposent du sexe tarifé, en les exposant à un risque supérieur de harcèlement et de violences, y compris policières. Cela attente par ricochet au droit des travailleurs du sexe à la santé et aux soins, en particulier la prévention du Sida, et constitue un facteur contribuant à leur dénier l’accès à la justice, à la protection de la police et de la loi, ainsi qu’à les exclure de protections sociales telles que les services de santé, le logement, l’éducation et les titres de séjour. »

Amnesty International, qui se fonde sur des recherches effectuées par des agences des Nations Unies, des ONG et les sciences sociales, l’écrit donc noir sur blanc : « La pénalisation, sous ses diverses formes, expose les travailleurs sexuels à un risque accru d’atteintes aux Droits de l’homme. » Pour les en protéger, l’organisation s’apprête donc à ratifier un document définitif sur le sujet lors de sa conférence qui aura lieu ce week-end à Dublin et réunira 500 délégués de plus de 80 pays. Celui-ci n’aura pas d’autre effet que de graver dans le marbre la nouvelle ligne officielle d’Amnesty, mais la fuite du document préparatoire divise déjà violemment.

Il faut dire que le texte, dans sa version non définitive, n’hésite pas à faire état de réalités qu’on croyait aujourd’hui impossible à rappeler. Il part notamment du principe que le désir sexuel est un besoin fondamental et que pénaliser les clients « pourrait conduire à une violation du droit à la vie privée, attenter à la liberté d’expression et à la santé » des individus. Et il souligne le fait que des personnes ayant un handicap physique ou psychologique trouvent dans la prostitution un moyen de « se sentir en sécurité pour exprimer leur sexualité » et de « développer une plus forte confiance en soi ». Précisément ce qu’une prostituée parisienne nous expliquait dans un récent article, consciente de jouer « un rôle sanitaire et social »…

Mais du côté des ligues de vertu, globales ou locales, il demeure inconcevable qu’un rapport sexuel entre adultes consentants puisse donner lieu à une transaction. Comme de juste, un appel de 400 personnalités, dont quelques stars d’Hollywood, exige que l’organisation change son fusil d’épaule. Les équipes scandinaves d’Amnesty, elles aussi, sont vent debout contre cette prise de position qui va à l’encontre du très répressif « modèle suédois ». Et bien que l’organisation insiste évidemment sur la nécessité de continuer à combattre tous les trafics d’êtres humains, comme l’exploitation sexuelle de femmes ou d’enfants, des féministes du monde entier sont déjà en ébullition

Autrement dit, pas d’affolement : la liberté de disposer de son sexe, ce n’est peut-être pas encore pour ce week-end.

Salmane d’Arabie: Cachez cette CRS que je ne saurais voir

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salman arabie saoudite daech

salman arabie saoudite daech

Comme le souligne Frédéric Ploquin sur l’un des blogs de Marianne, le roi Salmane d’Arabie Saoudite, non content de pousser l’administration centrale (c’est une décision du préfet, pas de la municipalité) à privatiser « sa » plage, a protesté, par la voix de l’un de ses sbires, contre la présence d’une femme parmi la demi-compagnie de CRS (la n°3) chargée de sa sécurité. « À l’extrême limite, elle pouvait bien continuer à surveiller la villa si elle le souhaitait, mais devait s’éloigner de la plage à l’heure du bain », précise le journaliste.
Ladite CRS a très mal pris cette discrimination. Elle a tort. Les femmes sont des créatures inférieures pour le wahhabisme. Elle n’a qu’à surveiller la villa vêtue d’une burqa, come toutes les honnêtes femmes. Roulure, va !
C’est du moins ce que je me suis dit dans un premier temps. Puis une seconde demande m’a fait réinterpréter cet oukase. En effet, le monarque a également exigé que les hommes en maillot de bain (CRS itou, puisque toute autre présence a été interdite par le représentant local de l’Etat, qui doit être content d’avoir passé l’ENA, ou équivalent, pour édicter de telles règles) soient eux aussi privés de plage. Ils surveilleront en tenue. Ça doit être agréable, un gilet pare-balles, par 40° au soleil. Le roi a décidé de les faire suer.

Le souverain aurait-il un complexe ? La comparaison avec des flics sur-équipés en puissance de feu serait-elle à son désavantage ? Et l’exclusion demandée de la madame CRS ne correspondrait-elle pas à une hantise : confronter une femme occidentale à l’exiguité du maillot de bain (synecdoque ou métonymie, le contenant pour le contenu, Bonnetdane est un site pédagogique) du potentat, elle qui, en Françaikse normalement délurée, a dû en voir des vertes et des très mûres ?
Réfléchissons du coup un instant sur ce mot, « potentat ». Cela vient d’un verbe bas-latin potere, forme populaire de posse, pouvoir. Bien avant son arrivée, Salmane a fait la preuve de son pouvoir. Une fois-là, il cherche encore à l’exercer en répudiant la présence de telle ou telle personne. Les gens — cela arrive dans le milieu professionnel, mais aussi sur la route, où je me suis toujours défié, sexuellement parlant, des amateurs de 4×4 vrombissants — qui exhibent à tous propos leur pouvoir n’auraient-ils pas un problème de puissance ? Ou d’impuissance ?
Plus on collectionne les symboles de pouvoir — grosses voitures, grosses maisons (la villa du roi Salmane est en fait un palais, ne jouons pas sur les mots), ou armes à feu (ah, quelle superbe preuve de virilité de la part de Walter Palmer que d’avoir abattu presque à bout portant un lion apprivoisé !), plus on manifeste je-ne-sais-quel sentiment d’impuissance.

Ce qui me ramène au voile islamique (ou islamiste, puisque l’islam ne l’a jamais rendu obligatoire, et que celles qui le portent obéissent à d’obscurs diktats non religieux). Ces femmes grillagées, enveloppées, abolies en quelque sorte, et gardées dans les harems par des eunuques, manifestent avant tout la trouille bleue de leurs « grands frères » : être confrontés à la puissance de séduction des Occidentaux ; être concurrencés par des roumis. Et si au fond toute cette puissance de feu de l’Etat islamique n’était que le symptôme d’un effrayant complexe d’infériorité ?

Non, il ne faut pas tout ramener au sexuel. C’est très mal. Le projet de l’Etat islamique est avant tout d’assujettir l’Occident…
N’empêche. Cette manie de couper… des têtes me paraît quasi freudienne. Sans compter que cela se fait toujours, le « sourire kabyle » avec sexe tranché et inséré entre les dents. On ne s’attaque au fond qu’à ce que l’on craint.
Et je suis bien sûr que parmi les alertes contributeurs de ce blog, aucun n’aurait l’idée saugrenu de trancher dans le vif l’aimable Salmane — sauf à faire collection de petits radis roses.

*Photo: SIPA. Reportage n°00702662_000007.

Climat: Hollande tire la couverture de survie à lui

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obama royal cop21 hollande

obama royal cop21 hollande

En se tournant vers la politique internationale, un président regagne facilement de la popularité. Barack Obama et François Hollande l’ont bien compris puisqu’en faisant de la diplomatie leur priorité numéro un, ils remontent dans les sondages. En juillet, grâce notamment aux accords avec Cuba et l’Iran, Obama a vu sa cote de popularité repasser au-dessus des 50%. Dans une (bien) moindre mesure, Hollande a profité de la crise grecque pour remonter à 26% d’opinions favorables, score faible mais inespéré pour le seul président français à avoir plongé jusqu’à 13% de popularité. Afin de continuer sur cette lancée, les deux présidents cherchent à s’emparer du nouveau sujet brûlant du moment : le réchauffement climatique.

Le président américain Barack Obama a lancé lundi son plan contre la « grande menace » que fait peser le changement climatique sur la planète, insistant sur l’urgence d’agir immédiatement et annonçant une restriction inédite sur les centrales électriques.

Il s’agit de l’un des « défis clés » de notre époque, a estimé M. Obama depuis la Maison Blanche, d’où il a annoncé le Plan américain pour une énergie propre (« America’s Clean Power Plan »). Ce dispositif rassemble une série de réglementations qui imposeront pour la première fois aux centrales électriques de réduire de 32% d’ici 2030 leurs émissions de carbone, par rapport à leur niveau de 2005.

Les centrales électriques sont en effet responsables de 40% des émissions américaines de dioxyde de carbone, le gaz le plus répandu parmi ceux contribuant au changement climatique. Pour appuyer ses propos, Barack Obama a tenu à souligner l’urgence d’agir et le caractère historique de sa proposition : « Aucun défi ne représente une plus grande menace pour notre avenir et pour les générations futures qu’un climat qui change. »

Continuant dans la même veine, le président américain a tenu à montrer qu’il se plaçait au-dessus des contingences politiciennes, l’un des fondamentaux de la communication d’un président choisissant la diplomatie : « La plupart du temps, les problèmes auxquels nous sommes confrontés sont temporaires et nous pouvons nous attendre à ce que les choses s’améliorent si nous nous y attelons, même progressivement. Mais voilà l’un des rares problèmes – de par son ampleur, de par sa portée – que nous pourrions ne plus être en mesure de régler si nous ne le traitons pas. Et auquel nous ne pourrions sans doute pas nous adapter suffisamment », a-t-il martelé.

Enfin, il n’a pas hésité à rappeler que sa prise de position était historique, en décrivant les restrictions imposées aux centrales électrique comme « l’étape la plus importance dans la lutte de l’Amérique » contre le changement climatique.

En s’emparant de ce sujet six mois avant la COP21, Barack Obama se met donc en bonne position pour jouer un rôle majeur dans cette conférence et profiter de son rayonnement. Celle-ci réunira 195 pays qui devraient s’engager à limiter à 2 degrés Celsius la hausse de la température mondiale générée par les émissions de gaz à effet de serre.

D’ici là, le président américain est attendu dans les prochains mois en Alaska pour y constater l’impact du réchauffement climatique. Il recevra également le très populaire pape François à la Maison Blanche, où les deux hommes devraient lancer un appel commun à l’action.

Mais face à cette offensive écologique, François Hollande ne compte surtout pas être en reste. Un communiqué de l’Elysée nous apprend qu’il a donc « salué le courage du Président Obama », dont le plan « constitue une contribution majeure au succès de la Conférence de Paris sur le changement climatique » organisée en fin d’année, a-t-il ajouté.

Le président américain doit être très touché par ces félicitations, qui ressemblent davantage à une grossière tentative hollandesque de récupération. Car François Hollande tient absolument à ce que la France préside aux futures négociations écologiques mondiales. Et il doit d’autant plus enrager que, lors des précédentes conférences de ce type, l’Amérique était restée en retrait, comme ce fût le cas lors de la ratification du Protocole de Kyoto.

Dans le communiqué de l’Elysée, cette volonté du président Hollande d’être le maître de cérémonie de la COP21 est palpable : « La France va continuer de fédérer toutes les initiatives pour que les nations notamment les plus développées prennent leurs responsabilités. » Tout esbaudi par l’éclaircie sondagière ou paniqué à l’idée de rater la dernière occasion de laisser une trace dans l’histoire, notre président ? Quoi qu’il en soit, il ne compte visiblement pas se laisser voler la vedette.

François Hollande a donc mobilisé ses troupes pour rappeler à Barack Obama que la France est en pointe sur les questions écologiques. D’abord, c’est la « vice-présidente » et ministre de l’écologie Ségolène Royal qui en a remis une couche sur Twitter. Son gazouillis, rédigé dans un franglais que M. Obama aura peut-être du mal à comprendre (s’il prend la peine de le lire) rappelle que notre pays a d’ores et déjà adopté la loi de transition énergétique, modèle pour tous les gouvernements du monde. Puis c’est l’inénarrable Jean-Christophe Cambadélis qui a salué, grand seigneur, « un signe encourageant pour la COP21 ».

Amen, ils vous le disent : la bonne parole a été portée par-delà les mers, sur tous les continents de la terre. À moins que Barack Obama n’ait tout simplement préféré couper l’herbe sous le pied de notre Saint François national, et s’assurer que le combat du siècle, dont dépend nous dit-on le sort de l’humanité, soit encore une victoire pour l’Amérique.

Turquie-Daech : la fin du pacte de non-agression?

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turquie daech pkk erdogan

turquie daech pkk erdogan

Les accords entre des entités ennemies sont monnaie courante dans l’histoire des relations internationales. Ces accords peuvent être écrits, comme le pacte de non-agression germano-soviétique signé le 23 août 1939 entre l’Allemagne nazie et l’URSS ; ils peuvent aussi être tacites, ce qui est le cas du pacte de non agression en cours entre la Turquie et l’organisation « État islamique ». Cependant, le bombardement de positions de l’EI par l’armée turque le 24 juillet 2015 pourrait bien signer la fin de ce pacte. À moins qu’il ne s’agisse d’une simple ruse de la part de la Turquie pour redorer son image internationale.

Depuis le début de ses opérations armées, l’EI a toujours fait preuve de neutralité vis-à-vis des intérêts turcs. En juin 2014, lorsque l’EI s’empare de Mossoul, deuxième ville d’Irak, le personnel du consulat turc devient otage de l’organisation. L’EI, pourtant prompte à exécuter tout ressortissant d’un Etat étranger, épargne les 46 otages turcs dans un surprenant acte d’humanité. Les otages rentreront tous sains et saufs en Turquie après trois mois de détention. Quelques mois plus tard, dans la nuit du 21 au 22 février 2015, l’armée turque mène une opération à l’intérieur de la Syrie (35 kilomètres de profondeur) afin de rapatrier la dépouille de Suleyman Pasha, grand-père d’Osman Ier, fondateur de l’Empire ottoman[1. Le site du mausolée est considéré comme territoire turc en vertu d’un accord international.]. Lorsque l’EI encercle la zone en février 2015, le destin du mausolée semble scellé, la destruction ne fait aucun doute. Or, de manière tout à fait inédite, les djihadistes de l’EI se maintiennent à une distance raisonnable du mausolée en attendant que l’armée turque évacue la dépouille ainsi que la quarantaine de soldats turcs chargés de sa garde. Le Premier ministre turc se félicitera de la réussite de cette opération éclair qui s’est déroulée sans coup férir en plein territoire djihadiste. Il faut aussi noter l’absence totale d’attentats de l’EI en Turquie jusqu’à une date récente alors que d’autres pays beaucoup plus lointains (Tunisie, France) sont régulièrement la cible de terroristes se revendiquant de l’EI.

Cette neutralité de l’EI vis-à-vis de la Turquie n’est que l’illustration d’un accord mutuellement avantageux.  D’une part, la Turquie ferme les yeux sur le passage par son territoire des djihadistes venus du monde entier pour rejoindre les rangs de l’EI. D’autre part, elle tolère la contrebande de pétrole qui permet à Daech de se financer et de payer ses fonctionnaires en territoire conquis. En échange de ces avantages, l’EI est supposé combattre et vaincre le régime de Bachar Al-Assad ainsi que les Kurdes désireux d’exercer une souveraineté sur leur territoire, au nord-est de la Syrie.

Un tel accord vaut tant que les deux parties sont en mesure de remplir leur part du contrat. Or, depuis le début de l’année 2015, l’EI est devenue la partie défaillante. D’abord, l’organisation n’est pas parvenue à renverser le régime d’Assad. Ce dernier pourrait même revenir dans le jeu diplomatique mondial dans le sillage de l’Iran. D’autre part, l’EI n’a pas pu s’emparer du Kurdistan syrien. Depuis la défaite des djihadistes à Kobané, les Kurdes, aidés par les frappes de la coalition, n’ont cessé d’infliger des revers à l’EI. La prise de Tal Abyad, fin mai 2015, constitue vue un tournant. Par cette victoire, non seulement les Kurdes ont pris le contrôle d’un des principaux axes d’approvisionnement de l’EI en hommes et en argent (candidats au djihad passant par la Turquie et contrebande de pétrole) mais ils sont dangereusement rapprochés de Raqqa, capitale du Califat autoproclamé (Raqqa est à quelque 40 kilomètres de Tal Abyad).

En gris, territoires détenus par l’organisation Etat islamique en décembre 2014.

Source : Commons Wikimedia

En gris, territoires détenus par l’organisation Etat islamique en juin 2015. Le long de la frontière turque, l’EI, pris en étau par les forces kurdes (en jaune), ne détient plus qu’une bande de territoire de cent kilomètres.

Source : Commons Wikimedia

En juin 2015, Daech ne possède donc plus qu’une seule porte d’accès vers la Turquie. Les Kurdes affichent leur intention de s’emparer de cette zone afin de couper définitivement le ravitaillement de l’organisation en hommes et en fonds. C’est à ce moment précis, alors que la présence de l’EI n’a jamais été aussi faible à sa frontière, que la Turquie envisage une intervention armée afin de « sécuriser sa frontière ».

En réalité, consciente de la disparition prochaine de sa carte maîtresse (l’EI) dans le conflit syrien, la Turquie cherche à reprendre la main. Ainsi, l’attentat de Suruç, le 20 juillet 2015, attribué à l’EI, arrive à point nommé : c’est le premier attentat en territoire turc et le prétexte idéal pour officialiser un « changement de stratégie ».

Or, l’attentat de Suruç pose question. L’EI n’a aucun intérêt à attaquer la Turquie, son meilleur soutien depuis le début du conflit. D’ailleurs, l’attaque a visé et tué 32 jeunes Kurdes proches du PKK (organisation combattue par la Turquie) et désireux de rejoindre les combattants kurdes de Syrie. L’EI ne peut ignorer qu’une exportation du conflit en Turquie peut être instrumentalisée par son puissant voisin afin de renégocier son soutien ou le supprimer. Dans ces conditions, seul un djihadiste incontrôlé aurait pu commettre une telle attaque, à moins qu’elle ne soit l’œuvre de la Turquie elle-même. En effet, les coups fourrés et le recours à des barbouzes sont des méthodes largement employés par la Turquie. Ainsi, en mars 2014, un enregistrement pirate publié sur Youtube révélait un projet d’attaque syrienne contre la Turquie afin de provoquer une intervention de l’armée turque. Dans cet enregistrement, le chef du renseignement turc proposait à Ahmet Davutoglu, alors ministre des Affaires étrangères d’envoyer « quatre hommes [en Syrie] pour lancer huit missiles dans un terrain vague » en Turquie. Autre exemple : en novembre 2005, un attentat  tuait une personne dans une librairie du Kurdistan turc. Le propriétaire de la librairie et des habitants parvenaient cependant à appréhender l’auteur et ses deux complices qui l’attendaient dans une voiture. Les trois hommes, tous membres des services de sécurité turcs, possédaient une liste d’opposants à éliminer, dont les assassinats devaient être imputés au PKK. Toujours dans les années 2000, un vaste réseau criminel (appelé Ergenekon), composé de militants d’extrême droite, de la gauche républicaine, d’officiers de l’armée et de la gendarmerie, de magistrats, de mafieux, d’universitaires et de journalistes projetait des attentats dans toute la Turquie afin de provoquer un coup d’Etat militaire[2. Le réseau, actif dans les années 2000, planifiait des attentats en Turquie. Les attentats devaient être attribués au PKK afin d’amplifier la guerre et afin de replacer l’armée au centre du jeu politique et évincer l’AKP au pouvoir. Le réseau sera finalement démantelé par le gouvernement islamo-conservateur de Recep Tayip Erdogan conduisant à l’arrestation de nombreux hauts gradés de l’armée dont un ancien chef d’Etat-major.].

Quelle que soit l’origine de l’attaque de Suruç le 20 juillet, la réponse turque vise avant tout à stopper la progression des Kurdes de Syrie. Cette attaque n’est qu’un élément visant à légitimer l’envoi de l’armée en Syrie. Pour freiner la progression des Kurdes, la Turquie doit en effet s’implanter sur la dernière bande de territoire qu’occupe l’EI le long de sa frontière (une bande de cent kilomètre) avant qu’elle ne tombe entre les mains des Kurdes, empêchant ainsi la jonction entre les territoires et les forces kurdes. Contrairement à ce que prétend le Premier ministre turc, l’intervention de l’armée turque ne changera pas le cours du conflit. Il est peu probable que la Turquie se lance dans des frappes d’envergure contre l’EI. Tout au plus, Ankara pourrait réaliser quelques bombardements sur des cibles non stratégiques afin de prouver son engagement contre l’EI. D’ailleurs, les bombardements du 24 juillet contre l’EI, censés marquer le « changement stratégique » turc, ont pris fin dès le lendemain. D’après un commandant de l’EI, ces attaques, limitées, auraient visé des entrepôts désaffectés. Il est même probable qu’en cas d’invasion turque, l’EI quitte cette zone frontalière sans livrer bataille.

Il est  préférable pour l’organisation terroriste de céder ce territoire à la Turquie plutôt qu’aux Kurdes, seule force locale efficace sur le terrain contre ses troupes. Si la Turquie et l’EI agissent de concert pour affaiblir les Kurdes, le revirement turc ne peut être considéré comme un « changement de stratégie . Il s’agit plutôt d’un approfondissement de la stratégie initiale consistant à instrumentaliser l’EI contre les Kurdes de Syrie.

*Photo: SIPA. Reportage n°AP21772056_000002.

Croatie: la parade désertée

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croatie krajina serbie

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Ce 4 août, la Croatie fête le vingtième anniversaire de la plus grande victoire militaire de son histoire: l’écrasement de la République de Krajina serbe, cette « sécession dans la sécession » qui avait décidé de rejeter l’indépendance de la Croatie en 1991 et de s’adosser à ce qu’il restait de la fédération yougoslave, c’est-à-dire à la Serbie.

En seulement quatre jours, du 4 au 8 août 1995, pratiquement tout le peuplement de ces vieux confins militaires de l’Empire autrichien, qui avaient héroïquement résisté aux Ottomans pendant des siècles, fut éradiqué. Quelque 250 000 personnes furent expulsées de leurs foyers sous un feu d’artillerie indiscriminé. L’opération fit environ 10 000 morts et disparus. La Serbie de Milošević resta passive. L’armée de Krajina elle-même, qui avait tenu en échec les troupes croates depuis quatre ans, se débanda en quelques heures sans opposer de résistance. La rumeur a couru par la suite que les services spéciaux de Belgrade s’étaient chargés de dissuader les commandants locaux de tout acte de bravoure. La Krajina, trop coûteuse à défendre, avait été sacrifiée et l’amputation devait être nette. La Croatie, de son côté, jouissait du soutien sans failles de ses alliés occidentaux: Allemagne, Etats-Unis et OTAN.

L’ampleur du désastre, toutefois, surprit tout le monde, à commencer par ses commanditaires. Contrairement aux spéculations naïves ou cyniques des Occidentaux, la minorité serbe tout entière suivit ses chefs dans l’exil plutôt que de tendre les bras à la « jeune démocratie » croate. Le 10 août, alors que toutes les routes entre Croatie et Serbie étaient engorgées de réfugiés à bout de forces, la secrétaire d’Etat américaine Madeleine Albright convoquait la presse pour dénoncer un crime de guerre… ailleurs! La prise de l’enclave musulmane de Srebrenica en Bosnie orientale par l’armée serbe de Bosnie était alors déjà vieille d’un mois et n’avait pas encore suscité de réactions notables. Mais les disparus musulmans de Srebrenica tombaient à pic pour occulter les disparus serbes de Krajina. Parmi les raisons de la focalisation stricte des Occidentaux sur le massacre de Srebrenica, la nécessité de détourner l’attention de leur propre crime en Krajina n’est pas la plus anodine.

L’éradication de la Krajina serbe fut objectivement le plus grand drame humain de la guerre civile yougoslave et le plus vaste nettoyage ethnique en Europe depuis 1945. Elle surpasse de trois fois l’ampleur supposée de l’opération « Fer à cheval » des forces serbes au Kosovo, en 1999, dénoncée à grand fracas par les médias occidentaux durant l’agression de l’OTAN — et qui s’avéra être une pure invention des services secrets allemands!

Aussi impressionnant que sa magnitude est l’escamotage dont cet événement majeur a fait l’objet dans les médias et la conscience du monde contemporain. La Serbie elle-même, par la suite, l’a traité sur un mode honteux, n’assurant pratiquement aucune assistance organisée aux malheureux qui s’étaient réfugiés sur son territoire. Ailleurs en Europe, ce crime fut atténué à l’aide de la même casuistique qu’on a déployée pour justifier, depuis l’an dernier, les exactions du régime de Kiev face à sa propre population dans le Donbass. Le gouvernement de Zagreb était notre allié, nous l’avions reconnu (du reste hâtivement) dans ses frontières (du reste arbitraires) de 1991, il avait donc carte blanche pour récupérer par tous les moyens disponibles l’intégralité de son territoire. La souveraineté de l’Etat primait toute considération humanitaire.

Quatre ans plus tard, en 1999, la volonté de la Serbie de rétablir l’ordre dans sa propre province méridionale du Kosovo agitée par le terrorisme de l’UÇK fut contrecarrée par l’argument diamétralement opposé: ici, l’urgence humanitaire (largement manipulée) primait toute souveraineté. La Serbie fut donc bombardée pendant 78 jours pour avoir voulu faire respecter sa loi sur son territoire, puis amputée de sa province.

L’hypocrisie et l’injustice de l’opération « Tempête » en Krajina — terre d’origine de ma famille paternelle — étaient telles que j’en ai été obsédé des années durant. Citoyen et soldat suisse, je ne savais comment réagir, comment exprimer face à un monde indifférent, car désinformé, la révolte que j’éprouvais face à cette perversion qui n’annihilait pas seulement la tribu de mes origines mais l’humanité en général. Quelques années plus tard, j’ai consigné et développé le conte qui allait devenir mon roman Le Miel. L’exode des Krajichniks n’y apparaît qu’à l’arrière-plan: toute évocation descriptive eût été choquante — et même de mauvais goût — pour un public occidental conditionné à n’associer à l’identité « serbe » que la notion de bourreau et jamais celle de victime. Je résumai donc cette véritable extermination par une synecdoque: ce fut « le plus grand embouteillage de tous les temps », puisque la file des automobiles, des tracteurs et des marcheurs en fuite s’étendait sur des centaines de kilomètres.

Mais voici que, vingt ans plus tard, l’interprétation officielle de ces temps troublés se lézarde et s’effrite comme un pâté de sable. Ironiquement, c’est le gouvernement croate lui-même qui, dans sa suffisance, a suscité le mouvement en organisant une parade commémorative et en y invitant ses voisins et alliés. Il s’attendait à recevoir une caresse sur la tête, le voici évincé comme un chien galeux. Les uns après les autres, les gouvernements se sont débinés, des Etats-Unis et de l’Allemagne jusqu’à la Slovénie voisine. Plutôt que de susciter les congratulations attendues, le jubilé n’aura fait que révéler les cicatrices hideuses de cette agression: une province fantôme au cœur de l’Europe, dont les habitants, d’abord expulsés puis dépossédés de leurs biens, n’ont ni la possibilité ni l’intention de revenir. Quand aux colons croates que le gouvernement Tudjman appelait à venir repeupler le désert, ils demeurent un vœu pieux.

On peut expliquer la réserve des Occidentaux par des raisons diplomatiques. C’est l’argument diplomatique qui ne mange pas de pain: il s’agirait, écrivent les médias, de ne pas « froisser » la Serbie qui oscille entre l’UE et l’alliance russe. Voyons! Qui s’est soucié, ce dernier quart de siècle, de ne pas froisser la Serbie?

Cet alibi dissimule une gêne et une contradiction abyssales. Pourquoi les chancelleries n’iraient-elles pas célébrer le vingtième anniversaire d’un événement qu’elles ont unanimement approuvé? En fin de compte, personne n’a été formellement condamné pour la conduite de l’opération Tempête en 1995. Ni son initiateur, feu le président Tudjman. Ni les responsables exécutifs, les généraux Gotovina et Markač, acquittés par le TPI en 2012. Si l’opération Tempête est manifestement un crime de guerre, aucun de ses participants n’a été jugé criminel. Miracles de la casuistique!

Dans la Croatie moderne, jeune membre de l’Union Européenne, les protagonistes de cet événement sont considérés comme des héros. Le premier d’entre eux, Franjo Tudjman, par ailleurs ancien général communiste et historien révisionniste, chef du parti ultranationaliste HDZ, a son monument dans des dizaines de villes et localités. Son mérite est indéniable dans la création d’une Croatie partiellement souveraine et (presque) ethniquement pure. Lors de la réunion préparatoire à l’opération « Tempête », le 31 juillet 1995 à Brioni, en présence de son état-major au complet, il avait clairement défini le but de l’attaque, qui était le nettoyage ethnique : « Nous devons frapper si fort que les Serbes vont pratiquement disparaître ». Intentions cachées? Nullement. On a appris depuis, mais l’on savait même alors, que la reconquête croate était étroitement encadrée par les services américains. « Le réarmement et l’entraînement des forces croates en vue de la présente offensive font partie d’une opération classique de la CIA: probablement l’opération la plus ambitieuse en son genre depuis la fin de la guerre du Vietnam », écrivait The Independent de Londres le 6 août 1995 sans indignation excessive. Un peu plus tard, leWashington Times dévoilait l’implication directe du Pentagone au travers, notamment, d’une armée privée[1. « Pentagon played role in U.S. help for Croatia », The Washington Times, 30.10.1995]

Il est évident que l’opération Tempête n’aurait jamais été déclenchée sans ces appuis diplomatiques et militaires. Cette désaffection a suscité un profond désarroi en Croatie, où certains ont fini par se demander s’il était bien opportun de parader. On entendait ces derniers jours à la radio nationale des vétérans de 1995 dénoncer pathétiquement ce qu’ils perçoivent comme une trahison.

Pourquoi donc les Occidentaux se détournent-ils aujourd’hui de ce qui est en grande partie leur oeuvre?

L’alliance américaine n’a rien d’une assurance vie. Au contraire. Nombre de régimes douteux de par le monde l’ont appris à leurs dépens, mais le malheur des autres nous sert rarement de leçon. Au cours de l’après-guerre froide, les Etats-Unis ont mis en place une stratégie de déstabilisation et de recolonisation globale dont les extrémistes jetables et les nazis de circonstance sont des pièces centrales. La guerre civile yougoslave aura été le laboratoire et le modèle des interventions ultérieures.

En Yougoslavie, comme plus tard en Ukraine, les Etats-Unis et l’Allemagne ont sciemment appuyé les mouvements les plus aptes à instaurer une haine durable entre des peuples vivant jusqu’alors dans une paix relative[3. Sur le modus operandi allemand, le livre d’Erich Schmidt-Eenboom est fondamental — mais n’existe hélas qu’en allemand. Der Schattenkrieger, Klaus Kinkel und der BND, ECON Verlag, Berlin 1995.] La réhabilitation ouverte de la Croatie nazie de 1941, à laquelle on a assisté depuis la fin des années 1980, n’a inquiété personne, sinon les populations qui, un demi-siècle plutôt, avaient subi un génocide sous le même drapeau. Sur le moment, ces énergies ténébreuses étaient utiles pour repousser et disloquer le « serbocommunisme » et, avec lui, toute tentative de maintien de l’unité yougoslave. Elles en étaient même les seules capables, puisqu’en plus de combattre l’ennemi, elles imposaient la terreur sur le plan interne et évitaient ainsi toute contestation. Pour que la story servie aux opinions soit simple, les protagonistes doivent parler d’une seule voix.

Scénario identique en Ukraine : sitôt que le président élu s’est détourné de l’UE (en novembre 2013), on a vu se déchaîner contre lui des forces qu’on croyait exorcisées depuis Nuremberg et qui, à la faveur de l’Euromaïdan, ont repris pignon sur rue. Secteur droit aura été le fer de lance décisif dans le renversement violent de Ianoukovitch: tant qu’il servait, on s’est abstenu de trop décortiquer ses racines idéologiques. Le fait que l’unité de choc de l’Ukraine « européenne » arbore les insignes et l’idéologie d’une division SS ne suscite aucune réaction concrète en Occident, où les sympathisants de la même idéologie sont, pourtant,réprimés et surveillés. En déclarant qu’il n’avait rien vu de tel à Maïdan, malgré les preuves photographiques, Bernard-Henri Lévy a parfaitement résumé la stratégie de l’aveuglement ciblé du bloc occidental.

On ne le remarque guère, mais Ukraine et Krajina sont deux variantes d’un même nom, signifiant « les confins ». Les parallèles entre le cas ukrainien et le précédent croate sont saisissants et trop nombreux pour être détaillés ici[2. Voir Diana Johnstone, « Ukraine and Yugoslavia », Counterpunch.org]. Des parallèles tout aussi éclairants sont à établir entre la stratégie islamique des Etats-Unis en Bosnie et leurs louvoiements ultérieurs au Moyen-Orient. On se souvient (ou non) que l’Occident a soutenu en Bosnie musulmane le courant le plus fondamentaliste, emmené par l’auteur de la Déclaration islamique, Alija Izetbegović, tout en ignorant les forces concurrentes au sein même de la société musulmane bosniaque. Jürgen Elsässer, dans son enquête Comment le Djihad est arrivé en Europe, démontre que le terrorisme islamique n’aurait pu prendre pied sur notre continent si les services ne l’y avaient pas aidé. Par la suite, l’élimination officielle de Ben Laden en 2011 a ouvert la porte à une alliance ambiguë, mais effective, des Américains avec les courants les plus fanatiques de l’islam sunnite.

En contemplant, tout seuls, leur encombrant défilé militaire, les dirigeants de Zagreb auront peut-être l’occasion de méditer sur la signification réelle de l’événement qu’ils glorifient tant. Ils comprendront peut-être que, comme Noriega, comme Ben Laden en Afghanistan, comme Izetbegović et Thaçi, comme Porochenko, Iatseniouk et leurs cyborgs primaires, la Croatie dont ils héritent, celle de Tudjman et Gotovina ornée de chemises noires et de croix gammées, aura servi d’extrémiste jetable et de nazi de circonstance. Même si, aujourd’hui encore, on y voit des svastikas sur les pelouses des stades, ceux qui ont tisonné cet extrémisme voici un quart de siècle savaient parfaitement jusqu’où il pouvait s’étendre et qui il pouvait menacer. Comme l’avait répondu Churchill aux objections de MacLean lorsqu’il avait décidé de livrer la Yougoslavie aux communistes de Tito: « Allez-vous vivre là-bas? — Non. — Moi non plus. » Depuis quand les maîtres partagent-ils la gamelle de leurs chiens?

Le 4 août 1995, je me suis senti anéanti dans ma part d’âme et de sang serbe. Ce 4 août 2015, je me sens humilié dans l’autre moitié de mon origine, ma part d’âme et de sang croate.

*Photo: SIPA. Reportage n°AP20332520_000005.