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Sarkozy: en attendant Soleil Vert

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Nicolas Sarkozy. Sipa. Numéro de reportage : AP21947315_000004.

Nicolas Sarkozy ne croit pas au réchauffement climatique. Ou, plus exactement, soyons précis, il ne croit pas que l’homme en soit la cause unique. Nicolas Sarkozy dit évidemment ce qu’il veut, comme n’importe quel citoyen, n’importe quel militant LR, n’importe quel homme de droite, n’importe quel homme de droite dure, n’importe quel candidat aux primaires et même n’importe quel ancien président de la République. Il dit ce qu’il veut, donc, même des bêtises. Peu importe finalement que sa sortie sur le climat contredise l’écrasante majorité de la communauté scientifique. Non, ce qui m’étonne dans ses propos, ce sont deux choses.

Un candidat anxiolytique

La première, c’est qu’il se montre anxiolytique. En effet, pour lui, finalement, contrairement à Chirac qui estimait que sur cette question la maison brûlait déjà et que l’on regardait ailleurs, le réchauffement, ce n’est pas bien grave. Ecoutons-le : « On a fait une conférence sur le climat. On parle beaucoup de dérèglement climatique, c’est très intéressant, mais ça fait 4,5 milliards d’années que le climat  change. L’homme n’est pas le seul responsable de ce changement. » J’aime beaucoup le « C’est très intéressant ». Il faut reconnaître à Sarkozy un don certain pour l’antiphrase méprisante et l’ironie condescendante. Bref, le bon sens près de chez vous dans sa version poujadiste light parce que sans doute, il pense que c’est ça qui plait au peuple. Qu’on se moque un peu de ses élites vertes bobos qui veulent l’empêcher de rouler au diesel et le forcer à manger du quinoa après avoir fait ses besoins dans des toilettes sèches entourés de zadistes à crolles pouilleuses.  C’est étonnant parce qu’il n’y a bien que sur ce seul sujet,  le climat, que le candidat Sarkozy a un côté Lexomil. Pour le reste, il est quand même très anxiogène. La France est au bord de l’effondrement, une vague islamiste nous submerge, la guerre de mille ans est déclarée, les migrants nous étouffent, sans compter les assistés qui profitent du système, les chômeurs qui sont des feignants et les fonctionnaires des privilégiés à moins que ce ne soit le contraire.

Panoplie idéologique

La seconde chose qui ne laisse pas de m’étonner, c’est l’effet panoplie idéologique de l’homme de droite. Pourquoi en effet refuser d’admettre la gravité de la situation sur ce plan-là aussi ?  Et pourquoi, le citoyen qui s’alarme du réchauffement, à l’instar, répétons-le, des spécialistes qui ont quand même fait quelques études, est qualifié de « réchauffiste » ? En général, si vous êtes « réchauffiste », allez savoir par quelle mystérieuse alchimie, vous êtes aussi, assez vite, partisan de la culture de l’excuse pour les délinquants, pédagogiste, voire, si vous émettez quelques réserves sur l’importance donnée à l’affaire du burkini, « islamogauchiste ». Oui, c’est comme ça, c’est un tout.

J’ai bien une ébauche d’explication à cette position sarkozyste sur la question du climat Elle est celle d’une certaine droite (et d’une certaine gauche aussi) qui ces temps-ci préfère mettre en avant la question identitaire plutôt que la question sociale. Reconnaître que l’homme est pour quelque chose dans le réchauffement climatique reviendrait à poser la question du mode de production capitaliste qui est le nôtre partout dans le monde. Et éventuellement à rompre avec lui pour des questions de survie sachant qu’il va quand même y avoir des générations qui risquent de payer très cher nos tergiversations actuelles. Comme le disait le regretté président Chavez (meilleur que son successeur, concédons-le) lors de la conférence sur le climat à Copenhague : « Si le climat était une banque, ils l’auraient déjà sauvé. »

Oui, Sarkozy dit ce qu’il veut. Mais quand la même semaine, je vois un panneau sur l’autoroute qui me prévient d’un pic de pollution et que je lis dans Le Monde cet article assez effrayant sur les effets du réchauffement sur les océans ,  je ne peux pas m’empêcher de penser une chose simple : à quinze ans, je regardais Soleil Vert  au cinéma. A cinquante, je vis dedans.

Quand les musulmans choisissent leur camp

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Amar Dib, entouré de Bernard Cazeneuve et Dalil Boubakeur, 2016. Image : Matthieu Alexandre.

Alors, la guerre civile, c’est quand ? Voilà la question que l’on commençait sérieusement à se poser à l’aube de l’été 2016, ainsi que le patron des renseignements français lui-même, Patrick Calvar, l’avait annoncé lors de son audition devant la commission d’enquête parlementaire, rendue publique début juillet : « Cette confrontation, je pense qu’elle va avoir lieu. Encore un ou deux attentats et elle adviendra. » Pour le grand chef de la DGSI, la frange de la population qui risquait de mettre le feu aux poudres était constituée de « groupes d’ultra-droite » suspectés de vouloir « déclencher des affrontements intercommunautaires ». Et ce, notamment, dans le cas où une nouvelle attaque aurait touché des enfants. Malek Boutih, quant à lui, avait alors tenu à tempérer ces propos, rappelant que ce n’était pas « la population le principal danger mais bien les terroristes », ajoutant : « Nous ne sommes pas dans un scénario de guerre civile, mais plutôt dans celui d’une guerre protéiforme avec des loups solitaires. » N’empêche, on se disait que les agneaux pourraient bien finir par se rebiffer. De plus en plus de jeunes identitaires montaient au créneau sur les réseaux sociaux, d’autres créaient des associations militant pour un permis de port d’arme citoyen, ou s’inscrivaient en couple au stand de tir le plus proche… On était moins calme que Malek Boutih, qui affirmait : « Le pays est solide ; la population calme et responsable. »

Personne ne semble en vouloir aux musulmans

Quelques semaines plus tard, l’attentat du 14 juillet à Nice frappe une cinquantaine d’enfants sur plus de 500 personnes au total, dont 85 trouveront la mort, fauchées par le camion du terroriste tunisien Mohamed Lahouaiej-Bouhlel. Pourtant, dans les jours qui suivent, pas un seul sniper « d’ultra-droite » n’abat froidement les clients d’un commerce hallal. Puis, lorsque 12 jours plus tard à peine, deux jeunes gens débarquent au beau milieu d’une messe confidentielle à Saint-Étienne-du-Rouvray, pour égorger le père Jacques Hamel, 86 ans, pas une mosquée ne brûle. Aucune violence n’éclate, aucun pavé n’atterrit dans la vitrine de la librairie salafiste de mon quartier. Rien. Alors d’accord, beaucoup de Français sont en vacances, mais tout de même, n’en déplaise aux procureurs éternels de la France droitisée et contrairement aux prophéties de Patrick Calvar, il faut le reconnaître : même après deux attentats islamistes de plus, personne ne semble vouloir s’en prendre violemment aux Français musulmans. En revanche, certains de ces derniers commencent à s’agiter… dans le bon sens.

Le 16 juillet, on apprend la démission du vice-président de la Conférence des imams de France, instance fondée en 2009 à Drancy par le très médiatique imam Hassen Chalghoumi, et vouée à développer le dialogue interreligieux ainsi qu’un meilleur encadrement des imams. Motif avancé ? Hocine Drouiche, imam franco-algérien, juge les institutions musulmanes de notre pays « incompétentes ». Selon lui, celles-ci « ne font rien pour assurer la paix sociale et ne cessent de répéter que l’extrémisme n’existe pas ».[access capability= »lire_inedits »]
Il appelle donc ses pairs à « sortir de leur réserve », arguant que si « l’islam est innocent, il faut des hommes courageux pour le prouver ». Plus tard, il confie à Midi Libre : « Des prédicateurs crient à l’islamophobie. Moi non ! Si on dit ça, on ne va pas avancer. On ne doit pas être dans une victimisation. C’est aux musulmans de vivre leur religion tranquillement, de ne pas tomber dans des actions qui peuvent être prises pour des provocations. » Il enfonce le clou jusqu’à la garde : « C’est à l’islam de s’adapter aux valeurs françaises ! » Si on comprend bien, c’est l’attitude des musulmans qui menacerait la paix civile. Voilà qui va à l’encontre de l’analyse de la DGSI.

Pour autant, impossible de nier qu’à chaque nouvelle attaque terroriste, la tension monte. Dans le métro, quelques jours après l’assassinat du père Hamel, un Gaulois patibulaire s’assied à côté de moi, face à une jeune femme portant le hijab. Il la dévisage et se signe ostensiblement à plusieurs reprises, comme ces joueurs de football brésiliens en entrant sur le terrain. Puis il marmonne à son intention : « Tu vas voir l’année prochaine, toi, tu vas voir… Ici, c’est comme ça, on n’est pas musulman. » Lorsqu’il sort de la rame, un jeune Maghrébin fait le malin : « Des mecs comme ça, moi je les frapperais. » Un grand noir lui répond : « C’est Allah qui va le punir ! » La jeune femme voilée est tout sourire, et moi atterré. Mais pas autant que le 26 juillet, lorsque j’apprends l’égorgement d’un prêtre au beau milieu de sa messe. À cet instant, Malik Bezouh, auteur du livre France-Islam, le choc des préjugés, tweete tout le mal qu’il pense de la politique israélienne. C’est un ami. J’attire donc son attention sur le fait qu’un énième attentat islamiste vient vraisemblablement d’avoir lieu quelques heures plus tôt en France, et que la Cisjordanie peut sans doute attendre.

Un cap (positif) a été franchi

Il me répond aussitôt : « Je viens de découvrir l’horreur de cette prise d’otages. J’ai rendez-vous avec des représentants de la Mosquée de Paris. L’objectif : organiser une marche, à l’appel de Français musulmans (moi et d’autres) pour dire notre attachement à la mère patrie et fustiger le fanatisme musulman. Je te tiens au courant. » Comme j’insiste sur l’urgence qu’il y a de voir les musulmans traquer et mettre hors d’état de nuire ceux des leurs qui s’en prennent à mon pays et à toute ma civilisation, il acquiesce : « Il faut envoyer des signaux forts à la société entière ! Le fanatisme musulman, sous forme de métastases disséminées sur le territoire, peut provoquer de gros dégâts et contribuer à fragiliser le socle de l’unité française. On ne peut pas rester les bras ballants ! » Décidément, il semble que le choc répété ait un certain impact sur mes concitoyens musulmans, du moins certains d’entre eux.

Confirmation ultime à l’heure de l’apéritif, quelques jours plus tard. Un camarade de comptoir franco-tunisien m’appelle pour la première fois depuis des mois : « Bertrand, je ne peux pas te parler au téléphone, il faut qu’on se voie. » Quelques instants plus tard, il sirote un demi en face de moi. Farid, la quarantaine et un accent du bled à couper au couteau, me raconte ce qui le rend si blême : l’un de ses amis d’enfance, « presque mon frère » me dit-il, est arrivé en France il y a quelques années accompagné de sa femme, voilée de la tête aux pieds. Ils se sont vus, et Farid a vite compris que son ami ne le resterait pas longtemps. Au terme d’une vive discussion, ils se sont quittés fâchés, l’un expliquant à l’autre que ses discours radicaux n’avaient pas leur place en France, pays tolérant et généreux qui l’avait accueilli et lui avait « sauvé la vie ». Après l’attentat de Nice, puis celui de Saint-Étienne-du-Rouvray, Farid avait consulté son téléphone et découvert une photo de son ami d’enfance, au travail, déchargeant les bagages d’un avion de ligne sur le tarmac d’un aéroport parisien… Il voulait faire quelque chose, parce que « les jeunes qui ont égorgé le prêtre, ils en avaient parlé à des amis, et personne n’avait rien dit ».

Au commissariat, Farid transpire à grosse gouttes : « Ça me rappelle toujours la torture que mon père et moi avons subie en Tunisie », m’explique-t-il. Mais lorsque l’officier de police judiciaire arrive pour recueillir le signalement de Farid, il ne leur faut que quelques minutes pour réaliser qu’ils se connaissent. Eux aussi sont des amis d’enfance. Bien sûr, j’avais déjà remarqué que les Kabyles de l’est parisien en rajoutaient un peu dans la courtoisie en me servant du vin, et que mon épicier me vendait des packs de bières avec un entrain nouveau, mais cette fois j’ai l’impression qu’un cap a été franchi – des Français de culture musulmane ont réellement choisi le même camp que moi. Celui de notre pays.

Restait à comprendre si l’humeur des hautes sphères de l’islam de France reflète celle d’une partie qu’on espère croissante de leur base. Comme je venais de lire une intéressante interview de Tareq Oubrou, imam de la grande mosquée de Bordeaux, j’ai pris un billet de train pour la ville d’Alain Juppé.

Au jour et à l’heure dite, plusieurs personnes m’accueillent au siège de la Fédération musulmane de la Gironde. D’abord, Fouad Saanadi, jeune président du Conseil régional du culte musulman d’Aquitaine, expressément spécialisé dans la « déradicalisation ». Alors qu’une psychologue l’attend pour discuter d’un cas récemment identifié, il m’assure que « de plus en plus de musulmans exposés au discours traditionnel veulent passer au discours moderne ». Mais Fouad précise que ce discours réformiste reste le fait d’une minorité, tout comme celui que tiennent les salafistes de l’autre côté du spectre. Entre les deux, les traditionalistes restent très majoritaires. Or notre interlocuteur nous le dit tout net : « Pour nous, le discours traditionnel comme le salafisme sont blâmables. Ils jouent respectivement un rôle direct et indirect dans la radicalisation. » Explication : « Les imams traditionnels ne font pas le travail de prévention psychologique qui devrait être le leur. Quant au discours salafiste, il fait office de préparation psychologique à la “daechisation”, puisque qu’il raisonne en termes de “eux” et de “nous” : “nous” allons au paradis, “eux” en enfer, “eux” nous détestent, “nous” sommes le Bien… »

« Personne n’est à l’abri de cette barbarie »

Tareq Oubrou me reçoit alors, flanqué d’un imam de Cenon, par ailleurs aumônier des prisons pour la région, et d’un jeune imam en formation. Pour le chouchou des médias, il n’y a pas de communauté musulmane, mais des communautés et des individus : « Moi, ici, je ne connais pas de communauté. Il y a une association, des fidèles qui viennent faire la prière, puis qui se cassent. Ils prennent leurs babouches et ils disparaissent. Je fréquente plus de non-musulmans que de musulmans. » Fort bien, mais n’est-il pas, en cela même, coupé du reste des fidèles ? Preuve que les instances musulmanes ne se connaissent même pas entre elles – et sans doute d’une certaine pagaille en leur sein –, la démission du vice-président de la Conférence des imams de France ne lui dit rien.

On creuse tout de même : « Trois éléments se superposent dans ce qu’on appelle “les musulmans”. Il y a la situation sociale : les banlieues… Puis il y a une représentation ethnique : maghrébine, algérienne, les arabes, les Turcs… Et puis ça renvoie à une religion, contre laquelle toute l’identité occidentale médiévale s’est construite : les croisades, la Reconquista, le colonialisme… » On tique, mais l’homme est aussi charmant qu’érudit. « L’islam, conclut-il, est devenu une affaire d’identité, un bouclier derrière lequel n’importe qui peut se cacher. » Résultat, iI regrette le fait que le sentiment d’appartenance des musulmans à la communauté nationale passe au second plan, derrière l’islam : « S’il y a une évolution à noter depuis l’attentat contre Charlie Hebdo, elle n’est pas bonne puisqu’ils n’ont commencé à se sentir concernés qu’en apprenant le nombre de victimes musulmanes de l’attentat de Nice… » Le jeune imam en formation nous raconte ce que les jeunes lui disent : « Au début, avec l’attentat de Charlie, c’étaient des journalistes qui étaient visés, donc ils s’en fichaient. Puis le 13 novembre ils ont découvert qu’il n’y avait plus de règles, plus d’ennemi désigné. Et c’est avec l’attaque de Nice qu’ils ont compris que personne n’était à l’abri de cette barbarie. »

On remarque alors que personne n’a fait mention de l’attentat de l’Hyper Cacher, sans parler des crimes de Mohamed Merah. Mais Tareq Oubrou reprend la balle au bond : « C’est en 2012 que tout le monde aurait dû défiler dans la rue ! Tuer des juifs ou des militaires, c’est porter atteinte à la fraternité humaine et à celle de la citoyenneté, proclamée par notre devise nationale. » On aimerait être sûr qu’il tient ce discours devant tous les publics. Et puis, bien sûr, il y a un « mais » : « Le sentiment d’appartenance à la communauté nationale, ça commence à l’école maternelle. Et l’intégration nécessite un effort dans les deux sens… » Autrement dit, la France a sa part de responsabilité. Et notamment dans la radicalisation, selon l’imam réputé le plus « modéré » du pays : « C’est à l’État d’arracher les mauvaises herbes, on ne peut pas demander cela à une “communauté” puisque la République n’en reconnaît aucune. » Simple, mais efficace. De même que « ce sont les maires qui autorisent l’ouverture des mosquées, mais ils ne rencontrent souvent même pas le staff qui va l’administrer ». Et notre interlocuteur au sourire ravageur de conclure avec un rien de « complotisme » : « Par ailleurs, on ne dit pas la vérité aux gens sur les guerres que mène la France pour défendre les intérêts financiers de grandes entreprises comme Total. »

Pas gagné ? L’imam de Bordeaux nous apprend tout de même que « des centaines de conversions invisibles concernent des personnes qui se présentent comme médecins ou avocats avant de dire qu’ils sont musulmans ». Visiblement peu favorable au droit de vote des étrangers ou à la construction de minarets, il se targue d’expliquer à ses ouailles que « dans une mosquée, vous êtes en territoire français ». Et que si son association effectue « des dizaines de signalements », il convient de se rassurer : « Quand il y a un pic, ça annonce un creux. Les fils de salafistes sont les premiers à abandonner totalement la religion. » De retour à Paris, je reste cependant dubitatif. Une formule de Tareq Oubrou m’a particulièrement désarçonné : « La France a les musulmans qu’elle mérite. On finit par fabriquer le musulman tel qu’on le décrit, et depuis des années on associe systématiquement le musulman au terrorisme. » Comme si j’avais fait quoi que ce soit pour qu’on égorge mes concitoyens sous prétexte que mon grand-père était médecin militaire colonial.

Pour entendre un autre son de cloche, je contacte par téléphone Amar Dib, sociologue et conseiller spécial du recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur. Et bingo ! Pour lui, c’est l’inverse : « Les musulmans ont les dirigeants qu’ils méritent. Or je trouve la communauté assez médiocre dans son ensemble : avant de vouloir apprendre le Coran ou l’arabe à l’école, il aurait fallu apprendre le savoir-être. Alors maintenant, soit les musulmans font ce qu’ils ont à faire, soit ça va être la guerre civile. » Sa sévérité est rafraîchissante, et ses projets constructifs démontrent qu’en effet, les lignes ont sacrément bougé ces deux dernières années : « Il faut un Conseil supérieur des imams de France pour certifier 70 à 80 % de ceux qui prêcheront dans les mosquées. Parce que globalement, les musulmans français ont appris le Coran par cœur, mais ne comprennent rien à ce pays. Nous devons disposer d’un fichier d’imams certifiés, qui auront appris les principes de base qui régissent ce pays et permettent de vivre ensemble. » Problème, selon le sociologue : « Au lieu de ça, on nous annonce le “Che”, Jean-Pierre Chevènement, qui va faire le coq alors qu’il ne s’y connaît pas plus que les autres : il ne faut surtout pas qu’on soit discret, il faut qu’on se fasse entendre dans le bon sens ! »

Par moments, je crois entendre un authentique mariniste (ou presque) : « J’en ai marre de ces bougnoules qui nous expliquent qu’on doit porter la barbe ou la djellaba jusqu’aux pieds, ou se voiler quand on est une femme alors que le Prophète n’a jamais dit ça, qu’ils aillent se faire foutre ! » Et d’égratigner au passage les Indigènes de la République qui feraient mieux d’aller « se faire soigner au bled » au lieu d’expliquer aux jeunes « débiles mentaux » de banlieue qui profitent du système de santé le plus généreux au monde que les musulmans sont systématiquement exclus, car victimes d’un « racisme d’État ». Amar Dib va plus loin encore : « À part bouffer comme des gorets, qu’est-ce qu’on apporte à ce pays ? Nos parents ont participé à le construire, mais les générations suivantes ? Néant ! On voudrait que tout nous soit dû parce qu’on est médiocres et grande gueule… » J’interromps le conseiller de Dalil Boubakeur avant qu’il ne parvienne à faire passer Marion Maréchal-Le Pen pour une attachée parlementaire EELV. Et maintenant, du coup, que peut-on espérer ?

« À la rentrée, des réunions vont être organisées, nous annonce ce partisan d’une réforme radical de l’islam de France. Il faudra qu’il y ait un renouvellement parce qu’on voit toujours les mêmes têtes, et les politiques devront arrêter de prétendre faire du neuf avec de vieux imams bedonnants que l’on voit depuis trente ans, dont pas un n’est né en France. » Amar Dib n’est cependant pas né de la dernière pluie : « Il faut que des hommes et des femmes constituent une véritable élite de l’islam en France. Pour l’instant on n’est pas assez nombreux, mais ça viendra. » Partisan de la tradition prophétique, notre homme ne craint pas la guerre civile, pourvu que l’on soit désormais intransigeant face à « un folklore vestimentaire » et à une victimisation tous azimuts. « Je ne supporte plus ce chantage aux Droits de l’Homme », nous avoue pour finir le fondateur d’une association qui vient en aide aux SDF et se félicite que, comme lui, « de plus en plus de musulmans organisent des œuvres sociales ou humanitaires ». Parce que le Prophète, nous apprend-il, aurait répondu à ses compagnons qui lui demandaient quelle était la meilleure des actions : « Donner à manger à quelqu’un qui a faim. » Mais aussi : « Saluer une personne avant qu’elle vous salue, quelle que soit sa religion et son statut social. » Après vous, fondement de la civilisation. Et si la guerre civile n’avait pas lieu ? Inch’Allah.[/access]

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aylan syrie indignation photo
Sipa. Feature Reference: 00735028_000001.

Parce qu’elle fait l’objet d’une sélection, parce que sa réception est soigneusement encadrée par un discours homogène, parce que le moment même de sa diffusion lui confère le statut d’argument au sein d’un débat, la photo d’un enfant mort ou ensanglanté n’est pas une information, c’est une injonction abêtissante et culpabilisante à prendre un certain parti.

Autres, par rapport à quoi ? Par rapport aux victimes-stars, aux petits corps iconisés pour la bonne cause — pendant que d’autres agonisent dans le silence. Par rapport aux Kim Phuc de notre temps. En effet, des Aylan et des Omran, l’auteur de l’article rappelle qu’il en photographie tous les jours.

Or, on ne nous en montre pas tous les jours.

Il est évident que si c’était le cas, cela n’aurait plus le même impact. Aussi, il faut dire les choses de manière claire et crue :

On nous sort un enfant quand cela paraît opportun. Aylan envahit les unes en pleine polémique sur l’accueil des réfugiés. Le discours qui accompagne l’image nous aide charitablement à ne pas mal l’interpréter (ce serait dommage) : Aylan, rappelez-vous, était « victime de la forteresse Europe » et du Canada. Si, si. Omran surgit quand les médias commençaient enfin à nous parler un peu de ce qui se passe au Yémen*. Et il doit sa notoriété au fait d’être victime de l’armée d’Assad et non d’un avion français ou américain.
Il y a des enfants qui ne feront jamais la une. Sans parler de toutes les guerres totalement ignorées de nos médias, sans parler, justement, de ces petits Yéménites réduits en charpie par nos alliés saoudiens dans un silence ignominieux, il est évident qu’on ne nous fera jamais pleurer sur les petites victimes collatérales des bombardements de la coalition contre Daesh : ces fils et filles de djihadistes, dont certains n’ont même pas encore atteint l’âge d’apprendre à égorger leur nounours…

Lisez la suite de cet article sur le blog d’Ingrid Riocreux.

Taubira: les mystères de la reine Christiane

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taubira christiane ps hollande

Elle n’est pas contente, Christiane Taubira. Ce sont les quatre journalistes de Libération qui le disent, la décrivant claquer son cahier et hésiter à quitter la salle après avoir répondu à une question qu’elle juge déplaisante. Il faut dire qu’ils exagèrent, nos confrères de Libé ! Demander à l’ex-garde des sceaux si par hasard, elle ne serait pas responsable -un tout petit peu- de l’image qu’elle a renvoyé dans les médias pendant près de quatre ans, c’est osé. Alors, elle plastronne, elle se compare à la femme violée qui serait responsable à cause de sa mini-jupe. Si on comprend bien la métaphore filée par notre twitteuse de luxe, les violeurs, c’est la droite et les journalistes du Figaro –ces malades, qu’elle ne peut pas guérir- et les complices qui regardent le viol sans rien faire, ce sont les autres médias, journalistes de Libération compris. On aurait aimé assister à cette scène d’interview. Voir la tête –amusée ? déconfite ?- des confrères, pendant que Christiane Taubira leur jouait son numéro, quelque part entre Feydeau et Caliméro.

Lisez la suite de l’article sur le blog de David Desgouilles.

Mexique: l’Etat, les cartels et l’hécatombe

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mexique iguala drogue
Manifestation des famille des disparus d'Iguala. Sipa. Numéro de reportage : AP21942397_000001.

Le 26 septembre 2014, 43 étudiants -professeurs en devenir- issus du milieu paysan manifestaient à Iguala dans la région de Guerrero, au sud du Mexique. Placés en garde à vue, ils sont alors remis à une mafia locale, « Guerreros Unidos », puis très vraisemblablement tués. Le crime n’ayant toujours pas été élucidé, les versions diffèrent sur le mode d’assassinat. Une quinzaine d’étudiants seraient morts asphyxiés dans un camion, les autres auraient été brûlés –vifs dit-on-, aussi je ne m’épancherai pas sur les détails de cette macabre affaire.

Déliquescence d’une nation

L’opinion mexicaine, qui a beau être habituée à toutes sortes d’histoires sordides d’enlèvements, tortures, décapitations et j’en passe, et dont les médias –ainsi qu’une partie de la population- sont assez friands, fut horrifiée. Pourquoi ? Parce que d’une part, cela est cru à dire, les victimes furent cette fois des Mexicains, et non pas de vulgaires migrants du Costa-Rica ou du Guatemala comme c’est souvent le cas dans ces massacres ; et surtout parce que ce crime d’Etat, appelons un chat un chat, a mis en évidence les relations étroites entre une grande partie du monde politique –ceci peu importe le parti- et  des mafias sanguinaires dont les pratiques –des restes de certains corps furent découverts dans des fosses communes- ont peu à envier à celles des bourreaux génocidaires de l’ex Yougoslavie.

Si le Mexique est actuellement en proie à la violence extrême et aux exactions liées au crime organisé, il n’en a pas toujours été le cas. Traditionnellement cantonné à la frontière avec les Etats-Unis, le crime organisé, facilité par le démantèlement des cartels colombiens, a commencé à exploser il y a une dizaine d’années suite à la guerre frontale déclarée par l’ancien président Felipe Calderón au narcotrafic. En effet, loin d’atteindre les résultats visés, les méthodes musclées de ce dernier ont décuplé les instincts guerriers des mafias sanguinaires qui se sont multipliées pour se répandre dans tout le pays. Et provoquer selon les estimations 80 000 morts en dix ans. En 2012, suite à un scrutin maculé de soupçons de fraude, le PRI (Parti révolutionnaire institutionnel), qui a auparavant passé soixante-dix ans au pouvoir, revient à la tête de l’Etat sous l’égide d’Enrique Peña Nieto, un ancien gouverneur propre sur lui mais réputé fort corrompu. Conscient de l’échec de la politique de son prédécesseur, le nouveau venu ne s’est pas lancé dans une nouvelle croisade antimafia. Mais si lors de ses deux premières années de mandat, la violence mafieuse a connu -selon le gouvernement- un certain apaisement, dû très probablement à des arrangements entre les cartels et l’Etat à son plus niveau, elle s’est de nouveau envolée  les années suivantes : les régions de Colima, Michoacán et Guerrero sont devenues particulièrement saignantes, rejointes cette année par Guanajuato , jusque-là une des régions les plus paisibles ; et l’année dernière, Acapulco, station balnéaire longtemps prisée des touristes, s’est hissée au rang de cinquième ville la plus dangereuse du monde.

Narco-Etat

Après la disparition des quarante-trois étudiants, les Mexicains descendent par grappes de mille dans la rue, pas pour rendre grâce à la vierge Guadalupe cette fois-ci, mais pour demander non seulement des comptes, mais aussi la démission de Peña Nieto. Pas moins de dix jours après l’enlèvement des étudiants, le président mexicain daignera faire sa première déclaration. Quant au maire d’Iguala et son épouse, qui sont soupçonnés d’avoir ordonné l’enlèvement au cartel local, ils ne seront arrêtés qu’un mois après les faits. Sans les vagues de protestation soulevées par l’indignation populaire, ils n’auraient sans doute jamais été inquiétés. Car si le Mexique est la quinzième puissance mondiale, la corruption y est endémique. Peña Nieto prend conscience de la nécessité de sortir de la réserve et fait l’effort de rencontrer quelques familles des disparus. Mais en juillet 2015, pas de bol pour Peña, « El Chapo » (le Trapu), l’un des mafieux les plus puissants au monde, encore plus riche que Pablo Escobar en son temps, parvient à s’échapper de sa prison réputée ultra-sécurisée avec de toute évidence l’aide d’un bon nombre de complices au sein même de la prison. Bien que cette spectaculaire évasion relève du rocambolesque –voire du burlesque- et ait en apparence peu en commun avec l’horreur d’Iguala, ces deux affaires découlent d’une même logique : la soumission de l’Etat mexicain aux lois du marché de la drogue.

En avril dernier, après les familles des disparus qui contestaient fortement la version officielle des disparitions publiée l’année dernière par le gouvernement mexicain, ce sont des enquêteurs mandatés par la CIDH (Commission interaméricaine des Droits de l’homme) qui ont remis en cause cette version. Si l’Etat mexicain veut cesser de ressembler à une  calavera (petite sculpture en forme de tête de mort particulièrement utilisée lors de la Fête des morts), il va falloir faire mieux. Beaucoup mieux. « Si Peña Nieto est Président, le Mexique va plus avoir besoin d’aide qu’un bateau qui chavire », avait déclaré Carlos Fuentes trois mois avant de quitter ce monde. Le grand écrivain ne s’étant pas trompé, reste aux Mexicains à changer de capitaine. Les prochaines Présidentielles auront lieu en 2018. En attendant, Peña Nieto a choisi d’inviter  Donald Trump à Mexico à la fin du mois dernier.  Il est bien étrange, même franchement grotesque de dérouler le tapis rouge à celui que le même Peña avait auparavant comparé à Hitler. Mais le ridicule ne tue pas, lui.

Etats-Unis: une économie bipolaire

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usa trump clinton industrie
Image: Soleil.

Comment va l’économie américaine ? Aussi bien que possible si l’on en croit les chiffres des créations d’emplois par les entreprises, constamment favorables. Médiocrement au mieux si l’on se fie aux chiffres du PIB qui tombent depuis quatre trimestres, à peu près égaux à ceux de la zone euro. Les analystes économiques qui s’expriment par centaines sur le sujet affichent de moins en moins de certitudes, leurs schémas ne correspondant plus à la réalité nouvelle. Le tableau statistique de l’économie américaine présente une anomalie pour leurs cadres de pensée. À moins d’erreurs dans la collecte des données qui sont peu vraisemblables : ces données, mensuelles pour les créations d’emplois, trimestrielles pour le PIB, sont régulièrement corrigées et affinées.

Force de l’emploi, faiblesse de l’investissement

C’est le domaine où le paysage s’avère le plus riant. Après avoir détruit près de 9 millions d’emplois durant la « grande récession », les entreprises en ont recréé plus de 13 millions, profitant de l’appétit retrouvé des consommateurs locaux, de la reprise progressive du secteur de la construction, sinistré par la crise hypothécaire, et de l’essor de la production de gaz et de pétrole de schiste. Les créations d’emplois, presque toujours supérieures à 200 000 par mois, escortaient la montée en puissance du PIB, située bon an mal an entre 2 et 2,5 %. Après une période de convalescence, l’économie américaine semblait installée sur une trajectoire favorable de croissance, certes inférieure à celles du boom des nouvelles technologies, dans les années 1990, et du boom de la construction dans les années 2000, mais satisfaisante pour l’esprit.

Mais les trajectoires de l’emploi et du PIB divergent franchement depuis l’automne dernier. L’évolution de la croissance dément les spécialistes de la macroéconomie qui, au vu des créations d’emplois, anticipent, mois après mois, une accélération selon un cercle vertueux : plus d’emplois, plus de consommation, plus d’investissement, donc plus de production totale. Pourquoi la mécanique ne fonctionne-t-elle pas comme elle le devrait ?[access capability= »lire_inedits »]

Certains analystes, un peu plus scrupuleux que la moyenne, dénotent la faiblesse de l’investissement qui se situe à un niveau particulièrement médiocre, au-dessous de 10 % du PIB. Faiblesse que certains attribuent à l’impact de la remontée du dollar qui découragerait les investissements orientés vers l’export, que d’autres expliquent par la chute du prix du pétrole et des matières premières, comme le cuivre, que les États-Unis produisent à grande échelle. Le second argument est recevable, les compagnies minières et pétrolières ayant taillé dans leurs dépenses pour ne pas tomber dans le rouge, mais pas le premier : la parité actuelle du dollar n’entrave pas les exportations de Boeing, de Lockheed, des fabricants d’armes et de bien d’autres grands groupes.

Néanmoins, il est vrai que la faiblesse de l’investissement retentit sur la croissance. Avec ce résultat non désiré : sans l’augmentation régulière de la consommation, la croissance serait devenue nulle ou négative depuis un an. Et, de ce fait, la part de la consommation dans la production totale, l’une des plus élevées du monde, a encore progressé : elle se situe désormais au-delà de 70 %. Le recalibrage de l’économie américaine, vers plus d’investissement et d’exportations, n’est pas à l’horizon.

Mais comme la faiblesse de l’investissement devrait retentir aussi sur l’emploi, le mystère demeure entier. Comment expliquer la constante bonne tenue de l’emploi ?

La productivité en jachère

La clé du mystère nous est fournie par la productivité qui stagne ou décroît dans l’économie qui est à ce jour la plus productive du monde. Les chiffres révèlent trois reculs trimestriels consécutifs qui plongent dans la perplexité la tribu des économistes, à commencer par ceux qui officient au FMI. L’économie américaine crée d’autant plus d’emplois que sa productivité globale a, à tout le moins, cessé de progresser. L’affaire est entendue.

Mais pourquoi cette évolution inattendue ? Comment peut-on imaginer la baisse de la productivité dans un système pleinement concurrentiel ? Sachant que toutes les entreprises industrielles telles que Boeing, Ford et leurs fournisseurs réalisent, trimestre après trimestre, de nouveaux gains de productivité, sachant que Walmart ou Amazon font « suer le burnous », le mystère, à peine éclairci, s’épaissit à nouveau.

Un dernier effort de compréhension s’impose. On peut sommairement découper l’économie en deux secteurs, un secteur à forte productivité, constamment croissante, et un secteur à plus faible productivité. Il suffit que l’emploi stagne ou régresse dans le premier secteur et qu’il progresse dans le second pour que la productivité globale s’en ressente. L’économie américaine connaît un épisode de ce type : la banque et l’exploitation minière, voire l’industrie, suppriment des emplois, tandis que la manutention, l’entretien ou les parcs d’attractions en créent. Les économistes qui ont voix au chapitre médiatique oublient de procéder aux analyses plus fines qui éclaireraient enfin la lanterne des médias, des politiques et du public.

Trump et Clinton au défi de la nouvelle donne

La conjoncture donne du grain à moudre aux candidats à la présidentielle américaine et à leurs états-majors. Avec une question prioritaire : comment stimuler la croissance et relever durablement les gains de productivité tout en conservant un rythme appréciable de création d’emplois ?

Chacun d’entre eux nous a donné l’esquisse de l’esquisse de la solution. Trump entend relocaliser les activités industrielles fortement productives qui se sont enfuies vers la Chine ou le Mexique. Clinton parie sur la capacité d’innovation toujours renouvelée des Américains. Accordons-leur qu’ils ont raison sur le fond l’un et l’autre. Il manque encore deux réponses complémentaires. Trump devrait expliquer comment la réindustrialisation nécessaire pourra créer des emplois en nombre au moment où entre en scène le robot. Et Clinton, comment elle s’y prendrait pour que les innovations américaines soient réalisées sur le sol américain ![/access]

Pénalisation des clients des prostituées: comment cela ne marche pas

clients prostituees lyon

Depuis son entrée en vigueur, après son adoption définitive par l’Assemblée nationale, la loi du 13 avril 2016, plus connue comme celle pénalisant les clients des prostituées, n’a guère fait parler d’elle. Il lui manque, peut être, de porter le nom de sa promotrice, à l’image de la loi Marthe Richard, qui ordonnait, soixante dix ans plus tôt, jour pour jour, la fermeture des maisons closes. Dommage, car une loi Rossignol, nom de la ministre du Droit des femmes porteuse du projet devant le Parlement, aurait eu quelques  chances de s’inscrire longtemps dans la mémoire collective…

Trêve de plaisanterie, étonnons-nous un instant que nos grands médias,  de presse écrite ou audiovisuelle, qui l’avaient, dans leur grande majorité, saluée comme un progrès considérable dans l’histoire de l’humanité, ne se soient pas précipités pour constater, sur le terrain, les effets bénéfiques de ce texte pour notre nation. Pourtant, si nos éminents journalistes et rédacteurs en chef lisaient un peu moins le New York Times, et un peu plus la presse régionale, cette Cendrillon du système médiatique hexagonal, pour humer l’air du temps sociétal, ils auraient découvert des choses intéressantes à ce sujet dans Le Progrès de Lyon, sous le signature d’Annie Demontfaucon.

Cette petite curieuse est allée sur le terrain, enquêter dans les quartiers lyonnais où s’exerce la prostitution de rue, et dans les commissariats chargés de faire appliquer la loi pour  faire l’état des lieux six mois après l’entrée en vigueur de la loi en question.

Les escorts dorment tranquilles

Première question, posée à la commissaire de police d’un quartier touché, depuis des décennies par l’activité prostitutionnelle, à pied (échassières) ou en minibus (amazones) : combien d’infractions ont-elles été constatées et réprimées conformément à la nouvelle loi ? Réponse de Mme la commissaire Corridor (le nom ne s’invente pas !) : zéro. Et elle explique : «  C’est complexe… c’est une infraction dont les éléments constitutifs sont difficiles à apporter. Il faut que le rapport sexuel soit constitué et rétribué. »  Un flic de terrain précise : « Vu qu’on ne risque pas d’installer des caméras dans les camionnettes, on ne va pas perdre notre temps à prouver l’improuvable ! ». Mme Corridor fait également remarquer que le rapport sexuel tarifé ne constituant qu’une contravention de 5ème classe, passible d’une amende de 1500€,  obtenir la preuve par l’aveu au cours d’une garde à vue bien conduite, modèle quai des Orfèvres, est impossible, car la loi l’interdit…

Cela n’empêche pas la préfecture et le Parquet de faire pression sur la police pour que le gouvernement puisse présenter des chiffres montrant que la nouvelle loi est efficace, par exemple en faisant valoir que le nombre des prostituées a notablement diminué dans leur secteur depuis  son entrée en vigueur . Faute de « flags », on va donc harceler les michetons potentiels par d’autres moyens. «  On multiplie les contrôles routiers, en verbalisant pour des pneus lisses, etc. »  Résultat : les clients se font rares, et le chiffre d’affaire des prostituées de rue est en chute libre. Pourtant elles restent, attendant des jours meilleurs, car elles n’ont pas d’autre endroit où aller. Il va sans dire que cette fameuse loi n’entrave en rien la prostitution « de luxe », agences d’escorts et autres systèmes d’échanges de services sexuels passant par Internet et les réseaux sociaux, pour lesquels l’établissement de « flags » n’est pas moins compliqué que pour les clients de Mme Corridor.  En général, les limousines n’ont pas de pneus lisses. Mais l’essentiel n’est-il pas que les bigotes néo-féministes soient contentes  et puissent faire valoir urbi et orbi leur supériorité morale ?

«Bien des surveillantes d’origine maghrébine affirment voter FN»

sophie marceau taularde fn

Olivier Prévôt : La Taularde est un film d’un grand réalisme. Les bruits, la lumière, l’ambiance de la prison, tout cela est rendu avec beaucoup de force et de vérité. D’où vous vient cette familiarité avec le milieu carcéral ?

Audrey Estrougo : J’ai d’abord eu l’occasion de présenter mon deuxième film, Toi, moi, les autres à des détenus. Ce fut mon premier contact avec cet univers, très singulier. Ensuite et pendant plus de dix-huit mois, j’ai animé des ateliers d’écriture en prison, et cela autant dans le quartier des hommes que celui des femmes. La différence entre ces deux mondes m’a frappée. En détention féminine, la violence est beaucoup plus intériorisée. Les unités sont moins grandes, l’ambiance est différente. Les détenues se soutiennent. Il y a un côté « bon enfant » qu’on ne retrouve pas côté hommes. Les détenues ont également un plus haut niveau d’instruction. Ce fut une expérience intense – on entre à 7 heures du matin pour ne ressortir qu’à 19 heures ! Des liens se tissent, forcément. À partir de là, j’ai creusé mon sillon.

Le film montre également le travail quotidien des surveillantes. C’est là une de ses singularités. Il ne se cantonne pas au seul vécu des détenues.

Au fur et à mesure que le projet du film naissait en moi, j’ai éprouvé le besoin d’aller voir de l’autre côté de la barrière, en rencontrant des surveillantes, en parlant et sympathisant avec certaines d’entre elles. Bien sûr, dans des unités différentes de celles où j’intervenais déjà. Elles ont longuement évoqué leur métier, les difficultés qui sont les leurs. Elles m’ont donné leur éclairage propre.

Vous avez, je crois, une méthode de travail particulière…

Lisez la suite de l’entretien sur le blog d’Olivier Prévôt.

Deux ou trois choses sur le burkini

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burkini islam gauchet conseil etat

L’édito d’Elisabeth Lévy sur le burkini est simplement parfait, à deux nuances près. La première est qu’il n’est pas seulement parfait : il est plus que parfait quand elle ose avouer, à propos de l’interdiction du burkini: ”ma fibre libérale souffre doublement, pour le burkini et pour l’interdiction”.

Nous sommes en guerre

La seconde est que ses arguments n’évitent pas toutes les fausses pistes : la seule bonne raison de combattre le birkini par tous les moyens adéquats, c’est que nous sommes en guerre. Premier point : un libéral authentique se sent forcément mal d’avoir à interdire le port d’un vêtement exhibant une conviction ou une affiliation quelconque dans l’espace public. Cette liberté est l’essence même du libéralisme, qui refuse que l’Etat, la société, ou sa majorité impose leur loi dans la manifestation des convictions et dans les moeurs des personnes privées.

On aimerait tellement ne pas avoir à assumer le mauvais rôle qui est d’interdire aux femmes, ici,  ce qui leur est imposé ailleurs. Mais c’est une fausse piste que de se justifier en disant que ce vêtement-là est intrinsèquement le signe de la servitude de celle qui le porte. Car si cette servitude est volontaire, comme ce peut être le cas en France, il n’appartient pas à une société libérale d’émanciper les femmes contre leur gré.

On ne peut donc pas condamner un vêtement comme le burkini ou le voile islamique pour leur signification intrinsèque. Cette signification est toujours sujette à interprétations et à contestations. On ne peut les condamner, les combattre, voire les interdire qu’en raison de leur signification contextuelle. Nous sommes en guerre. Aujourd’hui et maintenant, ces vêtements font allégeance à l’islamisme politique qui nous agresse. Si l’on n‘osait pas admettre que nous combattons les emblèmes de l’islamisme conquérant et non des vêtements significatifs et insupportables en eux-mêmes, il faudrait étendre le même jugement et la même condamnation aux femmes juives ultra orthodoxes qui portent des vêtements similaires, sans nous agresser pour cela.

Un double cheval de Troie?

Il faut donc se résoudre à prendre des mesures spécifiques et discriminatoires contre l’islamisme de combat, au nom de principes généraux qui ne s’appliquent qu’à lui. Ce n’est pas discriminer les musulmanes de France ou leur imposer un apartheid, puisque l’immense majorité d’entre elles ne l’adoptent pas.

On a toutefois d’autant plus mauvaise conscience à l’égard de ces baigneuses qui sont aussi couvertes que la femme du Déjeuner sur l’herbe de Manet est nue, qu’on nous assure de tous côtés que le burkini est en réalité un cheval de Troie qui marche à l’envers. Porter ce vêtement ambigu serait faire, en douce, le premier pas vers l’émancipation, puisqu’il permet à ces femmes musulmanes d’aller à la plage, ce que Daech ne tolère pas, et d’y aller sans leurs maris, leurs pères ou leurs frères, puisqu’ainsi couvertes, leur surveillance est devenue superflue.

Il se peut que le burkini soit un cheval de Troie en deux sens opposés. Il se peut qu’il couvre une part de ruse chez certaines de celles qui l’arborent, de même que le fait de porter le voile peut apporter à certaines  jeunes filles le sentiment de ne pas trahir leur religion tout en faisant des études et en travaillant comme les hommes.

Pour ces raisons de principe et de fait, un libéral, et une libérale encore plus, aimerait tenir un discours d’accommodement raisonnable du genre : « pourvu que vous alliez à la plage, et pourvu que vous y alliez sans vos maris vos pères et vos frères, nous consentons à cet habit, quoiqu’il nous déplaise profondément en ce qu’il heurte notre conception de la femme. Mais nous ne pouvons pas l’interdire et porter atteinte à votre liberté puisque ce burkini ne porte pas atteinte à la liberté des femmes qui ne le portent pas.” Comment répondre, en libéral, à cette objection?

Si on répond que le burkini est un drapeau, et que c’est pour cette raison qu’on a le droit de l’interdire, on entendra Edwy Penel répondre comme il vient de la faire à Apolline de Malherbe qui lui opposait cette phrase de Finkielkraut, que tout vêtement ou signe d’appartenance peut être considéré comme le drapeau d’une appartenance particulière laquelle est libre de se manifester dans l’espace public.

Plenel le sophiste

Edwy Plenel, on le connaît, n’a pas laissé  à Apolline de Malherbe le loisir de compléter la pensée de Finkielkraut: le burkini est le drapeau d’une idéologie, oui, mais pas d’une idéologie comme les autres. Il est le drapeau d’une idéologie qui tue et qui cherche à imposer sa loi à certains territoires de notre pays. C’est pourquoi la démocratie libérale doit le combattre : face à l’islamisme conquérant, notre liberté est en état de légitime défense.

Alors, surtout, n’invoquons pas des arguments biaisés pour le combattre : ce n’est pas parce que le burkini représente une atteinte à la dignité des femmes qu’on est en droit de l’interdire tout en respectant les droits de l’homme. C’est parce qu’il est le drapeau d’un ennemi, en temps de guerre. Une guerre qui est tout à la fois militaire, policière et culturelle.

Ceci est la seule justification possible d’une mesure qui ne doit s’appliquer qu’à l’islamisme, puisque l’islamisme est le seul à faire la guerre à notre liberté.

Et puisque je tiens le micro, j’en profite pour ajouter quatre remarques, en style télégraphique s’il le faut.

Primo, un peuple libre et adepte de la démocratie libérale a le droit de défendre sa façon de vivre, ses moeurs, sa culture, son identité, bref, son être, comme tout vivant a le droit de vouloir « persévérer dans son être ». ( La formule est de Spinoza, respect!).

Secundo, nos mœurs ne sont pas seulement celles qui nous plaisent; elles ne sont pas seulement notre choix de civilisation. Elles sont supérieures aux mœurs archaïques et barbares qu’on leur oppose parce qu’elles résultent des progrès de LA civilisation. On n’a certes pas le droit d’imposer nos valeurs, nos principes et nos choix de vie à ceux et celles qui n’en veulent pas, mais ceux et celles-ci ont encore moins le droit de venir les combattre chez nous.

Tertio, le principe de « l’accommodement raisonnable » désigne l’effort auquel la société d’accueil consent pour que « les autres », les nouveaux venus, puissent s’y intégrer. Mais pour être raisonnable, cet accommodement doit être second et secondaire. C’est l’adaptation des nouveaux venus à la culture de la société d’accueil qui doit être accomplie en premier lieu. Sans volonté d’adaptation et d’acculturation de leur part, l’accommodement est le premier pas de la soumission.

Quarto, la bataille du burkini a provoqué un revirement spectaculaire chez nos révolutionnaires marxistes.  De l’ex-althussérien Etienne Balibar à l’ex-trotskiste Edwy Plenel, les voilà transformés en défenseurs véhéments des droits de l’homme, des droits des particuliers. Edwy Plenel se fait ainsi le champion des droits des minorités, des groupes particuliers, contre la domination de la culture commune, et Etienne Balibar dénonce même un « communautarisme d’Etat » dans la défense de la culture française contre le communautarisme islamiste dissident et agressif.

Si Marx pouvait lire cette apologie véhémente des droits de l’homme chez ses héritiers, il viendrait sans aucun doute  les désavouer en leur infligeant une Critique impitoyable. Je sais bien que Balibar et Plenel le savent, parce qu’ils connaissent leur Marx par cœur.  Cette remarque s’adresse donc uniquement aux lecteurs de Causeur qui n’auraient pas lu le livre que j’ai consacré à l’article de Marx intitulé Sur la question juive. Marx y fait le procès de la Déclaration des droits de l’homme et de l’émancipation politique qu’elle apporte. Il accuse l’émancipation politique de reconduire l’aliénation humaine, au motif qu’elle privilégie les droits de l’homme particulier sur les droits du citoyen. Selon lui, l’émancipation humaine exige l’abolition des droits de l’homme et même de l’homme  en tant que particulier, et sa transformation intégrale en citoyen, en membre exclusif de la communauté politique, par la disparition pure et simple de la société civile.

S’il lit Causeur d’où il est, Marx peut-il comprendre que ce retournement de veste chez ses plus fidèles adeptes s’explique, non par une conversion au libéralisme,  mais  par le remplacement des prolétaires par les musulmans dans le combat contre notre société ?

Le bal des identitaires

identite multiculturalisme charles taylor
Sikhs pratiquant l'art martial traditionnel gatka. Sipa. Numéro de reportage : REX40368627_000008.

L’actualité récente nous a encore offert de nombreux exemples du triste état de décomposition dans lequel se trouvent nos sociétés occidentales rongées par la culpabilité. Quand le burkini ne fait pas quotidiennement les manchettes, suscitant polémique après polémique et provocation après provocation, ce sont les attentats terroristes qui nous invitent à réfléchir. Ce sont aussi les signes visibles de la religion dans l’espace public et la montée fulgurante de l’antisémitisme qui nous poussent à nous interroger sur l’efficacité de la laïcité à prévenir les dérapages identitaires. Posons-nous la question : les institutions républicaines sont-elles encore garantes de l’unité nationale ? Les valeurs de la France sont-elles encore assez fortes pour supporter tout cet ensauvagement ?

L’offensive islamiste est évidente

La réalité d’une offensive intégriste en Europe est tellement évidente que seuls de rares intellectuels se couvrent encore les yeux. Bien sûr, il faut habiter les beaux quartiers pour parler avec désinvolture d’un « mythe de l’islamisation » en France, comme le sociologue Raphaël Liogier dans un livre paru en 2012[1. Raphaël Liogier, Le mythe de l’islamisation. Essai sur une obsession collective, Paris, Seuil, 2012.]. Il faut aussi se sentir bien au-dessus de la mêlée pour affirmer avec condescendance que dans l’Hexagone, « ce n’est ni tout va bien ni tout va mal », comme le ministre de l’Économie Emmanuel Macron.

Le problème est que tous ces bien-pensants forment une petite oligarchie influente, capable de désorienter la population en maquillant les faits. Il s’avère donc essentiel de déconstruire le projet que cette élite propose à l’Occident de mettre en branle. Car ce projet a un nom : le multiculturalisme. Mais de quoi ce projet est-il porteur exactement ? D’un véritable vivre-ensemble ou d’un sournois vivre-séparé ?

L’expérience canadienne montre que le multiculturalisme représente une entreprise d’inversion du conservatisme plutôt qu’un progrès social. En Amérique du Nord, le multiculturalisme se nourrit d’abord de la logique des réserves. Ce sont les Amérindiens qui ont été contraints de rester à l’intérieur des frontières qu’on leur a dessinées puis imposées, et ce serait maintenant au tour des nouveaux arrivants de rester confinés à l’intérieur de leurs petits territoires urbains. Soyons clairs : le multiculturalisme ne rime pas avec citoyenneté, mais avec tribalisme. La prolifération de marqueurs religieux « à la mode » témoigne de la défaite de l’universalisme comme vision du monde.

Se libérer du poids de la tradition

Que ce soit au Canada ou en Europe de l’Ouest, le multiculturalisme enferme les membres des dites communautés culturelles dans leur appartenance réelle ou fantasmée au lieu de leur offrir la variété de possibles digne de la modernité. Des philosophes anglo-saxons comme Charles Taylor peuvent bien voir dans cette idéologie l’une des grandes héritières du libéralisme politique, mais nous pouvons nous questionner sérieusement sur la valeur de leur réflexion. Le propre du libéralisme n’est-il pas, justement, de libérer du poids de la tradition ?

L’idéologie multiculturaliste permet peut-être aux immigrants d’échapper à l’ancien modèle d’intégration dont on craint les effets assimilateurs, mais en retour, elle les oblige à demeurer sous la tutelle de leaders religieux dont l’ambition est de préserver la « pureté » de leurs communautés. Pour ce faire, ces leaders autoproclamés demandent à leurs coreligionnaires de rester à l’écart de la population ambiante. Pour couronner le tout, le multiculturalisme propose à l’Autre de se soustraire à l’identité commune, nationale, pour mieux préserver son identité propre, authentique. Une identité en moins, une identité en plus. Dans cette optique, personne n’échappe au choc des civilisations.

En gros, les promoteurs du multiculturalisme sont persuadés de combattre l’identitarisme alors qu’ils contribuent seulement à le faire changer de camp. Dans ce grand bal des identitaires, où l’extrême droite mange à la même table que les associations antiracistes gagnées à l’idéal communautaire, on prône la préservation de cultures mythifiées qui n’ont souvent aucun rapport avec la réalité. Si l’extrême droite fait la promotion d’une forme de communautarisme national, imperméable à l’immigration, les associations antiracistes font la promotion d’un communautarisme socioreligieux, imperméable à la société d’accueil.

C’est dire comment deux camps se renvoient la balle dans un pays qui aurait bien besoin de voir plus loin.

Sarkozy: en attendant Soleil Vert

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sarkozy lr rechauffement climatique
Nicolas Sarkozy. Sipa. Numéro de reportage : AP21947315_000004.
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Nicolas Sarkozy. Sipa. Numéro de reportage : AP21947315_000004.

Nicolas Sarkozy ne croit pas au réchauffement climatique. Ou, plus exactement, soyons précis, il ne croit pas que l’homme en soit la cause unique. Nicolas Sarkozy dit évidemment ce qu’il veut, comme n’importe quel citoyen, n’importe quel militant LR, n’importe quel homme de droite, n’importe quel homme de droite dure, n’importe quel candidat aux primaires et même n’importe quel ancien président de la République. Il dit ce qu’il veut, donc, même des bêtises. Peu importe finalement que sa sortie sur le climat contredise l’écrasante majorité de la communauté scientifique. Non, ce qui m’étonne dans ses propos, ce sont deux choses.

Un candidat anxiolytique

La première, c’est qu’il se montre anxiolytique. En effet, pour lui, finalement, contrairement à Chirac qui estimait que sur cette question la maison brûlait déjà et que l’on regardait ailleurs, le réchauffement, ce n’est pas bien grave. Ecoutons-le : « On a fait une conférence sur le climat. On parle beaucoup de dérèglement climatique, c’est très intéressant, mais ça fait 4,5 milliards d’années que le climat  change. L’homme n’est pas le seul responsable de ce changement. » J’aime beaucoup le « C’est très intéressant ». Il faut reconnaître à Sarkozy un don certain pour l’antiphrase méprisante et l’ironie condescendante. Bref, le bon sens près de chez vous dans sa version poujadiste light parce que sans doute, il pense que c’est ça qui plait au peuple. Qu’on se moque un peu de ses élites vertes bobos qui veulent l’empêcher de rouler au diesel et le forcer à manger du quinoa après avoir fait ses besoins dans des toilettes sèches entourés de zadistes à crolles pouilleuses.  C’est étonnant parce qu’il n’y a bien que sur ce seul sujet,  le climat, que le candidat Sarkozy a un côté Lexomil. Pour le reste, il est quand même très anxiogène. La France est au bord de l’effondrement, une vague islamiste nous submerge, la guerre de mille ans est déclarée, les migrants nous étouffent, sans compter les assistés qui profitent du système, les chômeurs qui sont des feignants et les fonctionnaires des privilégiés à moins que ce ne soit le contraire.

Panoplie idéologique

La seconde chose qui ne laisse pas de m’étonner, c’est l’effet panoplie idéologique de l’homme de droite. Pourquoi en effet refuser d’admettre la gravité de la situation sur ce plan-là aussi ?  Et pourquoi, le citoyen qui s’alarme du réchauffement, à l’instar, répétons-le, des spécialistes qui ont quand même fait quelques études, est qualifié de « réchauffiste » ? En général, si vous êtes « réchauffiste », allez savoir par quelle mystérieuse alchimie, vous êtes aussi, assez vite, partisan de la culture de l’excuse pour les délinquants, pédagogiste, voire, si vous émettez quelques réserves sur l’importance donnée à l’affaire du burkini, « islamogauchiste ». Oui, c’est comme ça, c’est un tout.

J’ai bien une ébauche d’explication à cette position sarkozyste sur la question du climat Elle est celle d’une certaine droite (et d’une certaine gauche aussi) qui ces temps-ci préfère mettre en avant la question identitaire plutôt que la question sociale. Reconnaître que l’homme est pour quelque chose dans le réchauffement climatique reviendrait à poser la question du mode de production capitaliste qui est le nôtre partout dans le monde. Et éventuellement à rompre avec lui pour des questions de survie sachant qu’il va quand même y avoir des générations qui risquent de payer très cher nos tergiversations actuelles. Comme le disait le regretté président Chavez (meilleur que son successeur, concédons-le) lors de la conférence sur le climat à Copenhague : « Si le climat était une banque, ils l’auraient déjà sauvé. »

Oui, Sarkozy dit ce qu’il veut. Mais quand la même semaine, je vois un panneau sur l’autoroute qui me prévient d’un pic de pollution et que je lis dans Le Monde cet article assez effrayant sur les effets du réchauffement sur les océans ,  je ne peux pas m’empêcher de penser une chose simple : à quinze ans, je regardais Soleil Vert  au cinéma. A cinquante, je vis dedans.

Quand les musulmans choisissent leur camp

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islam oubrou amar dib boubakeur
Amar Dib, entouré de Bernard Cazeneuve et Dalil Boubakeur, 2016. Image : Matthieu Alexandre.
islam oubrou amar dib boubakeur
Amar Dib, entouré de Bernard Cazeneuve et Dalil Boubakeur, 2016. Image : Matthieu Alexandre.

Alors, la guerre civile, c’est quand ? Voilà la question que l’on commençait sérieusement à se poser à l’aube de l’été 2016, ainsi que le patron des renseignements français lui-même, Patrick Calvar, l’avait annoncé lors de son audition devant la commission d’enquête parlementaire, rendue publique début juillet : « Cette confrontation, je pense qu’elle va avoir lieu. Encore un ou deux attentats et elle adviendra. » Pour le grand chef de la DGSI, la frange de la population qui risquait de mettre le feu aux poudres était constituée de « groupes d’ultra-droite » suspectés de vouloir « déclencher des affrontements intercommunautaires ». Et ce, notamment, dans le cas où une nouvelle attaque aurait touché des enfants. Malek Boutih, quant à lui, avait alors tenu à tempérer ces propos, rappelant que ce n’était pas « la population le principal danger mais bien les terroristes », ajoutant : « Nous ne sommes pas dans un scénario de guerre civile, mais plutôt dans celui d’une guerre protéiforme avec des loups solitaires. » N’empêche, on se disait que les agneaux pourraient bien finir par se rebiffer. De plus en plus de jeunes identitaires montaient au créneau sur les réseaux sociaux, d’autres créaient des associations militant pour un permis de port d’arme citoyen, ou s’inscrivaient en couple au stand de tir le plus proche… On était moins calme que Malek Boutih, qui affirmait : « Le pays est solide ; la population calme et responsable. »

Personne ne semble en vouloir aux musulmans

Quelques semaines plus tard, l’attentat du 14 juillet à Nice frappe une cinquantaine d’enfants sur plus de 500 personnes au total, dont 85 trouveront la mort, fauchées par le camion du terroriste tunisien Mohamed Lahouaiej-Bouhlel. Pourtant, dans les jours qui suivent, pas un seul sniper « d’ultra-droite » n’abat froidement les clients d’un commerce hallal. Puis, lorsque 12 jours plus tard à peine, deux jeunes gens débarquent au beau milieu d’une messe confidentielle à Saint-Étienne-du-Rouvray, pour égorger le père Jacques Hamel, 86 ans, pas une mosquée ne brûle. Aucune violence n’éclate, aucun pavé n’atterrit dans la vitrine de la librairie salafiste de mon quartier. Rien. Alors d’accord, beaucoup de Français sont en vacances, mais tout de même, n’en déplaise aux procureurs éternels de la France droitisée et contrairement aux prophéties de Patrick Calvar, il faut le reconnaître : même après deux attentats islamistes de plus, personne ne semble vouloir s’en prendre violemment aux Français musulmans. En revanche, certains de ces derniers commencent à s’agiter… dans le bon sens.

Le 16 juillet, on apprend la démission du vice-président de la Conférence des imams de France, instance fondée en 2009 à Drancy par le très médiatique imam Hassen Chalghoumi, et vouée à développer le dialogue interreligieux ainsi qu’un meilleur encadrement des imams. Motif avancé ? Hocine Drouiche, imam franco-algérien, juge les institutions musulmanes de notre pays « incompétentes ». Selon lui, celles-ci « ne font rien pour assurer la paix sociale et ne cessent de répéter que l’extrémisme n’existe pas ».[access capability= »lire_inedits »]
Il appelle donc ses pairs à « sortir de leur réserve », arguant que si « l’islam est innocent, il faut des hommes courageux pour le prouver ». Plus tard, il confie à Midi Libre : « Des prédicateurs crient à l’islamophobie. Moi non ! Si on dit ça, on ne va pas avancer. On ne doit pas être dans une victimisation. C’est aux musulmans de vivre leur religion tranquillement, de ne pas tomber dans des actions qui peuvent être prises pour des provocations. » Il enfonce le clou jusqu’à la garde : « C’est à l’islam de s’adapter aux valeurs françaises ! » Si on comprend bien, c’est l’attitude des musulmans qui menacerait la paix civile. Voilà qui va à l’encontre de l’analyse de la DGSI.

Pour autant, impossible de nier qu’à chaque nouvelle attaque terroriste, la tension monte. Dans le métro, quelques jours après l’assassinat du père Hamel, un Gaulois patibulaire s’assied à côté de moi, face à une jeune femme portant le hijab. Il la dévisage et se signe ostensiblement à plusieurs reprises, comme ces joueurs de football brésiliens en entrant sur le terrain. Puis il marmonne à son intention : « Tu vas voir l’année prochaine, toi, tu vas voir… Ici, c’est comme ça, on n’est pas musulman. » Lorsqu’il sort de la rame, un jeune Maghrébin fait le malin : « Des mecs comme ça, moi je les frapperais. » Un grand noir lui répond : « C’est Allah qui va le punir ! » La jeune femme voilée est tout sourire, et moi atterré. Mais pas autant que le 26 juillet, lorsque j’apprends l’égorgement d’un prêtre au beau milieu de sa messe. À cet instant, Malik Bezouh, auteur du livre France-Islam, le choc des préjugés, tweete tout le mal qu’il pense de la politique israélienne. C’est un ami. J’attire donc son attention sur le fait qu’un énième attentat islamiste vient vraisemblablement d’avoir lieu quelques heures plus tôt en France, et que la Cisjordanie peut sans doute attendre.

Un cap (positif) a été franchi

Il me répond aussitôt : « Je viens de découvrir l’horreur de cette prise d’otages. J’ai rendez-vous avec des représentants de la Mosquée de Paris. L’objectif : organiser une marche, à l’appel de Français musulmans (moi et d’autres) pour dire notre attachement à la mère patrie et fustiger le fanatisme musulman. Je te tiens au courant. » Comme j’insiste sur l’urgence qu’il y a de voir les musulmans traquer et mettre hors d’état de nuire ceux des leurs qui s’en prennent à mon pays et à toute ma civilisation, il acquiesce : « Il faut envoyer des signaux forts à la société entière ! Le fanatisme musulman, sous forme de métastases disséminées sur le territoire, peut provoquer de gros dégâts et contribuer à fragiliser le socle de l’unité française. On ne peut pas rester les bras ballants ! » Décidément, il semble que le choc répété ait un certain impact sur mes concitoyens musulmans, du moins certains d’entre eux.

Confirmation ultime à l’heure de l’apéritif, quelques jours plus tard. Un camarade de comptoir franco-tunisien m’appelle pour la première fois depuis des mois : « Bertrand, je ne peux pas te parler au téléphone, il faut qu’on se voie. » Quelques instants plus tard, il sirote un demi en face de moi. Farid, la quarantaine et un accent du bled à couper au couteau, me raconte ce qui le rend si blême : l’un de ses amis d’enfance, « presque mon frère » me dit-il, est arrivé en France il y a quelques années accompagné de sa femme, voilée de la tête aux pieds. Ils se sont vus, et Farid a vite compris que son ami ne le resterait pas longtemps. Au terme d’une vive discussion, ils se sont quittés fâchés, l’un expliquant à l’autre que ses discours radicaux n’avaient pas leur place en France, pays tolérant et généreux qui l’avait accueilli et lui avait « sauvé la vie ». Après l’attentat de Nice, puis celui de Saint-Étienne-du-Rouvray, Farid avait consulté son téléphone et découvert une photo de son ami d’enfance, au travail, déchargeant les bagages d’un avion de ligne sur le tarmac d’un aéroport parisien… Il voulait faire quelque chose, parce que « les jeunes qui ont égorgé le prêtre, ils en avaient parlé à des amis, et personne n’avait rien dit ».

Au commissariat, Farid transpire à grosse gouttes : « Ça me rappelle toujours la torture que mon père et moi avons subie en Tunisie », m’explique-t-il. Mais lorsque l’officier de police judiciaire arrive pour recueillir le signalement de Farid, il ne leur faut que quelques minutes pour réaliser qu’ils se connaissent. Eux aussi sont des amis d’enfance. Bien sûr, j’avais déjà remarqué que les Kabyles de l’est parisien en rajoutaient un peu dans la courtoisie en me servant du vin, et que mon épicier me vendait des packs de bières avec un entrain nouveau, mais cette fois j’ai l’impression qu’un cap a été franchi – des Français de culture musulmane ont réellement choisi le même camp que moi. Celui de notre pays.

Restait à comprendre si l’humeur des hautes sphères de l’islam de France reflète celle d’une partie qu’on espère croissante de leur base. Comme je venais de lire une intéressante interview de Tareq Oubrou, imam de la grande mosquée de Bordeaux, j’ai pris un billet de train pour la ville d’Alain Juppé.

Au jour et à l’heure dite, plusieurs personnes m’accueillent au siège de la Fédération musulmane de la Gironde. D’abord, Fouad Saanadi, jeune président du Conseil régional du culte musulman d’Aquitaine, expressément spécialisé dans la « déradicalisation ». Alors qu’une psychologue l’attend pour discuter d’un cas récemment identifié, il m’assure que « de plus en plus de musulmans exposés au discours traditionnel veulent passer au discours moderne ». Mais Fouad précise que ce discours réformiste reste le fait d’une minorité, tout comme celui que tiennent les salafistes de l’autre côté du spectre. Entre les deux, les traditionalistes restent très majoritaires. Or notre interlocuteur nous le dit tout net : « Pour nous, le discours traditionnel comme le salafisme sont blâmables. Ils jouent respectivement un rôle direct et indirect dans la radicalisation. » Explication : « Les imams traditionnels ne font pas le travail de prévention psychologique qui devrait être le leur. Quant au discours salafiste, il fait office de préparation psychologique à la “daechisation”, puisque qu’il raisonne en termes de “eux” et de “nous” : “nous” allons au paradis, “eux” en enfer, “eux” nous détestent, “nous” sommes le Bien… »

« Personne n’est à l’abri de cette barbarie »

Tareq Oubrou me reçoit alors, flanqué d’un imam de Cenon, par ailleurs aumônier des prisons pour la région, et d’un jeune imam en formation. Pour le chouchou des médias, il n’y a pas de communauté musulmane, mais des communautés et des individus : « Moi, ici, je ne connais pas de communauté. Il y a une association, des fidèles qui viennent faire la prière, puis qui se cassent. Ils prennent leurs babouches et ils disparaissent. Je fréquente plus de non-musulmans que de musulmans. » Fort bien, mais n’est-il pas, en cela même, coupé du reste des fidèles ? Preuve que les instances musulmanes ne se connaissent même pas entre elles – et sans doute d’une certaine pagaille en leur sein –, la démission du vice-président de la Conférence des imams de France ne lui dit rien.

On creuse tout de même : « Trois éléments se superposent dans ce qu’on appelle “les musulmans”. Il y a la situation sociale : les banlieues… Puis il y a une représentation ethnique : maghrébine, algérienne, les arabes, les Turcs… Et puis ça renvoie à une religion, contre laquelle toute l’identité occidentale médiévale s’est construite : les croisades, la Reconquista, le colonialisme… » On tique, mais l’homme est aussi charmant qu’érudit. « L’islam, conclut-il, est devenu une affaire d’identité, un bouclier derrière lequel n’importe qui peut se cacher. » Résultat, iI regrette le fait que le sentiment d’appartenance des musulmans à la communauté nationale passe au second plan, derrière l’islam : « S’il y a une évolution à noter depuis l’attentat contre Charlie Hebdo, elle n’est pas bonne puisqu’ils n’ont commencé à se sentir concernés qu’en apprenant le nombre de victimes musulmanes de l’attentat de Nice… » Le jeune imam en formation nous raconte ce que les jeunes lui disent : « Au début, avec l’attentat de Charlie, c’étaient des journalistes qui étaient visés, donc ils s’en fichaient. Puis le 13 novembre ils ont découvert qu’il n’y avait plus de règles, plus d’ennemi désigné. Et c’est avec l’attaque de Nice qu’ils ont compris que personne n’était à l’abri de cette barbarie. »

On remarque alors que personne n’a fait mention de l’attentat de l’Hyper Cacher, sans parler des crimes de Mohamed Merah. Mais Tareq Oubrou reprend la balle au bond : « C’est en 2012 que tout le monde aurait dû défiler dans la rue ! Tuer des juifs ou des militaires, c’est porter atteinte à la fraternité humaine et à celle de la citoyenneté, proclamée par notre devise nationale. » On aimerait être sûr qu’il tient ce discours devant tous les publics. Et puis, bien sûr, il y a un « mais » : « Le sentiment d’appartenance à la communauté nationale, ça commence à l’école maternelle. Et l’intégration nécessite un effort dans les deux sens… » Autrement dit, la France a sa part de responsabilité. Et notamment dans la radicalisation, selon l’imam réputé le plus « modéré » du pays : « C’est à l’État d’arracher les mauvaises herbes, on ne peut pas demander cela à une “communauté” puisque la République n’en reconnaît aucune. » Simple, mais efficace. De même que « ce sont les maires qui autorisent l’ouverture des mosquées, mais ils ne rencontrent souvent même pas le staff qui va l’administrer ». Et notre interlocuteur au sourire ravageur de conclure avec un rien de « complotisme » : « Par ailleurs, on ne dit pas la vérité aux gens sur les guerres que mène la France pour défendre les intérêts financiers de grandes entreprises comme Total. »

Pas gagné ? L’imam de Bordeaux nous apprend tout de même que « des centaines de conversions invisibles concernent des personnes qui se présentent comme médecins ou avocats avant de dire qu’ils sont musulmans ». Visiblement peu favorable au droit de vote des étrangers ou à la construction de minarets, il se targue d’expliquer à ses ouailles que « dans une mosquée, vous êtes en territoire français ». Et que si son association effectue « des dizaines de signalements », il convient de se rassurer : « Quand il y a un pic, ça annonce un creux. Les fils de salafistes sont les premiers à abandonner totalement la religion. » De retour à Paris, je reste cependant dubitatif. Une formule de Tareq Oubrou m’a particulièrement désarçonné : « La France a les musulmans qu’elle mérite. On finit par fabriquer le musulman tel qu’on le décrit, et depuis des années on associe systématiquement le musulman au terrorisme. » Comme si j’avais fait quoi que ce soit pour qu’on égorge mes concitoyens sous prétexte que mon grand-père était médecin militaire colonial.

Pour entendre un autre son de cloche, je contacte par téléphone Amar Dib, sociologue et conseiller spécial du recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur. Et bingo ! Pour lui, c’est l’inverse : « Les musulmans ont les dirigeants qu’ils méritent. Or je trouve la communauté assez médiocre dans son ensemble : avant de vouloir apprendre le Coran ou l’arabe à l’école, il aurait fallu apprendre le savoir-être. Alors maintenant, soit les musulmans font ce qu’ils ont à faire, soit ça va être la guerre civile. » Sa sévérité est rafraîchissante, et ses projets constructifs démontrent qu’en effet, les lignes ont sacrément bougé ces deux dernières années : « Il faut un Conseil supérieur des imams de France pour certifier 70 à 80 % de ceux qui prêcheront dans les mosquées. Parce que globalement, les musulmans français ont appris le Coran par cœur, mais ne comprennent rien à ce pays. Nous devons disposer d’un fichier d’imams certifiés, qui auront appris les principes de base qui régissent ce pays et permettent de vivre ensemble. » Problème, selon le sociologue : « Au lieu de ça, on nous annonce le “Che”, Jean-Pierre Chevènement, qui va faire le coq alors qu’il ne s’y connaît pas plus que les autres : il ne faut surtout pas qu’on soit discret, il faut qu’on se fasse entendre dans le bon sens ! »

Par moments, je crois entendre un authentique mariniste (ou presque) : « J’en ai marre de ces bougnoules qui nous expliquent qu’on doit porter la barbe ou la djellaba jusqu’aux pieds, ou se voiler quand on est une femme alors que le Prophète n’a jamais dit ça, qu’ils aillent se faire foutre ! » Et d’égratigner au passage les Indigènes de la République qui feraient mieux d’aller « se faire soigner au bled » au lieu d’expliquer aux jeunes « débiles mentaux » de banlieue qui profitent du système de santé le plus généreux au monde que les musulmans sont systématiquement exclus, car victimes d’un « racisme d’État ». Amar Dib va plus loin encore : « À part bouffer comme des gorets, qu’est-ce qu’on apporte à ce pays ? Nos parents ont participé à le construire, mais les générations suivantes ? Néant ! On voudrait que tout nous soit dû parce qu’on est médiocres et grande gueule… » J’interromps le conseiller de Dalil Boubakeur avant qu’il ne parvienne à faire passer Marion Maréchal-Le Pen pour une attachée parlementaire EELV. Et maintenant, du coup, que peut-on espérer ?

« À la rentrée, des réunions vont être organisées, nous annonce ce partisan d’une réforme radical de l’islam de France. Il faudra qu’il y ait un renouvellement parce qu’on voit toujours les mêmes têtes, et les politiques devront arrêter de prétendre faire du neuf avec de vieux imams bedonnants que l’on voit depuis trente ans, dont pas un n’est né en France. » Amar Dib n’est cependant pas né de la dernière pluie : « Il faut que des hommes et des femmes constituent une véritable élite de l’islam en France. Pour l’instant on n’est pas assez nombreux, mais ça viendra. » Partisan de la tradition prophétique, notre homme ne craint pas la guerre civile, pourvu que l’on soit désormais intransigeant face à « un folklore vestimentaire » et à une victimisation tous azimuts. « Je ne supporte plus ce chantage aux Droits de l’Homme », nous avoue pour finir le fondateur d’une association qui vient en aide aux SDF et se félicite que, comme lui, « de plus en plus de musulmans organisent des œuvres sociales ou humanitaires ». Parce que le Prophète, nous apprend-il, aurait répondu à ses compagnons qui lui demandaient quelle était la meilleure des actions : « Donner à manger à quelqu’un qui a faim. » Mais aussi : « Saluer une personne avant qu’elle vous salue, quelle que soit sa religion et son statut social. » Après vous, fondement de la civilisation. Et si la guerre civile n’avait pas lieu ? Inch’Allah.[/access]

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aylan syrie indignation photo
Sipa. Feature Reference: 00735028_000001.
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Parce qu’elle fait l’objet d’une sélection, parce que sa réception est soigneusement encadrée par un discours homogène, parce que le moment même de sa diffusion lui confère le statut d’argument au sein d’un débat, la photo d’un enfant mort ou ensanglanté n’est pas une information, c’est une injonction abêtissante et culpabilisante à prendre un certain parti.

Autres, par rapport à quoi ? Par rapport aux victimes-stars, aux petits corps iconisés pour la bonne cause — pendant que d’autres agonisent dans le silence. Par rapport aux Kim Phuc de notre temps. En effet, des Aylan et des Omran, l’auteur de l’article rappelle qu’il en photographie tous les jours.

Or, on ne nous en montre pas tous les jours.

Il est évident que si c’était le cas, cela n’aurait plus le même impact. Aussi, il faut dire les choses de manière claire et crue :

On nous sort un enfant quand cela paraît opportun. Aylan envahit les unes en pleine polémique sur l’accueil des réfugiés. Le discours qui accompagne l’image nous aide charitablement à ne pas mal l’interpréter (ce serait dommage) : Aylan, rappelez-vous, était « victime de la forteresse Europe » et du Canada. Si, si. Omran surgit quand les médias commençaient enfin à nous parler un peu de ce qui se passe au Yémen*. Et il doit sa notoriété au fait d’être victime de l’armée d’Assad et non d’un avion français ou américain.
Il y a des enfants qui ne feront jamais la une. Sans parler de toutes les guerres totalement ignorées de nos médias, sans parler, justement, de ces petits Yéménites réduits en charpie par nos alliés saoudiens dans un silence ignominieux, il est évident qu’on ne nous fera jamais pleurer sur les petites victimes collatérales des bombardements de la coalition contre Daesh : ces fils et filles de djihadistes, dont certains n’ont même pas encore atteint l’âge d’apprendre à égorger leur nounours…

Lisez la suite de cet article sur le blog d’Ingrid Riocreux.

Taubira: les mystères de la reine Christiane

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taubira christiane ps hollande

taubira christiane ps hollande

Elle n’est pas contente, Christiane Taubira. Ce sont les quatre journalistes de Libération qui le disent, la décrivant claquer son cahier et hésiter à quitter la salle après avoir répondu à une question qu’elle juge déplaisante. Il faut dire qu’ils exagèrent, nos confrères de Libé ! Demander à l’ex-garde des sceaux si par hasard, elle ne serait pas responsable -un tout petit peu- de l’image qu’elle a renvoyé dans les médias pendant près de quatre ans, c’est osé. Alors, elle plastronne, elle se compare à la femme violée qui serait responsable à cause de sa mini-jupe. Si on comprend bien la métaphore filée par notre twitteuse de luxe, les violeurs, c’est la droite et les journalistes du Figaro –ces malades, qu’elle ne peut pas guérir- et les complices qui regardent le viol sans rien faire, ce sont les autres médias, journalistes de Libération compris. On aurait aimé assister à cette scène d’interview. Voir la tête –amusée ? déconfite ?- des confrères, pendant que Christiane Taubira leur jouait son numéro, quelque part entre Feydeau et Caliméro.

Lisez la suite de l’article sur le blog de David Desgouilles.

Mexique: l’Etat, les cartels et l’hécatombe

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mexique iguala drogue
Manifestation des famille des disparus d'Iguala. Sipa. Numéro de reportage : AP21942397_000001.
mexique iguala drogue
Manifestation des famille des disparus d'Iguala. Sipa. Numéro de reportage : AP21942397_000001.

Le 26 septembre 2014, 43 étudiants -professeurs en devenir- issus du milieu paysan manifestaient à Iguala dans la région de Guerrero, au sud du Mexique. Placés en garde à vue, ils sont alors remis à une mafia locale, « Guerreros Unidos », puis très vraisemblablement tués. Le crime n’ayant toujours pas été élucidé, les versions diffèrent sur le mode d’assassinat. Une quinzaine d’étudiants seraient morts asphyxiés dans un camion, les autres auraient été brûlés –vifs dit-on-, aussi je ne m’épancherai pas sur les détails de cette macabre affaire.

Déliquescence d’une nation

L’opinion mexicaine, qui a beau être habituée à toutes sortes d’histoires sordides d’enlèvements, tortures, décapitations et j’en passe, et dont les médias –ainsi qu’une partie de la population- sont assez friands, fut horrifiée. Pourquoi ? Parce que d’une part, cela est cru à dire, les victimes furent cette fois des Mexicains, et non pas de vulgaires migrants du Costa-Rica ou du Guatemala comme c’est souvent le cas dans ces massacres ; et surtout parce que ce crime d’Etat, appelons un chat un chat, a mis en évidence les relations étroites entre une grande partie du monde politique –ceci peu importe le parti- et  des mafias sanguinaires dont les pratiques –des restes de certains corps furent découverts dans des fosses communes- ont peu à envier à celles des bourreaux génocidaires de l’ex Yougoslavie.

Si le Mexique est actuellement en proie à la violence extrême et aux exactions liées au crime organisé, il n’en a pas toujours été le cas. Traditionnellement cantonné à la frontière avec les Etats-Unis, le crime organisé, facilité par le démantèlement des cartels colombiens, a commencé à exploser il y a une dizaine d’années suite à la guerre frontale déclarée par l’ancien président Felipe Calderón au narcotrafic. En effet, loin d’atteindre les résultats visés, les méthodes musclées de ce dernier ont décuplé les instincts guerriers des mafias sanguinaires qui se sont multipliées pour se répandre dans tout le pays. Et provoquer selon les estimations 80 000 morts en dix ans. En 2012, suite à un scrutin maculé de soupçons de fraude, le PRI (Parti révolutionnaire institutionnel), qui a auparavant passé soixante-dix ans au pouvoir, revient à la tête de l’Etat sous l’égide d’Enrique Peña Nieto, un ancien gouverneur propre sur lui mais réputé fort corrompu. Conscient de l’échec de la politique de son prédécesseur, le nouveau venu ne s’est pas lancé dans une nouvelle croisade antimafia. Mais si lors de ses deux premières années de mandat, la violence mafieuse a connu -selon le gouvernement- un certain apaisement, dû très probablement à des arrangements entre les cartels et l’Etat à son plus niveau, elle s’est de nouveau envolée  les années suivantes : les régions de Colima, Michoacán et Guerrero sont devenues particulièrement saignantes, rejointes cette année par Guanajuato , jusque-là une des régions les plus paisibles ; et l’année dernière, Acapulco, station balnéaire longtemps prisée des touristes, s’est hissée au rang de cinquième ville la plus dangereuse du monde.

Narco-Etat

Après la disparition des quarante-trois étudiants, les Mexicains descendent par grappes de mille dans la rue, pas pour rendre grâce à la vierge Guadalupe cette fois-ci, mais pour demander non seulement des comptes, mais aussi la démission de Peña Nieto. Pas moins de dix jours après l’enlèvement des étudiants, le président mexicain daignera faire sa première déclaration. Quant au maire d’Iguala et son épouse, qui sont soupçonnés d’avoir ordonné l’enlèvement au cartel local, ils ne seront arrêtés qu’un mois après les faits. Sans les vagues de protestation soulevées par l’indignation populaire, ils n’auraient sans doute jamais été inquiétés. Car si le Mexique est la quinzième puissance mondiale, la corruption y est endémique. Peña Nieto prend conscience de la nécessité de sortir de la réserve et fait l’effort de rencontrer quelques familles des disparus. Mais en juillet 2015, pas de bol pour Peña, « El Chapo » (le Trapu), l’un des mafieux les plus puissants au monde, encore plus riche que Pablo Escobar en son temps, parvient à s’échapper de sa prison réputée ultra-sécurisée avec de toute évidence l’aide d’un bon nombre de complices au sein même de la prison. Bien que cette spectaculaire évasion relève du rocambolesque –voire du burlesque- et ait en apparence peu en commun avec l’horreur d’Iguala, ces deux affaires découlent d’une même logique : la soumission de l’Etat mexicain aux lois du marché de la drogue.

En avril dernier, après les familles des disparus qui contestaient fortement la version officielle des disparitions publiée l’année dernière par le gouvernement mexicain, ce sont des enquêteurs mandatés par la CIDH (Commission interaméricaine des Droits de l’homme) qui ont remis en cause cette version. Si l’Etat mexicain veut cesser de ressembler à une  calavera (petite sculpture en forme de tête de mort particulièrement utilisée lors de la Fête des morts), il va falloir faire mieux. Beaucoup mieux. « Si Peña Nieto est Président, le Mexique va plus avoir besoin d’aide qu’un bateau qui chavire », avait déclaré Carlos Fuentes trois mois avant de quitter ce monde. Le grand écrivain ne s’étant pas trompé, reste aux Mexicains à changer de capitaine. Les prochaines Présidentielles auront lieu en 2018. En attendant, Peña Nieto a choisi d’inviter  Donald Trump à Mexico à la fin du mois dernier.  Il est bien étrange, même franchement grotesque de dérouler le tapis rouge à celui que le même Peña avait auparavant comparé à Hitler. Mais le ridicule ne tue pas, lui.

Etats-Unis: une économie bipolaire

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usa trump clinton industrie
Image: Soleil.
usa trump clinton industrie
Image: Soleil.

Comment va l’économie américaine ? Aussi bien que possible si l’on en croit les chiffres des créations d’emplois par les entreprises, constamment favorables. Médiocrement au mieux si l’on se fie aux chiffres du PIB qui tombent depuis quatre trimestres, à peu près égaux à ceux de la zone euro. Les analystes économiques qui s’expriment par centaines sur le sujet affichent de moins en moins de certitudes, leurs schémas ne correspondant plus à la réalité nouvelle. Le tableau statistique de l’économie américaine présente une anomalie pour leurs cadres de pensée. À moins d’erreurs dans la collecte des données qui sont peu vraisemblables : ces données, mensuelles pour les créations d’emplois, trimestrielles pour le PIB, sont régulièrement corrigées et affinées.

Force de l’emploi, faiblesse de l’investissement

C’est le domaine où le paysage s’avère le plus riant. Après avoir détruit près de 9 millions d’emplois durant la « grande récession », les entreprises en ont recréé plus de 13 millions, profitant de l’appétit retrouvé des consommateurs locaux, de la reprise progressive du secteur de la construction, sinistré par la crise hypothécaire, et de l’essor de la production de gaz et de pétrole de schiste. Les créations d’emplois, presque toujours supérieures à 200 000 par mois, escortaient la montée en puissance du PIB, située bon an mal an entre 2 et 2,5 %. Après une période de convalescence, l’économie américaine semblait installée sur une trajectoire favorable de croissance, certes inférieure à celles du boom des nouvelles technologies, dans les années 1990, et du boom de la construction dans les années 2000, mais satisfaisante pour l’esprit.

Mais les trajectoires de l’emploi et du PIB divergent franchement depuis l’automne dernier. L’évolution de la croissance dément les spécialistes de la macroéconomie qui, au vu des créations d’emplois, anticipent, mois après mois, une accélération selon un cercle vertueux : plus d’emplois, plus de consommation, plus d’investissement, donc plus de production totale. Pourquoi la mécanique ne fonctionne-t-elle pas comme elle le devrait ?[access capability= »lire_inedits »]

Certains analystes, un peu plus scrupuleux que la moyenne, dénotent la faiblesse de l’investissement qui se situe à un niveau particulièrement médiocre, au-dessous de 10 % du PIB. Faiblesse que certains attribuent à l’impact de la remontée du dollar qui découragerait les investissements orientés vers l’export, que d’autres expliquent par la chute du prix du pétrole et des matières premières, comme le cuivre, que les États-Unis produisent à grande échelle. Le second argument est recevable, les compagnies minières et pétrolières ayant taillé dans leurs dépenses pour ne pas tomber dans le rouge, mais pas le premier : la parité actuelle du dollar n’entrave pas les exportations de Boeing, de Lockheed, des fabricants d’armes et de bien d’autres grands groupes.

Néanmoins, il est vrai que la faiblesse de l’investissement retentit sur la croissance. Avec ce résultat non désiré : sans l’augmentation régulière de la consommation, la croissance serait devenue nulle ou négative depuis un an. Et, de ce fait, la part de la consommation dans la production totale, l’une des plus élevées du monde, a encore progressé : elle se situe désormais au-delà de 70 %. Le recalibrage de l’économie américaine, vers plus d’investissement et d’exportations, n’est pas à l’horizon.

Mais comme la faiblesse de l’investissement devrait retentir aussi sur l’emploi, le mystère demeure entier. Comment expliquer la constante bonne tenue de l’emploi ?

La productivité en jachère

La clé du mystère nous est fournie par la productivité qui stagne ou décroît dans l’économie qui est à ce jour la plus productive du monde. Les chiffres révèlent trois reculs trimestriels consécutifs qui plongent dans la perplexité la tribu des économistes, à commencer par ceux qui officient au FMI. L’économie américaine crée d’autant plus d’emplois que sa productivité globale a, à tout le moins, cessé de progresser. L’affaire est entendue.

Mais pourquoi cette évolution inattendue ? Comment peut-on imaginer la baisse de la productivité dans un système pleinement concurrentiel ? Sachant que toutes les entreprises industrielles telles que Boeing, Ford et leurs fournisseurs réalisent, trimestre après trimestre, de nouveaux gains de productivité, sachant que Walmart ou Amazon font « suer le burnous », le mystère, à peine éclairci, s’épaissit à nouveau.

Un dernier effort de compréhension s’impose. On peut sommairement découper l’économie en deux secteurs, un secteur à forte productivité, constamment croissante, et un secteur à plus faible productivité. Il suffit que l’emploi stagne ou régresse dans le premier secteur et qu’il progresse dans le second pour que la productivité globale s’en ressente. L’économie américaine connaît un épisode de ce type : la banque et l’exploitation minière, voire l’industrie, suppriment des emplois, tandis que la manutention, l’entretien ou les parcs d’attractions en créent. Les économistes qui ont voix au chapitre médiatique oublient de procéder aux analyses plus fines qui éclaireraient enfin la lanterne des médias, des politiques et du public.

Trump et Clinton au défi de la nouvelle donne

La conjoncture donne du grain à moudre aux candidats à la présidentielle américaine et à leurs états-majors. Avec une question prioritaire : comment stimuler la croissance et relever durablement les gains de productivité tout en conservant un rythme appréciable de création d’emplois ?

Chacun d’entre eux nous a donné l’esquisse de l’esquisse de la solution. Trump entend relocaliser les activités industrielles fortement productives qui se sont enfuies vers la Chine ou le Mexique. Clinton parie sur la capacité d’innovation toujours renouvelée des Américains. Accordons-leur qu’ils ont raison sur le fond l’un et l’autre. Il manque encore deux réponses complémentaires. Trump devrait expliquer comment la réindustrialisation nécessaire pourra créer des emplois en nombre au moment où entre en scène le robot. Et Clinton, comment elle s’y prendrait pour que les innovations américaines soient réalisées sur le sol américain ![/access]

Pénalisation des clients des prostituées: comment cela ne marche pas

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clients prostituees lyon

clients prostituees lyon

Depuis son entrée en vigueur, après son adoption définitive par l’Assemblée nationale, la loi du 13 avril 2016, plus connue comme celle pénalisant les clients des prostituées, n’a guère fait parler d’elle. Il lui manque, peut être, de porter le nom de sa promotrice, à l’image de la loi Marthe Richard, qui ordonnait, soixante dix ans plus tôt, jour pour jour, la fermeture des maisons closes. Dommage, car une loi Rossignol, nom de la ministre du Droit des femmes porteuse du projet devant le Parlement, aurait eu quelques  chances de s’inscrire longtemps dans la mémoire collective…

Trêve de plaisanterie, étonnons-nous un instant que nos grands médias,  de presse écrite ou audiovisuelle, qui l’avaient, dans leur grande majorité, saluée comme un progrès considérable dans l’histoire de l’humanité, ne se soient pas précipités pour constater, sur le terrain, les effets bénéfiques de ce texte pour notre nation. Pourtant, si nos éminents journalistes et rédacteurs en chef lisaient un peu moins le New York Times, et un peu plus la presse régionale, cette Cendrillon du système médiatique hexagonal, pour humer l’air du temps sociétal, ils auraient découvert des choses intéressantes à ce sujet dans Le Progrès de Lyon, sous le signature d’Annie Demontfaucon.

Cette petite curieuse est allée sur le terrain, enquêter dans les quartiers lyonnais où s’exerce la prostitution de rue, et dans les commissariats chargés de faire appliquer la loi pour  faire l’état des lieux six mois après l’entrée en vigueur de la loi en question.

Les escorts dorment tranquilles

Première question, posée à la commissaire de police d’un quartier touché, depuis des décennies par l’activité prostitutionnelle, à pied (échassières) ou en minibus (amazones) : combien d’infractions ont-elles été constatées et réprimées conformément à la nouvelle loi ? Réponse de Mme la commissaire Corridor (le nom ne s’invente pas !) : zéro. Et elle explique : «  C’est complexe… c’est une infraction dont les éléments constitutifs sont difficiles à apporter. Il faut que le rapport sexuel soit constitué et rétribué. »  Un flic de terrain précise : « Vu qu’on ne risque pas d’installer des caméras dans les camionnettes, on ne va pas perdre notre temps à prouver l’improuvable ! ». Mme Corridor fait également remarquer que le rapport sexuel tarifé ne constituant qu’une contravention de 5ème classe, passible d’une amende de 1500€,  obtenir la preuve par l’aveu au cours d’une garde à vue bien conduite, modèle quai des Orfèvres, est impossible, car la loi l’interdit…

Cela n’empêche pas la préfecture et le Parquet de faire pression sur la police pour que le gouvernement puisse présenter des chiffres montrant que la nouvelle loi est efficace, par exemple en faisant valoir que le nombre des prostituées a notablement diminué dans leur secteur depuis  son entrée en vigueur . Faute de « flags », on va donc harceler les michetons potentiels par d’autres moyens. «  On multiplie les contrôles routiers, en verbalisant pour des pneus lisses, etc. »  Résultat : les clients se font rares, et le chiffre d’affaire des prostituées de rue est en chute libre. Pourtant elles restent, attendant des jours meilleurs, car elles n’ont pas d’autre endroit où aller. Il va sans dire que cette fameuse loi n’entrave en rien la prostitution « de luxe », agences d’escorts et autres systèmes d’échanges de services sexuels passant par Internet et les réseaux sociaux, pour lesquels l’établissement de « flags » n’est pas moins compliqué que pour les clients de Mme Corridor.  En général, les limousines n’ont pas de pneus lisses. Mais l’essentiel n’est-il pas que les bigotes néo-féministes soient contentes  et puissent faire valoir urbi et orbi leur supériorité morale ?

«Bien des surveillantes d’origine maghrébine affirment voter FN»

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sophie marceau taularde fn

sophie marceau taularde fn

Olivier Prévôt : La Taularde est un film d’un grand réalisme. Les bruits, la lumière, l’ambiance de la prison, tout cela est rendu avec beaucoup de force et de vérité. D’où vous vient cette familiarité avec le milieu carcéral ?

Audrey Estrougo : J’ai d’abord eu l’occasion de présenter mon deuxième film, Toi, moi, les autres à des détenus. Ce fut mon premier contact avec cet univers, très singulier. Ensuite et pendant plus de dix-huit mois, j’ai animé des ateliers d’écriture en prison, et cela autant dans le quartier des hommes que celui des femmes. La différence entre ces deux mondes m’a frappée. En détention féminine, la violence est beaucoup plus intériorisée. Les unités sont moins grandes, l’ambiance est différente. Les détenues se soutiennent. Il y a un côté « bon enfant » qu’on ne retrouve pas côté hommes. Les détenues ont également un plus haut niveau d’instruction. Ce fut une expérience intense – on entre à 7 heures du matin pour ne ressortir qu’à 19 heures ! Des liens se tissent, forcément. À partir de là, j’ai creusé mon sillon.

Le film montre également le travail quotidien des surveillantes. C’est là une de ses singularités. Il ne se cantonne pas au seul vécu des détenues.

Au fur et à mesure que le projet du film naissait en moi, j’ai éprouvé le besoin d’aller voir de l’autre côté de la barrière, en rencontrant des surveillantes, en parlant et sympathisant avec certaines d’entre elles. Bien sûr, dans des unités différentes de celles où j’intervenais déjà. Elles ont longuement évoqué leur métier, les difficultés qui sont les leurs. Elles m’ont donné leur éclairage propre.

Vous avez, je crois, une méthode de travail particulière…

Lisez la suite de l’entretien sur le blog d’Olivier Prévôt.

Deux ou trois choses sur le burkini

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burkini islam gauchet conseil etat

burkini islam gauchet conseil etat

L’édito d’Elisabeth Lévy sur le burkini est simplement parfait, à deux nuances près. La première est qu’il n’est pas seulement parfait : il est plus que parfait quand elle ose avouer, à propos de l’interdiction du burkini: ”ma fibre libérale souffre doublement, pour le burkini et pour l’interdiction”.

Nous sommes en guerre

La seconde est que ses arguments n’évitent pas toutes les fausses pistes : la seule bonne raison de combattre le birkini par tous les moyens adéquats, c’est que nous sommes en guerre. Premier point : un libéral authentique se sent forcément mal d’avoir à interdire le port d’un vêtement exhibant une conviction ou une affiliation quelconque dans l’espace public. Cette liberté est l’essence même du libéralisme, qui refuse que l’Etat, la société, ou sa majorité impose leur loi dans la manifestation des convictions et dans les moeurs des personnes privées.

On aimerait tellement ne pas avoir à assumer le mauvais rôle qui est d’interdire aux femmes, ici,  ce qui leur est imposé ailleurs. Mais c’est une fausse piste que de se justifier en disant que ce vêtement-là est intrinsèquement le signe de la servitude de celle qui le porte. Car si cette servitude est volontaire, comme ce peut être le cas en France, il n’appartient pas à une société libérale d’émanciper les femmes contre leur gré.

On ne peut donc pas condamner un vêtement comme le burkini ou le voile islamique pour leur signification intrinsèque. Cette signification est toujours sujette à interprétations et à contestations. On ne peut les condamner, les combattre, voire les interdire qu’en raison de leur signification contextuelle. Nous sommes en guerre. Aujourd’hui et maintenant, ces vêtements font allégeance à l’islamisme politique qui nous agresse. Si l’on n‘osait pas admettre que nous combattons les emblèmes de l’islamisme conquérant et non des vêtements significatifs et insupportables en eux-mêmes, il faudrait étendre le même jugement et la même condamnation aux femmes juives ultra orthodoxes qui portent des vêtements similaires, sans nous agresser pour cela.

Un double cheval de Troie?

Il faut donc se résoudre à prendre des mesures spécifiques et discriminatoires contre l’islamisme de combat, au nom de principes généraux qui ne s’appliquent qu’à lui. Ce n’est pas discriminer les musulmanes de France ou leur imposer un apartheid, puisque l’immense majorité d’entre elles ne l’adoptent pas.

On a toutefois d’autant plus mauvaise conscience à l’égard de ces baigneuses qui sont aussi couvertes que la femme du Déjeuner sur l’herbe de Manet est nue, qu’on nous assure de tous côtés que le burkini est en réalité un cheval de Troie qui marche à l’envers. Porter ce vêtement ambigu serait faire, en douce, le premier pas vers l’émancipation, puisqu’il permet à ces femmes musulmanes d’aller à la plage, ce que Daech ne tolère pas, et d’y aller sans leurs maris, leurs pères ou leurs frères, puisqu’ainsi couvertes, leur surveillance est devenue superflue.

Il se peut que le burkini soit un cheval de Troie en deux sens opposés. Il se peut qu’il couvre une part de ruse chez certaines de celles qui l’arborent, de même que le fait de porter le voile peut apporter à certaines  jeunes filles le sentiment de ne pas trahir leur religion tout en faisant des études et en travaillant comme les hommes.

Pour ces raisons de principe et de fait, un libéral, et une libérale encore plus, aimerait tenir un discours d’accommodement raisonnable du genre : « pourvu que vous alliez à la plage, et pourvu que vous y alliez sans vos maris vos pères et vos frères, nous consentons à cet habit, quoiqu’il nous déplaise profondément en ce qu’il heurte notre conception de la femme. Mais nous ne pouvons pas l’interdire et porter atteinte à votre liberté puisque ce burkini ne porte pas atteinte à la liberté des femmes qui ne le portent pas.” Comment répondre, en libéral, à cette objection?

Si on répond que le burkini est un drapeau, et que c’est pour cette raison qu’on a le droit de l’interdire, on entendra Edwy Penel répondre comme il vient de la faire à Apolline de Malherbe qui lui opposait cette phrase de Finkielkraut, que tout vêtement ou signe d’appartenance peut être considéré comme le drapeau d’une appartenance particulière laquelle est libre de se manifester dans l’espace public.

Plenel le sophiste

Edwy Plenel, on le connaît, n’a pas laissé  à Apolline de Malherbe le loisir de compléter la pensée de Finkielkraut: le burkini est le drapeau d’une idéologie, oui, mais pas d’une idéologie comme les autres. Il est le drapeau d’une idéologie qui tue et qui cherche à imposer sa loi à certains territoires de notre pays. C’est pourquoi la démocratie libérale doit le combattre : face à l’islamisme conquérant, notre liberté est en état de légitime défense.

Alors, surtout, n’invoquons pas des arguments biaisés pour le combattre : ce n’est pas parce que le burkini représente une atteinte à la dignité des femmes qu’on est en droit de l’interdire tout en respectant les droits de l’homme. C’est parce qu’il est le drapeau d’un ennemi, en temps de guerre. Une guerre qui est tout à la fois militaire, policière et culturelle.

Ceci est la seule justification possible d’une mesure qui ne doit s’appliquer qu’à l’islamisme, puisque l’islamisme est le seul à faire la guerre à notre liberté.

Et puisque je tiens le micro, j’en profite pour ajouter quatre remarques, en style télégraphique s’il le faut.

Primo, un peuple libre et adepte de la démocratie libérale a le droit de défendre sa façon de vivre, ses moeurs, sa culture, son identité, bref, son être, comme tout vivant a le droit de vouloir « persévérer dans son être ». ( La formule est de Spinoza, respect!).

Secundo, nos mœurs ne sont pas seulement celles qui nous plaisent; elles ne sont pas seulement notre choix de civilisation. Elles sont supérieures aux mœurs archaïques et barbares qu’on leur oppose parce qu’elles résultent des progrès de LA civilisation. On n’a certes pas le droit d’imposer nos valeurs, nos principes et nos choix de vie à ceux et celles qui n’en veulent pas, mais ceux et celles-ci ont encore moins le droit de venir les combattre chez nous.

Tertio, le principe de « l’accommodement raisonnable » désigne l’effort auquel la société d’accueil consent pour que « les autres », les nouveaux venus, puissent s’y intégrer. Mais pour être raisonnable, cet accommodement doit être second et secondaire. C’est l’adaptation des nouveaux venus à la culture de la société d’accueil qui doit être accomplie en premier lieu. Sans volonté d’adaptation et d’acculturation de leur part, l’accommodement est le premier pas de la soumission.

Quarto, la bataille du burkini a provoqué un revirement spectaculaire chez nos révolutionnaires marxistes.  De l’ex-althussérien Etienne Balibar à l’ex-trotskiste Edwy Plenel, les voilà transformés en défenseurs véhéments des droits de l’homme, des droits des particuliers. Edwy Plenel se fait ainsi le champion des droits des minorités, des groupes particuliers, contre la domination de la culture commune, et Etienne Balibar dénonce même un « communautarisme d’Etat » dans la défense de la culture française contre le communautarisme islamiste dissident et agressif.

Si Marx pouvait lire cette apologie véhémente des droits de l’homme chez ses héritiers, il viendrait sans aucun doute  les désavouer en leur infligeant une Critique impitoyable. Je sais bien que Balibar et Plenel le savent, parce qu’ils connaissent leur Marx par cœur.  Cette remarque s’adresse donc uniquement aux lecteurs de Causeur qui n’auraient pas lu le livre que j’ai consacré à l’article de Marx intitulé Sur la question juive. Marx y fait le procès de la Déclaration des droits de l’homme et de l’émancipation politique qu’elle apporte. Il accuse l’émancipation politique de reconduire l’aliénation humaine, au motif qu’elle privilégie les droits de l’homme particulier sur les droits du citoyen. Selon lui, l’émancipation humaine exige l’abolition des droits de l’homme et même de l’homme  en tant que particulier, et sa transformation intégrale en citoyen, en membre exclusif de la communauté politique, par la disparition pure et simple de la société civile.

S’il lit Causeur d’où il est, Marx peut-il comprendre que ce retournement de veste chez ses plus fidèles adeptes s’explique, non par une conversion au libéralisme,  mais  par le remplacement des prolétaires par les musulmans dans le combat contre notre société ?

Le bal des identitaires

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identite multiculturalisme charles taylor
Sikhs pratiquant l'art martial traditionnel gatka. Sipa. Numéro de reportage : REX40368627_000008.
identite multiculturalisme charles taylor
Sikhs pratiquant l'art martial traditionnel gatka. Sipa. Numéro de reportage : REX40368627_000008.

L’actualité récente nous a encore offert de nombreux exemples du triste état de décomposition dans lequel se trouvent nos sociétés occidentales rongées par la culpabilité. Quand le burkini ne fait pas quotidiennement les manchettes, suscitant polémique après polémique et provocation après provocation, ce sont les attentats terroristes qui nous invitent à réfléchir. Ce sont aussi les signes visibles de la religion dans l’espace public et la montée fulgurante de l’antisémitisme qui nous poussent à nous interroger sur l’efficacité de la laïcité à prévenir les dérapages identitaires. Posons-nous la question : les institutions républicaines sont-elles encore garantes de l’unité nationale ? Les valeurs de la France sont-elles encore assez fortes pour supporter tout cet ensauvagement ?

L’offensive islamiste est évidente

La réalité d’une offensive intégriste en Europe est tellement évidente que seuls de rares intellectuels se couvrent encore les yeux. Bien sûr, il faut habiter les beaux quartiers pour parler avec désinvolture d’un « mythe de l’islamisation » en France, comme le sociologue Raphaël Liogier dans un livre paru en 2012[1. Raphaël Liogier, Le mythe de l’islamisation. Essai sur une obsession collective, Paris, Seuil, 2012.]. Il faut aussi se sentir bien au-dessus de la mêlée pour affirmer avec condescendance que dans l’Hexagone, « ce n’est ni tout va bien ni tout va mal », comme le ministre de l’Économie Emmanuel Macron.

Le problème est que tous ces bien-pensants forment une petite oligarchie influente, capable de désorienter la population en maquillant les faits. Il s’avère donc essentiel de déconstruire le projet que cette élite propose à l’Occident de mettre en branle. Car ce projet a un nom : le multiculturalisme. Mais de quoi ce projet est-il porteur exactement ? D’un véritable vivre-ensemble ou d’un sournois vivre-séparé ?

L’expérience canadienne montre que le multiculturalisme représente une entreprise d’inversion du conservatisme plutôt qu’un progrès social. En Amérique du Nord, le multiculturalisme se nourrit d’abord de la logique des réserves. Ce sont les Amérindiens qui ont été contraints de rester à l’intérieur des frontières qu’on leur a dessinées puis imposées, et ce serait maintenant au tour des nouveaux arrivants de rester confinés à l’intérieur de leurs petits territoires urbains. Soyons clairs : le multiculturalisme ne rime pas avec citoyenneté, mais avec tribalisme. La prolifération de marqueurs religieux « à la mode » témoigne de la défaite de l’universalisme comme vision du monde.

Se libérer du poids de la tradition

Que ce soit au Canada ou en Europe de l’Ouest, le multiculturalisme enferme les membres des dites communautés culturelles dans leur appartenance réelle ou fantasmée au lieu de leur offrir la variété de possibles digne de la modernité. Des philosophes anglo-saxons comme Charles Taylor peuvent bien voir dans cette idéologie l’une des grandes héritières du libéralisme politique, mais nous pouvons nous questionner sérieusement sur la valeur de leur réflexion. Le propre du libéralisme n’est-il pas, justement, de libérer du poids de la tradition ?

L’idéologie multiculturaliste permet peut-être aux immigrants d’échapper à l’ancien modèle d’intégration dont on craint les effets assimilateurs, mais en retour, elle les oblige à demeurer sous la tutelle de leaders religieux dont l’ambition est de préserver la « pureté » de leurs communautés. Pour ce faire, ces leaders autoproclamés demandent à leurs coreligionnaires de rester à l’écart de la population ambiante. Pour couronner le tout, le multiculturalisme propose à l’Autre de se soustraire à l’identité commune, nationale, pour mieux préserver son identité propre, authentique. Une identité en moins, une identité en plus. Dans cette optique, personne n’échappe au choc des civilisations.

En gros, les promoteurs du multiculturalisme sont persuadés de combattre l’identitarisme alors qu’ils contribuent seulement à le faire changer de camp. Dans ce grand bal des identitaires, où l’extrême droite mange à la même table que les associations antiracistes gagnées à l’idéal communautaire, on prône la préservation de cultures mythifiées qui n’ont souvent aucun rapport avec la réalité. Si l’extrême droite fait la promotion d’une forme de communautarisme national, imperméable à l’immigration, les associations antiracistes font la promotion d’un communautarisme socioreligieux, imperméable à la société d’accueil.

C’est dire comment deux camps se renvoient la balle dans un pays qui aurait bien besoin de voir plus loin.