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Eugénie chez Taddeï, FN à Sciences Po, La Mecque, etc.

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Eugénie grandie

Par Marc Cohen

À la rédac, on sait depuis longtemps que notre consœur Eugénie Bastié est bourrée de talent. Infatigable envoyée spéciale du Figaro (et aussi de Causeur !) sur le front des idées reçues, traqueuse de doxa, « démantibuleuse » d’impostures, elle prouve à chacun de ses papiers que tous les jeunes journalistes ne sont pas des petits soldats Playmobil (en plus, elle est rudement jolie, ce qui ne gâche rien, quoiqu’un chouia hors sujet).

Comme la miss est aussi punchy à l’oral qu’à l’écrit, Frédéric Taddeï a eu l’idée de l’inviter sur le plateau de Ce soir ou jamais. Excellente initiative, mais qui n’a pas eu l’heur de plaire au plus éminent téléspectateur de la France de gauche, vous aurez reconnu Daniel Schneidermann.

Sur son site Arrêt sur images, Schneidermann fulmine : comment CSOJ ose-t-il mettre en avant cette jeune réac « détendue » qui affirme sans même s’excuser que « le vieux monde est de retour » ? Certes, je n’ai jamais eu le bonheur d’être dans la tête de Daniel, mais j’en déduis que, pour lui, une réac c’est forcément une épicière obèse à doberman, ou bien une bigote hystérique, ménopausée depuis l’instauration du nouveau franc, ou à la rigueur une avocate d’affaires avide de profits mal acquis.

Comme Eugénie n’est rien de tout ça, Daniel perd un peu les nerfs – comme il les reperdra d’ailleurs quelques jours plus tard, sur le site de ses copains d’Acrimed, en faisant part de son refus de débattre avec Élisabeth Lévy pour cause d’« inaptitude physique ».

Mais revenons à Eugénie. Dans sa chronique, Schneidermann fait feu de tout bois pour essayer de lui confectionner un costume de sorcière. Et vas-y qu’elle a manqué de respect à Attali. Et qu’elle ose prôner « l’enracinement » (le déracinement c’est trop fun, tout le monde sait ça !). Et puis elle prend la défense des « Européens taraudés par le “complexe des Indiens d’Amérique” ». Certes, la réac détendue veut que le France accueille les migrants « qui souffrent le plus », mais c’est sans doute pour mieux empêcher le reste du monde de venir s’installer chez nous. Autant de propos scandaleux qui signent pour Daniel « l’hégémonie de la droite extrême sur les plateaux mainstream ».

Voilà la preuve insigne de l’excellence d’Eugénie Bastié.[access capability= »lire_inedits »] Elle révulse Daniel Schneidermann. Et dans l’art de la guerre, c’est un sacré atout, comme l’avait compris le fin stratège Mao dès 1939, quelques années avant de devenir le tyran sanguinaire qu’on sait : « Être attaqué par l’ennemi est une bonne chose (…). Et si celui-ci nous attaque avec violence, nous peignant sous les couleurs les plus sombres et dénigrant tout ce que nous faisons, c’est encore mieux, car cela prouve que nous avons remporté des succès remarquables. » Bingo !

Satan entre à Sciences Po

Par Pierre Jova

« Moi vivant, le Front national ne sera jamais représenté à Sciences Po », aurait juré feu son directeur, Richard Descoings, décédé en 2012. La prophétie s’est accomplie : Richie est mort et des étudiants de l’IEP Paris ont annoncé la création d’une antenne du FN dans la maison. Au-delà de l’émotion médiatique suscitée par ce nouveau-né, à quoi ressemble le FN « Sciences Po » ? On retrouve à sa tête David Masson-Weyl, un pur produit de l’écurie Philippot – lequel suit  de très près les activités des frontistes de l’amphi Boutmy.

Autour de Masson-Weyl, on est frappé par la forte présence d’anciens militants de gauche. Tous affirment n’avoir rien trahi, ils ont simplement rejoint le parti sur la base du souverainisme et de l’antilibéralisme. Ainsi Antoine Chudzik, étudiant en master et fils d’ouvriers. Ex-membre du Parti socialiste, ce descendant d’immigrés polonais de Montceau-les-Mines explique être avant tout « fier de l’histoire de France et de la IIIe République ». Il raconte avoir eu un « coup de cœur » pour Ségolène Royal en 2006 : « Elle montrait qu’on pouvait être de gauche et patriote. » Il milite pour elle jusqu’aux primaires de 2011, et vote François Hollande à la présidentielle, « contre l’austérité en Europe ». Il est rapidement déçu : « Le lâchage de Montebourg a été un déclic. Il est évident aujourd’hui que François Hollande adhère complètement au libéralisme européen dominant. » Lecteur d’Alain Finkielkraut, il estime que la vision du philosophe « devrait être celle de toute de la gauche républicaine ». Antoine condamne en bloc le communautarisme, « y compris celui des catholiques », et affirme que « SOS Racisme a pris le pouvoir au PS ». C’est cela qui le fait basculer au FN, et non chez Mélenchon : « Le Front de gauche est un parti de profs et de fils de profs, qui loue l’immigration sans penser aux petites gens. »

Le Front de gauche, c’est de là que vient Davy Rodriguez, étudiant en master droit-éco, qui a été un membre actif de la section du Parti de gauche à Sciences Po. Natif de Saint-Ouen-l’Aumône, près de Cergy, ses parents sont des immigrés espagnol et portugais. Il reproche à son ancien mouvement de ne pas aller au bout de sa logique : « Si Mélenchon était cohérent, il tiendrait le même discours que Georges Marchais sur l’immigration, à savoir que la libre circulation des capitaux va de pair avec la libre circulation des personnes. » Davy a perdu l’amitié de nombre de ses anciens camarades, mais il est persuadé d’être resté fidèle à son idéal originel : « Contre l’Europe libérale marchande, pour la République et la souveraineté nationale. »

Dans une école « gauche cachemire », les étudiants frontistes parviendront-ils à s’exprimer ? À y regarder de près, le FN Sciences Po ne manque pas de qualités pour se faire accepter : ses membres sont laïcards, voire, de leur propre aveu, bouffeurs de curés, et favorables au mariage gay. Toutes choses très bien portées rue Saint-Guillaume. De là à ce que leurs rivaux démocrates de tous bords acceptent qu’un parti qui représente un Français sur quatre puisse s’exprimer librement…

Septembre noir à La Mecque

Par Daoud Boughezala

2015 restera comme un annus horribilis à La Mecque : plus de 700 pèlerins sont morts le 24 septembre dans une bousculade durant la lapidation de Mina, rituel au cours duquel le musulman accable de pierres un mur figurant Satan. Mise en cause par ses rivaux iraniens et turcs, l’Arabie Saoudite a nié tout défaut d’organisation, malgré la récurrence de ce genre de tragédies. Une quinzaine de jours plus tôt, l’écroulement d’une grue sur la Grande Mosquée de La Mecque avait ainsi tué 111 fidèles. Sitôt l’accident survenu, le roi Salman a décidé de priver de contrats publics l’entreprise propriétaire de la grue. Jusqu’au 11 septembre 2015, la holding Ben Laden Group était pourtant au-dessus de tout soupçon…

Selfie folies

Par Pascal Bories

Aux États-Unis plus encore qu’en France, prendre des photos d’enfants nus peut vous coûter bonbon. On connaissait l’histoire d’Eva Ionesco, shootée par sa mère en tenue d’Ève – ou de prostituée – dès l’âge de 4 ans. Des années plus tard, elle avait fini par déposer plainte contre sa génitrice et dénoncer une exploitation traumatisante.

À l’heure où tout le monde se promène avec un appareil photo connecté dans la poche, la judiciarisation de ces choses-là va beaucoup plus vite. Et nettement plus loin. En février dernier, un jeune Américain de Caroline du Nord, Cormega Copening, était poursuivi pour avoir pris et conservé dans son smartphone des photos d’un mineur nu comme un ver. Le nom de ce gamin de 16 ans qui s’était laissé abuser en posant pour le dangereux pervers ? Cormega Copening, c’est-à-dire lui-même. Quarterback de l’équipe de football de son lycée, aujourd’hui âgé de 17 ans (!), il échangeait alors des selfies suggestifs avec sa petite amie, la charmante Brianna Denson.

Les juges ont eu beau se rincer l’œil au passage, la justice demeure aveugle : la loi fédérale sur la pédopornographie juge comme un adulte quiconque prend en photo un mineur à poil, point barre. Pour ne pas être fiché à vie comme un délinquant sexuel, Cormega a donc été contraint de plaider coupable. Déjà suspendu de son équipe de foot et ridiculisé dans tous les médias, il fera l’objet d’une enquête approfondie pendant un an.

Compte tenu de l’empressement français à copier-coller tout ce que les États-Unis inventent de pire, gageons que nous ne sommes pas à l’abri d’un tel délire judiciaire. Sans même attendre TAFTA, expurgez fissa vos ordinateurs de toutes les photos pouvant prêter à controverse. Y compris celles où, âgé d’à peine une semaine, vous gazouillez à poil sur un coussin de velours…

Amendements amers

Par François-Xavier Ajavon

L’Italie est un pays en forme de botte, peuplé essentiellement de cinéastes néoréalistes, de gangsters à chapeau et de femmes fatales du genre Sophia Loren. L’Italie a fait le choix de ressembler à une botte, afin qu’on ne la confonde pas avec un tabouret, un démonte-pneu ou un accordéon chromatique.

Depuis que Silvio Berlusconi a pris sa retraite, le pays s’ennuie, on délaisse les gondoles à Venise, on ne se retourne plus au passage d’une Lamborghini Aventador, le moral des mangeurs de pâtes est plus bas que le niveau de la mer Tyrrhénienne. À cela s’ajoutent l’afflux massif de migrants, le mauvais climat des affaires et le non-remplacement de Leonardo da Vinci dans l’imaginaire collectif national.

Dans ce contexte déjà douloureux, on apprend que le parti souverainiste la Ligue du Nord a déposé pas moins de 82 millions d’amendements à un projet de réforme constitutionnelle actuellement débattu au Sénat. On souligne : 82 millions. Cette réforme, portée par le chef du gouvernement de centre gauche Matteo Renzi, prévoit notamment une réduction sévère des prérogatives du Sénat qui, si ma mémoire est bonne, est pourtant une invention locale.

Roberto Calderoli assume sans chipoter cette obstruction : « J’ai déposé aujourd’hui 82 730 460 amendements à la réforme constitutionnelle en cours d’examen au Sénat : tous les moyens sont permis, y compris celui-là, pour sauver la démocratie. » Ce chiffre record a été atteint grâce à un traitement informatique d’un même amendement, dupliqué en masse avec d’infimes modifications de mots, de ponctuation, etc. « Je suis pratiquement sûr d’avoir battu tous les records », a ajouté l’élu, même s’il est probable que cette salve sera prochainement rejetée en bloc par le président du Sénat, comme c’est son droit.

Cette opération de la Ligue du Nord devrait engloutir plus de 400 tonnes de papier. Pauvres arbres… Les droits du peuple contre ceux des peupliers ?[/access]

Être maire de Sarcelles, c’est pas si facile

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Dans les années 60, des exilés du monde entier et des français de France se sont trouvés réunis par l’Histoire à quelques kilomètres de la capitale, au milieu de nulle part , dans la boue, le vent glacial, le béton et l’inconnu. Pendant deux décennies, confiants dans les possibilités d’ avenir que leur offrait la France, sans arrogance ni peur du voisin, ils ont mis en commun leurs identités multiples avec le respect et la simplicité de l’échange. Autrement dit, ils ont inventé une identité nouvelle, ils sont devenus Sarcellois.

Sur des bases républicaines et laïques, ces bâtisseurs avaient construit un modèle unique de mixité sociale et ethnique et défié leurs détracteurs qui, par médias interposés se moquaient de l’inhumanité des cages à poules et du béton, certains allant jusqu’à inventer une épidémie locale, la sarcellite.

Des gens venus des quatre coins du monde, de Tunis, de Pondichéry , d’Izmir, des juifs, des bouddhistes, des musulmans, des chrétiens, et des Français de France cohabitaient dans le même hlm dans la paix et la joie. Leurs enfants fréquentaient les mêmes écoles et partageaient les mêmes préoccupations, que leurs parents soient pilotes de ligne chez Air France, maçons italiens, secrétaires picardes, bouchers égyptiens, ou profs rapatriés d’Algérie. La religion et les traditions de chacun ne dépassaient pas le seuil des maisons et ne se portaient pas en bandoulière, même si les échanges circulaient sous forme de nourritures ou de récits partagés.

À partir des années 80, tout change. Les équipements urbains se détériorent, le bâti se dégrade faute d ‘entretien, le prix des loyers devient trop cher. On assiste à l’arrivée massive de familles nombreuses d’Afrique de l’Ouest. C’est à ces familles sans autres ressources que les aides de l’État, que l’on reloue ces appartements sans les refaire à neuf.
La physionomie de Sarcelles change radicalement. Les rues, le marché et les centres commerciaux, ressemblent plus à Bamako qu’à une ville de France.
La classe moyenne quitte la ville, mettant un terme au mythe de Sarcelles, à sa mixité sociale et à sa mixité ethnique, puisque les Français de France – de moins en moins nombreux dans la ville – forment aussi un groupe ethnique.

Sarcelles ne cessera dès lors de recueillir les immigrés les plus indigents, devenant la quatrième ville la plus pauvre de France. C’en est fini du Grand ensemble modèle. La ville est devenue un puzzle bancal où manquent les pièces maîtresses qui en firent autrefois un ensemble solide.

Les 90 communautés de Sarcelles, majoritairement musulmanes, vivent en vase clos. Les Juifs sont partis pour une grande part d’entre eux ; ceux qui restent, pour la plupart devenus orthodoxes, se regroupent dans une partie de la ville.
Les Chaldéens sont arrivés en masse. Ils ont construit la pus grande église chaldéenne de France et participent grandement à l’économie de la ville avec leurs nombreux commerces.

Certains d’entre eux, comme le tenancier du bar-tabac central, furent victimes de saccages le 20 juillet 2014, lorsqu’une manifestation pro-Gaza interdite tourna à l’émeute violente. Ce jour-là, on cria « Morts aux Juifs « dans les rues de Sarcelles !

Comment en est-on arrivé là ? C’est ce que tente de comprendre le documentaire Sarcellopolis.

Le début du film est touchant , comme un Je me souviens de Perec, grâce aux archives Ina et aux témoignages de quelques pionniers. Les images en noir et blanc et le langage châtié du siècle dernier ont toujours un charme désuet.

Puis on découvre les témoins choisis par le réalisateur. L’un retrace son installation heureuse dans les premiers temps de Sarcelles, l’autre dit avoir réussi dans la vie et évité la délinquance grâce à la Maison des Jeunes d’antan… C’est bien, quoique trop long et un peu ennuyeux. On est pressés d’entrer dans le vif du sujet : Sarcelles aujourd’hui.
C’est une jeune fille chaldéenne qui nous éclaire. Sa communauté lui paraît fondamentale pour se sentir soutenue et en sécurité. Regrettant que la France ait perdu ses valeurs, elle se sent aussi chaldéenne que française et refuse qu’une identité prédomine sur l’autre. Moderne et respectueuse de ses traditions, elle ne se distingue guère de la jeune génération des années 60 qui a construit Sarcelles, sinon par l’emploi du mot «communauté». Beaucoup de ces familles chaldéennes ont choisi de vivre dans le Vieux Sarcelles, habitant des pavillons avec jardins, loin du bruit et de la promiscuité des grands ensembles. Ils ont brûlé leurs vaisseaux en quittant leurs pays, sont ancrés ici, et la France est désormais leur pays.

Parmi cette mosaïque de communautés, certains accusent le maire François Pupponi de favoriser la communauté juive. Devant une maquette de la ville, l’édile explique sans langue de bois : « Là, ce sont les gens qui paient des impôts à la ville, beaucoup d’impôts » ! Puis sa main glisse vers l’autre moitié de la maquette. « Et là, il y a tous ceux qui ne paient pas d’impôts, 100 % de loyers sociaux, principalement des familles de l’Afrique de l’Ouest. Alors moi, je prends l’argent de ceux-ci pour donner à ceux-là ! C’est plutôt eux qui auraient de quoi râler non, vous ne croyez pas ? La seule chose que je leur donne c’est la possibilité de vivre leur judaïsme en toute sécurité. » Rappelons que si les écoles de Sarcelles sont les plus neuves du pays, il n’y a pratiquement plus d’élèves juifs pour en bénéficier.

On est donc surpris d’entendre le proviseur du lycée public Jean-Jacques Rousseau déplorer devant la caméra : «L’école est le lieu du vivre-ensemble, les élèves juifs ont fui les écoles publiques… enfin je ne sais pas si le mot fui est le bon ». Non, ce n’est pas le bon mot et il est regrettable qu’aucun témoin ne précise que les juifs ont été chassés des écoles publiques par un antisémitisme virulent, des intimidations permanentes, voire parfois des coups et du racket.

On comprend mieux les choix du réalisateur à l’apparition d’Arié Alimi. Il est juif, a suivi sa scolarité à Sarcelles à l’école juive Torat Emet. Il parle devant le mur d’enceinte de cette école protégée par des militaires depuis les attentats. L’image rappelant immédiatement le Mur de séparation de Jérusalem, la mise en scène se révèle. Pour le dire crûment, Monsieur Alimi est le « bon » juif du documentaire. Il dénonce cette école de l’enfermement, en parlant par une fente à des élèves comme à des détenus. Arié déplore la non-mixité de cet établissement confessionnel et regrette que les jeunes gens de l’extérieur y soient perçus comme des gens à craindre. Du bout des lèvres, il reconnaît certes que des jeunes juifs ont été dernièrement pris pour cibles, mais que « c’est compliqué de conjuguer cette nécessité de sécurité et cette expression de singularité qui entraîne les plus grands dangers ». Puisqu’il prétend que la peur est réciproque, pourquoi ne donne-t-il pas un exemple de juif terrorisant un musulman à Sarcelles ?

Mais tout s’éclaire lorsque M. Alimi revêt sa robe d’avocat. Il est l’ami et le conseil de Nabil Koskossi, opposant acharné du maire Pupponi et organisateur de la manifestation du 20 juillet 2014. À l’époque, Pupponi l’avait attaqué en justice, avant que le Parquet ne classe l’affaire. Mais le maire ne lâche pas et s’est constitué partie civile. Alimi affirme partager les mêmes valeurs que Koskossi. Il est fier de le défendre, a fortiori en tant que juif. Mais la manif du 20 juillet ? Les cris de « mort aux juifs » ? On passe.
Il faut regarder d’autres reportages pour se rendre compte de ce qui s’est passé. Dans l’un d’eux, Francois Pupponi détaille la façon dont les émeutiers ont épargné toutes les boutiques appartenant à des musulmans pour ne s’attaquer qu’à celles des juifs et des chrétiens.

Mais dans Sarcellopolis, c’est Nabil Koskossi qui a droit de réponse. « Au nom de quoi n’aurions-nous pas le droit de manifester pour Gaza à Sarcelles ? À cause de la communauté juive ? Nous sommes en république! Je ne suis pas responsable des émeutes. » Peut-être. Mais jeter de l’huile sur le feu dans une ville où une grande partie des jeunes musulmans considèrent les juifs comme des nantis tout-puissants et privilégiés ne démontre pas une volonté pacificatrice. Et ce monsieur de se contredre quand il revendique l’identité française des jeunes musulmans qu’on discrimine : « Ce qui se passe en Syrie ou en Irak, c’est pas leur problème. Ils n’ont rien à voir avec tout ça ils ont nés en France ! » C’est juste. Mais alors, pourquoi la Palestine les excite-t-elle à ce point ?
Une nouvelle fois, au lieu de proposer un point de vue différent, le réalisateur fait parler une dame musulmane qui en remet une couche sur la ville et ses protégés. La mairie ne nettoierait que certains quartiers (suivez son regard…) et laisseraient les leurs crasseux, tandis que de nombreuses crèches communautaires refuseraient leurs enfants, etc.

La fin du film montre une jeune fille de 18 ans , élève du lycée Rousseau, métisse d’ascendance mauritanienne et bretonne. Elle est brillante et bien élevée, aspire à devenir médecin, et cerise sur le gâteau, elle est très belle. « Tout va bien à Sarcelles, il n’y a aucun problème entre les jeunes. D’ailleurs mon meilleur ami est juif. » Un rêve ! Ou juste un bon élément de casting ?

Dans son bureau, je questionne Francois Pupponi sur les reproches que lui adressent ses détracteurs.
Il répond point par point. «Mon soi-disant communautarisme ? J’en ai marre de ces débats d’intellos sur ce qui est bien ou pas! J’imagine qu’ils m’ont encore attaqué dans ce documentaire ! Je fais ce que je peux avec ce qu’il y a ! » « Le cinéma fermé depuis des lustres ? Il rouvrira quand la commission aura donné son accord, à la fin du mois. ». Passons à un autre sujet : « Le manque de culture ? Il y a chaque jour une manifestation culturelle et sportive où les jeunes juifs chrétiens, musulmans, laïques se rencontrent, au Conservatoire, au stade ou ailleurs ! Et on ne se demande pas comment je trouve l’argent à chaque fois! «
Un coup de fil nous interrompt. Sa colère monte, il vient d’apprendre qu’un débat organisé au lycée Rousseau et suivra le documentaire de France 3. « Quoi ? Un débat où l’on n’invite pas le maire, mais l’avocat de mon détracteur ? Je vais organiser quelque chose moi aussi parce que j’en ai marre que des journalistes viennent à Sarcelles et racontent n’importe quoi ! Ils n’y connaissent rien ! »
En effet, le débat se déroule au CDI du lycée transformé en studio télé. À coté de la belle mauritanienne-bretonne, l’avocat Alimi et le proviseur du lycée palabrent. Autour d’eux, quelques élèves du lycée et enseignants forment le public, tous polis et mignons. Ambiance bisounours.

Sebastien Daycart Heid et son équipe n’ont invité aucun élève extérieur, issu d’établissements religieux privés comme le Saint Rosaire ou les écoles juives. Sans doute pour que le débat soit aussi lisse que le film, qui ne véhiculent l’un et l’autre qu’une image partielle et contestable de Sarcelles.
Pourtant, ce jeune réalisateur semble bienveillant. Sans doute s’est-il laissé conseillé et influencé par les journaux remerciés au générique : Mediapart et Libération.

En face, François Pupponi est tout sauf un idéologue. L’ancien adhérent du CERES de Jean-Pierre Chevènement est devenu pragmatique au fil des années.
Entre laïcité, communautarisme ou troisième voie, il fait avant tout ce qu’il peut. Décidément, être maire de Sarcelles, c’est pas si facile.

Sarcellopolis, un documentaire de Sebastien Daycard Heid, sera diffusé sur France 3 le 17 octobre.

FN : Jean-Marie rallie Marion… contre Marine?

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(Avec AFP) – Jean-Marie Le Pen a aujourd’hui appelé ses partisans à « se rallier » à la candidature de sa petite-fille Marion Maréchal-Le Pen pour les élections régionales en Provence-Alpes-Côte-d’Azur. Le tout dans une déclaration on ne peut clair, sans ironie ni « dérapage » d’aucune sorte : « L’élection régionale de décembre peut et doit donner le signal d’alerte en donnant la majorité à la liste de Marion Maréchal-Le Pen, qui saura réunir derrière elle tous les patriotes et en particulier mes courageux amis, auxquels je demande de se rallier dans l’intérêt supérieur de la région Paca et de la France. »

Le grand-père et sa petite-fille sont partis déjeuner aux côtés de dissidents du Front national que le premier aimerait voir intégrer les listes de la seconde. C’est une première victoire pour Marion Le Pen et sa stratégie d’union des droites méridionales, des Gollnischiens aux Identitaires en passant par certains transfuges de l’UMP comme le président des Jeunes actifs. Faisant du neuf avec du vieux, la déjà chevronnée Marion recycle la stratégie du Club de l’Horloge créé dans les années 1980 afin de fédérer toutes les droites, de l’UDF au FN. Jusqu’ici, seul le maire d’Orange et dirigeant de la Ligue du sud Jacques Bompard résiste à l’irrésistible attraction de la benjamine des élus Le Pen. Bref, on est moins chez les Atrides que dans une famille très politique, façon Bonaparte.

Mais revenons à la tambouille politicienne. Face au ni-droite ni-gauche de Florian Philippot (et accessoirement Marine Le Pen), que leurs détracteurs qualifient de ni-droite ni-droite, le projet d’une grande union des « patriotes » s’affirme comme le cadeau empoisonné de Jean-Marie Le Pen au parti qu’il a fondé. Si Marion Le Pen venait, sinon à remporter la région, du moins à réaliser une grosse performance électorale, tandis que sa tante et son meilleur ennemi Philippot stagnaient dans le Nord et le Nord-Est, les cartes seraient en effet rebattues au sein du FN. Vers la droite.

Inversement, un triomphe de Christian Estrosi en décembre, qui signifierait la déroute de la jeune Marion, s’il s’accompagnait d’un plébiscite nordiste en faveur de Marine Le Pen, validerait la stratégie Philippot, qui en agace beaucoup. Rien n’est encore joué, les deux stratégies ne manquant pas d’arguments, l’aile libérale-identitaire et souvaireno-étatiste du FN n’ont donc pas fini de batailler…

Saint-Denis frappé à la tête

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saint denis laicite mayol

Le 12 février dernier, Olivier Galzi invitait Jean-Pierre Ravier sur le plateau d’iTélé pour parler des graves dysfonctionnments de l’université de Paris-XIII, et particulièrement celui de son IUT, confisqué pendant des années par une « association » intégriste. Le journaliste en avait profité pour interviewer Samuel Mayol, directeur dudit IUT, agressé, insulté, menacé de mort pour avoir voulu faire respecter la loi dans cet IUT. J’ai évoqué cette histoire dans Liberté Egalité Laïcité — dans les bacs des libraires depuis un mois.
Plus loin dans le même livre, je racontais que fin mai, l’auditoire d’une conférence sur la laïcité, organisée à l’Assemblée Nationale par le Comité Laïcité République, avait fait une ovation debout à Samuel Mayol après son intervention — colloque dont les actes sont disponibles ici, et l’intervention de Samuel Mayol.
Or, Samuel Mayol vient à nouveau d’être agressé — 6 jours d’arrêt quand même — pendant qu’il promenait son chien — et à ce qu’en dit Le Parisien, heureusement que le chien était là. Que n’a-t-il arraché les génitoires de l’agresseur !
Najat Vallaud-Belkacem et le Secrétaire d’Etat chargé des universités, Thierry Mandon (qui ça ?) se sont fendus d’un communiqué où ils « tiennent à apporter tout leur soutien au directeur ainsi qu’à ses proches dans cette nouvelle épreuve » et « souhaitent que le coupable de cette agression puisse être identifié dans les plus brefs délais afin que cessent ces agissements répétés. » On n’est pas plus chaleureux.

« Le » coupable ! L’individu — un loup solitaire, probablement — coupable de l’agression ! Et les autres ?
Je me contenterai de recopier la formule de Colomba, dans la nouvelle de Mérimée : « Il me faut la main qui a tiré, l’œil qui a visé, le cœur qui a pensé… »
Parce que « le » coupable, messieurs les Importants de la Rue de Grenelle et de la rue Descartes réunies, c’est l’islamisme, que vous laissez prospérer dans les facs en persistant à autoriser toutes les marques du fanatisme religieux ! C’est le fondamentalisme, que vous laissez se répandre, comme une tache d’encre ou une tache de sang, selon les jours, dans des banlieues (et, à Marseille, en plein centre ville) où quelques poignées de barbus et de militantes voilées terrorisent des milliers de Musulmans ! On protège Houellebecq — pourquoi pas ? Que ne protège-t-on efficacement les universitaires qui se dressent contre l’hydre !

Et ce n’est pas en pondant des « communiqués » que ça changera. Il faut réécrire la loi de 1905, et compléter celle de 2004. Il faut traquer la bête immonde, comme disait Brecht. Traquer non seulement ceux qui attaquent, mais tous leurs complices, tout ce « camp du Bien » qui gémit sur l’innocence persécutée et accuse d’islamophobie tous ceux qui ont des yeux et des oreilles — Samuel Mayol était au téléphone quand il a été agressé, et l’ami à qui il téléphonait a entendu toute la scène. Au moins, on ne l’accusera pas de s’être volontairement cogné la tête contre les murs.

Liberté - Egalité - Laïcité

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*Photo : wikipedia.

CSA-Morano, même combat!

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csa nadine morano race blanche

Les Blancs, ça n’existe pas, mais il y en a trop partout – à l’Assemblée, dans l’entreprise et, bien entendu, à la télé. Cet heureux oxymore qui constitue le cœur du credo antiraciste vient d’être illustré spectaculairement par le CSA. Quelques jours après que toute la France convenable s’était étranglée de rage parce que Nadine Morano avait parlé de « race blanche », le « gendarme de l’audiovisuel » – qui ne traque rien d’autre que de supposés dérapages langagiers – tance la télévision française, coupable de ne montrer que 14 % de « personnes perçues comme non blanches » – non, je n’invente rien, c’est la terminologie employée par nos supposés sages. Et en prime de ne pas montrer sous un assez bon jour les perçus-comme-non-blancs, plutôt délinquants que médecins, plus souvent seconds rôles que héros.

La madame Diversité du CSA, Mémona Hintermann, a donc fait la tournée des popotes médiatiques pour déplorer que les télés aient « peur de montrer des Noirs et des Arabes » – elle doit être très colère, Mémona, pour oublier de faire usage des périphrases stupides dictées par les bonnes manières progressistes. Quant à madame Ernotte, la nouvelle patronne de France Télévisions, elle annonçait le Grand soir multiculturel il y a un mois : « On a une télévision d’hommes blancs de plus de 50 ans, et ça, il va falloir que cela change. » Mais pour l’instant, il semble qu’elle ait exclusivement recruté des mâles blancs. Il est vrai qu’ils sont jeunes et de gauche, ce qui efface un peu la pâleur de leur teint.

Je ne sais pas si on résoudra la crise de l’intégration en obligeant la télévision à faire la propagande du monde métissé où se dissoudront demain nos vieilles identités. Quoi qu’il en soit, on ne se demandera pas ici s’il est vrai qu’il n’y a pas assez de ceux-ci et trop de ceux-là sur nos écrans. Et pas non plus si Nadine Morano a commis une erreur, une faute ou un crime impardonnable en parlant de « race blanche ».

Le plus intéressant, en l’occurrence, c’est la contradiction évidente qu’il y a à dénoncer Morano tout en applaudissant le CSA. Je vois venir les puristes : la « race blanche », ça n’existe pas, c’est la science qui le dit. En effet, et Morano aurait dû parler de groupes ethniques ou d’origines. On pourrait se féliciter que tant de Français soient si sensibles à la précision de la langue. Sauf que le tombereau d’injures qui s’est déversé sur la Madame Sans-gêne de la droite n’avait pas grand-chose à voir avec ses approximations scientifiques. Ce qu’on lui a reproché, c’est de voir des différences que tout le monde voit (par exemple entre une personne perçue comme blanche et une autre perçue comme pas blanche) mais sans s’en émerveiller bruyamment, ce qui rappelle les heures les plus sombres de notre histoire. En clair, on ne peut voir la diversité ethnique que pour l’exalter. Dans ces conditions,  le CSA a le droit et même le devoir de compter les Blancs et les Noirs. Vous êtes perdus ? En réalité, c’est très simple : les différences n’existent pas mais elles sont le sel de la terre. En conséquence, on a le droit de distinguer les Blancs des autres mais pour claironner que les uns sont trop nombreux et les autres pas assez. Ainsi, personne n’aurait embêté madame Morano si elle avait dit, par exemple, que la France devait cesser d’être un pays de race blanche.

Du reste, il est très tendance de compter les Blancs pour s’endormir : ainsi a-t-on appris ces jours-ci par un édifiant article du Monde que les théâtres français étaient eux aussi « trop blancs ». Curieusement, on n’imagine pas un de nos innombrables « sages » se plaindre de l’hégémonie « non-blanche » dans le rap ou le R&B.

Que ces questions d’origine, de couleur de peau et d’ethnies soient plus que délicates et qu’elles demandent donc de la délicatesse, nul n’en disconviendra. Tout le monde sait bien qu’à l’œil, la population de Paris et celle de Dakar ne se ressemblent pas, mais on évite de trop en parler et on a raison. Seulement, ce qui se joue là et dans de multiples autres occasions a plus à voir avec la dinguerie qu’avec la délicatesse. Si on trouve légitime de compter les Noirs et les Arabes à la télé pour conclure qu’il n’y en pas assez, il ne faut pas s’offusquer quand certains les comptent dans le métro pour décréter qu’il y en a trop. À moins bien sûr de considérer qu’il y a un racisme détestable qui s’en prendrait aux Noirs, Arabes et assimilés et un autre, acceptable, qui viserait les Blancs. Mais quelle personne sensée penserait une telle stupidité ?

*Image : wikicommons.

France/Arabie: un partenariat «exceptionnel»?

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arabie saoudite manuel valls

«C’est évidemment exceptionnel» s’est réjoui Manuel Valls. Les visites des plus hautes autorités de l’État en Arabie Saoudite se suivent et se ressemblent. Les communiqués triomphants annoncent des milliards d’euros de contrats. Promesses d’embauches pour les salariés de France, on additionne pêle-mêle des chiffres de signature en bonne et due forme avec des négociations exclusives, des lettres d’intentions, des appels d’offres ou de simple promesses déjà annoncées lors de précédentes visites. Agences de presse et médias reprennent en chœur le montant « évidemment exceptionnel » du service de presse gouvernemental. La mise en scène concoctée par les communicants terminée tout le monde peut remonter dans l’avion pour Paris avec le sentiment du devoir accompli.

La dernière tournée moyen-orientale de Manuel Valls au Caire, à Amman et surtout à Ryad n’a pas dérogé à la règle. Si les Égyptiens, qui soutiennent l’aide russe à Bachar Al-Assad, ont signé effectivement (et rapidement) des contrats fermes (Rafales et FREMM puis deux BPC), il en est autrement de nos alliés saoudiens. Comme le relève Anne Rovan envoyée spéciale pour Le Figaro , « l’Arabie Saoudite s’était engagée en mai 2015 à signer sur plusieurs années l’équivalent de 50 milliards d’euros de contrats et accords avec la France.(…) En réalité, il n’y a pas de nouveau contrat commercial ferme. Si ce n’est ces 30 patrouilleurs rapides, déjà en discussion, pour un montant total d’environ 600 millions d’euros, que le Royaume commandera d’ici à la fin de l’année. Les éleveurs français ne seront pas mécontents non plus d’apprendre la levée de l’embargo sur la viande bovine française. En revanche, pas de vente d’hélicoptères Airbus, pourtant donnée comme acquise».  Bref, hormis la fin de l’embargo sur la viande bovine (qui datait de la crise la vache folle) rien de nouveau sous le soleil.

Alors que des esprits chagrins doutaient en conférence de presse du sérieux des annonces du Premier ministre, Manuel Valls fit une tentative pour clarifier la situation. «Étape par étape, nous approfondissons ce partenariat. Je vous confirme qu’il s’agit bien de 10 milliards d’euros engagés. Nous ne doutons pas un seul instant que ces lettres d’intention seront confirmées (…) L’important, c’est cette perspective, cette dynamique, ce mouvement». Laurent Fabius était tout aussi catégorique; le partenariat franco-saoudien va porter des fruits juteux. «En Arabie saoudite, il va y avoir à coup sûr une politique de diversification, dans le renouvelable et le nucléaire. Le choix est fait». Le choix est fait à coup sûr… enfin si tout va bien! Réponse lors de la prochaine visite du prince héritier Mohammed Ben Nayef en novembre à Paris. Visite qui sera sans doute l’occasion d’annoncer en fanfare de nouveaux futurs contrats, eux-mêmes renvoyés à la prochaine commission franco-saoudienne qui aura lieu en mars 2016 à Paris.

Tous les efforts consentis par la diplomatie française pour plaire à sa majesté le Roi Salmane s’enfouissent dans les sables du désert d’Arabie. La France s’aligne sur les positions saoudiennes sur les dossiers syrien et iranien. Elle compromet ses bonnes relations avec la Russie, l’Iran et même les États-Unis. Elle ferme les yeux sur la destruction du Yémen, sur les condamnations à mort en série d’opposants politiques, sur l’appui aux djihadistes syriens. Elle dit réserver aux entretiens privés les questions sur la condamnation à mort de Ali Al Nimr, un jeune opposant chiite arrêté alors qu’il était encore mineur. Les coups de fouet de Raif Badawi font-ils aussi partie du contrat? Le royaume saoudien ne semble pas plus pressé d’y répondre que d’acheter notre technologie. Le temps joue pour lui. En revanche, le fonds d’investissements de 2 milliards d’euros pour racheter des PME et ETI françaises est bien décompté dans la moisson des contrats. Le bilan est maigre pour une politique arabe dictée depuis Ryad.

La situation de dépendance stratégique et militaire dans laquelle la France s’est placée depuis de nombreuses années réduit les relations franco-saoudiennes à une forme de chantage diplomatique à sens unique. L’Arabie saoudite a pléthore de fournisseurs sur qui elle peut compter quand la France voit la liste de ses clients se réduire à peau de chagrin. L’économie et les armées sont en crise et notre politique étrangère serait toujours indépendante? Qui peut encore le croire en dehors de Fabius et Valls?

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00726648_000001.

Alstom: un scandale français

Alstom scandale d'Etat Jean-Michel Quatrepoint

On voudrait se tromper. Croire que notre économie et son socle industriel ne sont pas dans l’état de déliquescence que l’on suspecte. Que nos dirigeants ne sont pas aussi irrémédiablement lâches et impuissants qu’on le pense, malgré la multiplication des preuves du contraire. Que nos élites administratives, en particulier à Bercy, résistent encore, au moins un peu, aux vents dominants de l’ultralibéralisme. À cet égard, l’ouvrage de Jean-Michel Quatrepoint sur l’affaire Alstom (Alstom, scandale d’État, Fayard) est parfaitement déprimant. Car il apporte la preuve, par l’exemple, qu’il en est bien ainsi.[access capability= »lire_inedits »]

Et quelle preuve : Alstom, un des derniers fleurons de l’industrie française, vendu à la sauvette, l’an passé, à l’américain General Electric. Au risque de déstabiliser ce qu’il reste de notre filière nucléaire – et le pan de souveraineté qui va avec –, devenue dépendante du bon vouloir des Américains. Les moulinets d’Arnaud Montebourg n’y ont rien changé, ou si peu.

Bien sûr, l’État français n’avait pas forcément toutes les cartes pour agir : Alstom est une entreprise privée, et les Yankees ont déployé une force de frappe massive pour parvenir à leurs fins : batteries de communicants, lobbyistes appointés et banquiers grassement rémunérés pour remporter la bataille contre Siemens, autre candidat à la reprise du groupe. Mais ce qui choque, c’est que la bataille a été perdue avant même d’avoir été livrée : dès le départ, on sent que Hollande, Valls et Macron savent bien que GE va emporter le morceau. Il s’agit simplement d’écrire une belle histoire, qui ne soit pas simplement celle d’un renoncement. À cet égard, Montebourg est bien pratique, pour donner l’illusion d’un semblant de résistance.

Cet abandon, ce crime de non-assistance à industrie en péril, contraste tragiquement avec les moyens déployés par les États-Unis, qui n’hésitent pas à soutenir ouvertement leur champion national, quitte à instrumentaliser la justice de leur pays. Comme le démontre parfaitement Quatrepoint, l’action du Department of Justice – qui a poursuivi Alstom et ses hauts cadres dans une affaire de corruption en Indonésie – a exercé une pression psychologique sur les dirigeants d’Alstom, et les a poussés à céder aux sirènes de GE. Le rouleau compresseur américain est parfaitement huilé, d’autant que Jeffrey Immelt, son PDG, est aussi président du Conseil pour l’emploi et la compétitivité mis en place à la Maison-Blanche par Barack Obama.

La vente d’Alstom à General Electric est bien le dernier clou planté dans le cercueil de l’industrie française, que la mondialisation avait déjà décimée, avec 1,2 million d’emplois perdus en vingt ans. Et l’on se demande comment il est possible qu’à l’Élysée, on n’ait pas fait le lien entre cette industrie en déliquescence et cette économie qui, malgré les incantations, se refuse obstinément à redémarrer. Étrange défaite que cette liquidation de l’industrie française, rappelle Jean-Michel Quatrepoint, en référence à Marc Bloch. Celle d’un pays qui coule, sans même essayer de se débattre.[/access]

*Photo : Wikimedia Commons.

Alstom, scandale d'État

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Agression du directeur de l’IUT de Saint-Denis: l’omerta

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Dans un communiqué, les ministres de l’Education et de la Recherche Najat Vallaud-Belkacem et Thierry Mandon ont « apporté leur soutien » au directeur de l’IUT de Saint-Denis, Samuel Mayol, agressé vendredi pour la deuxième fois en dix-huit mois, et « souhaitent que le coupable de cette agression puisse être identifié dans les plus brefs délais afin que cessent ces agissements répétés ».

Outre que ce communiqué ne manque pas d’humour – comment va-t-on empêcher des agissements répétés (qui ne sont donc pas le fruit d’un seul homme) en arrêtant le seul coupable de l’agression ? – , on peut se demander si le gouvernement a tout fait pour que ce souhait ne soit pas un vœu pieux.

Car depuis sa première agression, en mai 2014, « de nouveaux faits sont signalés régulièrement aux autorités » nous apprend metronews.fr. Un article de Libération paru en juillet nous en dit un peu plus sur ces faits : « croix gammées et étoiles de David taguées sur sa porte », messages comme « c’est bientôt la fin, tu vas mourir, on t’avait prévenu », « photos de lui avec le mot « mort » écrit sur le front », au point que « l’homme est obligé de changer d’horaires et de trajets tous les matins. »

Les conclusions de l’enquête diligentée par l’Inspection générale de l’administration de l’Education nationale et de la recherche (IGAENR) sont pourtant claires : « Les dysfonctionnements repérés à l’IUT de Saint-Denis n’ont pas fait l’objet d’un suivi approprié », y apprend-on. L’homme n’a pas été davantage soutenu par Jean-Loup Salzmann, le président de l’Université de Paris XIII, dont dépend l’IUT puisque ce dernier a été « épinglé […] par un rapport de l’Education Nationale pour son inaction ».

Oui mais voilà, « il n’est pas certain que tout cela prenne sa source dans le conflit qui a eu lieu au sein de l’IUT » précise une source proche du dossier. Nous voilà rassurés ! Cela n’a peut-être rien à voir avec le conflit. En plus du conflit qui lui a valu des menaces de mort et une agression, le président a peut-être d’autres ennemis qui veulent sa peau : « On va te buter » a quand même déclaré l’agresseur, sans doute un membre du groupuscule extrémiste des opposants aux chiens. Quelle idée aussi de promener tranquillement son chien à Paris à une heure aussi tardive ?

Plus inquiétant encore que ces menaces et agressions à répétition sur un homme représentant à la fois l’autorité et l’école est le silence qui a suivi cet événement, autant de la part des journalistes que des politiques. Alors que pour commenter les propos de Nadine Morano, de Maïtena Biraben ou de Michel Onfray, il n’y avait plus assez de micros pour recueillir les indignations des uns et des autres, on ne trouve, depuis trois jours, pratiquement personne pour s’émouvoir du sort de Samuel Mayol et des agissements barbares de ses agresseurs et/ou harceleurs (sauf à considérer le message de « soutien » de la ministre comme une marque d’indignation, ce qui demande, il faut bien l’avouer, un sacré effort d’imagination).

Curieuse société que celle qui condamne sans cesse les conséquences supposées de propos jugés irresponsables mais qui oublie de réprouver les actes barbares. Qui n’a pas de mots assez forts pour fustiger les sorties médiatiques de certaines célébrités mais qui regarde les gens du peuple souffrir dans la plus grande indifférence.

Les gardiens de la paix contre la Garde des Sceaux

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manifestations policiers place Vendôme

La dernière fois qu’on a vu autant de flics sur un périmètre aussi restreint, c’était autour de l’esplanade des Invalides, le 26 mai 2013. A l’époque, on pouvait encore se payer le luxe de mobiliser la bagatelle de 4500 policiers et gendarmes pour courir après de dangereux « fascistes en loden » opposés à… la loi Taubira sur le mariage gay. Mais déjà, des syndicats de CRS et de commissaires, épuisés par les déplacements et privés de repos depuis des mois, commençaient à grincer des dents.

Puis, brutalement, on a basculé dans une nouvelle dimension avec les attentats islamistes de janvier 2015. Mais alors que les policiers étaient célébrés comme des héros par tous les Français, ou presque, Mme Taubira peaufinait cette fois une réforme pénale qui allait exactement à contre-courant d’un nécessaire renforcement de notre arsenal sécuritaire.

manifestation policiers place Vendôme

Ce mercredi 14 octobre, c’est donc sous les fenêtres de son ministère, place Vendôme, que les syndicats de policiers et gendarmes avaient appelé à manifester en masse. Un lieu hautement symbolique, que la préfecture n’a pas réussi à leur refuser comme elle pouvait le faire du temps des Manifs pour tous, en interpellant le moindre gamin à tee-shirt rose qui passait par là.

« C’est historique, parce que cette fois il y a les gardiens de la paix, les officiers et les commissaires », nous explique un homme au cheveu ras qui nous a d’abord pris pour un « collègue ». Les motifs de mécontentement ? Le flic mitraille : « On n’en peut plus d’aligner les heures supplémentaires impayées au nom de la nécessité de service », qui oblige les fonctionnaires de police à travailler lorsque leurs chefs considèrent que les circonstances l’exigent.

manifestation policiers place Vendôme

« Ce n’est pas nouveau, mais depuis janvier, il faut des gars devant chaque synagogue, partout… Et bientôt, on va devoir faire la nounou pour des détenus en permission », poursuit notre interlocuteur à propos de l’abracadabrantesque suggestion récente de Christiane Taubira. La fusillade dans laquelle un agent a été blessé en Seine-Saint-Denis le 5 octobre n’est que « la goutte d’eau », selon les termes du flic manifestant.

Et en effet, le problème semble plus profond. « Est-ce qu’on peut comprendre qu’un détenu islamiste fiché soit libéré pour une permission ? », nous demande un représentant du syndicat FO Pénitentiaire. « On veut que Taubira dégage, poursuit-il sans desserrer les mâchoires. Depuis ses réformes, on n’a plus le droit de fouiller les prisonniers systématiquement quand ils rencontrent quelqu’un au parloir. »

manifestation policiers place Vendôme

Dans le collimateur des policiers, gendarmes et gardiens de prison : les JLD (juges des libertés et de la détention) et autres JAP (juges d’application des peines), qui libèrent à tour de bras des délinquants multirécidivistes en application de la politique pénale gouvernementale, qui privilégie la probation à l’incarcération.  Et le syndicaliste de préciser, avec un rictus affligé : « Des sénateurs socialistes sont mêmes venus nous proposer l’idée d’autoriser les téléphones portables dans les prisons, sachant qu’il y en a déjà qui circulent… »

A l’heure ou 22 flics sont agressés physiquement chaque jour en France, le désarroi est palpable, dans les conversations comme dans les slogans repris en chœur : « Justice, n’oublie pas la police ! Justice, protège ta police ! », « Fermeté ! », « Plus de libérations, plus de permissions ! », « Taubira, casse-toi ! »… suivis de huées, de sirènes et d’explosions de pétards.

Manuel Valls a eu beau réagir au plus vite en annonçant des moyens supplémentaires, une simplification des procédures et davantage de contrôles, Mme Taubira est toujours et encore Garde des Sceaux. Et la rue n’a toujours obtenu le retrait d’aucune de ses réformes. Cette femme est un poème.

*Photos : Pascal Bories.

Arte: Quand Homo Sapiens rejoint SOS racisme

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homo sapiens antiracisme arte

« Nous sommes tous migrants ou fils de migrants » : on connaît bien cet argument massue des tenants de l’accueil sans conditions ou presque des migrants, une soi-disant évidence historique qui n’est en réalité qu’une affirmation a-historique. Car si la notion d’autochtonie comme toutes les autres « puretés » – de la culture, de la langue – est bien évidemment fausse, la vraie question historique du contexte et des conditions réelles du mélange des populations ne saurait se satisfaire de ce constat sommaire qui ne veut rien dire. On est tous descendants de migrants ? On est également très souvent descendants de soldats – faut-il pour autant qu’on fasse la guerre ? À cette manipulation de l’histoire et des sciences sociales, la chaîne Arte vient d’ajouter une dimension nouvelle : derrière les Polonais, les Espagnols, les Italiens et les Juifs, Arte aligne l’Homo Erectus, le Neandertal et l’Homo Sapiens qui selon une série documentaire sur la préhistoire (Quand Homo Sapiens peuple la planète), seraient eux aussi « tous migrants et enfants de migrants ». Galvaudant les avancées majeures de la science préhistorique, Arte fait du sous Yann-Arthus Bertrand pour diffuser un message idéologique grossier.

Pourtant, ça commence plutôt bien. Nigel Walk, le réalisateur, nous mène vite au cœur du sujet : on sait que les racines de notre arbre généalogique commun sont plantées en Afrique, le berceau de l’humanité, mais on connaît mal ses arborescences. Que ce soit l’Homo Erectus il y plus d’un million d’années, le Neandertal ou l’Homo Sapiens, l’histoire commence toujours sur le continent noir avant que les hominidés – pour des raisons qui échappent aux chercheurs – le quitte pour migrer vers d’autres régions. Cela veut dire que quand l’Homo Sapiens, apparu il y a 200 000 mille ans en Afrique orientale, prend à son tour la route, il rencontre des populations d’hominidés issues des vagues migratoires précédentes.  Et c’est là que l’histoire prend une tournure résolument nouvelle et révolutionnaire. Non seulement il y a eu des rencontres entre les différentes espèces d’hominidés, mais ces rencontres se sont si bien passées qu’elles se sont terminées, suggère la série, comme dans un conte de fées : ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants. Et devinez quoi : ces enfants, c’est nous ! Plus sérieusement, on apprend que nous sommes plutôt les descendants d’une fusion entre hominidés différents que les enfants d’une espèce humaine parallèle particulièrement réussie qui les a tous coiffés au poteau de l’évolution.

Si on sait tout cela, c’est grâce à la génétique, véritable fil d’Ariane de la série et responsable de ses séquences les plus intéressantes. En quelques années, les avancées en la matière ont permis de séquencer le génome du Neandertal ainsi que celui d’une autre espèce, l’Hominidé de Denisova, identifié à partir d’un petit morceau d’os de doigt d’enfant découvert dans une grotte du sud de la Sibérie. Ces époustouflantes réalisations scientifiques des équipes de l’institut Max Planck à Leipzig, ainsi que d’autres séquençages entrepris aux Etats-Unis, ont permis de constater que l’Homo Sapiens était en contact avec d’autres espèces d’hominidés, et que les différents groupes d’hominidés ont échangé leur ADN, autrement dit qu’ils ont fait des enfants ensemble.

Jusqu’ici, pas grand-chose à redire : n’étant pas spécialiste, la seule remarque de fond que je peux émettre concerne l’absence de toute critique. Or, connaissant le monde scientifique, il est peu probable que tout le monde soit d’accord avec le nouveau et bouleversant récit que présente la série. Pour ne donner qu’un seul exemple, contrairement à ce que laisse croire le troisième épisode de la série, le débat scientifique autour de ce qu’on appelle l’homme de Mungo (dont les restes humains ont été découverts en 1974 en Australie) est loin d’être tranché, et certains faits présentés sont contestés. En même temps, on peut comprendre que la vulgarisation de la science exige la présentation d’une histoire cohérente et claire, sans trop d’ambiguïtés. Cela présente en plus l’avantage de pouvoir refaire une nouvelle série dans dix ans, qui s’emploiera à « battre en brèche » les anciennes thèses erronées… que notre précédente série a contribué à diffuser. Mais passons.

Ce qui dérange davantage, c’est le caractère presque ouvertement idéologique de la série : plus qu’une nouvelle histoire de la préhistoire, c’est un hymne à la diversité, à l’hybridité, au métissage et à la migration comme richesse. Nous sommes tous enfants de migrants, tous issus d’un mélange de populations. Parfois,  avant que les images d’un crâne vieux de 60 000 ans nous rassurent, on se demande si on regarde Quand Homo Sapiens peuple la planète ou bien une rediff de La nuit des réfugiés, cette série de sept documentaires sur l’actuelle crise migratoire diffusée quelques jours auparavant…

Si l’idéologie est déjà perceptible dans le discours de certains des scientifiques interrogés, les petits « docu-fictions » qui ponctuent la série enfoncent le clou. On y voit des chasseurs-cueilleurs noirs, hommes et femmes, rencontrant des hominidés appartenant à d’autres « espèces » ; ces rencontres pacifiques sont caractérisées par la curiosité, la bienveillance et le partage. Laissons de côté la grande pudeur de nos différents ancêtres (les femmes cachent bien leurs seins et les hommes leurs sexes selon les règles du cinéma hollywoodien des années 1950) et parlons de leur rencontre. Même si le mélange entre les différents groupes et le caractère génétiquement hybride des populations est bien démontré, rien, strictement rien ne permet de dire quoi que ce soit sur les circonstances de ces rencontres. Quant au  rythme de ces processus qu’Arte appelle le « métissage salvateur », la série reste ambigüe.

Ce « métissage salvateur » démontré par les analyses ADN s’est fait sur des générations, des milliers, voire des dizaines de milliers d’années. Il ne s’agit en aucun cas – et les scientifiques interrogés ne le prétendent d’ailleurs pas – d’événements comparables à la rencontre des soldats américains et soviétiques se jetant dans les bras les uns des autres au bord de l’Elbe en avril 1945, suivis d’une partouze, comme le laisse croire la série. L’Homo Sapiens a partagé des espaces avec le Neandertal (dans le nord de l’actuel Israël, ils étaient même voisins) pendant dix, vingt, peut-être même trente mille ans. Aussi, comment peut-on sérieusement le comparer avec les phénomènes migratoires des XIXe et XXe siècles comme par exemple l’installation de 500 000 mille Italiens en France pendant les décennies précédentes la guerre de 14-18 ? Pourtant, le message subliminal de la série est que l’histoire contemporaine est le prolongement de la préhistoire ou vice-versa. On est chez les Pierrafeu !

Mais ce n’est pas tout. La série n’évoque jamais la possibilité que le métissage puisse être autre chose qu’une fête organisée par la mairie de Paris. Et puisqu’on nous dit que nous ne sommes pas si différents de nos lointains ancêtres, pourquoi ne pas étudier les métissages de notre histoire ? Peut-être parce que souvent c’était moche, très moche.

Prenons par exemple le mythe romain de l’enlèvement des Sabines. Selon Tite-Live, les premiers Romains cherchent des femmes pour fonder des familles mais leurs voisins Sabins ne veulent pas leur donner les leurs. Alors les Romains rusent. Ils invitent les Sabins à une fête et profitent de l’occasion pour enlever leurs femmes… pas joli-joli. Même si la légende ne fait pas état de viols ni de rapports brutaux, tous les doutes sont permis. Dans d’autres circonstances, historiquement mieux documentées, les femmes des vaincus sont le butin des vainqueurs – quand on n’assiste pas tout simplement à des viols systématiques ou au recours massif à la prostitution locale, avec parfois des « accidents » aboutissant à des grossesses.

L’armée américaine en Corée de Sud a laissé derrière elle des dizaines de milliers d’enfants nés de mères prostituées, et il est probable que les « comfort women » aient eu des enfants avec des soldats japonais. En France aussi, pendant les guerres de 14-18 et 39-45, « un métissage » de grande ampleur a eu lieu, toujours dans des circonstances tragiques avec des conséquences dramatiques. Evidemment, avec une perspective multimillénaire et en faisant totalement abstraction des circonstances concrètes, on peut raconter une histoire heureuse du métissage et conclure qu’en fin de compte, le mélange est salvateur. Mais essayez de raconter cette histoire à un Français né en 1944 « sous X » ou à une Allemande née en 1946, neuf mois après le viol de sa mère par un soldat russe. Tout d’un coup, elle vous semblera beaucoup moins heureuse.

Poussées un peu plus loin, ces remarques permettent de poser une question explosive : au nom de quoi peut-on reprocher quoi que ce soit aux Européens ? Pourquoi l’arrivée en Australie des navigateurs hollandais en 1606 est-elle décrite de manière incontestée comme une catastrophe tandis qu’on ne sait strictement rien des conséquences des arrivages d’Homo Sapiens sur des terres peuplées par des Neandertal ou des Homo Erectus ? Et si parfois cela s’était très mal passé ? Selon ce que suggère le titre de la série, l’homme préhistorique peuple, il ne colonise pas, même quand il n’est pas le premier hominidé arrivé sur place. Présenter comme une évidence la supposée bienveillance de nos ancêtres, qui ne laissaient pas de traces écrites, permet de mieux accabler nos aïeux qui ont eu le malheur de documenter leurs actions minutieusement, laissant à leurs descendants d’excellentes pièces à conviction…

Notre préhistoire et nos origines sont des sujets fascinants, longtemps pris en otage par des idéologues et des politiques pour démontrer leurs idées folles. Il est ridicule de justifier l’exclusion des femmes de la sphère publique et leur assignation à domicile au prétexte qu’elles gardaient les enfants et le feu dans la grotte pendant que leur « mari » chassait le mammouth avec ses copains. Mais il est tout aussi ridicule de prétendre sans preuve que nos ancêtres hominidés pratiquaient une parfaite égalité des genres. Nous n’en savons tout simplement rien et même si l’on avait des indices sur un lieu et un temps donnés, cela ne signifierait pas que cette culture était hégémonique partout. Ceci est également vrai du caractère pacifique ou belliciste de nos aïeux. La question a été posée par Jean Guilaine et Jean Zammit dans Le sentier de la guerre, visages de la violence préhistorique : les guerres et autres formes de violence sont-elles un trait de caractère inné des hominidés ou bien sont-elles liées à une évolution culturelle ? Les chasseurs-cueilleurs vivaient-ils en paix avant que l’agriculture, la sédentarité et l’augmentation de la densité de la population ne poussent les hommes à s’entretuer ?  Qu’est-ce qui a joué : la testostérone ou la complexité croissante des sociétés liée à l’accumulation accélérée de biens ? Même si l’on sait que la violence n’était pas rare entre les tribus d’Australie ou d’Afrique, il serait hasardeux d’extrapoler cette donnée à l’intégralité de notre espèce et à la totalité de son histoire. Une seule chose est donc certaine, c’est qu’Arte ne s’embarrasse pas avec ce genre de précautions : ça a toujours été Woodstock !

Nigel Walk et Arte ont donc tout simplement remplacé une idéologie par une autre : à la place des préjugés racistes, ils avancent des préjugés progressistes. Il est parfaitement légitime de prétendre en 2015 que l’Europe et la France feraient bien d’ouvrir grand leurs frontières, comme il est parfaitement légitime de penser que c’est une erreur dramatique. En revanche, il est totalement absurde et malhonnête de le faire dire à Cro-Magnon.

Quand Homo Sapiens peuple la planète, série documentaire en cinq épisodes (Le berceau africainAsie, le grand voyageAustralie, un peuple aux confins du mondeEurope, la rencontre avec NeandertalAmérique, l’ultime migration) réalisée par Nigel Walk. Diffusée par Arte le 10 et le 17 octobre.

Eugénie chez Taddeï, FN à Sciences Po, La Mecque, etc.

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eugenie bastie mecque italie

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Eugénie grandie

Par Marc Cohen

À la rédac, on sait depuis longtemps que notre consœur Eugénie Bastié est bourrée de talent. Infatigable envoyée spéciale du Figaro (et aussi de Causeur !) sur le front des idées reçues, traqueuse de doxa, « démantibuleuse » d’impostures, elle prouve à chacun de ses papiers que tous les jeunes journalistes ne sont pas des petits soldats Playmobil (en plus, elle est rudement jolie, ce qui ne gâche rien, quoiqu’un chouia hors sujet).

Comme la miss est aussi punchy à l’oral qu’à l’écrit, Frédéric Taddeï a eu l’idée de l’inviter sur le plateau de Ce soir ou jamais. Excellente initiative, mais qui n’a pas eu l’heur de plaire au plus éminent téléspectateur de la France de gauche, vous aurez reconnu Daniel Schneidermann.

Sur son site Arrêt sur images, Schneidermann fulmine : comment CSOJ ose-t-il mettre en avant cette jeune réac « détendue » qui affirme sans même s’excuser que « le vieux monde est de retour » ? Certes, je n’ai jamais eu le bonheur d’être dans la tête de Daniel, mais j’en déduis que, pour lui, une réac c’est forcément une épicière obèse à doberman, ou bien une bigote hystérique, ménopausée depuis l’instauration du nouveau franc, ou à la rigueur une avocate d’affaires avide de profits mal acquis.

Comme Eugénie n’est rien de tout ça, Daniel perd un peu les nerfs – comme il les reperdra d’ailleurs quelques jours plus tard, sur le site de ses copains d’Acrimed, en faisant part de son refus de débattre avec Élisabeth Lévy pour cause d’« inaptitude physique ».

Mais revenons à Eugénie. Dans sa chronique, Schneidermann fait feu de tout bois pour essayer de lui confectionner un costume de sorcière. Et vas-y qu’elle a manqué de respect à Attali. Et qu’elle ose prôner « l’enracinement » (le déracinement c’est trop fun, tout le monde sait ça !). Et puis elle prend la défense des « Européens taraudés par le “complexe des Indiens d’Amérique” ». Certes, la réac détendue veut que le France accueille les migrants « qui souffrent le plus », mais c’est sans doute pour mieux empêcher le reste du monde de venir s’installer chez nous. Autant de propos scandaleux qui signent pour Daniel « l’hégémonie de la droite extrême sur les plateaux mainstream ».

Voilà la preuve insigne de l’excellence d’Eugénie Bastié.[access capability= »lire_inedits »] Elle révulse Daniel Schneidermann. Et dans l’art de la guerre, c’est un sacré atout, comme l’avait compris le fin stratège Mao dès 1939, quelques années avant de devenir le tyran sanguinaire qu’on sait : « Être attaqué par l’ennemi est une bonne chose (…). Et si celui-ci nous attaque avec violence, nous peignant sous les couleurs les plus sombres et dénigrant tout ce que nous faisons, c’est encore mieux, car cela prouve que nous avons remporté des succès remarquables. » Bingo !

Satan entre à Sciences Po

Par Pierre Jova

« Moi vivant, le Front national ne sera jamais représenté à Sciences Po », aurait juré feu son directeur, Richard Descoings, décédé en 2012. La prophétie s’est accomplie : Richie est mort et des étudiants de l’IEP Paris ont annoncé la création d’une antenne du FN dans la maison. Au-delà de l’émotion médiatique suscitée par ce nouveau-né, à quoi ressemble le FN « Sciences Po » ? On retrouve à sa tête David Masson-Weyl, un pur produit de l’écurie Philippot – lequel suit  de très près les activités des frontistes de l’amphi Boutmy.

Autour de Masson-Weyl, on est frappé par la forte présence d’anciens militants de gauche. Tous affirment n’avoir rien trahi, ils ont simplement rejoint le parti sur la base du souverainisme et de l’antilibéralisme. Ainsi Antoine Chudzik, étudiant en master et fils d’ouvriers. Ex-membre du Parti socialiste, ce descendant d’immigrés polonais de Montceau-les-Mines explique être avant tout « fier de l’histoire de France et de la IIIe République ». Il raconte avoir eu un « coup de cœur » pour Ségolène Royal en 2006 : « Elle montrait qu’on pouvait être de gauche et patriote. » Il milite pour elle jusqu’aux primaires de 2011, et vote François Hollande à la présidentielle, « contre l’austérité en Europe ». Il est rapidement déçu : « Le lâchage de Montebourg a été un déclic. Il est évident aujourd’hui que François Hollande adhère complètement au libéralisme européen dominant. » Lecteur d’Alain Finkielkraut, il estime que la vision du philosophe « devrait être celle de toute de la gauche républicaine ». Antoine condamne en bloc le communautarisme, « y compris celui des catholiques », et affirme que « SOS Racisme a pris le pouvoir au PS ». C’est cela qui le fait basculer au FN, et non chez Mélenchon : « Le Front de gauche est un parti de profs et de fils de profs, qui loue l’immigration sans penser aux petites gens. »

Le Front de gauche, c’est de là que vient Davy Rodriguez, étudiant en master droit-éco, qui a été un membre actif de la section du Parti de gauche à Sciences Po. Natif de Saint-Ouen-l’Aumône, près de Cergy, ses parents sont des immigrés espagnol et portugais. Il reproche à son ancien mouvement de ne pas aller au bout de sa logique : « Si Mélenchon était cohérent, il tiendrait le même discours que Georges Marchais sur l’immigration, à savoir que la libre circulation des capitaux va de pair avec la libre circulation des personnes. » Davy a perdu l’amitié de nombre de ses anciens camarades, mais il est persuadé d’être resté fidèle à son idéal originel : « Contre l’Europe libérale marchande, pour la République et la souveraineté nationale. »

Dans une école « gauche cachemire », les étudiants frontistes parviendront-ils à s’exprimer ? À y regarder de près, le FN Sciences Po ne manque pas de qualités pour se faire accepter : ses membres sont laïcards, voire, de leur propre aveu, bouffeurs de curés, et favorables au mariage gay. Toutes choses très bien portées rue Saint-Guillaume. De là à ce que leurs rivaux démocrates de tous bords acceptent qu’un parti qui représente un Français sur quatre puisse s’exprimer librement…

Septembre noir à La Mecque

Par Daoud Boughezala

2015 restera comme un annus horribilis à La Mecque : plus de 700 pèlerins sont morts le 24 septembre dans une bousculade durant la lapidation de Mina, rituel au cours duquel le musulman accable de pierres un mur figurant Satan. Mise en cause par ses rivaux iraniens et turcs, l’Arabie Saoudite a nié tout défaut d’organisation, malgré la récurrence de ce genre de tragédies. Une quinzaine de jours plus tôt, l’écroulement d’une grue sur la Grande Mosquée de La Mecque avait ainsi tué 111 fidèles. Sitôt l’accident survenu, le roi Salman a décidé de priver de contrats publics l’entreprise propriétaire de la grue. Jusqu’au 11 septembre 2015, la holding Ben Laden Group était pourtant au-dessus de tout soupçon…

Selfie folies

Par Pascal Bories

Aux États-Unis plus encore qu’en France, prendre des photos d’enfants nus peut vous coûter bonbon. On connaissait l’histoire d’Eva Ionesco, shootée par sa mère en tenue d’Ève – ou de prostituée – dès l’âge de 4 ans. Des années plus tard, elle avait fini par déposer plainte contre sa génitrice et dénoncer une exploitation traumatisante.

À l’heure où tout le monde se promène avec un appareil photo connecté dans la poche, la judiciarisation de ces choses-là va beaucoup plus vite. Et nettement plus loin. En février dernier, un jeune Américain de Caroline du Nord, Cormega Copening, était poursuivi pour avoir pris et conservé dans son smartphone des photos d’un mineur nu comme un ver. Le nom de ce gamin de 16 ans qui s’était laissé abuser en posant pour le dangereux pervers ? Cormega Copening, c’est-à-dire lui-même. Quarterback de l’équipe de football de son lycée, aujourd’hui âgé de 17 ans (!), il échangeait alors des selfies suggestifs avec sa petite amie, la charmante Brianna Denson.

Les juges ont eu beau se rincer l’œil au passage, la justice demeure aveugle : la loi fédérale sur la pédopornographie juge comme un adulte quiconque prend en photo un mineur à poil, point barre. Pour ne pas être fiché à vie comme un délinquant sexuel, Cormega a donc été contraint de plaider coupable. Déjà suspendu de son équipe de foot et ridiculisé dans tous les médias, il fera l’objet d’une enquête approfondie pendant un an.

Compte tenu de l’empressement français à copier-coller tout ce que les États-Unis inventent de pire, gageons que nous ne sommes pas à l’abri d’un tel délire judiciaire. Sans même attendre TAFTA, expurgez fissa vos ordinateurs de toutes les photos pouvant prêter à controverse. Y compris celles où, âgé d’à peine une semaine, vous gazouillez à poil sur un coussin de velours…

Amendements amers

Par François-Xavier Ajavon

L’Italie est un pays en forme de botte, peuplé essentiellement de cinéastes néoréalistes, de gangsters à chapeau et de femmes fatales du genre Sophia Loren. L’Italie a fait le choix de ressembler à une botte, afin qu’on ne la confonde pas avec un tabouret, un démonte-pneu ou un accordéon chromatique.

Depuis que Silvio Berlusconi a pris sa retraite, le pays s’ennuie, on délaisse les gondoles à Venise, on ne se retourne plus au passage d’une Lamborghini Aventador, le moral des mangeurs de pâtes est plus bas que le niveau de la mer Tyrrhénienne. À cela s’ajoutent l’afflux massif de migrants, le mauvais climat des affaires et le non-remplacement de Leonardo da Vinci dans l’imaginaire collectif national.

Dans ce contexte déjà douloureux, on apprend que le parti souverainiste la Ligue du Nord a déposé pas moins de 82 millions d’amendements à un projet de réforme constitutionnelle actuellement débattu au Sénat. On souligne : 82 millions. Cette réforme, portée par le chef du gouvernement de centre gauche Matteo Renzi, prévoit notamment une réduction sévère des prérogatives du Sénat qui, si ma mémoire est bonne, est pourtant une invention locale.

Roberto Calderoli assume sans chipoter cette obstruction : « J’ai déposé aujourd’hui 82 730 460 amendements à la réforme constitutionnelle en cours d’examen au Sénat : tous les moyens sont permis, y compris celui-là, pour sauver la démocratie. » Ce chiffre record a été atteint grâce à un traitement informatique d’un même amendement, dupliqué en masse avec d’infimes modifications de mots, de ponctuation, etc. « Je suis pratiquement sûr d’avoir battu tous les records », a ajouté l’élu, même s’il est probable que cette salve sera prochainement rejetée en bloc par le président du Sénat, comme c’est son droit.

Cette opération de la Ligue du Nord devrait engloutir plus de 400 tonnes de papier. Pauvres arbres… Les droits du peuple contre ceux des peupliers ?[/access]

Être maire de Sarcelles, c’est pas si facile

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Dans les années 60, des exilés du monde entier et des français de France se sont trouvés réunis par l’Histoire à quelques kilomètres de la capitale, au milieu de nulle part , dans la boue, le vent glacial, le béton et l’inconnu. Pendant deux décennies, confiants dans les possibilités d’ avenir que leur offrait la France, sans arrogance ni peur du voisin, ils ont mis en commun leurs identités multiples avec le respect et la simplicité de l’échange. Autrement dit, ils ont inventé une identité nouvelle, ils sont devenus Sarcellois.

Sur des bases républicaines et laïques, ces bâtisseurs avaient construit un modèle unique de mixité sociale et ethnique et défié leurs détracteurs qui, par médias interposés se moquaient de l’inhumanité des cages à poules et du béton, certains allant jusqu’à inventer une épidémie locale, la sarcellite.

Des gens venus des quatre coins du monde, de Tunis, de Pondichéry , d’Izmir, des juifs, des bouddhistes, des musulmans, des chrétiens, et des Français de France cohabitaient dans le même hlm dans la paix et la joie. Leurs enfants fréquentaient les mêmes écoles et partageaient les mêmes préoccupations, que leurs parents soient pilotes de ligne chez Air France, maçons italiens, secrétaires picardes, bouchers égyptiens, ou profs rapatriés d’Algérie. La religion et les traditions de chacun ne dépassaient pas le seuil des maisons et ne se portaient pas en bandoulière, même si les échanges circulaient sous forme de nourritures ou de récits partagés.

À partir des années 80, tout change. Les équipements urbains se détériorent, le bâti se dégrade faute d ‘entretien, le prix des loyers devient trop cher. On assiste à l’arrivée massive de familles nombreuses d’Afrique de l’Ouest. C’est à ces familles sans autres ressources que les aides de l’État, que l’on reloue ces appartements sans les refaire à neuf.
La physionomie de Sarcelles change radicalement. Les rues, le marché et les centres commerciaux, ressemblent plus à Bamako qu’à une ville de France.
La classe moyenne quitte la ville, mettant un terme au mythe de Sarcelles, à sa mixité sociale et à sa mixité ethnique, puisque les Français de France – de moins en moins nombreux dans la ville – forment aussi un groupe ethnique.

Sarcelles ne cessera dès lors de recueillir les immigrés les plus indigents, devenant la quatrième ville la plus pauvre de France. C’en est fini du Grand ensemble modèle. La ville est devenue un puzzle bancal où manquent les pièces maîtresses qui en firent autrefois un ensemble solide.

Les 90 communautés de Sarcelles, majoritairement musulmanes, vivent en vase clos. Les Juifs sont partis pour une grande part d’entre eux ; ceux qui restent, pour la plupart devenus orthodoxes, se regroupent dans une partie de la ville.
Les Chaldéens sont arrivés en masse. Ils ont construit la pus grande église chaldéenne de France et participent grandement à l’économie de la ville avec leurs nombreux commerces.

Certains d’entre eux, comme le tenancier du bar-tabac central, furent victimes de saccages le 20 juillet 2014, lorsqu’une manifestation pro-Gaza interdite tourna à l’émeute violente. Ce jour-là, on cria « Morts aux Juifs « dans les rues de Sarcelles !

Comment en est-on arrivé là ? C’est ce que tente de comprendre le documentaire Sarcellopolis.

Le début du film est touchant , comme un Je me souviens de Perec, grâce aux archives Ina et aux témoignages de quelques pionniers. Les images en noir et blanc et le langage châtié du siècle dernier ont toujours un charme désuet.

Puis on découvre les témoins choisis par le réalisateur. L’un retrace son installation heureuse dans les premiers temps de Sarcelles, l’autre dit avoir réussi dans la vie et évité la délinquance grâce à la Maison des Jeunes d’antan… C’est bien, quoique trop long et un peu ennuyeux. On est pressés d’entrer dans le vif du sujet : Sarcelles aujourd’hui.
C’est une jeune fille chaldéenne qui nous éclaire. Sa communauté lui paraît fondamentale pour se sentir soutenue et en sécurité. Regrettant que la France ait perdu ses valeurs, elle se sent aussi chaldéenne que française et refuse qu’une identité prédomine sur l’autre. Moderne et respectueuse de ses traditions, elle ne se distingue guère de la jeune génération des années 60 qui a construit Sarcelles, sinon par l’emploi du mot «communauté». Beaucoup de ces familles chaldéennes ont choisi de vivre dans le Vieux Sarcelles, habitant des pavillons avec jardins, loin du bruit et de la promiscuité des grands ensembles. Ils ont brûlé leurs vaisseaux en quittant leurs pays, sont ancrés ici, et la France est désormais leur pays.

Parmi cette mosaïque de communautés, certains accusent le maire François Pupponi de favoriser la communauté juive. Devant une maquette de la ville, l’édile explique sans langue de bois : « Là, ce sont les gens qui paient des impôts à la ville, beaucoup d’impôts » ! Puis sa main glisse vers l’autre moitié de la maquette. « Et là, il y a tous ceux qui ne paient pas d’impôts, 100 % de loyers sociaux, principalement des familles de l’Afrique de l’Ouest. Alors moi, je prends l’argent de ceux-ci pour donner à ceux-là ! C’est plutôt eux qui auraient de quoi râler non, vous ne croyez pas ? La seule chose que je leur donne c’est la possibilité de vivre leur judaïsme en toute sécurité. » Rappelons que si les écoles de Sarcelles sont les plus neuves du pays, il n’y a pratiquement plus d’élèves juifs pour en bénéficier.

On est donc surpris d’entendre le proviseur du lycée public Jean-Jacques Rousseau déplorer devant la caméra : «L’école est le lieu du vivre-ensemble, les élèves juifs ont fui les écoles publiques… enfin je ne sais pas si le mot fui est le bon ». Non, ce n’est pas le bon mot et il est regrettable qu’aucun témoin ne précise que les juifs ont été chassés des écoles publiques par un antisémitisme virulent, des intimidations permanentes, voire parfois des coups et du racket.

On comprend mieux les choix du réalisateur à l’apparition d’Arié Alimi. Il est juif, a suivi sa scolarité à Sarcelles à l’école juive Torat Emet. Il parle devant le mur d’enceinte de cette école protégée par des militaires depuis les attentats. L’image rappelant immédiatement le Mur de séparation de Jérusalem, la mise en scène se révèle. Pour le dire crûment, Monsieur Alimi est le « bon » juif du documentaire. Il dénonce cette école de l’enfermement, en parlant par une fente à des élèves comme à des détenus. Arié déplore la non-mixité de cet établissement confessionnel et regrette que les jeunes gens de l’extérieur y soient perçus comme des gens à craindre. Du bout des lèvres, il reconnaît certes que des jeunes juifs ont été dernièrement pris pour cibles, mais que « c’est compliqué de conjuguer cette nécessité de sécurité et cette expression de singularité qui entraîne les plus grands dangers ». Puisqu’il prétend que la peur est réciproque, pourquoi ne donne-t-il pas un exemple de juif terrorisant un musulman à Sarcelles ?

Mais tout s’éclaire lorsque M. Alimi revêt sa robe d’avocat. Il est l’ami et le conseil de Nabil Koskossi, opposant acharné du maire Pupponi et organisateur de la manifestation du 20 juillet 2014. À l’époque, Pupponi l’avait attaqué en justice, avant que le Parquet ne classe l’affaire. Mais le maire ne lâche pas et s’est constitué partie civile. Alimi affirme partager les mêmes valeurs que Koskossi. Il est fier de le défendre, a fortiori en tant que juif. Mais la manif du 20 juillet ? Les cris de « mort aux juifs » ? On passe.
Il faut regarder d’autres reportages pour se rendre compte de ce qui s’est passé. Dans l’un d’eux, Francois Pupponi détaille la façon dont les émeutiers ont épargné toutes les boutiques appartenant à des musulmans pour ne s’attaquer qu’à celles des juifs et des chrétiens.

Mais dans Sarcellopolis, c’est Nabil Koskossi qui a droit de réponse. « Au nom de quoi n’aurions-nous pas le droit de manifester pour Gaza à Sarcelles ? À cause de la communauté juive ? Nous sommes en république! Je ne suis pas responsable des émeutes. » Peut-être. Mais jeter de l’huile sur le feu dans une ville où une grande partie des jeunes musulmans considèrent les juifs comme des nantis tout-puissants et privilégiés ne démontre pas une volonté pacificatrice. Et ce monsieur de se contredre quand il revendique l’identité française des jeunes musulmans qu’on discrimine : « Ce qui se passe en Syrie ou en Irak, c’est pas leur problème. Ils n’ont rien à voir avec tout ça ils ont nés en France ! » C’est juste. Mais alors, pourquoi la Palestine les excite-t-elle à ce point ?
Une nouvelle fois, au lieu de proposer un point de vue différent, le réalisateur fait parler une dame musulmane qui en remet une couche sur la ville et ses protégés. La mairie ne nettoierait que certains quartiers (suivez son regard…) et laisseraient les leurs crasseux, tandis que de nombreuses crèches communautaires refuseraient leurs enfants, etc.

La fin du film montre une jeune fille de 18 ans , élève du lycée Rousseau, métisse d’ascendance mauritanienne et bretonne. Elle est brillante et bien élevée, aspire à devenir médecin, et cerise sur le gâteau, elle est très belle. « Tout va bien à Sarcelles, il n’y a aucun problème entre les jeunes. D’ailleurs mon meilleur ami est juif. » Un rêve ! Ou juste un bon élément de casting ?

Dans son bureau, je questionne Francois Pupponi sur les reproches que lui adressent ses détracteurs.
Il répond point par point. «Mon soi-disant communautarisme ? J’en ai marre de ces débats d’intellos sur ce qui est bien ou pas! J’imagine qu’ils m’ont encore attaqué dans ce documentaire ! Je fais ce que je peux avec ce qu’il y a ! » « Le cinéma fermé depuis des lustres ? Il rouvrira quand la commission aura donné son accord, à la fin du mois. ». Passons à un autre sujet : « Le manque de culture ? Il y a chaque jour une manifestation culturelle et sportive où les jeunes juifs chrétiens, musulmans, laïques se rencontrent, au Conservatoire, au stade ou ailleurs ! Et on ne se demande pas comment je trouve l’argent à chaque fois! «
Un coup de fil nous interrompt. Sa colère monte, il vient d’apprendre qu’un débat organisé au lycée Rousseau et suivra le documentaire de France 3. « Quoi ? Un débat où l’on n’invite pas le maire, mais l’avocat de mon détracteur ? Je vais organiser quelque chose moi aussi parce que j’en ai marre que des journalistes viennent à Sarcelles et racontent n’importe quoi ! Ils n’y connaissent rien ! »
En effet, le débat se déroule au CDI du lycée transformé en studio télé. À coté de la belle mauritanienne-bretonne, l’avocat Alimi et le proviseur du lycée palabrent. Autour d’eux, quelques élèves du lycée et enseignants forment le public, tous polis et mignons. Ambiance bisounours.

Sebastien Daycart Heid et son équipe n’ont invité aucun élève extérieur, issu d’établissements religieux privés comme le Saint Rosaire ou les écoles juives. Sans doute pour que le débat soit aussi lisse que le film, qui ne véhiculent l’un et l’autre qu’une image partielle et contestable de Sarcelles.
Pourtant, ce jeune réalisateur semble bienveillant. Sans doute s’est-il laissé conseillé et influencé par les journaux remerciés au générique : Mediapart et Libération.

En face, François Pupponi est tout sauf un idéologue. L’ancien adhérent du CERES de Jean-Pierre Chevènement est devenu pragmatique au fil des années.
Entre laïcité, communautarisme ou troisième voie, il fait avant tout ce qu’il peut. Décidément, être maire de Sarcelles, c’est pas si facile.

Sarcellopolis, un documentaire de Sebastien Daycard Heid, sera diffusé sur France 3 le 17 octobre.

FN : Jean-Marie rallie Marion… contre Marine?

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(Avec AFP) – Jean-Marie Le Pen a aujourd’hui appelé ses partisans à « se rallier » à la candidature de sa petite-fille Marion Maréchal-Le Pen pour les élections régionales en Provence-Alpes-Côte-d’Azur. Le tout dans une déclaration on ne peut clair, sans ironie ni « dérapage » d’aucune sorte : « L’élection régionale de décembre peut et doit donner le signal d’alerte en donnant la majorité à la liste de Marion Maréchal-Le Pen, qui saura réunir derrière elle tous les patriotes et en particulier mes courageux amis, auxquels je demande de se rallier dans l’intérêt supérieur de la région Paca et de la France. »

Le grand-père et sa petite-fille sont partis déjeuner aux côtés de dissidents du Front national que le premier aimerait voir intégrer les listes de la seconde. C’est une première victoire pour Marion Le Pen et sa stratégie d’union des droites méridionales, des Gollnischiens aux Identitaires en passant par certains transfuges de l’UMP comme le président des Jeunes actifs. Faisant du neuf avec du vieux, la déjà chevronnée Marion recycle la stratégie du Club de l’Horloge créé dans les années 1980 afin de fédérer toutes les droites, de l’UDF au FN. Jusqu’ici, seul le maire d’Orange et dirigeant de la Ligue du sud Jacques Bompard résiste à l’irrésistible attraction de la benjamine des élus Le Pen. Bref, on est moins chez les Atrides que dans une famille très politique, façon Bonaparte.

Mais revenons à la tambouille politicienne. Face au ni-droite ni-gauche de Florian Philippot (et accessoirement Marine Le Pen), que leurs détracteurs qualifient de ni-droite ni-droite, le projet d’une grande union des « patriotes » s’affirme comme le cadeau empoisonné de Jean-Marie Le Pen au parti qu’il a fondé. Si Marion Le Pen venait, sinon à remporter la région, du moins à réaliser une grosse performance électorale, tandis que sa tante et son meilleur ennemi Philippot stagnaient dans le Nord et le Nord-Est, les cartes seraient en effet rebattues au sein du FN. Vers la droite.

Inversement, un triomphe de Christian Estrosi en décembre, qui signifierait la déroute de la jeune Marion, s’il s’accompagnait d’un plébiscite nordiste en faveur de Marine Le Pen, validerait la stratégie Philippot, qui en agace beaucoup. Rien n’est encore joué, les deux stratégies ne manquant pas d’arguments, l’aile libérale-identitaire et souvaireno-étatiste du FN n’ont donc pas fini de batailler…

Saint-Denis frappé à la tête

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saint denis laicite mayol

saint denis laicite mayol

Le 12 février dernier, Olivier Galzi invitait Jean-Pierre Ravier sur le plateau d’iTélé pour parler des graves dysfonctionnments de l’université de Paris-XIII, et particulièrement celui de son IUT, confisqué pendant des années par une « association » intégriste. Le journaliste en avait profité pour interviewer Samuel Mayol, directeur dudit IUT, agressé, insulté, menacé de mort pour avoir voulu faire respecter la loi dans cet IUT. J’ai évoqué cette histoire dans Liberté Egalité Laïcité — dans les bacs des libraires depuis un mois.
Plus loin dans le même livre, je racontais que fin mai, l’auditoire d’une conférence sur la laïcité, organisée à l’Assemblée Nationale par le Comité Laïcité République, avait fait une ovation debout à Samuel Mayol après son intervention — colloque dont les actes sont disponibles ici, et l’intervention de Samuel Mayol.
Or, Samuel Mayol vient à nouveau d’être agressé — 6 jours d’arrêt quand même — pendant qu’il promenait son chien — et à ce qu’en dit Le Parisien, heureusement que le chien était là. Que n’a-t-il arraché les génitoires de l’agresseur !
Najat Vallaud-Belkacem et le Secrétaire d’Etat chargé des universités, Thierry Mandon (qui ça ?) se sont fendus d’un communiqué où ils « tiennent à apporter tout leur soutien au directeur ainsi qu’à ses proches dans cette nouvelle épreuve » et « souhaitent que le coupable de cette agression puisse être identifié dans les plus brefs délais afin que cessent ces agissements répétés. » On n’est pas plus chaleureux.

« Le » coupable ! L’individu — un loup solitaire, probablement — coupable de l’agression ! Et les autres ?
Je me contenterai de recopier la formule de Colomba, dans la nouvelle de Mérimée : « Il me faut la main qui a tiré, l’œil qui a visé, le cœur qui a pensé… »
Parce que « le » coupable, messieurs les Importants de la Rue de Grenelle et de la rue Descartes réunies, c’est l’islamisme, que vous laissez prospérer dans les facs en persistant à autoriser toutes les marques du fanatisme religieux ! C’est le fondamentalisme, que vous laissez se répandre, comme une tache d’encre ou une tache de sang, selon les jours, dans des banlieues (et, à Marseille, en plein centre ville) où quelques poignées de barbus et de militantes voilées terrorisent des milliers de Musulmans ! On protège Houellebecq — pourquoi pas ? Que ne protège-t-on efficacement les universitaires qui se dressent contre l’hydre !

Et ce n’est pas en pondant des « communiqués » que ça changera. Il faut réécrire la loi de 1905, et compléter celle de 2004. Il faut traquer la bête immonde, comme disait Brecht. Traquer non seulement ceux qui attaquent, mais tous leurs complices, tout ce « camp du Bien » qui gémit sur l’innocence persécutée et accuse d’islamophobie tous ceux qui ont des yeux et des oreilles — Samuel Mayol était au téléphone quand il a été agressé, et l’ami à qui il téléphonait a entendu toute la scène. Au moins, on ne l’accusera pas de s’être volontairement cogné la tête contre les murs.

Liberté - Egalité - Laïcité

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*Photo : wikipedia.

CSA-Morano, même combat!

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csa nadine morano race blanche

csa nadine morano race blanche

Les Blancs, ça n’existe pas, mais il y en a trop partout – à l’Assemblée, dans l’entreprise et, bien entendu, à la télé. Cet heureux oxymore qui constitue le cœur du credo antiraciste vient d’être illustré spectaculairement par le CSA. Quelques jours après que toute la France convenable s’était étranglée de rage parce que Nadine Morano avait parlé de « race blanche », le « gendarme de l’audiovisuel » – qui ne traque rien d’autre que de supposés dérapages langagiers – tance la télévision française, coupable de ne montrer que 14 % de « personnes perçues comme non blanches » – non, je n’invente rien, c’est la terminologie employée par nos supposés sages. Et en prime de ne pas montrer sous un assez bon jour les perçus-comme-non-blancs, plutôt délinquants que médecins, plus souvent seconds rôles que héros.

La madame Diversité du CSA, Mémona Hintermann, a donc fait la tournée des popotes médiatiques pour déplorer que les télés aient « peur de montrer des Noirs et des Arabes » – elle doit être très colère, Mémona, pour oublier de faire usage des périphrases stupides dictées par les bonnes manières progressistes. Quant à madame Ernotte, la nouvelle patronne de France Télévisions, elle annonçait le Grand soir multiculturel il y a un mois : « On a une télévision d’hommes blancs de plus de 50 ans, et ça, il va falloir que cela change. » Mais pour l’instant, il semble qu’elle ait exclusivement recruté des mâles blancs. Il est vrai qu’ils sont jeunes et de gauche, ce qui efface un peu la pâleur de leur teint.

Je ne sais pas si on résoudra la crise de l’intégration en obligeant la télévision à faire la propagande du monde métissé où se dissoudront demain nos vieilles identités. Quoi qu’il en soit, on ne se demandera pas ici s’il est vrai qu’il n’y a pas assez de ceux-ci et trop de ceux-là sur nos écrans. Et pas non plus si Nadine Morano a commis une erreur, une faute ou un crime impardonnable en parlant de « race blanche ».

Le plus intéressant, en l’occurrence, c’est la contradiction évidente qu’il y a à dénoncer Morano tout en applaudissant le CSA. Je vois venir les puristes : la « race blanche », ça n’existe pas, c’est la science qui le dit. En effet, et Morano aurait dû parler de groupes ethniques ou d’origines. On pourrait se féliciter que tant de Français soient si sensibles à la précision de la langue. Sauf que le tombereau d’injures qui s’est déversé sur la Madame Sans-gêne de la droite n’avait pas grand-chose à voir avec ses approximations scientifiques. Ce qu’on lui a reproché, c’est de voir des différences que tout le monde voit (par exemple entre une personne perçue comme blanche et une autre perçue comme pas blanche) mais sans s’en émerveiller bruyamment, ce qui rappelle les heures les plus sombres de notre histoire. En clair, on ne peut voir la diversité ethnique que pour l’exalter. Dans ces conditions,  le CSA a le droit et même le devoir de compter les Blancs et les Noirs. Vous êtes perdus ? En réalité, c’est très simple : les différences n’existent pas mais elles sont le sel de la terre. En conséquence, on a le droit de distinguer les Blancs des autres mais pour claironner que les uns sont trop nombreux et les autres pas assez. Ainsi, personne n’aurait embêté madame Morano si elle avait dit, par exemple, que la France devait cesser d’être un pays de race blanche.

Du reste, il est très tendance de compter les Blancs pour s’endormir : ainsi a-t-on appris ces jours-ci par un édifiant article du Monde que les théâtres français étaient eux aussi « trop blancs ». Curieusement, on n’imagine pas un de nos innombrables « sages » se plaindre de l’hégémonie « non-blanche » dans le rap ou le R&B.

Que ces questions d’origine, de couleur de peau et d’ethnies soient plus que délicates et qu’elles demandent donc de la délicatesse, nul n’en disconviendra. Tout le monde sait bien qu’à l’œil, la population de Paris et celle de Dakar ne se ressemblent pas, mais on évite de trop en parler et on a raison. Seulement, ce qui se joue là et dans de multiples autres occasions a plus à voir avec la dinguerie qu’avec la délicatesse. Si on trouve légitime de compter les Noirs et les Arabes à la télé pour conclure qu’il n’y en pas assez, il ne faut pas s’offusquer quand certains les comptent dans le métro pour décréter qu’il y en a trop. À moins bien sûr de considérer qu’il y a un racisme détestable qui s’en prendrait aux Noirs, Arabes et assimilés et un autre, acceptable, qui viserait les Blancs. Mais quelle personne sensée penserait une telle stupidité ?

*Image : wikicommons.

France/Arabie: un partenariat «exceptionnel»?

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arabie saoudite manuel valls

arabie saoudite manuel valls

«C’est évidemment exceptionnel» s’est réjoui Manuel Valls. Les visites des plus hautes autorités de l’État en Arabie Saoudite se suivent et se ressemblent. Les communiqués triomphants annoncent des milliards d’euros de contrats. Promesses d’embauches pour les salariés de France, on additionne pêle-mêle des chiffres de signature en bonne et due forme avec des négociations exclusives, des lettres d’intentions, des appels d’offres ou de simple promesses déjà annoncées lors de précédentes visites. Agences de presse et médias reprennent en chœur le montant « évidemment exceptionnel » du service de presse gouvernemental. La mise en scène concoctée par les communicants terminée tout le monde peut remonter dans l’avion pour Paris avec le sentiment du devoir accompli.

La dernière tournée moyen-orientale de Manuel Valls au Caire, à Amman et surtout à Ryad n’a pas dérogé à la règle. Si les Égyptiens, qui soutiennent l’aide russe à Bachar Al-Assad, ont signé effectivement (et rapidement) des contrats fermes (Rafales et FREMM puis deux BPC), il en est autrement de nos alliés saoudiens. Comme le relève Anne Rovan envoyée spéciale pour Le Figaro , « l’Arabie Saoudite s’était engagée en mai 2015 à signer sur plusieurs années l’équivalent de 50 milliards d’euros de contrats et accords avec la France.(…) En réalité, il n’y a pas de nouveau contrat commercial ferme. Si ce n’est ces 30 patrouilleurs rapides, déjà en discussion, pour un montant total d’environ 600 millions d’euros, que le Royaume commandera d’ici à la fin de l’année. Les éleveurs français ne seront pas mécontents non plus d’apprendre la levée de l’embargo sur la viande bovine française. En revanche, pas de vente d’hélicoptères Airbus, pourtant donnée comme acquise».  Bref, hormis la fin de l’embargo sur la viande bovine (qui datait de la crise la vache folle) rien de nouveau sous le soleil.

Alors que des esprits chagrins doutaient en conférence de presse du sérieux des annonces du Premier ministre, Manuel Valls fit une tentative pour clarifier la situation. «Étape par étape, nous approfondissons ce partenariat. Je vous confirme qu’il s’agit bien de 10 milliards d’euros engagés. Nous ne doutons pas un seul instant que ces lettres d’intention seront confirmées (…) L’important, c’est cette perspective, cette dynamique, ce mouvement». Laurent Fabius était tout aussi catégorique; le partenariat franco-saoudien va porter des fruits juteux. «En Arabie saoudite, il va y avoir à coup sûr une politique de diversification, dans le renouvelable et le nucléaire. Le choix est fait». Le choix est fait à coup sûr… enfin si tout va bien! Réponse lors de la prochaine visite du prince héritier Mohammed Ben Nayef en novembre à Paris. Visite qui sera sans doute l’occasion d’annoncer en fanfare de nouveaux futurs contrats, eux-mêmes renvoyés à la prochaine commission franco-saoudienne qui aura lieu en mars 2016 à Paris.

Tous les efforts consentis par la diplomatie française pour plaire à sa majesté le Roi Salmane s’enfouissent dans les sables du désert d’Arabie. La France s’aligne sur les positions saoudiennes sur les dossiers syrien et iranien. Elle compromet ses bonnes relations avec la Russie, l’Iran et même les États-Unis. Elle ferme les yeux sur la destruction du Yémen, sur les condamnations à mort en série d’opposants politiques, sur l’appui aux djihadistes syriens. Elle dit réserver aux entretiens privés les questions sur la condamnation à mort de Ali Al Nimr, un jeune opposant chiite arrêté alors qu’il était encore mineur. Les coups de fouet de Raif Badawi font-ils aussi partie du contrat? Le royaume saoudien ne semble pas plus pressé d’y répondre que d’acheter notre technologie. Le temps joue pour lui. En revanche, le fonds d’investissements de 2 milliards d’euros pour racheter des PME et ETI françaises est bien décompté dans la moisson des contrats. Le bilan est maigre pour une politique arabe dictée depuis Ryad.

La situation de dépendance stratégique et militaire dans laquelle la France s’est placée depuis de nombreuses années réduit les relations franco-saoudiennes à une forme de chantage diplomatique à sens unique. L’Arabie saoudite a pléthore de fournisseurs sur qui elle peut compter quand la France voit la liste de ses clients se réduire à peau de chagrin. L’économie et les armées sont en crise et notre politique étrangère serait toujours indépendante? Qui peut encore le croire en dehors de Fabius et Valls?

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00726648_000001.

Alstom: un scandale français

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Alstom scandale d'Etat Jean-Michel Quatrepoint

Alstom scandale d'Etat Jean-Michel Quatrepoint

On voudrait se tromper. Croire que notre économie et son socle industriel ne sont pas dans l’état de déliquescence que l’on suspecte. Que nos dirigeants ne sont pas aussi irrémédiablement lâches et impuissants qu’on le pense, malgré la multiplication des preuves du contraire. Que nos élites administratives, en particulier à Bercy, résistent encore, au moins un peu, aux vents dominants de l’ultralibéralisme. À cet égard, l’ouvrage de Jean-Michel Quatrepoint sur l’affaire Alstom (Alstom, scandale d’État, Fayard) est parfaitement déprimant. Car il apporte la preuve, par l’exemple, qu’il en est bien ainsi.[access capability= »lire_inedits »]

Et quelle preuve : Alstom, un des derniers fleurons de l’industrie française, vendu à la sauvette, l’an passé, à l’américain General Electric. Au risque de déstabiliser ce qu’il reste de notre filière nucléaire – et le pan de souveraineté qui va avec –, devenue dépendante du bon vouloir des Américains. Les moulinets d’Arnaud Montebourg n’y ont rien changé, ou si peu.

Bien sûr, l’État français n’avait pas forcément toutes les cartes pour agir : Alstom est une entreprise privée, et les Yankees ont déployé une force de frappe massive pour parvenir à leurs fins : batteries de communicants, lobbyistes appointés et banquiers grassement rémunérés pour remporter la bataille contre Siemens, autre candidat à la reprise du groupe. Mais ce qui choque, c’est que la bataille a été perdue avant même d’avoir été livrée : dès le départ, on sent que Hollande, Valls et Macron savent bien que GE va emporter le morceau. Il s’agit simplement d’écrire une belle histoire, qui ne soit pas simplement celle d’un renoncement. À cet égard, Montebourg est bien pratique, pour donner l’illusion d’un semblant de résistance.

Cet abandon, ce crime de non-assistance à industrie en péril, contraste tragiquement avec les moyens déployés par les États-Unis, qui n’hésitent pas à soutenir ouvertement leur champion national, quitte à instrumentaliser la justice de leur pays. Comme le démontre parfaitement Quatrepoint, l’action du Department of Justice – qui a poursuivi Alstom et ses hauts cadres dans une affaire de corruption en Indonésie – a exercé une pression psychologique sur les dirigeants d’Alstom, et les a poussés à céder aux sirènes de GE. Le rouleau compresseur américain est parfaitement huilé, d’autant que Jeffrey Immelt, son PDG, est aussi président du Conseil pour l’emploi et la compétitivité mis en place à la Maison-Blanche par Barack Obama.

La vente d’Alstom à General Electric est bien le dernier clou planté dans le cercueil de l’industrie française, que la mondialisation avait déjà décimée, avec 1,2 million d’emplois perdus en vingt ans. Et l’on se demande comment il est possible qu’à l’Élysée, on n’ait pas fait le lien entre cette industrie en déliquescence et cette économie qui, malgré les incantations, se refuse obstinément à redémarrer. Étrange défaite que cette liquidation de l’industrie française, rappelle Jean-Michel Quatrepoint, en référence à Marc Bloch. Celle d’un pays qui coule, sans même essayer de se débattre.[/access]

*Photo : Wikimedia Commons.

Alstom, scandale d'État

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Agression du directeur de l’IUT de Saint-Denis: l’omerta

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Dans un communiqué, les ministres de l’Education et de la Recherche Najat Vallaud-Belkacem et Thierry Mandon ont « apporté leur soutien » au directeur de l’IUT de Saint-Denis, Samuel Mayol, agressé vendredi pour la deuxième fois en dix-huit mois, et « souhaitent que le coupable de cette agression puisse être identifié dans les plus brefs délais afin que cessent ces agissements répétés ».

Outre que ce communiqué ne manque pas d’humour – comment va-t-on empêcher des agissements répétés (qui ne sont donc pas le fruit d’un seul homme) en arrêtant le seul coupable de l’agression ? – , on peut se demander si le gouvernement a tout fait pour que ce souhait ne soit pas un vœu pieux.

Car depuis sa première agression, en mai 2014, « de nouveaux faits sont signalés régulièrement aux autorités » nous apprend metronews.fr. Un article de Libération paru en juillet nous en dit un peu plus sur ces faits : « croix gammées et étoiles de David taguées sur sa porte », messages comme « c’est bientôt la fin, tu vas mourir, on t’avait prévenu », « photos de lui avec le mot « mort » écrit sur le front », au point que « l’homme est obligé de changer d’horaires et de trajets tous les matins. »

Les conclusions de l’enquête diligentée par l’Inspection générale de l’administration de l’Education nationale et de la recherche (IGAENR) sont pourtant claires : « Les dysfonctionnements repérés à l’IUT de Saint-Denis n’ont pas fait l’objet d’un suivi approprié », y apprend-on. L’homme n’a pas été davantage soutenu par Jean-Loup Salzmann, le président de l’Université de Paris XIII, dont dépend l’IUT puisque ce dernier a été « épinglé […] par un rapport de l’Education Nationale pour son inaction ».

Oui mais voilà, « il n’est pas certain que tout cela prenne sa source dans le conflit qui a eu lieu au sein de l’IUT » précise une source proche du dossier. Nous voilà rassurés ! Cela n’a peut-être rien à voir avec le conflit. En plus du conflit qui lui a valu des menaces de mort et une agression, le président a peut-être d’autres ennemis qui veulent sa peau : « On va te buter » a quand même déclaré l’agresseur, sans doute un membre du groupuscule extrémiste des opposants aux chiens. Quelle idée aussi de promener tranquillement son chien à Paris à une heure aussi tardive ?

Plus inquiétant encore que ces menaces et agressions à répétition sur un homme représentant à la fois l’autorité et l’école est le silence qui a suivi cet événement, autant de la part des journalistes que des politiques. Alors que pour commenter les propos de Nadine Morano, de Maïtena Biraben ou de Michel Onfray, il n’y avait plus assez de micros pour recueillir les indignations des uns et des autres, on ne trouve, depuis trois jours, pratiquement personne pour s’émouvoir du sort de Samuel Mayol et des agissements barbares de ses agresseurs et/ou harceleurs (sauf à considérer le message de « soutien » de la ministre comme une marque d’indignation, ce qui demande, il faut bien l’avouer, un sacré effort d’imagination).

Curieuse société que celle qui condamne sans cesse les conséquences supposées de propos jugés irresponsables mais qui oublie de réprouver les actes barbares. Qui n’a pas de mots assez forts pour fustiger les sorties médiatiques de certaines célébrités mais qui regarde les gens du peuple souffrir dans la plus grande indifférence.

Les gardiens de la paix contre la Garde des Sceaux

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manifestations policiers place Vendôme

manifestations policiers place Vendôme

La dernière fois qu’on a vu autant de flics sur un périmètre aussi restreint, c’était autour de l’esplanade des Invalides, le 26 mai 2013. A l’époque, on pouvait encore se payer le luxe de mobiliser la bagatelle de 4500 policiers et gendarmes pour courir après de dangereux « fascistes en loden » opposés à… la loi Taubira sur le mariage gay. Mais déjà, des syndicats de CRS et de commissaires, épuisés par les déplacements et privés de repos depuis des mois, commençaient à grincer des dents.

Puis, brutalement, on a basculé dans une nouvelle dimension avec les attentats islamistes de janvier 2015. Mais alors que les policiers étaient célébrés comme des héros par tous les Français, ou presque, Mme Taubira peaufinait cette fois une réforme pénale qui allait exactement à contre-courant d’un nécessaire renforcement de notre arsenal sécuritaire.

manifestation policiers place Vendôme

Ce mercredi 14 octobre, c’est donc sous les fenêtres de son ministère, place Vendôme, que les syndicats de policiers et gendarmes avaient appelé à manifester en masse. Un lieu hautement symbolique, que la préfecture n’a pas réussi à leur refuser comme elle pouvait le faire du temps des Manifs pour tous, en interpellant le moindre gamin à tee-shirt rose qui passait par là.

« C’est historique, parce que cette fois il y a les gardiens de la paix, les officiers et les commissaires », nous explique un homme au cheveu ras qui nous a d’abord pris pour un « collègue ». Les motifs de mécontentement ? Le flic mitraille : « On n’en peut plus d’aligner les heures supplémentaires impayées au nom de la nécessité de service », qui oblige les fonctionnaires de police à travailler lorsque leurs chefs considèrent que les circonstances l’exigent.

manifestation policiers place Vendôme

« Ce n’est pas nouveau, mais depuis janvier, il faut des gars devant chaque synagogue, partout… Et bientôt, on va devoir faire la nounou pour des détenus en permission », poursuit notre interlocuteur à propos de l’abracadabrantesque suggestion récente de Christiane Taubira. La fusillade dans laquelle un agent a été blessé en Seine-Saint-Denis le 5 octobre n’est que « la goutte d’eau », selon les termes du flic manifestant.

Et en effet, le problème semble plus profond. « Est-ce qu’on peut comprendre qu’un détenu islamiste fiché soit libéré pour une permission ? », nous demande un représentant du syndicat FO Pénitentiaire. « On veut que Taubira dégage, poursuit-il sans desserrer les mâchoires. Depuis ses réformes, on n’a plus le droit de fouiller les prisonniers systématiquement quand ils rencontrent quelqu’un au parloir. »

manifestation policiers place Vendôme

Dans le collimateur des policiers, gendarmes et gardiens de prison : les JLD (juges des libertés et de la détention) et autres JAP (juges d’application des peines), qui libèrent à tour de bras des délinquants multirécidivistes en application de la politique pénale gouvernementale, qui privilégie la probation à l’incarcération.  Et le syndicaliste de préciser, avec un rictus affligé : « Des sénateurs socialistes sont mêmes venus nous proposer l’idée d’autoriser les téléphones portables dans les prisons, sachant qu’il y en a déjà qui circulent… »

A l’heure ou 22 flics sont agressés physiquement chaque jour en France, le désarroi est palpable, dans les conversations comme dans les slogans repris en chœur : « Justice, n’oublie pas la police ! Justice, protège ta police ! », « Fermeté ! », « Plus de libérations, plus de permissions ! », « Taubira, casse-toi ! »… suivis de huées, de sirènes et d’explosions de pétards.

Manuel Valls a eu beau réagir au plus vite en annonçant des moyens supplémentaires, une simplification des procédures et davantage de contrôles, Mme Taubira est toujours et encore Garde des Sceaux. Et la rue n’a toujours obtenu le retrait d’aucune de ses réformes. Cette femme est un poème.

*Photos : Pascal Bories.

Arte: Quand Homo Sapiens rejoint SOS racisme

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homo sapiens antiracisme arte

homo sapiens antiracisme arte

« Nous sommes tous migrants ou fils de migrants » : on connaît bien cet argument massue des tenants de l’accueil sans conditions ou presque des migrants, une soi-disant évidence historique qui n’est en réalité qu’une affirmation a-historique. Car si la notion d’autochtonie comme toutes les autres « puretés » – de la culture, de la langue – est bien évidemment fausse, la vraie question historique du contexte et des conditions réelles du mélange des populations ne saurait se satisfaire de ce constat sommaire qui ne veut rien dire. On est tous descendants de migrants ? On est également très souvent descendants de soldats – faut-il pour autant qu’on fasse la guerre ? À cette manipulation de l’histoire et des sciences sociales, la chaîne Arte vient d’ajouter une dimension nouvelle : derrière les Polonais, les Espagnols, les Italiens et les Juifs, Arte aligne l’Homo Erectus, le Neandertal et l’Homo Sapiens qui selon une série documentaire sur la préhistoire (Quand Homo Sapiens peuple la planète), seraient eux aussi « tous migrants et enfants de migrants ». Galvaudant les avancées majeures de la science préhistorique, Arte fait du sous Yann-Arthus Bertrand pour diffuser un message idéologique grossier.

Pourtant, ça commence plutôt bien. Nigel Walk, le réalisateur, nous mène vite au cœur du sujet : on sait que les racines de notre arbre généalogique commun sont plantées en Afrique, le berceau de l’humanité, mais on connaît mal ses arborescences. Que ce soit l’Homo Erectus il y plus d’un million d’années, le Neandertal ou l’Homo Sapiens, l’histoire commence toujours sur le continent noir avant que les hominidés – pour des raisons qui échappent aux chercheurs – le quitte pour migrer vers d’autres régions. Cela veut dire que quand l’Homo Sapiens, apparu il y a 200 000 mille ans en Afrique orientale, prend à son tour la route, il rencontre des populations d’hominidés issues des vagues migratoires précédentes.  Et c’est là que l’histoire prend une tournure résolument nouvelle et révolutionnaire. Non seulement il y a eu des rencontres entre les différentes espèces d’hominidés, mais ces rencontres se sont si bien passées qu’elles se sont terminées, suggère la série, comme dans un conte de fées : ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants. Et devinez quoi : ces enfants, c’est nous ! Plus sérieusement, on apprend que nous sommes plutôt les descendants d’une fusion entre hominidés différents que les enfants d’une espèce humaine parallèle particulièrement réussie qui les a tous coiffés au poteau de l’évolution.

Si on sait tout cela, c’est grâce à la génétique, véritable fil d’Ariane de la série et responsable de ses séquences les plus intéressantes. En quelques années, les avancées en la matière ont permis de séquencer le génome du Neandertal ainsi que celui d’une autre espèce, l’Hominidé de Denisova, identifié à partir d’un petit morceau d’os de doigt d’enfant découvert dans une grotte du sud de la Sibérie. Ces époustouflantes réalisations scientifiques des équipes de l’institut Max Planck à Leipzig, ainsi que d’autres séquençages entrepris aux Etats-Unis, ont permis de constater que l’Homo Sapiens était en contact avec d’autres espèces d’hominidés, et que les différents groupes d’hominidés ont échangé leur ADN, autrement dit qu’ils ont fait des enfants ensemble.

Jusqu’ici, pas grand-chose à redire : n’étant pas spécialiste, la seule remarque de fond que je peux émettre concerne l’absence de toute critique. Or, connaissant le monde scientifique, il est peu probable que tout le monde soit d’accord avec le nouveau et bouleversant récit que présente la série. Pour ne donner qu’un seul exemple, contrairement à ce que laisse croire le troisième épisode de la série, le débat scientifique autour de ce qu’on appelle l’homme de Mungo (dont les restes humains ont été découverts en 1974 en Australie) est loin d’être tranché, et certains faits présentés sont contestés. En même temps, on peut comprendre que la vulgarisation de la science exige la présentation d’une histoire cohérente et claire, sans trop d’ambiguïtés. Cela présente en plus l’avantage de pouvoir refaire une nouvelle série dans dix ans, qui s’emploiera à « battre en brèche » les anciennes thèses erronées… que notre précédente série a contribué à diffuser. Mais passons.

Ce qui dérange davantage, c’est le caractère presque ouvertement idéologique de la série : plus qu’une nouvelle histoire de la préhistoire, c’est un hymne à la diversité, à l’hybridité, au métissage et à la migration comme richesse. Nous sommes tous enfants de migrants, tous issus d’un mélange de populations. Parfois,  avant que les images d’un crâne vieux de 60 000 ans nous rassurent, on se demande si on regarde Quand Homo Sapiens peuple la planète ou bien une rediff de La nuit des réfugiés, cette série de sept documentaires sur l’actuelle crise migratoire diffusée quelques jours auparavant…

Si l’idéologie est déjà perceptible dans le discours de certains des scientifiques interrogés, les petits « docu-fictions » qui ponctuent la série enfoncent le clou. On y voit des chasseurs-cueilleurs noirs, hommes et femmes, rencontrant des hominidés appartenant à d’autres « espèces » ; ces rencontres pacifiques sont caractérisées par la curiosité, la bienveillance et le partage. Laissons de côté la grande pudeur de nos différents ancêtres (les femmes cachent bien leurs seins et les hommes leurs sexes selon les règles du cinéma hollywoodien des années 1950) et parlons de leur rencontre. Même si le mélange entre les différents groupes et le caractère génétiquement hybride des populations est bien démontré, rien, strictement rien ne permet de dire quoi que ce soit sur les circonstances de ces rencontres. Quant au  rythme de ces processus qu’Arte appelle le « métissage salvateur », la série reste ambigüe.

Ce « métissage salvateur » démontré par les analyses ADN s’est fait sur des générations, des milliers, voire des dizaines de milliers d’années. Il ne s’agit en aucun cas – et les scientifiques interrogés ne le prétendent d’ailleurs pas – d’événements comparables à la rencontre des soldats américains et soviétiques se jetant dans les bras les uns des autres au bord de l’Elbe en avril 1945, suivis d’une partouze, comme le laisse croire la série. L’Homo Sapiens a partagé des espaces avec le Neandertal (dans le nord de l’actuel Israël, ils étaient même voisins) pendant dix, vingt, peut-être même trente mille ans. Aussi, comment peut-on sérieusement le comparer avec les phénomènes migratoires des XIXe et XXe siècles comme par exemple l’installation de 500 000 mille Italiens en France pendant les décennies précédentes la guerre de 14-18 ? Pourtant, le message subliminal de la série est que l’histoire contemporaine est le prolongement de la préhistoire ou vice-versa. On est chez les Pierrafeu !

Mais ce n’est pas tout. La série n’évoque jamais la possibilité que le métissage puisse être autre chose qu’une fête organisée par la mairie de Paris. Et puisqu’on nous dit que nous ne sommes pas si différents de nos lointains ancêtres, pourquoi ne pas étudier les métissages de notre histoire ? Peut-être parce que souvent c’était moche, très moche.

Prenons par exemple le mythe romain de l’enlèvement des Sabines. Selon Tite-Live, les premiers Romains cherchent des femmes pour fonder des familles mais leurs voisins Sabins ne veulent pas leur donner les leurs. Alors les Romains rusent. Ils invitent les Sabins à une fête et profitent de l’occasion pour enlever leurs femmes… pas joli-joli. Même si la légende ne fait pas état de viols ni de rapports brutaux, tous les doutes sont permis. Dans d’autres circonstances, historiquement mieux documentées, les femmes des vaincus sont le butin des vainqueurs – quand on n’assiste pas tout simplement à des viols systématiques ou au recours massif à la prostitution locale, avec parfois des « accidents » aboutissant à des grossesses.

L’armée américaine en Corée de Sud a laissé derrière elle des dizaines de milliers d’enfants nés de mères prostituées, et il est probable que les « comfort women » aient eu des enfants avec des soldats japonais. En France aussi, pendant les guerres de 14-18 et 39-45, « un métissage » de grande ampleur a eu lieu, toujours dans des circonstances tragiques avec des conséquences dramatiques. Evidemment, avec une perspective multimillénaire et en faisant totalement abstraction des circonstances concrètes, on peut raconter une histoire heureuse du métissage et conclure qu’en fin de compte, le mélange est salvateur. Mais essayez de raconter cette histoire à un Français né en 1944 « sous X » ou à une Allemande née en 1946, neuf mois après le viol de sa mère par un soldat russe. Tout d’un coup, elle vous semblera beaucoup moins heureuse.

Poussées un peu plus loin, ces remarques permettent de poser une question explosive : au nom de quoi peut-on reprocher quoi que ce soit aux Européens ? Pourquoi l’arrivée en Australie des navigateurs hollandais en 1606 est-elle décrite de manière incontestée comme une catastrophe tandis qu’on ne sait strictement rien des conséquences des arrivages d’Homo Sapiens sur des terres peuplées par des Neandertal ou des Homo Erectus ? Et si parfois cela s’était très mal passé ? Selon ce que suggère le titre de la série, l’homme préhistorique peuple, il ne colonise pas, même quand il n’est pas le premier hominidé arrivé sur place. Présenter comme une évidence la supposée bienveillance de nos ancêtres, qui ne laissaient pas de traces écrites, permet de mieux accabler nos aïeux qui ont eu le malheur de documenter leurs actions minutieusement, laissant à leurs descendants d’excellentes pièces à conviction…

Notre préhistoire et nos origines sont des sujets fascinants, longtemps pris en otage par des idéologues et des politiques pour démontrer leurs idées folles. Il est ridicule de justifier l’exclusion des femmes de la sphère publique et leur assignation à domicile au prétexte qu’elles gardaient les enfants et le feu dans la grotte pendant que leur « mari » chassait le mammouth avec ses copains. Mais il est tout aussi ridicule de prétendre sans preuve que nos ancêtres hominidés pratiquaient une parfaite égalité des genres. Nous n’en savons tout simplement rien et même si l’on avait des indices sur un lieu et un temps donnés, cela ne signifierait pas que cette culture était hégémonique partout. Ceci est également vrai du caractère pacifique ou belliciste de nos aïeux. La question a été posée par Jean Guilaine et Jean Zammit dans Le sentier de la guerre, visages de la violence préhistorique : les guerres et autres formes de violence sont-elles un trait de caractère inné des hominidés ou bien sont-elles liées à une évolution culturelle ? Les chasseurs-cueilleurs vivaient-ils en paix avant que l’agriculture, la sédentarité et l’augmentation de la densité de la population ne poussent les hommes à s’entretuer ?  Qu’est-ce qui a joué : la testostérone ou la complexité croissante des sociétés liée à l’accumulation accélérée de biens ? Même si l’on sait que la violence n’était pas rare entre les tribus d’Australie ou d’Afrique, il serait hasardeux d’extrapoler cette donnée à l’intégralité de notre espèce et à la totalité de son histoire. Une seule chose est donc certaine, c’est qu’Arte ne s’embarrasse pas avec ce genre de précautions : ça a toujours été Woodstock !

Nigel Walk et Arte ont donc tout simplement remplacé une idéologie par une autre : à la place des préjugés racistes, ils avancent des préjugés progressistes. Il est parfaitement légitime de prétendre en 2015 que l’Europe et la France feraient bien d’ouvrir grand leurs frontières, comme il est parfaitement légitime de penser que c’est une erreur dramatique. En revanche, il est totalement absurde et malhonnête de le faire dire à Cro-Magnon.

Quand Homo Sapiens peuple la planète, série documentaire en cinq épisodes (Le berceau africainAsie, le grand voyageAustralie, un peuple aux confins du mondeEurope, la rencontre avec NeandertalAmérique, l’ultime migration) réalisée par Nigel Walk. Diffusée par Arte le 10 et le 17 octobre.