Parce qu’elle fait l’objet d’une sélection, parce que sa réception est soigneusement encadrée par un discours homogène, parce que le moment même de sa diffusion lui confère le statut d’argument au sein d’un débat, la photo d’un enfant mort ou ensanglanté n’est pas une information, c’est une injonction abêtissante et culpabilisante à prendre un certain parti.

Autres, par rapport à quoi ? Par rapport aux victimes-stars, aux petits corps iconisés pour la bonne cause — pendant que d’autres agonisent dans le silence. Par rapport aux Kim Phuc de notre temps. En effet, des Aylan et des Omran, l’auteur de l’article rappelle qu’il en photographie tous les jours.

Or, on ne nous en montre pas tous les jours.

Il est évident que si c’était le cas, cela n’aurait plus le même impact. Aussi, il faut dire les choses de manière claire et crue :

On nous sort un enfant quand cela paraît opportun. Aylan envahit les unes en pleine polémique sur l’accueil des réfugiés. Le discours qui accompagne l’image nous aide charitablement à ne pas mal l’interpréter (ce serait dommage) : Aylan, rappelez-vous, était « victime de la forteresse Europe » et du Canada. Si, si. Omran surgit quand les médias commençaient enfin à nous parler un peu de ce qui se passe au Yémen*. Et il doit sa notoriété au fait d’être victime de l’armée d’Assad et non d’un avion français ou américain.
Il y a des enfants qui ne feront jamais la une. Sans parler de toutes les guerres totalement ignorées de nos médias, sans parler, justement, de ces petits Yéménites réduits en charpie par nos alliés saoudiens dans un silence ignominieux, il est évident qu’on ne nous fera jamais pleurer sur les petites victimes collatérales des bombardements de la coalition contre Daesh : ces fils et filles de djihadistes, dont certains n’ont même pas encore atteint l’âge d’apprendre à égorger leur nounours…

Lisez la suite de cet article sur le blog d’Ingrid Riocreux.

Vous venez de lire un article en accès libre.
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !
Partager
Ingrid Riocreux
Agrégée de lettres modernes, spécialiste de grammaire, rhétorique et stylistique. Elle est actuellement chercheur associé à l'Université Paris IV. Auteur du blog "La voix de nos maîtres". Les journalistes se présentent volontiers comme des adeptes du "décryptage". Mais est-il autorisé de "décrypter" leur discours ? ...