Accueil Site Page 2189

Mais où sont les HLM d’antan?

29

J’écoute Renaud, cru 1980. Et je lis François Villon, un cru beaucoup plus ancien. Je peux faire deux choses en même temps, celles-ci du moins. Villon célèbre, nostalgique, la beauté des femmes d’avant, la belle Héloïse, Berthe au grand pied, Jeanne la Lorraine… Et soupire : « Mais où sont les neiges d’antan ? »

Renaud chante son HLM. Et il le décrit étage après étage, locataire après locataire. Une galerie de personnages aussi divers que variés. Au rez-de-chaussée, « une espèce de barbouze qui tire sur tout ce qui bouge, surtout si c’est bronzé ». Plus haut, un « jeune cadre dynamique, costard en alpaga, c’est un bon contribuable centriste ». Au troisième, « une espèce de connasse qui bosse dans la pub » : elle lit L’Express, « c’est vous dire si elle lit ! ».

Et puis aussi, celui qu’on appelle « le communiste » et qui dit qu’il est trotskiste. Puis en vrac, « un ancien combattant », « un nouveau romantique » et « un flic qui se balade en survêtement » et « fait son jogging avec son berger allemand ». Fort heureusement pour lui, Renaud n’était ni sociologue ni démographe. Il chantait juste ce qu’il voyait. Une vraie diversité. Il était de gauche, très à gauche même. En 1980, on pouvait encore l’être.

Et aujourd’hui, plus de trente ans après, que sont-ils devenus ? Où sont les HLM d’antan ? Le flic est parti le premier, à cause des nouveaux arrivants : son gosse se faisait tabasser à l’école parce que fils de flic. La « connasse » aussi a déménagé : elle a pris des rides (ce sont des choses qui arrivent) et a fait l’éducation de sa fille en lui lisant Les Inrocks.

Le « jeune cadre dynamique et centriste » a eu une illumination en 1981 et a décidé de faire carrière à gauche. Il s’est rapidement retrouvé dans différents cabinets ministériels socialistes. Le temps étant venu – la limite d’âge –, François Hollande l’a nommé au Conseil économique et social. Il a un appartement dans le Marais.

Le « barbouze qui tirait sur les bronzés » est aujourd’hui dans une maison de retraite. Il a l’âge de Jean-Marie Le Pen et continue, en chaise roulante, à voter pour lui car on lui a caché qu’une certaine Marine avait tué son idole. On est sans nouvelles du « communiste » qui se disait trotskiste. Certains croient l’avoir vu dans un square lisant Le Monde diplomatique. D’autres prétendent au contraire qu’il est devenu islamophobe et qu’il milite à Riposte laïque.

Voilà. Ce fut. Et ça n’est plus. Tous ont été remplacés. Dommage, moi je les aimais bien. Neiges d’antan, HLM d’antan… On ne me fera pas dire que c’était mieux avant : je ne veux pas passer pour plus réac que je ne suis. Mais c’était autrement. Et je regrette ces HLM de naguère. Tout comme Villon regrettait les belles de jadis.

Marche A L'Ombre (Remastered)

Price: ---

0 used & new available from

Et le féminisme créa la pouffiasse

47

féminisme pouffiasse

On serait tenté d’y voir un signe des temps et peut-être même leur allégorie morale : viré du conseil d’administration de la marque American Apparel, qu’il avait créée en 1998, Dov Charney a été remplacé par une femme, Paula Schneider, désignée pour mettre en place avant toute autre chose une politique anti-macho au sein de la florissante entreprise. En effet, ce ne sont pas de mauvais résultats qu’on reprochait à Charney. L’enseigne californienne qui a fait, sous l’instigation de son fondateur, le pari fou de fabriquer des vêtements exclusivement aux États-Unis, peut se targuer d’une réussite brillante. Des magasins implantés dans plus de 20 pays, 10 000 salariés qui bénéficient d’une quantité de privilèges et de droits, y compris celui de ne pas apprécier les obsessions libidinales du patron.

Accusé de harcèlement par ses employées, Dov Charney a connu le même sort que son proche collaborateur, le sulfureux photographe Terry Richardson. Que ces soupçons soient ou non fondés, nous ne connaîtrons probablement jamais la nature exacte des excès dont aurait été coupable Charney, l’affaire ayant été réglée en interne. Quant à Richardson, digne héritier de la tendance porno-chic apparue dans les années 1970 avec le film Deep Throat de Gerard Damiano, il a été remercié de ses services par l’édition américaine de Vogue après qu’une jeune mannequin se fut plainte d’être victime d’un « chantage sexuel » de sa part. Chantage sexuel ? Ne s’agissait-il pas, plus simplement, de ce qu’on appelait dans un passé pas si lointain la « promotion canapé », échange de services entre deux parties consentantes à ce négoce ?[access capability= »lire_inedits »] Au péril d’une lapidation sur la place publique, on rappellera que nombre de femmes en ont profité pour propulser leurs carrières. Et si certaines regrettent peut-être d’avoir cédé à leurs pulsions arrivistes ou aux pressions de leur entourage masculin, d’autres doivent se mordre les doigts de ne pas avoir su y recourir.

Reste que Terry Richardson n’est pas sorti de l’auberge. Croyant mieux s’en tirer dans une France amoureuse des libertés plutôt qu’en Amérique puritaine, il a déshabillé Virginie Ledoyen pour le numéro d’avril du magazine Lui. Si l’actrice a apprécié ce photographe « un peu tatoué mais très respectueux », les associations de défense des animaux n’ont pas raté le coche. Et pour cause. Que voit-on entre les cuisses écartées de la comédienne ? Un chat tenu par le cou ! Imaginons le tollé si le félin « maltraité » avait été une femelle, autrement dit une chatte…

La mode serait-elle en proie à la morale rigoriste réactivée par certaines féministes ? Olivier Lalanne, le rédacteur en chef de Vogue Homme, nuance la réponse. Certes, la photo d’une femme à quatre pattes sous une selle de cheval, même signée Hermès, comme le fameux cliché réalisé par Helmut Newton en 1976, ne passerait plus. En 2012, Vogue Homme a été littéralement bombardé de courriers d’associations féministes, déterminées à faire interdire la couverture du numéro automne-hiver. On y voyait en arrière-plan le sex-symbol brésilien Marlon Teixeira, serrant dans une étreinte passionnée la gorge de Stephanie Seymour. Scandale. Abjection. Incitation à la violence domestique. Quelques années plus tôt, Anna Wintour, diablesse habillée en Prada et rédactrice en chef du Vogue américain, s’était fait taper sur les doigts par les associations antiracistes à cause d’images du basketteur noir James LeBron, jugées « sauvages » et porteuses de stéréotypes sur les hommes de couleur. On y voyait la star de la NBA dans une pose à la King Kong avec la top Gisele Bündchen accrochée à son bras athlétique.

C’est hélas difficilement contestable : l’audace, le sens de l’humour, le détournement ludique des tabous, l’esprit de subversion érotique sont condamnés. La peur de porter atteinte à l’image de la femme, d’une part, et, de l’autre, la crainte d’offenser les minorités ethniques, religieuses, voire alimentaires, finiront par calmer tous les as de la provoc. « Je considère que c’est bien de choquer les gens avec des images, assène pourtant Terry Richardson. Les réactions enflammées relèvent plus de la perception qu’on a de l’image que de l’image elle-même. Le vrai filtre, en fait, c’est le degré d’éducation et de sophistication. »

Les féministes n’ont pas tort – une fois n’est pas coutume – quand elles observent que l’image publicitaire d’un pubis féminin à la toison taillée en forme de lettre « G » et dont l’objectif affiché est de multiplier les ventes d’accessoires de la marque Gucci est quelque peu primaire. « Une fois que tu en es là, que trouveras-tu encore pour choquer ? », demande Olivier Lalanne. On ne saurait écarter d’emblée l’idée que les femmes ont été manipulées par l’industrie de la mode.

Sans remonter à Jean Patou et ses mannequins des années folles coiffées à la garçonne, il faut aussi rappeler le formidable coup de pouce d’Yves Saint Laurent aux élégantes décidées à jouir de leur vie comme les hommes. Ainsi le smoking a-t-il cessé d’être l’attribut de la masculinité triomphante pour devenir une promesse d’égalité des sexes. À la même époque, les femmes newtoniennes, loin d’accepter le statut de proies des désirs masculins – cette fois les féministes n’ont rien compris – usent et abusent de leur pouvoir de séduction. Newton vend de la joaillerie de prestige avec les photos carnassières de leurs griffes manucurées déchiquetant un poulet rôti. Carine Roitfeld, reine de la vulgarité ultra-stylée, a tenté le même coup vingt ans plus tard, en parant des fillettes de 10 ans de bijoux Cartier. Mais, en 2010, les femmes avaient eu le temps de comprendre qu’on essayait de les rouler dans la farine.

La vague du porno-chic a déferlé sur papier glacé, puis reflué, laissant derrière elle le legs d’une transgression captivante sur le plan esthétique mais douteuse quant à son message. Les marchands de fringues ont remplacé les créateurs. Une paire de seins nus n’est plus un message de libération ou de révolte, mais l’ornement banal d’un objet plus ou moins banal lui aussi.

Les féministes feraient mieux, alors, de réfléchir à deux fois avant de tirer sur Karl, dézinguant au passage l’esprit de frivolité et la moindre manifestation de créativité, qu’elle soit de mauvais ou de bon goût. À l’ère d’Instagram, les ateliers de couture se vident, les rédactions des magazines de mode délocalisent vers les appartements privés. Comme disait Cocteau, « il n’y a plus personne dans la salle parce que tout le monde est sur la scène ». Admettons – avec beaucoup de bonne volonté – que l’indignation soulevée par la campagne publicitaire « Back to school » d’American Apparel relève d’une saine colère. Laisser voir les petites culottes sous les minijupes écossaises des écolières, alors que des pulsions pédophiles sommeillent en chaque mâle, s’apparente à du proxénétisme aggravé. Bien sûr, on ignorera le second degré et la référence explicite à la Lolita de Nabokov – les enfants sont victimes par définition. Mais que dire des filles qui publient sur la Toile des photos d’elles sous la douche – ou de leur ex en pleine action ? Victimes elles aussi de la domination masculine ?

Ce n’est pas l’industrie de la mode qui a fabriqué Kim Kardashian, pas plus qu’elle n’a contribué à sexualiser davantage son corps de déesse de la fertilité néolithique, c’est l’époque, c’est-à-dire vous et moi. Venue de la téléréalité, la Kim s’est faite toute seule et à partir de rien, sinon de son intuition prophétique qui lui a permis de ressentir avant les autres le vide ontologique de notre époque et de s’assoir dessus. Et voilà que, sur fond de sermons féministes, les fesses proéminentes de Kim Kardashian représentent l’horizon indépassable de la femme. La pétasse a gagné, rendant caduques, au moment même où elles se produisent, les victoires du féminisme punitif. Dans un récent numéro de Elle, autrefois titre-phare des femmes émancipées, on lisait : « Même si Kim ne nous ressemble pas vraiment, et même si on n’a pas forcément envie de ressembler à Kim, on l’envisage, ici à Elle, comme ce magazine a toujours envisagé son époque : avec tendresse, pertinence, complicité. Et sans jugement aucun. » La messe est dite. Pendant ce temps, la chasse aux salauds de machos continue.[/access]

feminisme fourest lahaie

Également en version numérique avec notre application :

*Photo : RMV/REX Shutterstock (4898054bd)

Rififi au sommet du foot français

25

football Thiriez Le Graët FFF LFP

Il y a le feu au football français. Les deux principaux dirigeants du sport le plus populaire du pays sont désormais en conflit ouvert. Jeudi, la Fédération Française de Football dirigée par Noël Le Graët a annulé très officiellement une décision du Conseil d’administration de la LFP (Ligue de Football Professionnel). Il s’agissait de modifier dès la prochaine saison (qui débute en août prochain) le régime des montées et descentes entre la Ligue 1 et la Ligue 2. Au lieu de trois montées en Ligue 1 et trois descentes de Ligue 2, on passerait à deux. Sous la pression des présidents des clubs de Ligue 2 qui ruaient dans les brancards, fustigeant une élite qui se protège, Le Graët avait pourtant cru pouvoir obtenir que ce changement du règlement soit repoussé d’un an. Mais Frédéric Thiriez, qui dirige la LFP, sous la pression de plusieurs pontes du championnat, notamment l’Olympique lyonnais de Jean-Michel Aulas, a souhaité passer en force. Le Graët ne l’a pas entendu de cette oreille et a donc décidé de censurer la décision au nom « de l’intérêt supérieur du football français ». Du coup, Thiriez, furieux, vient de déposer un référé au Conseil d’Etat pour excès de pouvoir. Il entend obtenir annulation de la décision de la FFF censurant la décision de la LFP. Vous suivez toujours ?

Du coup, le ministre Kanner est bien embêté. La France organise dans moins d’un an le Championnat d’Europe des Nations et une guerre au sommet du foot ne fait pas très joli dans le tableau. Disons-le, fermer davantage l’accès à la Ligue 1 n’a pas notre agrément. L’argument principal que font valoir les partisans de cette réforme est la sécurisation des investisseurs des clubs de Ligue 1. Ah oui ? Et les investisseurs de Ligue 2, c’est censé les rassurer de savoir qu’il y a désormais un tiers de chances de moins d’accéder à l’élite ? Toujours selon eux, cela permettrait de rattraper les grands championnats voisins. Ah bon ? Pourtant, outre-manche, il y a trois montées et trois descentes. Pareil outre-rhin, de l’autre côté des Alpes et de l’autre côté des Pyrénées. Enfumage, donc. En réalité, les gros clubs de Ligue 1 souhaitent qu’on aille vers une Ligue fermée avec ticket d’entrée, pour pouvoir se partager le butin généré par les droits télé. Les pouilleux de Ligue 2 et du foot amateur peuvent aller se faire voir.

Le plus piquant dans l’histoire, c’est de voir Le Graët et Thiriez face à face au Conseil d’Etat. Rappelez-vous, ils ont perdu ensemble un procès au Tribunal administratif de Besançon en février dernier. Les magistrats de ma bonne ville avaient jugé que le comité exécutif de la FFF n’était pas compétent pour censurer une décision de la DNCG (Direction nationale du contrôle de gestion), laquelle interdisait la montée du RC Lens en Ligue 1. La FFF avait donc outrepassé ses droits, exactement ce que Thiriez lui reproche un an après. Ce même Thiriez qui était alors très content, et faisait pression pour que la FFF laisse monter le club de son ami Gervais Martel. Pour le président de la LFP, la souveraineté de la FFF est donc à géométrie variable selon que cela l’arrange ou pas. Le plus drôle, c’est que son copain Martel, dont le club est aujourd’hui redescendu en Ligue 2, le lui reproche aujourd’hui : « C’est un peu navrant que Frédéric Thiriez ait de suite décidé d’aller devant le Conseil d’Etat… Il y a trop de gens qui défendent leur petit jardin au lieu de penser à l’intérêt général. » Bien mal récompensé des libertés qu’il avait prises avec le Droit à l’été 2014 au nom de l’intérêt supérieur de ses amis, Frédéric Thiriez.

On saura donc bientôt qui de Le Graët et Thiriez, défaits piteusement à Besançon, alignera une nouvelle défaite juridique. Avouez que le plus cocasse serait que soit Thiriez, avocat près le Conseil d’Etat. Pour ma part, je privilégie cette solution. D’abord, parce que cette décision de réduire le nombre de montées/descentes est injuste, et ensuite parce que cela ne pourrait conduire qu’à la démission du plus mauvais juriste de France.

*Photo : J.E.E/SIPA/1401300237

Star Wars, fable double

80

Star Wars URSS islam

Je mets la dernière main à deux livres qui sortiront en même temps, ou à peu près, l’un sur la laïcité, l’autre sur la culture. Vous trouverez ci-dessous une analyse ironico-sérieuse de l’un des plus grands mythes cinématographiques des années 1970-2010.

La saga Star Wars est peut-être le dernier opus totalement idéologique — et, à ce titre, totalement culturel, quoi que l’on pense d’un tel adjectif adapté à un blockbuster. Après lui, le déluge — c’est-à-dire le postmodernisme, la new wave, le relativisme absolu, l’inflation du nombrilisme, au cinéma comme ailleurs : tous ego !
Comme on le sait ou comme on l’ignore, la saga de George Lucas comporte six films, regroupés en deux trilogies — la première réalisée de 1977 à 1983, la seconde de 1999 à 2005. Une troisième série est prévue de 2015 à 2019, nous ne nous y intéresserons pas pour deux raisons : d’abord parce qu’on ne sait pas grand-chose de ce qui y sera représenté, la seconde parce que George Lucas, maître d’œuvre des six premiers films, même s’il n’a effectivement dirigé que le premier (le IV dans l’ordre chronologique du récit), a revendu son entreprise à Disney, et qu’il ne s’agit plus que d’une franchise, d’une machine à encaisser des dollars.
Mais justement : qu’est-ce qui a pu occasionner ce trou de 15 années entre le premier cycle et le second ? Comment un metteur en scène / producteur, ayant mis la main sur le filon le plus riche de sa carrière, et l’un des plus juteux (près de 1 800 000 000 dollars de recettes pour la première trilogie) du cinéma mondial, a renoncé à continuer à chaud la série ? Pourquoi avoir attendu si longtemps avant de remettre l’ouvrage sur le métier ?
La réponse gît dans une analyse serrée de ces six films, qu’une entourloupe narrative et commerciale postérieure a inversés — la seconde trilogie étant chronologiquement située avant la première, d’où le nom de prélogie qu’on lui donne parfois, mot-valise entre prequel et trilogie.
Les trois premiers Star Wars parlent évidemment de la guerre froide. L’Empire du mal — c’est presque en ces termes (« Axe du Mal ») que George Bush, nourri chez George Lucas, parlera bien plus tard des « états voyous » que l’Amérique est censée combattre —, c’est l’URSS des années 1970, alors au faîte de sa puissance. Rien de très original : Isaac Asimov, avec le cycle des sept volumes de Fondation, s’était inspiré de l’effondrement de l’empire romain pour préfigurer ce que pourrait être le monde (d’où le terme de « psychohistoire » appliqué à cette forme de science-fiction) après l’émiettement de l’un des deux blocs qui assuraient l’équilibre de la terreur. Lucas racontait en 1977 la lutte quasi éternelle entre le Mal et le Bien, et la Force, cette puissance naturelle qui emprunte son nom à la physique quantique, était explicitement caractérisée comme un équilibre entre un côté lumineux et le « côté obscur », symbolisé par l’armure noire du général en chef des forces de la nuit, le fameux Dark Vador. Dans le dernier épisode, le Retour du Jedi (1984), les forces du Bien triomphent, et Dark Vador, qui a conservé en lui une étincelle de l’ancien « bon » Jedi qu’il fut, permet l’élimination de « l’Empereur », symbole du Mal. Pour bien me faire comprendre, rappelons que Leonid Brejnev, le dernier dirigeant historique de l’URSS, est mort au moment où Lucas et Kasdan écrivaient le dernier épisode de la première série. L’empereur mort laisse la place à Gorbatchev. De quoi vous dégoûter d’écrire un mythe.
La seconde série, réalisée vingt-deux ans après le premier film mais qui se situe dans la fiction vingt ans avant lui, feint de raconter la même histoire. Mais — et c’est toute la question des fables, qui n’ont de sens que par rapport à leur référent historique — on comprend bien qu’il ne s’agit plus pour Lucas de broder métaphoriquement autour des relations Monde libre / Espace soviétique. L’URSS s’est effondrée, elle n’est plus un adversaire assez crédible : 1999, date de sortie du premier film de cette nouvelle série, c’est Boris Eltsine au pouvoir, et l’effondrement de l’ex-URSS sous les coups de boutoir de la « thérapie de choc » dont le prix Nobel d’économie, Joseph Stiglitz, a dit tout le mal que l’on pouvait en penser.
Alors, sous les fausses apparences d’une continuité, que racontent exactement ces trois films ? Qui sont les forces du Mal ? Qui est « l’Empire » ?
Reprenons le récit. Cette « prélogie » tourne autour d’un Jedi surdoué, figure christique, « l’Elu », appelé primitivement Anakin Skywalker et qui, séduit par « le côté obscur de la Force » (comme si Jésus avait répondu positivement à la tentation de Satan) deviendra Dark Vador, général des armées de la nuit. Changement de nom équivalant à une seconde naissance et à une mutation du Père, quand Kevin Dugenou parti en Syrie troque son nom pour Mohamed El Koubby — parce qu’il s’est pris la grosse tête. Nous y voilà. C’est le djihad du Jedi.
Métaphore exagérée ? Ma foi, l’Opération Tempête du désert (1991) a été la première incursion américaine directe dans l’Orient compliqué. Les Talibans viennent de prendre le pouvoir en Afghanistan (1997). Le théâtre de la lutte entre le Bien et le Mal s’est déplacé. Les habits de moines-soldats des Jedi renvoient à l’esthétique de la croisade. Par un tour de passe-passe idéologique et quelques modifications discrètes opérées dans les trois premiers films, qui seront réédités dans des versions nouvelles, la prélogie couvre le 11 septembre 2001, l’entrée en guerre en Afghanistan, puis en Irak (2003). L’ennemi a changé de visage — ça tombe bien, Anakin / Dark Vador a été défiguré au sens propre, et son visage n’est plus que le masque noir et anguleux qui est devenu l’emblème de la série.
Pour bien saisir ce qui s’est joué, il faut aussi considérer quel fut le public initial de Lucas. En 1977, ce sont les enfants du baby-boom qui vont au cinéma. Et ce sont encore les mêmes qui, vingt-deux ans plus tard, y retournent, ne serait-ce que sous l’effet nostalgie. Et qui y amènent leurs enfants — Lucas leur a donné le temps de se multiplier. Résultat, des films idéologiquement datés cartonnent dans les années 2000, à contre-courant de ce qui se fait alors. Les teenagers, qui sont la cible prioritaire des producteurs, y vont en quelque sorte au second degré. Les adultes qui s’y rendent passent sans sourciller d’un ennemi emblématique à un autre — comme dans 1984 la foule qui vitupérait Eurasia, l’adversaire d’Oceania, passe sans s’en apercevoir à une incoercible haine pour Estasia, nouvel ennemi du pays. Lucas, après avoir bâti trois films sur l’affrontement Est / Ouest, déplace le sujet sur un affrontement Nord / Sud sans que cela gêne en quoi que ce soit le fan. Après tout, le spectateur n’y cherche qu’un divertissement — à quoi ? À la « menace fantôme » — jolie expression pour désigner les partisans de l’Etoile de la mort, dont la nuit est la marque et l’objectif.
La sortie DVD des six films (le I est en fait le IV, le IV étant chronologiquement le I) recompose l’histoire et fait oublier, sauf aux cinéphiles attentifs aux dates, cette mutation de l’adversaire. Ruse secondaire, mais significative, le personnage de Jabba le Hutt, sorte de croisement entre un crapaud et une limace, évoquait en 1977 les films « orientaux » en Technicolor des années 1950 où un pacha ventripotent regarde d’un œil las des danseuses habillées fort légèrement (les amateurs se crevèrent les yeux sur la tenue suggestive de la princesse Leïa, temporairement captive et intégrée au harem de Jabba) avant que l’une d’entre elles le tue — le schéma de Morjane poignardant le chef des voleurs dans Ali-Baba. En 1977, Jabba ressemble à Haroun El-Poussah, l’émir poussif et passif d’Iznogoud, répugnant, mais anecdotique. En 2000, quand le film est réédité, il s’inscrit bien plus nettement dans une lignée de tyrans orientaux qu’il est nécessaire de supprimer. Les effets spéciaux ajoutés en douce aux trois premiers films pour les mettre au niveau technique des trois derniers complètent l’illusion. Star Wars est devenu une métaphore de la lutte entre le camp du Bien et les troupes fanatisées d’un Empire du Mal qui a choisi le côté obscur de la Force : et je parierais presque que le déclic, pour Lucas, a été la sortie en 1996 aux Etats-Unis du Choc des civilisations, l’analyse de Samuel Huntington sur la fin des affrontements des Etats ou des blocs et la mutation vers une guerre culturelle entre l’Ouest et l’islam, appelons les choses par leur nom. Ou plutôt, entre la Culture et sa négation.

Pour un flirt…

3

jeu chansons vacances

En vacances, j’oublie tout. J’aime regarder les filles pour le plaisir. Mes amis, mes copains me disent qu’il faut que je change. Mais c’est plus fort que moi, avec les filles je ne sais pas comment m’y prendre. Elle dévorait un banana split sous le soleil exactement. Alors, je l’ai attaquée relax par un : « Jeune demoiselle, parlez-vous français ? » C’était une méditerranéenne avec un faux air de Brigitte Bardot. Comme un boomerang, elle m’a répondu : « Je veux un enfant ! » J’aurais préféré qu’elle me crie : « J’veux un mec ! » Ce n’était pas le genre de fille à faire l’amour à la plage. Plutôt une bêcheuse, style nouvelle vague, intellectuelle sur les bords. Provocatrice. Une folle, certainement. Les amours d’été ne m’ont jamais réussi. Pourtant, j’insiste. Elle me fait, pensive : « Vous savez que Venise n’est pas en Italie ? » No comment. Première nouvelle. Je sentais poindre les complications. Ça aurait pu être si simple, un homme et une femme se rencontrent un soir d’été sur la lagune. Basta, je sentais que j’allais vraiment lâcher l’affaire. Ma mère m’avait pourtant prévenu, mieux vaut rester à Paris au mois d’août que se prélasser à Copacabana. Elle s’appelait Emmanuelle ou Manuela. Je ne me souviens plus très bien. L’innocence de sa bouche m’avait rendu dingue. C’est comme ça. Je voulais seulement faire d’elle ma sparring partner. J’avais oublié combien les filles du bord de mer sont compliquées. J’aurais tant aimé l’entendre dire « Voici les clés de ma chambre ! » ou « Monsieur, déshabillez-moi, là, tout de suite ». A la place, elle me lance un vulgaire « Vous manquez de muscles ! » et elle ajoute : « La drague, c’est pas votre truc, non ? » Comme quand j’étais môme, j’ai enfilé mon pull marine et suis reparti. Cette année-là, j’aurais vraiment dû suivre les conseils de ma mère : Laisse tomber les filles, un jour, c’est toi qui pleureras…

 

Réponse : 45

 

Pour un flirt – Michel Delpech

En vacances, j’oublie tout – Elégance

J’aime regarder les filles – Patrick Coutin

Pour le plaisir – Herbert Léonard

Mes amis, mes copains – Annie Philippe

Change – Barry White

C’est plus fort que moi – Frédéric François

Avec les filles je ne sais pas – Philippe Lavil

Sous le soleil exactement – Anna Karina

Relax – Frankie goes to Hollywood

Jeune demoiselle – Diam’s

Parlez-vous français ? – Baccara

Méditerranéenne – Hervé Vilard

Brigitte Bardot – Dario Moreno

Comme un boomerang – Serge Gainsbourg

Je veux un enfant – Brigitte

J’veux un mec – Adrienne Pauly

L’amour à la plage – Niagara

Nouvelle Vague – Richard Anthony

Provocatrice – Domino Fair Tales

J’insiste – Cosmo Vitelli

Pensive – Funkatronic

Venise n’est pas en Italie – Serge Reggiani

No comment – Serge Gainsbourg

Un homme et une femme – Francis Lai

Un soir d’été – Enrico Macias

Basta – Louis Prima

Paris au mois d’août – Charles Aznavour

Copacabana – Barry Manilow

Emmanuelle – Pierre Bachelet

Manuela – Julio Iglesias

Je ne me souviens plus – Eric Vincent

Dingue – Emmanuelle Seigner

L’innocence – Nino Ferrer

C’est comme ça – Les Rita Mitsouko

Sparring Partner – Paolo Conte

Les filles du bord de mer – Salvatore Adamo

Voici les clés – Gérard Lenorman

Déshabillez-moi – Juliette Gréco

Muscles – Diana Ross

La drague – Guy Bedos/Sophie Daumier

Comme quand j’étais môme – Eddy Mitchell

Pull marine – Isabelle Adjani

Cette année-là – Claude François

Laisse tomber les filles – France Gall


Petits pièges : Le Banana Split de Lio/ Amour d’été de Johnny Hallyday/ Je suis repartie de Chlorine Free.

Simenon et Monsieur Bouvet

3

Georges Simenon L'enterrement de M. Bouvet

Ce dont je ne me lasse pas dans les romans de Simenon, homme que je trouve par ailleurs profondément antipathique, c’est une certaine qualité de solitude chez ses personnages, une solitude qui les conduit à vouloir être encore plus seuls, c’est-à-dire injoignables. Rien n’est plus actuel que ce désir là, aujourd’hui. Sortir des écrans radars, des réseaux, des statistiques pour pouvoir se retrouver enfin, se ressaisir loin des impératifs catégoriques de l’instantané, du présent perpétuel, de la confusion toujours plus grande entre espace privé et espace public. Les personnages de Simenon n’en sont pas là, évidemment, mais ils savent, intuitivement, que toute société, toute classe sociale, enferme. On pourra lire, par exemple, le trop méconnu Passage de la ligne. Le degré de cet enfermement, son caractère impitoyable est aujourd’hui renforcé par la technologie. Il est devenu impossible, comme me le confiait dans un salon du polar un ancien flic reconverti à l’écriture, d’entrer en cavale comme on pouvait le faire jusque dans les années 80.

Les personnages de Simenon n’en sont pas là, tant mieux pour eux. C’est ce qui nous inspire sans doute à la lecture de leurs évasions réussies, une certaine nostalgie. Qu’ils fuient un crime ou, plus intéressant encore, qu’ils ne fuient rien du tout sinon une angoisse diffuse, celle de L’Etranger de Camus ou du Feu Follet de Drieu qui sont leurs contemporains et leurs cousins, ils construisent, pour ce faire, une ou plusieurs identités  tout au long de leur vie, comme l’a fait ce monsieur Bouvet qui meurt de sa belle mort, par un matin d’été à Paris, sur les Quais : « Et alors quand tout fut en place, quand la perfection de ce matin là atteignit un degré presque effrayant, le vieux monsieur mourut, sans rien dire, sans une plainte, sans une contorsion, en regardant les images, en écoutant la voix de la marchande qui coulait toujours,  le pépiement des moineaux, les klaxons dispersés des taxis. »

On est encore au début des années soixante. Il n’y avait pas de caméras de surveillance, de réseaux sociaux. On pouvait falsifier des papiers, passer loin des fichiers qui n’étaient pas informatisés, payer sans carte de crédit les meublés de quartiers excentrés ou les billets de train pour Eymoutiers ou Dinard. La mort de monsieur Bouvet aurait donc pu passer inaperçue. Un jeune touriste américain, qui est là par hasard, prend cependant une photo et la vend à un journal à sensation pour se faire de l’argent de poche. Et cela suffit pour que beaucoup de gens, beaucoup trop, reconnaissent monsieur Bouvet, ce solitaire qui ne demandait rien qu’une solitude calme rue de Poissy, sous le regard affectueux de sa concierge et à deux pas des bouquinistes.

On apprend ainsi, pendant les quelques jours caniculaires de juillet où son corps repose dans son appartement puis à l’institut médico-légal, que le retraité aimable en costume blanc qui s’est éteint Quai de la Tournelle, avait eu plusieurs vies, plusieurs noms, auxquels il a toujours su échapper comme s’il refusait, passé un certain moment, d’être assigné à un rôle, à une case, à un destin tout écrit. Les anciennes épouses, les sœurs, les maîtresses qui l’ont toutes connu sous un nom différent tracent le portrait en creux d’un homme plutôt agréable, gentil mais curieusement insaisissable. Elles ne se montrent pas plus intéressées que ça, au bout du compte, par la fortune de Bouvet qui est découverte par hasard, une fortune dont il n’avait lui-même pas grand chose à faire, sinon comme assurance pour son invisibilité. Comme la police n’a pas non plus beaucoup d’intérêt pour cette affaire qui l’embarrasse plus qu’autre chose dans la torpeur de l’été, on autorisera assez vite l’enterrement de monsieur Bouvet qui ne s’appelait pas monsieur Bouvet.

Finalement, le roman consiste à faire l’inventaire des masques qu’il aura utilisés toute sa vie parce que l’homme selon Simenon, cet homme étrange né avec le XXe siècle, est habité par ce désir d’escapisme comme disent les psychologues, car il sent obscurément qu’il risque de perdre beaucoup plus en jouant le jeu qu’on veut lui faire jouer. Mourir seul, pour lui, est moins insupportable que vivre avec les autres qui sont l’enfer, comme on le sait depuis Sartre. C’est finalement ce que comprennent à la fin, à défaut de forcément l’accepter, les femmes qui assistent à l’enterrement de monsieur Bouvet : « Elles n’étaient là que quelques unes et il y en avait eu d’autres dans sa vie, y compris les petites négresses de l’Ouélé à qui il avait fait des enfants. Ils les avaient quittées les unes après les autres. Il était parti. Il avait passé sa vie à partir, et c’était maintenant son dernier départ, qui ne s’était pas organisé sans peine, qu’on avait failli lui faire rater. »

L’enterrement de M.Bouvet de Simenon (Presses de la Cité, vingt centimes d’euros, Pêle-mêle, Bruxelles)

*Photo : Wikimedia Commons

A Rome, des chiffres sans les lettres…

19

Il Messagero, principal quotidien de la Ville éternelle, s’en étrangle d’indignation : une commission du conseil municipal de Rome vient de prendre la décision de supprimer les chiffres romains dans les  documents officiels et sur les plaques indiquant les noms des voies et places de la ville. Ainsi, l’avenue Pio IX sera désormais « l’avenue Pio nono » la piazza Sixto IV « Piazza Sixto quarto », et le reste à l’avenant. Rois et papes se voient d’un trait de plume dépouillés de leur chiffre distinctif de majesté, utilisant la numération latine, jugée archaïque, semeuse de trouble dans les systèmes informatiques, et indéchiffrable par les générations d’analphabètes privés de latin par les pédagogues « modernes » au pouvoir.

Rome n’est plus dans Rome ! Pour Il Messagero, ce coup de force estival de la municipalité (de gauche) de la capitale de l’Italie ouvre la porte à l’expulsion planétaire des chiffres romains des rares lieux où ils étaient encore visibles par le peuple : le nom des rues, des siècles, des arrondissements… Si le centre lâche, il est à craindre que la périphérie parte en débandade ! Il se trouvera bien chez Mme Hidalgo un esprit fort, avide de notoriété et de combats glorieux au nom de l’égalité, pour dénoncer le caractère discriminatoire du mode de numération hérité de Jules César ! Les bourgeois du Ve (non du Cinquième !) fréquenteront bientôt le lycée Henri quatre ou pourquoi pas H4, SMS compatible et tenant compte de la sensibilité de l’islam de France, très attaché aux chiffres arabes. A Rome, il se murmure que  les ennemis des chiffres latins ont profité du pontificat du pape François, non concerné par la réforme, pour fomenter leur mauvais coup.

Fait à Rome le XXIV juillet MMXV.

Ligne claire et gros nez

5

exposition BD belge Paris

Le Centre Wallonie-Bruxelles est un « Etat dans l’Etat », un morceau de Belgique perdu dans le quartier des Halles à Paris, un peu de plat pays face à l’esplanade du Centre Beaubourg. Voilà un endroit profondément étrange dédié entièrement à la célébration de la culture belge. On se doutera que ce lieu réserve une large place à la bande-dessinée, « Etat » dans l’état d’âme d’outre-Quiévrain. Dans un espace réduit, mis en valeur par une mise en scène sobre, le Centre Wallonie-Bruxelles présente jusqu’au mois d’octobre une centaine de planches des plus grands noms de la BD Belge issues des réserves du Musée des Beaux-Arts de Liège. L’histoire de ces œuvres – présentées pour la première fois hors de Belgique – est déjà assez rocambolesque : la collection a été réunie dans les années 70 avec pour objectif l’ouverture d’un musée de la BD dans la capitale internationale des gaufres, un projet qui tomba à l’eau malgré l’amicale contribution de nombreux dessinateurs (Franquin céda une planche pour l’équivalent de 400 euros… L’original d’un gag de Gaston s’arrache aujourd’hui à plus de 100 000). La collection, un temps oubliée, fut ballotée de réserves en réserves avant d’être confiée au Musée des Beaux-Arts de Liège, qui ne l’a exposée qu’à deux reprises. L’occasion de revoir ces planches – en hexagone derechef – ne se présentera certainement plus de sitôt : ces trésors retrouveront après octobre le silence effrayant des espaces infinis des réserves, afin que les générations futures puissent les redécouvrir avec bonheur. Il faut donc courir aller les voir !

Couvrant une période allant de l’après-guerre aux années 70, cette collection met en lumière deux grandes tendances traversant la BD Belge : la « ligne claire » représentée par des dessinateurs tels que Hergé (Tintin) ou Edgar P. Jacobs (Blake & Mortimer), que les petits lecteurs pouvaient retrouver dans les pages du Journal de Tintin ; et « l’école de Marcinelle » associée au Journal de Spirou, dans lequel étaient publiés les plus grands spécialistes des personnages à gros nez tels que Franquin (Gaston), Will (Tif & Tondu), Peyo (Les Schtroumpfs) ou encore Roba (Boule & Bill). La succession des planches encrées, avant toute colorisation, permet d’approcher au plus près le travail des artistes, d’apprécier la virtuosité graphique autant que la clarté des compositions, le foisonnement des détails autant que l’art de rendre immédiatement lisible une narration par l’image. Cette exposition est l’occasion de voir quelques chefs d’œuvres : une planche spectaculaire d’On a marché sur la lune pour laquelle Hergé fait le choix inhabituel de rompre avec le découpage régulier de la page en strips de tailles égales pour laisser une large place à une vue de la lune approchée par la célèbre fusée à damiers (rappelons que les Belges ont marché sur le satellite naturel de la Terre plus de 16 ans avant les yankees !) ; on découvre avec bonheur la planche schtroumpfement historique des aventures de Johan et Pirlouit de Peyo sur laquelle de petits lutins bleus – promis à un bel avenir – font leur première apparition assez timide ; on peut admirer aussi quelques planches admirables de Jacobs tirées de La marque jaune, dont celle où le personnage d’Olrik fait son entrée en scène ! Brrr… On n’oubliera évidemment pas de se pâmer au passage devant les œuvres de Macherot, Tilleux, Hausman, Comès ou encore Greg, l’attachant père d’Achille Talon.

Cette collection est finalement l’occasion d’explorer tout un imaginaire d’après-guerre très influencé par la culture populaire américaine, entre détectives ombrageux, grosses cylindrées (Ah le Michel Vaillant de Jean Graton…), et fascination pour l’ouest américain (depuis Comanche d’Herman jusqu’à la réjouissante parodie de western que fut Lucky Luke) Un univers devenu étrangement belgo-américain par l’alchimie du 9e art. Un imaginaire touchant et un peu évanescent – amenez vos enfants, ils vous demanderont certainement pourquoi les personnages n’ont pas de smartphones… Le parcours est complété par la projection d’un film dans lequel certains grands noms de la BD (Schuiten, Goossens, etc.) saluent la gloire de leurs illustres pionniers.

Un pèlerinage en terre belge vivement conseillé.

« L’âge d’or de la bande dessinée Belge » – Jusqu’au 4 octobre. Centre Wallonie-Bruxelles, 127-129 Rue Saint-Martin, 75004 Paris (Face au Centre Beaubourg).

Vincent Lambert: Qu’il repose en paix!

309

Vincent Lambert évêques

Dans son édition du 23 juillet, paru quelques heures avant que ne soit connue la décision des médecins du CHU de Reims, le quotidien catholique La Croix écrivait, sous la signature de sa rédactrice en chef Florence Courret : « Dans ce fracas de souffrances et de non-dits, il conviendrait désormais de ne pas ajouter de voix aux voix. D’un bord ou d’un autre. Ne rien exprimer publiquement qui soit de nature à désunir davantage une famille éprouvée, s’interdire de proclamer des convictions, aussi fortes et respectables soient-elles, qui seraient susceptibles de heurter celles des parties prenantes au conflit, à commencer par celles qui animaient Vincent Lambert lui-même. » Même si le commentaire visait « l’après » décision du corps médical attendue pour ce jeudi, on pouvait l’interpréter comme une forme de prise de distance, vis-à-vis du communiqué publié deux jours plus tôt par les évêques de Rhône-Alpes.

En demandant solennellement le maintien en vie de Vincent Lambert, ils entendaient, d’évidence, peser de tout leur poids sur le choix de l’équipe médicale. Ils écrivaient en ce sens : « Dans quelques jours, une décision médicale risque de provoquer délibérément la mort de Vincent Lambert. Il n’est pourtant pas en fin de vie et il ne fait l’objet d’aucun soin disproportionné. » Une manière de se positionner, sans la moindre hésitation et sans excès de nuance, face à une situation pourtant caractérisée par son extrême complexité.

Des positions épiscopales contradictoires. 

Le 12 juin dernier, une semaine après qu’ait été rendue publique la décision de la Cour européenne des Droits de l’homme, validant celle du Conseil d’Etat, Mgr D’Ornellas, responsable des question éthiques au sein de la Conférence des évêques de France, déclarait à La Croix : « Si Vincent Lambert, en prévision d’un éventuel état végétatif, avait clairement exprimé sa volonté de ne pas subir de traitements, en connaissant la distinction entre ceux qui luttent contre la maladie et ceux qui, comme l’hydratation et l’alimentation, correspondent à un besoin naturel, il aurait été juste de respecter cette liberté fondamentale. » Ce texte, dont chaque mot a été pesé, disait tout à la fois que, dans le cas de Vincent Lambert, l’alimentation et l’hydratation constituaient bien « un traitement », ce que contestent aujourd’hui ses frères dans l’épiscopat, et que si la volonté de Vincent Lambert était bien de ne pas subir de traitement, cette volonté s’imposait à tous. Argument que le communiqué préfère ignorer.

La déclaration des évêques de Rhône-Alpes soulève deux questions. La première relative au statut – et à la raison d’être – des commissions rattachées à la Conférence épiscopale. D’évidence, la position des évêques signataires est ici que les conclusions de ces commissions ou les prises de position de ceux qui, en leur nom, les président, sont sans doute utiles pour nourrir la réflexion, mais ne sauraient les engager. Chacun d’eux reste seul « maître à bord »  dans son diocèse, pour promouvoir la sainte doctrine. Ceci est parfaitement conforme à l’état actuel du Code de droit canonique[1. Une situation qui pourrait évoluer à l’avenir, le pape François ayant fait connaître à diverses reprises son intention d’expliciter «un statut des conférences épiscopales qui les conçoive comme sujet d’attributions concrètes, y compris une certaine autorité doctrinale authentique ». (La Joie de l’Evangile & 32)]. Mais cela provoque forcément un certain trouble lorsque des évêques, prétendant avec assurance fonder leur position « en vérité » et « en fidélité » à la parole de Dieu, en arrivent à des options aussi dissemblables voire contradictoires avec celles de leurs « experts », porteurs des mêmes exigences[2. Tout aussi troublant le titre, volontairement dramatisé, retenu pour ce communiqué : « Aujourd’hui le visage le plus fragile de notre société se prénomme Vincent ». Ce qui, pour le moins, mérite examen. L’affirmation rappelle celle, tout aussi contestable, longtemps à l’honneur dans les milieux d’Eglise, selon laquelle aucun homme au monde n’aurait jamais autant souffert que Jésus sur la croix.].

La mise en cause de l’autonomie médicale

La seconde question concerne l’autonomie du corps médical. Dans la même interview du 12 juin, Mgr D’Ornellas déclarait : « Ne connaissant pas le dossier médical, je fais confiance au chef de service et aux trois médecins qui, après un minutieux examen de Vincent Lambert, ont remis leur rapport au Conseil d’État. » Par contraste, les signataires se positionnent en défiance face au même corps médical, sans qu’on perçoive bien en quoi ils seraient mieux informés du contenu du dossier médical de Vincent Lambert, et aptes à se prononcer sur le fond.

C’est donc l’autonomie même de la communauté soignante qui semble ici contestée, dès lors qu’elle dérogerait à une certaine morale catholique auréolée d’universalité par le biais de la Loi naturelle. A-t-on mesuré les conséquences d’une telle attitude vis-à-vis du monde de la santé qui reste pourtant, à ce jour, le plus proche de l’éthique prônée par l’Eglise catholique et donc son alliée la plus sûre face à la menace de certaines dérives ? Comment les aumôneries d’hôpitaux pourront-elles, demain, accomplir leur mission, en toute confiance et sérénité, dans un univers médical publiquement suspecté et délégitimé ?

Qui peut parler au nom de Vincent Lambert ?

Le choix finalement retenu par les médecins du CHU de transférer Vincent Lambert dans un autre établissement, prêt à l’accueillir, soulève une ultime question : celle du respect de sa « volonté » et donc de sa liberté. L’hospitaliser ailleurs ne résout en rien le problème. Or il appartient aussi à la société – et pas seulement à sa famille – de veiller à ce que cette volonté soit respectée. En l’absence de certitude absolue[3. Pour Rachel Lambert, son mari Vincent n’aurait jamais voulu vivre ainsi. C’est aussi l’avis de son neveu et de plusieurs frères et sœurs. Mais aucun document écrit ne vient étayer cette affirmation.], cette décision – comme toute autre d’ailleurs ayant pu survenir – sera forcément interprétée comme le résultat d’un rapport de force, devenu enjeu idéologique, dont Vincent Lambert n’aura été, finalement, que l’otage impuissant[4. Au moment où cet article a été mis en ligne j’ignorais les « attendus » de la décision des médecins du CHU de Reims et notamment les menaces dont ils sont l’objet, depuis des mois, de la part de certains milieux catholiques intégristes. Ils renforcent la conviction exprimée dans mon article que ce « dépaysement » ne règle aucun problème de fond, sauf à laisser à une autre équipe médicale le soin d’une xième expertise.]. Rapport de force auquel les évêques de Rhône-Alpes ont choisi d’apporter leur concours.

Dans son éditorial du jour, déjà cité, Florence Courret suggère une attitude : « Opter pour la modestie ; accepter de ne pas avoir un avis tranché et finalement autoriser, dans cette posture de retrait, le retour à un calme relatif, à la paix qui n’aurait jamais dû quitter le lit de Vincent Lambert.» Il est à craindre qu’elle ne soit pas entendue.

*Photo : Wikimedia Commons.

Mais où sont les HLM d’antan?

29

J’écoute Renaud, cru 1980. Et je lis François Villon, un cru beaucoup plus ancien. Je peux faire deux choses en même temps, celles-ci du moins. Villon célèbre, nostalgique, la beauté des femmes d’avant, la belle Héloïse, Berthe au grand pied, Jeanne la Lorraine… Et soupire : « Mais où sont les neiges d’antan ? »

Renaud chante son HLM. Et il le décrit étage après étage, locataire après locataire. Une galerie de personnages aussi divers que variés. Au rez-de-chaussée, « une espèce de barbouze qui tire sur tout ce qui bouge, surtout si c’est bronzé ». Plus haut, un « jeune cadre dynamique, costard en alpaga, c’est un bon contribuable centriste ». Au troisième, « une espèce de connasse qui bosse dans la pub » : elle lit L’Express, « c’est vous dire si elle lit ! ».

Et puis aussi, celui qu’on appelle « le communiste » et qui dit qu’il est trotskiste. Puis en vrac, « un ancien combattant », « un nouveau romantique » et « un flic qui se balade en survêtement » et « fait son jogging avec son berger allemand ». Fort heureusement pour lui, Renaud n’était ni sociologue ni démographe. Il chantait juste ce qu’il voyait. Une vraie diversité. Il était de gauche, très à gauche même. En 1980, on pouvait encore l’être.

Et aujourd’hui, plus de trente ans après, que sont-ils devenus ? Où sont les HLM d’antan ? Le flic est parti le premier, à cause des nouveaux arrivants : son gosse se faisait tabasser à l’école parce que fils de flic. La « connasse » aussi a déménagé : elle a pris des rides (ce sont des choses qui arrivent) et a fait l’éducation de sa fille en lui lisant Les Inrocks.

Le « jeune cadre dynamique et centriste » a eu une illumination en 1981 et a décidé de faire carrière à gauche. Il s’est rapidement retrouvé dans différents cabinets ministériels socialistes. Le temps étant venu – la limite d’âge –, François Hollande l’a nommé au Conseil économique et social. Il a un appartement dans le Marais.

Le « barbouze qui tirait sur les bronzés » est aujourd’hui dans une maison de retraite. Il a l’âge de Jean-Marie Le Pen et continue, en chaise roulante, à voter pour lui car on lui a caché qu’une certaine Marine avait tué son idole. On est sans nouvelles du « communiste » qui se disait trotskiste. Certains croient l’avoir vu dans un square lisant Le Monde diplomatique. D’autres prétendent au contraire qu’il est devenu islamophobe et qu’il milite à Riposte laïque.

Voilà. Ce fut. Et ça n’est plus. Tous ont été remplacés. Dommage, moi je les aimais bien. Neiges d’antan, HLM d’antan… On ne me fera pas dire que c’était mieux avant : je ne veux pas passer pour plus réac que je ne suis. Mais c’était autrement. Et je regrette ces HLM de naguère. Tout comme Villon regrettait les belles de jadis.

Marche A L'Ombre (Remastered)

Price: ---

0 used & new available from

Et le féminisme créa la pouffiasse

47
féminisme pouffiasse

féminisme pouffiasse

On serait tenté d’y voir un signe des temps et peut-être même leur allégorie morale : viré du conseil d’administration de la marque American Apparel, qu’il avait créée en 1998, Dov Charney a été remplacé par une femme, Paula Schneider, désignée pour mettre en place avant toute autre chose une politique anti-macho au sein de la florissante entreprise. En effet, ce ne sont pas de mauvais résultats qu’on reprochait à Charney. L’enseigne californienne qui a fait, sous l’instigation de son fondateur, le pari fou de fabriquer des vêtements exclusivement aux États-Unis, peut se targuer d’une réussite brillante. Des magasins implantés dans plus de 20 pays, 10 000 salariés qui bénéficient d’une quantité de privilèges et de droits, y compris celui de ne pas apprécier les obsessions libidinales du patron.

Accusé de harcèlement par ses employées, Dov Charney a connu le même sort que son proche collaborateur, le sulfureux photographe Terry Richardson. Que ces soupçons soient ou non fondés, nous ne connaîtrons probablement jamais la nature exacte des excès dont aurait été coupable Charney, l’affaire ayant été réglée en interne. Quant à Richardson, digne héritier de la tendance porno-chic apparue dans les années 1970 avec le film Deep Throat de Gerard Damiano, il a été remercié de ses services par l’édition américaine de Vogue après qu’une jeune mannequin se fut plainte d’être victime d’un « chantage sexuel » de sa part. Chantage sexuel ? Ne s’agissait-il pas, plus simplement, de ce qu’on appelait dans un passé pas si lointain la « promotion canapé », échange de services entre deux parties consentantes à ce négoce ?[access capability= »lire_inedits »] Au péril d’une lapidation sur la place publique, on rappellera que nombre de femmes en ont profité pour propulser leurs carrières. Et si certaines regrettent peut-être d’avoir cédé à leurs pulsions arrivistes ou aux pressions de leur entourage masculin, d’autres doivent se mordre les doigts de ne pas avoir su y recourir.

Reste que Terry Richardson n’est pas sorti de l’auberge. Croyant mieux s’en tirer dans une France amoureuse des libertés plutôt qu’en Amérique puritaine, il a déshabillé Virginie Ledoyen pour le numéro d’avril du magazine Lui. Si l’actrice a apprécié ce photographe « un peu tatoué mais très respectueux », les associations de défense des animaux n’ont pas raté le coche. Et pour cause. Que voit-on entre les cuisses écartées de la comédienne ? Un chat tenu par le cou ! Imaginons le tollé si le félin « maltraité » avait été une femelle, autrement dit une chatte…

La mode serait-elle en proie à la morale rigoriste réactivée par certaines féministes ? Olivier Lalanne, le rédacteur en chef de Vogue Homme, nuance la réponse. Certes, la photo d’une femme à quatre pattes sous une selle de cheval, même signée Hermès, comme le fameux cliché réalisé par Helmut Newton en 1976, ne passerait plus. En 2012, Vogue Homme a été littéralement bombardé de courriers d’associations féministes, déterminées à faire interdire la couverture du numéro automne-hiver. On y voyait en arrière-plan le sex-symbol brésilien Marlon Teixeira, serrant dans une étreinte passionnée la gorge de Stephanie Seymour. Scandale. Abjection. Incitation à la violence domestique. Quelques années plus tôt, Anna Wintour, diablesse habillée en Prada et rédactrice en chef du Vogue américain, s’était fait taper sur les doigts par les associations antiracistes à cause d’images du basketteur noir James LeBron, jugées « sauvages » et porteuses de stéréotypes sur les hommes de couleur. On y voyait la star de la NBA dans une pose à la King Kong avec la top Gisele Bündchen accrochée à son bras athlétique.

C’est hélas difficilement contestable : l’audace, le sens de l’humour, le détournement ludique des tabous, l’esprit de subversion érotique sont condamnés. La peur de porter atteinte à l’image de la femme, d’une part, et, de l’autre, la crainte d’offenser les minorités ethniques, religieuses, voire alimentaires, finiront par calmer tous les as de la provoc. « Je considère que c’est bien de choquer les gens avec des images, assène pourtant Terry Richardson. Les réactions enflammées relèvent plus de la perception qu’on a de l’image que de l’image elle-même. Le vrai filtre, en fait, c’est le degré d’éducation et de sophistication. »

Les féministes n’ont pas tort – une fois n’est pas coutume – quand elles observent que l’image publicitaire d’un pubis féminin à la toison taillée en forme de lettre « G » et dont l’objectif affiché est de multiplier les ventes d’accessoires de la marque Gucci est quelque peu primaire. « Une fois que tu en es là, que trouveras-tu encore pour choquer ? », demande Olivier Lalanne. On ne saurait écarter d’emblée l’idée que les femmes ont été manipulées par l’industrie de la mode.

Sans remonter à Jean Patou et ses mannequins des années folles coiffées à la garçonne, il faut aussi rappeler le formidable coup de pouce d’Yves Saint Laurent aux élégantes décidées à jouir de leur vie comme les hommes. Ainsi le smoking a-t-il cessé d’être l’attribut de la masculinité triomphante pour devenir une promesse d’égalité des sexes. À la même époque, les femmes newtoniennes, loin d’accepter le statut de proies des désirs masculins – cette fois les féministes n’ont rien compris – usent et abusent de leur pouvoir de séduction. Newton vend de la joaillerie de prestige avec les photos carnassières de leurs griffes manucurées déchiquetant un poulet rôti. Carine Roitfeld, reine de la vulgarité ultra-stylée, a tenté le même coup vingt ans plus tard, en parant des fillettes de 10 ans de bijoux Cartier. Mais, en 2010, les femmes avaient eu le temps de comprendre qu’on essayait de les rouler dans la farine.

La vague du porno-chic a déferlé sur papier glacé, puis reflué, laissant derrière elle le legs d’une transgression captivante sur le plan esthétique mais douteuse quant à son message. Les marchands de fringues ont remplacé les créateurs. Une paire de seins nus n’est plus un message de libération ou de révolte, mais l’ornement banal d’un objet plus ou moins banal lui aussi.

Les féministes feraient mieux, alors, de réfléchir à deux fois avant de tirer sur Karl, dézinguant au passage l’esprit de frivolité et la moindre manifestation de créativité, qu’elle soit de mauvais ou de bon goût. À l’ère d’Instagram, les ateliers de couture se vident, les rédactions des magazines de mode délocalisent vers les appartements privés. Comme disait Cocteau, « il n’y a plus personne dans la salle parce que tout le monde est sur la scène ». Admettons – avec beaucoup de bonne volonté – que l’indignation soulevée par la campagne publicitaire « Back to school » d’American Apparel relève d’une saine colère. Laisser voir les petites culottes sous les minijupes écossaises des écolières, alors que des pulsions pédophiles sommeillent en chaque mâle, s’apparente à du proxénétisme aggravé. Bien sûr, on ignorera le second degré et la référence explicite à la Lolita de Nabokov – les enfants sont victimes par définition. Mais que dire des filles qui publient sur la Toile des photos d’elles sous la douche – ou de leur ex en pleine action ? Victimes elles aussi de la domination masculine ?

Ce n’est pas l’industrie de la mode qui a fabriqué Kim Kardashian, pas plus qu’elle n’a contribué à sexualiser davantage son corps de déesse de la fertilité néolithique, c’est l’époque, c’est-à-dire vous et moi. Venue de la téléréalité, la Kim s’est faite toute seule et à partir de rien, sinon de son intuition prophétique qui lui a permis de ressentir avant les autres le vide ontologique de notre époque et de s’assoir dessus. Et voilà que, sur fond de sermons féministes, les fesses proéminentes de Kim Kardashian représentent l’horizon indépassable de la femme. La pétasse a gagné, rendant caduques, au moment même où elles se produisent, les victoires du féminisme punitif. Dans un récent numéro de Elle, autrefois titre-phare des femmes émancipées, on lisait : « Même si Kim ne nous ressemble pas vraiment, et même si on n’a pas forcément envie de ressembler à Kim, on l’envisage, ici à Elle, comme ce magazine a toujours envisagé son époque : avec tendresse, pertinence, complicité. Et sans jugement aucun. » La messe est dite. Pendant ce temps, la chasse aux salauds de machos continue.[/access]

feminisme fourest lahaie

Également en version numérique avec notre application :

*Photo : RMV/REX Shutterstock (4898054bd)

Rififi au sommet du foot français

25
football Thiriez Le Graët FFF LFP

football Thiriez Le Graët FFF LFP

Il y a le feu au football français. Les deux principaux dirigeants du sport le plus populaire du pays sont désormais en conflit ouvert. Jeudi, la Fédération Française de Football dirigée par Noël Le Graët a annulé très officiellement une décision du Conseil d’administration de la LFP (Ligue de Football Professionnel). Il s’agissait de modifier dès la prochaine saison (qui débute en août prochain) le régime des montées et descentes entre la Ligue 1 et la Ligue 2. Au lieu de trois montées en Ligue 1 et trois descentes de Ligue 2, on passerait à deux. Sous la pression des présidents des clubs de Ligue 2 qui ruaient dans les brancards, fustigeant une élite qui se protège, Le Graët avait pourtant cru pouvoir obtenir que ce changement du règlement soit repoussé d’un an. Mais Frédéric Thiriez, qui dirige la LFP, sous la pression de plusieurs pontes du championnat, notamment l’Olympique lyonnais de Jean-Michel Aulas, a souhaité passer en force. Le Graët ne l’a pas entendu de cette oreille et a donc décidé de censurer la décision au nom « de l’intérêt supérieur du football français ». Du coup, Thiriez, furieux, vient de déposer un référé au Conseil d’Etat pour excès de pouvoir. Il entend obtenir annulation de la décision de la FFF censurant la décision de la LFP. Vous suivez toujours ?

Du coup, le ministre Kanner est bien embêté. La France organise dans moins d’un an le Championnat d’Europe des Nations et une guerre au sommet du foot ne fait pas très joli dans le tableau. Disons-le, fermer davantage l’accès à la Ligue 1 n’a pas notre agrément. L’argument principal que font valoir les partisans de cette réforme est la sécurisation des investisseurs des clubs de Ligue 1. Ah oui ? Et les investisseurs de Ligue 2, c’est censé les rassurer de savoir qu’il y a désormais un tiers de chances de moins d’accéder à l’élite ? Toujours selon eux, cela permettrait de rattraper les grands championnats voisins. Ah bon ? Pourtant, outre-manche, il y a trois montées et trois descentes. Pareil outre-rhin, de l’autre côté des Alpes et de l’autre côté des Pyrénées. Enfumage, donc. En réalité, les gros clubs de Ligue 1 souhaitent qu’on aille vers une Ligue fermée avec ticket d’entrée, pour pouvoir se partager le butin généré par les droits télé. Les pouilleux de Ligue 2 et du foot amateur peuvent aller se faire voir.

Le plus piquant dans l’histoire, c’est de voir Le Graët et Thiriez face à face au Conseil d’Etat. Rappelez-vous, ils ont perdu ensemble un procès au Tribunal administratif de Besançon en février dernier. Les magistrats de ma bonne ville avaient jugé que le comité exécutif de la FFF n’était pas compétent pour censurer une décision de la DNCG (Direction nationale du contrôle de gestion), laquelle interdisait la montée du RC Lens en Ligue 1. La FFF avait donc outrepassé ses droits, exactement ce que Thiriez lui reproche un an après. Ce même Thiriez qui était alors très content, et faisait pression pour que la FFF laisse monter le club de son ami Gervais Martel. Pour le président de la LFP, la souveraineté de la FFF est donc à géométrie variable selon que cela l’arrange ou pas. Le plus drôle, c’est que son copain Martel, dont le club est aujourd’hui redescendu en Ligue 2, le lui reproche aujourd’hui : « C’est un peu navrant que Frédéric Thiriez ait de suite décidé d’aller devant le Conseil d’Etat… Il y a trop de gens qui défendent leur petit jardin au lieu de penser à l’intérêt général. » Bien mal récompensé des libertés qu’il avait prises avec le Droit à l’été 2014 au nom de l’intérêt supérieur de ses amis, Frédéric Thiriez.

On saura donc bientôt qui de Le Graët et Thiriez, défaits piteusement à Besançon, alignera une nouvelle défaite juridique. Avouez que le plus cocasse serait que soit Thiriez, avocat près le Conseil d’Etat. Pour ma part, je privilégie cette solution. D’abord, parce que cette décision de réduire le nombre de montées/descentes est injuste, et ensuite parce que cela ne pourrait conduire qu’à la démission du plus mauvais juriste de France.

*Photo : J.E.E/SIPA/1401300237

Star Wars, fable double

80
Star Wars URSS islam

Star Wars URSS islam

Je mets la dernière main à deux livres qui sortiront en même temps, ou à peu près, l’un sur la laïcité, l’autre sur la culture. Vous trouverez ci-dessous une analyse ironico-sérieuse de l’un des plus grands mythes cinématographiques des années 1970-2010.

La saga Star Wars est peut-être le dernier opus totalement idéologique — et, à ce titre, totalement culturel, quoi que l’on pense d’un tel adjectif adapté à un blockbuster. Après lui, le déluge — c’est-à-dire le postmodernisme, la new wave, le relativisme absolu, l’inflation du nombrilisme, au cinéma comme ailleurs : tous ego !
Comme on le sait ou comme on l’ignore, la saga de George Lucas comporte six films, regroupés en deux trilogies — la première réalisée de 1977 à 1983, la seconde de 1999 à 2005. Une troisième série est prévue de 2015 à 2019, nous ne nous y intéresserons pas pour deux raisons : d’abord parce qu’on ne sait pas grand-chose de ce qui y sera représenté, la seconde parce que George Lucas, maître d’œuvre des six premiers films, même s’il n’a effectivement dirigé que le premier (le IV dans l’ordre chronologique du récit), a revendu son entreprise à Disney, et qu’il ne s’agit plus que d’une franchise, d’une machine à encaisser des dollars.
Mais justement : qu’est-ce qui a pu occasionner ce trou de 15 années entre le premier cycle et le second ? Comment un metteur en scène / producteur, ayant mis la main sur le filon le plus riche de sa carrière, et l’un des plus juteux (près de 1 800 000 000 dollars de recettes pour la première trilogie) du cinéma mondial, a renoncé à continuer à chaud la série ? Pourquoi avoir attendu si longtemps avant de remettre l’ouvrage sur le métier ?
La réponse gît dans une analyse serrée de ces six films, qu’une entourloupe narrative et commerciale postérieure a inversés — la seconde trilogie étant chronologiquement située avant la première, d’où le nom de prélogie qu’on lui donne parfois, mot-valise entre prequel et trilogie.
Les trois premiers Star Wars parlent évidemment de la guerre froide. L’Empire du mal — c’est presque en ces termes (« Axe du Mal ») que George Bush, nourri chez George Lucas, parlera bien plus tard des « états voyous » que l’Amérique est censée combattre —, c’est l’URSS des années 1970, alors au faîte de sa puissance. Rien de très original : Isaac Asimov, avec le cycle des sept volumes de Fondation, s’était inspiré de l’effondrement de l’empire romain pour préfigurer ce que pourrait être le monde (d’où le terme de « psychohistoire » appliqué à cette forme de science-fiction) après l’émiettement de l’un des deux blocs qui assuraient l’équilibre de la terreur. Lucas racontait en 1977 la lutte quasi éternelle entre le Mal et le Bien, et la Force, cette puissance naturelle qui emprunte son nom à la physique quantique, était explicitement caractérisée comme un équilibre entre un côté lumineux et le « côté obscur », symbolisé par l’armure noire du général en chef des forces de la nuit, le fameux Dark Vador. Dans le dernier épisode, le Retour du Jedi (1984), les forces du Bien triomphent, et Dark Vador, qui a conservé en lui une étincelle de l’ancien « bon » Jedi qu’il fut, permet l’élimination de « l’Empereur », symbole du Mal. Pour bien me faire comprendre, rappelons que Leonid Brejnev, le dernier dirigeant historique de l’URSS, est mort au moment où Lucas et Kasdan écrivaient le dernier épisode de la première série. L’empereur mort laisse la place à Gorbatchev. De quoi vous dégoûter d’écrire un mythe.
La seconde série, réalisée vingt-deux ans après le premier film mais qui se situe dans la fiction vingt ans avant lui, feint de raconter la même histoire. Mais — et c’est toute la question des fables, qui n’ont de sens que par rapport à leur référent historique — on comprend bien qu’il ne s’agit plus pour Lucas de broder métaphoriquement autour des relations Monde libre / Espace soviétique. L’URSS s’est effondrée, elle n’est plus un adversaire assez crédible : 1999, date de sortie du premier film de cette nouvelle série, c’est Boris Eltsine au pouvoir, et l’effondrement de l’ex-URSS sous les coups de boutoir de la « thérapie de choc » dont le prix Nobel d’économie, Joseph Stiglitz, a dit tout le mal que l’on pouvait en penser.
Alors, sous les fausses apparences d’une continuité, que racontent exactement ces trois films ? Qui sont les forces du Mal ? Qui est « l’Empire » ?
Reprenons le récit. Cette « prélogie » tourne autour d’un Jedi surdoué, figure christique, « l’Elu », appelé primitivement Anakin Skywalker et qui, séduit par « le côté obscur de la Force » (comme si Jésus avait répondu positivement à la tentation de Satan) deviendra Dark Vador, général des armées de la nuit. Changement de nom équivalant à une seconde naissance et à une mutation du Père, quand Kevin Dugenou parti en Syrie troque son nom pour Mohamed El Koubby — parce qu’il s’est pris la grosse tête. Nous y voilà. C’est le djihad du Jedi.
Métaphore exagérée ? Ma foi, l’Opération Tempête du désert (1991) a été la première incursion américaine directe dans l’Orient compliqué. Les Talibans viennent de prendre le pouvoir en Afghanistan (1997). Le théâtre de la lutte entre le Bien et le Mal s’est déplacé. Les habits de moines-soldats des Jedi renvoient à l’esthétique de la croisade. Par un tour de passe-passe idéologique et quelques modifications discrètes opérées dans les trois premiers films, qui seront réédités dans des versions nouvelles, la prélogie couvre le 11 septembre 2001, l’entrée en guerre en Afghanistan, puis en Irak (2003). L’ennemi a changé de visage — ça tombe bien, Anakin / Dark Vador a été défiguré au sens propre, et son visage n’est plus que le masque noir et anguleux qui est devenu l’emblème de la série.
Pour bien saisir ce qui s’est joué, il faut aussi considérer quel fut le public initial de Lucas. En 1977, ce sont les enfants du baby-boom qui vont au cinéma. Et ce sont encore les mêmes qui, vingt-deux ans plus tard, y retournent, ne serait-ce que sous l’effet nostalgie. Et qui y amènent leurs enfants — Lucas leur a donné le temps de se multiplier. Résultat, des films idéologiquement datés cartonnent dans les années 2000, à contre-courant de ce qui se fait alors. Les teenagers, qui sont la cible prioritaire des producteurs, y vont en quelque sorte au second degré. Les adultes qui s’y rendent passent sans sourciller d’un ennemi emblématique à un autre — comme dans 1984 la foule qui vitupérait Eurasia, l’adversaire d’Oceania, passe sans s’en apercevoir à une incoercible haine pour Estasia, nouvel ennemi du pays. Lucas, après avoir bâti trois films sur l’affrontement Est / Ouest, déplace le sujet sur un affrontement Nord / Sud sans que cela gêne en quoi que ce soit le fan. Après tout, le spectateur n’y cherche qu’un divertissement — à quoi ? À la « menace fantôme » — jolie expression pour désigner les partisans de l’Etoile de la mort, dont la nuit est la marque et l’objectif.
La sortie DVD des six films (le I est en fait le IV, le IV étant chronologiquement le I) recompose l’histoire et fait oublier, sauf aux cinéphiles attentifs aux dates, cette mutation de l’adversaire. Ruse secondaire, mais significative, le personnage de Jabba le Hutt, sorte de croisement entre un crapaud et une limace, évoquait en 1977 les films « orientaux » en Technicolor des années 1950 où un pacha ventripotent regarde d’un œil las des danseuses habillées fort légèrement (les amateurs se crevèrent les yeux sur la tenue suggestive de la princesse Leïa, temporairement captive et intégrée au harem de Jabba) avant que l’une d’entre elles le tue — le schéma de Morjane poignardant le chef des voleurs dans Ali-Baba. En 1977, Jabba ressemble à Haroun El-Poussah, l’émir poussif et passif d’Iznogoud, répugnant, mais anecdotique. En 2000, quand le film est réédité, il s’inscrit bien plus nettement dans une lignée de tyrans orientaux qu’il est nécessaire de supprimer. Les effets spéciaux ajoutés en douce aux trois premiers films pour les mettre au niveau technique des trois derniers complètent l’illusion. Star Wars est devenu une métaphore de la lutte entre le camp du Bien et les troupes fanatisées d’un Empire du Mal qui a choisi le côté obscur de la Force : et je parierais presque que le déclic, pour Lucas, a été la sortie en 1996 aux Etats-Unis du Choc des civilisations, l’analyse de Samuel Huntington sur la fin des affrontements des Etats ou des blocs et la mutation vers une guerre culturelle entre l’Ouest et l’islam, appelons les choses par leur nom. Ou plutôt, entre la Culture et sa négation.

Pour un flirt…

3
jeu chansons vacances

jeu chansons vacances

En vacances, j’oublie tout. J’aime regarder les filles pour le plaisir. Mes amis, mes copains me disent qu’il faut que je change. Mais c’est plus fort que moi, avec les filles je ne sais pas comment m’y prendre. Elle dévorait un banana split sous le soleil exactement. Alors, je l’ai attaquée relax par un : « Jeune demoiselle, parlez-vous français ? » C’était une méditerranéenne avec un faux air de Brigitte Bardot. Comme un boomerang, elle m’a répondu : « Je veux un enfant ! » J’aurais préféré qu’elle me crie : « J’veux un mec ! » Ce n’était pas le genre de fille à faire l’amour à la plage. Plutôt une bêcheuse, style nouvelle vague, intellectuelle sur les bords. Provocatrice. Une folle, certainement. Les amours d’été ne m’ont jamais réussi. Pourtant, j’insiste. Elle me fait, pensive : « Vous savez que Venise n’est pas en Italie ? » No comment. Première nouvelle. Je sentais poindre les complications. Ça aurait pu être si simple, un homme et une femme se rencontrent un soir d’été sur la lagune. Basta, je sentais que j’allais vraiment lâcher l’affaire. Ma mère m’avait pourtant prévenu, mieux vaut rester à Paris au mois d’août que se prélasser à Copacabana. Elle s’appelait Emmanuelle ou Manuela. Je ne me souviens plus très bien. L’innocence de sa bouche m’avait rendu dingue. C’est comme ça. Je voulais seulement faire d’elle ma sparring partner. J’avais oublié combien les filles du bord de mer sont compliquées. J’aurais tant aimé l’entendre dire « Voici les clés de ma chambre ! » ou « Monsieur, déshabillez-moi, là, tout de suite ». A la place, elle me lance un vulgaire « Vous manquez de muscles ! » et elle ajoute : « La drague, c’est pas votre truc, non ? » Comme quand j’étais môme, j’ai enfilé mon pull marine et suis reparti. Cette année-là, j’aurais vraiment dû suivre les conseils de ma mère : Laisse tomber les filles, un jour, c’est toi qui pleureras…

 

Réponse : 45

 

Pour un flirt – Michel Delpech

En vacances, j’oublie tout – Elégance

J’aime regarder les filles – Patrick Coutin

Pour le plaisir – Herbert Léonard

Mes amis, mes copains – Annie Philippe

Change – Barry White

C’est plus fort que moi – Frédéric François

Avec les filles je ne sais pas – Philippe Lavil

Sous le soleil exactement – Anna Karina

Relax – Frankie goes to Hollywood

Jeune demoiselle – Diam’s

Parlez-vous français ? – Baccara

Méditerranéenne – Hervé Vilard

Brigitte Bardot – Dario Moreno

Comme un boomerang – Serge Gainsbourg

Je veux un enfant – Brigitte

J’veux un mec – Adrienne Pauly

L’amour à la plage – Niagara

Nouvelle Vague – Richard Anthony

Provocatrice – Domino Fair Tales

J’insiste – Cosmo Vitelli

Pensive – Funkatronic

Venise n’est pas en Italie – Serge Reggiani

No comment – Serge Gainsbourg

Un homme et une femme – Francis Lai

Un soir d’été – Enrico Macias

Basta – Louis Prima

Paris au mois d’août – Charles Aznavour

Copacabana – Barry Manilow

Emmanuelle – Pierre Bachelet

Manuela – Julio Iglesias

Je ne me souviens plus – Eric Vincent

Dingue – Emmanuelle Seigner

L’innocence – Nino Ferrer

C’est comme ça – Les Rita Mitsouko

Sparring Partner – Paolo Conte

Les filles du bord de mer – Salvatore Adamo

Voici les clés – Gérard Lenorman

Déshabillez-moi – Juliette Gréco

Muscles – Diana Ross

La drague – Guy Bedos/Sophie Daumier

Comme quand j’étais môme – Eddy Mitchell

Pull marine – Isabelle Adjani

Cette année-là – Claude François

Laisse tomber les filles – France Gall


Petits pièges : Le Banana Split de Lio/ Amour d’été de Johnny Hallyday/ Je suis repartie de Chlorine Free.

Simenon et Monsieur Bouvet

3
Georges Simenon L'enterrement de M. Bouvet

Georges Simenon L'enterrement de M. Bouvet

Ce dont je ne me lasse pas dans les romans de Simenon, homme que je trouve par ailleurs profondément antipathique, c’est une certaine qualité de solitude chez ses personnages, une solitude qui les conduit à vouloir être encore plus seuls, c’est-à-dire injoignables. Rien n’est plus actuel que ce désir là, aujourd’hui. Sortir des écrans radars, des réseaux, des statistiques pour pouvoir se retrouver enfin, se ressaisir loin des impératifs catégoriques de l’instantané, du présent perpétuel, de la confusion toujours plus grande entre espace privé et espace public. Les personnages de Simenon n’en sont pas là, évidemment, mais ils savent, intuitivement, que toute société, toute classe sociale, enferme. On pourra lire, par exemple, le trop méconnu Passage de la ligne. Le degré de cet enfermement, son caractère impitoyable est aujourd’hui renforcé par la technologie. Il est devenu impossible, comme me le confiait dans un salon du polar un ancien flic reconverti à l’écriture, d’entrer en cavale comme on pouvait le faire jusque dans les années 80.

Les personnages de Simenon n’en sont pas là, tant mieux pour eux. C’est ce qui nous inspire sans doute à la lecture de leurs évasions réussies, une certaine nostalgie. Qu’ils fuient un crime ou, plus intéressant encore, qu’ils ne fuient rien du tout sinon une angoisse diffuse, celle de L’Etranger de Camus ou du Feu Follet de Drieu qui sont leurs contemporains et leurs cousins, ils construisent, pour ce faire, une ou plusieurs identités  tout au long de leur vie, comme l’a fait ce monsieur Bouvet qui meurt de sa belle mort, par un matin d’été à Paris, sur les Quais : « Et alors quand tout fut en place, quand la perfection de ce matin là atteignit un degré presque effrayant, le vieux monsieur mourut, sans rien dire, sans une plainte, sans une contorsion, en regardant les images, en écoutant la voix de la marchande qui coulait toujours,  le pépiement des moineaux, les klaxons dispersés des taxis. »

On est encore au début des années soixante. Il n’y avait pas de caméras de surveillance, de réseaux sociaux. On pouvait falsifier des papiers, passer loin des fichiers qui n’étaient pas informatisés, payer sans carte de crédit les meublés de quartiers excentrés ou les billets de train pour Eymoutiers ou Dinard. La mort de monsieur Bouvet aurait donc pu passer inaperçue. Un jeune touriste américain, qui est là par hasard, prend cependant une photo et la vend à un journal à sensation pour se faire de l’argent de poche. Et cela suffit pour que beaucoup de gens, beaucoup trop, reconnaissent monsieur Bouvet, ce solitaire qui ne demandait rien qu’une solitude calme rue de Poissy, sous le regard affectueux de sa concierge et à deux pas des bouquinistes.

On apprend ainsi, pendant les quelques jours caniculaires de juillet où son corps repose dans son appartement puis à l’institut médico-légal, que le retraité aimable en costume blanc qui s’est éteint Quai de la Tournelle, avait eu plusieurs vies, plusieurs noms, auxquels il a toujours su échapper comme s’il refusait, passé un certain moment, d’être assigné à un rôle, à une case, à un destin tout écrit. Les anciennes épouses, les sœurs, les maîtresses qui l’ont toutes connu sous un nom différent tracent le portrait en creux d’un homme plutôt agréable, gentil mais curieusement insaisissable. Elles ne se montrent pas plus intéressées que ça, au bout du compte, par la fortune de Bouvet qui est découverte par hasard, une fortune dont il n’avait lui-même pas grand chose à faire, sinon comme assurance pour son invisibilité. Comme la police n’a pas non plus beaucoup d’intérêt pour cette affaire qui l’embarrasse plus qu’autre chose dans la torpeur de l’été, on autorisera assez vite l’enterrement de monsieur Bouvet qui ne s’appelait pas monsieur Bouvet.

Finalement, le roman consiste à faire l’inventaire des masques qu’il aura utilisés toute sa vie parce que l’homme selon Simenon, cet homme étrange né avec le XXe siècle, est habité par ce désir d’escapisme comme disent les psychologues, car il sent obscurément qu’il risque de perdre beaucoup plus en jouant le jeu qu’on veut lui faire jouer. Mourir seul, pour lui, est moins insupportable que vivre avec les autres qui sont l’enfer, comme on le sait depuis Sartre. C’est finalement ce que comprennent à la fin, à défaut de forcément l’accepter, les femmes qui assistent à l’enterrement de monsieur Bouvet : « Elles n’étaient là que quelques unes et il y en avait eu d’autres dans sa vie, y compris les petites négresses de l’Ouélé à qui il avait fait des enfants. Ils les avaient quittées les unes après les autres. Il était parti. Il avait passé sa vie à partir, et c’était maintenant son dernier départ, qui ne s’était pas organisé sans peine, qu’on avait failli lui faire rater. »

L’enterrement de M.Bouvet de Simenon (Presses de la Cité, vingt centimes d’euros, Pêle-mêle, Bruxelles)

*Photo : Wikimedia Commons

A Rome, des chiffres sans les lettres…

19

Il Messagero, principal quotidien de la Ville éternelle, s’en étrangle d’indignation : une commission du conseil municipal de Rome vient de prendre la décision de supprimer les chiffres romains dans les  documents officiels et sur les plaques indiquant les noms des voies et places de la ville. Ainsi, l’avenue Pio IX sera désormais « l’avenue Pio nono » la piazza Sixto IV « Piazza Sixto quarto », et le reste à l’avenant. Rois et papes se voient d’un trait de plume dépouillés de leur chiffre distinctif de majesté, utilisant la numération latine, jugée archaïque, semeuse de trouble dans les systèmes informatiques, et indéchiffrable par les générations d’analphabètes privés de latin par les pédagogues « modernes » au pouvoir.

Rome n’est plus dans Rome ! Pour Il Messagero, ce coup de force estival de la municipalité (de gauche) de la capitale de l’Italie ouvre la porte à l’expulsion planétaire des chiffres romains des rares lieux où ils étaient encore visibles par le peuple : le nom des rues, des siècles, des arrondissements… Si le centre lâche, il est à craindre que la périphérie parte en débandade ! Il se trouvera bien chez Mme Hidalgo un esprit fort, avide de notoriété et de combats glorieux au nom de l’égalité, pour dénoncer le caractère discriminatoire du mode de numération hérité de Jules César ! Les bourgeois du Ve (non du Cinquième !) fréquenteront bientôt le lycée Henri quatre ou pourquoi pas H4, SMS compatible et tenant compte de la sensibilité de l’islam de France, très attaché aux chiffres arabes. A Rome, il se murmure que  les ennemis des chiffres latins ont profité du pontificat du pape François, non concerné par la réforme, pour fomenter leur mauvais coup.

Fait à Rome le XXIV juillet MMXV.

Ligne claire et gros nez

5
exposition BD belge Paris

exposition BD belge Paris

Le Centre Wallonie-Bruxelles est un « Etat dans l’Etat », un morceau de Belgique perdu dans le quartier des Halles à Paris, un peu de plat pays face à l’esplanade du Centre Beaubourg. Voilà un endroit profondément étrange dédié entièrement à la célébration de la culture belge. On se doutera que ce lieu réserve une large place à la bande-dessinée, « Etat » dans l’état d’âme d’outre-Quiévrain. Dans un espace réduit, mis en valeur par une mise en scène sobre, le Centre Wallonie-Bruxelles présente jusqu’au mois d’octobre une centaine de planches des plus grands noms de la BD Belge issues des réserves du Musée des Beaux-Arts de Liège. L’histoire de ces œuvres – présentées pour la première fois hors de Belgique – est déjà assez rocambolesque : la collection a été réunie dans les années 70 avec pour objectif l’ouverture d’un musée de la BD dans la capitale internationale des gaufres, un projet qui tomba à l’eau malgré l’amicale contribution de nombreux dessinateurs (Franquin céda une planche pour l’équivalent de 400 euros… L’original d’un gag de Gaston s’arrache aujourd’hui à plus de 100 000). La collection, un temps oubliée, fut ballotée de réserves en réserves avant d’être confiée au Musée des Beaux-Arts de Liège, qui ne l’a exposée qu’à deux reprises. L’occasion de revoir ces planches – en hexagone derechef – ne se présentera certainement plus de sitôt : ces trésors retrouveront après octobre le silence effrayant des espaces infinis des réserves, afin que les générations futures puissent les redécouvrir avec bonheur. Il faut donc courir aller les voir !

Couvrant une période allant de l’après-guerre aux années 70, cette collection met en lumière deux grandes tendances traversant la BD Belge : la « ligne claire » représentée par des dessinateurs tels que Hergé (Tintin) ou Edgar P. Jacobs (Blake & Mortimer), que les petits lecteurs pouvaient retrouver dans les pages du Journal de Tintin ; et « l’école de Marcinelle » associée au Journal de Spirou, dans lequel étaient publiés les plus grands spécialistes des personnages à gros nez tels que Franquin (Gaston), Will (Tif & Tondu), Peyo (Les Schtroumpfs) ou encore Roba (Boule & Bill). La succession des planches encrées, avant toute colorisation, permet d’approcher au plus près le travail des artistes, d’apprécier la virtuosité graphique autant que la clarté des compositions, le foisonnement des détails autant que l’art de rendre immédiatement lisible une narration par l’image. Cette exposition est l’occasion de voir quelques chefs d’œuvres : une planche spectaculaire d’On a marché sur la lune pour laquelle Hergé fait le choix inhabituel de rompre avec le découpage régulier de la page en strips de tailles égales pour laisser une large place à une vue de la lune approchée par la célèbre fusée à damiers (rappelons que les Belges ont marché sur le satellite naturel de la Terre plus de 16 ans avant les yankees !) ; on découvre avec bonheur la planche schtroumpfement historique des aventures de Johan et Pirlouit de Peyo sur laquelle de petits lutins bleus – promis à un bel avenir – font leur première apparition assez timide ; on peut admirer aussi quelques planches admirables de Jacobs tirées de La marque jaune, dont celle où le personnage d’Olrik fait son entrée en scène ! Brrr… On n’oubliera évidemment pas de se pâmer au passage devant les œuvres de Macherot, Tilleux, Hausman, Comès ou encore Greg, l’attachant père d’Achille Talon.

Cette collection est finalement l’occasion d’explorer tout un imaginaire d’après-guerre très influencé par la culture populaire américaine, entre détectives ombrageux, grosses cylindrées (Ah le Michel Vaillant de Jean Graton…), et fascination pour l’ouest américain (depuis Comanche d’Herman jusqu’à la réjouissante parodie de western que fut Lucky Luke) Un univers devenu étrangement belgo-américain par l’alchimie du 9e art. Un imaginaire touchant et un peu évanescent – amenez vos enfants, ils vous demanderont certainement pourquoi les personnages n’ont pas de smartphones… Le parcours est complété par la projection d’un film dans lequel certains grands noms de la BD (Schuiten, Goossens, etc.) saluent la gloire de leurs illustres pionniers.

Un pèlerinage en terre belge vivement conseillé.

« L’âge d’or de la bande dessinée Belge » – Jusqu’au 4 octobre. Centre Wallonie-Bruxelles, 127-129 Rue Saint-Martin, 75004 Paris (Face au Centre Beaubourg).

Vincent Lambert: Qu’il repose en paix!

309
Vincent Lambert évêques

Vincent Lambert évêques

Dans son édition du 23 juillet, paru quelques heures avant que ne soit connue la décision des médecins du CHU de Reims, le quotidien catholique La Croix écrivait, sous la signature de sa rédactrice en chef Florence Courret : « Dans ce fracas de souffrances et de non-dits, il conviendrait désormais de ne pas ajouter de voix aux voix. D’un bord ou d’un autre. Ne rien exprimer publiquement qui soit de nature à désunir davantage une famille éprouvée, s’interdire de proclamer des convictions, aussi fortes et respectables soient-elles, qui seraient susceptibles de heurter celles des parties prenantes au conflit, à commencer par celles qui animaient Vincent Lambert lui-même. » Même si le commentaire visait « l’après » décision du corps médical attendue pour ce jeudi, on pouvait l’interpréter comme une forme de prise de distance, vis-à-vis du communiqué publié deux jours plus tôt par les évêques de Rhône-Alpes.

En demandant solennellement le maintien en vie de Vincent Lambert, ils entendaient, d’évidence, peser de tout leur poids sur le choix de l’équipe médicale. Ils écrivaient en ce sens : « Dans quelques jours, une décision médicale risque de provoquer délibérément la mort de Vincent Lambert. Il n’est pourtant pas en fin de vie et il ne fait l’objet d’aucun soin disproportionné. » Une manière de se positionner, sans la moindre hésitation et sans excès de nuance, face à une situation pourtant caractérisée par son extrême complexité.

Des positions épiscopales contradictoires. 

Le 12 juin dernier, une semaine après qu’ait été rendue publique la décision de la Cour européenne des Droits de l’homme, validant celle du Conseil d’Etat, Mgr D’Ornellas, responsable des question éthiques au sein de la Conférence des évêques de France, déclarait à La Croix : « Si Vincent Lambert, en prévision d’un éventuel état végétatif, avait clairement exprimé sa volonté de ne pas subir de traitements, en connaissant la distinction entre ceux qui luttent contre la maladie et ceux qui, comme l’hydratation et l’alimentation, correspondent à un besoin naturel, il aurait été juste de respecter cette liberté fondamentale. » Ce texte, dont chaque mot a été pesé, disait tout à la fois que, dans le cas de Vincent Lambert, l’alimentation et l’hydratation constituaient bien « un traitement », ce que contestent aujourd’hui ses frères dans l’épiscopat, et que si la volonté de Vincent Lambert était bien de ne pas subir de traitement, cette volonté s’imposait à tous. Argument que le communiqué préfère ignorer.

La déclaration des évêques de Rhône-Alpes soulève deux questions. La première relative au statut – et à la raison d’être – des commissions rattachées à la Conférence épiscopale. D’évidence, la position des évêques signataires est ici que les conclusions de ces commissions ou les prises de position de ceux qui, en leur nom, les président, sont sans doute utiles pour nourrir la réflexion, mais ne sauraient les engager. Chacun d’eux reste seul « maître à bord »  dans son diocèse, pour promouvoir la sainte doctrine. Ceci est parfaitement conforme à l’état actuel du Code de droit canonique[1. Une situation qui pourrait évoluer à l’avenir, le pape François ayant fait connaître à diverses reprises son intention d’expliciter «un statut des conférences épiscopales qui les conçoive comme sujet d’attributions concrètes, y compris une certaine autorité doctrinale authentique ». (La Joie de l’Evangile & 32)]. Mais cela provoque forcément un certain trouble lorsque des évêques, prétendant avec assurance fonder leur position « en vérité » et « en fidélité » à la parole de Dieu, en arrivent à des options aussi dissemblables voire contradictoires avec celles de leurs « experts », porteurs des mêmes exigences[2. Tout aussi troublant le titre, volontairement dramatisé, retenu pour ce communiqué : « Aujourd’hui le visage le plus fragile de notre société se prénomme Vincent ». Ce qui, pour le moins, mérite examen. L’affirmation rappelle celle, tout aussi contestable, longtemps à l’honneur dans les milieux d’Eglise, selon laquelle aucun homme au monde n’aurait jamais autant souffert que Jésus sur la croix.].

La mise en cause de l’autonomie médicale

La seconde question concerne l’autonomie du corps médical. Dans la même interview du 12 juin, Mgr D’Ornellas déclarait : « Ne connaissant pas le dossier médical, je fais confiance au chef de service et aux trois médecins qui, après un minutieux examen de Vincent Lambert, ont remis leur rapport au Conseil d’État. » Par contraste, les signataires se positionnent en défiance face au même corps médical, sans qu’on perçoive bien en quoi ils seraient mieux informés du contenu du dossier médical de Vincent Lambert, et aptes à se prononcer sur le fond.

C’est donc l’autonomie même de la communauté soignante qui semble ici contestée, dès lors qu’elle dérogerait à une certaine morale catholique auréolée d’universalité par le biais de la Loi naturelle. A-t-on mesuré les conséquences d’une telle attitude vis-à-vis du monde de la santé qui reste pourtant, à ce jour, le plus proche de l’éthique prônée par l’Eglise catholique et donc son alliée la plus sûre face à la menace de certaines dérives ? Comment les aumôneries d’hôpitaux pourront-elles, demain, accomplir leur mission, en toute confiance et sérénité, dans un univers médical publiquement suspecté et délégitimé ?

Qui peut parler au nom de Vincent Lambert ?

Le choix finalement retenu par les médecins du CHU de transférer Vincent Lambert dans un autre établissement, prêt à l’accueillir, soulève une ultime question : celle du respect de sa « volonté » et donc de sa liberté. L’hospitaliser ailleurs ne résout en rien le problème. Or il appartient aussi à la société – et pas seulement à sa famille – de veiller à ce que cette volonté soit respectée. En l’absence de certitude absolue[3. Pour Rachel Lambert, son mari Vincent n’aurait jamais voulu vivre ainsi. C’est aussi l’avis de son neveu et de plusieurs frères et sœurs. Mais aucun document écrit ne vient étayer cette affirmation.], cette décision – comme toute autre d’ailleurs ayant pu survenir – sera forcément interprétée comme le résultat d’un rapport de force, devenu enjeu idéologique, dont Vincent Lambert n’aura été, finalement, que l’otage impuissant[4. Au moment où cet article a été mis en ligne j’ignorais les « attendus » de la décision des médecins du CHU de Reims et notamment les menaces dont ils sont l’objet, depuis des mois, de la part de certains milieux catholiques intégristes. Ils renforcent la conviction exprimée dans mon article que ce « dépaysement » ne règle aucun problème de fond, sauf à laisser à une autre équipe médicale le soin d’une xième expertise.]. Rapport de force auquel les évêques de Rhône-Alpes ont choisi d’apporter leur concours.

Dans son éditorial du jour, déjà cité, Florence Courret suggère une attitude : « Opter pour la modestie ; accepter de ne pas avoir un avis tranché et finalement autoriser, dans cette posture de retrait, le retour à un calme relatif, à la paix qui n’aurait jamais dû quitter le lit de Vincent Lambert.» Il est à craindre qu’elle ne soit pas entendue.

*Photo : Wikimedia Commons.