Si, allant au boulot, vous recevez un coup de couteau dans le dos et êtes toujours en vie, plaignez plutôt votre assassin qu’un militaire vient de neutraliser. Mais n’oubliez pas le conseil d’Anaël, écolière de 17 ans, de ne pas retirer le couteau de la blessure. Attendez les secours qui vous conduiront à l’hôpital Hadassa, en compagnie de votre agresseur.

Et surtout, si vous êtes interviewé par un journaliste enderlinien, n’omettez pas de vous insurger contre la disproportion entre les ripostes de vos compatriotes et le piquant des spadassins improvisés dont vous fûtes victime. Parlez « d’usage excessif de la force », comme John Kirby, si le terme éculé de « disproportion » ne vous agrée plus pour qualifier la riposte aux actions terroristes.

N’oubliez pas dans votre description d’énoncer en premier la mort du Palestinien, surtout s’il s’agit d’un jeune, de mentionner le nombre des Palestiniens tués et blessés depuis le début de la guerre des couteaux, pour finir, le plus discrètement possible, par avouer que la principale victime avait tenté de vous zigouiller.

Et, puisque des braves parmi les braves viennent d’incendier le tombeau de Joseph, n’omettez pas de suggérer qu’après tout ce dernier, qui avait sauvé l’Égypte de la famine, pouvait bien être Palestinien, c’est certain. Les « colons » en colère ne peuvent donc que se tromper de cible en pourfendant les incendiaires ; se prendraient-ils eux aussi (comme dans nos banlieues) pour des Palestiniens !

Bref, tout ça pour vous faire dire qu’en Israël on n’a pas à se plaindre d’être un peu assassiné. À quoi bon, sans cela, un mur des Lamentations.

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Marc Nacht est psychanalyste et écrivain
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