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Migrants: Serbie, voyage au bout de l’arrière-cour

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Un siècle après la Première Guerre mondiale, l’avenir de l’Europe se joue à nouveau dans les Balkans. La péninsule est en effet à l’avant-poste de la crise migratoire qui s’abat sur le continent. Après avoir traversé sans s’arrêter, depuis la Turquie, la Grèce et la Macédoine, les migrants marquent plusieurs étapes en Serbie, font halte à Belgrade, où plusieurs camps de réfugiés ont été ouverts, avant de se diriger vers Subotica, petite ville devenue le point de passage obligé vers la Hongrie, porte de l’Union européenne. Cet été, un flux ininterrompu de gens a emprunté cet itinéraire. Fin juillet, ils étaient 2 000 à franchir chaque jour la frontière, en août, la moyenne se situait entre 3 000 et 5 000. Début septembre, on parlait déjà de 7 000 passages quotidiens. Après la fermeture de la frontière hongroise, 40 000 ont afflué en Croatie, en dix jours.

Qui sont ces migrants ? Pour la plupart, des Syriens. Ils fuient les zones de guerre, les camps de réfugiés de Turquie et du Liban, mais aussi, pour les jeunes hommes, la conscription obligatoire dans les forces du régime. Un certain nombre d’Afghans, dont d’anciens employés de l’armée américaine, cibles de la vengeance des talibans. Des Irakiens et des Pakistanais. Moins d’Africains. Peu de chrétiens d’Orient. Les quelques Syriens catholiques rencontrés fuient Damas, estimant que les jours du régime sont comptés.

Tous ont un seul horizon : l’Allemagne. Terre promise où coulent le lait, le miel et le travail. En août, après les déclarations de la chancelière Angela Merkel favorables à un large accueil, beaucoup de candidats à l’asile ont appelé leurs familles et leurs amis restés au pays pour les encourager à les rejoindre. Le smartphone arabe fonctionne très bien, et suscite un effet d’imitation très fort dans la ruée vers l’Europe. La Syrie se donne rendez-vous à Munich et Berlin. Ou alors, à Stockholm, Rotterdam et Bruxelles. La France, non merci : pays en crise, et réputé hostile aux musulmans.[access capability= »lire_inedits »] Reviendraient-ils en Syrie, si la paix était rétablie ? Oui, assurément, répondent beaucoup d’entre eux.

Les migrants ne ressemblent pas toujours au cliché de misère qui s’est imposé. Les migrants syriens ne sont pas tous pauvres. Issus en majorité des classes moyennes, ils sont professeurs, étudiants, médecins, ingénieurs. Ils financent leur passage en Europe grâce à l’argent de leur famille, qu’ils perçoivent via Western Union. À la gare routière de Belgrade, ils achètent leurs tickets pour le nord avec des liasses de billets, croyant que la monnaie en vigueur est l’euro, et non le dinar, cent fois moins élevé. Les guichetiers serbes, dont le salaire ne dépasse guère les 400 euros mensuels, se gardent bien de les prévenir.

Ils ne sont pas tous des jeunes hommes célibataires. La nouveauté de l’explosion migratoire de cet été est l’apparition de nombreuses familles, avec deux parents, flanqués de trois ou quatre enfants. On voit aussi des femmes seules, comme Aya et Djamila, deux sœurs syriennes. Institutrices à Alep, elles sont parties avec leurs enfants, mais leurs maris sont restés en Syrie, en attendant qu’elles s’installent en Allemagne. Elles voyagent avec d’autres femmes et se protègent mutuellement contre les agressions. Leur dignité est impressionnante. Alors qu’elles dorment à même le sol, dans ce parc de Belgrade transformé en camp de réfugiés, elles empilent leurs bagages pour me faire un fauteuil : « Assieds-toi, tu es notre invité ! »

Cependant, cette foule humaine n’est pas sans armes, ni haine, ni violence. Les bagarres sont nombreuses. Les coups de couteau pour une ration, de l’argent, de la drogue, ou pour rien, font périr des jeunes hommes qui ne verront jamais l’eldorado européen. Les rivalités ethniques et politiques réapparaissent : Afghans tadjiks contre Pachtounes, Arabes syriens et irakiens contre Kurdes. Et, bien sûr, les haines religieuses. Ces musulmans sunnites n’ont pas de mots assez durs contre les chiites. « L’Iran, les alaouites, le Hezbollah : tous des apostats ! » affirme Aya, l’institutrice d’Alep. Elle promet le pire au président syrien : « Quand Bachar sera renversé, il faudra égorger ses enfants sous ses yeux ! » Voilà un sentiment qui n’est pas très Charlie. Beaucoup de Syriens ont entendu parler du journal français. Pour certains, c’est la cause de leur refus de s’établir en France. « Vos journaux attaquent notre religion », estime l’un. « Charlie Hebdo a fait des dessins insultants du Prophète, c’est normal qu’ils aient été tués », juge un autre. Autant dire que certains ressassent déjà une revanche à prendre sur l’Occident.

Un chapeau sur la tête, la soixantaine bedonnante, Abdullah tapote sur sa tablette, assis contre un arbre, près de la gare routière de Belgrade. Distingué, parlant un anglais parfait, il se dit professeur à l’université de Kirkouk, en Irak. Au fil de la discussion, la courtoisie laisse place à un discours enflammé : « Vous êtes responsables de notre malheur ! Vous avez détruit l’Irak ! Vous êtes en train de détruire la Syrie ! Mais vous allez payer : cette année, vous allez avoir un million de réfugiés. Inch Allah, l’an prochain vous en aurez 3 millions. L’année suivante, peut-être 10 millions. L’Europe deviendra musulmane, et vous serez obligés de vous adapter à nous ! » On lui répond que les Français étaient opposés à la guerre d’Irak en 2003. « Et Mitterrand ? Il a participé à la destruction de l’Irak, en 1991. Américains et Anglais sont les plus grands criminels, mais tous les Occidentaux sont coupables. » Avant qu’on le quitte, le professeur tient à raconter l’opulence de l’élite irakienne des années 1980 : « Je pouvais visiter la France, l’Irak était riche. Pourquoi avez-vous tout détruit ? »

La même interrogation douloureuse anime Abdelhalim. Cet instituteur vient de Deir ez-Zor, ville à l’est de la Syrie, où s’affrontent les forces du régime et celles de l’État islamique. Lui, sa femme et ses filles dorment dans le même camp de réfugiés improvisé de Belgrade. Il a un frère à Düsseldorf, et compte vite le rejoindre. Rassuré que je sois français, et non américain, Abdelhalim donne libre cours à son ressentiment : « Pourquoi l’Amérique nous déteste-t-elle autant ? Pourquoi veut-elle la perte des Arabes ? Ils ont envahi l’Irak. Maintenant, ils ont conclu un pacte avec l’Iran ! » Bien qu’il soit passé entre les lignes djihadistes, ce n’est pas l’État islamique qui fait l’objet de son courroux, mais les États-Unis, et la dictature de Damas : « Cela fait cinquante ans que nous vivons sous le même régime ! Hafez Al-Assad, puis son fils Bachar. Nous sommes humiliés. Pourquoi cette injustice ? Les alaouites sont pires que Daech. »

Au sujet de l’État islamique, beaucoup de migrants parlent avec dégoût de « Daech », l’acronyme péjoratif du groupe djihadiste. Mais d’autres évoquent en arabe, sans acrimonie, « ad-dawla al-islamiyya », l’État islamique. C’est le cas d’Ahmed, jeune homme qui vient justement de Raqqa, la « capitale » syrienne du califat autoproclamé. Comment a-t-il pu parvenir jusqu’ici ? « Les Turcs m’ont laissé passer », se contente-t-il de dire, un peu gêné. Début septembre, un porte-parole de l’État islamique, Abou Mohammed Al-Adnani, a affirmé que « 4 000 combattants » se dissimulaient dans la foule de réfugiés. Menace réelle, ou coup de bluff ? Il est difficile d’analyser froidement la propagande de Daech, qui sait se servir des médias occidentaux comme caisse de résonance. La transe collective du 11 janvier était plus efficace pour bouleverser un pays, et moins coûteuse, qu’une batterie de missiles.

Un diplomate européen en poste à Belgrade, dont le métier exige l’anonymat, redoute que l’État islamique utilise ces déplacements de foule. Attablé au café de la gare ferroviaire, où attendent beaucoup de réfugiés, il laisse poindre son amertume : « Tout cela me fait penser aux invasions barbares de l’Empire romain décadent. » Il craint qu’à la faveur de cette vague migratoire, les djihadistes réactivent leurs liens avec les mafias albanaises, qui ont la haute main sur les réseaux de passeurs. Bien avant Daech, pendant les guerres yougoslaves des années 1990, les recrues du djihad mondial ont combattu les Serbes en Bosnie, puis au Kosovo. Le 31 août dernier, cinq jeunes hommes, venant de Macédoine et circulant dans une voiture immatriculée au Kosovo, ont été arrêtés à la frontière bulgare. Leurs téléphones étaient remplis de photos de décapitations, de prières salafistes et de symboles de l’État islamique.

Les séides de l’État islamique ne sont pas les seuls combattants à s’être glissés dans le flot des migrants. L’Europe est un déversoir des soldats de tous les camps s’affrontant en Syrie. On rencontre nombre de déserteurs de l’armée régulière. Il y a aussi ce réfugié, arrêté mi-août à la frontière serbe comme « terroriste » : Lait Al-Saleh, jeune homme venu d’Alep, a été identifié sur des photos le montrant barbu et brandissant une kalachnikov. Il était bien islamiste, mais pas djihadiste : il commandait une brigade de l’Armée syrienne libre, fondue dans un ensemble de groupes rebelles, le Front du Levant. Après un interrogatoire, il a pu poursuivre sa route vers les Pays-Bas, qu’il doit avoir atteints aujourd’hui.

Dans ce contexte, les rumeurs d’infiltrations djihadistes se répandent en Serbie. Les habitants sont persuadés d’être victimes d’un vaste complot mêlant les États-Unis, le Qatar et la Turquie, pour islamiser l’Europe. Le père Mirko Stefkovic, secrétaire de l’évêque catholique de Subotica, partage sans hésiter l’opinion dominante. Il s’appuie sur le précédent du Kosovo, province à majorité albanaise musulmane, qui a fait sécession après une guerre opposant la Serbie à la coalition américaine, en 1999. « Les États-Unis ont détruit ce pays, et ça continue, affirme le père Stefkovic. Ils disent que la Serbie est une dictature bananière ? Moi je dis que l’Amérique est un empire bananier ! »

Identitaires et cultivant la mémoire de l’occupation turque, les Serbes ont peur que cette migration soit une invasion musulmane douce. Mais, pour le moment, leur empathie et leur solidarité à l’égard des réfugiés dépassent leur peur. Le souvenir des réfugiés serbes chassés de Croatie et du Kosovo les pousse à aider. À Subotica, îlot de minorités catholiques hongroise et croate, dans ce pays à majorité orthodoxe, les équipes de l’ONG papiste Caritas se dépensent sans compter en faveur des réfugiés. Gabor Ric, coordinateur de Caritas dans la région, se rend quotidiennement dans le camp situé à la lisière de la ville. En fait d’un camp, c’est une usine désaffectée, investie par des groupes d’Afghans, de Pakistanais et de Syriens qui se succèdent dans les lieux. Gabor Ric leur demande : « Vous n’avez besoin de rien ? Nourriture ? Médicaments ? – Non, on part tout de suite ! » La Hongrie n’attend pas.

À 40 kilomètres de là, un grillage haut de 4 mètres, installé par la police et l’armée hongroises, court le long de la frontière, destiné à stopper les migrants. Nikola, réparateur de vélos de Subotica, apprécie la construction de ce « mur ». La Hongrie, au moins, fait respecter sa souveraineté, dit-il. Un brin provocateur, il me glisse : « Il ne faut pas dire démocratie, mais démon-cratie ! » Il aime le Premier ministre hongrois Viktor Orban, et surtout le président russe Vladimir Poutine. L’incarnation du grand frère orthodoxe, protecteur des Serbes. « Nous autres, Slaves, avons besoin d’hommes à poigne », avoue le père Stefkovic.

En Serbie, l’homme fort qui tire son épingle du jeu se nomme Aleksandar Vucic. Premier ministre depuis 2014, il dirige le pays en binôme avec Tomislav Nikolic, élu président en 2012. Hier fervents nationalistes, les deux hommes se sont convertis à l’ardente nécessité de faire entrer la Serbie dans l’Union européenne. Ils sont prêts à tout pour parvenir à cette fin, y compris à organiser une Gay Pride à Belgrade, malgré l’hostilité de la population et les émeutes de hooligans. Cette fois, la couleuvre à avaler est de contenir un maximum de migrants sur le sol serbe. « En échange de l’ouverture d’un nouveau chapitre du protocole d’adhésion, la Serbie est chargée de stopper elle aussi le flux, en créant des camps de réfugiés capables d’accueillir les centaines de milliers de personnes à venir », explique le diplomate européen de Belgrade. Avec cynisme, l’Europe continue de traiter les Balkans comme son arrière-cour. Pour ne pas brusquer la population serbe, la création de ces camps se tiendrait après les élections législatives prévues en mars 2016. Le parti progressiste serbe (SNS) au pouvoir est certain de rafler la quasi-totalité des sièges. « On a juste troqué un parti unique contre un autre », soupire le père Stefkovic. En face de l’évêché de Subotica trône toujours un monument communiste massif, installé après 1945, pour défier le clergé bourgeois.

Mais nombre de Serbes ne sont pas dupes de la manœuvre. « Le Saint-Graal de l’Union européenne ? C’est une illusion, dit Vladimir, jeune webmaster de Subotica. L’Europe est morte, on le voit bien en Grèce, c’est une folie de se sacrifier pour la rejoindre ! » Chrétien pratiquant, Vladimir est bouleversé par la tragédie humaine des migrants. Il participe aux banques alimentaires de Caritas pour les réfugiés. Mais s’ils venaient à rester ?

Des deux côtés de la frontière serbo-hongroise, le quotidien des habitants est bouleversé. « La région est devenue une zone de non-droit », tempête Laszlo Toroczkai, maire d’Asotthalom, première bourgade hongroise après la frontière serbe. Lié aux nationalistes locaux, il joue les durs devant les journalistes, avec sa carrure de cavalier magyar. Mais devant les groupes de migrants qui traversent impunément son village, il perd pied : « C’est l’anarchie. Il n’y a plus de police, plus de loi. C’est ça qui me terrifie », lâche-t-il dans son bureau municipal. Les Serbes et les Hongrois ont le sentiment aigu de ne plus maîtriser leur destin. Cette inquiétude semble largement partagée en Europe.[/access]

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00727488_000021.

Abattoir d’Alès: l’antichambre de la barbarie

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abattoir ales viande

Depuis la diffusion par l’association L214 d’images difficilement soutenables, tournées en caméra cachée à l’intérieur des abattoirs de la ville d’Alès, je scrute Causeur pour y trouver une réaction à ce sujet. Rien. Ce site, où l’on aborde pourtant tous les problèmes de société sans tabous, n’a pas trouvé utile de réagir. Par indifférence ? Ou en estimant qu’il s’agit d’un fait d’actualité secondaire?

Certes, ce n’est ni la première ni la dernière fois que l’on voit des hommes découper la patte d’un cheval ou d’une vache encore vivants. Mais tout le monde s’indigne (légitimement) devant les exactions de Daech torturant à mort des enfants, alors que ce type de pratiques barbares perdure depuis des millénaires…

Et si la violence infligée aux uns quotidiennement, avec l’assentiment général, autorisait la violence infligée aux autres par à-coup ?

Je n’ai pas eu besoin de regarder les images de L214 jusqu’au bout pour savoir qu’un animal est moins qu’un objet pour la plupart d’entre nous. Sauf qu’on ne s’acharne pas sur un objet, on ne martyrise pas un objet, à moins d’être atteint d’une crise de démence. Tant que nous n’aurons pas réalisé qu’il n’y a qu’une différence de degré- et non de nature – entre l’animal et nous, il en sera ainsi.

Alès n’est pas un accident, Alès c’est la norme dévoilée au grand jour. L’horreur quotidienne qu’on ne veut pas connaître, qu’on ne veut pas voir et qui nous fait ricaner pour ne pas avoir à se pencher sur ce que cette vidéo dit de l’abomination de notre propre nature.
La souffrance physique, la terreur, la peur de mourir, la dépression, mais aussi l’amitié, la joie, la jalousie, la convoitise, nous éprouvons tout cela. Les animaux l’éprouvent aussi. À un degré différent. Tous ceux qui les côtoient dans la bienveillance le savent. Bien qu’elles finissent dans notre assiette, vaches et poules n’échappent pas à la règle…

Certains prétendent qu’il faut d’abord s’intéresser au sort des humains, à l’exclusion de tout le reste. Mais comment régler la violence de l’humanité sans nous pencher sur la souffrance imposée au monde animal ? Au fond, il ne s’agit pas seulement d’animaux, mais de notre propre comportement, du respect que nous devrions avoir pour nous-mêmes. Si nous décidions de ne plus admettre la moindre violence à l’encontre du monde animal, celle que l’on s’inflige entre humains pourrait s’amenuiser, voire disparaître. Depuis les philosophes de l’Antiquité grecque, et sans doute avant eux, des gens se sont posé la question, à toutes les époques. Si l’on apprenait à respecter intégralement l’animal cela n’instaurerait il pas, peu à peu, une barrière morale infranchissable pour la violence ? Comme pour l’inceste, comme pour la zoophilie. Sauf pour les esprits désaxés pour qui rien n’est infranchissable.

Lorsqu’on en prend conscience, on se rend compte que nous vivons sur un océan de souffrance animale. À chaque seconde, ils sont des milliards à souffrir, à mourir dans des conditions souvent atroces. Pour nous nourrir, nous vêtir, pour la médecine, pour tester et re-tester nos maquillages, tester et re-tester nos lessives, pour ajouter un col de fourrure à une parka qu’on jettera l’an prochain, pour une fanfreluche au bout d’un porte-clef…

Entendons-nous bien. Il ne s’agit pas de devenir tous végétariens, mais de respecter cet autre monde de vivants. Les animaux d’élevage sont sous notre responsabilité. Ils doivent pouvoir vivre leur vie d’animal, voir le soleil, vivre avec leurs congénères dans assez d’espace. Puis mourir le plus vite et le plus proprement possible. Ce ne sont pas des objets de consommation.

Nous n’arrêtons pas de parler de valeurs morales, mais où est la morale dans notre société d’exploitation généralisée? Jean-Luc Mélenchon, pour qui je ne vote pas, a dit récemment en s’opposant à l’agriculture industrielle et à la ferme des Milles Vaches : « …à la fin on finit par prendre l’habitude de traiter les êtres humains comme on traite les animaux, c’est à dire comme des purs objets à produire. La révolte d’un humaniste doit être globale… ». C’est une des seules paroles sensées que j’ai entendue ces derniers temps.

Laurent Baffie mis en examen pour injure publique

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« Elle est partie, la pute ? » C’est en ces termes que Laurent Baffie s’était enquis de la présence de Virginie Tellenne (Frigide Barjot) sur le plateau de « C à vous », l’émission de France 5 à laquelle il était convié le 17 novembre 2014. L’année précédente, déjà, il l’avait publiquement traitée de « connasse », en son absence bien entendu. Plus classe, tu meurs. Mais personne ne s’était ému de cet acharnement ad hominem (oui, en latin Frigide Barjot est un homo comme un autre). Au contraire, les sites d’info s’étaient fait un plaisir de relayer la vidéo du « clash » pour exciter les hyènes 2.0 sur Twitter et ailleurs.

Depuis, la plainte déposée par la victime pour injure publique a valu au célèbre « sniper » d’être convoqué par les enquêteurs, le 18 août dernier. Et sa déposition, que Causeur s’est procurée, vaut son pesant de cacahuètes… A la question « Reconnaissez-vous que le terme de « pute » puisse être considéré comme une expression outrageante et méprisante pour la personne visée ? », Laurent Baffie trouve amusant d’avouer que « cette comparaison est très outrageante pour les prostituées ». Et il « s’excuse donc auprès de toutes les prostituées » pour lesquelles il dit avoir « beaucoup de respect », contrairement à « la personne visée ».

Mais attendez, il y a encore plus bidonnant. Au lieu de lui rappeler fermement la loi, et de faire remarquer au rigolo que sa réponse pourrait être interprétée par un juge comme la preuve de sa volonté d’insulter la victime, les « enquêteurs » enchaînent directement sur une question ahurissante : « Y aurait-il une connotation humoristique ou décalée au moment où vous tenez ces propos ? » Transposons la question dans le cadre de l’audition d’un jeune banlieusard suspecté de trafic de drogue, par exemple. Cela donnerait sans doute : « Quelqu’un vous aurait-il glissé ce sachet de cocaïne dans la poche, profitant d’une minute d’inattention ? »

Au terme de cet interrogatoire à décharge, « l’humoriste » n’a eu qu’à acquiescer aux suggestions des enquêteurs pour affirmer la main sur le cœur qu’il faisait de l’humour, rien que de l’humour. Au passage, il n’a pas omis d’assurer qu’il ignorait être à l’antenne au moment de prononcer ces mots. Et pour cause : l’injure publique, lorsqu’elle est caractérisée, coûte infiniment plus cher que si elle est proférée en privé. Bien qu’invraisemblable, dans une émission connue pour mettre en scène l’entrée des invités par une porte donnant sur le plateau, cette version pourrait faire économiser une jolie somme au pauvre saltimbanque barjophobe…

Laurent Baffie a finalement été mis en examen le 7 octobre. En attendant une décision de justice, on comprend mieux la séquence de l’émission « On n’est pas couché », samedi dernier, où il avait traité Yann Moix de « merde »… pour mieux lui signifier quelques minutes plus tard que, bien sûr, c’était pour rire ! Ce vrai-faux clash avait laissé perplexes un certain nombre de téléspectateurs, qui n’en percevaient pas bien le sens ni l’intérêt. Au vu de ses démêlés judiciaires du moment, le clown cherche de toute évidence à démontrer que l’injure n’est jamais, de sa part, qu’une bonne blague. Et si, sur un malentendu, Yann Moix venait à porter plainte, le courageux Baffie jurerait sans doute qu’il ne pensait pas être filmé…

*Photo : SIPA.00696192_000078

Zemmour, Onfray et les autres, ces suppôts du réel

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michea guilluy amselle joffrin

« La gauche est une route rectiligne, dédaignant le paysage. La réaction est un chemin qui serpente entre les collines. » Dans cette phrase de Nicolás Gómez Dávila, la « gauche » est à entendre comme le « progrès », et ce dernier comme inconditionnel. Quant à la « réaction », l’auteur s’y référait constamment en lieu et place du mot « droite », déprécié par les réflexes marchands qui peu à peu s’y sont rattachés. Hostiles aussi bien au socialisme qu’au capitalisme ou à la démocratie d’opinion, les aphorismes de Gómez Dávila feraient aujourd’hui bondir le landerneau du prêt-à-penser. Néanmoins, sa formule lapidaire mise en exergue nous instruit parfaitement de ce qui, d’un point de vue idéologique, est en train de se passer aujourd’hui en France : un retour de bâton.

À entendre Léa Salamé, les réactionnaires sont partout, on n’entend qu’eux, il n’y en a que pour eux. Elle en veut pour preuve les couvertures d’hebdomadaires sur lesquelles on peut voir régulièrement Finkielkraut, Zemmour, Onfray. Mais également Onfray, Zemmour et Finkielkraut. Ainsi que Zemmour, Finkielkraut et même Onfray. C’est dire ! Franchement Léa, la « réaction », combien de divisions ? De plus en plus chez les petites gens, très certainement, et il faudra vite expliquer pourquoi. Mais combien de généraux ? Et surtout, Léa, combien en face ? Combien d’universitaires, d’auteurs, d’éditeurs ? Combien de journalistes et de présentateurs télé ? Combien de chanteurs et de bateleurs en tous genres ? Combien d’acteurs, de producteurs, de scénaristes ? Combien de professeurs et d’instituteurs ? Combien d’entre eux sont dévoués corps et âme et ouvertement à l’idée du Bien qu’on impose aux Français depuis un demi-siècle ? Et dans la classe politique, combien de « réacs » ? On nous assure maintenant que Nadine Morano en est. Est-ce bien sérieux ? Parlons de son cas une minute puisque c’est un lièvre que Mademoiselle Salamé et son nouveau complice Yann Moix ont eux-mêmes levé.

Nadine Morano est une habituée des plateaux nocturnes de Laurent Ruquier. Du moins l’était-elle encore récemment. Bien qu’elle n’ait pas inventé le jeu de quilles, peut-on sincèrement imaginer une seule seconde que ses derniers propos tenus dans On n’est pas couché aient consisté à affirmer que la France avait vocation à demeurer un pays de race blanche ? Les yeux dans les yeux, et sans croiser les doigts sous la table, est-ce seulement envisageable ? Non, sauf à penser qu’elle ait voulu, ce soir-là, se suicider médiatiquement, précisément parce que l’anti-progressisme ne fait pas la pluie et le beau temps dans les médias. Car il est évident que les « commissaires aux idées propres » (Taguieff) appointés par Monsieur Ruquier ne pouvaient laisser passer un tel « dérapage »… qu’ils ont par ailleurs pour tâche de provoquer. Au moins est-ce pratique pour le patron : il n’a pas à leur jeter d’os à ronger, ils se servent directement sur la bête. Quand on a des idées en vent contraire et que l’on n’est pas préparé à aller au combat pour les défendre, on ne va surtout pas chez Ruquier, même pour un livre à vendre. À moins, bien sûr, que le fiasco induit fasse partie de la stratégie de l’éditeur : faire le buzz coûte que coûte.

Le cas Morano est révélateur de la standardisation des propos dans les médias de grande écoute. Il ne s’agit nullement d’une offensive « réactionnaire » encouragée voire orchestrée en sous-main par un méchant de service. Il s’agit au contraire d’une chape de plomb sémantique qui ne parvient plus à contenir tout le réel. Celui-ci dégouline, et c’est parce qu’il dégouline que des gens regardent encore les émissions de Laurent Ruquier le samedi soir – que l’intéressé en soit informé. C’est parce que l’on peut encore y glaner quelques vérités pas bonnes à dire que son talk-show attire le chaland. De la même manière, c’est parce que les susmentionnés Zemmour, Onfray et Finkielkraut font vendre du papier à nos pucelles effarouchées qu’une bonne partie de la presse politique survit. Certains ont beau jeu, après cela, de déplorer que le seul romancier français connu et reconnu à l’étranger – Michel Houellebecq – soit lui-même un pisse-froid réactionnaire ; ils seront toujours les premiers à le promouvoir.

C’est là que le bât blesse. Chez Taddeï l’autre jour, Eugénie Bastié informait l’oracle Attali du grand retour du Réel, de son débordement disais-je plus haut. C’est inéluctable, et ils seront nombreux ceux qui, bientôt, ne pourront plus parader, gesticuler pour ne rien dire et ergoter sur l’emploi de mots que le bon peuple est ou n’est pas en mesure de comprendre. Il leur faudra alors lâcher d’une main ce à quoi ils tiennent le moins pour s’agripper à ce qu’ils revendiquent le plus. Il leur faudra choisir entre un vieux corpus féérique et doctrinaire, et l’appât du gain relativement à la demande. Ils devront accepter que leurs chimères ne puissent plus abuser qui que ce soit et qu’elles basculent dans le folklore le plus insignifiant. Ou alors ils devront retourner leur veste afin de donner au peuple ce qu’il demande et, à nouveau, retrouver sa confiance. Et ses deniers. Autrement dit faire non seulement avec Zemmour, mais avec tous les Zemmour en puissance, c’est-à-dire tous les citoyens français qui, de gauche ou de droite, de bonne ou de mauvaise foi, de propos réfléchis, nuancés ou rentre-dedans décryptent le monde chaque jour sur le web pendant que des intellectuels organiques se servent mutuellement la soupe dans les médias aseptisés.

Alors oui, le vent tourne et la parole se délie à la base. Et comme dans ce pays tout fonctionne à la majorité, le haut du panier tremble à l’idée que la pensée « nauséabonde », rompue aux techniques putassières du progrès de commande, enrôle à son tour des majorités. Le progrès n’a plus la cote et il l’a bien cherché. À trop prendre les gens pour des demeurés, ses sectateurs ont ménagé une autoroute à la « réaction ». C’est elle qui vient désormais, tout le monde l’a compris. Et la partie se jouera entre réactionnaires, opposant d’inévitables extrémistes aux modérés d’entre eux. Sans oublier, bien sûr, de farouches « partisans du réel » qui s’ignorent. En effet, qu’elle assume ou non le qualificatif, toute personne se reconnaissant dans les propos liminaires de Gómez Dávila est, de fait, « réactionnaire ». Bienvenue au club.

*Image : Soleil.

Au couteau

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Si, allant au boulot, vous recevez un coup de couteau dans le dos et êtes toujours en vie, plaignez plutôt votre assassin qu’un militaire vient de neutraliser. Mais n’oubliez pas le conseil d’Anaël, écolière de 17 ans, de ne pas retirer le couteau de la blessure. Attendez les secours qui vous conduiront à l’hôpital Hadassa, en compagnie de votre agresseur.

Et surtout, si vous êtes interviewé par un journaliste enderlinien, n’omettez pas de vous insurger contre la disproportion entre les ripostes de vos compatriotes et le piquant des spadassins improvisés dont vous fûtes victime. Parlez « d’usage excessif de la force », comme John Kirby, si le terme éculé de « disproportion » ne vous agrée plus pour qualifier la riposte aux actions terroristes.

N’oubliez pas dans votre description d’énoncer en premier la mort du Palestinien, surtout s’il s’agit d’un jeune, de mentionner le nombre des Palestiniens tués et blessés depuis le début de la guerre des couteaux, pour finir, le plus discrètement possible, par avouer que la principale victime avait tenté de vous zigouiller.

Et, puisque des braves parmi les braves viennent d’incendier le tombeau de Joseph, n’omettez pas de suggérer qu’après tout ce dernier, qui avait sauvé l’Égypte de la famine, pouvait bien être Palestinien, c’est certain. Les « colons » en colère ne peuvent donc que se tromper de cible en pourfendant les incendiaires ; se prendraient-ils eux aussi (comme dans nos banlieues) pour des Palestiniens !

Bref, tout ça pour vous faire dire qu’en Israël on n’a pas à se plaindre d’être un peu assassiné. À quoi bon, sans cela, un mur des Lamentations.

Hongrie : la révolte d’octobre 1956, vue de Paris

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Hongrie Budapest 1956

Né avec le baby-boom d’après-guerre, j’avais 10 ans en 1956. Un âge où les événements s’ancrent très profondément dans notre petit crâne pour ne plus en ressortir. Tel est le cas de ces journées de la fin octobre 1956 (23 octobre-4 novembre) dont je garde encore des souvenirs très vivants.

Deux me reviennent immédiatement en mémoire. Celui d’un dimanche matin (le 4 novembre, je pense) où, alors que nous sortions de l’immeuble, mon père furieux chassa deux pauvres bougres réfugiés sous notre porche pour y vendre l’Humanité dimanche. Second souvenir : le retour dans notre chambre de mon frère rentrant, en pleine nuit, d’une manifestation devant le siège de l’Humanité[1. Il me semble que c’est cette place (siège du PCF et du journal l’Humanité) qui a été rebaptisée place Kossuth en mars 1957… Geste hautement symbolique !]. Nous racontant que les occupants de l’immeuble, pour éviter l’assaut, leur jetaient des plombs d’imprimerie par les fenêtres. Son trophée : un bâton piqué au passage à un CRS.

Autre souvenir qui nous avait tous marqués : le décès du photographe Jean-Pierre Pedrazzini et ses dernières photos dans Paris Match. Peut-être est-ce là bien peu de choses, somme toute (sinon le tragique destin de Jean-Pierre Pedrazzini) ? Non, pas si peu !

Je ne sais ce qu’il en a été ailleurs, en Europe et dans le monde, mais je peux affirmer qu’autour de moi, ces événements marquèrent très profondément l’opinion, et pas seulement dans mon milieu. Seuls s’obstinèrent dans leur incroyable aveuglement les dirigeants du Parti communiste français et une bonne partie de ses adhérents. Une honte quand je pense aux réactions observées ailleurs, par exemple chez les communistes italiens. Autre honte dont nous restons encore marqués, près de 60 ans après : la passivité complice de nos gouvernements. Pas seulement en France, mais dans tout le monde occidental dit « libre ».

C’était la première fois qu’un peuple se soulevait contre l’oppression du régime communiste. Certes, l’opinion gardait en tête le souvenir d’émeutes qui s’étaient produites trois ans plus tôt en Tchécoslovaquie (Ostrawa, Pilsen) et surtout à Berlin, ces dernières violemment réprimées par les chars russes. Et puis, il y avait eu quelques mois plus tôt cette insurrection des ouvriers polonais de Poznań qui devait déboucher sur l’élection de Gomułka aux commandes de la Pologne, précisément le 23 octobre. Mais rien à voir avec ce qui se passait en Hongrie.

On eût donc pu espérer un soutien de l’Ouest. Mais il ne fallait pas rêver ! (Et les pauvres Hongrois furent nombreux à rêver…) Qui allait risquer un conflit ouvert pour ce « petit » pays, certes attachant, mais sans véritable enjeu stratégique ? On a souvent invoqué la crise de  Suez comme excuse pour expliquer la non intervention, du moins des Français et Britanniques. Non. Il s’agissait tout simplement de ne pas remettre en cause les accords de Yalta et surtout de ne pas prendre de risque « inutile » pour « une poignée d’insurgés ». Les Hongrois ne nous le pardonneront jamais et ils ont bien  raison.

Ceci dit, reconnaissons que la démarche eût été condamnée à l’échec. Cela ne nous dispensait pas de faire pression – mais comment ? Ce que nous en savons est que, de son côté, Khrouchtchev – mis un moment en minorité au Bureau politique – était coincé par l’intransigeance des Chinois qui lui reprochaient d’avoir joué les apprentis sorciers avec ses révélations du XXe Congrès. Ne refaisons pas l’Histoire et ne nous lançons surtout pas dans une analyse de plus qui n’apporterait rien de nouveau. Des bibliothèques entières sont consacrées au sujet.

Il serait peut-être plus intéressant de faire un bond de 59 ans pour nous replacer, face à ces événements, dans la Hongrie actuelle, celle de 2015. En France, mon entourage ne cesse de se référer, non sans une certaine nostalgie, à la révolution de 1956 pour louer le courage du peuple hongrois. Et quel courage ! Quand je revois ces clichés de jeunes enfants se hissant sur des tanks pour y lancer des cocktails molotov[2. Contrairement à une idée répandue, ce n’est pas à Budapest qu’a été inventé le cocktail molotov, mais en Finlande, pour lutter contre l’invasion russe de 1939 ; c’est toutefois à Budapest qu’il a acquis, si je puis dire, ses lettres de noblesse.], j’en reste encore empli de respect et d’admiration. Et aujourd’hui ? Quitte à jouer les rabat-joie et à contrarier ou décevoir les lecteurs français, je dirai que ce n’est plus vraiment tout-à-fait le même peuple… De même, pour prendre une comparaison simpliste, que leur sélection nationale de football n’a plus rien à voir avec celle où brillaient dans les années cinquante les Puskás, Kocsis et autres Grosics.  Bref, de nos jours, l’héroïsme n’est plus trop de mise.

Le gros de la population hongroise semble plutôt caractérisé par une attitude de méfiance, voire de passivité, qui confine presque à la résignation face, non seulement au milieu politique, mais à la chose publique en général. Les sondages le montrent : près de la moitié des Hongrois se déclarent sans opinion quant au choix d’un parti. Certes, quand on sait les soucis matériels auxquels sont confrontés nombre de ménages dans ce pays, on peut comprendre. Mais en 1956 ? Vivaient-ils mieux ? J’en doute. La politique du « communisme goulache » n’allait être inventée que bien plus tard.

Ceci dit, nous serions bien présomptueux, dans notre petite peau de Français, de leur reprocher ce manque d’engagement. D’autant que, si j’en crois les nouvelles reçues de France, mes compatriotes ne semblent guère plus motivés et le climat politique pas brillant non plus, loin de là…

En attendant des jours meilleurs, une petite consolation : chaque année, l’anniversaire fait l’objet d’un rassemblement sous l’Arc de Triomphe, où se retrouvent plusieurs centaines de participants pour honorer la mémoire des combattants de 56. Voilà qui nous soulage un peu du poids, sur notre conscience collective, de ce silence complice dont ont fait preuve nos autorités à l’époque.

Je retrouve alors le jeune Parisien de 10 ans et les souvenirs encore si vivants qu’il a laissés au senior de 2015, devenu Budapestois, de fait et de cœur.

*Photo : Flickr.com

Ce que j’aurais dit au lendemain des élections suisses

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suisse udv freysinger

Dans la dernière semaine de campagne précédant le vote du 18 octobre, j’ai été invité par la radio suisse romande à commenter l’issue du scrutin aux nouvelles du lendemain, lundi 19 octobre.
Je devais en débattre avec l’historien marxiste Hans-Ulrich Jost et le blogueur branché Johan Rochel.
J’ai accepté, malgré mon peu d’intérêt pour la campagne en soi : c’était l’occasion d’esquisser l’atmosphère d’ensemble du pays, de décrire le style de ces élections, mais aussi, pour ma part, de relever les thèmes qui n’avaient pas été abordés au cours de cette saison fort pauvre — selon les journalistes — en débats et en idées.
Il y aurait eu pourtant de quoi discuter, hormis les éternels sujets immigration-sécurité-souveraineté-intégration européenne. Sur mon carnet figuraient les points suivants :

– Effondrement (mal masqué) du niveau scolaire général.
– Menaces environnementales graves (100 failles dans la vieille centrale de Beznau).
– Menaces sur la sphère privée.
– Bureaucratisation.
– Retard et cherté des structures technologiques publiques (WiFi public, téléphonie) par rapport à des pays bien moins développés.
– Opposition entre ce qui est voté et ce qui est élu (l’élu s’employant généralement à défaire ou amortir ce qui est voté en référendum)
Poids des cartels.
– Et surtout : absorption de la plupart (>95 %) des élus dans des conseils d’administration.
(Faisant partie de ceux qui croient qu’une politique démocratique ne se décide pas dans les cabinets feutrés, mais en place publique, je suis particulièrement préoccupé de cet achat massif de voix qui, dans des pays moins « propres sur eux » serait simplement appelé de la corruption. Étrangement, je n’ai entendu personne promettre de ne pas s’y prêter…)

Bref, les élections n’ont pas abouti au « statu quo » annoncé (espéré ?) par les journalistes, mais à une poussée modérée de la droite bourgeoise. Cela a suffi à mettre la rédaction de la RTS sens dessus dessous. Du coup, nous sommes quelques-uns dans ce pays à avoir été témoins d’un ballet rédactionnel ahurissant, confinant à la panique.
À 21 h 45, je recevais un SMS m’annonçant ma désinvitation (si j’avais, comme beaucoup de gens, coupé mon téléphone, j’eusse fait le cocu à la porte du studio, le lendemain matin !). Le motif était pour le moins curieux : comme si les invités d’une option « statu quo » n’étaient plus qualifiés pour commenter l’option « poussée à droite »…

À 22 h, j’apprenais qu’on avait organisé à la place un débat entre les quatre chefs de partis romands, dont Oskar Freysinger.

À 22 h 30, j’apprenais dudit Oskar que leur débat était finalement annulé et qu’on avait invité le conseiller national UDC Yves Nidegger face à… Hans-Ulrich Jost, encore, ainsi qu’à l’éléphant socialiste Andreas Gross et au brillant historien des idées Olivier Meuwly.
On peut écouter ici ce débat qui fut courtois et articulé. Le problème, c’est qu’on est délibérément retombé sur les vieilles scies mille fois débattues : « réflexe de peur » — « insécurité » — « isolement » — « intégration européenne ou bilatérales », assaisonnées de spéculations sur la stratégie à venir des partis. Les questions de fond, à l’exception des « marronniers » qui font le beurre de l’UDC, étaient évacuées.

Si vous me demandez qui fait le beurre de l’UDC, je détiens maintenant la réponse, expérience faite : les journalistes eux-mêmes ! Ce sont eux qui amènent, sciemment ou non, toujours les mêmes sujets sur le tapis, eux encore qui focalisent l’attention du public sur la stratégie et la tactique du pouvoir au lieu de traiter les sujets de fond qui légitiment ce pouvoir.

Ce rétrécissement des perspectives est devenu structurel. C’est une seconde nature. L’opinion publique de ce pays — comme chez les voisins — étouffera intellectuellement à force de se voir poser de telles œillères. Il est grand temps d’ouvrir les yeux sur le fonctionnement réel du système de conditionnement des masses auquel nous sommes soumis, et que nous sommes priés de financer par nos redevances.

*Photo: Pixabay.

Retrouvez cet article sur le blog de Slobodan Despot.

Nazisme, islamisme et racisme paternaliste

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Il est toujours troublant quand on suit par mégarde un débat à la télévision (par exemple dans « Ce soir ou jamais » ) et qu’il est question d’Israël et de la Palestine, de ne jamais entendre un participant rappeler les liens plus qu’étroits entre les nazis et les musulmans,  alors que nombreux ouvrages d’historiens ont rappelé des faits qui projettent sur l’actualité récente un passé peu glorieux. Depuis le grand mufti Al-Husseini de Jérusalem, un père spirituel d’Arafat, qui projetait en 1946 de poursuivre le combat d’Hitler jusqu’à Sayyid Qutb – le Karl Marx du monde musulman – pour lequel tout ce qui est juif est mauvais et tout ce qui est mauvais est juif. Haine des Juifs donc largement partagée et haine des Américains dans une logique imparable du Complot.

Le dernier livre sur ce sujet est Djihad et haine des juifs de Matthias Küntzel avec un avant-propos de Boualem Sansal qui, lui au moins, est conscient du problème. Sans comprendre pourquoi les Européens  se montrent d’une incroyable hypocrisie dès lors qu’on détricote le fil rouge de cette haine  congénitale des Juifs  qui débute avec Mahomet à Médine et se poursuit avec l’Intifada présente.

Mais d’où vient, selon l’historien Matthias Küntzel interrogé dans Le Point, cette occultation de la réalité par les intellectuels  ?  Pourquoi les appels à détruire  Israël et à exterminer les Juifs ne sont-ils pas pris au sérieux ?  Réponse de Küntzel :  » Parce que les Arabes sont condamnés à jouer le rôle des opprimés que des intellectuels condescendants cherchent constamment à excuser.  » Il s’agirait d’une forme de racisme paternaliste, le racisme étant la chose la mieux partagée du monde, y compris par ceux qui se montrent le plus vigilant à  son égard. C’est une hypothèse. Il y en a sans doute d’autres. À chacun d’en tirer ses conclusions ….provisoires. Forcément provisoires.

Pourquoi les migrants migrent

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 « Pour les Syriens, c’est soit l’Europe, soit la mort ! » C’est avec cet argument que Bernard Moraine, maire divers gauche de Joigny (89), a essayé de convaincre l’une de ses administrées, devant les caméras du JT de France 2, de la nécessité d’accueillir des migrants dans la ville. L’ombre terrible du corps inanimé d’Aylan Kurdi, le garçonnet syrien échoué sur une plage turque, planait bien entendu sur cet échange furtif. Un Rimbaud du xxie siècle pourrait lui dédier « Le Dormeur de la plage », tant la photo donne l’impression que l’enfant est seulement assoupi et qu’il va, d’un instant à l’autre, ouvrir les yeux et demander son père et sa mère. Cependant, aussi émouvante soit cette image dont on nous a répété sur tous les tons qu’elle valait tous les discours du monde, elle ne véhicule en réalité que des raccourcis et des approximations qui brouillent le débat public. L’afflux de demandeurs d’asile constitue en effet la quatrième vague migratoire depuis 1945 (après l’immigration liée à la Seconde Guerre mondiale, l’immigration de travail des années 1950-1960 et l’immigration familiale et économique des années 1970-2000), et elle pourrait changer en profondeur les sociétés européennes. Dans ces conditions, il serait irresponsable d’en rester au stade de l’émotion. Pour définir la bonne politique, il faut donc commencer par bien nommer les choses.[access capability= »lire_inedits »]

Commençons par la tragédie indéniable des Kurdi, cette famille syrienne qui a perdu trois de ses membres au large des côtes turques dans la nuit du 3 au 4 septembre. Selon le journaliste syrien Mustefa Ebdi, interrogé par l’AFP, les Kurdi, qui habitaient Damas, ont quitté la capitale syrienne pour Alep en 2012, avant de gagner Kobané, probablement pour rejoindre d’autres membres de leur famille. Quand, à l’automne 2014, cette ville est attaquée par les forces de l’État islamique, les Kurdi partent en Turquie où ils séjournent quelques mois. Début 2015, la victoire des milices kurdes leur permet de regagner Kobané. Mais la reprise des combats autour de la ville en juin est sans doute la crise de trop. Les Kurdi décident de quitter la Syrie pour essayer d’émigrer au Canada, où vit la sœur du père, Abdullah Kurdi.

Malheureusement, les Kurdi  ne parviennent pas à obtenir le statut de réfugiés qui leur permettrait de partir directement pour le Canada, notamment parce qu’ils ne possèdent pas de passeports, le gouvernement syrien n’en délivrant pas à ses citoyens kurdes. Ils prennent donc un bateau pour l’Europe où ils espèrent décrocher leur visa canadien. On connaît la triste suite. Les médias ont peu parlé, cependant, du fait qu’Abdullah Kurdi avait choisi de rester à Kobané où il a enterré  sa femme et de ses deux fils. Depuis, il ne veut plus quitter la ville. Sans minimiser les difficultés et les dangers auxquels cette famille a dû faire face, on peut difficilement prétendre qu’au moment d’embarquer pour la périlleuse traversée des côtes turques vers Kos, les Kurdi avaient la mort aux trousses.

Autrement dit, le problème de la plupart des Syriens qui affluent en Europe n’est pas de sauver leur peau mais de se trouver un avenir. Qu’ils errent en Syrie comme les Kurdi ou qu’ils croupissent dans les camps de réfugiés en Jordanie, au Liban et surtout en Turquie, quelque 10 millions de Syriens ont toutes les raisons de s’interroger sur leur avenir après des années de guerre civile. En l’absence d’horizon collectif et individuel, ils ne savent pas s’ils doivent prendre leur mal en patience ou s’ils feraient mieux, au contraire, de se mettre en mouvement pour sortir de la dépendance humanitaire, commencer à se reconstruire, à étudier, travailler et s’inventer un nouveau futur pour eux-mêmes et leurs familles.

Ce n’est donc pas une menace directe qui incite des centaines de milliers de personnes, souvent installées dans des camps en lieu sûr à l’abri de la guerre, à émigrer. Ce n’est pas la mort qui les pousse mais le désir de vivre qui les attire. Leur projet – tout à fait légitime de leur point de vue – est donc de devenir résidents et citoyens des pays européens, notamment de l’Allemagne. Cette migration est – et il faut le dire clairement – une migration de peuplement, c’est-à-dire un déplacement dont l’objectif est l’installation définitive dans le pays d’accueil. Si on rappelle que la Syrie, l’Irak, la Libye et le Yémen n’ont plus les capacités de garantir la sécurité de leur population, cela signifie qu’il existe dans ces régions un « réservoir » d’immigration potentielle de plusieurs millions de personnes. Après les vagues de l’été, essentiellement constituées de jeunes physiquement et mentalement aptes à relever les défis de la traversée des frontières et de l’installation dans les pays d’accueil, leurs familles restées à l’arrière les rejoindront. C’est d’ailleurs le schéma qu’aurait dû suivre la famille Kurdi si elle n’avait pas connu le sort funeste que l’on sait. Teema Kurdi, la tante d’Aylan qui a épousé un Canadien en 1992, vit à Vancouver où elle travaille comme coiffeuse. Elle avait envoyé l’argent (5 000 dollars canadiens) pour payer les passeurs et entrepris les démarches nécessaires pour faire venir son frère, sa belle-sœur et ses neveux.

Rien n’est plus normal et il faut donc s’attendre à ce que cela se passe ainsi pour la plupart de ceux qu’on voit aujourd’hui arriver en Europe. Face au destin tragique de ces millions d’êtres humains qui n’ont pas le privilège d’être nés dans des pays prospères et pacifiés, l’émotion est évidemment légitime. Mais elle ne suffit pas. Les décisions qui sont prises aujourd’hui affecteront nos sociétés pour des décennies. Dès lors qu’on ne nous demande pas de fournir une assistance urgente et provisoire mais d’accueillir les arrivants comme nos futurs concitoyens et de tout mettre en œuvre pour les intégrer, le devoir des gouvernants (et accessoirement des observateurs) est de dire la vérité. La faillite de plusieurs États et sociétés arabes, suite tragique du printemps arabe, à laquelle s’ajoutent les crises en Afrique et en Afghanistan, risque de déverser sur l’Occident (Europe, États-Unis, Canada, Australie et Nouvelle-Zélande) plusieurs millions de réfugiés. Seront-ils aussi assimilables que les Italiens arrivés dans les régions viticoles du Midi à la fin du xixe siècle et dans la Lorraine des années 1920, que les Espagnols arrivés à la fin des années 1930 ou que les Juifs polonais arrivés dans les années 1920-1930 ? Voici les questions que des images bouleversantes nous empêchent, hélas, d’aborder.[/access]

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00726791_000024.

Intifada des couteaux : Israël, éternel coupable?

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israel jerusalem couteaux

Depuis le début du mois d’octobre, une série d’attentats a fait 9 morts et plus de 70 blessés en Israël. Motif invoqué : la prétendue volonté des autorités israéliennes de remettre en cause le statu quo sur l’Esplanade des mosquées ou de chercher à la détruire. Voilà la « provocation » israélienne du moment qui pousserait des Palestiniens à assassiner un couple devant ses quatre enfants ou des Arabes israéliens à écraser des piétons avant de les achever à la hache.

Cette rumeur n’est pas une nouveauté. Le mufti pro-nazi de Jérusalem, Amin Al-Husseini, l’utilisait déjà dans les années 1920 pour amorcer des pogroms anti-juifs. Et elle réapparait opportunément à chaque fois que les dirigeants palestiniens ont besoin de justifier leur refus de négocier avec Israël. C’est ainsi que Yasser Arafat avait accusé Ariel Sharon d’avoir déclenché la Deuxième intifada après une visite sur l’Esplanade des mosquées en septembre 2000 (visite pourtant prévue, comme toujours, en accord avec le Waqf) et ce, deux mois après les propositions inespérées d’Ehoud Barak à Camp David. On connaît la suite.

Le 1er septembre dernier, Netanyahou déclarait qu’il était prêt à des négociations sans condition préalable avec les palestiniens. Le 16 septembre, Mahmoud Abbas – cet « homme de paix » selon Anne Hidalgo – répondait : « La mosquée Al-Aqsa et l’église du Saint-Sépulcre sont nôtres. Elles sont entièrement nôtres, et ils [les Juifs] n’ont pas le droit de les souiller de leurs pieds sales » et d’ajouter « Nous saluons chaque goutte de sang versé pour la cause de Jérusalem. Ce sang est du sang propre et pur, versé au nom d’Allah, avec l’aide d’Allah. Chaque martyr aura sa place au Paradis, et tous les blessés seront récompensés par Allah. »

Le blanc-seing était donné. De violents heurts ont alors éclaté et se sont poursuivis pendant une quinzaine de jours. Les palestiniens réfugiés à l’intérieur de la mosquée avaient auparavant pris soin d’y stocker des pierres, des cocktails Molotov et des explosifs. L’intifada, cette révolution spontanée…

Puis ce furent les attentats. Perpétrés à coups de pierres, au couteau, à la hache, à la voiture bélier, à l’arme à feu. Chaque jour amène de nouvelles attaques. Les forces de sécurité israéliennes neutralisent les assaillants et tentent, autant que possible, de les garder en vie. Comme ce jeune palestinien de 13 ans qui a poignardé deux israéliens dont un adolescent de son âge. Désarmé et pris à partie par la foule en colère, il est sauvé par la police. Mahmoud Abbas, qui aurait bien voulu en faire son Mohamed Al-Dura à lui, accuse les israéliens de l’avoir « exécuté ». La farce aura duré 24 heures jusqu’à ce que des photos du jeune garçon soigné dans un hôpital israélien soient diffusées dans la presse. Un mensonge palestinien de plus.

Mais rien n’y fait. C’est Israël le coupable. Ce n’est pas aux palestiniens de ne pas commettre d’attentats, c’est à Israël de faire preuve de retenue. Ban Ki Moon, repris par John Kerry, dénonce un « usage apparemment excessif de la force par les forces de sécurité israéliennes ». Fidèle à sa politique pro-arabe, la France, quant à elle, entend proposer à l’ONU la présence d’observateurs sur le Mont du Temple pour s’assurer du maintien du statu quo. Ce faisant, elle participe à cette rumeur grotesque et justifie les attentats anti-israéliens.

Peut-on s’en étonner quand on sait que la ville de Paris a décoré le mois dernier de la Médaille Grand Vermeil Mahmoud Abbas, cet « homme d’Etat exceptionnel » qui, selon la maire de Paris, n’a « jamais eu d’autre fin que la paix », et n’a « jamais employé d’autre moyen que la légalité internationale ». C’est à désespérer.

Les réseaux sociaux laissent paraître, sans honte ni retenue, les appels aux meurtres de juifs. Les médias occidentaux dénoncent avec gourmandise la répression israélienne, décrivent avec complaisance cette vague d’attentats comme une troisième intifada, celle des couteaux contre les balles, dépeignent les palestiniens comme des victimes qui n’ont que des lames pour résister à une police et une armée surentraînées et suréquipées. Ces mêmes médias qui rappellent sans cesse que Jérusalem est le troisième lieu saint de l’islam mais oublie à chaque fois de préciser qu’il s’agit du premier lieu saint du judaïsme. Jamais ils ne remettent en cause ces rumeurs infondées, ni le double langage de Mahmoud Abbas.

Rien n’éveille leur esprit critique, pas même le fait que ce soit des journalistes arabes israéliens comme Lucy Aharish ou Khaled Abu Toameh ou des intellectuels palestiniens comme Bassam Tawil ou Waleed Al-Husseini qui combattent avec le plus de détermination la propagande mensongère et criminogène des dirigeants et du clergé palestiniens, leur corruption endémique et leur haine aveuglante des juifs.

Non, les médias, bouffis d’orgueil et avides d’audimat, ont depuis bien longtemps troqué l’éthique contre le sensationnalisme, et qu’importe les conséquences sur le public désinformé.

Benyamin Netanyahou avait pourtant assuré, dès le 13 septembre dernier, que le statu quo sur l’esplanade des Mosquées ne changerait pas.

Alors pourquoi ce déchainement de violence ? Les réponses sont plurielles et désespérément connues : la haine du juif perfusée aux palestiniens dès l’enfance, le financement et la célébration des terroristes par l’AP et le Hamas comme des héros de la résistance, les réseaux sociaux qui excitent des esprits intoxiqués et les incitent à toujours plus de violence, les pays arabes et l’UNRWA qui entretiennent depuis toujours les Palestiniens dans l’illusion qu’ils pourront avoir leur propre Etat, non pas à côté, mais à la place d’Israël. Cette propagande de la haine, cette stratégie de la terreur.

Les dirigeants palestiniens vont – une fois de plus et à force d’attentats – finir par placer Israël dans l’obligation de réagir vigoureusement, pour mieux se plaindre ensuite des morts, des destructions, des drames qu’ils traversent. Ils utiliseront, pour cela, la jeunesse palestinienne, cette chair à canon docile, prédestinée au « martyr » et tellement télégénique.

Les Palestiniens peuvent bien aujourd’hui hurler leur détresse et leur horizon bouché. Mais c’est contre leurs dirigeants qu’ils devraient d’abord se tourner et quitter leur posture d’éternelles victimes. Car ils ne sont pas plus victimes qu’Israël est coupable de la violence qu’on lui impose.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21808715_000010.

Migrants: Serbie, voyage au bout de l’arrière-cour

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serbie migrants syrie daech

serbie migrants syrie daech

Un siècle après la Première Guerre mondiale, l’avenir de l’Europe se joue à nouveau dans les Balkans. La péninsule est en effet à l’avant-poste de la crise migratoire qui s’abat sur le continent. Après avoir traversé sans s’arrêter, depuis la Turquie, la Grèce et la Macédoine, les migrants marquent plusieurs étapes en Serbie, font halte à Belgrade, où plusieurs camps de réfugiés ont été ouverts, avant de se diriger vers Subotica, petite ville devenue le point de passage obligé vers la Hongrie, porte de l’Union européenne. Cet été, un flux ininterrompu de gens a emprunté cet itinéraire. Fin juillet, ils étaient 2 000 à franchir chaque jour la frontière, en août, la moyenne se situait entre 3 000 et 5 000. Début septembre, on parlait déjà de 7 000 passages quotidiens. Après la fermeture de la frontière hongroise, 40 000 ont afflué en Croatie, en dix jours.

Qui sont ces migrants ? Pour la plupart, des Syriens. Ils fuient les zones de guerre, les camps de réfugiés de Turquie et du Liban, mais aussi, pour les jeunes hommes, la conscription obligatoire dans les forces du régime. Un certain nombre d’Afghans, dont d’anciens employés de l’armée américaine, cibles de la vengeance des talibans. Des Irakiens et des Pakistanais. Moins d’Africains. Peu de chrétiens d’Orient. Les quelques Syriens catholiques rencontrés fuient Damas, estimant que les jours du régime sont comptés.

Tous ont un seul horizon : l’Allemagne. Terre promise où coulent le lait, le miel et le travail. En août, après les déclarations de la chancelière Angela Merkel favorables à un large accueil, beaucoup de candidats à l’asile ont appelé leurs familles et leurs amis restés au pays pour les encourager à les rejoindre. Le smartphone arabe fonctionne très bien, et suscite un effet d’imitation très fort dans la ruée vers l’Europe. La Syrie se donne rendez-vous à Munich et Berlin. Ou alors, à Stockholm, Rotterdam et Bruxelles. La France, non merci : pays en crise, et réputé hostile aux musulmans.[access capability= »lire_inedits »] Reviendraient-ils en Syrie, si la paix était rétablie ? Oui, assurément, répondent beaucoup d’entre eux.

Les migrants ne ressemblent pas toujours au cliché de misère qui s’est imposé. Les migrants syriens ne sont pas tous pauvres. Issus en majorité des classes moyennes, ils sont professeurs, étudiants, médecins, ingénieurs. Ils financent leur passage en Europe grâce à l’argent de leur famille, qu’ils perçoivent via Western Union. À la gare routière de Belgrade, ils achètent leurs tickets pour le nord avec des liasses de billets, croyant que la monnaie en vigueur est l’euro, et non le dinar, cent fois moins élevé. Les guichetiers serbes, dont le salaire ne dépasse guère les 400 euros mensuels, se gardent bien de les prévenir.

Ils ne sont pas tous des jeunes hommes célibataires. La nouveauté de l’explosion migratoire de cet été est l’apparition de nombreuses familles, avec deux parents, flanqués de trois ou quatre enfants. On voit aussi des femmes seules, comme Aya et Djamila, deux sœurs syriennes. Institutrices à Alep, elles sont parties avec leurs enfants, mais leurs maris sont restés en Syrie, en attendant qu’elles s’installent en Allemagne. Elles voyagent avec d’autres femmes et se protègent mutuellement contre les agressions. Leur dignité est impressionnante. Alors qu’elles dorment à même le sol, dans ce parc de Belgrade transformé en camp de réfugiés, elles empilent leurs bagages pour me faire un fauteuil : « Assieds-toi, tu es notre invité ! »

Cependant, cette foule humaine n’est pas sans armes, ni haine, ni violence. Les bagarres sont nombreuses. Les coups de couteau pour une ration, de l’argent, de la drogue, ou pour rien, font périr des jeunes hommes qui ne verront jamais l’eldorado européen. Les rivalités ethniques et politiques réapparaissent : Afghans tadjiks contre Pachtounes, Arabes syriens et irakiens contre Kurdes. Et, bien sûr, les haines religieuses. Ces musulmans sunnites n’ont pas de mots assez durs contre les chiites. « L’Iran, les alaouites, le Hezbollah : tous des apostats ! » affirme Aya, l’institutrice d’Alep. Elle promet le pire au président syrien : « Quand Bachar sera renversé, il faudra égorger ses enfants sous ses yeux ! » Voilà un sentiment qui n’est pas très Charlie. Beaucoup de Syriens ont entendu parler du journal français. Pour certains, c’est la cause de leur refus de s’établir en France. « Vos journaux attaquent notre religion », estime l’un. « Charlie Hebdo a fait des dessins insultants du Prophète, c’est normal qu’ils aient été tués », juge un autre. Autant dire que certains ressassent déjà une revanche à prendre sur l’Occident.

Un chapeau sur la tête, la soixantaine bedonnante, Abdullah tapote sur sa tablette, assis contre un arbre, près de la gare routière de Belgrade. Distingué, parlant un anglais parfait, il se dit professeur à l’université de Kirkouk, en Irak. Au fil de la discussion, la courtoisie laisse place à un discours enflammé : « Vous êtes responsables de notre malheur ! Vous avez détruit l’Irak ! Vous êtes en train de détruire la Syrie ! Mais vous allez payer : cette année, vous allez avoir un million de réfugiés. Inch Allah, l’an prochain vous en aurez 3 millions. L’année suivante, peut-être 10 millions. L’Europe deviendra musulmane, et vous serez obligés de vous adapter à nous ! » On lui répond que les Français étaient opposés à la guerre d’Irak en 2003. « Et Mitterrand ? Il a participé à la destruction de l’Irak, en 1991. Américains et Anglais sont les plus grands criminels, mais tous les Occidentaux sont coupables. » Avant qu’on le quitte, le professeur tient à raconter l’opulence de l’élite irakienne des années 1980 : « Je pouvais visiter la France, l’Irak était riche. Pourquoi avez-vous tout détruit ? »

La même interrogation douloureuse anime Abdelhalim. Cet instituteur vient de Deir ez-Zor, ville à l’est de la Syrie, où s’affrontent les forces du régime et celles de l’État islamique. Lui, sa femme et ses filles dorment dans le même camp de réfugiés improvisé de Belgrade. Il a un frère à Düsseldorf, et compte vite le rejoindre. Rassuré que je sois français, et non américain, Abdelhalim donne libre cours à son ressentiment : « Pourquoi l’Amérique nous déteste-t-elle autant ? Pourquoi veut-elle la perte des Arabes ? Ils ont envahi l’Irak. Maintenant, ils ont conclu un pacte avec l’Iran ! » Bien qu’il soit passé entre les lignes djihadistes, ce n’est pas l’État islamique qui fait l’objet de son courroux, mais les États-Unis, et la dictature de Damas : « Cela fait cinquante ans que nous vivons sous le même régime ! Hafez Al-Assad, puis son fils Bachar. Nous sommes humiliés. Pourquoi cette injustice ? Les alaouites sont pires que Daech. »

Au sujet de l’État islamique, beaucoup de migrants parlent avec dégoût de « Daech », l’acronyme péjoratif du groupe djihadiste. Mais d’autres évoquent en arabe, sans acrimonie, « ad-dawla al-islamiyya », l’État islamique. C’est le cas d’Ahmed, jeune homme qui vient justement de Raqqa, la « capitale » syrienne du califat autoproclamé. Comment a-t-il pu parvenir jusqu’ici ? « Les Turcs m’ont laissé passer », se contente-t-il de dire, un peu gêné. Début septembre, un porte-parole de l’État islamique, Abou Mohammed Al-Adnani, a affirmé que « 4 000 combattants » se dissimulaient dans la foule de réfugiés. Menace réelle, ou coup de bluff ? Il est difficile d’analyser froidement la propagande de Daech, qui sait se servir des médias occidentaux comme caisse de résonance. La transe collective du 11 janvier était plus efficace pour bouleverser un pays, et moins coûteuse, qu’une batterie de missiles.

Un diplomate européen en poste à Belgrade, dont le métier exige l’anonymat, redoute que l’État islamique utilise ces déplacements de foule. Attablé au café de la gare ferroviaire, où attendent beaucoup de réfugiés, il laisse poindre son amertume : « Tout cela me fait penser aux invasions barbares de l’Empire romain décadent. » Il craint qu’à la faveur de cette vague migratoire, les djihadistes réactivent leurs liens avec les mafias albanaises, qui ont la haute main sur les réseaux de passeurs. Bien avant Daech, pendant les guerres yougoslaves des années 1990, les recrues du djihad mondial ont combattu les Serbes en Bosnie, puis au Kosovo. Le 31 août dernier, cinq jeunes hommes, venant de Macédoine et circulant dans une voiture immatriculée au Kosovo, ont été arrêtés à la frontière bulgare. Leurs téléphones étaient remplis de photos de décapitations, de prières salafistes et de symboles de l’État islamique.

Les séides de l’État islamique ne sont pas les seuls combattants à s’être glissés dans le flot des migrants. L’Europe est un déversoir des soldats de tous les camps s’affrontant en Syrie. On rencontre nombre de déserteurs de l’armée régulière. Il y a aussi ce réfugié, arrêté mi-août à la frontière serbe comme « terroriste » : Lait Al-Saleh, jeune homme venu d’Alep, a été identifié sur des photos le montrant barbu et brandissant une kalachnikov. Il était bien islamiste, mais pas djihadiste : il commandait une brigade de l’Armée syrienne libre, fondue dans un ensemble de groupes rebelles, le Front du Levant. Après un interrogatoire, il a pu poursuivre sa route vers les Pays-Bas, qu’il doit avoir atteints aujourd’hui.

Dans ce contexte, les rumeurs d’infiltrations djihadistes se répandent en Serbie. Les habitants sont persuadés d’être victimes d’un vaste complot mêlant les États-Unis, le Qatar et la Turquie, pour islamiser l’Europe. Le père Mirko Stefkovic, secrétaire de l’évêque catholique de Subotica, partage sans hésiter l’opinion dominante. Il s’appuie sur le précédent du Kosovo, province à majorité albanaise musulmane, qui a fait sécession après une guerre opposant la Serbie à la coalition américaine, en 1999. « Les États-Unis ont détruit ce pays, et ça continue, affirme le père Stefkovic. Ils disent que la Serbie est une dictature bananière ? Moi je dis que l’Amérique est un empire bananier ! »

Identitaires et cultivant la mémoire de l’occupation turque, les Serbes ont peur que cette migration soit une invasion musulmane douce. Mais, pour le moment, leur empathie et leur solidarité à l’égard des réfugiés dépassent leur peur. Le souvenir des réfugiés serbes chassés de Croatie et du Kosovo les pousse à aider. À Subotica, îlot de minorités catholiques hongroise et croate, dans ce pays à majorité orthodoxe, les équipes de l’ONG papiste Caritas se dépensent sans compter en faveur des réfugiés. Gabor Ric, coordinateur de Caritas dans la région, se rend quotidiennement dans le camp situé à la lisière de la ville. En fait d’un camp, c’est une usine désaffectée, investie par des groupes d’Afghans, de Pakistanais et de Syriens qui se succèdent dans les lieux. Gabor Ric leur demande : « Vous n’avez besoin de rien ? Nourriture ? Médicaments ? – Non, on part tout de suite ! » La Hongrie n’attend pas.

À 40 kilomètres de là, un grillage haut de 4 mètres, installé par la police et l’armée hongroises, court le long de la frontière, destiné à stopper les migrants. Nikola, réparateur de vélos de Subotica, apprécie la construction de ce « mur ». La Hongrie, au moins, fait respecter sa souveraineté, dit-il. Un brin provocateur, il me glisse : « Il ne faut pas dire démocratie, mais démon-cratie ! » Il aime le Premier ministre hongrois Viktor Orban, et surtout le président russe Vladimir Poutine. L’incarnation du grand frère orthodoxe, protecteur des Serbes. « Nous autres, Slaves, avons besoin d’hommes à poigne », avoue le père Stefkovic.

En Serbie, l’homme fort qui tire son épingle du jeu se nomme Aleksandar Vucic. Premier ministre depuis 2014, il dirige le pays en binôme avec Tomislav Nikolic, élu président en 2012. Hier fervents nationalistes, les deux hommes se sont convertis à l’ardente nécessité de faire entrer la Serbie dans l’Union européenne. Ils sont prêts à tout pour parvenir à cette fin, y compris à organiser une Gay Pride à Belgrade, malgré l’hostilité de la population et les émeutes de hooligans. Cette fois, la couleuvre à avaler est de contenir un maximum de migrants sur le sol serbe. « En échange de l’ouverture d’un nouveau chapitre du protocole d’adhésion, la Serbie est chargée de stopper elle aussi le flux, en créant des camps de réfugiés capables d’accueillir les centaines de milliers de personnes à venir », explique le diplomate européen de Belgrade. Avec cynisme, l’Europe continue de traiter les Balkans comme son arrière-cour. Pour ne pas brusquer la population serbe, la création de ces camps se tiendrait après les élections législatives prévues en mars 2016. Le parti progressiste serbe (SNS) au pouvoir est certain de rafler la quasi-totalité des sièges. « On a juste troqué un parti unique contre un autre », soupire le père Stefkovic. En face de l’évêché de Subotica trône toujours un monument communiste massif, installé après 1945, pour défier le clergé bourgeois.

Mais nombre de Serbes ne sont pas dupes de la manœuvre. « Le Saint-Graal de l’Union européenne ? C’est une illusion, dit Vladimir, jeune webmaster de Subotica. L’Europe est morte, on le voit bien en Grèce, c’est une folie de se sacrifier pour la rejoindre ! » Chrétien pratiquant, Vladimir est bouleversé par la tragédie humaine des migrants. Il participe aux banques alimentaires de Caritas pour les réfugiés. Mais s’ils venaient à rester ?

Des deux côtés de la frontière serbo-hongroise, le quotidien des habitants est bouleversé. « La région est devenue une zone de non-droit », tempête Laszlo Toroczkai, maire d’Asotthalom, première bourgade hongroise après la frontière serbe. Lié aux nationalistes locaux, il joue les durs devant les journalistes, avec sa carrure de cavalier magyar. Mais devant les groupes de migrants qui traversent impunément son village, il perd pied : « C’est l’anarchie. Il n’y a plus de police, plus de loi. C’est ça qui me terrifie », lâche-t-il dans son bureau municipal. Les Serbes et les Hongrois ont le sentiment aigu de ne plus maîtriser leur destin. Cette inquiétude semble largement partagée en Europe.[/access]

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00727488_000021.

Abattoir d’Alès: l’antichambre de la barbarie

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abattoir ales viande

abattoir ales viande

Depuis la diffusion par l’association L214 d’images difficilement soutenables, tournées en caméra cachée à l’intérieur des abattoirs de la ville d’Alès, je scrute Causeur pour y trouver une réaction à ce sujet. Rien. Ce site, où l’on aborde pourtant tous les problèmes de société sans tabous, n’a pas trouvé utile de réagir. Par indifférence ? Ou en estimant qu’il s’agit d’un fait d’actualité secondaire?

Certes, ce n’est ni la première ni la dernière fois que l’on voit des hommes découper la patte d’un cheval ou d’une vache encore vivants. Mais tout le monde s’indigne (légitimement) devant les exactions de Daech torturant à mort des enfants, alors que ce type de pratiques barbares perdure depuis des millénaires…

Et si la violence infligée aux uns quotidiennement, avec l’assentiment général, autorisait la violence infligée aux autres par à-coup ?

Je n’ai pas eu besoin de regarder les images de L214 jusqu’au bout pour savoir qu’un animal est moins qu’un objet pour la plupart d’entre nous. Sauf qu’on ne s’acharne pas sur un objet, on ne martyrise pas un objet, à moins d’être atteint d’une crise de démence. Tant que nous n’aurons pas réalisé qu’il n’y a qu’une différence de degré- et non de nature – entre l’animal et nous, il en sera ainsi.

Alès n’est pas un accident, Alès c’est la norme dévoilée au grand jour. L’horreur quotidienne qu’on ne veut pas connaître, qu’on ne veut pas voir et qui nous fait ricaner pour ne pas avoir à se pencher sur ce que cette vidéo dit de l’abomination de notre propre nature.
La souffrance physique, la terreur, la peur de mourir, la dépression, mais aussi l’amitié, la joie, la jalousie, la convoitise, nous éprouvons tout cela. Les animaux l’éprouvent aussi. À un degré différent. Tous ceux qui les côtoient dans la bienveillance le savent. Bien qu’elles finissent dans notre assiette, vaches et poules n’échappent pas à la règle…

Certains prétendent qu’il faut d’abord s’intéresser au sort des humains, à l’exclusion de tout le reste. Mais comment régler la violence de l’humanité sans nous pencher sur la souffrance imposée au monde animal ? Au fond, il ne s’agit pas seulement d’animaux, mais de notre propre comportement, du respect que nous devrions avoir pour nous-mêmes. Si nous décidions de ne plus admettre la moindre violence à l’encontre du monde animal, celle que l’on s’inflige entre humains pourrait s’amenuiser, voire disparaître. Depuis les philosophes de l’Antiquité grecque, et sans doute avant eux, des gens se sont posé la question, à toutes les époques. Si l’on apprenait à respecter intégralement l’animal cela n’instaurerait il pas, peu à peu, une barrière morale infranchissable pour la violence ? Comme pour l’inceste, comme pour la zoophilie. Sauf pour les esprits désaxés pour qui rien n’est infranchissable.

Lorsqu’on en prend conscience, on se rend compte que nous vivons sur un océan de souffrance animale. À chaque seconde, ils sont des milliards à souffrir, à mourir dans des conditions souvent atroces. Pour nous nourrir, nous vêtir, pour la médecine, pour tester et re-tester nos maquillages, tester et re-tester nos lessives, pour ajouter un col de fourrure à une parka qu’on jettera l’an prochain, pour une fanfreluche au bout d’un porte-clef…

Entendons-nous bien. Il ne s’agit pas de devenir tous végétariens, mais de respecter cet autre monde de vivants. Les animaux d’élevage sont sous notre responsabilité. Ils doivent pouvoir vivre leur vie d’animal, voir le soleil, vivre avec leurs congénères dans assez d’espace. Puis mourir le plus vite et le plus proprement possible. Ce ne sont pas des objets de consommation.

Nous n’arrêtons pas de parler de valeurs morales, mais où est la morale dans notre société d’exploitation généralisée? Jean-Luc Mélenchon, pour qui je ne vote pas, a dit récemment en s’opposant à l’agriculture industrielle et à la ferme des Milles Vaches : « …à la fin on finit par prendre l’habitude de traiter les êtres humains comme on traite les animaux, c’est à dire comme des purs objets à produire. La révolte d’un humaniste doit être globale… ». C’est une des seules paroles sensées que j’ai entendue ces derniers temps.

Laurent Baffie mis en examen pour injure publique

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Laurent Baffie Frigide Barjot justice

Laurent Baffie Frigide Barjot justice

« Elle est partie, la pute ? » C’est en ces termes que Laurent Baffie s’était enquis de la présence de Virginie Tellenne (Frigide Barjot) sur le plateau de « C à vous », l’émission de France 5 à laquelle il était convié le 17 novembre 2014. L’année précédente, déjà, il l’avait publiquement traitée de « connasse », en son absence bien entendu. Plus classe, tu meurs. Mais personne ne s’était ému de cet acharnement ad hominem (oui, en latin Frigide Barjot est un homo comme un autre). Au contraire, les sites d’info s’étaient fait un plaisir de relayer la vidéo du « clash » pour exciter les hyènes 2.0 sur Twitter et ailleurs.

Depuis, la plainte déposée par la victime pour injure publique a valu au célèbre « sniper » d’être convoqué par les enquêteurs, le 18 août dernier. Et sa déposition, que Causeur s’est procurée, vaut son pesant de cacahuètes… A la question « Reconnaissez-vous que le terme de « pute » puisse être considéré comme une expression outrageante et méprisante pour la personne visée ? », Laurent Baffie trouve amusant d’avouer que « cette comparaison est très outrageante pour les prostituées ». Et il « s’excuse donc auprès de toutes les prostituées » pour lesquelles il dit avoir « beaucoup de respect », contrairement à « la personne visée ».

Mais attendez, il y a encore plus bidonnant. Au lieu de lui rappeler fermement la loi, et de faire remarquer au rigolo que sa réponse pourrait être interprétée par un juge comme la preuve de sa volonté d’insulter la victime, les « enquêteurs » enchaînent directement sur une question ahurissante : « Y aurait-il une connotation humoristique ou décalée au moment où vous tenez ces propos ? » Transposons la question dans le cadre de l’audition d’un jeune banlieusard suspecté de trafic de drogue, par exemple. Cela donnerait sans doute : « Quelqu’un vous aurait-il glissé ce sachet de cocaïne dans la poche, profitant d’une minute d’inattention ? »

Au terme de cet interrogatoire à décharge, « l’humoriste » n’a eu qu’à acquiescer aux suggestions des enquêteurs pour affirmer la main sur le cœur qu’il faisait de l’humour, rien que de l’humour. Au passage, il n’a pas omis d’assurer qu’il ignorait être à l’antenne au moment de prononcer ces mots. Et pour cause : l’injure publique, lorsqu’elle est caractérisée, coûte infiniment plus cher que si elle est proférée en privé. Bien qu’invraisemblable, dans une émission connue pour mettre en scène l’entrée des invités par une porte donnant sur le plateau, cette version pourrait faire économiser une jolie somme au pauvre saltimbanque barjophobe…

Laurent Baffie a finalement été mis en examen le 7 octobre. En attendant une décision de justice, on comprend mieux la séquence de l’émission « On n’est pas couché », samedi dernier, où il avait traité Yann Moix de « merde »… pour mieux lui signifier quelques minutes plus tard que, bien sûr, c’était pour rire ! Ce vrai-faux clash avait laissé perplexes un certain nombre de téléspectateurs, qui n’en percevaient pas bien le sens ni l’intérêt. Au vu de ses démêlés judiciaires du moment, le clown cherche de toute évidence à démontrer que l’injure n’est jamais, de sa part, qu’une bonne blague. Et si, sur un malentendu, Yann Moix venait à porter plainte, le courageux Baffie jurerait sans doute qu’il ne pensait pas être filmé…

*Photo : SIPA.00696192_000078

Zemmour, Onfray et les autres, ces suppôts du réel

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michea guilluy amselle joffrin

michea guilluy amselle joffrin

« La gauche est une route rectiligne, dédaignant le paysage. La réaction est un chemin qui serpente entre les collines. » Dans cette phrase de Nicolás Gómez Dávila, la « gauche » est à entendre comme le « progrès », et ce dernier comme inconditionnel. Quant à la « réaction », l’auteur s’y référait constamment en lieu et place du mot « droite », déprécié par les réflexes marchands qui peu à peu s’y sont rattachés. Hostiles aussi bien au socialisme qu’au capitalisme ou à la démocratie d’opinion, les aphorismes de Gómez Dávila feraient aujourd’hui bondir le landerneau du prêt-à-penser. Néanmoins, sa formule lapidaire mise en exergue nous instruit parfaitement de ce qui, d’un point de vue idéologique, est en train de se passer aujourd’hui en France : un retour de bâton.

À entendre Léa Salamé, les réactionnaires sont partout, on n’entend qu’eux, il n’y en a que pour eux. Elle en veut pour preuve les couvertures d’hebdomadaires sur lesquelles on peut voir régulièrement Finkielkraut, Zemmour, Onfray. Mais également Onfray, Zemmour et Finkielkraut. Ainsi que Zemmour, Finkielkraut et même Onfray. C’est dire ! Franchement Léa, la « réaction », combien de divisions ? De plus en plus chez les petites gens, très certainement, et il faudra vite expliquer pourquoi. Mais combien de généraux ? Et surtout, Léa, combien en face ? Combien d’universitaires, d’auteurs, d’éditeurs ? Combien de journalistes et de présentateurs télé ? Combien de chanteurs et de bateleurs en tous genres ? Combien d’acteurs, de producteurs, de scénaristes ? Combien de professeurs et d’instituteurs ? Combien d’entre eux sont dévoués corps et âme et ouvertement à l’idée du Bien qu’on impose aux Français depuis un demi-siècle ? Et dans la classe politique, combien de « réacs » ? On nous assure maintenant que Nadine Morano en est. Est-ce bien sérieux ? Parlons de son cas une minute puisque c’est un lièvre que Mademoiselle Salamé et son nouveau complice Yann Moix ont eux-mêmes levé.

Nadine Morano est une habituée des plateaux nocturnes de Laurent Ruquier. Du moins l’était-elle encore récemment. Bien qu’elle n’ait pas inventé le jeu de quilles, peut-on sincèrement imaginer une seule seconde que ses derniers propos tenus dans On n’est pas couché aient consisté à affirmer que la France avait vocation à demeurer un pays de race blanche ? Les yeux dans les yeux, et sans croiser les doigts sous la table, est-ce seulement envisageable ? Non, sauf à penser qu’elle ait voulu, ce soir-là, se suicider médiatiquement, précisément parce que l’anti-progressisme ne fait pas la pluie et le beau temps dans les médias. Car il est évident que les « commissaires aux idées propres » (Taguieff) appointés par Monsieur Ruquier ne pouvaient laisser passer un tel « dérapage »… qu’ils ont par ailleurs pour tâche de provoquer. Au moins est-ce pratique pour le patron : il n’a pas à leur jeter d’os à ronger, ils se servent directement sur la bête. Quand on a des idées en vent contraire et que l’on n’est pas préparé à aller au combat pour les défendre, on ne va surtout pas chez Ruquier, même pour un livre à vendre. À moins, bien sûr, que le fiasco induit fasse partie de la stratégie de l’éditeur : faire le buzz coûte que coûte.

Le cas Morano est révélateur de la standardisation des propos dans les médias de grande écoute. Il ne s’agit nullement d’une offensive « réactionnaire » encouragée voire orchestrée en sous-main par un méchant de service. Il s’agit au contraire d’une chape de plomb sémantique qui ne parvient plus à contenir tout le réel. Celui-ci dégouline, et c’est parce qu’il dégouline que des gens regardent encore les émissions de Laurent Ruquier le samedi soir – que l’intéressé en soit informé. C’est parce que l’on peut encore y glaner quelques vérités pas bonnes à dire que son talk-show attire le chaland. De la même manière, c’est parce que les susmentionnés Zemmour, Onfray et Finkielkraut font vendre du papier à nos pucelles effarouchées qu’une bonne partie de la presse politique survit. Certains ont beau jeu, après cela, de déplorer que le seul romancier français connu et reconnu à l’étranger – Michel Houellebecq – soit lui-même un pisse-froid réactionnaire ; ils seront toujours les premiers à le promouvoir.

C’est là que le bât blesse. Chez Taddeï l’autre jour, Eugénie Bastié informait l’oracle Attali du grand retour du Réel, de son débordement disais-je plus haut. C’est inéluctable, et ils seront nombreux ceux qui, bientôt, ne pourront plus parader, gesticuler pour ne rien dire et ergoter sur l’emploi de mots que le bon peuple est ou n’est pas en mesure de comprendre. Il leur faudra alors lâcher d’une main ce à quoi ils tiennent le moins pour s’agripper à ce qu’ils revendiquent le plus. Il leur faudra choisir entre un vieux corpus féérique et doctrinaire, et l’appât du gain relativement à la demande. Ils devront accepter que leurs chimères ne puissent plus abuser qui que ce soit et qu’elles basculent dans le folklore le plus insignifiant. Ou alors ils devront retourner leur veste afin de donner au peuple ce qu’il demande et, à nouveau, retrouver sa confiance. Et ses deniers. Autrement dit faire non seulement avec Zemmour, mais avec tous les Zemmour en puissance, c’est-à-dire tous les citoyens français qui, de gauche ou de droite, de bonne ou de mauvaise foi, de propos réfléchis, nuancés ou rentre-dedans décryptent le monde chaque jour sur le web pendant que des intellectuels organiques se servent mutuellement la soupe dans les médias aseptisés.

Alors oui, le vent tourne et la parole se délie à la base. Et comme dans ce pays tout fonctionne à la majorité, le haut du panier tremble à l’idée que la pensée « nauséabonde », rompue aux techniques putassières du progrès de commande, enrôle à son tour des majorités. Le progrès n’a plus la cote et il l’a bien cherché. À trop prendre les gens pour des demeurés, ses sectateurs ont ménagé une autoroute à la « réaction ». C’est elle qui vient désormais, tout le monde l’a compris. Et la partie se jouera entre réactionnaires, opposant d’inévitables extrémistes aux modérés d’entre eux. Sans oublier, bien sûr, de farouches « partisans du réel » qui s’ignorent. En effet, qu’elle assume ou non le qualificatif, toute personne se reconnaissant dans les propos liminaires de Gómez Dávila est, de fait, « réactionnaire ». Bienvenue au club.

*Image : Soleil.

Au couteau

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Si, allant au boulot, vous recevez un coup de couteau dans le dos et êtes toujours en vie, plaignez plutôt votre assassin qu’un militaire vient de neutraliser. Mais n’oubliez pas le conseil d’Anaël, écolière de 17 ans, de ne pas retirer le couteau de la blessure. Attendez les secours qui vous conduiront à l’hôpital Hadassa, en compagnie de votre agresseur.

Et surtout, si vous êtes interviewé par un journaliste enderlinien, n’omettez pas de vous insurger contre la disproportion entre les ripostes de vos compatriotes et le piquant des spadassins improvisés dont vous fûtes victime. Parlez « d’usage excessif de la force », comme John Kirby, si le terme éculé de « disproportion » ne vous agrée plus pour qualifier la riposte aux actions terroristes.

N’oubliez pas dans votre description d’énoncer en premier la mort du Palestinien, surtout s’il s’agit d’un jeune, de mentionner le nombre des Palestiniens tués et blessés depuis le début de la guerre des couteaux, pour finir, le plus discrètement possible, par avouer que la principale victime avait tenté de vous zigouiller.

Et, puisque des braves parmi les braves viennent d’incendier le tombeau de Joseph, n’omettez pas de suggérer qu’après tout ce dernier, qui avait sauvé l’Égypte de la famine, pouvait bien être Palestinien, c’est certain. Les « colons » en colère ne peuvent donc que se tromper de cible en pourfendant les incendiaires ; se prendraient-ils eux aussi (comme dans nos banlieues) pour des Palestiniens !

Bref, tout ça pour vous faire dire qu’en Israël on n’a pas à se plaindre d’être un peu assassiné. À quoi bon, sans cela, un mur des Lamentations.

Hongrie : la révolte d’octobre 1956, vue de Paris

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Hongrie Budapest 1956

Hongrie Budapest 1956

Né avec le baby-boom d’après-guerre, j’avais 10 ans en 1956. Un âge où les événements s’ancrent très profondément dans notre petit crâne pour ne plus en ressortir. Tel est le cas de ces journées de la fin octobre 1956 (23 octobre-4 novembre) dont je garde encore des souvenirs très vivants.

Deux me reviennent immédiatement en mémoire. Celui d’un dimanche matin (le 4 novembre, je pense) où, alors que nous sortions de l’immeuble, mon père furieux chassa deux pauvres bougres réfugiés sous notre porche pour y vendre l’Humanité dimanche. Second souvenir : le retour dans notre chambre de mon frère rentrant, en pleine nuit, d’une manifestation devant le siège de l’Humanité[1. Il me semble que c’est cette place (siège du PCF et du journal l’Humanité) qui a été rebaptisée place Kossuth en mars 1957… Geste hautement symbolique !]. Nous racontant que les occupants de l’immeuble, pour éviter l’assaut, leur jetaient des plombs d’imprimerie par les fenêtres. Son trophée : un bâton piqué au passage à un CRS.

Autre souvenir qui nous avait tous marqués : le décès du photographe Jean-Pierre Pedrazzini et ses dernières photos dans Paris Match. Peut-être est-ce là bien peu de choses, somme toute (sinon le tragique destin de Jean-Pierre Pedrazzini) ? Non, pas si peu !

Je ne sais ce qu’il en a été ailleurs, en Europe et dans le monde, mais je peux affirmer qu’autour de moi, ces événements marquèrent très profondément l’opinion, et pas seulement dans mon milieu. Seuls s’obstinèrent dans leur incroyable aveuglement les dirigeants du Parti communiste français et une bonne partie de ses adhérents. Une honte quand je pense aux réactions observées ailleurs, par exemple chez les communistes italiens. Autre honte dont nous restons encore marqués, près de 60 ans après : la passivité complice de nos gouvernements. Pas seulement en France, mais dans tout le monde occidental dit « libre ».

C’était la première fois qu’un peuple se soulevait contre l’oppression du régime communiste. Certes, l’opinion gardait en tête le souvenir d’émeutes qui s’étaient produites trois ans plus tôt en Tchécoslovaquie (Ostrawa, Pilsen) et surtout à Berlin, ces dernières violemment réprimées par les chars russes. Et puis, il y avait eu quelques mois plus tôt cette insurrection des ouvriers polonais de Poznań qui devait déboucher sur l’élection de Gomułka aux commandes de la Pologne, précisément le 23 octobre. Mais rien à voir avec ce qui se passait en Hongrie.

On eût donc pu espérer un soutien de l’Ouest. Mais il ne fallait pas rêver ! (Et les pauvres Hongrois furent nombreux à rêver…) Qui allait risquer un conflit ouvert pour ce « petit » pays, certes attachant, mais sans véritable enjeu stratégique ? On a souvent invoqué la crise de  Suez comme excuse pour expliquer la non intervention, du moins des Français et Britanniques. Non. Il s’agissait tout simplement de ne pas remettre en cause les accords de Yalta et surtout de ne pas prendre de risque « inutile » pour « une poignée d’insurgés ». Les Hongrois ne nous le pardonneront jamais et ils ont bien  raison.

Ceci dit, reconnaissons que la démarche eût été condamnée à l’échec. Cela ne nous dispensait pas de faire pression – mais comment ? Ce que nous en savons est que, de son côté, Khrouchtchev – mis un moment en minorité au Bureau politique – était coincé par l’intransigeance des Chinois qui lui reprochaient d’avoir joué les apprentis sorciers avec ses révélations du XXe Congrès. Ne refaisons pas l’Histoire et ne nous lançons surtout pas dans une analyse de plus qui n’apporterait rien de nouveau. Des bibliothèques entières sont consacrées au sujet.

Il serait peut-être plus intéressant de faire un bond de 59 ans pour nous replacer, face à ces événements, dans la Hongrie actuelle, celle de 2015. En France, mon entourage ne cesse de se référer, non sans une certaine nostalgie, à la révolution de 1956 pour louer le courage du peuple hongrois. Et quel courage ! Quand je revois ces clichés de jeunes enfants se hissant sur des tanks pour y lancer des cocktails molotov[2. Contrairement à une idée répandue, ce n’est pas à Budapest qu’a été inventé le cocktail molotov, mais en Finlande, pour lutter contre l’invasion russe de 1939 ; c’est toutefois à Budapest qu’il a acquis, si je puis dire, ses lettres de noblesse.], j’en reste encore empli de respect et d’admiration. Et aujourd’hui ? Quitte à jouer les rabat-joie et à contrarier ou décevoir les lecteurs français, je dirai que ce n’est plus vraiment tout-à-fait le même peuple… De même, pour prendre une comparaison simpliste, que leur sélection nationale de football n’a plus rien à voir avec celle où brillaient dans les années cinquante les Puskás, Kocsis et autres Grosics.  Bref, de nos jours, l’héroïsme n’est plus trop de mise.

Le gros de la population hongroise semble plutôt caractérisé par une attitude de méfiance, voire de passivité, qui confine presque à la résignation face, non seulement au milieu politique, mais à la chose publique en général. Les sondages le montrent : près de la moitié des Hongrois se déclarent sans opinion quant au choix d’un parti. Certes, quand on sait les soucis matériels auxquels sont confrontés nombre de ménages dans ce pays, on peut comprendre. Mais en 1956 ? Vivaient-ils mieux ? J’en doute. La politique du « communisme goulache » n’allait être inventée que bien plus tard.

Ceci dit, nous serions bien présomptueux, dans notre petite peau de Français, de leur reprocher ce manque d’engagement. D’autant que, si j’en crois les nouvelles reçues de France, mes compatriotes ne semblent guère plus motivés et le climat politique pas brillant non plus, loin de là…

En attendant des jours meilleurs, une petite consolation : chaque année, l’anniversaire fait l’objet d’un rassemblement sous l’Arc de Triomphe, où se retrouvent plusieurs centaines de participants pour honorer la mémoire des combattants de 56. Voilà qui nous soulage un peu du poids, sur notre conscience collective, de ce silence complice dont ont fait preuve nos autorités à l’époque.

Je retrouve alors le jeune Parisien de 10 ans et les souvenirs encore si vivants qu’il a laissés au senior de 2015, devenu Budapestois, de fait et de cœur.

*Photo : Flickr.com

Ce que j’aurais dit au lendemain des élections suisses

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suisse udv freysinger

suisse udv freysinger

Dans la dernière semaine de campagne précédant le vote du 18 octobre, j’ai été invité par la radio suisse romande à commenter l’issue du scrutin aux nouvelles du lendemain, lundi 19 octobre.
Je devais en débattre avec l’historien marxiste Hans-Ulrich Jost et le blogueur branché Johan Rochel.
J’ai accepté, malgré mon peu d’intérêt pour la campagne en soi : c’était l’occasion d’esquisser l’atmosphère d’ensemble du pays, de décrire le style de ces élections, mais aussi, pour ma part, de relever les thèmes qui n’avaient pas été abordés au cours de cette saison fort pauvre — selon les journalistes — en débats et en idées.
Il y aurait eu pourtant de quoi discuter, hormis les éternels sujets immigration-sécurité-souveraineté-intégration européenne. Sur mon carnet figuraient les points suivants :

– Effondrement (mal masqué) du niveau scolaire général.
– Menaces environnementales graves (100 failles dans la vieille centrale de Beznau).
– Menaces sur la sphère privée.
– Bureaucratisation.
– Retard et cherté des structures technologiques publiques (WiFi public, téléphonie) par rapport à des pays bien moins développés.
– Opposition entre ce qui est voté et ce qui est élu (l’élu s’employant généralement à défaire ou amortir ce qui est voté en référendum)
Poids des cartels.
– Et surtout : absorption de la plupart (>95 %) des élus dans des conseils d’administration.
(Faisant partie de ceux qui croient qu’une politique démocratique ne se décide pas dans les cabinets feutrés, mais en place publique, je suis particulièrement préoccupé de cet achat massif de voix qui, dans des pays moins « propres sur eux » serait simplement appelé de la corruption. Étrangement, je n’ai entendu personne promettre de ne pas s’y prêter…)

Bref, les élections n’ont pas abouti au « statu quo » annoncé (espéré ?) par les journalistes, mais à une poussée modérée de la droite bourgeoise. Cela a suffi à mettre la rédaction de la RTS sens dessus dessous. Du coup, nous sommes quelques-uns dans ce pays à avoir été témoins d’un ballet rédactionnel ahurissant, confinant à la panique.
À 21 h 45, je recevais un SMS m’annonçant ma désinvitation (si j’avais, comme beaucoup de gens, coupé mon téléphone, j’eusse fait le cocu à la porte du studio, le lendemain matin !). Le motif était pour le moins curieux : comme si les invités d’une option « statu quo » n’étaient plus qualifiés pour commenter l’option « poussée à droite »…

À 22 h, j’apprenais qu’on avait organisé à la place un débat entre les quatre chefs de partis romands, dont Oskar Freysinger.

À 22 h 30, j’apprenais dudit Oskar que leur débat était finalement annulé et qu’on avait invité le conseiller national UDC Yves Nidegger face à… Hans-Ulrich Jost, encore, ainsi qu’à l’éléphant socialiste Andreas Gross et au brillant historien des idées Olivier Meuwly.
On peut écouter ici ce débat qui fut courtois et articulé. Le problème, c’est qu’on est délibérément retombé sur les vieilles scies mille fois débattues : « réflexe de peur » — « insécurité » — « isolement » — « intégration européenne ou bilatérales », assaisonnées de spéculations sur la stratégie à venir des partis. Les questions de fond, à l’exception des « marronniers » qui font le beurre de l’UDC, étaient évacuées.

Si vous me demandez qui fait le beurre de l’UDC, je détiens maintenant la réponse, expérience faite : les journalistes eux-mêmes ! Ce sont eux qui amènent, sciemment ou non, toujours les mêmes sujets sur le tapis, eux encore qui focalisent l’attention du public sur la stratégie et la tactique du pouvoir au lieu de traiter les sujets de fond qui légitiment ce pouvoir.

Ce rétrécissement des perspectives est devenu structurel. C’est une seconde nature. L’opinion publique de ce pays — comme chez les voisins — étouffera intellectuellement à force de se voir poser de telles œillères. Il est grand temps d’ouvrir les yeux sur le fonctionnement réel du système de conditionnement des masses auquel nous sommes soumis, et que nous sommes priés de financer par nos redevances.

*Photo: Pixabay.

Retrouvez cet article sur le blog de Slobodan Despot.

Nazisme, islamisme et racisme paternaliste

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Il est toujours troublant quand on suit par mégarde un débat à la télévision (par exemple dans « Ce soir ou jamais » ) et qu’il est question d’Israël et de la Palestine, de ne jamais entendre un participant rappeler les liens plus qu’étroits entre les nazis et les musulmans,  alors que nombreux ouvrages d’historiens ont rappelé des faits qui projettent sur l’actualité récente un passé peu glorieux. Depuis le grand mufti Al-Husseini de Jérusalem, un père spirituel d’Arafat, qui projetait en 1946 de poursuivre le combat d’Hitler jusqu’à Sayyid Qutb – le Karl Marx du monde musulman – pour lequel tout ce qui est juif est mauvais et tout ce qui est mauvais est juif. Haine des Juifs donc largement partagée et haine des Américains dans une logique imparable du Complot.

Le dernier livre sur ce sujet est Djihad et haine des juifs de Matthias Küntzel avec un avant-propos de Boualem Sansal qui, lui au moins, est conscient du problème. Sans comprendre pourquoi les Européens  se montrent d’une incroyable hypocrisie dès lors qu’on détricote le fil rouge de cette haine  congénitale des Juifs  qui débute avec Mahomet à Médine et se poursuit avec l’Intifada présente.

Mais d’où vient, selon l’historien Matthias Küntzel interrogé dans Le Point, cette occultation de la réalité par les intellectuels  ?  Pourquoi les appels à détruire  Israël et à exterminer les Juifs ne sont-ils pas pris au sérieux ?  Réponse de Küntzel :  » Parce que les Arabes sont condamnés à jouer le rôle des opprimés que des intellectuels condescendants cherchent constamment à excuser.  » Il s’agirait d’une forme de racisme paternaliste, le racisme étant la chose la mieux partagée du monde, y compris par ceux qui se montrent le plus vigilant à  son égard. C’est une hypothèse. Il y en a sans doute d’autres. À chacun d’en tirer ses conclusions ….provisoires. Forcément provisoires.

Pourquoi les migrants migrent

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migrants syrie turquie europe

migrants syrie turquie europe

 « Pour les Syriens, c’est soit l’Europe, soit la mort ! » C’est avec cet argument que Bernard Moraine, maire divers gauche de Joigny (89), a essayé de convaincre l’une de ses administrées, devant les caméras du JT de France 2, de la nécessité d’accueillir des migrants dans la ville. L’ombre terrible du corps inanimé d’Aylan Kurdi, le garçonnet syrien échoué sur une plage turque, planait bien entendu sur cet échange furtif. Un Rimbaud du xxie siècle pourrait lui dédier « Le Dormeur de la plage », tant la photo donne l’impression que l’enfant est seulement assoupi et qu’il va, d’un instant à l’autre, ouvrir les yeux et demander son père et sa mère. Cependant, aussi émouvante soit cette image dont on nous a répété sur tous les tons qu’elle valait tous les discours du monde, elle ne véhicule en réalité que des raccourcis et des approximations qui brouillent le débat public. L’afflux de demandeurs d’asile constitue en effet la quatrième vague migratoire depuis 1945 (après l’immigration liée à la Seconde Guerre mondiale, l’immigration de travail des années 1950-1960 et l’immigration familiale et économique des années 1970-2000), et elle pourrait changer en profondeur les sociétés européennes. Dans ces conditions, il serait irresponsable d’en rester au stade de l’émotion. Pour définir la bonne politique, il faut donc commencer par bien nommer les choses.[access capability= »lire_inedits »]

Commençons par la tragédie indéniable des Kurdi, cette famille syrienne qui a perdu trois de ses membres au large des côtes turques dans la nuit du 3 au 4 septembre. Selon le journaliste syrien Mustefa Ebdi, interrogé par l’AFP, les Kurdi, qui habitaient Damas, ont quitté la capitale syrienne pour Alep en 2012, avant de gagner Kobané, probablement pour rejoindre d’autres membres de leur famille. Quand, à l’automne 2014, cette ville est attaquée par les forces de l’État islamique, les Kurdi partent en Turquie où ils séjournent quelques mois. Début 2015, la victoire des milices kurdes leur permet de regagner Kobané. Mais la reprise des combats autour de la ville en juin est sans doute la crise de trop. Les Kurdi décident de quitter la Syrie pour essayer d’émigrer au Canada, où vit la sœur du père, Abdullah Kurdi.

Malheureusement, les Kurdi  ne parviennent pas à obtenir le statut de réfugiés qui leur permettrait de partir directement pour le Canada, notamment parce qu’ils ne possèdent pas de passeports, le gouvernement syrien n’en délivrant pas à ses citoyens kurdes. Ils prennent donc un bateau pour l’Europe où ils espèrent décrocher leur visa canadien. On connaît la triste suite. Les médias ont peu parlé, cependant, du fait qu’Abdullah Kurdi avait choisi de rester à Kobané où il a enterré  sa femme et de ses deux fils. Depuis, il ne veut plus quitter la ville. Sans minimiser les difficultés et les dangers auxquels cette famille a dû faire face, on peut difficilement prétendre qu’au moment d’embarquer pour la périlleuse traversée des côtes turques vers Kos, les Kurdi avaient la mort aux trousses.

Autrement dit, le problème de la plupart des Syriens qui affluent en Europe n’est pas de sauver leur peau mais de se trouver un avenir. Qu’ils errent en Syrie comme les Kurdi ou qu’ils croupissent dans les camps de réfugiés en Jordanie, au Liban et surtout en Turquie, quelque 10 millions de Syriens ont toutes les raisons de s’interroger sur leur avenir après des années de guerre civile. En l’absence d’horizon collectif et individuel, ils ne savent pas s’ils doivent prendre leur mal en patience ou s’ils feraient mieux, au contraire, de se mettre en mouvement pour sortir de la dépendance humanitaire, commencer à se reconstruire, à étudier, travailler et s’inventer un nouveau futur pour eux-mêmes et leurs familles.

Ce n’est donc pas une menace directe qui incite des centaines de milliers de personnes, souvent installées dans des camps en lieu sûr à l’abri de la guerre, à émigrer. Ce n’est pas la mort qui les pousse mais le désir de vivre qui les attire. Leur projet – tout à fait légitime de leur point de vue – est donc de devenir résidents et citoyens des pays européens, notamment de l’Allemagne. Cette migration est – et il faut le dire clairement – une migration de peuplement, c’est-à-dire un déplacement dont l’objectif est l’installation définitive dans le pays d’accueil. Si on rappelle que la Syrie, l’Irak, la Libye et le Yémen n’ont plus les capacités de garantir la sécurité de leur population, cela signifie qu’il existe dans ces régions un « réservoir » d’immigration potentielle de plusieurs millions de personnes. Après les vagues de l’été, essentiellement constituées de jeunes physiquement et mentalement aptes à relever les défis de la traversée des frontières et de l’installation dans les pays d’accueil, leurs familles restées à l’arrière les rejoindront. C’est d’ailleurs le schéma qu’aurait dû suivre la famille Kurdi si elle n’avait pas connu le sort funeste que l’on sait. Teema Kurdi, la tante d’Aylan qui a épousé un Canadien en 1992, vit à Vancouver où elle travaille comme coiffeuse. Elle avait envoyé l’argent (5 000 dollars canadiens) pour payer les passeurs et entrepris les démarches nécessaires pour faire venir son frère, sa belle-sœur et ses neveux.

Rien n’est plus normal et il faut donc s’attendre à ce que cela se passe ainsi pour la plupart de ceux qu’on voit aujourd’hui arriver en Europe. Face au destin tragique de ces millions d’êtres humains qui n’ont pas le privilège d’être nés dans des pays prospères et pacifiés, l’émotion est évidemment légitime. Mais elle ne suffit pas. Les décisions qui sont prises aujourd’hui affecteront nos sociétés pour des décennies. Dès lors qu’on ne nous demande pas de fournir une assistance urgente et provisoire mais d’accueillir les arrivants comme nos futurs concitoyens et de tout mettre en œuvre pour les intégrer, le devoir des gouvernants (et accessoirement des observateurs) est de dire la vérité. La faillite de plusieurs États et sociétés arabes, suite tragique du printemps arabe, à laquelle s’ajoutent les crises en Afrique et en Afghanistan, risque de déverser sur l’Occident (Europe, États-Unis, Canada, Australie et Nouvelle-Zélande) plusieurs millions de réfugiés. Seront-ils aussi assimilables que les Italiens arrivés dans les régions viticoles du Midi à la fin du xixe siècle et dans la Lorraine des années 1920, que les Espagnols arrivés à la fin des années 1930 ou que les Juifs polonais arrivés dans les années 1920-1930 ? Voici les questions que des images bouleversantes nous empêchent, hélas, d’aborder.[/access]

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00726791_000024.

Intifada des couteaux : Israël, éternel coupable?

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israel jerusalem couteaux

israel jerusalem couteaux

Depuis le début du mois d’octobre, une série d’attentats a fait 9 morts et plus de 70 blessés en Israël. Motif invoqué : la prétendue volonté des autorités israéliennes de remettre en cause le statu quo sur l’Esplanade des mosquées ou de chercher à la détruire. Voilà la « provocation » israélienne du moment qui pousserait des Palestiniens à assassiner un couple devant ses quatre enfants ou des Arabes israéliens à écraser des piétons avant de les achever à la hache.

Cette rumeur n’est pas une nouveauté. Le mufti pro-nazi de Jérusalem, Amin Al-Husseini, l’utilisait déjà dans les années 1920 pour amorcer des pogroms anti-juifs. Et elle réapparait opportunément à chaque fois que les dirigeants palestiniens ont besoin de justifier leur refus de négocier avec Israël. C’est ainsi que Yasser Arafat avait accusé Ariel Sharon d’avoir déclenché la Deuxième intifada après une visite sur l’Esplanade des mosquées en septembre 2000 (visite pourtant prévue, comme toujours, en accord avec le Waqf) et ce, deux mois après les propositions inespérées d’Ehoud Barak à Camp David. On connaît la suite.

Le 1er septembre dernier, Netanyahou déclarait qu’il était prêt à des négociations sans condition préalable avec les palestiniens. Le 16 septembre, Mahmoud Abbas – cet « homme de paix » selon Anne Hidalgo – répondait : « La mosquée Al-Aqsa et l’église du Saint-Sépulcre sont nôtres. Elles sont entièrement nôtres, et ils [les Juifs] n’ont pas le droit de les souiller de leurs pieds sales » et d’ajouter « Nous saluons chaque goutte de sang versé pour la cause de Jérusalem. Ce sang est du sang propre et pur, versé au nom d’Allah, avec l’aide d’Allah. Chaque martyr aura sa place au Paradis, et tous les blessés seront récompensés par Allah. »

Le blanc-seing était donné. De violents heurts ont alors éclaté et se sont poursuivis pendant une quinzaine de jours. Les palestiniens réfugiés à l’intérieur de la mosquée avaient auparavant pris soin d’y stocker des pierres, des cocktails Molotov et des explosifs. L’intifada, cette révolution spontanée…

Puis ce furent les attentats. Perpétrés à coups de pierres, au couteau, à la hache, à la voiture bélier, à l’arme à feu. Chaque jour amène de nouvelles attaques. Les forces de sécurité israéliennes neutralisent les assaillants et tentent, autant que possible, de les garder en vie. Comme ce jeune palestinien de 13 ans qui a poignardé deux israéliens dont un adolescent de son âge. Désarmé et pris à partie par la foule en colère, il est sauvé par la police. Mahmoud Abbas, qui aurait bien voulu en faire son Mohamed Al-Dura à lui, accuse les israéliens de l’avoir « exécuté ». La farce aura duré 24 heures jusqu’à ce que des photos du jeune garçon soigné dans un hôpital israélien soient diffusées dans la presse. Un mensonge palestinien de plus.

Mais rien n’y fait. C’est Israël le coupable. Ce n’est pas aux palestiniens de ne pas commettre d’attentats, c’est à Israël de faire preuve de retenue. Ban Ki Moon, repris par John Kerry, dénonce un « usage apparemment excessif de la force par les forces de sécurité israéliennes ». Fidèle à sa politique pro-arabe, la France, quant à elle, entend proposer à l’ONU la présence d’observateurs sur le Mont du Temple pour s’assurer du maintien du statu quo. Ce faisant, elle participe à cette rumeur grotesque et justifie les attentats anti-israéliens.

Peut-on s’en étonner quand on sait que la ville de Paris a décoré le mois dernier de la Médaille Grand Vermeil Mahmoud Abbas, cet « homme d’Etat exceptionnel » qui, selon la maire de Paris, n’a « jamais eu d’autre fin que la paix », et n’a « jamais employé d’autre moyen que la légalité internationale ». C’est à désespérer.

Les réseaux sociaux laissent paraître, sans honte ni retenue, les appels aux meurtres de juifs. Les médias occidentaux dénoncent avec gourmandise la répression israélienne, décrivent avec complaisance cette vague d’attentats comme une troisième intifada, celle des couteaux contre les balles, dépeignent les palestiniens comme des victimes qui n’ont que des lames pour résister à une police et une armée surentraînées et suréquipées. Ces mêmes médias qui rappellent sans cesse que Jérusalem est le troisième lieu saint de l’islam mais oublie à chaque fois de préciser qu’il s’agit du premier lieu saint du judaïsme. Jamais ils ne remettent en cause ces rumeurs infondées, ni le double langage de Mahmoud Abbas.

Rien n’éveille leur esprit critique, pas même le fait que ce soit des journalistes arabes israéliens comme Lucy Aharish ou Khaled Abu Toameh ou des intellectuels palestiniens comme Bassam Tawil ou Waleed Al-Husseini qui combattent avec le plus de détermination la propagande mensongère et criminogène des dirigeants et du clergé palestiniens, leur corruption endémique et leur haine aveuglante des juifs.

Non, les médias, bouffis d’orgueil et avides d’audimat, ont depuis bien longtemps troqué l’éthique contre le sensationnalisme, et qu’importe les conséquences sur le public désinformé.

Benyamin Netanyahou avait pourtant assuré, dès le 13 septembre dernier, que le statu quo sur l’esplanade des Mosquées ne changerait pas.

Alors pourquoi ce déchainement de violence ? Les réponses sont plurielles et désespérément connues : la haine du juif perfusée aux palestiniens dès l’enfance, le financement et la célébration des terroristes par l’AP et le Hamas comme des héros de la résistance, les réseaux sociaux qui excitent des esprits intoxiqués et les incitent à toujours plus de violence, les pays arabes et l’UNRWA qui entretiennent depuis toujours les Palestiniens dans l’illusion qu’ils pourront avoir leur propre Etat, non pas à côté, mais à la place d’Israël. Cette propagande de la haine, cette stratégie de la terreur.

Les dirigeants palestiniens vont – une fois de plus et à force d’attentats – finir par placer Israël dans l’obligation de réagir vigoureusement, pour mieux se plaindre ensuite des morts, des destructions, des drames qu’ils traversent. Ils utiliseront, pour cela, la jeunesse palestinienne, cette chair à canon docile, prédestinée au « martyr » et tellement télégénique.

Les Palestiniens peuvent bien aujourd’hui hurler leur détresse et leur horizon bouché. Mais c’est contre leurs dirigeants qu’ils devraient d’abord se tourner et quitter leur posture d’éternelles victimes. Car ils ne sont pas plus victimes qu’Israël est coupable de la violence qu’on lui impose.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21808715_000010.