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Contre les agressions, une seule solution: le face-kini!

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(Avec AFP) – En Chine, la décadente oisiveté n’a pas encore entièrement détruit ce qu’il restait du bon sens aristocrate. La preuve ? Des chinoises refusent d’exposer leur peau au soleil. Un teint hâlé est en effet symbole de grossièreté puisque la peau cuivrée est l’apanage des travailleurs agricoles. Les Chinoises s’affichent donc avec des combinaisons intégrales anti soleil.

face-kini Chine

Ce n’est pas parce qu’on ne veut pas bronzer qu’on doit se priver de la mer. Des pieds jusqu’à la tête encagoulée, les vacancières font tout pour éviter le soleil et garder leur teint pâle. Le face-kini rencontre donc un immense succès et les plages chinoises se remplissent de femmes ressemblant à des super-héros. Le face-kini permet de se baigner sans brunir mais aussi, cerise sur le gâteau, de se prémunir des piqûres de méduses.

face-kini Chine

Encore mieux, se couvrir le corps permet de rester à la pointe de la mode. Sur les plages bondées de Qingdao, station balnéaire très touristique de la côte orientale de la Chine, les baigneuses masquées adoptent des teintes de plus en plus fluo. Les combinaisons couvrantes et les face-kinis, en coton fin ou acrylique, se déclinent dans toute une gamme de couleurs, s’inspirant même des masques bariolés traditionnels de l’opéra de Pékin.

Alors que dans les parcs de France, on se bat comme des chiffonnières en bikini pour d’obscurs motifs (selon les différentes rumeurs et les fantasmes de chacun), les Chinoises sont heureusement là pour nous rappeler les vraies valeurs : le bronzage, c’est vraiment un truc de péquenaud.

*Photos : © AFP FRED DUFOUR

Que faire du communisme après Staline, Pol Pot et tous les autres?

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Karl Marx communisme

Régis de Castelnau a écrit :

« André Sénik, rappelant régulièrement qu’il a été communiste, somme ceux qui le seraient restés d’abjurer la foi que lui-même a abandonnée. »

On peut me relire dans tous les sens, je n’ai sommé personne de renier la foi que j’ai abandonnée : j’ai invité ceux qui sont restés communistes à suivre l’exemple de Lacouture, qui a reconnu fort honnêtement s’être aveuglé sur les crimes du communisme.

Il est vrai que je ne me suis pas contenté de rendre hommage à l’honnêteté exemplaire de Lacouture. J’ai ajouté qu’un effort de lucidité s’impose à ceux qui se veulent communistes tout en reconnaissant les crimes du communisme. Ils ont le devoir de chercher sans complaisance si le communisme qu’ils portent aux nues est coupable ou innocent des crimes commis en son nom.

J’ai formulé ce devoir de lucidité en faisant écho à la façon dont Lacouture explique son aveuglement de l’époque : « J’avais un peu connu certains dirigeants actuels des Khmers rouges, mais rien ne permettait de jeter une ombre sur leur avenir et leur programme. Ils se réclamaient du marxisme sans que j’aie pu déceler en eux les racines du totalitarisme. J’avoue que j’ai manqué de pénétration politique. » Lacouture estimait donc qu’à l’époque rien ne lui permettait de déceler un rapport de causalité entre le marxisme dont ces dirigeants se réclamaient et les racines du totalitarisme. C’est ce qui m’a fait écrire : « On peut aller plus loin que Lacouture dans la lucidité. Par exemple, en se demandant sans complaisance si aujourd’hui encore rien ne permet de déceler les racines du totalitarisme chez des gens qui se réclament du marxisme. »

Cette question signifie « Peut-on être marxiste, après Staline, Pol Pot et tous ceux qui ont soumis le marxisme à l’épreuve de la pratique, c’est-à-dire à l’épreuve de la réalité ? »

Ce n’est manifestement pas la question de Régis de Castelnau. Lui se vante au contraire de partager le point de vue de Slavoy Zizek pour lequel la question qui se pose est : « Comment être communiste après Staline ? »

La question, ou plutôt la problématique « comment rester fidèle au communisme malgré l’horreur dont Staline n’est qu’un nom propre parmi tous les autres ? » barre la route au devoir de lucidité. Elle signifie qu’il faut impérativement chercher à sauver le communisme, au lieu d’examiner s’il est innocent ou coupable de l’une des deux pires tragédies du XXe siècle.

Je précise que je prône la mise en examen sans complaisance du communisme de Marx, et non du marxisme-léninisme que presque plus personne ne défend sérieusement.

Voyons la façon dont  Régis de Castelnau s’y prend pour justifier sa question, je veux dire son refus de mettre le marxisme en examen.

Dans un premier temps, s’il reconnaît les faits, il ne remonte pas au-delà de Lénine, jusqu’ à Marx, et cela afin de ne pas s’interroger sur la responsabilité de la pensée de Marx dans les révolutions communistes. « Parce que c’est là où André Sénik a raison, toutes les expériences de « socialisme réel » engendrées par la révolution d’octobre ont débouché sur des dictatures, qui furent pour certaines des tragédies sanglantes. »

Comment échappe-t-il ensuite à  cette écrasante preuve à charge ? Au moyen de deux procédés.

Le premier procédé nous est bien connu. C’est l’inversion de la responsabilité. Les crimes du communisme sont reconnus, certes, mais à la condition d’être immédiatement imputés à ses ennemis. C’est ainsi que Régis de Castelnau nous raconte en long et en large comment et pourquoi les Américains furent les premiers responsables des atrocités commises par les Khmers rouges, que Lacouture attribua trop naïvement à ces derniers. Dans la même veine, il nous explique que le capitalisme est le premier responsable de l’illusion communiste. « Mais ce qui fut la grande passion du XXe siècle, aux dimensions religieuses évidentes, n’est pas tombé du ciel. Elle fut le fruit des affrontements sociaux du XIXe siècle qui virent le triomphe du capitalisme dans l’accouchement terriblement brutal de la société industrielle. Triomphe qui déboucha sur une guerre commencée le 1er août 1914 et terminée le 9 novembre 1989. »

Dans ces deux cas, le communisme est présenté comme une réaction aux crimes des capitalistes. Moyen oblique d’exonérer le système communiste tout en prétendant reconnaître ses crimes. On connaît ce procédé, qui sert d’autres causes. Il permet ainsi d’« expliquer » le nazisme (sans l’innocenter) par le traité de Versailles, la crise de 29 et la révolution bolchévique, et d’« expliquer » l’islamisme barbare (tout en le condamnant) par les crimes et les fautes de l’Occident libéral colonialiste et dominateur. Glissons.

Le second procédé utilisé par Régis de Castelnau consiste à justifier la fidélité au communisme par l’espérance qui fut projetée sur lui, qui en serait inséparable, et qui risquerait donc d’être condamnée avec lui.  Je le cite : « Car le travail de déconstruction du marxisme-léninisme (y compris dans son absurde version maoïste) est tout à fait indispensable. Ne serait-ce que pour enfin savoir si les idées d’universalisme et d’émancipation humaine doivent être définitivement enterrées. »

Il se trouve que j’ai fait ce travail de déconstruction, ou plutôt ce travail d’enquête, pour enfin savoir si les idées d’universalisme et d’émancipation humaine doivent être définitivement enterrées.

Le résultat de mon enquête est sans ambiguïté : oui, les idées marxistes d’universalisme et d’émancipation humaine doivent être définitivement enterrées.

J’ai publié il y a quatre ans une longue critique de Sur la question juive, l’article inaugural de Marx dans lequel il a exposé pour elles-mêmes ses idées sur l’universalisme et sur l’émancipation humaine[1. Marx, les Juifs et les droits de l’homme, à l’origine de la catastrophe communiste, postface de Pierre-André Taguieff,  Denoël 2011.].

« L’universalisme » signifie pour lui l’abolition de tout ce qui fait de l’homme un individu particulier. Le Juif, parce qu’il est homme de commerce et d’argent, porte à son comble ce particularisme anti-universaliste et donc aliénant.

Pour définir sa sa conception de ce qu’il appelle « l’émancipation humaine », Marx l’oppose à « l’émancipation politique » apportée par 1789. L’émancipation politique reconnaît les droits des hommes tels qu’ils sont. L’émancipation humaine vise à les transformer radicalement en les émancipant de ce qu’ils sont.

L’homme « humainement émancipé », c’est le citoyen qui n’est plus du tout une personne privée, et c’est l’être générique qui n’est plus rien d’autre qu’un membre du genre humain.  C’est l’individu désintégré et dissous dans la totalité.

C’est au nom de cet universalisme et de cette émancipation humaine que Marx fait le procès de tous les droits de l’homme, depuis la liberté jusqu’à la propriété privée.

C’est au nom de cet universalisme et de cette émancipation humaine qu’il condamne l’existence de la société civile au sein de laquelle les hommes agissent en tant que particuliers. C’est encore au nom de cet universalisme et de cette émancipation humaine qu’il fait l’éloge de la Terreur robespierriste.

Un détail qui intriguera, du moins je l’espère, ceux qui attribuent la passion communiste aux horreurs du capitalisme industriel : dans Sur la question juive, qui date de 1844, il n’est question ni du capitalisme, ni de la lutte des classes, ni de l’inégalité et de l’exploitation. Pas plus d’ailleurs qu’on ne trouve ces concepts dans les passages de Platon en faveur du communisme.

Quant à l’universalisme au sens humaniste du terme, rien n’est plus étranger à Marx.

C’est lui qui fait remplacer la devise de la Ligue des communistes « Tous les hommes sont frères » par le célèbre « Prolétaires de tous les pays unissez-vous » qu’on trouve à la fin du Manifeste du parti communiste. Ce slogan est un appel à la lutte à mort contre les bourgeois, qui n’appartiennent pas à la même communauté humaine que les prolétaires. En octobre prochain paraîtra ma critique du Manifeste du parti communiste, qui montre que cet appel était porteur du pire de ce que  firent les communistes au pouvoir[2. Le Manifeste du parti communiste aux yeux de l’Histoire, à paraître chez Pierre-Guillaume de Roux, en octobre 2015.].

J’espère que j’en ai assez dit et assez fait pour rassurer Régis de Castelnau, qui craignait que je ne sois pas assez anticommuniste.

*Photo : Wikimedia Commons

Daech contre la théorie du complot

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Daech théorie du complot

Dans son discours du 27 janvier, François Hollande s’élevait contre les conspirationnistes en tous genres qui, nourris d’informations vaseuses pêchées sur Internet, se replient dans la défiance à l’égard de toute parole officielle et menacent de verser dans le djihadisme : « C’est toujours le complot, le soupçon, la falsification (…). Les théories du complot se diffusent sans limites et ont, dans le passé, déjà conduit au pire. Alors face à ces menaces, il nous faut des réponses, des réponses fortes, des réponses adaptées. (…) Nous devons agir au niveau international pour qu’un cadre juridique puisse être défini, et que les plateformes qui gèrent les réseaux sociaux soient mises devant leurs responsabilités et que des sanctions soient prononcées en cas de manquement. »

Cette première évocation du problème par le Président de la République après les attentats de janvier marque le début de la procédure d’adoption d’une loi dite « renseignement », principalement destinée à lutter contre la propagation de l’islamisme radical. L’un des volets de cette loi vise en effet les sites diffusant des thèses « complotistes », censées mener tout droit au terrorisme.

Dans le même registre, le site Stop-djihadisme, plateforme gouvernementale de prévention et de lutte contre le djihadisme, explique la nécessité de dénoncer les thèses conspirationnistes qui prospèrent sur Internet. On y détaille les biais par lesquels des organisations criminelles embrigadent nos jeunes : « Les terroristes cherchent à convaincre les jeunes qu’ils vivent dans un monde corrompu – dirigé par des sociétés secrètes – où tous les adultes leur mentent. C’est la théorie du complot. Ils n’hésitent pas, à travers une propagande très étudiée qui oppose « le vrai » et « le faux », à inventer des preuves qui conduisent les jeunes à se méfier de tout et de tous. Les jeunes en viennent à rejeter leur entourage (professeurs, éducateurs, animateurs et jusqu’à leurs propres parents, frères ou sœurs) qui n’adhère pas à cette vision paranoïaque du monde. »

Une fois séduits par toutes ces âneries, il n’y aurait plus rien à faire pour ces jeunes gens, « car l’autorité du groupe djihadiste s’est substituée à l’autorité familiale » A priori, le conspirationnisme le plus répandu, qui consiste en une aversion irrationnelle pour « le sionisme » et/ou l’Occident, est en effet parfaitement soluble dans l’idéologie de Daech. Et il n’est certainement pas étranger au départ de nombreux jeunes acculturés. Pourtant, il semblerait que nos dirigeants aient trouvé en l’Etat islamique un allié inattendu dans leur lutte contre ces dangereuses affabulations. Car les thèses délirantes des complotistes finissent paradoxalement par nuire aussi aux terroristes, Etat Islamique en tête, en diminuant l’ardeur combattante d’islamistes plus tout à fait convaincus du bien-fondé de leur mission divine….

En fouillant un peu, on trouve en ligne la version anglaise du magazine Dabiq de l’Etat Islamique [1. J’espère que MM. Valls et Hollande comprendront que je ne le télécharge que pour des motifs journalistiques…]. Et à sa lecture, on conçoit mieux que Daech soit furieux contre les conspirationnistes. « Les théories du complot sont devenues une excuse pour abandonner le Djihad », nous apprend un article. Pour les fous d’Allah, les complotistes sont donc des « abrutis » qui donnent tous les pouvoirs aux « infidèles », en refusant de reconnaître que les islamistes ont perpétré les attentats du 11 Septembre et que l’Etat Islamique est une création émanant de la volonté d’Allah lui-même. En effet, poussés par « leur désir et leur débilité », les conspirationnistes font de l’Etat Islamique une création de la CIA et sapent donc son autorité.

Forcément, avec tout le mal que se donne Daech pour terroriser le monde, ses dirigeants doivent être un peu vexés que leurs propres guerriers puissent s’imaginer être à la solde des Américains. Conséquence : les chefs de l’organisation terroriste la plus redoutée du moment n’ont, eux, pas perdu une seconde pour édicter leurs propres mécanismes de surveillance d’Internet. Dans un tract distribué à la population, l’organisation précise à l’intention de « tous les utilisateurs » des réseaux qu’elle a décrété « la suppression de toutes les connexions en dehors des cybercafés », et que « cela vaut pour les soldats de l’EI ».

Obligés de se connecter dans des lieux surveillés, les membres de l’Etat Islamique eux-mêmes sont donc soumis à un contrôle encore plus rigoureux que nous lorsqu’ils se promènent sur Internet. Des ONG expliquent que cette surveillance a pour but d’empêcher toute communication « officielle » sur les atrocités perpétuées par l’organisation en Syrie, et d’éviter que les candidats à la désertion n’entrent en contact avec le monde extérieur. Mais une troisième raison, évoquée par Paris Match, serait  la possibilité de s’assurer que les jeunes moudjahidines ne consultent pas de sites conspirationnistes.

Moralité : quand on est complotiste, on est complotiste. Méfiant vis-à-vis de toute organisation, on finit par tout mettre en doute et se retrouver seul. Le gouvernement ferait peut-être mieux d’insister sur le fait que, ce jour-là, mieux vaut être dans sa chambre avec un PC qu’au milieu d’un désert en guerre.

*Photo : Wikimedia Commons

Kepler 452b: Et si en plus il n’y a personne…

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NASA Kepler 452b

La NASA a besoin d’argent. N’ayant plus à conduire des missions spatiales dignes de ce nom, et pour justifier ses budgets, elle en est réduite à attirer le chaland par des petites opérations de communication. Alors elle vend du rêve. Annonce à grand son de trompe de la découverte d’une planète « habitable » et « semblable » à la Terre dans notre galaxie. Immédiatement, l’info-sphère s’est enflammée, télévisions, journaux, sites Web, réseaux ont répercuté la grande nouvelle. D’« habitable » on est passé sans barguigner à « habitée » en accompagnant le propos d’une photographie de la grande sœur. En oubliant souvent de préciser qu’il s’agissait d’une vue d’artiste. L’habituelle cohorte des allumés, amis des petits hommes verts, est sortie de sa léthargie estivale pour nous asséner, qu’« ils » allaient arriver, qu’ils étaient déjà venus, qu’ils étaient beaucoup plus intelligents que nous et qu’ils les avaient choisis pour communiquer. Jusqu’à notre cher Jean-Claude Bourret, toujours vivant, toujours spécialiste des ovnis. Il n’a pas changé.

Cela n’a pas rebuté non plus la presse sérieuse. Regardons ce qu’en disent Les Échos, d’habitude plus austères : « Elle se situe à la même distance de son étoile que la Terre du Soleil. Il pourrait ainsi être possible d’y trouver de l’eau à l’état liquide, ce qui permettrait l’existence de la vie telle que nous la connaissons. » Cette distance implique simplement que s’il y avait de l’eau, elle ne s’évaporerait pas. Mais cette présence n’est pas avérée et n’a rien d’inéluctable. Chez nous, la présence massive d’eau liquide est un événement aléatoire, dont on ne connaît toujours pas l’origine.

« Située à 1400 années-lumière de la Terre, cette exoplanète baptisée Kepler 452b, orbite une étoile en 385 jours dont les caractéristiques sont très similaires à celles du Soleil. » 385 jours dites donc, alors que nous c’est 365. Ce n’est pas tombé loin ! Mais des jours terrestres ou des jours Képlériens ? Ah ça, on n’en sait rien. Rien de la rotation pourtant indispensable à l’apparition et au développement de la vie. Péremptoire, le journal poursuit : « Kepler a de grandes chances d’être rocheuse avec une atmosphère épaisse et une grande quantité d’eau ». Trois suppositions gratuites en une phrase. La recherche et la découverte d’exo-planètes ne se fait pas par observation directe, mais par déduction à partir des conséquences sur leur étoile. La seule chose que l’on sait, c’est sa taille et la distance qui la sépare de son soleil. Qu’elle soit rocheuse, qu’elle dispose d’une atmosphère et qu’il y ait de l’eau, ce sont de pures conjectures. Mais on va quand même la proclamer « habitable » en escomptant bien, flattant l’imagination, que par un glissement sémantique on la pensera « habitée ». Et Les Échos de saluer « un nouveau pas dans la quête pour trouver une sœur jumelle à notre planète dans l’univers ». La belle affaire ! Située à 1400 années-lumière, si nous décidions d’y envoyer un vaisseau, il faudrait 30 millions d’années avec nos moyens actuels. Je crains que cela pose un problème de provisions de bouche pour les vaillants astronautes. Et même si nous parvenions à approcher la vitesse de la lumière malgré toutes les embûches relevées par Einstein, l’aller-retour prendrait quand même un peu plus de 3000 ans. Trouver une jumelle nous fera une belle jambe…

Cette disposition à croire que la vie intelligente existe ailleurs dans notre univers et que nous finirons par entrer en contact avec elle est très partagée. Parce qu’elle nous fait rêver. Amateur de littérature de science-fiction, j’avais une prédilection pour le sous-genre « space opera » qui, d’Isaac Asimov à Dan Simmons en passant par Franck Herbert, nous promenait de galaxies en galaxies. Mais je sais bien que nous n’irons nulle part. Et qu’il n’y a personne. Enrico Fermi, avec son paradoxe, a planté le premier clou dans le cercueil de nos espoirs. Notre étoile étant une des plus jeunes de la galaxie, il disait : « S’il y avait des civilisations extraterrestres, leurs représentants devraient être déjà chez nous. Où sont-ils donc ? » Pour répondre, il faut s’en remettre à une réalité incontournable : « La vie a si peu de chance d’apparaître qu’un univers de la taille du nôtre est nécessaire pour qu’elle ait une chance de se produire une fois. » Sur quoi s’appuie cette triste proposition qui nous renvoie à notre solitude ?

Sur le fait que notre univers, tel que nous le connaissons est un système complexe imprévisible. Il y a bien quelques lois, mais son état est dû au hasard. Et nous, petite espèce terrestre, le fruit d’une succession d’événements aléatoires d’une redoutable complexité. A commencer par ce nuage interstellaire hétérogène qui, en se condensant, a donné notre soleil accompagné de ses huit planètes principales. Système solaire qui, si une seule des millions de variables du processus avait été différente ne serait pas le même.

Jouons au loto de la vie : la Terre a tiré le premier bon numéro, celui de la distance par rapport au soleil. Le hasard. Le second est l’existence de la lune. Probablement à la suite d’une formidable collision avec la Terre, le hasard encore. Ce satellite a stabilisé par effet de marée la position de l’axe de rotation de celle-ci sur elle-même. Ce qui assure, par le jeu des saisons, la clémence indispensable des conditions climatiques. Le troisième est celui de la présence dans le système solaire de géantes gazeuses comme Jupiter et Saturne. Le hasard toujours. Par effet de gravitation, elles ont nettoyé le système solaire d’une grande partie de la caillasse pouvant bombarder les planètes. Grace à ces deux gros aspirateurs, la terre a été frappée en moyenne tous les cent millions d’années par des astéroïdes massifs (comme celui qui fit disparaître les dinosaures). Sinon cela aurait été tous les cent mille ans ! Et puis ensuite, il y a l’eau. Dont on ne connaît pas l’origine et dont on ne sait comment elle a été conservée. Personne ne peut dire qu’une planète identique à la Terre se doterait forcément d’eau liquide. Il y a aussi, par exemple, l’indispensable méthionine acide aminé entrant dans la constitution du vivant. Cette molécule, que l’on est parvenu à synthétiser, exige pour cela l’alternance de périodes humides et de périodes sèches. Merci la lune pour le phénomène des marées. Et puis il y a le fait que ces acides aminés doivent se combiner avec les glucides, comme un boulon et son écrou. Par hasard (probablement un événement venu de l’espace), tous les acides aminés sont de forme gauche et les glucides de forme droite. Sans cela, pas de développement de la vie. Profane, je vais en rester là de mes exemples, la description de tous les événements aléatoires qui ont permis l’apparition de la vie serait interminable et trop compliquée pour moi. J’en citerai seulement quelques-uns : la place du soleil dans la galaxie, le champ magnétique, la couche d’ozone, la glaciation Varanger, la tectonique des plaques…

Mais après l’apparition de cette vie, il y a eu son développement. Pendant deux milliards d’années elle s’est limitée à des bactéries. Son évolution par la suite, comme Darwin en a eu l’intuition, s’est déroulée comme un processus sans but et sans morale. Marqué lui aussi par le hasard. Changements climatiques, extinctions massives, dérive des continents modifiant chaque fois la pression sélective, n’ont pas « abouti » à l’être humain mais ont permis son émergence. L’intelligence n’étant qu’un caractère de notre chétive et improbable espèce. Et la partie est loin d’être terminée puisqu’il reste à la Terre cinq milliards d’années…

Alors, lorsque l’on joue au loto de la vie, si l’on veut gagner, il faut tirer beaucoup de numéros. Bénéficier de beaucoup d’occurrences aléatoires. Admettons, alors que c’est évidemment beaucoup plus, qu’il faille tirer 12 numéros. On aurait alors une chance sur 1000 milliards d’avoir la bonne combinaison. Ce qui correspond au nombre probable de planètes dans notre galaxie. Mais les autres, celles qui sont si loin ? Et celles que bornés par l’horizon cosmologique nous ne verrons jamais ? Il suffit que les numéros du loto, du code de la vie, passent à 24, cela englobe aussi les 1000 milliards de galaxies. Une chance sur 1 million de milliards.

Nous sommes donc tout seuls dans l’univers. Et les opérations de communication de la NASA sont de la fumisterie.

Les croyants, que cette présentation peut arranger, puisqu’elle relève le caractère unique de la vie sur Terre, vont me dire que les événements que je présente comme aléatoires ne sont justement pas survenus par hasard. Et qu’ils sont l’œuvre d’un créateur. S’agissant de la foi, n’étant pas équipé pour le débat, je me contenterai de répondre que dans ce cas, pour quelqu’un d’omnipotent, il s’est quand même drôlement compliqué l’existence.

Et à ceux qui reprenant la réplique de Gabin dans Le jour se lève me diraient « dans ce cas à quoi sert le mot espoir ? », je serai contraint de répondre : « A rien. »

*Photo : N.A.S.A/SIPA/1507241101

Notre ami Erdogan

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C’était hier, le chœur des médias saluait la résistance héroïque des Kurdes de Kobané assiégée par les commandos de l’État Islamique. Une femme, Mayssa Abdo, galvanisait la résistance de la population et de quelques Peshmergas peu armés mais pleins de courage et de détermination. On se souvient des blindés turcs qui de leur promontoire, de l’autre côté de la frontière avec la Syrie, dominaient la scène sans tirer un seul coup de canon. Le 25 janvier, après quatre mois de combats et une ville ravagée, les Kurdes finissaient par se libérer.

C’était hier, du 25 au 27 juin, une nouvelle attaque de Daech tuait plus de 200 personnes et en blessait plus de 300 sous le regard impavide des forces turques. Erdogan s’offusquait qu’on l’accuse d’avoir laissé passer les spadassins islamistes, dont certains portaient des uniformes de l’armée turque et utilisaient des munitions de cette même armée membre de l’OTAN. Il déclarait alors que jamais il n’accepterait la création d’une nouvelle entité kurde à sa frontière sud.

Aujourd’hui, Erdogan fait bombarder Kobané. Silence, on tourne, puisqu’Ankara déclare la guerre à l’État islamique, son frère ennemi.

Au final, l’Occident, dans son immense clairvoyance, abat ses atouts dans ce poker menteur – la Turquie et l’Iran, unis par une alliance objective contre l’E.I – tout en se glorifiant de ses mamours nucléaires avec les ayatollahs (qui persistent à vouloir la peau d’Israël et des USA) dans l’accord négocié à Vienne, comble de l’ironie, place Théodor Herzl.

Caroline Fourest: «Je suis devenue moins libertaire»

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Caroline Fourest

Parité obligatoire en politique, lois contre le « harcèlement », pénalisation des clients de prostituées… Le féminisme accouche ces temps-ci de mesures toujours plus contraignantes, punitives. Jusqu’où cela va-t-il aller ?

Je fais partie des gens qui se félicitent qu’on ne confonde plus le droit à la séduction et le droit de harceler, qui pousse des gens au suicide. De même, on ne peut pas confondre libertinage et prostitution, à cause du trafic. Ces lois ne me paraissent pas liberticides mais au contraire émancipatrices. Bien sûr, il y aura toujours des gens pour vous dire que l’esclavage volontaire c’est fantastique, que c’est un plaisir sadomasochiste qu’il faut respecter…

Esclavage volontaire, voilà un bel oxymore ! Que faites-vous des femmes qui souhaitent continuer à monnayer leur corps ? Pour les émanciper, il faut légiférer contre l’avis des intéressées ?

Dès 1998, il y a eu un débat au sein du féminisme sur la prostitution. Je faisais partie de celles qui, par tradition libertaire, étaient plutôt réticentes à l’idée de réprimer la prostitution volontaire… Mais j’ai évolué là-dessus.[access capability= »lire_inedits »] On ne peut pas être libertaire à ce point. C’est le rôle de la loi de protéger les gens contre les processus de domination et d’écrasement, même s’ils y sont entrés de façon volontaire.

Donc, pour vous, la société doit penser à leur place, avant elles ? Difficile de vous considérer comme « libertaire » dans ces conditions.

Avec la loi contre le racolage passif, ce sont les prostituées que vous persécutez. Une loi qui punit le client, c’est une arme que vous mettez dans leurs mains. Cette arme que l’on doit à Najat Vallaud-Belkacem, protège les personnes prostituées : Elles peuvent s’en servir ou non, si elles font face à des violences. Tant que ce sont elles les fautives aux yeux de la loi, elles ne peuvent pas les dénoncer.

En l’occurrence, la loi prévoit plus précisément d’« abolir » l’activité qu’elles ont choisi d’exercer, le plus souvent en toute liberté.

Oui, mais en pratique ça n’existe pas. Et c’est une chimère, parce que la prostitution existera toujours sous une forme ou une autre. Le but est de faire en sorte qu’on aille de plus en plus vers un échange de services sexuels qui soit vécu de façon la plus égalitaire et réellement consentie possible. Aujourd’hui, des femmes vous disent qu’elles sont très heureuses dans la prostitution, qu’elles l’ont complètement choisi. Mais dans dix ou quinze ans, quand elles seront complètement esquintées, malades, elles vous diront que leur vie est brisée. De même que dans quelques années, des femmes qui portaient le voile en pensant le faire volontairement vous diront qu’elles ont mis des années à s’en libérer. Parce qu’elles auront compris, avec le recul, que c’est la pression de leur quartier, de leurs grands frères, qui les a poussées à le porter.

Si la prostitution est pour vous une forme d’exploitation, que pensez-vous de la gestation pour autrui ?

Les usines à bébés en Inde, où des femmes portent les enfants de plusieurs couples à la chaîne, je suis évidemment contre. Et même plutôt pour sanctionner ceux qui y ont recours. Mais j’ai aussi rencontré des gens qui ont fait une GPA éthique aux Etats-Unis, avec des mères qui ont déjà des enfants et font ça une fois dans leur vie, pour rendre service à un couple hétérosexuel ou homosexuel. Ces familles restent en contact avec la mère de l’enfant, qu’il connaît comme une sorte de marraine. Je ne vois pas au nom de quoi on leur pourrirait la vie.

Vous n’acceptez pas l’idée qu’une femme puisse se prostituer librement, mais vous croyez qu’on peut être une « mère porteuse » sans souffrances ni séquelles ?

Pour que ça ne reste pas le mécanisme atroce que c’est aujourd’hui, où elles font des bébés presque comme elles font des passes, dans des conditions d’abattage, il faudrait réduire la GPA à un acte unique, très bien encadré et extrêmement bien rémunéré. Cela permettrait à des pays comme l’Inde de sortir de la prostitution. Il y a une telle demande… Vous savez ce que c’est qu’un couple qui a envie d’un enfant ? Ce sont parfois des gens avec de gros moyens, qui sont prêts à payer de fortes sommes. Si une femme indienne peut toucher 100 000 dollars pour une GPA plutôt que de faire 100 000 passes, ça doit pouvoir être son choix.

Une autre question déchire les féministes actuelles : celle du port du voile islamique, vu par certaines comme un droit individuel inaliénable… Certaines doivent vous dire que vos prises de position tranchées sur le sujet ne laissent pas aux femmes le choix de s’habiller comme elles le souhaitent.

Au moment de la loi de 2004 je me suis battue pour l’interdiction du voile à l’école, quitte à me faire traiter d’islamophobe. L’équilibre que je suggère dans La dernière utopie, livre qui a reçu le prix de l’Académie des sciences morales et politiques, refuse le relativisme. Mais il refuse aussi de faire de la laïcité une règle punitive et normative, dont on se servirait pour interdire tout ce qui nous dérange. Je me suis par exemple élevée contre l’interdiction du voile dans la rue, et je suis opposée à ce qu’on interdise les sorties scolaires aux mamans voilées, parce que je pense que ce serait aller vers une laïcité liberticide. Mais je reste persuadée que l’école publique doit exiger la souplesse identitaire qui consiste à enlever le voile, par respect pour un espace républicain dédié à l’égalité.

A Causeur, on vous rejoint quand vous défendez une loi qui interdit l’intrusion de la religion à l’école, donc on a du mal à comprendre que vous souteniez les Femen, qui débarquent à l’inverse dans des lieux de culte privés en hurlant des slogans hostiles à la religion…

Il y a des actions des Femen que j’ai approuvées, d’autres que j’ai critiquées… C’est tout l’enjeu des engueulades homériques que j’ai pu avoir en particulier avec Inna Shevchenko. Et c’est l’objet de mon livre, ce que personne n’a compris : il s’agit d’un livre de dispute, essentiellement sur cette notion d’espace public. Par exemple, je n’ai pas du tout aimé l’action des Femen à Notre-Dame. Mais on a aussi pu faire des choses contre l’islamisme grâce aux Femen, et c’est évidemment cet aspect qui m’a intéressée. Une Femen comme Amina, bien qu’elle ait fait des erreurs par la suite – ce que je suis la première à avoir reconnu –, a eu un cran inouï en tenant tête à des milliers de salafistes à Kairouan, alors que tout le monde tremblait de peur.

D’accord, mais en quoi montrer ses seins en public, en France, est-il un acte héroïque et féministe ? Notez que pour ma part, je ne m’y opposerai certainement pas, justement parce que je suis un homme pour qui la vue d’une jolie poitrine n’est jamais désagréable…

Contrairement aux hommes, une femme qui manifeste torse nu est arrêtée pour exhibition sexuelle. Posez-vous la question de l’héritage patriarcal de notre droit, qui considère que le torse des femmes est plus impudique que celui des hommes. Pardon, mais c’est très proche du débat sur le voile : c’est la même démarche que celle qui fait des cheveux des femmes quelque chose de sexuel, contrairement aux cheveux des hommes.[/access]

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*Photo : Hannah Assouline

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Syrie, Crimée: la grande vadrouille des députés

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députés Crimée Syrie

Du 22 au 25 juillet, dix députés et sénateurs français se sont rendus en Crimée, décidant de passer outre les recommandations de Claude Bartolone et Gérard Larcher. Leur voyage, malgré son caractère officieux, a soulevé une vague de réactions indignées – comment osaient-ils se rendre dans ce territoire considéré par la France, l’UE ainsi qu’un grand nombre d’autres pays comme illégalement annexé par la Russie et justement soumis à des sanctions ? En France, Laurent Fabius a condamné cette visite qu’il a qualifiée de violation du droit international, puisque la Crimée est toujours considérée par la France comme un territoire ukrainien. Bruno le Roux, président du groupe socialiste à l’Assemblée Nationale, a quant à lui honte de ce voyage : « Une honte que ces dix parlementaires se rendent en Crimée sans avoir le moindre rapport avec les autorités ukrainiennes »… soutenues par la France. En Europe aussi, l’évènement n’est pas passé inaperçu, surtout chez ceux qui se considèrent comme étant en première ligne face à Moscou. Ainsi, le ministre letton des Affaires étrangères, Edgars Rinkevics, a pointé du doigt l’indignité d’une telle visite : « une honte pour l’Europe » qui porte « un coup dur à la solidarité européenne », a-t-il gazouillé sur Twitter.

Ce genre de visites – et les polémiques qui les accompagnent – n’est pas nouveau. On se souvient encore de ces députés français qui s’étaient rendus en Syrie contre l’avis du gouvernement et les positions diplomatiques françaises. A l’époque comme aujourd’hui, ces initiatives soulevaient plusieurs questions. La plus importante concernait les limites de la contestation légitime de l’opposition en politique étrangère. Dans le cas de la visite en Crimée, une deuxième question doit être débattue : celle de la solidarité entre élus car, rappelons-le, le voyage officieux de cette dizaine de parlementaires LR et d’un député du Parti Radical de Gauche a été organisé suite à l’inscription sur la liste noire de la Russie de Bruno le Roux. Cette décision du Kremlin avait causé, il y a un mois, l’annulation d’une visite officielle de parlementaires français en Russie.

Commençons par l’essentiel : cette visite est légale et même ses contradicteurs les plus véhéments n’ont pas proposé de changer la loi pour interdire ce genre d’initiatives. On peut donc en conclure que la logique donnant aux élus de la Nation une très large marge de manœuvre et d’action dans l’exercice de leur mandat n’est pas contestée. Il faut rappeler aussi que, lors du précédent syrien, et malgré les menaces, ni Gérard Bapt (PS)[1. Il devait être poussé à démissionner de son poste de président du groupe parlementaire du groupe d’amitié France-Syrie.] ni Jacques Myard (LR) – l’un des membres de la délégation en Crimée – ni leurs deux autres camarades n’avaient finalement été sanctionnés pour s’être écartés de la ligne française.

En ce qui concerne la légitimité du voyage, la réponse est plus compliquée. Ces parlementaires en goguette semblent faire fi du problème de la solidarité des élus : acceptent-ils le droit d’un gouvernement étranger de boycotter un de leurs, dans ce cas précis, Bruno Le Roux ? En se rendant en Crimée, ils ont répondu oui sans même motiver cette position.

En revanche, vu le débat français sur la question russe en général et la crise ukrainienne en particulier, cette délégation garde une certaine légitimité. Face à l’unanimisme antirusse du gouvernement et de la majorité, elle a le mérite de rappeler la complexité de la société française, loin d’avoir une opinion monolithique sur la situation de la Crimée et sur le président russe Vladimir Poutine. Dans une époque marquée par des changements diplomatiques et géostratégiques aussi rapides que profonds, il n’est pas sans intérêt d’avoir plus d’une carte dans notre manche et ce genre de voyage permettrait, le jour venu, de recréer une continuité des relations. Laurent Fabius, bien informé de la complexité de notre diplomatie puisqu’il s’apprête à se rendre en Iran, ne doit pas l’ignorer.

Pourtant, même si on est loin du chœur d’indignés, force est de constater que certains comportements et discours des membres de l’équipée criméenne ne portent pas la marque du sérieux. Car, qu’on le veuille ou non, un élu est toujours, quoi qu’il fasse et où qu’il se rende, en représentation. Même quand il affiche un désaccord profond avec la politique de la France, il parle tout de même en son nom.

Ainsi, le fait que Thierry Mariani, député LR et ancien ministre de Nicolas Sarkozy, se soit affiché avec un t-shirt à l’effigie de Poutine et Obama qui s’est avéré être une insulte à l’encontre de ce dernier, n’est ni à son honneur ni à celui de la France. Mystifié par un jeune homme qui passait par là, Mariani a ensuite présenté ses excuses. Un autre député avait fait montre du même manque de recul : le député LR Jean-Frédéric Poisson.

Le 12 juillet, suite à une rencontre à Damas avec Bachar Al-Assad, le député des Yvelines a déclaré au Figaro que « l’échange a duré 1h20 et s’est très bien passé. Il est courtois, souriant, moderne dans sa manière de parler, pas du tout guindé. Entre l’image de boucher et celui que j’ai rencontré, on ne doit pas parler du même homme ». Même si l’on pense qu’une critique de la politique française en Syrie est légitime, comme la recherche d’alternatives et le maintien du contact avec un acteur majeur du conflit, la remarque de M. Poisson laisse songeur. Conteste-il le bilan désastreux du régime ? Approuve-t-il le largage par hélicoptère des barils d’explosifs, arme improvisée et imprécise, sur des centres urbains ? S’attendait-il peut-être à rencontrer un homme portant un tablier ensanglanté ? Penser qu’Assad fait partie de la solution, soutenir que pour protéger les chrétiens et autres minorités en Syrie cet homme et son régime sont un moindre mal est une chose, suggérer qu’il serait la victime innocente d’un complot en est une autre. Quand l’argument principal est la complexité de la situation, quand on propose une dose de realpolitik, il faut surtout éviter de tomber dans le piège qui consiste à dire blanc chaque fois que l’adversaire dit noir. Nous sommes après tout au royaume du gris.

*Photo : Flickr.com

De quoi Têtu est-il l’adjectif?

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Têtu Pierre Bergé

Un titre de presse qui disparaît, ce n’est jamais une bonne nouvelle. Même s’il employait à peine dix salariés et n’était pas lu par grand monde. Un journal qui meurt, c’est un peu de pluralisme en moins dans un paysage médiatique désespérément uniforme. Et rien qu’à ce titre, il serait irresponsable de s’en réjouir.

C’est par un communiqué signé de son directeur de publication, Jean-Jacques Augier, qu’on apprenait ce 23 juillet la mise en liquidation judiciaire du magazine Têtu, qui fêtait ses 20 ans cette année. Ce proche de François Hollande – qui avait été son trésorier de campagne pour les présidentielles de 2012, et fait parler de lui depuis pour ses investissements dans des paradis fiscaux – avait racheté pour 1 euro symbolique le magazine à Pierre Bergé en 2013.

Dans la foulée de l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples homosexuels, le vieux milliardaire déjà copropriétaire du groupe Le Monde avait donc abandonné son « bébé ». Il faut dire que ce dernier, depuis sa création en 1995, avait coûté à son généreux mécène la bagatelle de « plusieurs dizaines de millions d’euros » !

En 2013, Têtu perdait 2 millions d’euros. L’année suivante, malgré un début d’assainissement opéré par Jean-Jacques Augier, il engloutissait encore 1,1 millions. Et cette année, il s’apprêtait à en perdre encore un demi-million… Le tout, en n’employant plus que dix malheureux salariés, dont seulement cinq journalistes. Qui dit mieux ?

Pour Augier, c’était plié : « Cette décision était inévitable compte tenu de l’absence de toute offre de reprise du titre, et de l’aggravation des difficultés financières de son exploitation depuis sa mise en redressement judiciaire » le 1er juin. Et de justifier ce plantage par « une conjoncture économique difficile, des problèmes structurels de distribution, des agences de publicité pusillanimes… »

D’après l’AFP, le magazine, vendu 5 euros, a vu sa diffusion baisser de 12,5% depuis 2010, à 28 275 exemplaires par mois. La marque devrait donc être mise aux enchères à la rentrée mais, comme toujours en pareil cas, nul ne sait qui s’en emparera ni ce qu’il en fera. En attendant, Têtu continuera de vivoter sur le web pendant l’été « histoire de ne pas arrêter complètement le robinet », comme dit son rédacteur en chef Yannick Barbe.

On est bien triste, on l’a dit, pour nos confrères « tous licenciés », aux dires de leur patron. Mais tout de même, il est difficile d’établir un lien de cause à effet entre une légère baisse des ventes et des recettes publicitaires, ce qui est le lot commun de toute la presse, et un tel naufrage… D’autant que Têtu n’a jamais été bénéficiaire, même dans les années où il se vendait mieux et attirait davantage d’annonceurs.

On sait par ailleurs que le chiffre d’affaires du magazine s’élevait à 2,8 millions en 2014. Près de 3 millions d’euros ! Vu ses ventes, on en déduit que Têtu réalisait la performance extraordinaire de récolter, à la louche, environ 2 millions d’euros de recettes publicitaires annuelles. Avec des scores pareils, être déficitaire relève d’un véritable exploit, que seuls des salaires mirobolants ou des dépenses promotionnelles inconsidérées sont susceptibles de rendre possible.

Sans se risquer à affirmer quoi que ce soit de plus précis, en l’absence des éléments chiffrés nécessaires, on se contentera de supposer que la créature de Pierre Bergé a pu paradoxalement pâtir de son soutien inconditionnel. Avec les crédits illimités du milliardaire pour filet de sécurité, Têtu n’avait aucune raison de limiter les frais. Mais une fois les objectifs politiques de Bergé validés par le pouvoir lui-même, le vieux mécène de François Hollande a dû juger qu’il n’avait plus de raison de porter à bout de bras ce coûteux organe militant.

Jean-Jacques Augier le dit à demi-mot, en évoquant pour sa part dans son communiqué « un lectorat gay largement démobilisé, heureux des avancées législatives récentes (le mariage homosexuel, NDLR) et désireux de ne plus se distinguer ». Et le cofondateur du magazine, Didier Lestrade, va encore un cran plus loin : « Le gros problème de Têtu, c’est qu’il est détesté par tout le monde, comme le journal de style de vie et de crèmes solaires. » Pour lui, insulte suprême, le titre serait devenu « mou du cul ».

Dans ces conditions, on se consolera peut-être plus vite de sa disparition. Parce qu’il n’y a rien de pire que les militants, médias ou individus, qui s’acharnent à défendre des causes déjà gagnées. Il est toujours bon d’être un peu têtu, mais pas borné.

Jean Lacouture témoin à charge?

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Jean Lacouture communisme

Jean Lacouture vient de mourir, à l’âge de 94 ans. Longue vie laissant une belle trace, essentiellement écrite car pour notre bonheur l’homme était graphomane. Dans sa production pléthorique, chacun pourra trouver son compte. Diversité des sujets, qualité de l’analyse et élégance de l’écriture caractérisent cette œuvre. Pour ma part, je mets en haut de la pile son De Gaulle, et les écrits sur le rugby, friandises des lundis qui suivaient les matches du tournoi des cinq nations. Sa disparition a été saluée par un concert d’éloges et aussi, comme d’habitude sur les réseaux, par une bordée d’injures. Mais, surprise, il vient d’être convoqué comme témoin et notamment dans ces colonnes.

André Sénik, rappelant régulièrement qu’il a été communiste, somme ceux qui le seraient restés d’abjurer la foi que lui-même a abandonnée. Et enrôle Jean Lacouture dans ce combat. Avec parfois des arguments qui peuvent donner à penser que si on a changé de trottoir, on y marche toujours de la même façon. En effet il faudrait se demander « sans complaisance si aujourd’hui encore rien ne permet de déceler les racines du totalitarisme chez des gens qui se réclament du marxisme ». Ce qui semble entrer légèrement en contradiction avec la pétition de principe selon laquelle devenu libéral, il serait désormais tolérant. Un autre philosophe, qui dit « se réclamer du marxisme », Slavoj Zizec, pose lui-même la bonne question : « Comment être communiste après Staline ? » Parce que c’est là où André Sénik a raison, toutes les expériences de « socialisme réel » engendrées par la révolution d’octobre ont débouché sur des dictatures, qui furent pour certaines des tragédies sanglantes. Mais recouvrent parfois des réalités très différentes. Difficile d’assimiler Chine et Corée du Nord aujourd’hui. Alors, la foi communiste fut une illusion, c’est incontestable. Mais ce qui fut la grande passion du XXe siècle, aux dimensions religieuses évidentes, n’est pas tombé du ciel. Elle fut le fruit des affrontements sociaux du XIXe siècle qui virent le triomphe du capitalisme dans l’accouchement terriblement brutal de la société industrielle. Triomphe qui déboucha sur une guerre commencée le 1er août 1914 et terminée le 9 novembre 1989.

« Je suis bien tranquille, personne à Causeur n’osera contredire le témoignage de Jean Lacouture. » Bien qu’il ne s’agisse ni d’un témoignage, ni d’un testament et sans le contredire, peut-être serait-il souhaitable de l’éclairer, et de s’interroger sur l’usage qui en est fait. C’est une interview donnée à l’hebdomadaire Valeurs Actuelles en 1978. Où dans un contexte très particulier, celui de l’exode des boat-people vietnamiens et de la découverte de l’horreur cambodgienne, Jean Lacouture reconnaît qu’il a manqué de vigilance, lui le journaliste. Son anticolonialisme l’a emporté sur son objectivité. Car s’il était anticolonialiste, Jean Lacouture n’était pas communiste, c’était même un anticommuniste de gauche.

Le Vietnam, donc. La guerre oubliée, comme le démontre le silence qui a accompagné le 40e anniversaire de la chute de Saïgon et le 60e des accords de Genève qui avaient mis fin à la première guerre d’Indochine. Oubli étonnant, quand on pense à quel point elle a marqué notre pays et les États-Unis. Comme souvent après la deuxième guerre mondiale, les nationalistes des pays colonisés se convertirent au marxisme pour mener la lutte de libération nationale. Ce qui est exactement le cas de figure des guerres d’Indochine. La première fut gagnée sur le terrain contre les Français et déboucha sur les accords de Genève le 21 juillet 1954. Ceux-ci prévoyaient des élections et une réunification mais les États-Unis et leur protégé au pouvoir à Saïgon refusèrent de les appliquer. Au lieu de cela, ils se débarrassèrent dudit protégé, pour rentrer dans une mécanique que l’on appela escalade, qui se terminera par un retrait piteux et une défaite totale. À l’époque de la guerre froide, les États-Unis, craignant de voir s’appliquer la théorie des dominos, ne manquaient pas d’arguments. Malheureusement, sous-estimant la dimension de libération nationale du conflit, comme de Gaulle le leur rappela dans son discours de Phnom-Penh, ils s’enfermèrent dans une impasse.

Ce fut une guerre abominable[1. J’invite au sujet de la guerre du Vietnam, à la lecture de deux grands livres, tout d’abord l’extraordinaire Putain de mort de Michal Herr (Albin-Michel) pour le côté américain, et plus récemment Ceux du Nord recueil de photographies des reporters de guerre nord-vietnamiens. Rassemblées et préfacées par Patrick Chauvel  (Les Arènes).] où, affrontant la première puissance du monde, le Vietnam et son peuple payèrent un prix terrible. Il est clair que pour la mener les Vietnamiens n’ont pas choisi la république parlementaire. Et qu’ils ont commis eux aussi leur compte de crimes de guerre et d’atrocités. Comme on le sait, l’Histoire est tragique et ce n’est jamais le combat simple des bons contre les méchants. Un petit coup d’œil sur le bilan en donne la mesure. Près de 2 millions de civils tués, 1,5 millions de soldats, un pays complètement dévasté par les bombardements, la contamination des sols par le napalm et l’agent orange. Deux fois plus de bombes déversées sur le Vietnam que par les alliés sur tous les fronts de la seconde guerre mondiale. Il y aura un peu moins de 60 000 soldats américains tués.

Mais quand Jean Lacouture donne cette interview, l’heure est à la revanche. Le Vietnam exsangue, ayant plus de mal à organiser la paix qu’à gagner la guerre, comme me le dira un dirigeant vietnamien, voit se développer le phénomène des boat-people, de ces gens du Sud qui fuient la misère et la dictature. Formidable battage médiatique mené en France par les anticommunistes, ce qui est normal, mais aussi, conflit sino-soviétique oblige, par les tribus maoïstes toujours solidement implantées et actives dans le microcosme. Et l’on verra cette scène ahurissante des retrouvailles entre les deux vieillards Aron et Sartre, anciens camarades de normale Sup, se réconciliant sur le perron de l’Élysée et sur le dos du Vietnam. Valéry Giscard d’Estaing, sollicité pour parler des boat-people, n’allait pas se priver de cette gourmandise. Les deux compères tardifs cornaqués par deux autres compères, dirigeants maoïstes à peine repentis, André Glucksmann et Benny Lévy.

Et c’est là que cela deviendrait amusant si ce n’était terrible. Et que l’on mesure la duplicité de certains. Une alliance sino-américaine se met alors en place pour faire payer au Vietnam sa victoire et son alliance avec l’Union soviétique. Dont les maoïstes français, se feront les relais actifs.

Au Cambodge, comme d’habitude, les Américains avaient commis une énorme erreur en provoquant la chute de Norodom Sihanouk, pour installer une de leurs créatures. Ce qui ouvrit un boulevard aux Khmers rouges, très sympathiques aux gauchistes français car soutenus par la Chine de la révolution culturelle dont ils avaient adopté les délires. Parmi nos maos, il se trouva force intellectuels pour nous expliquer que l’évacuation totale de Phnom-Penh quelques jours après sa chute était une bonne idée. Les seules questions un peu gênées (anti-impérialisme oblige) provenaient des rangs des communistes français alertés par leurs amis vietnamiens.

Pourtant ceux qui s’étaient déchaînés contre le Vietnam à cause de ses boat-people n’eurent pas un mot concernant le Cambodge et ce que l’on commençait quand même à savoir. Jean Lacouture ne fit pas partie de ceux-là. Il reconnut un manque de vigilance fautif pour un journaliste. Et il le fit avant la chute des Khmers rouges et le dévoilement complet de l’horreur. Cette chute et la fin du cauchemar survinrent à la fin de l’année 1979, avec l’intervention vietnamienne. Ce qui n’empêcha pas la cohorte des belles âmes de la condamner et de soutenir le maintien, voulu par les Américains et la Chine, de l’occupation du siège du Cambodge à l’ONU par les Khmers rouges. Ainsi que les opérations de déstabilisation financées par les États-Unis à la frontière avec la Thaïlande. Elles allèrent même jusqu’à applaudir la « guerre punitive » lancée par la Chine contre le Vietnam. Jean Lacouture se comporta lui en honnête homme en condamnant cette attitude, prenant sur ce point le parti du Vietnam. Et ce, bien après la publication du « témoignage – testament » que l’on nous brandit aujourd’hui.

Bien inutilement d’ailleurs, car cette interview ne nous apprend rien sur la question de l’échec du « socialisme réel ». Sa valeur probante ne portant que sur l’honnêteté intellectuelle de Jean Lacouture.

Dommage de se contenter de si peu. Car le travail de déconstruction du marxisme-léninisme (y compris dans son absurde version maoïste) est tout à fait indispensable. Ne serait-ce que pour enfin savoir si les idées d’universalisme et d’émancipation humaine doivent être définitivement enterrées. Les repentis sont les bienvenus pour y participer. Mais peut-être en évitant d’enrôler des gens ou des textes qui n’ont pas grand-chose à y faire.

Cher André Sénik, je crains que vous ne soyez pas assez anticommuniste.

*Photo : ELIZERMAN/SIPA/1507201122

Putain de mort !

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Mais où sont les HLM d’antan?

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J’écoute Renaud, cru 1980. Et je lis François Villon, un cru beaucoup plus ancien. Je peux faire deux choses en même temps, celles-ci du moins. Villon célèbre, nostalgique, la beauté des femmes d’avant, la belle Héloïse, Berthe au grand pied, Jeanne la Lorraine… Et soupire : « Mais où sont les neiges d’antan ? »

Renaud chante son HLM. Et il le décrit étage après étage, locataire après locataire. Une galerie de personnages aussi divers que variés. Au rez-de-chaussée, « une espèce de barbouze qui tire sur tout ce qui bouge, surtout si c’est bronzé ». Plus haut, un « jeune cadre dynamique, costard en alpaga, c’est un bon contribuable centriste ». Au troisième, « une espèce de connasse qui bosse dans la pub » : elle lit L’Express, « c’est vous dire si elle lit ! ».

Et puis aussi, celui qu’on appelle « le communiste » et qui dit qu’il est trotskiste. Puis en vrac, « un ancien combattant », « un nouveau romantique » et « un flic qui se balade en survêtement » et « fait son jogging avec son berger allemand ». Fort heureusement pour lui, Renaud n’était ni sociologue ni démographe. Il chantait juste ce qu’il voyait. Une vraie diversité. Il était de gauche, très à gauche même. En 1980, on pouvait encore l’être.

Et aujourd’hui, plus de trente ans après, que sont-ils devenus ? Où sont les HLM d’antan ? Le flic est parti le premier, à cause des nouveaux arrivants : son gosse se faisait tabasser à l’école parce que fils de flic. La « connasse » aussi a déménagé : elle a pris des rides (ce sont des choses qui arrivent) et a fait l’éducation de sa fille en lui lisant Les Inrocks.

Le « jeune cadre dynamique et centriste » a eu une illumination en 1981 et a décidé de faire carrière à gauche. Il s’est rapidement retrouvé dans différents cabinets ministériels socialistes. Le temps étant venu – la limite d’âge –, François Hollande l’a nommé au Conseil économique et social. Il a un appartement dans le Marais.

Le « barbouze qui tirait sur les bronzés » est aujourd’hui dans une maison de retraite. Il a l’âge de Jean-Marie Le Pen et continue, en chaise roulante, à voter pour lui car on lui a caché qu’une certaine Marine avait tué son idole. On est sans nouvelles du « communiste » qui se disait trotskiste. Certains croient l’avoir vu dans un square lisant Le Monde diplomatique. D’autres prétendent au contraire qu’il est devenu islamophobe et qu’il milite à Riposte laïque.

Voilà. Ce fut. Et ça n’est plus. Tous ont été remplacés. Dommage, moi je les aimais bien. Neiges d’antan, HLM d’antan… On ne me fera pas dire que c’était mieux avant : je ne veux pas passer pour plus réac que je ne suis. Mais c’était autrement. Et je regrette ces HLM de naguère. Tout comme Villon regrettait les belles de jadis.

Contre les agressions, une seule solution: le face-kini!

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(Avec AFP) – En Chine, la décadente oisiveté n’a pas encore entièrement détruit ce qu’il restait du bon sens aristocrate. La preuve ? Des chinoises refusent d’exposer leur peau au soleil. Un teint hâlé est en effet symbole de grossièreté puisque la peau cuivrée est l’apanage des travailleurs agricoles. Les Chinoises s’affichent donc avec des combinaisons intégrales anti soleil.

face-kini Chine

Ce n’est pas parce qu’on ne veut pas bronzer qu’on doit se priver de la mer. Des pieds jusqu’à la tête encagoulée, les vacancières font tout pour éviter le soleil et garder leur teint pâle. Le face-kini rencontre donc un immense succès et les plages chinoises se remplissent de femmes ressemblant à des super-héros. Le face-kini permet de se baigner sans brunir mais aussi, cerise sur le gâteau, de se prémunir des piqûres de méduses.

face-kini Chine

Encore mieux, se couvrir le corps permet de rester à la pointe de la mode. Sur les plages bondées de Qingdao, station balnéaire très touristique de la côte orientale de la Chine, les baigneuses masquées adoptent des teintes de plus en plus fluo. Les combinaisons couvrantes et les face-kinis, en coton fin ou acrylique, se déclinent dans toute une gamme de couleurs, s’inspirant même des masques bariolés traditionnels de l’opéra de Pékin.

Alors que dans les parcs de France, on se bat comme des chiffonnières en bikini pour d’obscurs motifs (selon les différentes rumeurs et les fantasmes de chacun), les Chinoises sont heureusement là pour nous rappeler les vraies valeurs : le bronzage, c’est vraiment un truc de péquenaud.

*Photos : © AFP FRED DUFOUR

Que faire du communisme après Staline, Pol Pot et tous les autres?

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Karl Marx communisme

Karl Marx communisme

Régis de Castelnau a écrit :

« André Sénik, rappelant régulièrement qu’il a été communiste, somme ceux qui le seraient restés d’abjurer la foi que lui-même a abandonnée. »

On peut me relire dans tous les sens, je n’ai sommé personne de renier la foi que j’ai abandonnée : j’ai invité ceux qui sont restés communistes à suivre l’exemple de Lacouture, qui a reconnu fort honnêtement s’être aveuglé sur les crimes du communisme.

Il est vrai que je ne me suis pas contenté de rendre hommage à l’honnêteté exemplaire de Lacouture. J’ai ajouté qu’un effort de lucidité s’impose à ceux qui se veulent communistes tout en reconnaissant les crimes du communisme. Ils ont le devoir de chercher sans complaisance si le communisme qu’ils portent aux nues est coupable ou innocent des crimes commis en son nom.

J’ai formulé ce devoir de lucidité en faisant écho à la façon dont Lacouture explique son aveuglement de l’époque : « J’avais un peu connu certains dirigeants actuels des Khmers rouges, mais rien ne permettait de jeter une ombre sur leur avenir et leur programme. Ils se réclamaient du marxisme sans que j’aie pu déceler en eux les racines du totalitarisme. J’avoue que j’ai manqué de pénétration politique. » Lacouture estimait donc qu’à l’époque rien ne lui permettait de déceler un rapport de causalité entre le marxisme dont ces dirigeants se réclamaient et les racines du totalitarisme. C’est ce qui m’a fait écrire : « On peut aller plus loin que Lacouture dans la lucidité. Par exemple, en se demandant sans complaisance si aujourd’hui encore rien ne permet de déceler les racines du totalitarisme chez des gens qui se réclament du marxisme. »

Cette question signifie « Peut-on être marxiste, après Staline, Pol Pot et tous ceux qui ont soumis le marxisme à l’épreuve de la pratique, c’est-à-dire à l’épreuve de la réalité ? »

Ce n’est manifestement pas la question de Régis de Castelnau. Lui se vante au contraire de partager le point de vue de Slavoy Zizek pour lequel la question qui se pose est : « Comment être communiste après Staline ? »

La question, ou plutôt la problématique « comment rester fidèle au communisme malgré l’horreur dont Staline n’est qu’un nom propre parmi tous les autres ? » barre la route au devoir de lucidité. Elle signifie qu’il faut impérativement chercher à sauver le communisme, au lieu d’examiner s’il est innocent ou coupable de l’une des deux pires tragédies du XXe siècle.

Je précise que je prône la mise en examen sans complaisance du communisme de Marx, et non du marxisme-léninisme que presque plus personne ne défend sérieusement.

Voyons la façon dont  Régis de Castelnau s’y prend pour justifier sa question, je veux dire son refus de mettre le marxisme en examen.

Dans un premier temps, s’il reconnaît les faits, il ne remonte pas au-delà de Lénine, jusqu’ à Marx, et cela afin de ne pas s’interroger sur la responsabilité de la pensée de Marx dans les révolutions communistes. « Parce que c’est là où André Sénik a raison, toutes les expériences de « socialisme réel » engendrées par la révolution d’octobre ont débouché sur des dictatures, qui furent pour certaines des tragédies sanglantes. »

Comment échappe-t-il ensuite à  cette écrasante preuve à charge ? Au moyen de deux procédés.

Le premier procédé nous est bien connu. C’est l’inversion de la responsabilité. Les crimes du communisme sont reconnus, certes, mais à la condition d’être immédiatement imputés à ses ennemis. C’est ainsi que Régis de Castelnau nous raconte en long et en large comment et pourquoi les Américains furent les premiers responsables des atrocités commises par les Khmers rouges, que Lacouture attribua trop naïvement à ces derniers. Dans la même veine, il nous explique que le capitalisme est le premier responsable de l’illusion communiste. « Mais ce qui fut la grande passion du XXe siècle, aux dimensions religieuses évidentes, n’est pas tombé du ciel. Elle fut le fruit des affrontements sociaux du XIXe siècle qui virent le triomphe du capitalisme dans l’accouchement terriblement brutal de la société industrielle. Triomphe qui déboucha sur une guerre commencée le 1er août 1914 et terminée le 9 novembre 1989. »

Dans ces deux cas, le communisme est présenté comme une réaction aux crimes des capitalistes. Moyen oblique d’exonérer le système communiste tout en prétendant reconnaître ses crimes. On connaît ce procédé, qui sert d’autres causes. Il permet ainsi d’« expliquer » le nazisme (sans l’innocenter) par le traité de Versailles, la crise de 29 et la révolution bolchévique, et d’« expliquer » l’islamisme barbare (tout en le condamnant) par les crimes et les fautes de l’Occident libéral colonialiste et dominateur. Glissons.

Le second procédé utilisé par Régis de Castelnau consiste à justifier la fidélité au communisme par l’espérance qui fut projetée sur lui, qui en serait inséparable, et qui risquerait donc d’être condamnée avec lui.  Je le cite : « Car le travail de déconstruction du marxisme-léninisme (y compris dans son absurde version maoïste) est tout à fait indispensable. Ne serait-ce que pour enfin savoir si les idées d’universalisme et d’émancipation humaine doivent être définitivement enterrées. »

Il se trouve que j’ai fait ce travail de déconstruction, ou plutôt ce travail d’enquête, pour enfin savoir si les idées d’universalisme et d’émancipation humaine doivent être définitivement enterrées.

Le résultat de mon enquête est sans ambiguïté : oui, les idées marxistes d’universalisme et d’émancipation humaine doivent être définitivement enterrées.

J’ai publié il y a quatre ans une longue critique de Sur la question juive, l’article inaugural de Marx dans lequel il a exposé pour elles-mêmes ses idées sur l’universalisme et sur l’émancipation humaine[1. Marx, les Juifs et les droits de l’homme, à l’origine de la catastrophe communiste, postface de Pierre-André Taguieff,  Denoël 2011.].

« L’universalisme » signifie pour lui l’abolition de tout ce qui fait de l’homme un individu particulier. Le Juif, parce qu’il est homme de commerce et d’argent, porte à son comble ce particularisme anti-universaliste et donc aliénant.

Pour définir sa sa conception de ce qu’il appelle « l’émancipation humaine », Marx l’oppose à « l’émancipation politique » apportée par 1789. L’émancipation politique reconnaît les droits des hommes tels qu’ils sont. L’émancipation humaine vise à les transformer radicalement en les émancipant de ce qu’ils sont.

L’homme « humainement émancipé », c’est le citoyen qui n’est plus du tout une personne privée, et c’est l’être générique qui n’est plus rien d’autre qu’un membre du genre humain.  C’est l’individu désintégré et dissous dans la totalité.

C’est au nom de cet universalisme et de cette émancipation humaine que Marx fait le procès de tous les droits de l’homme, depuis la liberté jusqu’à la propriété privée.

C’est au nom de cet universalisme et de cette émancipation humaine qu’il condamne l’existence de la société civile au sein de laquelle les hommes agissent en tant que particuliers. C’est encore au nom de cet universalisme et de cette émancipation humaine qu’il fait l’éloge de la Terreur robespierriste.

Un détail qui intriguera, du moins je l’espère, ceux qui attribuent la passion communiste aux horreurs du capitalisme industriel : dans Sur la question juive, qui date de 1844, il n’est question ni du capitalisme, ni de la lutte des classes, ni de l’inégalité et de l’exploitation. Pas plus d’ailleurs qu’on ne trouve ces concepts dans les passages de Platon en faveur du communisme.

Quant à l’universalisme au sens humaniste du terme, rien n’est plus étranger à Marx.

C’est lui qui fait remplacer la devise de la Ligue des communistes « Tous les hommes sont frères » par le célèbre « Prolétaires de tous les pays unissez-vous » qu’on trouve à la fin du Manifeste du parti communiste. Ce slogan est un appel à la lutte à mort contre les bourgeois, qui n’appartiennent pas à la même communauté humaine que les prolétaires. En octobre prochain paraîtra ma critique du Manifeste du parti communiste, qui montre que cet appel était porteur du pire de ce que  firent les communistes au pouvoir[2. Le Manifeste du parti communiste aux yeux de l’Histoire, à paraître chez Pierre-Guillaume de Roux, en octobre 2015.].

J’espère que j’en ai assez dit et assez fait pour rassurer Régis de Castelnau, qui craignait que je ne sois pas assez anticommuniste.

*Photo : Wikimedia Commons

Daech contre la théorie du complot

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Daech théorie du complot

Daech théorie du complot

Dans son discours du 27 janvier, François Hollande s’élevait contre les conspirationnistes en tous genres qui, nourris d’informations vaseuses pêchées sur Internet, se replient dans la défiance à l’égard de toute parole officielle et menacent de verser dans le djihadisme : « C’est toujours le complot, le soupçon, la falsification (…). Les théories du complot se diffusent sans limites et ont, dans le passé, déjà conduit au pire. Alors face à ces menaces, il nous faut des réponses, des réponses fortes, des réponses adaptées. (…) Nous devons agir au niveau international pour qu’un cadre juridique puisse être défini, et que les plateformes qui gèrent les réseaux sociaux soient mises devant leurs responsabilités et que des sanctions soient prononcées en cas de manquement. »

Cette première évocation du problème par le Président de la République après les attentats de janvier marque le début de la procédure d’adoption d’une loi dite « renseignement », principalement destinée à lutter contre la propagation de l’islamisme radical. L’un des volets de cette loi vise en effet les sites diffusant des thèses « complotistes », censées mener tout droit au terrorisme.

Dans le même registre, le site Stop-djihadisme, plateforme gouvernementale de prévention et de lutte contre le djihadisme, explique la nécessité de dénoncer les thèses conspirationnistes qui prospèrent sur Internet. On y détaille les biais par lesquels des organisations criminelles embrigadent nos jeunes : « Les terroristes cherchent à convaincre les jeunes qu’ils vivent dans un monde corrompu – dirigé par des sociétés secrètes – où tous les adultes leur mentent. C’est la théorie du complot. Ils n’hésitent pas, à travers une propagande très étudiée qui oppose « le vrai » et « le faux », à inventer des preuves qui conduisent les jeunes à se méfier de tout et de tous. Les jeunes en viennent à rejeter leur entourage (professeurs, éducateurs, animateurs et jusqu’à leurs propres parents, frères ou sœurs) qui n’adhère pas à cette vision paranoïaque du monde. »

Une fois séduits par toutes ces âneries, il n’y aurait plus rien à faire pour ces jeunes gens, « car l’autorité du groupe djihadiste s’est substituée à l’autorité familiale » A priori, le conspirationnisme le plus répandu, qui consiste en une aversion irrationnelle pour « le sionisme » et/ou l’Occident, est en effet parfaitement soluble dans l’idéologie de Daech. Et il n’est certainement pas étranger au départ de nombreux jeunes acculturés. Pourtant, il semblerait que nos dirigeants aient trouvé en l’Etat islamique un allié inattendu dans leur lutte contre ces dangereuses affabulations. Car les thèses délirantes des complotistes finissent paradoxalement par nuire aussi aux terroristes, Etat Islamique en tête, en diminuant l’ardeur combattante d’islamistes plus tout à fait convaincus du bien-fondé de leur mission divine….

En fouillant un peu, on trouve en ligne la version anglaise du magazine Dabiq de l’Etat Islamique [1. J’espère que MM. Valls et Hollande comprendront que je ne le télécharge que pour des motifs journalistiques…]. Et à sa lecture, on conçoit mieux que Daech soit furieux contre les conspirationnistes. « Les théories du complot sont devenues une excuse pour abandonner le Djihad », nous apprend un article. Pour les fous d’Allah, les complotistes sont donc des « abrutis » qui donnent tous les pouvoirs aux « infidèles », en refusant de reconnaître que les islamistes ont perpétré les attentats du 11 Septembre et que l’Etat Islamique est une création émanant de la volonté d’Allah lui-même. En effet, poussés par « leur désir et leur débilité », les conspirationnistes font de l’Etat Islamique une création de la CIA et sapent donc son autorité.

Forcément, avec tout le mal que se donne Daech pour terroriser le monde, ses dirigeants doivent être un peu vexés que leurs propres guerriers puissent s’imaginer être à la solde des Américains. Conséquence : les chefs de l’organisation terroriste la plus redoutée du moment n’ont, eux, pas perdu une seconde pour édicter leurs propres mécanismes de surveillance d’Internet. Dans un tract distribué à la population, l’organisation précise à l’intention de « tous les utilisateurs » des réseaux qu’elle a décrété « la suppression de toutes les connexions en dehors des cybercafés », et que « cela vaut pour les soldats de l’EI ».

Obligés de se connecter dans des lieux surveillés, les membres de l’Etat Islamique eux-mêmes sont donc soumis à un contrôle encore plus rigoureux que nous lorsqu’ils se promènent sur Internet. Des ONG expliquent que cette surveillance a pour but d’empêcher toute communication « officielle » sur les atrocités perpétuées par l’organisation en Syrie, et d’éviter que les candidats à la désertion n’entrent en contact avec le monde extérieur. Mais une troisième raison, évoquée par Paris Match, serait  la possibilité de s’assurer que les jeunes moudjahidines ne consultent pas de sites conspirationnistes.

Moralité : quand on est complotiste, on est complotiste. Méfiant vis-à-vis de toute organisation, on finit par tout mettre en doute et se retrouver seul. Le gouvernement ferait peut-être mieux d’insister sur le fait que, ce jour-là, mieux vaut être dans sa chambre avec un PC qu’au milieu d’un désert en guerre.

*Photo : Wikimedia Commons

Kepler 452b: Et si en plus il n’y a personne…

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NASA Kepler 452b

NASA Kepler 452b

La NASA a besoin d’argent. N’ayant plus à conduire des missions spatiales dignes de ce nom, et pour justifier ses budgets, elle en est réduite à attirer le chaland par des petites opérations de communication. Alors elle vend du rêve. Annonce à grand son de trompe de la découverte d’une planète « habitable » et « semblable » à la Terre dans notre galaxie. Immédiatement, l’info-sphère s’est enflammée, télévisions, journaux, sites Web, réseaux ont répercuté la grande nouvelle. D’« habitable » on est passé sans barguigner à « habitée » en accompagnant le propos d’une photographie de la grande sœur. En oubliant souvent de préciser qu’il s’agissait d’une vue d’artiste. L’habituelle cohorte des allumés, amis des petits hommes verts, est sortie de sa léthargie estivale pour nous asséner, qu’« ils » allaient arriver, qu’ils étaient déjà venus, qu’ils étaient beaucoup plus intelligents que nous et qu’ils les avaient choisis pour communiquer. Jusqu’à notre cher Jean-Claude Bourret, toujours vivant, toujours spécialiste des ovnis. Il n’a pas changé.

Cela n’a pas rebuté non plus la presse sérieuse. Regardons ce qu’en disent Les Échos, d’habitude plus austères : « Elle se situe à la même distance de son étoile que la Terre du Soleil. Il pourrait ainsi être possible d’y trouver de l’eau à l’état liquide, ce qui permettrait l’existence de la vie telle que nous la connaissons. » Cette distance implique simplement que s’il y avait de l’eau, elle ne s’évaporerait pas. Mais cette présence n’est pas avérée et n’a rien d’inéluctable. Chez nous, la présence massive d’eau liquide est un événement aléatoire, dont on ne connaît toujours pas l’origine.

« Située à 1400 années-lumière de la Terre, cette exoplanète baptisée Kepler 452b, orbite une étoile en 385 jours dont les caractéristiques sont très similaires à celles du Soleil. » 385 jours dites donc, alors que nous c’est 365. Ce n’est pas tombé loin ! Mais des jours terrestres ou des jours Képlériens ? Ah ça, on n’en sait rien. Rien de la rotation pourtant indispensable à l’apparition et au développement de la vie. Péremptoire, le journal poursuit : « Kepler a de grandes chances d’être rocheuse avec une atmosphère épaisse et une grande quantité d’eau ». Trois suppositions gratuites en une phrase. La recherche et la découverte d’exo-planètes ne se fait pas par observation directe, mais par déduction à partir des conséquences sur leur étoile. La seule chose que l’on sait, c’est sa taille et la distance qui la sépare de son soleil. Qu’elle soit rocheuse, qu’elle dispose d’une atmosphère et qu’il y ait de l’eau, ce sont de pures conjectures. Mais on va quand même la proclamer « habitable » en escomptant bien, flattant l’imagination, que par un glissement sémantique on la pensera « habitée ». Et Les Échos de saluer « un nouveau pas dans la quête pour trouver une sœur jumelle à notre planète dans l’univers ». La belle affaire ! Située à 1400 années-lumière, si nous décidions d’y envoyer un vaisseau, il faudrait 30 millions d’années avec nos moyens actuels. Je crains que cela pose un problème de provisions de bouche pour les vaillants astronautes. Et même si nous parvenions à approcher la vitesse de la lumière malgré toutes les embûches relevées par Einstein, l’aller-retour prendrait quand même un peu plus de 3000 ans. Trouver une jumelle nous fera une belle jambe…

Cette disposition à croire que la vie intelligente existe ailleurs dans notre univers et que nous finirons par entrer en contact avec elle est très partagée. Parce qu’elle nous fait rêver. Amateur de littérature de science-fiction, j’avais une prédilection pour le sous-genre « space opera » qui, d’Isaac Asimov à Dan Simmons en passant par Franck Herbert, nous promenait de galaxies en galaxies. Mais je sais bien que nous n’irons nulle part. Et qu’il n’y a personne. Enrico Fermi, avec son paradoxe, a planté le premier clou dans le cercueil de nos espoirs. Notre étoile étant une des plus jeunes de la galaxie, il disait : « S’il y avait des civilisations extraterrestres, leurs représentants devraient être déjà chez nous. Où sont-ils donc ? » Pour répondre, il faut s’en remettre à une réalité incontournable : « La vie a si peu de chance d’apparaître qu’un univers de la taille du nôtre est nécessaire pour qu’elle ait une chance de se produire une fois. » Sur quoi s’appuie cette triste proposition qui nous renvoie à notre solitude ?

Sur le fait que notre univers, tel que nous le connaissons est un système complexe imprévisible. Il y a bien quelques lois, mais son état est dû au hasard. Et nous, petite espèce terrestre, le fruit d’une succession d’événements aléatoires d’une redoutable complexité. A commencer par ce nuage interstellaire hétérogène qui, en se condensant, a donné notre soleil accompagné de ses huit planètes principales. Système solaire qui, si une seule des millions de variables du processus avait été différente ne serait pas le même.

Jouons au loto de la vie : la Terre a tiré le premier bon numéro, celui de la distance par rapport au soleil. Le hasard. Le second est l’existence de la lune. Probablement à la suite d’une formidable collision avec la Terre, le hasard encore. Ce satellite a stabilisé par effet de marée la position de l’axe de rotation de celle-ci sur elle-même. Ce qui assure, par le jeu des saisons, la clémence indispensable des conditions climatiques. Le troisième est celui de la présence dans le système solaire de géantes gazeuses comme Jupiter et Saturne. Le hasard toujours. Par effet de gravitation, elles ont nettoyé le système solaire d’une grande partie de la caillasse pouvant bombarder les planètes. Grace à ces deux gros aspirateurs, la terre a été frappée en moyenne tous les cent millions d’années par des astéroïdes massifs (comme celui qui fit disparaître les dinosaures). Sinon cela aurait été tous les cent mille ans ! Et puis ensuite, il y a l’eau. Dont on ne connaît pas l’origine et dont on ne sait comment elle a été conservée. Personne ne peut dire qu’une planète identique à la Terre se doterait forcément d’eau liquide. Il y a aussi, par exemple, l’indispensable méthionine acide aminé entrant dans la constitution du vivant. Cette molécule, que l’on est parvenu à synthétiser, exige pour cela l’alternance de périodes humides et de périodes sèches. Merci la lune pour le phénomène des marées. Et puis il y a le fait que ces acides aminés doivent se combiner avec les glucides, comme un boulon et son écrou. Par hasard (probablement un événement venu de l’espace), tous les acides aminés sont de forme gauche et les glucides de forme droite. Sans cela, pas de développement de la vie. Profane, je vais en rester là de mes exemples, la description de tous les événements aléatoires qui ont permis l’apparition de la vie serait interminable et trop compliquée pour moi. J’en citerai seulement quelques-uns : la place du soleil dans la galaxie, le champ magnétique, la couche d’ozone, la glaciation Varanger, la tectonique des plaques…

Mais après l’apparition de cette vie, il y a eu son développement. Pendant deux milliards d’années elle s’est limitée à des bactéries. Son évolution par la suite, comme Darwin en a eu l’intuition, s’est déroulée comme un processus sans but et sans morale. Marqué lui aussi par le hasard. Changements climatiques, extinctions massives, dérive des continents modifiant chaque fois la pression sélective, n’ont pas « abouti » à l’être humain mais ont permis son émergence. L’intelligence n’étant qu’un caractère de notre chétive et improbable espèce. Et la partie est loin d’être terminée puisqu’il reste à la Terre cinq milliards d’années…

Alors, lorsque l’on joue au loto de la vie, si l’on veut gagner, il faut tirer beaucoup de numéros. Bénéficier de beaucoup d’occurrences aléatoires. Admettons, alors que c’est évidemment beaucoup plus, qu’il faille tirer 12 numéros. On aurait alors une chance sur 1000 milliards d’avoir la bonne combinaison. Ce qui correspond au nombre probable de planètes dans notre galaxie. Mais les autres, celles qui sont si loin ? Et celles que bornés par l’horizon cosmologique nous ne verrons jamais ? Il suffit que les numéros du loto, du code de la vie, passent à 24, cela englobe aussi les 1000 milliards de galaxies. Une chance sur 1 million de milliards.

Nous sommes donc tout seuls dans l’univers. Et les opérations de communication de la NASA sont de la fumisterie.

Les croyants, que cette présentation peut arranger, puisqu’elle relève le caractère unique de la vie sur Terre, vont me dire que les événements que je présente comme aléatoires ne sont justement pas survenus par hasard. Et qu’ils sont l’œuvre d’un créateur. S’agissant de la foi, n’étant pas équipé pour le débat, je me contenterai de répondre que dans ce cas, pour quelqu’un d’omnipotent, il s’est quand même drôlement compliqué l’existence.

Et à ceux qui reprenant la réplique de Gabin dans Le jour se lève me diraient « dans ce cas à quoi sert le mot espoir ? », je serai contraint de répondre : « A rien. »

*Photo : N.A.S.A/SIPA/1507241101

Notre ami Erdogan

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C’était hier, le chœur des médias saluait la résistance héroïque des Kurdes de Kobané assiégée par les commandos de l’État Islamique. Une femme, Mayssa Abdo, galvanisait la résistance de la population et de quelques Peshmergas peu armés mais pleins de courage et de détermination. On se souvient des blindés turcs qui de leur promontoire, de l’autre côté de la frontière avec la Syrie, dominaient la scène sans tirer un seul coup de canon. Le 25 janvier, après quatre mois de combats et une ville ravagée, les Kurdes finissaient par se libérer.

C’était hier, du 25 au 27 juin, une nouvelle attaque de Daech tuait plus de 200 personnes et en blessait plus de 300 sous le regard impavide des forces turques. Erdogan s’offusquait qu’on l’accuse d’avoir laissé passer les spadassins islamistes, dont certains portaient des uniformes de l’armée turque et utilisaient des munitions de cette même armée membre de l’OTAN. Il déclarait alors que jamais il n’accepterait la création d’une nouvelle entité kurde à sa frontière sud.

Aujourd’hui, Erdogan fait bombarder Kobané. Silence, on tourne, puisqu’Ankara déclare la guerre à l’État islamique, son frère ennemi.

Au final, l’Occident, dans son immense clairvoyance, abat ses atouts dans ce poker menteur – la Turquie et l’Iran, unis par une alliance objective contre l’E.I – tout en se glorifiant de ses mamours nucléaires avec les ayatollahs (qui persistent à vouloir la peau d’Israël et des USA) dans l’accord négocié à Vienne, comble de l’ironie, place Théodor Herzl.

Caroline Fourest: «Je suis devenue moins libertaire»

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Caroline Fourest

Caroline Fourest

Parité obligatoire en politique, lois contre le « harcèlement », pénalisation des clients de prostituées… Le féminisme accouche ces temps-ci de mesures toujours plus contraignantes, punitives. Jusqu’où cela va-t-il aller ?

Je fais partie des gens qui se félicitent qu’on ne confonde plus le droit à la séduction et le droit de harceler, qui pousse des gens au suicide. De même, on ne peut pas confondre libertinage et prostitution, à cause du trafic. Ces lois ne me paraissent pas liberticides mais au contraire émancipatrices. Bien sûr, il y aura toujours des gens pour vous dire que l’esclavage volontaire c’est fantastique, que c’est un plaisir sadomasochiste qu’il faut respecter…

Esclavage volontaire, voilà un bel oxymore ! Que faites-vous des femmes qui souhaitent continuer à monnayer leur corps ? Pour les émanciper, il faut légiférer contre l’avis des intéressées ?

Dès 1998, il y a eu un débat au sein du féminisme sur la prostitution. Je faisais partie de celles qui, par tradition libertaire, étaient plutôt réticentes à l’idée de réprimer la prostitution volontaire… Mais j’ai évolué là-dessus.[access capability= »lire_inedits »] On ne peut pas être libertaire à ce point. C’est le rôle de la loi de protéger les gens contre les processus de domination et d’écrasement, même s’ils y sont entrés de façon volontaire.

Donc, pour vous, la société doit penser à leur place, avant elles ? Difficile de vous considérer comme « libertaire » dans ces conditions.

Avec la loi contre le racolage passif, ce sont les prostituées que vous persécutez. Une loi qui punit le client, c’est une arme que vous mettez dans leurs mains. Cette arme que l’on doit à Najat Vallaud-Belkacem, protège les personnes prostituées : Elles peuvent s’en servir ou non, si elles font face à des violences. Tant que ce sont elles les fautives aux yeux de la loi, elles ne peuvent pas les dénoncer.

En l’occurrence, la loi prévoit plus précisément d’« abolir » l’activité qu’elles ont choisi d’exercer, le plus souvent en toute liberté.

Oui, mais en pratique ça n’existe pas. Et c’est une chimère, parce que la prostitution existera toujours sous une forme ou une autre. Le but est de faire en sorte qu’on aille de plus en plus vers un échange de services sexuels qui soit vécu de façon la plus égalitaire et réellement consentie possible. Aujourd’hui, des femmes vous disent qu’elles sont très heureuses dans la prostitution, qu’elles l’ont complètement choisi. Mais dans dix ou quinze ans, quand elles seront complètement esquintées, malades, elles vous diront que leur vie est brisée. De même que dans quelques années, des femmes qui portaient le voile en pensant le faire volontairement vous diront qu’elles ont mis des années à s’en libérer. Parce qu’elles auront compris, avec le recul, que c’est la pression de leur quartier, de leurs grands frères, qui les a poussées à le porter.

Si la prostitution est pour vous une forme d’exploitation, que pensez-vous de la gestation pour autrui ?

Les usines à bébés en Inde, où des femmes portent les enfants de plusieurs couples à la chaîne, je suis évidemment contre. Et même plutôt pour sanctionner ceux qui y ont recours. Mais j’ai aussi rencontré des gens qui ont fait une GPA éthique aux Etats-Unis, avec des mères qui ont déjà des enfants et font ça une fois dans leur vie, pour rendre service à un couple hétérosexuel ou homosexuel. Ces familles restent en contact avec la mère de l’enfant, qu’il connaît comme une sorte de marraine. Je ne vois pas au nom de quoi on leur pourrirait la vie.

Vous n’acceptez pas l’idée qu’une femme puisse se prostituer librement, mais vous croyez qu’on peut être une « mère porteuse » sans souffrances ni séquelles ?

Pour que ça ne reste pas le mécanisme atroce que c’est aujourd’hui, où elles font des bébés presque comme elles font des passes, dans des conditions d’abattage, il faudrait réduire la GPA à un acte unique, très bien encadré et extrêmement bien rémunéré. Cela permettrait à des pays comme l’Inde de sortir de la prostitution. Il y a une telle demande… Vous savez ce que c’est qu’un couple qui a envie d’un enfant ? Ce sont parfois des gens avec de gros moyens, qui sont prêts à payer de fortes sommes. Si une femme indienne peut toucher 100 000 dollars pour une GPA plutôt que de faire 100 000 passes, ça doit pouvoir être son choix.

Une autre question déchire les féministes actuelles : celle du port du voile islamique, vu par certaines comme un droit individuel inaliénable… Certaines doivent vous dire que vos prises de position tranchées sur le sujet ne laissent pas aux femmes le choix de s’habiller comme elles le souhaitent.

Au moment de la loi de 2004 je me suis battue pour l’interdiction du voile à l’école, quitte à me faire traiter d’islamophobe. L’équilibre que je suggère dans La dernière utopie, livre qui a reçu le prix de l’Académie des sciences morales et politiques, refuse le relativisme. Mais il refuse aussi de faire de la laïcité une règle punitive et normative, dont on se servirait pour interdire tout ce qui nous dérange. Je me suis par exemple élevée contre l’interdiction du voile dans la rue, et je suis opposée à ce qu’on interdise les sorties scolaires aux mamans voilées, parce que je pense que ce serait aller vers une laïcité liberticide. Mais je reste persuadée que l’école publique doit exiger la souplesse identitaire qui consiste à enlever le voile, par respect pour un espace républicain dédié à l’égalité.

A Causeur, on vous rejoint quand vous défendez une loi qui interdit l’intrusion de la religion à l’école, donc on a du mal à comprendre que vous souteniez les Femen, qui débarquent à l’inverse dans des lieux de culte privés en hurlant des slogans hostiles à la religion…

Il y a des actions des Femen que j’ai approuvées, d’autres que j’ai critiquées… C’est tout l’enjeu des engueulades homériques que j’ai pu avoir en particulier avec Inna Shevchenko. Et c’est l’objet de mon livre, ce que personne n’a compris : il s’agit d’un livre de dispute, essentiellement sur cette notion d’espace public. Par exemple, je n’ai pas du tout aimé l’action des Femen à Notre-Dame. Mais on a aussi pu faire des choses contre l’islamisme grâce aux Femen, et c’est évidemment cet aspect qui m’a intéressée. Une Femen comme Amina, bien qu’elle ait fait des erreurs par la suite – ce que je suis la première à avoir reconnu –, a eu un cran inouï en tenant tête à des milliers de salafistes à Kairouan, alors que tout le monde tremblait de peur.

D’accord, mais en quoi montrer ses seins en public, en France, est-il un acte héroïque et féministe ? Notez que pour ma part, je ne m’y opposerai certainement pas, justement parce que je suis un homme pour qui la vue d’une jolie poitrine n’est jamais désagréable…

Contrairement aux hommes, une femme qui manifeste torse nu est arrêtée pour exhibition sexuelle. Posez-vous la question de l’héritage patriarcal de notre droit, qui considère que le torse des femmes est plus impudique que celui des hommes. Pardon, mais c’est très proche du débat sur le voile : c’est la même démarche que celle qui fait des cheveux des femmes quelque chose de sexuel, contrairement aux cheveux des hommes.[/access]

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*Photo : Hannah Assouline

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Syrie, Crimée: la grande vadrouille des députés

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députés Crimée Syrie

députés Crimée Syrie

Du 22 au 25 juillet, dix députés et sénateurs français se sont rendus en Crimée, décidant de passer outre les recommandations de Claude Bartolone et Gérard Larcher. Leur voyage, malgré son caractère officieux, a soulevé une vague de réactions indignées – comment osaient-ils se rendre dans ce territoire considéré par la France, l’UE ainsi qu’un grand nombre d’autres pays comme illégalement annexé par la Russie et justement soumis à des sanctions ? En France, Laurent Fabius a condamné cette visite qu’il a qualifiée de violation du droit international, puisque la Crimée est toujours considérée par la France comme un territoire ukrainien. Bruno le Roux, président du groupe socialiste à l’Assemblée Nationale, a quant à lui honte de ce voyage : « Une honte que ces dix parlementaires se rendent en Crimée sans avoir le moindre rapport avec les autorités ukrainiennes »… soutenues par la France. En Europe aussi, l’évènement n’est pas passé inaperçu, surtout chez ceux qui se considèrent comme étant en première ligne face à Moscou. Ainsi, le ministre letton des Affaires étrangères, Edgars Rinkevics, a pointé du doigt l’indignité d’une telle visite : « une honte pour l’Europe » qui porte « un coup dur à la solidarité européenne », a-t-il gazouillé sur Twitter.

Ce genre de visites – et les polémiques qui les accompagnent – n’est pas nouveau. On se souvient encore de ces députés français qui s’étaient rendus en Syrie contre l’avis du gouvernement et les positions diplomatiques françaises. A l’époque comme aujourd’hui, ces initiatives soulevaient plusieurs questions. La plus importante concernait les limites de la contestation légitime de l’opposition en politique étrangère. Dans le cas de la visite en Crimée, une deuxième question doit être débattue : celle de la solidarité entre élus car, rappelons-le, le voyage officieux de cette dizaine de parlementaires LR et d’un député du Parti Radical de Gauche a été organisé suite à l’inscription sur la liste noire de la Russie de Bruno le Roux. Cette décision du Kremlin avait causé, il y a un mois, l’annulation d’une visite officielle de parlementaires français en Russie.

Commençons par l’essentiel : cette visite est légale et même ses contradicteurs les plus véhéments n’ont pas proposé de changer la loi pour interdire ce genre d’initiatives. On peut donc en conclure que la logique donnant aux élus de la Nation une très large marge de manœuvre et d’action dans l’exercice de leur mandat n’est pas contestée. Il faut rappeler aussi que, lors du précédent syrien, et malgré les menaces, ni Gérard Bapt (PS)[1. Il devait être poussé à démissionner de son poste de président du groupe parlementaire du groupe d’amitié France-Syrie.] ni Jacques Myard (LR) – l’un des membres de la délégation en Crimée – ni leurs deux autres camarades n’avaient finalement été sanctionnés pour s’être écartés de la ligne française.

En ce qui concerne la légitimité du voyage, la réponse est plus compliquée. Ces parlementaires en goguette semblent faire fi du problème de la solidarité des élus : acceptent-ils le droit d’un gouvernement étranger de boycotter un de leurs, dans ce cas précis, Bruno Le Roux ? En se rendant en Crimée, ils ont répondu oui sans même motiver cette position.

En revanche, vu le débat français sur la question russe en général et la crise ukrainienne en particulier, cette délégation garde une certaine légitimité. Face à l’unanimisme antirusse du gouvernement et de la majorité, elle a le mérite de rappeler la complexité de la société française, loin d’avoir une opinion monolithique sur la situation de la Crimée et sur le président russe Vladimir Poutine. Dans une époque marquée par des changements diplomatiques et géostratégiques aussi rapides que profonds, il n’est pas sans intérêt d’avoir plus d’une carte dans notre manche et ce genre de voyage permettrait, le jour venu, de recréer une continuité des relations. Laurent Fabius, bien informé de la complexité de notre diplomatie puisqu’il s’apprête à se rendre en Iran, ne doit pas l’ignorer.

Pourtant, même si on est loin du chœur d’indignés, force est de constater que certains comportements et discours des membres de l’équipée criméenne ne portent pas la marque du sérieux. Car, qu’on le veuille ou non, un élu est toujours, quoi qu’il fasse et où qu’il se rende, en représentation. Même quand il affiche un désaccord profond avec la politique de la France, il parle tout de même en son nom.

Ainsi, le fait que Thierry Mariani, député LR et ancien ministre de Nicolas Sarkozy, se soit affiché avec un t-shirt à l’effigie de Poutine et Obama qui s’est avéré être une insulte à l’encontre de ce dernier, n’est ni à son honneur ni à celui de la France. Mystifié par un jeune homme qui passait par là, Mariani a ensuite présenté ses excuses. Un autre député avait fait montre du même manque de recul : le député LR Jean-Frédéric Poisson.

Le 12 juillet, suite à une rencontre à Damas avec Bachar Al-Assad, le député des Yvelines a déclaré au Figaro que « l’échange a duré 1h20 et s’est très bien passé. Il est courtois, souriant, moderne dans sa manière de parler, pas du tout guindé. Entre l’image de boucher et celui que j’ai rencontré, on ne doit pas parler du même homme ». Même si l’on pense qu’une critique de la politique française en Syrie est légitime, comme la recherche d’alternatives et le maintien du contact avec un acteur majeur du conflit, la remarque de M. Poisson laisse songeur. Conteste-il le bilan désastreux du régime ? Approuve-t-il le largage par hélicoptère des barils d’explosifs, arme improvisée et imprécise, sur des centres urbains ? S’attendait-il peut-être à rencontrer un homme portant un tablier ensanglanté ? Penser qu’Assad fait partie de la solution, soutenir que pour protéger les chrétiens et autres minorités en Syrie cet homme et son régime sont un moindre mal est une chose, suggérer qu’il serait la victime innocente d’un complot en est une autre. Quand l’argument principal est la complexité de la situation, quand on propose une dose de realpolitik, il faut surtout éviter de tomber dans le piège qui consiste à dire blanc chaque fois que l’adversaire dit noir. Nous sommes après tout au royaume du gris.

*Photo : Flickr.com

De quoi Têtu est-il l’adjectif?

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Têtu Pierre Bergé

Têtu Pierre Bergé

Un titre de presse qui disparaît, ce n’est jamais une bonne nouvelle. Même s’il employait à peine dix salariés et n’était pas lu par grand monde. Un journal qui meurt, c’est un peu de pluralisme en moins dans un paysage médiatique désespérément uniforme. Et rien qu’à ce titre, il serait irresponsable de s’en réjouir.

C’est par un communiqué signé de son directeur de publication, Jean-Jacques Augier, qu’on apprenait ce 23 juillet la mise en liquidation judiciaire du magazine Têtu, qui fêtait ses 20 ans cette année. Ce proche de François Hollande – qui avait été son trésorier de campagne pour les présidentielles de 2012, et fait parler de lui depuis pour ses investissements dans des paradis fiscaux – avait racheté pour 1 euro symbolique le magazine à Pierre Bergé en 2013.

Dans la foulée de l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples homosexuels, le vieux milliardaire déjà copropriétaire du groupe Le Monde avait donc abandonné son « bébé ». Il faut dire que ce dernier, depuis sa création en 1995, avait coûté à son généreux mécène la bagatelle de « plusieurs dizaines de millions d’euros » !

En 2013, Têtu perdait 2 millions d’euros. L’année suivante, malgré un début d’assainissement opéré par Jean-Jacques Augier, il engloutissait encore 1,1 millions. Et cette année, il s’apprêtait à en perdre encore un demi-million… Le tout, en n’employant plus que dix malheureux salariés, dont seulement cinq journalistes. Qui dit mieux ?

Pour Augier, c’était plié : « Cette décision était inévitable compte tenu de l’absence de toute offre de reprise du titre, et de l’aggravation des difficultés financières de son exploitation depuis sa mise en redressement judiciaire » le 1er juin. Et de justifier ce plantage par « une conjoncture économique difficile, des problèmes structurels de distribution, des agences de publicité pusillanimes… »

D’après l’AFP, le magazine, vendu 5 euros, a vu sa diffusion baisser de 12,5% depuis 2010, à 28 275 exemplaires par mois. La marque devrait donc être mise aux enchères à la rentrée mais, comme toujours en pareil cas, nul ne sait qui s’en emparera ni ce qu’il en fera. En attendant, Têtu continuera de vivoter sur le web pendant l’été « histoire de ne pas arrêter complètement le robinet », comme dit son rédacteur en chef Yannick Barbe.

On est bien triste, on l’a dit, pour nos confrères « tous licenciés », aux dires de leur patron. Mais tout de même, il est difficile d’établir un lien de cause à effet entre une légère baisse des ventes et des recettes publicitaires, ce qui est le lot commun de toute la presse, et un tel naufrage… D’autant que Têtu n’a jamais été bénéficiaire, même dans les années où il se vendait mieux et attirait davantage d’annonceurs.

On sait par ailleurs que le chiffre d’affaires du magazine s’élevait à 2,8 millions en 2014. Près de 3 millions d’euros ! Vu ses ventes, on en déduit que Têtu réalisait la performance extraordinaire de récolter, à la louche, environ 2 millions d’euros de recettes publicitaires annuelles. Avec des scores pareils, être déficitaire relève d’un véritable exploit, que seuls des salaires mirobolants ou des dépenses promotionnelles inconsidérées sont susceptibles de rendre possible.

Sans se risquer à affirmer quoi que ce soit de plus précis, en l’absence des éléments chiffrés nécessaires, on se contentera de supposer que la créature de Pierre Bergé a pu paradoxalement pâtir de son soutien inconditionnel. Avec les crédits illimités du milliardaire pour filet de sécurité, Têtu n’avait aucune raison de limiter les frais. Mais une fois les objectifs politiques de Bergé validés par le pouvoir lui-même, le vieux mécène de François Hollande a dû juger qu’il n’avait plus de raison de porter à bout de bras ce coûteux organe militant.

Jean-Jacques Augier le dit à demi-mot, en évoquant pour sa part dans son communiqué « un lectorat gay largement démobilisé, heureux des avancées législatives récentes (le mariage homosexuel, NDLR) et désireux de ne plus se distinguer ». Et le cofondateur du magazine, Didier Lestrade, va encore un cran plus loin : « Le gros problème de Têtu, c’est qu’il est détesté par tout le monde, comme le journal de style de vie et de crèmes solaires. » Pour lui, insulte suprême, le titre serait devenu « mou du cul ».

Dans ces conditions, on se consolera peut-être plus vite de sa disparition. Parce qu’il n’y a rien de pire que les militants, médias ou individus, qui s’acharnent à défendre des causes déjà gagnées. Il est toujours bon d’être un peu têtu, mais pas borné.

Jean Lacouture témoin à charge?

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Jean Lacouture communisme

Jean Lacouture communisme

Jean Lacouture vient de mourir, à l’âge de 94 ans. Longue vie laissant une belle trace, essentiellement écrite car pour notre bonheur l’homme était graphomane. Dans sa production pléthorique, chacun pourra trouver son compte. Diversité des sujets, qualité de l’analyse et élégance de l’écriture caractérisent cette œuvre. Pour ma part, je mets en haut de la pile son De Gaulle, et les écrits sur le rugby, friandises des lundis qui suivaient les matches du tournoi des cinq nations. Sa disparition a été saluée par un concert d’éloges et aussi, comme d’habitude sur les réseaux, par une bordée d’injures. Mais, surprise, il vient d’être convoqué comme témoin et notamment dans ces colonnes.

André Sénik, rappelant régulièrement qu’il a été communiste, somme ceux qui le seraient restés d’abjurer la foi que lui-même a abandonnée. Et enrôle Jean Lacouture dans ce combat. Avec parfois des arguments qui peuvent donner à penser que si on a changé de trottoir, on y marche toujours de la même façon. En effet il faudrait se demander « sans complaisance si aujourd’hui encore rien ne permet de déceler les racines du totalitarisme chez des gens qui se réclament du marxisme ». Ce qui semble entrer légèrement en contradiction avec la pétition de principe selon laquelle devenu libéral, il serait désormais tolérant. Un autre philosophe, qui dit « se réclamer du marxisme », Slavoj Zizec, pose lui-même la bonne question : « Comment être communiste après Staline ? » Parce que c’est là où André Sénik a raison, toutes les expériences de « socialisme réel » engendrées par la révolution d’octobre ont débouché sur des dictatures, qui furent pour certaines des tragédies sanglantes. Mais recouvrent parfois des réalités très différentes. Difficile d’assimiler Chine et Corée du Nord aujourd’hui. Alors, la foi communiste fut une illusion, c’est incontestable. Mais ce qui fut la grande passion du XXe siècle, aux dimensions religieuses évidentes, n’est pas tombé du ciel. Elle fut le fruit des affrontements sociaux du XIXe siècle qui virent le triomphe du capitalisme dans l’accouchement terriblement brutal de la société industrielle. Triomphe qui déboucha sur une guerre commencée le 1er août 1914 et terminée le 9 novembre 1989.

« Je suis bien tranquille, personne à Causeur n’osera contredire le témoignage de Jean Lacouture. » Bien qu’il ne s’agisse ni d’un témoignage, ni d’un testament et sans le contredire, peut-être serait-il souhaitable de l’éclairer, et de s’interroger sur l’usage qui en est fait. C’est une interview donnée à l’hebdomadaire Valeurs Actuelles en 1978. Où dans un contexte très particulier, celui de l’exode des boat-people vietnamiens et de la découverte de l’horreur cambodgienne, Jean Lacouture reconnaît qu’il a manqué de vigilance, lui le journaliste. Son anticolonialisme l’a emporté sur son objectivité. Car s’il était anticolonialiste, Jean Lacouture n’était pas communiste, c’était même un anticommuniste de gauche.

Le Vietnam, donc. La guerre oubliée, comme le démontre le silence qui a accompagné le 40e anniversaire de la chute de Saïgon et le 60e des accords de Genève qui avaient mis fin à la première guerre d’Indochine. Oubli étonnant, quand on pense à quel point elle a marqué notre pays et les États-Unis. Comme souvent après la deuxième guerre mondiale, les nationalistes des pays colonisés se convertirent au marxisme pour mener la lutte de libération nationale. Ce qui est exactement le cas de figure des guerres d’Indochine. La première fut gagnée sur le terrain contre les Français et déboucha sur les accords de Genève le 21 juillet 1954. Ceux-ci prévoyaient des élections et une réunification mais les États-Unis et leur protégé au pouvoir à Saïgon refusèrent de les appliquer. Au lieu de cela, ils se débarrassèrent dudit protégé, pour rentrer dans une mécanique que l’on appela escalade, qui se terminera par un retrait piteux et une défaite totale. À l’époque de la guerre froide, les États-Unis, craignant de voir s’appliquer la théorie des dominos, ne manquaient pas d’arguments. Malheureusement, sous-estimant la dimension de libération nationale du conflit, comme de Gaulle le leur rappela dans son discours de Phnom-Penh, ils s’enfermèrent dans une impasse.

Ce fut une guerre abominable[1. J’invite au sujet de la guerre du Vietnam, à la lecture de deux grands livres, tout d’abord l’extraordinaire Putain de mort de Michal Herr (Albin-Michel) pour le côté américain, et plus récemment Ceux du Nord recueil de photographies des reporters de guerre nord-vietnamiens. Rassemblées et préfacées par Patrick Chauvel  (Les Arènes).] où, affrontant la première puissance du monde, le Vietnam et son peuple payèrent un prix terrible. Il est clair que pour la mener les Vietnamiens n’ont pas choisi la république parlementaire. Et qu’ils ont commis eux aussi leur compte de crimes de guerre et d’atrocités. Comme on le sait, l’Histoire est tragique et ce n’est jamais le combat simple des bons contre les méchants. Un petit coup d’œil sur le bilan en donne la mesure. Près de 2 millions de civils tués, 1,5 millions de soldats, un pays complètement dévasté par les bombardements, la contamination des sols par le napalm et l’agent orange. Deux fois plus de bombes déversées sur le Vietnam que par les alliés sur tous les fronts de la seconde guerre mondiale. Il y aura un peu moins de 60 000 soldats américains tués.

Mais quand Jean Lacouture donne cette interview, l’heure est à la revanche. Le Vietnam exsangue, ayant plus de mal à organiser la paix qu’à gagner la guerre, comme me le dira un dirigeant vietnamien, voit se développer le phénomène des boat-people, de ces gens du Sud qui fuient la misère et la dictature. Formidable battage médiatique mené en France par les anticommunistes, ce qui est normal, mais aussi, conflit sino-soviétique oblige, par les tribus maoïstes toujours solidement implantées et actives dans le microcosme. Et l’on verra cette scène ahurissante des retrouvailles entre les deux vieillards Aron et Sartre, anciens camarades de normale Sup, se réconciliant sur le perron de l’Élysée et sur le dos du Vietnam. Valéry Giscard d’Estaing, sollicité pour parler des boat-people, n’allait pas se priver de cette gourmandise. Les deux compères tardifs cornaqués par deux autres compères, dirigeants maoïstes à peine repentis, André Glucksmann et Benny Lévy.

Et c’est là que cela deviendrait amusant si ce n’était terrible. Et que l’on mesure la duplicité de certains. Une alliance sino-américaine se met alors en place pour faire payer au Vietnam sa victoire et son alliance avec l’Union soviétique. Dont les maoïstes français, se feront les relais actifs.

Au Cambodge, comme d’habitude, les Américains avaient commis une énorme erreur en provoquant la chute de Norodom Sihanouk, pour installer une de leurs créatures. Ce qui ouvrit un boulevard aux Khmers rouges, très sympathiques aux gauchistes français car soutenus par la Chine de la révolution culturelle dont ils avaient adopté les délires. Parmi nos maos, il se trouva force intellectuels pour nous expliquer que l’évacuation totale de Phnom-Penh quelques jours après sa chute était une bonne idée. Les seules questions un peu gênées (anti-impérialisme oblige) provenaient des rangs des communistes français alertés par leurs amis vietnamiens.

Pourtant ceux qui s’étaient déchaînés contre le Vietnam à cause de ses boat-people n’eurent pas un mot concernant le Cambodge et ce que l’on commençait quand même à savoir. Jean Lacouture ne fit pas partie de ceux-là. Il reconnut un manque de vigilance fautif pour un journaliste. Et il le fit avant la chute des Khmers rouges et le dévoilement complet de l’horreur. Cette chute et la fin du cauchemar survinrent à la fin de l’année 1979, avec l’intervention vietnamienne. Ce qui n’empêcha pas la cohorte des belles âmes de la condamner et de soutenir le maintien, voulu par les Américains et la Chine, de l’occupation du siège du Cambodge à l’ONU par les Khmers rouges. Ainsi que les opérations de déstabilisation financées par les États-Unis à la frontière avec la Thaïlande. Elles allèrent même jusqu’à applaudir la « guerre punitive » lancée par la Chine contre le Vietnam. Jean Lacouture se comporta lui en honnête homme en condamnant cette attitude, prenant sur ce point le parti du Vietnam. Et ce, bien après la publication du « témoignage – testament » que l’on nous brandit aujourd’hui.

Bien inutilement d’ailleurs, car cette interview ne nous apprend rien sur la question de l’échec du « socialisme réel ». Sa valeur probante ne portant que sur l’honnêteté intellectuelle de Jean Lacouture.

Dommage de se contenter de si peu. Car le travail de déconstruction du marxisme-léninisme (y compris dans son absurde version maoïste) est tout à fait indispensable. Ne serait-ce que pour enfin savoir si les idées d’universalisme et d’émancipation humaine doivent être définitivement enterrées. Les repentis sont les bienvenus pour y participer. Mais peut-être en évitant d’enrôler des gens ou des textes qui n’ont pas grand-chose à y faire.

Cher André Sénik, je crains que vous ne soyez pas assez anticommuniste.

*Photo : ELIZERMAN/SIPA/1507201122

Putain de mort !

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Mais où sont les HLM d’antan?

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J’écoute Renaud, cru 1980. Et je lis François Villon, un cru beaucoup plus ancien. Je peux faire deux choses en même temps, celles-ci du moins. Villon célèbre, nostalgique, la beauté des femmes d’avant, la belle Héloïse, Berthe au grand pied, Jeanne la Lorraine… Et soupire : « Mais où sont les neiges d’antan ? »

Renaud chante son HLM. Et il le décrit étage après étage, locataire après locataire. Une galerie de personnages aussi divers que variés. Au rez-de-chaussée, « une espèce de barbouze qui tire sur tout ce qui bouge, surtout si c’est bronzé ». Plus haut, un « jeune cadre dynamique, costard en alpaga, c’est un bon contribuable centriste ». Au troisième, « une espèce de connasse qui bosse dans la pub » : elle lit L’Express, « c’est vous dire si elle lit ! ».

Et puis aussi, celui qu’on appelle « le communiste » et qui dit qu’il est trotskiste. Puis en vrac, « un ancien combattant », « un nouveau romantique » et « un flic qui se balade en survêtement » et « fait son jogging avec son berger allemand ». Fort heureusement pour lui, Renaud n’était ni sociologue ni démographe. Il chantait juste ce qu’il voyait. Une vraie diversité. Il était de gauche, très à gauche même. En 1980, on pouvait encore l’être.

Et aujourd’hui, plus de trente ans après, que sont-ils devenus ? Où sont les HLM d’antan ? Le flic est parti le premier, à cause des nouveaux arrivants : son gosse se faisait tabasser à l’école parce que fils de flic. La « connasse » aussi a déménagé : elle a pris des rides (ce sont des choses qui arrivent) et a fait l’éducation de sa fille en lui lisant Les Inrocks.

Le « jeune cadre dynamique et centriste » a eu une illumination en 1981 et a décidé de faire carrière à gauche. Il s’est rapidement retrouvé dans différents cabinets ministériels socialistes. Le temps étant venu – la limite d’âge –, François Hollande l’a nommé au Conseil économique et social. Il a un appartement dans le Marais.

Le « barbouze qui tirait sur les bronzés » est aujourd’hui dans une maison de retraite. Il a l’âge de Jean-Marie Le Pen et continue, en chaise roulante, à voter pour lui car on lui a caché qu’une certaine Marine avait tué son idole. On est sans nouvelles du « communiste » qui se disait trotskiste. Certains croient l’avoir vu dans un square lisant Le Monde diplomatique. D’autres prétendent au contraire qu’il est devenu islamophobe et qu’il milite à Riposte laïque.

Voilà. Ce fut. Et ça n’est plus. Tous ont été remplacés. Dommage, moi je les aimais bien. Neiges d’antan, HLM d’antan… On ne me fera pas dire que c’était mieux avant : je ne veux pas passer pour plus réac que je ne suis. Mais c’était autrement. Et je regrette ces HLM de naguère. Tout comme Villon regrettait les belles de jadis.