Dans un communiqué, les ministres de l’Education et de la Recherche Najat Vallaud-Belkacem et Thierry Mandon ont « apporté leur soutien » au directeur de l’IUT de Saint-Denis, Samuel Mayol, agressé vendredi pour la deuxième fois en dix-huit mois, et « souhaitent que le coupable de cette agression puisse être identifié dans les plus brefs délais afin que cessent ces agissements répétés ».

Outre que ce communiqué ne manque pas d’humour – comment va-t-on empêcher des agissements répétés (qui ne sont donc pas le fruit d’un seul homme) en arrêtant le seul coupable de l’agression ? – , on peut se demander si le gouvernement a tout fait pour que ce souhait ne soit pas un vœu pieux.

Car depuis sa première agression, en mai 2014, « de nouveaux faits sont signalés régulièrement aux autorités » nous apprend metronews.fr. Un article de Libération paru en juillet nous en dit un peu plus sur ces faits : « croix gammées et étoiles de David taguées sur sa porte », messages comme « c’est bientôt la fin, tu vas mourir, on t’avait prévenu », « photos de lui avec le mot « mort » écrit sur le front », au point que « l’homme est obligé de changer d’horaires et de trajets tous les matins. »

Les conclusions de l’enquête diligentée par l’Inspection générale de l’administration de l’Education nationale et de la recherche (IGAENR) sont pourtant claires : « Les dysfonctionnements repérés à l’IUT de Saint-Denis n’ont pas fait l’objet d’un suivi approprié », y apprend-on. L’homme n’a pas été davantage soutenu par Jean-Loup Salzmann, le président de l’Université de Paris XIII, dont dépend l’IUT puisque ce dernier a été « épinglé […] par un rapport de l’Education Nationale pour son inaction ».

Oui mais voilà, « il n’est pas certain que tout cela prenne sa source dans le conflit qui a eu lieu au sein de l’IUT » précise une source proche du dossier. Nous voilà rassurés ! Cela n’a peut-être rien à voir avec le conflit. En plus du conflit qui lui a valu des menaces de mort et une agression, le président a peut-être d’autres ennemis qui veulent sa peau : « On va te buter » a quand même déclaré l’agresseur, sans doute un membre du groupuscule extrémiste des opposants aux chiens. Quelle idée aussi de promener tranquillement son chien à Paris à une heure aussi tardive ?

Plus inquiétant encore que ces menaces et agressions à répétition sur un homme représentant à la fois l’autorité et l’école est le silence qui a suivi cet événement, autant de la part des journalistes que des politiques. Alors que pour commenter les propos de Nadine Morano, de Maïtena Biraben ou de Michel Onfray, il n’y avait plus assez de micros pour recueillir les indignations des uns et des autres, on ne trouve, depuis trois jours, pratiquement personne pour s’émouvoir du sort de Samuel Mayol et des agissements barbares de ses agresseurs et/ou harceleurs (sauf à considérer le message de « soutien » de la ministre comme une marque d’indignation, ce qui demande, il faut bien l’avouer, un sacré effort d’imagination).

Curieuse société que celle qui condamne sans cesse les conséquences supposées de propos jugés irresponsables mais qui oublie de réprouver les actes barbares. Qui n’a pas de mots assez forts pour fustiger les sorties médiatiques de certaines célébrités mais qui regarde les gens du peuple souffrir dans la plus grande indifférence.

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